Les Pastorales

Lundi 18 octobre 2010 1 18 /10 /Oct /2010 06:35

101020TajanCatalogue 101020TajanCataloguejeunefilleendormie La nonchalance est aujourd'hui en voie de disparition … surtout à Paris. Ces quelques peintures du catalogue de la vente de la maison Tajan du 20 octobre à l'Hôtel Drouot à Paris, pour se rappeler à soi et à la communion avec les autres, aux plaisirs simples mais délicieux, à l'agrément des saisons, à la qualité de vie … L'esprit ne s'envole pas dans le tumulte … Il lui faut la paix, l'amour, la richesse d'instants précieux pour créer, la beauté pour l'inspirer et l'abondance pour la joie.
Photographie 1 : Catalogue de la vente Tableaux anciens et du XIXes siècle, du mercredi 20 octobre.
Photographie 2 : Alfred Joseph Woolmer - (Exeter 1805 - Londres 1892) - Jeune fille endormie dans sa chambre. 58,5 x 69 cm.
Photographies 3 et 4 : École francaise du XVIII e siècle. Suiveur de François Boucher.
L'Hiver : Reprise avec des variantes d'une composition des Quatre saisons de François Boucher conservées à New-York, à la Frick Collection (toile, 54 x 72 cm).
101020TajanCatalogueHiver La Bergère endormie : Reprise avec des variantes de la Bergère endormie conservée à Paris, musée du Louvre (toile, 88 x 115 cm).
101020TajanCatalogueete Dimensions de chaque toile : 49 x 129,5 cm

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Jeudi 23 avril 2009 4 23 /04 /Avr /2009 21:56

Photographie : Portrait d'Honoré d’Urfé comte de Châteauneuf (1567-1625), auteur du roman pastoral L'Astrée. Cette estampe au papier du XVIIe siècle (sans doute d'un tirage de la fin de ce siècle) qui semble avoir un filigrane aux armes d'Amsterdam est la même que celle conservée au château de Versailles (www.photo.rmn.fr) sous le numéro d'inventaire : invgravures7010. Il est indiqué en bas de l'estampe qu'elle est gravée d'après Van Dyck Antoon (1599-1641) par Pieter de Bailluc sous la direction de Jean Meysens. Cette dernière information a été effacée par grattage dans l'exemple présenté ici ; mais reste assez visible pour savoir qu'il s'agit bien du même texte que celui de l'estampe conservée à Versailles qui a une grandeur identique ; ici : 258 x 201 mm (au coup de planche), mais un peu plus découpée.

Comme je l'ai déjà écrit dans un autre article, Astrée (ou Astrapé) est, dans la mythologie de l'antiquité grecque, la déesse de la Justice. Elle est la dernière des immortelles à rester parmi les hommes à la fin de l'Âge d'Or avant de fuir l'humanité devenue corrompue. De même que certaines traditions gardent aujourd'hui encore des récits de civilisations cachées, au XVIIe siècle on pense que des réminiscences de l'Âge d'Or sont conservées dans des endroits bucoliques épargnés par la grossièreté. Là y règne la félicité, le bonheur, la justice, la bonté, la beauté, le plaisir, la joie de vivre, la sagesse ... ; et certains demi-dieux y séjournent : camènes, dryades, naïades, nymphes, oréades, satyres, sylphes, sylphides, sylvains ... Dans L'Astrée, Honoré d'Urfé (1567-1625) relate un de ces mondes, à la géographie réelle : le Forez, où les nymphes côtoient les bergères et les bergers (dont Astrée et Céladon), les dames et les chevaliers, le tout imprégné d'une sagesse antique vers laquelle on est guidé par des temples naturels ou de pierre dédiés à l'Amour et d'autres dieux.

La première partie de L'Astrée consultable sur : http://gallica.bnf.fr/ commence ainsi : « Auprès de l’ancienne ville de Lyon, du côté du soleil couchant, il y a un pays nommé Forez, qui en sa petitesse contient ce qu’il y a de plus rare au reste des Gaules… »
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Vendredi 20 mars 2009 5 20 /03 /Mars /2009 08:33

En ce premier jour du printemps, je souhaite rendre un hommage aux simples, ces plantes sauvages qui poussent près de nous et accompagnent l'homme depuis son origine.

La nature est ainsi faite qu'elle est un jardin qui se regarde comme un tableau qui s'étale sur une année. Une herbe qui semble insignifiante à une certaine période, donne à une autre une fleur majestueuse. Il en va ainsi de chacune des parcelles des terres où poussent les espèces sauvages. Les plus anodines ont des propriétés. Toutes les plantes sauvages ont des pouvoirs spécifiques (culinaires, médicinales ...) qu'il faut simplement connaître pour apprécier. Ce jardin naturel est immense. Chacune de ses parties est belle à certaines époques. Chaque plante a dans l'année son moment culminant différent les uns des autres. Cette richesse incroyable ne se dévoile pas obligatoirement à celui qui n'a pas les connaissances.

Les premières violettes odorantes fleurissent en mars. Elles ont un parfum et un goût exquis. Les primevères roses ou jaunes sont aussi présents. Les endroits herbeux et ensoleillés sont parsemés de tapis colorés de pâquerettes, véroniques, pissenlits, lamiers ; autant de teintes printanières vertes, jaunes, bleues, rouges et blanches. La dorine à feuilles opposées a de petites fleurs vertes légèrement dorées. Celles blanches de la cardamine hérissée parsèment les terrains nus et herbeux de tons gouttes de lait. Les jonquilles sont les flammes au sol de ce printemps toujours latent. La pulmonaire a de jolies fleurs rouge-violet et bleues, couleurs de saphirs et rubis condensés de rosée, 'diaprant' l’espace de teintes brillantes, avec sur les feuilles des étoiles perles d’albâtre d’une voie lactée à portée de main. Des trésors qui sommeillaient en hiver réapparaissent. En mars, l’herbe est parsemée des boutons rosés des pâquerettes qui s’ouvrent aux rayons du soleil, montrant leur blancheur et leur cœur d’or. La couleur jaune se lève avec le soleil des ficaires et des narcisses, et les piaillements chauds d'oiseaux aux teintes de feu, aux tons du levant. Le regard s’élance avec leurs vols vers le printemps ; mais ces efforts réitérés et avortés par le froid et les giboulées fatiguent. Pourtant tout bourgeonne, la sève monte et s'apprête à éclater en mille fleurs colorées, parfums, effluves…

On ne mesure pas toujours la magie de certaines choses simples qui nous entourent et nous semblent acquises définitivement comme le ciel, le soleil, la lune, l'eau, les étoiles, la terre ... Nous les croyons de droit, éternelles, et ne les goûtons pas toujours à leur juste valeur. Qu'y-a-t-il de plus cher pour l'homme ? C'est si précieux qu'il est impossible d'y mettre un prix. N'est-ce pas cela la véritable richesse ?

Photographies du tome premier du Dictionnaire Raisonné Universel d'Histoire Naturelle, contenant l'Histoire des Animaux, des Végétaux et des Minéraux, Et celle des Corps célestes, des Météores, & des autres principaux Phénomènes de la Nature ; avec l'Histoire et la Description des Drogues simples tirées des trois Règnes ; Et le détail de leurs usages dans la Médecine, dans l'Économie domestique & champêtre, & dans les Arts et Métiers ... Par M. Valmont de Bomare ... Nouvelle édition, revue et augmentée, Paris, Lacombe, 1768.

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Vendredi 4 avril 2008 5 04 /04 /Avr /2008 11:35
Durant l’Antiquité, on écrit que le fondement des arts et des sciences est l’imitation : de ce qui nous entoure, en premier lieu de la nature, et de ce qui nous dépasse : les dieux ou les rythmes du cosmos. Cette idée d’un art qui imite la nature et cherche à la transcender est au fondement même de notre culture. On cultive la terre comme on le fait de son esprit. Cette pure intelligence en interaction avec son environnement s’exprime d’une façon subtile à travers la pastorale. Jusqu’au XIXe siècle, la vie pastorale est une source d’inspiration pour les sociétés les plus compliquées. Ce goût antique pour les bois sacrés, les monts où se logent les divinités, pour cette nature où les dieux évoluent, continue durant la chrétienté qui reprend à son compte toute une partie de la ‘rhétorique’ pastorale. Le membre du clergé devient le berger, les fidèles les brebis, le diable a la physionomie du bouc, et les rythmes des saisons, des mois, des journées, cadencent les cérémonies.

De l’Antiquité au XVIIIe siècle, la vie pastorale est surtout considérée sous son aspect pur, sain, en contact direct avec la ou les divinités. Du fait de cette communication privilégiée avec le divin et du bonheur inaltéré qui en résulte, l’existence pastorale semble éloignée des vicissitudes. L’amour s’y déploie sans obstacles puisque la corruption n’y existe pas. Dans cet univers naturel fait d’abondance, l’homme vit sans fausses pudeurs et sans désirs ni besoins, baigné dans le plaisir de sentiments épurés, d’amitiés et d’amours véritables. Certains lieux rappellent plus que d’autres ce paradis, comme l’Arcadie en Grèce, le mont Parnasse où les Muses sont sensées résider, l’île de Lesbos… Une véritable philosophie se cache dans ces écrits, une alchimie subtile. De nombreuses légendes mythologiques (ce que le XVIIIe siècle appelle ‘fables’) mettent en scène bergères et bergers, et les dieux qui habitent montagnes et forêts sacrées. Des centaines de divinités occupent les campagnes et les bois sacrés : Nymphes, Naïades, Sylphes, Dryades … Pan protège bergers et troupeaux ... La religion chrétienne se sert largement du thème du bon pasteur. On retrouve la houlette du berger dans les mains de nombre de saints et de papes. La vie pastorale est la gardienne d’une pureté : réminiscence d’un âge d’or où les dieux vivent parmi les hommes (la dernière divinité à être restée étant Astrée la déesse de la Justice). A travers les écrits pastoraux, les écrivains français épanchent leur connaissance de la beauté classique de l’Antiquité, de l’Hellénisme, avec une finesse emprunte de poésie courtoise et toute entière dévouée à l’âme subtile d’une terre de tous les possibles et de toutes les richesses, dialoguant grâce à une extrême habilité et clairvoyance avec la divinité païenne à des époques empruntes de christianisme.

La littérature antique est à l’origine de ce genre littéraire en Occident avec les Bucoliques, les Eglogues et les Géorgiques de Virgile, les Idylles de Théocrite. Ajoutons à cela le roman intitulé Daphnis et Chloé de Longus. Certains poèmes d’Ausone sont appelés Idylles. Le Moyen-âge cultive de multiples formes de poésies dans différentes langues. La ‘pastorela’ est un genre de la littérature occitane qui relate le plus souvent la rencontre du poète avec une bergère, motif repris ou présent dans la poésie latine et par les troubadours dans les pastourelles françaises. Leur forme dialoguée leur donne parfois des allures de pièces ou de romans. La pastourelle est alors un genre ‘bucolique’ celui-ci imprégnant profondément la poésie et le folklore médiévaux avec ses reverdies et autres rondeaux à danser… La Renaissance italienne remet au goût du jour les oeuvres pastorales antiques avec les poètes néo-latins de la Renaissance : Pétrarque, Boccace, Guarini, Boiardo, Spagnoli, Pontano, Sannazar, Flaminio, Vida, Navagero, et ceux qui écrivent en Italien comme Sannazar (Arcadia), G. B. Giraldi Cinthio (Egle), B. Castiglione (Tirsi), A. Lollio, (Il sacrificio), Tasse (Aminta), Guarini, (Pastor fido), Groto, (Pentimento amoroso), Comte Bonarelli (La Philis de Sciro). La Renaissance française s’inspire de tout ce qui vient d’Italie. La vogue des idylles, pastorales et églogues commence au XVIe siècle avec Clément Marot, François Habert, Maurice Scève (Arion), Hugues Salel (Eglogue marine), Baïf (Œuvres en rime et autres Eglogues), Ronsard (Chants pastoraux, Bergerie, Le Cyclope amoureux), Remy Belleau (Bergerie), Nicolas Filleul (Théâtre de Gaillon), F. de Belleforest (Pastorale amoureuse), Claude De Bassecourt (Trage-comedie pastoralle ou Myllas), Honoré d’Urfé (Astrée). Le XVIIe siècle suit cette mode et l’amplifie avec Vauquelin de La Fresnaye, Antoine de Montchrestien, (Bergerie), Du Mas (Lydie), G. Colletet qui écrit un Discours du poème bucolique où il est traité de l’Eglogue, de l’Idylle et de la Bergerie édité en 1657. Astrée influence beaucoup les Précieuses du XVIIe siècle. Antoinette Deshoulières (1638-1694) écrit des œuvres pastorales. Molière sort une Pastorale champêtre. Au XVIIIe siècle, Fontenelle [un des Modernes] (Poésies pastorales, Traité sur la nature de l'églogue), Gessner (La Mort d’Abel, 1761 ; Idylles, 1762 ; Daphnis, 1764), Léonard (Idylles, 1766), Berquin, (Idylles, 1775), André Marie Chénier [un autre Moderne] (Bucoliques), l’abbé Louis Mangenot (deux idylles en prose) ; Florian (Galatée, 1783 et Estelle et Némorin, 1787) continuent.

La Pastorale qui remonte à l’Antiquité la plus tardive est un véritable courant artistique plus que littéraire, véhiculant une philosophie et esthétique d’une beauté et d’une finesse remarquables. L’industrialisation des XIXe et XXe siècles et le brassage des civilisations rendent désuet cet attachement à la terre. Il n’est plus question d’imiter mais de maîtriser et de dominer ; on s’intéresse de moins en moins au sol qu’on foule, son histoire et le savoir qu’il véhicule. Pourtant chaque endroit de la terre a ses trésors à offrir, une abondance bafouée par l’ignorance qui est paradoxalement souvent à la recherche de richesses !

Photographies : tirées du tome VI consacré aux mammifères d’Histoire naturelle de Georges-Louis Leclerc de Buffon (1707-1788), Imprimerie Royale, 1769. L’œuvre de Monsieur de Buffon représente une certaine soif de connaissance, et les gravures que nous présentons ne manquent pas de finesse et sont assez amusantes ainsi livrées !
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Mercredi 25 avril 2007 3 25 /04 /Avr /2007 17:14
La mode des Pastorales occupe une place importante au XVIIIe siècle. Elle puise son inspiration dans un retour à l’Age d’or, emprunt de valeurs simples, belles, amoureuses et baignées de fantaisies. Une véritable philosophie se cache dans ces écrits, une alchimie subtile. A travers la mode pastorale, les écrivains, comme les autres artistes et personnes qui s’y intéressent, épanchent leur connaissance de la beauté classique de l’Antiquité ou de l’intuition délicate qu’ils ont de cette sagesse, avec une finesse emprunte de poésie courtoise et toute entière dévouée à l’âme sensible d’une terre de tous les possibles et de toutes les richesses, ceci avec une extrême habileté et clairvoyance.
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