Brève histoire de la galanterie

Les Petits-maîtres de la Mode

Faites ce que vous voulez ! Tant que cela ne nuit à personne, il n’y a aucune raison de s’en priver.

Moi, ce que j’aime, c’est l’univers de la galanterie. Enfin pas n’importe lequel. De quoi s’agit-il ? D’un état de l’esprit transmis depuis la plus haute Antiquité, notamment par des philosophes comme les platoniciens puis les néoplatoniciens, puis à travers la fin’amor médiévale (la courtoisie), et la galanterie à partir du XVIe siècle. Quand je dis « transmis », je veux dire par là un état d’union ‘spirituel’, d’esprit à esprit. C’est un état d’esprit, de notre esprit ; c’est l’esprit même, dans toute son infinité et sa subtilité : un trésor que chacun possède, même si beaucoup peut-être le négligent. Rien de plus facile que de l’atteindre finalement, car notre esprit est toujours présent. Pas besoin de se déplacer ni d’être initié pour accéder à lui.

Les dialogues de Platon sont des exemples de moments où les esprits se rejoignent et se révèlent. Mais la parole n’est pas nécessaire… le moment adéquat peut-être… par exemple celui d’une agréable journée, dans un climat non pollué, baignée de soleil et de brise légère sur le chemin d’un jardin d’Athènes, au milieu d’essences végétales répandant leurs délicieuses effluves.

C’est en relisant dernièrement Le Grand Dictionnaire des Précieuses, historique, poétique, géographique, cosmographique, chronologique et armoirique (1661) d’Antoine Baudeau de Somaize (auteur du XVIIe siècle dont on ne connaît pas les dates), que j’ai eu envie de parler ici de ce sujet. L’écrivain y évoque l’antiquité de l’origine des précieuses, qui du reste font constamment référence à la Grèce ancienne et se donnent des noms lui étant empruntés. Leur temps est celui des premiers petits-maîtres de la Fronde, celui de la fin d’un temps, dont elles sont, comme eux, finalement un des derniers témoignages, si on peut s’exprimer ainsi, car l’esprit ne meurt pas. Elles n’ont pas inventé le dialogue près du lit (la ruelle), les cercles littéraires, les conversations philosophiques, les échanges poétiques, etc. D’autres l’ont fait avant elles, pas seulement des Grecs et des Romains, mais aussi des dames médiévales et du XVIe siècle dont les précieuses sont des descendantes ou qui les singent ; des dames dont la plupart sont restées inconnues. Ce ne sont pas bien sûr que des femmes… au contraire… puisque tout dialogue courtois ou galant présuppose que chaque sexe soit présent, dans un rapport de couple spirituel, qui peut bien sûr devenir charnel, puisque la nature a fait les corps féminin et masculin pour se compléter… dans un objectif éminemment procréatif, comme c’est le cas chez les animaux. Tout est dans le raffinement de ce que la nature a donné, pour en faire un joyau : purification des esprits à travers notamment la poésie et la philosophie, et des corps à travers la langue, la toilette, la danse, etc. Tous ces esprits, baignés dans la musique et la danse des sphères, dans l’infinité du présent, côtoyant la grandeur et la majesté du monde, restent inconnus du commun. Ce sont souvent par ceux qui cherchent à les imiter que l’on se fait une idée de leur présence… de leur beauté. La beauté, une chose très importante dans cet univers… et qu’aujourd’hui on oublie dans notre culture, comme si celle-ci était la marque d’une discrimination, et que seule la laideur puisse rassembler. Un passage de la Lettre de Gename à Niassare de Michel de Pure (1620 – 1680), met en avant l’importance accordée à la beauté, dans l’univers des précieuses.

Voici ces deux textes :

« ANTIQUITÉ. Les modes, comme les empires, ont un commencement, un progrès et une fin ; et souvent ce qui a le moins fait de bruit à sa naissance vient en un point que tout le monde en parle, et qu’il est généralement suivi.

Les précieuses, dont je veux prouver l’antiquité, sont de ce nombre. De tout temps on a vu des assemblées, de tout temps on a vu des ruelles, de tout temps on a vu des femmes d’esprit, et par cette raison il est vrai de dire que de tout temps il y a eu des précieuses. Mais, comme il est constant que la politesse est l’une de ces choses que l’âge augmente, il est constant aussi que c’est du temps de Valère [Voiture] que cette belle qualité, à force de vieillir, étant venue à une période à durer quelque temps dans le même état, fut introduite dans les ruelles, en accrût le pouvoir, et donna commencement à ce qui depuis a si fort éclaté. C’est, dis-je, en ce temps que ces sortes de femmes appelées précieuses, après avoir été dans les ténèbres et n’avoir jugé des vers et de la prose qu’en secret, commencèrent à le faire en public, et que rien n’était plus approuvé sans leurs suffrages. Cette puissance, qu’alors elles usurpèrent, s’est depuis augmentée, et elles ont porté si loin leur empire, que, non contentes de juger des productions d’esprit de tout le monde, elles ont voulu se mêler elles-mêmes d’écrire ; et, pour ajouter quelque chose à ce qui avait paru devant elles, on les a vues faire un nouveau langage, et donner à nôtre langue cent façons de parler qui n’avaient point encore vu le jour. L’origine des précieuses est donc assez ancienne pour ne point mettre en doute leur antiquité ; mais, pour de l’origine passer à ce qu’elles sont elles-mêmes, il faut savoir qu’elles sont les parties essentielles d’une précieuse. Quoi que l’on en ait dit, quoi que l’on en ait écrit, quoi que l’on en puisse dire ou écrire, je puis assurer qu’assez peu de gens s’accordent sur ce point ; mais je suis certain que la première partie d’une précieuse est l’esprit, et que pour porter ce nom il est absolument nécessaire qu’une personne en ait ou affecte de paraître en avoir, ou du moins qu’elle soit persuadée qu’elle en a. Si l’esprit leur est absolument nécessaire, de tout temps on a vu des filles et des femmes spirituelles. […] Je sais bien que l’on me demandera si toutes les femmes d’esprit sont précieuses ; je réponds à cette demande que non, et que ce sont seulement celles qui se mêlent d’écrire ou de corriger ce que les autres écrivent, celles qui font leur principal de la lecture des romans, et sur tout celles qui inventent des façons de parler bizarres par leur nouveauté et extraordinaires dans leurs significations. […] ».

« […] la Précieuse […] c’est un précis de l’esprit, et un extrait de l’intelligence humaine. […]

Ces astres qui brillent sur la terre, ont deux sortes de ciel que la nouvelle Philosophie a appelé Alcôve ou Ruelle, L’un et l’autre ne composent qu’une sphère, et sont dans un même cercle que l’on appelle de Conversation. On ne laisse pas d’y distinguer les endroits et les zones froides, torrides et tempérées ; mais il y souffle un vent qu’on appelle Déguisement qui rend les unes si semblables aux autres, que les plus habiles Astrologues n’en peuvent que très-malaisément les distinguer et éviter la confusion. […]

La Précieuse de soi n’a point de définition ; les termes sont trop grossiers pour bien exprimer une chose si spirituelle. On ne peut concevoir ce que c’est que par le corps qu’elles composent, et par les apparences de ce corps.

Ce corps est un amas de belles personnes ; c’est un composé du triage des Ruelles, et de tout ce  qu’il y a de beau qui les fréquente. Les parties, quoique différentes entr’elles, ne laissent pas d’avoir un beau rapport avec le tout ; et quelque diversité ou opposition qui arrive, l’harmonie n’en est point interrompue et même elle en est plus agréable. Comme les anges font leur espèce particulière, de même chaque Précieuse a la sienne. […]

Celles qu’on appelle Beautés, sont des Précieuses, qui pour faire valoir les talents naturels et les grâces nées avec elles, ont pour objet principal l’approbation et le plaisir des yeux. Et d’autant que ces sens sont trop bas, et d’un ordre inférieur au mérite de ces belles, elles les élèvent par la raison et par l’esprit, et tâchent de fonder en droit les passions qu’elles peuvent faire naître. Les fières et les sévères composent deux autres espèces parmi ces Beautés. [l’auteur les décrit et ajoute les « Beautés journalières », les « Beautés changeantes », les « Beautés d’encore [encore belles] », les « Beautés de plus ou moins », les « Beautés de Consolation », les « Beautés d’Espoir », etc.]

La différence de ces beautés et de celles du commun, est en une chose assez visible, mais assez particulière. C’est que l’ordinaire des belles dames est d’étaler ce qu’elles ont de plus beau, de l’offrir aux yeux des spectateurs, accueillir les regards que la beauté dérobe au respect ; et soit par habitude, par faiblesse, ou par les lois de la mode, écouter et prêter l’oreille à ceux qui les traitent de belles. Mais la modestie défend à leur langue d’en dire le moindre mot. La bouche doit être fermée, elle ne peut au plus parler que par son miroir, que par quelques œillades, que par quelque souris qui puisse être aussitôt interprété en faveur de sa modestie que de sa vanité. Mais la Précieuse doit savoir en douze façons pour le moins dire qu’elle est belle, sans qu’on puisse imputer à orgueil ce qu’elle peut dire de soi-même. Il faut qu’elle ait l’adresse de pouvoir vanter son mérite, donner prix à ses sentiments, réputation à ses ouvrages, approbation à ses railleries, force à ses sévérités ; et quoi qu’elle puisse avoir de commun avec le reste du sexe, qu’elle le rende singulier par son esprit et par son industrie.

Les lois de ce beau monde (car j’appelle ainsi ce riche amas de belles personnes) ne sont pas moins extraordinaires que raisonnables. Ce n’est point comme dans les autres états, où on consulte les têtes blanches et vieillies dans l’expérience, où l’autorité est déposée entre les mains des personnes d’âge et de maturité, que la prudence et les années élèvent au-dessus des sens et de la fougue des passions. Parmi elles la plus belle a tout le pouvoir,la jeunesse ne lui ôte point son rang, et au contraire elle lui donne droit à l’empire, et en augmente l’autorité.

L’objet principal, et qui occupe tous leurs soins, c’est la recherche des bons mots et des expressions extraordinaires ; c’est à juger des beaux discours et des beaux ouvrages, pour conserver dans l’Empire des Conversations un juste tempérament entre le style rampant et le pompeux. […]

On dit qu’il y a une espèce de religion parmi elles, et qu’elles font quelque sorte de vœux […] Le premier est celui de subtilité dans les pensées ; le second est la méthode dans les désirs ; le troisième est celui de la pureté du style. Pour avoir quelque chose de commun avec les plus parfaites sociétés, elles en font un quatrième, qui est la guerre immortelle contre le Pédant et le Provincial, qui sont leurs deux ennemis irréconciliables. Mais pour enchérir encore par-dessus cette dernière pratique, elles en font un cinquième, qui est celui de l’extirpation des mauvais mots.

Voilà ce que j’en ai pu apprendre, et ce qui m’a été rapporté par des personnes du grand monde. On me fait espérer un livre dont la Précieuse sera le titre et le sujet, où l’on verra un détail de cette nouvelle et admirable espèce de beauté et d’esprit. »

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La posture

Les Petits-maîtres de la Mode

La posture est un élément de la vie, continuellement, car la vie est de la tenue. Dès l’enfance l’être humain apprend à se tenir, à quatre pattes puis sur deux pieds, à se comporter sociablement. Tout est posture, les moments personnels comme les partages, et cela jusqu’à la mort au moins, car sans doute ce qui apparaît après est aussi de l’ordre de la posture, de la manière dont on a tenu son esprit durant la vie, révélée de manière ‘réelle’, sans faux-semblants.

Le gandin est conscient de sa posture physique et mentale. Celle-ci n’est ni trop rigide ni trop relâchée… dans un point de confort et de plaisir idéal. Ne quid nimis : Rien de trop. Enfin, je parle là surtout de l’élégance, car au niveau du gandisme, il peut y avoir aussi de l’exagération, de la pose, de l’extravagance… beaucoup de fantaisie. Surtout le gandin est différent du commun dans sa modernité, sa jeunesse, son pétillant, sa vitalité riche… tellement riche que beaucoup de personnes croient que les petits-maîtres sont tous d’une condition sociale élevée… ce qui n’est pas du tout le cas.

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La posture est en étroit rapport avec les nerfs du corps, avec l’appréhension du monde. Elle est physique et mentale. Selon les cultures, la contenance ‘figée’ dominante n’est pas la même, mais est toujours accompagnée d’autres s’inscrivant dans le mouvement. Si, dans les classes aisées de l’Antiquité grecque et romaine, on vit beaucoup couché, on pratique aussi assidûment les bains et les exercices du corps, souvent quotidiennement. En Asie, l’attitude en tailleur est accompagnée d’autres pratiques plus ‘mobiles’ comme de nombreuses formes de yoga ou liées au souffle (qi, 氣)… notamment. En Occident, on est passé progressivement de la position couchée, qui est restée pendant longtemps celle d’une certaine ‘élite’ (lits d’apparat, ruelle du lit…), à celle assise et statique. Je dis « statique », car jusqu’à l’apparition des voitures à moteur, on voyage beaucoup à cheval, l’équitation faisant partie des exercices. Aujourd’hui, le cheval n’est plus très courant, et les êtres humains sont principalement engoncés dans des véhicules à moteur, à leur bureau, dans leur fauteuil, devant leur ordinateur… Tout cela change l’appréhension du monde, bloquant même les nerfs, ce qui crée des maladies. C’est pour cette raison que les exercices physiques sont primordiaux pour garder une bonne santé… pas n’importe lesquels bien sûr, certains pouvant avoir une action contraire. Là aussi de la mesure. L’élégance enseigne cette beauté qui éclot de rythmes harmonieux.

Quand il y a mouvement, mesure et musique, on parle de danse. Cette dernière est un élément fondamental de la culture française. Là aussi, cela a bien changé. L’enseigne-t-on dans les écoles ? Pourtant, durant l’Ancien Régime, elle est l’une des premières disciplines, et peut-être la première, professée dans le cadre d’une bonne éducation. Elle initie au bien vivre ensemble, mais pas seulement aux rythmes sociaux, aussi à d’autres, comme ceux apportant harmonie du corps et de l’âme de l’individu, et d’autres encore plus ‘divins’, reliant à ce que les ‘platonistes’, les pythagoriciens ou les orphiques notamment appellent « la musique des sphères », c’est-à-dire la danse musicale du monde.

Je reviens sur l’expression « s’asseoir en tailleur » : Elle vient du fait que certains artisans, en particulier les tailleurs, se mettaient souvent dans cette position pour travailler. En Inde, les cordonniers avaient, et ont peut-être encore, l’habitude de le faire les jambes écartées, les genoux pliés et les talons joints.

Il y a deux contenances importantes dans l’éducation française, et que l’on retrouve chez les gandins : la droiture et la révérence. La première est aidée notamment par les habits qui, jusqu’au XXe siècle, sont pour d’aucuns assez rigides : corset, plastron, amidon, col, sur-mesure… Ils facilitent la tenue. La seconde est la révérence, qui est une marque de civilité. On se penche beaucoup jusqu’au XIXe siècle, avant d’emprunter l’usage anglais de se serrer la main. Les gandins prennent souvent un air ‘penché’… De la tenue certes, mais pas de rigidité. S’il y a une chose que le comportement des petits-maîtres enseigne aux autres, c’est à ne pas être rigide. Neglegentia diligens, dit l’adage (voir l’article sur Le gandisme).

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Les autonomes

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On entend beaucoup parler d’autonomie de nos jours. D’un côté il y a des gens qui cherchent à vivre le plus possible en toute indépendance et en harmonie avec leur environnement, de l’autre on constate qu’une grande majorité des gens se vautre dans le contraire. Que l’on se roule parfois dans l’insalubrité… pourquoi pas… chacun fait ce qu’il veut quand cela n’a pas d’incidence sur les autres qui n’en veulent pas. Le problème c’est quand cette insalubrité devient la règle et pollue.

Les autonomes revendiquent la liberté de bien faire… d’abord pour eux… car la vie est un continuel apprentissage personnel dans laquelle il n’existe pas de maîtres… bien évidemment puisqu’elle est un apprentissage continuel, même les ‘maîtres’ apprenant constamment !

Personnellement, mon cœur a toujours penché entre deux extrêmes : la vie sauvage et la vie civilisée (dans le bon sens du terme). Je me suis tout le temps demandé pourquoi, et crois aujourd’hui que c’est ma vision de la société actuelle qui m’a poussé à être aussi extrême. On peut être à la fois finement urbain (dans le sens d’urbanité), en harmonie avec l’environnement naturel et autonome… au moins libre en esprit ! Seulement autour de moi je constate surtout le contraire.

L’autonome a remplacé l’alternatif des années 1980 qui cherchait des solutions aux difficultés de son temps et aux hippies/babas des années 1960-70… Tous, comme la plupart des petits-maîtres de tous les temps, sont en quête de liberté.

Si la devise de la République française est « Liberté, égalité et fraternité », la liberté venant en premier, dans les faits cette dernière est loin d’être effective aujourd’hui, et les libertaires très loin d’être appréciés par le commun. Si on a fait de l’anarchisme quelque chose de démoniaque à travers quelques personnages violents, pour des raisons politiques bien sûr, dans la réalité le libertarisme est très loin de prôner le désordre, ou ce qu’on appelle de nos jours « l’anarchie »… au contraire ! J’aime beaucoup ces mots, déjà cités dans ce blog, de Pierre-Joseph Proudhon (1809 – 1865) : « L’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir ». Les autonomes en sont un exemple, et tous les mouvements prônant une harmonie avec la nature et l’environnement en général. Personne ne doit prendre le pouvoir sur personne, ni même sur les autres êtres vivants. Par contre un partage, des échanges sont nécessaires, afin de créer un monde harmonieux.

Le libertarisme est d’autant plus d’actualité que nous sommes dans un monde social dominé par des organisations internationales politiques, financières, économiques, religieuses, humanitaires, d’obédience, écologiques… qui ne peuvent que dialoguer avec d’autres du même genre, perdant souvent toute humanité et surtout facilement manipulables. Elles n’aboutissent qu’à la maladie, comme celle (ou plutôt devrais-je dire « celles ») du monde contemporain. Même le mutualisme est aujourd’hui phagocyté par la finance ! L’ordre sans le pouvoir c’est au contraire l’harmonie. C’est aussi la liberté, l’égalité et la fraternité. Cela conjugue le bien vivre et l’être ensemble à la liberté individuelle.

En France, à partir de la Révolution de 1789, une grande partie de l’élégance a accentué son caractère intellectuel et politique… dans la suite des libertins, précieuses, modernes, auteures ou cacouacs, ils sont devenus romantiques, bas-bleus, bousingots, libres-penseurs, vésuviennes, humanitaires, féministes, libertaires, montparnos, existentialistes, etc. Il en est question dans mon livre sur Les Petits-maîtres de la mode.

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La mode française

Est-ce vraiment le moment de parler de la mode française, alors qu’un très grand nombre des voyants de notre société et de notre monde sont au rouge ? Je réponds évidemment que oui, parce que :
– La situation est inextricable ;
– Il n’y a rien de mauvais à rechercher les trois B (le beau, le bon et le bien) ;
– J’aime cela ;
– Il n’y a pas de grandes solutions à la situation actuelle, mais une infinité à l’échelle humaine, et qu’aucun domaine ne doit être laissé de côté, et notamment pas ce qui fait remuer les foules ;
– Pour moi se cache derrière la mode une véritable philosophie, un amour du beau et de la fantaisie… du bonheur… et que sans bonheur, sans appétit, plaisir (je rappelle que je distingue fortement plaisir et désir), on ne peut véritablement avancer…
– Parce que ceci, parce que cela…

Et puis le gandisme consiste à chercher à rester droit et à l’aise dans toutes les situations, sans jamais oublier ce paradis ‘perdu’ dont la mode était un des reflets les plus chatoyants. J’emploie le passé, car il est bien évident que la mode française aujourd’hui est dans un lamentable état. De même que l’élégance…

L’élégance, la beauté et la sagesse manquent énormément à ce monde. Si elles étaient présentes chez ceux qui dirigent, il n’y aurait pas de problèmes environnementaux, d’injustices et autres.

Mais revenons-en à la mode française et en particulier à son histoire. Quand je parcours des livres sur la mode, je suis souvent très surpris par certaines constatations :
– Sa réduction aux habits, alors que dans son histoire le vêtement ne constitue qu’une partie de son évolution ;
– Le peu de connaissances que l’on a de l’histoire de la mode vestimentaire même, notamment de ses ‘grands artisans’, chaque génération ayant ses noms renommés dans tous les domaines qui la constituent, et cela depuis l’Antiquité ;
– Dans la mode vestimentaire contemporaine particulièrement, la place ridicule accordée à la mode masculine, tendance qui commence à la fin du XVIIIe siècle…

Dernièrement, j’ai emprunté à la bibliothèque de mon quartier un livre intitulé La Mode pour les nuls, dont l’auteur est une « rédactrice en chef adjointe du magazine Marie France ». Cet ouvrage est censé introduire à la mode ceux qui n’y connaissent rien. Il est exemplaire de l’état où en est la connaissance en France sur ce sujet. Il n’y est question presque que de mode vestimentaire. Celui-ci est très complet et clair pour ce qui concerne la seconde partie du XXe siècle et la mode marchande contemporaine. Il fait quatre cents pages, dont seulement douze sont consacrées à ce qui précède le XXe siècle. Et sur ces douze pages, cinq ont pour sujet ce qui se passe avant la reine Marie-Antoinette. Là, on peut y lire, sans autres explications, que « le mot mode n’apparaît qu’en 1393 ». À la page suivante on lit : « Emprunté au latin "modus", il signifie alors "manière et mesure" pour devenir un peu plus tard "façon" qui souffle aux Anglais le terme "fashion", tant utilisé aujourd’hui. Mais ce n’est qu’un siècle plus tard, en 1482 sous le règne de Louis XI, que le mot "mode" prend sa véritable signification en devenant "une manière collective d’habillement". »

Le mot latin modus signifie bien mesure, manière et façon, mais son sens est déjà très apparenté à celui du « mode » contemporain. Durant l’Antiquité, on parle déjà de modes : vestimentaires, des coiffures, musicales, langagières, etc. Alors que modus est masculin, au Moyen Âge se fait une distinction entre les genres masculins et féminins de « mode ». Comme aujourd’hui, même au féminin, ce mot ne désigne pas que les habits. Il est vrai que déjà au Moyen Âge on fait parfois le raccourci entre « mode » et « mode du costume » (« manière collective d’habillement »). Mais je me demande comment l’auteur peut donner des dates précises (du reste différentes) dans cette évolution, qui sans doute a commencé dans le latin médiéval ?

Quant à « façon », il vient du latin factionem, accusatif de factio (pouvoir ou manière de faire). Il y a donc une idée de manière mais dans le fait de faire, de fabriquer, ainsi que d’être, de se comporter. Le mot anglais fashion vient de l’ancien français « façon » qui a alors la même signification que son antécédent latin.

Ce livre, comme beaucoup d’autres sur le sujet et même les expositions contemporaines sur la mode, ne garde de la mode que sa marchandisation qui n’a fait que croître depuis le XIXe siècle particulièrement. Cela se comprend, les modeux d’aujourd’hui étant surtout préoccupés par leur temps qui est malheureusement celui du prêt-à-porter.

Il est écrit que « la première des couturières est Rose Bertin », alors qu’elle était marchande de modes, ce qui est différent. Elle n’était pas la seule marchande de modes réputée à son époque, juste avant elle il y en avait d’autres comme Mlle Alexandrine ou M. Baulard, car on compte aussi des marchands de modes reconnus. On peut retrouver jusqu’au Moyen Âge de grands noms de tailleurs, coiffeurs, bottiers, brodeurs, teinturiers, joailliers, etc.

Ce livre, comme ce que disent la plupart des spécialistes de la mode aujourd’hui, considère que celle-ci commence véritablement avec Charles Frederick Worth (1826 – 1895). Selon moi, c’est tout à fait le contraire, elle se dégrade à partir de cette époque (avec des prémices dès Rose Bertin et la fin de la grandeur masculine dans la mode) avec les grands magasins, le prêt-à-porter, la dictature imposée par les maisons de couture, puis au milieu du XXe siècle avec la fin des couturières et tailleurs pour tous, etc. Le livre présente Worth comme le premier homme s’occupant du costume des femmes, alors qu’au contraire la gente masculine prédomine dans ce domaine en particulier jusqu’au XVIIIe siècle.

Le chapitre 2 est intitulé : « Et tout arriva au XXe siècle » ! C’est dire ! Évidemment, cet ouvrage s’occupe surtout de la mode vestimentaire d’après le milieu du XXe siècle, mais c’est dommage que la mode soit ainsi introduite à ceux qui n’y connaissent rien.

Toujours selon moi, bien sûr, la grande époque de la mode dans l’actuelle France est celle comprise entre la fin du XIIIe siècle et le début du XVIIIe, même si elle y a toujours été présente jusqu’à aujourd’hui, malgré sa grande uniformisation mondiale imposée par l’industrie du prêt à consommer. L’inventivité vestimentaire n’a du reste jamais été aussi présente qu’aux XIVe – XVe siècles. Je ‘comprends’ que cela n'intéresse pas les contemporains attachés à la mode de manière ‘basique’, et encore moins les industriels.

Pour conclure, voici une utilisation du terme modus dans un texte latin, chez Ovide (43 av. J.-C. – 17 ou 18 ap. J.-C.) dans L’Art d’aimer (Ars amatoria) : Nec quot apes Hyblae, nec quot in Alpe ferae, / Nec mihi tot positus numero conprendere fas est : / Adicit ornatus proxima quaeque dies. / Et neglecta decet multas coma; saepe iacere / Hesternam credas ; illa repexa MODO est.  Ce qui est traduit ici ainsi : « On compterait les glands d’un vaste chêne, les abeilles de l’Hybla, les bêtes fauves qui peuplent les Alpes, plutôt que le nombre infini de parures et de modes nouvelles que chaque jour voit éclore. »

Si on souhaite découvrir la mode aujourd’hui, laissons celle de son histoire inspirer.

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Le beau

Pour faire suite à un article récent sur Le souffle : l’esprit ou le bel air de l’élégance, avoir de l’esprit est nécessaire au gandin, car l’esprit est le premier élément le constituant qu’il tourne vers la beauté. Un bel esprit est plus important qu’un beau corps. Une agréable apparence sans bel esprit est telle une coquille vide, et une âme mauvaise dans une plaisante tournure est comme un poison dans un joli vase. Mais un corps sain facilite le bel esprit, voire le crée. Le gandin entretient sa bonne santé corporelle autant que son mental.

Les Petits-maîtres de la Mode

Il y a une échelle des valeurs du beau. Selon moi, la première science esthétique est celle du rythme, car le mouvement est constitutif de toutes vies connues par l’être humain… L’esprit même de ce dernier n’est que cela, et se place en haut de cette science du beau. Le mouvement de l’esprit ordonne le reste dans la mesure de ce qui dépend de soi-même, car il y a des beautés et des laideurs que l’individu ne peut changer, seulement agir dessus… et encore pas tout le temps.

De nos jours, on observe deux phénomènes étranges dans l’appréhension de la beauté corporelle :
– Le dénigrement de la beauté ‘classique’ au profit de corps ‘malades’ (mannequins anorexiques, obésité…) ;
– Les interventions profondes sur le corps lui-même (implants, tatouages, transhumanisme…).

D’une manière générale, la vulgarité est reine, et les plus ‘renommées’ des ‘maisons’ de mode l’utilisent aujourd’hui pour faire vendre. Je trouve cela très étrange. Comment le vulgaire peut-il faire vendre ?? Ou pourquoi ?

Les Petits-maîtres de la Mode

Les critères du beau sont bien sûr différents selon les époques et les civilisations. La culture française suit, dans ce domaine, principalement une double inspiration : le canon grec et la finesse médiévale, les deux se complétant, comme les principes masculins et féminins. Ils sont pourtant très différents, la première étant basée sur l’harmonie des proportions (le canon) et la seconde davantage sur la singularité et la finesse.

Les Petits-maîtres de la Mode

Pour le gandin, le beau est un refuge. Il est si important que, jusqu’au XIXe siècle, on nomme certains de ces petits-maîtres des « beaux » ou des « belles », et qu’on le fait dans toute l’Europe. Ainsi appelle-t-on le personnage emblématique du dandysme, l’Anglais George Bryan Brummell (1778 – 1840) : « Beau Brummell ».

De toutes les façons, qu’importe ce qu’est le beau, l’important n’est-il pas de le chercher ? Le but est atteint dans sa recherche même.

Bien sûr, il n’est question ici que de la beauté de soi-même. La chercher chez les autres n’est que du désir, et le désir n’apporte rien de bon. La beauté se cultive ; elle est une culture.

Les Petits-maîtres dun Style

Les illustrations de cet article sont des pages du livre Les Petits-maîtres du style, de l’Antiquité au XIe siècle.

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La subtilité

Dans un livre du XVIIIe siècle, dont je n’ai pas noté la référence, est donnée une anecdote sur une fête organisée à cette époque ayant pour sujet les quatre Âges de l’Humanité. Pour chaque Âge était préparée une festivité spécifique, toutes se déroulant en même temps. Pour l’Âge d’Or, cela consistait en un banquet pastoral, avec des aliments naturels, etc. Pour l’Âge de Fer, c’était un banquet avec des mets contemporains et des plaisirs recherchés comme on savait en donner durant ce siècle. La partie consacrée à l’Âge d’Or était désertée par les convives, alors que tout le monde s’était précipité vers l’Âge de Fer.

J’évoque cette anecdote, car elle exprime tout à fait la difficulté qu’il y a à transmettre certaines choses ; je veux dire par là à évoquer certaines subtilités. Le goût… le ‘bon’ goût… le goût savoureux… ne s’enseigne pas… il se savoure… se révèle… se trouve… Comment expliquer les souffles d’une bienfaisance inouïe de l’Âge d’Or ? Pour ceux habitués à ce qu’on leur montre les choses, c’est impossible. À notre époque, c’est particulièrement le cas, où tout est dans la monstre (le fait de montrer) mais très éloigné du goût… de la subtilité. Certes, on peut voyager dans l’espace… mais on le fait comme n’importe quel autre animal ‘nuisible’ cherchant à se répandre tout en détruisant l’harmonie du lieu d’où l’on provient.

« Bon » et « bien » sont presque devenus des gros-mots ou complètement vidés de leur sens pour devenir des outils de manipulation. Il suffit d’écouter ce qu’une personne nous dit faire de bien, pour être à peu près certain que cela cache le contraire. Ainsi détruisons-nous tout en expliquant pourquoi cela est bon. On est dans l’explication. L’art du XXe siècle a lancé cette manière, en faisant apprécier ses plus horribles créations par une analyse sophistique, une rhétorique ‘s’amusant’ à faire passer de la laideur pour de la beauté ou du génie. On est très loin de l’adage qui dit que l’art consiste à dissimuler l’art : Ars [est] celare artem.

La beauté subtile n’est pas ostentatoire. Même si elle n’est jamais laide, elle n’est pas toujours visible au premier coup d’œil… en tout cas pas à des âges comme le nôtre… Par contre, elle l’est dans des âges davantage ‘purs’, baignés dans la véritable élégance. Comme le dit le Petit-Prince de Saint-Exupéry : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Pas besoin de chercher des palais loin de nous… Il y en a en nous ; ne serait-ce que celui de notre bouche, dans lequel on goûte !

Davantage que la beauté d’une chose, c’est l’harmonie d’un ensemble qui en fait sa valeur. Par exemple, une personne pourra être belle en apparence mais avec un esprit mauvais, ou un méchant individu pourra posséder une magnifique demeure du XVIIe siècle, etc. Comme dans une préparation culinaire : il suffit d’un mauvais ingrédient pour tout gâcher. Mieux vaut être modeste mais rester harmonieux.

Les « époques », que j’évoque dans cet article, ne se situent pas seulement dans le temps.

Ces choses ne s’expliquent pas et ne doivent pas l’être, car forcer c’est ne faire ressentir que de la douleur… là où il n’y en a aucune.

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Théorie de la démarche

« … Et vera incessu / Patuit dea … “La déesse se révéla par sa démarche.” ».

« Et, en effet, je suis resté pendant quelque temps stupéfié par les observations que j’avais faites sur le boulevard de Gand, et surpris de trouver au mouvement des couleurs aussi tranchées […] ».

« Donc, pour bien marcher, l’homme doit être droit sans roideur […] ».

Les Petits-maîtres de la ModeJ’emprunte le titre de cet article (et les citations) à celui d’un écrit d’Honoré de Balzac (1799 – 1850) publié en 1833. L’auteur s’y fait l’instigateur d’une nouvelle science. Celle-ci a tout à fait sa place de nos jours, où l’homme marche dans tous les sens… ou devrais-je dire qu’il court… et de plus en plus vite. On paye même des millions des gens pour le faire après un ballon !

L’être humain a d’abord marché, puis il s’est fait porter, sur un cheval, par d’autres hommes, dans un véhicule qui au XIXe siècle s’est motorisé. Puis il a volé, voyagé dans l’espace… Il a inventé toutes sortes d’engins pour ‘avancer’ : skis, planches (à roulettes, à voile…), bicyclettes, vélomoteurs, trottinettes, trains, etc. Pour cela il a construit des routes, pollué la planète toute entière… Nous sommes aujourd’hui dans une marche monnayée par les marchés et les marchands qui font des marcheurs des marchepieds !

La démarche est une manière de bouger le corps et l’esprit : de marcher, une attitude personnelle ou artistique… Elle imprime dans l’espace et par le mouvement un style, qui chez le gandin est un « chic » pour reprendre un terme issu de l’art. Elle dessine sur les parois de la caverne de Platon (vers 428 – 348 av. J.-C., livre VII de La République) une silhouette… qui par l’harmonie pouvant transparaître, rappelle que ce reflet est celui d’un monde plus grand, meilleur, lumineux… La théorie de la démarche est une science qui met en exergue une vérité qui transcende l’être humain. Cette réalité, qu’il ne peut voir directement, une compassionnée danseuse, nommée « Mode », libre dans cet espace alors que lui est attaché, lui suggère, à travers la beauté de ses mouvements, l’harmonie des rythmes qu’elle déploie, comme le font certains artistes avec leurs œuvres… C’est dans le ‘je ne sais quoi’ d’une belle démarche que transparaît la grandeur du monde, qui se retrouve à portée de main… oui je dis bien « main » et non pas « pied », car la démarche engage tout le corps et même l'âme. Comment montrer à un prisonnier des apparences la vérité de son état, si ce n’est à travers les apparences mêmes ?

La démarche est un mode, une mode, une manière, une avancée, un style…

« Alors je me souvins de la magnificence des plis de certaines robes ; alors je me rappelai les admirables ondulations de certaines personnes, la grâce des sinuosités, des flexuosités mouvantes de leurs cottes, et je n’ai pu résister à consigner ici ma pensée. »

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La rue : Humer l’air du temps

La rue est un des lieux où, de tout temps, s’expriment la mode, la sociabilité en général et bien sûr le gandisme. Toutes les rues ne se valent pas. Certaines se goûtent comme un bon vin, un délicieux mets. L’air n’y est pas le même dans toutes… D’aucunes font glisser en elles des souffles bénéfiques, plutôt chauds en hiver et frais en été… Comme dans le corps, il est important que les vents puissent circuler librement parmi les bâtiments. Si aujourd’hui on construit de manière anarchique, c’est beaucoup moins le cas autrefois.

Les lieux et les choses qui s’y trouvent (magasins, cafés, habitations, bureaux, places, jardins, statues, arbres, etc.) lui ajoutent à son caractère, et bien sûr les gens qu’ils amènent. La rue a un parfum… entendu dans le sens d’air, qui se rapporte aussi à son histoire. C’est ce parfum, cet esprit, que je trouve dommage de détruire pour quelque chose de moindre valeur. Mais sans bel et bon esprit que deviendrait le monde ? Chassé d’un lieu, il se déplace donc, et c’est particulièrement intéressant de constater comment les souffles de la mode et du bon ton notamment ont glissé d’un endroit à un autre dans Paris.

Comme pour toutes choses, il faut aborder la rue avec mesure. Par exemple, le SDF la vivra comme une sorte d’enfer de solitude au milieu de la foule, où le froid peut même tuer. Par contre, l’air apporté par les saisons et par ce dont je viens de parler précédemment, peut être un véritable délice pour le fin promeneur.

Aujourd’hui, cet air est mis à rude épreuve comme avec la pollution, les ondes électromagnétiques ou les nanoparticules, avec ces gens qui parlent à leur téléphone portable oubliant ceux qui les entourent, que l’on retrouve même à discourir ‘seuls’ dans les cafés, les restaurants, pianotant sur des ordinateurs, coupés du monde, même dans des lieux de sociabilité. Et puis les individus courent toujours plus, d’un point à l’autre du globe, et sont partout sans être nulle part.

Du coup, bien sûr, la flânerie disparaît, elle qui était pour certains une véritable philosophie (voir les « flâneurs », « flâneuses », « museurs », « museuses », « musards » et « musardes » dans Les Petits-maîtres de la mode). Même le lèche-vitrine est beaucoup moins important, les grandes surfaces et enseignes internationales ayant remplacé ou fait s’évaporer une très grande partie des magasins qui prenaient du soin dans leurs vitrines, toutes différentes. La rue est aussi moins sensuelle qu’elle ne l’était. On s’y accoste, s’embrasse, stationne, se tient par le bras, par la main… beaucoup moins.

Les nouvelles technologies changent aussi la donne, dans la mesure où elles ont la possibilité de submerger nos sens très rapidement, sans nous donner le choix, la possibilité de les tourner ailleurs si on le souhaite.

Mais ne soyons pas trop pessimistes. La rue reste aussi un beau théâtre, surtout certaines, avec de la vie, de la joie, du rythme, un lieu de communication, de prestances, d’inventions vestimentaires, de fantaisies et de beautés… Enfin elle peut le redevenir…

Les Bureaux d’Esprit

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Le souffle : l’esprit ou le bel air de l’élégance.

Le gandin est spirituel ! « Spirituel », voilà un autre des jolis mots de la langue française. Il vient du bas latin spiritualis, et du latin spiritalis (spirituel), dérivé de spiritus (souffle, air, esprit, sentiment…).

En latin, spiritus et spiritalis sont des termes particulièrement liés à l’air et à la respiration. L’esprit est le souffle vital, le principe de vie ; il est donc directement en rapport avec la parole qui est un des éléments du souffle. C’est sans doute pour cela qu’il est si important pour moi d’écrire… vital même. L’écriture aussi est un souffle, avec ses virgules qui rythment cette respiration.

Dans la médecine ancienne, le souffle est considéré comme étant à l’origine de la vie (le souffle à l'intérieur du corps est appelé « vent » et à l'extérieur « air »). Dans son texte sur le sujet, le médecin grec Hippocrate (vers 460 – 377 av. J.-C.) écrit qu’il est aussi une des trois nourritures nécessaires à l’homme, avec les aliments et les boissons. Le besoin en souffle est continuel, sans pause, comme les battements du cœur et autres rythmes dont l’être humain ne peut supporter une interruption trop prolongée. Hippocrate ajoute que l’air occupe tout l’espace entre le ciel et la terre et que, si le souffle est à l’origine de toutes vies, il l’est aussi de toutes les maladies.

Chez Aristote (384 – 322 av. J.-C.), dans un ouvrage vraisemblablement composé par un de ses disciples, il est écrit que, de la même manière que les plantes sont enracinées dans la terre, l’être humain est enraciné dans l’air par les narines et le corps tout entier. J’ajouterais que, comme elles, cherchant les éléments pour survivre (feu, eau, terre, air), nous sommes en mouvement dans l’air, à la recherche de ces quatre éléments (sans doute en existe-t-il d’autres non perceptibles par nos sens) qui sont essentiels à la subsistance*.

Aujourd’hui, mis à part dans certaines traditions extrême-orientales (yoga, qi gong…) qui travaillent particulièrement sur le souffle, on en parle peu. Les habitants des villes ne peuvent même plus concevoir un air non pollué. Pourtant, dans l’élégance française, l’air est primordial : le bel air, l’air de qualité… Un « air » est aussi une manière, une façon, une musique… On est dans le rythme : dans l’élément du gandin…

Comme pour la respiration, le gandin doit faire avec l’air qu’il émet (expire) et celui qu’il reçoit (inspire) ; c’est d’abord sur cela qu’il ‘se cale’, s’ajuste.

Le souffle qui vient de lui semble naturel. Ars [est] celare artem dit un adage latin : L’art consiste à ne pas montrer tout l’art dont il est issu. Les acteurs, rhétoriqueurs et autres spécialistes de la communication verbale devraient être les premiers à suivre cette sentence. Je trouve souvent étrange et malsain d’entendre certains d’entre eux entrecouper leur parole d'inspirations saccadées. Chez le gandin, la respiration s’inscrit toute entière dans les rythmes de l’élégance, sans barrière entre elle et les autres mouvements : tout est fluide, clair, lumineux, naturel, souriant (même dans les mines les plus renfrognées).

La parole et le mouvement en général sont surtout le produit de l’expiration. L’inspiration est bien sûr tout aussi importante. Le gandin a besoin d’un environnement sain et inspirant : de bel air. De nos jours cet air est incontestablement pollué. Dans la culture française courtoise, l’inspiration principale est la dame, et dans l’imaginaire poétique c’est aussi la muse. Sans inspiration, le gandin n’est que la moitié de lui-même. Certaines personnes attendent de l’élégant que celui-ci se comporte aimablement en toutes circonstances, même dans les plus fâcheuses, même sans qu’eux-mêmes ne fassent d’effort pour aller dans ce sens et l’inspirent. Pourtant, l’élégance ne peut que difficilement se manifester sans réciprocité. Il est possible de maîtriser le souffle entièrement, et son inspiration… mais cela n’est pas obligatoirement visible, et un air sain reste indispensable.

Sylphides - Bel air
Sylphides - Bel air

Un des premiers souffles, airs, rythmes (peu importe le nom que l’on donne à cela) que le gandin doit entretenir est celui de son esprit. Dans l’Ancien Régime, avoir de l’esprit est indispensable à la personne du bon ton. Cela consiste à posséder de l’à-propos, de la finesse dans la conversation, de l’intelligence, de la philosophie, une douce verve, lumineuse et teintée d’humour, une légèreté profonde : Neglentia diligens disent les Romains (voir au sujet de cette expression Les Petits-maîtres du style).

« Être spirituel » est synonyme d’« avoir de l’esprit ». Depuis le Moyen Âge, le terme « spirituel » prend aussi une valeur mystique : Spiritus Sanctus (le Saint-Esprit)… Celui de « spiritualité » est tout entier dans le mysticisme. Le spirituel manque beaucoup à notre société. Je le distingue de la spiritualité et de la religion, le spirituel et le religieux étant selon moi très différents. Il consiste peut-être, à aller profondément dans l’esprit, chercher ses limites, et à les dépasser, être d’une finesse toute belle et bonne…

Quand je dis que le spirituel manque au monde contemporain, je veux dire par-là le bel esprit. Un gandin sans (bel) esprit est une jolie fleur sans parfum, ni saveur, voire vénéneuse. L’esprit, de manière générale, est, comme le souffle, partout. L’expiration et l’inspiration font que l’esprit individuel se mélange à celui de son environnement, tellement intimement que l’on peut dire qu’il n’est rien d’autre que le mouvement.

Les Bureaux d’Esprit

Le gandin essaie de prendre conscience des rythmes qui le constituent, et dans la mesure du possible de les maîtriser. Sans effort, naturellement, il ‘voit’ sa respiration, ‘entend’ les battements de son cœur, cette pendule fragile et étonnante de l’horloge de son corps ; il sent son sang circuler sans arrêt, ses nerfs faisant passer les informations de ses sens dans tout ce qui le constitue, réalise de quoi il est fait, des organes qui le composent, comme l’horloger connaît les rouages d’une montre. Il sait se reposer entièrement dans cette musique, et s’oublier lui-même… Ses gestes sont dans cette danse de beauté et de préciosité, humectés de plaisirs et d’élégance…

En prenant conscience de ce qu’il est et des mouvements et éléments qui le constituent, il fait l’apprentissage de la liberté. Il est son propre maître… du moins à l’échelle humaine… C’est particulièrement important de nos jours où tout est fait pour faire oublier à l’être humain qu’il est libre, en le ‘baignant’ dans des rythmes non pas communautaires mais dominants et dominateurs. Le gandin lui est libre… dans la mesure de son possible… qui est la mesure de l’excellence.

Cette connaissance de soi n’est pas un repli sur soi… au contraire… puisqu’il consiste à connaître aussi l’entourage. Et puis, si chaque être humain est différent, tous se ressemblent. Comme un des personnages d’une des comédies de l’auteur romain Térence (vers 190 – 159 av. J.-C.) le dit : Homo sum humani nihil a me alienum puto (« Je suis un homme ; rien de ce qui est humain ne m’est étranger. »).

Une des critiques que l’on fait souvent aux gandins (aux petits-maîtres en général), c’est qu’ils n’ont pas assez les pieds sur terre. Il est certain que ce sont des êtres plutôt aériens ! Peut-être aussi ont-ils plus conscience que ceux qui les critiquent de l'importance de cet élément fondateur qu’est l'air, qui, ceci dit en passant… en coup de vent, on devrait arrêter de nous polluer. Et puis je montre dans mes livres qu'ils ont des racines très profondes.

* Il serait très intéressant d’aller plus avant dans ces écrits, qui donnent des clefs pour rester en bonne santé et que, de nos jours, l’on ne trouve pas dans la médecine contemporaine. Par exemple, il est stipulé que manger en trop grande quantité et trop riche (pas assez simple), produit un amoncellement de vents, ce qui apporte des maladies. C’est la même chose avec les plantes médicinales : Pour soigner, on aime utiliser des concoctions faites de divers éléments, alors que prendre une seule plante ou deux ou trois séparément est, selon moi, plus bénéfique… surtout si on y ajoute des exercices et une diète ou un régime appropriés.

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Interprétations

Les Petits-maîtres de la Mode

Un très ‘bon’ compositeur de musique, pour être apprécié, dépend entièrement de la personne qui l’interprète. On peut croire ne pas goûter un compositeur dont on écoute la production pour la première fois, du fait de la manière de la jouer du musicien que l’on écoute.

Il en va de même avec le gandisme… tout est dans l’interprétation. Les règles de la courtoisie, de la politesse et du bien-vivre en général, peuvent se transformer en d’affreuses choses dans certaines mains.

Un autre élément important est dans la capacité d’appréciation du récepteur. Tout est partage…

Finalement, dans tous les arts, dont celui de l’élégance, trois éléments sont nécessaires pour être pleinement savourés à leur juste valeur, les qualités de : composition, interprétation et jugement.

On peut ajouter d’autres facteurs, comme le moment : certains instants, époques… étant plus adéquats que d’autres pour apprécier… La relativité n’est pas seulement une théorie scientifique, elle est aussi une réalité de tous les instants.

Le gandisme est une affaire délicate… comme le gandin…

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La mesure

Les Petits-maîtres de la Mode

La mesure de soi et des autres est la véritable distinction. Le gandin distingue… prend la mesure de ce qu’il est et de ce qui l’entoure.

La première des mesures de l’excellence est sans doute de se connaître soi-même… Comme on pouvait le lire sur le fronton d’un temple de Delphes en signe de salut : Γνῶθι σαυτόν (Gnauthi seauton), « Connais-toi toi-même », Nosce te ipsum en latin.

« Mesure », « ton », « mode », « gamme », « note », « composition », « rythme », « harmonie », « équilibre », « accord »… beaucoup de notions et de mots de l’élégance font aussi partie de l’univers de la musique. L’élégance est un art du rythme, de l’harmonie, de l’équilibre, de l’invention… et de la fantaisie… une belle musique… peut-être la plus belle… Elle est une science du rythme.

La mesure est aussi du sur-mesure. On ne peut pas être gandin sans porter des habits sur-mesure et de qualité. Il est impossible de l’être dans du prêt-à-porter, même s’il s’agit de marques. Le vêtement et la mode en général ne constituent pas un moule dans lequel le gandin se glisse ; au contraire, ce sont les vêtements et la mode qui se moulent à lui, à son corps et son âme : le gandin est son propre moule dans lequel il place les ingrédients du monde, comme le potier une terre choisie et travaillée pour en faire la plus belle des porcelaines.

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Rhétorique de l’élégance

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Écrire sur l’élégance ne veut pas dire obligatoirement être soi-même élégant, du moins selon l’entendement de tous. Le style est un choix qui s’exprime selon les possibilités, et l’écriture est particulièrement appropriée pour le manifester, le terme même de « style » venant du latin stilus : objet pour écrire, écriture, manière d’écrire…

Tout est une question de rhétorique, un art du verbe. L’Évangile selon Saint-Jean débute en formulant qu’« Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. / Elle était au commencement en Dieu./ Tout par elle a été fait, et sans elle n’a été fait rien de ce qui existe. / En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes, […] »

Lorsqu’Aristote écrit, dans sa Poétique, que le rythme, comme l’harmonie et l’imitation sont dans la nature de l’être humain, il exprime, je trouve, cette même réalité, car la parole est mouvement… La première chose que fait l’être humain, avant même de naître, est de bouger, n’est-ce pas ? Sa vie ne tient qu’au mouvement : les battements de son cœur… Sa respiration est le premier dialogue qu’il entame avec le monde.

À partir de ces impulsions, des univers se déploient, avec leur rhétorique, leur poétique, leur grammaire… Toutes les réalités ayant pour base une mesure du monde, aucune n’est plus vraie qu’une autre. Le mot « mesure » est joli, car il comprend les idées de dimension, décision, évaluation, précaution, disposition, limitation, modération, connaissance, rythme, et donc de création ou/et d’imitation selon le tempérament de chacun. Il n’y a pas de grand et de petit, de bon et de mauvais, mais des choix élaborés par rapport à ce qui est déjà présent. Alors, il n’existe pas non plus d’élégance ? « Être ou ne pas être », comme le fait dire Shakespeare à un de ses personnages. Nous sommes pourtant bien là… dans le verbe… tout en étant dans son illusion… Le verbe est illusoire, car il n’est que mouvement ; aucune réalité n’est intangible ; ce ne sont que des va-et-vient dans l’espace, sans fondement, ni but. Là se trouve le gandin : dans ce goût délectable. Pour lui, le rythme n’a de réalité que dans sa beauté, que dans le plaisir qu’il procure. C’est pour cette raison que la musique et la danse sont très appréciées des gandins de toutes les époques, tout comme, la pause, ce moment de grâce… de suspension dans le temps…

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Le gandisme

Les Petits-maîtres de la Mode

Qu’est-ce que le gandisme ? C’est ce que je vais essayer de définir… peut-être, si tout se passe bien… dans des prochains articles, dont je ne connais pas encore le contenu… n’ayant pas même un plan d’établi… ni au moins une idée… ou juste une vague…

On appelle « gandin » (voir Les Petits-maîtres de la mode), au XIXe siècle, un genre d’élégant, de personnage qui aime se gaudir (se réjouir), l’équivalent du godin ou de la godine du Moyen Âge, un seyant mignon.

Se réjouir c’est aussi être bien dans son esprit, son corps, ses habits, son domicile, son entourage, sa vie, etc. C’est donc être « propre », au sens large et ancien du terme, beau, fin, soigné, urbain, aisé…  un kaloskagathos (voir Les Petits-maîtres du style) : une personne belle et bonne, aussi bien faite en apparence qu’en esprit… mais sans avoir peur de passer pour un cacouac (un individu mauvais faisant des couacs, c'est ainsi que certains appellent les philosophes des Lumières au XVIIIe siècle)… car qu’importe le jugement des méchants.

De la neglegentia diligens, une sorte d’empesage aisé, lui donne de la prestance, un air seyant, « ouvert et dégagé » comme on le dit au XVIIIe siècle. Il a de la tenue, une justesse de ton, une ‘droiture d’honneur’ emprunte de confort. Comme un poisson dans le scintillement  d’une eau claire et pure, il se laisse porter par l’art de sa tenue, de sa toilette, telle la précieuse dans son lit : de la ruelle où viennent se loger les esprits fins, comme sous l’Antiquité on discourait de pur plaisir sur des couches où le temps s’arrêtait… s’allongeait dans une sorte d’éternité… et dont certains de ces moments se poursuivent toujours depuis des siècles, comme le banquet où il est question de l’Amour, et où participe Socrate…

Le gandin ne parle peut-être plus le grec ancien ou le latin, mais s’exprime toujours en « bon françois », sachant allier les deux grandes notions du français : sa grammaire et la poésie, l’imitation la plus fine jointe à une invention toujours renouvelée.

Le gandin est aussi, sous la Seconde Restauration (de 1815 à 1830), un promeneur du « boulevard de Gand », une des parties du boulevard des Italiens à Paris, où les ‘émigrés’ viennent étaler leur élégance, obligés de fuir sous la terreur de la Révolution et de retour sous la royauté. Ils sont dans la suite des muscadins, sentant le musc, beaux et brillants d’or et de manières ampoulées, grasseyant, sautillant, minaudant, galantisant…, des petits-maîtres frondeurs de la Fronde (de 1648 à 1653), etc. Eux portent un immense chapeau haut-de-forme, sont maniérés…

Voilà pour se faire une idée…

Ci-dessous, cela pourrait être un auto-portrait…

Les Petits-maîtres de la Mode

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C’était mieux avant !

Cette assiette, d’une série sur la crinoline de Bordeaux (Johnston et Vieillard), datée entre 1845 et 1865, est particulièrement intéressante pour son sujet. Une vieille femme s’adresse à une jeune en crinoline en lui disant : « De mon temps tout était mieux qu’à présent. »

On pourrait se dire qu’il s’agit de l’éternelle rengaine confrontant l’ancienne génération à la nouvelle, les classiques et les modernes… Cependant cette image se place à une époque charnière pour la mode, au temps du commencement de ce que l’on appelle aujourd’hui « la haute couture » et « les grands couturiers ». Elle correspond aussi aux débuts de la mécanisation avec la machine à coudre, du prêt-à-porter et à l’expansion des grands magasins.

Une idée répandue, même chez les professionnels de la mode, est que c’est à ce moment que celle-ci se déploie véritablement. Si le prêt à porter et la mécanisation s’installent, la mode existe bien avant, et est beaucoup plus intéressante et même démocratique alors, car dans les mains de tous, au lieu de le devenir seulement dans celles de quelques grandes multinationales comme aujourd’hui. Lorsque cette vieille dame affirme, durant la Seconde République, que c’était mieux avant, ce n’est pas si caricatural que cela.

Je ne suis pas contre la modernité… au contraire… mais pas n’importe-laquelle. Il y a quelques mois de cela, en marchant dans Paris, j’ai vu l'affiche ci-dessous de la Une du Point (3 novembre 2016, n° 2304), avec ce titre : « Non ce n’était pas mieux avant ». Cela serait « L'enquête la plus subversive du moment ». Comme quoi !

Pourtant cela ressemble selon moi à du révisionnisme. On crée une fausse polémique avec ceux qui cherchent de belles choses et de bons exemples dans le passé, pour faire accepter ce qu'il y a de pire dans le présent et verrouiller le futur.

Voici quelques exemples qui montrent qu’il y avait beaucoup de choses mieux avant :

- Il n’y avait pas le nucléaire, épée de Damoclès sur la tête du monde;

- Il n’y avait pas les ‘continents’ de plastique (voir ici et ici) ;

- Les nanotechnologies n’existaient pas ;

- Parfois je me dis c’est que si une personne sautait du XVIIIe siècle dans le Paris d’aujourd’hui, la première chose qu’elle remarquerait c’est l’odeur de pollution ;

- De nos jours il y a une perte du goût au niveau de tous les sens ;

- On ne vivait pas sous une domination planétaire ;

- Il y avait moins de béton, de goudron, d'immeubles HLM ; les paysages n'étaient pas défigurés comme la plupart aujourd'hui en Île-de-France ; les méga-métropoles n'existaient pas ; les espèces animales et végétales étaient plus nombreuses et diversifiées ; la terre était plus respectée ;

- On ne consommait pas toutes les ressources planétaires et même plus ;

- Il n’y avait pas des tonnes de déchets dans l’espace ;

- La diversité existait alors… on ne vivait pas sous une même domination culturelle mondiale ;

- Etc. Etc.

Cela fait des dizaines d’années qu’en France on nous assène cette propagande : le nucléaire c’est bon, le diesel c’est bon, l’Union européenne c’est bon, les USA c’est la liberté, la religion ce ne sont que de gentils gens, les OGM c'est bon, et patati et patata... Et ce sont ces gens, le plus souvent payés par des multinationales ultra-riches, qui se disent « subversifs » !

« L’humanité est plus riche »… Tout dépend ce qu’on entend par « riche » !! En tout cas les écarts entre les plus riches et les plus pauvres se sont creusés.

« Plus libre et tolérante »… Dites-le à tous les intégristes qui s’affichent en France, aux politiques qui encensent des dictatures (République populaire de Chine, Arabie Saoudite…)... Même la France ou les États-Unis sont très loin d’être de véritables démocraties. Quant à l’Union européenne, elle s’est faite en dehors de toute démocratie. Est-il question de la liberté d'être manipulés par les médias, surveillés par des moyens de plus en plus sophistiqués pas seulement pour des raisons sécuritaires mais aussi commerciales (réseaux sociaux...), etc. ? Il est même question que le Gouvernement puisse puiser nos impôts directement dans notre compte-en-banque sans que l'on puisse s'y opposer !

« Mieux nourrie »… Par des multinationales qui font manger des ‘aliments’ remplis d’horreurs.

« Mieux éduquée »… Par la sous-culture.

« Moins violente »… Car les guerres aujourd’hui sont faussement dites 'chirurgicales'… depuis la première guerre en Irak… Et les dizaines de millions de morts de ces trente dernières années qu’on nous cache dans ces guerres ?

Etc. Etc.

Paris est devenue une véritable poubelle, comme la terre dans son ensemble. Et contrairement à autrefois où certaines zones étaient épargnées par les épidémies ou autres catastrophes, aujourd’hui c’est le globe en entier qui est pris en otage par ces êtres humains qui défendent l’indéfendable.

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Démocratie culturelle

La démocratie est le pouvoir donné aux citoyens. Cela ne peut fonctionner que si la majorité n’est pas corrompue, et que ceux-ci souhaitent le bien commun avant le leur. Si ce n’est pas le cas, ce gouvernement mène à la tyrannie, c’est-à-dire à une prise de pouvoir personnelle ou de quelques-uns, qui se justifie d’autant mieux que le peuple est relâché et dissolu. Déjà Platon l’écrit dans son ouvrage intitulé ultérieurement La République. Ces pouvoirs totalitaires peuvent tout d’abord s’affirmer en tant que supérieurs, d’une supériorité morale, intellectuelle, spirituelle ou autre, comme le font les religions, certaines organisations, etc. Cet état de fait n’est pas nouveau. Quand la base est corrompue, ces puissances ont d’autant plus de facilité à émerger et se maintenir… Elles s'appuient même sur cela, comme aujourd’hui. Quel est le gouvernement idéal ? C’est le gouvernement sur soi-même : Être maître de soi, libre et responsable. Cette appréhension de la liberté et de la responsabilité individuelles passe par l’éducation et la culture.

Les institutions culturelles ont donc un rôle majeur à jouer. Pour cela, elles doivent être libres, c’est-à-dire en dehors de contraintes idéologiques, d’argent ou autres. L’excellence doit être leur objectif et la démocratie leur socle. Aujourd’hui, cela est loin d’être le cas.

Prenons l’exemple des musées. Ceux-ci sont en partie dirigés par des conservateurs, qui ne sont pas supposés être des imbéciles, mais au contraire des gens pointus dans leur domaine, passionnés et, comme leur nom l’indique, préoccupés par la conservation du patrimoine culturel. On pourrait croire que ces instances fonctionnent donc merveilleusement. Seulement voilà, la démocratie y étant inexistante, ce n’est pas le cas.

Le Musée du Louvre est en cela aujourd’hui exemplaire. Toutes les grandes décisions le concernant sont prises par seulement quelques dirigeants et surtout par des pouvoirs qui lui sont extérieurs, comme les gouvernements. C’est ainsi qu’on été prises des résolutions aberrantes comme la création du Louvre Abu Dhabi, l’externalisation des réserves du Louvre à Pétaouchnok (en l’occurrence à Liévin), la création d’un grand centre commercial en son sein, le saccage de ses bâtiments, etc.

Quand je dis que les bâtiments du Louvre ont été saccagés, c’est à peu près le cas pour la plupart des musées et bibliothèques installés dans des édifices anciens ‘modernisés’ (on dit généralement ‘rénovés’ pour faire passer la pilule), ce qui consiste souvent en un massacre… Il arrive même, et les exemples sont nombreux, qu’on ne laisse subsister que les façades. Il peut sembler étrange que des conservateurs et autres personnes en charge de notre patrimoine laissent ainsi détruire ce patrimoine. La démocratie culturelle étant inexistante, ils ne semblent pas avoir leur mot à dire. Le problème est peut-être aussi dans la formation de ces personnels. Sont-ils choisis pour leur excellence, leur liberté et leur responsabilité ? Je le répète, ce qui fait la démocratie, ce sont les gens avant les structures.

Certains diront que la démocratie est une utopie, que la majorité des êtres humains n'a pas cette volonté virile d'être libre et responsable. Dans ce cas, il n'y aurait pas d'autre choix que d'instituer une aristocratie dirigeante, comme le suggère Platon. Celle-ci se caractériserait alors par ses résultats, apportant la paix, la liberté, la solidarité, la sécurité, l'égalité, etc. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

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Concours Mondial des Fleuristes

Alors que Paris vient de recevoir l’attribution des Jeux olympiques 2024, qui espérons-le ne creuseront pas le déficit de cette ville (les Jeux olympiques c'est tout de même mieux que de regarder courir les millionnaires en culotte courte du Mondial de football et ses orgies d'argent), il est une compétition beaucoup plus modeste dans l’âme et ravissante dans son expression, celle du Concours Mondial des Fleuristes ! Elle a eu lieu les 24 et 25 septembre derniers.

Elle comprenait sept épreuves mettant en scène la dextérité et le goût des fleuristes en compétition.

Grand amoureux des fleurs sauvages, j’aurais aimé qu’elles fussent davantage mises en valeur. Plus que jamais, il est important de mettre en avant les espèces poussant près de nous, de ce jardin naturel qu’est la nature.

J’espère aussi que l’année prochaine cette rencontre se déroulera dans un lieu plus naturel que le Centre international des congrès de Tours, cette ville des bords de Loire,  surnommée « Jardin de France » depuis le XVème siècle,  étant dans une région particulièrement jolie et possédant sans doute de merveilleux jardins.

Photographie © Benjamin Dubuis, Concours mondial des fleuristes.

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Le deux-centième anniversaire des Beaux Arts de Paris, ou Comment préparer son déménagement.

Cette année, les Beaux-Arts de Paris ont deux-cents ans. Le lieu est lui-même beaucoup plus ancien. Pour l’occasion, il aurait été déclaré « Musée de France ». Son directeur actuel veut l’ouvrir au public, et en faire en partie un musée.

Cet endroit est dans un état déplorable et mérite d’être restauré. Son directeur souhaite la « valorisation de ses bâtiments », de les « restaurer » et « moderniser ». Mon expérience m’a montré ce qu’à Paris on appelle valoriser, restaurer et moderniser des monuments anciens. Généralement cela signifie destructions, bétonnage, des aménagements dans l’esprit du temps (faire circuler…)... en deux mots ce que j’appelle de l’« architecture RER ».

Comme le dit ce communiqué : Les Beaux-Arts de Paris ont été « au centre de la vie intellectuelle et artistique parisienne » : « ici, depuis 200 ans, bat le cœur de la Cité, de ses mouvements et débats artistiques, culturels, intellectuels et politiques. » Ouvrir cet endroit au public ne me semble pas du tout aller dans ce sens. Créer un « espace muséal » en son sein, n’est-ce-pas modifier sa destination ? Paris a-t-il besoin d’un nouveau musée ? Surtout là, en face du Louvre !

Les Beaux-Arts sont un lieu d'apprentissage et de création. Il ne doit pas devenir un énième Disneyland culturel. L’aménager pour l’extérieur, c'est un peu comme ouvrir la Sorbonne aux touristes. Cela dévitalisera l’endroit. Déjà que le centre de Paris l'est de plus en plus (voir ici). Mis à part la ‘modernisation’, cela implique aussi une surveillance accrue, un service d’ordre systématique qui ne correspond pas à la mentalité des Beaux-Arts... Et puis je ne vois pas du tout ce que cela va apporter à ses étudiants à qui cet établissement était entièrement dédié jusqu’à présent. N’oublions pas que son véritable nom est École nationale supérieure des beaux-arts. C’est une école ! Pas un musée !

Comment vont se passer les restaurations ? Lorsque j’ai visité l’amphithéâtre restauré des Beaux-arts, la première chose qui m’a frappé c’est son aspect neuf. Je cherchais l’âme du lieu sans la trouver. Même le parquet n’avait aucune trace de pas, comme s’il était totalement refait, ce qui est peut-être le cas.

Franchement, créer un « espace muséal » au sein des Beaux-Arts, cela ne fait réagir personne ? S’ils ont besoin d’être aménagés, cela devrait être pour ses étudiants qui y sont ‘parqués’ parfois dans des conditions déplorables.

On est très loin de l’esprit de La Childebert (voir le livre sur Les Petits-maîtres de la mode) ou de mai 1968, pour lequel l’actuel directeur aime à rappeler la contribution des Beaux-Arts. En touchant aux Beaux-Arts, c’est à tout à un quartier que l’on touche, à son âme. Veut-on vraiment que cet endroit devienne un nouveau piège à touristes ?

Comme me le faisait remarquer un ami : « On peut se demander si tout cela ne cache pas en fait un projet de déménagement de l'école », un sujet qui est, selon lui, évoqué déjà depuis de nombreuses années. Vous pouvez imaginer le barouf que cela créerait dans les 6e et 7e arrondissements de Paris, qui sont imprégnés depuis des siècles par l’art et qui vivent en particulier au rythme de celui-ci et de ses galeries d’art contemporain et de ses antiquaires. Le faire serait mettre à mort définitivement le centre de la capitale qui perd progressivement toutes ses institutions : l’Hôtel-Dieu, le Palais de Justice, la Monnaie…

Si le tourisme véhicule de l'argent, il n'apporte aucune autre richesse... Et il y en a beaucoup de différentes. Un tourisme effréné génère plus de misère qu'autre chose. Et puis où irait cet argent ? Le Louvre, qui voit chaque jour des milliers de visiteurs parcourir ses galeries, en avait-il besoin pour en demander aux Émirats ? Si on enlève l’intelligence, la vie, l’art en mouvement, il ne reste plus que la mort et la désolation. L’argent n’est pas une fin en soi, c’est un outil. Est-ce ce genre de mentalité que les Beaux-Arts de Paris doivent véhiculer, une mentalité que depuis des siècles et jusqu'à Mai 68 ses étudiants appelaient « bourgeoise » ? Je le répète, pourrait-on songer que la Sorbonne s’ouvre aux touristes ? Alors pourquoi les Beaux-Arts ?

Faire de Paris, en particulier son centre, un Disneyland culturel, va accentuer son dépérissement. Je viens de lire un article de La Gazette des communes sur le déclin des centres villes (voir ici). Malgré ce qu’en dit celui-ci, les grandes villes sont aussi très touchées, même si cela ne se voit pas car les petits et ‘moyens’ commerces ont été remplacés par des enseignes internationales… jusqu’aux cafés et restaurants. Certaines communes ont décidé d’agir en interdisant ces grandes enseignes dans le centre ville, ce qui est loin d’être le cas à Paris, où même le Louvre en est rempli. Une association d’élus réclame : « que l’État montre l’exemple en arrêtant la délocalisation des administrations dans des zones périphériques. » Envisager le centre de Paris, et même toute la ville intra-muros, comme un piège à touristes, en affaiblissant, délocalisant ou supprimant ses institutions et administrations, notamment culturelles, ne fait qu’annoncer le déclin de la capitale française, et non pas sa renaissance.

Déjà qu’aujourd’hui il faut mettre entre parenthèses le terme « Beaux », bientôt ce sera tous les « Beaux-Arts » qui le seront.

Photographies ci-dessous de plâtres de statues anciennes se trouvant dans les sous-sols des Beaux-Arts.

Diverses photographies ci-dessous des Beaux-Arts. J'ai pris récemment toutes les photographies de cet article.

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Paris sous l'eau ?

Cela fait longtemps que l'on nous dit qu'une importante inondation est à attendre dans la capitale. Cependant on bâtit toujours plus profondément dans le sol et parfois à côté de la Seine. On construit sous des bâtiments très anciens plusieurs étages en sous-sol. Presque sous tous les musées et bibliothèques parisiens, même ceux logés dans des monuments les plus prestigieux, on a creusé pour y mettre des salles et le plus souvent leurs réserves. D'autres lieux anciens privés à Paris ne reposent aujourd'hui que sur du béton, comme l'Hôtel Crillon, du XVIIIe siècle, auquel on ajoute toujours plus d'étages en sous-sol pour y mettre des garages, piscines et autres.

Deux endroits sont exemplaires en ce sens, et ont tous deux eu des problèmes d’inondations ces dernières semaines : Le Louvre et la BNF rue de Richelieu.

Dans les années 1980-1990 (ce n'est pas si vieux que cela) le Louvre a été entièrement éventré, de même qu'une partie du jardin des Tuileries, pour y installer des garages, boutiques, réserves, salles d'exposition, et autres joyeusetés (salles de projection, de conférence, d’événement, etc.), tout cela à côté de la Seine ! Dernièrement, ce musée a été touché par des inondations. J'en ai parlé dans cet article. Ce qui me fait réagir aujourd'hui, c'est la lecture de celui de La Tribune de l'Art, qui nous explique qu'on ne nous dit pas tout. Cela n'est pas étonnant, la démocratie a déserté les instances culturelles publiques et est inexistantes dans les privées.

On apprend aussi dans cet article, qu'après l’inondation causée par une climatisation à la Bibliothèque nationale de France (voir ici), rue de Richelieu, cette même année, une autre a eu lieu dernièrement, à cause de la pluie, touchant notamment une centaine de manuscrits médiévaux. C'est grave non ? L'article sur ce sujet (voir ici) n'est visible entièrement que pour les abonnés de La Tribune de l'Art... Mais il faut bien vivre... Moi je survis à peine avec mon blog sans rien gagner du tout. Mais pour en revenir à la BNF rue de Richelieu : Elle se trouve à quelques centaines de mètres de la Seine, et malgré cela on a encore creusé récemment dans ses sous-sols ou modernisé ceux-ci pour y mettre de prestigieuses réserves... à plusieurs mètres en dessous du niveau du fleuve (il doit y avoir quatre étages en sous-sol) ! La mairie de Paris ne considère cependant pas qu'elle soit en zone inondable comme on le constate sur le plan des zones inondables à Paris visible ici. Acceptons-en l'augure.

Ce qui est remarquable, et que l'article de M. Didier Rykner soulève, c'est l'omerta qui règne dans beaucoup d'institutions culturelles publiques françaises, dont son site donne régulièrement des exemples. Alors que ce que j'appelle l’architecture RER prône la transparence, et que pour cela on détruit des bâtiments anciens remarquables pour dégager l'espace, faire rentrer la lumière, permettre la circulation... la désinformation et l'obscurantisme régentent. Non seulement la démocratie disparaît dans ces instances, mais aussi l'information et même la concertation, comme pour les réserves du Louvre installées à Liévin sans que la plupart des conservateurs soient d'accord et même sans les avoir consultés.

Photographie, de la grande crue de la Seine de janvier 1910, provenant de la collection personnelle de Claude Shoshany et numérisée par ses soins. Domaine public : https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4144550

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Patrimoine culturel ? Architectures RER encore et encore… Désaffection du patrimoine public au profit du privé encore et encore...

Je viens de recevoir le message électronique ci-dessus, concernant le prochain Salon international du patrimoine culturel. La photographie dit tout. Le « 57 Métal » est un bâtiment d'architecture industrielle d’un constructeur automobile français, édifié dans les années 1980 à Boulogne-Billancourt. Voilà ce que depuis quelques dizaines d’années nous réserve l’architecture française.

Cette volonté d’introduire l’architecture récente, celle que j’appelle « l’architecture RER », dans le domaine du patrimoine, était déjà présente dans le Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine, devenue loi en juin 2016 : dans son titre II intitulé « Dispositions relatives au patrimoine culturel et à la promotion de l’architecture ».

Ce Salon international du patrimoine culturel est organisé par Ateliers d’Art de France qui est un « syndicat professionnel des métiers d’art ». Je rappelle que « Le patrimoine culturel se définit comme l'ensemble des biens, matériels ou immatériels, ayant une importance artistique et/ou historique certaine. » On est censé être dans l’art et dans l’histoire. Ce n'est pas vraiment le cas avec cette manifestation qui ne traite que d'artisanat d'art, malgré son titre général de « Salon international du patrimoine culturel ».

Les mécènes sont :

- La Fondation pour les monuments historiques, qui fait partie de la Fondation de France, un organisme privé créé en 1969 sur le modèle américain ;

- Sites & Cités remarquables de France, une association loi de 1901 ;

- La Fondation du Patrimoine, un organisme privé, dont je parle dans ces articles : Fondation du patrimoine : Le patrimoine de villes entières ‘offert’ à une fondation privée et Les jeudis du mécénat, ou comment le service public culturel organise son retrait, ou cet autre article concernant un stupéfiant décret du 3 novembre 2016 (Décret n°2016-1487) « relatif à l'affectation à la Fondation du patrimoine d'une fraction du produit des successions appréhendées par l’État à titre de déshérence ». Pour information et afin de mettre à jour le premier article, après avoir présidé cette fondation pendant douze ans, Charles de Croisset a été remplacé en avril 2017 par Guillaume Poitrinal, un spéculateur immobilier et un financier qui a commencé sa carrière chez Morgan Stanley, une banque américaine. Il est notamment le fondateur du fonds Icamap, un fonds d'investissement destiné à favoriser la croissance des sociétés foncières (sociétés commerciales créant, gérant et exploitant des portefeuilles immobiliers) de petites et moyennes tailles en Europe. Jusqu’en 2013, il était le président du directoire d'Unibail Rodamco, le premier groupe coté de l'immobilier commercial en Europe.

Dans le message, rien provenant du Ministère de la Culture français, qui ne fait que se désengager progressivement de toutes ses responsabilités, au profit d’organismes privés.

Voilà ce qu’est déjà notre présent, et ce que nous réserve notre futur.

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Merveilleuses & merveilleux