Les merveilleux en Chinois dans les années 1810

Les Petits-maîtres de la Mode

Comme vu dans la dernière gravure du précédent article (photographie ci-dessous à gauche), dans les années 1810 certaines merveilleuses s’habillent ‘à la chinoise’. D’autres estampes évoquent cette ‘chinoisomanie’, comme la N°63 de Le Bon Genre intitulée « La Toilette Chinoise », datant de 1813 et visible ici.

Alors que dans la première, provenant de la série Incroyables et Merveilleuses (Paris, Le Journal des Dames et des Modes, 1810 – 1818), seule la coiffure est dite « asiatique », dans Le Bon Genre on remarque que la coiffure l’est, mais aussi que la robe et les chaussures le sont. Ce qui caractérise la coiffure, c’est sa hauteur, avec un chignon avec des tresses.

La gravure ci-dessus a été coupée très court. On ne peut donc pas y lire les légendes, mais il s’agit d’une estampe de la série Caricatures Parisiennes, intitulée : « Encore des Chinois » et de 1813. On retrouve la chevelure et la robe ‘à la chinoise’, pour le reste… il n’y a pas grand-chose rappelant la Chine, mis à part quelques détails comme la moustache ou la barbe effilée des hommes ou le toupet au sommet du crâne de l’un d’entre eux, de même peut-être que les bijoux des merveilleuses, l’ombrelle et les robes.

En France, les chinoiseries sont à la mode dans les arts décoratifs et même parfois les habits depuis que les Compagnies des Indes rapportent d’Asie des porcelaines et des laques parcourues de personnages et de scènes qui paraissent très oniriques pour le monde occidental, tellement qu’un imaginaire se crée d’un Orient fabuleux.

Dans l’Ancien Régime, la France garde donc une vision idyllique et imaginaire, voire fantasmagorique de la Chine. Les chinoiseries font fureur depuis en particulier la seconde partie du XVIIe siècle jusqu’au XVIIIe inclus… et encore par la suite comme on le voit dans cet article notamment. On en retrouve partout, jusqu’à des sortes de pagodes édifiées dans des jardins eux aussi reprenant des motifs ‘à la chinoise’ de rochers percés, etc.

Au temps des petits-maîtres ici représentés, à Paris, sur le Boulevard des Italiens, les Bains chinois sont en vogue. Il s’agit d’un établissement de bains publics, édifié en 1787 et détruit en 1853. Son architecture imite la chinoise et comprend de fausses grottes desquelles un café donne sur le boulevard, de même qu’un restaurant et une boutique de mode.

Je donne quelques exemples d’images de chinoiseries occidentales sur céramiques ici, ici, ici, ici, ici et une céramique produite en Chine au XVIIIe siècle avec un décor occidental ici. Sur la laque de Chine voir ici.

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Horace Vernet, L.-M. Lanté et G.-J. Gatine : des illustrateurs de mode du début du XIXe siècle

Les Petits-maîtres de la Mode

Le Journal des Dames et des Modes est sans aucun doute la plus célèbre revue de mode de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe, du temps des incroyables, belles, et autres merveilleuses et merveilleux. Elle est fondée à Paris en 1797, et se poursuit jusqu’en 1839. Pierre de La Mésangère devient rapidement son directeur. Chaque numéro possède une gravure de mode. Le dessinateur et le graveur qui sont à l’origine de l’estampe signent rarement. Il est donc difficile, voire impossible d’identifier les auteurs. Pour Horace Vernet (1789 – 1863) c’est différent, car il insère un monogramme au bas de son dessin. Mais le fait-il systématiquement ou occasionnellement ?

Ci-dessus, de gauche à droite, dessins gravés d’Horace Vernet provenant du Journal des Dames et des Modes :
– Signature d’Horace Vernet.
– Planche n°1372, datée de 1814 : « Chapeau et par-dessus Garnis de Rouleaux. »
– Planche n°1434, de 1814 : « Robe de mérinos garnie d’une bande de pluche-velours. »
- Planche n°1596, datant de 1816 : « Chapeau de Gaze. Châle de Tissu. Robe de Perkale. » Elle est signée « HV » et « B ».

Ci-dessous : Planche n°1566, datant de 1816,  : « Chapeau de paille d'Italie. Robe de Perkale. » Elle est signée « HV. » et « B ».

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Ci-dessous : Planche n°1662, de 1817, représentant un enfant habillé de « Chapeau de paille. Robe et pantalon de perkale. » On a les signatures « HV » pour le dessinateur et « B » pour le graveur. Cet enfant peut aussi bien être une fille qu’un garçon, car dans l’Ancien Régime, dans leurs premières années les enfants des deux sexes sont habillés de la même façon, en robe.

Les Petits-maîtres de la Mode

Horace Vernet est le fils d’un autre peintre/dessinateur célèbre : Carle Vernet (1758 – 1836). Ce dernier est à l’origine de quelques représentations de scènes avec des merveilleuses et des incroyables, dont les gravures deviennent célèbres, comme celles ci-dessous.

Ci-dessous : deux gravures dont Carle Vernet est le dessinateur, avec « Les Mérveilleuses » (ainsi écrit) et « Les Incroyables ».

Les Petits-maîtres de la Mode
Les Petits-maîtres de la Mode

Collègue d’Horace Vernet, Louis-Marie Lanté (1789 – 1871) collabore encore plus activement que lui avec Pierre de la Mésangère, notamment en fournissant une grande quantité de dessins pour sa revue Journal des Dames et des Modes. Je ne connais aucune gravure de ce journal signée par lui, car comme dit précédemment, il est rare que les artistes indiquent leur nom sur ces estampes. Georges-Jacques Gatine (1773 – 1824) est le graveur de la plupart de ses œuvres. L.-M. Lanté dessine aussi les merveilleux et les merveilleuses ainsi que les modes populaires régionales et des ouvrières (grisettes) de son époque. La gravure présentée ci-dessous est la planche « N°68 » de Costumes de femmes du pays de Caux et de plusieurs autres parties de l’ancienne province de Normandie, dessinés par L.-M. Lanté, gravés par G.-J. Gatine et avec des notices de Pierre de la Mésangère (Paris, imp. le Goupy, 1827). Avec les mêmes et Horace Vernet, il est à l’origine de : Incroyables et Merveilleuses (Paris, Journal des Dames et des Modes, 1810 – 1818). Avec G.-J. Gatine et P. de la Mésangère, il compose Les Ouvrières de Paris (Paris, Journal des Dames et des Modes, 1816 – 1827, suite aussi connue sous le titre Costumes des Grisettes et Ouvrières de Paris ou Costumes des Marchandes et Ouvrières de Paris) et Galerie française de femmes célèbres par leurs talents, leur rang ou leur beauté (Paris, Journal des Dames et des Modes, 1827).

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Ci-dessus : « Costume de Cosville, près Dieppe ». Gravure sculptée par « Gatine » d’après un dessin de « Lanté ». Cette Normande est en train de filer. Elle est parée notamment d’un étonnant col fraisé, partant du cou et montant jusqu’au-dessus des tempes !

Ci-dessous : Gravure d’un journal de mode de « Mars 1842 », avec les signatures de Lanté comme dessinateur et Gatine comme graveur, ce qui montre la longue collaboration établie entre ces deux artistes.

Les Petits-maîtres de la Mode

Ci-dessous : Merveilleuses dessinées par Horace Vernet provenant de Incroyables et Merveilleuses (Paris, Le Journal des Dames et des Modes, 1810 – 1818). Ces estampes sont collées sur un support et très tâchées. Mais un original, même abîmé, vaut mieux qu'une belle copie. Pourtant, il m'est souvent arrivé de trouvé des copies vendues plus cher ! Il en est de même pour les  personnes originales : Un merveilleux qui en a l'esprit mais pas le moyen de l'apparaître est beaucoup plus intéressant qu'un individu qui ressemble à un merveilleux mais n'en a pas l'esprit. Même si l'apparence fait beaucoup dans l'univers de la petite-maîtrise, un original reste toujours plus intéressant qu'une copie, sauf bien sûr, si cette copie est une réinterprétation personnelle qui devient alors originale. Dans ma collection, je ne possède pas un exemple de cette suite exécuté par MM. Lanté et Gatine. À l’époque de cette parution, on appelle les petits-maîtres de l’époque encore « merveilleux » et « merveilleuses », parfois « incroyables » et de bien d'autres noms, comme « belles », « beaux », etc. Voir le livre Merveilleuses & merveilleux.

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Ci-dessus : « Paris Merveilleuse N°2 » « Horace Vernet Del. » « Capote de Perkale écrue. Fichu et Brodequins écossais. Ombrelle de Perkale. »

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Ci-dessus : « Paris Merveilleuse N°4 » « Horace Vernet Del. » « Coiffure Asiatique. Robe de Bal Rayée en Rubans. » Dans les années 1810, certains merveilleux s’habillent ‘à la chinoise’, comme nous le verrons dans un prochain article. Ici la robe allie la simplicité à des ornements de franges, rubans, nœuds et fleurs, ainsi que de délicates superpositions.

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Fruits sauvages du mois d’août !

Fruits sauvages d'Ile de France

Fruits sauvages comestibles récoltés lors d’une seule sortie en forêt d’Île-de-France au mois d’août, avec des pommes sauvages, des mûres, des prunelles, des cenelles, des baies de sureau noir, des cornouilles, des fruits de l’alisier torminal, des nèfles et des noisettes.

J’aurais pu y ajouter des cynorrhodons, des poires sauvages, des fruits de l'épine-vinette, des cormes (devenues très rares) et quelques autres. La plupart de ces fruits (certains comme la pomme ou la poire sont des faux-fruits) appartiennent à des arbres ou arbustes, mis à part pour la ronce et l’églantier. Sur certains chemins plus aménagés mais encore rustiques et quelques parcs pas trop éloignés de la forêt, plusieurs sortes de prunes sont disponibles : mirabelles, reines-claudes, prunes d'ente, quetsches, etc. Je connais un chemin possédant ces quatre sortes de prunes !

Des fruits plus petits sont présents sur d’autres plantes sauvages, dont certains sont comestibles, comme pour les mauves (dont les fruits sont appelés fromageons). À cela s’ajoutent des graines de graminées et d’autres végétaux comme le panais sauvage, la carotte sauvage, la berce, le cumin des prés, etc.

Toutes ces plantes sont présentes en Île-de-France ! Des fruits sauvages sont mûrs à d’autres périodes de l’année, comme au mois de juin les merises, les cerises (provenant de cerisiers plantés par l’homme), les groseilles sauvages et les fraises sauvages, en septembre les noix (le noyer ne pousse pas spontanément mais est planté parfois à la lisière des forêts ou dans des parcs), en octobre les châtaignes et les faînes, etc.

Mon esprit libertaire et nomade s'envole en fonction des vents qui le portent, récoltant les fruits qu'il sait reconnaître sur son chemin, au milieu de cette corne d'abondance qu'est le monde.

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PRIÈRE III : MANGER CONVENABLEMENT

Les Petits-maîtres de la Mode

Prier, c’est rendre grâce et demander la grâce. La grâce est nécessaire, vitale même. Sans elle, rien ne se fait de bon, et c’est sans doute pour cela que le monde contemporain, qui en manque cruellement, nous joue un très mauvais spectacle.

Manger est nécessaire à l’être humain. Durant ce moment, il montre, par ce qu’il ingurgite et de la façon dont il le fait, de quel genre il est, quelle grâce le soutient, quels sont ses rythmes. Se nourrir doit être une communion, un partage, et ce partage ne peut se réaliser que si aucun être sensible n’en souffre. Personnellement je suis végétalien, et de plus allergique au gluten, ce qui ne me facilite pas les relations sociales. Cependant, je ne peux concevoir que pour me nourrir je fasse du mal à d’autres êtres sensibles.

De nos jours, il est difficile de trouver des aliments de qualité. Tout d’abord, presque tous ceux proposés à la vente sont industriels. Même les produits bios sont souvent empaquetés dans du plastique. Les ajouts de sucre, sel et autres adjuvants aux nourritures industrielles en font de véritables petites bombes chimiques ! Même lorsqu’on essaie de manger des produits simples, il est difficile, voire impossible, de connaître leur provenance. C’est le cas pour les végétaux dont il n’est jamais indiqué le nom de l’espèce (avec son nom latin). On ne sait donc pas s’il s’agit d’une variété récente ou ancienne, etc. À ce sujet, j’ai une anecdote très intéressante m’étant arrivée :

Merveilleuses et merveilleux

J’ai travaillé pendant un temps au Sénat, pour un sénateur socialiste. Je dois dire que je ne suis d’aucun parti politique… bien qu’aimant la politique… et c’est pour cette raison que je n’ai pas cherché à rester à la Haute assemblée. À cette époque, je fréquentais une AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne), où je discutais souvent avec un paysan. Un jour, celui-ci me dit qu’il faudrait faire une loi obligeant les vendeurs de fruits, légumes et autres plantes, d’indiquer le nom de celles-ci. Il pensait que cela empêcherait notamment la propagation des plantes OGM, les gens pouvant se renseigner sur la plante. Trouvant que c’était une bonne idée, je profitais d’un projet de loi passant au Sénat où il était question d’agriculture, pour écrire un amendement allant dans ce sens, que je proposais au sénateur. Celui-ci l’accepta, de même que le collaborateur du parti socialiste… Même l’administrateur du Sénat en charge de ce projet de loi le trouva intéressant, ce qui m’étonna beaucoup. Je m’attendais maintenant à une opposition des grands groupes de l'alimentation, mais qu’elle ne fut pas ma surprise de constater que la boîte de messagerie du sénateur contenait seulement sur ce sujet un message de la Confédération paysanne vent debout contre cet amendement, prétextant des raisons loufoques. Puis ce fut un second message de leur part avec d’autres raisons aussi étranges. Finalement, quelques jours après, un troisième message lançait un nouvel argument : obliger d’indiquer le nom de la plante empêcherait les agriculteurs proposant des espèces locales non référencées de les vendre. Le parti des écologistes, qui était alors intégré au parti socialiste au Sénat, ‘tomba’ contre mon sénateur, jusqu’à ce que celui-ci céda en retirant cet amendement. Même le paysan qui m’avait donné l’idée, s’était fait convaincre par ses confrères que c’était une très mauvaise chose. Pourtant, au contraire, je pense toujours que c’est une très bonne idée ; d’abord parce que le consommateur a le droit de savoir ce qu’il mange, ensuite parce qu’évidemment cela empêcherait de vendre des plantes manipulées génétiquement. Et puis cela ne nuirait pas aux espèces locales… contrairement à l’argument lancé… au contraire ! Du reste, il existe des dérogations pour les races primitives et variétés agricoles naturellement adaptées aux conditions locales et régionales et menacées d’érosion génétique, et je n’ai jamais entendu parler d’une interdiction de vente de variétés anciennes ! Je pense que même parmi les espèces non OGM, mais relativement nouvelles et homologuées, beaucoup sont mauvaises. Je m’en suis rendu compte en devenant intolérable au gluten. Ne mangeant que des produits bio, j’en ai déduit que le problème était sans doute dans les variétés des plantes céréalières que je mangeais et la façon dont on les cultivait. Mais impossible de savoir desquelles il s’agissait. Par exemple, pour le blé, il existerait cent-cinquante variétés inscrites au Catalogue officiel français des espèces et variétés de plantes cultivées créées par dix entreprises de sélection et près de cinq-cent-trente au Catalogue européen. Celles-ci peuvent très bien être sans OGM et en agriculture bio. Ce que cette anecdote nous apprend aussi, c’est que la véritable écologie n’est pas toujours là où on le croit… au contraire… Si dans cette histoire je ne m’attendais pas à une chose, ce fut que la Confédération paysanne et les écologistes soient contre une idée plus que merveilleuse par sa simplicité et son efficacité !

Donc, nous ne savons souvent pas ce que nous mangeons… en particulier les citadins. Même ceux qui ont leur jardin potager doivent faire attention aux variétés cultivées. La nourriture est tellement frelatée que de nombreuses maladies contemporaines lui sont liées : allergies, surpoids, diabète, rhumatismes, etc. L’obésité devient même fréquente. Face à cela, l’industrie alimentaire a trouvé une parade : Faire de l’obésité non seulement une norme mais une mode. Plusieurs films et téléfilms américains sont sortis ces dernières années mettant en valeur les gens obèses et fustigeant ceux qui pourraient être critiques vis-à-vis de cet état. Plusieurs acteurs américains sont même devenus progressivement obèses ! Pourtant, mis à part quelques rares cas congénitaux ou liés à d’autres maladies, l’obésité est une maladie souvent en relation avec un manque d’hygiène alimentaire. Le nier, ce n’est certainement pas aider les personnes qui en souffrent.

À cela s’ajoutent diverses formes d’égoïsmes alimentaires. Par exemple, en région parisienne, la plupart des épiceries vendant des produits régionaux ont disparu, remplacées par des supermarchés et des épiceries exotiques. Nous savons que si nous voulons aider notre environnement, nous devons manger local… Dorénavant, il est devenu très difficile de le faire. Personnellement, je consomme beaucoup de plantes sauvages que je cueille dans des forêts et campagnes à l’écart des grandes urbanisations depuis plus de vingt années. Je ne peux même imaginer faire autrement en étant végétalien, car où sinon trouver des aliments de qualité ? À chaque mois quelque chose de nouveau ! Au mois de mars, je passe du temps à récolter la sève de bouleau pour la consommer en cure, et cueille de la violette odorante si elle est abondante (ce qui est de moins en moins le cas). En avril, je ramasse des jeunes pousses de fougère aigle et les prépare pour les manger. Je consomme aussi les feuilles de certains arbres, comme celles des tilleuls qui font une merveilleuse farine. Au mois de mai, je réalise des beignets de fleurs de sureau noir, de fleurs d’acacia, de feuilles de consoude ou de jeunes pousses d'armoise. En juin, je cherche des fraises sauvages, merises, cerises, groseilles, etc. En juillet, beaucoup de plantes aromatiques sauvages fleurissent comme des menthes, l’origan, le serpolet, l’ail, etc. Août est le mois des fruits : mûres, pommes, cenelles, prunelles, baies de sureau noir, cornouilles, fruits de l’alisier torminal, cynorrhodons, noisettes, etc. Septembre est celui des champignons. En octobre, de nouveaux fruits se ramassent, comme les châtaignes, faines, noix… Toute l'année, même en hiver, je me fais des salades et soupes aux plantes sauvages, délicieuses et toujours surprenantes. Et ce ne sont que quelques exemples d'usages alimentaires 'sauvages' parmi de nombreux autres.

Si ce que l’on mange est important, la manière de le faire l’est aussi. En France, il existait un véritable art de la table, comprenant des usages de savoir vivre, de savoir déguster, de savoir partager, de savoir servir, de savoir être servi, etc., et une quantité d’objets liés à cet art de la table. Notre pays excellait dans la fabrication de ces objets, particulièrement dans l’orfèvrerie, mais aussi dans la céramique et la verrerie, sans compter des productions alimentaires de qualité.

Pour conclure cette prière : une pensée pour ceux qui ont faim. La faim est une chose affreuse que l’on ne peut comprendre qu’en ayant été confronté à celle-ci. Autrefois, des famines sévissaient en Occident. Elles ont été arrêtées avec l’introduction de la pomme de terre, aliment complet et très facile à cultiver. C’est resté un des aliments les moins chers jusqu’à il y a une trentaine d’années. Aujourd’hui, dans certaines épiceries bios, le kilo de pommes de terre nouvelles peut approcher les 5 € !

La surpopulation mélangée à l’industrialisation de la production agricole et aux diverses pollutions, créent un mélange dangereux… qui vaut bien une petite prière !

Je souhaite un bon appétit à chacun et de la grâce !

Merveilleuses et merveilleux

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Imaginer ce qui nous dépasse

En cette période estivale, je prends quelques vacances de l’univers des gandins et de l’art, mais ne peux me contraindre à ne plus écrire, et mon repos m’emporte vers un certain mysticisme…

Il existe bien plus que ce que l’on croit. Le monde est grand, d’une grandeur que l’on ne peut concevoir. On baigne au milieu de cette infinité et ce que l’on ne serait appréhender. Nous avons constamment des signes de cette réalité autre, différente, multiple, inconcevable. Nous lui donnons parfois des formes, des bruits… en avons une intuition par nos sens qui en quelque sorte les recréent pour les appréhender, car nous ne pouvons faire autrement, ou nous ne savons pas le faire.

J’ai souvent été étonné de constater la manière dont les croyances ont attribué des formes communes à ce qui ne l’est pas. On a donné aux ‘divinités’, à ces réalités autres, des aspects d’humains, d’animaux, de végétaux… présents autour de nous, de notre ordinaire, de notre univers coutumier. Dans la religion catholique on trouve des références à l’univers pastoral, avec le berger (le Christ ou le dignitaire religieux), les moutons (ses fidèles) et un diable à tête de bouc ! Chez les Tibétains, dont j’ai étudié pendant plusieurs années les philosophies, certaines divinités sont en partie zoomorphes, avec une tête de cheval, de yak, etc. Cela fait penser à celles de l’Égypte antique.

Non seulement on a figuré l’inconnu, mais continue de le faire à travers notre réalité… même quotidiennement… peut-être même à chacun de nos souffles. Qui n’a pas eu parfois l’impression, à certains moments, de rencontrer de manière récurrente des personnes ou des situations semblables, qu’une même 'image' se répercutait comme les reflets d'un cristal taillé ? Ainsi a-ton créé des religions, chacune différente et pourtant toutes se voulant la véritable, donné des formes artistiques, des mots, élaboré des histoires, suivi des sages, prophètes, saints, artistes, philosophes et autres faiseurs de ‘mots’, de ‘réalités’ nous réconfortant… alors que d’autres nous effraient. Afin d’avoir l’impression de ‘tenir’ tout cela harmonieusement, on a aussi fabriqué des rites, des manières, des façons, des modes… dans une sorte de danse commune…

Tiens, j’en reviens à la mode. L'être humain fonctionne à travers des modes (la mode et le-s- mode-s-...) des styles… une sorte de jeu.

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Prière II : Boire une eau pure

Vivre d'amour et d'eau fraîche

Si respirer est sans doute la première des nécessités humaines (voir article précédent), la seconde est peut-être d’avoir à disposition une eau saine. Là aussi, c’est de moins en moins le cas.

Vivre d'amour et d'eau fraîche

La France compte un approvisionnement en eau exceptionnel, avec de nombreux cours d’eau, sources, eaux thermales, etc. Cette eau est de plus en plus polluée, notamment par l’agriculture intensive, le tissu urbain qui ne fait que croître et l’industrie… L’eau du robinet devient douteuse, et même les eaux minérales affichent des taux de nitrate, ce qui est un indice de pollution ! Ces dernières sont généralement vendues dans des bouteilles en plastique ! Cependant, lors de mon escapade courageuse voire héroïque dans une grande surface, péripétie que j'évoque dans mon article précédent, j’ai trouvé un rayon avec peut-être une vingtaine d’eaux minérales différentes vendues dans des bouteilles en verre de un litre. Les prix frôlaient les 2 € et pouvaient monter jusqu’à près de 5 € la bouteille ! Si le simple fait de respirer de l’air pur devient problématique et une richesse de moins en moins accessible, il en est de même pour l’eau !

On dit que l’on peut vivre d’amour et d’eau fraîche. Pour cette dernière, cela devient compliqué. Quant à l’amour aussi, mais là c’est un autre sujet !

Vivre d'amour et d'eau fraîche

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Prière I : Respirer

Saponaire

Il n’est pas nécessaire d’appartenir à une obédience pour prier. Tout le monde peut le faire. La prière n’est pas un privilège accordé seulement à certains. Cet article en est donc une, la première, car j'en écrirai sans doute d'autres pendant cette période estivale.

D’abord situons-la. La semaine dernière, je suis allé me promener en forêt. Il ne faisait ‘que’ 25°, mais l’air y était lourd. En sortant de cette nature, où je me ressource chaque semaine, j’ai dû traverser des lotissements construits récemment : des immeubles et des étendues de bitume couvrant la terre et faisant ressembler ce genre d’endroit à un véritable désert moderne. Une forte odeur de pollution empestait. Avant de rejoindre le train de banlieue, je suis allé dans une grande surface. Là, une autre émanation pestilentielle, autre remugle des temps modernes, remplit mes narines, cette fois celle d’une atmosphère tout autant polluée mais confinée et climatisée, dans un espace de plusieurs centaines de m² sans murs, une atmosphère irrespirable !

Il n’y a pas qu’en banlieue parisienne qu’on ne peut plus respirer convenablement, dans la capitale aussi, et sans doute dans toutes les grandes agglomérations. Pourtant, on en crée de toujours plus immenses. Encore une fois, l'Île-de-France fait office d’exemple désastreux. Dernièrement, je lisais au tout début de la page internet consacrée au Grand Paris du Ministère de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales cela : « Le Nouveau Grand Paris est un projet d’aménagement à l’échelle de l’agglomération parisienne. Il a vocation à améliorer le cadre de vie des habitants, à corriger les inégalités territoriales et à construire une ville durable. » Voilà un exemple de novlangue dans lequel dire c’est être. Puisqu’on vous le dit ! Généralement dans ces cas-là, ce que l’on affirme être est exactement le contraire de la réalité. Bien évidemment, le Grand Paris n’améliore pas le cadre de vie des habitants qui se retrouvent de plus en plus éloignés de leur lieu de travail et d’une vie saine exempte de pollution ; cela crée aussi de grandes inégalités territoriales, et bien sûr cela n’a rien de « durable », d’écologique, les environnements notamment naturel et patrimonial étant saccagés.

Saponaire

À la fin de ce mois de juin 2019, il y a eu une canicule. On était qu’au début de l’été ! Comment ce dernier va-t-il se passer ? Ce qui est sûr, c’est que des journalistes, scientifiques et politiques de tous bords alertent sur le changement climatique depuis longtemps. Mais les décideurs ne font rien ou font semblant de le faire. Pour un pas en avant, c’est dix en arrière (voire vingt) tout en regardant toujours vers la bonne direction, pour faire semblant. On ‘bitumise’ et bétonne largement, crée de grandes agglomérations, détruit des paysages, incite aux mouvements des foules qui consomment littéralement la terre, remplit le ciel de satellites et d'avions, etc.

Que faire ? D’abord prendre soin de nous et de notre environnement proche… d’une manière saine comme cela devrait toujours être le cas, c’est-à-dire sans se nuire, ni nuire à autrui et l’environnement. Les actions citoyennes collectives ne servent plus à grand-chose, si ce n’est à être manipulé et fiché. Une idée serait qu’une fois par semaine, à un jour et une heure précis, les gens de tous bords, origines, etc., se réunissent dans l’église la plus ancienne et la plus proche de chez eux, sans rien dire, pour une demi-heure, par exemple le dimanche à 15h. Après tout, ces lieux sont faits pour la communauté. Ce ne serait pas pour leur aspect religieux qu’ils seraient ici utilisés mais comme des espaces de rassemblement, qui plus est, présents partout en France ! Pourquoi choisir les églises les plus anciennes ? Parce qu’elles sont un lien avec le passé, et leur conservation un espoir pour le futur !

On nous dit que nous sommes un pays riche, mais progressivement nos richesses les plus basiques se frelatent : l'air, l'eau, la terre, la nourriture, la liberté, etc. On fait de l'argent la première richesse, alors qu'il est très loin de l'être et l'un des premiers vecteurs de cette détérioration lorsqu'il est dans les mains d'irresponsables. Il en est de même pour ce que l'on considère comme une autre grande richesse dans le monde contemporain : les nouvelles technologies.

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La fabuleuse histoire de l’Eau de Cologne

Eau de Cologne

 

Cet été et jusqu’à la fin de l’année, le Musée International de la Parfumerie de Grasse organise une exposition consacrée à l’eau de Cologne, depuis son élaboration en 1709 jusqu’à aujourd’hui. Elle est intitulée : La fabuleuse histoire de l’Eau de Cologne. Entre baignades en Méditerranée et promenades dans les Alpes-Maritimes, les chanceux estivants ainsi occupés, ajouteront avec bénéfice un passage dans ce musée situé dans le pays du parfum !

S’il fallait afficher un parfum emblématique du XVIIIe siècle, ce serait sans doute celui-ci ! À la fin de ce siècle, beaucoup d’imitations et autres contrefaçons sont créées. Et oui, déjà au XVIIIe siècle la contrefaçon se propage dans le domaine du luxe, prenant une ampleur croissant avec l’industrialisation. Ce serait surtout à partir des années 1960, lorsque cette fragrance est récupérée par la grande distribution, qu'elle perd sa connotation luxueuse, pour englober une catégorie de parfums plutôt bon marché. Cependant, l’Eau de Cologne primitive serait toujours produite par les descendants du créateur.

À l’origine, il s’agit d’un parfum assez révolutionnaire, créé en Allemagne par un Italien, Jean-Marie Farina (1685 – 1766), et très en vogue dans toute l’Europe, en particulier en France. Il est d’abord vendu comme un remède. Il conserve ce rôle pendant longtemps, en complément de sa fonction olfactive. Dans le fascicule paru pour l’exposition universelle française de 1867 (cliquer sur l’image ci-dessus pour accéder à cet ouvrage numérisé par Google), sont encore vantées les vertus médicinales de cette potion considérée comme un « fortifiant du système nerveux » : « Les maux contre lesquels elle est un remède aussi prompt qu’efficace sont le mal caduc, l’apoplexie, le tremblement, la roideur du cou, les palpitations du cœur, les obstructions du foie ou de la rate, les douleurs des reins, la colique, les maux d’estomac et les indigestions. » Il s'agit véritablement d'une eau que l'on peut même boire, semble-t-il !

Photographie ci-dessous provenant du dossier de presse.

Exposition Eau de Cologne

Je n’ai pas vu l’exposition, mais le musée m’a gracieusement envoyé le catalogue (image ci-contre). Celle-ci est très intéressante car exemplaire de l’évolution du secteur du luxe.

Il y a d’abord l’origine. L’Europe importe le savoir-faire italien dans le domaine du luxe depuis le XVIe siècle. En France, d’importantes manufactures sont créées par des Italiens ou grâce à l’apport d’immigrants de la Péninsule qui amènent avec eux leur savoir-faire. C’est le cas pour la céramique (majoliques), la dentelle, la peinture, la sculpture, etc. Cela est à la base de la Renaissance française. L’exposition retrace l’arrivée de Farina à Cologne, en 1706. Il est issu d’une famille italienne de parfumeurs. Il serait le premier à utiliser l’essence de bergamote. La bergamote est un nouveau fruit très à la mode au XVIIIe siècle, et on en fait même de jolies boîtes parfumées (photographie ci-dessous du dossier de presse du musée). Une boîte de ma collection est visible ici et ici.

Boîte bergamote

Au XVIIIe siècle, de nombreux fabricants de parfums prospèrent à Cologne, et beaucoup de contrefaçons existent. On considère alors cette eau comme une panacée (soignant tous les maux). Au début du XIXe siècle, son rôle de parfum est mis en avant. En 1803, un Allemand nommé Wilhelm Mülhens (1762 – 1841) crée l’eau de Cologne Franz Maria Fatrina qui, en 1807 devient N°4711. En 1862, est fondée en France la société Roger & Gallet, qui propose une grande gamme d’eaux de Cologne, des produits dérivés (poudre de riz, lotion, savon à base de cette eau) ainsi que divers autres vinaigres de toilette, eaux parfumées, savons, produits de soin et de maquillage. Cette société dépose plusieurs brevets (flacon goutte-à-goutte, rouge à lèvres…) et développe son activité de façonnier afin de fournir les premiers grands magasins (Le Bon Marché, La Samaritaine…). D’autres grandes maisons de parfumerie françaises déclinent leur eau de Cologne, comme les maisons Lubin, Guerlain, Chanel, Hermès, Christian Dior, etc. Diverses eaux sont produites et, comme déjà dit, la grande distribution s’empare de l’eau de Cologne lui faisant perdre tout ce qui fait auparavant sa renommée : panacée, eau pour la toilette et parfum de luxe.

Suivre cette évolution, c’est le faire de fragrances d’abord naturelles, aux propriétés non seulement olfactives mais aussi médicinales et lavantes (pour la toilette), pour s’acheminer progressivement vers quelque chose de plus en plus chimique. Cette histoire devrait inspirer les parfumeurs actuels, afin de revenir à des compositions naturelles, avec des effets médicinaux. Allier la délicatesse d'un parfum à des propriétés thérapeutiques et de bien être serait pour le coup du grand art ! En cette époque polluée, cela s’avère plus que jamais nécessaire !

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Drôles de pistolets III : Les « gentils hommes » de 1846 !

Après les gandins, croqués par Alfred Grévin (1827 – 1892) et évoqués dans cet article et celui-ci, voici les gentilshommes (écrits « gentils hommes ») esquissés par Cham (pseudonyme d’Amédée de Noé : 1818 – 1879).

Ce dernier édite, en 1846, une vingtaine de caricatures reliées dans un album intitulé Nos Gentils hommes. Goût, Tournure, Élégance, Mœurs et Plaisirs de la Jeunesse dorée. Il s’agit d’un très intéressant cahier sur la mode excentrique de certains jeunes hommes d’alors. Ceux-ci portent les cheveux frisés, de larges rouflaquettes et favoris, une longue moustache, des habits à carreaux, de grandes cravates à gros nœud, de grands cols hauts ou bien mous et retombants, un pantalon serré finissant en pattes d’éléphant, des souliers assez menus et affublés d’un gros nœud, etc. Ces caricatures sont publiées une par une dans la revue Le Charivari de la même année. Les exemples illustrant cet article proviennent de ce journal.

En 1846, on est encore sous le règne de Louis-Philippe, qui s’étend de 1830 à 1848, juste avant la Révolution de 1848 et la Seconde République (1848 – 1852). Ces « gentils hommes » jouent les gentilshommes… certains l’étant alors que d’autres ne sont pas du tout des aristocrates. Plusieurs pièces de théâtre de l'époque mettent en scène de ces gentilshommes, gandins, petits crevés et autres. Dans ces œuvres, certains de ces personnages sont brocardés pour leur prétention à jouer les nobles quand ils sont d’une extraction populaire, ce qui bien sûr est un ressort comique exploité par les auteurs dramatiques. Ils se composent des manières ‘outrées’ d’Ancien Régime, la mode en France étant très originale, surtout aux époques où l’aristocratie est au pouvoir, celle-ci ne se donnant pas de limites, si ce n’est celles du bon goût et du manque d’imagination. La mode se renouvelant constamment et dans les mains ‘d’artistes’ en manières, habillement et goût particulièrement innovants, elle n’a pas vraiment de limites, et reste très libre. De plus, l’originalité, l’invention, la découverte, le merveilleux… dans le domaine vestimentaire, par exemple avec les robes déguisées du Moyen Âge (voir mon livre Merveilleuses & merveilleux) comme ailleurs (poésie, sciences…), occupent une grande importance dans la culture française au moins depuis le XIIe siècle et jusqu’à la fin de l’Ancien Régime au XIXe. Cette inclination aux inventions et autres sciences est si fort, que plusieurs témoignages, en particulier du XVIIIe siècle et de la première moitié du XIXe, décrivent les Parisiens non seulement férus de mode, mais aussi de sciences, et une capitale française remplie de cercles et académies. En 1830, l’Anglaise Lady Morgan écrit : « Paris est devenu une grande université ; chaque quartier a ses écoles ; les jardins publics eux-mêmes sont des lieux d’étude ; et l’on pourrait diviser la société en professeurs et élèves ; en orateurs et auditeurs, en philosophes et disciples. »

Les Petits-maîtres de la Mode

« Foi de carrossier. Un homme d’une position aussi élevée que la vôtre, doit avoir la voiture la plus basse possible….. » Les modes des merveilleux sont outrées même dans leurs voitures. Par exemple, elles sont parfois très hautes et d’autres fois très basses.

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« Tiens ! C’est le m’sieu du château ! – On l’disait si riche……... y s’fait des habits avec la toile de sa paillasse !... » Les merveilleux reprennent parfois des usages de classes ‘populaires’, notamment vestimentaires, comme la blouse, le pantalon, etc. Une anecdote raconte que le comte d’Orsay (1801 – 1852) lance la mode du paletot, en s’habillant avec une longue et large veste en gros drap qu’il achète à un matelot anglais pour se protéger d’une averse, lors d’un de ses nombreux séjours à Londres.

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« Ton vicomte est un cuistre !… Je lui ai gagné, hier soir, au lansquenet, 500 louis – Eh bien ! le croirais tu ! Il paraissait contrarié !……... »

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« Palsambleu quel bon petit chic !! – Voilà une rosière comme nous les aimons, nous autres gentils-hommes ! » Une rosière est une belle jeune femme récompensée lors d’une fête pour ses qualités de sagesse. Elle obtient alors une couronne de roses. En France, les merveilleux sont galants. Ils n’hésitent pas à fréquenter toutes sortes de jolies et fines femmes, même certaines grisettes travaillant dans le domaine de la mode qui est le premier pourvoyeur d’emplois pour le sexe féminin.

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« Ne vous effrayez pas ! C’est une preuve de race… il vous lâchera tout à l’heure. »

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Drôles de pistolets II

De tout temps certains ont critiqué la folie des êtres humains. Nous sommes à une époque qui n’a jamais été aussi folle, non pas parce que les hommes sont plus insensés, mais parce qu’ils ont à leur disposition des moyens technologiques qui permettent de démultiplier leur déraison d’une manière jamais égalée. Emporté dans cette machine, j’aime à me rappeler des manières colorées, nanties d’extravagances, des richesses à portée de chacun, ne nécessitant rien si ce n’est un peu de fantaisie. Évidemment, cela n’apporte aucune solution à cet imbroglio actuel. En existe-t-il seulement, si ce n’est une prise de conscience individuelle ? Mais cela me relaxe ; et j’espère que cela fait de même pour vous. Les sujets sont vieillots, et plus de mode ; cela est fait exprès, car la ‘vraie’ mode n’est selon moi jamais à la mode ; elle est toujours en avance, même quand elle est en retard ! Et puis franchement, on ne trouve plus de sujets aussi amusants dans les rues parisiennes actuelles.

Voici donc un article faisant suite à celui-ci, avec d’autres drôles de pistolets, toujours dessinés par Alfred Grévin (1827 – 1892). Ce dernier produit de nombreuses séries sur la vie ‘à la mode’ de son époque, comme « Les Parisiennes », « Canotiers et canotières », « Au bal masqué », « À travers Paris », « À la mer », « Scènes de la vie privé », « Nos petits gandins », etc. Il crée des affiches, par exemple celle de la pièce La famille Benoiton qui lance les benoitonnes. Il illustre un livre d’Edouard Siebecker sur les Cocottes et petits crevés (1867). Etc. Bien sûr, il n’est pas le seul à faire cela. Beaucoup d’autres artistes exécutent des séries caricaturant des merveilleuses et des merveilleux. La lithographie, nouvelle technique d’impression qui se développe au XIXe siècle, permet de publier à grande échelle ces estampes. Les revues illustrées de caricatures pullulent alors, et deviennent des témoignages complémentaires aux journaux de mode, qui eux conservent l’impression d’images gravées représentant des personnages dans des poses plutôt ‘rigides’. Ces gravures de mode sont donc finalement beaucoup moins ‘dans le vent’, dans l’instant, la mode prise sur le vif, que le sont les lithographies du XIXe siècle que je présente parfois dans ce blog, comme dans cet article ! Pourtant, personne encore ne considère des artistes comme Grévin, Bertall, Gavarni, Millaud ou Cham aussi comme des illustrateurs de la mode de leur époque, mis à part votre serviteur, qui découvre chez eux des informations pertinentes et amusantes sur les merveilleuses et les merveilleux du XIXe siècle !

Photographies ci-dessus : Les personnages proviennent tous de caricatures d'Alfred Grévin.

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Ci-dessus : « Actualités, – par A. Grévin. » « Le jeune vicomte de ***, avant de partir pour Longchamps, jette un dernier sourire de satisfaction à son armoire à glace. » L’appellation de « jeune vicomte » est sans doute donnée de manière humoristique, afin de ridiculiser les ambitions de ce genre de gandin, comme on le fait aux XVIIe et XVIIIe siècles avec les faux « petits marquis ». Son « armoire à glace » est un simple petit miroir adossé à un placard vide. Son ‘château’ est une masure sous les toits. Il est de bon ton alors d’ajouter un immense ruban coloré au chapeau. Cette lithographie provient du Petit journal pour rire, comme la suivante.

Ci-dessous : « Nos petits gandins, – par A. Grévin. » « - Soyons sérieux, que diable ! Comment ! Toi riche, tu épouses une femme sans l’sac ! Oh ! Lala !!.. J’veux qu’avant six mois elle t’appelle… andouille. » On remarque la tenue du personnage de gauche, avec son petit chapeau enrubanné, sa veste à grand col, cintrée et à manches s’évasant largement, sa chemise à grand col ouvert, son pantalon très serré et ses hautes bottes. La tenue du second est au contraire très lâche, décontractée. À l’époque de cette lithographie et de nos « drôles de pistolets », les tenues masculines sont très originales et variées. Le personnage de gauche a une allure très fine, féminine et ‘efféminée’, et son visage est glabre ; cela contraste avec l’apparence de son interlocuteur, grand, plus corpulent, à la barbe fournie et à la tournure très détendue, les deux mains dans les poches de son pantalon, ce qui commence donc à se faire à l’époque. Le contraste est une caractéristique de la mode masculine d’alors.

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Ci-dessous : Un drôle de pistolet (à gauche) plus ancien, de l’époque Directoire (1795 – 1799). Il s’agit d’une gravure. Les incroyables et les merveilleuses sont le sujet de nombreuses caricatures, tellement que l’on peut dire que c’est à leur époque qu’est lancée la caricature de mode représentant les merveilleuses et les merveilleux du jour et leurs nouvelles modes extravagantes. Ces estampes deviennent très populaires, et la foule aime à venir regarder chez les marchands les nouvelles parutions, comme on peut le voir ici, ici, ici, ici et ici. Par la suite, le calicot est une caricature prisée des premières lithographies imprimées à grande échelle ; puis s'ajoutent le bas-bleu, la lorette, le lion, le gandin, le gentilhomme, etc.

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L’atelier Nadar et la mode :1865 – 1913

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En 1978, une exposition intitulée « L’atelier Nadar et la mode : 1865 – 1913 » présentait une sélection de photographies des Nadar, père et fils : Félix (1820 – 1910) et Paul (1856 – 1939). Tous deux ont fait des clichés de personnalités de leur époque. Un troisième, dit « Nadar jeune » (Adrien Alban Tournachon : 1825 – 1903), demi-frère du premier, a aussi photographié des écrivains et artistes de son temps qui sont des documents particulièrement précieux et rares. Côtoyant le ‘beau monde’ en vogue, certaines de leurs œuvres sont des témoignages de la mode de leur époque.

Exceptés un portrait du couturier Charles Frederick Worth (1826 – 1895) et d’autres d’enfants, toutes les photographies de l’exposition mettaient en scène des femmes en vue, surtout : aristocrates, comédiennes, cantatrices, danseuses et mannequins.

Voici quelques-unes des pages du catalogue de l’exposition avec des exemples du travail de Paul Nadar.

Les Petits-maîtres de la Mode
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Têtes de pipes Gambier

Les Petits-maîtres de la Mode

On découvre parfois des informations visuelles sur la mode et les merveilleux dans des documents d’époque auxquels on ne pense pas obligatoirement. Les terres cuites en sont un exemple. Je me suis constitué sur ce sujet une collection d’assiettes historiées du XIXe siècle (voir ici).

Une source encore plus originale est celle des têtes de pipes de la Maison Gambier. Cette dernière est une importante fabrique de pipes en terre cuite, fondée à la fin du XVIIIe siècle, fermée dans la première moitié du XXe et située à Givet, ville frontière du nord-est de la France. Elle édite une grande quantité de différentes têtes (ou bols) de pipes, dont beaucoup ont la forme de têtes, notamment d’originaux de la seconde partie du XIXe siècle, comme ceux présentés ici qui sont en terre cuite blanche. Il existe des exemples émaillés.

Ci-dessus, tout en haut : Gandin portraituré sur une tête de pipe en terre cuite, de la seconde moitié du XIXe siècle (« Gandin », n°639). Ce petit-maître porte un chapeau de type haut-de-forme mais au bord très fortement relevé sur les côtés (ressemblant à celui porté par de nombreux incroyables du Directoire), un monocle et un haut col qui lui arrive jusqu’au menton.

Ci-dessus, à droite : Le second « gandin » (n°1031), a un chapeau et une coiffure semblables au précédent, mais il porte un pince-nez à la place du monocle, ainsi qu’une moustache et une petite barbichette. Son col est un peu moins haut, mais on distingue le haut de son buste : sa chemise, sa veste… Sur ce site, où l’on retrouve de nombreux modèles, on remarque que son corps est originellement en entier. Parmi les pipes de ce site, on remarque le « Sportman » (n°62) et « La Crevette », qui sont d’autres merveilleux du XIXe siècle. Le catalogue complet des pipes Gambier est visible ici et d'autres catalogues ici.

Ci-dessous : « Fashionable » (n°958, il existe la même version au n°681 : « Fashionable mignon ») et « La toque » (n°1283). Le fashionable porte un haut-de-forme, des cheveux frisés et de larges rouflaquettes, ainsi qu’un monocle et une cravate à rayures. La cocodette ou cocotte porte une toque et un voile qui couvrent sa chevelure en forme de chignon. Son cou est affublé d’une fraise, élément à la mode depuis le XVIe siècle, jusqu’à la fin du XIXe pour les femmes, et jusque vers le milieu du XVIIIe chez les hommes. Je ne sais pas si le terme de « toque » est approprié. Personnellement, je parlerais plutôt d’un « calot », qui est une sorte de couvre-chef sans bord, comme celui-ci. Vers 1865, au temps des cocottes, cocodettes et biches, la mode féminine est aux chapeaux plats, notamment à des coiffes rondes ne couvrant pas entièrement le crâne. Plus les robes s’élargissent grâce aux crinolines, plus les couvre-chefs rapetissent, comme c’est le cas sous la Régence (1715 – 1723), dont la mode du Second Empire s’inspire, et ses robes battantes portées avec des coiffures très simples et basses.

Les Petits-maîtres de la Mode
J’espère que tous les merveilleux que je vous présente dans les articles de ce blog et mes livres vous apportent un peu de fraîcheur et de gaieté !

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Merveilleux Paris romantique : 1815 – 1848 !

Paris romantique, 1815 – 1848

Jusqu’au 15 septembre 2019, Le musée du Petit-Palais à Paris nous gratifie d’une très belle exposition sur le Paris romantique, 1815 – 1848. Celle-ci est beaucoup mieux que ne le suggère le lien ci-avant. L’époque concernée est extrêmement riche et, malgré les centaines d’œuvres présentées, cette rétrospective ne fait évidemment que l’effleurer. Mais quel ravissement de retrouver l’effervescence d’alors, chic, engagée, noceuse, artistique, innovante… et tous les merveilleux de ce temps que l’on retrouve dans mes livres ! Lors de telles exhibitions, je suis toujours étonné de pouvoir contempler de tels trésors conservés dans nos musées !

Ceux qui s’intéressent comme moi aux merveilleux, seront contents ! On y croise quelques merveilleux proprement dits, ainsi que des jeune France, dandys, fêtards, lorettes, grisettes, flâneurs, boulevardiers, débardeurs, noceurs, chicards, artistes, bohèmes, etc. Évidemment, on ne compte qu’une partie des incroyables de cette époque présentés dans mes premier et dernier livres… mais tout de même…

Les nouveaux dandys d’aujourd’hui doivent s’y rendre, car c’est une époque où le dandysme finit de se répandre en France (la grande période du dandysme français étant 1818 – 1830). Je rappelle que, comme je l’écris dans mes ouvrages, le mot anglais de dandy est sans aucun doute issu de l’ancien français dandin, substantif qui désigne un homme qui se dandine et a la tête « remplie de mille sortes d’imaginations ». Cela donne dans le français actuel les mots : « dandiner », « dadais »… Je me répète : il faut lire mes ouvrages. Le dernier, qui est sorti ce mois, est disponible à la librairie du Petit-Palais, au milieu d’autres très intéressants sur le sujet !

Paris romantique, 1815 – 1848

Mais reprenons notre déambulation dans l’exposition ! J’ai pris quelques photographies que j’agrémente ici de commentaires succincts. Ceux qui sont intéressés, se rendront à l’exposition, ou se procureront le catalogue. Mes choix sont eux aussi très restrictifs. Au sujet des photographies, je dois ajouter que celles des estampes sont souvent floues, parce qu’une nouvelle présentation consiste à remplacer le verre qui les protège par du plexiglas. Ce dernier est un peu granuleux, ce qui ne permet pas, non seulement pour le visiteur de bien apprécier ces documents, notamment la qualité du papier (même le texte devient un peu flou), mais pose évidemment un problème pour les photographier.

L’exposition couvre trois règnes, ceux de Louis XVIII, Charles X et Louis Philippe, et se place entre le Premier Empire et la Seconde République. Il est donc normal qu’elle commence par la monarchie de l’époque.

Ci-dessous : Représentation de la reine Marie-Amélie de Bourbon. Elle se marie en 1809 au futur roi de France, Louis-Philippe d’Orléans. Ce buste donne une idée de la mode féminine vers 1830, avec les cheveux en macarons, les immenses chapeaux garnis de plumes et de rubans les transperçant, les collerettes, les longues écharpes, les manches ‘gigot’, etc. L’exposition présente plusieurs chapeaux, robes, chaussures et autres éléments du costume. Le chapeau de paille ci-après est ici plutôt sobre, mais permet d'apprécier le volume ! Dans les estampes de mode, il est agrémenté de plumes et d’autres rubans. Sur cette page on en a quatre exemples, sur celle-là deux et sur celle-là trois. Les robes sont de vers 1830. L’exposition présente aussi des sacs à main (appelés durant le Directoire et Premier Empire « réticules » ou « ridicules »), des chaussures, des peignes, des écharpes, des foulards, des châles, des bijoux (châtelaines), etc.

Paris romantique, 1815 – 1848
Paris romantique, 1815 – 1848

Ci-dessous : Pour les chaussures, se poursuit la mode du Directoire des souliers sans talon. Elles sont très fines. Les bottines sont de vers 1830, et les chaussures de danse de vers 1845.

Paris romantique, 1815 – 1848

Ci-dessous : Sac à main tulipe de vers 1820.

Paris romantique, 1815 – 1848

Nous pouvons ainsi nous faire une idée de l’habillement des merveilleuses d’alors. Les merveilleux ne sont pas du tout en reste… et tous les genres, depuis le dandy jusqu’à l’artiste bohème en passant par le lion, le gant jaune et bien sûr le nouvelle France romantique !

Ci-dessous : Paris en 1829 et 1830 (tome I, 1830) « par Lady Morgan ». Livre ouvert sur le chapitre intitulé « Dandies français », aux pages 338 et 339, retranscrites ensuite.

Paris romantique, 1815 – 1848

« Oh ! “qu’elle est charmante avec son arc-en-ciel !” dit le merveilleux, s’arrêtant pour rire : “mais quelle couleur est celle-là ?” dit-il en montrant son gilet.
“Cela,” dis-je fort intriguée par cette teinte vraiment équivoque, mais désirant montrer mon petit savoir “ce n’est pas une couleur, c’est une nuance, peut-être ce que vous appelez soupir étouffé.”
“Pas mal,” dit-il avec une gravité magistrale, “quoique ce ne soit pas précisément cela. Le soupir étouffé est aussi vieux que le temps, du moins que le temps du bon roi Louis XVIII, de bienheureuse mémoire ! c’était un vaporeux oriental, formé par le mélange de l’orange, du blanc et du bleu.”
“Eh ! c’était l’ancienne eau du Nil qui faisait fureur, quand je quittai Paris en 182o.”
“Oh ! ma chère dame,” reprit le merveilleux piqué et mortifié de la remarque, “il n’y a pas à disputer avec des gens qui remontent à l’an 182o. Je conviens avec vous et Salomon qu’il n’y a rien de positivement nouveau sous le soleil. Et vous pouvez bien croire que je ne m’amuse pas à étudier des chroniques. Je puis seulement vous certifier que la mode n’a jamais inventé ou adopté une couleur plus originale que celle que j’ai l’honneur de vous signaler. Le gilet lui-même qui a paru hier pour la première fois aux Tuileries et qui sera vu demain dans tout Paris, ne se montrera plus nulle part la semaine prochaine, si ce n’est dans quelque coin du Marais, le grand dépôt des choses oubliées et l’antipode de la mode.”
“Et quelle est l’étoffe ? elle me paraît singulière.”
“Je le crois bien,” répliqua-t-il d’un air triomphant. “C’est de la zinzoline, coupée à la Marino Faliero, par Delisle, rue Sainte-Anne.”
Je croyais n’arriver jamais assez tôt chez moi pour écrire tout cela ; mais le voilà écrit. »

Paris romantique, 1815 – 1848

Ci-dessous : Tenue d’un élégant de vers 1820 – 1830. Il s’agit d’un ensemble d’été, avec un chapeau haut-de-forme en paille, un col-cravate (de vers 1833) « en soie marron, doublure en toile de coton enduite » (le choix de ce col détonne un peu avec le reste, une couleur plus claire et un tissu plus léger étant préférable me semble-t-il), une redingote en piqué de coton blanc et toile de lin blanche, une chemise blanche de lin, deux gilets superposés comme cela se fait alors, une canne. Il est à noter aussi que le col est à l'envers, le nœud devant être au bas du cou (voir un peu plus loin) et non pas sous le menton.

Paris romantique, 1815 – 1848

Ci-dessous : Gilets de vers 1815 – 1850.

Paris romantique, 1815 – 1848

Ci-dessous : Cols-cravates de vers 1835. Il est question des cols dans cet article. On constate que l’on peut y ajouter un nœud-papillon ! La présentation est sans doute à l'envers, car comme le suggère la lithographie ci-dessous, le nœud est vers le bas.

Paris romantique, 1815 – 1848
Paris romantique, 1815 – 1848

Ci-dessous : « Évariste Boulay-Paty (1804 – 1864) et Charles Letellier [date?] » peints en 1834 par Jean-François Boisselat (1812 – 18..). Ce portrait fait penser à une composition du XVIe siècle, à la mode alors.

Paris romantique, 1815 – 1848

Ci-dessous : Eugène Sue (1804 – 1857) peint par Gabriel Lépaulle (1804 – 1886) en 1836. Eugène Sue est un écrivain, dandy dans sa jeunesse. Il adhère au huppé Jockey Club de Paris, puis s’engage en politique et devient libre-penseur, ce qui lui vaut l’exile.

Paris romantique, 1815 – 1848

Ci-dessous : Alfred, comte d’Orsay (1801 – 1852). Autoportrait de 1845. Lamartine le surnomme l’« archange du dandysme ». On remarque qu’il tient dans sa main droite un gant jaune (voir le gant jaune dans mes livres).

Paris romantique, 1815 – 1848

Ci-dessous : Le comte Anatole Demidoff, prince de San Donato (1812 – 1870) par Jean-Pierre Dantan (1800 – 1869).

Paris romantique, 1815 – 1848

Vers 1830, les merveilleux se changent en romantiques (jeune France, nouvelle France…) échevelés et passionnés !

Ci-dessous : Hector Berlioz (1803 – 1869) par François-Xavier Dupré (1803 – 1871).

Paris romantique, 1815 – 1848

Ci-dessous : Franz Liszt (1811 – 1886) par Henri Lehmann (1814 – 1882).

Paris romantique, 1815 – 1848

Les habits de ces personnages sont tous sombres. Seuls les gilets, ici invisibles, sont encore très colorés. La mode masculine devient plus sobre, et ne cessera plus de l’être jusqu’à aujourd’hui, avec bien sûr toujours des exceptions (voir l’article précédent), comme l’homme ci-dessous, d’une gravure intitulée « Modes de 1830 » et ayant pour légende : « Encore un degré de perfection ». Je la montre, car cet habit masculin préfigure celui du gommeux de vers 1890 – 1900, avec une veste très serrée à la taille pourvue d’un large col et de manches s’évasant au-dessus d’une chemise très large aux poignets, et un pantalon moulant mais se terminant en pattes d’éléphant. Il est étonnant de constater que certains merveilleux préfigurent très en avance des modes futures. C’est le « suprême bon ton ».

Paris romantique, 1815 – 1848

Ci-dessous : « Les Romains échevelés à la 1re représentation d’Hernani. » « Si le drame avait eu six actes, nous tombions tous asphyxiés. »

Paris romantique, 1815 – 1848

Bien sûr on y rencontre aussi des élégantes, comme :

« L’écuyère Kippler sur sa jument noire », peinte par Alfred de Dreux (1810 – 1860) en 1850 ; elle aussi de noir vêtue ;

Paris romantique, 1815 – 1848

Georges Sand (1804 – 1876, peinte en 1838 par Auguste Charpentier : 1813 1880), un mélange de bas-bleue, de féministe et de vésuvienne ;

Paris romantique, 1815 – 1848

Cristina Trivulzio, princesse Belgiojoso (1808 – 1871), dessinée en 1847 par Théodore Chassériau (1819 – 1856).

Paris romantique, 1815 – 1848

Les lorettes sont présentes… dessinées notamment par Paul Gavarni (1804 – 1866) dans une série de 1841 – 1843 :

Ci-dessous à gauche : « – Ce que c’est pourtant que nos sentiments !…. sais-tu que faut convenir que c’est bien farce, Minette, quand on examine ça !…. – … une forêt de Bondy, quoi ! » On utilisait autrefois, semble-t-il, l’expression « forêt de Bondy » pour désigner un lieu mal fréquenté.
À droite : « – Qu’est-ce que tu lis là ? – Le mérite des femmes… – T’es malade. »

Paris romantique, 1815 – 1848

Malgré la Révolution et ses massacres, le Premier Empire et ses guerres, l’invasion de la France par les ‘alliés’, une agitation politique continuelle et inévitable, cette époque conserve la joie de l’Ancien Régime, à laquelle participe toutes les classes de la société. On s’amuse franchement dans une aimable gaieté, et la fantaisie règne, portée par les artistes, la bohème, les jeune France, et un kaléidoscope parisien effervescent dans tous les domaines.

On fait la fête. Les bals sont très nombreux. On invente de nouvelles danses, comme le chahut-cancan ! Cette dernière est très impressionnante, complètement libre, voire folle, sans tabou. Certains hommes et femmes lancent la jambe le plus haut possible, font le grand écart… Le nom même exprime très bien le style : « chahut » et dérision (« cancan »). Son origine vient sans doute du télescopage du milieu des étudiants et de celui des grisettes (blanchisseuses…) : une jeunesse pleine de vivacité, bohème, profitant de la très riche vie parisienne et des ‘relâchements’ et libertés inspirés par la Révolution.

Ci-dessous : « Quadrille pour piano […] par Musard ».

Paris romantique, 1815 – 1848

Ci-dessous : « Conservatoire de danse moderne. » Il semblerait que l'on appelle le cancan aussi « coincoin ». Du reste, certains des hommes ci-après paraissent imiter la démarche du canard.

Paris romantique, 1815 – 1848

On importe la polka, danse qui serait originaire de Bohème, et qui est à l’origine d’une véritable ‘polkamania’ pendant tout le reste du XIXe siècle.

Ci-dessous : Lithographies de la série « La polkamanie ».
À gauche : « LA POLKA. Depuis longtemps les dames du grand monde révoltées du laisser-aller qui régnait dans les bals publics et même particuliers, éprouvaient le besoin de voir apparaître enfin dans les salons une danse de bon goût et complètement décente. – En conséquence on emprunta à la Bohème le ravissant pas de la Polka. N.B. – En Bohème on écrit Polka mais on prononce Kankanka ! » »
À droite : « UN DÉSAGRÉMENT DE LA POLKA. Patatra !.. v’là qu’ils enfoncent mon plafond !.. ça ne pouvait pas manquer d’arriver avec leurs satanés coups de talons de bottes !... »

Paris romantique, 1815 – 1848

Le carnaval parisien est, jusqu’au XIXe siècle inclus, sans doute le plus important au monde. C’est un moment de relâchement et de fantaisie !

La descente de la courtille est un défilé de genre charivari improvisé au XIXe siècle par des fêtards venant des guinguettes du nord de Paris : des hauteurs de Belleville, lors du carnaval. Cette ‘descente’ vers le centre de Paris et ses bals du carnaval se crée spontanément lorsque les membres du Cirque Moderne décident de faire une parade rejointe rapidement par la foule se trouvant dans les guinguettes et cabarets situés sur le chemin. Chaque année la 'renommée' de cette ‘descente’ ne fait que croître, jusqu’à prendre une ampleur phénoménale.

Paris romantique, 1815 – 1848
Paris romantique, 1815 – 1848
Paris romantique, 1815 – 1848

Le carnaval est un mélange de folie et de merveilleux, de défoulement et d’élégance, de profusions… Toutes les limites sont abolies, dans le respect bien sûr de la fête, des plaisirs, de l’amusement et de la joie !

Ci-dessous : Lithographies de Paul Gavarni (1804 – 1866).
À gauche : « LES DÉBARDEURS. Y’en-a-ti des femmes, y’en-a-ti… et quand on pense que tout ça mange tous les jours que Dieu fait ! c’est ça qui donne une crâne idée de l’homme ! »
À droite : « Le Carnaval. – Ah ! Mon Dieu !… c’est mon mari, ma petite, mon vrai mari ! Le gueux ! – Voyons ! Ne va pas le réveiller, bête ! Allons, allons ailleurs. »

Paris romantique, 1815 – 1848

Ci-dessous : D’autres ‘personnages’ du carnaval par Paul Gavarni, avec à gauche le « Chicard », et à droite le « Balochard ».

Paris romantique, 1815 – 1848

Ci-dessous : « La loge ou la Vénitienne au bal masqué » (1837) par Joseph-Désiré Court (1797 – 1865).

Paris romantique, 1815 – 1848

L’exposition nous permet même de muser dans les galeries du Palais-Royal de l’époque, à travers des maquettes qui reproduisent les vitrines des boutiques s’y trouvant vers 1842 : couturiers, modistes, parfumeurs, vendeurs de cannes, bottiers, etc. On distingue celles de : marchandes de modes (modistes) comme Mme Melcior, Mme Schultz, Mme Hamelin, Mme Sellier ; tailleurs (pour femmes ou hommes) comme Paillard, Mack & Maintrieu ; vendeurs de cravates et de cols comme Perry, Mme Naquet ; vendeurs de cannes comme Renaud ; coiffeurs – parfumeurs comme Navare ; bottiers comme Sakoski, etc.

Paris romantique, 1815 – 1848
Paris romantique, 1815 – 1848
Paris romantique, 1815 – 1848
Paris romantique, 1815 – 1848

Les boulevards ne sont pas oubliés !

Ci-dessous : « Boulevard de Gand », un endroit de Paris où se réunissent les émigrés de retour en France après la Révolution (revenant notamment de Gand), ainsi que la jeunesse et la société la plus chic et élégante. Ce qui est merveilleux dans ce genre d’endroit, c’est qu’il est ouvert à tous. On peut aussi bien y croiser des élégants que des curieux, grisettes, flâneurs, familles, etc.

Paris romantique, 1815 – 1848

Ci-dessous : « Le boulevard des Italiens de nuit », détail d’une peinture de vers 1835 par Domenico Ferri (1795 – 1878).

Paris romantique, 1815 – 1848
Et voilà ! Conclusion rapide mais tranchante, comme une épée de Tolède pour employer le vocabulaire « couleur locale » et le « style chaud et coloré » de l'époque. Ceux qui ne comprennent pas, décidément devraient lire mes ouvrages !
Paris romantique, 1815 – 1848
Paris romantique, 1815 – 1848
Paris romantique, 1815 – 1848

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Drôles de pistolets

Les Petits-maîtres de la Mode

« Nos petits gandins » par Alfred Grévin (1827 – 1892)

Il n’y a encore pas si longtemps de cela (trente ans peut-être), on appelait « pistolet », un homme bizarre et fantasque. On utilisait ce mot avec cette signification, en particulier dans la seconde partie du XIXe siècle, où l’on rencontrait des personnes masculines très originales, comme les gentilshommes, les gandins et les gommeux.

Je présente ici des illustrations du Petit journal pour rire, revue qui affectionnait de les peindre, ceux-ci étant particulièrement ‘croquants'. Le Petit journal pour rire avait pour rédacteur en chef Nadar (1820 – 1910). Peut-être est-ce pour cela que l’on y trouve des dessins savoureux sur la vie moderne de l’époque (plusieurs illustrent mon premier ouvrage), cet artiste, caricaturiste, photographe et écrivain, donnant à apprécier des documents précieux sur le monde à la mode d’alors. La BNF propose ici une exposition électronique sur les Nadar.

Cette revue hebdomadaire, débutant en 1856, paraissait le samedi. Elle appartenait au Journal amusant, lancé la même année par Charles Philipon (1800 – 1862), qui fut à l’origine d’autres parutions comme La Caricature et Le Charivari, et de la maison d’édition Aubert.

Plusieurs des caricatures présentées ici sont d’Alfred Grévin, connu pour le musée dont il a composé à l’origine les figures de cire. C’était un dessinateur, caricaturiste, sculpteur et costumier.

Comme les incroyables et autres merveilleux du XVIIIe siècle, ces « drôles de pistolets » appréciaient les tenues colorées, les motifs de pois ou rayés, les cols hauts ou larges, les contrastes entre parties du vêtement larges et serrées, etc.

« Nos petits gandins » par Alfred Grévin

Les Petits-maîtres de la Mode

Ci-dessous : « Philosophie, – par X….. » « Ça s’appelait autrefois des merveilleux, des mirliflores, des incroyables : ça s’appelle aujourd’hui des drôles de pistolets. »

Les Petits-maîtres de la Mode

Ci-dessous : « Sur le turf, par A. Grévin. » « – Dorine, méfie-toi à Zidore ! Il est là, et il a dit comme ça que s’il avait le malheur de te rencontrer toi et ton cocodès ; oh ! la ! la ! qu’il allait rien [bien ?] vous s’couer les puces ! »

Les Petits-maîtres de la Mode
Ci-dessous, quelques exemples de drôles de pistolets du XIXe siècle provenant de mon premier livre, avec à gauche des « gentils hommes » et à droite deux biches et un daim.
Les Petits-maîtres de la Mode

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Merveilleuses & merveilleux : le livre !

Les Petits-maîtres de la Mode

Merveilleuses et Merveilleux
Sortie mai 2019
256 pages
147 illustrations pleine page
Format 12 × 18 cm
14 €, frais de port réduits
ISBN : 978-2-9553725-2-4

Cliquer sur la photographie pour davantage de détails !

Voici mon troisième livre. Il suit les incroyables et les merveilleuses à travers les siècles, depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui, et avec eux les mouvements de mode qu'ils portent.

Le nom de « merveilleux » est employé aux XVIIIe (surtout sous Louis XV) et XIXe siècles pour désigner des jeunes gens originaux, beaux et inventant ou suivant les dernières modes. C’est un synonyme de kallopistês (Grèce antique), trossulus (chez les Romains), « mignon » (XVIe siècle, ou mignot au Moyen Âge), « petit-maître » (XVIIe – XIXe), « dandy » (XIXe – XXIe) et de beaucoup d’autres merveilleux que l’on retrouve dans ce troisième volume.

Cette nouvelle publication résume les deux premières, et est volontairement éditée de manière ‘pauvre’, afin que le fond compte plus que la forme. Même la couverture est en noir et blanc, et la première de couverture n’a même pas de texte (pas de titre, rien). Il s’agit cependant d’un bel objet, très largement illustré.

J’aime éditer de manière alternative, comme quand, étudiant, je créais mes revues alternatives confectionnées à la photocopieuse (fanzines, pour employer un mot d’origine anglaise, mais j’évite les mots anglais qui aujourd’hui nous submergent). Je me fais plaisir… et essaye de ne pas être trop ‘facile’, bien que ce troisième volume s'adresse à un large public.

L’objectif est donc de diffuser cet ouvrage plus largement que les précédents et de le traduire en plusieurs langues. Par contre, je souhaite que mes deux premiers livres restent uniquement en français et diffusés seulement auprès des passionnés du sujet. Il ne faut pas mâcher le travail... pour ceux qui ne le méritent pas.

Le prix est léger et les frais de port réduits, pour qu’il soit lu par le plus de monde possible. On le trouve même sur Amazon et eBay, ce qui n’est pas le cas pour les précédents. J’aurais aimé qu’il soit encore moins cher, mais l’impression + les frais de port + le pourcentage libraire + le pourcentage diffuseur (j’en cherche un) +++, tout cela fait que je ne vais toujours pas gagner d’argent avec, enfin pour le moment. Dans tous les cas, je reste positivement très positif… De toutes les façons, comment faire autrement ??

Pour l’anecdote : j’ai dernièrement déposé ce livre à la librairie Galignani, (Galignani est une famille liée au livre depuis le XVIe siècle) près du jardin des Tuileries à Paris, qui accueille toujours mes productions avec gentillesse. J’ai alors appris que Karl Lagerfeld, qui se fournissait dans cette librairie, avait beaucoup apprécié mes ouvrages.

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Le gandin

Les Petits-maîtres de la Mode

La raison pour laquelle j’ai changé le nom de mon blog, de « La Mesure de l’Excellence » en « Le gandin », est la même qui fait que je préfère parler des petits-maîtres que des élégants considérés comme tels. Quand vous évoquez quelque chose de noble, beau, grand… vous pouvez être sûr que cela va attirer un grand nombre de vilains ; un peu comme les magnifiques représentations chrétiennes et leurs saints excitent des gens laids, qui viennent les prier pour juste après recommencer leurs bassesses et offrir aux cœurs purs et valeureux leurs figures grimaçantes de douleurs qu’ils s’infligent continuellement, si ce ne sont pas des gens pires encore. Ce que je dis là est évidemment un peu extrême.

Dans les dictionnaires, le terme de « gandin » est souvent assimilé à un personnage du XIXe siècle élégant mais jugé comme quelque peu ridicule. On peut donc être sûr qu’il ne captivera pas ceux qui se pensent comme de véritables beaux ! La dérision, le non-conformisme et le souci de ne pas adhérer à des concepts prémâchés est constant dans l’histoire des mouvements de mode. L'élégance elle-même n’est pas rigide, figée. Elle est subtile. Ceci dit, « La Mesure de l'excellence » reste mon 'nom' de travail.

Selon moi, le substantif « gandin » évoque une nouvelle forme d’élégance contemporaine. Ce terme, présent au XIXe siècle, est dans la continuité du gaudin médiéval. Ces noms viennent du latin gaudere, se réjouir. Sans doute un nom similaire existe durant l’Antiquité, et de façon certaine au Moyen Âge, puisqu’alors des noms sont dérivés de ce verbe, tels godin et godine qui sont de « joyeux et seyants mignons et mignonnes », comme je l’écris dans mon livre Les Petits-maîtres de la mode. À cette époque, l’orthographe n’étant pas établie, cela s’écrit aussi gaudin et gaudine. Au XIXe siècle on retrouve un nom similaire, celui du gandin, un genre d’élégant apparenté au très chic boulevard de Gand à Paris de la Seconde Restauration (1815 – 1830) et à un autre type du Second Empire (1852 – 1870).

Il me faut aussi expliquer pourquoi je ne m'intéresse presque plus qu’à la mode. C’est parce que celle-ci est civilisatrice, et que le monde d’aujourd’hui n’a rien d’une civilisation. Nous sommes dans une société foncièrement barbare, qui se dépouille progressivement de tout ce qui a fait sa grandeur, tout en cachant cela derrière un masque d’un semblant de tenue, ce que l’on peut appeler du « façadisme » ; comme on le fait en architecture, où on détruit des monuments anciens remarquables pour ne garder que les façades. Sur ce sujet, j’ai de quoi écrire un volumineux ouvrage. Malheureusement, comme je n’ai aucune aide et des obstacles, je ne trouve pas le temps pour le réaliser, bien que je souhaite le faire depuis plusieurs années... car la situation est dramatique. Le feu qui a pris lors d’une restauration de la cathédrale Notre-Dame est déjà assez révélateur, non ? Les 'restaurations' de bâtiments anciens qui 'mettent le feu', les détruisent... c'est partout en ce moment en France, et cela depuis de trop nombreuses années ! Sur l’un d’entre eux, j'ai dernièrement trouvé ce petit slogan :

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Aux origines de la cravate

Les Petits-maîtres de la Mode

Avant de commencer, je dois préciser que, comme c’est toujours le cas, sauf lorsque je le signale bien sûr, pour composer je me base sur des sources écrites et iconographiques d’époque. Je n’invente rien et ne copie personne, mais directement puise dans les documents des temps concernés. Bien sûr, des erreurs peuvent s’insinuer, mais il s’agit alors du résultat de ma propre ignorance, et non pas de celle d’autres.

La cravate est un élément de l’habit particulièrement intéressant. Je me suis aperçu qu’il était mal connu. Voici donc résumée une histoire de la cravate !

ORNEMENT DU VÊTEMENT TAILLÉ. Durant l’Antiquité et la plus grande partie du Moyen Âge, on habille peu le cou. Au Moyen Âge, le remplacement progressif du vêtement drapé par le vêtement taillé, fait que l’on cherche de plus en plus à orner cette partie du corps. À la fin du Moyen Âge, les hommes la couvrent notamment avec la « gorge » de la « queue » (appelée aussi « cornette ») du chaperon (chapeau prolongé d’une longue bande de tissu dont on se sert de multiples façons et notamment comme écharpe). Les cols masculins deviennent de plus en plus travaillés et diversifiés. Au XVIe siècle, on revêt le cou en particulier d’une fraise, d’un collet ou d’une collerette. Au XVIIe, la cravate devient à la mode !

Sur l’image de droite, du XIXe siècle, un homme met sa cravate sur un haut col. La cravate est pliée afin d’être rétrécie pour former le nœud, mais reste large autour du cou.

UN RUBAN ET UN MOUCHOIR. Le cou n’est pas la seule articulation à être parée. Chez les hommes, on agrémente aussi les coudes, poignets, genoux… souvent de rubans, de dentelles ou d’autres étoffes. La longue bande de tissu rectangulaire qui forme la cravate prolonge le goût de l’Ancien Régime pour les rubans. Elle est en effet un ruban, bien que l’on préfère alors la comparer à un mouchoir. Du reste, une de ses premières utilités est de récolter la sueur, mais aussi de protéger la peau et le cou. Elle a cette fonction dans les premières traces connues de tissus décorant cette partie du corps, comme ceux portés par des soldats de la garde personnelle de l’empereur Qin Shi Huangdi (IIIe siècle), que les terres cuites humaines du mausolée de l’empereur Qin reproduisent, ou chez les orateurs et légionnaires romains ( comme ici ou ici) qui portent le focale (du latin fauces, la « gorge »), quand ils ne nouent pas autour de leur cou une sorte de mouchoir appelé sudarium (sudare signifiant suer). Chez les militaires, ces ornements du cou préservent aussi des éraflures produites par la cuirasse, et bien sûr de façon plus large du froid.

LE COL. Donc, si on habille peu le cou durant l’Antiquité et la plus grande partie du Moyen Âge, la raison en est que les habits ne sont pas taillés ou peu. Il s’agit de larges tissus, parfois cousus mais de façon rudimentaire, et tenus notamment par des agrafes. Dans le dernier tiers du Moyen Âge, en particulier au XVe siècle, le col est de plus en plus présent. Il peut être rapporté, faire partie du pourpoint, de la chemise, etc. Par exemple, le collet renversé (appelé aussi rebrassé collet) est un col pourvu d’un large revers, généralement garni de fourrure. Comme on aime montrer la blancheur et la finesse de la chemise que l’on porte, à partir au moins du XVe siècle, on la laisse apparente à certains endroits, on réalise des entailles (crevés) aux vêtements de dessus, et on la fait ressortir aux niveaux des poignets et du cou où on peut ajouter des passements, etc. Le cou s’orne donc progressivement. Le col de la chemise de dessous notamment se montre de plus en plus et devient de même de plus en plus travaillé, tellement, qu’il est ensuite remplacé au XVIe siècle par une fraise, celle-ci devenant de plus en plus volumineuse avec le temps, ou par un collet ou bien encore par une collerette.

Quelques précisions s’imposent concernant les dénominations. Au Moyen Âge, on appelle « col », plus ou moins le cou, en particulier la partie du corps reliant la tête au cou. Le « collet » est ce qui dans l’habit (pourpoint, manteau, chemise…) est près du cou. Ces noms sont toujours en usage au XVIIe siècle, avec les mêmes définitions. Cependant, durant ce siècle, « collet » est aussi synonyme de « rabat », comme on le constate dans la première édition (1694) du Dictionnaire de l’Académie française. La « collerete » (ainsi écrit) est alors une « Sorte de petit collet de linge dont les femmes se couvrent la gorge & les épaules. » Au XVIIIe siècle, le « collet » est parfois pris à la place de « col » de chemise, etc. On nomme aussi « col » le tour-de-cou (voir plus loin) ainsi que sans doute d’autres ornements du cou en tissu, de même qu’une sorte de cravate, ou plutôt une pièce d’étoffe entourant le cou et qui s’attache par-derrière avec deux cordons, une boucle ou bien des agrafes. D’après L’Art de mettre sa cravate de toutes les manières connues et usitées…, par « le Bon Émile de L’Empesé » (1827), M. de Choiseul (1719 – 1785), ministre sous Louis XV, serait le premier à donner aux troupes, en remplacement de la cravate, des cols de crin noir. Par la suite, ceux-ci pourraient être en d’autres matières avec à l’intérieur un carton, afin de rigidifier ce col qui empêche presque tous mouvements du cou. Dans la cravate, on ajoute parfois un « col en baleine » autour du cou, afin de donner un maintien. Il semble même parfois la remplacer. Toujours d’après L’art de mettre sa cravate… d’abord noirs, les cols deviendraient aussi rouges afin de souligner le pourpre du visage des soldats. Au début du XIXe siècle, les cols sont à la mode aussi chez les civils, comme le col russe. Sans doute, cette mode vient-elle des soldats étrangers qui occupent une partie de la France et en particulier sa capitale de 1814 à 1818. C’est surtout le cas au temps des calicots (voir Les Petits-maîtres de la mode) où la mode masculine civile est de s’habiller en militaire. Dans cet article, on peut contempler deux cols-cravates de l'époque romantique. Il s'agit de cols auxquels sont ajoutés sur le devant un ruban noué en nœud papillon. Comme déjà dit, au XVIIIe siècle, on appelle aussi « col », ce que l’on nomme auparavant « collet ». Ce col, assez haut, fait partie de la chemise. Il protège la peau de l’irritation de la cravate. Je ne sais pas quand sont inventés les faux-cols de chemise. Dans le Code de la cravate, de 1828, on lit : «Toutes les lingères de Paris confectionnent et vendent des faux cols, tels que le goût ou les proportions du cou de l'acheteur peuvent le désirer. » Ces faux-cols sont en tissu, et généralement empesés. Il en existe aussi en papier. Dans ce livre, tout un chapitre est aussi consacré à ces cols de papier mis à la mode par un libraire parisien, sans doute dans le premier quart du XIXe siècle, mais l'auteur ne donne pas de date.

Vers 1630 – 1665, plusieurs iconographies dévoilent de la dentelle sous le grand rabat (collet ou col rabattu), ou plus souvent deux cordonnets prolongés d’un gland, d’une houppe ou d’une petite grenade. Dans cet article, un portrait de Louis XIV (huitième photographie) le présente avec une sorte de rabat de dentelle amidonnée, faisant office de cravate, sous lequel se trouvent deux cordons, chacun étant prolongé d’une houppe. Sur cette gravure de 1633, le courtisan place, à travers une sorte de boucle, un ou deux cordons sous le grand collet rabattu. Nous avons là les prémisses de la cravate.

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Ici de la dentelle est disposée au-dessous du grand collet.

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Sur ce détail d’une gravure datée de 1817, on distingue le col de chemise, le col en baleine et la cravate.

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Exemples de cols masculins de la première moitié du XIXe siècle. Dans celui de gauche, il s’agit peut-être d’un col en baleine ou d'un simple col blanc, et à droite d’un col russe noir. Les cols des chemises sont apparents.

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Dans ces détails d’estampes de 1822, le col de chemise est mou. Quant à la cravate, il s’agit sans doute plus particulièrement d’un foulard, dans un cas tenu par une bague et dans l’autre sans doute par une épingle.

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LA CRAVATE. Au XVIIe siècle, l’évolution du parement de la gorge s’inspire à nouveau de l’accoutrement militaire, de celui porté par la cavalerie légère française formée de cavaliers croates nommée « compagnie de cravates ». Ces soldats mettent autour du cou un tissu que l’on appelle « cravate », qui devient à la mode dès le milieu du XVIIe siècle, chez les hommes (voir la première photographie) en particulier mais aussi chez les femmes. Du reste, cols, collets, collerettes, fraises, cravates, foulards… sont de mise chez les deux sexes (voir plus loin).

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En français, le mot « cravate » s’écrit généralement avec un seul « t », mais on lui en met parfois deux, par exemple dans des revues de mode des années 1780, sans doute pour reprendre le terme italien cravatta.

Certains affirment que la cravate existerait déjà avant le XVIIe siècle. On en aurait des traces dans le fameux livre sur les costumes de l’italien Cesare Vecellio (vers 1521 – 1601), intitulé Habiti Antichi… et publié en 1590 (sur les recueils de modes du XVIe siècle, voir cet article). Cependant, je n’ai pas trouvé le mot cravatta dans la première édition, mais dans une autre qui résume la première, décrivant le soldat fantassin romain (soldato d’infanteria), mais dont je ne sais pas si elle est d’une réédition remaniée de l’époque de l’auteur, ou bien d’après (XIXe ?). Voici le texte et sa traduction provenant d’une édition française de 1860 :
Aveva intorno al collo una specie di cravatta chiamata sudarium o mappa, la quale annodavasi sul petto.
« Autour du cou une sorte de cravate, nommée sudarium ou mappa, se nouait sur la poitrine ».

Le mot « cravate » se retrouverait de même avant, en France, dans une ballade d’Eustache Deschamps (vers 1340 – vers 1405) intitulée Faite restraindre sa cravate, mais que je n’ai pas retrouvée. Plusieurs articles sont publiés sur internet sur ce sujet, comme celui-ci. N’ayant pas retrouvé les sources indiquées, je ne peux donc pas affirmer que cela soit vrai.

ÉVOLUTIONS DE LA CRAVATE. La cravate est plus particulièrement de toile (mousseline, batiste, linon…), de taffetas (étoffe de soie ou d’une autre aussi tissée comme de la toile comme la gaze…) ou/et de dentelle.

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Avec le temps et selon les modes, elle évolue. On l’associe rapidement à d’autres éléments, en particulier à des rubans, ou à un gros nœud, du genre nœud papillon, souvent coloré (rouge, noir…), et cela dès le XVIIe siècle. De nombreux exemples sont présentés dans cet article déjà cité.

En 1682, lors de la bataille de Steinkerque, les soldats français sont surpris par l’ennemi, et n’ont pas le temps de nouer leur cravate, se contentant d’un nœud simple et de faire passer les deux bouts du tissu dans la boutonnière de leur habit. Cela est repris par les deux sexes sous le nom de « cravate steinkerque ».

Au XVIIIe siècle, chez les hommes elle est souvent remplacée par un « col » ou « tour-de-cou », noué par-derrière avec un ruban tenant les cheveux, et garni par-devant d’un nœud de ruban formant une sorte de nœud papillon. Ce tour-de-cou semble généralement coloré… souvent noir.

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La cravate reste en usage au siècle des Lumières. On l’enroule autour du cou en faisant un ou plusieurs tours, jusqu’à la fin du XVIIIe et le début du XIXe où elle couvre même jusqu’au menton inclus. Au XVIIIe siècle on place souvent en-dessous de la cravate un jabot, très fin ou plus ou moins volumineux, qui s’accroche à la chemise au niveau du centre/haut des poumons.

Ci-dessous diverses sortes de cravates masculines des années 1780.

Cravates en gros nœud papillon.

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Cravates avec un jabot.

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Les incroyables du Directoire (1795 - 1799) et d'un peu après, portent des cravates s’enroulant au moins trois fois autour du cou (ce qui est déjà à la mode avant) et montant haut, parfois jusqu’à la bouche.

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On utilise encore le jabot au début du XIXe siècle.

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Mais celui-ci est remplacé par une cravate se prolongeant sur la poitrine, comme pour un foulard, et tenu par une épingle. Elle continue cependant à aussi s’enrouler autour du cou. Ci-dessous la cravate date de 1845.

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La cravate régate, qui est celle que les hommes utilisent très majoritairement de nos jours, naît sans doute à la fin du XIXe siècle. C’est peut-être le gommeux ‘seconde période’ (voir Les Petits-maîtres de la mode) qui la met à la mode, car il en porte dans de nombreuses iconographies de la fin du XIXe siècle (dans les années 1890).

Gommeux des années 1890 portant les premières cravates régates.

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Si aujourd’hui la cravate la plus courante est la régate, on fait usage aussi du nœud papillon, de même que de l’ascot et de la lavallière (voir cet article sur La lavallière du tailleur parisien Julien Scavini).

Ci-dessous, le monsieur à moustache porte un faux col rabattu et une cravate régate.

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LE NOEUD. De nos jours, les nœuds ne sont pas très nombreux non plus, alors qu’ils le sont beaucoup plus autrefois. Si les premières cravates du XVIIe siècle se nouent très simplement, elles deviennent rapidement de plus en plus sophistiquées, comme on peut le constater à nouveau dans cet article, avec ajouts de nœud papillon, cordons, amidonnage, etc.

En matière de cravates et surtout de nœuds, les modes se succèdent rapidement. Certaines sont plus étroites que d’autres, plus larges, tournent autour du cou un nombre de fois différent, se nouent d’une façon ou d’une autre, symétriquement ou asymétriquement, etc. Vers 1800, un nœud très fréquent est « en oreille de lièvre » (voir cet article). Depuis les débuts de cet accessoire de toilette, les nœuds peuvent donc être très simples ou bien très compliqués. Les changements sont souvent subtils : un nœud un peu excentré… Certaines cravates et autres nœuds (papillon…) sont parfois en partie montés, c’est-à-dire déjà faits.

Dès le XVIIe siècle, se passer une cravate autour du cou peut être très compliqué. Sa forme est pourtant simple : un long rectangle. Tout d’abord, elle doit passer par le blanchisseur ou la blanchisseuse qui la lave, la blanchit si elle est blanche, l’empèse (l’amidonne), la plie et la repasse. Le pliage permet notamment de laisser de la largeur autour du cou et de la finir plus finement afin de composer le nœud. Concernant celui-ci, il en existe plusieurs sortes, certains particulièrement difficiles à réaliser. On finalise la pose de la cravate en la repassant avec un petit fer à lisser afin d’amincir les bords et lisser le nœud. L’auteur de L’Art de mettre sa cravate… de toutes les manières connues et usitées… écrit que si le nœud est raté, il ne faut pas essayer de le refaire mais changer de cravate. Celui du Code de la cravate (1828) dit de même.

LA COULEUR ET LES MOTIFS. Au XIXe siècle, on commence donc à écrire des traités sur la façon de nouer la cravate. Dans L’Art de mettre sa cravate…, « le Bon Émile de L’Empesé » écrit que la cravate de couleur est considérée comme négligée, de même sans doute que celle qu’il appelle « de fantaisie » (avec des motifs imprimés ou peints). À cette époque et avant, un habit « négligé » ou « en chenille » est synonyme de tenue décontractée. Il poursuit en stipulant que la cravate blanche à carreaux, à raies ou à pois s’associe à une « demi-tenue », moins ‘sévère’ que la grande tenue qui elle ne peut comprendre qu’une cravate blanche. Quant au foulard, il le considère comme un « paria » en matière de cravate. Cependant toujours selon lui, tout élégant se doit de posséder des cravates de tous les genres ci-avant cités, de même que des foulards, ainsi que des cols de chemise, des cols en baleine, des cols (russes…) ainsi que quelques cravates de soie noire.

Jusqu’au début du XXe siècle, le blanc est la teinte la plus en vogue, car elle fait ressortir le pourpre et la blancheur du visage. La seconde est le noir, assez fréquent, en particulier aux XVIIIe et XIXe siècles. Les deux accentuent la pâleur. À partir du XXe siècle, la mode étant à la peau burinée, le blanc disparaît presque, et n’est utilisé que pour des occasions très précises : de grandes occasions ou la haute fonction publique (huissiers…). Quant au noir, on ne le retrouve presque que pour le nœud papillon. Le troisième ton, en usage dès les débuts de la cravate, est le rouge (et son dégradé, comme le cramoisi) souvent associé au blanc, les deux étant en harmonie avec les couleurs du visage, et le rouge atténuant le pourpre de la chair. Le quatrième est le bleu… peut-être pour faire ressortir les yeux de cette couleur. Ainsi les cravates blanches ont parfois des festons bordés en couleur « bleu-de-ciel » ou rouge.

Les motifs principaux présents, au moins dès le XVIIIe siècle, sont les rayures, les carreaux et les pois.

Ici les cravates d’incroyables sont rayées de rouge ou de vert.

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Là une cravate bleue ou verte et une autre à raies ou carreaux cramoisis.

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Cravate à pois.

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Cravate noire.

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Cravates noires au XIXe siècle.

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Cravate à pois sur un col en baleine et cravate à carreaux sur un faux-col, du XIXe siècle.

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Cravate bleue portée au XIXe siècle.

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L’ÉPINGLE ET AUTRES BIJOUX DE CRAVATE. Plusieurs objets servent à tenir et orner la cravate, comme la bague, les rubans ou l’épingle. Dans les iconographies, c’est à partir des années 1810 que l’épingle à cravate ou à jabot devient très voyante, mais on l’utilise avant. Il faut ajouter la pince à cravate qui voit peut-être le jour avec la cravate régate.

Le jeune homme ci-dessous, de la fin du XVIIIe siècle, porte une cravate blanche avec le nœud légèrement excentré, comme c’est parfois à la mode, ainsi qu’une sorte de goujon doré tenant peut-être un plastron de tissu amidonné. Les goujons sont des sortes de boutons rapportés, disposés sur la partie visible de la chemise ou du plastron, encore parfois utilisés aujourd’hui dans la tenue classique du smoking.

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Sur ces détails de gravures de 1826 et 1829, s’agit-il de goujons dorés ?

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Épingles à cravate ou à jabot en 1815 et 1821.

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En 1822.

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Dans les exemples ci-dessous, de 1830 et 1832, le jabot semble s’être mué en plastron décoré et tenu par des goujons, à moins qu’il s’agisse tout simplement d’une chemise et de ses boutons. À noter la poche gousset pour la montre, ce qui semble nouveau, auparavant la montre étant enfermée dans un gousset accroché à un ruban ou une chaîne, le tout pendant au niveau du devant du bassin.

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Avec et sans boutons ou goujons, en 1854…

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LA CRAVATE CHEZ LES FEMMES. Il n’y a pas un type de cravate masculine que les dames ne reprennent pas. Toutefois, les styles semblent moins figés que chez les hommes.

Ci-dessous, exemples de cravates et cols portés par des femmes depuis le XVIIIe siècle.

Les Petits-maîtres de la Mode
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Voilà pour une ‘rapide’ histoire de la cravate.

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Première baguenauderie de gandin à Versailles : Les cravates !

Cravate du 17e siècle

Versailles est un lieu qui conserve encore de la magie. Dernièrement, je m’y suis rendu lors de la visite presse organisée pour la réouverture du grand appartement de la Reine et les expositions Madame de Maintenon : Dans les allées du pouvoir (16 avril – 21 juillet 2019) et Le goût de Marie Leszczynska (à partir du 16 avril). Cela m’a permis de ‘flâner’ en dehors de la cohue touristique, ce qui était charmant. Je me suis amusé à photographier ‘à la sauvette’ des toilettes glanées de-ci de-là, en particulier des cravates, en entendant un prochain article sur le sujet de l’histoire de la cravate. Comme la plupart des peintures se trouvaient en hauteur, les proportions ne sont pas exactes.

Cravates sous Louis XIV…
Blanches…

Cravate du 17e siècle
Cravates du 17e siècle
Cravates du 17e siècle

De dentelle et avec un nœud papillon…
Le nœud papillon est généralement rouge…

Cravates du XVIIe siècle à Versailles
Cravates du 17e siècle

Mais il peut être d’une autre couleur.

Cravate du 17e siècle, dentelle et noeud papillon bleu

Cravates du début du XIXe siècle…
Blanches…

Cravates du 19e siècle

Noires…

Cravates noires du XIXe siècle
Cravate noire du XIXe siècle

Noires avec un jabot…

Cravates noires avec un jabot blanc du 19e siècle
Cravates noires avec un jabot blanc au XIXeme siècle
Cravate noire et jabot du XIXe s.

Louis XV

Cravate du 18e siècle

 

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Les dialogues du goût III : Entretien avec Jean-Baptiste Loubet

Vidéo réalisée par Thomas Guerigen, mettant en scène Jean-Baptiste Loubet et Gervaise Germanique, sur la chanson Conversation de Jérémie Kiefer avec Pauline Drand.

Photographie ci-dessous de Magdalena Franczuk.

Dans ce troisième dialogue du goût, je suis heureux de présenter Jean-Baptiste Loubet, un élégant moderne, dont l’esprit et l’apparence donnent à apprécier quelque chose de délicieusement plus musical que la cacophonie actuelle. Il y a chez lui un ‘je ne sais quoi’, une certaine perfection alliée à une fragilité : une ‘perfection’ qui ne se limite pas à elle-même mais se place dans quelque chose de grand, d’infini, qui est toujours en devenir, comme le sont la mode, le mouvement, l’impermanence… Rien n’est figé, et les dogmes, par exemple de la belle mise vestimentaire, ne sont que des appuis, une canne élégante pour avancer sur le chemin du style, toujours neuf, frais ! Sans cette fraîcheur, sans ce ‘je ne sais quoi’, l’élégance s’estompe et devient une raideur, puis une grimace, voire un monstre. Quand vous ‘creusez’ certaines personnes dites « élégantes », vous apercevez des tatouages (une des expressions contemporaines de cette raideur), vous détectez des mœurs perverses et toute une ménagerie, au lieu de naviguer sur le bel air, d’agréablement se mouvoir sur le bon ton, juste dans l’instant, éternel dans sa frugale simplicité, sa fragilité, et infiniment riche dans sa diversité.

Jean-Baptiste Loubet est un élégant. Il ne semble ne pas faire de concession à la laideur, même si le monde contemporain et parfois la vie poussent vers elle. Il ne prend dans les aléas du temps et de la mode que ce qui lui semble véritablement beau. En cela, il est hors du temps. Il joue avec les apparences, avec le ‘sourire antique’ de l’acteur, avec une grâce toute française, versée dans la mesure dans un ciel qui n’en a pas… Tout n’est que mise en scène ! Et pour que ce spectacle soit entièrement jouissif, il faut du talent et de l’intelligence. L’intelligence de l’habillement en est une part.

En cette époque du prêt-à-porter, être bien mis est un véritable sacerdoce. Avant le milieu du XXe siècle, il était beaucoup plus facile d’être bien habillé, le sur-mesure étant presque général. Mais aujourd’hui, c’est une autre paire de manches !

Chez Jean-Baptiste, le raffinement va de soi. C’est une marque des personnes ayant du style : leur tournure leur est naturelle, même lorsqu’elle paraît très originale pour d’autres. Et c’est naturellement que se font les grands changements dans ce que j’appelle la mode. Le monde contemporain a besoin d’élégance dans tous les domaines, et en premier lieu dans celui des apparences, car la grâce de la physionomie façonne aussi celle de l’esprit et vice et versa.

Il y a chez lui quelque chose de solide, d’intemporel, qui ne se laisse pas malmener par le vent de la mode contemporaine. Lorsque je l’ai vu pour la première fois, j’ai tout de suite apprécié son style. Je lui ai demandé de bien vouloir répondre à quelques questions, ce qu’il a accepté de faire, et je l’en remercie, surtout que ses vues sur l’élégance sont très proches de celles que je défends dans ce blog. Cet entretien est retranscrit ci-dessous. Il y évoque l’art de se parer, de se montrer, de communier avec son environnement par la grâce, et le plaisir qui en découle par l’intermédiaire de cette réconciliation avec le monde à travers le rituel social de l’élégance porté à l’exégèse de la préciosité. Il donne quelques principes de distinction, le premier étant bien sûr de distinguer : avoir « une conscience aiguë de soi, du monde et des autres », de saisir le spectacle du monde, du petit comme du grand. Cette connaissance, qui n’est qu’ouvrir les yeux, est en elle-même compassion… « amour » comme dirait le baba pourtant à l’opposé de ce style. « L’attention que l’on prête à sa mise va souvent de pair avec l’attention que l’on prête au monde et aux gens qui nous entourent », nous dit-il. Le vêtement lie les gens. Cela est un principe fondamental de la mode. L’élégance, la belle tenue, l’habillement choisi, tout cela est aussi une réflexion, un reflet, une distanciation, de l’esprit… de même que l’acteur joue… avec un plaisir plus grand, car de chaque instant, toujours avec esprit… sans jamais se prendre au sérieux dans le fond. L’élégance est un sourire. Lors du vernissage de l’exposition de Massimiliano Mocchia di Coggiola où je l’ai rencontré, la chose qui m’a le plus frappé, c’est le sourire radieux de certaines des élégances présentes. Ce sourire épanoui est la vérité de l’élégance.

Jean-Baptiste place bien évidemment la beauté de l’âme au-dessus de toutes les autres. Il trouve que le dandysme est plus intéressant que les dandies. Pour lui, l’élégance est une construction vers un idéal « que l’on doit rechercher et non incarner », toujours plus élevé que ce qui est possible. Il faut un certain courage, car cela crée une fragilité. Le vêtement est un outil de bien être, ou plutôt d’être dans le moment et ce qu’il a de plus délectable, délectation qui est avant tout une construction à partir de ce qu’on apporte et ce que l’environnement offre. Il n’y a rien d’égoïste dans le fait d’accorder de l’attention à son apparence, au contraire, car c’est le premier pas vers un partage, une communion avec l’autre, à travers l’apparence, qui n’est qu’illusion, car seulement dans l’instant qui n’existe pas tout ‘étant’ dans le mouvement, ou davantage qu’une illusion : qui est une danse. Bien s’habiller, contribue « à rendre le monde un peu plus beau », et cela continuellement… chaque jour, chaque heure, chaque seconde.

On trouvera peut-être qu’il y a trop d’emphase dans mes propos. Mais le lyrisme me manque. Quel temps merveilleux lorsque l'on pouvait s’exprimer en écrivant des poèmes, et rêver sans que cela soit de la consommation ! Et puis la création consiste à créer !… ! Sans un peu de création, il n’y a pas de réalité… ou alors une réalité qui serait alors bien fade ! Jean-Baptiste est un créateur… le sien propre, ou du moins, sur lui-même il ajoute sa touche personnelle, son art de se vêtir… Il le fait lui aussi avec lyrisme, et on dénote une certaine touche d’un romantisme distingué, d’une délicatesse mesurée.

Les Petits-maîtres de la Mode
Les Petits-maîtres de la Mode

Photographies ci-dessus de Lady Loup Studio. Jean-Baptiste Loubet est accompagné d’Audrey Besnard et de Victor Ferreira.

– Cher Jean-Baptiste. Nous nous sommes rencontrés lors du vernissage de l’exposition de Massimiliano Mocchia di Coggiola (voir ici), où celui-ci avait conseillé à la gent masculine d’y venir en smoking. Vous étiez ainsi habillé, mais portiez le smoking avec plus de raffinement que généralement aujourd’hui. Pouvez-vous, s’il vous plaît, nous décrire dans les détails la tenue que vous aviez ?

– Je vous remercie pour votre compliment. Il s’agissait d’un smoking des années 1930 (plus précisément de 1937 d’après l’étiquette tailleur), avec la silhouette en sablier caractéristique de cette époque, une veste avec des revers généreux et très épaulée, et un pantalon à la coupe assez large. Je le porte avec une chemise à plastron amidonné et un col cassé amidonné également. Je trouve que cela donne plus de tenue à l’ensemble, même si une chemise souple peut être jolie avec un smoking d’été, en lui donnant une touche un peu plus informelle.

– J’ai remarqué que vous étiez aussi paré des traditionnels nœud papillon noir, goujons dorés [sortes de boutons rapportés, disposés sur la partie visible de la chemise et ici particulièrement travaillés] et mocassins vernis à gros nœud de soie noire (opera pump en anglais). Est-ce que vous vous habillez aussi avec soin dans la vie de tous les jours ? Si oui, quelles sont vos tenues ?

– Oui, je porte toujours une attention particulière aux vêtements que je mets. Même dans les tenues les plus décontractées, je tente de conserver un minimum d’allure. En général, au quotidien je porte soit un costume complet avec cravate ou nœud papillon, soit une veste et un pantalon dépareillés si je veux quelque chose de moins formel, quelquefois sans cravate. Composer ma tenue du jour est mon petit plaisir quotidien, comme on s’adonne à la peinture, au dessin ou à la musique ; j’y vois une certaine forme de créativité. Mais cela ne veut pas dire que je consacre un temps énorme à choisir les vêtements que je vais porter ; avec l’habitude on gagne en rapidité. Je pense que c’est important de trouver du plaisir dans les choses quotidiennes, cela nous réconcilie avec l’idée de rituel.

– Selon vous, en quoi consiste l’élégance aujourd’hui ?

– Vaste question ! Bien sûr, le vêtement n’est qu’une expression de l’élégance, qui est quelque chose de plus profond. L’élégance cela a à voir avec l’âme bien plus qu’avec la parure. Je dirais qu’être élégant nécessite une conscience aiguë de soi, du monde et des autres. C’est savoir quelle est sa place et s’en montrer digne. C’est être sensible aux subtilités qui échappent au vulgaire. C’est viser plutôt trop haut que trop bas. Pour autant, l’élégance n’est pas affectation et ne peut exister sans sincérité. Elle implique d’avoir du cœur mais aussi une certaine distance par rapport aux choses. Le véritable élégant ne se prendra jamais trop au sérieux.

– Êtes-vous un néo-dandy, un gandin, un élégant… ? Quel nom peut-on donner à votre style ?

– Je n’éprouve pas spécialement le besoin de me définir, je laisse ce plaisir aux exégètes du style s’ils le souhaitent. Tous ces mouvements sont absolument passionnants, mais je ne me revendique véritablement d’aucun. Du reste, comment limiter une personne à un archétype ? Le dandysme me semble plus intéressant que les dandies. Je déplore d’ailleurs cette tendance de nos jours à ne voir dans des courants de pensée qu’une façon pour l’individu de définir son identité. La question n’est pas de se définir, elle est de se construire. Et cela ne peut se faire que grâce à une pluralité des modèles qui permettent de bâtir un idéal vers lequel il nous incombe de tendre. L’idéal est une chose que l’on doit rechercher et non incarner. Si l’on parvient à incarner son propre idéal, c’est que celui-ci était sans nul doute trop bas.

– J’adhère tout à fait à ce que vous dites ! Vous aimez conjuguer « classicisme, intemporalité et élégance ». Qu’en est-il de la mode ? Lui faites-vous des concessions ? Par exemple les costumes taille basse et veste haute sont plutôt élégants, non ?

– Je ne suis pas la mode. Mais j’aime bien l’observer, d’une part pour la remettre dans une perspective historique plus large, ce qui est toujours intéressant, la mode étant cyclique, et d’autre part elle peut aussi se montrer quelquefois inspirante.

Je suis très heureux par exemple du retour de la mode des cheveux très courts au niveau de la nuque et des côtés de la tête, comme cela était le cas des années 1920 aux années 1950. Et bien que je ne sois pas un inconditionnel de la barbe, lui préférant la moustache (qui heureusement semble lui succéder en termes de mode pilaire), il faut bien reconnaître que cet engouement a permis à de nombreuses échoppes de barbiers de voir le jour. Ce regain d’intérêt pour l’art du rasage, de l’entretien du poil et de la peau ne me donne qu’à me réjouir. C’est d’autant plus amusant, quand l’on songe à la place du barbier-chirurgien dans la société du Moyen-Âge, jusqu’au XVIIIe siècle, et au rôle de son commerce dans la vie de la cité.

Pour les exemples que vous donnez, et bien j’imagine que tout dépend de l’effet recherché. Un pantalon à la taille basse, c’est-à-dire dont la ceinture arrive au niveau des hanches plutôt qu’à la taille naturelle, aura pour effet de donner visuellement plus de longueur au buste et de raccourcir les jambes. Ce n’est personnellement pas mon idéal. Ce qui est curieux, c’est que cette mode, qui s’est développée dans les années 2000, est restée éphémère pour la gent féminine qui a retrouvé un intérêt pour les pantalons et jupe taille haute dans les années 2010, tandis que les hommes eux semblent toujours récalcitrants à porter un pantalon au-dessus des hanches ! Je ne me l’explique pas vraiment.

Quant à la longueur de la veste, j’imagine que cela procède d’un mouvement général qui tend à tout raccourcir et ‘recintrer’, car considérant qu’une silhouette étriquée donne une allure plus jeune et plus dynamique (à moins que ça ne soit par économie de tissu ?). Le jeu des alternances des silhouettes larges et étroites est de toute façon cyclique. La seule façon de ne pas être démodé, c’est de ne jamais être à la mode.

– Vous portez presque quotidiennement le chapeau, ce qui est devenu rare aujourd’hui. Pourtant, autrefois tout le monde en portait. Sous l’Ancien Régime, la mode concernait la manière d’arranger sa tête avant même le corps. Par exemple, Histoire des modes françaises ou Révolutions du costume en France (1773), de G.-F.R. Molé, ne parle en fait que de ce qui couvre les chefs ! Où est-ce que vous vous approvisionnez en chapeaux ?

– J’ai effectivement du mal à sortir sans couvre-chef, cela me donne l’impression qu’il manque quelque chose. C’est déjà extrêmement pratique pour se protéger du froid, du soleil ou de la pluie (en revanche il faut faire attention aux coups de vents), et puis cela termine bien une tenue. Comme pour la grande majorité de ma garde-robe, ce sont des pièces que je chine. J’ai la chance de n’avoir pas un grand tour de tête, donc il n’est pas rare de trouver des chapeaux à ma taille. De plus, comme un couvre-chef se garde plus longtemps qu’un costume, ils sont souvent moins soumis aux fluctuations de la mode, et il est très facile de porter de nos jours par exemple un modèle de fedora du début du XXe siècle avec une tenue moderne, sans que cela soit choquant outre mesure.

Pour ma part, j’ai une affection pour les couvre-chefs gris, car ils vont aussi bien avec des costumes gris que bleus ou noirs. Si je porte une veste et un pantalon dépareillés, alors j’opterais plutôt pour les tons marrons. Et un chapeau noir pour le soir ou les occasions un peu plus formelles.

– Pourquoi est-il important de bien s’habiller ?

– Parmi l’infinité de réponses que l’on pourrait donner, je vais me contenter de n’en citer que trois qui me paraissent les plus pertinentes de nos jours.

Tout d’abord, quand vous portez des vêtements dans lesquels vous vous sentez à l’aise, dont vous savez qu’ils vous mettent en valeur, vous vous trouvez enveloppé d’une certaine aura, c’est galvanisant. Vous n’aurez pas la même image de vous en survêtement et en costume élégant, et vous ne vous comporterez pas de la même façon. Le vêtement touchant au corps, à ce qu’il y a de plus intime, rechercher une certaine perfection dans la tenue c’est rechercher une certaine perfection de soi. Dans une époque où l’on ne cesse de parler de développement personnel, on ne peut faire l’impasse sur le vêtement.

Ensuite, votre tenue forme le lien entre vous et autrui. C’est ce que vous donnez à voir de vous au monde. Aujourd’hui, les rapports sont déshumanisés, et de même les tenues sont normées : un pantalon pour la plupart des gens c’est un jean. S’il n’est pas bleu, c’est déjà presque la marque d’un esprit frondeur. Quand vous marquez votre différence par une tenue soignée, vous serez toujours accueilli avec bienveillance. Parce que l’attention que l’on prête à sa mise va souvent de pair avec l’attention que l’on prête au monde et aux gens qui nous entourent. C’est peut-être la façon la plus naturelle d’aborder quelqu’un que l’on ne connaît pas : « J’aime bien ce que vous portez ». Alors que l’on a tendance de plus en plus à se sentir isolé, dans un monde dominé par l’individualisme et le virtuel, le vêtement c’est à la foi la matière et une façon de lier les gens entre eux.

Ce qui m’amène à mon dernier point : l’être humain ayant tendance à rechercher son semblable, hormis le cas particulier de l’ermite ou du nudiste, vous allez être confronté à l’autre tous les jours, que vous habitiez à la ville ou à la campagne, et cet autre portera des habits. Sans y prêter attention, c’est donc chaque jour que vous allez voir des tenues, des vêtements. Inconsciemment, cela contribue à façonner notre environnement visuel immédiat. Je pense donc que bien s’habiller, d’une certaine manière, c’est aussi modestement contribuer à rendre le monde un peu plus beau.

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Merveilleuses & merveilleux