Petites-maîtresses et Petits-maîtres.

undefinedLa mode française offre des surprises de taille. Voir passer rapidement devant ses yeux lors d'une vente une gravure peinte d'un Petit-maître représenté avec une grâce particulière laisse l'impression magique d’un monde à redécouvrir, pourtant proche de nous puisque faisant partie de notre patrimoine et si loin de ce que nous sommes aujourd’hui. La gravure de la Petite-maîtresse que je présente ici est beaucoup plus anodine. Elle est de la fin du XVIIIe siècle ; est intitulée Petite Maitresse en Robe à la Polonaise de toile peinte garnie de mousseline, lisant une lettre, et fait 19,5 x 28 cm (empreinte du cuivre).
Mais qu’entendons-nous par petites maîtresses et petits-maîtres ? Voici quelques définitions de l’époque :

PETIT-MAITRE.
- " On appelle ainsi un jeune homme, qui se distingue par un air avantageux, par un ton décisif, par des manières libres et étourdies. " Le Dictionnaire de l'Académie Français, 5ème Edition, 1798.
- " Jeune homme, qui se distingue par un air avantageux, par des manières libres et étourdies.  L'origine de ce mot est le temps de la Fronde. "On avait appelé la cabale du Duc de Beaufort, celle des Importants, on appelait celle du Prince de Condé, le parti des Petits-Maîtres, parce qu'ils voulaient être les maîtres de l'État. Il n'est resté de tous ces troubles d'autres traces que ce nom de Petit-Maître, qu'on applique aujourd'hui à la jeunesse avantageuse et mal élevée. Siècle de Louis XIV. Un Petit-Maître, avec ses grimaces, est aussi loin du caractère d'un galant homme, qu'un faux dévot, avec son air sanctifié, est éloigné du caractère d'un homme véritablement religieux… Petite-maîtresse, femme, qui affecte les manières d'un petit-maitre.  Celui-ci est plus nouveau, parce que le ridicule qu'il représente est devenu depuis quelques années plus outré et plus commun. " Féraud, Jean-François, Dictionaire critique de la langue française. Marseille, Mossy, 1787-1788.

PETITE-MAITRESSE.
- " Il se dit d'une femme qui, relativement à son âge, a les mêmes ridicules que le petit-maître a dans le sien. " Le Dictionnaire de l'Académie Français, 5ème Edition, 1798.

Comme c’est souvent le cas concernant les élégants maniérés, les témoignages qui nous restent sont surtout des caricatures ou des critiques (voir les Précieuses ridicules de Molière ou les gravures caricaturant les Merveilleuses et les Incroyables à la fin du XVIIIe siècle). Voici une de ces critiques sous la forme du chapitre IV (pp. 29-38) intitulé ‘Des Petits-Maîtres’ du livre de François-Antoine Chevrier (1721-1762) : Les Ridicules du siècle (Londres, 1752). Passages (l'orthographe a parfois été modifié mais pas la ponctuation) : " Un jeune homme avait jadis la réputation de Petit-Maître, lorsque mis magnifiquement il savait se présenter avec aisance, ses discours, sans êtres solides, n’étaient qu’extraordinaires, & ses sentiments partagés entre le goût du public & la façon de penser, avaient un air de vérité sous le voile de la fausseté la mieux marquée ; d’ailleurs plus indiscret qu’indécent dans le propos, livré par goût & par usage à ce ton équivoque, qui annonce moins l’esprit que le désir d’en afficher, sa conversation était une rapsodie de jeux de mots usés, & de réflexions plus libres qu’ingénieuses ; tel était le Petit-Maître du vieux temps […]. Le Petit-Maître du siècle est un homme qui joint à une figure avantageuse, un goût varié pour les ajustements ; amateur de la parure, il doit marier agréablement l’agrément avec la magnificence ; esclave de la mode & des préjugés du jour, il n’est point asservi à ces mots usés, follement consacrés parmi nous, sous les noms de raison & de vertu ; copie exacte de la femme du grand monde, s’il diffère d’elle, ce n’est que par un supplément d’extravagances & de ridicules ; jaloux de plaire sans être amoureux, il cherche moins à être heureux que la gloire de le paraître ; constant dans ses écarts, léger dans ses goûts, ridicule par raison, frivole par usage, indolent à flatter, ardent à tout anéantir, ennemi du public qu’il voudrait cependant captiver rien à ses yeux n’est supportable que lui-même ; encore craint-il quelquefois de se voir sensé, dans l’appréhension de se trouver moins aimable. […] Il ne faut pas se persuader qu’avec toutes les qualités que je viens de détailler dans ce chapitre instructif, on soit en droit de s’annoncer comme Petits-Maîtres ; il y a encore deux attributs indispensables à désirer, la naissance & la jeunesse. […] Les Grâces, Petites-Maîtresses, ne sont pas de ces douairières pesantes, qui forcées de marcher avec symétrie, ne parlent que le compas à la main ; la vivacité, tranchons le mot, l’étourderie est leur apanage : aussi volubile dans le jargon, qu’inconsidéré dans le propos, un Petit-Maître ne doit jamais réfléchir, & il faut qu’il déraisonne constamment plutôt qu’il s’expose à ennuyer une minute […]. Un Petit-Maître qui dans les commencements de ses prospérités a vu deux ou trois femmes de réputation, de ces femmes nées pour donner de l’éclat à un personnage même ordinaire ; cet homme devient dès-lors possesseur de toutes les beautés […]. "undefined

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Les Macaronis.

undefinedundefinedundefinedCette estampe met en scène de façon à peine caricaturale les suiveurs femmes et hommes de la mode française de l'autre côté de la Manche. Le coiffeur représenté a la tournure caractéristique d’un Macaroni. En Angleterre on appelle ainsi les jeunes extravagants s’inspirant à leur manière des modes continentales : italiennes, françaises … d’où leur surnom. Quant aux dames, elles sont ici habillées à la façon du continent avec une haute chevelure assortie de divers ornements (des plumes), type de coiffure mise au goût du jour à Paris. Le tout est à peine caricaturé et subtilement amusant, car à cette époque cela se passe véritablement comme cela dans toute l’Europe qui suit le goût français : le coiffeur juché sur un tabouret, la servante tenant dans ses mains un panier rempli de fioritures prêtes à être ‘plantées’ sur la tête de la dame assise devant sa table de toilette. Le titre quant à lui n’est pas flatteur pour cette mode pourtant caractéristique du XVIIIe siècle : "The Preposterous Head Dress or the Feathered Lady", (« La coiffure absurde ou la dame emplumée »). La gravure date de 1776 (« "Pub by M Darly, 39 Strand March 20, 1776" »). Le nom de l’artiste 'Matthias Darly' est indiqué : caricaturiste, graveur et même designer de son époque (il dessine de nombreux meubles). Il a sa propre boutique à Londres au « 39 Strand March 20 ».

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L’Orange ou le Moderne Jugement de Pâris

undefinedEau-forte en vente au GRENIER DE VAUBAN 66210 Mont Louis 0468042198 christian.pecout@orange.fr

 

Aquatinte du début du XIXe siècle de Louis-Philibert Debucourt (1755-1832) dessinateur et sculpteur, de 44 x 33 cm. Cette gravure présente de jeunes gens jouant le jugement antique de Pâris. Au lieu d’une pomme d’or sur laquelle est marquée « à la plus belle », c’est une orange qui est offerte à la gagnante. C’est un ‘Incroyable’ aux cheveux courts « à la Titus » (voir article du 12 novembre 2007 : Le Journal des Dames et des Modes) qui joue le rôle de Pâris et trois Merveilleuses ceux d’Héra, Athéna et Aphrodite. La mode des cheveux courts apparaît à la fin du XVIIIe siècle chez les jeunes gens, avec la mode de l’Antique. Petit à petit les longues coiffures des hommes avec leurs nattes, leurs peignes et leurs rubans disparaissent, et avec elles les perruques. Certains Romantiques cependant  s’affichent ‘Nouvelle France’ avec des cheveux longs.

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Les Précieuses et les femmes de lettres.

undefinedC’est en réaction aux mœurs grossières de la cour d'Henri quatre et au laisser-aller ambiant, que la délicatesse du dix-septième siècle trouve refuge chez des dames de qualité qui entreprennent de raffiner les manières et le langage. On se rassemble dans la chambre d'une de ces instigatrices. Les femmes et les hommes qui lui rendent visite s'assoient autour d'elle, dans l'espace appelé "la ruelle", entre le mur et le lit où leur hôtesse les reçoit. Cette habitude d'accueillir chez soi un public choisi et d'embellir ainsi sa pensée se nomme "tenir" ou "faire" salon. Au début du dix-septième siècle, ceux qui savent briller par leur esprit aiment à se retrouver dans la chambre bleue de l'Hôtel de Rambouillet (vers 1608-1648) situé dans l’actuel Palais Royal. Vincent Voiture en particulier est le grand animateur de ce salon. On y rencontre Malherbe, Mme de Sévigné, Vaugelas, Madame de La Fayette, Guez de Balzac, Corneille… Les habitués excluent toute pédanterie et admirent les belles pensées sans prétention. Au salon de Rambouillet succède celui de Mlle de Scudéry. Modeste logis comparé aux autres hôtels particuliers du Marais, il réunit tous les samedis de la seconde moitié du siècle ce que compte Paris de femmes et d'hommes de lettres. Plutôt tournés vers la littérature, les habitués continuent la tradition des romans fleuves avec pour référence L'Astrée d'Honoré d'Urfé. Mlle de Scudéry publie La Clélie où se déploie la fameuse "Carte du Tendre". D'autres salons parisiens sont moins célèbres car moins fréquentés et moins mondains. Des deux hôtels de Nevers établis sur les rives de la Seine, le premier est tenu par la comtesse du Plessis-Guénégaud et est ardemment attaché à Fouquet. Citons les salons bourgeois comme celui de Mme Scarron et les cercles aristocratiques de Mme de Sablé et de Mme de Sully. 

Le "calendrier des ruelles" indique les jours de réception. Dans les salons, se développe principalement l'art de la conversation. Elle doit être libre, enjouée,  naturelle, légère, honnête. Ce terme s'applique aussi bien au comportement, à l'intelligence, à l'élégance des manières, qu'aux agréments de l'esprit. L'honnêteté s'exprime dans le raffinement des mœurs et la justesse du goût. C'est une manière de penser imprégnée de délicatesse étrangère à toute pédanterie. On y discourt aussi bien des subtilités de l'amour que de problèmes grammaticaux. La littérature est un des sujets privilégiés. On converse sur des ouvrages. Leurs auteurs viennent  les lire. On organise des concours de poésie... Le thème de discussion privilégié est l'amour : "L'amour et le mariage sont-ils compatibles ?", "Quel est l'effet de l'absence en amour ?". Les termes réalistes qui éveillent des images insupportables sont éliminés : vomir, balai, rhume, se marier... Ils sont remplacés par des périphrases : "être d'une humeur communicative", "laisser mourir la conversation". Le miroir est le "conseiller des grâces". Les pieds sont les "chers souffrants", les sièges les "commodités de la conversation"... De nouveaux mots sont créés comme obscénité, incontestable, enthousiasme... On en défend certains face à l'Académie : "car". De ce mouvement fleurit une nouvelle sensibilité littéraire qui a contribué à la formation de la langue française. Le goût ‘frustre’ de l'aristocratie de l'époque est remplacé par des comportements et des langages raffinés. La gente féminine a joué un grand rôle dans cet épanouissement. La Précieuse revendique des droits pour la femme. Elle oppose à l'amour vulgaire et charnel, l'amour épuré, la "tendre amitié", librement consentie. Elle met à la mode le premier type de "femme d'esprit", hostile au mariage. Elle préfère le flirt ; propose le mariage à l'essai reconductible chaque année.

undefinedDerrière l’histoire de ces Précieuses du XVIIe siècle caricaturées par certains comme Molière et parfois caricaturales, se cache une vérité très profonde de la culture protégée dans l’histoire par de grands mécènes français femmes et hommes ayant un véritable amour des arts et le savourant avec un extrême brio. Parmi ces esthètes sont des dames rassemblant autour d’elles tout ce qu’il y a de plus fin. Aliénor d’Aquitaine (née vers 1122), est un des plus grands protecteurs des arts du XIIe siècle et de ses poètes les troubadours (les « trouveurs » des rimes les plus délicates). Elle est la petite fille de Guilhem IX (1071-1126), duc d’Aquitaine et sixième comte de Poitiers, considéré comme le premier troubadour (poète de l’art courtois, de la fin’amor : amour fin) et le premier écrivain de l’Europe médiévale à s’exprimer en langue vulgaire. Elle est aussi la mère de l’un d’entre eux Richard Cœur de Lion. Marie de Champagne (1174-1204) en est un autre exemple. Elle convie autour d’elle des artistes célèbres comme Chrétien de Troyes en particulier connu pour ses romans arthuriens… D’autres femmes contribuent à ce foisonnement et cela surtout jusqu’à la fin du XVIIIe siècle avec les salons qui sont des réminiscences de pratiques antiques (banquets, dialogues…) redécouvertes à la Renaissance mais aussi propagées par le Moyen-âge. C’est ainsi qu’il est de bon ton au XVIIe siècle de s’affubler de noms antiques comme dans l’exemple de la photo 1 où Jean-Louis Guez de Balzac (1597-1654) s’adresse à la Précieuse Marquise de Rambouillet dont il côtoie le salon, en s’appelant lui-même « le Romain » (Les Oeuvres diverses du Sieur de Balzac. Seconde édition, Paris, P. Rocolet, 1646, in-4). Mais on sait aussi puiser dans une culture moins lointaine et même d’en inventer une nouvelle. Ces manières ressurgissent à la Renaissance avec des regroupements, souvent animés par des femmes, comme celle de la photographie 2 qui préfigure la Précieuse, femme d'esprit et de lettres. Il s’agit d’une petite gravure (10 x 14 cm) du XVIIe siècle provenant sans doute d’un livre, représentant un portrait de buste de Sibille de Sève (XVIe siècle) sous lequel est inscrit : « Mademoiselle Sibille de Scève, Lyonnaise excellente en l’art poétique et rareté d’esprit » (Mamoiselle Sibille de Seve Lionoise Excellente en l’art Poetique et rareté D’esprit). Sibylle Scève est une poétesse et intellectuelle lyonnaise, parente (peut-être la sœur) de Claudine et du célèbre écrivain Maurice Scève (1501-1564) qui est le représentant avec Louise Charlin Perrin Labé (vers 1525-1566), appelée aussi La Belle Cordière, de ce qu’on nomme aujourd’hui l’école Lyonnaise qui comprend entre autres Claude de Taillemont, Charles Fontaine, Pontus de Tyard et de nombreuses femmes comme Jeanne Gaillarde, Christine de Pisan, Pernette du Guillet, Clémence de Bourges, Claudine et Sibylle Scève, sans compter les visiteurs occasionnels comme Clément Marot, Melin de Saint-Gelais, avec probablement Bonaventure des Périers et Rabelais.

Après la pièce de Molière Les Précieuses ridicules, les Précieuses se font plus rares. Cependant d’autres femmes font salons et s’entourent de beaux esprits pendant que les Petites-maîtresses et les Petits-maîtres dont nous allons parler dans un prochain article restent maniérés, avec certains tout particulièrement incroyables.

Depuis l’Antiquité, un savoir humaniste et courtois, plein de finesse, d’amour et de sagesse, se rassemble dans des cercles d’une richesse inouïe, remplis de résurgences de savoirs anciens et de découvertes nouvelles, de connaissances et de créations. Dans chacun d’entre eux s’invente un nouveau monde à la manière des Trouvères qui trouvent de nouvelles rimes. Avec eux la langue se rénove, les manières changent, la modernité toujours renouvelée se répand. Il y a un dicton qui dit que la seule chose qui ne change pas c’est le changement. La Modernité est la matérialisation de cela !

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Fauteuils et styles du 18eme siècle

Dans l’histoire des arts décoratifs du siège, le fauteuil Louis XV occupe une place de choix, peut-être la première. Tout à la fois objet de majesté et mobilier courant, il allie l’esthétisme à la commodité et au plaisir. Les fauteuils du XVIIIe siècle sont des objets d’un grand raffinement, de formes élégantes, pratiques et confortables, et les témoins de la dextérité des ébénistes qui répandent leur savoir-faire de Versailles aux petites demeures bourgeoises avec une véritable grâce et un esprit d’atelier et de compagnonnage. A cette époque, on distingue différentes sortes de fauteuils comme le cabriolet, la bergère, la marquise, la duchesse ou le fauteuil à la Reine. Le cabriolet est peut-être le plus commun. Ses accotoirs sont ajourés contrairement à ceux pleins de la bergère. Il se manipule plus facilement à travers une pièce. Son dossier est concave quand celui du fauteuil à la Reine  est droit car destiné à être appuyé à un mur. Au fur et à mesure de l’évolution des modes et des besoins, les ébénistes du XVIIIe siècle inventent de nouvelles subtilités. Ces styles suivent plus ou moins les périodes du règne de Louis XIV (1643-1715), de la Régence (1715-1723), du règne de Louis XV (1722-1774), de celui de Louis XVI (1774-1792), du Directoire (1795-1799). Le style Louis XIV dure de 1661 à 1715 avec deux périodes distinctes. La seconde se déroulant de 1700 à 1715 garde un certain côté de l’ostentation de la première mais en y ajoutant peut-être plus de grâce, de légèreté et de futilité. Le style Régence (vers 1715-1723) fait la transition entre celui qui le précède et celui qui lui succède, c'est-à-dire le style Louis XV (env. de 1730 à 1760) qui met en scène tout le savoir-faire des ébénistes. Ceux-ci, non seulement maitrisent leur art, apportent des innovations, mais inventent de nouvelles formes. Ils s’inscrivent dans un véritable renouveau des arts décoratifs. C’est la période Rocaille. Les formes ondulent. Les nouvelles découvertes archéologiques notamment de Pompéi et d’Herculanum inspirent plus de rigidité, de dépouillement au style Louis XVI qui occupe à peu près de 1760 à 1790. L’Anticomanie se poursuit en particulier dans le style Directoire ‘grecquisant’ qui se déploie d’environ 1785 à 1800.

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Le Chiffre, le Signe et le Verbe.

undefinedPhoto : Bergère inscrivant le Chiffre d'Amour sur un arbre (voir description plus loin).

Le chiffre est un symbole (ou plutôt un logogramme) associé le plus souvent à une valeur numérique, mais pas seulement. Le symbole implique une convention et donc sa connaissance, d'où le caractère plus ou moins secret de certains chiffres qui prennent l’apparence d'un langage spécifique s'adressant à des initiés. L'Alchimie utilise une écriture chiffrée. Le soufre est le chiffre du feu etc. Les chiffres agissent à la façon de ceux représentés dans le livre de magie appelé aussi grimoire, altération du mot grammaire. Le Verbe et sa grammaire sont en effet témoins de vie. Un autre mot appartient à la même famille que ‘grammaire’ et ‘grimoire’, c’est ‘grimace’. Son origine est le mot francique (de la tribu des Francs) grîma signifiant « masque ». Le masque est porteur de grammaire, de signification et d’action (voir article du 17 décembre 2007 sur Le théâtre antique et les conventions … classiques …). On peut le comparer à un chiffre car comme lui il imite, symbolise, représente. Si un chiffre en tant que valeur numérique sert pour appréhender, comprendre et agir, il en est de même pour les autres chiffres et le masque (surtout dans le cadre de rituels pour ce dernier). Le terme de ‘chiffres’ est utilisé en musique pour représenter des notes sous la forme de lettres ou de nombres, ou indiquer des accords. De même, par ce mot on entend (cela est attesté au moins depuis le XVIe siècle par chyfres) les lettres initiales des prénoms et du nom d’une personne. Ainsi retrouve-t-on nombre de ceux-ci inscrits dans divers endroits (reliures de livres, frontons, vaisselle …) afin de signifier la personne même et dans le cas des objets, à qui ils appartiennent. Les pythagoriciens donnent aux chiffres comme valeur numérique une action. Ils permettent de « parler » de la divinité, de choses difficilement explicables. Plusieurs écoles philosophiques de l’Antiquité les utilisent pour expliquer l’Un en le divisant etc., afin de signifier le Cosmos dans son entier et les rythmes qui sont impliqués, la musique qui en découle, celle du nombre, des rythmes imités dans la parole, les chants, les danses … mais nous verrons cela dans un autre article.

De nombreuses théories sous-tendent que nous sommes entourés de signes, comme celle ‘des signatures’ en botanique élaborée de façon « officielle » (par écrit) au IIe siècle après J.-C. par le médecin grec Claude Galien (131-201). Ne dit-on pas que la Nature est un livre ouvert ? Dans ce cas les signes sont des êtres vivants (ou des choses) ou des parties de ceux-ci. Ils font référence à une vérité ou à la probabilité de celle-ci et à sa manifestation, ou bien à une imagination créatrice . Ils peuvent représenter quelque chose sous une forme ou une autre (dessin, son, couleur, geste…) par similitudes ou conventions. Au terme ‘signe’ sont associés dans la langue française ceux de  : signification, signifiant, signifié, signature, signal etc. Les couleurs, formes, symboles, signes … ont leurs significations qui varient selon les sociétés. En Chine, le jaune est réservé à l’Empereur. En France, certaines familles ont toujours leurs couleurs, leurs armoiries … Rien n’empêche une personne de posséder les siennes. Le blason a valeur d’énoncé, de langage, avec sa science : l’héraldique. Ces emblèmes peuvent être utilisés d’une manière raffinée. Ils marquent l’indépendance de chaque famille, maison, région, pays, parfois d’une seule personne … D’autres signes ont valeur de formulation : ceux d’une tenue vestimentaire ou qu’on affiche autour de soi. A la Révolution, la cravate et le collet noirs (couleur portée en signe de deuil en mémoire des victimes) ou verts des Incroyables suscitent des réactions violentes de la part de certains révolutionnaires qui les leur arrachent. Ceux qui ne portent pas la cocarde d’abord bicolore puis tricolore peuvent être punis de prison. Et lorsque certains la manipulent pour la rendre discrète et plus élégante, ils sont rappelés à l’ordre. Pourtant ces trois couleurs ne sont pas contre la royauté puisque le bleu et le rouge sont celles de Paris, et le blanc celle du Roi, de la France et du royaume.  

Les tapisseries de La Dame à la Licorne, du XVe siècle et conservées au Musée national du Moyen-âge (Thermes et Hôtel de Cluny) à Paris, proposent de magnifiques exemples de symboles assemblés d’une façon particulièrement harmonieuse dans la pure tradition courtoise. On y retrouve armoiries, bestiaire, plantes, gestes, postures, vêtements …, agencés en tableaux allégoriques d’une grande finesse d’exécution et de langage. Cela peut nécessiter un déchiffrage. A ceux pour qui l’entreprise semble trop grande, qu’ils fassent comme les mélomanes qui apprécient certaines musiques profondément sans savoir pourquoi ou certains poètes inspirés par la Muse qui écrivent en suivant une grammaire élaborée mais comme de façon fortuite, comme guidés par la divinité et ceux qui se laisseront aimer leur chant … se laisser séduire, accepter la convention d’Amour, sa cour toujours renouvelée, en sachant relativiser en connaissance de la mesure de soi-même. En Asie, il y a une pratique dont les tibétains sont passés maîtres : le mandala, dont le terme provenant du sanskrit signifie cercle. Il est le plus souvent employé pour représenter et entrer dans le palais d’une divinité et servir de support de méditation. Il symbolise la plupart du temps un environnement sous une forme symbolique pouvant être considéré comme protecteur. 

Dans tous les cas, ces symboles sont l’expression d’une relation avec le monde, l’entourage, des moyens de s’affirmer, de créer, de recevoir … de communiquer … Dans un prochain article nous parlerons plus spécifiquement de la langue française.

Photo : Bergère, habillée à l’antique et parée de couronnes de fleurs, inscrivant le Chiffre d’Amour sur un arbre. Elle tient de la main droite sa houlette (bâton de berger) et de la gauche un ‘crayon’. Près d’elle se trouve son troupeau de moutons et à ses pieds coule un ruisseau. Frontispice d’Idylles et Poèmes champêtres, de M. Gessner, traduits de l'allemand par M. Huber, Lyon, chez Jean-Marie Bruyset, 1762. Format in-8°. Cette estampe est gravée par Claude Henri Watelet (1718-1786) d’après Poussin.

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Les livres de poche du 18ème siècle

undefinedAu 18ème siècle, on imprimundefinede des livres dans toutes les grandeurs : du volumineux in-folio à l'ouvrage miniature. Dans la préface de l'Almanach des gens d’esprit de l'année 1762, l'auteur écrit que : « Tout est aujourd'hui réduit en Dictionnaires, en Journaux & en almanachs. ». Le mot « réduit » est très approprié, car il s'agit de petits ouvrages très en vogue alors et qui ne se résument pas à ces trois types.

LES ALMANACHS sont des exemples de livres de poche publiés à cette époque. Leurs formats varient du in-18° à l’in-64°. Certains ne feraient que 1,5 cm de haut. Ils sont fabriqués pour être portés sur soi. Ils s’adressent à tous les publics et peuvent être tirés jusqu’à 50 000 exemplaires. Les reliures sont parfois admirablement ouvragées ou très simples, mais toujours charmantes : avec de jolies et élégantes couleurs ou très fines comme sur l’exemple exposé dans l’article du 2 octobre 2007 intitulé : Les almanachs de mode du 18ème siècle. Certains de ces ouvrages ont des dorures historiées sur les plats en cuir ou de fines broderies etc. Parfois ils sont vendus avec un étui pour les contenir.

undefinedLES CAZIN. Les in-12° et in-16° sont des formats très fréquents. Ils sont plus petits que ceux des livres de poche actuels. Hubert-Martin Cazin (1724-1795) est l’éditeur qui représente le mieux alors l’épanouissement des publications ‘de poche’. Son nom est associé à ces formats dont il est l’un des propagateurs. Si les Cazin sont petits c’est aussi parce qu’ils sont souvent vendus en catimini car leur contenu est parfois prohibé. En 1754, l’éditeur est interdit de pratiquer son métier de marchand libraire. Il continue cependant, puis de Reims s’installe à Paris à diverses adresses successives. Les lieux d’édition ne sont pas indiqués (photo 1) dans ses ouvrages ou bien le plus souvent à l’étranger comme Londres (photo 4) ou Genève (photos 2 et 3) bien qu’ils soient produits en France, ceci afin d’éviter les saisies, amendes et emprisonnements dont l’éditeur est parfois la victime. Son travail d’édition ne se résume pas à des écrits licencieux ou légèrement érotiques comme dans les quatre exemples que nous proposons. Il publie une collection conséquente et fine d’auteurs dans des livres variant du petit in-12° au in-18° donnant ainsi son nom à ce genre de petits formats du 18ème siècle.

 

La démocratisation du livre de poche ne date donc pas du 20ème siècle. Elle est sans doute au 18ème un des facteurs favorisant la divulgation des idées des Lumières puis de la propagande révolutionnaire.

 
 

undefinedPhoto 1 : Léonard, Nicolas Germain (1744-1793), Idylles et Poëmes champêtres, sans date ni mention d'imprimeur, mais de la fin du XVIIIe siècle. Format Cazin. 7 x 12,5 cm. Reliure de l’époque. Jolie page de titre/frontispice. Ce livre contient de nombreuses Idylles et d’autres poèmes de M. Léonard comme Le temple de Gnyde. Le temple de Gnide est celui de la volupté.

 

Photo 2 : Dorat, Claude-Joseph (1734-1780), Les Baisers, suivis du Mois de Mai, Poëme, Genève (Paris, Cazin), 1777, in-18° (12 x 7 cm). Frontispice de C. P. Marillier (1740-1808) gravé par N. de Launay (1739-1792) représentant dans un décor champêtre une jeune fille couronnant un poète de roses, avec le texte : « Il faut des Couronnes de roses A qui peignit l’Amour et chanta les baisers. 20 ème Baiser ». Vignettes, fleurons, culs-de-lampe illustrent le corps de l’ouvrage. La première édition de Les Baisers est un in-8° de 1770, chez Lambert et Delalain.

 

Photo 3 : Autre édition Cazin de la même oeuvre mais avec un frontispice différent. Dorat, Claude-Joseph (1734-1780), Les Baisers, suivis du Mois de Mai, Poëme, Genève (Paris, Cazin), 1777, de 7 x 12 cm. Frontispice : « Sans vous, à quoi sert le bel âge ? » représentant des putti formant des couples s’embrassant dans un décor rococo. Cette édition contient aussi Joannis secundi hagiensis Basia et Imitations de plusieurs poètes latins (poésies érotiques).166 pages. 

 

Photo 4 : Piis, Pierre-Antoine-Augustin chevalier de (1755-1832), Contes Nouveaux en Vers et Poésies fugitives, édition Cazin indiquée Londres pour Paris, 1781, complet en deux parties. Dimensions : 7,5 x 13 cm. Il s’agit sans doute de la première édition. Cette édition originale est particulièrement jolie du fait de deux fines gravures, l’une servant de page de titre du recueil en deux parties, et l’autre de suite de celui-ci. La première représente une jeune femme prenant la place d’un rémouleur allongé sur le sol. Elle aiguise des ciseaux sur une meule rafraîchie par de l’eau ; et au dessous le texte indique : « L’eau tombe goutte à goutte, et les Ciseaux de Lise Rasant la meule en feu s’aiguisent à sa guise. » Le thème est éminemment érotique puisque c’est du jeune homme qu’elle s’occupe en vérité. Il est amusant de noter qu’ici celui-ci est représenté languissant, foudroyé par l’Amour avec qui la jeune fille gambade gaiement sur l’autre gravure. Les contes et les poésies présentées dans cet ouvrage sont plus espiègles que licencieuses. Notons le dialogue légèrement érotique ‘d’une petite maîtresse et d’un abbé’ (pp. 285-288) où celui-ci essaie de soudoyer une élégante qui se laisse convaincre mais devant sa maladresse le renvoie au jour où il aura acquis plus d’expérience. Un conte met en scène une perruque : ’La perruque perdue’ (pp. 31-33). Un autre intitulé ‘La délicatesse à la mode’ (p.27) montre un jeune homme qui voyant que la jeune fille qu’il convoite acquiesce, devient grossier au grand dame de sa promise qui rechigne. L’indélicat invoque l’amour et peut faire alors ce qu’il ne peut dire. Ainsi au XVIIIe siècle, la mode est à la délicatesse tout en étant à la liberté voir au libertinage.

 

undefinedLivre/almanach (format in-12) contenant un calendrier (6 pages), un conte érotique (36 pages), 12 pages pour noter les pertes et les gains de son propriétaire, illustré de 4 jolies gravures à pleine page offrant différentes nudités. L'Asile des Grâces, Etrennes aux jolies femmes de Paris. Par un Parisien de quelques Académies, Paris, chez les Marchands de Nouveautés, sans date (la Bibliothèque nationale possède un exemplaire du conte, daté de 1785, édité par Jean-François Royez vers 1757-1823 : « A Cythère, et se trouve à Paris, chez Royez. M.DCC.LXXXV »). Ouvrage rare, inconnu à Grand-Carteret et à Cohen. Reliure plein maroquin rouge du XIXe siècle, dos à nerfs, dentelle intérieure et tranches dorées. Retrouvez ce livre à la LIBRAIRIE STANISLAS FOURQUIER, au 40 rue Gay Lussac à Paris dans le 5ème arrondissement près du Jardin du Luxembourg, et bien d’autres ouvrages sur les sites www.photolivre.com et http://stores.ebay.fr/0-livres-photos

 

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Les Vierges à l'enfant médiévales.

undefinedundefinedLe culte de la Vierge à l'enfant a sans doute pour origine celui de la Mère primordiale. Elle est vierge puisqu'il n'existe personne avant elle. La figure de la Dame et de l'enfantement est aussi liée à la terre, la naissance, l'amour, le patrimoine aussi bien du sol que de l'esprit … Une personne a écrit (la référence n'a pas été notée) qu'autrefois, quelqu'un qui adorait la Vierge de son village, en découvrant celle d'autres églises plus lointaines ne la reconnaissait pas obligatoirement et la voyait comme une figure autre. La représentation médiévale de la Vierge à l'enfant est donc tout à la fois récurrente dans tout l’Occident chrétien (et au-delà) et particulière à chaque région, communauté, et même vie. A cela s’ajoute en France un culte de la Dame qui fut remplacé semble-t-il seulement à partir du XIIe siècle par celui de Marie. Les oeuvres d’art médiévales authentiques représentant ‘Marie’ seule ou avec un enfant sont donc des témoignages sans commune mesure ; et leur caractère parfois rustique n’enlève rien à leur valeur, au contraire ! Encore faut-il retrouver au fin fond de son âme la vue permettant de voir ce trésor, cette beauté qui n’est pas toujours directement visible ! Ces images gardent en elles la richesse la plus précieuse de ceux qui les aimaient et communiaient autour !
On retrouve les deux oeuvres d'art photographiées et d'autres exemples de ces iconographies sur le site de l’antiquaire belge De Backker spécialisé en art médiéval :

www.debackker.be

Photo 1 : Petite statuette du Nord de la France de 1340-1360, représentant une Vierge à l’enfant dans une niche gothique.
Photo 2 : Petite tablette d’écriture de vers 1340, d’Ile-de-France, avec la scène de l’Annonciation et celle de l’Adoration des Mages.

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Le théâtre antique et les conventions … classiques …

masquesetmascarades700.jpgLe théâtre occupe une place très importante dans la société antique gréco-romaine. Il suffit de constater l’espace qu'occupent les odéons et théâtres dans les villes exhumées pour s'en rendre compte. Ces édifices sont toujours présents dans la moindre petite cité et sont parmi les plus grands. C’est que le théâtre est un élément fort de cette communauté, non seulement parce qu'il apporte la distraction indispensable ; mais aussi parce qu'il permet avec habileté d'enseigner la langue, la philosophie etc. et d'inculquer un esprit civil aux plus rustres d'entre les citoyens. D'abord il est un lieu de libertés et de plaisirs où s'opère la catharsis, c'est-à-dire la purgation des émotions (des passions) et des travers de chacun qu’ils soient comiques ou tragiques. Ensuite il rassemble autour de rythmes communs qui deviennent des supports d’éducation et de comportements. Le maître d’école et le tuteur instruisent sur la langue grecque ou latine à travers des textes de théâtre ; l’homme politique s’entraine à la rhétorique en apprenant des pièces, en mimant les acteurs, en écrivant et déclamant en public de nouvelles compositions dramatiques. Cet enseignement, tous peuvent y avoir accès à travers la simple distraction qu’est le théâtre, qui tout en étant didactique, civilise et apporte le plaisir : une des principales clés du rythme (comme nous le verrons dans un autre article, ce sont avant tout les rythmes qui sont à la base de la Culture). L’auteur romain Térence qui s’inspire de la comédie grecque a servi ainsi non seulement durant l’Antiquité mais aussi pendant tout le Moyen-âge jusqu’au 19e siècle comme source d’apprentissage du latin et parfois même de la rhétorique. Il est particulièrement réputé pour la finesse de sa langue et de ses textes.

La représentation des rôles comiques, telle qu’on la trouve dans la gravure du 18e siècle de la photographie de cet article, suit une tradition qui remonte à l’époque même de Térence et qui s’est transmise fidèlement pendant toute l’Antiquité et à travers les manuscrits médiévaux illustrés de l’auteur comique comme le manuscrit latin 3868 de la Bibliothèque du Vatican (IXe s.), le manuscrit latin 7899 de la Bibliothèque nationale de France (IXe s.),  le ms. 7900 (IXe s.), et tous ceux qui sont copiés par la suite dans les principaux centres culturels (souvent monastiques) médiévaux. L’estampe de la photo copie ces images ou une de leurs transmissions, avec les positions typiques (le gestus du comédien et de l’orateur), les habits et les masques qui se confondent avec le temps aux visages. Dans la Comédie antique, tous les masques sont caricaturaux sauf ceux des jeunes gens qui le sont à peine et souvent très fins (alors que les autres sont très grossiers), mais dont les personnages sont pourtant la cible de tous les autres ! Dans un prochain article nous parlerons plus particulièrement de l’importance du masque et de certaines de ses significations.

Comme le théâtre qui met en scène des règles admises, la Culture est un système de conventions. L’Antiquité en a conscience, de même que le Moyen-âge lettré. Malgré ce que l’on peut dire, le théâtre ne quitte pas cette période d’une immense richesse culturelle. Au contraire, il retrouve son origine même, avec ses chœurs et son autel qui au demeurant n’abandonnent jamais le théâtre antique. Au risque de peut-être choquer certains et en ayant conscience que toute vision des choses est parcellaire et erronée, on peut se risquer à dire que le théâtre s’installe dans le temple même : l’église. On y joue la passion du Christ, aussi celle des hommes, et en particulier à travers le simulacre d’anthropophagie la catharsis nécessaire à la résurrection des âmes pécheresses. C’est ainsi que le théâtre antique banni par la chrétienté, renaît dans l’église, s’organise en elle avec des jeux mettant en scène des personnages dont certains sont masqués, pour sortir ensuite de l’édifice religieux et être joués sur son parvis, puis dans des théâtres en cercle, mettant en scène toute la cosmographie chrétienne avec son enfer, son paradis … et ses mystères : tel celui de la ‘passion’ du christ ainsi dénommée dès l’origine.

Mais si le Moyen-âge conserve des pratiques religieuses héritées de l’Antiquité et même rejoue l’origine du théâtre, les représentations du théâtre antique disparaissent totalement. C’est à la Renaissance (XVe-XVIe s. en France, dès le XIVe en Italie), qu’on le redécouvre et le joue. Le théâtre du XVIIe siècle instaure une série de règles inspirées de la dramaturgie antique. L’Abbé d’Aubignac (1604-1676) les formule pour la première fois par écrit : la vraisemblance, la bienséance, les trois unités de temps, de lieu et d’action. Ces conventions sont à la base du théâtre classique français avec Molière, Racine, Corneille … Mais cette dramaturgie dont la langue est particulièrement belle et les représentations raffinées n’est pas si rigide que cela. Au contraire, ces règles ont pour but de mieux capter la réceptivité des spectateurs et leur faire apprécier la représentation. Les alexandrins laissent une immense liberté car finalement peu contraignants tout en apportant la musique, le rythme nécessaire à ces spectacles. La vraisemblance et la bienséance vont de soi à une époque éprise de délicatesses et de justesse. Et les trois unités sont plus pratiques que contraignantes. Avant toute autre chose, à cette époque, le théâtre est une distraction et un plaisir, une subtile alchimie qui sait s’insinuer dans les conversations les plus doctes comme dans les plaisirs les plus frivoles. C’est ainsi qu’il l’est surtout durant l’Antiquité ; et c’est ce charme là qu’on retrouve au XVIIe siècle, dans un temps où Paris s’institue comme la nouvelle Athènes, et le français comme la nouvelle langue des arts et des sciences.

Les conventions régissent une grande partie de notre vie et en particulier la Culture. La Langue en est une dans laquelle on donne historiquement à chaque chose un ou plusieurs mots et à chaque mot une signification. L’Art en général a les siennes. Comme nous le verrons dans un prochain article, elles s’imposent par la constatation de l’entourage, l’imitation et l’évidence du rythme. La Liberté n’est pas dans leur destruction mais peut-être dans la reconnaissance qu’il ne s’agit là que de conventions et par le plaisir que l’on peut trouver grâce à elles, comme dans la communion qui s’instaure et la recherche d’une plus grande finesse.

Photo : Gravure intitulée : Masques et mascarades en usage chez les anciens. Elle est tirée d’un livre du XVIIIe siècle (Tom VI, N° 27). Signature : B. Bernaerts Sculp., 1743. B. Bernaerts est un graveur du XVIIIe siècle, sans doute hollandais. Cette estampe représente des rôles de la Comédie antique, s’inspirant de la tradition des iconographies des éditions (en particulier médiévales) de Térence. Elle fait 45 x 26,5 cm et  41 x 17 cm sans les marges.

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La Modernité : les Anciens et les Modernes.

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Le concept de Modernité a parcouru toute l'histoire de l'Occident, depuis l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui. De nos jours, il tourne autour des nouvelles technologies et de la mondialisation des marques que ce soit dans le refus de cet état de fait ou le contraire. Autrefois, les grands changements se faisaient lors de renaissances qui se caractérisaient souvent par une redécouverte de l'Antique. Ce fut le cas au XIIe siècle avec l'Art Gothique, à la Renaissance, à la Révolution … La querelle des Anciens et des Modernes est un spectacle que l’Occident a joué depuis l’Antiquité. De tous temps, le théâtre les a mis en scène de façon magistrale, le spectacle principal ne se déroulant pas sur la scène mais dans les gradins et bien au delà de l’édifice théâtral. L’origine en est lointaine, peut-être a-t-elle commencé en Grèce au début du théâtre. Le système même des concours théâtraux athéniens amenait un esprit de compétition entre les différents poètes. C’est ainsi qu’à partir de Thespis (VIe siècle av. J.-C.), jusqu’à Euripide (Ve siècle av. J.-C.), en passant par Eschyle et Sophocle, les auteurs tragiques rivalisaient de nouveautés. L’évolution de la Comédie grecque ancienne vers la Moyenne et la Nouvelle a marqué de grands changements. Les poètes romains qui copiaient cette dernière s’exposaient à de virulentes critiques de leurs homologues. Térence (IIe siècle av. J.-C.) en a fait les frais. Dans ses prologues, il répondait aux critiques en expliquant comment il dépensait sa peine, lui le nouveau poète, à écrire des prologues, non pour exposer le sujet comme c’est leur fonction principale, mais pour répondre aux attaques d’un vieux poète malveillant. A l’opposé, il nous reste un fragment d’une pièce du VII e siècle après J.-C. intitulée Dialogue de Térence et du moqueur, où Térence est confronté à un jeune auteur, représentant de la nouvelle génération se moquant du vieil écrivain. Au-delà des mots, il s’agissait de nouvelles façons de représenter et de se représenter qui étaient exposées. La Renaissance des XVe-XVIe siècles a fait surgir de nouveaux débats. Au XVIIe siècle, on assista à des démêlés sur les Lettres de Guez de Balzac (1624-1629), sur le Cid (1637) et sur d’autres questions littéraires. A la fin de ce siècle et au début du XVIIIe une autre controverse fit s’affronter les Anciens (les auteurs Classiques tels Boileau, Racine, La Fontaine, La Bruyère …) qui défendaient une littérature imitant l’Antique, aux Modernes (la nouvelle génération d’écrivains comme Fontenelle, Perrault, Houdar de la Motte …) qui affirmaient la prééminence des auteurs contemporains. Elle continua au XVIIIe siècle lorsqu’en 1714, Houdar de la Motte publia une traduction de l’Iliade où il corrigeait et raccourcit celle d’Anne Dacier de 1699 en y ajoutant une préface contenant un Discours sur Homère où il prenait la défense des Modernes. Anne Dacier répliqua dans son livre Des causes de la corruption du goût. Cette « Querelle d’Homère » s’acheva en 1716 avec une réconciliation des deux parties. Au XVIIIe siècle, la tradition antique (en particulier chez Térence) qui voulait qu’un auteur de théâtre expliqua sa démarche d’écriture par rapport à ce qui le précédait se retrouva dans les prologues de pièces, comme chez Diderot (1713-1784) où celui-ci défendait son « drame bourgeois » ; ou encore au XIXe siècle chez Victor Hugo (1802-1885) dans la Préface de Cromwell qui annonça la « bataille d’Hernani » entre les défenseurs d’un théâtre classique et ceux d’un théâtre romantique. Cela illustra d’une manière alors toujours très vivante la querelle entre les Anciens et les Modernes. 
Cette modernité littéraire de nouvelles générations d’écrivains qui s’affirmaient en opposition aux anciennes a son pendant dans la jeunesse qui imposait de nouvelles modes. En France, la littérature et la Mode ont toujours été très liées ; et elles ont fait évoluer la langue comme nous le constaterons dans un prochain article consacré aux Précieuses. 

lescausesdelacorruptiondugoutaa400.jpg

Photo 1 : Fontenelle, fut un des acteurs de ce qu'on appela la querelle entre les Anciens et les Modernes. Ce livre, datant de l'époque de l'auteur en est un exemple. Fontenelle, Bernard Le Bouyer de (1657-1757 : presque centenaire !), Poésies pastorales, avec un Traité sur la nature de l'églogue, et une digression sur les anciens et les modernes, Paris, M. Brunet, 1708. 3e éd., in-12°. La partie appelée Digression sur les Anciens & les Modernes fait explicitement référence à la ‘querelle’ dont Bernard Le Bouyer de Fontenelle fut un des acteurs et qui trouva son apogée à la suite de la lecture par Charles Perrault vers 1688 de son poème Le Siècle de Louis XIV dans lequel il proclamait la primauté de la littérature du temps. La première édition de Digression sur les Anciens & les Modernes date justement de cette année là et suit directement ce poème. Les partisans de la suprématie antique se recrutaient surtout à la Cour et dans la génération classique. Leurs adversaires étaient plutôt des auteurs jeunes, des mondains et des amateurs de genres nouveaux (opéra, contes, romans).

Photo 2 : Dacier, Anne, Des Causes de la Corruption du Goust, Paris, Rigaud, 1714. In-12°. Il s’agit de l’édition originale (1ère édition) de cet ouvrage d’Anne Dacier (1674-1720). Il fut à l’origine de la seconde querelle des Anciens et des Modernes connue sous le nom de ‘Querelle d'Homère’. Voici ce qu’on peut lire sur Wikipédia à ce sujet et sur Anne Dacier : « Elle publia en 1699 la traduction en prose de l’Iliade, qui devait être suivie neuf ans plus tard d’une traduction semblable de l’Odyssée, qui lui a acquis la place qu'elle occupe dans les lettres françaises. Cette traduction qui découvrit Homère à beaucoup d’hommes de lettres français, dont Houdar de la Motte, fut également l’occasion d’une reprise de la querelle des Anciens et des Modernes lorsqu’Houdar publia une version poétique de l’Iliade abrégée et modifiée selon son propre goût, accompagné d’un Discours sur Homère, donnant les raisons pour lesquelles Homère ne satisfaisait pas son goût critique. Anne Dacier répliqua la même année avec son ouvrage intitulé Des causes de la corruption du goût. Houdar poursuivit gaiement le débat en badinant et eut la satisfaction de voir l'abbé Terrasson prendre son parti avec la publication en 1715, d’un ouvrage en deux tomes intitulé Dissertation critique sur L'Iliade où il soutenait que la science et la philosophie, et particulièrement celles de Descartes, avaient tellement développé l’esprit humain que les poètes du XVIIIe siècle étaient considérablement supérieurs à ceux de la Grèce antique. La même année, Claude Buffier publia Homère en arbitrage où il concluait que les deux parties avaient convenu du point essentiel selon lequel Homère était l’un des plus grands génies que le monde avait vus et que, dans l’ensemble, on ne pourrait préférer aucun autre poème au sien. Peu après, le 5 avril 1716, Anne Dacier et Houdar trinquèrent à la santé d’Homère lors d’un dîner chez Jean-Baptiste de Valincourt. » Anne Dacier est aussi célèbre pour ses traductions du grec ou du latin comme celles de Térence.

Pour finir cet article et commencer les suivants, voici quelques passages du livre de Bernard Le Bouyer de Fontenelle proposé en photo 1, dont le dernier est consacré à Honoré d’Urfé dont le roman pastoral L’Astrée influença beaucoup les Précieuses du XVIIe siècle dont nous parlerons.

« […] je ne goûte point trop que d'une idée galante, on me rappelle à une autre qui est basse, et sans agrément. »

« On ne prend pas moins de plaisir à voir un sentiment exprimé d'une manière simple, que d'une manière plus pensée, pourvu qu'il soit toujours également fin. Au contraire, la manière simple de l'exprimer doit plaire davantage, parce qu'elle cause une espèce de surprise douce, et une petite admiration. On est étonné de voir quelque chose de fin et de délicat sous des termes communs, et qui n'ont point été affectés, et sur ce pied-là, plus la chose est fine, sans cesser d'être naturelle, et les termes communs sans être bas, plus on doit être touché. »

«  Quand je lis d’Amadis les faits inimitables, / Tant de Châteaux forcés, de Géants pourfendus, / De Chevaliers occis, d’Enchanteurs confondus, / Je n’ai point de regret que se soient-là des Fables. / Mais quand je lis l’Astrée, où dans un doux repos / L’Amour occupe seul de plus charmants Héros, / Où l’amour seul de leurs destins décide, / Où la sagesse même a l’air si peu rigide, / Qu’on trouve de l’amour un zélé partisan / Jusque dans Adamas, le Souverain Druide, / Dieux, que je suis fâché que ce soit un Roman ! / --- / J’irais vous habiter, agréables Contrées, / Où je croirais que les Esprits / Et de Céladon & d’Astrée / Iraient encore errants, des mêmes feux épris ; / Où le charme secret produit par leur présence, / Ferait sentir à tous les cœurs / Le mépris des vaines grandeurs, / Et les plaisirs de l’innocence. / --- / O rives de Lignon, ô plaines de Forez, / Lieux consacrés aux amours les plus tendres, / Montbrison, Marcilli, noms toujours pleins d’attraits, / Que n’êtes-vous peuplés d’Hilas & de Silvandres ! / Mais pour nous consoler de ne les trouver pas, / Ces Silvandres, & ces Hilas, / Remplissons notre esprit de ces douces chimères, / Faisons-nous des Bergers propres à nous charmer, / Et puisque dans ces champs nous voudrions aimer, / Faisons-nous aussi des Bergères. […] » Poésies pastorales. Alcandre. Premier églogue. A Monsieur

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Description d'un livre du 18e siècle.

descriptiondunlivrereliure700.jpgLe livre a été fabriqué pour être lu, mais aussi tenu dans les mains, conservé, aimé, offert ... Cet objet est toute une histoire. Pour connaître le FORMAT d'un livre, il faut savoir celui de la feuille qui a été pliée : en deux : in-folio ; en quatre : in-quarto = in-4° ; in-octavo = in-8° ; en douze : in-duodecimo = in-12°, in-16°… La RELIURE (couvrure) peut être en papier, toile, soie, peau (pleine reliure ou demi-reliure); le cuir du veau brun ou blond, du maroquin (peau de chèvre), du parchemin ou de la basane (cuir très souple obtenu à partir d’une peau de mouton tannée). La reliure peut être décorée (fers, fleurons…). Elle est composée d’un plat et d’un contreplat, d’un dos et d’un intérieur reliure. Le CORPS D’OUVRAGE est emboité dans la couvrure et ne tient à elle que par ses gardes (feuilles de garde) collées aux plats. Le livre fermé, la partie visible du corps d’ouvrage est appelée la tranche. Elle peut être dorée, jaspée, marbrée, peinte… Dans les livres anciens, le tout est cousu à des nerfs simples ou doubles. A l’intérieur, le texte a sa propre typographie, et parfois des images telles des gravures (frontispice, gravures à pleine page ou dépliantes, bandeaux, vignettes, fleurons, culs-de-lampe…). Le livre du 18e siècle est un objet qui vit, qui respire, parce qu’il est fait de matériaux naturels : cuir, fibres végétales ... On ressent la main de l’homme, son travail à travers l’objet, et son esprit à travers les mots, les gravures … Tout s’entremêle comme les parties d’un corps ; le visible et l’invisible communiquent et ouvrent de nouvelles portes de l’âme. Les livres reflètent des facettes, parmi une infinité, du diamant de notre esprit, et ceux du 18e siècle des aspects de celui-ci qui méritent d’être redécouverts : où la main est aimée par la pensée, et la pensée par la main, celles (la main et la pensée) qui ouvrent le livre, et celles qui le créent, l’écrivent et le façonnent. 
descriptiondunlivreancien700.jpgdescriptiondunlivreancieninterieur700.jpg

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La Valeur d’un livre ancien

La valeur d’un livre est fonction de très nombreux critères. Il y a tout d’abord l’aspect sentimental ou intellectuel : l’ouvrage qu’on amènerait dans une île déserte. Ensuite, cela dépend de ce que l’on recherche. Enfin il y a des valeurs communes : ancienneté, qualité de la fabrication, rareté … S’agit-il d’une première édition, d’une édition du temps de l’auteur, ou d’une édition ressaissurlatitre.JPGare et appréciée ? Les gravures sont-elles des premières éditions, de l’époque du graveur ; quelle est leur qualité ; de qui sont-elles … ? Certains amateurs accordent une importance toute particulière à la reliure ; surtout lorsqu’elle provient d’ateliers réputés, ou si elle est riche et travaillée (maroquin, dorures …). La provenance de l’objet a son importance. Elle peut se lire dans l’ex-libris à l’intérieur (vignette du possesseur collée sur une page de garde ou nom écrit sur la page de titre) ou sur les armoiries (le chiffre) se trouvant sur la reliure. Un livre provenant de la bibliothèque d’un personnage célèbre voit sa valeur décuplée. Le livre conserve une âme, intangible par nature et bien vivante qui nous semble encore plus là quand on tient dans ses mains une édition du temps de l’auteur. Les matériaux eux-mêmes qui le constituent à cette époque (papier chiffon, cuir…) ont une vie et ont besoin de respirer. Ils ont surtout la nécessité d’être lus et aimer …  Le livre nous invite à contempler cette âme, ce morceau de savoir, directement, tel le doigt qui désigne et sur lequel il ne faut pas s’arrêter si on souhaite voir ce qu’il montre. C’est pour cela peut-être que contrairement à la plupart des autres arts du 18e siècle ceux liés aux livres ont gardé une certaine sobriété. Les reliures les plus sophistiquées sont souvent plutôt simples se caractérisant avant tout par la qualité du cuir, du travail et les fines dorures qui peuvent agrémenter l’ouvrage. Les gravures en pleine page ou les vignettes et autres culs-de-lampe des corps d’ouvrages sont généralement délicats et assez discrets.  Il s’agit là d’une autre facette de la beauté des arts du 18e siècle, celle d’un temps emprunt de connaissance et de sensibilité. Le livre est aussi un objet sensible qui doit être abordé avec intelligence, le support de cette finesse nécessaire à tout savoir car nous permettant de comprendre l’autre. Cette lumineuse sensibilité profondément inscrite dans la culture courtoise (fin’amor en ancien français) se retrouve dans toutes les facettes de la vie sociale d’alors : la politesse, l’élégance, l’amour, la culture, les sciences … autant d’éléments chers à cette époque férue de clarté, de discernement, en ce siècle des Lumières. On retrouve cette sensibilité s’exprimant de façon toute autre, en offrant différentes facettes de cette beauté, dans la Porcelaine, l’Orfèvrerie, la Peinture et tous les Beaux-arts d’alors. Le livre est un objet de savoir dans lequel l’esprit peut se ressourcer, trouver les fondations solides de sa matière, puiser dans la limpidité lumineuse de la connaissance.  Il y a beaucoup d’autres aspects qui font la valeur d’un livre ancien. Evidemment le contenu est d’une grande importance. Certains ouvrages n’ont pas été réédités, ou pas depuis longtemps. Et même s’ils l’ont été régulièrement, des changements ont été faits pour en faciliter la lecture. Ainsi plus on remonte dans le temps, plus l’orthographe change, la typographie ... Les signifiants et les signifiés se bousculent, et on entre dans de la pure poésie … la Littérature … qui a fabriqué notre monde et essaissurlanecessitedeplairereliure.jpgle façonne toujours à travers les mots (et les chiffres). Cependant, le Verbe reste une invention humaine et par là garde sa liberté. C’est aussi un héritage commun, un outil de rassemblement, de communication et d’amour. Les Précieuses du XVIIe siècle, dont nous parlerons dans un prochain article, sont parmi les inventeurs de notre français moderne. Elles discouraient pendant des heures sur le bon emploi de certains mots, en créaient d’autres, avec pour thème récurrent : l’Amour. Leurs salons et académies donnèrent au cardinal de Richelieu l’idée de créer l’Académie française et son dictionnaire. Pour connaître la valeur d’un livre, une certaine culture est donc nécessaire. Quant à la valeur proprement marchande, elle prend en compte tout cela, mais aussi le nombre de collectionneurs s’y intéressant en fonction de la rareté et d’autres données uniquement pécuniaires. Nous verrons dans un prochain article les différents éléments qui constituent un livre du XVIIIe siècle et qui permettent de le décrire.

Le livre présenté en photos est : Moncrif, François Auguste Paradis de (1687-1770), Essais sur la nécessité et sur les moyens de plaire, seconde édition, Paris, Prault fils, 1738 (année de la première édition). Wikipedia : « Dans cet ouvrage, Moncrif soutient que rien n'est plus important que plaire et que chacun a les moyens d'y parvenir à condition de savoir utiliser les passions et les travers de son interlocuteur. Les Essais sur la nécessité et sur les moyens de plaire ont été publiés par François-Augustin Paradis de Moncrif en 1738. D'Alembert insista, dans l'éloge qu'il fit de lui à l'Académie, sur le fait qu'avant d'être un théoricien, Moncrif était un excellent praticien de la conversation. Secrétaire du joyeux comte de Clermont, censeur royal, lecteur de la pieuse reine Maria Leczinska et de la dauphine, Moncrif parvint à plaire dans des milieux très différents. Il réussit à mener une vie de plaisir sans déplaire à la reine, pourtant très vertueuse. Dans l'épitaphe que La Place écrivit pour lui, on peut lire qu'il fut "digne des moeurs de l'âge d'or", tant il savait plaire par son esprit et sa conversation. »

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Modes en France aux 17e, 18e et début du 19e siècles.

 

 

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Reconnaître les livres anciens

L'histoire du livre occupe une longue part de l’Histoire avec un grand ‘H’ que l'on fait commencer à l'avènement de l'écriture. Certains font remonter les premiers livres à la haute Antiquité avec les tablettes d’argile ou de pierre ; d’autres à la fin de l’Antiquité avec l’abandon progressif du volumen (rouleau en papyrus ou parchemin) pour le codex (ensemble de feuillets reliés au dos) que le Moyen-âge utilise presque exclusivement en joignant entre elles des feuilles de parchemin. Les peaux de dizaines de moutons sont nécessaires à la réalisation d’un seul livre. Ce sont des ouvrages de luxe entièrement écrits à la main, parfois enluminés d’ornements et illustrés de miniatures, et dont les reliures peuvent être serties de joyaux ou d’autres éléments affirmant leur valeur. Le papier apparaît au XIIe siècle. Il se généralise peu à peu, surtout avec l’avènement de l’imprimerie grâce à Gutenberg dès 1450. Les premiers livres imprimés (jusqu'à février 1501) sont appelés des "incunables" (du latin incunabulum : berceau) ; ceux qui suivent des ouvrages modernes. Les incunables n'ont souvent ni page de titre, ni date ; ce qui rend leur identification difficile. Par contre dater un livre ancien est relativement aisé ; car cette datation est confortée par de très nombreux éléments. Le premier aspect à prendre en compte est la date de publication indiquée généralement au bas de la page de titre, ou bien au "colophon" (à la fin) pour les livres de la fin du XVe siècle et du début du XVIe. Le second élément, qui est souvent le premier car constituant l’approche initiale d’un livre, est la reliure. Aux XVe et XVIe siècles elle est souvent en parchemin ou vélin. Une reliure du XVIIIe siècle se différencie très nettement d’une du XIXe. Il suffit d’en comparer une dizaine des deux périodes pour s’en rendre compte. Sous l'ancien Régime, la plupart des reliures sont en pleine peau. Avec la Révolution et la pénurie de cuir, se généralisent les demi-reliures (dos en cuir, mais carton et papier marbré pour les plats). Le travail du relieur des XVIIe et XVIIIe siècles est très spécifique et le plus souvent particulièrement abouti. Parfois les plats, et presque toujours le dos des ouvrages en cuir, sont ornés de décors dorés, mélanges d'encadrement, de dentelles ou de fers à motif particuliers. Le contenu est de toute première importance : le texte, les gravures, le papier aussi. Ce dernier a ses caractéristiques suivant les périodes de sa confection. Jusqu’au début du XIXe siècle, il est produit à partir de chiffons de lin ou de chanvre. Sa préparation donne un aspect vergé caractéristique et facilement décelable à la lumière. En transparence, on peut sur certaines feuilles identifier un filigrane qui est un motif (dessin, texte …) distinctif du lieu de fabrication. Enfin, la qualité de la pâte, son épaisseur … ont leur importance. Tous ces éléments viennent confirmer la datation d’un livre. Ensuite d’autres aspects s’ajoutent pour en évaluer sa valeur. Mais nous verrons cela dans un autre article. 

Reliures-L-Intersigne-.jpglogolintersigne155.gifLivres en vente à la librairie d’Alain Marchiset L’Intersigne : www.livresanciens.eu
De gauche à droite :
- Arnauld de Villeneuve, Libellus de regimine senû et seniorum, Paris, F. Baligault, sans date (incunable de vers 1500) ;
- Vesling, Syntagma anatomicum, 1647 (reliure en parchemin) ;
- Torquemada,  Hexameron, 1610 (reliure aux armes) ;
- Du Verney, Traité de l'organe de l'ouie, 1683 (reliure du 17e s.) ;
- Newton, Arithmétique universelle, 1802 (demi-reliure) ;
- Nynauld, De la lycanthropie, 1623 (reliure de luxe du 19e s.).

Sur la place du livre ancien dans le monde contemporain, notons les intéressants articles d’Alain Marchiset (Président d'honneur du SLAM : Syndicat de la librairie ancienne et moderne)
comme celui intitulé :
Quel avenir pour le livre ancien ? 

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Environnement - Gnôthi séauton.

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Saint-Lambert, Jean-François de (1716-1803), Les Saisons, Poëme, Troisième édition corrigée & augmentée, Amsterdam, 1771. La première partie contient un long poème sur les saisons et est illustrée de belles estampes dont une gravure et une vignette pour chaque saison. Le frontispice est sculpté par Augustin de Saint-Aubin (1736-1807) d’après Jean Baptiste le Prince (1734-1781). Les cinq vignettes sont de Pierre Philippe Choffard (1730-1809). Les quatre planches hors texte sont gravées par Jean Baptiste le Prince (1767), Benoît Louis Prévost (1735-1808), Jean François Rousseau (1740-?) et Nicolas de Launay (1739-1792), d’après Jean Baptiste le Prince et Hubert François Bourguignon dit Gravelot (1699-1773).

lessaisons900.jpgAujourd hui le terme 'environnement' est particulièrement utilisé pour parler de l'action de l'homme sur la nature. Son signifié est cependant plus large que cela et met en relation une multitude d’interconnections. Ce mot englobe tout ce qui nous entoure : la nature, les relations entre les êtres humains, le social, le familial, l'histoire, l'art …, ce qu'on appréhende ou pas. Envisager l’environnement c’est le faire à notre mesure, c'est-à-dire d’une manière réductrice. On ne peut donc imposer une vision qui nous est propre. C’est apprendre à chaque instant. Il en est ainsi avec les objets d’art. Une véritable communication s’établit avec le passé obligatoirement fragmentaire car le résultat de choix personnels.  Il est possible de partager cette vue avec ceux qui le désirent, en cherchant dans notre patrimoine ce qui nous semble le plus proche de notre cœur, le plus en harmonie avec nous-mêmes et les autres. Le travail d’antiquaire demande une certaine érudition et beaucoup de sensibilité. On découvre parfois une grande finesse dans certaines œuvres anciennes, une beauté souvent absente de l’art contemporain. Dans la mesure de nos moyens, nous essayons de trouver dans ce que le passé nous a transmis ce qu’il y a de meilleur et qui pourrait servir d’inspiration pour notre présent et le futur. Nous envisageons de nous ouvrir de plus en plus à d’autres antiquaires ayant une conscience pas seulement marchande mais aussi esthétique et philosophique des objets d’art qu’ils proposent, et aux conservateurs du fond public des musées, bibliothèques …, aux étudiants faisant des recherches diverses, aux collectionneurs, aux artisans et cetera desunt. Par l’intermédiaire des objets que nous présentons, nous espérons dévoiler quelques idées esthétiques. Celles-ci ont besoin d’être confrontées à la réalité ; et pour passer de l’une à l’autre (de l’idée à la réalité), l’art est la plus belle des transitions. Les objets d’art sont un patrimoine commun. Autour d’eux, nous pouvons dialoguer avec discernement, partager, trouver équilibre et harmonie. Comme on l’a écrit dans l’article du 28 août 2007 intitulé LM, la mesure de l’excellence c’est avant tout celle de soi-même. Le « Connais-toi toi-même » (gnôthi séauton en grec ou nosce te ipsum en latin) qui était  inscrit sur le temple d'Apollon à Delphes dans la Grèce antique est toujours d’actualité. 

Dans www.lamesure.fr, nous proposons une rubrique consacrée aux pastorales avec des livres et des gravures du XVIIIe siècle qui nous permettent d’égrener avec amour les saisons, les mois, les heures … de partager un environnement dont le rythme est toujours présent comme le sont les battements de nos cœurs.

les4partiesdujour400.gifZachariae, Friedrich Wilhelm, Les quatre parties du jour, Poëme traduit de l’allemand de M. Zacharie, Paris, J. B. G. Musier Fils, 1769. Peut-être la première édition de cette traduction. Une gravure et une vignette introduisent chaque partie du jour : le matin, le midi, le soir et la nuit. Elles sont sculptées par Jean Charles Baquoy (1721-1777) d’après Charles Eisen (1700-1777). Le frontispice représente l’auteur puisant son inspiration chez sa Muse et dans la fontaine Hippocrène. 

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En vert et contre tout ?

levertgalant400a.jpgLe vert est une couleur douce pour le regard. Les dentellières utilisaient comme support un parchemin de cette teinte pour ne pas fatiguer leurs yeux lors de la confection de leur ouvrage. C’est aussi la couleur de la nature, des monts du Forez et des rubans du berger Céladon qui a donné son nom au coloris si spécial d’une certaine porcelaine chinoise que la Compagnie des Indes importait en quantité. Ce ton était celui des Muscadins et des Incroyables, en particulier le vert  « caca dauphin ». Il en existe de nombreuses nuances. Avec le vert tout est permis ; on peut passer ! Et pourtant le théâtre qui était de vert vêtu est passé au rouge. S’il n’était pas recommandé aux comédiens de porter cette couleur, c’était parce qu’ils se seraient confondus avec le décor ! L’usage de ne pas porter de vert sur les planches est resté. Dans la pièce de théâtre Le Vert galant du début du XVIIIe siècle, un teinturier apprend qu’un de ses amis veut le tromper avec sa femme. Pour se venger il lui propose de ne pas aller chez le baigneur prendre un bain mais de le faire dans une de ses cuves. Le galant se retrouve entièrement teint en vert ! De ce fait, on y apprend qu’il y avait à cette époque des baigneurs-étuvistes qui étaient souvent des perruquiers et des barbiers. La propreté était une affaire importante au XVIIIe siècle comme nous le verrons dans un autre article.

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Le Journal des Dames et des Modes

muscadincostume350.jpgLa fin du XVIIIe siècle marque un changement radical dans la Mode. Le périodique qui témoigne le mieux de cette modification est le Journal des Dames et des Modes fondé à Paris en 1797, dont Pierre de La Mésangère devient rapidement le directeur. Toutes les gravures que nous présentons dans cet article sont d'époque et proviennent de ce journal. La première (planche 288 de l’an IX pour 1800) représente un Muscadin semblable aux Incroyables de la gravure de l’article du 24 septembre 2007 intitulé : Café des Incroyables. Ma parole d'honneur ils le plaisante. 1797. Cette estampe est particulièrement belle et la posture du modèle très élégante. Son port est gracieux et son geste de la main est une manière de langage propre aux Incroyables et Merveilleuses. 

Le Journal des Dames et des Modes représente donc les modes de son temps. Les jeunes femmes portent alors de longues tuniques, des drapés … La silhouette change du tout au tout. La modernité s’affiche épurée. Elle s’inspire de l’Antiquité comme sur l’estampe 320 de l’an IX (1800) où la coiffure est décrite comme étant « Antique ». Des Amazones se promènent dans Paris les seins nus ou à peine voilés comme sur la gravure n°322 de l’an IX (1800). Certaines portent même les cheveux courts. Sur la gravure 25 de 1798, « dessinée d’après nature sur le Boulevard des Capucines », la jeune fille a une coiffure dite textuellement « en porc-épic ». Cette mode aurait été instituée en solidarité avec des condamnés à l’échafaud de la Révolution, la coupe (au ras de la nuque) imitant celle de ces derniers ou dernières avant de passer à la guillotine. On lui donne alors le nom de « coiffure à la victime ». Dans l’article du 26 octobre 2007 intitulé Les Oubliés, nous faisons référence à ces bals des victimes. Ceux-ci généralisent la mode des robes gréco-romaines et de ces cheveux. Les découvertes archéologiques du XVIIIe siècle mettent au goût du jour d'autres coupes de cheveux courts appelées « coiffures à la Titus » du nom du fils de Brutus que l’acteur François-Joseph Talma (1763 - 1826) joue avec cette coupe qu’il porte aussi en ville (sur cet acteur consulter Wikipédia). Nous verrons dans un autre article combien le théâtre influence, répand et créé les modes alors. Cette coiffure est portée aussi bien par les femmes que par les hommes.

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Le Journal des Dames et des Modes est sans doute la dernière grande revue de mode du XVIIIe siècle. Elle marque la transition avec le XIXe. A travers elle on voit la mode changer. Le Premier Empire est encore plein de fantaisies, les hommes portent de très hauts chapeaux et même les soldats s’inspirent des Muscadins et Incroyables pour se vêtir. Mais ensuite les habits des hommes deviennent plus sombres et surtout beaucoup plus sobres. Le Romantisme prend la relève avec quelques ‘Jeune France’ et le dandysme fait son apparition dans l'hexagone. Les femmes portent à nouveau le corset, des robes amples et de nombreuses fioritures, mais d’un style tout à fait différent. 

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Les périodiques de mode : du 'Mercure galant' au 'Magasin des modes nouvelles françaises et anglaises'.

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D'après Raymond Gaudriault (La Gravure de mode féminine en France, Paris, Les éditions de l'amateur, 1983), les gravures ci-dessus font partie des « premières véritables gravures de mode françaises » (p.19).  « A la demande de Donneau de Visé, directeur du Mercure galant, il [le célèbre Bérain (1640-1711)] dessine pour la gazette les costumes que va graver le Pautre. » (p.18). Il s’ensuit dix planches (125 x 100 mm) dont cinq suivant les habits des saisons avec pour l’hiver deux planches publiées dans le Mercure galant d’octobre 1678. La date de 1678 marquerait donc les premières gravures de mode présentées dans une publication périodique (p.34). Ici, la mode du temps est décrite des pages 237 à 253, avec deux gravures l’une avec un cavalier, et une autre avec une dame, tous deux en « Habit d’Hiver » avec l’inscription de l’année en toutes lettres. Ces estampes illustrent le texte qui comme d’habitude est sous la forme d’une lettre adressée à une dame. On y parle de la mode qui sera le prochain hiver 1678. On en profite pour faire de la publicité pour les fabricants et marchands : « Monsieur Gaultier de la Couronne Rue des Bourdonnois » ou « le Sieur Charlier » qui a « son Magazin à Paris Rue de la Coutellerie, au Cerceau d’or ». On décrit ensuite les images. Il s’agit là d’un document de premier ordre dans l’histoire des gravures et revues de mode. De plus, le Mercure galant (dont la première parution date de 1672) est le périodique des Modernes de la fin du XVIIe siècle (Charles Perrault, Fontenelle …). En 1724, il change son titre en Mercure de France jusqu’en 1825. Voilà ce que l’on peut en lire dans : http://revel.unice.fr : « Le Mercure galant fut « moderne » avec passion. Contre les « Anciens » […] « l’auteur du Mercure » alla sentir le vent de la modernité à Versailles dans l’entourage de Colbert où l’actif et fort politique Charles Perrault distribuait pensions et conseils avisés. De Visé publia un jeune Normand de talent, Fontenelle, de surcroît neveu des Corneille, les porte-drapeaux du bon théâtre contre l’auteur de Phèdre et ses trop galantes rapsodies. Plus tard, il imprima dans son journal les premiers contes de Perrault, et donna à Thomas Corneille une espèce de droit de succession à ce que l’auteur des Caractères appelait l’Hermès galant en le qualifiant d’« immédiatement au-dessous de rien ». Les anciennes gloires féminines de la préciosité ralliées au monarque triomphant, Mlle de Scudéry puis Mme et Mlle Deshoulières, annonçaient d’autres gloires féminines comme Mlle L’Héritier, nièce des Perrault ou Catherine Bernard, protégée de Fontenelle. Le Mercure accueillait volontiers leurs vers et se faisait une réputation d’ami des dames contre des Anciens, tout juste capables de vaticiner de vieilles rengaines et des « satires contre les femmes ». »  

Si le Mercure galant est peut-être le premier périodique à s’intéresser à la Mode, d’après Raymond Gaudriault (op. cit. p. 34) « Pour Pierre de La Mésangère, qui écrit en 1818, le plus ancien journal de modes date de 1728. C’est Le Cabinet des nouvellistes ou les nouvelles du temps mises en figures. ». Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les publications périodiques de mode se multiplient. La plus connue est peut-être la Gallerie des Modes et Costumes français éditée par Jacques Esnauts et Michel Rapilly qui sont aussi les éditeurs de la première estampe présentée dans l’article du mercredi 10 octobre 2007 intitulé Des gravures de mode au XVIIIe siècle. Ces périodiques sont appelés, semble-t-il,  des cahiers ou journaux. Ils sont généralement constitués de gravures de mode contenant des descriptions. Ces cahiers sont parfois rassemblés et reliés en livres. L’estampe ci-dessous est tirée d’une de ces revues comme l’indique le texte : « 30e Cahier – Pl. 2 – 2e Année » et d’une façon plus précise du Magasin des modes nouvelles françoises et angloises. Le dessinateur est Defraine et le graveur Duhamel (1736 - après 1800). Elle représente deux jeunes filles de profil avec coiffures et habits, le tout rehaussé de délicates couleurs peintes à l’époque. Cette estampe originale peut être datée de 1786, date de la « Seconde Année » du Magasin des modes nouvelles françaises et anglaises. Créée tout d’abord sous le nom de Cabinet des Modes et éditée par le libraire Buisson, cette revue devient après une année le Magasin des modes nouvelles françoises et angloises. 132 numéros sont parus entre le 17 novembre 1785 et le 21 décembre 1789. Le Cabinet des Modes, serait la première revue de mode française à périodicité régulière. Le titre complet, retranscrit ci-après avec son orthographe, indique quels genres de textes et gravures on y trouve : « Cabinet des modes, ou les Modes nouvelles, décrites d’une manière claire & précise, & représentées par des planches en taille-douce enluminées. Ouvrage qui donne une connoissance exacte & prompte, tant des habillemens & parures nouvelles des personnes de l’un & de l’autre sexe, que des nouveaux meubles de toute espèce, des nouvelles décorations, embellissemens d’appartemens, nouvelles formes de voitures, bijoux, ouvrages d’orfèvrerie, & généralement de tout ce que la mode offre de singulier, d’agréable ou d’intéressant dans tous les genres. » Les estampes présentent donc des modèles en pied ou en buste, des meubles, des voitures … toutes sortes de choses à la mode. La gravure ci-dessous a une largeur de 10,5 cm et une hauteur de 19,4 cm. 

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A la fin du XVIIIe siècle, le Journal des Dames et des Modes est sans aucun doute la plus connues des revues de mode. Elle marque le passage à un style plus sobre d’habillements et de coiffures très influencé par « l’Antique ». Nous en proposons aussi à la vente. Mais ceci sera le sujet d’un prochain article …

Vous pouvez dorénavant accéder directement à la collection des objets d’époque témoins des modes du XVIIe siècle au début du XIXe à l’adresse : http://www.lebonton.com

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Merveilleuses & merveilleux