Sortir masqué

undefinedAux XVIIe et XVIIIe siècles, le masque est un élément de l'habillement comme un autre bien que peu utilisé. Il permet de protéger le teint des agressions du soleil, et offre à celui qui le porte la possibilité de ne pas être reconnu et de jouir ainsi d'une liberté qui n'offense personne. Sur les tréteaux, on ne le porte plus guère que dans la Comédie italienne. Le Théâtre français l’oublie, et c’est à peine qu’on se souvient que les acteurs comiques et tragiques antiques jouent avec. Pourtant l’écrivain comique romain Térence et les illustrations de ses pièces représentant des comédiens masqués sont à l’honneur pendant toute l’ère chrétienne (jusqu’au XIXe siècle). Nous avons commencé à parler de cela dans l’article du 17 décembre 2007 intitulé Le théâtre antique et les conventions … classiques … Le Moyen-âge transmet ces pièces avec diligence dans des manuscrits nombreux dont les illustrations, bien que copiant fidèlement leur modèle et suivant une tradition remontant à l’époque même de leur auteur, font fondre petit à petit le masque dans le visage même des acteurs représentés. undefinedDans les iconographies des livres de Térence des XVIIe et XVIIIe siècles qui copient celles des manuscrits, on ne reconnait souvent plus le masque qu’on ne met plus que dans les mains de Melpomène la muse de la Tragédie ou de celle de la Comédie : Thalie, dont il est un attribut. Pourtant durant l’Antiquité celui-ci a une importance toute particulière. Il fait le lien, marque le passage, entre divers univers : la vie et la mort, le réel et la fantaisie, le soi et sa distanciation ... Les familles romaines font fabriquer un masque en cire (imago) de leurs défunts qu’elles exposent dans leurs maisons dans une niche de l’atrium, dans des meubles avec étagères fabriqués pour cet usage et disposés à l’entrée. Ces armoires à masques ressemblent à celles où les masques de théâtre sont exposés et qui se retrouvent parfois au début des pièces illustrées de Térence, dans les manuscrits du Moyen-âge, les incunables ou même dans certaines éditions plus récentes (voir photographies). Durant l’Antiquité, on sort les masques des ancêtres aux funérailles pour les faire porter par des acteurs qui suivent le convoi. Lorsqu’il assiste à une pièce de théâtre comique (qui met en scène des personnages de la vie courante), le citoyen romain a donc une vision de sa propre vie ; ce qui implique obligatoirement une certaine distanciation face à celle-ci. Quant à Térence, il est étudié dès l’enfance pour la finesse de sa langue. On apprend le latin et même la rhétorique par son intermédiaire. Et la dureté de cet apprentissage est adoucie par le plaisir qu’offrent les pièces de cet auteur et la subtilité de son humour. Par la suite, le recueil de ses textes est resté jusqu’au XIXe siècle l’ouvrage sans doute le plus édité après la Bible.

Photographie : Les œuvres de Térence traduites et commentées par Madame Dacier (1654-1720) sont célèbres. Les illustrations qui accompagnent cette édition sont dessinées et gravées par Bernard Picart (1673-1733). Il s’agit de copies de celles des manuscrits médiévaux comme le manuscrit latin 7899, du IXe siècle, conservé à la Bibliothèque nationale de France, qui eux-mêmes suivent fidèlement une tradition antique (dont il reste seulement quelques fragments de papyrus connus mais sûrement beaucoup plus dans quelques recoins de réserves), avec l’image de l’auteur de buste présentée par deux acteurs dans un médaillon, les armoires à masques qui introduisent les rôles et les illustrations des scènes avec les personnages dans des positions caractéristiques qui ont valeur de langage rhétorique.

undefinedLes Comédies de Térence, Rotterdam, Gaspard fritsch, 1717,  traduction et remarques de Madame Dacier (1654-1720). Complet en 3 volumes in-12°, 10 x 15 cm. Tome 1 : LXXXVIII pp ('Préface', 'Vie de Térence'), 511 pp., 18 planches hors-texte + un frontispice. Tome 2 : 485 pp.,  17 planches. Tome 3 : 431 pp.,  11 planches. Un frontispice et 46 illustrations au trait dessinées et gravées par Bernard Picart (1673-1733). Dans le Grand dictionnaire des femmes de l'ancienne France, Fortunée Briquet écrit à propos de cette édition : « Anne Dacier : les Six Comédies de Térence, On en a fait, en Hollande, deux éditions, dont la meilleure, pour la beauté des caractères, du papier et des figures, est celle de 1717 ; Rotterdam, Gaspard Fritsch, 3 vol. In-12° ».

Térence (Publius Terentius Afer, IIe siècle av. J.-C.a vraiment marqué de son sceau la langue latine et la conception même de la latinité. De grands noms ont régulièrement redécouvert son œuvre constituée de seulement six pièces, et ont apposé leurs commentaires, parmi lesquels le célèbre grammairien Donat (Aelius Donatus, IVe siècle ap. J.-C., précepteur de Saint Jérôme) ou Calliopius (fin du VIIIe siècle ap. J.-C) qui est un des principaux promulgateurs de Térence. Madame Dacier s’inscrit dans cette continuation. La finesse du latin de l’auteur romain en a fait sa caractéristique. Sa popularité dans une chrétienté opposée au théâtre laisse songeur et dévoile comment ce qu’on appelle aujourd’hui l’Humanisme au-delà de toutes les vicissitudes du changement n’a cessé d’être à la source de l’histoire occidentale, une sagesse d’une douceur et d’une finesse extrêmes à l’origine même de toutes les grandes civilisations.

Citation : « Homo sum ; humani nil a me alienum puto » : « Je suis un homme et rien de ce qui est humain, ne m’est inconnu » (Térence, Héautontimorouménos, v. 77).

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Définitions de gens à la mode en France : Beaux, Copurchics, Fashionables, Gandins, Gants jaunes, Gommeux, Jeunes France, Lionnes, Lions, Petits crevés, Pommadins, Raffinés …

undefinedDans les articles précédents, nous avons largement parlé des INCROYABLES, MERVEILLEUSES, MUSCADINS, PETITES MAITRESSES, PETITS MAITRES, PRECIEUSES. Voici maintenant quelques définitions d’autres de ces élégants ou excentriques français en particulier du XIXe siècle : Beaux, Copurchics, Fashionables, Gandins, Gants jaunes, Gommeux, Jeunes France, Lionnes, Lions, Mirliflors (voir photographie), Petits crevés, Pommadins, Raffinés … Toutes ces définitions sont nouvelles bien que basées sur des documents d’époque. Elles n’ont pas été copiées mais le fruit de recherches, de recoupements et d’une rédaction entièrement originale. Si vous trouvez des erreurs ou avez d’autres définitions à ajouter ou compléter n’hésitez pas à les indiquer dans les commentaires.
AGREABLE. Nom que l’on donne déjà au XVIIIe siècle à un certain type d’élégant dont l’adjectif désigne le caractère et la finesse. On dit au 18e siècle : "faire l'agréable".
AMAZONE. « Femme de courage mâle & guerrier. » Le Dictionnaire de l'Académie Française, 1ère Edition, 1694. On appelle ainsi les jeunes femmes qui montent à cheval et affichent leur indépendance un peu comme les lionnes du XIXe siècle.
BEAU. Elégant. On emploie ce mot en particulier au XIXe siècle.
BEAU-FILS. Jeune Beau
COCODES. Elégant un peu ridicule aux manières et habits excentriques.
COL CASSE. Homme à la mode de 1865 semble-t-il.
COPURCHIC. Personne d’une extrême élégance. Ce nom est d'usage au XIXe siècle et au début du XXe. L’adjectif ‘copurchic’ signifie ‘ultra-chic’ (de pur chic), ce qui se fait de mieux en matière d’élégance et de mode.
CREVE. Voir la définition de ‘Petit crevé’.
DANDY. Terme d’origine anglaise utilisé en France dès le XIXe siècle pour désigner un homme au style et à la tenue particulièrement raffinés. Honoré de Balzac (1833), Jules Amédée Barbey d’Aurevilly (1845), Charles Baudelaire (1863) écrivent sur le sujet du dandysme.
DELICAT. L’adjectif désigne le nom.
ÉLEGANT. « Se dit substantivement d'un homme recherché dans son ton, ses manières et sa parure. » Dictionnaire de l'Académie française, 5ème Edition, 1798.
FASHIONABLE. On trouve ce terme en particulier dans des textes entre 1820 et 1863 pour désigner une personne à la mode en général et aussi pour ceux qui s’inspirent de la mode anglaise.
FRELUQUET. Jeune homme souvent d’apparence frêle, à la mise soignée, léger et prétentieux. Le mot est déjà usité au XVIIe siècle. Il vient sans doute de freluque (mèche de cheveux) ou freluche (petite chose ou ornement de peu de valeur). « Il signifie Un homme léger, frivole & sans mérite. Ce n'est qu'un freluquet. Il est du style familier. » Dictionnaire de l'Académie française, 4ème Edition, 1762.
GALANT. « Qui a de la probité, civil, sociable, de bonne compagnie, de conversation agréable … Galant, signifie aussi un homme qui cherche à plaire aux femmes … On dit, qu'une femme est galante, pour dire, qu'elle est dans l'habitude d'avoir des commerces de galanterie … On a dit autrefois Galande au féminin, surtout en le prenant substantivement. … Galant,  signifie, Amant, amoureux. » Le Dictionnaire de l'Académie française, 5ème Edition, 1798. Galant homme : « Un Petit-maître, avec ses grimaces, est aussi loin du caractère d'un galant homme, qu'un faux dévot, avec son air sanctifié, est éloigné du caractère d'un homme véritablement religieux … » Féraud, Jean-François, Dictionnaire critique de la langue française, de 1787-1788.
GANDIN. Nom venant peut-être d’une allusion aux gants ou au boulevard Gand (avant 1815 boulevard des Italiens) où certains élégants se promènent. Une gandinerie est une action à la manière de gandin : gandiner. « Le gamin a une chaîne de montre, des habits très chers, un chapeau de soie de 22 francs. Et tout le petit homme est dans cette toilette. Rien de l'enfant, ni l'abandon ni la gaîté ni les pensées de jeu ; mais déjà des idées de relations, le flair des convenances sociales, l'arrangement de la vie dans tel monde réputé pour bon, l'appétit de tel cercle, d'une voiture ainsi attelée. Le gandin en herbe : voilà l'enfant moderne. Une génération s'élève à l'heure qu'il est, qui ne sera que cela : une génération de gandins. » Goncourt, Journal, 1861.
GANT JAUNE. Homme distingué et raffiné du XIXe siècle.
GOMMEUX. Jeune élégant du XIXe siècle s’habillant semble-t-il avec des vêtements serrés, des bottines aux bouts pointus et relevés, marchant avec affectation les bras ballants tenus loin du corps. « … l'on prétend que c'est l'appellation de mépris que les femmes donnent, dans les cabarets de barrière, à ceux qui mettent de la gomme dans leur absinthe, à ceux qui ne sont pas de vrais hommes... » Goncourt, Journal, 1875. Une autre origine du mot viendrait que ces élégants passeraient une grand part de leur temps à se gommer, se pommader, se parfumer. Encore une autre définition les désigne comme étant ceux qui portent des vêtements passés à la gomme (apprêtés, empesés).
Photographie : Détail de la gravure : Les Visites de Philibert Louis Debucourt (1755-1832) représentant un Incroyable du début du XIXe siècle dont la position pourrait être celle d’un gommeux telle qu’elle est décrite : « marchant avec affectation les bras ballants tenus loin du corps. »
undefinedINCONCEVABLE. Durant la Convention et le Directoire, on désigne comme Inconcevable une jeune femme s’habillant à l’Antique. « On eut les « merveilleuses », et au delà des merveilleuses, les « inconcevables » ; on jura par sa paole victimée et par sa paole vete … » Hugo, Victor, Quatre-vingt-treize, 1874.
Photographie : Cette gravure a déjà été présentée dans ce blog. Cependant son histoire est intéressante à conter et montre combien d’incroyables découvertes peuvent se faire. En lisant un texte sur les modes d’autrefois je vois indiqué le nom d’Inconcevable parmi d’autres. Je découvre ensuite cette gravure que je me procure pensant que l’Inconcevable de la légende (« C’EST INCONCEVABLE Tu n'es [écrit "n'est"] point reconnaissable ») est le jeune homme représenté, et qu’il s’agit d’une autre façon d’appeler les Muscadins ou les Incroyables. Mais en faisant une recherche pour cet article, je me suis rendu compte que le sujet de cette estampe est la jeune fille, et qu’on nomme ainsi une personne habillée à l’antique à la fin du XVIIIe siècle. Cette mode est en totale rupture avec celle qui la précède. Les robes à paniers, les corsets, les hautes coiffures sont abandonnées. Le changement est radical et vraiment inconcevable ! Après le premier Empire, les corsets reviennent de rigueur ainsi que les robes à paniers. Il faut attendre le début du XXe siècle et Chanel pour qu’une nouvelle révolution se fasse dans la mode féminine ... une révolution qu'on attend toujours dans la mode masculine ...
INIMAGINABLE. Sans doute une sorte d'Incroyable ; mais à vérifier.
JEUNE-FRANCE ou NOUVELLE FRANCE. Jeunes romantiques de l’époque d’Hernani de Victor Hugo. Ils portent des cheveux longs et des tenues caractéristiques. « La Bataille d’Hernani » est un moment important du mouvement Romantique en France. Elle se passe à la Comédie-Française, le 25 février 1830, pour la première de la pièce de Victor Hugo. Celle-ci remet en question les canons du théâtre classique et notamment les trois unités de temps, de lieu et d'action. Le spectacle est dans la salle davantage que sur la scène. Les Jeunes France du parterre, aux cheveux longs et aux manières passionnées, parmi lesquels se signalent Gérard de Nerval et Théophile Gautier, interpellent les anciens présents qui restent fidèles aux règles classiques.
undefinedLION. Dandy du XIXe ; terme qui au milieu de ce siècle est souvent employé à la place de Fashionable. « À l'incroyable, au merveilleux, à l'élégant (...) ont succédé le dandy, puis le lion » Balzac, A. Savarus, 1842. On appelle de même ‘Lion’ un homme en vue. « Il est au monde un être (on le nomme lion, Je ne sais trop pourquoi), dont la profession est de n'en point avoir (...) Il compte pour ancêtre les muguets, raffinés, mirliflors, petits-maîtres, muscadins, merveilleux, incroyables » Pommier, Colifichets, 1860. « Je menais une vie de lion, c'est ainsi qu'en ce temps-là, on appelait les élégants du boulevard ; aujourd'hui on les nomme : Gandins » Avenel, Calicots, 1866.
Photographie : Ponsard, François (1814-1867), Le Lion amoureux, Comédie en cinq actes, en vers, neuvième édition, Paris, Michel Levy, 1866. 114 pages, 15,2 x 23cm.
LIONNE. Femme à la mode au XIXe siècle, ayant un goût prononcé pour la toilette et les mœurs libres. « Elle veut monter à cheval, aller à toutes les chasses, à toutes les courses, parier, courir, fumer, devenir lionne enfin » Marie, A., Français peints par eux-mêmes, t. 5, La Belle-Mère, 1842. On appelle aussi ‘Lionne’ une femme ayant un succès mondain et étant un sujet de conversations à la mode.
MIRLIFLORE (ou MIRLIFLOR). « Terme familier, pour dire, un agréable, un merveilleux. » Le Dictionnaire de l'Académie Français, 5ème Edition, 1798.
Photographie : Détail d’une gravure du début du XIXe siècle peinte au pochoir, peut-être une image d’Epinal, avec différentes caricatures de personnages (CARICATURE. 4me tableau) dont une intitulée M. Mirliflor et représentant un de ces jeunes hommes à la mode. Il a un immense chapeau, une cravate qui monte haut et ce qui ressemble à un imposant jabot.
MUGUET. « Qui affecte d'être propre, paré, mignon auprès des Dames. Mugueter se dit proprement d'un homme qui fait le galant, le muguet auprès des Dames. » Le Dictionnaire de l'Académie Français, 1ère Edition, 1694. L’origine du mot vient sans doute du parfum que portent ces élégants. Le muguet est une plante associée à l’amour.
PETIT CREVE. Jeune homme élégant. « LUCIEN. C’est vrai ! Tu es joliment bien mis tu as l’air d’un…. ISODORE, pirouettant. J’ai l’air d’un petit crevé ! Dites le mot ! C’est assez chic ! Hein ? » Pompigny, Le Mystère ou Les deux frères rivaux, mélodrame … Représenté, pour la première fois, sur le théâtre de l’Ambigu-Comique, le 8 janvier 1811. On dit aussi Crevé.
POISSEUX ET POISSEUSE. Jeune élégant (XIXe).
POMMADIN. Désigne au XIXe siècle un ‘minet’, un jeune homme dont l’élégance exagérée rend grotesque. De même on appelle ainsi certains garçons coiffeurs. Il est possible que l’origine de ce mot soit ancienne. Au Moyen-âge on désigne par pomander, pomme de senteur, pommander, pomandre, pommes d'ambre, pomme à musc... une boîte que l’on porte sur soi dans laquelle on place des odeurs (musc, pâtes odoriférantes ou autres parfums secs). Elle est le plus souvent de forme ronde, avec un anneau de suspension fixé au dôme faîtier qui se dévisse et permet l'ouverture du corps divisé en compartiments. Les grands pomanders sont suspendus à la ceinture ou au cou. Les petits, de la taille d'un dé à coudre se portent de différentes façons. Ceux reliés à une bague par une chaîne se nichent dans le creux de la main. Certains sont fixés en breloques à un bracelet, à un collier, ou sur un carcan, ou servent de boutons de cape.
RAFFINE. Style à rapprocher peut-être du Petit-maître. Il semblerait que tous ces élégants fassent particulièrement attention à leurs tenues et leurs manières, soient libres voir libertins et accordent une importance toute particulière à l’honneur.

 

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Récapitulatif de l'exposition Modes anciennes

undefinedRetrouvez ci-dessous toute l'exposition (en deux articles) s'étant déroulée près du Palais Royal du 23 au 29 février 2008, avec les photographies des objets présents au vernissage et les descriptions. La plupart ont déjà été présentés dans ce blog. Il y a donc beaucoup de redites.

Tout ne se joue pas sur l’apparence qu’on se donne mais sur ce qu’on est vraiment.

L’esprit de Merveilleuses et d’Incroyables étaient présents à l’exposition. Gageons que bientôt il se matérialisera en de nouvelles beautés qui nous éblouirons et qui nous ferons nous étonner « C’est incroyables ! C’est inconcevable ! ». Le merveilleux est à porté de main. Zelia, la créatrice de robes de rêve, nous le montre : Elle nous a ouvert ses portes pour le vernissage ce qui était vraiment sympathique. Il y a eu un éclair de magie au Palais-Royal. Pas de cette lumière qui nous éblouit mais de celle qui nous éclaire tous les matins ; celle qui nous laisse un délicieux arrière-goût de vivre qu’on ne retrouvera jamais ailleurs que dans son cœur mais dont les apparences peuvent être le reflet.
undefinedMes remerciements à :

-         L’Inc(r)oyable le restaurant qui a accueilli l’exposition et Manu, Edouard et Medhi ;
-        
Zelia (créatrice de robes de rêve) qui nous a ouvert son cœur et sa boutique pour le vernissage et montré que la magie fait toujours tourner le monde ;
-        
Mme et M. Schmitt les directeurs de l’IESA et Anisa ;
-        
La baronne Feral qui a préparé le buffet et aidé ;
-        
Milada et Jo qui ont aussi aidé ;
-        
Gabrielle Geppert qui a une boutique vintage au Palais-Royal et qui a indirectement donné l’idée ;
-        
Le café L’Ecrin qui a cru en ce projet ;
-        
Les commerçants qui ont accepté de poser l’affiche dans leur vitrine ;

-        
Et bien sûr, tous ceux qui sont venus.

Collectionneurs, comédiens, conservateurs, étudiants, marchands, passionnés, professeurs, professionnels de la mode, stylistes etc. nous ont fait l’honneur de leur présence.

JE SUIS MAINTENANT A LA RECHERCHE DE SPONSORS POUR CREER LES INCROYABLES GOUTERS OU NOUS POURRONS TOUS NOUS REVOIR OU NOUS RENCONTRER.

undefinedEXPOSITION MODES ANCIENNES FRANCAISES

Vous êtes ici dans le PASSAGE POTIER du 26 RUE DE RICHELIEU. Avant que n’y soit creusé ce passage au XIXe siècle, Antoine Beauvilliers, cuisinier du prince de Condé et officier de bouche du comte de Provence, y aurait ouvert vers 1782 la Grande Taverne de Londres : un restaurant réputé dans un cadre raffiné.  Si le premier restaurant, dans l'acception moderne du terme, est créé à Paris vers 1765 par Boulanger, c’est ici que selon certains historiens aurait été établi le premier véritable grand restaurant de Paris. On propose aux clients de pouvoir y manger comme à Versailles. Le service des vins est fait en bouteille, comme à Londres, à la mode à cette époque.
Certains prétendent que c’est à cet endroit (au 26 rue de Richelieu) que Rose Bertin (la marchande de modes de Marie-Antoinette ) ouvre une boutique ; d’autres disent qu’elle y habite ; d’autres que c’est la camériste (femme de chambre) de la Reine qui y loge. Il y aurait même dans la cave un faux puits, comblé par la suite, et qui serait un passage secret allant jusqu’au Palais-Royal.
Les assertions des historiens et les ouï-dire des habitants peuvent offrir des directions de recherches mais en aucun cas ne doivent être données comme des vérités. C’est pour cela que dans cette petite exposition nous vous présentons uniquement des documents d’époque.
undefinedUN MUSCADIN.
Merveilleuses, Muscadins, Incroyables, Inimaginables, Inconcevables, Petites-maîtresses, Petits-maîtres ... sont tous des jeunes gens à la mode. Leurs styles sont avant tout ceux de la jeunesse. A la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, les apparences des Incroyables, Muscadins, Inconcevables se confondent chez les adolescents. Cette gravure originale datée de l’an IX (pour 1800) et provenant du Journal des Dames et des Modes de Pierre de La Mésangère prouve cela. L’habit du modèle peut tout aussi bien être de l’un des trois. Mais l’estampe le présente seulement comme le Costume d’un Jeune Homme. Son port est particulièrement gracieux et son geste de la main est une manière de langage propre aux Incroyables et Merveilleuses qui avaient leur propre langage (gestuel, vestimentaire …) leurs expressions, accents, mots … Quant au terme de Muscadin il désigne d’après la première édition (1694) du Dictionnaire de l'Académie Français : une « Petite pastille de bouche composée de musc & d'ambre. » Par extension, on appelle alors ‘Muscadins’ certains élégants sentant le Musc et à l’apparence soignée. C'est aussi ainsi qu'on appelle sous la Révolution les royalistes qui se distinguent par leur élégance recherchée. En ce sens, ce mot est utilisé à cette époque au féminin et de façon péjorative : "muscadine". Louis-Sébastien (1740-1814) insiste sur cet aspect dans sa définition des Muscadins donnée au tome III de Le Nouveau Paris, Gênes, Impr. de la ″Gazette nationale″, An III, 1794 : «  Muscadins. Espèce d’hommes occupés d’une parure élégante ou ridicule, qu’un coup de tambour métamorphose en femmes. « Le fils du Czar Pierre I s’est brûlé les doigts, dit un de nos écrivains, pour n’être point forcé au travail que son père exigeait de lui ». Nous avons vu un Muscadin se résoudre à se faire couper l’index, pour éviter de porter les armes contre l’ennemi. Il aurait dû le conserver pour manier l’aiguille ou la quenouille. Ils formèrent l’opposé des sales Jacobins. On aurait cru qu’une jeunesse ardente allait embrasser les principes républicains ; mais cette jeunesse était riche, efféminée, et voulut se distinguer partout de ceux qu’elle appelait les habits bleus. Les muscadins furent moqués, rossés, battus, quand ils voulurent, avec leurs oreilles de chiens et leurs cadenettes, narguer les républicains. S’ils étaient les plus forts, c’était bien rarement, et quand ils se trouvaient quatre contre un. Ils font les royalistes à bas bruit ; mais les émigrés les méprisent encore plus qu’ils détestent les patriotes. » La coiffure en « oreilles de chien » consiste à faire tomber les cheveux sur les côtés, même à les tresser. La cadenette est une natte parfois retenue dans la nuque par un peigne.
LES PASSAGES COUVERTS. Estampe du XVIIIe siècle, provenant sans doute d’un livre, d’après H. Gravelot (1699-1773), gravée par Noël Le Mire (1724-1801) : « Ce visage vaut mieux que toutes vos chansons ». La scène se passe dans un passage couvert avec boutiques de modes telles qu’il y en avait dans le quartier.
undefinedundefinedLA MARCHANDE DE MODES. Gravure du XVIIIe siècle provenant du Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de l'Encyclopédie Diderot et d'Alembert, de la partie consacrée aux 'Arts de l’habillement’. Le titre est Marchande de Modes, avec une très belle gravure montrant une boutique de marchandes de modes et en dessous un patron.
GRAVURE DE MODE
de la fin du XVIIIème siècle représentant la planche n°1 de la 13ème suite de 12 différentes coiffures (chapeaux, bonnets, charlottes) à la mode en 1785. Estampe de l’époque gravée par Dupin d'après Desrais et publiée « Chez Esnaults et Rapilly à la ville de Coutances, A Paris, Avec Privilège du Roi ». La date indiquée de 1785 est très proche de celle de l’édition (fin du XVIIIe siècle) comme le montrent divers éléments tels : les dates des auteurs Desrais et Dupin, la période où la maison d’édition indiquée sévit, le type de papier utilisé et son filigrane, le Privilège du Roi antérieur à 1794 ... Nicolas Dupin est un graveur actif à la fin du XVIIIe siècle et Claude-Louis Desrais (1746-1816) est un peintre à l’origine de nombreuses gravures de mode comme : Mode du jour, Le Serail en Boutique, Promenade du Boulevard des Italiens… de même que de diverses estampes répertoriant les modes de l’époque comme celles de la revue : Cahiers de Costume Français. Esnaults et Rapilly sont des vendeurs/éditeurs de la fin du XVIIIe siècle qui ont publié de nombreuses gravures récapitulant les modes de leur siècle, dont plusieurs sont d’après Desrais et gravées par Dupin. Texte de la gravure [orthographe remanié]: « 13 e Suite de Coiffures à la mode, en 1786. N°1 – Bonnet à la Chérubin, vu sur le côté – Bonnet à la Chérubin, vu par devant – Chapeau à la Saint Domingue – Le même chapeau vu sur le côté – Chapeau à la Minerve Bretonne – Coiffure de Mme Dugason dans le rôle de Babet, à la Comédie Italienne – Coiffure de Mlle S. Huberti de l’Académie Royale de Musique – Coiffure de Mlle Maillard dans le rôle d’Ariane, opéra – Nouveau Chapeau à la Figaro – Nouveau Chapeau à la Charlottembourg – Coiffure à la nouvelle Charlotte – Coiffure de la Beauté de St James – Desrais del. Dupin sculp. – A Paris chez Esnauts et Rapilly, rue S. Jacques, à la Ville de Coutances. Avec Privilège du Roi. » Les gravures sont un moyen parmi d’autres de divulguer la Mode au XVIIIe siècle. Elles offrent des exemples de coiffures ou d’habits à la mode du jour ou des années précédentes. Elles sont envoyées en province et dans le monde entier pour servir de référence aux marchandes de modes, coiffeurs et dames. Elles sont vendues sous la forme de suites (parfois reliées entre elles) ou au détail. Elles sont un témoignage capital de la divulgation des modes au XVIIIe siècle. Fréquentes à l’époque, ces estampes sont très rares aujourd’hui. Certaines recensent des modes vieilles de plusieurs siècles et prouvent qu’il y a alors une véritable culture de la Mode et de son histoire qui n’est pas si éloignée de la notre avec ses nouveautés portées par les fabricants (dont certains sont de véritables ateliers de haute-couture) et autres artisans-coiffeurs … ayant eux aussi leurs figures de proue.
undefinedLES ELEGANTS.
Dans le chapitre CLVI de son livre Les Entretiens du Palais-Royal de Paris (Paris, Buisson, 1787), Louis-Sébastien Mercier (1740-1814), tente de définir ce qu’on entend alors par les élégants à la fin du XVIIIe siècle. En voici quelques passages : « Il n y a plus d'hommes à bonnes fortune, c'est-à-dire de ces hommes qui se faisaient une gloire d'alarmer un père, un mari, de porter le trouble dans une famille, de se faire bannir d'une maison avec grand bruit, d'être toujours mêlés dans les nouvelles des femmes : ce ridicule est
passé, nous n'avons plus même de petits-maîtres ; mais nous avons l'élégant. L'élégant n'exhale point l'ambre, son corps ne paraît pas dans un instant sous je ne sais combien d'attitudes ; son esprit ne s'évapore point dans des compliments à perte d'haleine ; sa fatuité est calme, tranquille, étudiée ; il sourit au lieu de répondre ; il ne se contemple point dans un miroir ; il a les yeux incessamment fixés sur lui-même, comme pour faire admirer les proportions de sa taille et la précision de son habillement. Il ne fait des visites que d'un quart d'heure. Il ne se dit plus l'ami des ducs, l'amant des duchesses, l'homme des soupers. Il parle de la retraite où il vit, de la chimie qu'il étudie, de l'ennui où il est du grand monde. Il laisse parler les autres ; la dérision imperceptible réside sur ses lèvres ; il a l'air de rêver, et il vous écoute : il ne sort pas brusquement, il s'évade ; il vous quitte, et vous écrit un quart d'heure après, pour jouer l'homme distrait… »
« 
JEUNE ELEGANT SE PROMENANT AUX PALAIS ROYAL POUR FIXER LES CAPRICES DE SA SOIREE ». Estampe gravée par Guyot (sans doute Laurent Guyot, 1756 - après 1806) d’après Walleau. Cette image représente un promeneur élégant du Palais Royal. Sa badine, sa cambrure, ses lunettes, son habit vert, les gros boutons … marquent une élégance de la fin du XVIIIe siècle ou du début XIXe.
« 
L'ELEGANT AU RENDEZ-VOUS DU PALAIS ROYAL. » Gravure du XVIIIe siècle, rehaussée à l’aquarelle. La tenue de cet élégant du Palais-Royal est presque entièrement mouchetée, dans un goût « léopard » à la mode à cette époque.
ELEGANTE EN PROMENADE.
Gravure du XVIIIe siècle rehaussée à l’aquarelle à l’époque présentant une Toilette Florentine avec l’Elégant Chapeau des Champs Elisée. Cette élégante est en promenade avec son petit chien et son chapeau rehaussé de plumes, de fleurs, de rubans et semble-t-il de gazes.undefined
undefinedLA MODE. Le thème de cette exposition est la Mode. Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française de 1694 on donne une définition du mot ‘mode’ très proche de l’actuelle, voir identique : « MODE. s. f. La manière qui est, ou qui a été autrefois en vogue, sur de certaines choses qui dépendent de l'institution & du caprice des hommes. Nouvelle mode. Vieille mode. Mauvaise mode. Mode ridicule, extravagante. Cela était autrefois à la mode. La mode en est passée. La mode n'en est plus. Inventer des modes. Suivre la mode. Se mettre à la mode. Etre à la mode du pays où l'on est. Un habit à la mode. Une étoffe à la mode &c. On revient aux vieilles modes. C'est un mot qui est fort à la mode. Etre esclave de la mode. Les caprices, les bizarreries de la mode. On dit, qu'Un homme,une femme est fort à la mode, pour dire, qu'un homme, qu'une femme est fort au gré de la plupart du monde. On dit proverbialement que Les fous inventent les modes, & que les sages les suivent. On dit aussi proverbialement Chacun vit à sa mode, pour dire, que chacun en use comme il lui plaît dans ce qui le regarde. Il faut le laisser vivre à sa mode, le laisser faire à sa mode... »
undefinedHISTOIRES DE LA MODE. Dans cette définition du XVIIe siècle, on distingue très nettement les modes anciennes et nouvelles. Plusieurs ouvrages répertorient celles passées. C’est en particulier le cas au XVIIIe siècle comme le prouve ce livre parmi d’autres de Guillaume-François-Roger Molé, Histoire des Modes Françaises, ou Révolutions du costume en France, Depuis l’établissement de la Monarchie jusqu’à nos jours. Contenant tout ce qui concerne la tête des Français, avec des recherches sur l’usage des Chevelures artificielles chez les Anciens, Amsterdam et Paris, chez Costard, Libraire, rue Saint-Jean-de-Beauvais, 1773, in-12, 1ère édition.
LE PALAIS ROYAL ET LA MODE. Le sujet des modes anciennes françaises est vaste. Elles n’ont cessé de changer durant les siècles pas seulement de générations en générations mais aussi, comme au XVIIIe siècle, de semaines en semaines, aux rythmes des parutions de modes dont le siècle des Lumières est friand et des promenades parisiennes. Une des promenades à la mode est celle du Palais-Royal qui se trouve juste à côté de ce lieu d’exposition. On y trouve là les exemples de la mode du moment et du bon ton : « … ce Palais-Royal, qu’il faut au moins visiter une fois le jour, si l’on ne veut heurter ni la mode, ni le bon ton. » comme l’écrit Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) dans Les Entretiens du Palais-Royal de Paris, 1787. Le tome II du livre Tableau de Paris (nouvelle édition, Amsterdam, 1783) a tout un chapitre consacré au ‘Palais-Royal’ dont voici un passage : « […] Là sont les filles, les courtisanes, les duchesses & les honnêtes femmes, & personne ne s’y trompe […] Là, on se regarde avec une intrépidité qui n'est en usage dans le monde entier qu'à Paris, et à Paris même que dans le Palais-Royal : on parle haut, on se coudoie, on s'appelle, on nomme les femmes qui passent, leurs maris, leurs amants ; on les caractérise d'un mot ; on se rit presqu'au nez, et tout cela se fait sans offenser, sans vouloir humilier personne. On roule dans le tourbillon, on se prodigue les regards avec un abandon qui laisse toujours aux femmes le dernier : un peintre aurait tout le temps de saisir une figure, et de l'exprimer à l'aide du crayon. Je ne me pique pas d'être physionomiste ; j’ai fait mon tour d'allée plusieurs fois ; je n’ai songé alors qu’à voir les beautés qui y circulaient : mon esprit d’observation s’est trouvé en défaut […] »
LES GENS A LA MODE.
« Sur les gens à la mode. De tous les peuples, le Français est celui dont le caractère a dans tous les temps éprouvé le moins d’altération […] Cette nation a toujours été vive, gaie, généreuse, brave, sincère, présomptueuse, inconstante, avantageuse et inconsidérée. Ses vertus partent du cœur, ses vices ne tiennent qu’à l’esprit, et ses bonnes qualités corrigeant ou balançant les mauvaises, toutes concourent peut-être également à rendre le Français de tous les hommes le plus sociable. C’est-là son caractère propre, et c’en est un très-estimable ; mais je crains que depuis quelque temps on n’en ait abusé ; on ne s’est pas contenté d’être sociable, on a voulu être aimable, et je crois qu’on a pris l’abus pour la perfection. Ceci a besoin de preuves, c’est-à-dire d’explication. Les qualités propres à la société, sont la politesse sans fausseté, la franchise sans rudesse, la prévenance sans bassesse, la complaisance sans flatterie, les égards sans contrainte, et surtout le cœur porté à la bienfaisance ; ainsi l’homme sociable est le citoyen par excellence… Le bon ton dans ceux qui ont le plus d'esprit consiste à dire agréablement des riens, à ne se pas permettre le moindre propos sensé, si l'on ne le fait excuser par les grâces du discours, à voiler enfin la raison quand on est obligé de la produire, avec autant de soin que la pudeur en exigeait autrefois, quand il s' agissait d'exprimer quelque idée libre […] Soyons donc ce que nous sommes, n'ajoutons rien à notre caractère ; tâchons seulement d'en retrancher ce qui peut être incommode pour les autres, et dangereux pour nous-mêmes. Ayons le courage de nous soustraire à la servitude de la mode, sans passer les bornes de la raison. » Duclos, Charles (1704-1772), Considérations sur les moeurs de ce siècle, 1751.
undefinedDES PETITS MAITRES.
Comme c’est souvent le cas concernant les élégants maniérés, les témoignages qui nous restent sont surtout des caricatures ou des critiques (voir les Précieuses ridicules de Molière ou les gravures caricaturant les Merveilleuses et les Incroyables à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe). Voici une de ces critiques sous la forme du chapitre IV (pp. 29-38) intitulé ‘Des Petits-Maîtres’ du livre de François-Antoine Chevrier (1721-1762) : Les Ridicules du siècle (Londres, 1752). Passages (l'orthographe a parfois été modifié mais pas la ponctuation) : " Un jeune homme avait jadis la réputation de Petit-maître, lorsque mis magnifiquement il savait se présenter avec aisance, ses discours, sans êtres solides, n’étaient qu’extraordinaires, & ses sentiments partagés entre le goût du public & la façon de penser, avaient un air de vérité sous le voile de la fausseté la mieux marquée ; d’ailleurs plus indiscret qu’indécent dans le propos, livré par goût & par usage à ce ton équivoque, qui annonce moins l’esprit que le désir d’en afficher, sa conversation était une rapsodie de jeux de mots usés, & de réflexions plus libres qu’ingénieuses ; tel était le Petit-maître du vieux temps […]. Le Petit-maître du siècle est un homme qui joint à une figure avantageuse, un goût varié pour les ajustements ; amateur de la parure, il doit marier agréablement l’agrément avec la magnificence ; esclave de la mode & des préjugés du jour, il n’est point asservi à ces mots usés, follement consacrés parmi nous, sous les noms de raison & de vertu ; copie exacte de la femme du grand monde, s’il diffère d’elle, ce n’est que par un supplément d’extravagances & de ridicules ; jaloux de plaire sans être amoureux, il cherche moins à être heureux que la gloire de le paraître ; constant dans ses écarts, léger dans ses goûts, ridicule par raison, frivole par usage, indolent à flatter, ardent à tout anéantir, ennemi du public qu’il voudrait cependant captiver rien à ses yeux n’est supportable que lui-même ; encore craint-il quelquefois de se voir sensé, dans l’appréhension de se trouver moins aimable. […] Il ne faut pas se persuader qu’avec toutes les qualités que je viens de détailler dans ce chapitre instructif, on soit en droit de s’annoncer comme Petits-Maîtres ; il y a encore deux attributs indispensables à désirer, la naissance & la jeunesse. […] Les Grâces, Petites-Maîtresses, ne sont pas de ces douairières pesantes, qui forcées de marcher avec symétrie, ne parlent que le compas à la main ; la vivacité, tranchons le mot, l’étourderie est leur apanage : aussi volubile dans le jargon, qu’inconsidéré dans le propos, un Petit-maître ne doit jamais réfléchir, & il faut qu’il déraisonne constamment plutôt qu’il s’expose à ennuyer une minute […]. Un Petit-maître qui dans les commencements de ses prospérités a vu deux ou trois femmes de réputation, de ces femmes nées pour donner de l’éclat à un personnage même ordinaire ; cet homme devient dès-lors possesseur de toutes les beautés […]. "
UNE PETITE-MAITRESSE.
La mode française offre des surprises de taille. Voir passer rapidement devant ses yeux lors d'une vente une gravure peinte d'un Petit-maître représenté avec une grâce particulière laisse l'impression magique d’un monde à redécouvrir, pourtant proche de nous puisque faisant partie de notre patrimoine et si loin de ce que nous sommes aujourd’hui. La gravure de la Petite-maîtresse présentée ici est beaucoup plus anodine. Cette estampe est de la fin du XVIIIe siècle et est intitulée « Petite Maitresse en Robe à la Polonaise de toile peinte garnie de mousseline, lisant une lettre. » Mais qu’entendons-nous par petites-maîtresses et petits-maîtres ? Voici une définition de 1787-1788 du Dictionnaire critique de la langue française de Jean-François Féraud : Petit-maître - " Jeune homme, qui se distingue par un air avantageux, par des manières libres et étourdies.  L'origine de ce mot est le temps de la Fronde. "On avait appelé la cabale du Duc de Beaufort, celle des Importants, on appelait celle du Prince de Condé, le parti des Petits-maîtres, parce qu'ils voulaient être les maîtres de l'État. Il n'est resté de tous ces troubles d'autres traces que ce nom de Petit-maître, qu'on applique aujourd'hui à la jeunesse avantageuse et mal élevée. Siècle de Louis XIV. Un Petit-maître, avec ses grimaces, est aussi loin du caractère d'un galant homme, qu'un faux dévot, avec son air sanctifié, est éloigné du caractère d'un homme véritablement religieux… Petite-maîtresse, femme, qui affecte les manières d'un Petit-maître.  Celui-ci est plus nouveau, parce que le ridicule qu'il représente est devenu depuis quelques années plus outré et plus commun. "
LES INCONCEVABLES.
Cette gravure de la fin du XVIIIe – début XIXe explique d’où viennent les noms que l’on donne à certaines personnes à la mode au XVIIIe siècle comme les Merveilleuses, Incroyables, Inimaginables, Inconcevables etc. Il s’agit d’expressions de l’étonnement qui se sont métamorphosées en noms communs. La légende de la gravure est la suivante : « C’EST INCONCEVABLE Tu n'es [écrit "n'est"] point reconnaissable ». C’est une personne qui s’exclame cela en constatant combien a changé une jeune fille de ses connaissances. Elle est accompagnée
d'un Muscadin/Incroyable et habillée à l'Antique. A la fin du XVIIIe siècle, on appelle parfois Inconcevables les jeunes filles qui imitent la mode de l'Antiquité. Cela change radicalement de la mode féminine d'alors d'où l'expression 'C'est inconcevable' et l'appellation d'Inconcevable qui marque l'étonnement d'une manière encore plus péremptoire que Merveilleuse. Cette gravure semble être de J. P. Levilly actif à partir de 1792. Cette estampe montre aussi que cette jeunesse là n’est pas coupée du populaire, n’est pas obligatoirement « dorée » comme on le dit souvent, mais qu’elle possède sans conteste une richesse qui lui est propre : celle que seul son âge peut offrir.
Des questions récurrentes sont posées sur les Merveilleuses, Incroyables et Muscadins. Une d’entre elle est de demander quelles sont les différences entre les trois. Tous sont des jeunes gens aux manières précieuses, habillés avec soin et originalité, usant d’un langage et d’un style recherchés parfois affectés. On les retrouve dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et au tout début du XIXe. Leurs habits et leurs tournures ne sont donc pas toujours les mêmes. Ce qui les définit comme étant l’un ou l’autre, c’est avant tout le regard que les autres portent sur eux. Un Sans-culotte les traitera de ‘Muscadins’, terme souvent usité de façon péjorative pour accentuer leur côté « cocotte » (se parfumant exagérément au musc). ‘Petit-maître’ est plus employé de façon affectueuse, et le nom d’’Incroyable’ marque l’étonnement, voir l’enchantement. Une autre question posée régulièrement regarde les convictions politiques de ceux-ci pendant la période révolutionnaire. Cette jeunesse là rechigne à s’engager dans les armées de l’époque et à suivre les couleurs imposées. Elle a les siennes propres, comme le noir ou le vert, et leurs collets portant ces teintes sont l’objet de rixes avec les sans-culottes qui veulent les leur arracher. Avec la fin des Sans-culottes, l’ordre est représenté par les Muscadins. Leurs habits deviennent même ceux des militaires. Sous l’Empire, Napoléon lui-même porte des habits d’Incroyable, ainsi que certains de ses officiers et de son armée comme les immenses chapeaux « bicornes », les cravates hautes, les manteaux caractéristiques … La mode masculine des couvre-chefs gigantesques et très originaux du Premier Empire n’a aucun équivalent dans l’histoire de la mode des hommes ; même les hauts-de-forme du XIXe siècle font très pâle figure en comparaison. En résumé, avant 1789, les Incroyables et autres Muscadins n’affichent pas de couleurs politiques précises mais simplement leur différence. A la Révolution, acculés dans un monde violent et politisé ils cherchent soit à s’y soustraire, soit prennent une cause. Le fait est que beaucoup perdent des gens de leur famille dans cette tuerie. Leur collet noir est en signe de deuil et il leur est impossible de prendre partie pour ceux qui sont à l’origine de ces meurtres ou qui les soutiennent. Mais cela ne les empêche pas de savourer pleinement leur jeunesse et de s’amuser. A la fin de la Révolution, on organise des ‘Bals des victimes’ ouverts à ceux ayant perdu au moins un de leurs proches à la guillotine. Comme toujours en France, la Joie reprend le dessus avec des fêtes organisées jusque dans l’ancienne résidence parisienne de la marquise de Pompadour (l’actuel Palais de l’Elysée), achetée par la duchesse de Bourbon qui en 1797 loue le rez-de-chaussée à un négociant, qui pour à peu près une année (jusqu’à l’exil de la duchesse) le consacre à la danse et aux jeux. C’est à cette époque semble-t-il que l'hôtel prend le nom d'"Elysée" du lieu de promenade voisin.

undefinedLA MODE AU XVIIE SIECLE
GRAVURE DE MODE D'ABRAHAM BOSSE (1604 -1676). COURTISAN A SA TOILETTE. Les français du XVIIe siècle aiment s’habiller très élégamment, avec de nombreuses fioritures (dentelles, rubans …). Louis XIII publie plusieurs édits tentant d’imposer plus de sobriété dans les vêtements ; comme celui de 1633 qui défend aux sujets "de porter sur leur chemise, coulets, manchettes, coiffe et sur autre linge aucune découpure et broderie de fil d'or et d'argent, passements, dentelles, points coupés, manufacturés, tant de dedans que dehors le royaume". Abraham Bosse a illustré ce thème par une suite de trois estampes montrant combien ces édits sont impopulaires, et dont deux d’entres elles présentent une femme et un homme à leur toilette. Ici c’est "Le courtisan suivant l'Edit de l’année 1633" qui abandonne ses anciens vêtements, il constate en se regardant dans la glace : « Que ce m’est une chose étrange de remarquer combien me change cet habillement réformé ! Que j’ai de mal à m’en défendre, et qu’il me fâche de le prendre pour ne l’avoir accoutumé ! Je violente ma nature, me voyant en cette posture, et demeure tout interdit. Mais à quoi me sert cette plainte, si par raison ou par contrainte il faut obéir à l’édit ! Il est juste qu’on s’accommode au temps, au pays, à la mode, suivant le saint décret des lois, sans chercher de preuve plus ample que celle qui luit dans l’exemple de Louis le plus grand des Rois. » L’intérêt de cette estampe originale du XVIIe siècle se situe aussi dans la représentation d’un homme à sa toilette. De plus Abraham Bosse est à l’origine de nombreuses gravures ‘de mode’ de cette époque.
DAME A SA TOILETTE DU XVIIE SIECLE.
"La Dame suivant l'Edit" « Quoique j’ai assez de beauté pour assurer sans vanité qu’il n’est point de femme plus belle ; il semble pourtant à mes yeux qu’avec l’or et la dentelle je m’ajuste encore bien mieux. J’aime à porter tous les jours, ou le satin, ou le velours ; et ne connais point l’estime ; car je sais véritablement que l’on a toujours meilleure mine, quand on s’habille richement. Il me faut tourner néanmoins mon esprit à de nouveaux soins, en quittant la galanterie ; et désormais ne porter ni ‘poinct’ coupé ni broderie, ni tels ouvrages superflus. ». On remarque l’agencement de la table de toilette ; avec la toilette elle-même en dentelle sur laquelle sont posés un miroir et un sachet de senteur sur lequel la Dame pose sa main gauche. Cette estampe est d'Abraham Bosse (1604 -1676) et d’époque.
undefinedLA MODE DANS LE MERCURE GALANT. Mercure galant, Octobre 1678, Lyon, Thomas Amaulry. Les deux estampes de mode présentent dans cet ouvrage font partie des premières véritables gravures de mode dans une revue française. La mode du temps est décrite des pages 237 à 253, avec deux gravures : l’une avec un cavalier et une autre avec une dame, tous deux dans un « Habit d’Hiver » avec l’inscription de l’année en toutes lettres. Elles illustrent le texte qui comme d’habitude dans ce périodique est sous la forme d’une lettre adressée à une dame. On y parle de la mode qui sera dans le prochain hiver 1678. On en profite pour faire un peu de publicité pour des fabricants et marchands comme « Monsieur Gaultier de la Couronne Rue des Bourdonnois » ou « le Sieur Charlier » qui a « son Magasin à Paris Rue de la Coutellerie, au Cerceau d’or ». On décrit ensuite les gravures. Il s’agit là d’un document de premier ordre dans l’histoire des gravures et revues de modes. De plus, le Mercure galant (dont la première parution date de 1672) est le périodique des Modernes (Charles Perrault, Fontenelle …).
CAVALIER EN ECHARPE.
Il est galant déterminé. Jetant ses cheveux en arrière. Et prêt à fournir la Carrière dans un bal après le dîner. Chez I Bonnart, au Coq. Avec privilège du Roi. Gravure originale du XVIIe siècle.

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Récapitulatif de l’exposition Modes anciennes - suite -

undefinedLES ALMANACHS DE MODE. Au XVIIIe siècle, on voit fleurir une grande variété d’almanachs dont certains sont de formats particulièrement petits et dont beaucoup concernent la mode. Les coiffures fournissent les sujets les plus récurrents des gravures des ouvrages dédiés à la Mode.
undefinedSOUVENIR A LA HOLLANDAISE, enrichi de nouvelles coiffures les plus galantes, où se trouve celle de l’Insurgente, faisant suite à Almanach de Toilette, et au Bijou dédié aux Dames de bon goût, qui se vend séparément avec tablettes économiques, perte et gain, Paris, Desnos, 1783 (in-18 : 7 x 11 cm). Chaque coiffure est présentée par son nom et est suivie d’une chanson, puis sur une autre page d’un commentaire sur son appellation et d’une gravure très fine et coloriée la présentant sur une femme de buste, dans un médaillon au dessous duquel est indiqué le nom : Bonnet à la candeur, Bonnet dans le Costume Asiatique dit au mystère, Baigneuse d’un nouveau goût, Le Parterre galant, Toque lisse avec trois boucles détachées, Coiffure en crochets avec une échelle de boucles, Bonnet au Levant, Pouf d’un nouveau goût, Coiffure en rouleaux avec une boucle, Toque à l’Espagnolette, Chapeau tigré… Suivent des pages « pour écrire à chaque jour de la Semaine, ses Pensées, rendez-vous, Souvenirs, Etc. » et d’autres « pour écrire dans les intervalles de chaque jour du mois la Recette & Dépense de la Maison, la Perte & Gain, & à la fin se trouve une Table de Récapitulation pour chaque mois, & autres feuillets blancs pour écrire ses affaires particulières, & ce que l’on désirera, avec le Stylet adapté au Livret, qui en fait la fermeture. » Avec à la fin, le calendrier de l’année 1783. La reliure est dans son maroquin rouge d’origine, avec triple filet, dos orné, pièce de titre de maroquin vert et tranches dorées. Elle possède un emplacement en trois parties pour un stylet permettant de fermer le livre.
ALMANACH DE GOTHA. Délicieux petit almanach avec reliure en carton et parchemin et tranches dorées. Il contient des gravures et articles de mode. Almanac de Gotha contenant diverses connaissances curieuses et utiles pour l’année 1789, Gotha chez C. G. Ettinger. Page de titre suivie de quatre gravures de mode intitulées « Coiffures de Paris » (Coeffures de Paris) avec deux planches de modèles en bustes et deux planches de chapeaux : à la Theodore ; de velours noir ; à la Provençale ; avec aigrette esprit de plumes ; bonnette ; Pouf à la Tarare ; Coiffure simple ; Chapeau/bonnet à crénaux ; Bouffant et frisure en crochets ; Bonnet à grande gueule de Loup ... Cet almanach contient de nombreux articles dont plusieurs sur la mode : les pantoufles, les talons hauts, les perruques, la poudre à cheveux, le savon, l’art de tricoter, les gants ... Un autre propose de véritables publicités : « Monsieur Pain marchand – parfumeur à Paris a inventé pour la peau, une pâte liquide, ou une espèce de baume, qui la rend douce, & et n’est pas nuisible. » ; « Madame Tasse marchande de fard de la cour, demeurant à Paris rue Coquillère vend un fard rouge sans odeur, préparé avec [l’essence de Saquis ??] ; plante, dont les sultanes du sérail de Constantinople, usent de préférence. Un pot de ce fard coûte 12, 18, & même 30 livres ». L’Almanach de Gotha naît dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il contient des gravures et articles sur la mode jusqu’à la fin de ce siècle. Bien que publié en Allemagne, il est rédigé en Français avec des thèmes très parisiens jusqu’à la fin de sa publication en 1944. Le but de cet almanach est de lister les maisons régnantes, les branches cadettes … d’Europe.
undefinedLA TOILETTE. Le mot de « toilette » vient d’une petite toile, très fine, qui au Moyen-âge est employée pour envelopper les vêtements et les protéger des insectes et de la poussière. On y range aussi des objets divers, en particulier ceux dont une dame a besoin pour embellir son visage et ajuster sa coiffure. Les toilettes sont placées chaque soir dans des cassettes de nuit, puis déployées le matin. Au XVIIe, le sens du mot s’élargit pour définir l’ensemble des objets de la garniture. Cependant, on désigne toujours le même tissu par le nom de « toilette ». Ce serait au XVIIIe siècle que le terme désigne en plus le meuble sur lequel on place ce qui est nécessaire à se parer. On l’appelle aujourd’hui ‘table de toilette’ ou ‘coiffeuse’. Au XVIIIe siècle, les dames de qualité font deux toilettes : de propreté et d’apparat. L’une est intime. L’autre est mondaine car on y reçoit. La seconde toilette est un instant où on échange des billets doux, où on reçoit ses amants … ; on y accueille des marchands de rubans ou autres fournisseurs ... ; on se fait coiffer ...
DAME A SA TOILETTE. Gravure d'une femme à sa toilette. Livre du XVIIIe siècle. Sur la table divers éléments sont reconnaissables. Il y a la boîte à poudre avec la houppe, des boîtes (à mouches, à fard…), des petits pots couverts. Ces objets peuvent être en différentes matières précieuses comme l’or, l’argent, la porcelaine, la faïence, le verre, le cristal… Le miroir est toujours présent, parfois partiellement couvert d’un tissu. Derrière elle : le pot de chambre.
« L’HEUREUX MOMENT ». Cette estampe représente une dame à sa toilette accueillant son ami. Sa composition est particulièrement intéressante. La perspective n’est pas respectée ce qui donne un aspect très décoratif accentué par les volutes rococos du premier plan et le drapé. La table de toilette est mise en avant sur les personnages. Estampe du XVIIIe siècle d’A. Aveline (peut-être Pierre Alexandre Aveline - 1702-1760) d’après Nondon le Fils, éditée par Chereau au Coq (pour Paris chez Chereau rue St Jacques au Coq), avec Privilège du Roi (C. P. R.). J.-F. Chéreau (1732-1794) est un graveur et marchand d'estampes de Paris.
undefinedPOTS A FARD. Sur le tissu de toilette posé sur la table de nombreux objets sont disposés. Il y a le miroir évidemment, et puis d’autres ustensiles dont plusieurs pots. Ils sont généralement de formes cylindriques, plus ou moins grands, avec un couvercle muni d’une prise. Les pots à pommade contiennent des pommades de senteur (odoriférantes) pour les cheveux, le teint, le visage ou les lèvres... On fait usage de cires pour la barbe. Les pots à fard et les pots à onguent conservent leurs matières respectives. Ces deux pots couverts de toilette sont du XVIIIe siècle. Ils sont en porcelaine tendre de Saint-Cloud ou de Paris avec des décors de baldaquins typiques. La porcelaine du XVIIIe est particulièrement belle, délicate et raffinée.
EVENTAIL du XVIIIe siècle, papier et ivoire, avec une peinture représentant une dame assise devant sa table de toilette. On remarque à gauche une boîte à perruque ouverte posée sur une table. L’éventail est un objet d’élégance et d’expression. Sa manipulation est un langage. La façon de le tenir suit un phrasé dont les codes ne sont pas figés mais s’adaptent aux situations. Ce vocabulaire est subtil et surtout plaisant. Chaque parure, chaque mouvement, chaque trait de la parole, deviennent des messages : quelques regards équivoques, des gestes lascifs, un mouchoir qui tombe ... D’une manière générale le style est un verbe.
undefinedLE JARDIN DE TIVOLI est un des endroits où les gens à la mode comme les Merveilleuses et les Incroyables aiment à se retrouver. Il est l’œuvre d’un des fils du riche financier Boutin qui fait construire en 1766 ce parc sur 8 hectares vers l’actuel emplacement de la gare Saint-Lazare. Le nom lui est donné en référence aux jardins de Tivoli près de Rome ; mais on l’appelle aussi ‘ La Folie Boutin’. Il n’en reste rien aujourd’hui. Mais jusqu’au début du XIXe, on y trouve une multitude d’attractions. On y joue au jeu de bague, au tape-cul, on y boit, on y danse, on y croise des automates, on y applaudit des comédiens et des danseuses, on y assiste à des illuminations, on y fait des rencontres … Les deux gravures proposées ici proviennent de "Mode du Jour" et sont d'époque 1er Empire.
"LE JEU DU TAPE-CUL AU JARDIN DE TIVOLI".
"LES AMUSEMENTS DE LA BAGUE CHINOISE AU JARDIN DE TIVOLI".
undefinedUNE CANNE D'INCROYABLE. Partie centrale (fût) en racine torsadée piquée par des insectes.
LA REPONSE INCROYABLE. Les témoignages d’époque qui nous restent des Incroyables sont surtout des caricatures. Ici, c’est la façon dont ils utilisent des circonvolutions qui est raillée et les mœurs anciennes que symbolise ici l’Anglais habillé à la manière du XVIII e siècle avant que l’Antiquité devienne à la mode. L’absurde maniéré est une façon qu’utilisent ces Incroyables pour se démarquer et marquer leur univers en parfait décalage avec le commun. « LA REPONSE INCROYABLE 1. [l'Anglais (à droite)] Bon jour Mylord ! Je suis charmé de vous voir à Paris, comment vous portez-vous ? 2. [l'Incroyable] Je vous suis obligé de votre gracieuse demande, mais ne pouvant répondre de moi-même, je vais dépêcher un courrier à Londres ; et à son retour, je saurai la réponse que je dois vous faire. » Gravure sans doute de la fin du XVIIIe siècle. Depeuille officiait à cette époque.
undefined « CAFE DES INCROYABLES. Ma parole d’honneur ils le plaisante. 1797. » Gravure présentant un café où se réunissent des Incroyables en 1797. Le titre reprend une de leurs expressions récurrentes : « Ma parole d’honneur » ; et la suite est volontairement humoristique puisque le « ils le plaisante » est dans une orthographe sens dessus dessous faisant justement référence à leur façon de prononcer. Tous les Incroyables sont ici affublés d’une perruque blonde (ou d’une coupe ?) 'en oreilles de chien'. Certains portent des chapeaux qui sont de deux styles différents. Ils ont deux boucles d’oreilles rondes et assez grandes, une cravate qui couvre le menton, une culotte, des bas avec des motifs, des souliers pointus… Ils tiennent des cannes ; ont des lunettes, des faces-à-mains ou une lorgnette. Un garçon sert du café. Le décor est de style néo-classique et le dessinateur/graveur (qui a signé RLL) s’est représenté lui-même sur la droite dans l’ombre, avec son stylet. Les Incroyables s'amusent à se reluquer les uns les autres ou lorgner d’autres personnes extérieures à leur cercle. Leurs manières semblent élégantes et amusées. Leur façon de regarder d’une manière ostentatoire les autres est accentuée, presque caricaturée, par les postures et tous les objets qui leur servent à observer et avec lesquels ils jouent. Les Incroyables, sous le Directoire, sont des hommes qui affichent une recherche extraordinaire dans leur mise et leur langage. Ils prennent l’habitude de ne pas prononcer le "r". C'est ce qu'on appelle un 'garatisme' qui consiste en un grasseyement mis à la mode par le chanteur Garat. On prononce par la gorge certaines consonnes et en particulier les "r". Cette gravure est un document d’exception et rare sur les Incroyables, même si les Merveilleuses manquent au tableau.
L’EMBARRAS DES QUEUES. Ici Merveilleuses et Incroyables sont réunies dans cette estampe de Le Bon Genre du début du XIXe siècle intitulée « L’embarras des Queues. ». Elle représente deux Merveilleuses suivies de deux Incroyables s’étant pris, semble-t-il, leurs bâtons dans les traînes des élégantes. On remarque outre la panoplie caractéristique, les binocles-ciseaux à la taille de l’un des protagonistes qui sont des genres de faces-à-main (lunettes que l’on tient entre ses doigts) utilisées par les Merveilleuses et Incroyables. Le Bon Genre a été édité de 1800 à 1822, tout d’abord en 115 dessins humoristiques au format in-8° (d'à peu près 22 x 25 cm) commencés en avril 1800. En 1817 les 104 premières planches ont été rééditées.
undefinedLES MERVEILLEUSES ET L’ANTICOMANIE. Les Merveilleuses sont appelées de cette manière dès le milieu du dix-huitième siècle. Elles adoptent des modes excentriques, et après le 9-Thermidor (27 juillet 1794) et sous le Directoire (1795-1799) s'habillent de transparentes robes à l'antique, à la ceinture haute, avec de grands chapeaux à brides. Les vêtements ne sont plus amples pour les femmes ce qui leur donne des allures élancées. L'accoutrement est moins riche, beaucoup plus simple qu'auparavant. Le modèle de cette gravure du Journal des Dames et des Modes présenté ici a la tenue caractéristique antiquisante. Elle date de l’An 9 (1800) et le texte indique « Coiffure Antique ornée de Perles. Robe à taille longue ». La tunique est cintrée haut, comme c’est la mode à l’époque. Elle a des motifs en feuilles de chêne, alors que le châle lui a des fleurs et des feuilles d’acanthe.
CHAPEAUX DE MERVEILLEUSES. Gravure tirée d’une revue de modes de la fin du XVIIIe siècle ou du tout début du XIXe représentant des chapeaux de Merveilleuses rehaussés à l’aquarelle. Il s’agit là des couvre-chefs typiques des Merveilleuses de la fin du siècle qui ont de longues visières que certaines caricatures montrent disproportionnées.
undefinedLE DEBUT DES CHEVEUX COURTS
COIFFURE A LA VICTIME. Cette autre estampe du Journal des Dames et des Modes date de 1798 et est « dessinée d’après nature sur le Boulevard des Capucines. » La jeune fille a une « chevelure en porc-épic. Schall à Mouches. Rubans en Cothurnes. » Ce genre de coiffure aurait été institué en solidarité avec des condamnés à l’échafaud, cette coupe imitant celle de ces derniers ou dernières avant de passer à la guillotine. On lui donne alors le nom de « coiffure à la victime ». Les ‘bals des victimes’, ouverts à la fin de la Révolution à ceux ayant perdu au moins un de leurs proches à la guillotine, généralisent la mode des robes gréco-romaines et des cheveux ‘à la victime’ c'est-à-dire coupés au ras de la nuque à la manière de ceux exposés au couperet.
COIFFURE A LA TITUS. Les découvertes archéologiques du XVIIIe siècle mettent au goût du jour des coupes de cheveux courts appelées « coiffures à la Titus » du nom du fils de Brutus que l’acteur François-Joseph Talma (1763 - 1826) joue avec cette coupe qu’il garde en ville. Gravure du tout début du XIXe siècle intitulée : « Costume Français Habit à Grand Colet remontant. Cheveux à la Titus. »
  Nous n’avons fait ici qu’effleurer le sujet et présenter seulement une partie de notre collection qui est proposée à la vente. Les modes françaises du XVIIIe siècle et des siècles précédents nous offrent des trésors de finesse, de bon goût, de plaisir et d’inventivités à redécouvrir. En vous promenant maintenant sous les arcades du Palais-Royal vous retrouverez un écrin de finesse, d’exclusivité et d’ouverture unique. C’est là  qu’au XVIIe siècle la première Précieuse : la marquise de Rambouillet, tient salon ; que les modes qui se répandent dans tout l’Occident se font et que le « bon ton » est donné ; que parmi un imbroglio de gens de toutes sortes (des prostitués aux agioteurs [spéculateurs]) on trouve les plus belles dames de Paris et tout ce que l’élégance fait alors de mieux. Si au XVIIIe siècle Paris est le centre du monde, le centre de Paris est le Palais Royal !undefined

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L'Elégant au rendez-vous du Palais-Royal.

undefinedundefinedPhoto de gauche : Prise récemment dans les galeries du Palais Royal. La publication de photographies de monuments historiques est sujette à autorisations mais l'administratrice du Palais Royal a donné la sienne pour ce blog.

Photo  de droite : Gravure du XVIIIe siècle, rehaussée à l’aquarelle à l'époque, intitulée L'Elégant au rendez-vous du Palais Royal. La tenue de ce plaisant est presque entièrement mouchetée, dans un goût « léopard » à la mode à cette époque.

N’OUBLIEZ PAS DE VENIR A L’EXPOSITION QUI SE DEROULERA A PARTIR DU 23 AU 29 FEVRIER DE 15h A 18H DANS LA PETITE SALLE EN FACE DU RESTAURANT L’INC(R)OYABLE AU 26 RUE DE RICHELIEU.

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La Modernité

Lorsqu'on contemple des enluminures de manuscrits des XV ou XVe siècles représentant des scènes de la vie quotidienne, on est étonné par la diversité des accoutrements, des couleurs, des matières des tissus, des coupes qui réutilisées aujourd'hui témoigneraient d'une modernité certaine et seraient d’une grande nouveauté. La mode médiévale a subi d’importantes mutations au cours de ses mille ans, de même que la mode française en générale. Il suffit de comparer des vêtements utilisés d’un siècle à l’autre, ou d’une génération à une autre pour constater ces bouleversements. Mais plus passionnant encore est de découvrir à travers ces représentations, l’élégance, la finesse en mouvement, la créativité mise en œuvre et le jeu avec les éléments constitutifs de la mode et des belles manières. Les grands yeux noirs d’une petite maîtresse ou d’un petit maître au teint et cheveux blancs comme neige, aux joues et aux lèvres pourpres, aux habits exquis aux couleurs délicates mais éclatantes, parsemés de rubans, de dentelles, de tissus chatoyants et de nouvelles inventions, laissent présager de façons plus délicates que celles de danseuses ou danseurs classiques. Certains ressemblent à des poupées, n’existant que pour eux-mêmes, pour la seule énigme et vérité qu’est l’apparence, sans rien en moins, ni en plus, mais tout entièrement en elle et son rythme, en la beauté transcendante de la nature en son paroxysme. Les gravures qui m’inspirent ce texte je n’ai pas pu les avoir, et ne peux vous en montrer les photographies pour cause de droits. Mais j’espère plus tard vous dévoiler de ces petites maîtresses et petits-maîtres aux allures de poupées de chiffon, de fils d’or et d’argent … dont la vue de chacun vous ouvre le regard comme le ferait une toute nouvelle couleur jamais rencontrée par vos yeux et dont l’apparition a à voir avec de la féérie, celle qu’on donne en contes aux enfants et qui est l’âme même du monde.

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Le 26 rue de Richelieu où va se passer l’exposition et le Palais Royal.

L'exposition que nous allons présenter tous les jours du 23 au 30 février de 15h à 18h au passage Potier du 26 rue de Richelieu se situe certes dans une minuscule salle, mais dans un site chargé d'Histoire. undefinedTout d'abord c'est à côté du Palais Royal, lieu qui garde son mélange d'exclusif et  d’ouverture, un écrin de raffinement, une île de courtoisie et de paix longtemps le refuge de la Modernité et qui peut toujours l’être. Avant que Richelieu y construise son Palais, la Précieuse marquise de Rambouillet y a son hôtel et y fait salon. Au XVIIIe siècle, c’est la place de tous les plaisirs, des plus jolies filles, des dernières modes, des meilleures boutiques, des élégant(e)s… mais aussi un endroit de culture.  C’est à cette époque semble-t-il que la Bibliothèque du Roi s’installe rue de Richelieu. Son public s’élargit et les philosophes des Lumières y puisent une grande partie de leur inspiration.

LE 26 RUE DE RICHELIEU

Quand on travaille sur les antiquités, il est toujours nécessaire de se référer aux documents originaux et non pas aux informations de seconde-main qui donnent seulement des directions de recherches permettant d’aboutir aux sources d’époque. Voici cependant de nombreuses informations indirectes concernant le 26 Rue de Richelieu où va se dérouler l’exposition. Dans Wikipedia on peut lire : « En 1782, Antoine Beauvilliers, cuisinier du prince de Condé et officier de bouche du comte de Provence, reprend la formule de Boulanger et ouvre, dans un cadre raffiné, la « Grande Taverne de Londres », au 26 rue de Richelieu à Paris. Il propose aux clients de manger comme à Versailles. Le service des vins est fait en bouteille, comme à Londres, à la mode à cette époque. C'est là le premier véritable grand restaurant de Paris, qui restera pendant plus de vingt ans sans rival. ». Certains prétendent que c’est à cet endroit que Rose Bertin (la marchande de modes de Marie-Antoinette) ouvre une boutique ; d’autres disent qu’elle y habite ; d’autres que c’est la camériste de la Reine qui y loge. Il y aurait même dans la cave un faux puits, comblé par la suite, qui serait un passage secret allant jusqu’au Palais-Royal. Enfin voilà tout ce que les habitants du quartier nous apprennent.

LE PALAIS ROYAL

undefinedAutour du Palais-Royal il se dit encore beaucoup plus de choses. Mais sur ce sujet les documents originaux sont très nombreux. Il est certain que c’est un lieu à la mode au XVIIIe siècle. Le tome II du livre Tableau de Paris (nouvelle édition, Amsterdam 1783) a tout un chapitre consacré au ‘Palais-Royal’ (chapitre CLXII) dont voici un passage : « […] Là sont les filles, les courtisanes, les duchesses & les honnêtes femmes, & personne ne s’y trompe. Là, on se regarde avec une intrépidité qui n'est en usage dans le monde entier qu' à Paris, et à Paris même que dans le palais-royal : on parle haut, on se coudoie, on s' appelle, on nomme les femmes qui passent, leurs maris, leurs amans ; on les caractérise d'un mot ; on se rit presqu'au nez, et tout cela se fait sans offenser, sans vouloir humilier personne. On roule dans le tourbillon, on se prodigue les regards avec un abandon qui laisse toujours aux femmes le dernier : un peintre aurait tout le temps de saisir une figure, et de l'exprimer à l'aide du crayon. Je ne me pique pas d'être physionomiste ; j'ai fait mon tour d'allée plusieurs fois ; je n'ai songé alors qu'à voir les beautés qui y circulaient ... »

Photo 1 : "Jeune Elégant Se promenant aux Palais Royal pour fixer les Caprices de sa Soirée." Estampe gravée par Guyot (sans doute Laurent Guyot, 1756 - après 1806) d’après Watteau. Cette gravure représente un promeneur élégant du Palais Royal. Sa badine, sa cambrure, ses lunettes, son habit vert, les gros boutons … marquent une élégance de la fin du XVIIIe siècle et début du XIXe époque à laquelle cette estampe peut être datée.

Photo 2 : Mercier, Louis-Sébastien (1740-1814), Tableau de Paris, nouvelle édition, Amsterdam, 1783, tome II, 335 pages, 10x17cm. La publication de Tableau de Paris commence en 1781. Les mœurs parisiennes y sont décrites dans sept volumes et plus de mille chapitres. Le tome II relate entre autres les modes de Longchamp (chapitre CXXII), des revendeuses à la toilette (chapitre CLXVI), des coiffures (chapitre CLXVII), des parures (chapitre CLXVIII), des marchandes de modes (chapitre CLXXIII), des maîtres d’agréments (chapitre CLXXIV), des bijoux (chapitre CLXXVI.) , des promenades (chapitre CLXXVIII), de la mode (chapitre CLXXVI) et du palais-royal (chapitre CLXII).

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Petites-maîtresses et Petits-maîtres.

undefinedLa mode française offre des surprises de taille. Voir passer rapidement devant ses yeux lors d'une vente une gravure peinte d'un Petit-maître représenté avec une grâce particulière laisse l'impression magique d’un monde à redécouvrir, pourtant proche de nous puisque faisant partie de notre patrimoine et si loin de ce que nous sommes aujourd’hui. La gravure de la Petite-maîtresse que je présente ici est beaucoup plus anodine. Elle est de la fin du XVIIIe siècle ; est intitulée Petite Maitresse en Robe à la Polonaise de toile peinte garnie de mousseline, lisant une lettre, et fait 19,5 x 28 cm (empreinte du cuivre).
Mais qu’entendons-nous par petites maîtresses et petits-maîtres ? Voici quelques définitions de l’époque :

PETIT-MAITRE.
- " On appelle ainsi un jeune homme, qui se distingue par un air avantageux, par un ton décisif, par des manières libres et étourdies. " Le Dictionnaire de l'Académie Français, 5ème Edition, 1798.
- " Jeune homme, qui se distingue par un air avantageux, par des manières libres et étourdies.  L'origine de ce mot est le temps de la Fronde. "On avait appelé la cabale du Duc de Beaufort, celle des Importants, on appelait celle du Prince de Condé, le parti des Petits-Maîtres, parce qu'ils voulaient être les maîtres de l'État. Il n'est resté de tous ces troubles d'autres traces que ce nom de Petit-Maître, qu'on applique aujourd'hui à la jeunesse avantageuse et mal élevée. Siècle de Louis XIV. Un Petit-Maître, avec ses grimaces, est aussi loin du caractère d'un galant homme, qu'un faux dévot, avec son air sanctifié, est éloigné du caractère d'un homme véritablement religieux… Petite-maîtresse, femme, qui affecte les manières d'un petit-maitre.  Celui-ci est plus nouveau, parce que le ridicule qu'il représente est devenu depuis quelques années plus outré et plus commun. " Féraud, Jean-François, Dictionaire critique de la langue française. Marseille, Mossy, 1787-1788.

PETITE-MAITRESSE.
- " Il se dit d'une femme qui, relativement à son âge, a les mêmes ridicules que le petit-maître a dans le sien. " Le Dictionnaire de l'Académie Français, 5ème Edition, 1798.

Comme c’est souvent le cas concernant les élégants maniérés, les témoignages qui nous restent sont surtout des caricatures ou des critiques (voir les Précieuses ridicules de Molière ou les gravures caricaturant les Merveilleuses et les Incroyables à la fin du XVIIIe siècle). Voici une de ces critiques sous la forme du chapitre IV (pp. 29-38) intitulé ‘Des Petits-Maîtres’ du livre de François-Antoine Chevrier (1721-1762) : Les Ridicules du siècle (Londres, 1752). Passages (l'orthographe a parfois été modifié mais pas la ponctuation) : " Un jeune homme avait jadis la réputation de Petit-Maître, lorsque mis magnifiquement il savait se présenter avec aisance, ses discours, sans êtres solides, n’étaient qu’extraordinaires, & ses sentiments partagés entre le goût du public & la façon de penser, avaient un air de vérité sous le voile de la fausseté la mieux marquée ; d’ailleurs plus indiscret qu’indécent dans le propos, livré par goût & par usage à ce ton équivoque, qui annonce moins l’esprit que le désir d’en afficher, sa conversation était une rapsodie de jeux de mots usés, & de réflexions plus libres qu’ingénieuses ; tel était le Petit-Maître du vieux temps […]. Le Petit-Maître du siècle est un homme qui joint à une figure avantageuse, un goût varié pour les ajustements ; amateur de la parure, il doit marier agréablement l’agrément avec la magnificence ; esclave de la mode & des préjugés du jour, il n’est point asservi à ces mots usés, follement consacrés parmi nous, sous les noms de raison & de vertu ; copie exacte de la femme du grand monde, s’il diffère d’elle, ce n’est que par un supplément d’extravagances & de ridicules ; jaloux de plaire sans être amoureux, il cherche moins à être heureux que la gloire de le paraître ; constant dans ses écarts, léger dans ses goûts, ridicule par raison, frivole par usage, indolent à flatter, ardent à tout anéantir, ennemi du public qu’il voudrait cependant captiver rien à ses yeux n’est supportable que lui-même ; encore craint-il quelquefois de se voir sensé, dans l’appréhension de se trouver moins aimable. […] Il ne faut pas se persuader qu’avec toutes les qualités que je viens de détailler dans ce chapitre instructif, on soit en droit de s’annoncer comme Petits-Maîtres ; il y a encore deux attributs indispensables à désirer, la naissance & la jeunesse. […] Les Grâces, Petites-Maîtresses, ne sont pas de ces douairières pesantes, qui forcées de marcher avec symétrie, ne parlent que le compas à la main ; la vivacité, tranchons le mot, l’étourderie est leur apanage : aussi volubile dans le jargon, qu’inconsidéré dans le propos, un Petit-Maître ne doit jamais réfléchir, & il faut qu’il déraisonne constamment plutôt qu’il s’expose à ennuyer une minute […]. Un Petit-Maître qui dans les commencements de ses prospérités a vu deux ou trois femmes de réputation, de ces femmes nées pour donner de l’éclat à un personnage même ordinaire ; cet homme devient dès-lors possesseur de toutes les beautés […]. "undefined

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Les Macaronis.

undefinedundefinedundefinedCette estampe met en scène de façon à peine caricaturale les suiveurs femmes et hommes de la mode française de l'autre côté de la Manche. Le coiffeur représenté a la tournure caractéristique d’un Macaroni. En Angleterre on appelle ainsi les jeunes extravagants s’inspirant à leur manière des modes continentales : italiennes, françaises … d’où leur surnom. Quant aux dames, elles sont ici habillées à la façon du continent avec une haute chevelure assortie de divers ornements (des plumes), type de coiffure mise au goût du jour à Paris. Le tout est à peine caricaturé et subtilement amusant, car à cette époque cela se passe véritablement comme cela dans toute l’Europe qui suit le goût français : le coiffeur juché sur un tabouret, la servante tenant dans ses mains un panier rempli de fioritures prêtes à être ‘plantées’ sur la tête de la dame assise devant sa table de toilette. Le titre quant à lui n’est pas flatteur pour cette mode pourtant caractéristique du XVIIIe siècle : "The Preposterous Head Dress or the Feathered Lady", (« La coiffure absurde ou la dame emplumée »). La gravure date de 1776 (« "Pub by M Darly, 39 Strand March 20, 1776" »). Le nom de l’artiste 'Matthias Darly' est indiqué : caricaturiste, graveur et même designer de son époque (il dessine de nombreux meubles). Il a sa propre boutique à Londres au « 39 Strand March 20 ».

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L’Orange ou le Moderne Jugement de Pâris

undefinedEau-forte en vente au GRENIER DE VAUBAN 66210 Mont Louis 0468042198 christian.pecout@orange.fr

 

Aquatinte du début du XIXe siècle de Louis-Philibert Debucourt (1755-1832) dessinateur et sculpteur, de 44 x 33 cm. Cette gravure présente de jeunes gens jouant le jugement antique de Pâris. Au lieu d’une pomme d’or sur laquelle est marquée « à la plus belle », c’est une orange qui est offerte à la gagnante. C’est un ‘Incroyable’ aux cheveux courts « à la Titus » (voir article du 12 novembre 2007 : Le Journal des Dames et des Modes) qui joue le rôle de Pâris et trois Merveilleuses ceux d’Héra, Athéna et Aphrodite. La mode des cheveux courts apparaît à la fin du XVIIIe siècle chez les jeunes gens, avec la mode de l’Antique. Petit à petit les longues coiffures des hommes avec leurs nattes, leurs peignes et leurs rubans disparaissent, et avec elles les perruques. Certains Romantiques cependant  s’affichent ‘Nouvelle France’ avec des cheveux longs.

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Les Précieuses et les femmes de lettres.

undefinedC’est en réaction aux mœurs grossières de la cour d'Henri quatre et au laisser-aller ambiant, que la délicatesse du dix-septième siècle trouve refuge chez des dames de qualité qui entreprennent de raffiner les manières et le langage. On se rassemble dans la chambre d'une de ces instigatrices. Les femmes et les hommes qui lui rendent visite s'assoient autour d'elle, dans l'espace appelé "la ruelle", entre le mur et le lit où leur hôtesse les reçoit. Cette habitude d'accueillir chez soi un public choisi et d'embellir ainsi sa pensée se nomme "tenir" ou "faire" salon. Au début du dix-septième siècle, ceux qui savent briller par leur esprit aiment à se retrouver dans la chambre bleue de l'Hôtel de Rambouillet (vers 1608-1648) situé dans l’actuel Palais Royal. Vincent Voiture en particulier est le grand animateur de ce salon. On y rencontre Malherbe, Mme de Sévigné, Vaugelas, Madame de La Fayette, Guez de Balzac, Corneille… Les habitués excluent toute pédanterie et admirent les belles pensées sans prétention. Au salon de Rambouillet succède celui de Mlle de Scudéry. Modeste logis comparé aux autres hôtels particuliers du Marais, il réunit tous les samedis de la seconde moitié du siècle ce que compte Paris de femmes et d'hommes de lettres. Plutôt tournés vers la littérature, les habitués continuent la tradition des romans fleuves avec pour référence L'Astrée d'Honoré d'Urfé. Mlle de Scudéry publie La Clélie où se déploie la fameuse "Carte du Tendre". D'autres salons parisiens sont moins célèbres car moins fréquentés et moins mondains. Des deux hôtels de Nevers établis sur les rives de la Seine, le premier est tenu par la comtesse du Plessis-Guénégaud et est ardemment attaché à Fouquet. Citons les salons bourgeois comme celui de Mme Scarron et les cercles aristocratiques de Mme de Sablé et de Mme de Sully. 

Le "calendrier des ruelles" indique les jours de réception. Dans les salons, se développe principalement l'art de la conversation. Elle doit être libre, enjouée,  naturelle, légère, honnête. Ce terme s'applique aussi bien au comportement, à l'intelligence, à l'élégance des manières, qu'aux agréments de l'esprit. L'honnêteté s'exprime dans le raffinement des mœurs et la justesse du goût. C'est une manière de penser imprégnée de délicatesse étrangère à toute pédanterie. On y discourt aussi bien des subtilités de l'amour que de problèmes grammaticaux. La littérature est un des sujets privilégiés. On converse sur des ouvrages. Leurs auteurs viennent  les lire. On organise des concours de poésie... Le thème de discussion privilégié est l'amour : "L'amour et le mariage sont-ils compatibles ?", "Quel est l'effet de l'absence en amour ?". Les termes réalistes qui éveillent des images insupportables sont éliminés : vomir, balai, rhume, se marier... Ils sont remplacés par des périphrases : "être d'une humeur communicative", "laisser mourir la conversation". Le miroir est le "conseiller des grâces". Les pieds sont les "chers souffrants", les sièges les "commodités de la conversation"... De nouveaux mots sont créés comme obscénité, incontestable, enthousiasme... On en défend certains face à l'Académie : "car". De ce mouvement fleurit une nouvelle sensibilité littéraire qui a contribué à la formation de la langue française. Le goût ‘frustre’ de l'aristocratie de l'époque est remplacé par des comportements et des langages raffinés. La gente féminine a joué un grand rôle dans cet épanouissement. La Précieuse revendique des droits pour la femme. Elle oppose à l'amour vulgaire et charnel, l'amour épuré, la "tendre amitié", librement consentie. Elle met à la mode le premier type de "femme d'esprit", hostile au mariage. Elle préfère le flirt ; propose le mariage à l'essai reconductible chaque année.

undefinedDerrière l’histoire de ces Précieuses du XVIIe siècle caricaturées par certains comme Molière et parfois caricaturales, se cache une vérité très profonde de la culture protégée dans l’histoire par de grands mécènes français femmes et hommes ayant un véritable amour des arts et le savourant avec un extrême brio. Parmi ces esthètes sont des dames rassemblant autour d’elles tout ce qu’il y a de plus fin. Aliénor d’Aquitaine (née vers 1122), est un des plus grands protecteurs des arts du XIIe siècle et de ses poètes les troubadours (les « trouveurs » des rimes les plus délicates). Elle est la petite fille de Guilhem IX (1071-1126), duc d’Aquitaine et sixième comte de Poitiers, considéré comme le premier troubadour (poète de l’art courtois, de la fin’amor : amour fin) et le premier écrivain de l’Europe médiévale à s’exprimer en langue vulgaire. Elle est aussi la mère de l’un d’entre eux Richard Cœur de Lion. Marie de Champagne (1174-1204) en est un autre exemple. Elle convie autour d’elle des artistes célèbres comme Chrétien de Troyes en particulier connu pour ses romans arthuriens… D’autres femmes contribuent à ce foisonnement et cela surtout jusqu’à la fin du XVIIIe siècle avec les salons qui sont des réminiscences de pratiques antiques (banquets, dialogues…) redécouvertes à la Renaissance mais aussi propagées par le Moyen-âge. C’est ainsi qu’il est de bon ton au XVIIe siècle de s’affubler de noms antiques comme dans l’exemple de la photo 1 où Jean-Louis Guez de Balzac (1597-1654) s’adresse à la Précieuse Marquise de Rambouillet dont il côtoie le salon, en s’appelant lui-même « le Romain » (Les Oeuvres diverses du Sieur de Balzac. Seconde édition, Paris, P. Rocolet, 1646, in-4). Mais on sait aussi puiser dans une culture moins lointaine et même d’en inventer une nouvelle. Ces manières ressurgissent à la Renaissance avec des regroupements, souvent animés par des femmes, comme celle de la photographie 2 qui préfigure la Précieuse, femme d'esprit et de lettres. Il s’agit d’une petite gravure (10 x 14 cm) du XVIIe siècle provenant sans doute d’un livre, représentant un portrait de buste de Sibille de Sève (XVIe siècle) sous lequel est inscrit : « Mademoiselle Sibille de Scève, Lyonnaise excellente en l’art poétique et rareté d’esprit » (Mamoiselle Sibille de Seve Lionoise Excellente en l’art Poetique et rareté D’esprit). Sibylle Scève est une poétesse et intellectuelle lyonnaise, parente (peut-être la sœur) de Claudine et du célèbre écrivain Maurice Scève (1501-1564) qui est le représentant avec Louise Charlin Perrin Labé (vers 1525-1566), appelée aussi La Belle Cordière, de ce qu’on nomme aujourd’hui l’école Lyonnaise qui comprend entre autres Claude de Taillemont, Charles Fontaine, Pontus de Tyard et de nombreuses femmes comme Jeanne Gaillarde, Christine de Pisan, Pernette du Guillet, Clémence de Bourges, Claudine et Sibylle Scève, sans compter les visiteurs occasionnels comme Clément Marot, Melin de Saint-Gelais, avec probablement Bonaventure des Périers et Rabelais.

Après la pièce de Molière Les Précieuses ridicules, les Précieuses se font plus rares. Cependant d’autres femmes font salons et s’entourent de beaux esprits pendant que les Petites-maîtresses et les Petits-maîtres dont nous allons parler dans un prochain article restent maniérés, avec certains tout particulièrement incroyables.

Depuis l’Antiquité, un savoir humaniste et courtois, plein de finesse, d’amour et de sagesse, se rassemble dans des cercles d’une richesse inouïe, remplis de résurgences de savoirs anciens et de découvertes nouvelles, de connaissances et de créations. Dans chacun d’entre eux s’invente un nouveau monde à la manière des Trouvères qui trouvent de nouvelles rimes. Avec eux la langue se rénove, les manières changent, la modernité toujours renouvelée se répand. Il y a un dicton qui dit que la seule chose qui ne change pas c’est le changement. La Modernité est la matérialisation de cela !

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Fauteuils et styles du 18eme siècle

Dans l’histoire des arts décoratifs du siège, le fauteuil Louis XV occupe une place de choix, peut-être la première. Tout à la fois objet de majesté et mobilier courant, il allie l’esthétisme à la commodité et au plaisir. Les fauteuils du XVIIIe siècle sont des objets d’un grand raffinement, de formes élégantes, pratiques et confortables, et les témoins de la dextérité des ébénistes qui répandent leur savoir-faire de Versailles aux petites demeures bourgeoises avec une véritable grâce et un esprit d’atelier et de compagnonnage. A cette époque, on distingue différentes sortes de fauteuils comme le cabriolet, la bergère, la marquise, la duchesse ou le fauteuil à la Reine. Le cabriolet est peut-être le plus commun. Ses accotoirs sont ajourés contrairement à ceux pleins de la bergère. Il se manipule plus facilement à travers une pièce. Son dossier est concave quand celui du fauteuil à la Reine  est droit car destiné à être appuyé à un mur. Au fur et à mesure de l’évolution des modes et des besoins, les ébénistes du XVIIIe siècle inventent de nouvelles subtilités. Ces styles suivent plus ou moins les périodes du règne de Louis XIV (1643-1715), de la Régence (1715-1723), du règne de Louis XV (1722-1774), de celui de Louis XVI (1774-1792), du Directoire (1795-1799). Le style Louis XIV dure de 1661 à 1715 avec deux périodes distinctes. La seconde se déroulant de 1700 à 1715 garde un certain côté de l’ostentation de la première mais en y ajoutant peut-être plus de grâce, de légèreté et de futilité. Le style Régence (vers 1715-1723) fait la transition entre celui qui le précède et celui qui lui succède, c'est-à-dire le style Louis XV (env. de 1730 à 1760) qui met en scène tout le savoir-faire des ébénistes. Ceux-ci, non seulement maitrisent leur art, apportent des innovations, mais inventent de nouvelles formes. Ils s’inscrivent dans un véritable renouveau des arts décoratifs. C’est la période Rocaille. Les formes ondulent. Les nouvelles découvertes archéologiques notamment de Pompéi et d’Herculanum inspirent plus de rigidité, de dépouillement au style Louis XVI qui occupe à peu près de 1760 à 1790. L’Anticomanie se poursuit en particulier dans le style Directoire ‘grecquisant’ qui se déploie d’environ 1785 à 1800.

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Le Chiffre, le Signe et le Verbe.

undefinedPhoto : Bergère inscrivant le Chiffre d'Amour sur un arbre (voir description plus loin).

Le chiffre est un symbole (ou plutôt un logogramme) associé le plus souvent à une valeur numérique, mais pas seulement. Le symbole implique une convention et donc sa connaissance, d'où le caractère plus ou moins secret de certains chiffres qui prennent l’apparence d'un langage spécifique s'adressant à des initiés. L'Alchimie utilise une écriture chiffrée. Le soufre est le chiffre du feu etc. Les chiffres agissent à la façon de ceux représentés dans le livre de magie appelé aussi grimoire, altération du mot grammaire. Le Verbe et sa grammaire sont en effet témoins de vie. Un autre mot appartient à la même famille que ‘grammaire’ et ‘grimoire’, c’est ‘grimace’. Son origine est le mot francique (de la tribu des Francs) grîma signifiant « masque ». Le masque est porteur de grammaire, de signification et d’action (voir article du 17 décembre 2007 sur Le théâtre antique et les conventions … classiques …). On peut le comparer à un chiffre car comme lui il imite, symbolise, représente. Si un chiffre en tant que valeur numérique sert pour appréhender, comprendre et agir, il en est de même pour les autres chiffres et le masque (surtout dans le cadre de rituels pour ce dernier). Le terme de ‘chiffres’ est utilisé en musique pour représenter des notes sous la forme de lettres ou de nombres, ou indiquer des accords. De même, par ce mot on entend (cela est attesté au moins depuis le XVIe siècle par chyfres) les lettres initiales des prénoms et du nom d’une personne. Ainsi retrouve-t-on nombre de ceux-ci inscrits dans divers endroits (reliures de livres, frontons, vaisselle …) afin de signifier la personne même et dans le cas des objets, à qui ils appartiennent. Les pythagoriciens donnent aux chiffres comme valeur numérique une action. Ils permettent de « parler » de la divinité, de choses difficilement explicables. Plusieurs écoles philosophiques de l’Antiquité les utilisent pour expliquer l’Un en le divisant etc., afin de signifier le Cosmos dans son entier et les rythmes qui sont impliqués, la musique qui en découle, celle du nombre, des rythmes imités dans la parole, les chants, les danses … mais nous verrons cela dans un autre article.

De nombreuses théories sous-tendent que nous sommes entourés de signes, comme celle ‘des signatures’ en botanique élaborée de façon « officielle » (par écrit) au IIe siècle après J.-C. par le médecin grec Claude Galien (131-201). Ne dit-on pas que la Nature est un livre ouvert ? Dans ce cas les signes sont des êtres vivants (ou des choses) ou des parties de ceux-ci. Ils font référence à une vérité ou à la probabilité de celle-ci et à sa manifestation, ou bien à une imagination créatrice . Ils peuvent représenter quelque chose sous une forme ou une autre (dessin, son, couleur, geste…) par similitudes ou conventions. Au terme ‘signe’ sont associés dans la langue française ceux de  : signification, signifiant, signifié, signature, signal etc. Les couleurs, formes, symboles, signes … ont leurs significations qui varient selon les sociétés. En Chine, le jaune est réservé à l’Empereur. En France, certaines familles ont toujours leurs couleurs, leurs armoiries … Rien n’empêche une personne de posséder les siennes. Le blason a valeur d’énoncé, de langage, avec sa science : l’héraldique. Ces emblèmes peuvent être utilisés d’une manière raffinée. Ils marquent l’indépendance de chaque famille, maison, région, pays, parfois d’une seule personne … D’autres signes ont valeur de formulation : ceux d’une tenue vestimentaire ou qu’on affiche autour de soi. A la Révolution, la cravate et le collet noirs (couleur portée en signe de deuil en mémoire des victimes) ou verts des Incroyables suscitent des réactions violentes de la part de certains révolutionnaires qui les leur arrachent. Ceux qui ne portent pas la cocarde d’abord bicolore puis tricolore peuvent être punis de prison. Et lorsque certains la manipulent pour la rendre discrète et plus élégante, ils sont rappelés à l’ordre. Pourtant ces trois couleurs ne sont pas contre la royauté puisque le bleu et le rouge sont celles de Paris, et le blanc celle du Roi, de la France et du royaume.  

Les tapisseries de La Dame à la Licorne, du XVe siècle et conservées au Musée national du Moyen-âge (Thermes et Hôtel de Cluny) à Paris, proposent de magnifiques exemples de symboles assemblés d’une façon particulièrement harmonieuse dans la pure tradition courtoise. On y retrouve armoiries, bestiaire, plantes, gestes, postures, vêtements …, agencés en tableaux allégoriques d’une grande finesse d’exécution et de langage. Cela peut nécessiter un déchiffrage. A ceux pour qui l’entreprise semble trop grande, qu’ils fassent comme les mélomanes qui apprécient certaines musiques profondément sans savoir pourquoi ou certains poètes inspirés par la Muse qui écrivent en suivant une grammaire élaborée mais comme de façon fortuite, comme guidés par la divinité et ceux qui se laisseront aimer leur chant … se laisser séduire, accepter la convention d’Amour, sa cour toujours renouvelée, en sachant relativiser en connaissance de la mesure de soi-même. En Asie, il y a une pratique dont les tibétains sont passés maîtres : le mandala, dont le terme provenant du sanskrit signifie cercle. Il est le plus souvent employé pour représenter et entrer dans le palais d’une divinité et servir de support de méditation. Il symbolise la plupart du temps un environnement sous une forme symbolique pouvant être considéré comme protecteur. 

Dans tous les cas, ces symboles sont l’expression d’une relation avec le monde, l’entourage, des moyens de s’affirmer, de créer, de recevoir … de communiquer … Dans un prochain article nous parlerons plus spécifiquement de la langue française.

Photo : Bergère, habillée à l’antique et parée de couronnes de fleurs, inscrivant le Chiffre d’Amour sur un arbre. Elle tient de la main droite sa houlette (bâton de berger) et de la gauche un ‘crayon’. Près d’elle se trouve son troupeau de moutons et à ses pieds coule un ruisseau. Frontispice d’Idylles et Poèmes champêtres, de M. Gessner, traduits de l'allemand par M. Huber, Lyon, chez Jean-Marie Bruyset, 1762. Format in-8°. Cette estampe est gravée par Claude Henri Watelet (1718-1786) d’après Poussin.

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Les livres de poche du 18ème siècle

undefinedAu 18ème siècle, on imprimundefinede des livres dans toutes les grandeurs : du volumineux in-folio à l'ouvrage miniature. Dans la préface de l'Almanach des gens d’esprit de l'année 1762, l'auteur écrit que : « Tout est aujourd'hui réduit en Dictionnaires, en Journaux & en almanachs. ». Le mot « réduit » est très approprié, car il s'agit de petits ouvrages très en vogue alors et qui ne se résument pas à ces trois types.

LES ALMANACHS sont des exemples de livres de poche publiés à cette époque. Leurs formats varient du in-18° à l’in-64°. Certains ne feraient que 1,5 cm de haut. Ils sont fabriqués pour être portés sur soi. Ils s’adressent à tous les publics et peuvent être tirés jusqu’à 50 000 exemplaires. Les reliures sont parfois admirablement ouvragées ou très simples, mais toujours charmantes : avec de jolies et élégantes couleurs ou très fines comme sur l’exemple exposé dans l’article du 2 octobre 2007 intitulé : Les almanachs de mode du 18ème siècle. Certains de ces ouvrages ont des dorures historiées sur les plats en cuir ou de fines broderies etc. Parfois ils sont vendus avec un étui pour les contenir.

undefinedLES CAZIN. Les in-12° et in-16° sont des formats très fréquents. Ils sont plus petits que ceux des livres de poche actuels. Hubert-Martin Cazin (1724-1795) est l’éditeur qui représente le mieux alors l’épanouissement des publications ‘de poche’. Son nom est associé à ces formats dont il est l’un des propagateurs. Si les Cazin sont petits c’est aussi parce qu’ils sont souvent vendus en catimini car leur contenu est parfois prohibé. En 1754, l’éditeur est interdit de pratiquer son métier de marchand libraire. Il continue cependant, puis de Reims s’installe à Paris à diverses adresses successives. Les lieux d’édition ne sont pas indiqués (photo 1) dans ses ouvrages ou bien le plus souvent à l’étranger comme Londres (photo 4) ou Genève (photos 2 et 3) bien qu’ils soient produits en France, ceci afin d’éviter les saisies, amendes et emprisonnements dont l’éditeur est parfois la victime. Son travail d’édition ne se résume pas à des écrits licencieux ou légèrement érotiques comme dans les quatre exemples que nous proposons. Il publie une collection conséquente et fine d’auteurs dans des livres variant du petit in-12° au in-18° donnant ainsi son nom à ce genre de petits formats du 18ème siècle.

 

La démocratisation du livre de poche ne date donc pas du 20ème siècle. Elle est sans doute au 18ème un des facteurs favorisant la divulgation des idées des Lumières puis de la propagande révolutionnaire.

 
 

undefinedPhoto 1 : Léonard, Nicolas Germain (1744-1793), Idylles et Poëmes champêtres, sans date ni mention d'imprimeur, mais de la fin du XVIIIe siècle. Format Cazin. 7 x 12,5 cm. Reliure de l’époque. Jolie page de titre/frontispice. Ce livre contient de nombreuses Idylles et d’autres poèmes de M. Léonard comme Le temple de Gnyde. Le temple de Gnide est celui de la volupté.

 

Photo 2 : Dorat, Claude-Joseph (1734-1780), Les Baisers, suivis du Mois de Mai, Poëme, Genève (Paris, Cazin), 1777, in-18° (12 x 7 cm). Frontispice de C. P. Marillier (1740-1808) gravé par N. de Launay (1739-1792) représentant dans un décor champêtre une jeune fille couronnant un poète de roses, avec le texte : « Il faut des Couronnes de roses A qui peignit l’Amour et chanta les baisers. 20 ème Baiser ». Vignettes, fleurons, culs-de-lampe illustrent le corps de l’ouvrage. La première édition de Les Baisers est un in-8° de 1770, chez Lambert et Delalain.

 

Photo 3 : Autre édition Cazin de la même oeuvre mais avec un frontispice différent. Dorat, Claude-Joseph (1734-1780), Les Baisers, suivis du Mois de Mai, Poëme, Genève (Paris, Cazin), 1777, de 7 x 12 cm. Frontispice : « Sans vous, à quoi sert le bel âge ? » représentant des putti formant des couples s’embrassant dans un décor rococo. Cette édition contient aussi Joannis secundi hagiensis Basia et Imitations de plusieurs poètes latins (poésies érotiques).166 pages. 

 

Photo 4 : Piis, Pierre-Antoine-Augustin chevalier de (1755-1832), Contes Nouveaux en Vers et Poésies fugitives, édition Cazin indiquée Londres pour Paris, 1781, complet en deux parties. Dimensions : 7,5 x 13 cm. Il s’agit sans doute de la première édition. Cette édition originale est particulièrement jolie du fait de deux fines gravures, l’une servant de page de titre du recueil en deux parties, et l’autre de suite de celui-ci. La première représente une jeune femme prenant la place d’un rémouleur allongé sur le sol. Elle aiguise des ciseaux sur une meule rafraîchie par de l’eau ; et au dessous le texte indique : « L’eau tombe goutte à goutte, et les Ciseaux de Lise Rasant la meule en feu s’aiguisent à sa guise. » Le thème est éminemment érotique puisque c’est du jeune homme qu’elle s’occupe en vérité. Il est amusant de noter qu’ici celui-ci est représenté languissant, foudroyé par l’Amour avec qui la jeune fille gambade gaiement sur l’autre gravure. Les contes et les poésies présentées dans cet ouvrage sont plus espiègles que licencieuses. Notons le dialogue légèrement érotique ‘d’une petite maîtresse et d’un abbé’ (pp. 285-288) où celui-ci essaie de soudoyer une élégante qui se laisse convaincre mais devant sa maladresse le renvoie au jour où il aura acquis plus d’expérience. Un conte met en scène une perruque : ’La perruque perdue’ (pp. 31-33). Un autre intitulé ‘La délicatesse à la mode’ (p.27) montre un jeune homme qui voyant que la jeune fille qu’il convoite acquiesce, devient grossier au grand dame de sa promise qui rechigne. L’indélicat invoque l’amour et peut faire alors ce qu’il ne peut dire. Ainsi au XVIIIe siècle, la mode est à la délicatesse tout en étant à la liberté voir au libertinage.

 

undefinedLivre/almanach (format in-12) contenant un calendrier (6 pages), un conte érotique (36 pages), 12 pages pour noter les pertes et les gains de son propriétaire, illustré de 4 jolies gravures à pleine page offrant différentes nudités. L'Asile des Grâces, Etrennes aux jolies femmes de Paris. Par un Parisien de quelques Académies, Paris, chez les Marchands de Nouveautés, sans date (la Bibliothèque nationale possède un exemplaire du conte, daté de 1785, édité par Jean-François Royez vers 1757-1823 : « A Cythère, et se trouve à Paris, chez Royez. M.DCC.LXXXV »). Ouvrage rare, inconnu à Grand-Carteret et à Cohen. Reliure plein maroquin rouge du XIXe siècle, dos à nerfs, dentelle intérieure et tranches dorées. Retrouvez ce livre à la LIBRAIRIE STANISLAS FOURQUIER, au 40 rue Gay Lussac à Paris dans le 5ème arrondissement près du Jardin du Luxembourg, et bien d’autres ouvrages sur les sites www.photolivre.com et http://stores.ebay.fr/0-livres-photos

 

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Les Vierges à l'enfant médiévales.

undefinedundefinedLe culte de la Vierge à l'enfant a sans doute pour origine celui de la Mère primordiale. Elle est vierge puisqu'il n'existe personne avant elle. La figure de la Dame et de l'enfantement est aussi liée à la terre, la naissance, l'amour, le patrimoine aussi bien du sol que de l'esprit … Une personne a écrit (la référence n'a pas été notée) qu'autrefois, quelqu'un qui adorait la Vierge de son village, en découvrant celle d'autres églises plus lointaines ne la reconnaissait pas obligatoirement et la voyait comme une figure autre. La représentation médiévale de la Vierge à l'enfant est donc tout à la fois récurrente dans tout l’Occident chrétien (et au-delà) et particulière à chaque région, communauté, et même vie. A cela s’ajoute en France un culte de la Dame qui fut remplacé semble-t-il seulement à partir du XIIe siècle par celui de Marie. Les oeuvres d’art médiévales authentiques représentant ‘Marie’ seule ou avec un enfant sont donc des témoignages sans commune mesure ; et leur caractère parfois rustique n’enlève rien à leur valeur, au contraire ! Encore faut-il retrouver au fin fond de son âme la vue permettant de voir ce trésor, cette beauté qui n’est pas toujours directement visible ! Ces images gardent en elles la richesse la plus précieuse de ceux qui les aimaient et communiaient autour !
On retrouve les deux oeuvres d'art photographiées et d'autres exemples de ces iconographies sur le site de l’antiquaire belge De Backker spécialisé en art médiéval :

www.debackker.be

Photo 1 : Petite statuette du Nord de la France de 1340-1360, représentant une Vierge à l’enfant dans une niche gothique.
Photo 2 : Petite tablette d’écriture de vers 1340, d’Ile-de-France, avec la scène de l’Annonciation et celle de l’Adoration des Mages.

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Le théâtre antique et les conventions … classiques …

masquesetmascarades700.jpgLe théâtre occupe une place très importante dans la société antique gréco-romaine. Il suffit de constater l’espace qu'occupent les odéons et théâtres dans les villes exhumées pour s'en rendre compte. Ces édifices sont toujours présents dans la moindre petite cité et sont parmi les plus grands. C’est que le théâtre est un élément fort de cette communauté, non seulement parce qu'il apporte la distraction indispensable ; mais aussi parce qu'il permet avec habileté d'enseigner la langue, la philosophie etc. et d'inculquer un esprit civil aux plus rustres d'entre les citoyens. D'abord il est un lieu de libertés et de plaisirs où s'opère la catharsis, c'est-à-dire la purgation des émotions (des passions) et des travers de chacun qu’ils soient comiques ou tragiques. Ensuite il rassemble autour de rythmes communs qui deviennent des supports d’éducation et de comportements. Le maître d’école et le tuteur instruisent sur la langue grecque ou latine à travers des textes de théâtre ; l’homme politique s’entraine à la rhétorique en apprenant des pièces, en mimant les acteurs, en écrivant et déclamant en public de nouvelles compositions dramatiques. Cet enseignement, tous peuvent y avoir accès à travers la simple distraction qu’est le théâtre, qui tout en étant didactique, civilise et apporte le plaisir : une des principales clés du rythme (comme nous le verrons dans un autre article, ce sont avant tout les rythmes qui sont à la base de la Culture). L’auteur romain Térence qui s’inspire de la comédie grecque a servi ainsi non seulement durant l’Antiquité mais aussi pendant tout le Moyen-âge jusqu’au 19e siècle comme source d’apprentissage du latin et parfois même de la rhétorique. Il est particulièrement réputé pour la finesse de sa langue et de ses textes.

La représentation des rôles comiques, telle qu’on la trouve dans la gravure du 18e siècle de la photographie de cet article, suit une tradition qui remonte à l’époque même de Térence et qui s’est transmise fidèlement pendant toute l’Antiquité et à travers les manuscrits médiévaux illustrés de l’auteur comique comme le manuscrit latin 3868 de la Bibliothèque du Vatican (IXe s.), le manuscrit latin 7899 de la Bibliothèque nationale de France (IXe s.),  le ms. 7900 (IXe s.), et tous ceux qui sont copiés par la suite dans les principaux centres culturels (souvent monastiques) médiévaux. L’estampe de la photo copie ces images ou une de leurs transmissions, avec les positions typiques (le gestus du comédien et de l’orateur), les habits et les masques qui se confondent avec le temps aux visages. Dans la Comédie antique, tous les masques sont caricaturaux sauf ceux des jeunes gens qui le sont à peine et souvent très fins (alors que les autres sont très grossiers), mais dont les personnages sont pourtant la cible de tous les autres ! Dans un prochain article nous parlerons plus particulièrement de l’importance du masque et de certaines de ses significations.

Comme le théâtre qui met en scène des règles admises, la Culture est un système de conventions. L’Antiquité en a conscience, de même que le Moyen-âge lettré. Malgré ce que l’on peut dire, le théâtre ne quitte pas cette période d’une immense richesse culturelle. Au contraire, il retrouve son origine même, avec ses chœurs et son autel qui au demeurant n’abandonnent jamais le théâtre antique. Au risque de peut-être choquer certains et en ayant conscience que toute vision des choses est parcellaire et erronée, on peut se risquer à dire que le théâtre s’installe dans le temple même : l’église. On y joue la passion du Christ, aussi celle des hommes, et en particulier à travers le simulacre d’anthropophagie la catharsis nécessaire à la résurrection des âmes pécheresses. C’est ainsi que le théâtre antique banni par la chrétienté, renaît dans l’église, s’organise en elle avec des jeux mettant en scène des personnages dont certains sont masqués, pour sortir ensuite de l’édifice religieux et être joués sur son parvis, puis dans des théâtres en cercle, mettant en scène toute la cosmographie chrétienne avec son enfer, son paradis … et ses mystères : tel celui de la ‘passion’ du christ ainsi dénommée dès l’origine.

Mais si le Moyen-âge conserve des pratiques religieuses héritées de l’Antiquité et même rejoue l’origine du théâtre, les représentations du théâtre antique disparaissent totalement. C’est à la Renaissance (XVe-XVIe s. en France, dès le XIVe en Italie), qu’on le redécouvre et le joue. Le théâtre du XVIIe siècle instaure une série de règles inspirées de la dramaturgie antique. L’Abbé d’Aubignac (1604-1676) les formule pour la première fois par écrit : la vraisemblance, la bienséance, les trois unités de temps, de lieu et d’action. Ces conventions sont à la base du théâtre classique français avec Molière, Racine, Corneille … Mais cette dramaturgie dont la langue est particulièrement belle et les représentations raffinées n’est pas si rigide que cela. Au contraire, ces règles ont pour but de mieux capter la réceptivité des spectateurs et leur faire apprécier la représentation. Les alexandrins laissent une immense liberté car finalement peu contraignants tout en apportant la musique, le rythme nécessaire à ces spectacles. La vraisemblance et la bienséance vont de soi à une époque éprise de délicatesses et de justesse. Et les trois unités sont plus pratiques que contraignantes. Avant toute autre chose, à cette époque, le théâtre est une distraction et un plaisir, une subtile alchimie qui sait s’insinuer dans les conversations les plus doctes comme dans les plaisirs les plus frivoles. C’est ainsi qu’il l’est surtout durant l’Antiquité ; et c’est ce charme là qu’on retrouve au XVIIe siècle, dans un temps où Paris s’institue comme la nouvelle Athènes, et le français comme la nouvelle langue des arts et des sciences.

Les conventions régissent une grande partie de notre vie et en particulier la Culture. La Langue en est une dans laquelle on donne historiquement à chaque chose un ou plusieurs mots et à chaque mot une signification. L’Art en général a les siennes. Comme nous le verrons dans un prochain article, elles s’imposent par la constatation de l’entourage, l’imitation et l’évidence du rythme. La Liberté n’est pas dans leur destruction mais peut-être dans la reconnaissance qu’il ne s’agit là que de conventions et par le plaisir que l’on peut trouver grâce à elles, comme dans la communion qui s’instaure et la recherche d’une plus grande finesse.

Photo : Gravure intitulée : Masques et mascarades en usage chez les anciens. Elle est tirée d’un livre du XVIIIe siècle (Tom VI, N° 27). Signature : B. Bernaerts Sculp., 1743. B. Bernaerts est un graveur du XVIIIe siècle, sans doute hollandais. Cette estampe représente des rôles de la Comédie antique, s’inspirant de la tradition des iconographies des éditions (en particulier médiévales) de Térence. Elle fait 45 x 26,5 cm et  41 x 17 cm sans les marges.

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La Modernité : les Anciens et les Modernes.

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Le concept de Modernité a parcouru toute l'histoire de l'Occident, depuis l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui. De nos jours, il tourne autour des nouvelles technologies et de la mondialisation des marques que ce soit dans le refus de cet état de fait ou le contraire. Autrefois, les grands changements se faisaient lors de renaissances qui se caractérisaient souvent par une redécouverte de l'Antique. Ce fut le cas au XIIe siècle avec l'Art Gothique, à la Renaissance, à la Révolution … La querelle des Anciens et des Modernes est un spectacle que l’Occident a joué depuis l’Antiquité. De tous temps, le théâtre les a mis en scène de façon magistrale, le spectacle principal ne se déroulant pas sur la scène mais dans les gradins et bien au delà de l’édifice théâtral. L’origine en est lointaine, peut-être a-t-elle commencé en Grèce au début du théâtre. Le système même des concours théâtraux athéniens amenait un esprit de compétition entre les différents poètes. C’est ainsi qu’à partir de Thespis (VIe siècle av. J.-C.), jusqu’à Euripide (Ve siècle av. J.-C.), en passant par Eschyle et Sophocle, les auteurs tragiques rivalisaient de nouveautés. L’évolution de la Comédie grecque ancienne vers la Moyenne et la Nouvelle a marqué de grands changements. Les poètes romains qui copiaient cette dernière s’exposaient à de virulentes critiques de leurs homologues. Térence (IIe siècle av. J.-C.) en a fait les frais. Dans ses prologues, il répondait aux critiques en expliquant comment il dépensait sa peine, lui le nouveau poète, à écrire des prologues, non pour exposer le sujet comme c’est leur fonction principale, mais pour répondre aux attaques d’un vieux poète malveillant. A l’opposé, il nous reste un fragment d’une pièce du VII e siècle après J.-C. intitulée Dialogue de Térence et du moqueur, où Térence est confronté à un jeune auteur, représentant de la nouvelle génération se moquant du vieil écrivain. Au-delà des mots, il s’agissait de nouvelles façons de représenter et de se représenter qui étaient exposées. La Renaissance des XVe-XVIe siècles a fait surgir de nouveaux débats. Au XVIIe siècle, on assista à des démêlés sur les Lettres de Guez de Balzac (1624-1629), sur le Cid (1637) et sur d’autres questions littéraires. A la fin de ce siècle et au début du XVIIIe une autre controverse fit s’affronter les Anciens (les auteurs Classiques tels Boileau, Racine, La Fontaine, La Bruyère …) qui défendaient une littérature imitant l’Antique, aux Modernes (la nouvelle génération d’écrivains comme Fontenelle, Perrault, Houdar de la Motte …) qui affirmaient la prééminence des auteurs contemporains. Elle continua au XVIIIe siècle lorsqu’en 1714, Houdar de la Motte publia une traduction de l’Iliade où il corrigeait et raccourcit celle d’Anne Dacier de 1699 en y ajoutant une préface contenant un Discours sur Homère où il prenait la défense des Modernes. Anne Dacier répliqua dans son livre Des causes de la corruption du goût. Cette « Querelle d’Homère » s’acheva en 1716 avec une réconciliation des deux parties. Au XVIIIe siècle, la tradition antique (en particulier chez Térence) qui voulait qu’un auteur de théâtre expliqua sa démarche d’écriture par rapport à ce qui le précédait se retrouva dans les prologues de pièces, comme chez Diderot (1713-1784) où celui-ci défendait son « drame bourgeois » ; ou encore au XIXe siècle chez Victor Hugo (1802-1885) dans la Préface de Cromwell qui annonça la « bataille d’Hernani » entre les défenseurs d’un théâtre classique et ceux d’un théâtre romantique. Cela illustra d’une manière alors toujours très vivante la querelle entre les Anciens et les Modernes. 
Cette modernité littéraire de nouvelles générations d’écrivains qui s’affirmaient en opposition aux anciennes a son pendant dans la jeunesse qui imposait de nouvelles modes. En France, la littérature et la Mode ont toujours été très liées ; et elles ont fait évoluer la langue comme nous le constaterons dans un prochain article consacré aux Précieuses. 

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Photo 1 : Fontenelle, fut un des acteurs de ce qu'on appela la querelle entre les Anciens et les Modernes. Ce livre, datant de l'époque de l'auteur en est un exemple. Fontenelle, Bernard Le Bouyer de (1657-1757 : presque centenaire !), Poésies pastorales, avec un Traité sur la nature de l'églogue, et une digression sur les anciens et les modernes, Paris, M. Brunet, 1708. 3e éd., in-12°. La partie appelée Digression sur les Anciens & les Modernes fait explicitement référence à la ‘querelle’ dont Bernard Le Bouyer de Fontenelle fut un des acteurs et qui trouva son apogée à la suite de la lecture par Charles Perrault vers 1688 de son poème Le Siècle de Louis XIV dans lequel il proclamait la primauté de la littérature du temps. La première édition de Digression sur les Anciens & les Modernes date justement de cette année là et suit directement ce poème. Les partisans de la suprématie antique se recrutaient surtout à la Cour et dans la génération classique. Leurs adversaires étaient plutôt des auteurs jeunes, des mondains et des amateurs de genres nouveaux (opéra, contes, romans).

Photo 2 : Dacier, Anne, Des Causes de la Corruption du Goust, Paris, Rigaud, 1714. In-12°. Il s’agit de l’édition originale (1ère édition) de cet ouvrage d’Anne Dacier (1674-1720). Il fut à l’origine de la seconde querelle des Anciens et des Modernes connue sous le nom de ‘Querelle d'Homère’. Voici ce qu’on peut lire sur Wikipédia à ce sujet et sur Anne Dacier : « Elle publia en 1699 la traduction en prose de l’Iliade, qui devait être suivie neuf ans plus tard d’une traduction semblable de l’Odyssée, qui lui a acquis la place qu'elle occupe dans les lettres françaises. Cette traduction qui découvrit Homère à beaucoup d’hommes de lettres français, dont Houdar de la Motte, fut également l’occasion d’une reprise de la querelle des Anciens et des Modernes lorsqu’Houdar publia une version poétique de l’Iliade abrégée et modifiée selon son propre goût, accompagné d’un Discours sur Homère, donnant les raisons pour lesquelles Homère ne satisfaisait pas son goût critique. Anne Dacier répliqua la même année avec son ouvrage intitulé Des causes de la corruption du goût. Houdar poursuivit gaiement le débat en badinant et eut la satisfaction de voir l'abbé Terrasson prendre son parti avec la publication en 1715, d’un ouvrage en deux tomes intitulé Dissertation critique sur L'Iliade où il soutenait que la science et la philosophie, et particulièrement celles de Descartes, avaient tellement développé l’esprit humain que les poètes du XVIIIe siècle étaient considérablement supérieurs à ceux de la Grèce antique. La même année, Claude Buffier publia Homère en arbitrage où il concluait que les deux parties avaient convenu du point essentiel selon lequel Homère était l’un des plus grands génies que le monde avait vus et que, dans l’ensemble, on ne pourrait préférer aucun autre poème au sien. Peu après, le 5 avril 1716, Anne Dacier et Houdar trinquèrent à la santé d’Homère lors d’un dîner chez Jean-Baptiste de Valincourt. » Anne Dacier est aussi célèbre pour ses traductions du grec ou du latin comme celles de Térence.

Pour finir cet article et commencer les suivants, voici quelques passages du livre de Bernard Le Bouyer de Fontenelle proposé en photo 1, dont le dernier est consacré à Honoré d’Urfé dont le roman pastoral L’Astrée influença beaucoup les Précieuses du XVIIe siècle dont nous parlerons.

« […] je ne goûte point trop que d'une idée galante, on me rappelle à une autre qui est basse, et sans agrément. »

« On ne prend pas moins de plaisir à voir un sentiment exprimé d'une manière simple, que d'une manière plus pensée, pourvu qu'il soit toujours également fin. Au contraire, la manière simple de l'exprimer doit plaire davantage, parce qu'elle cause une espèce de surprise douce, et une petite admiration. On est étonné de voir quelque chose de fin et de délicat sous des termes communs, et qui n'ont point été affectés, et sur ce pied-là, plus la chose est fine, sans cesser d'être naturelle, et les termes communs sans être bas, plus on doit être touché. »

«  Quand je lis d’Amadis les faits inimitables, / Tant de Châteaux forcés, de Géants pourfendus, / De Chevaliers occis, d’Enchanteurs confondus, / Je n’ai point de regret que se soient-là des Fables. / Mais quand je lis l’Astrée, où dans un doux repos / L’Amour occupe seul de plus charmants Héros, / Où l’amour seul de leurs destins décide, / Où la sagesse même a l’air si peu rigide, / Qu’on trouve de l’amour un zélé partisan / Jusque dans Adamas, le Souverain Druide, / Dieux, que je suis fâché que ce soit un Roman ! / --- / J’irais vous habiter, agréables Contrées, / Où je croirais que les Esprits / Et de Céladon & d’Astrée / Iraient encore errants, des mêmes feux épris ; / Où le charme secret produit par leur présence, / Ferait sentir à tous les cœurs / Le mépris des vaines grandeurs, / Et les plaisirs de l’innocence. / --- / O rives de Lignon, ô plaines de Forez, / Lieux consacrés aux amours les plus tendres, / Montbrison, Marcilli, noms toujours pleins d’attraits, / Que n’êtes-vous peuplés d’Hilas & de Silvandres ! / Mais pour nous consoler de ne les trouver pas, / Ces Silvandres, & ces Hilas, / Remplissons notre esprit de ces douces chimères, / Faisons-nous des Bergers propres à nous charmer, / Et puisque dans ces champs nous voudrions aimer, / Faisons-nous aussi des Bergères. […] » Poésies pastorales. Alcandre. Premier églogue. A Monsieur

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Description d'un livre du 18e siècle.

descriptiondunlivrereliure700.jpgLe livre a été fabriqué pour être lu, mais aussi tenu dans les mains, conservé, aimé, offert ... Cet objet est toute une histoire. Pour connaître le FORMAT d'un livre, il faut savoir celui de la feuille qui a été pliée : en deux : in-folio ; en quatre : in-quarto = in-4° ; in-octavo = in-8° ; en douze : in-duodecimo = in-12°, in-16°… La RELIURE (couvrure) peut être en papier, toile, soie, peau (pleine reliure ou demi-reliure); le cuir du veau brun ou blond, du maroquin (peau de chèvre), du parchemin ou de la basane (cuir très souple obtenu à partir d’une peau de mouton tannée). La reliure peut être décorée (fers, fleurons…). Elle est composée d’un plat et d’un contreplat, d’un dos et d’un intérieur reliure. Le CORPS D’OUVRAGE est emboité dans la couvrure et ne tient à elle que par ses gardes (feuilles de garde) collées aux plats. Le livre fermé, la partie visible du corps d’ouvrage est appelée la tranche. Elle peut être dorée, jaspée, marbrée, peinte… Dans les livres anciens, le tout est cousu à des nerfs simples ou doubles. A l’intérieur, le texte a sa propre typographie, et parfois des images telles des gravures (frontispice, gravures à pleine page ou dépliantes, bandeaux, vignettes, fleurons, culs-de-lampe…). Le livre du 18e siècle est un objet qui vit, qui respire, parce qu’il est fait de matériaux naturels : cuir, fibres végétales ... On ressent la main de l’homme, son travail à travers l’objet, et son esprit à travers les mots, les gravures … Tout s’entremêle comme les parties d’un corps ; le visible et l’invisible communiquent et ouvrent de nouvelles portes de l’âme. Les livres reflètent des facettes, parmi une infinité, du diamant de notre esprit, et ceux du 18e siècle des aspects de celui-ci qui méritent d’être redécouverts : où la main est aimée par la pensée, et la pensée par la main, celles (la main et la pensée) qui ouvrent le livre, et celles qui le créent, l’écrivent et le façonnent. 
descriptiondunlivreancien700.jpgdescriptiondunlivreancieninterieur700.jpg

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Merveilleuses & merveilleux