La merveilleuse et le merveilleux

1801costumedeLondre300lmPhotographies : Merveilleuses de 1801 et 1803 pour la seconde photographie. Gravures du Journal des dames et des Modes.

Les merveilleuses et en particulier les merveilleux sont appelés de cette manière dès le milieu du dix-huitième siècle, sous Louis XV (roi de France et de Navarre de 1715 à 1774). François-Antoine Chevrier (1721-1762) emploie le terme de ‘merveilleux’ dans Le Colporteur publié en 1762. Celui-ci est moins connu que son acolyte féminine car il est remplacé semble-t-il à la Révolution par l’incroyable. Mais ce nom est encore usité dans la première moitié du XIXe.

Sous le Directoire (1795-1799) et déjà un peu avant la Révolution les merveilleuses s'habillent de transparentes robes à l'antique d’inspiration grecque, à la ceinture haute, avec de grands chapeaux à brides. Les vêtements ne sont plus amples pour les femmes ce qui leur donne des allures élancées. L'accoutrement est moins riche, beaucoup plus simple qu'auparavant. Le corset est abandonné. Elles reflètent une révolution dans la mode française plus importante encore que celle des années folles où la femme se libère de nombreuses contraintes vestimentaires. Les merveilleuses elles aussi abandonnent le corset, les tenues peu pratiques et affichent leur féminité et une certaine provocation. Des exemples nous témoignent de certaines (comme Madame Hamelin en 1795) se promenant sur les Champs-Élysées les bras et la gorge nus (c'est-à-dire les seins nus) comme des statues antiques, avec une seule jupe de gaze sur un pantalon couleur de chair, suscitant de véritables petites émeutes. D’autres portent des tuniques transparentes laissant parfois voir de véritables mini-jupes (voir l'article La valse et le boléro) ; et les décolletés sont si profonds qu’il arrive qu’ils soient sous les tétons. Au XVIIIe siècle, il est possible de voir dans une promenade un sein laissé à l’abandon comme le prouvent des gravures de mode. Le nu antique inspire donc ces jeunes femmes dont certaines se font représenter dans des apparats très épurés. Lorsqu’on regarde les peintures représentant les merveilleuses les plus célèbres, ont est étonné par leur visage aux traits caractérisant chacune, leur chevelure simple et la simplicité de leurs habits. C’est alors l’avant-garde de la mode : le style épuré mais emprunt de toute la noblesse d’une muse grecque. Du reste certaines sont les véritables égéries de la finance et de la politique avant d’être celles de la mode. Avec elles, les jeunes ne sont pas les seuls à suivre cette mode. Il y a aussi les prostituées dont les plus jolies imitent depuis longtemps déjà les petites-maîtresses pour affoler le client. Le Palais Royal en compte de nombreuses qui tiennent boutiques dans les nouvelles galeries construites à la fin du XVIIIe siècle.

1803ChoudeNattes300lmLa mode des merveilleuses accompagne les femmes de tout le premier Empire, mais reste relativement de courte durée ; après le corset revient ainsi que les grandes robes, dans un style beaucoup moins joli et raffiné qu’au XVIIIe siècle …

A la fin de la Révolution, les fêtes reprennent. D’abord on danse discrètement dans les salons puis dans des bals. On organise des ‘bals des victimes’ ouverts à ceux ayant perdu au moins un de leurs proches à la guillotine.  Voir l'article Les oublies. Les bals des victimes généralisent la mode des robes gréco-romaines et des cheveux ‘à la victime’ c'est-à-dire coupés au ras de la nuque à la manière de ceux exposés au couperet (voir l'article Cheveux courts).

P.-F. Tissot (1768-1854), dans Les Français peints par eux-mêmes (tomes édités entre 1840 et 1842), décrit les merveilleuses et incroyables dont la mode couvre le Directoire quand l’auteur a un peu plus de vingt ans. Voici ce passage : « dans une partie de la France, et surtout à Paris, une folle ivresse de plaisirs emporta tout à coup la société. Tous les âges se précipitèrent avec une sorte de fureur dans toutes les jouissances dont on les avait sevrés. C’étaient des festins de Lucullus, c’étaient des bals aussi brillants que ceux de Marie-Antoinette à sa villa du petit Trianon ; c’était une répétition journalière des saturnales de la régence, au moment où la cour se hâta de déposer le rôle d’hypocrisie que lui avaient imposé la tristesse et la dévotion du grand roi. Étrange contradiction du coeur humain ! Les héros de ces fêtes étaient des hommes et des femmes qui pleuraient, disaient-ils, leurs parents immolés à une espèce de divinité inexorable comme la Fatalité des anciens, et pourtant ils dansaient et se réjouissaient au milieu de leurs transports de haine pour la république, et des projets de vengeance qu’ils exécutaient ou méditaient contre les terribles adversaires dont l’aspect les faisait trembler encore. […] les femmes, interrogeant les statues antiques, adoptant le cothurne, la coiffure, la tunique des femmes d’Athènes et de Rome, brillaient de la plus rare élégance sous de légers vêtements qui nous les montraient presque sans voile, comme Aspasie ou Phryné apparaissant aux regards d’un peuple enthousiaste de la beauté, … »

Louis-Sébastien Mercier écrit dans Le Nouveau Paris (1794) : « Les jolies femmes et les déesses du jour continuent à balayer les rues boueuses de la capitale avec leurs robes traînantes et transparentes. […] Pas une petite-maîtresse, pas une grisette qui ne se décore, le dimanche, d’une robe athénienne de linon, et qui n’en ramène sur le bras droit les plis pendants, pour se dessiner à l’antique, ou du moins égaler Vénus aux belles fesses. […] Nous admirons au Bois de Boulogne la beauté fière et majestueuse des Calypso, des Eucharis modernes ; nous nous extasions à la vue de leurs ceintures, de leurs perruques, de leurs robes ouvertes et qui montrent une jambe d’une beauté accomplie ; nous justifions le luxe ou plutôt le faste de leurs parures […] Il faut, le matin, étudier le journal des dames et les échantillons de la mode ; disserter avec un perruquier sur l’efficacité de l’eau de volupté […] les merveilleux [on voit que ce terme est encore employé] se parfument comme les femmes, et, comme elles, ils ont autant de rubans à s’attacher, de rosettes à former. La toilette de leurs coursiers est plus  longue encore que la leur. Combien de fois le cheval de cette amazone, a du pied frappé la terre d’impatience, sous les ciseaux de l’appareilleur ! Après ces singularités, il en est d’autres qui ne sont pas moins piquantes : je veux parler des chanteurs de carrefours. Ils se perfectionnent : on s’aperçoit qu’ils fréquentent le concert Feydeau, et se règlent sur les meilleurs modèles. Celui du Port au blé ; surtout, l’Orphée des Limousines, après le soleil couchant, roucoule déjà, dans le genre de Garat, et ses auditeurs enchantés, répètent, à mi-voix, ses délicieuses roucoulades. »

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La minette et le minet

Minette1904Datail300Photographies Minette1904-300lm1 et 2 au dessus et à gauche : « Minette, au grand chapeau couvert d'épis de blés, Peut-on savoir où vous allez ? » Cette carte postale ayant une oblitération de 1904 montre que l'on désigne déjà comme « minette » à cette époque  une jeune et jolie adolescente.
Photographie 3 à droite : Première page de couverture d'une partition de Les Playboys de Jacques Lanzmann (paroles) et Jacques Dutronc (pour la musique) ce dernier étant représenté avec sa coupe de cheveux et son costume minets.MinetDutroncLesPlayBoys300lm
Photographie 4 de gauche : Pochette de disque 45 tours de Jacques Dutronc contenant quatre titres dont Les Play-boys, On nous cache tout, on nous dit rien, et La Fille du Père Noël enregistrés avec Alain Chamfort (de son vrai nom Le Govic né en 1949) lui-même très minet dans son style et ses débuts musicaux. Dans Les Play-boys il est question « des petits minets qui mangent leur ronron au Drugstore ... » Jacques Dutronc qui a 20 ans en 1963, est lui-même une figure emblématique du minet parisien, élégant, au regard malicieux et je-m’en-foutiste.
Photographie 5 à droite : Bout de page de la revue Elle du 29 juin 1959 (n°705) présentant la mode du drugstore des Champs-Elysées.
Les minets et les minettes sont des jeunes, des années soixante, à la mode, mignons et assez soignés dans leurs tenues et leurs manières. On trouve déjà ces termes au moins depuis le XVIIe LesPlayboys300lmsiècle pour désigner des jeunes (voire très jeunes) ; mais c’est surtout dans les années 50-60 (certains situent la principale vague entre 1965 et 1968) qu’ils sont utilisés pour définir une jeunesse jolie, qui le sait et qui en joue. Dans la mode, la fin officielle du style minet est 1968. On continue d'utiliser ce terme après, surtout jusqu'aux années 80, mais dans une acceptation du mot un peu différente qui englobe depuis le lycéen jusqu'au jet-setteur. Mais pour le minet ou la minette du XVIe arrondissement de Paris ou de la banlieue chic on préfère celui de bcbg (voir article Bon chic bon genre) et pour ceux suivant les dernières tendances celui de branché(e) (voir article Le branché et le sapeur des années 80).
Le minet apprécie la ‘frime’, un certain luxe qu’il exprime dans des détails qui font toute la différence. Une de ses tenues consiste en une coupe de cheveux entre courts et mi-longs avec une raie sur le côté marquée (ce que les Anglais appellent la french Line), des lunettes noires, un visage rasé, un blazer cintré, un pull-over souvent col-roulé en shetland (pouvant se porter au dessus du nombril), jacquard pour les filles, ou une chemise très blanche ou un polo parfaitement propre, une gourmette comme bijou, un pantalon serré en velours côtelé fin et de jolies chaussures comme des mocassins généralementminetsdrugstore500lm de marque (Weston, Clarks …). Les vêtements simples mais de qualité sont près du corps, épousant parfaitement les courbes. Le noir est utilisé avec un goût pour un blanc éclatant. Le minet et la minette sont très soignés avec du « je-ne-sais-quoi ». La ligne est très pure et propre. Il y a du b. c. b. g. chez le minet, avec le côté plus sauvage de l'existentialiste (voir article Le zazou et l'existentialiste). Il est à la suite de l'existentialiste et du zazou. Comme ce denier il fréquente les Champs-Elysées, et en particulier pour le minet le Drugstore. Comme lui il va dans des surprises parties appelées maintenant boums. Il y a aussi les rallyes (soirées organisées pour que les jeunes de bonne famille se rencontrent). On danse sur du jerk, du rhythm and blues et sur des slows. Les minets écoutent du rock anglais, puis du rhythm and blues et du rock psychédélique. Le minet aime la frime et s'entourer de minettes qui le recherchent aussi. La minette c'est la parisienne des années 50 et 60, ou la parisienne tout court, avec un joli minois, un corps de biche et de la délicatesse ou plutôt de l'étude dans le mouvement, ce que j'appelle précédemment de la frime, et ce qu'on appelle avant le XXe siècle « faucher le persil » (voir article sur le Cours ...).
Il y a aussi des styles de minet en Italie. Rouler en vespa ou dans certaines voitures souvent basses est très minet (voir ici des exemples). 
On trouvera d'autres informations sur les minets sur cette page.
La mode qui suit les minets est celle des gauchistes, babas et autres hippies, avec la révolution de 1968 qui marque la rupture. Ceux-ci ont des vêtements amples, les cheveux longs, la barbe, des pantalons à pattes d'éléphant.

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Le moderne

MercureGalant1688PageDeTitreclair300lmPhotographie : Mercure Galant d'avril 1688. Cette revue est celle des modernes de la fin du XVIIe siècle.

Cet article fait suite à La Modernité : les Anciens et les Modernes et à Les méprisants et la réponse inc'oyable.

La modernité se place régulièrement en opposition avec ce qui la précède. Dans l'histoire elle se matérialise souvent en une querelle littéraire entre les tenants de la jeunesse et les anciens. Elle s’affirme aussi dans les habits et les usages. En France la littérature et la mode sont souvent liées. Les jeunes intellectuels aiment à se fondre dans cette modernité qui exprime leur nouveauté, et où s’invente un nouveau langage. Les précieuses du XVIIe siècle sont celles dont l’exemple exprime peut-être le mieux cette connivence entre littérature, mode et nouveauté. Viennent ensuite Charles Perrault (1628 – 1703), Bernard Le Bouyer de Fontenelle (1657-1757) et tous ceux qu'à cette époque on appelle les modernes. Le Mercure galant, dont la première parution date de 1672, est le périodique des modernes de la fin du XVIIe siècle. Les philosophes des Lumières les remplacent avec Denis Diderot (1713 - 1784) etc. Au XIXe le moderne est fashionable. Au XXe il est à l’avant-garde de la mode et des nouvelles technologies. Ce siècle se veut être celui de la modernité ... comme tous les autres. Finalement la définition qualifiant le moderne, bien que et parce qu’en rapport avec la nouveauté, est à peu près la même depuis le XVIIe siècle. Le changement est la seule chose qui ne change pas !

Dans Le Peintre de la Vie Moderne, Charles Baudelaire (1821-1867) occupe un chapitre à ‘La Modernité’ ici dans le domaine de la peinture : « La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. Il y a eu une modernité pour chaque peintre ancien ; la plupart des beaux portraits qui nous restent des temps antérieurs sont revêtus des costumes de leur époque. Ils sont parfaitement harmonieux, parce que le costume, la coiffure et même le geste, le regard et le sourire (chaque époque a son port, son regard et son sourire) forment un tout d’une complète vitalité. […] ».

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Le classique

OeuvredeGuezdeBalzacpagedetitrefrontispiceA300lmPhotographie : Frontispice de Les Oeuvres diverses du Sieur de Balzac (seconde édition, paris, P. Rocolet, 1646) représentant Jean-Louis Guez de Balzac (1594 - 1654) avec au dessous : « C'est ce divin parleur, dont le fameux mérite / A trouvé chez les Rois plus d'honneur que d'appui. / Bien que depuis vingt ans tout le monde l'imite, / Il n'est point de mortel qui parle comme lui. MAINARD ».

Le classique fait appel à des valeurs qu’il puise dans l’Antiquité. Le classicisme est un mouvement littéraire et artistique de la seconde moitié du XVIIe siècle qui n’est appelé ainsi que bien plus tard. Il se fonde sur un idéal de perfection, des valeurs d’excellence qui s’incarnent dans l’honnête homme. Ce mouvement est suivi par celui des modernes (voir l'article La Modernité : les Anciens et les Modernes) puis des Lumières (voir définition du cacouac). Les premiers ne veulent plus prendre pour modèle seulement les anciens (grecs et romains), mais prônent la prééminence des temps modernes. Les seconds placent les sciences et le progrès au dessus de tout.

Le classicisme recherche l’excellence dans l’imitation et le respect des classiques antiques tout en ayant sa spécificité exemplaire. C’est un art de la perfection et du bon goût, de la mesure et de la raison, dont la peinture et la littérature entre autres nous offrent des exemples flamboyants. Il vise l’harmonie, les rythmes les plus subtiles, tout en défendant le naturel … un équilibre parfaitement jouissif.
Ce mouvement trouve son aboutissement dans les années 1660-1680, mais a une origine antérieure. Les influences sont multiples. Citons d'abord celle des premières précieuses dont les salons contribuent à véhiculer le Grand Esprit Français. C’est en voulant les imiter, ainsi que d’autres académies comme la Société florimontane (fondée par Honoré d’Urfé, François de Sales, Antoine Favre et Claude Favre de Vaugelas) …, qu’Armand Jean du Plessis de Richelieu (1585-1642) crée le cercle très masculin de l’Académie française. Les premiers classiques sont des hommes qui fréquentent assidûment l’Hôtel de Rambouillet (voir Les Précieuses et les femmes de lettres). Les premières précieuses ne laissent que peu d’écrits et officient en toute clarté mais dans l’ombre de leur condition féminine honorée, voir adulée, mais sans statut artistique, littéraire ou politique. Ce sont donc des hommes qui rédigent sur les règles du bien parler et du bien écrire, qui sont une des bases de l’élégance, tels Vaugelas (Claude Favre baron de Pérouges et seigneur de Vaugelas : 1585-1650), Jean-Louis Guez de Balzac (1597-1654) ou Dominique Bouhours (1628-1702) … François Hédelin abbé d’Aubignac et de Maymac (1604-1676) édifie avec quelques autres les normes du théâtre classique. Certains rédigent les règles de l’éloquence une autre science de l’élégance. Pierre Corneille (1606-1684), Jean Racine (1639-1699), Molière (Jean-Baptiste Poquelin : 1622-1673), Jean de La Fontaine (1621-1695), Nicolas Boileau (1636-1711), Marie-Madeleine Pioche de la Vergne comtesse de La Fayette (1634-1693) et quelques autres composent des pièces, des romans et différents écrits qui sont des références de la poétique classique.

Les rythmes de l’élégance ne sont pas anodins. Ils sont le résultat d’une intelligence poétique ; d'une connaissance innée de la mesure s’exprimant dans une grâce dont le terrain de jeu est le moment présent et sa parfaite jouissance. L’Excellence française du XVIIe siècle l’exprime comme l’Esprit des Lumières du siècle suivant, la Renaissance de celui précédent, la fin’Amor du bas Moyen-âge ou l’Art français (francigenum opus) du XIIe siècle.

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La polkeuse et le polkeur

AlmanachduCharivaripour1892Polka300lmPhotographie : Dessin humoristique de la série « carnaval fin de siècle, par Vignola » provenant de l'Almanach du Charivari pour 1892. Deux femmes en habit de bal de carnaval s'adressent à deux Messieurs qui leur répondent : « Une po'ka ? Est-ce que vous vous f...ichez dans l'idée que nous sommes ici pour nous amuser ? »  L'expression « fin de siècle » est utilisée dans la dernière partie du XIXe siècle pour désigner quelque chose à la mode ou même un élégant. Il en est subrepticement question dans l'article sur le grelotteux
J'ai écrit un article sur La Polka. Au milieu du XIXe siècle, cette danse est tellement appréciée que l'on dit ‘à la polka’ pour signifier ‘à la mode du jour’ ou ‘très bien’. Un pollkeur et une polkeuse sont des habitués des bals.

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L'artiste bohème

bohemien300lmPhotographie 1 : Illustration du chapitre intitulé : « Histoire d’un propriétaire à poigne et d’un locataire timoré » de La Vie élégante (tome second, 1883).
Photographie 2 : « Un ménage d'artiste », Tableau de Paris (1853) d’Edmond Texier.
Photographie 3 et 4 : Eau forte signée « 1839 Célestin Nanteuil » de 20,8 x 27,1 cm (dimensions de la feuille) et intitulée « Amoroso » de l'italien  « Amoureux », terme utilisé en français, en musique, pour signifier : « tendrement, amoureusement ». Cette image provient de la revue hebdomadaire L’Artiste publiée de 1831 à 1904. Le magazine y présente des textes et des illustrations dont quelques-unes en pleine-page sans texte au dos, comme celle-ci. Célestin Nanteuil (1813-1873) est un artiste faisant partie des « jeune France » romantiques. Il fréquente Victor Hugo, Alexandre Dumas, Théophile Gautier et semblerait être proche de Gérard de Nerval. Il participe en 1830 à la bataille (théâtrale) d'Hernani.
tableaudeparisTexierUnMenagedArtiste300lmLa vie de bohème n’est pas une vie élégante, mais elle est parfois celle d’élégants dans l’âme mais sans argent. Aux XIXe et XXe siècles elle est celle de certains artistes qui habitent sous les toits de Paris, tout près du ciel, des étoiles et de la lune enchanteresse. Ils sont parfois étudiants des beaux-arts, écrivains et habitants de Saint-Germain-des-prés ou d'autres quartiers à la mode qu’ils occupent à s’avachir dans les cafés. Montmartre est un lieu emblématique à Paris pour les artistes ainsi que le quartier de Montparnasse au début du XXe siècle. Le quartier latin est particulièrement celui des étudiants et des écrivains.

Le terme de 'bohème' dans sa signification actuelle date au moins du XVIIe siècle. On le trouverait chez Tallemant des Réaux en 1659. La première édition de 1694 du Dictionnaire de l'Académie française distingue deux sortes de 'bohemes' (sans accent), avec le bohémien proprement dit, et celui qui vit comme un 'boheme' : « BOHEME. Bohemien, Bohemienne. Sorte de gens vagabonds, libertins, qui courent le pays, disant la bonne aventure au peuple crédule, & dérobant avec beaucoup d'adresse. On dit proverb. Cet homme vit comme un Boheme, pour dire, qu'Il n'a ni équipage ni domicile assuré. » lartisteamoroso300lmCe dernier ne fréquente pas les bohémiens, mais on le compare avec car il vit en marge de la société, s'habillant d'une façon assez excentrique et cultivant une pensée indépendante, et une manière de liberté.

C'est une forme de sagesse vagabonde caractéristique en France, sans doute issue des époques où ce pays est morcelé en divers royaumes et où nombreuses sont les personnes qui vont de château en château ou même de ville en ville pour proposer leurs services : poètes troubadours ou trouvères, compagnons etc. Parmi eux beaucoup d'artistes.

Au XIXe siècle et au début du XXe cette bohème se concentre à Paris. Elle est le résultat des importants exode rural et immigration. Par exemple l’École de Paris (1900-1920) lartisteamorosodetail300lmdésigne des artistes étrangers arrivés dans la capitale française pour profiter de cette émulsion des beaux-arts. Beaucoup sont juifs. Ils occupent le quartier Montparnasse, buvant et mangeant souvent gratuitement dans les cafés, et parfois y dormant (voir l'article Le Montparnos, le Fauve, le Surréaliste et les intellectuels à la mode). Par la suite d'autres mouvements prolongent cette bohème. Mais c'est véritablement au XIXe siècle que l'artiste bohème prend ses lettres de noblesse. En 1844, Honoré de Balzac (1799 - 1852) écrit Un Prince de bohème (le livre est visible ici) : « Ce mot de Bohème vous dit tout. La Bohème n’a rien et vit de tout ce qu’elle a. L’espérance est sa religion, la foi en soi-même est son code, la charité passe pour être son budget. Tous ces jeunes gens sont plus grands que leur malheur, au-dessous de la fortune, mais au-dessus du destin. […] enfin, et c'est là où j'en veux venir, ils sont tous amoureux, mais amoureux ! ... » Dans Scènes de la vie de Bohême (1847-49) Henry Murger (1822 - 1861) présente des acteurs et des lieux de cette bohème parisienne (l'ouvrage ici) : « le cénacle de la Bohême », l'indigence, les artistes, l'amour, « Mademoiselle Musette »,  « Un Café de la Bohême », « Mademoiselle Mimi », la jeunesse etc.

Le poète Jean Nicolas Arthur Rimbaud (1854 - 1891) est peut-être celui qui représente le mieux cette bohème artistique.

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Le céladon

Le céladon est un vieillard amateur de l’ancienne mode et des écrits de type L'Astrée d’Honoré d’Urfé (époque des précieuses : voir articles 1 et 2). Ce terme est employé de manière péjorative au XVIIIe siècle alors que ce roman est très moderne au XVIIe. Voilà ce qu’écrit Bernard Le Bouyer de Fontenelle (1657-1757 : cent années), dans ses Poésies pastorales : « Quand je lis d’Amadis les faits inimitables, / Tant de Châteaux forcés, de Géants pourfendus, / De Chevaliers occis, d’Enchanteurs confondus, / Je n’ai point de regret que se soient-là des Fables. / Mais quand je lis l’Astrée, où dans un doux repos / L’Amour occupe seul de plus charmants Héros, / Où l’amour seul de leurs destins décide, / Où la sagesse même a l’air si peu rigide, / Qu’on trouve de l’amour un zélé partisan / Jusque dans Adamas, le Souverain Druide, / Dieux, que je suis fâché que ce soit un Roman ! / […] / J’irais vous habiter, agréables Contrées, / Où je croirais que les Esprits / Et de Céladon & d’Astrée / Iraient encore errants, des mêmes feux épris ; / Où le charme secret produit par leur présence, / Ferait sentir à tous les coeurs / Le mépris des vaines grandeurs, / Et les plaisirs de l’innocence. / […] / O rives de Lignon, ô plaines de Forez, / Lieux consacrés aux amours les plus tendres, / Montbrison, Marcilli, noms toujours pleins d’attraits, / Que n’êtes-vous peuplés d’Hilas & de Silvandres ! / Mais pour nous consoler de ne les trouver pas, / Ces Silvandres, & ces Hilas, / Remplissons notre esprit de ces douces chimères, / Faisons-nous des Bergers propres à nous charmer, / Et puisque dans ces champs nous voudrions aimer, / Faisons-nous aussi des Bergères. … » Il est intéressant de noter que Fontenelle lui-même déprécie ce qui précède cette oeuvre : les romans de chevalerie qui sont alors passés de mode au XVIIe siècle, comme L'Astrée l'est par la suite.

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Le tortoniste

Photographies :MuseeDesModes1850-300lm Élégants de 1850 représentés sur une planche du Musée des Modes. Ils pourraient être des tortonistes.
Certains appellent 'tortonistes', les adeptes du café Tortoni inauguré en 1798 sur le boulevard des Italiens à l'angle formé avec la rue Taitbout. Intellectuels et élégants (parfois ce sont les mêmes !) y officient. A cette époque, et depuis déjà de nombreuses années (au temps des merveilleuses et des incroyables), le prolongement constitué par les boulevards de la Madeleine, des Capucines, des Italiens et de Montmartre est très à la mode. Il en est question dans l'article intitulé Les Boulevards des Italiens, des Capucines et de Montmartre. Les cafés les plus célèbres du XIXe siècle s'y trouvent (voir l'article Cafés parisiens littéraires et artistiques).
Dans son Etudes d'histoire romantique. Alfred de Musset : (documents inédits). L'homme et l'oeuvre, les camarades (Paris, Mercure de France, 1907) Léon Séché (1848-1914) présente un texte jamais publié d'Alfred de Musset (1810-1857) décrivant le boulevard des Italiens :
« L'espace compris entre la rue Grange-Batelière et celle de la Chaussée d'Antin, n'a pas, comme vous savez, Madame, plus d'une portée de fusil de long. C'est un lieu plein de boue en hiver, et de poussière en été. Quelques marronniers qui y donnaient de l'ombre ont été abattus à l'époque des barricades. Il n'y reste pour ornement que cinq ou six arbrisseaux et autant de lanternes. D’ailleurs, rien qui mérite l'attention, et il n'existe aucune raison de s'asseoir là plutôt qu'à toute autre place du boulevard qui est aussi long que Paris.
Ce petit espace, souillé de poussière et de boue, est cependant un des lieux les plus agréables qui soient au monde. C'est un des points rares sur la terre où le plaisir est concentré. Le Parisien y vit, le provincial accourt ; l'étranger qui y passe s'en souvient comme la rue de Tolède à Naples, comme autrefois la Piazetta à Venise. Restaurants, cafés, théâtres, bains, maisons de jeu, tout s'y presse ; on a cent pas à faire l'univers est là. De l'autre côté du ruisseau, ce sont les Grandes Indes.
MuseeDesModes1850Detail2-300lmVous ignorez sûrement, Madame, les moeurs de ce pays étranger qu'on a nommé le boulevard de Gand. Il ne commence guère à remuer qu'à midi. Les garçons de café servent dédaigneusement quiconque déjeune avant cette heure. C'est alors qu'arrivent les Dandys ; ils entrent à Tortoni par la porte de derrière, attendu que le perron est envahi par les barbares, c'est-à-dire les gens de la Bourse. Le monde dandy, rasé et coiffé, déjeune jusqu'à deux heures, à grand bruit, puis s'envole en bottes vernies. Ce qu'il fait de sa journée est impénétrable : c'est une partie de cartes, un assaut d'armes, mais rien n'en transpire au dehors et je ne vous le confie qu'en secret. A cinq heures changement complet ; tout se vide et reste désert jusqu'à six heures. Les habitués de chaque restaurant paraissent peu à peu et se dissipent vers leur mondes planétaires. Le rentier retiré, amplement vêtu, s'achemine vers le Café Anglais avec son billet de stalle dans sa poche ; le courtier bien brossé, le demi fashionable vont s'attabler chez Hardy ; de quelques lourdes voitures de remise débarquent de longues familles anglaises, qui entrent au Café de Paris, sur la foi d'une mode oubliée ; les cabinets du Café Douix voient arriver deux ou trois parties fines, visages joyeux mais inconnus. Devant le club de l'Union, illuminé, les équipages s'arrêtent ; les dandys sautillent ça et là avant d'entrer au Jockey. A sept heures, nouveau désert. Quelques journalistes prennent le café pendant que tout le monde dîne. A huit heures et demie, fumée générale ; cent estomacs digèrent ; cent cigares brûlent ; les voitures roulent, les bottes craquent, les cannes reluisent, les chapeaux sont de travers, les chevaux caracolent, le monde dandy s'envole de nouveau. Ces messieurs vont au théâtre et les dames pirouettent. La compagnie devient tout à fait mauvaise. On entend dans la solitude le crieur du journal du soir. A onze heures et demie les spectacles se vident ; on se casse le cou chez Tortoni, pour prendre une glace avant de s'aller coucher. Il s'en avale mille dans une soirée d'été. A minuit, un dandy égaré reparaît un instant ; il est brisé de sa journée ; il se jette sur une chaise, étend son pied sur une autre, avale un verre de limonade en baillant, tape sur une épaule quelconque en manière d'adieu et s'éclipse. Tout s'éteint. On se sépare en fumant au clair de lune. Une heure après, pas une âme ne bouge et trois ou quatre fiacres patients attendent seuls devant le Café Anglais des soupeurs attardés qui n'en sortiront qu'au jour. »

© Article et photographies LM

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Gens du bel air

4pagesalmanachXVIIIerobedegaladetaila300lm.gifPhotographies : Pages d'un almanach du XVIIIe siècle.

Dans la première édition du Dictionnaire de L'Académie française (1694) on trouve dans la définition du mot air : « AIR. s. m. […] Manière, façon. S'il y va de cet air-là. cela est du bel air. […] Air, signifie aussi, Une certaine manière que l'on a dans les exercices du corps, dans la façon d'agir. Le bel air. le grand air. le bon air. les gens du bel air, du grand air. l'air de la danse. il a l'air de la Cour. l'air du monde. il a l'air de qualité. il a encore l'air provincial. l'air du collège. En ce sens on dit, Se donner des airs, prendre des airs, de certains airs, pour dire, Affecter de certaines manières. Il ne se dit qu'en mauvaise part. Air, Se dit aussi de la mine, de la contenance. Je vois bien à votre air que vous avez bien l'air de &c. En ce sens, Avoir l'air grand, C'est avoir la mine haute. Et Avoir le grand air. C'est vivre à la manière des grands. »
Dans Les entretiens d'Ariste et d'Eugène de Dominique Bouhours (Paris, Cavalier, 1741), on lit : « Air est tout-à-fait du bel usage. Il a l'air d'un homme de qualité ; il a l'air noble , il a bon air, il a méchant air ; cela a méchant air, il s'habille, il danse de bon air ; il y a dans tous ses ouvrages un 4pagesalmanachXVIIIeHabitdegalarecadre300lm.jpgair de politesse qui le distingue des autres ; de l'air dont il s'y prend, il réussira. Vous oubliez le bel air, dit Ariste : je connais des gens qui l'ont incessamment à la bouche, & qui prétendent parler à la mode, en disant II a le bel air : il chante, il danse, il s'habille du bel air ; il fait tout du bel air, il a l'esprit tout-à-fait du bel air, il le porte du bel air. Ces gens-là sont bien ridicules avec leur bel air, repartit Eugène : cette façon de parler est décriée parmi ceux qui parlent bien, ils ne s'en fervent qu'en riant, pour se moquer des gens du bel air. »
Dans le Dictionnaire comique, satirique, burlesque, libre et proverbial (Amsterdam, Michel Charles Le Cene, 1718),  Philibert-Joseph Le Roux écrit :
« Le Bel air. C'est un mot à la mode parmi certaines personnes à Paris, comme précieuses, Abbés, petits Maîtres & autres personnes ridicules qui mettent leur unique application à estropier le beau langage ; une preuve de cela est qu'on n'a qu'à examiner combien de mots ridicules sont en usage pour juger que ce ne peut-être l'Académie 4pagesalmanachXVIIIecaraco300lm.jpgFrançaise qui est composée de tout ce qu'il y a de plus beaux Esprits de France qui les ait inventés, soyez à Paris dans une compagnie de Dames, d'Abbés musqués ou de petits maîtres à plumets, vous n'entendez continuellement & à tout propos que ces mots ; assurément c'est parler, rire, marcher, danser, se mettre à chanter, se coiffer du bel air. Mr. ou Madame une telle ne sont pas du bel air, & ceci ou cela n'est pas du bel air. Passe si on se servait de ces mots là avec modération : mais on en outre tellement l'usage, qu'on en néglige de parler selon la pureté de la langue, & on en méprise les mots propres. Baron, coq. Trompé ; écouter une Comédie, cela n'est pas du bel air. Pour dire cela n'est pas à la mode, cela n'est pas de qualité.
Capistron Comed.
Cherchant les Courtisans & le gens du Bel air.
Air voltigeant. C'est une manière de parler dont se servent ordinairement les coquettes ou précieuses, ou ces ridicules personnes qui cherchent à se distinguer autant par des façons de parler que par des habillements bizarres Elle dit autant qu'un air distingué, des manières de Cour, & est de qualité, ou plutôt ce qu'on appelle à Paris, les airs, penchés, sots & affectés. [...]
Airs Musqués. Mot à la mode à Paris, pour exprimer la ridicule affectation des manières & gestes d'une personne : signifie airs affectés, contraints, ridicules.
Gros airs. Airs sots & affectés d'une personne qui veut imiter les personnes de qualité. Le Sage ah. vraiment j'aime assez ces gros airs.
Airs penchés. Ce sont de ridicules contorsions du corps, des manières sottes. Ces airs penchés sont ordinaires aux petits maîtres. Ces airs sont par exemple faire le gros, tenir une main dans la veste & l'autre dans la ceinture de la culotte ; avoir le chapeau nonchalamment mis sur le coin de l'oeil. J'en donnerai un détail plus étendu dans mon Paris Ridicule que je donnerai au Public. »
Voir aussi les articles sur l'air boudeur, l'air de cour et l'air emprunté.

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Le mannequin

lescreateursdelamodeLesMannequins650lm« Les mannequins »

Photographies : Les Créateurs de la Mode, « dessins et documents de Jungbluth. Texte de L. Roger-Milès », Paris, « Edition du Figaro », 1910.

lescreateursdelamodeUneCabinedeMannequins650lm« Une cabine de mannequins ».
lescreateursdelamodeLes Mannequinsobjets650lm« Les mannequins ».

lescreateursdelamodeLe Mannequin300lmPhotographie de gauche : « Le mannequin ».
Le mannequin, femme ou homme, naît avec les premiers défilés de mode au milieu du XIXe siècle. Il semble que ce soit l’anglais Charles Frederick Worth (1826-1895) qui, après s’être installé à Paris, lance le premier le concept de défilé de mode avec des mannequins vivants. Cela se fait sans doute avant. Avec la haute couture, le mannequin acquiert ses lettres de noblesse. Il officie de même dans le prêt-à-porter, dans la mode enfantine etc.
le terme de 'mannequin' semble venir des (ou passer par les) beaux-arts (comme celui de 'chic' voir article Bon chic bon genre). Il désigne au XVe siècle une figurine et au moins déjà au XVIIe « une figure de bois qui se plie dans toutes les jointures des membres, & que les Peintres & les Sculpteurs accommodent comme il leur plaît, pour disposer des draperies, suivant les diverses attitudes des figures qu'ils veulent peindre.  » (Dictionnaire de L'Académie française, première édition, 1694). Il est ajouté dans la quatrième édition de 1762 : « On dit aussi, Mannequiné. Ces draperies sont mannequinées, pour dire, qu'Elles sont disposées avec affectation. » cette idée d'affectation plaît particulièrement à l'univers de la mode ; mais je ne sais pas si on utilise des objets-mannequins de mode à cette époque. Dans la première gravure présentée dans l'article La marchande de modes on n'y voit aucun mannequin ; de même dans celui intitulé Le tailleur. L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et D’Alembert nomme aussi le mannequin de l'artiste mais ne lui associe à aucun moment la mode. On trouve un exemple de mannequin d'artiste de la fin du XVIIIe ou du début XIXe siècle ici.

lescreateursdelamodegaleriedeventeRedferndetail650lm« Galerie de vente. Redfern. »
lescreateursdelamodeSalondeVentedetailA650lm« Salon de vente ».
lescreateursdelamodeSalondeVenteWorthdetailA650lm« Salon de vente. Worth. »
lescreateursdelamodeAtelierDeJupieres650lm« Atelier de jupières »
lescreateursdelamodeAlaRechercheDunModeleNouveau650lm« A la recherche d'un modèle nouveau ».

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Gotha (personne du)

gotha1789-300lmLe Gotha, ou plutôt l’Almanach de Gotha, est une revue dans le style des nombreux almanachs qui naissent et fleurissent dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Bien que publié en Allemagne, il est rédigé en Français avec des thèmes très parisiens jusqu’à la fin de sa publication en 1944. Son but est de lister les maisons régnantes, les branches cadettes d’Europe ainsi que certaines personnalités. S’y ajoutent des chroniques ... Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, Il contient des gravures et articles de mode. Évidemment, être présent dans le Gotha est extrêmement copurchic … sans doute le summum.

On dit qu’une personne est du Gotha pour dire qu’elle est dans les hautes sphères de la vie mondaine.
Photographie : Page de titre de Almanac de Gotha, contenant diverses connaissances curieuses et utiles pour l’année 1789, Gotha, chez C. G. Ettinger. Dans l'article Coiffures du 18eme siècle, je présente quatre pages de mode de cet ouvrage intitulées « Coiffures de Paris » (« Coeffures de Paris ») avec deux planches de modèles en buste et deux planches de chapeaux : « à la Theodore » ; « de velours noir » ; « à la Provençale » ; « avec aigrette esprit de plumes » ; « bonnette » ; « Pouf à la Tarare » ; « Coiffure simple » ; « Chapeau/bonnet à crénaux » ; « Bouffant et frisure en crochets » ; « Bonnet à grande gueule de Loup » ... Cet almanach contient de nombreux articles dont plusieurs sur la mode : les pantoufles, les talons hauts, les perruques, la poudre à cheveux, le savon, l’art de tricoter, les gants ... Un autre propose de véritables publicités : « Monsieur Pain marchand-parfumeur à Paris a inventé pour la peau, une pâte liquide, ou une espèce de baume, qui la rend douce, & et n’est pas nuisible » ; « Madame Tasse marchande de fard de la cour, demeurant à Paris rue Coquillère vend un fard rouge sans odeur, préparé avec l’essence de Saquis [?] ; plante, dont les sultanes du sérail de Constantinople, usent de préférence. Un pot de ce fard coûte 12, 18, & même 30 livres ».

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Le schall (châle) et l'écharpe

schalesassiette-2-300lmPhotographies 1 et 2 (du dessus) : Assiette du premier tiers du XIXe siècle de Choisy-le-Roi représentant une 1798BonnetNegligeDetail300lmfemme au milieu de tissus et tenant dans ses mains un châle. Un panneau indique :1804grandeparurean13blanc300lm « Prix fixe. Soieries, Schales et nouveautés. » Elle est numérotée « 10 ». La marque au dos est en creux : « P&H CHOISY 4 ». L'objet fait 23,2 cm de diamètre.

Photographie 3 (à gauche) : Planche 80 provenant du Journal des Dames et des Modes de l'an 7 (1799) ayant pour légende : « Bonnet négligé garni en Comètes. Schall de Casimir. » En bas en droite est écrit où le modèle a été trouvé : « Tuileries. »

Photographie 4 (à droite) : Planche 626 du Journal des Dames et des Modes de l'an 13 (1804) : « Grande Parure. »

Le châle, écrit 'schall' ou 'schale' encore au XIXe siècle, est un vêtement déjà utilisé durant l'Antiquité depuis l'Extême-Orient jusqu'au Proche-Orient. On en fait venir en France au moins depuis le Moyen-âge. La Compagnie des Indes aux XVIIe et XVIIIe siècles en importe venus notamment de Perse et du Cachemire où se confectionnent les plus fins et somptueux. Le schall est un élément important de la tenue des merveilleuses de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe qui veulent imiter les statues antiques ; et ajoute à l'effet de drapé. Dans les années 1820, si le châle est toujours à la mode, il est souvent remplacé par l'écharpe : de longues écharpes qui semblent s'ajouter aux rubans et autres falbalas.

2021-20223gravures300lmPhotographies 5, 6 et 7 (au dessus) : Planche 2000 du Journal des Dames et des Modes de 1821 ayant pour légende : « Chapeau de paille,1828Chapeaudepaillederiz1828-300lm 1849ModesFrancaisesDetail300lmorné d'un voile de gaze festonné et brodé en soie. Robe de percale, garnie de bouffants de mousseline. Écharpe de barèges-cachemire. » - Planche 2082 de la même revue, de 1822, avec le texte : « Capote de gaze. Robe de percale à corsage à la grecque, garnie de remplis formant volants. Schall dit barèges-cachemire. » - Planche 2131 du même journal, de 1823 : « Coiffure de l'invention de Mr. Plaisir. Robe de tulle garnie d'un bouillon et de rouleaux de satin. Sautoir de barèges. »

Photographie 8 (à gauche) : Planche 2604 provenant peut-être du Journal des Dames et des Modes de 1828 ayant pour légende : « Chapeau de paille de riz du Magasin de Mme. La Rochelle d'Ivernois, Rue de Richelieu, N°93. Robe de barèges garnie de volants bordés de pointes de satin. Écharpe de barèges à raies satinées. »

Photographie 9 (à droite) : Estampe de Modes françaises de juillet 1849. Le personnage de gauche porte un châle.

Photographie 10 : Gravure du Journal des jeunes personnes de 1852.

1852JournaldesjeunesPersonnesEnfants300lm© Article et photographies LM

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L'aristocrate

barondetail300lmMalgré les révolutions, l’aristocrate est la figure iconique du XIXe siècle et de sa high-life. Tous les arrivistes qui veulent côtoyer le ‘grand monde’ cherchent à fréquenter des nobles ou se faire passer pour l’un d’entre eux. Les revues de mode décrivent les fêtes de l’aristocratie dans les châteaux, celles passées ou à venir, et les tenues qui se portent pour ce genre de soirées. Toutes les notions de chevalier, gentilhomme, écuyer proviennent de l’aristocratie.

Photographie : « Le baron. Aimé des femmes, ami des chevaux, fait courir. », illustration de La Comédie de notre temps de Bertall, deuxième édition de 1874.

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Le galbeux et la galbeuse

1895-JournalDesDemoiselles2-300Photographies : Planches du Journal des demoiselles de 1895. Celle de gauche est du 1er janvier et la seconde du 1er février.

Galbeux et galbeuse sont des noms et adjectifs employés à la fin du XIXe siècle et au début du XXe comme synonymes de chic, raffiné, élégant. Dans le roman d'Octave Mirbeau (1848-1917) Le Journal d’une femme de chambre paru en 1900 on lit « Il connaissait tous les jockeys, tous les entraîneurs, tous les bookmakers, et aussi quelques gentilshommes très galbeux, des barons, des vicomtes, qui lui montraient une certaine amitié, sachant qu'il possédait, de temps à autre, des tuyaux épatants ... »

Avoir du galbe signifie avoir du chic. Cette expression est utilisée en particulier dans la seconde partie du XIXe. Dans Le Vocabulaire et la société sous Louis-Philippe (Slatkine Reprints, 1967), Georges Matoré indique : « " galbe, écrit Balzac, est encore un mot à la mode, un de ces mots qui vous font regarder comme un membre de la société des antiquaires ou de l'académie des inscriptions et belles-lettres. " Avoir du galbe, c'est posséder ce que l'on appelle familièrement aujourd'hui du " chic ", c'est à dire quelque chose d'intermédiaire entre l'élégance et l'originalité. Les Jeunes-France s'efforcent, en 1833, de donner à leur vêtement un galbe artiste et pittoresque, c'est à dire une allure qui n'ait rien de bourgeois, rien de prosaïque. »

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Le poseur et la poseuse

AlmanachduCharivaripour1892LeRdvdErnestine-314lmPhotographie : Dessins humoristiques provenant de l'Almanach du Charivari pour 1892 (21 x 15 cm) : « Le rendez-vous d'Ernestine, par Henriot. » « - Sept heures moins le quart. - Ah ! Mais … mais il me fait poser ! » « - On n'a vraiment pas idée de ça ! »
Le poseur ou la poseuse est une personne qui adopte un comportement artificiel, affecté dans ses attitudes et ses gestes. Cette définition est utilisée à la fin du XIXe siècle et dans la première moitié du XXe.
Gyp (1849 - 1932) offre des descriptions de poseuses et poseurs dans son livre Trop de chic (1900). La poseuse de la vente de charité mondaine : « S’est fait nommer Dame du Repentir momentané, parce que l’œuvre est sous le patronage de la duchesse et que tout ce que patronne la duchesse est forcément chic. S’agite, va, vient, se prodigue, parlant beaucoup et étalant une toilette éblouissante. N’est venue que pour être vue, et se démène pour qu’on la voit. Si demain les chroniqueurs mondains oubliaient de la nommer en énumérant : " l’essaim des toutes radieuses beautés qui illuminaient la vente, dans des toilettes faites de rayonnements d’ailes de colibris, etc. ", elle en mourrait de colère. » La poseuse dans un bal : « Grande, svelte, les cheveux tordus à la grecque. L’oeil à demi voilé, le sourire énigmatique. Toilette très alambiquée, mais très comprise et mettant bien l’objet en valeur. Choisit ses danseurs avec affectation ; leur fait écrire leur nom eux-mêmes sur son éventail ; s’embrouille exprès dans sa comptabilité. Se fait apporter à boire et à manger au lieu d’aller au buffet. Horripile les jeunes gens et les maîtresses de maison. S’accroche généralement à un poseur comme elle. S’imagine qu’à eux deux ils font sensation. »

Photographies suivantes : Assiette de J. Vieillard & Cie, de Bordeaux, du XIXe siècle, de la série « Les ridicules de Paris » : « Des dames qui vont au théâtre pour se mettre en spectacle. » Jusqu'au XXe siècle, le théâtre est un lieu où on aime non seulement voir des représentations mais aussi s'exhiber ou observer les autres. Ici deux poseuses se donnent en spectacle de leur balcon, en robe crinoline.

Poseuses-2-100© Article et photographie LM

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Un livre à la mode au XVIIIe siècle : Angola, Histoire indienne.

angola1erepartie300lmPhotographies : Angola, Histoire indienne ; Ouvrage sans vraisemblance. Nouvelle édition revue et corrigée. Première partie et Seconde partie. « A Agra. Avec Privilège du Grand-Mogol. ». 1747. Les deux parties de cet ouvrage sont reliées avec deux autres d'Abdeker, ou l'Art de Conserver le Beauté (1754), le tout sous le titre général d’Étrennes pour les Dames (1754). Ce livre d'à peu près 15 x 9 cm, est particulièrement précieux puisqu'il rassemble deux fameux ouvrages de petits maîtres de l'époque de Louis XV (qui règne de 1715 à 1774).
Angola, histoire indienne est un conte légèrement érotique, publié pour la première fois en 1746 et dédié aux « petites maîtresses ». 'Angola' signifierait 'Sémillant' dans une langue venue de l'Orient lointain. Jacques Rochette de La Morlière (1719-1785) y dépeint une certaine jeunesse française sous Louis XV, avec ses 'gens du bel air' et tous les plaisirs qui les suivent.
Il s'agit d'un conte pour adolescents avec des fées. Dans l'introduction de l'édition de 2009, Norbert Crochet écrit : « ce qui caractérise Angola est ce ton si particulier et cet angle de vue satirique qui font avec ironie et finesse le portrait de la haute société sous Louis XV. [...] Langage particulier, préoccupations futiles, manières évaporées, culte d'un plaisir que l'on veut angola2emepartie300lmraffiné et sans contraintes, allusions érotiques et atmosphère poudrée : autant de couleurs que La Morlière emploie pour nous peindre les mœurs de cette société [...] fière [...] de ses libertés ; autant d'éléments qui font des mondains du XVIIIe siècle des êtres au moins aussi exotiques que les personnages merveilleux qui peuplent ces contes du lointain Orient. »
On y parle de poupées de mode, de la toilette, de promenades, jeux, spectacles (Opéra, Comédie), vis-à-vis, soupers, cabinets particuliers, parties de campagne, expériences amoureuses ... de beaucoup de choses qui occupent les petites maîtresses et petits-maîtres.
Il y est question de 'gens du bel air', de 'femmes et hommes du bon ton', de 'personnes de qualité', de l'air du grand monde', du 'ton de Cour' … et surtout de l'apprentissage de l'amour sensuel. Ici le plaisir est le maître-mot, comme il l'est particulièrement durant l'époque de l'écriture de cet ouvrage. S'il donne des informations sur certaines moeurs de cette époque : celles des petits-maîtres ; il n'y a cependant pas de cacouacs (voir article sur Le cacouac et le libertin) … enfin des Lumières, même si la fée principale s'appelle Lumineuse ... tout de même !
La première partie du livre est visible ici et la seconde ici.

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Une personne smart, le smarteux et la smarteuse.

Dans la cinquième photographie de l'article Lorgner et oeillades est représenté « un jeune smart ». Une personne particulièrement élégante, bien élevée, brillante … enfin ayant de nombreuses qualités sociales est dite smart. Ce mot vient de l'anglais et est utilisé en France au XIXe siècle. Ont été créés à partir de ce mot les noms de smarteux et smarteuse.

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La mode

brancherouzaud1-300Photographie : Passage de La Fin des Branchés de Jean Rouzaud (1983), première édition.
Dans l'article Aperçus de la mode française, je me suis attaché à montrer l'origine très ancienne de la mode en France et même en Occident, depuis l'Antiquité. Il est difficile de dire quand cela commence. Ce qui est sûr, c'est que dès le XVe siècle, de nombreux documents soulignent son caractère exemplaire dans les cours en particulier de Bourgogne. Pourtant je constate en lisant des articles dans la presse que certains pensent qu'elle naît avec le couturier parisien d'origine anglaise Charles Frederick Worth (1825 – 1895) et les débuts de ce qu'on appelle la haute-couture, avec ses défilés etc. Mais la haute couture aussi est beaucoup plus ancienne. Cependant les grands magasins, la confection, la mondialisation et la marchandisation changent la donne. Au lieu de marquer un commencement, la haute-couture est à la fin d'une époque de la mode française. Du moins c'est ce qu'il semble aujourd'hui bien qu'on ne puisse présager du futur. Le grand changement c'est la dernière guerre, celle de 1939-1945. En 1945 la « haute couture » devient en France une appellation juridiquement protégée. A partir de vers 1947-1950, le « prêt-à-porter » fait son apparition dans l'hexagone et les couturiers disparaissent petit à petit. Alors qu'avant on fait le plus souvent fabriquer ses vêtements à sa mesure, à partir de cette période, on n'achète plus que des produits tout faits et de moins en moins souvent en France. Les grands couturiers deviennent avant tout des hommes ou femmes d'affaires : puis leur domaine 'couture' devient accessoire, voire une simple vitrine de leur marque de prêt-à-porte ou de leur firme. Alors qu'avant la guerre la mode est un modèle que l'on suit pour créer ses propres vêtements, elle devient un concept marchand imposé, inspiré (et même de moins en moins) par quelques créateurs. Pour que la mode et Paris retrouvent leur lustre, il faudrait sans doute le retour aux couturiers et aux vêtements sur-mesure ; et même pourquoi pas à l'apprentissage de la couture pour les filles comme pour les garçons dès l'école ; ce qui redonnerait un souffle à la création qui, en ce qui concerne la mode, est souvent l'apanage des adolescents et des jeunes adultes. Deux autres choses sont importantes je crois : avant l'avènement de la haute couture la mode se fait avant tout dans la rue, les promenades, les soirées etc., et pas uniquement dans des maisons de couturiers célèbres. Ensuite les gouvernements français font beaucoup pour supporter la mode française voire créer une industrie d'Etat. C'est le cas notamment sous Louis XIV et Napoléon 1er, mais aussi sous de nombreux autres gouvernements.

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Le viveur, la viveuse et le Paris viveur.

ViveursLaGaudrioleDetail500lmPhotographies : Première page du journal La Gaudriole n°188 du 19 janvier 1893 mettant en scène un dialogue de viveurs intitulé « Joyeux viveurs ». L'illustration a pour légende : « Joyeux viveurs. - Que prenez-vous ? ».
ViveursLaGaudrioleDetail300lmLe terme de viveur semble apparaître dans la littérature à partir de 1841. Il est beaucoup employé sous Napoléon III (empereur des Français de 1852 à 1870). Dans sa série Les Viveurs de Paris datant de 1852, Xavier de Montépin (1823-1902) décrit ces personnages du XIXe siècle dans plusieurs ouvrages : Le Club des hirondelles, Un Roi de la Mode, Un Fils de famille. Il existe aussi une pièce de théâtre du même auteur ayant pour titre Les Viveurs de Paris datant de 1857 (voir ici ou ici). Nombre de ces jeunes élégants viennent à Paris pour profiter du grand monde et de ses plaisirs, cherchent à s’amuser, fréquentent le boulevard des Italiens après minuit avec le café de Paris, Tortoni, la Maison Dorée, le café Anglais, le café Foy … On retrouve dans ces textes de nombreuses résurgences de la mode du XVIIIe siècle : le goût pour les intérieurs, les voitures, la toilette, et d’autres témoignant des modes particulières au XIXe (même si beaucoup naissent au XVIIIe) : la prédilection pour les chevaux et les courses, avoir un cocher anglais, un groom … Et puis il y a tout ce qui concerne la galanterie, les choses de l’amour. Manè (pseudonyme de Henri de Pène : 1830-1888) écrit Le Paris viveur (Paris, Dentu, 1862),ViveursLaGaudriole300lm Xavier de Montépin Montépin (1823-1902) Les Viveurs d'autrefois (Paris, A. Degorge-Cadot, 1880), et d'autres livres sont publiés ayant pour thème ce sujet comme La Fin d'un viveur par Paul Perret (1830-1904).
Le terme s’emploie aussi au féminin. Les viveuses sont des femmes ayant une vie assez dissolue et ne pensant qu’aux plaisirs. Il y a viveuses et grandes viveuses. Un livre du XIXe d’Émile Faure intitulé Les Grandes viveuses (1886) est consacré à des femmes telles que la reine Margot, la duchesse de Mazarin, la Duchesse de Bouillon, la Duchesse de Vendôme, la Duchesse de Berry, la Comtesse de Parabère.
Le monde des viveurs du XIXe siècle est celui de la dépense, de l’argent. Plusieurs écrits nous dévoilent des jeunes prétendants à la vie de viveur comme ces faux vicomtes et vicomtesses du livre d’Albéric Second (1816-1887) La Jeunesse dorée (1878) qui se cassent les dents dans ce Paris dont l’urbanité est faite de murs d’argent (où la monnaie est reine). Même le romantisme passionné des nouvelle-France est confronté à cette réalité. Théophile Gautier (1811-1872) dépeint cela dans son conte (de la série Les Jeunes-France) : Celle-ci et celle-là, ou la Jeune-France passionnée publié en 1833 (voir l'article Les romantiques 'jeune France' et 'nouvelle France') où un jeune romantique cherchant une grande passion finalement se retrouve dans les bras de sa dame de ménage qui elle l’aime vraiment.

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Le perruquier, le coiffeur pour hommes et les perruques masculines.

lesperruquesretravaille300lmPhotographies 1 et 2 : « Les Perruques » Lithographie « de C. Motte, R[ue] des marais » provenant de : « Miroir (journal) ». Charles Étienne Pierre Motte (1785-1836) est l'un des premiers et des plus importants imprimeurs-lithographes du premier tiers du XIXe siècle. Le journal Miroir des spectacles, des lettres, des mœurs et des arts paraît de février 1821 à juin 1823, fourchette de temps dans laquelle on peut situer cette estampe. Celle-ci est moderne pour l'époque car elle utilise le nouveau procédé d'impression qu'est la lithographie qui ne se développe en France qu'à partir de 1817 et surtout 1820. Le papier utilisé pour cette estampe est lui aussi assez nouveau : un papier chiffon de lin vélin peut-être mélangé à de la cellulose de bois. Quant au sujet il met en scène un fabricant de perruques. Celui-ci est dans un style moderne pour l'époque. Par contre ses perruques, toutes masculines, ne le sont pas car on trouve dans son atelier, qui est peut-être aussi sa boutique, des exemples de styles empruntés depuis le XVIIe siècle. Au XIXe les perruques deviennent beaucoup plus rares pour les hommes et c'est sans doute pour cela que celles présentes dans l'atelier semblent faites soit pourlesperruquesdetail300lm le théâtre, soit pour des tenues officielles. Ou bien il s'agit d'une allusion à l'ancien régime. Il se peut que cette estampe contienne un discours sous-jacent. Dans son livre intitulé Histoire de la presse française depuis 1789 jusqu'à nos jours (Paris, Ernest Flammarion, 1900), Henri Avenel relate un procès fait au Miroir en mai 1821 : « le parquet soutint que les rédacteurs de ce journal avaient commis une contravention aux lois de la censure, parce que, si leur journal n'était pas entièrement ni ouvertement consacré à la politique, ils se servaient habituellement d'allusions, d'apologues, de tournures sous lesquels ils parvenaient à communiquer à leurs lecteurs des nouvelles ou des idées politiques. On leur reprochait surtout le fréquent emploi qu'ils faisaient du sarcasme politique. Toute la cause consistait donc en interprétations, à l'aide desquelles l'accusation s'efforçait de transformer en articles politiques des rédactions que les prévenus soutenaient n'avoir point ce caractère. L'accusation s'appuyait sur seize articles dont il fut donné lecture à l'audience, à la grande joie de l'auditoire ; c'étaient notamment : une romance piémontaise, une anecdote sur les parapluies uniformes, un article sur les divers sens de cette expression, faire des brioches, un vocabulaire à l'usage des gens du monde, un article sur les fêtes publiques et sur 25 000 petits pâtés donnés à 20 000 indigents qui n'avaient pas de pain, etc. Dupin aîné défendit brillamment le Miroir avec son esprit plein de causticité et de bonhomie narquoise ; et le journal fut acquitté en première instance d'abord, en appel ensuite. »

leperruquierassiettegien300lmCet article fait suite à celui intitulé Le Coiffeur.

Comme je l'écris notamment dans deux autres : La mode et l'hygiène et La toilette masculine : l'art du rasage, le métier de perruquier comprend ceux de baigneur, étuviste et barbier au moins jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. L'assiette du XIXe de Gien (photographies 3, 4 et 5) prouve que le métier de perruquier peut comprendre encore celui de barbier à cette époque. Cette profession implique la coupe des cheveux des hommes. Ce sont les coiffeurs qui s'occupent de la coiffure des femmes pendant tout le XVIIIe siècle, bien que les perruquiers cherchent à entrer sur ce terrain (voir l'article Le Coiffeur). Dans la définition de la sixième édition (1832-5) du Dictionnaire de l'Académie française, le terme 'coiffeur' désigne aussi bien « Celui, celle qui fait métier de couper, de friser, d'arranger les cheveux » des femmes comme des hommes.

Photographies 3, 4 et 5 : Assiette en « porcelaine opaque » de « Gien », du XIXe siècle, représentant l'intérieur d'une boutique : « 5 Le perruquier » « Salon pour la coupe des cheveux ». Au centre un perruquier fait la barbe à un client pendant qu'un autre s'essuie le visage devant une glace. On reconnaît des têtes à perruque, un plat à barbe, des ciseaux, un aiguisoir, une boîte-à-chapeau, une aiguière (pour se rincer), des vitrines avec de nombreux flacons et petites boîtes à crème ou autres dont la vente permet aux coiffeurs-perruquiers d'augmenter leur chiffre d'affaire.

leperruquierassiettegienmedaillon300lmLes premières perruques semblent dater de Louis XI (1423-1483). C'est plutôt un retour de celles-ci, puisqu'elles sont utilisées depuis la plus haute antiquité (les égyptiens aiment beaucoup s'en parer etc.). Au XVe siècle on les appelle 'fausses perruques' ou 'perruques feintes', car le terme de 'perruque' désigne alors une chevelure abondante, longue et ébouriffée ou frisée. Louis XIII (roi de France et de Navarre de 1610 à 1643) aurait lancé la mode des perruques pour hommes à la Cour vers les années 1620. A l'époque de Louis XIV celles-ci sont particulièrement volumineuses avant de devenir plus sobres au XVIIIe et passer de mode à la fin de ce siècle où les cheveux courts remplacent les coiffures aux cheveux longs réels ou factices (voir article sur Les cheveux courts).

Voici quelques images de perruques des XVIIe et XVIIIe siècles : 17e, 17e, 17e, 17e, 17e, 1672, 1680, 17e, 17e, 17e-18e, 17e-18e 17e-18e 1700, 18e, 18e, 18e, 18e, 18e, 18e, 18e, 18e, 18e, 18e, 1768 et 18e. Les perruques sont disposées sur un porte-perruque, dont deux sont représentés sur la table de la photographie 5. En voici d'autres : 1, 2 et 3. Le fauteuil à coiffer est quant à lui particulier : avec une échancrure en haut du milieu du dos comme sur le fauteuil cabriolet (entre 1750 et 1760) visible ici. Un autre est présenté dans l'article intitulé Fauteuil à coiffer du XVIIIe siècle.

Avant la Révolution, on va chez le perruquier pour s’y informer, se faire frisotter et coiffer comme l’écrit P.-F. Tissot (1768-1854 et qui a donc 21 ans en 1789) dans Les Français peints par eux-mêmes (tomes édités entre 1840 et 1842) : « Les cheveux d’un jeune homme du temps, relevés à racines droites sur son front, couronnaient sa tête par un toupet crêpé, pommadé, poudré à frimas, et accompagné de deux rangs de boucles circulaires qui rejoignaient la queue enfermée dans un ruban de soie noire. Cette modeleperruquierassiettegieninterieur300lm exigeait des papillotes deux fois par semaine avec frisure complète, opération fort longue, pendant laquelle jeunes et vieux, grands et petits, prenaient un singulier plaisir à écouter les nouvelles dont les artistes en perruques étaient toujours abondamment pourvus. » Les petits-maîtres du XIXe siècle y apprécient en plus la lecture des journaux et des derniers ouvrages à la mode qu'ils trouvent chez leur coiffeur (il est question de cela dans un passage de l'article sur Le gommeux). Quant aux cheveux frisés, ils sont une des marques du petit maître. Ils sont très à la mode, et ceci pendant tous les XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. De nombreuses images du XIXe représentent des hommes se faisant mettre des papillotes dans les cheveux par leur amie ou un coiffeur : les jeunes comme les vieux (voir l'article Boucles, macarons et papillote). Quant à l’expression « poudrer à frimas » employée dans la citation, cela consiste à lancer la poudre en l’air avec une houppe pour qu’elle retombe uniformément sur les cheveux, en ayant pris la précaution préalable de couvrir la personne d’un drap et de lui faire tenir un masque devant son visage.

La coiffure est une affaire sérieuse dans la France de la mode. Depuis l'Antiquité on la porte tantôt longue, tantôt courte. Au Moyen-âge, chez les hommes, la mode est pendant un temps aux cheveux longs ; puis le clergé les impose courts ; avant qu'ils reviennent à l'état précédent et parcourent ainsi les XVIIe et XVIIIe siècles avant d'être coupés à nouveau au XIXe (ou plutôt à partir de la toute fin du XVIIIe). Mais les boucles restent d'actualité dans les deux cas. La tendance des cheveux bouclés oblige certains à se faire deux fois par semaine des frisures ; quand ils ne portent pas tout simplement une perruque frisottée. Chez les dames, les frisures permettent aux cheveux de monter toujours plus haut en de gracieuses vagues (voir une caricature populaire de coiffure à frisure : « Frisure à la grenade sur laquelle se repose un fameux marin [le comte d'Estaing] au milieu de ses triomphes ».

© Article et photographies LM

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