On sème, on s’aime… ou l’écologie culturelle !

Écologie culturelle

Les termes et expressions signifiant de ‘nouveaux’ concepts (je mets entre guillemets, car dans notre cas, il ne s’agit pas vraiment de nouveautés mais de redécouvertes) sont souvent difficiles à assimiler, un peu comme les nouvelles modes. On les trouve ridicules. C’est le cas pour le mot « décroissance » et l’expression « écologie culturelle ». Pour les deux, ma première réaction a été du rejet… mais en y regardant de plus près…

J’ai déjà parlé de la « décroissance » ici. Au-delà du mot même raisonne une politique essentielle et inéluctable… une nécessité de revenir sur des bases saines. Bien évidemment, ce ne sont pas les mots qui comptent mais les gens qui les formulent et leur donnent du sens.

Le mot « écologie » est assez récent. Il aurait été créé en 1866 par le scientifique libre-penseur allemand Ernst Haeckel (1834 – 1919). De nos jours, ce terme est très galvaudé, des pollueurs cherchant à le discréditer ou à l’utiliser, cette manière de faire étant aussi une pollution. Du coup, il me semble logique d’avoir eu un premier réflexe de réticence à voir associer les termes « écologie » et « culture ». C’est dans le dernier numéro de Nexus (n°146 de juillet-août 2023) que j’ai découvert l’écologie culturelle, concept qui semble avoir été inventé par Patrick Scheyder et présenté par lui dans un entretien (pp. 38 – 45) tout à fait intéressant. Cet auteur montre qu’en France la nature est aux fondements même de notre culture, et que l’on a toujours été préoccupé d’environnement. Elle a notamment été défendue par des écrivains comme La Fontaine, Jean-Jacques Rousseau, George Sand, Victor-Hugo, etc. Il ne s’agit là que de quelques noms évoqués par cet artiste. Je me suis depuis longtemps particulièrement intéressé au sujet, collectionnant des gravures et livres d’avant le XIXe siècle sur le sujet des pastorales, et je présente quelques-uns de ces documents (des gravures du XVIIIe siècle d'artistes ayant évolué à Paris) dans la première partie de mon livre intitulé Écologie du sentiment, Promenades sur une année aux rythmes naturels des forêts d’Île-de-France (auto-édition, 2022). Depuis la plus haute Antiquité, et même depuis la Préhistoire,  les arts et les sciences sont associés à la nature, ceux-ci étant vus comme une imitation de celle-ci, et non pas comme un supplétif voire un remplaçant comme c’est le cas souvent aujourd’hui. La nature était le ‘maître’ de l’être humain et non pas le contraire… si l’on peut parler de cette façon.

Donc, toute la première partie de mon livre présente un point de vue de graveurs du XVIIIe siècle sur la Nature, évoquant un univers pastoral dernier reliquat d’un Âge d’Or où l’homme vivait en totale harmonie avec la nature. Patrick Scheyder fait référence à la culture française et moi plus précisément à une partie de celle de l’Île-de-France, parce qu’il s’agit des cultures de la terre que nous foulons et dont nous souhaitons conserver et transmettre la richesse. Il n’y a aucun chauvinisme en cela, mais simplement un amour pour ce qui est là, autour de nous, à nos pieds. Pourquoi aller voir plus loin ? Pourquoi aller chercher des trésors ailleurs alors que nous en sommes environnés ici et maintenant ? Si cela pouvait se comprendre autrefois où l'on était avide de découvertes, à notre époque bouger est devenu une maladie, car fait n’importe comment, en suivant des rythmes fous, égoïstes, l'esprit obnubilé par des écrans qui nous renvoient des reflets manipulés de nous-mêmes. La nature qui nous entoure est comme un corps dans lequel on est et dont on doit prendre soin pour prendre soin de soi. Si nous allons ailleurs, nous nous habillons d’un autre corps et laissons l’autre ! Croire que l’on peut être à la fois dans le premier et le second est une erreur, et passer de corps en corps, comme le font les mondialistes, nous rend malades, en même temps que nous rendons malades ces corps que nous habitons et consommons. Ainsi est-il préférable d’être dans un seul corps le plus possible, de le connaître, de l’aimer et d’en prendre soin.

La culture française est donc en lien étroit avec la nature. La plupart des poètes l’ont louée, et cela à tous les siècles, beaucoup d’écrivains, peintres et autres artistes. Il s’agit d’un sujet qui imprègne notre culture.

Il est à noter que différents mouvements contemporains vont dans le même sens que l'écologie culturelle, comme en architecture le biorégionalisme (voir la bibliographie de mon livre gratuit intitulé Façadismes & architectures RER disponible ici). Si des universitaires, scientifiques et autres intellectuels ont parlé et parlent toujours d’environnement, il est nécessaire de dire que la grande majorité de ceux qui aiment cette terre qu’ils foulent, sa culture, sa nature… sont des anonymes, et cela depuis toujours. De toutes les façons, cet amour ne peut se dire par des mots. Personnellement, j’ai passé mon enfance dans un village du Massif Central où mon esprit s’est ouvert à des beautés que l’on ne peut décrire mais que l’on peut découvrir partout où il y a de la nature, et même partout où l’on est, nous qui sommes des êtres de nature, même s’il est plus difficile de trouver et de conserver l’inspiration là où domine l’ignorance ou la méchanceté.

Photographie de la reliure et de pages du livre Écologie du sentiment, Promenades sur une année aux rythmes naturels des forêts d’Île-de-France (auto-édition, La Mesure de l'Excellence, 2022).

Ecologie culturelle
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Merveilleuses & merveilleux