Mode féminine en octobre 1786 !

Les Petits-maîtres de la Mode

Cette estampe, dessinée par Claude-Louis Desrais (1746 – 1816, ici écrit : « Derais ») et gravée par « Duhamel » (1736 – après 1800), provient du numéro du 1er octobre 1786 de la revue de mode intitulée Cabinet des Modes, ou les Modes Nouvelles, décrites d’une manière claire & précise, & représentées par des Planches en Taille-douce, enluminées.

Cette femme est dessinée avec un caraco « à l’Innocence reconnue ou à la Cauchoise ». Un caraco est une sorte de veste très près du corps. Son nom est tiré d’un fait-divers du jour, les vêtements (coiffures comprises) de l’époque prenant souvent des appellations associées aux nouveautés retentissantes (évènements marquants, pièces de théâtre ou œuvres en vogue, etc.). Ici il s’agit de l’acquittement d’une jeune femme grâce aux prouesses de son avocat M. Cauchois. Ce caraco est « de Pékin lilas », le pékin étant une étoffe de soie rayée de bandes mates et brillantes alternant. Il est « garni de deux collets, de revers & de parements de Pékin vert pomme. » Il se boutonne grâce à l’adjonction d’une pièce cousue, ressemblant à une pièce d’estomac. Les boutons, larges, sont « de nacre de perle blancs ».

Au-dessous de ce caraco, « la Femme porte un petit corset, ou un gilet, si l’on veut, de Pékin blanc.

Son jupon est de Pékin vert pomme ; il est garni d’un volant de pareille étoffe, à tête renversée.

Sur son col est un ample fichu en chemise de gaze-linon, à deux collets, dont celui de dessus est fait comme les collets de frac d’homme.

Sa tête est couverte d’un chapeau-feutre couleur queue de serin, garni tout autour des bords d’un épais & long plumet noir, où se détachent milles pointes de plumes couleur feu. La forme profonde de ce chapeau est garnie sur le devant d’une sorte d’aigrette en rubans roses, à liseret blanc. Le tour de la forme est garni jusqu’au faîte de rubans pareils.

La Femme est frisée toute en grosses boucles, dont trois lui tombent en flottant sur le sein. Derrière, ses cheveux sont noués, avec une épingle à la Cagliostro, en gros catogan, à bout frisé retombant. » Cagliostro (1743 – 1795) était un Italien fameux dans la France de cette époque, comme Casanova (1725 – 1798) mais par pour les mêmes raisons, si ce n’est leur penchant pour l’escroquerie.

« À ses oreilles pendent des boucles à la Plaquette.

Elle porte des souliers roses, falbalassés de ruban noir.

Elle tient de sa main droite son éventail ; & de la gauche, tombée par derrière, elle tient son mouchoir. »

Cette tenue suit la vague de simplification qui s’amorce à cette époque et donne après la Révolution de 1789 les robes (on devrait dire « tuniques ») à l’antique. Cette petite-maîtresse ne porte pas de robe mais seulement une jupe : un « jupon ». S’il y a un panier dessous, ce qui n’est pas certain, il est très discret, et le corset n’est plus obligatoire, pouvant être remplacé par un « gilet ». Le caraco n’est pas un vêtement compliqué non plus, de même que les engageantes aux avant-bras et la parure de la gorge (fichu à deux collets). Le chapeau est certes volumineux et raffiné de gros rubans et de plumes, mais ne nécessite pas une longue préparation pour être posé sur la tête. Quant à la chevelure, elle n’est bouclée qu’à partir de la nuque, ce qui est moins compliqué à réaliser qu’une mise en plis sur tous les cheveux par exemple. Les tissus sont d’une certaine finesse : pékin, gaze et linon. Le tout forme un agréable ensemble, cependant peu chaud pour la saison (début octobre), mais pouvant être agrémenté d’un mantelet ou même d’un manteau, par contre pas d’une redingote qui ne pourrait s’ajuster au tronc vêtu d’un caraco déjà très ajusté.

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Une petite-maîtresse anglaise

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Les petits-maîtres ne sont bien sûr pas tous des Français. De nombreux pays en ont produits. Du reste, je convie tous ceux qui ont des connaissances sur ce sujet à me contacter. On pourrait sans doute écrire les mêmes genres de livres que les miens sur les petits-maîtres chinois, italiens, anglais, etc.

Ces derniers me sont un peu plus familiers, en particulier ceux de la seconde partie du XXe siècle. Robert Smith, du groupe musical The Cure, rappelle par son style et ses mimiques certains traits de petits maîtres, ainsi que beaucoup d’autres issus de genres de divers mouvements : mod, teddy boy, ska, new romantic, new wave, fun, etc. Au début du XIXe siècle, le fashionable, puis le dandy se sont répandus dans tout l’Occident. J’ai écrit deux articles sur le macaroni (voir ici et ici) et un autre sur les beaux et les belles des XVIIIe et début XIXe siècles. Je le répète, on pourrait pousser beaucoup plus en avant l’investigation !

Quoi qu’il en soit, je vous dis tout ceci afin de présenter l’impressionnante petite maîtresse anglaise de la gravure ci-dessus, d’époque 1780 et intitulée : « A Lady in Waiting. » Celle-ci prend la pose. Elle est habillée comme c’est la mode aussi alors en France, avec quelques particularités qui la distinguent, notamment une excentricité typiquement anglaise, avec cette énorme coiffe, d’un genre pouf parisien, mais dont la rondeur est habilement accentuée par l’artiste avec le bassin de cette belle tout aussi rond, relié par son buste rectiligne, le tout prolongé par ses jambes. Les avant-bras ajoutent un rythme harmonieux à cette composition, de même que le contraste entre le sombre et le clair des habits. La couleur foncée des vêtements se limitant au buste fait ressortir la blancheur des cheveux, du visage et de la poitrine de cette merveilleuse. Le tout est très gracieux ! Le décor est moderne pour l’époque, d’un romantisme pas encore arrivé en France (il faut réellement attendre François-René de Chateaubriand) mais déjà largement installé outre-Manche, rappelant la nouvelle esthétique des jardins que nous appelons « à l’anglaise », avec dans le fond une ligne formée par la ville.

Voilà ! Vous avez fait connaissance avec une charmante petite-maîtresse anglaise !

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Considérations d’un Breton sur les gommeux

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Carte postale du début du XXe siècle, avec une photographie d’un Breton en habit traditionnel et le texte de Théodore Botrel (1868 – 1925), auteur-compositeur-interprète breton :

« Puis je contemplais les toilettes
De vos gommeux par trop bieu mis
Leurs grands faux-cols et leurs jaquettes
Leurs souliers pointus et vernis
   Je trouvais bien beaux
   Leurs brillants chapeaux
      Mais… dame !
Pour suivre d’un pas leste
Nos binious, nos hautbois,
J’aime bien mieux ma veste
Et mes sabots de bois ! »

Ci-dessous : « Le rêve d'un gommeux »

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Impasses numériques

Si internet a du bon, le sans-fil c'est la folie, et les ondes électromagnétiques un vrai problème sanitaire !

 

Conversation ?


 

 

Balisage de fauchage de persil


 

 

Du noir et blanc sur de la couleur


 

 

Essayer d'approcher le style


 

 

Tenir une merveilleuse petite-maîtresse dans sa main ?


 

 

Faire le persil sur la toile


 

 

Fauchage de persil numérique


 

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Faire genre

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Si la culture actuelle fait l’apologie de la diversité, dans les faits nous sommes dans une sorte de dictature de la diversité. Tout est noyé dans une soupe assez immonde, et la diversité fond comme neige au soleil, coupée de son lien avec la terre et son histoire, que l'on foule sans les aimer. Langues, cultures, espèces végétales et animales, paysages, patrimoines… disparaissent de plus en plus vite, notamment en France.

Même le terme de « genre » est détourné. Au milieu du XXe siècle, les milieux psychiatriques et médicaux ont donné une nouvelle définition à ce mot, qui est devenu aujourd'hui comme une revendication d'un droit à la différence, qui est plutôt celui d'un droit à la folie. Dans le même temps, il n’est plus bien vu de « faire genre » (voir la photographie ci-dessus de la vitrine d’un café ‘branché’ prise près de chez moi). Le Bon Chic Bon Genre (voir cet article) serait-il révolu ? Autrefois, c’était le contraire. On cherchait beaucoup plus à se démarquer, et les modes s’inventaient, se faisaient et se défaisaient véritablement dans la rue… le plus souvent par des inconnus. Le « bon genre », notion avant tout liée durant le XVIIIe siècle au théâtre, aux arts et à la littérature et qui commence à être employée aussi pour la mode et les nouvelles manières durant le Directoire à la toute fin du XVIIIe siècle et surtout pendant le XIXe siècle et en particulier durant sa première moitié, était encore d’une très grande originalité et toujours changeant. On évoquait aussi, depuis le XVIIIe siècle, le « grand genre ». Être ‘genre’ était une marque de distinction, de fantaisie, de diversité. En France, tout cela était une des expressions du goût, depuis au moins le Moyen Âge compris. Une preuve en est la multiplicité des petits-maîtres, depuis cette époque jusqu’à la fin de l’Ancien Régime (disons jusqu’au Second Empire). Aujourd’hui, se caractériser est mal vu, si cette individualité ne fait pas partie d’une uniformité admise. Le mot « genre » vient pourtant du latin genus : genre, origine, naissance, espèce, peuple… Il est une marque d’individualité, de personnalité, d’appartenance. « Ne pas faire genre », c’est donc se mouler dans ce qui est dominant… tout le contraire de l’esprit créatif, inventif du gandin.

Au début du neuvième cahier (numéro) de la revue de mode intitulée Cabinet des modes, du 15 mars 1786, l’auteur écrit que c’est principalement parmi les gens, et non pas les professionnels, qu’il trouve les nouvelles modes… et donc au milieu de personnes qui « font genre ». Voici ce passage : « Nous croyons qu’il ne serait pas tout-à fait indifférent pour la plupart de nos Souscripteurs, d’apprendre ce qui a pu donner lieu à telle ou telle Mode que nous leur annonçons. Nous nous engageons bien volontiers à le publier, lorsque nous le pourrons sans indiscrétion. Mais très souvent une Mode n’a pris naissance que dans l’imagination d’une Femme de goût, & qui sait se mettre avec art. Cette Femme veut donner le ton, elle veut que l’on sache qu’elle l’a donné ; mais la circonspection répugne à ce que nous la nommions pour en être l’auteur. Alors il ne nous est plus permis que de décrire cette Mode. »

Dans la revue de modes Journal des dames et des modes, publiée de 1797 à 1839, dont je feuillette ces derniers temps des pages numérisées et disponibles sur le site de Gallica, la plupart des nouvelles tendances décrites sont dites être récoltées principalement dans les promenades, les bals, chez les spectateurs des théâtres, concerts… et d’une manière générale dans tous les lieux en vogue où élégant(e)s, merveilleuses, merveilleux et beaux-fils se rencontrent… Une partie, mais moindre, s’inspire de costumes portés par certains comédiens, danseurs, chanteurs… en vogue, qui aussi véritablement lancent des modes. Bien sûr, il est fait référence sporadiquement aux professionnels (modistes, tailleurs, coiffeurs, parfumeurs…), surtout qu’à chaque génération certains se distinguent. Mais la mode n’est pas alors qu’une question d’argent… mais avant-tout une question de goût, de ton, de plaisir et partage dans la vie sociale. Les principaux créateurs sont alors les gens… qui font genre !

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Leo & Pipo

Leo & Pipo
Leo & Pipo

Leo & Pipo est un collectif composé de deux artistes dont vous avez sans doute croisé les œuvres, surtout si vous êtes Parisiens, sous la forme d’autocollants disposés dans des endroits ‘stratégiques’ de la ville, ou de collages de photographies anciennes représentant généralement des personnages en pied.

Il y a, dans leur travail, une volonté poétique de ramener à la vie le passant pris dans les mailles du monde contemporain voué à la circulation, déambulant d’un point à un autre et habillé de la tête aux pieds, et jusqu’au cerveau, de bitume, béton, rhétoriques médiatiques, consommation, idées prémâchées et autres chaînes sans fils, comme le portable auquel il est attaché comme le prisonnier d’autrefois à un boulet. Nous sommes dans une sorte de préhistoire de l’humanité, et les personnages qu’ils mettent en scène semblent plus ‘évolués’ que nous le sommes aujourd’hui avec toutes nos technologies !

Les images que j’ai choisies pour cet article sont empreintes d’une certaine élégance qui, je trouve, manque dans les rues contemporaines. L’utilisation de personnages photographiés depuis les débuts de la photographie (XIXe siècle), jusqu’aux années 1940, rappelle un temps d’avant le tout technologie, le nucléaire et une mondialisation intensive qui broie les individualités, les cultures, les particularités… dans une même soupe. Le monde d’aujourd’hui est noyé dans les images et un langage hégémonique anthropophage qui coupe le monde de la réalité du présent pour le faire rentrer dans celui de Big Brother. On détruit d’un côté ce que l’on reconstruit numériquement. La réalité, c’est une perte phénoménale de richesses : cultures, langues, paysages, monuments, espèces animales et végétales, etc. Les personnages photographiés semblent être des espèces éteintes, ou en voie d’extinction… Le sont-elles ? En particulier la pause qu’ils affichent, est en contradiction avec notre monde du passage, où les gens courent, circulent de plus en plus vite, sans jamais s’arrêter. L’art de la rue accroche le regard, accompagne le mouvement du passant pour le détourner, dans ce travail vers une sorte de suspension dans le temps et l’espace, teintée d’une certaine ironie, d’un décalage. Ces photographies, par essence figées, créent donc du rythme, un mouvement double du passant qui découvre ces œuvres : une sorte d’arrêt sur image et un retour dans un passé pas si lointain dans le temps, et pourtant très éloigné d’aujourd’hui. Cela nous renvoie aussi à notre propre posture dans la société, au ‘ridicule’ de nos certitudes, etc. Comme la musique enveloppe dans son rythme, ce travail visuel enveloppe le mouvement du passant dans son propre rythme, un autre rythme proposé par l’œuvre. L’art des rues s’exprime généralement dans la rapidité, la furtivité du geste interdit, la surprise… C’est le cas aussi par cette utilisation de papier imprimé placardé, parfois additionné de pochoir, etc. Il s’agit d’un art ‘rebelle’, mais d’une rébellion qui ne casse pas tout… au contraire… une rébellion contre l’uniformité de notre temps…

Si les sujets sont ‘vieillots’, la démarche elle ne l’est pas du tout. D’abord les supports employés sont ceux d’aujourd’hui, du temps présent : photographie, numérisation, collage, art de la rue… Ces œuvres s’inscrivent dans une démarche postmoderne, que j’appellerais « antemoderne », utilisant des images empruntées au passé pour en faire quelque chose de nouveau ! Collées sur les architectures, elles ressemblent à des revendications poétiques, des slogans figés… à des manifestes sans parole placardés sur les murs. Ce sont des manifestes artistiques sans texte !

Le travail de Leo & Pipo est aussi visible dans un livre, publié en 2016 et intitulé : « Leo & Pipo : Papier-fantôme ». À travers leur association, ils se consacrent à d’autres domaines artistiques comme la musique et la vidéo. Des projets d’expositions sont aussi en marche……

Leo & Pipo
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Conventions de modes

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De nos jours, nous pouvons travailler sur ordinateur, fabriquer des machines de toutes sortes, voyager dans l’espace, le comprendre, etc., tout cela en particulier grâce aux mathématiques. Par leur intermédiaire, notre monde nous semble saisissable, borné à l’infini… réel… incontestable… Qui peut contester les mathématiques ? Un plus un ne fait-il pas deux, et ne le fera-t-il pas toujours ? Pourtant, pour un très jeune enfant, il faut du temps pour appréhender cette opération. Pour lui, cela ne va pas de soi. On lui montre une petite voiture et un nounours, et lui dit que cela fait deux. Comme il ne comprend pas, on met en face de lui deux objets semblables comme deux pommes. Ainsi doit-il envisager que le fait d’additionner une pomme à une autre pomme, en donne deux. Pour que cela soit vrai, il faudrait que les deux pommes soient absolument identiques. Ce qui est ici additionné, ce ne sont pas deux entités, mais deux concepts de pommes. Pour autant, en mathématiques on stipule que le nombre un est égal à un. Comment ce qui est égal à lui-même peut-il faire deux ?

Nous basons notre monde sur des conventions, comme le sont les mathématiques. Ce que nous pensons être vrai, est un accord conditionné. Bien sûr, les phénomènes sont réels dans la mesure où on les expérimente par nos sens, intelligence incluse. On est réconforté en cela en s’apercevant que ce ne sont pas des choses que l’on ressent seul. Mais le ressenti reste du domaine clos de l’appréhension de nos sens, de l’interaction entre des phénomènes extérieurs et ceux-ci. Ce que nous appelons et goûtons comme « réalité », n’est pas la vérité ; elle n’est que ce que nos sens nous en montrent. Non seulement cela est compréhensible intellectuellement, mais les mathématiques même nous le disent : Selon certains calculs, la matière ordinaire représenterait à peine 5 % de la réalité, le reste étant composé de matière et d’énergie dites « noires »… inconnues… Le raisonnement et les mathématiques étant par eux-mêmes réducteurs, on peut imaginer que ce que les sens (je le répète intelligence incluse) et les mathématiques peuvent appréhender n’est qu’une infime partie de la réalité.

Nous fonctionnons selon des modes, dont une grande part est faite de conventions. Et si grâce à ces conventions nous pouvons agir sur le monde, c’est que celui-ci en est lui-même une. Cela ne forme pas la réalité, mais une réalité. Nous sommes dans une manière de voir, dans un mode. La mode est un mode qui nous donne conscience de cela, et nous fait consciemment jouer avec. Elle n’est pas aussi futile que beaucoup le croient et que certains qui la suivent le font penser. Elle est en elle-même une science qui s’aborde, selon moi, principalement par la science du rythme, dont la mesure fait partie…

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Le bon chic bon genre par un BCBG

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Fabien Sovant (photographie ci-dessus), le créateur de la marque Petits-maîtres, a gentiment accepté, avec toute l’élégance qui le caractérise, de nous parler du BCBG qu’il était vers 1988.

Le nom même de « BCBG », « Bon Chic Bon Genre », est étonnant, car reprenant deux notions essentielles de la mode française au XIXe siècle : le bon genre et le chic… eux-mêmes dans le prolongement du bon ton et de l’élégance de l’Ancien Régime d’avant la Révolution. Aujourd’hui, celui que Massimiliano Mocchia di Coggiola appelle « l’honnête homme » (voir cet article) est un peu dans cette continuité.

C’est un vrai plaisir d’avoir ce témoignage d’un véritable BCBG.

Selon Fabien, la panoplie pour un adolescent de la banlieue ouest* de la fin des années 1980 était constituée comme ci-après.

Pour le costume : « une veste de chasse huilée Barbour (je la possède toujours…) ; un pull Benetton, col rond, un jean Levi's 501 ; des chemises en tissu oxford des marques Arrow et Façonnable ; une montre Baume & Mercier, ronde, extra plate et en or, ou piochée dans une grosse collection de montres Swatch ; un polo Lacoste ou Ralph Lauren, col toujours relevé ; un blazer bleu marine ou bleu roi, aux boutons dorés, croisé et de la marque Daniel Crémieux, Ralph Lauren ou Renoma ; une veste Harris Tweed ; un loden Steinbock sapin, flight jacket Schott ou Willis & Geiger ; un pantalon en velours vert kaki ; un pantalon en super 100 ou super 150 gris, aux revers de 4 ou 5 cm ; une ceinture Hermès ; des lunettes Vuarnet modèle 02, marron, avec des verres Skilynx ou Ray-Ban Wayfarer en écaille ; des mocassins Weston Janson de Sailly (180), marron, bordeaux, bleu et noir pour les soirées rallyes dans les grands appartements du XVIe arrondissement ; des chasses Weston gold ou des Weston Golf marron foncé avec leurs pattes mexicaines ; des paraboots modèle Michael ; des docksides Sebago marron ; des chaussettes Burlington ; un caleçon Vichy bleu ou rose ; un briquet et portefeuille Dupont ; un ascot ; une écharpe Burberry ; un sac à dos Hervé Chapelier, bleu marine ou bordeaux et contenant une trousse avec au minimum un stylo Montblanc, voire cinq ou six, vert, rouge, bleu noir…, des stylos à plume, etc. »

Pour la coiffure : « Les cheveux étaient gominés, avec de la brillantine de chez Yardley que l’on ne trouvait que chez Old England à Paris. »

Les parfums préférés du BCBG : « Guerlain (Héritage, Habit rouge), Dior (Fahrenheit), Ralph Lauren (Polo), Guy Laroche (Drakkar noir) et Chanel (Antaeus). »

Pour les lieux : « le sous-sol du bar Sir Winston Churchill, rue de Presbourg à Paris (il a bien changé…), le Café de la Mairie, la brasserie La Tour de Nesle, les boîtes de nuit Castel, Chez Régine, le Bus Palladium, Le Palace, Le Privilège, L’Aquarium, Le Moulin de Gambais, Le Sheherazade, Les Bains Douches…, les cours Charlemagne (‘boîte à bac’ située rue Raymond Losserand). Bref la simplicité !!!! »

Merci pour ces informations !

* La banlieue ouest, évoquée ici, comprend tout le quartier historique (depuis au moins le Moyen Âge) de l’élégance parisienne, situé à l'ouest du château puis palais du Louvre, autour du bois de Boulogne, avec Auteuil, Neuilly, Passy (aujourd’hui le XVIe arrondissement), qui se prolonge jusqu’à Saint-Germain-en-Laye et, à partir du XVIIe siècle, Versailles, en passant par Saint-Cloud, Marnes la Coquette, etc.

Ci-dessous : Le Guide du BCBG de Thierry Mantoux, 1985.

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Ci-dessous : Page du Vogue Hommes n°109, du 1er mai 1988 et envoyée par Fabien Sovant. Évidemment, je me suis procuré ce document, qui ne parle pas vraiment du BCBG, mais plutôt d’une certaine frange de la population parisienne de l’industrie du divertissement… si on peut dire…
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Le dandysme par un dandy

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C’est la seconde fois que je rencontre Massimiliano Mocchia di Coggiola, à chacune par l’intermédiaire de la revue Dandy. Italien d’origine, d’ascendance aristocratique de surcroît et Parisien par nature, il parle parfaitement le français en y ajoutant un goût qui rappelle l’origine romane de notre langue, nous permettant de la redécouvrir par ce prisme et de la mieux savourer. Lors de notre dernière rencontre, il y a de cela quelques jours, il était impeccablement habillé dans un costume trois pièces, la cravate artistiquement nouée, le col assez haut et portant ses lunettes comme d’autres le lorgnon c’est-à-dire avec un sourcil plus relevé que l’autre. Sa très fine moustache, esquissée au-dessus de la lèvre supérieure de sa bouche, évoquait le trait du dessinateur. Du reste, toute sa silhouette semblait comme avoir été dessinée devant le miroir de sa table de toilette, de la même manière qu’il crayonne méticuleusement ses croquis, en y ajoutant de multiples détails. Il était tout à fait à l’aise, se posant avec grâce et précision sur la chaise devant moi, droit, les mains croisées sur la table du bistrot, alors que pour ma part je me contorsionnais de longues minutes, cherchant où placer les miennes qui étrangement refusaient de passer au-dessus de la table. Il resta ainsi, confortable dans cette position, presque tout le long de notre rencontre, sauf à un moment où il se mit d’un seul coup à poser, se penchant légèrement de trois-quarts en arrière, une main sur le dossier de sa chaise et l’autre sur la table. Ses doigts exhibaient trois belles bagues rutilantes d’or. Je lui fis remarquer que le goût pour un grand nombre de ces bijoux se retrouvait chez de nombreux petits-maîtres depuis l'Antiquité. Il me répondit que d’en avoir trop était cependant une marque de mauvais goût, par exemple à tous les doigts. Ce qui a retenu aussi mon attention, c’est son arrivée et sa sortie, dans les règles de l’art, déposant puis reprenant avec soin son chapeau et son par-dessus au porte-manteau de l’entrée, dans une introduction et une conclusion faisant de notre rencontre une sorte de récit, un spectacle : UN MOMENT.

Nous avons parlé de nos travaux respectifs, notamment de son livre Dandysmes, publié en octobre 2017, composé de plusieurs de ses textes, la plupart parus dans la revue Dandy, et de quelques dessins. On y retrouve l’article sur le rétro-excentrique évoqué dans celui de ce blog intitulé L’honnête homme d’aujourd’hui. Cet ouvrage est aussi composé d’un « Petit bréviaire du dandy contemporain », d’un chapitre sur « le e-Dandy », d’autres sur « le gagà », « la sprezzatura », etc.

Il le dédicacera lors d’une soirée payante organisée, le 16 février prochain à La Coupole à Paris (brasserie, haut lieu des Montparnos artistes et fêtards de l’entre deux guerres, voir cet article sur les Cafés parisiens littéraires et artistiques), par La Baronne de Paname, sur le thème du Dandy. Il exposera de ses dessins et tableaux à la Galerie Vanities, mais seulement pour deux semaines, du 14 au 30 mars, au 16 rue Popincourt, dans le XIe arrondissement de Paris. On retrouve de ses articles et dessins dans son blog. Enfin, avec son frère qui travaille dans la mode en Italie, il propose sur son site des chemises et pochettes de sa création.

Après notre rencontre, je lui ai envoyé les quelques questions ci-dessous, auxquelles il a gentiment et exhaustivement répondu… Ce dont bien sûr je le remercie sincèrement et très chaleureusement. Après ces réponses si intéressantes et délectables, les dandys novices ne pourront plus être excusés de ne pas bien faire ! On y retrouve des notions fondamentales de l’élégance, comme : son caractère originel et indémodable ; l’art de l’apparence ; l’indépendance ; l’originalité ; la détermination jamais affichée mais continuelle que cela présuppose, tout l’art consistant aussi à faire oublier l’art et même s’oublier en lui pour mieux le savourer ; le ‘luxe’ qu’elle peut créer et afficher même à partir de presque rien ; « la bravura de l’interprète », sa maestria ; son caractère ‘paradigmatique’ ; le ‘vrai’ plaisir ; la gratuité ; le partage ; l’inconfort créé par la société bourgeoise et le règne de l’argent…  Massimiliano offre aussi un regard aiguisé sur la société parisienne qu’il aime profondément, avec une humanité élégante typiquement italienne, que l’on retrouve en particulier dans l’humanisme de la Renaissance, mais déjà présente bien avant, durant l’Antiquité ; une culture qui fait de chacun une œuvre d’art, ne serait-ce que lorsqu’on parle cette langue.

– Cher Massimiliano, je crois avoir lu que vous n’appréciiez pas trop que l’on utilise l’appellation de « néo-dandysme » pour évoquer la ligne dans laquelle vous vous placez. Est-ce vrai ?

– Ce que vous appelez un « néo-dandy » n’est, selon moi, qu’une corruption gratuite du mot « dandy ». Le dandysme, n’étant pas un simple phénomène de mode mais une véritable éthique de vie, ou une philosophie des temps modernes si vous préférez, a toujours existé. Cet ajout de « néo » serait justifié si le dandy était un personnage faisant partie d’un passé révolu ou un phénomène purement transitoire. L’intérêt jamais éteint pour ce mode de vie démontre que celui-ci ne s’est jamais arrêté. Il n’y a donc pas de ‘renouvellement’ du dandysme, car les dandys sont toujours les mêmes, et ils suivent toujours les mêmes diktats.

– Pour vous, en quoi consiste le dandysme d’aujourd’hui ?

– C’est une manière d’être et une manière de s’habiller. Le dandy véritable ne pourrait pas survivre sans ses vêtements, car ils sont à lui comme les pinceaux sont au peintre : nécessaires pour s’exprimer. Le dandy est un artiste qui a besoin de communiquer son moi à travers les étoffes, la coupe de ses costumes, la couleur… Il va de soi que tout artiste qui se respecte ne se laisse pas dicter son style ou son goût par autrui. Le dandy, donc, ne se laissera pas influencer par un blogueur, un vendeur ou même un styliste : Le risque serait de perdre sa propre originalité.
Le dandy revient chaque jour au devoir de se parer d’élégance sans devenir banal, de bienséance sans être ennuyeux. Il aime surprendre les autres sans être jamais surpris.
Le dandy moderne s’inscrit dans une tradition de raffinement artistique, comme celle pratiquée par Cocteau : créer soi-même et son œuvre dans le même geste. Et tant pis s’il n’est pas un artiste : Sa seule présence dans un lieu public s’apparente souvent à de la performance [artistique] !

– Être un dandy à notre époque du prêt-à-porter est-ce difficile ?

– L’élégance n’a presque rien à voir avec l’origine d’un vêtement. On peut être élégant dans un costume sur-mesure autant que dans un costume acheté en boutique, pourvu qu’il corresponde a certaines normes dites « classiques » qui ne devraient pas être visiblement apparentées à la mode la plus commerciale.
Ce qui 'fait' l’élégant c’est son allure, son physique, sa façon de faire et de parler, de se sentir à l’aise en toutes circonstances. Je suis fermement convaincu qu’on peut être élégant même avec un gilet jaune. On peut cramer une Maserati avec bien plus de panache qu’on en prendrait pour la conduire.

– Le sur-mesure est-il une condition sine qua non au dandysme ?

– Le sur-mesure est le nec plus ultra du raffinement en matière de garde-robe. Après, il faut apprendre à se démontrer élégant avec. Je connais un tas de gens qui sont clients de tailleurs italiens ou parisiens sans pourtant arriver à se débarrasser d’une certaine aura de fausseté, de prétention ou de banalité. Pourtant le sur-mesure reste le rêve des élégants, et il y a de quoi : C’est une garantie d’originalité, de dureté dans le temps (et donc économique). Pour le dandy, qui cultive la distinction comme d’autres cultivent leur être fashionable, le sur-mesure est bien évidemment une sorte de nirvana.
Un ami disait, non sans ironie, que la différence entre un costume taillé sur-mesure et un bon costume de prêt-à-porter, est la même qu’entre une symphonie et son adaptation pour piano solo. Je rajouterais que l’adaptation mérite notre attention du fait de l’effort apporté dans la ‘réduction’ musicale, qui va être mise en valeur par la bravura de l’interprète.

– Quels sont les rythmes (les usages, manières…) les plus prégnants du dandysme ? Quelles sont les vertus essentielles du dandy ?

– Je pense que j’ai déjà répondu en partie à cette question dans mes précédentes remarques. Mais si je devais penser à une vertu première, je dirais : les apparences avant tout. L’élégance n’étant pas seulement vestimentaire, elle doit toucher entièrement le mode de vie du dandy, ce qui le rend un paradigme en soi. Les passions sont méprisables quand elles décoiffent. La recherche du plaisir est un des moteurs qui anime le dandy, tant que cela ne le rend ni vulgaire, ni bestial.
Certaines valeurs aristocratiques règlent le mode de vie du dandy : Voilà qui est loin de l’échelle des valeurs de nos contemporains. Là où on nous apprend à diviniser l’homme qui travaille, le dandy a la ferme volonté de ne rien faire. Là où on nous impose l’argent comme digne fruit de nos efforts, le dandy vise au partage, au don gratuit, à la dépense immodérée – même quand il est pauvre. Baudelaire était contre la société bourgeoise qui met le travail et l’argent, les « professionnalismes », au sommet de la pyramide. Le dandy se veut donc superflu, inutile ; et Gabriele d’Annunzio d’affirmer, dans son journal : « Je suis un animal de luxe, le superflu m’est nécessaire comme l’air que je respire ». Toujours est-il que ces gens étaient parfois bel et bien obligés de travailler, malgré leurs idéaux… Dans la société de consommation actuelle, pas trop différente de la société bourgeoise tant détestée par Baudelaire, le dandy incarne un style de vie luxueux ; certes pas parce qu’il achète des produits coûteux, mais parce que son mode de vie lui coûte des efforts que la plupart des gens n’envisagent même pas. Le dandy n’achète pas des produits de luxe : Il fuit soigneusement le marché qui voudrait lui coller une étiquette (horreur !) pour mieux lui vendre des choses ; et ceci est probablement une forme de luxe ultime.

– Vous êtes Italien d’origine, et l’Italie a une très longue tradition d’élégances. Pouvez-vous nous formuler quelques notions essentielles qui en sont issues, comme la sprezzatura qui rappelle celle cicéronienne de Neglegentia diligens (l’insouciance consciencieuse) ou l’adage médiéval qui stipule : Ars est celare arte (l’art consiste à cacher ce qui est du domaine de l’art) ? Y-en-a-t-il d’autres ?

– L’Italie doit sa prétendue tradition d’élégance à son histoire culturelle ancienne, qui date de la Renaissance (mais il faut dire aussi qu’on n’a rarement fait mieux après le XVIe siècle). Je ne crois pas que les Italiens soient spontanément plus élégants que les Français, car on parle ici de choses qui doivent être étudiées, cultivées ; mais c’est vrai que, d’un côté, on dispose de plus d’artisans qui maintiennent vivante une certaine tradition. D’autre part, les Italiens, qui aiment s’inscrire dans cette tradition, feront plus d’efforts pour la faire vivre qu’un Français, se sentant quelque part ‘responsables’ de l’image de leur pays. Il s’ensuit qu’un Italien bien habillé en trouvera toujours d’autres à ses côtés pour le rassurer et lui donner une raison d’être, tandis qu’un Français aura du mal à se rapporter au jugement de ses concitoyens, souvent totalement dépourvus d’intérêts dans ce domaine-là.
Une chose qui fait fantasmer les étrangers qui désirent mieux s’habiller, est cette mystérieuse sprezzatura dont parlait Castiglione dans son manuel à l’usage des courtisans de la cour d’Urbin (on revient à la Renaissance). Le mot décrit exactement ce que stipule l’adage médiéval, sans rien de plus, à savoir que la sprezzatura pouvait définir non seulement une façon de s’habiller mais surtout une manière d’être, de se comporter, d’agir. C’est probablement là le quid de la question, qui n’est pas toujours compris par ceux qui ont des prétentions à l’élégance. J’ai lu des articles français et anglophones essayant de démontrer que la sprezzatura était dans le sang même de mes compatriotes ! C’est donc plus facile de croire dans un mystère que de savoir l’expliquer ?

– Vous êtes un chroniqueur de la vie ‘modaine’, en particulier parisienne, dans laquelle vous évoluez, et que vous croquez sous la forme de dessins et d’articles, notamment pour la revue Dandy. Vous contribuez aussi à faire vivre cette scène en participant à des soirées, en travaillant pour des groupes de musique, en collaborant avec des galeries, des photographes, des écrivains, des artistes, etc. Qu’est-ce qui vous attire dans tout cela ?

– La plupart des dandys répondraient : « l’ennui, je suppose », mais je préfère être franc avec vous et vous dire que c’est la peur de l’ennui qui me fait bouger, sortir, dessiner, écrire. J’ai toujours eu un faible pour les « physionomies » du XIXe siècle, les descriptions de ces personnages qui, sans cela, nous resteraient inconnus. J’aime l’idée que, à ma manière, je suis en train de faire la même chose : À travers mes écrits, je donne la voix (qui reste pourtant toujours mienne) a des gens intéressants qui ne seront jamais dans les livres d’histoire. Pourquoi ? Parce qu’ils ne font rien de révolutionnaire, politiquement parlant. Mais la culture est là aussi : dans les détails de l’humanité. L’être humain existe aussi grâce à la manière qu’il a de s’amuser, de produire l’inutile et de cacher ses misères.
J’ai plusieurs 'talents' probablement ; et celui de participer (pour le peu que j’en fais) à mon époque en me mêlant à des soirées, des projets artistiques et musicaux, etc., en fait partie. Je trouve qu’on est en train de vivre une période de renouvellement culturel extraordinaire ; et même si je ne suis certainement pas d’entre ceux qui conduisent la carrosse, j’aime au moins l’idée d’en être un des passagers.

– Pourquoi avez-vous choisi de vous installer à Paris ?

– Je suis à Paris pour des raisons personnelles : Ma femme habitait déjà cette ville. Venir à Paris m’a fait l’effet d’un électrochoc : Je ne pourrais pas vivre ailleurs qu’ici ; j’aime cette ville et ses habitants, ses Parisiens purs et durs et ses Étrangers farfelus qui, comme moi, font vivre un coté de la « ville lumière » qui fait bouger et qui transforme les gens.

– J’apprécie tout particulièrement vos dessins de nos contemporains et en particulier de nos soireux. Personnellement, c’est souvent chez des journalistes, dessinateurs et ‘caricaturistes’ que j’ai trouvé les informations les plus intéressantes sur les gandins des XIXe et XXe siècles (La Mésangère, Debucourt, Gavarni, Bertall, Daumier, Cham, Champsaur, Millaud, Sem…). Dans les années 1980, quand j’avais 16 ans, j’aimais beaucoup suivre les péripéties dessinées du noctambule parisien Jean Rouzaud. Je suis content de constater que vous vous inscrivez dans cette continuation, à votre manière bien sûr. Parlez-nous de l’exposition de vos tableaux et dessins qui aura lieu prochainement à Paris ?

– Merci beaucoup !
Mon exposition se tiendra du 14 au 30 mars à la Galerie Vanities au 16 rue Popincourt, dans le XIe arrondissement de Paris. C’est une belle occasion pour moi de montrer mon travail publiquement ; et je suis heureux que Thierry Tessier m’ait contacté, car sinon je n’aurais jamais pensé montrer mes ‘babioles’. Je vais donc exposer presque tout ce que j’ai fait ces derniers 10 ans (et qui mérite d’être vu !) : beaucoup de dessins et quelques toiles, essentiellement des portraits de mes amis, de ces « soireux » que j’affectionne tellement. Des êtres étranges, excentriques, tous extraordinaires chacun à sa façon. J’espère les voir tous réunis pour le vernissage !

– Merci beaucoup pour cet entretien. Pour finir, pouvez-nous nous dire comment faire pour se procurer votre livre, s’il vous plaît ?

– Merci à vous ! Mon livre Dandysmes est un recueil d’articles parus sur Dandy Magazine ces dernières années, plus quelques textes inédits. L’éditeur, AlterPublishing, travaille exclusivement sur Internet : Vous trouverez donc mon bouquin sur les plates-formes virtuelles habituelles.
Pour voir mes dessins et lire certains de mes articles : www.mmdc-art.com
J’ai aussi une marque de chemises et de pochettes, en collaboration avec mon frère Francesco : www.mocchiadicoggiola.com

Les Petits-maîtres de la Mode

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Petit-maître, une nouvelle marque de lunettes

Les Petits-maîtres de la Mode

Regarder avec insistance n’était pas autrefois une impolitesse… du moins si cela était fait dans les règles de l’art. Le regard était, et est sans doute encore, la première expression, avant même la parole… Peut-être la silhouette et la tenue viennent-elles avant… N’empêche, durant l’Ancien Régime on se lançait des œillades entre parfaits inconnus. On utilisait aussi une multitude d’objets intermédiaires permettant de lorgner : bésicles, faces-à-main, lunettes, monocles, pince-nez, lorgnettes, etc. J’ai déjà écrit un article sur ce sujet, publié il y a près de dix ans et intitulé Lorgner et oeillades.

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La lunette est donc un ancien accessoire de l’élégance, et c’est avec plaisir que j’ai appris que M. Fabien Sovant, l’un des tous premiers acheteurs de mon livre, avait créé la marque Petit-maitre.

Je lui ai demandé de répondre à quelques questions afin d’en savoir plus sur lui, ses lunettes et sa passion des petits-maîtres !

– Bonjour Fabien. J’ai été très agréablement surpris quand vous m’avez parlé de votre projet de créer la marque Petit-maitre, ce qui était très élégant de votre part de me tenir informé. Pourquoi avoir choisi ce nom ?

– En fait, j’ai déposé la marque Petit-maître en 2001. Je l’utilisais à l’époque pour signer les lunettes sur mesure que je faisais réaliser pour des clients hors norme intellectuellement et /ou morphologiquement. Ce nom m’est apparu pour la première fois en 1995, après la lecture de Précis d’Extravagance de Patrice Bollon illustré par Stefano Canulli. J’ai alors eu envie d’utiliser ce groupe de mots antagonistes qui signe le point de départ des mouvements d’extravagants dans l’arbre généalogique des styles. En faire une marque inspirée du passé avec la technologie du futur a immédiatement augmenté mon taux d’hormone du bonheur.

– Selon vous qu’est-ce qui fait le petit-maître ?

– Qu’importe le jugement des raisonnables.

– Le choix d’allier avant-garde, style et passé est une gymnastique qui n’est pas aisée. Vous semblez y arriver en y adjoignant un je-ne-sais-quoi d’humour et de légèreté, légèreté qui caractérise vos lunettes ! Quels sont leurs autres points forts ?

– Effectivement ! les montures ne pèsent que 8 grammes. Elles sont fabriquées dans une matière qui se prête sans tortiller à la performance : Le polyetherimide, mis-au-point en 1982 par la firme américaine General Electric Plastics, a éprouvé ses multiples vertus en s’enfouissant dans les entrailles de l’électronique, de l’automobile, de l’aéronautique, de l’électro-ménager. Plus robuste que le slip blindé des super-héros, plus flexible qu’un acrobate désossé, plus légère et confortable qu’aucune autre fibre optique, inaltérable, ininflammable, résistante à tous les rayons et même ceux qui n’existent pas encore… Le prix est de 150 euros.

– Où peut-on se procurer ces lunettes ?

– Elles sont à découvrir, essayer et adopter exclusivement à Paris. Sur rendez-vous, à domicile, à l’hôtel, au bureau, au bar l’hiver, au square l’été, je me déplace en deux roues avec ma collection, mon matériel de prise de mesure et mon lecteur de carte vitale. Je suis opticien de maison, j’ai créé ma société La conciergerie lunetière de Paris pour que mes clients puissent s’équiper sans perte de temps, à moindres frais et sans contrainte horaire (7 jours sur 7 et de 8H à 23H).

– Quels sont vos projets pour 2019 ?

– Être aussi heureux que possible, continuer de croiser le chemin d’hurluberlus attachants et que mes clients se transforment toujours en amis.

Les Petits-maîtres de la Mode

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Les mouvements de mode

Les Petits-maîtres de la Mode

Un mouvement de mode et un courant inventé par une frange de la population, généralement une nouvelle génération, qui crée son propre style incluant divers rythmes neufs dans le domaine de la musique, la danse, le langage, l’habillement, les manières, etc.

Même si la locution « mouvement de mode » est déjà utilisée au XIXe siècle, elle semble prendre ce sens seulement à partir des années 1970. Elle est popularisée par le livre Les Mouvements de mode expliqués aux parents de Hector Obalk, Alexandre Pasche et Alain Soral, paru en 1984.

Au XXe siècle, les mouvements de mode sont surtout anglo-saxons et liés au rock’n’roll, mais avant cela ceux-ci s’inventent principalement en France. Dans mes livres sur les petits-maîtres, je donne des centaines de noms de gandins liés à un mouvement de mode spécifique, et cela depuis l’Antiquité. Par exemple, durant le Directoire (1795 – 1799), le principal est porté par les merveilleuses et les incroyables qui ont leurs lieux de rencontre (jardins de Tivoli, boulevards, cafés…), leurs habits très originaux, leurs manières de se mouvoir, leurs façons de parler (par exemple sans prononcer les « r »), leurs danses (principalement la valse nouvellement importée à Paris), leurs chanteurs, musiciens, comédiens et danseurs (Garat, Talma…), etc.

Photographies ci-dessus provenant du livre Les Mouvements de mode expliqués aux parents.

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Catharsis obligatoire ?

Les Petits-maîtres de la Mode : Carnaval

Le goût pour le déguisement est une des raisons de l’importance qu’occupe la mode en France. Par « déguisement », je veux dire être « hors guise ». Savoir être original, inventer, se particulariser est, depuis le Moyen Âge compris et pendant tout l’Ancien Régime, une marque de goût, de distinction… Bien sûr, si cela est fait avec finesse. Ceci dit, si le ‘bon goût’, les belles, fines et courtoises manières sont importantes, des soupapes de défoulement sont aussi nécessaires, afin de sortir de l’image que l’on donne ou se crée… ou que la société nous apprend à composer ; aussi parce que le plus important est peut-être de savoir se relaxer, se relaxare, profondément ! Les saturnales romaines, la fête des fous médiévale puis le carnaval de l’époque moderne (à partir du XVIe siècle) occupaient une place importante dans le calendrier… moments où l’on bouleversait, mettait sens dessus dessous tous les codes sociaux.

Les noms de gandins en relation avec la joie et la fête sont nombreux. Le philéortos et le philokômos grecs, et le comissator romain sont les ancêtres du gaudin, de la gaudine, de la gaudinette, du gaudisseur, de la gaudisseresse, du gaillard, de la gaillarde et du gogoi médiévaux, eux-mêmes prédécesseurs du flambard, du noceur, du viveur, de la viveuse, du soireux, du noctambule, du fêtard et du teufeur (« fête » étant « teuf » en verlan) des XIXe et XXe siècles… autant d’appellations exprimant la joie et/ou la fête ! Cela est sans compter beaucoup d’autres, comme ceux liés aux masques (personnages) de carnaval, ou à la danse comme pour la polkeuse et le polkeur adeptes de la polka ; la musardine, la casinette et la pré-cétalanière ont des noms en relation à des lieux de bals réputés ; on peut ajouter la bastringueuse, le guincheur, la musette, le gigolo (de gigue, instrument de musique et danse), la gigolette, etc. Je ne détaille pas tout cela étant déjà fait dans mes deux premiers ouvrages (quelques pages en photographies ci-dessus, cliquer sur l’image pour un agrandissement). Au XXe siècle jusqu’à aujourd’hui, beaucoup de nouvelles danses et musiques portent le nom de ceux qui les véhiculent ou le contraire, comme pour les charlestons, swings, rockeurs (rock’n’roll), rappeurs (rap), punks, new-waves, technos, grunges, etc. Toutes les dénominations citées dans la dernière phrase ont une origine anglo-saxonne. En France, des mouvements liés à la fête et à la danse continuent d’être inventés, bien que beaucoup moins fréquents qu’aux siècles précédents, comme autour de l’univers de la java, durant l’entre-deux-guerre, qui a sa musique, sa danse, son style (genre mauvais garçon apache, casquette et rouflaquettes…), etc. Dans les années 1980, éclot un autre nouveau genre, qui ne dure que quelques années, mais est assez retentissant et complètement délirant. Il reprend l’énergie du punk et plusieurs de ses thèmes comme l’anarchie, l’habillement, la coiffure, la musique, la danse, en y ajoutant du festif coloré, de la dérision pure, du politique et des paroles en français, le tout teinté d’influences venant du monde entier. Parmi ces groupes d’une scène dite « alternative », le plus connu est Bérurier noir, suivi par Ludwig von 88 et beaucoup d’autres, comme Les endimanchés, etc. Laurent Manet, un des fondateurs de Ludwig von 88 nous a prêté les photographies du groupe ci-dessus à gauche et ci-dessous ; la première datant de juin 1985 et conçue pour la revue Best par Jean-Yves Legras, et la seconde de novembre 1986, étant une photographie de Daniel Lainé composée lors d’une séance pour Actuel, la revue « branchée » (terme de l’époque) des années 1980.

Ludwig von 88

Laurent Manet est un artiste qui non seulement fait de la musique mais aussi des BD (La Véritable histoire de Beethoven) des objets déco et des figurines comme celle ci-dessous, qu’il a intitulée « L'inc'oyable muscadin » (voir ici et pour l’achat ici), réalisée dit-il : « dans le style du film Orange Mécanique », et qu’il a créée à la suite de la lecture de mon premier livre ! En dessous il s'agit d'un zazou ! Laurent est un véritable passionné de l’univers des mouvements de mode, en particulier de ceux du rock qu’il connaît bien, aussi de toute évidence dans la lignée des rebelles petits-maîtres depuis les gaillards et les godelureaux médiévaux, jusqu’aux zazous et ceux qui viennent ensuite.

Les Petits-maîtres de la Mode : Carnaval
Les Petits-maîtres de la Mode : Carnaval

C’est véritablement un plaisir de voir faire revivre l’univers des petits-maîtres. Dans un prochain article je parlerai d’une autre personne, une autre des premières à avoir acheté mon livre, faisant resurgir cette fois le nom de « petit-maître » à travers des lunettes !

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L’honnête homme d’aujourd’hui

La revue Dandy

On distingue, selon moi, trois formes d’élégances principales. La première est entièrement dans l’apparence, une certaine forme d’exubérance cependant moderne, inventive, créatrice. Elle est celle des petits-maîtres proprement dits, parmi lesquels on compte l’incroyable, la merveilleuse, le kallopistês, le gommeux, le dandy, le zazou, le corpurchic, la coquette, le jeune-France, le trossulus, le mignon, le coqueplumet, la précieuse, le beau, etc. La seconde est une élégance consommée, qui engage non seulement le corps mais aussi l’esprit, comme pour le « beau et bon » kaloskagathos, le vir magnus, la gente dame, le gentilhomme, la personne de qualité, l’élégant, le bel-esprit, le galant,  etc. La troisième sorte d’élégance est celle du sage. Je ne pense pas qu’il existe différentes formes de sagesses, mais, selon les siècles, on donne divers noms à ceux que l’on considère ou qui se pensent ainsi… Là, franchement, peu importe les appellations. Évidemment des mélanges peuvent se produire entre les trois, les premiers cherchant à être les seconds, les seconds pouvant aussi être de la première catégorie. Quant au sage, comme l’écrit un poète chinois dont j'ai oublié le nom : « Qui dit que le sage est sage s’il n'accepte telle condition ? » Catégoriser est pratique mais trancher inutile.

Cette mise en situation me permet de venir au sujet de cet article, composer après la lecture d’un autre, de la revue Dandy d’octobre – novembre 2018 et intitulé « Les honnêtes hommes ». Il s’agit d’une analyse sévère d’un genre ‘nouveau’ de gandisme.

La critique, si elle peut blesser l’individu qui en est le sujet, surtout quand elle n’est pas justifiée, souvent permet aux personnes extérieures de récolter des informations. Une très grande partie des documents d’époque sur les petits-maîtres en sont, ou des caricatures de ceux-ci.

Je vais essayer de ne pas être trop tranché et polémique et de révéler l’intérêt de ce papier. Le premier donc a été de m’informer sur un ‘nouveau’ genre de gandin. Je dois avouer que je suis plutôt affamé dans ce domaine, ne trouvant dans notre monde, et particulièrement en France, plus beaucoup d’élégances créatives, et encore moins d’élégances pures.

L’auteur utilise le nom « honnête homme » de manière péjorative. Comme je l’écris dans Les Petits-maîtres de la mode, le premier honnête homme naît sans doute avec l’époque moderne qui débute avec la fin du Moyen Âge, et est un des nouveaux modèles de civilité et d’élégance à partir du XVIIe siècle. Il s’inscrit dans les Lumières. Cette appellation, plutôt valorisante, est ici détournée, comme autrefois on appelle « rococo » « baroque » ou « céladon » un individu qui suit des modes passées.

Le journaliste le décrit comme « Parisien », ce qui est une marque de la grande majorité des petits-maîtres, depuis le XVIIe siècle ; Parisiens parmi lesquels on peut compter quelques banlieusards comme le Versaillais.

« Son rêve balzacien est prosaïque : devenir un membre reconnu de la société des élégants de la capitale ». Là aussi l’élégance est un sujet important des gandins.

« Il a entre 25 et 30 ans et vit en couple avec sa compagne depuis la post-adolescence, ne se pacse pas (horreur!) mais va droit au mariage […] ». Cela évoque le BCBG (Bon Chic Bon Genre) des années 1980 ou le versaillais. Cela rappelle aussi que l'histoire de l'élégance française s'est construite en grande partie autour de la relation avec la dame, notamment à travers la courtoisie et la galanterie.

L’auteur le dépeint de droite « bourgeoise », puis d’« anarchiste de droite ». La liberté, un certain libertarisme, est une notion primordiale chez les petits-maîtres, depuis toujours (voir un prochain article).

Il recherche le sur-mesure (voir mon article sur La Mesure où son importance est évoquée). « Son concept de l’élégance est finalement très français : on ne pourrait faire mieux. »

« N’arrivant pas à digérer l’idée que le style “à la française” s’est éteint lorsque l’on a commencé à guillotiner les gens, il se limite à admirer les produits de l’art sartorial anglais et se sent partagé quant aux tailleurs italiens. » Il est vrai que depuis la Révolution les choses se passent ainsi chez beaucoup d’élégants français.

L’auteur continue en le portraiturant mélangeant une élégance raffinée à une « excentricité bariolée », ce qui est à la source de l’élégance française, avec un goût profond pour la haute qualité et les falbalas et autres formes de ‘personnalisation’. Il a donc du galbe. Comme l’écrit Georges Matoré dans Le Vocabulaire et la société sous Louis-Philippe (1967) : « Avoir du galbe, c’est posséder ce que l’on appelle familièrement aujourd’hui du “chic”, c’est-à-dire quelque chose d’intermédiaire entre l’élégance et l’originalité. »

« Terrorisés par le spectre de l’excentricité, les honnêtes-hommes se persuadent d’être des gens normaux, habillés “convenablement”. » Il est vrai que cherchant très souvent l’élégance, le gandin peut être tiraillé entre celle-ci et d’un autre côté son exubérance foncière, son besoin continuel de création, de joie, de bousculer les frontières, celles même de l’élégance.

Enfin, comme beaucoup de gandins, ces « honnêtes-hommes » appartiennent « à une sorte de tribu » : « Comme des adolescents, les honnêtes-hommes se sentent bien en groupe [...] » et aiment faire « un vaste étalage d’eux-mêmes ». Là on est dans les mouvements de mode, comme tous les jeunes gens en inventent en France à chaque génération, surtout jusqu’au milieu du XXe siècle, avant que l’Angleterre fasse surgir les plus originaux d’entre eux. C’est pourquoi je suis toujours très heureux de découvrir un mouvement contemporain venant de France ! L’auteur les caractérise comme étant très discrets. Ils font étalage d’eux-mêmes tout en cherchant la discrétion (surtout semble-t-il pour se démarquer du monde actuel consumériste et souvent très vulgaire). La contradiction est très fréquente chez les gandins, car elle permet de bousculer les barrières, les limites, comme déjà dit : par soif de liberté.

Tels que révélés par le compositeur de l'article, ces gentilshommes sont donc dans la lignée des petits-maîtres, et se démarquent d’autres personnages contemporains comme le (ou la) steampunk, le nouveau dandy (dont l'auteur se revendique) ou le chap anglais (voir ici et ici) et la chapette (le chapisme serait aussi appelé « anarcho-dandysme »).

Dans la même revue (n°50, d'avril 2014), ce journaliste nous avait déjà gratifié d'un autre sujet intéressant : le retro-excentrique, mais attaqué avec la même virulence, avec une belle illustration dessinée par lui-même (cliquez sur la photographie ci-dessous pour accéder à l'article).

La revue Dandy

Un grand merci donc pour cet écrit sur les honnêtes hommes d’aujourd’hui, et mes plus respectueux hommages à ces gens qui, s’ils ne sont pas rêvés, m’apportent par leur existence même un certain soulagement. La lecture de cet article, découvert juste avant Noël, fut pour moi un véritable cadeau ! Et je dis cela sans aucune ironie… préférant un humour délicat. Oui parfois le cœur saigne, surtout chez un amoureux du gandisme au milieu de ce début de siècle ; et avide de réconfort, il arrive à en trouver là où le but n’est évidemment pas d’en donner.

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Réjouissances

Entrée du Baron du Caprice chez Mlle des Faveurs

Pour commencer la nouvelle année, voici un article sur l’amusement. C’est important de rappeler que de nos jours, globalement évidemment, on fait beaucoup moins la fête qu’autrefois.

Pouvons-nous concevoir aujourd’hui une société avec plus d’un tiers de l’année constitué de jours fériés ? C’était le cas à certaines périodes chez les Romains. Comme je l’écris dans mon livre sur Les Petits-maîtres du style, de l’Antiquité au XIe siècle, durant l’Antiquité, à Rome, on distinguait les fêtes ‘individuelles’ (entre amis, familiales, etc.), les jeux (les ludi) qui étaient annuels et les ludi votivi qui n’avaient lieu qu’une fois afin de célébrer par exemple une victoire. À la fin de la République, on comptait dans une année, paraît-il, huit ludi répartis sur soixante-dix-sept jours chômés, et sous l’Empire, jusqu’à cent-soixante-quinze jours étaient consacrés à de telles réjouissances. Certains ludi votivi pouvaient durer plus de cent jours. Imaginez des mois de fêtes, fériés et organisés par l’État. De nos jours celui-ci pense davantage à en supprimer qu’à en ajouter !

Il est aussi intéressant de constater que parfois, dans l’histoire, face aux grandes catastrophes, on répondait par des festivités. Le théâtre est né à Rome lors de certaines organisées pour conjurer des épidémies de peste.

Dans l’Ancien Régime, Paris comptait des centaines de bals ouverts sur l’année, dont des bals publics, et beaucoup plus de jours fériés qu’aujourd’hui. Les dimanches personne ne travaillait, aucun magasin n’était ouvert. Dans les campagnes, les longues nuits d’hiver se passaient en partie en veillées, et dans les villes en fêtes. Lors des fêtes officielles, chaque quartier organisait son bal public, parfois chaque grande rue !

Voilà une belle façon de manifester : en organisant des fêtes... en s’amusant. Pourquoi pas ?

Je vous souhaite une Réjouissante Année 2019 !

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Ataraxie

L’ataraxie est l’absence de troubles. D’après les stoïciens, ce qui trouble l’être humain, ce ne sont pas les choses, mais l’opinion qu’il s’en fait. L’opinion est en effet une chose bien petite. L’ataraxie est proche du phlegme britannique, de son humour ; elle est l’expression de l’esprit français du bel air et bien sûr du gandin, et de la joie qui en émane.

Les Petits-maîtres de la Mode

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Brève histoire de la galanterie

Les Petits-maîtres de la Mode

Faites ce que vous voulez ! Tant que cela ne nuit à personne, il n’y a aucune raison de s’en priver.

Moi, ce que j’aime, c’est l’univers de la galanterie. Enfin pas n’importe lequel. De quoi s’agit-il ? D’un état de l’esprit transmis depuis la plus haute Antiquité, notamment par des philosophes comme les platoniciens puis les néoplatoniciens, puis à travers la fin’amor médiévale (la courtoisie), et la galanterie à partir du XVIe siècle. Quand je dis « transmis », je veux dire par là un état d’union ‘spirituel’, d’esprit à esprit. C’est un état d’esprit, de notre esprit ; c’est l’esprit même, dans toute son infinité et sa subtilité : un trésor que chacun possède, même si beaucoup peut-être le négligent. Rien de plus facile que de l’atteindre finalement, car notre esprit est toujours présent. Pas besoin de se déplacer ni d’être initié pour accéder à lui.

Les dialogues de Platon sont des exemples de moments où les esprits se rejoignent et se révèlent. Mais la parole n’est pas nécessaire… le moment adéquat peut-être… par exemple celui d’une agréable journée, dans un climat non pollué, baignée de soleil et de brise légère sur le chemin d’un jardin d’Athènes, au milieu d’essences végétales répandant leurs délicieuses effluves.

C’est en relisant dernièrement Le Grand Dictionnaire des Précieuses, historique, poétique, géographique, cosmographique, chronologique et armoirique (1661) d’Antoine Baudeau de Somaize (auteur du XVIIe siècle dont on ne connaît pas les dates), que j’ai eu envie de parler ici de ce sujet. L’écrivain y évoque l’antiquité de l’origine des précieuses, qui du reste font constamment référence à la Grèce ancienne et se donnent des noms lui étant empruntés. Leur temps est celui des premiers petits-maîtres de la Fronde, celui de la fin d’un temps, dont elles sont, comme eux, finalement un des derniers témoignages, si on peut s’exprimer ainsi, car l’esprit ne meurt pas. Elles n’ont pas inventé le dialogue près du lit (la ruelle), les cercles littéraires, les conversations philosophiques, les échanges poétiques, etc. D’autres l’ont fait avant elles, pas seulement des Grecs et des Romains, mais aussi des dames médiévales et du XVIe siècle dont les précieuses sont des descendantes ou qui les singent ; des dames dont la plupart sont restées inconnues. Ce ne sont pas bien sûr que des femmes… au contraire… puisque tout dialogue courtois ou galant présuppose que chaque sexe soit présent, dans un rapport de couple spirituel, qui peut bien sûr devenir charnel, puisque la nature a fait les corps féminin et masculin pour se compléter… dans un objectif éminemment procréatif, comme c’est le cas chez les animaux. Tout est dans le raffinement de ce que la nature a donné, pour en faire un joyau : purification des esprits à travers notamment la poésie et la philosophie, et des corps à travers la langue, la toilette, la danse, etc. Tous ces esprits, baignés dans la musique et la danse des sphères, dans l’infinité du présent, côtoyant la grandeur et la majesté du monde, restent inconnus du commun. Ce sont souvent par ceux qui cherchent à les imiter que l’on se fait une idée de leur présence… de leur beauté. La beauté, une chose très importante dans cet univers… et qu’aujourd’hui on oublie dans notre culture, comme si celle-ci était la marque d’une discrimination, et que seule la laideur puisse rassembler. Un passage de la Lettre de Gename à Niassare de Michel de Pure (1620 – 1680), met en avant l’importance accordée à la beauté, dans l’univers des précieuses.

Voici ces deux textes :

« ANTIQUITÉ. Les modes, comme les empires, ont un commencement, un progrès et une fin ; et souvent ce qui a le moins fait de bruit à sa naissance vient en un point que tout le monde en parle, et qu’il est généralement suivi.

Les précieuses, dont je veux prouver l’antiquité, sont de ce nombre. De tout temps on a vu des assemblées, de tout temps on a vu des ruelles, de tout temps on a vu des femmes d’esprit, et par cette raison il est vrai de dire que de tout temps il y a eu des précieuses. Mais, comme il est constant que la politesse est l’une de ces choses que l’âge augmente, il est constant aussi que c’est du temps de Valère [Voiture] que cette belle qualité, à force de vieillir, étant venue à une période à durer quelque temps dans le même état, fut introduite dans les ruelles, en accrût le pouvoir, et donna commencement à ce qui depuis a si fort éclaté. C’est, dis-je, en ce temps que ces sortes de femmes appelées précieuses, après avoir été dans les ténèbres et n’avoir jugé des vers et de la prose qu’en secret, commencèrent à le faire en public, et que rien n’était plus approuvé sans leurs suffrages. Cette puissance, qu’alors elles usurpèrent, s’est depuis augmentée, et elles ont porté si loin leur empire, que, non contentes de juger des productions d’esprit de tout le monde, elles ont voulu se mêler elles-mêmes d’écrire ; et, pour ajouter quelque chose à ce qui avait paru devant elles, on les a vues faire un nouveau langage, et donner à nôtre langue cent façons de parler qui n’avaient point encore vu le jour. L’origine des précieuses est donc assez ancienne pour ne point mettre en doute leur antiquité ; mais, pour de l’origine passer à ce qu’elles sont elles-mêmes, il faut savoir qu’elles sont les parties essentielles d’une précieuse. Quoi que l’on en ait dit, quoi que l’on en ait écrit, quoi que l’on en puisse dire ou écrire, je puis assurer qu’assez peu de gens s’accordent sur ce point ; mais je suis certain que la première partie d’une précieuse est l’esprit, et que pour porter ce nom il est absolument nécessaire qu’une personne en ait ou affecte de paraître en avoir, ou du moins qu’elle soit persuadée qu’elle en a. Si l’esprit leur est absolument nécessaire, de tout temps on a vu des filles et des femmes spirituelles. […] Je sais bien que l’on me demandera si toutes les femmes d’esprit sont précieuses ; je réponds à cette demande que non, et que ce sont seulement celles qui se mêlent d’écrire ou de corriger ce que les autres écrivent, celles qui font leur principal de la lecture des romans, et sur tout celles qui inventent des façons de parler bizarres par leur nouveauté et extraordinaires dans leurs significations. […] ».

« […] la Précieuse […] c’est un précis de l’esprit, et un extrait de l’intelligence humaine. […]

Ces astres qui brillent sur la terre, ont deux sortes de ciel que la nouvelle Philosophie a appelé Alcôve ou Ruelle, L’un et l’autre ne composent qu’une sphère, et sont dans un même cercle que l’on appelle de Conversation. On ne laisse pas d’y distinguer les endroits et les zones froides, torrides et tempérées ; mais il y souffle un vent qu’on appelle Déguisement qui rend les unes si semblables aux autres, que les plus habiles Astrologues n’en peuvent que très-malaisément les distinguer et éviter la confusion. […]

La Précieuse de soi n’a point de définition ; les termes sont trop grossiers pour bien exprimer une chose si spirituelle. On ne peut concevoir ce que c’est que par le corps qu’elles composent, et par les apparences de ce corps.

Ce corps est un amas de belles personnes ; c’est un composé du triage des Ruelles, et de tout ce  qu’il y a de beau qui les fréquente. Les parties, quoique différentes entr’elles, ne laissent pas d’avoir un beau rapport avec le tout ; et quelque diversité ou opposition qui arrive, l’harmonie n’en est point interrompue et même elle en est plus agréable. Comme les anges font leur espèce particulière, de même chaque Précieuse a la sienne. […]

Celles qu’on appelle Beautés, sont des Précieuses, qui pour faire valoir les talents naturels et les grâces nées avec elles, ont pour objet principal l’approbation et le plaisir des yeux. Et d’autant que ces sens sont trop bas, et d’un ordre inférieur au mérite de ces belles, elles les élèvent par la raison et par l’esprit, et tâchent de fonder en droit les passions qu’elles peuvent faire naître. Les fières et les sévères composent deux autres espèces parmi ces Beautés. [l’auteur les décrit et ajoute les « Beautés journalières », les « Beautés changeantes », les « Beautés d’encore [encore belles] », les « Beautés de plus ou moins », les « Beautés de Consolation », les « Beautés d’Espoir », etc.]

La différence de ces beautés et de celles du commun, est en une chose assez visible, mais assez particulière. C’est que l’ordinaire des belles dames est d’étaler ce qu’elles ont de plus beau, de l’offrir aux yeux des spectateurs, accueillir les regards que la beauté dérobe au respect ; et soit par habitude, par faiblesse, ou par les lois de la mode, écouter et prêter l’oreille à ceux qui les traitent de belles. Mais la modestie défend à leur langue d’en dire le moindre mot. La bouche doit être fermée, elle ne peut au plus parler que par son miroir, que par quelques œillades, que par quelque souris qui puisse être aussitôt interprété en faveur de sa modestie que de sa vanité. Mais la Précieuse doit savoir en douze façons pour le moins dire qu’elle est belle, sans qu’on puisse imputer à orgueil ce qu’elle peut dire de soi-même. Il faut qu’elle ait l’adresse de pouvoir vanter son mérite, donner prix à ses sentiments, réputation à ses ouvrages, approbation à ses railleries, force à ses sévérités ; et quoi qu’elle puisse avoir de commun avec le reste du sexe, qu’elle le rende singulier par son esprit et par son industrie.

Les lois de ce beau monde (car j’appelle ainsi ce riche amas de belles personnes) ne sont pas moins extraordinaires que raisonnables. Ce n’est point comme dans les autres états, où on consulte les têtes blanches et vieillies dans l’expérience, où l’autorité est déposée entre les mains des personnes d’âge et de maturité, que la prudence et les années élèvent au-dessus des sens et de la fougue des passions. Parmi elles la plus belle a tout le pouvoir,la jeunesse ne lui ôte point son rang, et au contraire elle lui donne droit à l’empire, et en augmente l’autorité.

L’objet principal, et qui occupe tous leurs soins, c’est la recherche des bons mots et des expressions extraordinaires ; c’est à juger des beaux discours et des beaux ouvrages, pour conserver dans l’Empire des Conversations un juste tempérament entre le style rampant et le pompeux. […]

On dit qu’il y a une espèce de religion parmi elles, et qu’elles font quelque sorte de vœux […] Le premier est celui de subtilité dans les pensées ; le second est la méthode dans les désirs ; le troisième est celui de la pureté du style. Pour avoir quelque chose de commun avec les plus parfaites sociétés, elles en font un quatrième, qui est la guerre immortelle contre le Pédant et le Provincial, qui sont leurs deux ennemis irréconciliables. Mais pour enchérir encore par-dessus cette dernière pratique, elles en font un cinquième, qui est celui de l’extirpation des mauvais mots.

Voilà ce que j’en ai pu apprendre, et ce qui m’a été rapporté par des personnes du grand monde. On me fait espérer un livre dont la Précieuse sera le titre et le sujet, où l’on verra un détail de cette nouvelle et admirable espèce de beauté et d’esprit. »

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La posture

Les Petits-maîtres de la Mode

La posture est un élément de la vie, continuellement, car la vie est de la tenue. Dès l’enfance l’être humain apprend à se tenir, à quatre pattes puis sur deux pieds, à se comporter sociablement. Tout est posture, les moments personnels comme les partages, et cela jusqu’à la mort au moins, car sans doute ce qui apparaît après est aussi de l’ordre de la posture, de la manière dont on a tenu son esprit durant la vie, révélée de manière ‘réelle’, sans faux-semblants.

Le gandin est conscient de sa posture physique et mentale. Celle-ci n’est ni trop rigide ni trop relâchée… dans un point de confort et de plaisir idéal. Ne quid nimis : Rien de trop. Enfin, je parle là surtout de l’élégance, car au niveau du gandisme, il peut y avoir aussi de l’exagération, de la pose, de l’extravagance… beaucoup de fantaisie. Surtout le gandin est différent du commun dans sa modernité, sa jeunesse, son pétillant, sa vitalité riche… tellement riche que beaucoup de personnes croient que les petits-maîtres sont tous d’une condition sociale élevée… ce qui n’est pas du tout le cas.

Les Petits-maîtres de la Mode

La posture est en étroit rapport avec les nerfs du corps, avec l’appréhension du monde. Elle est physique et mentale. Selon les cultures, la contenance ‘figée’ dominante n’est pas la même, mais est toujours accompagnée d’autres s’inscrivant dans le mouvement. Si, dans les classes aisées de l’Antiquité grecque et romaine, on vit beaucoup couché, on pratique aussi assidûment les bains et les exercices du corps, souvent quotidiennement. En Asie, l’attitude en tailleur est accompagnée d’autres pratiques plus ‘mobiles’ comme de nombreuses formes de yoga ou liées au souffle (qi, 氣)… notamment. En Occident, on est passé progressivement de la position couchée, qui est restée pendant longtemps celle d’une certaine ‘élite’ (lits d’apparat, ruelle du lit…), à celle assise et statique. Je dis « statique », car jusqu’à l’apparition des voitures à moteur, on voyage beaucoup à cheval, l’équitation faisant partie des exercices. Aujourd’hui, le cheval n’est plus très courant, et les êtres humains sont principalement engoncés dans des véhicules à moteur, à leur bureau, dans leur fauteuil, devant leur ordinateur… Tout cela change l’appréhension du monde, bloquant même les nerfs, ce qui crée des maladies. C’est pour cette raison que les exercices physiques sont primordiaux pour garder une bonne santé… pas n’importe lesquels bien sûr, certains pouvant avoir une action contraire. Là aussi de la mesure. L’élégance enseigne cette beauté qui éclot de rythmes harmonieux.

Quand il y a mouvement, mesure et musique, on parle de danse. Cette dernière est un élément fondamental de la culture française. Là aussi, cela a bien changé. L’enseigne-t-on dans les écoles ? Pourtant, durant l’Ancien Régime, elle est l’une des premières disciplines, et peut-être la première, professée dans le cadre d’une bonne éducation. Elle initie au bien vivre ensemble, mais pas seulement aux rythmes sociaux, aussi à d’autres, comme ceux apportant harmonie du corps et de l’âme de l’individu, et d’autres encore plus ‘divins’, reliant à ce que les ‘platonistes’, les pythagoriciens ou les orphiques notamment appellent « la musique des sphères », c’est-à-dire la danse musicale du monde.

Je reviens sur l’expression « s’asseoir en tailleur » : Elle vient du fait que certains artisans, en particulier les tailleurs, se mettaient souvent dans cette position pour travailler. En Inde, les cordonniers avaient, et ont peut-être encore, l’habitude de le faire les jambes écartées, les genoux pliés et les talons joints.

Il y a deux contenances importantes dans l’éducation française, et que l’on retrouve chez les gandins : la droiture et la révérence. La première est aidée notamment par les habits qui, jusqu’au XXe siècle, sont pour d’aucuns assez rigides : corset, plastron, amidon, col, sur-mesure… Ils facilitent la tenue. La seconde est la révérence, qui est une marque de civilité. On se penche beaucoup jusqu’au XIXe siècle, avant d’emprunter l’usage anglais de se serrer la main. Les gandins prennent souvent un air ‘penché’… De la tenue certes, mais pas de rigidité. S’il y a une chose que le comportement des petits-maîtres enseigne aux autres, c’est à ne pas être rigide. Neglegentia diligens, dit l’adage (voir l’article sur Le gandisme).

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Les autonomes

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On entend beaucoup parler d’autonomie de nos jours. D’un côté il y a des gens qui cherchent à vivre le plus possible en toute indépendance et en harmonie avec leur environnement, de l’autre on constate qu’une grande majorité des gens se vautre dans le contraire. Que l’on se roule parfois dans l’insalubrité… pourquoi pas… chacun fait ce qu’il veut quand cela n’a pas d’incidence sur les autres qui n’en veulent pas. Le problème c’est quand cette insalubrité devient la règle et pollue.

Les autonomes revendiquent la liberté de bien faire… d’abord pour eux… car la vie est un continuel apprentissage personnel dans laquelle il n’existe pas de maîtres… bien évidemment puisqu’elle est un apprentissage continuel, même les ‘maîtres’ apprenant constamment !

Personnellement, mon cœur a toujours penché entre deux extrêmes : la vie sauvage et la vie civilisée (dans le bon sens du terme). Je me suis tout le temps demandé pourquoi, et crois aujourd’hui que c’est ma vision de la société actuelle qui m’a poussé à être aussi extrême. On peut être à la fois finement urbain (dans le sens d’urbanité), en harmonie avec l’environnement naturel et autonome… au moins libre en esprit ! Seulement autour de moi je constate surtout le contraire.

L’autonome a remplacé l’alternatif des années 1980 qui cherchait des solutions aux difficultés de son temps et aux hippies/babas des années 1960-70… Tous, comme la plupart des petits-maîtres de tous les temps, sont en quête de liberté.

Si la devise de la République française est « Liberté, égalité et fraternité », la liberté venant en premier, dans les faits cette dernière est loin d’être effective aujourd’hui, et les libertaires très loin d’être appréciés par le commun. Si on a fait de l’anarchisme quelque chose de démoniaque à travers quelques personnages violents, pour des raisons politiques bien sûr, dans la réalité le libertarisme est très loin de prôner le désordre, ou ce qu’on appelle de nos jours « l’anarchie »… au contraire ! J’aime beaucoup ces mots, déjà cités dans ce blog, de Pierre-Joseph Proudhon (1809 – 1865) : « L’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir ». Les autonomes en sont un exemple, et tous les mouvements prônant une harmonie avec la nature et l’environnement en général. Personne ne doit prendre le pouvoir sur personne, ni même sur les autres êtres vivants. Par contre un partage, des échanges sont nécessaires, afin de créer un monde harmonieux.

Le libertarisme est d’autant plus d’actualité que nous sommes dans un monde social dominé par des organisations internationales politiques, financières, économiques, religieuses, humanitaires, d’obédience, écologiques… qui ne peuvent que dialoguer avec d’autres du même genre, perdant souvent toute humanité et surtout facilement manipulables. Elles n’aboutissent qu’à la maladie, comme celle (ou plutôt devrais-je dire « celles ») du monde contemporain. Même le mutualisme est aujourd’hui phagocyté par la finance ! L’ordre sans le pouvoir c’est au contraire l’harmonie. C’est aussi la liberté, l’égalité et la fraternité. Cela conjugue le bien vivre et l’être ensemble à la liberté individuelle.

En France, à partir de la Révolution de 1789, une grande partie de l’élégance a accentué son caractère intellectuel et politique… dans la suite des libertins, précieuses, modernes, auteures ou cacouacs, ils sont devenus romantiques, bas-bleus, bousingots, libres-penseurs, vésuviennes, humanitaires, féministes, libertaires, montparnos, existentialistes, etc. Il en est question dans mon livre sur Les Petits-maîtres de la mode.

Les Petits-maîtres de la Mode

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Merveilleuses & merveilleux