Braveries, robes déguisées et congruences

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessus : Gravure allemande du XVIe siècle, montrant un aspect de la mode masculine à cette époque : chapeau plat avec panache (plumes) et sur la représentation de dos il est haut et rond ; barbe et moustaches, ces dernières peuvent être très grandes ; manteau court en damas ou brocart à haute encolure ; chemise à col découpé (début de fraise) ; pourpoint à haut col et chiquetures (taillades) ; le haut-de-chausses (parfois appelé « braies ») a de nombreuses taillades (crevés) et la braguette est proéminente, sans doute une bourse (petit sac dans lequel on garde de menus objets comme des pièces) nouée ; chausses et bas-de-chausses tenus par des jarretelles en ruban ; et chaussures aussi tailladées, alors que sur la représentation de dos il porte des bottes sans talon, peut-être ce qu’on appelle des « bottes fauves » c’est-à-dire en cuir jaune et très étroites, portées par les galants (amoureux), à moins qu’il s’agisse de bas-de-chausses en bottes ; il a des gants, une grosse bague sur un doigt de la main gauche, et tient dans la droite un mouchoir.

En m’intéressant aux domaines de la mode et de l’élégance, je découvre d’anciens mots français aujourd’hui oubliés, comme « braverie ». Ce dernier signifie de l’élégance dans l’habillement, voire de la magnificence.

Avant d’appeler « français » la langue française, on la nomme « roman », c’est-à-dire « langue de Rome ». Le terme de « roman » est plus approprié que celui de « français », car la langue française est en très grande majorité issue du latin, avec seulement quelques rares mots venant des Celtes et des Francs. Parmi les premiers grands écrits l’utilisant, on compte la Chanson de Roland, texte aussi appelé Roman de Roncevaux, des adaptations de belles histoires de l’Antiquité qui donnent au XIIe siècle Le Roman de Thèbes, le Roman d'Énéas et le Roman de Troie, des romans de chevalerie d’origine celtique (bretonne) comme ceux de Chrétien de Troyes (vers 1130 – vers 1185), et d’autres sortes comme le Roman de Renart (XIIe siècle). Comme on appelle aussi ces œuvres des « romans », on donne alors le nom de « français » à la langue.

Dans ces romans, on a quelques descriptions de vêtements médiévaux. Ceux-ci sont à peu près les mêmes chez les femmes et chez les hommes, jusqu’au XIIIe siècle : chemise, chausses, braies (surtout pour les hommes), robe ou cotte, surcot, mantel. La robe survit jusqu’à aujourd’hui, mais en Occident seulement pour les femmes ou certaines activités (religion, justice…). Par contre, la chemise est encore très présente… surtout chez les hommes, même si, à partir de vers le début du XXe siècle et surtout après la seconde guerre mondiale, elle devient beaucoup plus courte et ne ressemble plus à la tunique comme autrefois.

À partir du XIIIe siècle, le vêtement est de plus en plus cousu et les modes changent de plus en plus rapidement, avec un feu d’artifice de formes, de couleurs, de fantaisies. Cela vient en grande mesure d’un goût prononcé pour la création, la poésie qui s’exprime aussi dans l’art du vêtement : de la guise. La « guise » est une manière, une fantaisie, un goût, une coutume, une habitude, une apparence… Ce mot se prend aussi pour la mode et la façon de s’habiller : « la nouvelle guise » est la mode nouvelle. Un déguisement est une façon différente de se vêtir de celle qui est habituelle.

Au Moyen Âge, on appelle « robe déguisée » un vêtement féminin ou masculin très original par sa richesse inventive, mis par la noblesse ou d’autres lors d’une fête, d’une assemblée, ou d’un autre moment important. C’est essentiel pour comprendre le goût dans la mode française pour l’invention, l’extravagance et la féerie, tout autant que pour la qualité, le bon ton et la belle manière. Cela se traduit aux XIVe et XVe siècles par des vêtements comme la houppelande, une longue robe masculine ou féminine avec de larges et pendantes manches, des vêtements colorés, brodés, des chaussures incroyables, des chapeaux et coiffures féminines très excentriques. Le XVIe siècle est tout autant innovant et truculent, avec par exemple ses habits rembourrés, le XVIIe avec ses grandes perruques et ses rubans, le XVIIIe avec ses robes à panier… Les exemples à ces époques ne manquent pas ! Et je ne parle là que de vêtements, alors que je pourrais le faire aussi pour les autres parties de la mode.

L’exubérance est donc de mise dans les codes sociaux et appréciée à sa juste valeur. Il ne s’agit pas de n’importe laquelle. Il est difficile d’expliquer cela. Il y a de la fraîcheur dans cette originalité. Je me rappelle un film de vers les années 1940 où un père ouvrier achète avec sa fille (une jeune femme) et pour celle-ci un chapeau très fantaisiste, en regardant son enfant comme portant le dernier grand chic. Il s’agit non seulement d’être dans le ton mais aussi un peu en avance sur celui-ci ou en décalage, de l’éclairer. Le sujet s’aborde tout autant avec humour que sérieux, avec imagination que goût, avec fantaisie qu’intelligence ou cœur… et toujours avec plaisir et joie. La préciosité n’est pas seulement dans la richesse matérielle, mais dans bien d’autres domaines. La fantaisie du vêtement est alors vue comme une richesse, une capacité d’invention de celui ou celle qui le porte, une intelligence.

Le déguisement n’empêche donc nullement la congruence, au contraire. Il faut que les éléments de la vêture soient congruents (ou congruants), comme on dit dans l’Ancien Régime, c’est-à-dire adéquats, exprimant une harmonie, quelque chose de plus qu’un simple coordonné.

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Les muscadins pirates nouveaux romantiques incroyables et merveilleux.

Si les noms de « merveilleux » et « merveilleuses » sont utilisés bien avant le Directoire (1795 – 1799) pour désigner des jeunes gens extravagants, ceux de la Révolution française marquent véritablement les esprits, car les ‘derniers’ représentants de la mode de l’Ancien Régime, avec ses petits-maîtres musqués, grasseyant, fauchant le persil, marchant sur la pointe des pieds, galants, colorés, excentriques et novateurs. Depuis cette période, incroyables et merveilleuses n’ont cessé de réapparaître dans l'imaginaire collectif.

Tout d’abord on les représente sur de nombreuses estampes d’époque Directoire – Premier Empire, dont beaucoup venant de ma collection sont reproduites dans mes livres et ce blog, mais aussi ailleurs.

L’incroyable et la merveilleuse deviennent des personnages (masques) présents à presque tous les bals masqués du XIXe siècle, et continuent de l'être un peu dans la première moitié du XXe.

Ci-dessous : Détail d'une image provenant d'une revue du XIXe siècle. L'illustration est intitulée « Bal à l'Opéra ». La jeune femme de gauche porte un costume d'incroyable.

incroyables et merveilleuses

On les retrouve dans des pièces de théâtre, en particulier autour de l’univers du personnage de Madame Angot, une femme du peuple devenue riche du fait des évènements révolutionnaires. Antoine-François Ève, aussi appelé « Ève Demaillot » (1747 – 1814) écrit plusieurs pièces de théâtre la mettant en scène, dès 1797, avec cette année Madame Angot, ou la Poissarde parvenue, puis Le Mariage de Nanon, ou la Suite de Madame Angot. En 1799, il publie Le Repentir de Madame Angot, ou Le mariage de Nicolas, et en 1803 Les Dernières folies de Madame Angot. Il est largement imité, et son personnage devient le sujet de plusieurs pièces, chansons… pendant tout le XIXe siècle. Par exemple, Charles Lecocq (1832 – 1918) compose en 1872 une opérette intitulée La Fille de madame Angot.

En 1873, la pièce de Victorien Sardou (1831 – 1908), Les Merveilleuses, a beaucoup de succès. Elle est même traduite et notamment jouée en Angleterre où, là aussi, elle acquiert une certaine notoriété. On retrouve notamment les costumes de merveilleuses et d’incroyables tirés de la pièce de Victorien Sardou dans l’ouvrage Costumes du Directoire (1875) comprenant trente eaux-fortes de A. Guillaumot fils (d’après des dessins de « MM. Eigène Lacoste et Draner »).

Voir sur ces sujets un ancien article que j’ai écrit : Représentations d’incroyables et de merveilleuses aux XIXe et début XXe siècles.

Ci-dessous : Photographies cartes postales, de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe, d'acteurs jouant un incroyable de la pièce Les Merveilleuses de Victorien Sardou. Le premier est Félix Galipaux (1860 – 1931) et le second Charles Prince (1872 – 1933). Je ne sais pas si ceux-ci jouent dans une représentation tardive de la pièce ou se mettent seulement dans la peau d'un des personnages pour la photographie, mais Félix Galipaux, en 1893, est un des comédiens de la pièce de Victorien Sardou et Emile Moreau intitulée Madame Sans-Gêne.

incroyables et merveilleuses
incroyables et merveilleuses

Ci-dessous : « L'incroyable danseur ou le Cothurne-Grelots Rondeau Chanté et dansé par Mr Pichat à la Scala ». Partition de vers la fin du XIXe siècle.

incroyables et merveilleuses

Certains personnages du XIXe siècle font aussi penser à l’incroyable, comme Cadet Rousselle, ci-dessous représenté dans une image d’Épinal.

Merveilleuses et merveilleuxMerveilleuses et merveilleux

Ci-dessous : Petit bouton du XIXe siècle ou de la première moitié du XXe. Les incroyables, eux, comme les merveilleux en général des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, en portent d'énormes.

incroyables et merveilleuses

Le début du XXe siècle français redécouvre les merveilleuses et s’inspire de leur liberté : robes diaphanes, abandon du corset… Des revues de mode reprennent des titres empruntés à l’époque des merveilleux que l’on représente beaucoup (estampes, statuettes, etc.).

Photographies ci-dessous : Article de la revue Les Annales politiques et littéraires du 18 janvier 1914, avec un article sur les merveilleuses et les incroyables. « La Mode de 1797. La Mode de 1914. »

incroyables et merveilleuses
Incroyables et Merveilleuses

Durant l'entre-deux-guerres, on continue de publier de nombreuses images de merveilleuses et d'incroyables et de créer des statuettes en céramique les représentant.

Certaines de ces représentations peuvent sembler parfois un peu mièvres, comme ces peintures sur assiettes ci-dessous.

Incroyables et Merveilleuses
Incroyables et Merveilleuses

Ci-dessous : En 1972, est édité un timbre sur le sujet des incroyables et des merveilleuses.

Incroyables et Merveilleuses

En 1979 – 1981, Malcolm McLaren (1946 – 2010, créateur des Sex Pistols) et sa compagne couturière Vivienne Westwood (on peut voir de ses créations dans cet article du blog et celui-ci), tous deux gérants de la boutique londonienne SEX située sur Kings Road, lancent la mode Pirate et Nouveaux romantiques. D’après Laurent Manet, « la boutique Sex était renommée World's End pendant la période pirate, et pour l’anecdote le plancher était penché comme dans un navire, très pratique avec des talons, et la grosse horloge de la façade tournait à l'envers. » Cette boutique est toujours en place, et Vivienne Westwood toujours active, cette fois en prophétesse (voir ici, son blog ici, le site de sa boutique ici et des images du lieu ici). Dans les années 1980, le post-punk est à l’origine d’une impressionnante quantité de tendances particulièrement imaginatives, avec notamment la new-wave (Joy Division, Gary Numan, les Allemands Kraftwerk, Simple Minds…) proprement dite, dont d'autres mouvements peuvent aussi se revendiquer : Gothic avec des groupes comme The Cure, Fun (Banarama, Duran Duran ou Kajagoogoo…,), Pirate (Adam and the Ants…), New Romantic (Visage, Spandau Ballet…), Ska (Madness…), Rockabilly (The Stray Cats…), Industriel (les Allemands Einstürzende Neubauten…), Electronic Body Music (les Belges Front 242…), etc., etc., etc., le tout naviguant entre l’expérimental, la pop (commercial), le ludique, etc., etc., etc., aidé par une émulsion portée par des revues comme The Face ou New Musical Express et des fanzines, des maisons de disque, des journalistes de TV, des lieux (boîtes de nuit, pubs, salles de concert…) et une philosophie britannique teintée d’un humour tout particulier mélangé à de la fantaisie et un certain goût pour l’élégance, le style et le rythme… qui par la suite ont disparu dans la mondialisation broyeuse invétérée de particularités. Au début des années 1980, on retrouve toutes ces modes dans les rues de Londres, et surtout dans certains quartiers (Kings Road, centre de Londres, Camden Town…), un foisonnement coloré et d’une grande inventivité.

Ci-dessous : Pages d’un article, intitulé « La mode pirate débarque », de la revue Actuel (n°18) d’avril 1981.

incroyables et merveilleuses
Incroyables et Merveilleuses
Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessous : Photographie d’Adam and the Ants en concert, groupe particulièrement actif de 1977 à 1982, ayant sorti un sixième album en 2013. La tenue du chanteur reprend des clichés de l’incroyable du Directoire et du Premier Empire. La musique de ce groupe n'étant pas très originale, celui-ci n'a pas eu beaucoup de succès au niveau mondial, alors que d'autres, dans la mouvance new romantic ou fun qui s'apparentent par certains traits au mouvement pirate, ont beaucoup plus marqués.

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessous : Adam and the Ants, biographie par Chris Welch (A Star book, 1981).

Merveilleuses et merveilleux
Merveilleuses et merveilleux

En 1984, le grand couturier, John Galliano (né en 1960), se fait connaître avec son défilé de fin d’études intitulé Les Incroyables, où il présente sa réactualisation d’habits de merveilleuses et d’incroyables.

Ci-dessous : Figurine d’un incroyable muscadin par Laurent ex Laurent (2018), dans un style post-punk français. Non seulement Laurent fabrique des figurines très rock'n'roll, mais il peut aussi en faire sur demande, par exemple de vous en rockeur, zazou, incroyable ou comme vous êtes, pour seulement 100 EUR.

Figurines de Laurent Manet

Ci-dessous : Images d’incroyables d'époque fin XVIIIe siècle.

Merveilleuses et merveilleux
Merveilleuses et merveilleux
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La courtille

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À Paris, près d’où j’habite en ce moment, on peut voir rue Saint-Maur, à l’angle avec la rue de l’Orillon, un panneau (visible ici) indiquant : « Au XIIIe siècle, la Courtille formait un hameau à l’Est de la rue du Faubourg du Temple, et ce terme désignait des jardins ou des vergers. Au fil des siècles, elle se transforma en lieu de promenade très appréciée des Parisiens qui venaient se divertir dans les guinguettes, et y boire le petit vin vert appelé guinguet. La plus célèbre, le cabaret du Tambour Royal, fut fondée par Jean Ramponaux : “Venez chez moi, Badauds, venez à la Courtille. C’est au Tambour Royal, tout y rit, tout y brille”.

Situé à l’angle de la rue de l’Orillon et de la rue Saint-Maur, il devint dès 1758 l’établissement à la mode. Gens du peuple, artistes et aristocrates s’y pressaient pour déguster un vin excellent “à trois sous six deniers la pinte”. »

Au XVIIIe siècle, on était encore ici à la campagne. Aujourd'hui, la campagne n'est plus même aux portes de Paris, et il faut dépasser plusieurs villes avant de la trouver. Voici quelques liens vers des images montrant ce quartier au XVIIIe siècle et au début du XIXe :
- Rue des filles du calvaire,
- Barrière de Belleville et ici,
- Montagnes russes à Belleville,

- Belleville (dessin).

Ci-dessus : Photographie prise en avril 2020 de l’angle de la rue de l’Orillon et de la rue Saint-Maur, où se trouvait sans doute le cabaret du Tambour Royal, et où le panneau cité ci-dessus est présent.

Photographie ci-dessous : gravure du XVIIIe siècle représentant l’intérieur de la taverne de Jean Ramponaux. J’ai déjà écrit un article où je la présente. Il est visible ici.

Merveilleuses et merveilleux
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Le quartier de la courtille était très réputé chez les jeunes du temps des guinguettes, et jusqu’au XIXe siècle inclus où notamment, pendant le carnaval, se formait le cortège qui descendait jusqu’à l’opéra dans le centre-ville. Vers la fin de cet article, il y a une peinture représentant une descente de la courtille.

Ci-dessous : Illustration du chapitre consacré au Chicard du tome 2 de Les Français peints par eux-mêmes (1841).

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Drôles de pistolets XIII par Jan Van Beers

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Jan Van Beers (1852 – 1927) est un artiste belge. Il s’installe à Paris à partir de 1878 où il y peint la vie parisienne, notamment certains de ses gommeux et gommeuses copurchics de la fin de siècle. Sa touche, son « chic » comme on dit dans l’univers artistique de la première moitié du XIXe siècle, est un mélange caractéristique de guindé et de frivole, à l’image de la mode de la fin de globe (fin du XIXe), où l’on porte corset, faux-col haut, plastron, où l'on s'habille souvent de sombre… tout cela dans une ambiance de fêtes continuelles.

Ci-dessus : « Pschutteuse ». Photographie d’une peinture de Jan Van Beers.

Ci-dessous : « Le Soireux ». Estampe signée « Jan Van Beers » et « Florian » (peut-être Ernest Florian : 1863 - 1914).

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Ci-dessous : « Le royal gommeux » de Jan Van Beers.

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Ci-dessous : Gommeuse marchande de fleurs par Jan Van Beers.

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Ci-dessous : « Le chic parisien » par Florian d’après Jan Van Beers, provenant de la Revue Illustrée.

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Ci-dessous : « Le superchic » par Florian d’après Jan Van Beers, provenant de la Revue Illustrée : « Portraits Contemporains ».

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Ci-dessous : « Carnaval » par Jan Van Beers provenant de la Revue Illustrée.

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Drôles de pistolets XII : La gaieté et l’humour

Merveilleuses et merveilleux

Pour illustrer cet article, rien de tel que des caricatures de drôles de pistolets ‘pas drôles’.

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« Quand ils ne sont pas bien drôles, ils sont bien tristes. » Dessin de Gavarni, provenant de Les Gens de Paris « En Carnaval » et « Gravé par Brugnot ».

Nombreuses sont les richesses qui ne nécessitent pas d’avoir des biens matériels et de l’argent. C’est le cas notamment de l’humour… dont on ne devrait jamais se passer ! Celui dont je parle ici est bien sûr bienfaisant, ne causant aucun dommage… mais au contraire apportant un sourire, voire de la franche rigolade. Quand il se moque, c'est avec amour.

L’humour est comme une lumière allumée dans la nuit. Lorsqu’il fait sombre et que l’on cherche à y voir, pourquoi voudrait-on s’enfoncer encore davantage dans la nuit ? Éclairons ! Même une petite étincelle, un ver luisant, une étoile ou un clair de lune apporte du réconfort… Ne boudons pas notre plaisir… pratiquons sérieusement la gaieté !

Il existe une très grande diversité de rires, certains exprimant la folie, d’autres la méchanceté… mais je me répète : il n’est pas question de cela ici, car ce ne sont pas des manifestations de richesses. Je parle de la ‘vraie’ joie, qui elle-même possède de multiples nuances, des plus diffuses aux plus franches, des plus fines aux plus directes…

Il s'agit d'un élément important de la mode. C’est pour cette raison que, pour ce qui concerne le XIXe siècle, c’est souvent dans les caricatures que je trouve les témoignages les plus intéressants des tendances du jour. Les ouvrages se destinant exclusivement à la mode manquent souvent d’humour, alors que leurs sujets expriment habituellement une certaine joie de vivre, de la fantaisie voire de la dérision… volontaires ou involontaires… mais toujours présentes… Dernièrement, dans la série ‘Drôles de pistolets’, j’ai présenté dans ce blog plusieurs artistes du XIXe siècle ayant fait des ‘peintures’ humoristiques des modes de leur temps, avec une verve qui du reste ne se limite pas qu’à ce domaine, mais un peu à tous !

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Illustration du Petit journal pour rire, n°387, de 1882 : « CAFÉS-CONCERTS, – par A. Grévin. » « TÊTE D’EXPRESSION. Celui-là, avant n’était pas drôle… Depuis qu’il s’est mis à chanter Petits oiseaux, Petite fleur, il est excessivement drôle. »

L’humour est un élément fondamental de la société française du XIXe siècle… qui semble avoir disparu de celle d’aujourd’hui… Ne cherchons pas pourquoi. L’humour n’est pas non plus une méchante bataille rangée ! Laissons les explications aux ignorants et les conflits aux belliqueux, et montrons quelques drôles de pistolets de carnaval !

Le carnaval est un moment favorable à l’humour gras… comme le mardi du même nom… et au ‘chamboule tout’.

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« Spécimen du vrai Chicard ». Estampe provenant de Physiologie du Chicard par Charles Marchal, « Dessins Par Gavarni, Daumier, Travier et Monier », Paris, 1842.

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« POCHADES DE CARNAVAL. Vois-tu, si ton maître est bien content de toi et si tu as le prix de sagesse cette année ! je te laisserai déguiser en paillasse !… l’année prochaine !!… » Estampe publiée par « La Mode 31 décembre 1841 ».

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Estampe de Le Carnaval de Paris par Guillaumot d’après un dessin de Gavarni.

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« V’là un gueux de petit pékin qui se divertit au bal comme un grain de plomb dans du champagne. » Estampe de Les Débardeurs, par Dujardin d’après un dessin de Gavarni.

Merveilleuses et merveilleux

« – C’est un diplomate… – C’est un épicier… – Non ! c’est un mari d’une femme agréable. – Non ! Cabochet, mon ami, vous avez donc bu… que vous ne voyez pas que mosieu est un jeune homme, farceur comme tout, déguisé en un qui s’embête à mort. » Estampe de Le Carnaval de Paris par Lavieille d’après un dessin de Gavarni.

Merveilleuses et merveilleux

« C’est d’main matin qu’mon tendre époux va beugler : Ah ! Mais… zut ! Ce soir j’suis Simonienne, enfoncé l’conjugal. » Estampe de Les Débardeurs, par Baba et Gélard et d’après un dessin de Gavarni.

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« LES "PETITS JOYEUX" » : « – Heureusement nous sommes là pour faire revivre la vieille gaieté française. » « Dessin de Gerbault », Henry Gerbault (1863 – 1930), provenant de la revue Le Rire du 2 juin 1900.

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Le bel Alciliade

Merveilleuses et merveilleux

Les incroyables et les merveilleuses du Directoire sont l’arbre qui cache la forêt de la petite maîtrise. Ils sont parmi les derniers représentants du gandisme de l’Ancien Régime, mais leurs manières sont présentes auparavant sans discontinuité pendant des siècles, et même des millénaires. Les petits-maîtres du XVIIe siècle, les mignons du XVIe, les perruquets du Moyen Âge et des centaines d'autres gandins français déjà grasseyent, marchent sur la pointe des pieds en fauchant le persil, sont galants, s’habillent en ‘exagérant’, etc. Des exemples, on en trouve jusque dans l’Antiquité, et j’en donne de très nombreux dans mes livres Les Petits-maîtres du style de l’Antiquité au XIe siècle (2017) et Merveilleuses & Merveilleux (2019).

Pour la période antique, l’Athénien Alcibiade (450 – 404 av. J.-C.) est sans doute le plus célèbre. Adolescent et jeune homme, il est le type même du petit-maître. Il a un défaut de prononciation qui le fait bléser (cela semble chez lui consister à ne pas dire les R ou les remplacer par un L, comme s'en moque Aristophane dans une de ses pièces). Il est galant et a de multiples aventures féminines, dont certaines font du scandale, la dernière étant sans doute à l’origine de sa mort. Il aime s’amuser, la danse, la musique, les banquets, le vin, les plaisanteries… tellement que là aussi il cause plusieurs scandales durant sa jeunesse. Il est beau bien sûr. Il marche avec une nonchalance affectée, laissant traîner son long et magnifique manteau. Il est quelque peu impertinent. Il aime les exercices du corps, les chevaux et gagne avec éclat des concours hippiques. Il fréquente les cercles littéraires et philosophiques d’avant-garde : il est notamment un ami et disciple de Socrate, très à la mode dans la jeunesse athénienne de son époque. Etc. Ce n’est pas un kaloskagathos (voir mes livres), c’est-à-dire l’homme beau et bon par excellence, mais davantage un kallopistés… du moins dans sa jeunesse… dans ce que celui-ci peut, peut-être avoir de meilleur… Il montre aussi que généralement on ne devient pas petit-maître, mais qu’on l’est foncièrement dès sa naissance, ce qui rend ces personnages rebelles, insaisissables et souvent critiqués du commun, car ils sont revêches à toutes formes de petitesses. Ils déclenchent chez beaucoup le phénomène d'attraction/répulsion caractéristique. Du reste, toute sa vie Alcibiade est régulièrement successivement adulé puis détesté par le peuple de sa ville, Athènes, qui le condamne et le bannit à plusieurs occasions, et à chaque fois s’en repentit, car il est un homme d'État et un général très fin stratège qui aide et aurait pu le faire beaucoup mieux si on lui avait fait confiance.

Alcibiade est vraiment un être étonnant, dont il reste de nombreuses traces aujourd'hui, comme deux ouvrages de Platon lui étant consacrés : Alcibiade majeur et Alcibiade mineur. Il est aussi un protagoniste très important du fameux Banquet, toujours de Platon, qui l'évoque dans d'autres de ses livres. Des historiens grecs écrivent sur sa vie, et il inspire de nombreux écrivains durant les siècles qui suivent, jusqu'à aujourd'hui. En France, au XVIIe siècle, il est le personnage principal de plusieurs tragédies, et aux XVIIIe et XIXe en particulier de comédies, sans compter d'autres écrits.

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Photographies ci-dessus : Lettre d’Alcibiade à Glicere, bouquetière d’Athènes… (1764), par le marquis de Pezay (1741 – 1777). Gravure d’après Eisen. Cet écrit, du XVIIIe siècle, reprend le thème de l’amour entre un petit-maître et une jolie grisette, ici entre les Grecs Alcibiade et Glycère, bouquetière de son état. A.-F.-J. Masson, marquis de Pezay, est sans doute lui-même un petit-maître durant sa jeunesse. Plusieurs de ses écrits font partie de la bibliothèque du merveilleux de son époque, comme La Nouvelle Zélis au Bain et quelques autres. Il fréquente Dorat, Rousseau, Voltaire, Diderot, etc.

Ci-dessous, page de titre de : Platon, Alcibiade premier, ou De la nature humaine. « Texte grec. Avec sommaire et note, Par Fl. Lécluse », Paris, Imprimerie et librairie classiques de Jules Delalain et Cie, 1840.

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Ci-dessous : Gravure du XVIIe siècle représentant un « Homme de Qualité en manteau d’Écarlate. » Ce dernier mot est ici écrit « écarlatte ». Il s’agit d’une couleur d’un rouge vif. Il pourrait s’agir d’un Alcibiade du XVIIe siècle. Il porte, comme lui, un manteau d’écarlate. Pour le reste, il est à la mode du siècle de Racine et de Molière. Un tricorne avec un petit panache ne cache pas ses beaux cheveux blonds et bouclés. Son habit est constellé de galons, glands, boutons et autres ornements que ce siècle apprécie tout particulièrement. Il a de la dentelle aux poignets. Un grand manchon est retenu à sa ceinture par son écharpe, celle qui tient son épée. Il est en train de priser du tabac.

Merveilleuses et merveilleux
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Drôles de pistolets XI d’après Draner

Merveilleuses et merveilleux

Draner (de son vrai nom Jules Joseph Georges Renard : 1833 – 1926) est un artiste caricaturiste belge, comme par exemple Mars (1849 – 1912), un compatriote de la même époque. Il travaille à Paris pour des revues comme Le Charivari, le Journal pour rire, Le Monde comique, La Caricature, etc. Il est surtout connu pour ses images humoristiques de pioupious et autres militaires, notamment dans des séries comme Souvenirs du siège de Paris, Les soldats de la République, Types militaires, et des livres comme Faits et gestes du sergent Roupoil (écrit par Charles Leroy), Le 145e régiment (par Maxime Aubray), La Nouvelle vie militaire (par Adrien Huart), etc. Parmi ces militaires, parfois très élégants, on trouve quelques petits-crevés, gommeux, merveilleux et merveilleuses pschuteux de la seconde partie du XIXe siècle, ‘fin de siècle’, et du début du XXe.

Photographie ci-dessus : « NOS “JEUNE FRANCE” DU JOUR, – par DRANER » « Gom-Gom du Bois-Craqué, Boudiné de la Sirotière et le petit Saint-Poisseux, l’élite du pschutt, l’idéal du v’lan, tout ce qu’il y a de plus “dans le train”, l’avenir enfin !!! » Dans cette première page de couverture de la revue La Caricature de 1883, il est fait référence à plusieurs petits-maîtres de l’époque, dont il est question dans mon livre Les Petits-maîtres de la mode : jeune France, gommeux, boudinés, poisseux, pschutts, v’lans…

Photographie ci-dessous : Estampe provenant de la revue Le Charivari et de la série Actualités : « Les parapluies à têtes d’oie sont du plus suprême vlan. Histoire pour les pschutteux d’être toujours en tête-à-tête. » La comparaison avec l’oie n’est pas gentille, car on appelle ainsi une personne sotte. Pourtant, si cet animal est figuré par certains merveilleux pschutteux sur le pommeau de leur parapluie ou de leur canne, cela n’est pas anodin : autrefois, en particulier durant l’Ancien Régime, on appelle « petite oie » l’ensemble des ajustements nécessaires pour rendre un habillement complet, comme le chapeau, les gants, les rubans, la canne, etc. Finalement, et comme très souvent, c’est celui qui se moque qui mériterait d’être moqué.

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessous : « ÉTAT MAJOR DE LA GARDE NATIONALE. Ex-Turfiste, ex-Petit-Crevé, ex. présentement un bon et courageux citoyen. » Cette estampe, elle aussi signée Draner, est de la série Souvenirs du siège de Paris. Elle présente un petit-crevé pendant la guerre de 1870. Avant cette période, ceux-ci sont considérés par la majorité comme des tire-au-flanc, mais la guerre révèle que certains se comportent aussi héroïquement que d'autres. Dans son livre intitulé La Comédie de notre temps (1874), Bertall (1820 - 1882) écrit que « La guerre ayant démontré que les petits crevés se battaient aussi bien et savaient mourir sur le champ de bataille aussi bravement que les autres, le mot qui semblait contenir une accusation de faiblesse ou d’impuissance est tombé en désuétude. »

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessous : Image pleine page de la revue L’Éclipse, du 10 septembre 1876, intitulée « la métamorphose du réserviste » : « Fantaisie civile et militaire ». À gauche nous avons une tenue de gommeux.

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Drôles de pistolets X d’après Marcelin

Les Petits-maîtres de la Mode
Les Petits-maîtres de la Mode

Marcelin est le pseudonyme d’Émile-Marcelin-Isidore Planat (1825 – 1887). Il s’agit d’un caricaturiste ayant collaboré à plusieurs publications périodiques avant de fonder, en 1862, La Vie parisienne, revue qui lui a survécu jusqu’en 1970. Elle a pour sous-titre : « Mœurs élégantes, Choses du jour, Fantaisies, Voyages, Théâtres, Musique, Modes ».

Les Petits-maîtres de la Mode
Merveilleux

Ci-dessus : illustrations de Marcelin provenant de numéros de La Vie parisienne de 1868.

Ci-dessous : double page d’un La Vie parisienne de 1868 : « Le manuel du conducteur de cotillon ». Au XIXe siècle le cotillon est un quadrille (successeur de la contredanse du XVIIIe, elle aussi appelée « cotillon ») qui mélange danse et jeu, conduit par un meneur de danse (souvent un couple) annonçant les figures. Il s’agit parfois d’une danse qui termine un bal où chacun se tient par la main pour former ensemble une carole ouverte.

Les Petits-maîtres de la Mode

Ci-dessous : illustrations de Marcelin provenant de L’Illustration, époque Second Empire.

Les Petits-maîtres de la Mode
Les Petits-maîtres de la Mode

Ci-dessous : illustrations de Marcelin provenant du Petit journal pour rire, d'époque aussi Second Empire, le temps des robes crinolines.

Merveilleuses et merveilleux
Les Petits-maîtres de la Mode
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Croissance ou décroissance ?

Merveilleuses et merveilleux

Grande image d’Épinal représentant Saint-Martin, alors chevalier romain, partageant son manteau avec un mendiant. Il s’agit de l’épisode le plus marquant et le plus représenté de la vie de ce personnage qui est resté pendant des siècles le saint-patron de la France, comme quoi le vêtement occupe une vraie importance dans ce pays.

Lorsque je travaillais, je me suis acheté plusieurs costumes. Quelques années plus tard, non seulement ceux-ci n’étaient plus à la mode, mais surtout je me suis rendu compte qu’ils étaient faits de matières synthétiques mélangées à de la laine. Je pensais qu’ils étaient bien, mais aujourd’hui je ne sais pas quoi en faire. Et c’est le cas pour la plupart des vêtements que je possède. Dorénavant, je préfère être mal habillé que de ces nippes polluantes. On étouffe littéralement sous une production de mauvaise qualité… et pas seulement d’habits.

Du coup, cela fait des années que je n’ai pas acheté de vêtements, ou très peu. D’abord, je le répète, je trouve que le prêt-à-porter vend généralement de la mauvaise qualité, même si en apparence cela ne le semble pas, et des habits de série, mal ajustés à la personnalité… Ils sont souvent constitués de plastique et autres matières synthétiques qui font de ces tissus modernes des polluants. Enfin c’est de la daube ! Dernièrement, j’ai tout de même enfreint la règle précédemment évoquée : Ma robe-de-chambre tombant en lambeaux, j’en ai achetée une autre. Pendant quelques semaines, j’avais l’intérieur d’une narine qui me grattait fortement, ce qui était désagréable. Il m’a fallu du temps pour comprendre d’où venait cette allergie : de ma nouvelle robe de chambre, soi-disant 100 % coton. Dès que j’ai arrêté de la mettre (je l’ai jetée) mon mal s’est évaporé ! J’ai repris ma vieille robe de chambre pour finir l’hiver…

Essayons de moins consommer, et d’acheter des habits moins nombreux mais de qualité. Et si nous ne le pouvons pas, et bien promenons-nous tous nus !… Non, bien sûr… les habits ont aussi un rôle protecteur ; et si nous voulons qu’ils gardent cette fonction, ne choisissons pas ceux qui nuisent à notre environnement autant qu’à nous-mêmes.

Merveilleuses et merveilleux
Merveilleuses et merveilleux

Le titre de cet article est une fausse question. Aujourd’hui, quand on parle de croissance, il s’agit de croissance de la pollution, des multinationales, de la population, des articles de mauvaise qualité, de la bêtise, de l’horreur… enfin de ce qui nous fait, à nous et l'environnement, du mal en général. Cette croissance-là est de la folie.

La définition du terme de « consommation » liée au commerce, ne se trouve pas, semble-t-il, dans Le Dictionnaire de L’Académie française avant la cinquième édition de 1798. Il est sûr qu’il faut arrêter de se laisser berner à consommer toujours davantage, de plus des marchandises de mauvaise qualité. De nos jours, l’acheteur doit faire attention à tout : à bien regarder les étiquettes, choisir méticuleusement où il se fournit, etc. Cela n’est pas non plus normal. Un proverbe chinois, que j’ai lu il y a de cela plusieurs années mais qui m’a marqué, dit que si le producteur doit utiliser ses deux yeux, le vendeur au moins un œil, l’acquéreur lui doit pouvoir acheter les yeux fermés. À notre époque où tout est sens dessus dessous, où l’on marche sur la tête, c’est le contraire, chacun doit faire extrêmement attention. Là aussi on est très loin de l’esprit français, et du commerce qui a fait pendant longtemps la réputation de ce pays, où producteurs et vendeurs étaient des gens de confiance privilégiant toujours la qualité. Les commerçants ayant pignon sur rue étaient de ce genre-là. Aujourd’hui, ce sont surtout des grandes enseignes internationales qui déversent à la vente des monceaux de détritus.

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« Vêtir les Nus. » Dessin et gravure d’Abraham Bosse (vers 1602 — 1676). Sixième numéro d’une suite de sept estampes sur Les Œuvres de Miséricorde éditées par « leBlond ». Celle-ci porte sous son titre, le texte suivant : « Par un effet assez connu, / L’Homme, vrai sujet de misère ; / Sortant du ventre de sa Mère, / Entre dans le Monde tout nu. // Pour s’exempter de la froidure, / Il se couvre contre ses maux / De la laine des Animaux, / Et s’échauffe avec leur fourrure. // Mais comme par la Pauvreté / Toutes choses lui sont contraire ; / Il peut manquer des nécessaires, / Et se voir dans la nudité. //Alors par un soin véritable, / Il faut que charitablement, / Tu l’assistes de vêtement, / Prenant pitié de ton semblable. »

Dernièrement, je me demandais pourquoi je ne remarque jamais de gens sages ? Sans doute est-ce parce que le sage a une conscience aiguë de sa nature humaine, de sa fragilité, et qu'il ne s'étale pas sans pudeur comme le font les autres. De plus, il est avant tout, peut-être, un chercheur de sagesse, un amoureux de celle-ci comme l'indique l'étymologie du mot « philosophe » : φιλόσοφος, philó « celui qui aime » sophos « la sagesse ». Prenons l'exemple de peut-être le plus connu d'entre eux, Socrate (Ve siècle av. J.-C.) : celui-ci n'a jamais rien écrit, et n'a même jamais expliqué aux autres ce qu'était la sagesse ; il la cherchait, posait des questions, avançait en essayant de l'atteindre et en affinant la perception de ses interlocuteurs.

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Drôles de pistolets IX d’après Gavarni

Merveilleuses et merveilleux

« On rit avec vous et tu te fâches… en voilà un drôle de pistolet ! » Gravure provenant de Œuvres choisies de Gavarni « Revues, corrigées et nouvellement classées par l’Auteur –  Études de mœurs contemporaines – » « Les Débardeurs ».

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« Le Vicomte Aimé de Trois Étoiles et Dame Eloa de Tremblement, vont tout à l’heure ouvrir un cours public de Cachuchas comparés ». Estampe de la série Les débardeurs de Gavarni. La cachucha est une danse espagnole qui semble être mise à la mode à partir de vers 1836.

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« Cabinet de Mr le Commissaire » « – Vous ignoriez que cette danse fut défendue par l’autorité ?.. ce n’est pas probable…… dites vos noms et qualités. – BENJAMIN LÉGER, employé aux Menus-Plaisirs. FÉLICITÉ BEAUPERTUIS, Rentière. » Estampe de la série Le Musée pour rire.

Plusieurs ouvrages ont été publiés sur les « maîtres de la caricature » française du XIXe siècle. Ma démarche est très différente, car je pars d’un thème, les merveilleuses et les merveilleux, et cherche quels sont les caricaturistes s’étant distingués dans la représentation de ceux-ci.

La mode est un sujet apprécié de caricaturistes, surtout que ses extravagances et les petits-maîtres qui les portent se prêtent facilement à la satire. Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, ces caricatures sont souvent plus anonymes et moins nombreuses. La Révolution, les modes incroyables et merveilleuses du Directoire, le goût du public pour les estampes dépeignant les modes du jour et les nouvelles techniques de publications à grande échelle mettent en vogue ces images que les artistes n’hésitent plus à signer. Carle Vernet (1758 – 1836), Horace Vernet (1789 – 1863) son fils, Philibert-Louis Debucourt (1755 – 1832), Louis Boilly ( 1761 – 1845) notamment se font une spécialité (parmi d’autres) de portraits de merveilleuses et incroyables de leur époque, dessinés avec sensibilité, vérité et humour, d’une manière à la fois humaine et détachée, ironique et affectueuse, voire charmée… modes qu’ils connaissent d’autant mieux que certains travaillent aussi pour des revues de mode, comme le Journal des Dames et des Modes. En avançant, le XIXe siècle multiplie ce genre de scènes… de genre… à travers toutes sortes d’éditions de livres et de nouvelles revues humoristiques largement illustrées de caricatures de la vie moderne d’alors.

Dans mes articles sur les « Drôles de pistolets », je présente plusieurs de ces artistes du XIXe siècle, ceux ci-avant cités, mais aussi : Georges-Jacques Gatine (1773 – 1824), Louis-Marie Lanté (1789 – 1871), Charles Vernier (1813 – 1892), Cham (1818 – 1879), Félix Nadar (1820 – 1910), Bertall (1820 – 1882), Alfred Grévin (1827 – 1892) et Lucien Métivet (1863 – 1932). Ici, c’est au tour de Gavarni, pseudonyme de Sulpice-Guillaume Chevalier (1804 – 1866). Comme d’autres, il commence par publier des estampes dans des revues de mode, comme les prestigieux Journal des dames et des modes et La Mode, tout en prêtant ses talents à des journaux et revues plus ou moins satiriques, comme L’Artiste, L’Illustration, le Charivari… ainsi qu’à des illustrations de livres.

Ses représentations les plus connues sont peut-être celles du carnaval parisien, en particulier de certains de ses masques, comme le débardeur ou le chicard. En 1841 – 1843, il publie une série d’estampes sur Le Carnaval à Paris. Ces années-là sont très prolifiques. Il illustre plusieurs physiologies, comme Physiologie de la grisette (1841) et Physiologie du tailleur (1841 voir cet article) par Louis Huart (1813 – 1865), Physiologie de la lorette (1841) et Physiologie du débardeur (1842) par M. Maurice Alhoy (1802 – 1856), certaines avec d’autres artistes comme Physiologie des demoiselles de magasin (1842) « par un journaliste » et Physiologie du chicard (1842) par Charles Marchal (1822 – 1870), les deux avec aussi des illustrations de Daumier, Traviès et Monnier, et Physiologie du lion (1842) par Félix Deriège (1810 – 1872) avec la participation de Daumier.

Voilà pour quelques exemples de productions de cet artiste qui a marqué de sa touche cette grande époque de la caricature française... en particulier parisienne... en un temps où la capitale française était aussi la capitale artistique mondiale, où se créaient des courants de toutes sortes... et où chacun pouvait se décider le 'héros' de son temps... un 'héros' à la Balzac, à la van Gogh, à la lorette, au chicard, à la Dumas, à la Childebert, ahlalalala !

Merveilleuses et merveilleux
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« En voulez-vous de la crevette ?… pas cher. » Gravure provenant de Œuvres choisies de GavarniLes Débardeurs. Au XIXe siècle, on appelle « crevette » une petite-maîtresse : le pendant féminin du petit crevé ou crevé. Voir mes livres sur ce sujet, ainsi que sur le débardeur, le chicard, la grisette, la lorette, etc. Ici les crevettes ont vraiment l'air crevé !

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Jupe plissée et chaussettes : Quand la guerre rationne le fil et en donne à retordre !

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On pourrait se demander pourquoi j'écris sur des sujets aussi futiles que les chaussettes, la mode ou les petits-maîtres, à une époque contemporaine marquée quotidiennement par la folie générale, qui mériterait peut-être que l'on se penche sur des sujets plus sérieux. Autrefois, et plus particulièrement au Moyen Âge, les apothicaires conservaient les médecines dans des boîtes en bois sur lesquelles étaient peints des sujets colorés et fantaisistes, d'une grande gaieté, légèreté, singularité, voire bizarrerie... complètement hors normes, sur lesquelles l'intelligence et l'entendement ne pouvaient 's’agripper'. Pourtant, ces récipients contenaient des herbes, résines et autres produits et préparations guérissant... très sérieux dirons-nous... Les sujets de mon blog sont gais, joyeux, étranges aussi... superficiels, colorés...

Mais retombons sur nos pieds, et revenons-en au sujet de cet article : Pendant la seconde guerre mondiale, tout manque… en particulier dans les villes où tout est rationné. Même trouver des bas est difficile. On se fabrique soi-même des vêtements avec moins de tissu. Les jeunes femmes portent des jupes simples, plissées et s’arrêtant aux genoux. Leurs jambes sont nues, ou avec une paire de chaussettes tombantes sur des chaussures à grosse semelle de bois ou de liège, quand elles n’en portent pas de plus grossières ou de simples sandales. Certaines se maquillent les jambes afin de faire croire à des bas. Les robes ou les chemisiers ont des épaulettes et s’ouvrent généralement sur le devant par des boutons. Les vestes ont de larges épaules et sont ceinturées. Les coiffures sont crantées, élevées en chignon et se dispersant sur les épaules en boucles. Toutes sortes de hauts turbans leur donnent encore davantage de volume.

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La tenue jupe plissée et chaussettes marque aussi la fin du chic à la française. La Révolution de 1789, les suivantes, la guerre de 1870 et les deux guerres mondiales mettent à mal ce pays, sa culture et l’élégance.

Merveilleuses et merveilleux
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Chez les hommes, au contraire, la mode vestimentaire est au large ! Mais la simplicité est présente. Le faux-col disparaît, remplacé par un col de chemise, parfois même ouvert et alors sans cravate. Le gilet est beaucoup moins fréquent qu’auparavant. La taille du pantalon est haute et le tombé droit.

Chez les deux sexes, le costume est souvent coupé dans un même tissu. On réemploie largement ; rien n’est gaspillé. Ceci est vrai jusqu’au milieu du XXe siècle et la dominance du prêt-à-porter. C’est une des raisons pour laquelle il nous reste très peu de vêtements antérieurs au XIXe siècle.

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Ci-dessous : On note la coupe du Monsieur, ramassée en boucles sur un côté du haut du crâne, comme c’est la mode alors chez certains hommes.

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Ci-dessous : « Consommations du jour. – Garçon ! Deux soucoupes ! » Signé « Vichy – 43 J. SENNEP ». Autrefois, dans les cafés, chaque verre avait sa soucoupe, et on payait en fonction du nombre de soucoupes. Pendant la guerre, tout est rationné. L’humoriste montre ici que même les boissons manquent. La zazou est ici blême, famélique.

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La liberté

J’ai déjà traité de la liberté à la fin de l’article sur le souffle. Mais cette notion est tellement importante dans le gandisme qu’elle mérite que l’on se penche un peu plus sur elle.

D’abord, il me faut répéter que, selon moi, la mode est un apprentissage de la liberté. Comme son nom l’indique, elle est une manière, une façon (une fashion comme le disent les Anglais, mot venant de l'ancien français façon)… et chacun a la sienne. Les jeunes sont les premiers à chercher et suivre de nouvelles modes qui les démarquent des ‘anciennes’, et surtout qui les rendent plus autonomes, eux-mêmes, libres… même si c’est souvent en suivant ce qui est nouveau… Il ne faut pas oublier le besoin d’identification de beaucoup. Comme le dit le dicton : « Dis-moi qui tu hantes et je te dirai qui tu es. » Parfois leur démarcation consiste à refuser la mode… Ils généralisent, car ce qu’ils repoussent ce sont les rythmes dominateurs, comme actuellement les modes apportées par l’industrie mondialisée et sa politique… Personne ne peut échapper à une mode, la sienne, son propre mode de vie, les propres rythmes qui constituent la personne même et dans lesquels se trouvent obligatoirement du mimétisme. Par exemple, les autonomes sont très loin d’être des modeux, pourtant leur mode de vie est non seulement un mode, mais devenue une mode dans la mesure où il est de plus en plus suivi. Surtout, il y a derrière cela une véritable vision de l’avenir. La mode c’est aussi cela… non pas une vision guidée par l’industrie, la politique ou autres, mais une véritable conscience du présent et du futur. Les gandins sont souvent en dehors de la mode dominante ou en avance sur elle… Ils ne savent pas faire autrement… Il faut qu’ils créent et se sentent libres.

Aimer ? Détester ? Qu’importe ! Tout n’est que mode de voir, une mode ou un mode qui passe.

De nos jours, nous sommes très loin d’être dans un monde libre. Prenons l’exemple d’Internet : Les utilisateurs y sont fichés : leurs habitudes, préférences… leurs données vendues et leurs choix guidés. Cela est d'autant plus vrai pour les réseaux sociaux et la téléphonie mobile, cette dernière étant un véritable fléau sanitaire et environnemental, qui ne fait que croître, maintenant avec la 5G. Cela fait depuis 2007 que j’écris dans ce blog. D’expérience, je me suis rendu compte que les productions ‘indépendantes’ sur le Net sont volontairement maintenues dans un schéma de diffusion minimum par les moteurs de recherche de Big Brother. Une unique vision du monde est proposée et propagée. Même des sites comme Wikipédia véhiculent une doxa très éloignée de l'esprit encyclopédique dont ce dernier se réfère. C’est tout à fait ahurissant l’état de monopole et de monopolisation dans lequel nous évoluons, et qui touche tous les domaines de nos vies. Non seulement les voix ‘dissidentes’ sont maintenues sous une chape de mutisme, mais celles qui arrivent à sortir du lot sont implacablement persécutées. Prenons l’exemple des gilets jaunes : Les peines que le gouvernement français inflige aux plus vindicatifs d’entre eux sont sans commune mesure avec celles données à certains grands escrocs. Alors que pour ces derniers certains se retrouvent avec de simples peines avec sursis, les gilets jaunes condamnés à de la prison ferme sont très nombreux depuis le début des manifestations de ceux-ci, sans compter les intimidations multiples : violences organisées par le gouvernement (le nom même de black bloc montre qu’il s’agit d’une organisation rapportée), fichage, mesures de décrédibilisation, gardes à vue, amendes, etc. Prenons comme autre exemple celui de Julian Assange, un dissident emblématique que les gouvernements français n’ont jamais voulu soutenir : Il est actuellement emprisonné, isolé et torturé psychologiquement. Cela se passe aujourd’hui en Occident, comme on le fait dans les dictatures décriées pourtant par ces mêmes gouvernants qui s’accoquinent avec sans vergogne. Il suffit de sortir dans la rue pour voir dans quel état sont maintenus des pays comme la France… dans des états liberticides dignes de pays du tiers-monde sous dictature !

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De l’amour chez les petits-maîtres

Les Petits-maîtres de la Mode

Cette petite maîtresse qui consulte ses charmes, comme le dit la légende de cette gravure, s’habille-t-elle ou se déshabille-t-elle ? Sans doute se déshabille-t-elle, car sa coiffure est encore toute mise. Au sujet de cette dernière, avec une sorte de toupet au-dessus du front, elle rappelle une mode qui perdure pendant des millénaires, depuis les petites-maîtresses de l'Antiquité, avec la lampadion grecque et la lampadium romaine (voir mon second livre sur Les Petits-maîtres du style), en passant par les débuts de la coiffure à la Fontanges de la fin du XVIIe siècle.

Jacques Peletier (1517 – 1582 ou 1583) écrit au début de son Art poétique (1555) : « Qui voudra prendre garde, Seigneur Gaudart [je rappelle qu’en ancien français le verbe gaudir signifie « se réjouir »], aux desseins et affaires des hommes : il trouvera que tout est accompagné d’une certaine volupté : sans laquelle nous serions tous errants et incertains en nos délibérations [examens de conscience] et entreprises [actions]. Même ès [dans les] choses les plus difficiles et laborieuses : la volupté, ou comme j’ai de coutume de parler, l’amour y est inséparable. »

Cette « délectation » (mot employé dans le texte à la suite de cette citation), cette « volupté », cet « amour », cette intelligence de la vie, cet esprit qui se réjouit et jouit de tout, cela était très présent dans la culture française, mais a presque disparu. Cet amour-là n’est pas que le fait d’aimer une autre personne, il est présent en tout. Il vient, il me semble, surtout de soi-même, mais l'inspiration 'extérieure' est toujours nécessaire.

Cet amour fait la douceur de vivre, fait que les paysages sont beaux, que le repas est bon, que le gîte est accueillant, etc., que tout est à sa place et délectable ! Il est à la base de l'élégance même !

L’amour est un sujet important de la culture française. Elle en offre le camaïeu complet, tous les dégradés, depuis le plus mystique jusqu'au plus charnel. A partir du XIIe siècle, les poètes de la fine amore établissent le lien entre ces deux 'extrêmes' et créent un courant, « art de cour » (« courtoisie »), présent durant tout l'Ancien Régime, bien que se muant au XVIIe siècle en galanterie. J'évoque le domaine de la courtoisie dans l'article sur La bona maneira.

Ce n'est pas pour rien que Jacques Peletier parle d'amour au début de son Art poétique. En amour, quel-qu’il soit, le rythme a une grande importance. Rien n'échappe au rythme, puisque le mouvement est à la base de toutes vies, et même créateur de vie.

Le Moyen Âge a étudié les rythmes avec passion. Dans la spiritualité, ils sont un moyen d'accéder à Dieu et à l'harmonie divine, celle que conte Platon à travers sa musique des sphères beaucoup étudiée durant toute l'Antiquité et toute la période médiévale, les sirènes (chacune représentant une sphère céleste) étant souvent remplacées par des muses puis des anges !

L'univers courtois puise ses rythmes dans la terre même et sa danse amoureuse. Comme dans la religion, le fin amant cherche l'harmonie, la symphonie sublime, en empreigne son âme qu'il affine. Je ne devrais pas dire « cherche » mais « trouve », car c'est un trouveur : un trouvère (de langue d'Oïl, un troubadour en langue d'Oc, mot venant de trobar : trouver). Il n'est pas dans le désir, mais dans le plaisir ; non pas dans un plaisir feint, mais dans l'essence même de toutes choses, ou au moins de ce qu'il peut trouver en son âme de plus fin, beau et bon. Cette harmonie miroite naturellement dans son apparence : son attitude, son élégance, etc. Évidemment, il est des gens qui travaillent d'abord leur apparence afin de faire croire que cela est le reflet de leur esprit... mais il dupent aussi eux-mêmes, ce qui n'est pas le but de la courtoisie bien sûr. Ce que j'apprécie beaucoup chez les petits-maîtres, c'est qu'il y a souvent dans leurs manières quelque chose de faux et toujours quelque chose d'original, de particulier, ce qui fait que l'on ne peut jamais les prendre au sérieux, le sérieux étant selon moi 'très éloigné' du vrai et du bon... le sérieux étant peut-être même à l'origine de la souffrance.

L'Ancien Régime possède un amour du rythme. Dans les cours, comme dans les villes et les campagnes, la poésie, la musique, le chant et la danse rythment la vie. Je devrais y ajouter la religion, qui offre une musique pour l'âme, qui est aussi un outil d'harmonie communautaire, mais là il faudrait que j'aille plus avant, celle-ci étant efficace que si elle est source de liberté et non pas de soumission. Car qui créent les religions ? Ce ne sont pas les dieux ou le Dieu unique mais les êtres humains.

Chez les petits-maîtres, on retrouve tous les dégradés de l’amour. Le XVIIe siècle en offre une gamme très complète. Le libertinage est particulièrement bien représenté avec les libertins et les courtisanes. Contrairement à ces derniers, les coquettes de cette époque ne recherchent pas le plaisir, elles le savourent comme il vient, en s’intéressant surtout à elles-mêmes. Les précieuses, qui représentent à elles seules tout un mouvement culturel, sont parfois coquettes, parfois « prudes », mais le ton général est celui d’un amour épuré, essayant d’être raffiné à l’extrême, comme « la carte du tendre » en donne un aperçu, finalement surtout intellectuel… suivant les préceptes platoniciens d’une âme se confondant avec l’Idée, l’essence des choses, la sagesse. Même l’amour religieux trouve son petit-maître à travers le courant ‘dévot’, qui est à la mode à certains moments de ce siècle. L’amour spirituel est, chez les petits-maîtres, avant tout celui des rythmes, du mouvement nouveau et de la beauté.

La courtoisie et la galanterie donnent une part importante à l'amour charnel, mais uniquement dans les rapports entre la femme et l'homme. Si l’homosexualité peut être présente et acceptée (notamment dans la famille de Louis XIV certains sont célèbres pour cela, comme Monsieur frère du roi), elle n’est jamais montrée comme exemple. Au contraire, la culture française est depuis son origine baignée d’un culte de la dame que l’on retrouve dans l'amour fin médiéval (fin’amor), la courtoisie et la galanterie. L’amitié est aussi beaucoup plus présente qu’aujourd’hui, avec des dégradés beaucoup plus profonds, et ceci aussi entre les deux sexes.

LA CARTE DU TENDRE

Je trouve que la tendresse, la douceur… manquent à notre époque ; surtout que celle-ci est particulièrement difficile, confrontée à des réalités qui semblent insurmontables, comme le nucléaire, la pollution, la surpopulation, et beaucoup trop d’autres encore. Nous sommes dans un temps qui a besoin de finesse et de se tourner vers la beauté, la fantaisie… enfin vers tout ce qui ne cause aucun dommage aux autres. La tendresse est le contraire de la barbarie… Mais pour cela, elle doit être universelle. En avoir pour ses enfants et mépriser ceux des autres, en n’est pas vraiment, même si c’est mieux que rien. La carte du tendre n’est pas toute plate. Elle a des reliefs, est riche en diversité… On l’aborde avec attention, afin de ne pas se fourvoyer, avec raison, cœur et esprit.

Le plaisir n'est pas le désir. Le désir est confronté à l'étroitesse de la matière (post coitum triste), alors que le plaisir savoure le présent, ouvre l'esprit à l'infinité de ses possibilités.

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Drôles de pistolets VIII : Le gommeux seconde génération du café-concert

Les Petits-maîtres de la Mode

La caricature de mode suit non seulement les nouvelles modes, mais aussi l’évolution des techniques de diffusion de l’image. À la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, la gravure est à son apogée et les merveilleuses et les incroyables sont un thème que les gens apprécient, car synonyme de nouveauté et de fantaisie. À partir de 1817, le calicot bénéficie particulièrement du développement de la lithographie, et devient le nouveau sujet dans le vent que l’on représente. Par la suite, les journaux consacrés à la caricature véhiculent toutes sortes d’images des nouvelles modes, particulièrement celles des cocottes, cocodettes et autres crevettes et petits crevés au temps des crinolines du Second Empire (1852 – 1870). Ensuite et jusqu’à la fin du XIXe siècle, ce sont les gommeux qui prennent la relève. Ce sont les nouveaux jeunes gens en vogue que l’on dépeint notamment dans des revues, livres, chansons et sur les partitions de ces dernières. Aujourd’hui, le gommeux et la gommeuse sont oubliés, contrairement à d’autres petits-maîtres comme les merveilleuses, les incroyables ou les zazous. Pourtant, c’est peut-être sur eux que j’ai trouvé le plus de documents d’époque pour ma collection.

Les Petits-maîtres de la Mode

Ci-dessous, quelques-unes des partitions du dernier tiers du XIXe siècle que j’ai récoltées, j’espère pour votre bonheur. Je parle de « bonheur », car l’univers des petits-maîtres est celui de la joie ! Ces chansons évoquent surtout le gommeux de la seconde génération (voir mes livres), car beaucoup plus caricatural que celui d’origine (plus chic), et très apprécié des chansonniers du café-concert, dont certains prennent les tics, comme c’est le cas pour les gommeuses, avec quelques chanteuses gommeuses célèbres dont plusieurs sont présentées dans cet article. On dit que ces gommeuses et gommeux de cabarets sont des « comiques excentriques ».

Les Petits-maîtres de la Mode
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Les Petits-maîtres de la Mode
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Le texte de la chanson Le Pantalon de casimir, ci-dessous, est intéressant, car il met en scène un mannequin, tel qu’il en existe jusqu’au début du XXe siècle, que les couturiers, tailleurs, modistes, etc. envoient dans les lieux à la mode, notamment les promenades, pour présenter leurs dernières nouveautés (Longchamp, boulevards, etc.). Ici, il s’agit d’un mannequin homme, exhibant un pantalon de casimir. Les mots et les expressions employés témoignent aussi un peu de la manière de parler des gommeux. Voici des passages de cette chanson : « Tempo di Polka. Cris dans la coulisse. Hip ! Hip ! Hourrah ! Hip ! Hip ! Hourrah ! (Il entre après les cris et dit) C’est bien, manants ! C’est bien ! 1. Vous vous dit’s en m’voyant ainsi, / Dans cette culotte équivoque : / Mais pourquoi donc as-tu choisi / Un pantalon aussi baroque ? / Figurez-vous qu’un grand tailleur / M’habille à l’œil et pour la peine / Il faut qu’avec ça j’m’promène / Dans tout Paris qui chante en chœur : / Ah ! quel chic a  / C’pantalon là ! / Ah ! Ah ! Ah ! / Quand on l’verra, / Chacun dira : / Ah ! Ah ! Ah ! / Ah ! quel chic a / C’pantalon là ! / Ah ! Ah ! Ah ! / Quand on l’verra, / Chacun dira : / Ah ! Ah ! Ah ! 2. Dans la gomme c’est moi qui fais loi, / Faut croire que mon chic n’est pas mince ; / J’ai du galbe, et voilà pourquoi, / Les modes nouvelles moi je les lince. [ainsi écrit] / Je m’suis fait mannequin ambulant. / Aussi sur l’boulevard quand je passe, / De mes jamb’s quand on voit la grâce, / Chacun s’écrie, en les voyant : Ah ! quel chic a & […] 6. Si l’on vant’ mon chic fameux / C’est que j’m’en rapporte aux cocottes / Dans l’monde entier y’en a pas deux / Pour porter comm’ moi les culottes. / Bref ! On m’encense en prose, en vers, / Moi qui jadis n’étais d’un rustre, / Maintenant je suis un illustre ! / C’n’est qu’un cri dans tout l’univers : / (Cris de coulisse) Hip ! Hip ! Hurrah ! (au public) Là les entendez-vous ? (On chante en chœur dans les coulisses pendant qu’il chante gaîment et prétentieusement) / Ah ! quel chic a & ».

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La tenue du tailleur : Être assis en tailleur

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Il y a deux façons d’être assis en tailleur : l’une en portant un tailleur, l’autre à la manière d’un Indien fumant le calumet de la paix dans son tipi.

Dans l’article sur La posture, j’écris que l’expression « s’asseoir en tailleur » vient du fait que certains artisans, en particulier les tailleurs, se mettaient souvent dans cette position pour travailler. Cela est vrai au moins depuis le Moyen Âge et jusqu’au XIXe siècle. Dans la première iconographie de cet article sur Le tailleur, on remarque que quatre tailleurs sont ainsi assis (voir aussi photographies ci-dessous à la fin de l'article). Généralement, c’est sur une table qu’ils s’installent de cette manière, façon tellement courante que cela a donné le nom à cette position. On peut voir d’autres exemples de tailleurs assis sur une table, souvent dans cette posture, dans ces estampes : Couturier vendant des vêtements de soie, Le tailleur, Le tailleur français en colère, Collets dit parasabre, Le tailleur, Le Concierge est tailleur.

Photographies de Physiologie du tailleur, par Louis Huart avec des vignettes de Gavarni, 1841.

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Je profite de cet article pour conseiller cette position chaque jour aux personnes qui ont l'habitude de rester assises plusieurs heures, notamment devant leur ordinateur, afin d'éviter le mal de dos à long terme.

Cette position est courante en Asie. Par exemple, on la retrouve dans les représentations de bouddhas. Une chose intéressante à noter, est que selon cette religion/philosophie, le bouddha du futur (Maitreya) est le seul, ou un des rares bouddhas, à être figuré assis sur une chaise. Des exemples ici, ici, ici et ici.

Beaucoup de divinités gauloises sont aussi représentées dans la position du tailleur, comme ici, et d'autres exemples sont visibles dans cet article et dans cet autre article.

Photographies ci-dessous d'une planche du XVIIIe siècle de l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert.
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Élégances boisées

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Arriver à se reposer dans la nature est un véritable délice. Ce n’est pas toujours facile. Parfois on est attaqué par des insectes par exemple. Mais quand c’est possible, quel bonheur ! Le concert des oiseaux, le bruissement des arbres, la caresse d’un vent doux, les odeurs…

Au sujet de ces dernières, certaines de la nature ont largement influencées la parfumerie. Aujourd’hui encore, dans les sept grandes familles olfactives de parfums fabriqués par l’être humain, on compte les floraux, les boisés et les fougères.

Sur la photographie ci-dessus prise par un inconnu dans les années 1950, la jeune femme se repose dans une forêt de pins (sans doute des pins sylvestres) au milieu de fougères, ces deux plantes sentant bon, surtout quand elles sont réchauffées par le soleil, de même que l’humus et les autres plantes fraîches ou séchées par l’astre diurne. Ces fragrances continuent de se distiller pendant la nuit… comme par miracle.

La nature, en général, affine le goût de la personne réceptive. Elle lui ouvre les sens, lui offre une infinité de goûts divers à approcher à travers eux et l’inspire. Elle nous apprend ce qu’est l’inspiration et l’expiration, la vie et la mort.

La semaine dernière, alors que je me promenais dans la forêt, j’écoutais la symphonie orchestrée par des oiseaux, concert où s'ajoutaient des notes de couleurs (bleues, vertes, ocres…) et de lumières, des odeurs d’encens et de myrrhe, etc. Les arbres semblaient être les cordes d’une immense lyre formée par cette forêt, que pinçait la Nature, avec le souffle de ses éléments : le vent, les nuages, le ciel, la terre, la pluie, le soleil… Chaque pincement de corde était un arbre figé dans le temps, ou plutôt vibrant lentement, comme un éclair en très grand ralenti, en un temps qui dépasse l’être humain, qui est au-delà de lui… une musique céleste jouée sur terre…

Sur la photographie ci-dessous, deux jeunes dames sont assises sur l'herbe. Elles sont sans doute jumelles. D’après les habits, l’image peut être datée de vers 1875 - 1880. À cette époque, comme à d’autres, la robe était souvent coupée dans un tissu solide, peu fragile, le buste étant par contre plus ‘décoré’, notamment de dentelles.

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Mouvements de modes

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J’entends ici par « mode », au masculin, la manière de disposer une rythmique caractéristique, la mode en faisant partie bien sûr.

Une pensée, qui donne un mot, qui donne une phrase… tout cela surgit du mouvement… et même tout, toutes les choses, même celles qui nous semblent les plus inanimées. Le mouvement est partout. Il est la vie, la mort aussi. Il est ce qui commence et ce qui finit. Il est notre coeur qui bat, notre respiration. Il est même en nous là où nos sens ne le distinguent pas. Jusqu’où devons-nous le suivre ? Jusqu’où devons-nous suivre nos pulsions, le mouvement général, les mouvements de groupes… ? Quels modes devons-nous intégrer ? Quelle mesure prendre ? Parfois on bouge jusqu’à l’ivresse, parfois jusqu’à la maladie ; parfois c’est du plaisir… Bouger pour ramasser celui qui est tombé. Se mouvoir pour ne pas être bousculé. Trouver l’air juste… Tout en sachant qu’il ne sera que celui d’un moment.

Si le mouvement constitue tout ce qui fait l’être humain et son environnement, bien sûr, il existe quelque chose au-delà. Mais comme la bête n’a qu’une idée de ce qu’est l’homme, celui-ci n’a qu’une intuition de ce qu’il y a au-delà de lui et de ce que ses sens et son âme appréhendent. Sans le mouvement, il ne ressent que du vide (un mouvement vers le vide), du moins cela semble vrai pour la plupart, non ? De ce ‘vide’, il nous faut créer la plus belle des musiques, la plus belle des danses, un mouvement gracieux, un moment de grâce, plaisant, riche… C’est cela qui fait une des véritables richesses de l’être humain. C’est pour cela qu’il a inventé des modes, des modes qu’il considérait les plus adaptés aux circonstances : chants tristes, gais, solennels… danse… poésie… musique… mode vestimentaire… politesse… enfin tous les modes opératoires, qui agissent. Le mode, chaque mode, est une rythmique, un mouvement de l’esprit qui se fait parole et se concrétise dans le geste… devient réalité… pas obligatoirement maîtrisée, comme la respiration ou le rythme cardiaque, les saisons, la journée… dans une sorte d’emballement du cercle, de la rondeur du monde ou des mondes et des modes.

Illustrations ci-dessus : Photographie stéréoscopique d’une statue romaine, reproduisant le fameux Discobole de Myron.

Si René Descartes (1596 – 1650) a écrit dans son Discours de la méthode (1637) : Cogito, ergo sum (« Je pense donc je suis »), aujourd’hui on dirait plutôt Transeo, ergo non sum (« Je passe, donc je ne suis »), notre société étant surtout celle du passage, du mouvement effréné et rapide... un mouvement devenu folie.

Ci-dessous, ce merveilleux, tout en marchant, semble prendre la terre à témoin dans un mouvement très élégant. Le mouvement est ici une danse : On ne va pas d’un point à un autre, mais le geste est présence et plaisir… et non pas désir… alors que notre société de consommation n’est fondée que sur ce dernier, ce qui nous fait bouger frénétiquement et nous répandre comme un feu qui consomme ! De nos jours, le mode majoritaire est celui de la consommation, et la mode est prête à être portée…de même que les autres modes imposés par les moyens de communication… comme toute notre vie !

Merveilleuses et merveilleux

Le mouvement est la première chose qui fait la vie. Du reste, le verbe « faire » implique celui-ci. Ce n’est que récemment que le commerce international a accaparé celui de la communauté. Depuis la haute Antiquité jusqu’au XIXe siècle, le poète était considéré comme le plus apte à régler la mesure de la société et de ses êtres humains, à l’harmoniser. Il était le créateur des rythmes nouveaux et le détenteur de ceux anciens et traditionnels. La parole, la musique, la danse, le chant… il proposait à la collectivité les plus beaux rythmes qui la soudaient et la faisaient communier dans la grâce. Évidemment, chacun contribue aux mouvements de la cité ; mais la fonction des poètes était d’offrir les meilleurs, réglant notamment les festivités et proposant des modèles de création, en particulier au niveau de la langue. C’est ainsi que le français s’est constitué et a trouvé ses lettres de noblesse, au bas Moyen-Âge avec les poètes de la fin’amor, puis d’autres comme ceux de l’École lyonnaise, de la Pléiade, des cercles des précieuses, académies, etc.

 

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Un je ne sais quoi qui atalente

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« Salons de Paris » « Léon Glaize – Le Réveil. ». Carte postale « Imp. Phot. Neurden et Cie – Paris ». Sans doute s’agit-il de la firme Neurdein & Cie dont l’activité s’échelonne des années 1860 à 1918. Léon Glaize (1842 – 1931) est un peintre.

Le talent est une capacité qui vient de soi, sans effort particulier. En ancien français, le mot exprime de même un don mais aussi un désir, dans le sens de volonté et de désirer. « Talenter » veut alors dire plaire et « atalenter » inspirer le désir. Derrière cela, il y a l’idée d’agréer. Le mot « atalenter » est plus subtil que l’expression contemporaine « faire envie », car si « talent » est synonyme de « désir », il l’est aussi de « don »… de même que de « conscience ». La petite-maîtrise est en partie faite de talent dans le double sens du bas Moyen-Âge.

Le vulgaire souvent considère les petites-maîtresses comme des femmes provocatrices, voire de mœurs dépravées, simplement parce qu’elles sont libres et affichent leur liberté, par exemple en n’hésitant pas à montrer ce qu’elles ont de plus beau. Toutes ne sont pas ainsi… mais certaines… La gamme de la petite-maîtrise est très large, même infinie.

Il faut avoir été beau et avoir connu ce sentiment de complétude, pour comprendre de quoi je parle. Le persil, que j’évoque souvent (je renvoie à mes livres), est une des expressions de cette adéquation parfaite. Bien sûr, la méchante engeance peut essayer de souiller cela, mais comme le dit une sentence de l’Ancien Testament (la seule que je connaisse par cœur) : « Il n’y a rien d’extérieur à l’être humain qui ne peut le profaner ; c’est ce qui sort de lui qui le profane. » Donc fi des méchants !

Je crois que l’on ne peut pas même comprendre l’art sans cela. Chaque note d’une musique classique et les harmonies qui sont formées peuvent atalenter, de même que le font les mots en poésie, les traits, les couleurs, les sujets… en peinture, etc.

Sur la vidéo ci-après, la chanteuse atalente. Les paroles sont évidemment des métaphores sexuelles et les habits de la jeune femme sont loin d’être ceux d’une religieuse. Ceci dit, les « chants qui brûlent » font écho de nos jours aussi à la terre et aux herbes que les êtres humains brûlent de pesticides et autres pollutions qui enflamment aussi nos poumons.

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Merveilleuses & merveilleux