Photographie de droite : L'Apprentie coquette de Monsieur de Marivaux (vers 1688 -
1763), courte nouvelle incluse dans Bibliothèque de campagne ou amusements de l'esprit et du cœur (Tome second. Troisième édition. A Amsterdam, chez Marc Michel Rey,
1755).
Cet article fait suite à deux précédents : l'un intitulé Coquettes et coquetteries du XVIIe siècle et l'autre Coquetterie.
La coquette est un personnage particulier du XVIIe siècle : une petite maîtresse parmi les muguets,
libertins, précieuses, courtisanes, courtisans, dames de qualité, cavaliers, beaux fils, menins, galants, petites-maîtresses et petits-maîtres proprement dits et quelques autres. Elle survit
aujourd'hui, bien que je n'en aie rencontrée aucune … du moins comme nom du langage courant et surtout comme adjectif.
Scarron, dans Épîtres burlesques décrit rapidement des coquettes de 1640, c'est à dire de la fin du règne
de Louis XIII (roi de 1610 à 1643) :
« Parlerai-je de ces fantasques
Qui portent dentelle à leurs masques,
En chamarrant les trous des yeux,
Croyant que le masque est au mieux ?
Dirai-je qu'en la canicule,
Qu'à la cave même l'on brûle,
Elles portent panne et velours ?
Mais ce n'est pas à tous les jours ;
Qu'au lieu de mouches, les coquettes
Couvrent leur museau de paillettes,
Ont en bouche cannelle et clous,
Afin d'avoir le flaire doux,
Ou du fenouil que je ne mente,
Ou herbe forte comme mente. »
La coquette est quelque peu frivole : Ce n'est que pour expérimenter son âme, les bigarrures qui que
l'amour crée dans son esprit, et les affectations qui s'échappent d'elle dans les manières avec lesquelles elle joue comme un acteur devant son miroir. C'est avant tout, et même exclusivement à
elle que la coquette se voue, à son reflet et aux apparences qui en découlent. Elle a besoin d'être aimée mais sans les contraintes que cela pourrait engendrer. Son alter-ego n'est pas le coquet
mais le galant.
Dans la courte nouvelle intitulée L'Apprentie coquette (photographie 1), Marivaux met en scène la conversation de deux jeunes dames. L'une apprend la coquetterie à la seconde à travers quelques leçons de galanterie
féminine. L'auteur, dont le style a donné lieu à un nom : le 'marivaudage', exprime le plaisir qu'il peut y avoir dans le jeu de l'amour et de ses réflexions dans tous les sens du terme. La
légèreté y est admirée comme une élévation dont le plaisir est le maître, et dont la volatilité permet de survoler toute idée de mal. Voici un passage du texte :
« Quand il fut heure de se coucher, je volai dans ma chambre, pour me déshabiller, & pour me
voir : oui, pour me voir ; car j'étais pressée d'une nouvelle estime pour mon visage, & je brûlais d'envie de me prouver que j'avais raison. Tu penses bien que mon miroir ne me mit
pas dans mon tort ; je n'y fis point de mine qui ne me parût meurtrière ; & la contenance la moins façonnée de mes charmes pouvait, à mon goût, achever mes deux
Amants.
Te ferai-je le détail de mes petites grimaces ? Nous sommes toutes deux du même sexe, & je
n'apprendrai rien de nouveau : tantôt c'est un mélange de langueur & d'indolence, dont on attendrit négligemment une physionomie ; c'est un air de vivacité dont on l'anime ;
d'usage & d'éducation dont on la distingue ; enfin, ce sont des yeux qui jouent toutes sortes de mouvements ; qui se fâchent, qui se radoucissent, qui feignent de ne pas entendre ce
qu'on voit bien qu'ils comprennent ; des yeux hypocrites, qui ajustent habilement une réponse tendre, à qui cette réponse échappe ; & qui la confirment par la confusion qu'ils ont
de l'avoir faite.
Voilà en gros les aspects sous lesquels je m'admirai pendant un quart-d'heure ; je me retouchai
cependant sous quelques-uns ; non que je ne fusse bien, mais pour être mieux ; après quoi je me couchai, remplie de sécurité pour l'avenir ; mais je me couchai sans envie de
dormir : j'avais trop bonne compagnie d'idées ; les deux jeunes-gens, leurs tendres dispositions, ma gloire présente et à venir, la bonne opinion de moi même, tout cela me suivit au
lit.
Je me mis donc à rêver, & à faire mille projets de conduite : j'arrangeais les phrases futures
de mes Amants & les miennes ; j'imaginais des incidents, je troublais leur repos, je les calmais, j'inventais des caprices dont je me divertissais de les voir dépendre
... »
Photographies du dessous : Assiette de Gien datant entre 1827 et 1839 : " La coquette
".
Photographies ci-après : Assiette de 19,5 cm de diamètre, de Choisy le Roi, signée « HB » du XIXe siècle, de la série « La
crinoline » : « 9. Madame ! Vous resterez enfermée 24h dans votre jupe, cela vous apprendra à être coquette ! » Sous Napoléon III, alors que certaines femmes ont
toute liberté, d'autres restent enfermées dans des stéréotypes. Le code Napoléon par exemple considère jusqu'en 1970 l'homme comme étant le chef de famille. Cette assiette est intéressante en particulier pour la représentation d'une
crinoline sans le jupon et la robe qui la couvrent.
Voici quelques représentations de coquettes. La luthiste
coquette. Tribunal des coquettes. La dispute de la coquette et la modeste. La femme coquette et le vieux jaloux. Portrait de la dame coquette et artificieuse. Une partie du texte accompagnant cette image est celui-ci : « tout indique une coquette qui n'a rien
négligé pour compléter sa parure et la rendre agréable ; elle profite d'un moment qu'elle se trouve seule pour considérer si un air négligé ne serait pas préférable à une forme trop
régulière. » La coquette. La jardinière coquette.
La coquette et
l'abeille. Coquette. La coquette fixée. On constate qu'elle est avec un abbé, parfois associé aux petites maîtresses au XVIIIe siècle. Il s'agit du jeune abbé coquet dont voici
quelques images. Jeune Abbé coquet avec un habit à olives allant en conquête. Petite maîtresse en robe lilas tendre garnie de gaze à la promenade au Palais Royal. Un abbé coquet est représenté dans la gravure intitulée La promenade du matin de Suite d'estampes pour servir à l'histoire des moeurs et du costume des
Français dans le dix-huitième siècle (années 1775-1776). Le texte qui accompagne cette image le décrit ainsi : « Un Abbé plus modeste en baissant la paupière, Fait croire qu'il n'y
touche pas ; Mais il sait à propos gagner la Bouquetière, Pour oser de plus près admirer vos appas [des petites maîtresses]. »
Photographie de droite : Cuivre pour impression
d'une gravure intitulée : 'Le Contrôleur de toilette'. Il est signé du sculpteur Mixelle jeune (Jean-Marie Mixelle) actif à la fin du XVIIIe siècle, d'après un dessin de Claude-Louis Desrais
(1746-1816). L'indication : « A Paris chez Pavard rue S Jacques N°240 APDR » signifie que l'éditeur est Pavard (fin du XVIIIe siècle) et que ce cuivre date d'avant 1789 car il y a un
APDR (Avec Privilège Du Roi). C'est peut-être un cuivre original ou sans doute une copie. Format total du cuivre : 27,2 x 21 cm. Il met en scène un religieux (peut-être celui de la maison, ou
celui qui vient visiter régulièrement) qui donne ses avis sur les tenues de la maîtresse du lieu. On le trouve sur quelques gravures représentant une dame à sa seconde toilette comme dans celle
intitulée « Qu'en dit l'abbé ? ».
L'abbé coquet est un style de religieux que l'on retrouve souvent aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il
courtise parfois les petites-maîtresses dont il peut être l'ami et le confident. Ce personnage est présent dans la pièce L'Été des coquettes de Dancourt (1661-1725) dont je parle dans
l'article Coquettes et coquetteries du XVIIe siècle. On l'appelle aussi « abbé de
Pouponville ». C'est un « sermonneur de sofa », à l'allure mignarde, jouant volontiers le jeu des petites-maîtresses. Il est un habitué de leur ruelle et, pour les plus érudits, de
celles des précieuses (voir article sur Les précieuses et les femmes de lettres). Certains
abbés célèbres se sont consacrés à écrire des ouvrages sur des sujets que l’Église répugne, comme le théâtre ou la danse. François Hédelin, abbé d’Aubignac et de Maymac (1604-1676), qui est
considéré comme le créateur de la règle des trois unités du théâtre classique français, compose une Histoire du temps ou relation du royaume de coquetterie extraite du dernier voyage des
Hollandais aux Indes du levant (1654). L'abbé Michel de Pure (1620 - 1680), que Nicolas Boileau (1636- 1711) décrit comme étant un galant (« Si je veux d'un galant dépeindre la
figure, Ma plume pour rimer, trouve l'abbé de Pure ») compose une Nouvelle histoire du temps ou la relation véritable du royaume de coquetterie. Il est connu notamment pour un livre
sur la danse et les ballets (Idée des spectacles anciens et nouveaux, Paris, Michel Brunet, 1668) et de plusieurs sur les précieuses : La Précieuse ou le Mystère de la
ruelle, 1656-8 (en 4 parties); La Précieuse (comédie, 1656) ; La Déroute des précieuses (mascarade 1659). Au XVIIIe siècle, des abbés écrivent sur des sujets comme le
goût ou la politesse tels François Cartaud de la Vilate (vers 1700 - 1737), Jean-Baptiste Morvan de Bellegarde (1648 - 1734), Séran de la Tour (vers 1700 - vers 1770).
Dans Bibliothèque des petits-maîtres, ou Mémoires pour servir à l'histoire du bon et de
l’extrêmement bonne compagnie de Fr. Charles Gaudet (« Au Palais-Royal, Chez la petite LOLO, Marchande de Galanteries, à la Frivolité, 1762. ») tout un chapitre est consacré à la
« Bibliothèque de l'abbé de Pouponville » (cliquer
ici pour le lire).
Photographies du dessous : « Qu'en
dit l'abbé – A Madame la Comtesse d’Ogny, Paris chez N. De Launay [Nicolas Delaunay (1739-1792)], Graveur du Roi, Rue de la Bucherie N°26. Par son très Humble et très Obéissant Serviteur N. De
Launay. Peint à la Gouache par N. Lawreince [Nicolas Lavreince (1737-1807)] , peintre du Roi de Suède. Gravé par N. De Launay, Graveur du Roi de France et de Danemark, et des Académies de France
et de Copenhague. A.P. D.R. » Gravure originale de la seconde moitié du XVIIIe siècle représentant une dame à sa toilette demandant à son abbé ce
qu’il pense du tissu que lui présente une vendeuse de mode.
© Article et photographies LM
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Jusqu'au XXe siècle le bronzage n'est pas du tout une chose recherchée. C'est même le contraire. On ne bronze volontairement pour faire joli que la
peau des gants ou des chaussures. C'est durant l'entre-deux-guerres que cela devient à la mode et un critère de beauté. Certaines pages de la revue présentée ici datant de 1935, en sont la
preuve. Il est intéressant de noter la mise en page qui est typique des revues de mode du XXe siècle. La photographie prend la première place sur les autres iconographies, ce qui n'est pas encore
tout à fait le cas avant 1939 où le dessin est très présent ; il continue à l'être, mais beaucoup moins, aujourd'hui (d'après
© Article et photographies LM.
Dans l'article intitulé
© Article et photographies LM
Photographie 1 : Caricature d'époque (découpée et collée sur un papier plus récent) anglaise, colorée à la main, représentant
la mode décrite ci-après. Elle a pour légende : « Nothing Extenuate nor aught set down in Malice. » Cette estampe date de 1827. L'auteur est Henry Heath et l'éditeur H. Fores
(Londres). D'autres exemples sont ici :
Photographie 1 (à gauche) : Chromolithographie publicitaire, de la fin du XIXe siècle intitulée « Le petit gommeux ». Sa cravate
est nouée comme aujourd'hui : c'est la nouvelle mode à cette époque et le début de cette manière !
Les gommeuses sont plus rares ou on été moins sujettes à la satyre, peut-être parce qu'elles sont moins « voyantes » à des époques
où toute la mode féminine l'est contrairement à la masculine. Leur style allie l'élégance avec une liberté de ton et une extraversion propres à la jeunesse. Il n'en faut alors pas davantage pour
que ce personnage soit imité au café-concert par de jolies et impétueuses chanteuses jouant avec un mélange de raffinement et d’exubérance en y ajoutant une féminité aguichante. A la même époque
que Libert et d'autres gommeux des planches, certaines chanteuses deviennent célèbres dans ce personnage comme Henriette Bépoix : une « Diseuse-chanteuse-comédienne », ou Thérésa
qui commence sa carrière avec ce rôle. Polaire en est un autre exemple (comme les autres des photographies). Ces gommeuses s'habillent d'une manière recherchée et extravagante. Elles portent
parfois un « gigantesque chapeau fantaisiste », avec toujours quelques notes sensuelles voire très suggestives : poitrine mise en valeur, mollets qui se laissent voir (ce qui est à
l'époque osé) etc.
Photographie 6 (au dessus) : Carte postale
Photographie 7 (au dessus) : Autre carte postale de Lucy Manon.
Photographie 8 : « Suzanne d'Artois : Gommeuse Excentrique », avec une dédicace de
Suzanne d'Artois elle-même.
Photographie 9 (à gauche) : Carte postale, avec une oblitération datant de 1906, d'Irma de Lafère (Le
I de « I DE LAFERE » ressemble à un J mais c'est de cette façon que cela s'écrit alors). Il s'agit d'une gommeuse du café-concert. Elle porte une ou deux bagues de pierres précieuses à
tous les doigts sauf aux pouces, et un habit entièrement brodé de paillettes. A cette époque les habits élégants peuvent être particulièrement fin pour les femmes. J'en ai quelques exemples,
brodés et/ou avec de la dentelle … On se demande même comment il peuvent être alors portés tellement ils sont fragiles, ajustés au plus près du corps. Ne serait-ce que de boutonner ou déboutonner
certains corsages est une aventure de dextérité. De plus le corps des plus jolies dames façonnés dans des corsets et des chaussures faites pour des « pieds mignons » est véritablement
délicat, ce qui se ressent dans les habits. C'est encore comme cela au début du XXe siècle jusque dans les années 1910 où le corset commence à être délaissé ou remplacé par une forme
s'apparentant de plus en plus à la gaine.
Photographie 13 : Autre carte postale d'Alice de Tender.
Photographie 1 : Détail d'une gravure de 1797 ayant pour légende : « Café des Incroyables. Ma
parole d’honneur ils le plaisante. » Voir article intitulé
Le Moyen âge est à l'origine de nombreux éléments qui ont forgé l'époque moderne. C'est durant cette période que l'Occident s'organise notamment autour de la chrétienté ;
que l'Europe se crée ; et que l'exemple de la France inspire et se répand.
Photographie 1 : Vue actuelle de la Tour Jean sans Peur (1409-1411). Classé monument historique en 1884, cet édifice est
un des derniers vestiges civils du Moyen Âge à Paris. © photographie : Jean René Gendre.
: burette, passoire, calice au large pied, petite cuillère,
pipette liturgique. » nous dit l'exposition. « Lors d’un festin, le vin est servi au dernier moment suivant un cérémonial parfois complexe. Ainsi, à la cour de Bourgogne au XVe siècle,
au moins trois personnages sont requis : huissier de salle (chargé de quérir l’échanson), échanson (porteur d’une coupe) et sommelier (porteur des pots d’eau et de vin et goûteur). Les vins sont
appréciés frais et oxygénés et pour cette raison, versés de haut. Chez les puissants, la vaisselle (hanaps, verres, coupes...) ainsi que les vins d’apéritifs et autres boute-hors (vins signalant
qu’il est temps de prendre congé) sont disposés sur des dressoirs. Les traités de bonnes manières se diffusent à partir du XIIIe siècle. On y apprend à boire le coude collé au corps et à petites
goulées (pour les femmes). Mais les bonnes manières n’empêchent pas l’hôte de s’amuser parfois aux dépens de ses invités : il existe des pots surprises qui ont un goulot factice mais des trous
bien réels placés en dessous, qui laissent s’échapper la boisson sur les pieds de l’invité ! »
Le musée Cognacq-Jay conserve une exceptionnelle collection d'oeuvres du XVIIIe siècle que l'on peut contempler toute l'année à Paris et gratuitement. A cela
s'ajoute la présentation jusqu'au 6 mai 2012 d'une des plus importantes collections en France de boîtes et d'objets de vertu constituée de boîtes à mouches, tabatières, étuis et nécessaires etc.
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