Le service public communiquant de mécènes privés.

Ce qui était impensable autrefois est aujourd'hui de plus en plus courant. Le service public se fait toujours davantage le communiquant de mécènes privés. Par exemple je reçois des messages de la mairie de Paris sur des événements qu'elle organise avec telle ou telle firme, faisant au passage sa publicité.

Photographie ci-dessous : J'ai ajouté au montage que j'ai fait pour cet article des publicités !

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Le Musée des Tissus de Lyon.

D’après cet article, il est écrit que la Région Auvergne-Rhône-Alpes proposerait des solutions pour éviter la fermeture du Musée des Tissus de Lyon. Espérons que la ‘solution’ de la dispersion de ses collections ne sera pas choisie, ce qui serait évidemment l’affaiblir et à terme le condamner. L’absurde Musée des Confluences lorgne sur ce patrimoine, l’un des plus importants et précieux au monde sur l’histoire des costumes qui, amputé, ne le serait plus bien sûr.

 

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Papiers peints du futur

Depuis le 1er avril 2017 et jusqu’au 31 décembre 2018, le Musée du Papier peint de  Rixheim met en scène les Papiers peints du futur, dans une exposition où l’on découvre des exemples intéressants, comme le « métapapier » (photographie de gauche) qui est un prototype développé par le Centre technique du papier, de Grenoble :

« Ce papier peint sert de protection contre les champs électriques à basse fréquence et électromagnétiques à haute fréquence (radios, radars, lignes à haute tension, appareils électriques et électroniques dans les habitats voisins). Il est non métallique, non ferromagnétique et doit être relié à la terre pour des raisons de sécurité et pour une meilleure efficacité.

Le Métapapier développé par des chercheurs de l’Institut polytechnique Grenoble INP et du Centre Technique du Papier à Grenoble est un matériau cellulosique qui filtre les fréquences micro-ondes de façon sélective. Il est constitué de motifs en étoile imprimés avec une encre conductrice contenant des particules d'argent qui peuvent filtrer trois fréquences GSM et WiFi (téléphone et réseau local sans fil). Il peut donc créer des zones de tranquillité électromagnétique dans une salle de spectacle, un hôpital ou une chambre à coucher.

Les ondes électromagnétiques hors du domaine WiFi se propagent de façon normale, ce produit n’empêche donc pas l’accès à tous les services sans fils habituels (radio FM, télévision, téléphones fixes DECT, systèmes d’alarme, commandes de volets, interrupteurs). Seul le service WiFi est réfléchi par le papier à plus de 99,999 %. L’intérêt est triple : la sécurité informatique (il empêche le piratage des données sensibles) ; la réduction du niveau d’exposition à son propre WiFi puisque les ondes ne sortent plus par les murs mais restent confinées à l’intérieur de la maison ; enfin une meilleure qualité du signal, puisqu’il n’y a plus d’interférence avec les réseaux WiFi des voisins.

Ce produit n’a pas besoin d’être connecté à la terre. Il se pose comme du papier peint, sur un mur ou sur le sol, et peut être recouvert sans altérer ses fonctionnalités. »

Ce papier peint est présenté dans la première section de l’exposition sur les papiers peints techniques, avec d’autres bloquant les ondes électromagnétiques, absorbant les sons ou anti-humidité, etc. Il y a même un revêtement mural « parasismique » !

La seconde section est consacrée aux papiers peints enrichis, la troisième à l’innovation technique au service des arts appliqués et la quatrième aux artisans d’art avec  l’Atelier Poulaillon, la Maison Milliet (photographie de droite) ou l’Atelier d’Offard  qui « perpétue le savoir-faire des papiers peints à la planche des grandes manufactures des 18e et 19e siècles. »

Voilà une exposition intéressante avec un futur à la fois innovant, protecteur contre les pollutions diverses et préservant des savoir-faire anciens.

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Le pouvoir des fleurs : Pierre Joseph Redouté (1759-1840).

PROLONGATION JUSQU'AU 29 OCTOBRE 2017

Les fleurs sont quotidiennement présentes dans notre vie, pas seulement au printemps où elles sont particulièrement nombreuses dans la nature et jusque dans les villes, mais toute l’année, en particulier à travers les inspirations qu’elles ont suscitées et continuent de le faire dans les arts décoratifs. L’exposition Le pouvoir des fleurs : Pierre Joseph Redouté (1759-1840) nous en donne des exemples de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe.

Du 26 avril au 1er octobre 2017 le Musée de la Vie Romantique à Paris propose, en partenariat avec le Museum national d’Histoire naturelle, la première rétrospective en France dédiée à Pierre-Joseph Redouté, un peintre célèbre pour ses représentations de fleurs, dont on peut contempler un portrait par Louis Léopold Boilly ici.

Protégé par la reine Marie-Antoinette puis par l’impératrice Joséphine de Beauharnais, il fut très célèbre de son temps et l’ai resté jusqu’à aujourd’hui. Comme les fleurs sauvages qui sont incroyablement résistantes aux vicissitudes, il a traversé une époque troublée sans grand problème. Dessinateur et peintre du Cabinet de Marie-Antoinette, il devint dessinateur de l'Académie des sciences, puis peintre de fleurs de l'impératrice Marie-Joséphine, professeur de l'impératrice Marie-Louise et professeur au Muséum national d'histoire naturelle.

Il s’inscrit dans une longue lignée d’artistes français qui depuis l’Antiquité se font une spécialité de ces représentations, et parlent à travers elles. Elles ont une symbolique, et leur assemblage est un discours qui peut se lire à plusieurs niveaux. Ce langage pictural est particulièrement  présent dans la peinture du XVIIe siècle, à une époque où le français est lui aussi mis en forme dans une recherche d’excellence.

Pierre-Joseph Redouté est quant à lui dans l’époque des Lumières férue de sciences, de découvertes et de vérité. Ses œuvres ont cette rigueur scientifique cherchant à rendre au plus près la vérité. Elles témoignent de même des découvertes de nouvelles espèces provenant du monde entier et des croisements réalisés par des techniques toujours plus élaborées donnant de nouvelles espèces de roses ou d’autres fleurs.

C’est un peintre aussi installé dans la mouvance romantique et son apologie de la nature. Le présenter au Musée de la Vie Romantique est donc tout à fait approprié.

Il y a beaucoup de grâce, de finesse et de technicité dans ses portraits de fleurs. Si certains l’ont surnommé « le Raphaël des fleurs », je préfère voir en lui un très grand portraitiste… de fleurs !

Le thème et cette rétrospective auraient pu être beaucoup mieux fouillés et présentés plus intelligemment. On ne se rend finalement pas vraiment compte de toute la poésie et les savoirs scientifiques et artistiques que la nature a inspiré depuis toujours à l'homme, et comment M. Redouté s'inscrit en cela. On ne fait qu'effleurer l'esprit des Lumières, sa finesse. C'est dommage car le thème est particulièrement d'actualité dans notre époque qui ne retient de la science que l'asservissement et la destruction de la nature, c'est-à-dire de l'être humain. Mais les oeuvres sont belles, nombreuses et valent le détour. Le visiteur n'étant pas vraiment guidé, c'est donc à lui de trouver le chemin qui le conduira, en les contemplant, de ses yeux vers son âme et son coeur, à travers les canaux de la vie dont les fleurs sont chacune un épanouissement.

Cette exposition occupe les deux ateliers d’artiste du musée, avec 250 peintures, aquarelles, objets d’art et vélins originaux. Afin de ne pas abîmer les œuvres les plus fragiles (qui constituent la grande majorité et qui sont sur papier, vélin, soie, etc.), celles-ci seront régulièrement changées. Si la plupart des œuvres sont de l’artiste, on en trouve d’autres de ses contemporains, en particulier dans la seconde partie où il est montré la place des fleurs dans les arts décoratifs de l’époque : céramique, orfèvrerie, édition, papier peint, broderie, tissage, etc.

Le musée a souhaité ajouté de la vie contemporaine à cette exposition en présentant dans sa cour, son jardin et sa collection permanente des ouvrages d’artisans contemporains. Le fleuriste Pierre Banchereau (maison Debeaulieu) s’associe lui aussi à cet événement en embellissant ce musée de bouquets de fleurs fraîches. Sa boutique se trouve tout près au 30 rue Henry Monnier, dans ce quartier de la ‘Nouvelle Athènes’ qui conserve encore de nombreux bâtiments du XIXe siècle.

Photographie ci-dessous : Œuvres de Pierre-Joseph Redouté. Je n’en présente pas beaucoup ici car je n’ai pas réussi mes photographies trop jaunes et floues.

Photographie ci-dessous : Miniature dont l’une est de M. Redouté.

Photographie ci-dessous : Les Fleurs emblématiques ou leur Histoire, leur Symbole, leur Langage & & & par Mme Leneveux, début XIXe.

Photographies ci-dessous : Flore caressée par Zéphyr par le baron François Pascal Simon Gérard (1770 – 1837), datant de 1802. C’est une prouesse d’avoir su retranscrire en image la douce caresse du vent.

Photographies ci-dessous : Deux peintures avec un enfant dans la nature. Il s’agit de garçons. Pendant tout l’Ancien régime on habillait les enfants mâles comme des filles lors de leur petite enfance.

Photographies ci-dessous : Madame Bernard-Léon par Henri-François Riesener (1767 – 1828).

Photographies ci-dessous : Divers objets des arts décoratifs représentant des fleurs.

Photographies ci-dessous : Le musée est lui-même un peu bucolique et très romantique avec son arbre à l’entrée, sa cour et son petit jardin.

Photographies ci-dessous : Dans la collection permanente on trouve de nombreux objets d’arts et œuvres des XVIIIe et XIXe siècles où les fleurs sont présentes. Parmi les objets ayant appartenu à la famille de Georges Sand il y a par exemple cette miniature (à gauche) du XVIIIe siècle de Marie-Aurore de Saxe en bergère. La peinture de droite (détail) est aussi du XVIIIe siècle.

Photographie ci-dessous : L’un des plus célèbres portraits de la femme écrivain, présent au musée,  la représente avec des fleurs fraîches dans les cheveux. Voir ici pour une meilleure photographie.

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Le château de Rouville

En allant me promener près de Malesherbes j’ai découvert ce château du XVe siècle édifié sur les ruines d’une forteresse du IXe siècle et sans doute sur des vestiges plus anciens, plusieurs témoignages du néolithique ayant été découverts dans le parc. Cette bâtisse a été remaniée au milieu du XIXe siècle dans un style néogothique. L’intérieur doit sans aucun doute être aménagé dans ce style, le château appartenant à la même famille depuis cette date. Il est entouré d’une chapelle des XIIIe et XVe siècles qui appartenait à l'ancienne commune de Rouville, de dépendances, d’une glacière, d’un pigeonnier, d’une grotte, etc. La ferme attenante, ancienne elle aussi, appartient à une autre famille.

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L'attention au réel

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Le Pavillon de l’Ermitage

Le Pavillon de l’Ermitage à Paris est un joli endroit, rare bastion d’un autre temps, dans un quartier qui chaque jour se défigure un peu plus. Il s’agit du seul élément conservé du domaine de Bagnolet qui appartenait à la Duchesse d’Orléans (vue du château ici). Il est d’époque Régence. Préalablement conçu avec seulement un rez-de-chaussée, un étage a été ajouté au XIXe siècle. Les peintures aux plafonds ont disparu mais celles sur les murs sont toujours là, avec de très belles grisailles, attribuée à Jean Valade et datant d’entre 1723 et 1727, et un décor plus tardif, ‘antiquisant’, de 1761. Pour en savoir plus cliquer ici. C’est un lieu patrimonial charmant dans lequel tous les vendredis, samedis et dimanches, à 16h30, sont donnés des concerts de clavecin.

J’ai appris un peu tard que jusqu’au 16 avril une exposition y est organisée, intitulée Les plaisirs de l’Ermitage. Je m’empresse de vous en parler car c’est un vrai plaisir de se plonger dans la vie quotidienne au XVIIIe siècle, d’une manière plus intime, plus vivante que dans les parcours de musées. Bien sûr le lieu est petit, mais cela permet d’autant mieux d’apprécier les œuvres d’époque qui y sont montrées. Cette exposition est organisée par l’IESA – Métiers de la Culture, Paris, grâce à des élèves de cette école et leur professeur M. David Brouzet.

Photographie du haut : Grille du jardin au dos du pavillon.

Photographie de gauche : Côté du Pavillon de l’Ermitage.

Photographie de droite : Table de toilette garnie avec derrière coffret de toilette et peinture murale en grisaille d’époque Régence de vers 1723 – 1727.

Photographie ci-dessous : Baignoire en cuivre de la fin du XVIIe siècle avec un drap de fond  de baignoire en coton et lin (XVIIIe siècle). En arrière plan on distingue une serviette de sortie de bain (fin XVIIIe – début XIXe), des boules à savon et éponge et un plat à barbe du XVIIIe siècle.

Photographie ci-dessous : Clavecin de style XVIIIe siècle servant pour les concerts, avec en arrière plan une autre peinture murale en grisaille.

Photographies ci-dessous : Tableau en grisaille du XVIIIe siècle. À noter les mains entreprenantes de l’homme.

Photographie ci-dessous : Mur de la seconde salle avec ses tableaux.

Photographie ci-dessous :  Huile sur toile de la fin du XVIIIe siècle d’un portrait du Grand Dauphin (1661 – 1711), fils de Louis XIV.

Photographies ci-dessous : Dans la plus grande des salles sont aménagées trois tables avec des objets d’époque utilisés pour une collation (ici café), un repas et pour garder au chaud ou au froid.

Photographies ci-dessous : Nappe « Fontenoy » et quatre serviette en damais de lin de Courtrai (après 1745). La nappe est historiée. Les personnages ne se voient qu’avec un certain angle de lumière. Il s’agit d’un tissage particulièrement précieux. Sur la photographie on ne distingue presque rien.

Photographies ci-dessous : Nappe en tissage dit « en petite Venise » de damas de lin (Courtai, époque XVIIIe). La nappe de la première table a des motifs différents pour.

Photographies ci-dessous : Dans les trois peintures murales en grisaille est présent le thème de l’écriture avec deux personnages lisant et un autre écrivant. le premier coud en lisant.

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L'amour dans le couple

Alors que j’ai décidé de prendre du recul avec mon blog, je ne peux m’empêcher de vous présenter cette jolie boîte parisienne de 1770 (détails ici), « en or jaune ciselé et émaillé », proposée à la vente par la maison Beaussant Lefèvre le 29 mars prochain. La miniature est évidemment une allégorie de l’amour dans le couple, avec le foyer ardent, le tisonnier, les roses, les deux colombes… La jeune femme passant la porte derrière eux en soulevant un tissu, est sans doute leur fille. C’est pour elle que cette peinture fut réalisée, car celle-ci est à la mode de 1770, alors que les deux autres personnages, ses parents, à celle du début du XVIIIe siècle.

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Les petits-maîtres de la mode et du style

J’ai écrit deux livres sur les petits-maîtres et les élégants, le premier sur ceux entre le XIIe siècle et aujourd'hui et le second depuis le Ve siècle avant J.-C. dans la Grèce antique jusqu'au XIe siècle médiéval, en passant par l'époque romaine. Ces deux ouvrages réunis présentent plus d'un demi-millier d'élégant(e)s et de petit(e)s-maître(sse)s sur vingt-six siècles. Écrits en se basant presque uniquement sur des documents d'époque textuels et iconographiques (près de 440 illustrations), ces livres forment un ensemble unique sur l'histoire de l'élégance et de la mode en France.

LES PETITS-MAÎTRES DU STYLE DE L’ANTIQUITÉ AU XIE SIÈCLE

En écrivant le livre sur Les Petits-maîtres de la mode (XIIe - XXIe siècles), dont la première version a été éditée au mois de septembre 2015, je ne pensais pas pouvoir poursuivre le sujet plus loin dans le temps. Pourtant le miracle a eu lieu, et je l’ai fait dans ce nouvel ouvrage intitulé : Les Petits-maîtres du style, de l’Antiquité au XIe siècle édité en février 2017.

Après quatre mois d’attente et des dizaines de messages envoyés à différentes instances du Musée du Louvre, j’ai reçu les autorisations nécessaires pour pouvoir y inclure des photographies que j’ai prises dans ce musée de sculptures et vases antiques grecs et romains et du haut Moyen Âge

Ce livre numéroté, publié comme le précédent seulement en 500 exemplaires, fait 126 pages et coûte 18 € et 22,60 € avec les frais de port.

Plus de 140 élégant(e)s et petit(e)s-maître(sse)s d’avant le XIIe siècle y sont présentés. Pour chaque période on commence avec LES PLUS DISTINGUÉS pour continuer avec LES PETITS-MAÎTRES proprement dits et poursuivre avec leur entourage.

Ainsi pour les Grecs de l’Antiquité est-il question par exemple des :
- Kaloskagathos, dont le nom signifie littéralement beau et bon ;
- Kallopistés et kallopistria dont les occupations ressemblent beaucoup à celles des petits-maîtres et petites-maîtresses des XVIIe et XVIIIe siècles ;
- Néaroêkês, une personne suivant les raisonnements nouveaux, à la manière des modernes de la fin du XVIIe siècle et du début du XVIIIe ;
- Lampadion, surnommée ainsi en référence à sa coiffure en forme de lanterne (lampe) ;
- Dorcalis (chevreuil) qui est le pendant de la biche du XIXe siècle ;
- Philokômos qui, comme le fêtard des XIXe et XXe siècles, apprécie les fêtes, festin…
- Etc.

La période romaine est celle dans laquelle j’ai trouvé le plus de petits-maîtres, comme l’elegantiae arbiter (l’arbitre des élégances), le voluptueux erudito luxu, le trossulus et la trossula jouant la noblesse équestre, les élégants bellus homo et bella puella, le noceur comissator et de nombreux autres.

Le haut Moyen Âge conserve quelques-uns de ces petits-maîtres et en crée d’autres comme la bele damisele ou le bel sire, le preudomme (homme preux), l’oultrecuidiet qui se caractérise par une certaine insolence, le marjolet qui fait le damoiseau et affecte des airs de noblesse, le damiselet, la gaudisseresse pleine de joie et d’allégresse, etc.

DES NOTIONS OUBLIÉES DE L'ÉLÉGANCE ET DU STYLE et pourtant fondamentales du bon ton et du style sont aussi expliquées ; comme la negligentia diligens, qui consiste en une harmonieuse balance entre la décontraction et la concentration, une sorte de jaillissement et repos naturel du goût, etc.

J’explique aussi CERTAINES MODES PARTICULIÈREMENT ÉLÉGANTES OU EXTRAVAGANTES, comme celle qui, depuis la plus haute Antiquité grecque et qui se poursuit chez les Romains, consiste à se faire faire une très volumineuse coiffure (parfois une perruque) constituée de tresses, postiches, bijoux, bandelettes, couronne, etc. (des exemples ci-dessous).

On commande le livre ici.

Photographie ci-dessus à gauche : Détail d'une photographie stéréoscopique, datée de 1904, d’une statue en marbre d’Artémis, dite « Diane de Gabies », découverte en Italie (à Gabies) en 1792 et conservée au Musée du Louvre. Elle est du Ier siècle ap. J.-C., d’après un original du IIIe siècle av. J.-C. La divinité attache son manteau sur son épaule droite avec une agrafe.

Photographie ci-dessus à droite : Détail d'une photographie stéréoscopique de 1904, prise au Musée du Louvre, d’une statue antique de « Vénus Aphrodite » et d'un relief représentant une « Matrone romaine ».

LES PETITS-MAÎTRES DE LA MODE DU XIIE SIÈCLE JUSQU’À AUJOURD’HUI

Dans Les Petits-maîtres de la mode (XIIe - XXIe siècles) je révèle une lignée que je fais remonter au culte de la Dame, au Moyen Âge, à une époque où l'Idée du Beau se matérialise en elle et s'exprime à travers une finesse nouvelle. À partir de ce moment la mode française et l'expression de l'élégance deviennent de plus en plus sophistiquées, jusqu'à la Révolution et les merveilleuses et les incroyables, avant que cela baisse considérablement au XIXe siècle malgré l'explosion des nouveaux petits-maîtres. Petits-maîtres ou petites-maîtresses est le nom que l'on donne, à partir du milieu du XVIIe siècle, à quelques extravagants du bon ton.

On commande le livre ici.

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Exposition : Bunting (1913 - 1964), un bottier parisien.

Du 25 au 26 mars 2017, de 10h30 à 18h, Alexis Boniface exposera des souliers du « bottier Bunting ainsi que des documents (archives, photos, croquis) de cet artisan qui a œuvré 233 rue Saint Honoré de 1913 à 1964. L’exposition se tiendra chez Philippe Atienza, bottier situé 53 avenue Daumesnil »,  dans le XIIe arrondissement de Paris. Voir ici. Comme il le dit : « Je serai sur place ces deux jours-là et discuterai, avec plaisir, de souliers avec vous. »

Alexis Boniface est un esthète spécialiste de la chaussure ancienne : un calcéophile, mot qu’il m’a appris (voir l’article Le calcéophile), qui collectionne tout ce qui concerne les chaussures anciennes. On a quelques exemples de sa collection sur son site www.lessouliersdalbo.com ainsi que des informations que l’on ne trouve pas ailleurs, comme son Répertoire des bottiers parisiens du passé. Il y en avait un millier au début du XXe siècle, alors qu’aujourd’hui il n’en reste plus que quelques-uns. Il s’intéresse aussi aux bottiers du présent comme en témoigne cette page. Et il se rend régulièrement chez un ami cordonnier où on le laisse restaurer ses dernières découvertes.

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Toujours plus de services culturels privés, toujours moins de publics !

Pendant que le Musée des tissus de Lyon est toujours dans l’incertitude concernant son avenir et que de nombreux musées attachés à la mode ont de la peine à survivre dans toute la France, les grandes enseignes françaises du luxe et de la mode créent des lieux rendant hommage à eux-mêmes. Après le musée Pierre Cardin à Paris, en octobre est prévue l’ouverture du Musée Yves Saint-Laurent toujours dans la capitale.

Dans le bois de Boulogne, le bâtiment public qui abritait le Musée national des arts et traditions populaires, le seul qui existait en France mais fermé en 2005, va être cédé (on attend l’avis du Conseil de Paris du 27 mars prochain) pour cinquante années à une société privée : LVMH (Louis Vuitton Moët Hennessy) qui compte y mettre en avant les métiers d’arts et de l’artisanat. La Mairie de Paris parle d’un « projet culturel d’ampleur internationale », ce qui fait sourire. Surtout que quelques jours après, un autre communiqué de la mairie nous apprend que cet endroit s’appellera : « La Maison LVMH / Arts - Talents - Patrimoine » (Pub !). Il est ajouté qu’il s’agira d’une « nouvelle grande institution culturelle à Paris ». C’est ce qui s’appelle refiler le bébé public au privé ! Et toujours avec le même aplomb, le communiqué continue : « "Paris est reconnue dans le monde entier pour son patrimoine, son dynamisme culturel et ses savoir-faire dans le domaine de l’artisanat d’art. Pour conserver cette place essentielle, nous devons continuer à investir, à innover et à nous ouvrir sur le monde. C’est le sens de ce nouveau projet au retentissement international, porté par la collectivité et le groupe LVMH", a souligné Anne Hidalgo. » Et Bernard Arnault d’ajouter : « Je me réjouis que le groupe LVMH puisse contribuer à cet ambitieux projet, et permettre d’accroître, davantage encore, le rayonnement national et l’attractivité internationale de Paris, la force et la diversité de la culture de notre pays, l’excellence de son artisanat. » Rappelons que LVMH est une entreprise internationale, qui s’est entièrement construite sur le passé prestigieux français et en particulier parisien. Le Musée national des arts et traditions populaires, créé en 1937, était le premier musée consacré à la France « populaire », en particulier rurale. Il est loufoque de voir la Mairie de Paris et les gouvernements français socialistes faire des pieds et des mains pour qu’un mastodonte privé et international comme LVMH, qui n’a de français que sa marque*, détruise une partie du cœur historique de la capitale pour s’y installer (voir ici) et puisse investir un lieu public comme l’ancien Musée national des arts et traditions populaires qui était pourtant vraiment un lieu intéressant (je ne parle pas du bâtiment) et ancré dans le terroir français et ses usages et son ‘folklore’, éléments qui ont disparu ces dernières dizaines d’années à une vitesse prodigieuse. Comment est-il possible tout à la fois de détruire le patrimoine et de le conserver ? Ailleurs je lis que LVMH va investir 158 millions d'euros dans ce projet. Donc il a été détruit une partie du centre du Paris historique (La Samaritaine) pour faire des économies et des millions sont dépensés pour un projet dans lequel 50 à 80 millions sont prévus pour un désamiantage. Quelles ont été les tractations entre LVMH et la mairie pour arriver à cela ? Au passage on fait donc la connaissance d’un nouveau lieu public laissé pendant des années bourré d’amiante.

* Il y a quelques mois de cela, j’ai visité une entreprise de rubans dont une des importantes activités est de confectionner des étiquettes pour des grandes marques françaises du luxe et de la mode afin qu’elles puissent dire que cela est fabriqué en France. Il suffit qu’une partie d’un objet soit faite en France (par exemple l’étiquette pour un vêtement) pour que l’on puisse légalement dire celui-ci de fabrication française !

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Musée de la Mode Palais Galliera : une galerie d’exposition permanente en 2019.

Madame le Maire de Paris nous avait prévenus : des investissements allaient être réalisés pour faire du Palais Galliera un musée de la mode à part entière. La mairie vient de nous apprendre qu’une galerie des collections permanentes sera créée en 2019. Comment vont s’inscrire les nouvelles salles dans cet ancien palais de la duchesse de Galliera construit à la fin du XIXe siècle par l'architecte Léon Ginain ? Cela se fera-t-il au détriment du bâtiment ancien, comme c’est le cas bien trop souvent ? Le communiqué de la mairie nous apprend aussi que cela se réalisera grâce au soutien de la Maison Chanel. C’est bien que le secteur de la mode française se soucie de son patrimoine. Il faudrait aussi qu’il le fasse du Musée des Tissus de Lyon qui est très malmené ces dernières années, alors qu’il s’agit du plus important musée français du tissu et l'un des premiers au monde.

Voir aussi cet article Palais Galliera, musée du vêtement (j'aurais dû écrire : « musée du costume », ce dernier mot englobant les vêtements, parures, chaussures, coiffures... enfin tout ce qui recouvre le corps humain).

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La vente par l’État du Pavillon du Butard toujours d’actualité.

Je lis dans lejournaldesarts.fr, dans l'article intitulé Pavillon du Butard, un pas de plus vers la cession : « Le rapporteur public du Conseil d’État a demandé le rejet du recours des associations qui s'opposent à la vente du pavillon du Butard (XVIIIe), propriété de l’État. Une opération engagée avant la loi patrimoine qui restreint la cession de biens relevant d'ensembles nationaux. »

On peut en savoir plus en allant sur le site des Amis du Butard. Les photographies proviennent de ce site.

Au sujet d’un autre pavillon de chasse de Louis XV qui appartenait au domaine public, abandonné puis vendu en très mauvais état (vol de cheminée, toiture et étage qui s’effondrent, etc.) à des personnes privées, voir cet article.

Certaines ventes et destructions du patrimoine ancien sont connues par l'action d'associations, de journalistes et de sites qui en parlent mais beaucoup d’autres nous restent cachées. Simplement en faisant du vélib dans Paris, j’en rencontre.

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La Cour de l’Industrie à Paris et les restes de traces d'activités artisanales, manufacturières et industrielles à Paris

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle Paris était un centre important artisanal et manufacturier. Pendant tout le XIXe siècle l’artisanat et même l’industrie se sont rependus dans la ville en particulier dans les quartiers du marais et du XIe arrondissement. Il en reste des traces, avec des ateliers encore conservés, des usines, des magasins ainsi que des bâtiments. La présence de ces industries nécessitait de loger les ouvriers. Certaines rues de ces quartiers sont parfois en partie ou totalement constituées d’immeubles identiques construits pour abriter ces familles.

J’habite au Cité Griset donnant sur la rue Oberkampf, entre Parmentier et Ménilmontant, qui comprenait une et peut-être plusieurs fabriques métallurgiques. En face de mon appartement une immense usine a été réhabilitée en de très grands appartements. C’est un lieu amusant car tout a été conservé tel quel ; même les ascenseurs de l’usine sont toujours utilisés.

Photographies ci-dessous : Cité Griset, avec une porte d'entrée donnant sur la rue Oberkampf, un cartouche sur l'immeuble au début de la cité indiquant la date de 1889 et l'usine transformée en appartements mais qui possède encore au rez-de-chaussée une entreprise de cartons pour emballages de luxe. Il est à noter que l'on donne le nom de griset à un ouvrier. On utilise ce terme moins souvent autrefois que celui de grisette. Voir cet article sur Les petites-mains de la mode française.

Sur Wikipédia on peut lire : « En 1760, la famille Griset est à l’origine de l’usine éponyme, la plus ancienne usine de sidérurgie de Paris, se spécialisant dans le laminage d’alliages non ferreux. Antoine Griset (1733-1807) installe ainsi son premier atelier dans le quartier du Marais. Puis, son petit-fils Antoine (1790-1857) ayant acquis de nouvelles parcelles dans le futur XIe arrondissement en 1825, l’atelier est transféré au niveau de l’actuel 123, rue Oberkampf, puis formera au fil des agrandissements de l'usine l'actuelle Cité Griset. C’est là qu’est élaborée la barre de platine dont fut tiré le mètre étalon exposé au musée du Conservatoire national des arts et métiers. »

J'ai lu, sans retrouver la référence, que l'usine avec ses briques rouges et ses poutres en acier avait été construite par Gustave Eiffel (1832-1923). Mais c'est à vérifier.

Photographies ci-dessous : prises rue Oberkampf.

Photographies ci-dessous : prises un peu plus loin en direction de la place de la République. J'ai demandé à une personne sortant de cet immeuble si l'intérieur était dans le même style. Elle m'a répondu que non car tout avait été refait récemment.

Dans beaucoup d’endroits ces traces d’une activité artisanale, manufacturière ou industrielle ont été détruites. Dernièrement j’ai reçu un communiqué de presse sur un nouveau lieu : l’Hôtel Jules et Jim au 11 rue des Gravilliers, dans le Marais. J’ai regardé sur Google Map pour voir où cela se trouvait. Par chance j’ai pu, selon la disposition des vues, comparer le lieu pendant les travaux et tel qu’il est aujourd’hui. Cet hôtel a été construit à l’emplacement d’une ancienne usine de « polissage sur métaux » nommée R. Pochat. Il est à noter que d’après Wikipédia, cette rue « tire son nom d'ouvriers qui préparaient la cendre gravelée en incinérant des lies de vinaigre séché afin de préparer les tissus à la teinture ; ils s'appelaient des graveliers. »

Photographies ci-dessous : le 11 rue des Gravilliers pendant les travaux et aujourd’hui. En face au 14 (à l’angle) se trouve un ancien cabaret du XVIIe siècle.

Une fois n’est pas coutume, la ville de Paris a entrepris une vraie réhabilitation d’un lieu ancien. Il s’agit de la Cour de l’Industrie qui vient de rouvrir : une des dernières ‘cours’ industrielles parisiennes du XIXe siècle. Elle se trouve au 37 bis rue de Montreuil. Dès 1850, on y construisit une cité pour artisans du bois, à l’emplacement des jardins de la folie Titon édifiée en 1673, à l’actuel 31 rue de Montreuil, par un riche manufacturier (voir cette gravure), Maximilien Titon, dont c’était la maison de campagne, à une époque où la superficie de la capitale était beaucoup moins grande. Jean-Baptiste Réveillon y installa, en 1765, une manufacture royale de papiers peints. Ce fut de cet endroit que le 19 octobre 1783 le premier aéronef habité s’envola dans le ciel : la première montgolfière. Ce fut aussi de là et du quartier que la Révolution de 1789 débuta. Du 26 au 28 avril 1789 eurent lieu « l’émeute Réveillon », préliminaire à la Révolution ; elle se conclut par le pillage et l’incendie de cette folie. Elle fut totalement détruite en 1880.

Dans les années 1970, les ateliers délaissés ont été investis par des artistes intéressés par des surfaces importantes et des loyers modérés. En mauvais état et menacé de démolition en 1991, l'ensemble de la cour et des bâtiments fut classé l'année suivante et racheté par la Ville de Paris en 2003. Il bénéficia d’un important programme de rénovation et de réhabilitation mené par la Semaest. Bien que le lieu fut particulièrement vétuste, le choix a été fait de garder le plus d’éléments d’origine. Nous ne sommes donc pas dans du façadisme (voir les articles de ce blog sur ce sujet) mais dans une logique de conservation tout en redonnant vie à ce lieu. Cela fut le résultat d’un long dialogue avec tous les protagonistes et notamment entre les architectes et les artisans y résidant à travers l’association Ateliers Cours de l’Industrie. Pour une fois voilà un bon exemple !

Ce sont aujourd’hui près de cinquante ateliers qui sont logés autour des trois cours, avec les traditionnels menuisiers et doreurs témoins de l’activité dédiée aux meubles sur toute la longueur du faubourg Saint-Antoine et les environs, ainsi que des photographes, plasticiens, relieurs, céramistes, etc.

Photographie ci-dessous : « Cité de l’ameublement » : rue donnant sur la rue de Montreuil et parallèle à la rue Titon.

Photographie ci-dessous : « Ici s’élevait l’hôtel sur lequel était fixée cette plaque ». Cette inscription se trouve rue Titon.

Photographie ci-dessous : Inscriptions au 31 bis rue de Montreuil : « Ici était l’entrée de la Folie Titon... »

Photographies ci-dessous : Cours de la Cour de l’Industrie.

Photographies ci-dessous : Atelier de Loïc Kerisel, ébéniste d’art.

Photographies ci-dessous : Atelier d’Yves Fouquet, sculpteur, ornemaniste, fabricant notamment de cadres en bois et en restaurant d’anciens.

Photographies ci-dessous : Atelier Peruke de confection de coiffures artificielles. Gravure du XVIIIe siècle semble-t-il intitulée « The French Lady in London » (« La Dame Française à Londres »).

Photographie ci-dessous : Le parquet de cette salle résume l’action sur ce lieu : garder ce qui peut l’être et remplacer le reste. On peut comparer la différence entre marcher sur un parquet ancien et un moderne.

Photographies ci-dessous : La corniche que l’on aperçoit est peut-être d’avant la Révolution. Il ne reste rien de ce qui était derrière, qui a cependant été remplacé par un bel escalier en bois de qualité.

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Dans les armoires de l’impératrice Joséphine

L’exposition Dans les armoires de l’impératrice Joséphine est encore visible jusqu’au 6 mars au château de Malmaison !

Voir ces deux articles :

www.lamesure.org

www.lamesure.fr

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Sérénissime ! Venise en fête, de Tiepolo à Guardi

Le Musée Cognacq-Jay, le musée du XVIIIe siècle de Paris, nous gratifie d’une nouvelle exposition sur les fêtes vénitiennes et leurs représentations (peintures, dessins et gravures d’époque) intitulée Sérénissime ! Venise en fête, de Tiepolo à Guardi, du 25 février au 25 juin. Elle débute en pleine période des Sept jours gras qui se termine avec Mardi Gras, cette année le 28 février, et le Carnaval encore présent dans quelques régions de France et autrefois très populaire, notamment à Paris.

Les œuvres présentées viennent toutes de l’extérieur. On les découvre avec bonheur. Les vedute (vues générales de paysages urbains très appréciées dans l’Italie du XVIIIe siècle et en particulier à Venise) permettent de se faire une idée assez précise de moments festifs, qu’elles mettent en scène et en perspective parfois d’une manière magistrale. Des photographies d'exemples de celles-ci sont visibles plus loin. Elles grouillent de détails et se lisent comme la page d’un folio pouvant se commencer à n’importe quel mot et se faire suivre par n’importe quel autre, pour au final donner à voir une histoire chaque fois merveilleuse, en particulier pour le regard contemporain qui peut ainsi se plonger dans un autre lieu, un autre temps et une autre atmosphère : un lieu féerique Venise, un temps grandiose le XVIIIe siècle et une atmosphère de fêtes dont les vénitiennes sont un exemple d’apothéose. Les vedute sont telles des symphonies ou des représentations théâtrales comme savaient en faire le monde antique gréco-romain, c’est-à-dire de grandiose poésie.

Contempler de visu ces œuvres est important, en particulier pour les peintures. Une nouvelle fois j’ai été étonné par la différence entre les iconographies proposées par le service de presse du musée, pourtant d’une très grande qualité et permettant de voir tous les détails, et le tableau lui-même, où l’on ressent dans chaque touche de peinture le rythme donné par l’artiste, rythme d’autant plus important pour la peinture italienne toute en musique, pour des sujets qui sont tout autant musicaux. C’est le cas par exemple pour le tableau ci-dessous de Giandomenico Tiepolo.

Photographie de gauche : Détail « Pietro FALCA dit Pietro LONGHI (Venise, 1702-1785). Le Charlatan, vers 1757. Huile sur toile. Toulouse, Fondation Bemberg, inv. 1029. CREDIT : Fondation Bemberg, Toulouse. Photo RMN - Grand Palais /Fondation Bemberg / Mathieu Rabeau. »

Photographie ci-dessous : « Giandomenico TIEPOLO (Venise, 1727-1804). Le Triomphe de Polichinelle, 1753-1754. Huile sur toile. Copenhague, Statens Museum for Kunst, inv. kms3830. CREDIT : © SMK. »

Photographie ci-dessous à droite : Détail « Pietro FALCA dit Pietro LONGHI (Venise, 1702-1785). Le Concert, 1741, Galleria dell'Academia, Venise inv. cat 466. © Archivio fotografico Gallerie dell’Accademia, "su concessione del Ministero dei beni e delle attività culturali e del turismo. Museo Nazionale Gallerie dell’Accademia di Venezia". »

Vous savez que j’affectionne tout particulièrement les atmosphères de fêtes et de déguisements, la mode française y trouvant là une grande partie de son inspiration. Je crois aussi que la ‘philosophie’ de la représentation, sous-jacente à la pratique religieuse depuis l’Antiquité, est une clé de sagesse, une porte ouverte vers la beauté et la libération des chaînes de la vie et de la pesanteur des dogmes et autres règles sociales rigides.

Dans les vedute, cette représentation est aussi musique. Il s’agit d’une véritable orchestration, formée de deux chœurs principaux, qui comme dans le théâtre antique (les chœurs dionysiaques sont à l’origine de la représentation dramatique) se répondent. D’un côté il y a la composition, ou plutôt la mise en scène de la fête elle-même et du moment choisi par l’artiste. De l’autre il y a la mise en scène de ce dernier. Deux fantaisies, deux perspectives, deux cœurs, deux chœurs s’interpénètrent pour ne former plus qu’une symphonie.

L’exposition rappelle du reste l’importance du théâtre et de la musique dans ces fêtes, avec un portrait de Goldoni et un autre de Carlo Broschi dit Farinelli, un chanteur castrat très célèbre en son temps. En découvrant ce portrait, ne sachant pas de qui il était, j’ai été quelque peu interloqué par son visage poupin, pâle, avec de grands yeux noirs et une petite bouche gracile. Tout cela me donnait une impression étrange. C’est sur sa bouche délicate que mon regard est resté figé, sans que je sache pourquoi. Maintenant je sais !

Plus de quarante peintures, gravures et dessins, provenant de collections européennes prestigieuses sont donc exposés, redonnant vie aux fastes de la Sérénissime, République de Venise au XVIIIe siècle. Sérénissime est le surnom donné à Venise, pour sa sublime beauté et sérénité, et pour son caractère princier : digne des plus grands princes.

Même si l'espace consacré aux expositions temporaires est assez restreint, cela vaut le déplacement. On peut ensuite déambuler dans le musée où un couple de masques (personnages déguisés pour le carnaval) vénitiens est reconstitué, où l'on retrouve un XVIIIe siècle de plaisir, de beauté, de musique, de théâtre et de danse, et finalement conclure en se déguisant soi-même en personnages de la commedia dell'arte tels Polichinelle ou le Médecin, ou encore se glisser dans la panoplie d'un mystérieux 'masque' vénitien.

L’exposition suit quatre thématiques liées aux fêtes vénitiennes qui se confondent dans le parcours. La première est sur les fêtes privées comme Il Ridotto. La seconde s’intéresse aux spectacles tels le théâtre et l’opéra. La troisième souligne le faste et les mises en scène grandioses des fêtes par les pouvoirs en place afin d’étaler leurs puissance et richesses. Enfin le quatrième sujet est celui du carnaval vénitien, institué au Moyen Âge et toujours de grande actualité aujourd’hui. Une passionnée me disait qu’on y trouve énormément de Français déguisés. Comme je viens de vous le dire, des déguisements il y en a quelques-uns au dernier étage du musée. Profitez-en pour prendre votre appareil photo et vous vêtir en masque comme je l’ai fait.

Le carnaval vénitien était tout autant ouvert à tous qu’il l’est aujourd’hui. Il se subdivisait en de nombreuses manifestations : cérémonies, bals, concerts, opéras, aussi bien publiques que privées, chez des nobles ou dans des cafés et autres tavernes, etc. Venise toute entière était à la fête, comme Paris à la même période. C’était un moment de profond délassement, de liberté apportée grâce au masque et aux habits qui couvraient entièrement le corps, pouvant ne laisser rien entrevoir de qui les porte.

Rappelons qu’autrefois en Italie, comme en France, les périodes de festivités étaient bien plus nombreuses qu’aujourd’hui, et cela depuis la plus haute Antiquité. Comme je l’écris dans mon livre sur Les Petits-maîtres du style, de l’Antiquité au XIe siècle, à Rome la fête était permanente : « On distingue les fêtes ‘individuelles’ (entre amis, familiales, etc.), les jeux (les ludi) qui sont annuels (à la fin de la République on en compterait huit, répartis sur 77 jours chômés, et sous l’Empire jusqu’à 175 jours consacrés à de telles réjouissances) et les ludi votivi qui n’ont lieu qu’une fois afin de célébrer par exemple une victoire, et dont certains peuvent durer plus de cent jours. » Oui à ces époques on ne pensait pas à combien coûte un jour chômé !

La topographie même de Venise constituée de nombreuses petites îles et donc traversée de multiples canaux, son architecture ancienne et sa richesse en faisait un lieu très romantique, dédié aux plaisirs et aux réjouissances et très prisé par les étrangers ‘petits’ ou ‘grands’ qui pouvaient, en particulier jusqu’au XVIIIe siècle, y goûter les délassements les plus primaires tout autant que les plus raffinés, d’y trouver des galanteries et des spectacles de haut goût.

L’exposition présente plusieurs vedute de la place Saint-Marc et du Grand canal, concentrant les manifestations publiques les plus somptueuses durant les fêtes vénitiennes. Plusieurs rappellent l’importance de la fête de la Sensa, réjouissance en hommage à la mer, où la fête se déployait en particulier sur l’eau avec les parades de vaisseaux de chefs politiques et ecclésiastiques vénitiens et de leurs hôtes étrangers. Les Français, qui comme les Italiens avaient le goût de la démonstration, participèrent à certaines de ces fêtes avec un enthousiasme que des peintures décrivent pour notre ravissement. Même les événements étrangers à Venise étaient un prétexte à fêtes. Le tableau ci-dessous reproduit la commémoration de l’ambassade de France, en mai 1745, du mariage célébré le 23 février entre le dauphin Louis et l’infante Marie-Thérèse d’Espagne, avec comme maître de cérémonie le comte de Montaigu, ambassadeur de Louis XV. Photographies : « Giovanni Battista CIMAROLI (1687-1771), Célébrations pour le mariage du dauphin Louis avec l’infante Marie-Thérèse d’Espagne au palazzo Surian, ambassade de France à Venise, en mai 1745, vers 1745 © Lampronti Gallery, London. »

La veduta ci-dessous est celle de l’entrée de Napoléon à Venise, remontant le Grand Canal. On y contemple le grand canal et ses architectures, la régate, le cortège impérial, les soldats français formant une immense haie d'honneur, les spectateurs, etc. Les bateaux sont somptueux, dont celui passant sous l’arc de triomphe, ayant à sa proue une Victoire d’or, deux cornes d’abondance et un gigantesque bouquet, de plus de cinq mètres de haut, au tiges d’or et aux fleurs monumentales, blanches. Photographies : « Giuseppe BORSATO, L’empereur Napoléon Ier préside la régate à Venise le 2 décembre 1807, Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, inv. MV. 1447. © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Franck Raux. »

Donc Bonnes Fêtes de Pâques et Bon Carnaval !

Je suis sûr que la seule chose réelle en ce monde est la distraction. Le reste est vain. Pourtant certains prétendent le contraire.

Ci-dessous des photographies que j’ai prises de l’exposition.

Au sujet des œuvres du XVIIIe siècle du Musée Cognacq-Jay, il est possible d’en consulter une grande partie sur ces pages :

http://museecognacqjay.paris.fr/fr/la-collection/

http://parismuseescollections.paris.fr/fr/recherche/type/oeuvre/musee/musee-cognacq-jay-musee-du-xviiie-de-la-ville-de-paris-14?limit=24

http://www.museecognacqjay.paris.fr/fr/fiches-de-salles-des-collections-permanentes

Ce dernier lien offre un descriptif détaillé des œuvres contenues dans chaque salle de la collection permanente du musée.

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Merveilleuses & merveilleux