Les modes au temps de Chateaubriand (1768-1848)

Le jeudi 12 mai prochain, à 19 h, je ferai une conférence, à la Maison de Chateaubriand de la Vallée-aux-Loups à Châtenay-Malabry, ayant pour sujet : Les modes au temps de Chateaubriand (1768-1848). Cela se passera dans la bibliothèque de l'écrivain où seulement une vingtaine de personnes ayant réservé au 01 55 52 13 00 ou en écrivant à l'adresse suivante : falves@hauts-de-seine.fr pourront être accueillies. Cette conférence est gratuite. Inscrivez-vous rapidement !

Ce sera aussi une occasion de visiter ce lieu prestigieux (visites jusqu'à 18 h 30), délicat et enchanteur, où vécut Chateaubriand et où séjourna la merveilleuse Juliette Récamier, de se promener dans le jardin et de boire un verre au salon de thé (ouvert jusqu'à 18 h 30).

Le domaine se trouve à 12,5 km du centre de Paris ou à 21 km en prenant l'autoroute. Dans les deux cas il faut compter entre 40 et 50 minutes de trajet. En RER : « Prendre Ligne B, station Robinson (terminus), puis itinéraire piétonnier fléché (environ 20-25 minutes à pied). Dernier train pour Paris : 0 h 13. » Plus de renseignements ici. Itinéraire en voiture ici.

La conférence se déroulera en deux temps. Pendant une petite heure je donnerai un aperçu des modes de la période concernée, très riche puisqu'elle couvre depuis la fin de l'ancien régime jusqu'à la Seconde République. Ensuite vous pourrez poser les questions que vous souhaitez.

Nous parlerons donc notamment des merveilleuses et des Nouvelle France dans le lieu qui vit vivre une merveilleuse et le père du romantisme français ! Un très bon et émouvant moment en perspective.

Photographies ci-dessous : Tableau et chambre de Mme Récamier (1777-1849) dans la maison de Chateaubriand.

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Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine (22) : Trium par artium honos.

Dans le tableau d'Hubert Robert Projet d'aménagement de la Grande Galerie du Louvre, de 1796, présent dans l'exposition lui étant actuellement consacrée au musée du Louvre, les détails intéressants ne manquent pas, Hubert Robert ayant reproduit de nombreux chefs-d'oeuvre. Un détail cependant les surplombe tous en haut du tableau, une inscription latine encadrée par deux Victoires : Trium par artium honos, c'est à dire « Même honneur aux trois arts ». Les trois arts dont il est question, présents sur la toile, sont la peinture, la sculpture et l'architecture. L'architecture est un art, et les architectures anciennes devraient être conservées et restaurées comme on le fait pour les objets d'art, c'est à dire en restant au plus près de l'original. On en est très loin aujourd'hui en France.

Pour en savoir plus sur l'exposition Hubert Robert, 1733-1808, un peintre visionnaire qui se tient au Louvre jusqu'au 30 mai 2016 :

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-1.html

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-2.html

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-3.html

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-4.html

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Anniversaire : Le blog a aujourd'hui 9 ans !

Le blog de La Mesure de l'Excellence, créé le 11 avril 2007, fête aujourd'hui son anniversaire : 9 ans ! Son site quant à lui aura cette année 10 ans !

Parfois je me pose la question : Pourquoi est-ce que je fais ce blog ? Et puis je me dis : Pourquoi le moine prie-t-il ; Pourquoi l'enfant étudie-t-il à l'école ; Pourquoi le pianiste joue-t-il quand il est seul ; Pourquoi ceci, pourquoi cela... ; Pourquoi pas ?

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L’épopée fantastique : 1820-1920, cycles et motos.

Le Musée national de la Voiture du Palais de Compiègne consacre du 8 avril au 25 juillet 2016 une exposition consacrée aux bicyclettes et motocyclettes intitulée L’épopée fantastique : 1820-1920, cycles et motos.

Adepte parisien du vélib' je trouve que le vélocipède est une formidable invention, entièrement écologique et maintenant en bonne santé.

Photographie ci-dessous : Estampe représentant l'avenue du bois de Boulogne au niveau de l'entrée du bois, un endroit parisien en vogue pendant plusieurs siècles où l'on se montrait et faisait de l'exercice à cheval... ou en bicyclette...

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Patrimoines naturels & culturels : Enjeux et synergies.

L'Aten (Atelier technique des espaces naturels, groupement d'intérêt public créé en 1997 à l'initiative du ministère français chargé de l'environnement) et le Réseau des Grands Sites de France (association française reconnue d'intérêt général) co-organisent l’édition 2016 du Forum des Gestionnaire qui se tiendra les 12 et 13 avril, à Fontainebleau et à Paris. Le thème est intéressant : Patrimoines naturels & culturels : Enjeux et synergies.

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Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine (21) : Autres cas de destructions du patrimoine parisien.

Voilà c'est fait, le Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine est passé en seconde lecture à l'Assemblée nationale.

Sa seconde lecture au Sénat n'est pas encore à l'ordre du jour de la Commission Culture de la Haute assemblée occupée pour le moment par le Projet de loi pour une République numérique qui, ceci dit en passant, ouvre les données publiques au privé. Cela veut dire que bientôt les multinationales pourront non seulement vous connaître par l'intermédiaire d'internet et des réseaux sociaux, mais aussi avoir accès à certaines de vos données de santé, administratives et autres. Big Brother est vraiment parmi nous. Le traité transatlantique qui ne semble pas encore avoir été signé (il y a en ce moment une omerta sur le sujet) est déjà largement mis en place. Et ce n'est qu'une partie des bouleversements culturels en cours.

Le Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine n'offre aucune solution face à cela. Au contraire. C'est une sorte de construction culturelle à la tronçonneuse, véritable foutoir, à moitié dangereux, à moitié inutile puisqu'il autorise en grande partie le Gouvernement à légiférer dans son coin par ordonnances notamment sur le Patrimoine. Au sujet du patrimoine, depuis mon premier article sur ce projet de loi (voir ici) où je recense quelques-unes des évolutions destructrices, d'autres se sont ajoutées : la Samaritaine (j'y reviendrai), le nouveau musée de l'Homme ici et icile château de Versailles, le nouveau musée de la gendarmerie nationale, le quadrilatère Richelieu, un château de style néo-troubadour, les grands magasins du Louvre, le pavillon carré de Baudouin, la tour Eiffel, la place Vendôme, le Grand Hôtel Dieu de Lyon.

 À cela s'ajoute ce que j'ai lu la semaine dernière dans un article du Canard enchaîné, visible ici ou en cliquant sur l'image de l'article, dans lequel il est donné l'exemple d'un ensemble des XVIIe et XIXe siècles situé à l'angle des rues Duphot, Saint-Honoré et Cambon où « Devantures, planchers, escaliers et murs porteurs vont être démolis ou mis sens dessus dessous pour installer une seule et grande boutique courant sur plusieurs immeubles. En guise de vieilles pierres, il ne restera plus qu'un pseudo-décor façon Disneyland... » Il donne notamment un autre exemple, celui d'un « bel immeuble de 1879 situé 130 rue du Faubourg-Saint-Honoré. Escalier majestueux, boiseries, planchers anciens... tout ou presque doit disparaître. » Quant à la Commission du Vieux Paris, celle-ci est pourtant très loin de faire un bon travail (voir ici).

Photographies du haut : Bâtiments situés à l'angle des rues Duphot, Saint-Honoré et Cambon.

Photographie de gauche : Article du Canard enchaîné de la semaine dernière.

Photographie de droite : Immeuble de 1879 situé 130 rue du Faubourg-Saint-Honoré.

Photographies de gauche et ci-dessous prises vers chez moi.

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Paysages, du romantisme à l’impressionnisme, les environs de Paris.

Alors que j'étais dans le train du RER qui me conduisait de Paris à Sceaux, je regardais par la fenêtre et me disais que les constructions que je voyais étaient bien laides. Un moment au milieu de celles-ci j'aperçus dans la ville d'Arcueil un aqueduc. J'ai retrouvé à peu près le même point de vue dans des tableaux présentés à l'exposition du château du Domaine de Sceaux, intitulée Du romantisme à l'impressionnisme - Les environs de Paris, qui se déroule jusqu'au 10 juillet 2016. Alors que dans les peintures les aqueducs de cette ville sont au milieu d'un paysage rural, aujourd'hui ils sont noyés dans le béton d'une commune urbanisée à plus de 90% (voir ici une photographie d'Arcueil prise en 2009 provenant de Wikipédia).

Photographie ci-dessus : Les Blanchisseuses par Paul Baudoüin (1844-1931). Projet pour la salle des mariages de la mairie d'Arcueil, 1888.

Photographie ci-dessous : La Famille. Le repas de midi, par Alfred-Hebri Bramtot (1852-1894). Projet pour la salle des mariages de la mairie d'Arcueil, 1888. Dans ces deux photographies on voit en arrière-plan les aqueducs.

Ne serait-ce que pour constater à quel point la banlieue parisienne a changé, cette exposition vaut le détour ! Pendant tout le XIXe siècle de nombreux peintres s'y sont réfugiés pour trouver l'inspiration et y rencontrer une nouvelle Arcadie, des paysages agrestes, de belles forêts et des lieux accueillants (guinguettes…). Comme documents sur les environs de Paris, toutes les peintures exhibées sont des témoignages importants. C'est vraiment triste de voir que cette nature luxuriante et ces paysages ruraux et champêtres ont été envahis par du béton.

Cette exposition dresse une vue d'ensemble de cet engouement de peintres du XIXe siècle pour la campagne des environs de Paris accessible de plus en plus rapidement avec le chemin de fer. Une centaine de tableaux, dessins et photographies de Corot, Daubigny, Renoir, Sisley, Atget... révèlent la richesse de la création artistique autour de Paris (Barbizon, Auvers-sur-Oise, bords de Marne…) avec des artistes qui y forment de véritables colonies.

L'exposition commence par l'influence du genre du paysage champêtre développé par des peintres néerlandais et repris au XIXe siècle par certains créateurs en Île-de-France engendrant une véritable école française du paysage.

Photographies ci-dessous : Lisière du bois de Saint-Cloud par Paul Huet (1803-1869), de vers 1820.

Photographie ci-dessous : Vue prise de la plaine de Saint-Denis par Georges Michel (1763-1843), vers 1830.

Elle se poursuit sur « L'élan romantique dans les environs de Paris ».

La troisième partie concerne l'école des peintres pré-impressionnistes de Barbizon.

Photographie ci-dessous : La Seine à Villeneuve-Saint-Georges, vers 1850, par Théodore Rousseau (1812-1867).

La quatrième section est sur les impressionnistes.

La cinquième est intitulée « Un nouveau regard ». Le chemin de fer crée une nouvelle sensibilité à la nature des environs de Paris, la capitale s'étant beaucoup agrandie et industrialisée. Alors qu'au XVIIIe siècle le centre ville n'est pas très loin de la campagne (dans l'article Le canotier et la canotière je montre par exemple que l'actuel quai de Bercy était un lieu de villégiature !!).

Photographie ci-dessous : La Seine à Nanterre par Pierre-Emmanuel Damoye (1847-1916), vers 1885-1890.

Enfin la dernière partie expose des tableaux avec des « Panoramas parisiens ».

Photographie ci-dessous : Vue de Paris prise de la terrasse de Bellevue vers 1830, par Antoine Drulin (1802-1869).

Photographie ci-dessous : Vue de Paris prise des hauteurs de Meudon, vers 1839, par Antoine Drulin (1802-1869).

Photographie ci-dessous : Les Hauteurs de Meudon par Stanisla Lépine (1835-1892), de vers 1884-1887).

Photographie ci-dessous : Vues de la région de Sèvres, Saint-Cloud... du début du XIXe siècle.

Photographie ci-dessous : Saint-Cloud et la Lanterne de Demostène par Léon Fleury (1804-1858), 1837.

Le château où se déroule l'exposition possède quelques autres objets d'art des XVIIe-XIXe siècles dont des tableaux, ainsi qu'une collection de céramiques dont bien sûr de nombreuses de Sceaux qui sont particulièrement colorées et fantaisistes, souvent dans un style rocaille. Et puis en ce début de printemps c'est le moment d'aller dans la partie du jardin de ce domaine où se trouvent de nombreux cerisiers actuellement en fleurs. C'est dans ce parc que les façades du Pavillon de Hanovre, qui se trouvait sur le boulevard des Italiens à Paris, ont été remontées en 1932 (ici le pavillon de Hanovre au début du XIXe siècle). C'était un lieu à la mode dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et au temps des merveilleuses et des incroyables. Aujourd'hui l'entrée fermée par une porte de fer et les plaques de bois aux fenêtres cachant un intérieur vide lui donnent l'aspect d'un cadavre.

Photographies ci-dessous prises dans le château.

Photographie ci-dessous : Fontaine à parfum de la Duchesse du Maine, en porcelaine de Chine d'époque Kangxi (1661-1722) avec une monture en bronze ciselé et doré d'époque Louis XV.

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La statue d'Apoxyomène retourne sur son île natale : l’île de Lošinj en Croatie.

« La statue Apoxyomène, trésor marin découvert il y a 20 ans à 45 mètres de profondeur par René Wauters, un plongeur et photographe belge amateur, est devenue depuis un véritable symbole de l’île de Lošinj, aussi surnommée l'île de la Vitalité.

Après avoir parcouru les musées du monde entier pendant 9 ans [...] la statue du géant grec Apoxyomène revient sur son île natale.

Le retour de ce chef d'oeuvre de la Grèce antique est célébré dans toute la région par ses habitants.

Il sera accueilli dans le nouveau Musée Apoxyomène qui ouvrira ses portes le 30 avril prochain dans la ville de Mali Lošinj. Ce Musée est un excellent exemple de l'enrichissement de l’offre culturelle locale et devrait permettre d’attirer de nombreux touristes passionnés d'histoire.
L'ancienne statue de bronze représente un athlète d'1m92 en train de nettoyer son strigile (sorte de racloir en fer recourbé), un ustensile utilisé à l'époque pour se laver après une compétition. Elle a été trouvée en 1996 dans la mer entre l'îlot de Vele Orjule et l'île de Lošinj par René Wauters avant d'être remontée le 27 avril 1999. Sa restauration a permis d’estimer sa date de création entre le 2ème et le 1er siècle av. JC., alors que son prototype était plus âgé, datant du 4ème siècle av. J-C. Parmi les huit variantes connues du sujet Apoxyomène, la statue de Lošinj est la plus complète et la mieux préservée. »

Puisse la beauté dissiper les voiles de l'obscurantisme et de la folie.

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La Piscine de Roubaix : Un lieu d'art et de modes.

Dernièrement, à l'occasion de l'exposition sur l'artiste Albert Braïtou Sala (1885-1972) qui se déroulé jusqu'au 5 juin prochain, j'ai eu l'occasion de découvrir le musée de La Piscine de Roubaix. Le lieu est vraiment amusant, atypique, avec une esthétique… un style… Il est dédié à l'art mais aussi pour une petite partie à la mode…

L'origine de ses collections remonte à 1835, lorsque des manufacturiers de textile de la ville décident de constituer un fonds d'échantillons (dessins, modèles...) de leur production déposés au Conseil des prud'hommes afin de la protéger. Lorsque j'ai visité Les Archives de la ville de Paris j'ai pu voir de tels exemples.

Une moitié du premier étage de la piscine (là où devaient êtres des cabines de bains) présente une partie de ces échantillons de textile. L'autre côté expose des vêtements de la première moitié du XXe siècle en écho à l'exposition temporaire.

Le titre exact de cette exposition est Albert Braïtou Sala (1885-1972) : L’élégance d’un monde en péril. Je suppose qu'il désigne l'élégance de l'oeuvre de ce peintre juif qui perdit une grande partie de sa famille dans des camps de concentration nazis. Nous sommes en effet dans cette exposition au milieu d'une sorte de caste de gens riches qui commandent à l'artiste leur portrait ; ce qui constitue une grande partie de son travail. Il n'en demeure pas moins que tout cela est intéressant pour quelqu'un comme moi qui s'intéresse à la mode. De plus les peintures sont teintées d'un certain raffinement en vogue alors.

Photographie de gauche : « Vénus, dite Vénus verte, datant de 1929. Huile sur toile. H. 203 ; L. 80 cm. Don de la famille Sala en 2015. Roubaix, La Piscine - musée d’art et d’industrie André Diligent. Photographie : Alain Leprince. »

Photographie de droite : Portrait de Marthe Chenal (1921).

Photographie ci-dessous : Portrait de Madame Revel, 1937. Collection Comte Bertrand de Montesquiou Fezensac. Photographie : Alain Leprince.

Photographie ci-dessous : Cette photographie présente Albert Braïtou Sala dans son atelier (Archives familiales de l’artiste, photographie d'Alain Leprince). Le mannequin à sa gauche me rappelle l'exposition dont je parle dans un article intitulé Mannequins d'artiste et de mode.

Photographie ci-dessous : Mimi Pinson. Vers 1947.

Photographies ci-dessous : Vêtements, échantillons et deux photographies du lieu avec un lit d'apparat d'époque Premier Empire.

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Dans l'atelier d'Albert Maignan

Le quartier parisien de la Nouvelle Athènes, au nord des Boulevards, construit à l'époque romantique, conserve aujourd'hui encore de nombreux témoignages du XIXe siècle, notamment le Musée de la vie romantique, le Musée Gustave Moreau et la Fondation Taylor.

Cette dernière est située dans la demeure d'Albert Maignan (1845-1908), dans laquelle malheureusement de nombreux aménagements modernes ont été faits afin notamment d'y installer une galerie au rez-de-chaussée, un escalier moderne distribuant tous les étages et un ascenseur. Le lieu reste cependant intéressant, avec notamment un grand atelier en étage.

Jusqu'au 16 Juillet 2016, l'exposition Dans l'atelier d'Albert Maignan, peintre et décorateur singulier du Paris fin de siècle nous ouvre les portes de cet atelier tout en exposant de nombreuses œuvres de l'artiste jusqu'au 7 mai.

Cette exposition est organisée en partenariat avec le Musée de Picardie. Elle est en deux parties avec : dans la galerie jusqu'au 7 mai A. Maignan, décorateur parisien, et dans l'atelier jusqu'au 16 juillet Les voix du tocsin, genèse et résurrection d'un chef d'œuvre.

Les Voix du tocsin est un grand format « qui est déroulé pour la première fois depuis 1918 et restauré en public au milieu des études préparatoires qui ont jalonné son élaboration ainsi que d’autres œuvres marquantes de cette période ».

Une femme me disait durant le vernissage qu'Albert Maignan est un des meilleurs dessinateurs du XIXe siècle, en particulier dans l'art de donner du volume et projeter dans l'espace les corps.

Photographie de gauche : « Manon, esquisse pour le foyer de l’Opéra comique, fusain, crayon noir, estompe, craie blanche sur carton beige, 56,4 x 54,7 cm. Amiens, musée de Picardie. © Michel Bourguet/Musée de Picardie. »

Photographie ci-dessous : « Note volante, esquisse pour le plafond du foyer de l’Opéra comique, hst, 44 x 29 cm. Amiens, musée de Picardie. © Michel Bourguet/Musée de Picardie. »

Ci-dessous quelques photographies que j'ai prises durant le vernissage.

Bâtiment avec au rez-de-chaussée la galerie et en haut l'atelier.

Atelier avec la toile Les Voix du tocsin avant sa restauration.

Vernissage. Comme cela n'est pas visible sur la photographie, il y avait beaucoup de monde.

Dessins

Escalier

Dessin

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Hubert Robert, 1733-1808 : un peintre visionnaire (4).

Ce quatrième et dernier article suit le premier, le second et le troisième sur l'exposition rétrospective intitulée Hubert Robert, 1733-1808, un peintre visionnaire qui se tient au Louvre jusqu'au 30 mai 2016.

LA PRISON À LA RÉVOLUTION

Après avoir vu l'exposition sur Élisabeth Vigée Le Brun, une grande portraitiste de son époque, on est étonné de ne voir aucun portrait chez Hubert Robert... Lui-même se représente peu. Peut-être est-ce lui que l'on voit peignant dans quelques-unes de ses œuvres. Dans deux exemples datant de la Révolution il se dessine une fois dans sa cellule de prison et une autre au dos d'une assiette.

Le dessin ci-dessus, L'artiste dans sa cellule, composé en 1793, est particulièrement émouvant. On le voit recevoir avec grâce le pain et le vin d'un enfant de la République. Il l'accueille la main droite ouverte et la gauche tenant un livre ouvert. Au-dessus de la porte est inscrit en latin « Carcer socratis / Domus Honoris » (Prison de Socrate / Maison respectueuse) ; et sur le bord de la table à l'opposé : « Dum spiro spero » (Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir). On retrouve ici l'humanisme et l'humour de l'auteur. Celui-ci, détenteur d'une ancienne mémoire, accueille avec bienveillance ce futur, révolutionnaire, dans l'image de cet enfant christique. On est dans la communion et l'espoir. La prison pour l'innocent se transforme en temple dédié à Socrate, et église du Christ où se pratique la communion par le pain et le vin, la littérature (il y a de nombreux livres dans la pièce) et le dessin. Sur le carton à dessins est écrit : « Robert à Ste pélagie 1793 ».

Ci-dessous deux assiettes peintes par l'artiste en prison, l'une de face avec la peinture d'une pastorale, l'autre de dos avec la signature de l'artiste et son profil dessiné. Le sujet de la peinture est très simple : un paysage bucolique dans lequel on aperçoit un berger et ses moutons, et une femme portant son enfant en marchant. La nature est donc le personnage principal.

INTEMPORALITÉ

J'ai déjà évoqué dans les articles précédents l'intemporalité de la peinture de cet artiste. J'y reviens ici.

Photographie de gauche : Détail de La Maison carrée, les arènes & la tour Magne de Nîmes (1787). Le personnage ressemble à l'idée que l'on peut se faire de Socrate.

La peinture ci-dessous, Portique avec danseurs et musiciens dans un parc, de vers 1775-1780, met en scène une danseuse contemporaine, deux vieillards de l'Antiquité, un personnage de la Commedia dell'arte et des musiciens, tout cela dans un décor antique. Sans doute les deux vieillards observant attentivement les comédiens sont des personnifications des auteurs de la pièce jouée. Le blanc et le noir des acteurs accentuent l'ombre et la lumière découpant en deux l'espace de jeu. Cela ajoute à la géométrie des architectures de la composition donnant l'impression de voir la structure même du drame joué et d'envisager l'art du peintre comme un spectacle, ou plutôt un poème dramatique. Le premier plan baigne dans une lumière dorée, intemporelle, Dans le fond un temple circulaire, sans doute dédié à Aphrodite, se trouve au centre dans une lumière blanche, une blancheur qui est aussi celle de l'actrice à la mode au geste gracieux.

Dans Deux jeunes femmes dessinant dans un site antique, de 1786 (photographies ci-dessous, pas très bonnes du fait des reflets de la vitre ne m'ayant pas permis de prendre une image convenable de l'ensemble), deux petites maîtresses artistes, dessinent sur des ruines pendant qu'au-dessus d'elles, à gauche, trois personnages antiques sont peints : un philosophe parlant à deux jeunes gens, sans doute deux jeunes filles, personnifications de l'âme des deux femmes peintres inspirées par l'antique sous les traits d'un vieillard. Hubert Robert donne ainsi vie à ces ruines. Une nouvelle fois nous sommes dans un espace pictural où se joignent imaginaire et réalité, présent et futur. Où les idées du peintre prennent corps, comme dans une partie de la littérature médiévale ou des personnifications se mélangent aux êtres humains.

LA MODE

Si le peintre fait se rejoindre les temps, il n'en est pas moins à la mode… car dans l'esprit d'universalité de l'époque des Lumières. Il peint avec soin les petites maîtresses et les petits-maîtres de son temps et la mode du jour avec son anticomanie, les prémices du Romantisme (architectures gothiques, ruines…), son goût pour l'univers pastoral, la galanterie, etc. Élisabeth Vigée Le Brun, dans ses Souvenirs, le décrit ainsi : « de tous les artistes que j’ai connus, Robert était le plus répandu dans le monde, que du reste, il aimait beaucoup. […] Il avait de l’esprit naturel, beaucoup d’instruction, sans aucune pédanterie, et l’intarissable gaieté de son caractère le rendait l’homme le plus aimable qu’on pût voir en société ».

Dans le tableau ci-dessous Le Bosquet des Bains d'Apollon de 1803, il met en scène trois de ses thèmes favoris : l'eau, la nature et la dilution du temps dans l'art. L'élément aqueux est présent dans toute la carrière du peintre, et il le représente avec une grande dextérité. En haut à droite de l'oeuvre les tons utilisés pour peindre les différentes tonalités de la lumière sont d'un tendre éblouissement, allant du bleu du ciel à l'or en passant par un mauve très doux mais dense. Il y a une nouvelle fois l'antique à travers les sculptures d'Apollon et des naïades, mais aussi Louis XIV qui se fait ainsi représenté sous les traits du dieu du Soleil... et puis des gens à la mode de 1803 avec des merveilleuses habillées à l'antique, avec leur chapeau-casque, leur robe-tunique à la grecque, leur châle, et deux enfants dont un jeune garçon habillé en jockey comme c'est alors la mode.

Malgré les quatre articles que je viens de publier j'ai l'impression d'avoir à peine effleuré l'oeuvre de ce peintre, dont je le répète, c'est une chance de pouvoir contempler autant de ses œuvres rassemblées dans cette exposition au Louvre ; surtout à notre époque très troublée où nous avons besoin de voir un peu plus loin que le bout de notre nez.

Les quatre articles :

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-1.html

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-2.html

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-3.html

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-4.html

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Hubert Robert, 1733-1808 : un peintre visionnaire (3).

C'est le troisième article, après celui-ci puis celui-ci, que j'écris sur l'exposition rétrospective intitulée Hubert Robert, 1733-1808, un peintre visionnaire qui se tient au Louvre jusqu'au 30 mai 2016. Dans ce blog, qui aura dix ans au début du mois d'avril, je n'ai jamais autant écrit sur une exposition.

Dans cet article et le prochain, je vais aller plus avant dans l'analyse de son œuvre et développer quelques thèmes que j'ai évoqués précédemment.

Photographie de gauche : Les Bergers d'Arcadie, 1789.

UNE POÉTIQUE DE LA PEINTURE.

Un tableau de cet artiste ressemble à un poème où chaque mot a son importance et est nécessaire à l'harmonie et la signification de l'ensemble tout en ayant sa signification propre. Chaque élément de sa peinture a son intensité, et aucun ne prend le pas sur l'autre. Les architectures, la nature, les êtres humains… tous semblent égaux mais aussi différents, une note dans un ensemble de notes. Ses peintures sont un délice d'harmonie, une équanimité de tons, un miroir de l'imaginaire qui réfléchit mais ne juge pas, une réflexion du miroir et de la pensée sans accroche, une douceur infinie, d'une dextérité incroyable et d'une préciosité tendre. Un joaillier ne met pas plus de finesse à composer un diadème de pierres précieuses qu'Hubert Robert à réaliser un tableau.

En observant dans les détails les photographies que j'ai prises dans l'exposition, une chose m'a frappé : sa façon de composer par de délicats touchers de peinture, de graciles caresses de couleurs. La couleur est utilisée comme imaginaire dans sa pâte picturale, comme le fera plus tard Vincent van Gogh, mais d'une façon beaucoup plus libre et fantaisiste, la photographie ayant commencé à 'libérer' les peintres de la nécessité de représenter de manière figurative. Entre les dessins et les peintures d'Hubert Robert la différence est étonnante. Alors que les lignes des dessins sont claires, dans les peintures on ne distingue pas de contours mais de fins aplats de couleurs. Vincent van Gogh est allé plus avant dans ce style, avec plus d'éblouissement mais moins de délicatesse. Tous deux sont des peintres de l'imaginaire. Avec eux on est dans la pure peinture, sans voile... dévoilée ; ce que Denis Diderot appelle, en parlant d'Hubert Robert : « de la facilité de la couleur ». Ou peut-être est-ce seulement notre environnement contemporain lisse d'écrans et de photographies qui me rend sensible à la matière picturale des œuvres peintes en général. Je crois qu'il est important d'aller contempler les peintures de visu (de tous les peintres), ne serait-ce que pour redonner à l'oeil un autre support et une autre densité, dans lesquels l'imagination se révèle.

La peinture ci-dessous d'Hubert Robert, Vue de la cellule du baron de Besenval à la prison du Châtelet (vers 1789-1790), me rappelle étrangement le croquis et la peinture de La chambre à coucher de Vincent van Gogh à Arles.

L’ÉLÉMENT EAU

C'est peut-être dans la représentation de l'élément eau que l'on distingue le mieux la dextérité du peintre. Dans la grande toile ci-dessous intitulée Paysage avec cascade inspiré de Tivoli, de 1779 (© Patrick Cadet / Centre des monuments nationaux), on est littéralement envahi par la vapeur d'eau qui s'en dégage, entrant dans l'esprit et se répandant dans l'espace ! Ce qui est sans doute le plus extraordinaire, c'est que de loin comme de près la peinture est claire et nous permet de ressentir cet élément aqueux, mais aussi pictural, avec densité et d'une manière distincte selon l'éloignement, comme l'eau s'envisage de manières variées selon qu'on la contemple de près ou non, la touche ou s'y plonge… La petitesse des personnages face au grandiose du paysage ajoute à cette impression d'enveloppement du spectateur dans le sujet. Ils sont trois, minutieusement représentés, avec un peintre et un couple à la mode de l'époque. Hubert Robert signe sur le carton à dessins de l'artiste. Peut-être s'est-il croqué. Un tel thème paysagé doit être difficile à reproduire car il n'a rien de géométrique au premier abord. Pourtant certains parlent de 'facilité' chez ce peintre, peut-être du fait de son impressionnante production de centaines de peintures et de milliers de dessins. Cette peinture raisonne, comme souvent dans le travail de l'artiste, comme une porte, un lieu de passage. La rivière se fraye un chemin parmi les rochers et l'eau est acheminée par l’aqueduc. Si on prolonge le bras indicateur d'un des personnages jusqu'à l’aqueduc on obtient un trait qui coupe celui formé par la cascade, tout cela créant une croix, une rencontre dans l'eau blanche, au milieu de l’œuvre qui est aussi construite en escaliers selon des rapports mathématiques architecturaux et dans des volumes modelés par la couleur. Le blanc rassemble tous ces tons en recentrant le regard dans la brume, dans cette nature à l'origine des arcs-en-ciel. Nature et peinture sont ainsi liées dans la lumière, ou la couleur, ou les formes, qui dans l'oeuvre du peintre sont… peinture… un imaginaire total… peut-être même sans modèle comme le suggère le titre « ...inspiré de… ». Nous sommes dans un art total qui s'exprime aussi dans les décors, et que l'artiste pratique en dehors de la peinture : L'imagination de l'artiste se réalise non seulement dans ses toiles, mais aussi à travers la réalisation de mobiliers, de porcelaines et de jardins, lui permettant de modeler dans l'espace même ce qu'il fait en peinture.

Le thème des lingères, lavandières, blanchisseuses…, que l'on retrouve dès le début de sa carrière et jusqu'à la fin, est associé à l'élément eau mais aussi à la mode… aux tissus… aux drapés qui ponctuent son œuvre enveloppant philosophes et autres personnages antiques ainsi que certains sans âge. Ces draps sont entretenus par des lavandières qui les lavent et les sèchent au soleil, à la lumière, comme l'artiste préserve la mémoire du temps et la sagesse : la culture. Dans l'exemple ci-dessous, L'Ancien Portique de l'empereur Marc Aurèle (1784), cela est montré avec humour, avec du linge accroché à la statue antique, du linge toujours blanc, couleur de rassemblement. Il y aurait beaucoup d'autres choses à dire sur cette peinture…

LES ARCHITECTURES.

Si les êtres humains semblent le plus souvent décorés ses toiles plutôt que d'en être le sujet, c'est que Hubert Robert conçoit la peinture comme une architecture. Dans l'exemple ci-dessus (Paysage avec cascade inspiré de Tivoli), comme dans beaucoup d'autres, la nature elle-même et ceux qui la parcourent sont une construction… bucolique. L'invention n'est pas dans le sujet mais dans l'architecture picturale. Lorsque qu'il dessine des monuments et des bâtiments c'est pour lui permettre d'exalter sa fantaisie à travers des constructions souvent inventées bien qu'existant dans notre imaginaire et nos références. Ces architectures ressemblent au squelette de son imagination dont l'ossature est souvent la transmission antique. Quand il peint des ruines ou des démolitions, on semble assister à une dissection de cette imagination, comme dans l'oeuvre visible ici intitulée Démolition de l'église Saint-Jean-en-Grève conservée au musée Carnavalet, où c'est la transmission de l'imaginaire chrétien qui est autopsié. On a l'impression de voir un corps avec son thorax et son cœur formé par le bûcher. Il ne s'agit pas d'un vrai corps mort mais une manière de montrer comment la création se forme en Poétique, à partir de schèmes communs (ici la tradition catholique) pour ensuite être utilisés pour la création. L'artiste dans ce tableau et dans les autres du même genre dévoile le processus créatif en le défaisant, ou plutôt en allant à rebours ; il cherche ce qui est véritable dans le patrimoine culturel. C'est une mémoire qui est rappelée à travers ces ruines comme d'autres des éléments que l'on retrouve souvent ensemble : des gens occupés, mémoires de l'activité humaine ; des lueurs faisant des jeux d'ombres et de lumières, mémoires de l'esprit ; une imagination recréant une mémoire, mémoire de l'art ; une invention d'une modernité, mémoire du temps et de la mode. Cette mémoire de l'antique surgit donc non seulement dans les ruines mais aussi dans le peuple, dans des sages habillés de drapés apparaissant au milieu de contemporains, dans la nature... C'est une mémoire du temps, de son présent, de l'univers aimable et galant d'un siècle des Lumières qui cherche dans l'antique son futur et le dessine, un art de la grandeur et du style, sans âge : l'âge même, la permanence de l'écoulement du temps. Pour Denis Diderot son art est « mélancolique », mais pour un spectateur actuel il est visionnaire, nous léguant une conscience de l'impermanence ; mais aussi de la beauté de cet écoulement et du travail des êtres humains à essayer de le contenir ; et de la joie que procure ce mouvement, comme le fait une belle musique. Il n'y a rien de mélancolique… juste de la douceur, de la lumière... une sagesse en dehors du temps, une harmonie réelle.

Dans la peinture ci-dessous de 1766 intitulée Le Port de Rome, orné de différents monuments d’architecture antique et moderne dit aussi Le Port de Ripetta (© Beaux-Arts de Paris, Dist. RMN-Grand Palais / image Beaux-Arts de Paris), le corps architectural est entier. Cependant on reste baigné dans un onirisme. Le corps architectural représenté est le corps de l'imagination de l'artiste. Il ne paraît plus être le fruit de constructions humaines, les femmes et les hommes ressemblant à de simples taches de couleurs dans cet ensemble. On est dans la réalisation poétique, la création artistique. Finalement l'oeuvre de Hubert Robert s'apparente souvent à un cours sur ce sujet, un enseignement de poétique picturale. C'est sans doute pour cela que l'on aperçoit dans de nombreuses œuvres un ou une (ou plusieurs) jeunes artistes peignant ou dessinant. L'artiste se repose sur l'antique pour expliquer son art, ou plutôt fait se rejoindre les temps. Il est à noter que l'inspiration architecturale ancienne n'est pas seulement antique, mais aussi à partir d'une certaine période gothique. La mode du gothique commence elle aussi au XVIIIe siècle, et non pas au XIXe.

Beaucoup des architectures d'Hubert Robert sont inventées ou mises en scène, retravaillées, comme dans le cas de la peinture ci-dessous intitulée Caprice architectural avec un canal. Là aussi cette peinture demanderait une étude approfondie, notamment sur la philosophie de vie et la notion de pouvoir qui sont ici développées. D'abord on constate deux inscriptions en hauteur de part et d'autre de la voûte, gravées au-dessus de deux bas-reliefs, l'un montrant des gens soumis par la guerre et dans l'autre s'agenouillant face au pouvoir, avec sur le premier : « Debellare superbos » (Dompter les superbes) et au-dessus de l'autre « Parcere subjectis » (Épargner ceux qui se soumettent) ; vers de Virgile (Enéide, VI, 853), mis dans la bouche d'Anchise, qui explique à Enée le rôle futur du peuple romain. En dessous on retrouve des occupations humaines festives et de loisirs dans une sorte de chemin de lumière. La composition est particulièrement géométrique et monumentale. On suppose que cela est composé selon des rapports arithmétiques et géométriques, comme dans la peinture de Nicolas Poussin, tant il se dégage une impression de profonde harmonie. Le personnage vêtu de noir à droite, en haut des escaliers qu'il vient de monter, rappelle quelques autres des peintures de Nicolas Poussin. Dans la composition il est à l'extrême opposé d'un autre homme en noir, en haut d'escaliers mais dirigé vers le bas, les deux étant dans l'ombre, comme gardant l'équilibre général.

La suite ici.

Les quatre articles :

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-1.html

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-2.html

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Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine (21).

La critique est-elle constructive ? Je pense que oui, si justement elle est faite dans cet esprit de construction, de développement. On doit y introduire le moins possible d'ego, de projections. Il est nécessaire de réaliser qu'une version personnelle est obligatoirement très... très partielle. La critique est un rempart aux totalitarismes. Elle nécessite cependant de la mesure... comme en toutes choses.

Le Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine est passé la semaine dernière en Commission Culture de l'Assemblée nationale pour sa seconde lecture. Comme je l'avais prévu et dit, le Gouvernement est revenu sur des avancées du Sénat. Il a déposé soixante-huit amendements dont soixante ont été adoptés, sabotant une partie du travail intéressant de la Haute assemblée, par exemple en revenant sur les possibilités données au Gouvernement de légiférer par ordonnances en dehors de toute démocratie que la Haute assemblée avait supprimées, notamment l'article 30 habilitant le Gouvernement à légiférer par ordonnance pour modifier et compléter le code du patrimoine, ceci sans qu'aucun député n'exprime son désaccord. En tout cent cinquante-trois amendements ont été adoptés en commission.

Alors que les modifications du Sénat étaient très loin d'agir contre les 'bombes' qui continuent de détruire nos bâtiments anciens dans toute la France et la désagrégation de la culture en France, le Ministère de la Culture est revenu sur des progrès engagés.

Le nouveau thème dont tout le monde parle, permettant de noyer le poisson et de ne pas approfondir les vraies questions est celui des éoliennes. L'article 33 bis A introduit par le Sénat voulait rendre obligatoire l’avis conforme de l’architecte des Bâtiments de France (ABF) pour tout projet d’éolienne visible depuis ou avec un monument historique situé dans un rayon de dix kilomètres. Cet article a été modifié par l'Assemblée nationale (voir ici l'amendement adopté). Des éoliennes, cela se monte et se démonte... Mais les bâtiments anciens détruits ne peuvent être reconstruits par nos pères, ceux qui les ont élevés. Et puis il y a beaucoup d'autres architectures laides qui entourent certains monuments historiques.

L'organisation inepte, ou plutôt la désorganisation entreprise par le Ministère de la Culture va permettre notamment d'accentuer la destruction du patrimoine architectural français. Des bâtiments prestigieux ne seront pas transmis aux générations futures. Alors qu'ils ont été construits pierre par pierre, on les détruit ou les remplace par du béton en ne gardant principalement que les façades. C'est un peu comme si on démolissait toutes les pierres précieuses d'un diadème pour les remplacer par du toc tout en gardant l'ossature. On perd ainsi la qualité de ces bâtiments, leur intégrité, leur âme... Ces derniers jours j'en ai donné trois exemples : Le Grand Hôtel Dieu de Lyon (entièrement classé Monument historiquement mais largement détruit et restructuré), La place Vendôme à Paris (avec certains bâtiments classés détruits de l'intérieur) et le 114 rue Oberkampf où l'on constate que l'on ne peut pas compter sur le Ministère de la Culture et la Commission du Vieux Paris. Dans les mois et années précédents j'ai exposé beaucoup d'autres cas. Depuis plusieurs mois je cherche du temps pour présenter le cas de la Samaritaine particulièrement représentatif.

Je ne peux en effet pas passer beaucoup de temps sur tous ces sujets, et notamment sur ce projet de loi qui est particulièrement technocratique et demanderait du temps plein. Mais le passage à l'hémicycle de l'Assemblée nationale nous donnera un aperçu de ce que sera finalement cette loi, cette assemblée ayant le dernier mot. Il est possible de voir en direct ici les séances de ces lundi 21 (16h et 21h), mardi 22 (fin d'après-midi et 21h30) et mercredi 23 mars (fin d'après-midi et 21h30).

Pour finir cet article, un aparté : Au sujet des associations et autres organisations représentatives, savez-vous que les lois étant de plus en plus technocratiques et difficiles à comprendre, celles-ci dans le cadre d'un tel projet de loi (ou une proposition de loi évidemment) doivent dépenser des fortunes pour engager des avocats et autres professionnels pour suivre au jour le jour ce qui se trame et rédiger leurs amendements avec l'espoir que ceux-ci seront présentés par un ou plusieurs députés ou/et sénateurs ? Au niveau des journalistes professionnels cela doit être aussi difficile à suivre. Seules les organisations ayant beaucoup d'argent forment de véritables groupes de pression ; comme c'est particulièrement le cas au niveau de l'Union européenne. On peut imaginer par exemple quel pourrait être dans le cadre de ce projet de loi l'influence de l'industrie du bâtiment face aux associations et autres organisations défendant le patrimoine ancien !

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Hubert Robert, 1733-1808 : un peintre visionnaire (2).

Cet article suit celui-ci sur l'exposition rétrospective intitulée Hubert Robert, 1733-1808, un peintre visionnaire qui se tient au Louvre jusqu'au 30 mai 2016 ; le Louvre où le peintre a le titre de conservateur, et qu'il reproduit plusieurs fois (un exemple ci-dessus : Projet pour la Transformation de la Grande Galerie, 1796, © RMN-Grand Palais - musée du Louvre - / Jean-Gilles Berizzi).

L'exposition commence doucement, avec ses débuts lors de son voyage en Italie alors qu'il a vingt-et-un ans, et qui dure onze années, de 1754 à 1765. On y remarque des thèmes qui se prolongent dans toute son œuvre, qu'il peaufine jusqu'à la perfection. Celui de l'escalier est intéressant, car on retrouve un exemple au début et à la fin de sa carrière.

Le dessin ci-dessus est intitulé La Lingère et date de 1761 (© Sterling and Francine Clark Art Institute / Photo by Michael Agee, Williamstown, Massachusetts). Le titre vient sans doute du drap, posé sur la rampe de l'escalier au milieu du papier, oublié par une lingère. La peinture ci-dessous Le Ravitaillement des prisonniers de Saint-Lazare date de 1794, année où il séjourne dans cette prison pendant la Révolution. Ici ce n'est pas un drap qui est oublié, mais des prisonniers qui souhaitent ne pas l'être.

Le début de l'exposition ne m'a pas semblé extrêmement intéressant. On y trouve beaucoup de dessins dont le carnet d'esquisses ci-dessous datant de vers 1763-1764, pièce rare comme tous le carnets d'artistes conservés dans leur intégralité.

Cependant dans cette partie une peinture m'a beaucoup plu : La Grande Cascade de Tivoli (ci-dessous) de Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), datant de vers 1760-1762. C'est un ami d'Hubert Robert. Tous les deux se côtoient pendant leur période romaine. Ils ont simplement une année de différence d'âge. Les deux peintres s'inspirent mutuellement et certains des sujets qu'ils développent alors sont les mêmes, comme c'est le cas pour cette peinture de J.-H. Fragonard dont le thème est repris plus tard par H. Robert. L'ensemble ressemble à un sexe féminin ouvert, avec son clitoris et sa végétation. Des lavandières y sont représentées et des jeunes hommes, dont l'un tendant le bras vers la cascade, et deux autres derrière une blanchisseuse dans une position suggestive, l'un des garçons ayant en plus sa chemise dépassant de sa culotte (photographies ci-dessous). L'encerclement par le pont, les rochers et les éléments végétaux font penser à un gouffre qui cependant est lumineux, ce qui est du plus bel effet, offrant un jeu particulièrement réussi non pas d'ombres et de lumières mais de couleurs.

C'est à partir de la partie de l'exposition sur les « Décors » que j'ai commencé à prendre la mesure de l'oeuvre d'Hubert Robert. L'ensemble de six panneaux (photographie ci-dessous) a été un déclic. Par la suite j'ai été petit à petit de plus en plus subjugué. Mais j'y reviendrai dans d'autres articles la semaine prochaine...

Dans Projet d'aménagement de la Grande Galerie du Louvre ci-dessous de vers 1785-1790, on est dans un projet, une vision. Dans ce futur, un homme de dos, habillé de rouge au premier plan et au milieu de la composition, semble surgir du début du XVIIe siècle (sous Louis XIII), avec son grand chapeau et sa cape. Cette galerie est un couloir du temps dont chaque œuvre suggère un moment. Outre le temps, l'artiste évoque aussi l'espace à travers la perspective du couloir et de Turcs enturbannés peints à droite de l'homme drapé de pourpre. D'autres visiteurs sont représentés mais tous allant dans un même sens... le sens de l'histoire.

La suite ici.

Les quatre articles :

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Hubert Robert, 1733-1808 : un peintre visionnaire (1).

Après l'exposition rétrospective sur la peintre Élisabeth Vigée Le Brun au Grand Palais, celle sur Hubert Robert, 1733-1808, un peintre visionnaire est une bénédiction. Elle se tient au Louvre jusqu'au 30 mai 2016.

Contempler de nombreux documents de cet artiste (son portrait est peint en 1788 par Elisabeth Louise Vigée-Lebrun : photographie de gauche), dont le nom raisonne sans doute chez tous ceux qui apprécient le XVIIIe siècle, est une chance qu'il ne faut pas louper. Cent quarante œuvres (dessins, peintures, esquisses peintes, gravures, peintures monumentales, ensembles décoratifs et mobilier) y sont présentées.

Comme avec Élisabeth Vigée Le Brun, on est dans la peinture, l'Art, véritablement, dans un bain de jouvence poétique, une Poétique... un art qui est total, annonçant les XIXe et XXe siècles.

Cet art est total d'abord parce qu'il efface les frontières entre le réel et l'imaginaire... et toutes les autres limites (de temps, de styles, de conditions etc.). Le peintre nous fait côtoyer les plus grands et les plus humbles, les lavandières et les salons les plus renommés de son époque. Il façonne des jardins qu'il fait réaliser, et en peint avec un délice d'inventions, d'onirisme et de réalité. Il travaille pour les arts décoratifs dessinant des porcelaines, des meubles... Il recrée dans ses œuvres des réalités à la fois tangibles et rêvées, où tous les siècles s'assemblent dans leur essence ; où le philosophe grec côtoie la petite-maîtresse du XVIIIe siècle au milieu d'une invention picturale novatrice.

Dans le titre de l'exposition il est indiqué que cet artiste est « visionnaire ». C'est tout à fait juste. Prenons comme exemple le tableau de 1777 intitulé : L'Entrée du Tapis vert lors de l'abattage des arbres, (photographie ci-dessus) dont j'ai barbouillé la photographie ci-dessous afin de mieux expliciter mon argumentation. Celui-ci semble annoncer avec une grande justesse la Révolution de 1789. Il met en scène le roi et sa famille dans le parc de Versailles dans un décor d'arbres coupés. Cette scène de corps végétaux éliminés par des ouvriers se restaurant et jouant (1), fait penser aux futurs guillotinés, à une époque où on se détournera du Roi (2) et de sa famille comme le fait un homme (3) préférant ostensiblement contempler l'antique, une statue représentant la mort de Milon de Crotone (4), sculptée par Pierre Puget en 1683. Cet homme au chapeau est dans un axe (traits rouges) semblant rompre la ligne (traits bleus) entre le Roi et sa famille. Milon de Crotone est l'un des plus célèbres athlètes de la Grèce, réputé pour sa force. La scène sculptée est celle du décès légendaire de celui-ci prisonnier d'un arbre qu'il voulait couper avec sa main et dévoré par des fauves. Le roi est plus bas, comme fondu dans le paysage, semblant n'attendre rien et surtout pas de vénération. Alors qu'il regarde les arbres coupés, n'est-ce pas lui qui sera, comme le héros de marbre au-dessus de lui, dévoré ? Une seule personne le prend en compte. Il règne aussi dans cette œuvre une force phallique à la fois destructrice et créatrice de vie. Certains arbres verts sont dressés comme des phallus (5), alors que d'autres sont morts. Une statue paraît retenir un arbre prêt à s'effondrer (6 et photographie de droite), tout cela se jouant au milieu d'une insouciance totale. Dans la statuaire de gauche représentant Castor et Pollux (7) sculptés d'après l'antique par Coysevox en 1712 (cette photographie montre combien la restauration récente de cette œuvre l'a endommagée gommant les traits en voulant tout blanchir et effacer le passage du temps), on observe qu'un personnage tient au niveau de son sexe le branchage d'un arbre coupé. Les deux statuaires dont je viens de parler surplombent tous les personnages humains. On retrouve là l'importance de l'Antiquité dans l'oeuvre de Hubert Robert. À cela s'ajoute celle de la nature et du naturel, celle-ci enveloppant l'ensemble. Tout cela donne une impression hors du temps malgré la présence de personnages très à la mode, comme Marie-Antoinette, ses enfants et son entourage (8). Malgré que les arbres verts et les éléments architecturaux du jardin soient du côté des aristocrates et les arbres élagués ou abattus autour du peuple, chacun étant dans des espaces délimités (trait jaune), il semble y avoir une critique sous-jacente du pouvoir tintée d'humour et de galanterie. Le degré de lecture que je viens de donner, me laisse à penser qu'il y en a d'autres plus profonds... Comme chez Nicolas Poussin une harmonie se dégage des œuvres de l'artiste qui ne peut être fortuite, mais qui est sans doute mesurée.

On est avec les peintres de la seconde partie du XVIIIe siècle qui inventent, un art qui se renouvelle constamment, s'imagine totalement, continuellement, mais touchant à l'impérissable, le sublime, la quintessence, une recréation universelle truffée de références ; ce que l'exposition nous montre dans de nombreux parallèles avec d'autres œuvres indiqués dans plusieurs cartels. Ici on reconnaît du Poussin, là une toute nouvelle manière amorcée par tel peintre etc.

Rome et l'Antique paraissent toujours présents, même dans les représentations de Paris ou de la nature. Mais davantage que d'Antique il est question dans son œuvre d'universalité. On est dans le siècle de Lumières. Tout cela est abordé avec beaucoup de douceur, de finesse dans les traits et les couleurs, et un amour de l'art, des hommes, de ses constructions et de celles de la nature. Cet amour de l'art se ressent dans toute l'œuvre d'Hubert Robert et particulièrement dans ses architectures souvent inventées. Il ne s'agit pas de reconstructions, car l'artiste ne reconstruit rien ; il invente, utilisant des références comme des mémoires de mots afin de créer... Nous sommes là véritablement dans l'art, non pas dans l'art anecdotique qui caractérise trop souvent celui d'une grande partie des XXe et début XXIe siècles. Nous sommes avec Hubert Robert dans la raison artistique, la raison humaine, celle des Lumières, la poétique (je le répète), la vie... Une vie réelle qui est finalement plus rêvée que ne l'est sa peinture. Est-ce possible ? Pas moins qu'autre chose...

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Les quatre articles :

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-1.html

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-2.html

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La place Vendôme à Paris

Il faut que j'arrête de faire du vélib dans Paris ;-) Je n'arrête pas de tomber sur du façadisme. Pourtant c'est de plus en plus difficile de le voir car les chantiers sur les bâtiments anciens sont depuis quelques années toujours entièrement cachés, recouverts afin que l'on ne voit pas ce qui s'y passe. Mais il suffit de lire les permis de construire pour se faire une idée.

Donc alors que je frôlais la place Vendôme à Paris je m’aperçois qu'un chantier recouvre tout un immeuble faisant l'angle entre la rue Saint-Honoré et la Place Vendôme composé de deux hôtels particuliers : avec au n°2 l'hôtel Marquet de Bourgade et au n°4 l'hôtel Heuzé de Vologer. Cela m'interpelle car je sais que tous les bâtiments de la place sont de la fin du XVIIe - début XVIIIe siècles, construits sous Louis XIV (Jules Hardouin-Mansart conçoit cette place en 1699), et donc ces deux hôtels. Dans le n°4 le prince Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, y habite même en 1848 alors qu'il est président de la République. Ne pouvant voir ce qui se trame à l'intérieur tout étant bien caché, je lis les panneaux autorisant les travaux (cliquer sur la photographie à droite pour avoir un agrandissement) qui sont affichés visiblement en façade comme cela est inscrit dans la loi. Ce qui est appelé une « valorisation de l'immeuble » et une « réhabilitation d'un bâtiment » consiste à supprimer 2565 m2 de plancher, en créer 2086 m2 tout cela sur une superficie de terrain de 736 m2. On peut lire sur le panneau de droite que l'ensemble est un « immeuble classé au titre des Monuments historiques » !

À Paris ces saccages se font avec l'accord des architectes des Bâtiments de France (qui dépendent du Ministère de la Culture à l'échelon départemental) et de la Commission du Vieux Paris qui n'est plus du tout indépendante.

Cette place, sous laquelle il y a quelques années on a construit un immense parc à voitures, n'est donc pas malmenée que par les cambrioleurs !

Photographies ci-dessous, avec à gauche une vue du bâtiment depuis la place et à droite le même bâtiment au niveau de la rue Saint-Honoré.

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Le Grand Hôtel Dieu de Lyon

C'est en lisant cet article : Le Grand Hôtel Dieu de Lyon veut attirer les marques premium, que j'apprends une nouvelle destruction de notre patrimoine architectural français... cette fois lyonnais. Il s'agit de l’Hôtel Dieu de Lyon datant en grande partie des XVIIe et XVIIIe siècles (mais dont l'origine remonte au XIIe siècle) avec des agrandissements au XIXe, et entièrement classé Monument Historique. On y apprend que celui-ci a été vendu au privé et va être partiellement détruit :

« Des bâtiments ont été détruits. De nouvelles structures s'installent, elles, sur 11 000 mètres carrés. Pour l’heure, les équipes d’Eiffage, toujours en charge du chantier, organisent la déconstruction des espaces intérieurs, largement modifiés depuis le XVIIème siècle et les travaux de l’architecte Jacques-Germain Soufflot.

Les travaux prennent en compte les fondations existantes, notamment pour installer un parking de 143 places et l’adaptation et l’installation de 1 400 fenêtres ou la remise en valeur de 40 000 mètres carrés de façade... »

On est là aussi dans un façadisme que je n'arrête pas de constater dans mon blog qui consiste à garder les façades de bâtiments anciens pour ne pas choquer le passant, tout en détruisant largement à l'intérieur. C'est un peu comme notre démocratie, qui est de façade, tout l'intérieur de notre organisation étant détruite par d'autres pouvoirs, en particulier marchands et financiers.

Dans le cas de Lyon on assiste véritablement à une gabegie et une inconscience pharaonique. D'un côté on gaspille de l'argent à construire un musée des Confluences, ouvert en 2014, qui comme son nom l'indique est absolument inutile, mais qui aura coûté à la mairie de Lyon des sommes monstrueuses (le budget de construction est passé de 61 millions à 330 millions d'euros). L'Hôtel-Dieu a quant à lui été vendu au groupe Eiffage qui au mois de juin 2015 l'a vendu à la banque Crédit Agricole. Le foncier (le terrain) appartient toujours aux Hospices civils de Lyon, avec lesquels un bail à construction de 99 ans a été signé. Je ne sais pas combien a rapporté la vente de l'Hôtel Dieu de Lyon, mais sans doute moins que 330 millions d'euros ! Pourquoi la mairie n'a-t-elle pas acheté l'Hôtel-Dieu pour y installer son musée tout en faisant de cet endroit un espace à vivre en gardant notamment une partie dédiée au médical (des siècles de vocations s'évanouissent ici) et en prenant soin de conserver les architectures anciennes ? Cela aurait coûté moins cher que de faire le musée des Confluences, aurait été un investissement pour l'avenir culturel et social de Lyon (alors que là on n'est que dans un univers marchand et de spéculation immobilière), tout ceci dans le centre de la capitale des Gaules.

Sur le site officiel de Lyon il est indiqué qu'il s'agit d'une « restauration » !

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Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine (20) : Seconde lecture à l'Assemblée nationale.

Pour la seconde lecture du Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine à l'Assemblée nationale, il est prévu seulement deux jours en commission (les 15 et 16 mars) et une journée à l'hémicycle le lundi 21 mars à partir de 16h et le soir à partir de 21h30.

Il semble donc que ce projet de loi ne rentrera jamais dans les vraies questions de la situation de la culture artistique, de l'architecture, du patrimoine et de l'archéologie en France qui suivent une pente dangereuse, avec notamment :

- Une marginalisation engagée de la culture française en France même ;

- Une désorganisation progressive des outils démocratiques et publics garantissant la conservation et la diffusion de notre patrimoine ainsi qu'un refuge à l'excellence de toutes les cultures au niveau mondial ;

- Une privatisation de la culture et du patrimoine ;

- Aucune vision d'un avenir culturel véritablement digne de ce XXIe siècle donnant les clés permettant de faire face aux très grands défis auxquels notre planète est confrontée ;

- l'incompétence de plus en plus flagrante d'une grande partie des dirigeants culturels ;

- etc.

La seule promesse de ce projet de loi est l'organisation d'un véritable foutoir.

La culture est à la base de toutes les sociétés et de leurs avancées : sociales, scientifiques, économiques, spirituelles, organisationnelles etc. Elle est le fondement de l'Histoire avec un grand 'H'.

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Les PUF installent à Paris la première librairie en Europe du « savoir à la demande »

J'ai reçu un communiqué de la mairie de Paris annonçant : « Les Presses Universitaires de France réinvestissent le quartier Latin en inaugurant jeudi prochain une librairie "nouvelle génération", inédite en Europe. Elle s’inscrit dans le cadre du dispositif Vital’Quartier, conduit par Paris, qui contribue à maintenir et à développer les commerces culturels dans la capitale. » L'inauguration s'est faite ce jeudi 10 mars à Paris au 60 rue Monsieur le Prince (6e arrondissement), à deux pas de la Sorbonne.

Dans cette librairie on peut notamment choisir, fabriquer et emporter un livre en quelques minutes grâce à une imprimante dernière génération, « parmi près de 5.000 titres des PUF et de plusieurs millions de titres du domaine public mondial ».

Il existe déjà sur Internet des sites où on fait imprimer des ouvrages à la demande comme On Demand Book associé à Google qui, on le sait, digitalise gratuitement dans nos bibliothèques une quantité hallucinante de titres, ou Bod. Ici une vidéo en anglais sur ce genre de machine. Aujourd'hui une grande part de la littérature est dans les mains d'une poignée d'entreprises internationales américaines : Google pour les livres digitalisés, Amazon pour la vente, eBay pour les ouvrages anciens.

C'est bien que cela bouge dans le quartier latin qui a perdu beaucoup de grands éditeurs qui ont déménagé... mais il en reste, et de nouveaux/anciens sont de retour.

Historique : Les Presses universitaires de France (PUF) sont une maison d'édition fondée par un collège de professeurs en 1921. Elles fusionnent à partir de 1934 avec trois autres maisons d'éditions. Leur librairie, place de la Sorbonne, est alors une petite institution. Mais depuis le départ de Jean-Paul Sartre le quartier latin devient progressivement de moins en moins dévoué aux belles lettres. En 2000 cette librairie disparaît, et la maison d'édition entre dans une nouvelle étape évolutive à l'image de la folie actuelle. Elle s'ouvre à de nouveaux capitaux notamment de groupes d'assurance (MAAF, MMA, et la GMF) par l’intermédiaire en particulier d'un fonds de dotation. En 2014 c'est le groupe de réassurance Scor qui obtient la participation majoritaire au capital des PUF.

Les livres à la demande, comment cela fonctionne-t-il ? D'abord il est nécessaire de choisir un ouvrage sur une tablette disponible dans la librairie ou sur le site. Plus de trois millions de titres du domaine public mondial seraient disponibles (fournis par Google ou des bibliothèques) plus cinq mille appartenant aux PUF, celles-ci ajoutant chaque année de mille à deux mille titres (elles possèdent entre quinze mille et vingt mille titres exploitables). Ensuite on se fait livrer si c'est commandé sur internet ; ou on attend dans la librairie en moyenne quatre minutes, le temps d'un café que l'on peut prendre sur place. L'imprimante utilise du papier A4 comme folio, c'est à dire comme base. A partir de ce format elle peut en faire de plus petits jusqu'au poche, avec un maximum de huit-cent-cinquante pages par ouvrage. La couverture est imprimée sur A3. La machine s'occupe de découper les pages et de les relier (dos carré collé). Le papier est du type très simple pour imprimantes, et n'est qu'en un seul modèle. Le prix du livre est celui de l'ISBN (prix unique). Pour les plus anciens à vérifier.

Je suppose que l'on peut aussi acheter les livres numérisés dans cette librairie. Quant-au catalogue de plus de trois millions de titres, je ne l'ai pas encore trouvé sur le site. J'irai prochainement acheter un livre à la demande pour voir.

Autrefois les PUF se trouvaient sur la place de la Sorbonne que l'on voit aujourd'hui sur la photographie ci-dessous. La librairie était placée à l'angle à droite.

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