Élisabeth Louise Vigée Le Brun : la première rétrospective française de cette femme artiste !

Cet article fait suite à celui intitulé Hommage à Madame Vigée Le Brun.

Les portraits composés par cette femme peintre du temps de l'humanisme des Lumières présentés dans l'exposition lui étant consacrée au Grand-Palais à Paris, révèle une humanité radieuse, belle, colorée, riche... et un état d'esprit galant. Cette élégance et cette frivolité, la Révolution de 1789 va la faire payer très cher, ce qui n'a fait qu'élever la valeur de cet humanisme qui transparaît dans chacune des touches de couleurs distillées par cette artiste et l'harmonie suave de ses compositions.

Nous sommes à l'époque des cacouacs (voir mon livre) puis des émigrés, des manières du bon ton et des gens de la vieille France qui ont, pour la plupart, tout perdu à la Révolution (pour beaucoup même la vie), mais dont la flamme est restée notamment dans le cœur des vrais merveilleuses et incroyables du Directoire (1795-1799).

Dans ce blog je compare souvent la peinture à la musique. Dans l'oeuvre de Mme Vigée Le Brun cela est d'autant plus facile que celle-ci peint plusieurs portraits de personnages avec une partition à la main, comme dans celui de La baronne Henri Charles Emmanuel de Crussol Florensac, née Bonne Marie Joséphine Gabrielle Bernard de Boulainvilliers (photographies ci-dessous), datant de 1785 (Toulouse, musée des Augustins, © Photo : Daniel Martin). Les notes semblent sortir de l’obscurité pour aller vers la lumière, en une envolée lyrique vers la clarté que l'on retrouve dans toute la peinture d'Élisabeth Louise Vigée Le Brun. Cet élan est retranscrit avec beaucoup de délicatesse, de sensualité, avec une douceur presque maternelle, ou bien celle de l'amante, enfin très féminine, avec un subtil mélange des couleurs et des fondus lumineux qui habituent l'âme et son œil à l'éclat et la magnificence. Cette lumière qui suit les notes pour s'échapper de l'ombre trouve une apothéose dans la suavité du visage radieux du modèle, dont la lumière est entièrement chair.

Cette magnificence, cet essor vers et dans la lumière, sont très présents dans le portrait de « Madame Grand, née Noël Catherine Verlée (1761-1835) » de 1783 (photographies ci-dessous). Le modèle tient lui aussi une partition dans sa main droite. Voilà ce qu'en dit le cartel de l'exposition : « La toile reçut un accueil favorable de la part de la critique, qui en souligna la sensualité envoûtante. La couleur de la peau du modèle est d'une délicatesse remarquable. Les textures et les ombres colorées du tissu du fauteuil et des rubans de la robe sont peintes de façon magistrale. La manière dont les yeux de la jeune femme sont tournés vers le haut et ses lèvres entrouvertes découvrant ses dents ont conduit à penser que pour cette œuvre Vigée Le Brun avait à l'esprit la Sainte Cécile du Dominiquin, conservée dans les collections royales françaises (musée du Louvre). » Nous sommes dans ce que notre époque appellerait une spiritualité 'laïque' ... Je dis cela par amusement.

Le modèle ci-dessus est particulièrement beau... charmant. C'est le cas pour les nombreux autres portraits faits par l'artiste. En voici ci-dessous. Pour un passionné de mode comme moi, c'est un délice de goûter la préciosité des tissus, des rubans, des mousselines, des dentelles... les agencements de couleurs, matières... la finesse des détails des broderies etc.

Le jaune du tableau ci-avant est ce qu'on appelle au XVIIIe siècle une « couleur tendre ».

Les deux portraits ci-dessous sont touchants pour moi car représentant deux petites-maîtresses de l'aristocratie, des jeunes filles en avance sur leur temps, celle de gauche une des premières habillées avec une robe en chemise et celle de droite dans un style historicisant (avec ses manches à crevés) qui sera très en vogue pendant tout le XIXe siècle. Le premier tableau est un portrait de Jeanne Bécu comtesse Du Barry (1743-1793) de 1781. Comme le dit le cartel : « L'image rend hommage à la maîtresse déchue de Louis XV, soulignant sa beauté et sa liberté vestimentaire que de nombreuses dames de la cour cherchèrent à imiter. » Le second portrait est celui de la Maréchale-comtesse de Mailly, née Blanche Charlotte Marie Félicité de Narbonne Pelet (1761-1840), de 1783.

Ci-après sont présentés (les échelles des tableaux ne sont pas respectées) deux portraits exécutés par des femmes peintres de l'époque de Mme Vigée Le Brun. Il s'agit à gauche d'un autoportrait de Mme Louis Filleul de Besne, née Anne Rosalie Bocquet (1752-1794) de vers 1779, et à droite d'un portrait de Marie Émilie Louise Victoire de Coutances (1749-1802), épouse d'Hilarion de Becdelievre, par Adélaïde Labille Guiard (1749-1803) datant de vers 1787.

L'intérêt de cette exposition est aussi de nous montrer les collègues femmes de l'artiste. Les femmes peintres à son époque sont nombreuses mais peu connues et reconnues aujourd'hui.

Le tableau ci-dessous est emblématique du travail de Mme Vigée Le Brun sur la lumière et les couleurs. Ces dernières sont chatoyantes et les tissus particulièrement bien exécutés. La composition est traversée verticalement par l'ombre sans doute d'une branche, mettant en relief les visages.

Ci-dessous il s'agit du seul tableau représentant une dame devant sa table de toilette, ici avec son fils. Il s'agit d'un grand pastel sur papier marouflé de 1777. Je me suis amusé à prendre les reflets des visages de la peinture près de celle-ci qui semblent miroiter sur le flacon alors que c'est sur la glace qui protège l'oeuvre.

Au fait, n'avez-vous rien trouvé d'étrange dans l'affiche de l'exposition (première image) ? Elle présente un portrait de Gabrielle Yolande Claude Martine de Polastron, duchesse de Polignac, exécuté par Élisabeth Louise Vigée Le Brun, et non pas un autoportrait de la peintre comme on le supposerait étant donné le titre de l'exposition, même si le modèle ressemble beaucoup à l'artiste.