Faux-culs

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessus : Vénus callipyge (aux belles fesses)

Si durant l’Antiquité on utilise souvent des postiches et perruques pour les coiffures, il me semble que pour les habits on n'ajoute pas d'éléments travestissant la silhouette jusqu’à la fin du haut Moyen-Âge. Ce n’est qu’avec les habits entièrement cousus, que femmes et hommes font ajouter des éléments à leurs vêtements afin de sculpter la forme de leur corps selon l’image à la mode, la coutume, mot d’où provient le terme de « costume ».

Durant les siècles qui suivent le haut Moyen-Âge, les courbes du corps de la femme sont rarement suggérées dans leur réalité, mis à part à la fin du XVIIIe siècle avec les merveilleuses qui copient les statues antiques, puis au XXe, en particulier à partir des Années folles de l’entre-deux-guerres.

Pendant l’époque moderne, c'est dans l'art qu'à partir de la Renaissance, l’Antiquité est le prétexte pour montrer des corps nus. Ce n’est pas du mauvais goût mais de l’art, et certaines femmes n’hésitent pas à se faire peindre ou sculpter en déesse, Vénus par exemple, ou en une autre allégorie afin de montrer la grâce de leurs courbes. Jusqu’au XIXe siècle, en particulier jusqu’aux peintres Impressionnistes, le nu ne se représente donc dans l’art que s’il est allégorique ou antique.

Dans la vie courante, si on dévoile volontiers les seins, on ne le fait pas pour tout ce qui se trouve en dessous… sauf, bien sûr et comme déjà dit, lorsque l’Antiquité revient à la mode.

C’est ainsi que les formes des bassins féminins changent avec les modes. Elles sont une fois fines, une fois avec un postérieur volumineux, une autre fois ce sont les hanches qui le sont, etc.

J’ai écrit plusieurs articles sur le sujet, comme : Bêtises et autres culbutes, gourgandines ou tâtez-y ou Vertugadins, paniers, crinolines et tournures.

Ci-dessous : « La Vénus hottente ». Cette gravure du premier tiers du XIXe siècle représente une Africaine aux fesses particulièrement proéminentes qui, au XIXe siècle, fut un objet de foire en Angleterre puis en France. Cela montre la bêtise de certaines personnes. J’ai toujours été extrêmement sensible à la cruauté. Quand la bêtise ou la cruauté prend des airs de politesse ou de mode cela est vraiment détestable.

Merveilleuses et merveilleux
 
Ci-dessous : « Oh !... Pardon !... Il n'y a pas de mal. ». Centre d'une assiette du XIXe siècle.
 
Merveilleuses et merveilleux

 

Ci-dessous : Diverses sculptures de postérieurs

Merveilleuses et merveilleux
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Ci-dessous : Tahitienne.
 
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Ci-dessous : « Paraître » et « Être ». Centres de deux assiettes historiées du XIXe siècle.
 
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Ci-dessous : « Désappointement d'un futur le soir de ses noces ». Centre d'une assiette du XIXe siècle, de la série « La Crinoline ». Voir la série et les assiettes suivantes ici.
 
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Ci-dessous : « La tournure de Lisette ». « Chansonnette comique » du dernier tiers du XIXe siècle.
 
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Catalogue de Goethe de gravures d’époque représentant des merveilleuses et des incroyables

En 1797, Johann Wolfgang von Goethe (1749 – 1832) a répertorié cinquante-sept gravures satiriques sur le sujet des merveilleuses et des incroyables. L’universitaire Klaus H. Kiefer a entrepris de retrouver ces estampes, ce qui a donné un petit livre (photographies), datant de 1988, où toutes sont présentées et la plupart avec une image. Elles datent toutes d’une période comprise entre 1794 et 1797 inclus. Cette recension de Goethe n’est bien sûr pas exhaustive. On observe que la production est parisienne, et que les artistes ayant réalisé ces œuvres sont nombreux, certains connus, d’autres non, et des anonymes.

Dans cette liste, le dessinateur le plus représenté est Louis-Léopold Boilly (1761 – 1845, voir sur cet artiste cette exposition), qui a surtout collaboré avec Salvatore Tresca (1750 – 1815) qui était non seulement graveur mais semble-t-il aussi éditeur et marchand d’estampes, ce qui était le cas d’autres graveurs et dessinateurs de ce genre, comme Jean-François Bosio (1768 –1845). Carle Vernet (1758 – 1836) vient ensuite, gravé par Louis Darcis (? – 1801), puis Pierre-Thomas Le Clerc (1740 – 1791) avec Pierre-Thomas Auvray (1740-1796) comme graveur…

Louis-Léopold Boilly, Carle Vernet et Pierre-Thomas Le Clerc sont donc les principaux dessinateurs de merveilleuses et d’incroyables de cette liste, et Louis Darcis, Salvatore Tresca, Pierre-Laurent Auvray, les graveurs les plus prolifiques. À l’époque, on se procurait ces estampes chez les « marchands de nouveautés ».

D’autres artistes graveurs et/ou dessinateurs, de la fin du XVIIIe siècle et officiant à Paris, ont pris comme sujet les merveilleuses et les incroyables, comme Philibert-Louis Debucourt (1755 – 1832), Claude-Louis Desrais (1746 – 1816), Nicolas Dupin le Jeune (1753 – ?), A. B. Duhamel (1736 – après 1800), Pierre-François Courtois (1736 – 1763), le baron Pierre Narcisse Guérin (1774 – 1833), Pierre Adrien Le Beau (1748 – 1773), Jean-Michel Moreau le Jeune (1741 – 1814), Augustin De Saint-Aubin (1736 – 1807), Étienne Claude Voysard (1746 – ?), etc.

Dès 1797, le Journal des Dames et des Modes a fait travailler de nombreux de ces artistes. Cependant, la plupart des estampes n’étant pas signées, il est difficile de savoir pour lesquelles.

Ce qui est sûr, c’est que les documents iconographiques d’époque sur ce sujet ne manquent pas, sans compter les peintures et les portraits miniatures ou pas, dont beaucoup représentent des incroyables ou des merveilleuses. J’en vois passer régulièrement en vente, notamment des portraits miniatures de 1795 – 1800 avec un incroyable ou une merveilleuse.

Par la suite, ce thème n’a pas cessé d’être représenté, en commençant par la série Le Bon Genre comprenant 104 planches publiées de 1801 à 1817, complétée entre 1818 et 1822 de 11 planches, d'où trois éditions de l'album complet datant de 1817 (L.-G. Michaud, imprimeur), 1822 (Crapelet, imprimeur) et 1827 (Vassal et Essling imprimeurs), cette dernière étant une réimpression de celle de 1822 avec des variantes (cf. : Le Bon Genre. : Réimpression du Recueil de 1827… avec une préface de Léon Moussinac, Paris : éditions Albert Lévy, 1931), tout cela sous la direction et avec des notices de Pierre de La Mésangère (1761 – 1831). Léon Moussinac cite plusieurs artistes collaborant à la réalisation de cette série, dont A. Dutailly, Lanté, Aug. Garneray, Pasquier, Carle Vernet (voir précédemment), Dominique Bosio (voir précédemment), J.-B. Isabey, Harriet, Garbizza… « L’attribution n’est pas toujours certaine, le plus grand nombre des planches n’étant pas signé ». Ces gravures étant éditées au fur-et-à-mesure à l'unité avant d'être rassemblées en recueil, elles peignent la mode du jour de jeunes gens à la mode que l'on appelait toujours des merveilleux et des merveilleuses.

Pierre de La Mésangère est à l'origine d'une autre série de gravures intitulée Incroyable et Merveilleuses, publiée par Le Journal des Dames et des Modes de 1810 à 1818, dessinées par Horace Vernet (1789 – 1863) et Louis-Marie Lanté (1789 – 1871), et gravées par Georges-Jacques Gatine (1773 – 1841-7)… Chaque estampe représente une seule personne à la mode des années 1810. Il ne s'agit donc pas à proprement parler d'incroyables et de merveilleuses du Directoire, mais comme déjà dit, ces désignations sont encore utilisées au début du XIXe pour des personnes à la mode, en particulier celle de « merveilleux ». D'autres séries d'estampes sont publiées dans la même veine.

A partir de 1830 et les débuts de la mode romantique en France, on emploie moins le terme de « merveilleux », mais on représente les merveilleuses et les incroyables du Directoire qui deviennent un sujet très apprécié jusqu’aux années folles incluses, le premier tiers du XXe siècle trouvant une inspiration dans la mode libre, voire libertaire de la fin du XVIIIe. Voir cet article, cet autre, celui-ci, celui-là etc.

M. Klaus H. Kiefer a complété ce travail en 2012 : Voir ici.

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Danser entièrement

Bouger, danser, s'embrasser, naître, faire l’amour, mourir… Tout est rythmes ! Jetons les masques. Ayons du style… même si nous ne dansons qu’intérieurement, dansons complètement… N’ayons pas peur. Ce que j’apprécie dans la vidéo ci-dessous c’est que Sam et Dave dansent avec tout leur corps. On n’est pas dans la demi-mesure mais dans la mesure complète, ce qui passe aussi par une communion avec l’entourage.

Bien sûr, quand je dis « bouger », je ne veux pas dire de le faire n’importe comment. Autour de moi, quand je vois tous ces gens qui ont un pied ici et un pied à des milliers de kilomètres, qui courent partout, prennent leur voiture, l’avion, s'attachent à leur téléphone portable comme à une bouée de sauvetage en plomb… et se comportent de manières tellement éloignées de ce que je qualifie de bon sens, cela m’afflige. Parfois même je me demande si je suis de la même planète que ceux que je croise, en particulier quand je constate comment leur esprit se met en mouvement, par exemple lorsque j’écoute certains politiques (de plus en plus nombreux car monopolisant les instances de pouvoir), sans le faire vraiment exprès, car j’évite de me polluer les oreilles. Lors de la crise orchestrée autour du covid, qui se poursuit toujours lorsque j’écris ces lignes, j’entends tellement de choses qui me semblent aberrantes et je vois tellement de gens qui m’apparaissent comme des voyous et des incompétents gouverner sans se cacher, que cela en est franchement troublant. Par exemple chaque jour ils gratifient les Français d'au moins un scandale, sans compter la multitude d'incompétences, de lâchetés et d'ignominies, sans pour autant que de catastrophes arrivent. C'est comme si nous étions dans un bateau dans lequel presque tout l'équipage est ivre et fou sans pour autant que celui-ci n'ait d'accidents.

Ci-dessous : Partition datée de 1946, de la chanson intitulée Swing mou. Les guerres de la France contre l'Allemagne de 1870 – 1871, de 1914 – 1918 et de 1939 – 1945 ont appauvri ces pays et toute l'Europe, et mis sur le devant de la scène internationale les États-Unis. C'est en particulier durant l'entre-deux-guerres que sont devenus à la mode et qu’apparurent en France les swings, des jeunes gens modernes aimant le jazz et très influencés par le nord de l'Amérique. Ils devinrent zazous, puis le swing se changea en be-bop, twist, rock, funk, disco, électro... La plupart de ces mouvements sont nés dans l'Amérique noire. Seule l'Angleterre a donné de son côté d'autres mouvements d'une importance similaire dans la seconde moitié du XXe siècle.

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Ci-dessous : Partition de la chanson intitulée Il est rythmé de Johnny Hess (1915 - 1983). Ce dernier a commencé sa carrière en duo avec Charles Trenet (1913 - 2001) à partir de 1931 jusqu'en 1937. C'est un des principaux représentants du mouvement zazou. il chante notamment Je suis swing (1938) et Ils sont zazous (1942). Voir par exemple cet article de ce blog.

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Le Papillon meurtri

The Broken Butterfly est un film américain de 1919 du réalisateur français Maurice Tourneur (1876 – 1961), dont voici les images d’un passage que je trouve joli.

Dans le cinéma muet on travaillait beaucoup l'image. Certains de ses directeurs de la photographie ont continué avec le cinéma parlant, transmettant leur soigneuse esthétique à d'autres professionnels ainsi qu'aux amateurs qui choisissent parfois un film pour sa photographie. Ci-dessous d'autres images du film.

Le personnage principal de ce film a des tenues caractéristiques des années 1910. On constate notamment que ses costumes (veste et pantalon) sont le plus souvent coupés dans le même tissu, ce qui n'est pas le cas au XIXe, mode apparaissant en Angleterre dans la seconde partie de ce siècle, comme pour le smoking (ou tuxedo) dont la veste et le pantalon sont aussi assortis.

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Le bâton, la canne, la baguette et la badine.

Merveilleuses et merveilleux

« De tout temps, j’ay apprins de charger ma main, et à cheval et à pied, d’une baguette ou d’un baston, jusques à y chercher de l’elegance et de m’en sejourner, d’une contenance affettée. » écrit Michel de Montaigne (1533 – 1592).

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Un des premiers articles de mon blog était sur le sujet de ce titre (voir ici).  Le bâton, la canne, la baguette et la badine sont les principaux bâtons de l’accessorie (comme on dit au Moyen-Âge) de l’élégance. Pour l’élégant, le bâton (et ses dérivés) est comme un mât de navire dans la tempête, une machette dans la jungle, un flambeau dans l’obscurité, l’irréductible marqueur du rythme de la démarche et de la pensée : des rythmes du corps et de l’âme dans l’espace. Il est la colonne vertébrale de la main et de l’âme à travers elle. Il est stabilité, un compagnon qui soutient si nécessaire, illumine la marche et le maintien, dessine l’espace. Au théâtre, il annonce la pièce ; en danse il rythme les pas. C’est un ‘cadenceur’ de pas, un créateur de réalité qu’il respire dans la pure élégance. Il ‘fige’ le mouvement (comme le fait la photographie ou même le cinéma…), le prend dans son lasso, comme le fait la baguette magique, et joue avec les apparences. Il fait le lien entre la terre et le ciel et vice et versa, entre l’Un et le Tout. Il est le foudre ; il est la foudre. Il est le bâton de vieillesse. Il guide l'aveugle. Il est l’expression du sans vie dans le mouvement, du mouvement dans le sans vie et du sans mouvement dans la vie. Du Un il fait le Deux, s’étirant vers les contraires. Il donne du sens à ceux qui en ont besoin, de quoi s’agripper dans l’immensité. Il est un réconfort qui rend stable, une partenaire de danse. Il donne de la contenance. Il est la colonne vertébrale de l’élégant. Ce dernier ne peut offrir davantage…

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Évidemment on ajoute le parapluie comme accessoire de l’élégance.

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La nature en juillet en Île-de-France

Dans mon dernier livre auto-édité, sorti en mai 2022, je présente la nature en Île-de-France en suivant les mois. Cliquez sur les images ci-dessous pour lire ce qui y est écrit pour le mois de juillet. Il s’agit de captures d’écran, d’où le flou qui ne facilite malheureusement pas la lecture. Mais je vous encourage à acheter cet ouvrage, assez volumineux (631 pages, format 15,8 x 24 cm)), qui contient aussi des gravures pastorales du XVIIIe siècle et bien d’autres choses…

Il est non seulement un bel objet, mais il se goûte, permet de goûter la nature, de s'ouvrir à l'espace dans lequel nous évoluons et acquérir davantage d'autonomie. Il nous 'libère' de carcans que la société actuelle nous impose, par exemple aux niveaux médical et alimentaire, en montrant qu'il existe des moyens gratuits et très sains de se soigner et de se nourrir, tout en prônant une vie en commun plus harmonieuse et saine, une société plus éveillée.

Cette lecture intéresse non seulement ceux qui habitent en Île-de-France, mais aussi les autres, car donnant des clés pour s'ouvrir au milieu ambiant auquel nous appartenons et à une culture qui accompagne l'être humain depuis des temps immémoriaux. La démarche s'inscrit dans un processus de 'décroissance', mot que l'on critique beaucoup mais qui signifie avant tout une alternative plus douce, humaine, belle, naturelle, ouverte à l'instant présent et à la terre que l'on foule et tout ce qui en naît... une 'manière', une 'façon', un 'mode' qui essaie de ne pas nuire... une simplicité naturelle d'ouverture de nos sens, du sentiment, qui prouve que l'on peut vraiment très bien vivre d'amour et d'eau fraîche.

Ecologie du Sentimentt
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Clarté, musique et couleurs

Merveilleuses et merveilleux

Estampe gravée par Eugène Gaujean (1850 – 1900).

La réalité… on l’écrit aussi… Le mouvement crée la réalité et l’écriture est un de ses rythmes. Que l’on trouve ce que je dis stupide ou pas, dans tous les cas, on contribue à la création de la réalité…

Évidemment, tout cela n’est que tergiversations… Je n’ai jamais été autrement qu’au premier jour de ma naissance ! C’est un peu comme la respiration : Finalement elle ne change pas tant que cela avec le temps… mais elle est nécessaire. C’est ainsi que j’écris par nécessité… comme je respire… J’écris au rythme de ma respiration et de mon coeur… parce que tout bouge et change dans l’immuable…

Dans un précédent article, j’évoque la question du simulacre décrit par les épicuriens, ce qui consiste en une image (simulacrum) extrêmement ténue émanant de l’objet ou se situant entre lui et nous comme un miroir, ou se reflétant en nous, ou la manifestation de deux ou trois de ces éléments à la fois… généralement les trois.

Une des manifestations qui résultent de ces simulacra est la réalisation d’associations qui se font dans notre esprit. En psychologie moderne on considère cela comme des expressions neurologiques auxquelles pour certaines on donne des noms et des définitions comme « synesthésie » ou « chromesthésie ». Ces phénomènes peuvent permettre de comprendre les liens qui se font et les réalités qui s’opèrent, certes de manière extrêmement parcellaire… mais c’est déjà ça !

La synesthésie est littéralement une union de sensations, ce qui consiste à lier de manière non intentionnelle une sensation à un autre sens, par exemple des notes de musique entendues à une couleur, un graphème (lettre ou nombre) à une couleur, un nombre à une position dans l’espace…   Des sensations, visions (personnalités, jours, mois…) se trouvent ainsi associées à des couleurs, ou des positions dans l’espace, ou des formes particulières, etc. Davantage que de simples sensations, il faut parler d’une harmonie de sensations (ou expériences) associée à une ou plusieurs autres harmonies. Les rêves expriment ces images avec un lien plus libre à la réalité, mais agissant aussi avec cette dernière, par imprégnations de la réalité sur le rêve et du rêve sur la réalité.

D’après Diogène Laërce, chez Zénon et les stoïciens on distingue la représentation (φαντασία) de l’image (φάντασμα). Le mot φάντασμα est dans la représentation, l’action de montrer, l’apparence, ainsi que l’action de se figurer par l’imagination. Le terme de φάντασμα correspond à l’image qui se forme dans l’esprit que l’objet renvoie. Il signifie aussi « songe », « vision », « apparition », « fantôme ». Les deux termes ont pour racine φαντάζω (faire voir en apparence, donner l’illusion. Se montrer, apparaître, jouer le rôle de…). Cette même racine a donné φανταστής, voulant dire « qui aime la parure, l’étalage ». On y trouve une idée de lumière, φανός, (lumineux, brillant, lampe). Voici ce passage reproduit sur le site Remacle :

« Joignons-y quelques détails particuliers sur leur science introductrice, et citons les paroles mêmes de Dioclès de Magnésie ; il s’exprime ainsi dans l’Excursion des Philosophes : “Les stoïciens traitent en premier lieu de la représentation et de la sensation, parce que le critérium, ce par quoi nous connaissons la vérité des choses, est un mode de la représentation, et aussi parce que le jugement qui exprime la croyance, l’aperception, la notion, jugement qui précède tous les autres, ne peut s’accomplir sans la représentation. En effet, ce qui précède dans les phénomènes internes, c’est la représentation; vient ensuite la pensée, dont le propre est d’exprimer les impressions qui résultent de la représentation et de les rendre sensibles par la parole.”

La représentation diffère de l’image : l’image est une conception de l’intelligence, telle que celles qui se produisent dans le sommeil ; la représentation est une impression faite sur l’âme, et par là il faut entendre une simple affection, comme le dit Chrysippe dans le dixième livre du traité de l’Âme ; car on ne peut admettre que l’impression ressemble à l’empreinte d’un cachet, puisqu’il est impossible de concevoir qu’il y ait eu en même temps plusieurs empreintes superposées en un même point. La représentation vraie est celle qui, produite par un objet réel, est gravée, empreinte, imprimée dans l’esprit de telle sorte qu’elle ne puisse être produite également par un objet non réel. Parmi les représentations, les unes sont sensibles, les autres non : sensibles celles qui nous sont fournies par un ou plusieurs sens ; non sensibles celles qui émanent directement de la pensée, par exemple celles qui portent sur les choses immatérielles et sur tous les objets qu’embrasse la raison. Les représentations sensibles sont produites par un objet réel qui s’impose à l’intelligence et force son acquiescement ; toutefois il y a aussi des représentations purement apparentes, des ombres, qui ressemblent à celles produites par des objets réels.

Les représentations se divisent encore en rationnelles et irrationnelles : rationnelles, celles des animaux raisonnables ; irrationnelles, celles des êtres dépourvus de raison. Les représentations rationnelles sont les pensées; les autres n’ont pas de nom particulier. Ils les distinguent aussi en artistiques et non artistiques ; en effet, une image est vue tout autrement par un artiste que par celui qui ne l’est pas. »

Dans l’article sur les simulacres, j’insiste sur l’importance de l’image dans notre société et cela depuis très longtemps.

Il me semble que chacun est en interprétation (représentation ou image) continuelle de la réalité, de manière le plus souvent inconsciente… et je ne parle pas là d’une interprétation intellectuelle… mais dans des simulacres de réalité individuels et collectifs. Comme l’écrit Épicure : « La fausseté ou l’erreur sont toujours dans l’opinion que nous avons sur l’objet qui vient émouvoir nos sens ». Il ne s’agit pas de juger quel qu’être vivant que ce soit qui voit la réalité selon sa représentation, son image ou un simulacre, ni la représentation, l’image ou le simulacre qui lui est envoyé, mais d’envisager ce phénomène général du simulacrum et de voir comment chacun crée son harmonie à partir d’une base commune qui est sans doute simplement lumineuse : une clarté se ‘concrétisant’ en divers éléments des plus subtils aux plus grossiers.

Certains philosophes de l’Antiquité considèrent que le monde est créé à partir du feu. Peut-être par « feu » entendent-ils « lumière ». Nous serions tous, et les choses dans leur ensemble, des êtres ou manifestations de lumière ‘concrétisés’. Il se dégage de cela une harmonie, ou plutôt des harmonies, que je trouve intéressant d’étudier.

Cette lumière se scinde par le rythme et ainsi se décompose, notamment de trois manières : en sons, couleurs et formes.

La même lumière est source d’apparences différentes, un peu comme celle du projecteur permet de voir divers films. Avant de se concrétiser, la lumière elle-même se divise. Par exemple, celle qui donne le kaloskagathos grec est la même que celle à l’origine de la fin’amor du Moyen-Âge ou de l’élégance à la française du XVIIe siècle… Dans ces mêmes cas on se dirige vers, ou se laisse diriger par la même lumière, elle-même une fragmentation de la lumière primordiale. Dans la religion chrétienne on donne à diverses manifestations de cette fragmentation lumineuse des noms d’anges et de démons… pour en arriver à ce qui est de l’ordre de la matière. Les anges sont l’expression des sirènes dont parle Platon… musiques célestes…

Il faudra que je parle plus en détail de la musique et des couleurs et de tous les autres rythmes qui font la mode et des modes (au masculin). J'aime beaucoup cela, mais ne suis pas du tout un spécialiste, et n'ai même pas l'intelligence pour les aborder. Par exemple, je n'ai jamais rien compris à la musique, aux tons, demi-tons, etc. C'est une des raisons pour laquelle je m'intéresse tellement aux petits-maîtres, car ils vivent les rythmes pour beaucoup sans vraiment les comprendre et pour beaucoup aussi faisant semblant de bien les connaître.

Étudier ou se laisser fondre dans la musique, l’harmonie des couleurs, les mouvements de l’âme, la danse, la nature… être soi-même… enfin tous les rythmes harmonieux, c’est être dans la lumière. Évidemment qui dit « lumière » dit aussi « obscurité ». Ce jeu-là même est harmonie. Et quand on se perd, on retourne à l’humilité première…

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Modes gothiques

Merveilleuses et merveilleux

À proprement parler, le terme de « gothique » se réfère aux Goths, peuplade germanique, constituée des Ostrogoths et des Wisigoths, qui envahit une partie de l’Europe à la fin de l’Antiquité et au Haut-Moyen Âge. À partir de la Renaissance, ce terme est utilisé péjorativement pour désigner la culture qui la précède, née au XIIe siècle dans le Royaume de France, et que l’on appelle lors de son rayonnement dans toute l’Europe : Francigenum opus, c’est-à-dire « Art français » (voir cet article notamment). À partir du XIVe siècle la Renaissance italienne est la nouvelle modernité ; le mot « gothique » devient le synonyme de « barbare », faisant référence à tout ce qui est ainsi considéré, comme dans le domaine de la mode à ce qui est ancien, passé de mode. Alors qu'aux XVIIe et XVIIIe siècle on appelle donc « modes gothiques » des modes passées de mode, au milieu du XVIIIe l'Angleterre crée le néogothique dans un mouvement très nouveau : le romantisme. Durant la Révolution française, ceux que l'on appelle « les noirs », souvent de jeunes aristocrates, s'habillent tout de noir afin d'exprimer leur mécontentement face aux massacres révolutionnaires. Ils marquent les débuts d'un mouvement de résistance face à la nouvelle culture qui se met en place et qui est rapidement qualifiée de « bourgeoise » par une partie de la jeunesse post-révolutionnaire française dite « romantique ». Dès la première moitié du XIXe, le gothique, c’est-à-dire le Francigenum opus, revient à la mode en France, et certains jeunes romantiques s'habillent et vivent à la façon du Moyen-Âge (voir mes livres sur les petits-maîtres). À partir du début des années 1980, les modes dites « gothiques » reprennent des vêtements du XIXe, notamment chinés aux puces, et le noir est de rigueur. Cette fois cela s'inscrit dans un mouvement post-punk anglais dit new-wave (nouvelle vague) qui, face à la décadence de la société moderne ne proposant plus de futur valable, se tourne vers des modes passées voire fantomatiques. Cette mode est à l'opposé de la new-wave second degré, lisse et purement technologique, bien qu'étant dans la même démarche critique. Par la suite, on observe que souvent le second degré s'efface face au purement glauque. Mais des mouvements comme le steampunk et la visual kei ou la gothic lolita japonaise (voir cet article) redonnent de la vigueur et de la fraîcheur à l'esprit gothique des adolescents et jeunes adultes de la fin du XXe siècle et du début du XXIe. Ces mouvements sont encore en vigueur, et la dentelle et autres froufrous toujours d'actualité, comme ils l'ont constamment été depuis la fin du Moyen Âge. Plus que jamais, face à la technologie qui gère nos vies et face à la soupe mondialiste, il faut chercher à être de plus en plus fin, comme on l'est à l'époque du Francigenum opus qui est aussi celle de la fin'amor, abandonner toutes les grossièretés ainsi que les faux-semblants, et conserver cette capacité à créer du merveilleux.

Merveilleuses et merveilleux
Ci-dessus : une femme du XVIIIe siècle
 

Ci-dessous : Une femme de la fin du XIXe siècle, au temps des gommeux. Des éléments de ce genre de vêtement sont repris par les filles gothiques post-punks (à partir de vers 1978).

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessous : Photographies de gothiques, nouveaux romantiques et steampunks provenant de trois livres : 50 ans de looks (Ouvrage collectif, Nova, 2004), Street Culture 50 years of subculture style (de Gavin Baddeley, 2014) et Style Tribes The fashion of subcultures (de Caroline Young, 2016).

Gothiques
Gothiques
Gothiques
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La mode et les simulacres

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessus : Première de couverture de la revue Le Miroir du 17 mai 1914. La photographie pourrait très bien être celle d’une jeune femme à la mode de la première moitié des années 1970.

Dernièrement j’ai lu deux fois l’oeuvre de Diogène Laërce (IIIe siècle) traduite en français par Robert Genaille (deux tomes, Garnier Frères, Paris, 1965), intitulée Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, et régulièrement le soir en consulte quelques lignes qui sont toujours pour moi un ravissement. Cependant l’auteur ne fait qu’y effleurer ces « vies, doctrines et sentences » des philosophes qui le précédent, ce qui donne une idée de l’immense richesse de ceux-ci. On le constate partout, et particulièrement en consultant le passage sur Platon. De lui il nous reste de nombreux écrits, et pourtant en lisant Diogène Laërce on a l’impression d’en découvrir une autre partie. Dans le chapitre sur Épicure (vers 342 - 270 av. J.-C.), l’auteur retranscrit entièrement une lettre envoyée par ce philosophe à Hérodote, résumant sa doctrine. C’est ahurissant de constater la finesse intellectuelle d’Épicure qui, simplement par le raisonnement, en déduit la présence d’atomes en mouvement dans le vide, l’infinité de l’univers et des mondes qui le constituent et bien d’autres choses. Dans cet article il est question de sa théorie sur les « simulacres », phénomènes que j’expérimente, il me semble, tout le temps, et qui est importante pour envisager les modes. Une traduction de cette lettre est visible sur le site de remacle.org. Pour nommer ce phénomène, il évoque une image (τύπος : image, empreinte…) toute particulière qu’il nomme εἴδωλον (simulacre, image, portrait, image réfléchie comme dans un miroir ou conçue dans l’esprit…), ce qui peut se traduire ici par « simulacre ». Ces simulacres sont des sortes de représentations des corps que nos sens appréhendent et qui émanent tout à la fois de ces corps, d’une substance très ténue servant de miroir et de notre esprit par l’intermédiaire des sens, âme comprise. Du moins, c’est comme cela que j’envisage cela.

Voici le passage où Épicure explique ce qu’il entend par le phénomène du simulacre (εἴδωλον) dans la traduction de 1933 de Robert Genaille reproduite sur le site Remacle :

« De plus, il existe des images, semblables pour la forme aux corps solides que nous voyons, mais qui en diffèrent beaucoup par la ténuité de leur substance. En effet, il n’est pas impossible qu’il y ait dans l’espace des espèces de sécrétions de ce genre, une aptitude à former des surfaces sans profondeur et d’une extrême ténuité, ou bien que des solides il émane des particules qui conservent la continuité, la disposition et le mouvement qu’elles avalent dans le corps. Je donne le nom de simulacres à ces images. Lorsque leur mouvement à travers le vide a lieu sans obstacle et sans choc, elles franchissent dans un temps insaisissable à la pensée toute étendue concevable ; car c’est le choc ou l’absence de choc qui produisent la rapidité ou la lenteur du mouvement. Toutefois, un corps en mouvement ne se trouve pas, dans un temps saisissable à la pensée, en plusieurs lieux à là fois ; cela ne saurait se concevoir ; de quelque point de l’infini qu’il arrive dans un temps appréciable, et quel que soit le lieu de sa course où nous saisissons son mouvement, il a déjà quitté ce lieu au moment de la pensée. Car ce mouvement que nous avons admis jusqu’ici ne rencontrer aucun obstacle à sa vitesse, est absolument dans les mêmes conditions que celui dont la rapidité est ralentie par le choc.

Il est utile aussi de retenir ce principe, à savoir que les Images ont une ténuité incomparable, — ce qui, du reste, n’est nullement contredit par les apparences sensibles; — d’où il suit que leur vitesse est aussi incomparable ; car elles trouvent partout un passage facile, et de plus leur infinie petitesse fait qu’elles n’éprouvent aucun choc ou n’en éprouvent que fort peu, tandis qu’une multitude infinie d’éléments rencontre bientôt quelque obstacle.

Il ne faut pas oublier non plus que la production des images est simultanée a la pensée, car de la surface des corps s’écoulent continuellement des Images de ce genre, d’une manière Insensible cependant, parce qu’elles sont immédiatement remplacées. Elles conservent longtemps la même disposition et le même arrangement que les atomes dans le solide, quoique pourtant leur forme puisse quelquefois être altérée. La production directe des Images dans l’espace est également instantanée, parce que ces images ne sont que des surfaces légères et sans profondeur.

Du reste, on verra clairement qu’il n’y a rien là qui soit contredit par les données sensibles, si l’on fait attention au mode d’exercice des sens, et si on veut expliquer les rapports qui s’établissent entre les objets extérieurs et nous-mêmes. Ainsi, Il faut admettre que quelque chose passe des objets extérieurs en nous pour produire la vue et la connaissance des formes. Car il est difficile de concevoir que les objets externes puissent nous donner par l’Intermédiaire de l’air qui est entre eux et nous, ou au moyen de rayons, d’émissions quelconques allant de nous à eux, une empreinte de leur forme et de leur couleur ; ce phénomène, au contraire, s’explique parfaitement si l’on admet que certains simulacres de même couleur, de même forme et d’une grandeur proportionnelle passent de ces objets à nous et arrivent ainsi à la vue et à l’intelligence. Ces simulacres sont animés d’une grande vitesse, et comme d’un autre côté l’objet solide formant une masse compacte et renfermant une grande quantité d’atomes, émet toujours la même quantité de particules, la vision est continue, et il ne se produit en nous qu’une seule représentation qui conserve toujours le même rapport avec l’objet.

Toute conception, toute perception sensible, qu’elle porte sur la forme ou sur d’autres attributs, n’est que la forme même du solide perçue directement, soit en vertu d’une sorte de condensation actuelle et continue de l’image, soit par suite des traces qu’elle a laissées en nous.

L’erreur, les faux jugements tiennent toujours à ce qu’on suppose qu’une Idée préconçue sera confirmée ou ne sera pas démentie par l’évidence ; ensuite, lorsqu’elle n’est pas confirmée, nous formons notre jugement en vertu d’une sorte d’initiative de la pensée, liée, il est vrai, à la perception et à la représentation directe, mais à laquelle se joint une conception à nous propre, de laquelle résulte l’erreur. En effet, les représentations que l’intelligence réfléchit comme un miroir, soit qu’on les perçoive dans le songe, soit qu’on les embrasse par un acte personnel de la pensée ou par quelque autre faculté judiciaire, ne ressembleraient pas aux objets qu’on appelle réels et vrais, s’il n’y avait pas des objets de ce genre perçus directement ; et, d’un autre côté, l’erreur ne serait pas possible s’il n’y avait pas un acte personnel, une sorte d’initiative de l’Intelligence, liée, Il est vrai, a la représentation directe, mais allant au-delà de cette représentation. Celte conception, liée a la perception directe que produit la représentation, mais allant au-delà, grâce à un acte propre de la pensée individuelle, produit l’erreur lorsque l’évidence ne la confirme pas ou la contredit ; lorsque l’évidence la confirme ou ne la contredit pas, elle donne la vérité. Il faut retenir soigneusement ces principes afin de ne point rejeter l’autorité des facultés qui perçoivent directement la vérité, et pour ne pas jeter d’un autre côté le trouble dans l’intelligence en accordant au faux la même confiance qu’au vrai. »

Notre propre expérience, du moins c’est ce que je vois à mon niveau, nous montre que nous composons constamment avec les choses, leur simulacre et notre esprit. Il faut donc savoir cela et être attentif à ne pas laisser notre esprit être d’un côté manipulé de l’extérieur et de l’autre subjugué par des simulacres qui eux-mêmes peuvent nous arriver déformés (ces images peuvent aussi être fidèles à l’objet qu’elles représentent) notamment à cause de diverses pollutions comme les multiples que nous subissons de nos jours, voire occultés. Être attentif à cela consiste à reposer l’âme en y enlevant, ou du moins relativisant la peur et la torpeur, par son ouverture… en quelque sorte en sortant de la caverne décrite par Platon, afin de s’extirper de la simple vue des ombres des idées, pour les atteindre directement selon un ‘processus’ qui n’a rien de contraignant, ni d’intellectuel, et qui n’est même pas un processus, un peu comme lorsque l’on se repose dans un lieu de paix, profondément agréable, le locus amoenus que décrit Lucrèce (Titus Lucretius Carus, vers 98 – 55 av. J.-C.), auteur, philosophe et poète qui reprend une explication de ces simulacres (simulacra en latin, simulacrum au singulier, qui sont des représentations, des émanations, des image des corps) dans son De natura rerum ( ou De rerum natura De la nature des choses) dont on trouve une traduction de Henri Clouard sur le site de Remacle, et une autre par André Lefèvre publiée en vers français en 1899.

L’être humain peut-il toucher à la vérité, alors qu’il est borné et sujet à de nombreux éléments qu’il ne peut même envisager ? Des simulacres il en a cependant une intuition et une expérience, et ce que nous considérons comme véritable n’est qu’une image de vérité que la présence des ‘objets’ reflétés et la réflexion personnelle soutiennent comme tangible. Afin de ne pas perdre pied dans ce jeu de miroir, des modes de vie sont créés individuels et communautaires, apportant une sorte de réconfort. La mode en fait partie, et peut permettre de trouver le locus amoenus ; mais elle n'est pas le seul moyen, le seul mode.

La mode joue beaucoup avec la représentation, l’image et encore plus avec la rythmique. Images et rythmes sont deux notions fondamentales de la société occidentale, depuis au moins l’Antiquité grecque. Dans l’image il faut inclure l’imagination, cette dernière étant aussi création, la poésie en étant un exemple parmi les autres arts.

Émanations, représentations et imaginations… En latin, le simulacrum est de l’ordre de l’émanation, l’imago de la représentation par l’imitation et la species de la représentation par la pensée, tout cela n’étant qu’une translatio : une transposition de la réalité.

Ci-dessous : Miroir de vers 1824 sur lequel ont été collées des gravures d’époque, découpées et peintes, avec ajouts de peintures. Ma photographie n’est pas nette, mais c’est difficile de ne pas avoir de reflets lorsque l’on photographie un miroir.

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Petits-maîtres en mode bucolique

Merveilleuses et merveilleux

Images : Détail d’une gravure de mode de 1790 présentant différentes coiffures. Ici il s’agit du « Bon[n]et paysanne ».

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Ci-dessous : Lithographie sans doute de Paul Gavarni (1804 – 1866) de la série Musée pour rire. Un jeune romantique écrit à sa bien-aimée son expérience pastorale : « Adieu mon bon ange. Je me hâte de terminer ce récit car voici venir un montagnard qui redescend dans la vallée et qui va porter cette lettre à la poste. Ô mon Amélie que ces montagnards sont beaux ! Si tu voyais quelle fière mine ils ont ! Ces longs cheveux de jais qui tombent sous le béret écarlate, ces vastes poitrines nues, ces ceintures flottantes ! Ces jambes nerveuses ! Et comme ils posent hardiment sur ces âpres rochers leurs sandales romaines !… »

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Ci-dessous : Certains petits-maîtres vont beaucoup moins loin et se contentent de promenades au bois de Boulogne, un lieu très à la mode jusqu'au début du XXe siècle. « AU BOIS, -  par Comba ». Peut-être s’agit-il de l’artiste Pierre-Paul Comba (1834 – 1872). On remarque le gilet à très gros boutons du petit-maître, sa coiffure en cornes, ses rouflaquettes, son col lâche, ses manches très larges, son pantalon serré et ses chaussures fines à gros noeud.

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Ci-dessous : « Le Dandy au Bois ».

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Ci-dessous : Carte postale de vers 1910 : « La Mode nouvelle -  Les Jupes-Pantalons ». Des mannequins musent au bois de Boulogne.

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Ci-dessous : « La Biche au Bois ». Centre d’une assiette du XIXe siècle déjà présentée ici et ici. Les petites-maîtresses que l'on croise dans la nature, en particulier au Bois, ou qui ont de jolies allures, sont appelées des « biches ».

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessous : « Première apparition d'un gommeux à Fouilly-l'sec ». Centre d’une assiette du XIXe siècle déjà présentée ici.

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessous : « V'la l'chic des cocottes de Paris ». Centre d’une assiette du XIXe siècle déjà présentée ici.

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessous : La vie bucolique des petits-maîtres n'est pas toujours idylique : « Allez donc avec vos cocottes de Parisiennes enjoleux ! ». Centre d’une assiette du XIXe siècle déjà présentée ici.

Merveilleuses et merveilleux
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Montres de poche des XVIIe et XVIIIe siècles

Montre du XVIIIe siècle du Musée du Louvre: Portrait médaillon de petite maîtresse
Montre du XVIIIe siècle du Musée du Louvre: Portrait médaillon de petite maîtresse
Montre du XVIIIe siècle du Musée du Louvre: Portrait en médaillon de femme
Montre du XVIIIe siècle du Musée du Louvre: Portrait en médaillon de femme

Dans les premières années de mes visites au musée du Louvre, j’ai été très agréablement surpris de découvrir de merveilleuses montres de poche des siècles précédents le XIXe. Celles-ci étaient d’une beauté époustouflante, des bijoux d’une qualité remarquable. Selon moi, aux XVIe – XVIIIe siècles, certaines montres étaient les plus beaux bijoux portés par les hommes. On parle de montre de poche ou montre gousset (petite poche), mais il me semble que le plus souvent celle-ci était tenue par un ruban ou une autre attache, pendante à la hanche pour les hommes ou suspendue à une châtelaine pour les femmes.

Ci-dessus et ci-dessous : Montres des XVIIe et XVIIIe siècle des collections du Musée du Louvre. Cliquez sur la photographie pour accéder à la description.

Montre bleue et or du XVIIIe siècle du Musée du Louvre
Montre  bleue du XVIIIe siècle du Musée du Louvre
Montre du XVIIIe siècle du Musée du Louvre Email, fleur bleue
Montre du XVIIe siècle du Musée du Louvre. Saint Hubert.
Montre du XVIIIe siècle du Musée du Louvre : Antiquités égyptiennes
Montre rocaille du XVIIIe siècle du Musée du Louvre

Ci-dessous : Montres du XVIIIe siècle suspendues à une châtelaine. La description de la première est visible ici, et de la seconde ici.

Montre rocaille du XVIIIe siècle du Musée du Louvre

Ci-dessous : Montres du XVIIIe siècle vendues dans des prochaines ventes aux enchères. Cliquez sur la photographie pour accéder à la description de l'objet.

Montre du XVIIIe siècle
Montre du XVIIIe siècle
Montre du XVIIIe siècle
Montre du XVIIIe siècle
Montre du XVIIIe siècle
Montre du XVIIIe siècle
Montre du XVIIIe siècle
Ci-après des liens vers d’autres articles de ce blog sur le sujet de l’horlogerie ancienne :
 L’Horlogerie à Genève : Magie des métiers, trésors d’or et d’émail
– Les mécanismes du temps
– Objets phares des prochaines ventes à Drouot, troisième partie : Porte-montre en céramique polychrome du XVIIIe siècle et montre bassine du XVIIe
– Inventaire à la Prévert estival

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Écologie du sentiment : Promenades sur une année aux rythmes naturels des forêts d’Île-de-France

Ecologie du Sentimentt

Je vous présente mon nouveau livre, seulement édité sous forme papier, fruit de mes promenades dans les forêts des environs de Paris, avec des photographies et surtout des notes des propriétés des plantes que j’ai croisées au fil des mois. Très largement illustré, il fait 631 pages. De nombreuses gravures du XVIIIe siècle de ma propre collection accompagnent de leur âme antique cette lecture.

Cliquer sur une photographie pour davantage d’informations.

Ecologie du Sentimentt
Ecologie du Sentiment
Ecologie du Sentiment
Écologie du sentiment : Promenades sur une année aux rythmes naturels des forêts d’Île-de-France
Écologie du sentiment : Promenades sur une année aux rythmes naturels des forêts d’Île-de-France
Écologie du sentiment : Promenades sur une année aux rythmes naturels des forêts d’Île-de-France
Écologie du sentiment : Promenades sur une année aux rythmes naturels des forêts d’Île-de-France
Écologie du sentiment : Promenades sur une année aux rythmes naturels des forêts d’Île-de-France

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La drôlesse

Drôlesses

Ci-dessus : « Mode de Paris » en 1911.

Une drôlesse est une fille émancipée, gaie, drôle. Elle est généralement jolie, intelligente et plutôt coquette, ce qui fait peur à certains hommes et émoustille d’autres. Il s’agit d’une petite maîtresse des campagnes. En ville les drôlesses sont davantage confondues avec des jeunes femmes faciles voire des prostituées.

Dans le livre Trois roses dans la rue Vivienne (Paris : G. Charpentier, 1877) de l’écrivain boulvardier Gustave Claudin (1823 – 1896), dont je fais rapidement écho dans l’article intitulé Gommeux… toujours…, un passage est consacré aux drôlesses du bois de Boulogne :

« Quant aux demoiselles à l’air tapageur et à l’attitude provocante qu’on voit autour du lac, elles ne forment dans cette constellation que les étoiles de petite grandeur. Plus elles affectent d’être ce qu’elles ne sont pas, plus elles ressemblent à ce qu’elles sont. Elles persistent, on ne sait pourquoi, à passer près des jeunes filles et des femmes honnêtes qui peuvent être les sœurs et les mères des beaux messieurs qui les dispensent de marcher à pied, et qui les font aller au bois en attendant, comme dit M. Barrière, qu’elles aillent à la falourde. Le bois de Boulogne rappelle aux étrangers les jardins d'Armide. Il y de tout dans ce lieu profane, peigné, ratissé, tiré à quatre épingles, et maquillé comme une coquette. Les violettes qui y poussent sentent l'oppopanax [oppopanax chironium : Il s’agit d’un encens, une gomme qui est récoltée sur des arbustes poussant naturellement dans le sud-est de la France et dans des pays plus au sud].

Comment pourrait-il en être autrement ? Ce bois, bien que très-pittoresque, a été, pour ainsi dire, perverti par la mascarade qui s’est installée dans ses bosquets et dans ses allées. Les grandes impures à la mode, celles qu’on a si justement appelées les archi-drôlesses [cette expression viendrait d’Émile Zola mais je ne l’ai pas trouvée dans ses textes], en ont fait leur jardin. C’est là qu’elles viennent se promener, rêver et retrouver ceux qu’elles ne pourraient sans danger voir ailleurs.

Drôlesses

Elles se sont établies au pied des chênes, comme saint Louis, non pour y rendre la justice, mais pour y tenir leur cour d’amour, y entendre les soupirs des postulants, et trahir les serments qu’elles ont faits aux naïfs et aux fats qui payent leurs toilettes. Aussi, les oiseaux ont dû quitter les rameaux de ces arbres et céder la place aux effrontées qui viennent y faire le sabbat. Les insectes ont eu le même sort que les oiseaux, et ont déserté, chassés par les cosmétiques violents de ces demoiselles. Les petites fleurs aux modestes parfums se sont flétries, asphyxiées par le musc et les autres ingrédients dont sont toujours si fortement imprégnées les vierges folles qui flânent dans ces parages.

Drôlesses

Des botanistes et des naturalistes, qui explorent le bois de Boulogne, ont, en effet, constaté qu’il ne renfermait ni insectes, ni oiseaux, ni plantes simples, et ils ont été unanimes à attribuer ce phénomène aux odeurs et aux parfums que répandent autour d’elles les demoiselles archi-maquillées qui traversent sans cesse les allées de ce bois.

Des lapins tués vers la porte d’Auteuil ont été mis en gibelotte, et, malgré les épices qu’on y avait ajoutées, sentaient très-distinctement l’eau de Lubin. Quant aux poissons et aux cygnes des lacs, ils n’ont pas été plus préservés. Les poissons perdaient leurs écailles, et les cygnes perdaient leurs plumes, après s’être gavés des pâtisseries et des bonbons offerts par les passants à leur voracité. »

Drôlesses

Ci-dessus : Carte postale envoyée en 1905, avec pour légende : « TYPE OLÉRONNAIS – As-tu fini, drôle, de teurjoo [toujours] caresser ma drôlesse ». Deux femmes sont habillées à la manière traditionnelle de l’île d’Oléron. La plus vieille, dont le visage est effacé, tient un bâton de ses deux mains. La plus jeune (la drôlesse) est abordée par un prétendant (le drôle).

Drôlesses

Ci-dessus : Carte postale signée « C. Lestin » et datée de 1902 (le cachet de La Poste est de 1911) : « Les Amoureux d’chez nous – Belle drôlesse la Cat’line !!… cré mâtin, me semb’ille qu’avec elle i m’pass’rai bé d’une femme !!!... »

Drôlesses

Ci-dessus : Carte postale avec un cachet de La Poste au dos de 1911, signée « AJ. » et intitulée « Conseille de Vieille » : « –Attention !. Lé drolêsses, ol é l’printemps ! La sévrr’ bouloune, et lé piniés pinant !… » Je suppose que cela peut se traduire par : « –Attention les drôlesses, c'est le printemps ! La sève monte et les épines de pins piquent ! »… Si vous voyez ce qu'elle veut dire…

Drôlesses

La drôlesse fait penser aux drôles de pistolets, sujets sur lesquels j’ai écrit plus d'une vingtaine d'articles dans ce blog.

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Apprendre aux enfants à tisser

Ci-dessus : Cette image provient de la lettre d’information du Musée du Tissage de Bussières que j’ai reçue en avril.

Les enfants aiment faire des objets de leurs mains, par exemples des scoubidous et autres petites constructions ressemblant à du tissage. Pourquoi ne pas leur apprendre à tisser eux-mêmes leurs bracelets et autres petites pièces de tissu ? Le tissage est à la base extrêmement simple : faire s’entrecroiser un fil horizontal (fil de chaîne) et un fil vertical (fil de trame). Dans l’Ancien Régime, presque chaque famille avait son métier à tisser, et beaucoup d'entre elles cultivaient leur matière première (lin, chanvre, ortie…) ou élevaient des animaux qui leur en procuraient comme les moutons. On cardait, filait, tissait… soi-même !

Se protéger des intempéries a toujours été une des premières préoccupations de l’homme, et la fabrication de vêtements est une caractéristique humaine par rapport aux autres êtres vivants. Sans doute aux temps préhistoriques utilisait-on des peaux pour cela, mais des formes de tissage existaient déjà, bien qu’il ne nous en reste que très peu de témoignages, les matières textiles ne survivant que très rarement aux millénaires qui passent.

Je le répète, tisser est une chose très simple. Dans notre monde où tout est compliqué, et nous rend dépendants de l’industrie, il est important de connaître et d’enseigner des choses essentielles et naturelles à l’être humain… les plus basiques… qui sont aussi les plus simples. Je me suis efforcé de le faire personnellement ces dernières années en prenant comme base la nature en Île-de-France. Je devrais vous présenter dans les jours ou les semaines qui viennent (il ne reste plus qu'à l'imprimer) un livre papier sur cette expérience.

L'image ci-dessous est une illustration d'une partition intitulée La Reine joyeuse. Elle est originellement signée LM !

 
EcologieDuSentiment

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Gommeux… toujours…

Si tout se passe bien, je sortirai dans quelques jours un nouveau livre sur un sujet différent de celui des petits-maîtres, sur la nature avec aussi une partie présentant des gravures du XVIIIe siècle imprégnées d’un certain esprit… C’est la raison pour laquelle cet article et le précédent sont particulièrement légers… comme le sont les petits-maîtres… comme les gommeux… tous ces merveilleux qui sont pour moi... aussi... une bouffée d’oxygène… tellement superficiels qu’ils en sont aériens !

Dans une page d’un almanach de 1878 (sans doute Grand Almanach Paul Dupont) présentée ci-dessous (cliquer sur la photographie pour accéder au texte), j’ai appris que l’écrivain boulvardier Gustave Claudin (1823 – 1896) avait consacré un passage au gommeux dans son livre Trois roses dans la rue Vivienne (Paris : G. Charpentier, 1877) qui se déroule en partie dans l’univers de la mode de l'époque : modistes de la rue Vivienne, gommeux, Longchamp et le bois de Boulogne… J'en reparlerai !

Gommeux

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Il faut bien rigoler un p’tit brin !

La partition ci-dessous, de la chanson Il faut bien rigoler un p’tit brin !.., est illustrée par Émile Butscha (1847 – 1887). Sur cet artiste, voir notamment ici.

Merveilleuses et merveilleux

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Boilly et Boldini

Autoportrait de Louis-Léopold Boilly (1761 – 1845)

Deux expositions parisiennes nous font actuellement voyager dans des élégances 1800 et 1900.
La première a lieu du 29 mars au 24 juillet 2022 au musée du Petit-Palais. Son titre,
Boldini : Les plaisirs et les jours, reprend celui d’un recueil de Marcel Proust (1871 – 1922) publié en 1896.

L’artiste italien Giovanni Boldini ( (1842 – 1931) était un artiste parisien de la Belle Époque (autour de 1900). Je l’ai découvert à travers un portrait d’Henri de Toulouse-Lautrec (voir ici) en gant jaune et comme gant jaune (voir ici ce qu’on appelle un gant jaune) conservé au Norton Simon Museum. J’en ai parlé dans cet article sur Jean-Gabriel Domergue.  Ce tableau présente un aspect de la personnalité de Toulouse-Lautrec peu connu. Apprenant qu’il y avait cette exposition, je me suis dit que j’y trouverais d’autres perles d’élégance… surtout sachant que le dandin (terme à prendre dans son sens ancien, en ancien-français, comme origine du mot anglais dandy) Robert de Montesquiou-Fezensac (1855 – 1921) l’avait aussi choisi comme portraitiste. L’exposition exhibe cette peinture, mais pas celle de Toulouse-Lautrec, et je n’ai pas trouvé ce que je pensais y voir. J’en ai conclu que si Boldini a peint avec autant de distinction Toulouse-Lautrec, c’est qu’il s’identifiait sans doute un peu à lui, les deux ayant des caractères physiques communs, comme leur petite taille. On le voit dans la photographie ci-dessous présentée au début de l’exposition : L’artiste s’est mis sur un piédestal pour être à hauteur de ses acolytes.

Cette image est surtout intéressante, il me semble, parce que Boldini y est entouré de masques (personnages de carnaval), ce qui est selon moi le symbole de son œuvre : Une toile de soie posée sur la lumière pour mieux la montrer ; ce qui est peut-être un objectif de l’art, non ? C’est-à-dire montrer ce qui ne se voit pas et qui pourtant est là tout le temps. Ce qui est très visible devient invisible, et c’est sans doute cela que l’on appelle la vulgarité : rendre ou croire invisible le très visible.

Chez Boilly (autre exposition) c’est différent. On est encore en un temps où la couleur est une musique très subtile… où on déchiffre tous les spectres de la lumière, consciencieusement et avec délectation… où on continue à trouver de nouvelles teintes et à leur donner des noms poétiques, où l'on est toujours dans l’authenticité esthétique, artistique et scientifique des Lumières.

Ci-dessous : Les images numérotées proviennent du dossier de presse.

 
 
 
 

Ce qui m’a plu dans cette exposition c’est la légèreté de l’oeuvre de Boldini, ses touches de peinture ressemblant à des plumes d’oiseau. Une jubilation italienne se mêle à un certain raffinement français. On est dans le masque… la pure représentation de la toile épaisse comme celle d'un manteau. Le plus souvent ce sont les parures qui donnent du relief à la peinture… sa matière : bijoux, dentelles, rubans, froufrous, et autres éléments textiles… Ce caractère fin seulement attaché à l’apparence et sans plus de consistance est particulièrement bien rendu dans les grands portraits en pied, de pastel et sur papier marouflé sur toile. Le pastel donne beaucoup de légèreté à cette ‘grandeur’ qui semble s’envoler… la Belle Époque étant aussi la fin de toute une époque. Les couleurs utilisées sont souvent un mélange de blanc-cassé, gris-bleuté ou marron-chair faisant ressortir de l’arrière-plan la lumière là où l’artiste le souhaite. Cela met aussi en avant les autres couleurs utilisées, comme le bleu du pommeau de la canne de Robert de Montesquiou-Fezensac. La musique de cette peinture se ressent de même dans les mouvements des touches qui tourbillonnent comme le font les papillons, ou jaillissent, avec un mélange de droiture et de sinuosités propre à l’élégance, selon l’expression que j’utilise souvent du negligentia diligens :  une décontraction  pétillante profondément encrée, une solide délicatesse. À cela s’ajoute une utilisation de contrastes, en particulier un blanc et un noir très purs.

Il est à noter que cette exposition est chère en plein tarif, davantage que celle de Boilly. Les deux ont toutefois une collection permanente somptueuse et gratuite pour tous.

Photographies ci-dessous : Toutes les images des œuvres de Louis-Léopold Boilly proviennent du catalogue électronique de l’exposition. Pour l’anecdote : Maintenant la communication de la plupart des musées publics est laissée à des sociétés privées. J’ai demandé à celle s’occupant du Musée Cognac-Jay de m’envoyer le catalogue papier afin que je fasse un article, leur disant que mon blog traitait beaucoup des incroyables et des merveilleuses dont le peintre avait été un des témoins, mais je n’ai eu le droit qu’au pdf… Je n’ai même pas reçu de réponse pour pouvoir voir l’exposition gratuitement. Je préfère de beaucoup m’adresser à une personne travaillant dans un musée même et s’occupant de sa communication, comme c’était tout le temps le cas avant, car on parlait alors à des gens davantage passionnés et connaisseurs du domaine particulier de leur musée… et un dialogue esthétique pouvait s’établir ; ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

L’exposition sur Louis-Léopold Boilly (1761 – 1845), du Musée Cognac-Jay et intitulée Boilly. Chroniques parisiennes, est d’un autre genre. On y rencontre des caractères, le plus souvent soit grimaçant, soit au contraire à la face doucement dessinée. Les essaims de Parisiens sont le plus souvent en scène avec des projections de lumière paraissant venir d’un studio de cinéma. Il faut dire que jusqu’au XXe siècle, les Parisiens étaient beaucoup dans le jeu des apparences, des sentiments, de l’amour, de la mode… des réflexions multiples et chamarrées… et les petits-maîtres en étaient en partie le résultat. L'exposition contient une partie présentant l'intérêt que Boilly portait à l'actualité scientifique et les innovations techniques à travers des instruments d'optique dont il faisait lui-même la collection. Certaines de ses peintures peuvent même être comparées à des photographies, avec des trompe-l’œil qui sont autant de mises en abîme, comme la merveilleuse huile sur toile en grisaille feignant une gravure de lui-même intitulée Mes Petits soldats (photographie ci-dessous). On a l’impression d’une photographie prise d’une estampe tellement cette huile est réaliste et lisse. Le plus intéressant est l’utilisation des lignes de fuite qui créent une harmonie méditative centrée sur le visage rond de l’enfant du centre aux yeux en lemniscate légèrement penchée faisant penser à une oscillation tout à fait gracieuse qu’essaye de contenir et replacer (activer ou retenir) les deux mains du grand frère afin de faire ressembler cette équipée à un ‘vrai’ petit régiment de soldats français. Il s’ensuit une profonde communication entre ce sujet central et le peintre (le père)… une compréhension intime de cette beauté qui ne se maîtrise pas, tout en se laissant dessinée par l’adulte incarnation de la société… une lumière tout à fait intérieure transmise directement au coeur du spectateur depuis le coeur de l’artiste. Ce dernier conduit vers ce tendre éclat par l’utilisation de tourbillons délicats. Pour envisager cette très fine spirale lumineuse il faut voir de visu cette œuvre, car le trompe l’oeil apporte un plus : la peinture enluminant ce qui est censé être une gravure. La confrontation de ces deux supports crée une confusion dans l’esprit du spectateur ouvrant son esprit vers ces lignes comme autant de rayons de lumière scintillant et tourbillonnant en une très fine musique qui est celle d’une enfance heureuse. Le peintre dévoile ainsi l’âme de ses enfants à travers leurs caractère et gentillesse, et tout l’amour qu’il leur portait et la joie que ceux-ci lui apportaient. Boilly a mis beaucoup d’amour et de tact dans cette représentation… et aussi énormément d’âme et de lumière. Ce regard est un vrai chef d'oeuvre !

L’exposition débute par plusieurs autoportraits de Boilly, dont deux petits peints en buste, où dans l’un il est en muscadin et sur l’autre en sans-culotte (voir ci-dessous). Ils sont datés par le musée de vers 1793. À l’époque de la Révolution, les muscadins ressemblaient souvent à des chats mouillés que l’on martyrise, et leur massacre par Bonaparte sur le parvis de l’église Saint-Roch à Paris le 5 octobre 1795 a marqué leur fin.

Louis-Léopold Boilly, Carle Vernet (1758 – 1836), Horace Vernet (1789 – 1863) son fils, Philibert-Louis Debucourt (1755 – 1832) sont parmi les principaux artistes ayant représenté des merveilleuses et des incroyables. En voici quelques exemples attribués à Boilly ici et ici (par Tresca d’après Boilly) et d'autres ci-dessous exposés par le musé.

La peinture ci-dessous, intitulée La Marche incroyable (vers 1797), présente un mélange en particulier de merveilleux et de sans-culottes.

Ci-dessous un portrait de Guillaume Guillon dit Lethière (1760 – 1832) et Carle Vernet, de vers 1798 (Lille, Palais des Beaux-Arts).

Boilly a aussi peint de très beaux petits portraits dont ceux ci-dessous.

Je pourrais encore beaucoup écrire sur cet artiste, sa peinture faisant penser parfois à celle d'un miniaturiste sur porcelaines ou bien à celle d'un peintre à la Joseph Vernet (1714 – 1789), conservant certains aspects de ce qui la précédait tout en étant dans la modernité de son époque...

Photographie ci-dessous que j’ai prise au café du Petit-Palais qui se trouve dans un très gracieux jardin rempli d’euphorbes au vert tendre. Invité surprise à la table de deux jeunes hommes.

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Les macaronis, ancêtres des mods

Merveilleuses et merveilleux

Les mods ou modernists anglais sont apparus à la fin des années 1950, un peu après les teddy boys qui s’inspiraient de la mode vestimentaire de l’époque édouardienne, alors que les mods regardaient du côté du Continent avec ses minets français et autres ragazzi italiens. Déjà avant eux, dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, les macaronis faisaient de même, trouvant leurs références chez les Italiens, d’où le nom, et surtout chez les petits-maîtres français.

Cet article présente des gravures anglaises d’époque de ma collection de macaronis.

Ci-dessus : « The Macaronies. »

Ci-dessous : « Now Sr Your a compleat macaroni. » Le chignon est porté par le coiffeur alors que le macaroni salue avec son petit chapeau.

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessous : « A Macaroni Footman. » Ici il s’agit d’un vieux macaroni faisant le Continental, et prisant du tabac.

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessous : « Docking the Macaroni. » Peut-être le père boucher d’un macaroni veut lui couper sa coiffure.

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessous : « The preposterous head dress or the featherd lady. » Une macaroni est coiffée à la mode française.

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessous : Des mods des années 1960-70. On n'est plus bien sûr dans la gavotte, la contredanse, la musette et le cotillon du temps des macaronis, qui furent des danses modernes alors, mais dans des rythmes de l'époque, modernists, électriques, avec toujours un goût pour le style, la nouveauté, une manière empruntée au Continent et une musique inspirée par la soul nord-américaine et le ska jamaïcain, et pourtant très originaux et un état d'esprit créant son monde parallèle plus libre à l'intérieur même d'une société d'adultes qui à force de se protéger du vent n'y est plus... « dans le vent »... comme on dit en France à l'époque.

Ci-dessous : Figurines d'un mod et de son scooter par Laurent-ex-Laurent.

Merveilleuses et merveilleux

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Le frère, le camarade, le copain, le complotiste et le tricard du covid

Sous l’ère chrétienne, nous étions tous FRÈRES et SOEURS… ou du moins presque. Ces termes nous mettaient sur un plan d’égalité. Aux époques plus marxistes, nous sommes devenus des CAMARADES, et à partir de 1986 (projet de loi Devaquet) des COPAINS et des COPINES, termes toujours utilisés par exemple par les gilets jaunes.

Nous sommes tous différents mais aussi tous égaux, tous frères ! Si nous devons nous prendre par la main, cela ne veut pas dire nous soumettre.  Rassembler tout le monde sous une même bannière pour que le monde soit en paix dans une pax romana est un mythe. D’abord parce que celle-ci est le fruit d’une conquête militaire qui commence par diviser les peuples avant d’envoyer son armée. Ensuite parce qu’elle ne connaît que l’extension… devenant une prédation et amenant le déséquilibre. Aussi car elle concentre un immense pouvoir sur seulement quelques personnes. Et puis parce qu'elle apporte une uniformisation, donc destructrice de variété. Dès le départ la fondation est pourrie. À la limite elle pourrait s’envisager par une charte de base commune, mais seulement si chaque pays garde son autonomie entière, et si à cette charte ne s'ajoutent pas d'autres éléments par la suite, comme aujourd'hui dans notre 'démocratie' française qui croule sous des lois s’amoncelant toujours davantage. Par exemple convenir d’une fin généralisée dans le monde du nucléaire civil comme militaire, serait une base commune qui ‘imposerait’ naturellement la paix dans le monde, alors que l’équilibre de la terreur du nucléaire est une illusion, un déséquilibre continuel qui ne fait et ne fera que s’amplifier jusqu’à l’explosion… De nos jours on ressent cela à chaque respiration, à moins de faire l’autruche ce que font les gens pour la plupart jusqu’à accepter de s’auto-mutiler… par exemple de mutiler leur liberté. Croire que restreindre des libertés apporte la paix est une aberration. Je ne parle pas bien sûr de ce qui est de l’ordre purement technique assurant par exemple la sécurité et le bien vivre ensemble. Si ces restrictions viennent de gens de pouvoir, elles s’accompagnent toujours d’autres… et ainsi de suite… formant progressivement un fascisme. On est en plein dedans.

De même l'unanimité est un mythe… ou du moins rien de bon. Le Parlement français, surtout ces deux dernières années, en est un exemple. Les parlementaires on accepté presque unanimement l'inacceptable… la folie… L'unanimité est une marque du mal. Le mal existe… il est en beaucoup d'hommes… de même que la bêtise, car il en est le résultat. Une personne qui demande de faire quelque chose de vraiment bon et intelligent ne récoltera jamais l'unanimité, car il sera toujours confronté au mal et à la bêtise… toujours… Un pays où toutes les institutions disent la même chose n'est pas sain. Et quand on entend les mêmes discours, souvent burlesques, la même propagande dans le monde entier, cela est immensément inquiétant et triste. Il faut ajouter que lorsque je parle d’opposition, il ne s'agit pas de celle qui est contrôlée voire fabriquée pour servir de valorisation ou d’autres intérêts de la pensée dominante.

Bien sûr, il est possible que tout soit géré en communauté comme un merveilleux concert… mais cela seulement si les plus compétents ne sont pas mis de côté bien sûr… comme c'est le cas de nos jours… autre signe…

Aujourd’hui sont considérés comme COMPLOTISTES ceux qui réfléchissent, ne prennent rien comme acquis, mais remettent constamment en question les dogmes ; ce qui est indispensable dans un monde qui dépasse tout entendement par nature, mais qui l’appelle continuellement (l’entendement bien sûr). Qu’importe si le mot a été inventé par des détracteurs voire des détraqués. Cela est souvent le cas quand il est question d’avancer positivement, ce que détestent les gens de pouvoir.

Les TRICARDS et TRICARDES sont des personnes interdites de séjour dans un endroit. Pour le dire moins familièrement, ils sont personae non gratae. Non vaccinés, récalcitrants au masque, pudiques avec un sens de l’honneur et de la logique marqués, ils sont considérés comme d’infâmes complotistes.

Une fenêtre toute simple mais très importante est à ouvrir individuellement : Le bien ne vient pas de l’extérieur, mais de soi. De cette manière on devient bon et apporte naturellement du bonheur. Le bien ne peut venir que de soi.

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Merveilleuses & merveilleux