Le goût et la saveur

Merveilleuses et merveilleux

Je ne suis pas du tout un spécialiste du goût, mais écrire sur lui m'en donne une saveur, même si je suis très éloigné d'en avoir. J'aime écrire, comme autrefois un épistolier le faisait à un ami. Mon plaisir est dans l'écriture même. Là, pas de rendement, pas de propagande, pas de retombées, juste des mots lancés dans le vent, comme ceux venant du coeur, chantonnés par une bouche et s'échouant dans l'oreille de l'esprit qui l'émet.

Si je ne suis pas du tout un spécialiste du goût, ce que je sais, c’est qu’il avait beaucoup d’importance autrefois… en particulier le « bon goût ». Il n’est plus d’actualité. Par contre, le mauvais goût s’étale tous les jours dans la vie contemporaine. Évidemment, le goût est une notion subjective… subjectivité qui tout de même a ses limites, qui sont celles de l’être humain.

Avoir du goût, ce n’est pas seulement savoir choisir et agencer ce qui donne le plus de plaisir à nos sens, c’est aussi et avant tout trouver ce qu’il y a de meilleur, dans tous les sens du terme. Il faut y ajouter ce supplément d’âme qui fait toute la différence.

Avoir du goût n’est pas suffisant, encore faut-il donner de la saveur. Le goût est intelligence et la saveur est partage. Un individu de goût se contente de peu mais cherche toujours la qualité. Il est une personne de qualité. Si cette dernière se contente de peu pour elle, elle partage beaucoup et toujours la qualité. Elle n’est pas un personnage de surface, dans la montre comme on disait autrefois, c’est-à-dire l’apparence. Ce qu’elle donne à voir, à attendre… elle y ajoute un ‘souvenir’ agréable, un savoir goûteux que l’autre peut conserver et dans lequel il a la possibilité de puiser constamment. Il est comme un vin qui est bon lorsqu’on le boit, se garde longtemps en bouche apportant de nouvelles saveurs en continuant de surprendre, laisse un bouquet agréable même longtemps après ouvrant l’esprit à d’autres ‘plaisirs’ et s’accordant avec ceux-ci merveilleusement. Surtout, il doit apporter une bonne santé, ne pas l’altérer comme le font certains vins au goût fin mais contenant par exemple du sucre raffiné et des résidus de pesticides. La personne de goût propose ce qu’elle peut faire de mieux. Bien sûr elle ne peut faire des miracles, et c’est à chacun de disposer. On apprécie avec la mesure parfaite, ajoute de la grâce, ou au contraire transforme même ce qu’il y a de mieux en un poison.

Merveilleuses et merveilleux

La saveur apporte de la longueur dans la jouissance. Le goût est tel un interrupteur que l’on met en marche, et la saveur comme la lumière qui en découle. L’idéal est que le goût apporte une saveur qui ne s’éteigne pas et dont l’autre puisse disposer aussi longtemps qu’il le souhaite, s’il a l’intelligence pour cela. Au sujet de la jouissance, Montaigne écrit : « Qui n’a jouïssance qu’en la jouïssance […] il ne luy appartient pas de se mesler à nostre eschole : plus il y a de marches et degrez, plus il y a de haulteur et d’honneur au dernier siege ; nous nous debvrions plaire d’y estre conduicts, comme il se faict aux palais magnifiques, par divers portiques et passages, longues et plaisantes galleries, et plusieurs destours. »

Certains trouvent que jouir consiste à accumuler les jouissances, ce qui est très dans l'esprit bourgeois particulièrement intéressé par le nombre, la quantité. Mais ainsi de quoi jouit-on vraiment ? Cela ne fait que laisser un goût amer à longue échéance et rend pauvre, voire misérable quand c’est le moment de rendre des comptes. Savoir savourer des choses qui nous ont été données, comme simplement le fait d’être en vie, est déjà un programme immense, non ? Pourquoi toujours vouloir davantage ? Je crois même que la meilleure des jouissances est de s’oublier et de ne faire uniquement que le bien. Seul le bien est véritablement bon. Apporter ce bien… ce bon… cette bonté… est ajouter de la saveur au goût et n’est que le prolongement de cette intelligence.

La bonté a moins à voir avec la morale qu’avec la vertu, de même qu'une saveur au palais à moins à voir avec la recette qu’avec celui qui l’a accomplie.

Merveilleuses et merveilleux

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La Sape de Kinshasa à Paris

Ci-dessus et ci-dessous : Ma Vie dans la sape de Séverin Mouyengo, Rennes : Librairie petite Égypte, 2020.

Jean Baudrillard (1929 – 2007) a dit : « On voit déjà les prémices d’un monde atone, monotone, où la tonalité aura disparu. » On y est, et rares sont ceux qui en France ont su conserver de la tonalité ! Les sapeurs en font partie.

Dans Les Petits-maîtres de la mode, je consacre une longue partie à ces merveilleux, écrite en particulier à partir du très bon livre de Justin-Daniel Gandoulou (1953 – …), intitulé Au coeur de la Sape : moeurs et aventures des Congolais à Paris (Paris : Éditions du Centre Pompidou, 1984). J’ai aussi parlé un peu des sapeurs dans cet article. Dans les années 1980, j’ai croisé quelques-uns d'entre eux, en particulier aux chaînes, place de la République (aujourd’hui les chaînes ont été enlevées et les sapeurs ne se retrouvent plus là), sans jamais les aborder… De toutes les façons cela était impossible, car ils sont par nature d’un certain précieux qui les rend comme des images… Cela aurait sans doute rompu le charme… le charme étant un élément important de la mode. De nos jours, on peut toujours en voir à Paris, capitale de la SAPE. La vieille garde se retrouve notamment devant la boutique de Fred Sape & Co située au 12 rue Panama au cœur du quartier Château-Rouge. Le samedi et le dimanche des sapeurs habillés avec des griffes à l’ancienne s’assoient devant cette marque d’habits congolaise. Il paraît que la nouvelle génération se retrouvait à Montreuil… mais je n’ai pas vérifié si c’est encore le cas.

Cet article, je l’écris après avoir lu Ma Vie dans la sape par Séverin Mouyengo (Rennes : Librairie petite Égypte, 2020). Ce que l’on remarque en premier lieu, c’est la jolie couleur bleue de la couverture… comme quoi il suffit d’un rien pour faire beau… Pour le reste, cet ouvrage autobiographique se lit rapidement, comme un roman, et est très instructif sur l’univers de la SAPE de Kinshasa et ses ramifications.

Les sapeurs sont un exemple que la petite-maîtrise de la mode est innée, car ceux-ci usent de codes qui en font partie sans pourtant le savoir intellectuellement mais de manière beaucoup plus profonde. On y retrouve le goût pour la parade (le persil…), l’esbroufe (la frime, l’allure, la posture, la pose…), le merveilleux (l’excentricité, l’extraordinaire, le féérique, l’aventure…), le beau en particulier dans le costume, l’harmonie, la tonalité juste, le bâton, la joie de vivre et le bien être, la sensibilité voire la délicatesse, le rythme et les rythmes (la danse, la musique, le pas cadencé…), l’instinct aristocratique couplé à une ouverture démocratique à toutes les classes de la société pourvu que l’on ait la grande classe, la grâce qui approche parfois l’euphorie voire l’extase, avec au revers d’une admiration de certains un dédain et même une agression d’autres, la liberté, la guise personnelle ou nouvelle, la rigueur et le nonchaloir, etc.

Le sapeur est « bien gammé », avec une « gamme » la plus « chaude » possible (de grande valeur avec des griffes onéreuses), « bien alluré ». Son « réglage » se veut parfait, cela lui permettant de faire des poses, « des mines », de la « surjouer », « de frimer ». Il sait « harmoniser les couleurs ». Il a cette connaissance qui le rend spécial, d’une autre classe à laquelle le président de la République comme le manœuvre peut appartenir. Il place la recherche de l’habit parfait avant celui du manger. Il fait le matalana, le « m’as-tu vu ». La sape est pour lui une transe. La rue est son principal théâtre d’action. Il a ses lieux de prédilection… à la mode… les belles avenues, certains endroits où l’on consomme ou danse (dancing-bar, super-boum, night-club où commet le discothécaire…), un cercle auquel il appartient. Il se considère comme « beau-garçon » et la rue est son miroir. Il était un « crack », un « play-boy »… Il est devenu un sapeur. Sa démarche est fière. Il appelle cela « faire diattance » (écrit aussi « diatance »). Tout cela se retrouve chez tous les merveilleux dont je parle dans mes livres et dont l’histoire remonte à la nuit des temps… d’autant plus loin que le merveilleux et la beauté y règnent !

Ci-dessous : Jocelyn Armel Le Bachelor, né en 1961 en République du Congo, et arrivé à Paris en 1977, dans sa boutique située au 12 rue Panama dans le quartier de Château-Rouge à Paris.

Ci-dessous : Deux lieux de rendez-vous des sapeurs dans les années 1980 : les chaînes, place de la République (il y avait à l’époque des chaînes), et la fontaine des Innocents près des Halles. Personnellement, je verrais bien dans cet ancien emplacement des chaînes de République une belle statue de sapeur ! Ce serait un bel hommage.

Des informations sur les sapeurs se glanent dans les livres déjà cités, dans de nombreuses vidéos, sur des sites, des expositions, etc.

Autres ouvrages :

  • Gandoulou, Justin-Daniel, Entre Paris et Bacongo, Paris : Éditions du Centre Georges Pompidou 1984.
  • Kingue Epanya, Christian, Les rois de la sape, Océan, 2014. Bande dessinée pour la jeunesse (à partir de 3 ans).
  • Mediavilla, Héctor, S.A.P.E., Éditions Intervalles, 2013.
  • Un rêve d’aller-retour. La Sape congolaise, catalogue de l’exposition présentée à Casa Africa du 3 mars au 29 avril 2011. Voir ici.

Ci-dessous : Petit documentaire de 1984.

Dans la vidéo à voir ici, le chanteur du Zaïre (aujourd’hui République du Congo), grand représentant de la SAPE, Papa Wemba (1949 – 2016), introduit des sapeurs dans une émission de télévision française de 1980. Un moment un sapeur réalise un rapide pas cadencé, et le présentateur croit que celui-ci a failli tombé ; du coup, le reste de la présentation reste très sobre ce qui est très dommage. Je me rappelle m’être fait la même réflexion lors de la diffusion en directe de cette émission. Ce genre de quiproquo a fait que les sapeurs en France sont souvent beaucoup plus sobres dans les rues parisiennes qu’ils ne le sont au Congo. Quand je parle du Congo, je comprends en particulier Kinshasa (ville de la République Démocratique du Congo : RDC) et Brazzaville (ville de la République du Congo) et dans une moindre mesure, d’autres villes comme Pointe-Noire, ainsi que tous les sapeurs de ces deux pays. Derrière la SAPE, il y a toute l’originalité et le tendre (comme on dit au XVIIe siècle en France) d’une culture africaine, du Congo et autour. Comme l'a écrit un commentateur de la vidéo ci-dessus : « Ça se froisse avec noblesse, ça se tremble avec élégance. » En utilisant des archétypes (les marques) du colonisateur et de son consumérisme, les sapeurs parlent aussi de leur culture. Certains évoquent un message d’amour. Il me semble que cela est vrai : un amour de l’autre (de son style de vie, ou pour mieux dire une ouverture vers l’autre) et de soi-même (élégance, appartenance assumée à une famille, un groupe ethnique, des valeurs…), ainsi qu’un goût pour une intégration dans une société sans pour autant abandonner leur liberté, en surjouant les codes de cette société, comme un adulte agite une marionnette pour faire plaisir aux enfants. On est dans le jeu et le surjeu, dans le futile et le grave… et un peu plus… beaucoup plus… pas seulement dans un jeu d’ombres et de lumières, mais aussi et surtout de couleurs ! La gamme est infinie, mais le sapeur bien gammé est dans la juste mesure… et là aussi avec le plus, le davantage qui fait la différence : la démesure que permet la mesure, un peu comme pour faire des choses compliquées il faut d’abord maîtriser les simples. En France on peut croiser un sapeur sans le remarquer, car le regard de l’autre est important, son admiration, voire son amour (amitié ou jeu amoureux comme le coq qui parade dans le poulailler, le cocodès au milieu des cocottes et des cocodettes…). LA SAPE est majoritairement masculine, et intensément masculine dans le sens vrai du terme. Comme je le dis souvent, dans la nature les mâles jouent beaucoup plus sur l'apparence que les femelles, ceci afin de séduire ces dernières et d'impressionner les concurrents. Voyez le lion et la lionne, le chant des oiseaux mâles, etc. La masculinité est avant tout cela, et cela l'était en France, ce dont je parle dans mon article sur Le grand renoncement. Le sapeur est intensément congolais, intensément français, intensément parisien, intensément universel ! Comme le dit le début de la chanson de la vidéo ci-dessous : « Il est toujours plus difficile d'être aimé que d'aimer. »

Ci-dessous : L’exposition L’Art d’être un homme qui s’est tenue du 15 octobre 2009 au 11 juillet 2010 au Musée Dapper à Paris) présentait des photographies de sapeurs.

Ci-dessous : Des sapeurs en 2015.

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Petit dictionnaire de la novlangue contemporaine : Cinquième partie

Ci-dessus : Quelques images-mots de la novlangue.

Cet article suit ceux-ci : Première partie, Seconde partie, Troisième partie et Quatrième partie.

Avant de commencer, je dois préciser une chose : Lorsque je personnifie la novlangue, disant par exemple « la novlangue utilise le procédé de… », je signifie ceux qui l’utilisent, bien évidemment. Il s’agit d’une manière incorrecte de s’exprimer, mais je n’ai pas réussi à faire mieux. Comme l’écrit la précieuse Madeleine de Scudéry (1607 - 1701) à la fin de son ouvrage intitulé Les bains des Thermopyles (édition posthume de 1732), citation que je répète souvent : « Si j’avais eu plus d’esprit et plus d’art, cette Relation vous aurait été plus agréable. »

À noter que j’ai puisé certains des termes chez François Jarrige, Xavier-Laurent Salvador, Jean-Dominique Michel et Ariane Bilheran. Xavier-Laurent Salvador a dit notamment que « le problème est quand derrière [le vocabulaire] vient se cacher une morale […] les bons parlent la bonne langue et les méchants la mauvaise. » Il est vrai qu’il ne faut pas être trop manichéen et j’espère ne pas l’être trop dans ce Petit dictionnaire de la novlangue. Simplement il faut savoir, connaître étant un apprentissage vers la liberté : savoir sans juger, mais en disant que, lorsque l’on marche sur nos libertés, cela nous fait mal ! Personnellement je n’ai pas de message à faire passer, étant un simple et simplet être humain, et c’est pour cette raison que je parle principalement des petits-maîtres et de la mode, considérés comme si futiles. Et puis tout cela n’est-il pas absurde… tragiquement absurde quand cela conduit à la misère ou à la guerre ? Tout ce vocabulaire est importé de combats venus d’Outre-Atlantique n’ayant jamais eu cours en France… Alors ne faudrait-il juste pas les écouter et laisser tomber cette agitation fiévreuse ? En parlant de novlangue on la concrétise un peu davantage, même en la critiquant. Et comme disait Panglof, « il faut cultiver son jardin »… Cependant, Voltaire savait qu’il fallait aussi s’impliquer pour la communauté.

BIEN-ÊTRE. Selon la novlangue : « Impossible à atteindre sans développement économique », ou pire sans emprise sur les gens… sans totalitarisme.

ACADÉMIE DU CLIMAT. La novlangue crée des institutions complètement inutiles, donnant bonne conscience, sans réellement agir. L’Académie du Climat de Paris en est une, fondée par la Mairie de Paris en 2021. Elle aurait « pour objectif de répondre aux enjeux du réchauffement climatique par tous ». À noter le « par tous », comme si la responsabilité était dans les mains du péquin moyen. Les institutions se déchargent des problèmes qu’elles créent en partie ou refusent d’aborder en profondeur en créant des organismes fantômes et en rendant responsables les citoyens : triez vos déchets, n’utilisez pas trop d’électricité, portez un masque… autant de mesures de façade qui ne règlent aucun problème.

ASYMPTOMATIQUE. Sans aucun symptôme. Dans la novlangue nous sommes tous malades… même quand on ne le sait pas ou ne le voit pas… ou ne l'est pas…

BIENVEILLANCE. La novlangue use de termes positifs pour les détourner. Elle est une rhétorique d’enfermement qui conduit à des claustrations réelles, et pas seulement dans le cadre de réclusions, mais aussi de marginalisations, comme pour le personnel soignant ou d’autres n’ayant pas voulu se faire vacciner ou par des gardes à vues arbitraires et des emprisonnements politiques comme pour certains gilets jaunes. On est très loin de la bienveillance, mais le mot ne coûte rien à formuler et permet de cacher en partie la malveillance et la maltraitance de ceux qui utilisent la novlangue. Voir RELIGIEUX.

Ci-dessous : Un exemple de fausse bienveillance : portez un masque, ne soyez pas trop bruyants, tout cela dans une atmosphère d'affairement consommatrice entretenue. On n'est pas dans le domaine du rationnel mais dans celui du religieux, d'une sombre croyance digne d'âges obscurs.

BLACK BLOC. Il est évident que les black bloc, que la novlangue a assimilé à des gilets jaunes, sont des éléments rapportés. Le nom même, en anglais, en dit long sur leur qualité de chien de garde de l’impérialisme actuel. Pourtant ils se prétendent anarchistes, ce qu’ils ne sont évidemment pas.

BLANCHITÉ. On parle aussi de « privilège blanc », expression mettant en avant l’aspect de domination.

CERTIFIER. La novlangue utilise l’incertitude inhérente à l’être humain, par nature très limité, pour imposer ce qu’elle établit comme des certitudes, ce qui rassure l’homme qui possède un instinct animal de conservation et de peur. Le domaine médical est envahit de certifications et normalisations (ISO…)

CHIFFRES. Dans la novlangue, les chiffres sont généralement falsifiés ou cachés, car le bilan est avant tout catastrophique. Elle règne donc par la duperie. Elle cherche à faire croire à une réalité différente que celle que chacun vit. Elle le fait d’autant plus facilement qu’elle dispense des attirails technologiques dans lesquels chacun peut créer sa bulle et s’y enfermer. Parmi les chiffres falsifiés ou cachés en France, il y a ceux de la pauvreté (des bidonvilles pullulent en Île-de-France, et des dizaines de milliers de personnes vivent dans des tentes, des misères esthétiques, morales, intellectuelles, sociales ; il suffit de prendre les transports en commun pour s’en rendre compte)… une immigration et une émigration de folie, la fin de l’unité, etc.

COLONISER. La novlangue est tel un animal qui colonise le nid d’un autre, comme un virus prenant possession du corps qui le nourrit. Elle occupe littéralement le refuge d’autres et les soumet. Elle envahit en particulier ce qui est le plus cher aux êtres humains, comme la santé. Lors de la crise orchestrée autour du coronavirus, on a vu une multitude de gens incompétents, manipulateurs ou pervers utiliser la rhétorique de la santé pour aller dans un sens opposé à celle-ci mais du côté de leurs ‘intérêts’, ceci afin de berner. Beaucoup de professionnels de santé ont joué ce jeu nauséabond par peur, par auto-censure et surtout en s'enfermant dans une rhétorique médicale utilisée par d’autres à des fins autres que la pure médecine.

COMMUNIQUER. La novlangue est experte en communication. Elle utilise toutes ses ficelles afin de persuader, manipuler et confondre. La novlangue ne se soucie pas de plaire, c’est-à-dire d’être aimable, propre, affable… mais de persuader, voire d’endoctriner. Elle ne peut cacher sa vulgarité, voire elle la revendique (voir VULGARITÉ.), sauf si cela dérange ses plans.

CONSCIENTISATION. Essayer de faire prendre conscience à une personne ou à un groupe de problèmes qu’il n’a peut-être même pas.

DÉCARBONER. L’arbre qui cache la forêt des multiples pollutions.

DÉCOLONISATION. On en parle beaucoup, et comme le dit Xavier-Laurent Salvador, on le fait en anglais ! Xavier-Laurent Salvador et Jean Szlamowicz ont écrit Le sexe et la langue. Petite grammaire du genre en français, où l’on étudie écriture inclusive, féminisations et autres stratégies militantes de la bien-pensance, Paris : Éditions Intervalles, 2018.

DÉCONSTRUCTION. Détruire est dans l'ADN de la novlangue. Elle n'avance que comme cela.

DÉCRÉDIBILISER. La novlangue utilise plusieurs techniques de décrédibilisation de ceux qu’elle considère comme ses adversaires : diffamation, mise à l’écart… L’une d’entre elle consiste à faire dire par des soi-disant opposants à son univers des choses ridicules. Par exemple, pour le téléphone portable, on avait fait croire qu’il chauffait tellement qu’avec plusieurs on pouvait cuire des œufs, ou bien que des végétariens préconisaient de se débarrasser des animaux domestiques parce qu’ils mangent trop de viande, ou bien que les décroissants prônaient un monde horrible, digne de la préhistoire, ou bien que les anarchistes sont extrêmement violents, etc. Tout cela pour qu’ils aient à dos la majorité de la société qui se considère comme « bien-pensante ».

DÉRESPONSABILISATION. La novlangue responsabilise le citoyen pour se déresponsabiliser elle-même… se dédouaner. Elle l’a fait pour la crise orchestrée autour du coronavirus, elle le fait avec la crise orchestrée autour de la pénurie d’énergie. Voir RESPONSABILITÉ.

Ci-dessous : EDF, qui depuis des décennies rançonne les Français afin d’être plus compétitif à l’étranger et pour soutenir des projets nucléaires et renouvelables fous, n’est pas dans la possibilité d’assurer un service de qualité et peu cher. Elle cherche donc à rendre responsables les citoyens. « Dans la novlangue « responsabiliser » signifie « rendre responsable ».

DISRUPTION. En français ce mot signifie rupture, fracture, mais comme anglicisme, le wiktionnaire nous explique qu’il s’agit d’une « Stratégie d’innovation par la remise en question des formes généralement pratiquées sur un marché, pour accoucher d’une “vision”, créatrice de produits ou de services radicalement innovants. » Dans la novlangue, cela consiste à détruire le passé et le présent jugé non dans la ligne, pour imposer une vision unique qui est la sienne. Voir DISTANCIEL.

DISTANCIEL. « Distanciel » est un des mots de la novlangue utilisé de manière massive depuis la crise orchestrée autour du coronavirus, comme ceux de « disruption » (voir DISRUPTION.) ou « présentiel » (voir PRÉSENTIEL.). Cela veut dire ce qui se fait à distance… La société de la novlangue voudrait que tout se fasse ainsi, cela permettant de savoir ce que chacun fait.

DIVISER. Individualiser et communautariser afin de diviser. Chaque groupe doit être une minorité, même les Français en France. Pour cela on divise le plus possible : les gilets jaunes contre la police, les gilets jaunes contre les Français (dans ces deux cas avec les black bloc, voir BLACK BLOC), les noirs contre les blancs, etc.

ÉCO-ANXIEUX. Voir PHOBIE.

ÉCOCITOYENNETÉ. Rendre les citoyens responsables pendant que les plus grands pollueurs s'accroissent.

ÉCOLOGIE DE CROISSANCE. Je ne sais pas si la décroissance est la solution collective ; ce que je sais, c’est que la croissance est un leurre. Elle fait penser aux invasions de sauterelles ou autres animaux et végétaux qui détruisent tout sur le passage.

EFFONDREMENT. Si la novlangue distille la peur, c'est qu'elle-même a peur, de même qu'un grand nombre de ses opposants. Tous évoquent un effondrement.

ÉLECTRICITÉ. Alors que Big Brother use de plus en plus d’électricité pour la vie moderne qu’il impose par l’intermédiaire du « tous connectés » (5G…), dans le même temps il demande que les citoyens fassent des économies d’électricité. L’électricité est un de ses supports. Ainsi demande-t-il une chose et son contraire en même temps… en pleine schizophrénie.

Ci-dessous une facture d'électricité : Cela fait des années qu'EDF rançonne les Français qui paient l'électricité, avec un abonnement + l'acheminement (x2) + une taxe sur la consommation + une taxe pour le service public (!?!?) + une taxe d'acheminement (alors que l'on paie l'acheminement déjà dans l'abonnement et la consommation) + la TVA sur le total, même sur les taxes !!!!

FAÇADISME. Cette politique est celle du façadisme dont je parle dans la conclusion de mon livre sur les architectures RER et le façadisme, ouvrage que l’on peut télécharger gratuitement (cliquer sur le livre dans la colonne de droite), cela sans problème, puisqu’il s’agit d’un simple PDF réalisé par mes soins et hébergé dans mon propre nom de domaine entièrement réalisé en HTML, sans utilisation de logiciels tiers. Le façadisme ne consiste pas seulement à détruire un bâtiment ancien remarquable pour n’en garder que la façade et prétendre qu’il a été conservé, mais se retrouve aussi dans la vie de tous les jours et notamment en politique, où beaucoup portent le masque de la bien-pensance pour cacher ou ne pas regarder en face leur vrai visage. Dans la novlangue on aime à parler de droits de l’homme et de beaucoup de choses considérées comme ‘bonnes’ tout en faisant exactement le contraire. Notre démocratie n’est plus qu’une façade, ainsi que notre République, nos politiques… et même nos amis sont souvent de façade. Face à cela, que faire d’autre que garder en notre coeur le feu de l'honnêteté, ne pas être des êtres de façade mais entiers ?

GOUVERNEMENT FRANÇAIS. Il s’agit de la plus grande imposture de ce pays. Les instances qui gouvernent la France ne sont pas les officielles (État, Gouvernement, Parlement…) mais celles qui favorisent une immigration massive et un délitement de la société française.

HISTOIRE. Gros mot, surtout si elle est nationale.

HUMANISME. Dans la novlangue, l’humanisme est considéré comme une erreur dans l’histoire.

INFANTILISATION. La novlangue semble constamment s'adresser à des demeurés.

Ci-dessous : On vous explique ce qui est bon pour votre budget et la planète. Dans le même temps, les gouvernants gèrent le parc électrique français de manière ubuesque, et augmentent toujours plus la facture d'électricité et les dépendances électriques et énergétiques. Autonomie et liberté disparaissent de la novlangue qui cherche cependant à rendre responsable les citoyens de manière cauteleuse. Ici, la RIVP (Régie Immobilière de la Ville de Paris) fait glisser sa responsabilité sur le locataire, alors que depuis des années elle favorise le tout électrique et pratique intensivement ce que j'appelle l'architecture RER (voir mon livre sur le sujet).

INNOVATION VERTE. Produits phytosanitaires (pesticides), internet, OGM, etc.

INVERSION ACCUSATOIRE. Technique de la novlangue qui consiste à accuser les autres de ce qu’elle fait. Elle traite de « menteurs » ceux qui disent la vérité, de « complotistes » ceux qui cherchent la vérité, de « anti-démocrates » ceux qui prônent les valeurs de la démocratie, de « fascistes » ceux qui sont contre la guerre, de « racistes » ceux qui souhaitent une vraie diversité (des nations, des peuples souverains, des cultures…) et non pas un mélange qui nivelle et détruit, de « homophobes » ceux qui croient en une véritable égalité de tous les êtres, de « anti-écologistes » ceux qui sont contre le nucléaire,  de « sectaires » ceux qui prônent la liberté, etc.

Ci-dessous un exemple d’inversion accusatoire. Alors qu’ici Elon Musk rétablit la vérité, on l’accuse de faire le contraire.

INVISIBILISER. La censure s’invente constamment dans la novlangue. Invisibiliser (shadow ban en anglais) consiste à faire en sorte que certains travaux, sites… ne soient pas mis en avant voire rendus invisibles. Les monopoles fleurissent sur Internet, comme Google ; et il est très simple pour eux de favoriser et de défavoriser…

MANIPULATION. Voir COMMUNIQUER.

MARQUE. La marque est un élément de la novlangue. Elle est un de ses marqueurs. Il s’agit de mettre sous influence… si possible de faire en sorte que les citoyens recherchent les marques et demandent d’eux-mêmes de devenir esclaves.

Ci-dessous : La banque n'est plus un service mais une marque.

MENSONGE. La novlangue n'hésite pas à mentir et utiliser toutes les autres ficelles du vice. Voir DÉSINFORMATION, RÉPÉTITION  et VULGARITÉ.

NATIONALISME. Dans la novlangue, le nationalisme est considéré comme du racisme, mais elle n'hésite pas à l'utiliser quand cela l'arrange, comme en Ukraine.

NOYER. Une autre technique de la novlangue est de noyer les auditeurs et spectateurs dans des flots de paroles et d’images. Quand ils sortent la tête de cette eau insalubre, ils en ont encore plein la bouche, et la déversent eux aussi sans s’en rendre compte.

PERSONNE DE COULEUR. Dès le début du XXe siècle, avant même la grande vague d’immigration, les instances publiques françaises ont commencé à envoyer des messages et élaborer des sites internet avec toujours au premier plan des personnes originaires d’Afrique noire, très rarement d’un autre Continent, comme la Chine ou l’Inde. Plus de petits blonds ! Difficile de s’identifier avec un grand noir quand vous êtes un petit blanc. Même dans la publicité, l’objectif n’est plus de plaire ou d’influencer, mais de faire de la pure propagande, dans ce cas pour une immigration massive. La question du grand remplacement est honnie par la novlangue. Dans les faits on le constate dans la vie de tous les jours. Voir PROPAGANDE.

PEUR. La novlangue distille la peur : terrorismes, virus, problèmes d’approvisionnement électrique, pénuries… afin de se décharger de ses responsabilités et de faire oublier sa gestion catastrophique, pour le coup véritablement effrayante.

PHOBIE. La novlangue emploie ou crée de nouveaux mots en remplaçant le suffixe « - pathie » par un autre lié à une maladie mentale qui est « -phobie » : « xénophobie », « homophobie », « islamophobie », « LGBT-phobie,», « lesbophobie », « europhobie », etc. Si vous n’êtes pas d’accord, vous êtes considéré comme un malade mental juste bon à enfermer, piquer ou reléguer à des emplois de caissier ou au RSA.

PLAIRE. Voir COMMUNIQUER.

POST-CROISSANCE. De la croissance réinventée. La novlangue ne pense que croissance. Quand elle évoque une décroissance, c’est toujours pour le peuple, afin que ses élites poursuivent leur croissance…

PRÉSENTIEL. Ce mot est utilisé comme adjectif ou nom pour des personnes qui sont en contact direct. Être en présence des gens pour communiquer avec ceux qui nous sont le plus proches n’est plus la norme. Dans la novlangue, cela n’est plus la meilleure manière de communiquer. La présence principale doit dorénavant se faire devant son smartphone ou son ordinateur. Voir DISTANCIEL.

PROGRESSISME. Voir PROGRÈS. Dans le terme de « progressisme », la novlangue entend le BIEN… et ne tolère aucune critique à ce sujet. Le progrès dont il est question est une fuite en avant, à la manière de ces insectes qui se multiplient et ravagent tout sur leur passage. Il ne s’agit pas de progresser vers le bien, le bon ou le beau, mais d’aller vers davantage de profits et de pouvoir, tout cela concentré dans quelques mains. Critiquer ce progrès est un acte conspirationniste.

Ci-dessous : Chaque fois que la France est amputée de quelque chose on lui fait croire qu'elle s'en libère. Ici la désindustrialisation de l'Hexagone est présentée comme une libération ou une parano... un leurre.

PROPAGANDE. Évidemment, la novlangue utilise la propagande, d’une manière extrême, et dans tous les domaines, du public au privé, de la publicité aux informations, de l’école au Gouvernement… Rien n’y échappe. Voir PERSONNE DE COULEUR et RACISER.

Ci-dessous : Les médias dits sociaux sont les premiers, avec ceux de la presse subventionnée et l'AFP (oui c'est grave !), à pratiquer la désinformation, voire la censure. Ce sont pourtant les mêmes qui prétendent lutter contre cela.

RACISER. La novlangue remet sur le devant le concept de races en invoquant pour tout et n’importe quoi le racisme. Voir PERSONNE DE COULEUR.

RÉALITÉ. La novlangue ne tient pas compte de la réalité, elle l'a crée. Pour elle, un problème n'existe que si on en parle... et comme elle tient tous les grands médias, la réalité qu'elle donne est éloignée de celle que l'on peut vivre.

RÉFLÉCHIR. Réfléchir est considéré comme complotiste. La pensée complexe est éliminée.

RELIGIEUX. Un aspect important de la novlangue n’est pas nouveau : l’utilisation de concepts liés au bien, pour s’en servir comme d'une armure inattaquable derrière laquelle tout et n’importe quoi peut se cacher et même ce qu’il y a de plus horrible. Toutes les organisations politiques, religieuses ou autres ont leurs mots et concepts utilisés comme des leitmotive, des vérités intouchables même si elles sont grotesques. En cela, le discours de la novlangue donne une impression religieuse. Rentrer en novlangue est comme le faire dans une secte ayant des velléités d’universalité. Voir BIENVEILLANCE et FAÇADISME.

REPÈRES. Faire sauter les repères, culturels, politiques, etc. Voir DÉCONSTRUCTION.

RÉPÉTITION. La novlangue répète les mêmes messages afin de les rendre vrais, même si ce sont des mensonges.

RESPONSABILITÉ. La novlangue responsabilise les citoyens afin de se déresponsabiliser. Voir DÉRESPONSABILISATION.

RESTRICTIONS. Synonyme de « censure », « suppression de libertés », « domination », « manipulation »…

SEXUALITÉ. La novlangue s’occupe de la sexualité des citoyens, car c’est un outil de domination. Elle déteste l’hétérosexualité. Elle ne la montre que sous une forme pornographique. Du reste, elle ne met en avant que des sexualités ‘déviantes’ (homosexualité, saphisme, transgenre…) pour au final banaliser la pédocriminalité, de plus en parlant d’elle constamment. La novlangue véhicule l’immondice et l’horreur. Voir VIOLENCE.

SURVEILLANCE. Les deux maîtres-mots pour comprendre la novlangue sont « propagande » et « surveillance ».

TRANSITION. Mot dont la novlangue se sert pour cacher les bouleversements profonds qu’elle met en place et qui sont particulièrement néfastes : fin de la démocratie, pouvoir dans les mains de quelques apparatchiks, empire mondial, destruction des cultures et des environnements, fin des libertés… Elle se sert de ce mot pour mettre en son pouvoir ceux qui ne le sont pas encore. C’est un synonyme de « rupture » voire de « guerre ».

UTILISER. SE SERVIR DE… La novlangue contemporaine utilise diverses ‘tactiques’ pour dominer. L’une d’entre elles consiste à voler la rhétorique des mouvances importantes ou nouvelles. Cela lui est d’autant plus facile, que beaucoup de personnes suivant un mouvement en adoptent la rhétorique afin de s’y réfugier, et continuent à la suivre même si elle est exploitée par des personnes en total opposition avec ces idées. On l’a vu en France par exemple avec la rhétorique de gauche (voire d’extrême gauche) utilisée par l’impérialisme mondialiste pour asservir, aveugler et culpabiliser.

VIOLENCE. Elle est partout dans la rhétorique de la novlangue, et en particulier dans les images. Combien d’affiches de films américains sans présentation d’armes ? Combien de morts jouées dans ces mêmes films. Elle banalise la violence aussi par d’autres moyens, comme l’information. La novlangue elle-même est violence. Elle viole le langage et donc la réalité pour la faire sienne.

Ci-dessous : Derrière cet acteur et ce cinéma, des centaines de milliers de morts européens (rappelons que la Russie a toujours été un pays européen).

VISION UNIQUE. La novlangue ne donne pas le choix. Elle balaie les alternatives quand elle ne peut pas les corrompre, ou bien les monopolise. Pour elle, le seul avenir envisageable est celui qu’elle propose. Elle mélange volontairement les notions de vision unique et d’unicité. Elle en appel à l’union, après avoir divisé, cela pour mieux régner.

VULGARITÉ. Elle est présente de bien des façons dans la novlangue, notamment dans la manière de s’exprimer, comme l’emploi systématique de mots américains ou franglais et même de gros mots. De nos jours, ces derniers se retrouvent dans les discours des plus hautes instances de la République. La vulgarité ne devrait pas être dans la bouche de représentants de citoyens, comme le sont les avocats, les ministres ou les présidents de la République. Cette vulgarité des représentants est nouvelle en France et déprécie fortement ses institutions. On la retrouve même chez les opposants à la novlangue. Elle peut se comprendre quand elle est spontanée, mais pas lorsqu’elle est assumée, comme intégrée dans un discours officiel ou réitérée lors de plusieurs discours. La vulgarité est un des outils de la novlangue de sape de toutes les institutions et paroles sensées auxquelles peuvent se raccrocher les citoyens, qui se retrouvent ainsi encore plus marginalisés et démunis. Lorsque le président de la République française dit vouloir ‘enquiquiner’ (le mot employé est plus vulgaire) certains citoyens, il marginalise non seulement une partie de la population mais aussi tous les Français. En même temps cela les pousse à rentrer dans la gueule d’Enfer de la Macronie.

Ci-dessous : Monster veut dire « monstre » en anglais. C’est le nom d’un des principaux sites de recherche d’emploi en France. Dans la novlangue, la monstruosité est partout. On remarque l’utilisation systématique de termes anglais. Sur les sites de recherche d’emploi, la plupart des sociétés de médiation d’emploi en France (recruteurs, agences d’interim…) ont des noms anglicisés : LHH Recruitment Solutions, Upskills cadres et experts, Work & You, Fyte Sales & Marketing, BDO Talent Management… Un très grand nombre des entreprises qui recrutent sur ces sites ont aussi des noms en anglais, et demandent des qualités dans cette même langue : « Chargé de Sourcing », « Journaliste podcasts », « Responsable Marketing », « Office Manager », « Business Développeur », « Chief of Staff », « Consultant Marketing Digital »… Les instances publiques françaises ne dérogent souvent pas à cette règle de la novlangue. Le français est pourtant une langue très parlée dans le monde.

Ci-dessous : Paris Musées est un établissement public parisien qui gère des bâtiments et des collections de quatorze des dix-sept musées de la capitale française. On pourrait croire que l'un de ses fût de défendre la culture et la langue françaises... et bien pas du tout.
 

Ci-dessous : Les organismes publics français utilisent de plus en plus l'américain, ce qui est particulièrement inquiétant, surtout qu'aujourd'hui l'Amérique représente l'impérialisme, la guerre, la mafia, la drogue, la pollution... Il y a de quoi devenir déprimé et alcoolique...

Ce ‘dictionnaire’ de la novlangue est très loin d’être complet. Je ne décortique pas les articles, ne m’informe qu'un minimum et que sur Internet, n’ai pas de télévision et n’achète comme journaux et revues que La Décroissance, Kairos et Nexus… sinon des revues sur le jardinage et l’apiculture, car je m’exerce depuis peu dans ces deux domaines. Ce n’est que très fortuitement que ces mots qui nous envahissent arrivent à mes oreilles, comme l’air pollué à mes narines… L’ère macronienne est un condensé de novlangue et de l’horreur qu’elle porte avec elle.

Résister à la novlangue est une chose facile et sans danger. Il s’agit d'essayer de ne pas écouter ceux qui l'utilisent et surtout simplement de ne pas l’utiliser ! Pour ceux qui sont profondément dépendants de ces vendeurs de narcotiques rhétoriques électroniques, il y a un petit effort à faire pour se sevrer, plus difficile si on est entouré uniquement d’autres drogués. Cherchons des mots et expressions françaises au lieu d’anglaises ; essayons de nous exprimer dans un joli français, voire avec poésie ; n’acceptons pas des concepts prêts à consommer mais réfléchissons, ou plutôt ouvrons-nous, non seulement aux autres mais aussi à nous-mêmes, à notre histoire, notre culture… à la vérité. Parlons francs… comme les Francs !

Ci-dessous : Les commerces avec des noms et formules d'introduction en anglais stupides pullulent toujours davantage. La photographie ci-après a été prise en face de chez moi. Be Salad signifie « Être salade » !!?! Il faut dire que les Français ressemblent de plus en plus à des légumes !

Ci-dessous : Pour conclure cet article très positivement, voici la chanson Ils sont Beaux nos Sourires écrite par Francis Lalanne lors de la crise orchestrée autour du coronavirus. Rappelons que le terme de « tact » vient du latin tactus (« toucher ») issu du verbe tangere (« toucher »). Dans le contexte, toute cette folie masquée, gel hydroalcoolique, couvre-feu, confinement, distanciation… était une horreur, un anti-savoir-vivre, une impolitesse caractérisée, un manque de tact total, une bêtise très triste. Si beaucoup d’artistes étaient et sont toujours contre la folie actuelle mise en place, Francis Lalanne a été un des rares à s’être mis en pleine lumière au milieu de cette obscurité, ce qui ne manquait pas de courage !
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Drôles de pistolets XXIV par Charles Vernier

Merveilleuses et merveilleux

Charles Vernier (1813 – 1892) est un artiste ayant dessiné de nombreux drôles de pistolets, en particulier aux époques de la crinoline et des cocottes. J’en donne des exemples ici, ici, ici. et il est possible qu’il soit à l’origine de cette estampe.

Il les représente dans des scènes de la vie quotidienne, par exemple dansant comme ici et ici, ou bien la crinolinomanie comme ici et ici. Ceci dit, la plupart des caricaturistes de son époque se sont amusés des crinolines, comme Félix Nadar (1820 – 1910) dont je possède de nombreux exemples, ce qui sera sans doute le sujet d’un autre article. Citons aussi Cham (1818 – 1879) et bien d’autres.

Quand je regarde les images de tous ces caricaturistes du XIXe siècle ayant portraituré des drôles de pistolets, j’y trouve de la bonté lumineuse et riante, un amour drôle de la vie parisienne… du coeur, de la liberté et de la joie…

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessus : « Les merveilleux en et les merveilleuses en 1854 ».

Ci-dessous : « Excellent moyen d’arriver au bal sans être chiffonnée. »

Merveilleuses et merveilleux

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La politesse de l’amour

Commençons cette année sous le signe de l’amour ! Je rechigne toujours à en parler, car ce n’est qu’un mot… bien vite galvaudé, alors que ce qu’il représente est indestructible et merveilleux.

Ceci dit, la langue française a de très beaux termes et expressions, « être aimable » par exemple. Cela consiste à susciter chez les autres l’amour, c’est-à-dire une ouverture, de la bienveillance.

La mode et l'art en général sont amour quand ils donnent à chacun de quoi être rassasié, en paix et plein de joie. Qui a-t-il de plus joli qu’un être comblé ? C’est ce que je vous souhaite ainsi qu’à votre entourage pour cette nouvelle année !

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Merveilleuses & incroyables

Le 16 décembre, a été vendu par la maison Thierry de Maigret, une miniature (voir ici) attribuée à Anthelme François Lagrenée (1774 – 1832) d’un « Portrait de Madame de Bussière, née de Bouvyer-Cepoy […] Circa 1798-1808. H : 4,5 - L : 3,4 cm. Marguerite Françoise (dite aussi Agnès) Bouvier de La Mothe de Cepoy, par son mariage comtesse de Buffon (1784), puis Madame Renouard de Bussière (1798), née en 1767 et morte en 1808, fut la maîtresse en titre du prince Louis Philippe d’Orléans, duc d’Orléans, connu sous la Révolution sous le nom de Philippe-Égalité. » On m’a fait remarquer que celui-ci a voté la mort de Louis XVI, et « fut tellement à la mode et adulé en son temps qu’avec ses appuis maçonniques, il a décrédibilisé son cousin au pouvoir !… faisant ainsi le lit de la Révolution. » Le duc d’Orléans a été guillotiné lui aussi en 1793, quelques mois après Louis XVI. Mme Bouvier de la Mothe de Cepoy avait 20 ans de moins que lui, et elle désapprouvait ouvertement les exactions de la Révolution. Elle était sans doute une merveilleuse à l’époque du Directoire, comme cette miniature le prouve. Peu de choses sont toutes blanches ou toutes noires… mais il y a des dominances. Rappelons que des merveilleuses connues étaient dans l’entourage de Napoléon et de ses généraux… qui n’étaient pas royalistes, bien que Bonaparte se soit fait couronner empereur. Ce dernier a même commencé sa carrière en massacrant des royalistes sur le parvis de l’église St-Roch. À cette époque, les petits-maîtres royalistes étaient surtout appelés des « muscadins ».

Madame de Bussière est donc ici peinte avec une cravate haute jusqu’au menton, que les femmes aussi portaient (voir ci-après un détail d’une de mes gravures) et un ruban rouge dans ses cheveux rappelant le sang de la révolution sur le blanc des aristocrates. Il peut s’agir d’une perruque. Le détail qui m’a surpris, et qui est à l'origine de ce début d'article, est son collier qui rappelle tout à fait des cicatrices dans le cou, et donc les têtes coupées de la Révolution. Je me suis alors aperçu que l’on retrouve ce genre de collier dans d’autres portraits de merveilleuses. Voilà donc un autre élément de la panoplie des merveilleuses rappelant le sang de la Révolution à ajouter aux autres, comme les cheveux coupés « à la guillotine », les chemises blanches très échancrées comme celles des condamnés, les rubans d’un rouge-sang

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessous, nous avons une autre façon de nouer la cravate des incroyables : en oreilles de lièvre (voir cet article). Cette miniature, vendue dernièrement à un chanceux, est un portrait d’incroyable de vers 1807. Je possède une gravure avec au centre un personnage semblable, avec la même coupe de cheveux courts, frisés et blonds (voir ici et ci-dessous après les photographies de la miniature). Sans doute s’agit-il d’une perruque.

Incroyable blondin
Incroyable blondin 1807
Portrait miniature ncroyable blondin
Miniature incroyable blondin 1807

Pour terminer ce petit tour des ventes de maisons et d’antiquaires, voici ci-dessous un autre témoignage d’époque, sans doute Directoire (1795 – 99), proposé par l’antiquaire de St-Ouen Le Curieux mais à un prix assez prohibitif. Les merveilleuses sont vraiment dans le style, et la légende en rajoute : « Ma Pa’ole d’honneur ! elle est ! Cha’mante ! »

Merveilleuses et incroyables
Merveilleuses et incroyables
Merveilleuses et incroyables
Merveilleuses et incroyables

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Les incroyables & les impossibles

Dernièrement, plusieurs documents sur les merveilleuses et les incroyables ont été proposés dans des ventes aux enchères parisiennes. Régulièrement, je vois passer de tels témoignages, notamment des miniatures, qui ne sont pas dans mes budgets, aujourd’hui particulièrement où je me restreins drastiquement, surtout que j’ai déjà beaucoup. Mais je profite de ce blog pour me faire plaisir et en parler, comme je le fais des documents en ma possession.

La maison Valetoux proposait le 10 décembre dernier une page manuscrite recto-verso, écrite sans doute à la fin du XVIIIe siècle ou au début du XIXe, avec sur le recto et une partie du verso une Chanson sur les incroyables & les impossibles. On m’a informé de cette enchère ; je ne me suis donc pas permis d’enchérir sur la personne qui a eu la gentillesse de le faire, bien que la pièce soit rare, émouvante et ait été achetée bien au-dessous de sa valeur… si on peut mettre une valeur sur le patrimoine…

« Impossibles » était un des autres noms affublés aux merveilleuses, comme celui de « inconcevables ». Je donne ces synonymes dans mon livre sur Les Petits-maîtres de la mode. Le premier est très rare, et par sa présence légitime en grande partie l’authenticité de ce feuillet, avec d’autres éléments bien sûr, comme le reste du texte, l’écriture, le papier… Ses précédents acquéreurs étaient le « Fonds Saint-Hélion puis [la] Bibliothèque de Madame H. »

Voici ce que j’ai réussi à déchiffrer du texte de cette chanson :

« Chanson
Sur les incroyables & les impossibles
Aux femmes faciles pour
éprouver xxx du secret

1er [couplet]
Quand un merveilleux séducteur
En bégayant vous peint sa flamme
Jurant sa Pa-ôle don-eur
qu’il vou-aime du fond de l’âme
Quand sa toilette & son maintien
Semblent dire je suis aimable
Jeunes femmes pensez y bien
Ce jeune homme est un incroyable (Bis)

2e [couplet]
Mais quand pour voler chez xxx
Écrasant la foule éperdue
Sur les ailes de son wisk [attelage léger d’origine anglaise]
Je vois xxx à demi nue
Son air secret ses jolis bras
Cette gaze à peine visible
Ses yeux surtout disent tout bas
Madame n’est pas impossible (Bis)

3[e couplet]
Jadis un fak[in] au moins avait
L’air xxx, vif & plein d’ardeur.
Quand une femme minaudait
Elle minaudait avec grandeur.
Mais aujourd’hui nos jeunes gens
Aveugles, bossus & risibles
Semblent être les impuissants
De tant de femmes très possibles. (Bis) »

Cette chanson se termine ainsi. Le manuscrit se poursuit : « Logogriphe » [divertissement consistant à composer avec les lettres d’un mot d’autres termes]. Pour le reste, je n’ai pas réussi à déchiffrer assez d’éléments pour que cela soit cohérent.

J’évoquerais d’autres de ces documents prochainement.

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Le petit verni

Dans ce blog, quand je parle des petits-maîtres, je présente des documents m’appartenant, sauf indication contraire. Ici, la partition que je souhaiterais vous montrer, je ne l’ai pas encore trouvée… seulement une plus récente dont la photographie est à la fin de cet article. La plus ancienne est visible ci-dessous. Les paroles de cette chanson mettent en scène le petit-verni dont il est question dans mon premier livre, et en évoque d’autres aussi présents dans cet ouvrage, comme le pschutteux, le vlan, le chic ou le gommeux. Dans ce texte, on retrouve des expressions et occupations de ces petits-maîtres fin-de-siècle.

Il s’agit de la partition de 1893 de la chanson intitulée Les Petits vernis, avec un autre exemple ici, interprétée par Yvette Guilbert (1865 – 1944) qui serait à l’origine de la musique, alors que les paroles sont de Jacques Redelsperger (1847 – 1930).

Voici ces paroles :

« Mouv[emen]t de Marche.

1er COUPLET. C’est eux qu’on voit passer avec des nœuds d’cravate,
Qu’ils ont mieux travaillés qu’leur baccalauréat.
Leur vrai rôle ici-bas c’est fair’ de l’épate.
Ma chèr’ si tu savais comm’ c’est un drôl’ d’état !

REFRAIN. Voilà les vernis, Les petits vernis,
Les pschutteux, les vlans, les chics, les fleurs d’gomme ! voici les vernis,
Les petits vernis,
Qui de leur vernis épatent tout Paris !

2 C’est dans les acacias que ces aimables merles
Étal’ de cinq à sept des grimpants à carreaux.
Des chapeaux épatants ! avec des gants gris-perles.
Ma chèr’, si tu savais c’ que ces gens-là sont beaux !
Au Refrain.

3 Ils aiment à casquer pour des femmes très chères ;
Chères ? tu m’entends bien ! je crois qu’on s’est compris ?
Car pour le sentiment, les amours printanières,
Ma chèr’, si tu savais c’ que c’est peu dans leurs prix ?
Au Refrain.

4 Ils ont des chevaux primés dans les concours hippiques.
Les plus beaux les plus chouettes et les mieux harnachés !
Ils conduis’nt des mail-coachs sans mett’ la mécanique.
Ma chèr’, si tu savais c’ qu’ils ont l’air de cochers !
Au Refrain.

5 Dans leurs cols empesés ils n’tourn’nt jamais la tête.
Et comme il est très pneu d'avoir l’air fatigué,
On dirait des croqu’- morts les jours qu’ils font la fête.
Ma chèr’, si tu savais c’ que ces gens-là sont gais !
Au Refrain. »

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Dessins, estampes et pastels au Louvre

Merveilleuses et merveilleux

Jusqu’au 16 janvier 2023, le musée du Louvre sort de ses collections des Dessins bolonais du XVIe siècle. Cette exposition illustre la parution du tome XII de l’Inventaire général des dessins italiens, dédié aux dessins bolonais du XVIe siècle dans les collections du Louvre. Je n’ai pas assez de connaissance artistique pour savoir apprécier les dessins anciens, l'âme du trait, le processus d'élaboration, de création… car j'y vois le plus souvent des esquisses, des essais, et non pas des œuvres à part entière, ou du moins sans doute pas dans le sens trop figé que je m'en fais. Cependant, ces inventaires de musée sont primordiaux pour la conservation des œuvres. J’en parle parce que cette exposition se termine, ou débute si on se trompe d’entrée comme moi, par une salle d’exposition permanente sur l’histoire du papier en Occident, de la gravure et du dessin. Il s’agit de la salle de médiation des Arts Graphiques consacrée aux Dessins, estampes et pastels.

Pour ceux qui s’intéressent aux dessins et gravures anciens, c’est une aubaine… surtout pour les novices qui apprendront beaucoup sur les divers papiers, leur histoire, leur fabrication, les différents supports du dessin (pas seulement le papier mais aussi la miniature, le parchemin…), les diverses techniques de gravure et de dessin et les outils permettant leur réalisation. Plusieurs pastels de Maurice Quentin de La Tour (1704 – 1788) sur papier marouflé sur toile sont aussi présentés, avec en ce moment des portraits de Louis XV, Marie Leszczyńska, Louis de France, Marie-Joseph de Saxe, du comte de Provence… De telles salles didactiques sont vraiment très bien !

Merveilleuses et merveilleux

Les photographies ci-dessus sont empruntées au site du Louvre.

Les iconographies ci-dessous proviennent de ma collection sur les estampes et livres de mode anciens.

Ci-dessous : Matrice en cuivre pour impression d’une gravure intitulée : ‘Le Contrôleur de toilette’. Elle est signée du sculpteur (graveur) « Mixelle jeune » (Félix Mixelle : 1763 – 1837), d’après un dessin de Claude-Louis Desrais (1746 – 1816). L’indication : « À Paris chez Pavard rue S Jacques N°240 APDR » signifie que l’éditeur est Pavard (fin du XVIIIe siècle) et que ce cuivre date d’avant 1789, car il y a un APDR (Avec Privilège Du Roi). C’est peut-être un cuivre original ou peut-être une copie. Format total du cuivre : 27,2 × 21 cm. Il a quelques traces de rayures, des taches et petites taches d’oxydation. L’ecclésiastique représenté est le religieux de la maison, ou celui qui vient visiter régulièrement, et qui donne ses avis sur la bonne moralité des tenues de la maîtresse du lieu, quand il n'est pas un abbé de Pouponville ou abbé coquet (voir mes livres). On le trouve sur quelques gravures représentant une dame à sa seconde toilette comme dans celle intitulée « Qu’en dit l’abbé ? ». Les présentées ici et ici, ont une cuvette (empreinte laissée par l’épaisseur de la plaque dans le papier) moins grande que celle de ma plaque, ce qui me fait dire que cette dernière n’est pas celle d’origine. Cet élément d’identification est à ajouter à cet article (Expertiser une gravure ancienne) que j’ai écrit en 2008, et qui est toujours très lu.

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessous : Plaque avec deux cuivres d’un journal de mode des années 1880, et exemple d'une estampe de la même période provenant de Le Coquet, Journal des Modes.

Merveilleuses et merveilleux
Merveilleuses et merveilleux
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Kimono

Le mois de novembre est celui de la rentrée des expositions non seulement pour 2022 – 2023, mais aussi une rentrée d’après 2020 – 2022 pas vraiment grandiose pour la culture française et pour l’intelligence en général. Je craignais que la crise orchestrée autour du coronavirus affaiblisse dorénavant la qualité des expositions, mais Alléluia, ce n’est pas le cas, avec entre autres à Lyon Poussin & l’Amour, à Ecouen Le blason des temps modernes, à Versailles Louis XV, à Sèvres Formes vivantes, au Louvre Les choses : une histoire de la nature morte, au Muséum d'Histoire naturelle Art et préhistoire, etc.

Le Musée du quai Branly ne déroge pas à cela, avec, jusqu’au 28 mai 2023, une exposition sur le Kimono, initialement présentée en 2020 au Victoria and Albert Museum de Londres, et qui depuis a voyagé une autre fois en Europe. Mis à part les ganguros, sur lesquelles je me suis un peu renseigné avant d’écrire un article visible ici, je n’y connais rien en modes japonaises, et ne vais pas faire semblant. Mais j’ai vu l’exposition dont il est question ici ! Celle-ci est particulièrement intéressante, avec de nombreux exemples de kimonos depuis le XVIIe siècle jusqu’à aujourd’hui et des documents d’époque les présentant en situation.

Photographie ci-dessus : Séance de toilette devant une table apprêtée à cet effet. Cette œuvre semble nous apprendre que, comme durant l’Ancien Régime en France, la seconde toilette était un moment où les visites étaient permises, notamment celles des vendeurs d’habits. Cette œuvre d’Utagawa Kunisada (1786 – 1864) provient du Palais impérial à Edo (Tokyo) et daterait de 1847 – 52. Le ‘rituel’ de la toilette avec la table de toilette était donc assez semblable de part et d’autre de notre planète. D’autres éléments rappellent l’histoire de la mode en France, comme les lois somptuaires édictées afin de freiner le surenchérissement de la richesse des habits, la ‘rivalité’ entre les aristocrates (samouraïs) et la bourgeoisie…

J’ai appris qu’au Japon on appelait « image du monde flottant » (浮世絵, ukiyo-e), à l'époque d'Edo (1603 – 1868) un mouvement artistique se caractérisant par des peintures et surtout une prolifération de gravures représentant des thèmes, assez nouveaux, axés sur les plaisirs et la beauté.

Pour un œil occidental, l’habillement japonais reste particulièrement original, bien que l’on y retrouve des éléments semblables dans la mode française des XVIIe et XVIIIe siècles, en particulier le goût pour la broderie. De plus, le kimono est d’inspiration chinoise, une reprise semble-t-il du hanfu (漢服) porté par les Hans avant la dynastie Qing. Depuis le XVIIe siècle, la Chine s’étant d’abord fermée à l’étranger, au XIXe siècle ayant été la victime des guerres de l’opium puis au XXe siècle jusqu’à aujourd’hui de la République populaire de Chine, le Japon a été pendant tout ce temps la principale vitrine indépendante de l’Asie, l’Inde un peu moins car sous domination principalement britannique.

D’après Anna Jackson, commissaire de l’exposition : « Dès le XVIIe siècle, les Japonais ont été friands de styles dernier cri, ce qui a stimulé les progrès techniques tandis que fabricants, détaillants et éditeurs de kimonos travaillaient main dans la main pour exploiter ces opportunités commerciales, aidés en cela par un culte de la célébrité qui encourageait les dépenses. En d’autres termes, c’était déjà la mode telle que nous la connaissons. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale, lorsque le port du kimono a considérablement diminué, que ce vêtement a été associé à la notion de tradition et aux visions conservatrices de la féminité japonaise. »

Elle évoque notamment « un kimono d’extérieur en brocart français. L’étoffe avait été tissée à Lyon au milieu du XVIIIe siècle afin d’être utilisée pour des costumes d’homme, mais elle a été emportée au Japon, probablement comme cadeau diplomatique. Transformée en tenue pour l’épouse d’un samouraï de haut rang, cette pièce unique a été donnée au V&A. En plus d’exporter des tissus au Japon, les Hollandais ont rapporté des kimonos en Europe, où ils ont eu un grand impact sur les tenues informelles. Des vêtements spécialement adaptés ont été commandés à des fabricants japonais, mais seuls quelques-uns sont parvenus jusqu’à nous. De manière plutôt inattendue, l’un d’entre eux a été repéré dans une collection écossaise et emprunté pour l’exposition. Ces merveilleux vêtements illustrent le fait que la mode a le pouvoir de brouiller les frontières entre ce qui nous est familier et ce qui nous est étranger. »

En contemplant cette exposition, on a l’impression que les Japonais achetaient uniquement des kimonos entièrement réalisés par des tailleurs. En vérité, comme en France, on achetait aussi de la matière que l’on cousait chez soi, et même dans les campagnes fabriquait à la maison les tissus que l’on portait.

Cette exposition ne donne aussi qu’une pâle idée de la finesse des ‘rituels’ liés à la toilette et tous les éléments qui constituaient les costumes féminins et masculins japonais. Mais était-ce possible de faire autrement ? On ne peut enseigner et apprendre tout en une fois… et même en plusieurs années !

Il est à noter qu’un vêtement très en vogue en France aux XVIIe et XVIIIe siècles (sans doute aussi avant) rappelle le kimono. Il s’agit de la robe-de-chambre ou robe d’intérieur, un habit particulièrement important dont on se servait comme un manteau d’intérieur, afin de rester au chaud. Il s’avérait indispensable en périodes froides, à des époques où l’on se chauffait au bois et au charbon. Comme on pouvait recevoir chez soi en robe de chambre, celle-ci était généralement très ouvragée, davantage qu’un manteau d’extérieur, car non soumise aux intempéries. Elle avait une forme semblable au kimono japonais et autres habits du même style chinois. En voici quelques exemples qui ne se trouvent pas dans l’exposition qui en propose cependant deux du XVIIIe siècle fabriquées à partir d’un tissu japonais… ou peut-être même d’un kimono. Voici quelques exemples de robes de chambre des XVIIe – XVIIIe siècles : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 et 8.

Ci-dessous : Les Japonais étaient ouverts aussi aux influences extérieures, et une estampe de Yoshu Chikanobu (1838 – 1912)  donne l’exemple de l’utilisation de robes occidentales par des femmes en 1888. On l’intitule « Dignitaires profitant d’un jardin fleuri ». Cet artiste a représenté principalement des personnes en habits ‘traditionnels’, mais aussi d’autres de ces robes à la mode occidentale que l’on peut voir sur ce site américain. Ici, cette estampe reprend directement un genre de mise en scène de la gravure de mode parisienne.

Le kimono et les tissus japonais n’ont pas seulement influencés les robes de chambre occidentales, mais aussi des modes et grands couturiers dès le début du XXe siècle, comme Paul Poiret. Ce genre d’habit lâche, ample et confortable fascinait à la fin du XIXe et au début du XXe, période où les femmes utilisaient encore le corset. Certaines vedettes de la pop ont aussi porté le kimono, principalement issues des mouvances anglaises glam et fun, comme David Bowie ou Boy George.

De nos jours, au Japon, le kimono revient à la mode. Comme on peut le lire dans cet article : « La culture occidentale n’est plus aussi spéciale pour les jeunes modernes. C’est pourquoi les jeunes considèrent les articles traditionnels comme les kimonos comme étant cool et tendance. Le kimono possède un design original que les vêtements occidentaux n’ont pas. Ils se donnent volontiers à cœur joie pour parer leur kimono de leurs articles préférés. » Ces jeunes apprécient les kimonos très colorés comme ceux présentés ici.

Il est à noter que dans le même temps, la Maison de la Culture du Japon à Paris expose jusqu’au 21 janvier 2023 Un bestiaire japonais : Vivre avec les animaux à Edo – Tokyo (XVIIIe – XIXe siècles.

Ci-dessous : Détail – « Utagawa Kunisada (1786 – 1864). Trois femmes devant la boutique de kimonos. Daimaruya. Edo (Tokyo), 1840 -1845. Xylogravure polychrome. © Victoria and Albert Museum, London. Trois femmes élégantes se retrouvent devant le magasin de kimonos Daimaruya. À l’intérieur, des assistants portent des piles de tissus impressionnantes pour les montrer aux clients. Les estampes comme celle-ci représentent une excellente source de publicité pour les marchands de kimonos. Diffusant des informations sur la ville, ses commerces et les dernières modes auprès d’une large population, elles servent de guides et de souvenirs pour les visiteurs d’Edo. »

Ci-dessous : « Kimono pour femme (kosode). Probablement Kyoto, 1800 – 1850. Satin de soie (shusu) et broderie de soie et fils de soie dorés. © The Khalili Collection of Japanese Art. Sur ce kimono, les motifs de bouquets présentés dans des sacs attachés par de longs cordons à houppes ont été réalisés grâce à un savoir-faire exceptionnel. Lorsque la broderie était l’unique technique décorative, comme c’est ici le cas, elle était souvent effectuée sur un satin de soie afin d’obtenir une apparence particulièrement brillante. Les brodeurs employaient une grande diversité de points et de couleurs, ainsi que des fils dorés à la feuille d’or ou argentés à la feuille d’argent. »

Ci-dessous : « Un jeune à la mode. Utagawa Kunisada (1786 – 1864), Edo (Tokyo), 1843 – 7. © Victoria and Albert Museum, London. »

Ci-dessous : « Paire de figures de femmes. Arita, 1670 – 1690. Porcelaine peinte en émaux de surglaçage et dorure. Acquisition avec le soutien de l’Art Fund et l’assistance des legs Murray et Horn © Victoria and Albert Museum, London. »

Ci-dessous : « Sous-kimono d’homme (juban). 1835 – 1870. Coton imprimé. Étoffe : Probablement Royaume-Uni, 1835 – 1860 ; confectionné au Japon. © The Khalili Collection of Japanese Art. Ce coton imprimé était produit en Grande-Bretagne ou en France pour servir de tissu d’ameublement léger. Au Japon, ses fleurs réalistes et son fond jaune vif lui donnent un caractère nouveau et exotique. Comme souvent avec les étoffes importées, celle-ci a été utilisée pour la confection d’un sous-kimono masculin. Dès les années 1820, les Néerlandais commencent à importer davantage de cotons européens au Japon. »

Ci-dessous : « Sandales en bois (geta). Japon, 1920 – 1930. Bois avec laque rouge et or, paille de riz tissée, fourrure de lapin, velours de soie, métal © Victoria and Albert Museum, London. Ces geta ont une sur-chaussure fourrée pour plus de chaleur et de protection les jours d’hiver. Les hautes « dents » permettent d’élever celle qui les porte au-dessus du sol mouillé ou enneigé. On suppose que la personne qui les portait était assez aisée pour pouvoir s’offrir de telles chaussures. Les côtés, eux, sont ornés de grues et de pins en rouge et or. » Ce genre de chaussures rappelle les chopines et patins occidentaux : voir ici, ici, ici et ici.

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Vivantes choses et intelligences mortes

Si le musée de Sèvres est un grand musée de l’histoire de la céramique, possédant une fabuleuse collection, et sa manufacture perpétuant un certain savoir-faire, sa direction, depuis déjà quelques années, cherche à être moderne, même quand ce ‘moderne’ est souvent nul et parfois glauque voire très glauque. La nouvelle exposition que cette institution propose, intitulée Formes vivantes et visible jusqu’au 7 mai 2023, semble ne pas déroger à cette règle que l’on retrouve dans de nombreux autres musées de France qui paraissent avoir honte de leur patrimoine ancien, pour lequel pourtant des tonnes de touristes du monde entier se déplacent et viennent admirer. Je dis cela en me basant seulement sur le dossier de presse, car je n’ai pas encore vu l’exposition.

Si j’en parle, c’est que son thème est un sujet important dans la céramique française, depuis le mythique Bernard Palissy (XVIe siècle), en passant par le style rocaille (XVIIIe siècle) et les assiettes à décors naturels, comme celles composées d’après des dessins de Pierre-Joseph Redouté (1759 – 1840), et bien d’autres que l’exposition présente. Alors sans doute cela vaut-il le déplacement… sinon pour voir ou revoir les objets de la collection permanente.

Pour en revenir à l’art contemporain, il serait temps que les principaux acteurs publics du domaine de l’art en France, s’intéressent à des artistes cherchant l’excellence, développant une véritable intelligence, sachant dialoguer avec le passé comme avec le présent tout en inventant le futur, et privilégient le contenu plutôt que le contenant. Pour le moment, ce que disait le philosophe Jean Baudrillard, (1929 – 2007) est toujours d'actualité : « L’art contemporain est nul. »

On constate la même dynamique dans la dernière exposition du musée du Louvre sur l’histoire de la nature morte, un autre sujet intéressant, que j'ai vue. J’écoutais dernièrement la ou une commissaire de l’exposition dire qu’elle trouvait l’expression de « nature morte » pas belle, et qu’elle lui préférait le terme de « choses ». Du coup, cette exposition s’intitule Les choses : une histoire de la nature morte (jusqu’au 23 janvier 2023). Franchement, « les choses »… cela me semble pire. Une fleur coupée est-elle une chose ? Pour ce genre d'exposition, employer le terme de « choses » me semble aussi laid que d'user de « machins » ou de « trucs ». Au moins dans « nature morte », il y est fait référence à la vie : la nature et la mort, deux éléments qui en font partie intégrante. Alors que les choses sont totalement mortes… C’est dans l’air (pollué) du temps et de tous les morts-vivants avec leurs masques chirurgicaux, les vies digitalisées et asservies, les va-t-en-guerre de la macronie débilitante, etc.

Les photographies ci-dessus et ci-dessous sont issues du dossier de presse de l'exposition Formes vivantes.

 
 

Ceci dit, la pourriture fait partie de la vie et permet sa régénération, comme nous le dit une oeuvre de l’exposition sur les natures mortes. Il s’agit du tableau de Balthasar van der Ast (1593 – 1657 d’Utrech dans les Pays-Bas), intitulé Fruits, coquillages et insectes (image ci-dessous, mais la photographie ne remplace jamais la peinture et particulièrement ici n'en ai qu'un pâle reflet) où la lente décomposition des fruits et les ‘attaques’ des insectes sont rendues avec maestria. En contemplant certaines de ces peintures on pense aux raisins peints par Zeuxis (464 – 398 av. J.-C.) rendus avec tellement de vérité que les oiseaux cherchaient à les picorer.

Exposition Natures mortes Louvre 2022-2023

Ces natures mortes sont encore bien en vie, nous permettant aujourd’hui de contempler l’adresse des peintres anciens, d’apprécier leurs traits, leurs couleurs, tout ce mouvement, toute cette vie artistique figés dans le temps. Elles sont vivantes aussi par leur sujet le plus souvent tiré de la vie quotidienne. La main de l’homme y est autant présente que celle de l’artiste… ainsi que celle de la nature… une nature le plus souvent domestiquée, ce qui fait se poser la question de savoir si la domestication de la nature par l’homme n’est pas une œuvre de mort, surtout quand elle devient le but ultime ?

Comme l’illustrent les œuvres anciennes présentées dans cette exposition, les natures mortes étaient un moyen pour les artistes d’exercer, d’éprouver et de révéler leur dextérité. Et franchement, cela est confondant ! Mis à part la plupart des œuvres contemporaines et quelques choix anciens, des dizaines de chefs-d’oeuvre exposés régalent le regard et l’âme ! C’est dans de tels moments que je suis heureux de vivre à Paris, surtout que les expositions avec des sujets et des œuvres de qualité voire exceptionnelles reprennent après la crise orchestrée autour du coronavirus.

Un autre élément donne de la vie à ces natures ‘mortes’ : la symbolique généralement inscrite dans ce genre d’oeuvre qui enseigne et donne à penser. Cela nécessite souvent une transmission permettant de mettre en lumière le discours de l’artiste. Dans les bouquets et couronnes de fleurs, généralement les couleurs, le choix des végétaux, voire des animaux, et leur nombre signifient et forment un discours visuel.

Ci-dessous : Bouquet de fleurs par Savery Roelandt (1576 – 1639, né à Courtai dans l’actuelle Belgique).

Exposition Natures mortes Louvre 2022-2023

Ci-dessous : Guirlandes, fleurs et papillons, attribuée à Juan Arellano (1614 – 1676 Espagne).

Exposition Natures mortes Louvre 2022-2023

Puisque je parle beaucoup de mode dans ce blog, voici un des tableaux de l’exposition qui montre l’originalité et la qualité des chapeaux masculins du XVe siècle et de la première moitié du XVIe. La finesse du rendu par le peintre de la matière de ces couvre-chefs n’est pas visible sur la photographie ci-dessous. Il est de Marinus van Reymerswaele (vers 1495 – après 1567, Pays-Bas du Sud) et intitulé Les collecteurs d’impôts.

Exposition Natures mortes Louvre 2022-2023

Même les artistes de rue font dans la nature morte, comme la Polonaise NeSpoon qui compose des graffiti dans la dentelle ! La photographie ci-dessous à été prise à côté de chez moi le dimanche 20 novembre 2022.

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Désabusé ?

Merveilleuses et merveilleux

La bêtise et la folie sont souvent teintées de méchanceté. Parfois, tout cela me désabuse. Cependant, être déconcerté est aussi une forme d’expression de la bêtise. Suivent généralement la colère puis la peur. Être déçu, se mettre en colère et avoir peur, tout cela constitue un processus très connu du fonctionnement humain, expliqué dans plusieurs ‘traditions’.

Dans l’iconographique tibétaine cela est symbolisé dans ce qui est appelé « la roue de la vie » (en sanskrit : भवचक्र, bhavachakra) au centre (moyeu) de celle-ci, au premier cercle autour duquel tournent les autres, et où sont représentés un porc, un coq et un serpent figurant respectivement l’ignorance, l’attachement (ou désir) et l’aversion (ou colère).

Dans l’iconographie occidentale, on use du serpent qui se mord la queue. L’ignorance produit la peur ; l’attachement ou le désir rend désabusé ou déconcerté ; l’aversion ou la colère nous fait exprimer de la folie (Ira furor brevis est : La colère est une courte folie). Épicure (vers 342 – v. 270) évoque le mépris, l’envie et la haine : « Les malheurs des hommes viennent de la haine, de l’envie ou du mépris.

Le sage trouve dans sa raison le moyen d’éviter ces travers. » D’autres proposent comme remède la douceur. D’après Aristippe de Cyrène (v. 435 – v. 356), « le but de la vie est un mouvement doux accompagné de sensation ». Selon certains sceptiques ce serait aussi la douceur, ou bien la tranquillité d’esprit. On peut ajouter cette dernière comme troisième anti-poison, ou le calme, la décontraction, la détente, la souplesse d’âme !

En conclusion, il faut que je sois plus raisonnable, doux et souple !

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Au temps des merveilleuses

Au temps des merveilleuses : La société parisienne sous le Directoire et le Consulat est le titre d’une exposition qui a eu lieu au musée Carnavalet à Paris, en 2005 et que j’ai vue. Celle-ci couvrait la période du Directoire au Consulat qui vit la société changer profondément, et cela à tous les niveaux. Cette exposition présentait ce mouvement nouveau vu depuis ses élites parisiennes, avec une partie importante consacrée à ses principales égéries, les merveilleuses Madame Tallien, Juliette Récamier, Madame Hamelin, la future impératrice Joséphine… Le catalogue de cette exposition, publié la même année, est un des rares ouvrages du XXe siècle divulguant d’importants documents sur le thème des merveilleuses et des incroyables, avec celui cité dans cet article. Pour le reste, la bibliographie sur ce sujet est très succincte, et je ne connais que mes ouvrages sur l’histoire des petits-maîtres en général.

Photographies de la première de couverture et de pages du catalogue de l’exposition intitulée Au temps des merveilleuses : La société parisienne sous le Directoire et le Consulat, Paris, Éditions Paris-Musées, 2005. Cliquer sur certaines images pour avoir un agrandissement.

Au Temps des merveilleuses
Au Temps des merveilleuses
Au Temps des merveilleuses
Au Temps des merveilleuses

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Changements climatiques et changements de mode

Merveilleuses et merveilleux

Dans plusieurs articles de mon blog, comme ici, j’évoque le changement du costume en Occident, avec le passage du drapé généralisé au taillé généralisé. Nous savons que durant l’Antiquité, les habits taillés et cousus, comme la braie, étaient surtout en usage dans les pays celtiques dont les Gaules, c’est-à-dire dans le nord de l’Europe. La raison est certainement due au froid qui y régnait et nécessitait des habits chauds et pratiques.

Jusqu’au XIIIe inclus, le drapé est resté la référence vestimentaire, avec les tuniques et les manteaux d’une seule pièce. Pourquoi cela a-t-il changé ensuite? Comme je l’ai appris dans cet article, la raison est sans doute que « les températures mondiales ont baissé au cours du Moyen-Âge, dès le début des années 1300. Le véritable réchauffement ne sera observé qu’au milieu du XIXème siècle. » Ce changement climatique, avec ce que l’on appelle « le petit âge glacière », fut très probablement à l’origine de la généralisation de l’habit taillé en Occident, dont le succès tenait aussi à son aspect ‘pratique’, les voyages se multipliant ainsi que le commerce : découverte des Amériques, Compagnies des Indes, techniques de transport de plus en plus ‘évoluées’…

De tout temps la mode a évolué en fonction des environnements : évolution de la société, du climat, de la nature, des pratiques, de l'histoire, etc.

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Herboristes à Paris

Ci-dessus : Herboristerie d’Hippocrate, du 42 rue saint-André des Arts dans le VIe arrondissement de Paris.

Comme ceux qui se sont procurés mon livre Écologie du sentiment le savent, je ‘botanise’ beaucoup, cueillant des plantes sauvages pour me nourrir et pour leurs propriétés médicinales et de bien être. Connaître les plantes spontanées est un atout dans la vie, surtout à notre époque où certaines mafias tentent d’imposer une médecine unique dans le monde, ce qui est véritablement une maladie !

« En France, la vente des plantes médicinales (inscrites à la pharmacopée), est réservée aux pharmaciens, à l’exception de 148 espèces libérées et d’une centaine d’aromates et épices. ». Voir la liste ici. Sans doute peut-on en acheter dans des pays étrangers par l’intermédiaire d’internet, mais à Paris, où j’habite, il n’est pas très compliqué de se fournir en de nombreuses espèces de France et de Chine. Pour les autres contrées, comme l’Afrique ou les Amériques, je n’ai pas cherché, même si en passant j’ai repéré quelques vendeurs de plantes sud-américaines.

Je me suis donc intéressé aux herboristeries parisiennes vendant des plantes françaises, mais pas seulement, car on apprend beaucoup dans les autres traditions utilisant la phytothérapie sur les manières d’aborder les plantes et même sur des propriétés parfois oubliées par les phytothérapeutes français de végétaux pourtant présents à nos pieds. Par exemple, c’est le cas pour certains champignons. De plus, les phytothérapies chinoises et indiennes (ayurvédiques) notamment conservent des manières anciennes d’aborder les plantes, comme on le faisait en Occident, par exemple en suivant la théorie des humeurs…

L’herboristerie, que je fréquente le plus et que j’apprécie beaucoup, est l’HERBORISTERIE D’HIPPOCRATE au 42 rue saint-André des Arts dans le VIe arrondissement de Paris, près de la fontaine Saint-Michel, qui possède aussi l’HERBORISTERIE DE LA PLACE DE CLICHY au 87 Rue d’Amsterdam dans le VIIIe. D’après ce site, cette dernière « ouverte en 1880 » serait « l’une des plus anciennes d’Europe ». Ces officines n’ont pas de site internet.

Une autre, qui possède un choix tout aussi important, est l’HERBORISTERIE DU PALAIS-ROYAL, au 11 rue des Petits-Champs dans le 1er arrondissement, près de l’ancienne bibliothèque nationale. Je n’ai pas essayé L’Herboristerie de Paris (fondée en 1920) et ses deux officines : l’HERBORISTERIE PIGAULT-AUBLANC, au 30 rue Pasquier dans le VIIIe, et l’HERBORISTERIE DU MONTPARNASSE, au 38 rue du Montparnasse dans le VIe. On compte d’autres herboristeries parisiennes que je n’ai pas obligatoirement essayées, comme l’HERBORISTERIE LILA SOBANSKI, au 71 avenue Paul-Doumer, dans le XVIe, ORMÉNIS, au 345 rue des Pyrénées dans le XXe, l’HERBÉUS, au 58, rue du Temple dans le IVe, PLANTES & TER’HAPPY, au 32 Rue Traversière, dans le XIIe, SENTEURS DE PROVENCE, au 282, Rue des Pyrénées, dans le XXe,

Concernant les herboristeries asiatiques, je connais À LA CALEBASSE VERTE, au 15 Rue de la Vistule dans le XIIIe. À côté une autre herboristerie a son enseigne en chinois, avec marqué DIÉTÉTIQUE ET FORME. Elle peut être complémentaire à la première. Plus près de mon domicile, dans un triangle, formé par la rue Civiale et le boulevard de la Villette, j’ai repéré trois herboristeries chinoises. La meilleure me semble être DIETÉTIQUE JIANG NAN, au 7 rue Civiale dans le Xe arrondissement. J’y ai acheté un magnifique et gros ganoderme luisant (appelé ling zhi en chinois et reishi en japonais) cueilli dans une montagne de Chine. Ce champignon est aujourd’hui rare en France… enfin je n’en ai jamais trouvé lors de mes promenades. Un peu plus loin, au 17 rue Civiale à Belleville se trouve KANG LONG. Sinon, il y a YI KANG au 21 boulevard de Belleville.

Pour ce qui est de l’herboristerie ayurvédique, je n’ai repéré sur internet que THULASI, au 58 passage Brady, dans le Xe, mais ne l’ai pas encore essayé. J’ai cherché dans le quartier indien de la gare du Nord, mais n’ai rien trouvé. On doit pouvoir en découvrir, comme pour les autres régions du monde, car à Paris on trouve vraiment de tout !

Pour conclure cet article, je dois ajouter que j’apprécie beaucoup la médecine tibétaine qui, comme toutes les médecines asiatiques, travaille en particulier sur le mouvement, les massages, les méridiens et les plantes. Elle prescrit notamment des pilules faites en majorité de plantes mais aussi d'autres éléments comme des minéraux, et qui se prennent sur plusieurs mois... parfois des années ! Plutôt que de guérir des symptômes, toutes ces pratiques visent davantage à rétablir l'harmonie des corps nous constituant, comme les corps physiques et psychiques, en soignant, comme me le disait une Tibétaine, la cause première dont la maladie qui nous fait réagir n’est que la dernière pièce d’un jeu de dominos.

Ci-dessous : Herboristerie de la place de Clichy du 87 Rue d’Amsterdam dans le VIIIe arrondissement de Paris.

Ci-dessous : Herboristerie du Palais-Royal du 11 rue des Petits-Champs dans le 1er arrondissement de Paris.

Ci-dessous : Herboristerie du Montparnasse du 38 rue du Montparnasse dans le VIe arrondissement de Paris.

Ci-dessous : Herboristerie À la calebasse verte, au 15 Rue de la Vistule dans le XIIIe arrondissement de Paris.

Ci-dessous : Dietétique Jiang Nan, au 7 rue Civiale dans le Xe arrondissement de Paris.

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Les vêtements et les modes durant la préhistoire

Cet article n’est pas un canular. Bien sûr, nous savons que les hommes préhistoriques vivant dans des zones froides, voire très froides, se vêtaient. Comment survivre autrement ? Mais on les imagine couverts de peaux de bêtes, sales et certainement pas suivant des modes.

L’HOMME PRÉHISTORIQUE ÉTAIT PROPRE. Dans l’article intitulé Toilettes sèches et malpropretés contemporaines, je montre que rester propre est un souci pour tous les mammifères et sans doute les animaux en général, même si  la propreté est nécessairement différente selon les espèces qui ont chacune leurs besoins hygiéniques qui peuvent être très différents. J’y écris aussi que dans la nature l’être humain peut y trouver tout le nécessaire pour rester propre.

CERTAINS HOMMES PRÉHISTORIQUES S’HABILLAIENT DE VÊTEMENTS TISSÉS ET COUSUS. Le vêtement est par essence fragile, se conservant difficilement dans le temps. Il ne nous reste que très peu d'exemples de temps reculés, même du Moyen-Âge. Pourtant, dans un article de la revue La Recherche, de juillet / septembre 2022 et intitulé « L’habillement, une affaire de plus en plus ancienne » (cliquer sur l’image ci-dessous pour le lire), les préhistoriens Lysianna Ledoux et Jacques Jaubert y évoquent l’habillement et même les modes préhistoriques, écrivant qu’il est « fort probable que les modes vestimentaires devaient faire partie des préoccupations sinon quotidiennes, au moins générationnelles, de nos ancêtres. » L’utilisation de vêtements est avérée depuis plusieurs dizaines de milliers d’années. « C’est ainsi qu’il y a environ 30 000 ans, des empreintes de textile se sont imprimées sur des fragments d’argile cuite retrouvés en République tchèque. » « Les premières empreintes de pieds chaussés […] retrouvées […] en Grèce […]  remonteraient à 135 000 ans. » L’aiguille à chas est une autre preuve de la fabrication de vêtements, outil « attesté de manière certaine, pour la première fois en Europe, il y a 24 000 ans. » L’article conclut : « L’ensemble de ces témoignages nous convainc ainsi d’un fait essentiel : la fabrication de vêtements est une pratique ancienne, probablement partagée par différentes espèces humaines, qui n’a cessé d’évoluer. S’affranchissant de sa seule fonction protectrice initiale, le vêtement est devenu, au fil du temps, révélateur de bien des aspects culturels, chronologiques et sociaux propres à chaque population humaine, groupe social et culture. »

DES MODES VESTIMENTAIRES EXISTAIENT SANS DOUTE DÉJÀ. On peut l’affirmer si on se réfère à l’origine du mot « costume » qui est « coutume ». On ne peut imaginer l’utilisation de vêtements sans des façons particulières de se vêtir, de prendre soin de ses cheveux, de se chausser, de se parer, de faire sa toilette… selon divers facteurs : des coutumes particulières, et même des évolutions et des créations ainsi que des imitations dans ce domaine, trois notions qui font la mode.

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Drôles de pistolets XXIII : Nos petits crevés par H. Meyer

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Cette lithographie de Henri Meyer (1841 ou 1844? – 1899) provient du journal Diogène, du 12 octobre 1867 et de la série « Nos petits crevés. – Par H. Meyer. ». De jeunes femmes à la mode alors, appelées « crevettes », observent un crevé : « Sont-ils bêtes ces hommes, ils avaient une si belle occasion de prendre nos crinolines au moment où nous les lâchons. »

La mode des petits crevés était alors aux pantalons serrés. Il était courant de se moquer des allures frêles de ces petits-maîtres. On ne leur trouvait aucun tempérament mâle. Pourtant, durant la guerre de 1870-71, beaucoup se comportèrent avec courage, voire héroïsme, et on arrêta de les appeler ainsi. Les gommeux succédèrent aux petits crevés.

Quant aux crevettes, si elles abandonnèrent les larges crinolines, leurs tenues restèrent impressionnantes, avec leurs chapeaux plats à très longs rubans que l’on retrouvaient sur certaines robes, remplacés parfois par des chaînes, leurs cravates nouées souvent en un immense nœud, leurs robes en triangle, parfois en forme de sac, laissant voir leurs mollets, ce qui était très audacieux à l’époque, leurs bottines à talon haut et pointu…

Il est possible que l’on ait donné à ces petites dames le nom de « crevettes » en référence à leur allure. Leurs compagnons par conséquent ont été appelés « crevés », ce qui leur allait bien du fait de leur silhouette grêle. L'origine de ces dénominations reste énigmatique, peut-être la plus mystérieuse de l'histoire des petits-maîtres.

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Toilettes sèches et malpropretés contemporaines

Merveilleuses et merveilleux
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Ci-dessus : Doubles pages de mon livre Les Petits-maîtres du style, de l’Antiquité au XIe siècle, auto-édition de 2017, avec des illustrations de toilettes de dames grecques de l'Antiquité. Cliquer sur les images pour un agrandissement.

Dernièrement je me posais la question de savoir comment les hommes préhistoriques se lavaient. La baignoire n’était pas encore inventée, il me semble, et encore moins l’eau courante. Pourtant ils devaient être eux aussi confrontés à des questions d’hygiène. D’une manière générale, quand on est au milieu des éléments (la terre, l’air…), de la vie, la question de l’hygiène est une des préoccupations majeures après celles de boire, de se protéger du froid et de manger. La plupart des mammifères se lavent, par exemple avec la langue, prennent des bains de boue, s’associent à d’autres animaux qui les débarrassent de leurs parasites, etc.

Peut-être les hommes préhistoriques utilisaient-ils déjà des plantes contenant de la saponine, comme la saponaire (personnellement je me lave le visage uniquement avec cette plante et parfois les cheveux), le lierre grimpant, et d’autres produits comme les œufs, la cendre (on réaliserait un savon avec de la cendre blanche de bois et de la résine de résineux, la cendre étant encore utilisée dans les campagnes françaises pour laver le linge il y a de cela plus d’un siècle), la terre (comme chez les animaux, et il nous en reste les soins de beauté à l’argile), la poudre de racine d'angelique (pour se laver les cheveux à sec, même usage avec la farine), des minéraux comme le talc et sans doute d’autres substances oubliées pour une toilette 'mouillée' ou sèche.

Si depuis l’Antiquité on use beaucoup des bains, et les thermes en sont un témoignage, comme ceux romains gigantesques construits à Paris dont sont conservés encore des vestiges, autrefois on faisait aussi usage de la toilette sèche aujourd’hui presque totalement négligée. Sous l’Antiquité, autour de la Méditerranée particulièrement, l’huile parfumée le permettait. On se massait avec, puis l’enlevait avec un grattoir. On faisait cela notamment avec de l’huile d’olive, après avoir fait des exercices physiques. De même les cheveux étaient enduits d’huiles parfumées. En France, dans l’Ancien régime, et particulièrement aux XVIIe et XVIIIe siècles, on utilisait aussi pour se laver des vinaigres parfumés pour le corps, et des poudres elles aussi parfumées pour les cheveux. On faisait beaucoup usage du linge de corps que l’on changeait souvent, et qui absorbait en quelque sorte la sueur et la saleté. On se frictionnait la peau avec du linge propre, que l’on parfumait parfois avec une lotion. Citons aussi le talc, les divers laits de toilette et de soins, et autres onguents.

Merveilleuses et merveilleux

On appelle « toilette sèche » toute toilette dans laquelle l’eau n’est pas utilisée, mais des huiles, parfums, vinaigres, talcs, argiles, laits… ainsi que certains ustensiles comme le grattoir et le linge de toilette.

Si de nos jours la toilette sèche n’est plus d’actualité, c’est en particulier que notre monde est beaucoup plus sale, mais d’une saleté plus diffuse, plus profonde et portée par diverses pollutions qui atteignent tous les Éléments. Si on a fait de grandes avancées hygiéniques, comme l’eau courante (la chaude particulièrement), on a aussi beaucoup reculé en ‘inventant’ de nouvelles formes de saletés (nanoparticules, gaz et autres poussières produites par la vie moderne, nourriture frelatée et polluée, pesticides et autres produits chimiques dangereux, etc.).

Merveilleuses et merveilleux

L’aseptisation de notre environnement est une nouvelle forme de saleté, et on a perdu toute mesure dans ce domaine. Durant l’épisode de la crise orchestrée autour du covid, j’ai été très surpris de voir que les épiceries bios, leur personnel et la majeure partie de leur clientèle étaient très virulents dans l’obligation du port du masque, le lavage des mains avec une lotion antiseptique, etc. Pourtant le bio est censé revenir à des pratiques plus naturelles et saines, abandonner les pesticides et autres procédés qui aseptisent la terre et tue le vivant !?!! Et j’ai rencontré cela chez les grandes enseignes bios comme chez les épiceries indépendantes.

Merveilleuses et merveilleux

Actuellement, la conception de l’hygiène est loufoque et même dictatoriale… sans mesure et respect des particularités individuelles et de la diversité qui fait la vie. On aseptise, javellise, bétonne, ‘bitumise’, rend ‘électrogaga’ la population. Il semble y avoir dans l’être humain une facilité à glisser vers une sorte de fascisme de la voie unique et faussement universelle. Le vivant ou naturel qui n’est pas humain ou domestiqué est souvent le premier suspecté quand un problème surgit. Pourtant l’être humain contemporain est un véritable fléau pour la nature et lui-même, avec ses multiples pollutions dont certaines déjà évoquées. Et puis il y a la saleté intellectuelle, morale et spirituelle (de l’esprit) où là aussi notre monde contemporain est exemplaire, et que la crise orchestrée autour du covid a révélé de manière lumineuse.

Il est indispensable que nous redevenions propres !

Merveilleuses et merveilleux
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De la beauté

Lorsqu’un artiste peint un tableau, il réalise un reflet qui lui-même se reflète dans celui qui le contemple, quelque peu différemment suivant chacun, selon le sens esthétique d’aucuns et les clés qui leur sont données. Le mot « reflet » n’est pas juste, car il y a quelque chose de dépréciatif en lui. En même temps le reflet personnel implique du jugement, un jugement avec peu d’incidence s’il ne devient pas opinion. Il en est de même pour le beau. Évitons l’opinion. Mais peut-on esquiver le jugement, qui est tout entier le reflet de ce que l’on est ? De plus les opinions et les jugements (reflets) extérieurs, ont une incidence sur notre propre reflet, sans compter des choses plus tangibles, comme les conditions. Le beau ne déroge pas à cette règle.

La mode est aussi un reflet, et ses petits-maîtres aussi, avec leurs denses, nouveaux et jolis rythmes : couleurs, inventions, manières, langages… une sorte de jeu. Certains diront que cela n’a pas de profondeur. En effet, pas davantage qu’une couleur, qu’une danse, qu’un baiser… qu’une jouissance qui n’aurait pas de contrepartie, de seconde face… cachée… mais qui serait entier, tout, complet. Un reflet n’est que et entièrement ce qu’il est, tout en pouvant être différent à l’infini.

Dans le domaine du beau, je pense comme Antisthène (vers 444-365 – 390 av. J.-C.) qui écrit que « Ce qui est bien est beau ; ce qui est mal est laid. » Épicure (vers 342 – 270 av. J.-C.) compare l’être humain à un vase, dont la qualité n’est pas tant dans son apparence que dans sa capacité à retenir ce que l’on y verse de bon et de beau, et à ne pas le souiller, comme on l’apprend au livre VI du De la Nature des Choses (traduction disponible sur le site de Remacle) de Lucrèce (Ier siècle av. J.-C.). Voici ce passage : « […] il [Épicure] comprit que tout le mal venait du vase lui-même, dont les défauts laissaient perdre en dedans tout ce qui y était versé du dehors et même le plus précieux, soit que le vase perméable et sans fond ne lui parût pas capable de se remplir, soit qu’il fût imprégné d’une infecte saveur, poison pour tout ce qu’on y versait. » Cela fait la qualité d’un être humain… son intelligence, sa beauté… bien davantage que sa simple apparence. S’il est un joli vase corrompu, cette beauté est fausse. Le beau est ainsi vu comme un réceptacle qui retient et n’endommage pas ce que l’on y verse de bon. Le beau est une des formes que prend l’intelligence. Selon moi, la première qualité de l’intelligence n’est pas la capacité à raisonner, bien au contraire, mais à contenir et ne pas souiller le bon et le bien que l’on y verse. Ce principe est peut-être le premier de la discipline appelée « esthétique » qui, jusqu’au XIXe siècle est considérée comme la science du beau, du grec ancien αἰσθητικός (aisthêtikós), ce qui signifie « qui perçoit par les sens, perceptible »). C’est un pyrrhonien qui l’aurait employé pour la première fois : l’Allemand Louis de Beausobre (nom prédestiné, 1730 – 1783) dans son ouvrage publié en 1753 et intitulé Dissertations philosophiques

Certains voient la beauté dans l’utilité. Une chose est belle parce qu’elle est utile, parce qu’elle apporte ce que l’on considère comme beau pour soi-même et/ou pour les autres. Finalement, la beauté est dans le regard que l’on porte sur les choses et les êtres. Elle reste relative et sujette aux affinités personnelles, de groupes, culturelles… aux coutumes.

Ci-dessous : Toilette des Dames ou Encyclopédie de la Beauté

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La Nana et la nénette des années 1970

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Ci-dessus : Dessin intitulé « La Conscience de Nana », avec pour légende : « – Cependant tu m’avais bien promis de t’y trouver ; tu m’en avais donné ta parole d’honneur ! – J’avais pas dit….. la plus sacrée. »

Cela m'attriste toujours de voir certains considérer les petites-maîtresses depuis la Révolution comme des sortes de prostituées ou des femmes faciles. Comme je le dis ailleurs, ce regard sur les merveilleuses, cocottes et autres lorettes vient que ce sont des femmes très libres, belles, jeunes et souvent affriolantes, et que les prostituées et autres les imitent pour attirer le chaland. Ce regard est sans amour et lui aussi concupiscent. Même lorsque Alexandre Dumas fils (1824 – 1895) publie La Dame aux camélias en 1848 et Demi-monde en 1855, et Émile Zola (1840 – 1902) Nana en 1880, ils évoquent le demi-monde avec une certaine tendresse et sans jugement. On retrouve cet esprit dans nombre de pièces, romans et autres œuvres (caricatures…) du XIXe siècle, où sont souvent soulignées les difficultés inhérentes à la condition humaine et à la condition sociale, et les efforts qui sont faits par certains pour y trouver leur bonheur. Ils dépeignent un monde souvent peu reluisant derrière les apparences de clinquant, mais avec de l’amour et de la sympathie pour leurs rêves de grandeur, de bonheur et de liberté… près pour cela malheureusement à des bassesses. Le demi-monde n’est pas celui des petites-maîtresses, bien que certaines en font partie, mais est fréquenté par quelques petits-maîtres et autres noceurs.

Le terme « nana » est employé dans la seconde moitié du XIXe siècle avec le sens argotique de concubine ou femme d’un souteneur , et prend rapidement celui de femme en général. Il est popularisé par l’héroïne du roman d’Émile Zola, Nana (1880), mais aussi par d’autres oeuvres comme la peinture d’Édouard Manet (1832 – 1883), réalisée en 1877, représentant une comédienne et intitulée du même nom. Dans la seconde partie du XXe siècle, ce terme porte une signification sympathique, toujours dans le sens de concubine (« c’est ma nana »), ou d’une jeune adulte pas encore sortie de l’enfance, ou bien encore d’une jeune fille se donnant des airs de femme. Dans « nénette » le suffixe « -ette » ajoute de l’affection et enlève le côté concubine.

Au début des années 1980, les nanas sont encore d’actualité, avec leurs habits fluos et mini-jupes, cheveux bouclés avec nœud dans les cheveux. Elles sont un peu plus vulgaires que les minettes, ayant moins de goût, mais avec davantage, ce que les Anglais appellent alors, de fun.

Ci-dessous : Chanson des années 1980 de Vivien Savage, intitulée La petite lady, décrivant une nana de l'époque : « […] la miss avec ses yeux d’renard / Derrière la voilette du chapeau avec une plume d’autruche / Pour faire plus beau […] elle est belle, / La p’tite lady déguisée comme un arc-en-ciel / Avec ses boots en peau d'serpent, / Ses collants roses fluorescents / Sa mini-jupe en skaï / Et comme ça swingue sous son chandail […] elle a comme un p’tit chat sauvage dans les yeux […] On dirait qu’le monde est à toi quand tu t’promènes / Sur ce quai d’gare, Cendrillon, tu marches comme une reine […] ». À noter un emprunt à la musique industrielle, surtout présent dans le dernier tiers de cette chanson, en fond 'musical'.

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