L'art de la conversation.

La conversation est un art dont la littérature occidentale nous offre d'éblouissants exemples. Platon (vers 427 – vers 347 av. J.-C.) met en scène de nombreux dialogues qui s'étalent lors de rencontres, de promenades ou de banquets. La plupart sont de réels entretiens retranscrits. Cette manière est alors fréquente et perdure en particulier dans les oeuvres philosophiques. L'écrit renforce et répand une tradition orale. Si les conférences se donnent déjà sous l'Antiquité, dans les théâtres ou autres endroits appropriés, les conversations restent un moyen plus intime, plus direct de partage et d'immersion ; qu'elles se fassent d'une façon impromptue ou pas. Le repas ou le banquet sont d'autres moments privilégiés pour la conversation. Les banquets de l'aristocratie athénienne se font couchés sur des lits. On commence par manger. Ensuite on apporte le cratère : un grand vase dans lequel on coupe le vin avec de l'eau. Puis on distribue le mélange dans des coupes. La conversation peut alors commencer. Elle est parfois entrecoupée de distractions. Une des conversations de banquet les plus connues est celle sur l'Amour dans laquelle participe Socrate. Les romains, férus d'hellénisme, ne donnent aucun grand banquet sans y ajouter l'art de la dicussion. Les convives ou les maîtres de maison ayant accumulé de grandes richesses mais peu de rhétorique, placent près d'eux des esprits raffinés ou en louent pour leur servir de faire-valoir ou de réservoirs à citations. Le plaisir de l'entretien se développe en France beaucoup autour de grandes dames qui organisent ces rencontres. J'ai déjà parlé de cela, notamment dans les articles sur les précieuses et les salons. Si certains écrits nous relatent ces dialogues, la plupart étant seulement oraux, n'ont pas franchi le moment présent.

Photographies du livre de Pierre Ortigue de Vaumorière (vers 1610 – 1693), entièrement dédié à L'Art de plaire dans la conversation (première édition : 1688) avec la page de titre, un détail du frontispice et le début de l'Entretien V intitulé : 'De quelle manière la Bienséance veut que l'on agisse & que l'on parle, quand on mange en Compagnie.'

Au XVIIe siècle, la conversation se fait dans la ruelle : près du lit d'une grande dame, ou assis en cercle. Entrer dans un cercle est souvent un gage de reconnaissance. Lorsqu'on est admis dans l'assemblée de la maison particulière d'une dame qui brille par sa courtoise intelligence, on dit que l'on rentre dans son cercle ... Certains sont plus scientifiques, d'autres plus littéraires etc.

La conversation se donne aussi dans les promenades qui sont alors nombreuses ; et les jardins l'agrémentent avec délice : jardins anglais au XVIIIe siècle, à la française sous Louis XIV, italiens à la Renaissance, clos au Moyen-âge, jardin d'Épicure ... et ainsi peut-on remonter dans le temps jusqu'au jardin d'Eden :-)

Voir les commentaires

Les romantiques 'jeune France' et 'nouvelle France'.

Après les merveilleux, les muscadins, les incroyables, les fashionables, les calicots, les mirliflors puis les dandys, voici les jeune-France (ou nouvelle France) qui officient à l'époque des lions, avant les gants jaunes, les daims, les gandins, les cols cassés, les fendants, les petits crevés, les gommeux ...

Si les termes de jeune ou nouvelle France s’appliquent aux romantiques ; avant eux, certains élégants ou élégantes très modernes sont appelés : dames ou hommes de la nouvelle France. Le mouvement dit romantique est relativement récent dans l'hexagone par rapport à d'autres pays comme l'Angleterre ou l'Allemagne. Les 'jeune France' appelés aussi 'nouvelle France' représentent la jeunesse passionnée et moderne d'une époque, en opposition avec l'ancienne 'rigidité' classique. Ils portent des cheveux longs, souvent ébouriffés et des tenues caractéristiques. « La Bataille d’Hernani » est un moment important du mouvement romantique dans l'hexagone. Elle se passe à la Comédie-Française (qui s’adosse au Palais-Royal), le 25 février 1830, pour la première de la pièce de Victor Hugo. Celle-ci remet en question les canons du théâtre classique et notamment les trois unités de temps, de lieu et d'action. Le spectacle est dans la salle davantage que sur la scène. Les jeune-France du parterre, aux cheveux longs et aux manières passionnées, parmi lesquels se signalent Gérard de Nerval et Théophile Gautier, interpellent les anciens présents qui restent fidèles aux règles classiques. Dans son Dictionnaire de la langue verte, Alfred Delvau (1867) donne la définition suivante du jeune-France : « Variété de Romantique, d’étudiant – ou de commis en pourpoint de velours, en barbe fourchue, en cheveux en broussailles, avec le feutre mou campé sur l’oreille. » Dans son recueil Les Jeunes France (1833), Théophile Gautier (1811-1872), dépeint un de ces jeunes hommes dans le conte légèrement érotique intitulé : Celle-ci et celle-là, ou la Jeune-France passionnée, qui esquisse ce qu’est un petit-maître romantique : poète, passionné, jeune, libre, déluré, libertin, badinant voluptueusement avec une grisette, amoureux vainqueur d’une grande dame, argumentant en faveur de Victor Hugo face au mari 'trompé' adepte du classique Racine ... En voici quelques passages : « Il s’en allait coudoyant ses voisins de droite et de gauche, fourrant sa tête sous le chapeau des femmes, et les regardant entre les deux yeux avec son binocle. Il s’élevait sur son passage une longue traînée de malédictions et de : Prenez donc garde ! entrecoupés çà et là du : Oh ! admiratif de quelque merveilleux, pour son gilet ou sa cravate […] Les passions dévorantes qui bouillonnaient dans son sein lui avaient aiguisé l’appétit […] Le théâtre oscilla deux ou trois fois devant ses yeux ; les tibias lui flageolaient d’une étrange manière ; le lustre, dardant dans ses prunelles de longues houppes filandreuses de rayons prismatiques, le forçait à cligner des paupières ; la rampe, s’interposant comme une herse de feu entre les acteurs et lui, ne les lui laissait voir que comme des apparitions effrayantes ; […] Rodolphe, qui avait soutenu plus d’un duel avec l’ivresse, ne se déconcerta pas pour si peu ; il prit bravement son parti : il boutonna son frac jusqu’au col, remonta sa cravate, prit sa badine entre ses dents, enfonça ses deux mains dans ses goussets, écarquilla les yeux pour ne pas s’endormir, et fit la contenance la plus héroïque du monde […] De retour chez lui, quoiqu’il fût une heure du matin, il se mit à donner du cor à pleins poumons ; il déclama à tue-tête deux ou trois cents vers d’Hernani […] A voir la manière dont il s’en allait dans la rue, la main dans sa poitrine, les sourcils sur le nez, les coins de sa bouche en fer à cheval, les cheveux aussi mal peignés que possible, il n’était pas difficile de comprendre que ce pâle et malheureux jeune homme avait un volcan dans le coeur. […] si bien que tout le monde, qui s’attendait à voir un original, un lion comme disent les Anglais, était émerveillé de le voir s’acquitter des devoirs sociaux avec une aisance aussi parfaite. »

Photographie : Détail de la double page intérieure du journal La Caricature du 10 décembre 1881 avec pour légende : « 1830. LA JEUNE FRANCE. - Une mode diabolique qui dut vivement impressionner les femmes sensibles du temps : séduire par la terreur ! ».

Photographie : « ANCIEN JEUNE FRANCE 1838. Souvenirs et regrets du vrai libéralisme, de la jeunesse vraie, du vrai chapeau. » Bertall, La Comédie de notre temps, vol. 1, Plon, Paris, 1874.

Voir les commentaires

Le Montparnos, le Fauve, le Surréaliste et les intellectuels à la mode.

Dès le début du XXe siècle, une grande partie de l'avant-garde mondiale se retrouve à Paris, en particulier dans le quartier Montparnasse. La capitale de la France est depuis toujours, semble-t-il, un refuge pour la pensée et l'art. Au XXe siècle, cela débute entre autres avec les fauves (1905-1910) dont le nom continue par la suite à désigner un type d'artiste. Rapidement de nouveaux courants voient le jour. L'avant garde se réunit alors à Montparnasse dont les cafés et les restaurants chics accueillent volontiers la jeunesse artistique bohème qui y passe beaucoup de temps sans vraiment consommer, payant parfois avec des toiles, des desseins ... d'où les nombreuses oeuvres d'art modernes qui couvrent les murs de ces endroits. Certains restaurateurs deviennent mécènes ! L'ambiance festive et intellectuelle qu'elle apporte attire les gens riches qui cherchent à se distraire, en particulier les américains (États-Unis). Les caves et autres lieux pour danser et s'amuser s'ouvrent. C'est le temps des années folles, du surréalisme, de l'existentialisme. Peintres, photographes y ont des ateliers et se réunissent en cénacles improvisés. Dans Wikipedia on peut lire : « Les cafés, bars et bistrots, notamment ceux du carrefour Vavin, l'actuelle place Pablo-Picasso, étaient des lieux de rencontre où les artistes venaient à la fois rencontrer leurs homologues et négocier. Les cafés le Dôme, la Closerie des Lilas, La Rotonde, le Sélect, et la Coupole, ainsi que Le Bœuf sur le toit (toujours ouverts) acceptaient que des artistes affamés puissent occuper une table pour toute la soirée pour un prix dérisoire. S'ils s'endormaient, les serveurs avaient comme instruction de ne pas les déranger. Les disputes étaient courantes, certaines nées de polémiques, d'autres de l'alcool, et la coutume voulait que même lorsque l'affrontement tournait aux coups, la police n'était pas appelée. Si les artistes ne pouvaient payer leur facture, le propriétaire de La Rotonde, Victor Libion, acceptait souvent un croquis. Aussi les murs des cafés étaient couverts d'une collection d'œuvres d'art, galeries improvisées. La vie nocturne est également passée dans la légende, comme les nuits chaudes du Bar Dingo ... » Dans un article intitulé 'Bars et cabarets de Paris' de L'Illustration de Noël 1929 (première photographie), Sem écrit : « Un verre à Montparnasse ? Ça va : voyez terrasses ! ... Terrasses désormais historiques de ces cafés-musées, de ces cafés-chapelles aux murs couverts d'une croûte de tableaux barbares et naïfs, accrochés comme des ex-voto, terrasses débordantes de ces brasseries géantes, cathédrales de l'art nouveau et du cocktail, violemment éclairées, où se superposent, depuis les sous-sols jusqu'aux toits, quatre étages de consommateurs et danseurs. Dans le vertige tournoyant des alcools, le cliquetis des clartés ivres répercutées par les glaces, ces façades rutilantes et enfiévrées semblent virer, entraînées par l'élan des orchestres de danse, comme de hauts manèges de foire. C'est bien la foire mondiale de la jeune peinture. C'est là que, la journée faite, vient s'abattre et camper la horde effarante des fauves. Sur dix rangs de chaises et de tables pressées, une étrange bohème exotique, de tout poil et de toute couleur, boit, s'exalte, discute d'art, avec des mimiques de sauvages, dans tous les dialectes du globe. C'est une mêlée de croyants et de roublards, de snobs, Montparnos à la flan, jouant au rapin, d'artistes sincères travaillant dur, de ratés blêmes d'envie et de misère, dévorant des yeux les arrivés, les illustres, les génies consacrés à gros traités. Voici des femmes-peintres, cheveux collés, cigare au bec, des peintres-femmes rasés de près, poudrerizés et les yeux faits, en complet lilas avec des boucles aux oreilles ... d'étranges Nordiques chargés d'une énorme chevelure annelée qui leur couvre les épaules, comme des Louis XIV albinos, des Canaques crépus barbouilleurs de choses immondes, des Raspoutines aux yeux de thaumaturges, des Chinois sans regards, des Japonais à lunettes : mascarade pathétique ou épopée de l'art nouveau ? » Nous sommes encore là dans la caricature ; mais comme nous l'avons déjà vu, c'est souvent le cas lorsqu'on cherche des documents d'époque qui traitent de la véritable modernité.

Montparnasse est aussi le quartier des surréalistes. De vers 1917 jusqu’à la seconde guerre mondiale, le surréalisme investit ce lieu de l'avant-garde de l’époque, où les artistes viennent habiter et sortir dans les nombreux cafés, restaurants, théâtres et clubs à la mode où on joue du jazz. C’est le temps des années folles. Une véritable communauté artistique et intellectuelle venue du monde entier se met en place avec pour la peinture ce qu’on appelle l’École de Paris. Le quartier lui-même joue le jeu de cette vie artistique ; et cette communauté internationale, trépidante et bohème attire quelques mécènes : amateurs d’art fortunés souvent américains. L’élégance ne s’exprime pas obligatoirement là dans un style vestimentaire, mais dans ce goût prononcé pour la création, la nouveauté, l’avant-garde. Le quartier Montparnasse accueille dans la première moitié du XXe siècle cette énergie venue du monde entier avec ses artistes, ses intellectuels, ses gandins, ses fêtards, ses lieux à la mode qui un peu avant et surtout après la guerre glissent vers Saint-Germain puis quittent Paris pour s’exiler aux États-Unis. Le terme ‘avant-garde’ apparaît semble-t-il au XIXe siècle. Son personnage s’inscrit dans une démarche artistique expérimentale, nouvelle. Les avant-gardes existent déjà au XIXe siècle. L'intelligence, la réflexion, la littérature ... sont très à la mode en France durant ce siècle. Les cafés sont un de leurs lieux privilégiés de rassemblement et même au XVIIIe siècle ; les Lumières s'y retrouvant. Parmi les autres endroits qui accueillent les intellectuels il y a : les cercles, les salons, les ruelles. Au temps des existentialistes, des romantiques, des incroyables, des cacouacs (Lumières), des précieuses ... le discours, l'esprit, l'imagination, la poésie, les sciences, la créativité ... sont des auxiliaires de la modernité et de la mode ; ils ajoutent de la saveur à celle-ci.

Dernière photographie : Détail d'une gravure avec une caricature d'incroyable d'époque directoire. Le port d'accessoires de vue sont un des éléments de la panoplie de l'incroyable qui est parfois représenté avec un style 'intellectuel', le front assez large et dégarni et portant de grosses lunettes.

Voir les commentaires

Les contes de la comtesse Marie-Catherine d'Aulnoy.

Nous avons vu, dans l'article du 18 décembre intitulé Le Mystère des Contes de Fées : Les Fées à la Mode !, que si Charles Perrault lance la mode des contes de fées, c'est la comtesse Marie-Catherine d'Aulnoy (1651 - 1705) qui publie pour la première fois ce genre dans son roman Histoire d’Hypolite, Comte de Duglas, édité par Louis Sevestre en 1690 ; enfin c'est ce que l'on dit car en cherchant bien, on pourrait sans doute trouver d'autres trésors. L'édition présentée ici de certains de ses contes est postérieure à leur auteur. Cependant elle est particulièrement importante dans l'histoire de la diffusion de ce genre. Il s'agit d'une collection de contes (Le Cabinet des Fées ; ou Collection choisie des contes des Fées, et autres contes merveilleux, Ornés de Figures) rassemblés par le chevalier Charles-Joseph de Mayer (1751- vers 1825). Trente-sept volumes paraissent dans les années 1785 et 1786, complétés quatre ans plus tard par les quatre derniers tomes consacrés à des contes orientaux. Chaque volume est généralement illustré de trois gravures en pleine page. Cette édition marque véritablement la seconde vague de divulgation de ce genre, la première étant celle des oeuvres originales. Ce tome second de 1785 contient les oeuvres suivantes de la comtesse Marie-Catherine d'Aulnoy : Gracieuse & Percinet, la Belle au Cheveux d’Or, l’Oiseau Bleu, le Prince Lutin, la Princesse Printanière, la Princesse Rosette, le Rameau d’Or, l'Oranger & l'Abeille, la Bonne Petite Souris, Dom Gabriel Ponce de Leon, le Mouton, Finette Cendron.

Gracieuse & Percinet : "Il y avait une fois un roi & une reine qui n'avaient qu'une fille. Sa beauté, sa douceur & son esprit, qui étaient incomparables, la firent nommer Gracieuse. Elle faisait toute la joie de sa mère ; il n'y avait point de matin qu'on ne lui apportât une belle robe, tantôt de brocard d'or, de velours ou de satin. Elle était parée à merveille, sans en être ni plus fière, ni plus glorieuse. Elle passait la matinée avec des personnes savantes, qui lui apprenaient toutes sortes ne sciences ; et l'après-dîner, elle travaillait auprès de la reine ..."

La Belle au Cheveux d’Or : "Il y avait une fois la fille d'un roi qui était si belle, qu'il n'y avait rien de plus beau au monde ; et par cette raison, on la nommait la Belle aux Cheveux d'Or : car ses cheveux étaient plus fins que l'or, et blonds par merveille, tout frisés, et si longs, qu'ils lui tombaient jusques sur les pieds. Elle allait toujours couverte de ses cheveux bouclés, avec une couronne de fleurs sur la tête, et des habits brodés de diamants et de perles, de sorte qu'on ne pouvait la voir sans l'aimer. Il y avait un jeune roi de ses voisins ..."

Les Contes des Fées : "Après avoir éprouvé tout ce qu'un long hiver a de plus rigoureux, le retour de la belle saison invita plusieurs personnes d'esprit et de bon goût d'aller à Saint-Cloud. Tout y fut admiré, tout y fut loué. Madame D.... qui s'était lassée plus vite que le reste de la compagnie, s'assit au bord d'une fontaine. Laissez-moi ici, dit-elle., peut-être que quelque sylvain ou quelque dryade ne dédaigneront pas de venir m'entretenir. Chacun lui fit la guerre sur sa paresse. Cependant l'impatience de voir mille belles choses qui s'offraient aux yeux, l'emporta sur l'envie qu'on aurait eue de rester avec elle. Comme la conversation que vous méditez avec les hôtes de ces bois , n'est pas bien certaine, lui dit monsieur de Saint-P...., je vais vous donner les Contes des fées , qui vous occuperont agréablement. Il faudrait que je ne les eusse pas écrits, répliqua madame D...., pour me laisser au moins prévenir par les grâces de la nouveauté ; mais laissez-moi ici sans scrupule, je n'y serai point désœuvrée. Elle continua ses instances là-dessus d'une manière si pressante, que cette charmante troupe s'éloigna. Après avoir tout parcouru, elle revint dans l'allée sombre, où madame D.... l'attendait. Ha ! que vous avez perdu, s'écria la comtesse de F.... en l'abordant, ce que nous venons de voir est merveilleux. Ce qui vient de m'arriver, lui répliqua-t-elle, ne l'est pas moins. Sachez donc que jetant les yeux de tous côtés pour distinguer mille objets différents que j'admirais, j'ai vu tout d'un coup une jeune nymphe proche de moi, dont les yeux doux et brillants, l'air enjoué et spirituel, les manières gracieuses et polies, m'ont causé autant de satisfaction que de surprise. La robe légère qui la couvrait, laissait voir la proportion de sa taille ; un nœud de ruban arrêtait à sa ceinture les nattes de ses cheveux; la régularité de ses traits n'avait rien qui ne fit plaisir. J'allais lui parler, lorsqu'elle m'a interrompue par ces vers : Quand un auguste prince habite ce séjour ; / Quand ce palais superbe et ces jardins tranquilles ; / Souvent de sa pompeuse cour / Sont les agréables asiles, / De tout ce qui s'offre à vos yeux ; / Est-il rien qui doive surprendre ? ..."

Le Mystère est partie intégrante de la vie.

Voir les commentaires

Le printemps

En ce premier jour du printemps, je souhaite rendre un hommage aux simples, ces plantes sauvages qui poussent près de nous et accompagnent l'homme depuis son origine.

La nature est ainsi faite qu'elle est un jardin qui se regarde comme un tableau qui s'étale sur une année. Une herbe qui semble insignifiante à une certaine période, donne à une autre une fleur majestueuse. Il en va ainsi de chacune des parcelles des terres où poussent les espèces sauvages. Les plus anodines ont des propriétés. Toutes les plantes sauvages ont des pouvoirs spécifiques (culinaires, médicinales ...) qu'il faut simplement connaître pour apprécier. Ce jardin naturel est immense. Chacune de ses parties est belle à certaines époques. Chaque plante a dans l'année son moment culminant différent les uns des autres. Cette richesse incroyable ne se dévoile pas obligatoirement à celui qui n'a pas les connaissances.

Les premières violettes odorantes fleurissent en mars. Elles ont un parfum et un goût exquis. Les primevères roses ou jaunes sont aussi présents. Les endroits herbeux et ensoleillés sont parsemés de tapis colorés de pâquerettes, véroniques, pissenlits, lamiers ; autant de teintes printanières vertes, jaunes, bleues, rouges et blanches. La dorine à feuilles opposées a de petites fleurs vertes légèrement dorées. Celles blanches de la cardamine hérissée parsèment les terrains nus et herbeux de tons gouttes de lait. Les jonquilles sont les flammes au sol de ce printemps toujours latent. La pulmonaire a de jolies fleurs rouge-violet et bleues, couleurs de saphirs et rubis condensés de rosée, 'diaprant' l’espace de teintes brillantes, avec sur les feuilles des étoiles perles d’albâtre d’une voie lactée à portée de main. Des trésors qui sommeillaient en hiver réapparaissent. En mars, l’herbe est parsemée des boutons rosés des pâquerettes qui s’ouvrent aux rayons du soleil, montrant leur blancheur et leur cœur d’or. La couleur jaune se lève avec le soleil des ficaires et des narcisses, et les piaillements chauds d'oiseaux aux teintes de feu, aux tons du levant. Le regard s’élance avec leurs vols vers le printemps ; mais ces efforts réitérés et avortés par le froid et les giboulées fatiguent. Pourtant tout bourgeonne, la sève monte et s'apprête à éclater en mille fleurs colorées, parfums, effluves…

On ne mesure pas toujours la magie de certaines choses simples qui nous entourent et nous semblent acquises définitivement comme le ciel, le soleil, la lune, l'eau, les étoiles, la terre ... Nous les croyons de droit, éternelles, et ne les goûtons pas toujours à leur juste valeur. Qu'y-a-t-il de plus cher pour l'homme ? C'est si précieux qu'il est impossible d'y mettre un prix. N'est-ce pas cela la véritable richesse ?

Photographies du tome premier du Dictionnaire Raisonné Universel d'Histoire Naturelle, contenant l'Histoire des Animaux, des Végétaux et des Minéraux, Et celle des Corps célestes, des Météores, & des autres principaux Phénomènes de la Nature ; avec l'Histoire et la Description des Drogues simples tirées des trois Règnes ; Et le détail de leurs usages dans la Médecine, dans l'Économie domestique & champêtre, & dans les Arts et Métiers ... Par M. Valmont de Bomare ... Nouvelle édition, revue et augmentée, Paris, Lacombe, 1768.

Voir les commentaires

Le Petit-maître en Chenille.

La chenille, ce petit animal qui devient un jour un papillon, peut avoir des aspects et couleurs surprenants. Le plus souvent douce au regard, originale et joliment, naturellement torsadée, elle est l'inspiration de cette correspondance avec la posture de cet élégant représenté sur la première gravure intitulée « Le Petit-maître en Chenille ». J'ai déjà défini le petit-maître dans d'autres articles de ce blog ainsi que sa compagne : la petite-maîtresse. Je ne vais pas le refaire, surtout que les deux estampes présentées ici, dont le titre de la seconde est : « Paris. Petite-maîtresse », sont de la première moitié du XIXe siècle, donc bien après les premiers petits-maîtres, et n'ont pas le feu délicat et profond des flots tendres et brillants qui parcourent librement le cours, le Palais royal et les autres endroits à la mode aux XVIIe et XVIIIe siècles. Du reste ces désignations sont de moins en moins employées au siècle des gandins avant de disparaître totalement au cours du XXe. Quant à la posture que l'artiste appelle « en chenille » on la retrouve fréquemment dans des représentations d'incroyables de vers 1800, montant à cheval ou debout s'appuyant parfois sur un bâton ou une canne. Il est à noter qu'au moins déjà au XVIIe siècle on appelle 'chenille' un tissu de soie velouté qui imite la chenille et qui embellit notamment les habits : dans des broderies ou divers autres ornements vestimentaires.

Les deux dernières photographies de cet article sont des détails de gravures déjà présentées dans ce blog avec des petits maîtres en chenille.


Voir les commentaires

Guinguettes

La guinguette est un lieu de plaisir et de détente depuis déjà plusieurs siècles. Le Dictionnaire de l'Académie française la définit en 1762 comme étant : un « Petit cabaret hors de la Ville, où le peuple va boire les jours de Fêtes. » Dans le Dictionnaire critique de la langue française (Marseille, Mossy 1787-1788) de Jean-François Féraud, la définition commence par : « Petit cabaret hors de la ville, où l'on va faire des parties de plaisir, des repas. ».

L'origine de ce nom provient sans doute du guinguet : un « petit vin qui n'a point de force » (Dictionnaire de L'Académie française, 1694) ; « peu de force, peu de valeur. Du vin ginguet. Il se dit aussi figurément d'Un esprit mince. C'est un esprit bien ginguet. Il est du style familier. GINGUET s'emploie aussi substantivement. Boire du ginguet. » (Dictionnaire de L'Académie française, 1762).

Les guinguettes existent au moins depuis le XVIIe siècle. Elles sont situées hors de Paris, à ses portes, en banlieue, au bord des fleuves comme sur les rives de la Seine ou de la Marne ... À l'extérieur, elles sont le plus souvent constituées de treillis ombragés et de bosquets où sont installés tables et bancs, avec au milieu un grand espace couvert de feuillages où on peut danser, les musiciens jouer de la musique ... Cette forme d'espace convivial est très fréquente aussi dans les parcs, jardins ... où des boissons, des glaces ou autres sont servies. Mais la guinguette est avant tout associée aux plaisirs champêtres, à la campagne.

La danse et la musique ont toujours été populaires en France ; et les guinguettes sont dans le prolongement des fêtes antiques, des banquets, des manifestations champêtres, et se poursuivent avec les bals de villages ...

Photographies 1 & 2: La première gravure est intitulée « La guinguette ». Elle est du XVIIIe siècle, signée du graveur Mérigot. Il s'agit soit de François-Gabriel Mérigot père (1700-1784), soit de Mérigot fils ou le jeune (vers 1738-1818).

Photographie 3 : Cette toute petite image (7,7 x 4,6 cm), du XVIIIe siècle, met en scène un groupe en train de danser accompagné d'un musicien dans une guinguette. Elle est gravée par Pierre Alexandre Aveline (v. 1702 – 1760) d'après Charles Eisen (1700-1777).

Voir les commentaires

Deux coiffures du XVIIIe siècle.

Les statistiques de l'administration de mon blog me permettent de savoir quels sont les articles les plus lus. Régulièrement un duo se détache largement du lot : Le théâtre antique et les conventions … classiques … et Coiffures du 18eme siècle. Je m'empresse donc de vous montrer deux de mes nouvelles acquisitions : des gravures de femmes du XVIIIe siècle coiffées de cheveux en « échelle de boucles », rubans, plumes, fleurs, bijoux ...

La première estampe provient du « 10e Cahier de Costume Français, 4e Suite d'Habillements à la mode. » « Dessiné par Desrais » « Gravé par Voisard » « Jolie Femme en Circassienne de gaze d'Italie puce, avec la jupe de la même gaze couvrant une autre jupe rose garnie en gaze broché avec un ruban bleu attaché par des Fleurs et glands et gaze Bouilloné par en bas, et des manchettes de filet, coiffée d'un Chapeau en Coquille orné de Fleurs et de Plumes. » « A Paris chez Esnauts et rapilly rue St. Jacques à la ville de Coutances A. P. D. R. [Avec Privilège Du Roi] »

L'autre gravure est signée : « D P. Inv. » « Avec Privilège du Roi ».

Voir les commentaires

Les travestissements

Article écrit par Guénolée Milleret de La Vendeuse d’images. 

Nous le savons, les bals costumés ont connu un engouement considérable, au 19e siècle, notamment sous le Second Empire. Il est vrai qu’au milieu de ce siècle, le genre du grand opéra connaît un véritable triomphe. Le souci d’authenticité historique et stylistique porte à son paroxysme la somptuosité des costumes. N’oublions pas que le théâtre et l’opéra sont l’équivalent, à l’époque, de notre télévision. Ils véhiculent les modes et exacerbent ce fameux goût pour le travestissement. Les bals costumés sont appréciés aussi bien dans les milieux populaires que dans la haute société. Mais c’est bien sûr à la cour impériale, sous le Second Empire, qu’ils sont les plus somptueux.

Fermez les yeux.

Nous sommes le lundi 9 février 1866. Sa majesté l’Impératrice donne un bal costumé au Palais des Tuileries. La souveraine porte une robe inspirée du 18e siècle, conformément à la fascination qu’elle porte pour la reine Marie-Antoinette. Peut-être est-elle vêtue, d’ailleurs, de cette robe de taffetas jaune ornée de rubans bleus et de nœuds noirs, dans laquelle elle s’est faite portraiturée par Franz-Xaver Winterhalter, en 1854… Les cheveux poudrés de blanc, Eugénie « à la Marie-Antoinette » ordonne l’entrée des ruches bourdonnantes sous des flots de bouillonnés de mousseline blanche. Nos danseuses-abeilles butinent de droite et de gauche, l’une s’approchant d’un rare Pierrot, l’autre virevoltant vers un fier grand seigneur de l’époque de Louis XIV. Puis l’essaim se recompose dans un bruyant froissement de taffetas et de satin, pour exécuter un ballet aérien.

Dans les bals masqués de la haute société, Arlequins, Colombines et Pierrots se font rares. Les costumes à la mode sont ceux de la Suisse ou de la province de Normandie. On aperçoit là, une élégante Bernoise, toute corsetée de velours noir ourlé d’or, relevant avec grâce sa traîne de satin cerise pour se diriger vers son fier Andalous, vêtu en culotte et veste de velours gros bleu, ornées d'effilé grelots, arborant un fier chapeau de feutre noir à bord gouttière et pompons noirs.

Le ballet se poursuit, alors que trois rangs plus loin, dans l’assistance, semble se désintéresser du spectacle un noble gentilhomme du temps de Louis XIII, absorbé par la conversation d’une mystérieuse égyptienne vêtue d’une tunique en voile de religieuse blanc, découvrant un corselet de satin bleu pâle recouvert de bandelettes. Brusquement, la mystérieuse au parfum d’exotisme se retourne et dévoile une bottine blanche avec cothurnes en galon d'or... Son attention se dirige vers un costume breton composé d’une veste, d’un plastron et de guêtres en velours vert et d’un pantalon large en casimir couleur bois. Aurait-elle reconnu sous les traits du breton un lointain amant ?

Nos danseuses-abeilles se dispersent à nouveau. Méphistophélès, en pourpoint et culotte de satin noir, zébré de velours en bande et orné de crevés en foulard rouge, en profite pour s’extraire habilement de la conversation d’une Jardinière Trianon accompagnée d’une Grisette sous Louis XIV. Notre homme drape d’un grand geste inquiétant son manteau Crispin en drap rouge et se dirige vers une jeune Arlequine 1830, qui vient juste d’entrer en société. Elle masque le rouge de ses joues sous un large éventail. Elle porte une jupe en satin, à disposition de carreaux variés de couleurs, ornée au bas d'un cordon de plumes noires, un corsage drapé en satin maïs, aux manches courtes très bouffantes. A la vue de Méphistophélès s’approchant, elle est emprise d’un fort émoi, sa respiration s’accélère, son geste est nerveux. Saura-elle résister aux avances de ce brillant homme à la réputation de séducteur peu scrupuleux ?

Mais revenons à l’assistance : ici, une Miss Dianah en costume de chasseresse attend impatiemment d’honorer son carnet de bal. Là, sous les traits d’une paysanne d’Auvergne, une jeune femme a grand soin de faire valoir une croix de diamants qui la distingue. Plus loin, semble s’ennuyer une Merveilleuse esseulée, mal à l’aise dans une redingote de style Transition, à rayures blanches et maïs, sous un chapeau trop petit, peu seyant : elle aurait rêvé de ce somptueux costume de magicienne en gros grain bleu garni de bandes de velours rouges brodées d'arabesques, une écharpe en taffetas noir posée en sautoir sur la jupe…

Le ballet des abeilles s’achève. Eugénie « à la Marie-Antoinette » ouvre le bal au bras de ce comte hongrois fort distingué sous les traits de l’empereur. A leur suite, une fière danseuse russe coiffée d’une kokochnik s’élance à son tour, accompagnée de son cavalier en costume allemand du 15e siècle. C’est alors qu’entrent à leur tour, dans la danse, l’Alsacienne et son page, la laitière et son seigneur Louis XIII, une marinière et son breton, un toréador et sa soubrette Louis XV, une japonaise et son mexicain, Madame Polichinelle au bras d’un écossais, un circassien désespérément éperdu d’une persane… Le tourbillon des valses qui s’enchaînent offre le spectacle d’un monde rêvé qui, le temps d’une soirée, ferait fi des frontières géographiques et des contraintes du temps.

A l’écart du tourbillon des valses, dans l’encadrement d’une lourde tenture de velours vert mousse, la Fée des salons, vêtue d’une robe de mousseline immaculée et corsetée d’un rose délicat, observe ce ravissement. C’est son premier bal costumé, elle n’a jamais rien vu de plus beau. Petite déjà, elle se rendait accompagnée de sa mère à des bals pour enfants, les costumes y étaient tout aussi somptueux. Mais aujourd’hui, c’est son entrée dans le monde, elle est la Fée des salons.

Ne brisons pas le charme.

Photographie 1 : La planche du Follet de 1838 représentant la fameuse "Fée des Salons" ;
Photographie 2 : La planche du Musée des Familles de 1858 mettant en scène, entre autres, le costume de magicienne à gauche de la bergère Trianon en rose, et à l'extrême droite, le costume breton ;
Photographie 3 : La planche du Journal des Demoiselles de 1892 montrant l'Arlequine 1830 et à gauche, une danseuse russe.

Guénolée Milleret

La Vendeuse d’images

Voir les commentaires

Le carnaval de Paris.

Photographies 1 & 2 : Début du chapitre consacré au Chicard du tome 2 de Les Français peints par eux-mêmes (1841).

Photographie 3 : « Costume d'Arlequine. » Illustration de La Vie élégante : littérature, voyages, beaux-arts, modes, sport ... (tome second, 1883).

D'après Wikipédia, le carnaval parisien est à son apogée le plus grand du monde. Déjà durant l’Antiquité, carnavals et autres saturnales sont dans le calendrier. L’usage du masque est commun dans le théâtre et d’autres rituels en particulier liés à Dionysos ou Bacchus. Comme c'est le cas avec la Comédie, la Tragédie ou la Satyre, le carnaval a une fonction de catharsis. Au Moyen-âge, les mascarades et autres charivaris sont très fréquents, et se jouent jusque dans les églises. La fête des Innocents (ou Fête des Fous) en est un exemple. Le carnaval parisien est attesté dès le XVIe siècle. Il est dans la continuation des fêtes médiévales. Il dure plusieurs semaines en hiver. Tout le monde court au bal. C’est un moment très festif, libre et parfois libertin. Un passage de Des Mots à la mode … (1692), de François de Callières (1645-1717), décrit un courtisan racontant sa rencontre galante avec une femme lors du dernier carnaval dont il ne sait pas qu’elle est mariée à son interlocuteur. Restif de la Bretonne donne des exemples de bals masqués datant du XVIIIe siècle. Il suffit alors de suivre dans la rue des masques pour se retrouver au milieu de l’un d’eux à faire une contredanse. Cette ambiance rappelle les cortèges de jeunes gens durant l’Antiquité qui se font accompagnés la nuit de musiciens parfois masqués pour se rendre d’un lieu de fête à un autre ou pour retrouver quelque courtisane qui offre un banquet privé ; et qui ivres s’exhibent dans les rues où très tôt dans la fraîcheur du matin encore sans soleil les ‘honnêtes’ citoyens se rendent à leurs premières visites. Le Bal de l’Opéra, donné à l’occasion du carnaval dès le XVIIIe siècle à raison de deux par semaine durant cette saison, est un bal costumé de l’aristocratie très prisé, se tenant dans la rue Louvois, pas très loin du Palais-Royal. Les costumes occupent aussi les nombreuses guinguettes aux portes de Paris (aux barrières), à l’extérieur de la capitale. Le point culminant du carnaval est le mardi gras. C’est en 1822, à cette période, à la barrière de Belleville, au sortir des guinguettes, qu’un cortège est organisé spontanément sous l’impulsion du Cirque Moderne pour rentrer dans Paris : c'est la descente de la Courtille qui se reproduit plusieurs années consécutives. Durant le carnaval de Paris les classes s’estompent et tout le monde danse et se déguise. On choisit le bal qui convient le mieux parmi de nombreux. Le carnaval est une fête 'cathartique' où certains aspects rigides de l’élégance sont battus en brèche ou même oubliés. Au XIXe siècle, les personnages importants de ces festivités sont Chicard, Pierrot, Domino, Arlequin(e), Débardeur et bien d’autres.

Photographie 4 : Une illustration du chapitre consacré au Chicard du tome 2 de Les Français peints par eux-mêmes (1841).

Le chicard est le maître des lazzi, c'est-à-dire des plaisanteries de théâtre, des bouffonneries qui allient mouvements et gestes burlesques. On appelle parfois ‘lazzi’ un mauvais plaisantin. Chicarder signifie danser à la manière d’un chicard. Un chapitre du tome 2 de Les Français peints par eux-mêmes (1841) décrit ce personnage. En voici quelques extraits : « Chicard, lui, s’est coulé et infusé tout entier dans le moule-carnaval. Là où tant d’autres, des profanes, des plagiaires, n’avaient vu que matière à entrechats et à police correctionnelle, il voit, lui, foudre de danse, regard d’aigle, matière à ovation, royauté vivante à improviser et à conquérir. […] Ce n’est que pendant le carnaval qu’on peut observer le chicard ; le reste de l’année, il rentre plus ou moins dans la catégorie de viveur […] le bal où l’on ne danse pas, mais où l’on roule et tourbillonne ; là vous le verrez, ou plutôt vous ne le verrez pas ; mais vous le devinerez ; on vous en montrera dix, et ce ne sera pas lui ; enfin, au milieu d’un cercle de curieux, d’une avalanche de pierrots, de débardeurs, de corsaires, vous découvrirez une pantomime sublime, des poses merveilleuses, irréprochables au point de vue de la grâce, des moeurs et du garde municipal. Callot et Hoffmann, Hogarth et Breüghel, tous les fous réunis ensemble, des prunelles dévorantes, une force comique incalculable, Sathaniel en habit masqué, un costume ou une furie qui résume les physionomies dansantes de tous les peuples, le punch Anglais, le pulcinella napolitain, le gracioso espagnol […] il a créé sa contredanse-chicard […] ce serait une hérésie de chercher Chicard et ses compagnons dans des bals vulgaires […] le masqué que Chicard privilégie de sa présence est donc véritablement consacré, c’est une vogue assurée ; la foule sera là, foule artistique et costumée qui cache souvent un blason et plusieurs quartiers de noblesse sous la veste du malin ou le paletot du pêcheur. […] Mais comment décrire l’ensemble de cette réunion vraiment unique qui ferait pâlir les nuits les plus vénitiennes, les orgies les plus seizième siècle. Imaginez des myriades de voix, de cris, de chants ; des épithètes qui volent comme des traits d’un bout de la salle à l’autre, des ovations, des trépignements, un pandémonium continu de figures tour à tour rouges, violettes, blanches, jaunes, tatouées ; et les quadrilles où l’on ne distingue qu’un seul costume, une flamme qui s’élance, tournoie et voltige ; une folie, un éclat de rire qui dure une nuit […] un tableau qu’il faut renoncer à peindre, car la parole ne reproduit ni le reflet volcanique du vin de Champagne, ni les rayons d’or et d’azur du punch enflammé […] Vous demandez dans quel lieu Chicard prend ses danseuses […] partout enfin où l’on choisit ses passions d’un mois, ses maîtresses d’un jour, ses plaisirs d’un moment. […] Ce n’est pas une danse, c’est encore une parodie ; parodie de l’amour, de la grâce, de l’ancienne politesse française, et, admirez jusqu’où peut aller chez nous l’ardeur de la dérision ! parodie de la volupté ; tout est réuni dans cette comédie licencieuse qu’on nomme le chahut. […] le danseur, ou plutôt l’acteur, appelle ses muscles à son secours ; il s’agite, il se disloque, il trépigne, tous ses mouvements ont un sens, toutes ses contorsions sont des emblèmes […] foule animée qui parle de tout et surtout d’amour ; les protestations et les railleries s’entrechoquent, un calembour coupe court à une déclaration, un serment se déguise sous un coq-à-l’âne. " – Donnez-moi votre adresse. – Je suis retenue jusqu’à la douzième. – Je vous prendrai à la sortie du bal. – Va pour le petit verre. »

Photographie 5 : « Chez Edouard & Butler - " Monseigneur, c'est tout à fait pour vous. " - " Ravissant !   Il ne me manquera que mon turban ! ... " » Lithographie originale en couleur, éditée en 1909 ou 1910. Extrait de l'album Monte Carlo. Dimensions : 500 x 330 mm (toute la feuille).

Les bals masqués sont un divertissement très prisé en France jusqu’à la seconde guerre mondiale. Il s’en donne dans les plus hautes sphères de la mondanité. Mais les bals de carnaval ne sont pas que l’affaire des adultes. Au XIXe siècle, et sans doute avant, on en organise (parfois de somptueux) pour les enfants.

Photographie 6 : « Domino. » Illustration de La Vie élégante ... (tome second, 1883). 

Voir les commentaires

La mode des amériques d'avant et après la guerre de 14-18 : le tango, les jazz-band, le swing, le fox-trott, les années folles ...

J'ai montré dans les articles des 28 et 31 octobre et des 4 et 7 novembre 2008 l'importance de la mode anglaise en France à partir du XVIIIe siècle. Mais au début du XXe siècle, ce sont les modes venues des amériques qui prennent le dessus. Le livre intitulé La Ronde de nuit (première photographie) offre quelques exemples des occupations très américaines de la jeunesse de l'avant et après guerre de 14-18. Il s'agit d'une compilation d'articles de Sem écrits pendant cette période et rassemblés par l'éditeur dans cette première édition originale de 1923. Le second article date d'avant la guerre : de 1912 « année mémorable qui vit le tango argentin, nouvellement débarqué à Paris, y risquer ses premiers pas compliqués. » Quelques lieux où on se passionne pour cette danse d'Amérique du sud y sont décrits. Le premier article (qui porte le titre du livre) date de 1920. Il évoque la mode d'Amérique du nord de l'après-guerre dans la capitale, durant les années folles : « Cet article est la description un peu poussée d'un dancing clandestin. Il a été écrit au lendemain de la guerre, après l'armistice. A cette époque, pour économiser la lumière électrique, disait l'ordonnace de police, tous les lieux de plaisir devaient être fermés à onze heures précises. Comme cela gênait les noctambules enragés on essaya de tourner la loi. Des tenanciers ingénieux organisèrent des dancings plus ou moins dissimulés, dénommés noblement « clubs », qu'ils éclairaient avec des lampes à pétrole et des bougies. » Une bande d'amis au sortir d'un dancing se rend dans un de ces lieux, une petite maison de banlieue abandonnée, dans laquelle se réunit toute la jeunesse chic de ce début des années folles pour y danser frénétiquement sur des rythmes noirs américains d'un jazz-band. L'avant dernier article est de 1921. Il s'articule autour de la danse : le fox-trott, le shimmy, les dancings, les restaurants à musique, les thés dansants, les danses en appartement au son d'un phono ... Le dernier papier, date de 1922. Il s'intitule « Brodway à Paris » : « Naguère, Montmartre avait le monopole des boîtes de nuit. Mais ce Montmartre frelaté (pas celui des artistes) s'est démocratisé à l'excès et les étrangers chics ont émigré vers des zones moins canailles. Leur essaim bourdonnant et doré s'est abattu un beau soir, on ne sait pourquoi, sur cette pauvre vieille rue Caumartin. C'est là que bat maintenant, avec le plus de frénésie, le rythme trépidant de la vie américano-parisienne. » L'auteur compare cette rue à « une sorte de Broadway en miniature » avec ses dancings comme le Teddy, le So different ... et surtout le Maurice's Club. De nombreux américains s'y retrouvent. On est ici près des fameux grands boulevards (Les Boulevards des Italiens, des Capucines et de Montmartre) puisque la rue de Caumartin débute au commencement du boulevard des Capucines.

Deuxième photographie : Page de la revue Fantasio (152) : « Un début dans le monde / en 1923 / L'invitation à la valse / dessin de Lorenzi. ». Fantasio est une revue satirique illustrée bimensuelle publiée à partir de 1907 jusqu'à la fin des années 1920. Dimensions : 29,8 x 20,6 cm.

Troisième photographie : Prospectus original (trouvé dans la cave du café Au Père tranquille dont l'emplacement est encore aujourd'hui en face des halles), d'époque 'Années folles' (1918-39), de 10,6 x 13,4 cm. « Paris la Nuit aux Halles – Au Père Tranquille – Cabinets Particuliers - Soupers » Au dos : « ''Au Père Tranquille'' / le célèbre Cabaret-Restaurant des Halles / 16, rue Pierre-Lescot, Paris-1er Tél.: Louvre 20-34 / Soupers - Dancing - Chants - Attractions / de minuit au matin/ Tous les Plaisirs et Amusements / dans le « Ventre de Paris » / La Fameuse Soupe à l'Oignon Gratinée à 6 francs / Le Champagne de Marque à partir de 50 francs / et tout un Souper à des Prix Modérés / - Bar : consommations 8 francs - » L'actuelle brasserie parisienne Au Père tranquille existe depuis la fin du XIXe siècle quand les halles (le ventre de Paris) sont encore présentes (elles sont remplacées par l'actuelle galerie marchande à partir des années 1970). Le prospectus date des années folles. A cette époque le lieu fait office de cabaret – restaurant avec soupers, dancing, chants et attractions. On remarque qu'il allie toutes les gammes (de la soupe à l'oignon à 6 fr au champagne à partir de 50 fr) et est donc largement ouvert tout en étant chic.

Voir les commentaires

Les occupations d'une petite maîtresse du XVIIIe siècle.

La Suite d'estampes pour servir à l'histoire des moeurs et du costume des Français dans le dix-huitième siècle (1775) offre une vision de l’occupation d’une journée d’une femme de son temps tout en présentant les modes des élégants et petits-maîtres (des deux sexes) de 1773 à 1774. L'emploi du temps consiste surtout à essayer de se distraire. Cela débute par le lever. La petite maîtresse se lève très tard, vers midi, après un sommeil aux rêves charmants : « Les songes d’une Femme jolie & sensible, ne peuvent être que des songes charmants. » Suit le bain. Elle y reçoit ses billets doux, y boit son chocolat. Elle s’habille avant la seconde toilette pendant laquelle elle se fait parer, coiffer … Un amant vient lui conter « Les nouvelles du jour les plus intéressantes, le récit des changements arrivés la veille dans l’empire des Amours. » Prête, elle peut s’adonner à la promenade du matin avec une « bonne Amie » avant de se retirer dans son boudoir : « les Modernes ont donné le nom de Boudoir à un Cabinet élégant, où les Belles sacrifient quelques moments à la retraite. » Seuls « l’Amant chéri » et « l’Amie de confiance » peuvent rentrer dans cet endroit « où tout respire la volupté ». Elle vaque ensuite à une occupation avec un petit maître qui vient la rejoindre : son prochain amant. Puis elle rend une visite inattendue à celui du moment qu’elle trouve en une plus charmante compagnie. Avant le spectacle, c’est le moment des confidences entre deux amies qui s'aperçoivent qu’elles sont trompées en même temps par le même homme. La représentation finie, c’est la promenade du soir avec une camarade. L’hiver, elle reste au chaud entourée d'amis, par exemple à parler de philosophie, sujet alors très à la mode ; ou bien elle se rend au bal s'il y en a un de prévu. « La journée écoulée en toilette, aux spectacles, dans les repas ; on se réunit, on forme cercle quand le lendemain s’annonce. » C'est vers minuit que l'on vient « passer la soirée » (comme cela se dit alors) chez la petite-maîtresse. On s'y adonne surtout à des parties de jeux. « L’après-souper est le moment le plus intéressant ; c’est celui où toutes les Femmes sont belles, où le rouge factice l’emporte sur les couleurs de la nature, où les diamants jouissent de tout leur éclat. » La journée se conclut par le coucher.

Photographies : Gravure du XVIIIe siècle. Les marges sont coupées et il est difficile de savoir si cette estampe est d'époque bien que cela soit fort possible. Papier vergé. Au dos est inscrit au crayon : L'aimable précepteur. Elle fait 26 x 21 cm. Elle pourrait être de vers 1770, de Louis Joseph Watteau dit Watteau de Lille (1731 – 1798), petit-neveu de Jean-Antoine Watteau. Le jeune précepteur, petit-maître timide et élégant, est une friandise à laquelle aiment goûter les petites-maîtresses du XVIIIe siècle.

Les occupations d'une petite maîtresse sont nombreuses et pas limitatives. L'apprentissage et le perfectionnement de ses connaissances en littérature, musique, danse ... dans les arts et les sciences en général lui font côtoyer des esprits plus ou moins charmants avec lesquels elle se divertit parfois, plus ou moins tendrement. Dans sa comédie : L'Été des Coquettes, représentée pour la première fois le 12 juillet 1690, Dancourt (1661-1725) met en scène quelques prétendants d'une petite maîtresse qui s'ennuie car la plupart des hommes qui lui sont agréables sont partis à la guerre. Dans un passage, elle s'amuse avec une autre coquette de son 'maître à chanter' monsieur des Soupirs qui soupire pour elle. Voici un passage : « SCÈNE VI. LISETTE. Voilà votre petit maître à chanter, madame. ANGÉLIQUE. Je ne prendrai point de leçon aujourd'hui. LISETTE. Ah ! madame, ne lui faites pas perdre son étalage. Il est paré, poudré, beau comme un Adonis; il a du blanc, du rouge et des mouches. CIDALISE. Ah ! ma bonne, en faveur du rouge et des mouches, il ne faut pas le renvoyer. Il nous réjouira. LISETTE. Ce serait un petit homme à s'aller pendre. ANGÉLIQUE. Mais je ne suis point en humeur de chanter, Lisette. LISETTE. Qu'importe? il vous fredonnera quelques airs nouveaux. CIDALISE. Je serai ravie de l'entendre. ANGÉLIQUE. Les coeurs tendres sont pour la musique : qu'il entre. CIDALISE. Clitandre te tient au coeur : quelque mine que tu fasses, tu es fâchée contre moi. ANGÉLIQUE. Eh! fi, fi, tu te moques; moi, fâchée pour la perte d'un soupirant! j'en ai tous les jours une vingtaine de renvoi dans mon antichambre. Approchez, monsieur des Soupirs, approchez. SCÈNE VII. CIDALISE. Ah! ma bonne, quel excès de magnificence! je croyais que la danse seule pouvait suffire à de si grands airs. ANGÉLIQUE. La danse a tenu quelque temps le haut du pavé ; mais monsieur des Soupirs fait prendre le pas devant à la musique. LISETTE. Ah! cela n'est-il pas juste? c'est la musique qui fait aller la danse, mais la danse ne fait point chanter la musique. CIDALISE. C'est une vérité, incontestable. LISETTE. Assurément; et par toutes sortes de raisons, les chevaliers de C sol ut doivent l'emporter sur les marquis de la capriole. DES SOUPIRS. Je me suis donné un carrosse depuis quelques jours, madame. ANGÉLIQUE. Un carrosse, monsieur des Soupirs! voilà une matière belle pour la médisance. Combien de femmes vont être soupçonnées d'avoir part à cet équipage! DES SOUPIRS. Vous ne sauriez croire, madame, tous les contes qui s'en font déjà, et les plaisanteries qu'on m'en dit à moi-même. CIDALISE. Elles n'ont rien de désavantageux pour vous, et vous êtes toujours le héros de tous les contes qu'on peut faire. DES SOUPIRS. Madame! LISETTE. Mais vous ne parlez point à monsieur de son teint. Où le prend-il, madame? On peut dire qu'aussi bien que les mouches, il est assurément de la bonne faiseuse. ANGÉLIQUE. Tais-toi donc, folle. LISETTE. Monsieur des Soupirs est bon prince, madame: il entend raillerie autant qu'homme du monde. CIDALISE. Mais voyez donc, madame, qu'il est bien fait, et qu'il a bon air! DES SOUPIRS. Madame! CIDALISE. Qu'il soutient spirituellement tous les compliments qu'on lui fait! DES SOUPIRS. Madame! ANGÉLIQUE. Comment, ma chère? c'est son moindre talent que la musique. DES SOUPIRS. Madame ! CIDALISE. Qu'il y a de délicatesse dans tout ce qu'il dit! LISETTE, à part. Voilà un pauvre petit diable en bonne main. DES SOUPIRS. À vous parler naturellement, madame, je n'ai jamais regardé la musique que comme un amusement. ANGÉLIQUE. N'a-t-il pas raison? DES SOUPIRS. J'étais né pour toute autre chose; mais je ne me repens point du parti que j'ai pris, puisqu'il me donne quelquefois les moyens d'être auprès de madame. CIDALISE. Ah! voilà du plus tendre et du plus délicat. ANGÉLIQUE. Malgré la guerre et la saison, je ne manque pas de fleurettes; comme tu vois. DES SOUPIRS chante. Le printemps de Paris chassera les plumets, / Les ardeurs de l'été feront tarir la Seine; / Mais sans adorateurs jamais / Nulle saison ne surprendra Climène. ANGÉLIQUE. Ah! que cela est joliment tourné! CIDALISE. C'est un impromptu, je crois. DES SOUPIRS. Oui, madame. ANGÉLIQUE. Climène, c'est moi, apparemment? DES SOUPIRS. Oui, madame. CIDALISE. Je ne croyais pas que monsieur des Soupirs fit des vers. LISETTE. Cela vous étonne? Fou, musicien et poète, qui dit l'un dit l'autre : c'est la même chose. CIDALISE. Poète et musicien! Il pourrait faire tout seul un opéra. ANGÉLIQUE. Ne pensez pas railler; il réussirait mieux qu'un autre. CIDALISE. Je ne raille point. ANGÉLIQUE. 'Allons, monsieur des Soupirs, chantez-nous quelque air nouveau, je vous prie, de votre composition. DES SOUPIRS. Voulez-vous prendre votre téorbe, madame? ANGÉLIQUE. Je ne saurais. DES SOUPIRS. Vous ne chanterez pas, madame? ANGÉLIQUE. Non; je vous prie de m'en dispenser. LISETTE. La voix de madame a la migraine. Chantez. DES SOUPIRS chante. Que je hais la clarté du jour! / Que cette nuit m'a paru belle! / Favorable à mon tendre amour, / Elle m'a fait revoir ma bergère fidèle; / Et le soleil, par son retour, / M'a forcé de m'éloigner d'elle. LISETTE. Ma foi, vous fûtes pourtant bien mouillé, et le soleil ou un fagot ne vous auraient point incommodé. DES SOUPIRS. Cet endroit n'exprime-t-il pas bien le chagrin qu'on a de quitter ce qu'on aime? Et le soleil, etc. ANGÉLIQUE. Cela est parfait. DES SOUPIRS. Les paroles, que vous en semble? CIDALISE. Elles sont d'une grande beauté. ANGÉLIQUE. Et tout-à-fait dans la nature. DES SOUPIRS. Elles sont vraies, du moins, et je sais la chose d'original. CIDALISE. Je l'entends; il en est l'auteur et le sujet. DES SOUPIRS. Madame... ANGÉLIQUE. Avec quelle modestie il s'en défend! Au moins, monsieur des Soupirs, je veux que vous me donniez cet air. DES SOUPIRS. Quand il vous plaira, madame. CIDALISE. J'en retiens un ; mais je veux savoir l'aventure. ANGÉLIQUE. Entrez dans mon cabinet, et faites-en deux copies en attendant qu'on nous serve. Vous dînerez avec nous. DES SOUPIRS. Madame ! ANGÉLIQUE. Conduisez-le dans mon cabinet, Lisette ; il y trouvera tout ce qu'il lui faut. LISETTE. Allons, venez, petit fripon. Cela est plus heureux qu'un honnête homme. SCÈNE VIII. CIDALISE. Tu n'es pas bonne, au moins. ANGÉLIQUE. Te crois-tu meilleure que moi ? CIDALISE. Je n'ai fait que te seconder. ANGÉLIQUE. Tu vois les plaisirs innocents que je me donne pendant l'absence du beau monde? CIDALISE. Ils sont innocents, il est vrai : mais penses-tu qu'on les regarde du bon côté. Ces petits messieurs sont fanfarons ; ils ont trop peu d'esprit pour s'apercevoir qu'on les raille, et trop bonne opinion d'eux-mêmes pour ne pas croire qu'on les aime. Ils se font un honneur de le publier, et ne trouvent que trop de personnes qui, par bêtise ou par malice, sont faciles à persuader. ANGÉLIQUE. Ah! que la morale a bonne grâce dans ta bouche, et que tu fais bien des réflexions! Nous verrons, l'hiver qui vient, de tes maximes sur les écrans. CIDALISE. Fort bien, et l'on fera peut-être un tableau d'almanach de tes aventures. ANGÉLIQUE. J'en serais ravie; cela me ferait connaître à mille gens qui ne savent pas que je suis au monde. SCÈNE IX. LISETTE. Monsieur des Soupirs est content comme un petit roi, madame. Il est entré mystérieusement dans votre cabinet comme si je l'eusse fait cacher, et je gagerais qu'il prend ceci pour une aventure dans les formes. CIDALISE. Tu vois que mes réflexions sont assez justes. »

Voilà donc pour illustrer la gravure qui dévoile une petite maîtresse beaucoup plus entreprenante avec son précepteur que ne l'est celle de la pièce qui s'en amuse.

Voir les commentaires

Le zazou et l'existentialiste.

Photographie : Couverture du Marie-Claire de février 1940 (n°155) avec une photographie de femme dans un style très zazou. Elle est élégante ; son chapeau a des couleurs fraîches, et elle est maquillée d'une façon caractéristique : rouge profond sur les lèvres, visage pâle rehaussé d'un léger pourpre sur les joues, yeux soulignés.

Le zazou fait partie de la lignée des petits-maîtres. Le terme viendrait d’une onomatopée. Ses habits rappellent ceux du gommeux dont certaines images le montrent avec une veste longue et quadrillée (voir article du 5 décembre intitulé : Le Gommeux). Le zazou, dont l’origine remonte juste un peu avant la seconde guerre mondiale (qui a 20 ans pendant cette guerre), est par contre en décalage avec la génération précédente (qui a 20 ans pendant la première guerre mondiale). Le type même de cette dernière porte un chapeau de paille de canotier à la Maurice chevalier (1888-1972), les cheveux courts, un costume serré trois pièces élégant, boutonné assez haut et plutôt sombre (bleu marine …), des guêtres blanches sur des chaussures noires, une canne … Le zazou a les cheveux longs et huilés, porte une longue « veste quadrillée » (à grands carreaux) ample qui lui tombe sur les cuisses avec de nombreuses poches à revers et souvent plusieurs martingales ce qui est assez provoquant à une époque où le tissu est rationné et en complet décalage avec le costume fasciste, une chemise à col haut qui prend le cou tenu par une épingle, une cravate étroite faite de toile ou de grosse laine, un costume croisé à quatre boutons et à grande encolure, serré au niveau du bassin. Le gilet peut être de couleur, le plus souvent dans un ton en harmonie avec le costume. Le pantalon est étroit et froncé. Le parapluie remplace la canne mais reste fermé. Les carreaux qui sont à la mode au moins depuis le XIXe siècle dans la jeunesse parent non seulement les vestes mais aussi les jupes, les parapluies et jusqu’aux voitures de certains zazous. La chanson Ils sont zazou que je retranscris un peu plus loin dépeint cet accoutrement. Évidemment toutes les fantaisies sont possibles mais c’est le type récurrent. Les femmes zazous ont de longs cheveux souvent blonds, bouclés ou tressés. Elles sont fardées avec un rouge à lèvre voyant et portent des lunettes noires. La veste est carrée au niveau des épaulettes. La jupe est courte et plissée. Leurs bas sont rayés ou même à résille et les chaussures avec des semelles de bois colorées et épaisses. Depuis l’arrivée du jazz en France, et l’époque swing de l’entre-deux-guerres, le jeune français à la mode s’extasie devant les nouveaux airs venus d’Amérique (du nord et d’Amérique latine). Le débarquement des alliés ne fait qu’accentuer cela. Le rock’n’roll prend petit à petit la relève. Pendant l’occupation, la vie du zazou parisien n’est pas de tout repos. Surtout à partir de 1942 où semble-t-il on assiste aux premières rafles et rossées de ces élégants dans les rues. Cependant ce mouvement perdure. Pour faire passer les chansons américaines, on les réécrit en Français … et ça marche ! On ne fauche plus le persil ; mais on continue à « faire » la place une telle, les Champs-Élysées (à la terrasse du Pam Pam) ... enfin tous les lieux parisiens de grande promenade. On se réunit pour danser et écouter de la musique parfois dans des caves ; mais le plus souvent dans des surprise-parties, dont le style ne change pas beaucoup de celui du film La Boom de Claude Pinoteau (1980), quand on a à faire à des adolescents de 14-17 ans. Il n’est pas nécessaire de projeter des idées libertaires, révolutionnaires, politiques ou autres sur des jeunes qui sont simplement de leur âge, parfois dans un contexte difficile. Voici les paroles de Je suis Swing (78T de 1939) de Johnny Hess : « La musique nègre et le jazz hot / Sont déjà de vieilles machines / Maintenant pour être dans la note / Il faut être swing / Le swing n'est pas une mélodie / Le swing n'est pas une maladie / Mais aussitôt qu'il vous a plu / Il vous prend et n'vous lâch'plus / Oh! je suis swing / Oh! je suis swing / Zazou, zazou, je m'amuse comme un fou. » Maintenant le texte de Ils sont zazous de Johnny Hess et Maurice Martelier (1942), interprété par Charles Trenet : « Les ch'veux tout frisottés / Le col haut de dix huit pieds / Ah! ils sont zazous / Le doigt comm'ça en l'air / L'veston qui traîne par terr' / Ah! ils sont zazous / Ils ont des pantalons d'une coupe inouïe / Qui arrive un peu au d'sous des g'noux / Et qu'il pleuve ou qu'il vente ils ont un parapluie / Des gross's lunett's noires et puis surtout / Ils on l'air dégouté / Tout ces petits agités / Ah! ils sont zazous ». En 1943, Raymond Vincy écrit Y a des zazous : « Un faux col qui monte jusqu'aux amygdales / Avec un veston qui descend jusqu'aux genoux / Les cheveux coupés jusqu'a l'épine dorsale / Voilà l'Zazou, voilà l'Zazou […] Wa da la di dou da di dou la wa wa ! … » Pour les zazous, jouer l'esprit de contradiction est primordial.

Photographie : Carte possible (14 x 9 cm) de vers 1945 représentant un zazou se baignant avec deux jeunes femmes zazous le prévenant : « - Quelle folle imprudence, Mr Zazou ! » Les baigneuses, bien qu'en maillot de bain, ont le visage très maquillé ce qui est caractéristique de cette mode, et le baigneur porte des lunettes noires, la veste à carreaux et de grosses chaussures. Le caricaturiste se moque de la frilosité et du caractère peureux du zazou. Les petits-maîtres sont souvent considérés comme craintifs voir lâches. En vérité c'est tout le contraire. Ils ont un sens de l'honneur très développé et malgré leur apparence frêle sont souvent très courageux. C'est le cas des incroyables durant la Révolution et des zazous pendant la seconde guerre mondiale ou même des petits crevés. Leur aspect délicat et leur côté insouciant leur permettent de continuer à afficher leur liberté même dans les moments les plus terribles de notre histoire.
Photographie : Couverture de Ces gens de Sartre ville de Liliane Gaschet (Paris, Self, 1953, collection : Café de Flore). Roman reportage sur Saint-Germain-des-Prés et la faune du Café de Flore. Cette couverture est un petit résumé de la mode existentialiste : Sartre, le Café de Flore, la Garçonne, l'intellectualisme nonchalant, les carreaux.

Au sortir de la guerre tout va beaucoup mieux. Les jeunes continuent à se réunir dans les cafés et les caves. C'est l'époque des existentialistes. Si l’Existentialisme est une philosophie dont Jean-Paul Sartre est le fer-de-lance, c’est aussi une véritable nouvelle vague établie dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés à Paris. Là se concentrent les lieux à la mode avec certains cafés, caves (ou clubs) où on danse sur du jazz, théâtres, hôtels, restaurants et librairies. Le Lipp, le Flore et les Deux Magots sont sans doute les plus connus de ces cafés qui tous se trouvent tout près de la place St-Germain-des-Prés. Parmi les caves, citons celles du Tabou, ou du Vieux-Colombier. Boris Vian (1920-1959) publie en 1951 un Manuel de Saint-Germain-des-Prés où il donne moult détails de la vie palpitante de ce quartier. Avec l’Existentialisme, comme c’est le cas avec les mouvements littéraires et artistiques parisiens précédents, se déploie un dandysme intellectuel appuyé par un sentiment de liberté d’après guerre qui continue avec la Nouvelle vague dès la fin des années 50 et trouve son paroxysme en mai 1968 avec le mouvement étudiant de gauche contestataire. Le look ‘minet’ est très présent chez les hommes alors que les filles s’habillent (et parfois se coiffent) à la garçonne. Boris Vian donne une description de ces jeunes gens : « SIGNALEMENT DE L’EXISTENTIALISTE De sexe masculin : - Chevelure en broussaille, retombant en boucles sur le front. (Voir le célèbre portrait d’Arthur Rimbaud, patron des existentialistes). – Chemise ouverte jusqu’au nombril, hiver comme été. – Chaussettes de couleur vive, à raies horizontales multicolores. – L’existentialiste, n’ayant pas de chevet, ne se sépare jamais du livre de Sullivan : " J’irai cracher sur vos tombes ". De sexe féminin : - Chevelure tombant droit jusqu’à la poitrine. – Dans les poches de son pantalon, quelques souris blanches apprivoisées. – L’usage du fard est rigoureusement interdit. EMPLOI DU TEMPS DE L’EXISTENTIALISTE Type pauvre Au printemps et en été : de 11 h. à 1 h. : bain de soleil au " Flore ". A 1h. : déjeuner, le plus souvent à crédit, dans l’un des bistrots du quartier. L’un de ces bistrots, rue Jacob, est familièrement appelé : " Les Assassins ". De 3 h. à 6h. : café, au " Flore ". De 6 h. à 6h. " : travail dans l’une des chambres où l’un des rares existentialistes a pu, jusqu’à présent, se maintenir. De 6h. " à 8 h. : " Flore ". De 8 h. à minuit : " Bar Vert ". De minuit à 10 h. du matin : " Tabou ". Le dimanche, le " Flore " est remplacé par les " Deux Magots ". Le samedi, le " Tabou " par le " Bal Nègre ". » On danse sur du be-bop. L’existentialiste est un mélange de ce qui le précède (les avant-gardes du quartier Montparnasse d’avant la guerre et les zazous de l’occupation) et d’une réelle nouveauté. Les intellectuels, les poètes y ont une place importante, comme le tout-venant. Quant à Saint-Germain-des-Prés, si les intellectuels le remettent à la mode dès les années 30, il est à remarquer que Bertall dans La Comédie de notre temps, écrit en 1874 que ce quartier (le faubourg Saint-Germain) est chic.

Au XXe siècle (jusqu’aux années 70), on rencontre une forme de ‘gandisme’ politique de gauche comme de droite. Ces gandins là sont intellectuels et militants. Cependant il est important de signaler que le gandin ne suit pas de clivages politiques établis. Le crédo qui le définit comme tel est une véritable élégance, modernité, innovation, beauté, énergie… Enfin, il est nécessaire de dire que les petits-maîtres français n’expriment pas toujours leur beauté par de l’ultra-chic. Parfois, la recherche de leur toilette est dans le négligé. Souvent, ils expriment la modernité, l’inventivité, la coupure avec la mode qui les précède. Il en est ainsi avec le grunge qui venu des Etats-Unis se retrouve dans les années 90 en France avec son no-style adolescent. Il est à remarquer que depuis le no-future punk et la new-wave mécanique, le no-style est vraiment l’apanage de la fin du XXe siècle et du tout début du XXIe. Nous reparlerons de cela avec le branché, phénomène lui aussi très parisien.

Photographie : Les Temps Modernes. Revue de Jean-Paul Sartre.

Voir les commentaires

Le miroir de la toilette : réflexions.

Photographie 1 et 2 : Miroir en bois sculpté et doré d'époque Louis XVI présenté sur le site de la galerie Wanecq. Il est composé « d’une moulure d’encastrement ornée de fines perles et de feuilles d’eau accompagnée de chutes en drapés de feuilles de laurier. Le riche fronton découpé et ajouré est une allégorie de la paix et de l’amour. Il est orné d’instruments de musique, d’une partition, d’une torche, d’un arc et d’un carquois, l’ensemble de la composition couronné de rameaux d’olivier et de fleurs. Au centre du fronton posées sur un tambourin deux colombes s’échangent un brin d’olivier. » Hauteur de 203 cm et largeur de113 cm.

Photographie 3 : Miroir chevalet, tel celui que l'on pose sur la table de toilette, d'époque Louis XIV. Il a un « encadrement mouluré, marqueté d’écaille brune et de laiton. La partie supérieure cintrée. Ornementation de bronzes, à l’amortissement un mascaron. Au revers, marqueterie Boulle sur fond d’écaille brune, décor rayonnant d’une tête de personnage dans des encadrements de lambrequins, palmettes, rinceaux et entrelacs. A la base, deux lions affrontés. D’après des modèles de Bérain. » Objet d'art de la galerie Wanecq à Paris. 

La langue française a de jolis mots, comme celui de ‘réfléchir’. Il indique en même temps le reflet et la pensée. Cette dernière n’est-elle pas la réflexion de ce que le miroir et notre entourage nous renvoient ?

Si certains ne sont pas d’accord, personne ne mettra en doute que cette homonymie est emprunte d’une réelle poésie. Et puisque je trouve la pensée et les mots délectables, même s'ils n'expriment que des termes (la fin étant aussi le commencement : naître avant terme ...) : des limites utiles pour communiquer et vivre harmonieusement ensemble, je continue ... Notre environnement crée des images dans notre esprit qui lui-même agit sur ce qu'il appréhende et se reflète en lui. Il en résulte un habitus (une hexis en grec) : une intégration et connaissance profonde participante de l'entourage. C'est un jeu de miroirs qui scintillent en nous. Ils brillent dans la délectation du présent qui se savoure par tous les sens qui sont la manifestation concrète de cette danse brillante. Celle-ci s'exprime notamment dans l'hexis corporelle et le jeu avec les codes. Le tout est tel un diamant brut pouvant se tailler en autant de facettes (qui reflètent tels de petits miroirs) que l'on souhaite, se subdivisant à l'infini dans notre appréhension polie du monde dans tous les sens du terme : polissage de la gemme et politesse ; apportant lustre et éclat. Nous sommes tous constitués à partir de cette même matière précieuse, donc égaux. La base est toujours belle et bonne (bien que pouvant être soit rustre, soit salie, soit cachée). La différenciation ne se fait que dans la culture que nous intégrons, son savoir : le polissage qui n'est que l'ouverture du champ des possibles. Le diamant ne reflète pas grand chose avant d'être poli ; le miroir n'est pas su exister avant d'être présenté au regard ... ; ainsi des vérités oubliées ou encore inconnues restent en attente des conditions et des yeux qui se posent sur elles. Mais le terme de réflexion n'est pas assez fin. Il ne s'agit pas de pensée mais d'une intuition. Ce savoir qui n'est pas une histoire de classes ou de connaissances, mais de sensibilité, est une des bases du bon goût. Il voit les choses avec distinction, ne les confond pas, ne mélange pas ce qui n'est pas fait pour l'être. Ce n'est pas non plus quelque chose qui s'enseigne : cela se montre par l'exemple et puis est particulier à chacun car nous avons tous des points de confort différents, la mode étant là pour harmoniser cette richesse incommensurable. Un des aspects de l'élégance française, c'est la juste mesure entre la simplicité de ton et la sophistication, la connaissance de ces extrêmes qui n'en sont pas, le discernement : agir à bon escient ... une pratique de gourmet de la vie.

C'est avec une image de l'Antiquité que je conclus cet article, une iconographie pleine de magie qui semble représenter une jeune femme romaine à sa toilette. Le site de la Réunion des Musées Nationaux reproduit ce détail de la fresque de la Villa dite des Mystères, de Pompéi, peinte vers 70-60 av. J.-C., avec Cupidon (Amour, Eros) qui paraît tendre un miroir à une femme assise qui se coiffe. Cliquez ici pour voir la photographie.

Voir les commentaires

Les faux élégants.

Comme l'indique le titre, cet article définit certains faux élégants. Il est très long car je ne souhaite pas écrire plusieurs papiers sur ce sujet. Mais comme mes recherches sur les petits-maîtres de l'élégance française m'ont apporté des informations sur eux, je pense qu'il peut être intéressant pour le lecteur de les avoir. On y trouve définis les termes de libertin(e), décadent, évaporé(e), efféminé, vieux-beau ou ex-beau, décati, décavé, masher, pschutteux, rastaquouère, snob, pédant, Marie-Chantal, barbouillée, bourgeois, endimanché, coq. Dans un autre article, je parlerai de tout ce qu'on appelle au XIXe siècle le demi monde, et des prétendants au monde : mondain, demi-mondain(e), dame aux camélias, homme aux camélias, dame du lac, accrocheuse, lorette, essuyeuse de plâtres, Arthur, greluchon, cascadeuse, maquillée, casinette, boule-rouge, petite dame, petit monsieur, fille de marbre, pré-catelanière, casinette, pèche a quinze sous, traviata, gigolette, gigolo. Les faux élégants sont nombreux même parmi les petits-maîtres et les raffinés ... en fait surtout parmi eux ... Au temps des incroyables et des merveilleuses d’après la Révolution, un grand nombre d’opportunistes se font passer pour eux afin de bien se faire voir (c'est le temps des arrivistes et de la jeunesse dite dorée) ou dans le but d'attirer les clients pour les prostituése ou les proies riches chez les demi-mondaines. De fait, pour beaucoup, les petits maîtres sont des prétentieux et les petites-maîtresses plus ou moins des grues. Par la suite, les faux élégants sont légions. À cette époque (au XIXe siècle) plusieurs noms font référence à des vieux beaux, des snobs, et autres amènes fictifs comme les pschutteux, rastaquouères ou mashers. À cela s'ajoute la foule des petites dames et demi-messieurs, lorettes et compagnie. Ce sont des plus ou moins grandes demi-mondaines et des viveurs, assez jeunes car subsistant de leurs atouts. Ils sont en grande partie le fruit de l'exode rural ; sont coquets, fréquentent ou essaient de frayer dans le grand monde. Mais comme je l'ai dit, ce sera le sujet d'un autre article. Tout ce spectacle n’est pas très ragoutant mais explique en grande partie la situation actuelle en ce début de XXIe siècle et l’évanouissement de l’élégance dans des vapeurs plus éthérées ; tellement ‘hautes’ qu’on ne la distingue même plus !

LIBERTIN(E). DÉCADENT. ÉVAPORÉ(E). EFFÉMINÉ. Pour commencer, j’inclus ici les libertins et libertines car, pour la plupart, ils détournent l'esprit galant raffiné, enjoué et libre afin de masquer et accomplir leurs perversions qui n'ont rien de raffinées, galantes ou amusantes et qui enferment l'esprit et le corps plus qu'ils ne le libèrent. Le libertin est avant tout associé au début du XVIIe siècle et au règne de Louis XIV (1643-1715). On le retrouve après cette période. Tristan L’Hermite (1601-1655) et Charles Sorel (après 1582-1674) qui écrit Les Lois de la galanterie (1644) sont de véritables libertins qui s’affichent comme tels. Dans son livre La mode, ou Caractère de la religion, de la vie, de la conversation, de la solitude, des compliments, des habits et du style du temps (1642), François Grenaille (1616-1680) définit le libertin comme croyant qu’il n’y a rien au-delà des sens. Certains petits-maîtres sont eux-mêmes libertins. Dans ce mot il y a liberté : une indépendance vis-à-vis des règles qui ne s’exerce pas seulement dans le domaine du sexe, mais aussi de la pensée, l’expression et bien d’autres terrains. Dans Les Nuits de Paris (1788-1794), Restif de la Bretonne (1734-1806) utilise souvent ce mot. On dit aussi ‘libertine’ ou ‘fille ‘ bien que ce dernier désigne avant tout une prostituée. Le libertin est vraiment l’acteur de la vie nocturne parisienne du XVIIIe siècle. Il est de toutes les parties fines, et dans tous les lieux où il peut accumuler ses conquêtes : dans les manifestations populaires, les académies (salles de jeux), les billards, les cabarets, les théâtres où se jouent des pièces libertines, certains soupers, bals … enfin dans toutes les distractions qu’offre ce siècle où cet homme (ou cette femme) peut trouver ce qu’il désire. Le décadent est une autre forme de faux élégant. Il y en a différentes sortes dont certaines s’approchent de l’élégance comme ceux qui ne se soucient pas du qu’en-dira-t-on et font à leur convenance en suivant leur liberté. Contrairement à d’autres décadents, cette sorte cultive le bon-goût tout en s’adonnant aux plaisirs fins que d’aucuns considèrent comme mauvais. Elle n’impose rien à quiconque et ne veut recevoir d’ordres de personne. Elle ne s’adonne à aucune bassesse mais paraît décadente dans le miroir du rustre. On utilise parfois le terme d’évaporés pour qualifier certains jeunes gens n’ayant pas les pieds sur terre, pas très ‘futfut’ (futés). « Les évaporées, qui dansent par tout sans violon, qui chantent tout sans dessein, qui parlent de tout sans garantie, et qui répondent à tout sans malice, à ce qu'elles disent. » écrit l’abbé d’Aubignac (1604-1676) dans Histoire du temps ou relation du royaume de coquetterie extraite du dernier voyage des Hollandais aux Indes du levant (1654). Le terme s’emploie au masculin ou au féminin au XVIIe siècle jusque dans la première moitié du XIXe pour des étourdis. C’est surtout au XVIIe qu’il définit aussi un (ou une toujours) extravagant. Enfin il y a l’efféminé. Dans Les Nuits de Paris (1788-1794), Restif de la Bretonne (1734-1806) donne l’exemple d’efféminés « dix fois plus femmes que les femmes ». Il les appelle aussi ‘antiphysiques’. Dans Les Plaisirs des dames (1641), François Grenaille (1616-1680) écrit en parlant des damoiseaux qu’ils sont beaucoup plus efféminés que les femmes.

VIEUX-BEAU OU EX-BEAU. DÉCATI. Le faux élégant ne se reconnaît pas obligatoirement avec facilité quand il est jeune, tout auréolé de sa fraîcheur ; mais il vieillit alors mal. Le jeune beau devient le vieux-beau (Photographie d'une illustration légendée « Le vieux beau » de La Vie élégante datant de 1883). On dit aussi au XIXe siècle ‘ex-beau’. J'ai écrit tout un article sur 'Les vieux beaux' le 14 avril 2008. Les anciens beaux sont parfois appelés des décatis. Albert Millaud (1844-1892) en décrit un dans un chapitre entier (photographies de la première page de celui-ci et d'illustrations) de Physiologies Parisiennes datant de 1886, au cours de tout un chapitre lui étant consacré et dont voici un passage : « Le décati n’est pas un homme qui a vieilli. Vieillir est tout un art. Le décati voudrait être et avoir été. Il a été charmant, délicieux, irrésistible, il veut être encore irrésistible, délicieux, charmant, et n’est que décati. Le décati a eu son heure de gloire dans les dix dernières années de l’Empire ; des petits crévés c’était le roi, comme le roitelet l’est parmi les oiseaux-mouches. Il était plus petit, plus exigu, plus frêle, plus femme que les autres. Il a fait la joie des petits salons de Compiègne et a rencontré d’inoubliables succès dans les boudoirs des beautés de l’époque. S’il avait eu quelque envergure, il se serait transformé et l’âge, en le marquant, ne l’aurait pas détruit. Si, jeune homme, il avait été beau, il serait resté beau, il n’a été qu’extrêmement joli, il n’est plus qu’extrêmement décati. […] Il portait une fine moustache blonde, des cheveux de femme en petits bandeaux bien frisés ; des cils soyeux ombrageaient son regard. […] Il avait un petit déhanchement qui faisait pâmer les jeunes filles et dont raffolaient les beautés mûres. […] Il a gardé son goût pour les costumes trop jeunes, les carreaux voyants, les coupes enfantines, les cols démesurément ouverts […] ».

DÉCAVÉ. MASHER. PSCHUTTEUX. RASTAQUOUÈRE. SNOB. PEDANT. MARIE-CHANTAL. Décavés et mashers sont des hommes de faux chic. On trouve ces appellations dans Modernités de Jean Lorrain (1885) : « Corrects et mis à peindre, en costume gris fer, / Tubés, rasés de près et la peau satinée / Deux par deux, stick en main, toute la matinée, / On les voit faire au Bois les cent pas du masher. / L’un doit à son coiffeur sa moustache d’or clair, / L’autre à son corsetier sa taille boudinée, Le troisième à Guerlain sa peau veloutinée / Et chacun au mépris l’objet dont il est fier. / Vieux beaux, pourvus trop tard de conseils de familles, / Prétentieux chercheurs de beaux-pères rêvés, / De la Concorde au Bois, ce sont les décavés. / Les décavés, dit-on, au fond ce sont des filles, / Filles sous leur fraîcheur de mâles trop lavés, / Comme les filles, las de n’être pas levés. » La définition commune du décavé est très différente. Elle le dépeint comme une personne s’étant ruinée au jeu ou s’étant faite plumer par une femme de mauvaise compagnie. Le pschutteux (photographie) prétend être un élégant sans en être un. Ce mot est usité au XIXe siècle. On lit dans Trop de chic de Gyp (1900) que « le « pschutteux » est à l’homme « chic » ce que la chicorée est au café … ça y ressemble quand on n’y a pas goûté … ». On dit aussi : « les gens pschutt », « un homme pschutt » pour dire de faux chic, prétentieux. Sous le mot de rastaquouère, on désigne au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe, un type de personnage généralement sud américain, affichant un luxe ostentatoire et de mauvais goût, prétendument riche mais souvent un simple escroc (photographie de la première page de Le Journal du 15 juin 1898 représentant un rastaquouère avec comme légende : « Y brille rien, le rasta ! - Oui, mais pourvu qu'il éclaire ! »). Ils ont souvent un fort accent sud-américain. Là aussi, Albert Millaud (1844-1892) occupe tout un chapitre à ce caractère dans Physiologies Parisiennes datant de 1886 (photographie d'une illustration pleine page de ce livre intitulée « Le Rastaquouère à Paris ») : « Encore un Américain, mais du midi. C'est le Marseillais du Nouveau Monde. Il est exubérant, voyant, clinquant, bruyant. Bien que le mot rastaquouère soit appliqué à Paris à tous les exotiques, le vrai, le seul rastaquouère est Brésilien, Chilien, Bolivien, Argentin et Vénézuélien. On trouve en lui de l'Indien, du Caraïbe, du Mohican, de l'Espagnol, du Portugais. Sa figure a le ton du vieux bois, ses cheveux noirs sont luisants et parfumés, sa toilette est criarde et trop riche. Il est constellé de bijoux. Il porte tant de diamants, que ceux-ci finissent par n'avoir plus de valeur. Ils deviennent des bouchons de carafe. Le rastaquouère les exhibe partout, à sa cravate, à sa chemise, à son bras, à tous ses doigts, à sa boutonnière, à son gilet. Du plus loin que vous apercevez le rastaquouère, sa présence vous est signalée par un éclat insupportable et des parfums idem. Diamant et musc. De plus près, il vous absorbe dans un flot de grimaces et un flux de paroles vertigineuses, prononcées avec une sonorité de casserole. Le rastaquouère est généreux et fastueux. Il a une grosse gaieté et il aime le tapage. Le plaisir est son but, sa vie, son rêve. Il y laisse toute sa vigueur et toutes ses plumes. C'est, en définitive, un bon garçon que l'on exploite plus qu'il n'exploite les autres. Le rastaquouère, à force de faste et de magnificence, finit presque toujours dans la peau d'un décavé. ». Cependant, petit à petit l'Amérique devient à la mode, et au début du XXe siècle, de très nombreuses tendances viennent de là, des amériques du sud comme et du nord. Pendant le XIXe siècle, c'est la mode anglaise qui reste prépondérante en France et amène une quantité de nouvelles formes de vrais ou faux dandys. Le terme de snob employé dès le XIXe siècle est emprunté à l’Anglais et suit le goût de ce siècle pour la mode venant d’outre-Manche. C’est une sorte de pédant, lui aussi le résultat d’un aspect de certains petits-maîtres français qui croient que l’élégance ne consiste qu’à en imposer ; et qu’être pédant est la condition sine qua none pour se distinguer de la masse, qui elle non plus, n’est pas toujours très agréable avec le petit-maître (voir les muscadins à la Révolution ...). Un style snob célèbre est Marie-Chantal : un personnage de fiction inventé par Jacques Chazot (1928-1993). Dans Les Carnets de Marie-Chantal de 1956 (photographies de la page de couverture et d'une illustration : « Qu'on ne me dérange pas ! Je hâle. ») Sa description est tout à fait croustillante. C’est l’hebdomadaire Elle qui publie pour la première fois les histoires de cette snob et rend célèbre son auteur le danseur Jacques Chazot qui est aussi à l’origine du film tourné par Claude Chabrol : Marie-Chantal contre docteur Kha (1965). Dans les années soixante, on appelle alors comme cela toute jeune française snob, d’une « férocité » et d’une « inconscience » caractéristique. Mais franchement, j'ai vu vraiment beaucoup plus de férocité et d'inconscience dans le monde contemporain de la fin du XXe siècle et du début du XXIe ou dans certains moments de l'histoire que dans ce livre.

BOURGEOIS. Parmi les faux élégants il y a le bourgeois qui cherche à devenir aristocrate ou à l'imiter. Sa définition change avec le temps. Dans la bouche de la noblesse, et donc surtout avant la Révolution, il a une connotation vulgaire. Par la suite, le ‘bas peuple’ emploie ce terme pour désigner le haut du pavé, ‘le gratin’, la haute bourgeoisie aussi bien que la petite. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, de nombreuses comédies mettent en scène des bourgeois qui cherchent à s’anoblir en épousant une comtesse ou un chevalier comme dans la comédie Le Chevalier à la mode (1687) de Dancourt (1661-1725), auteur qui compose sur les faux élégants, ainsi que sur la mode, les coquettes ... Dans Les Bourgeoises à la mode (1692) il montre que la mode étant un des divertissements favoris des nobles, les bourgeois ambitieux essaient de la suivre, en imitant leurs habits, manières, langage… Dans Les Bourgeoises de qualité (1700) il met en scène des bourgeoises ayant des velléités aristocratiques. Elles veulent épouser un noble ou acheter un titre, sont coquettes dans leurs accoutrements et leurs manières, jouent de l'argent (mais perdent), donnent à souper (« nous aurons les violons, de la musique, un petit concert, le bal, et une espèce d'opéra même ... »), essaient de mettre en scène la passion (« j'avais même dessein qu'il m'enlevât [...] Nous nous serions mariés en cachette, incognito, sous seing-privé, pour éviter les manières bourgeoises. » Les Mots à la mode (photographie) est une « petite comédie » d'Edme Boursault (1638-1701), représentée pour la première fois en 1694, où, comme l’écrit l’auteur dans son ‘Epître’, sont dévoilées « dans leur jour toutes les extravagances de la Mode, & toute l’impertinence des faux Nobles ». Il s’inspire d’un ouvrage publié, en 1692, s'intitulant Des Mots à la mode et des nouvelles façons de parler. Avec des observations sur diverses manières d’agir & de s’exprimer. Et un Discours en vers sur les mêmes matières, par François de Callières (1645-1717) qui le fait suivre en 1693 : Du bon et du mauvais usage dans les manières de s'exprimer, des façons de parler bourgeoises et en quoi elles sont différentes de celles de la Cour. Dans cette comédie, des femmes voulant se départir de leurs « vestiges bourgeois » cherchent à paraître des dames de qualité en usant de mots nouveaux. Un des maris découvre les notes de son épouse et en les lisant se croit ‘cocufié’. Il s’agit des dépenses des derniers habits, coiffures et parures de sa femme qui portent des noms prêtant à confusion. C’est un témoignage intéressant sur la mode à cette époque, du paraître, des extravagances et surtout des situations cocasses dont elle peut être à l’origine. On s’y moque de fournisseurs comme « Monsieur Coquerico, Marchand de Savonnettes » ou « d’un bon Marchand à grande porte cochère, où l’étoffe par aune est d’un écu plus chère ». Voici un extrait : « NANNETTE. Ce qui dans cet Écrit vous paraît des injures sont des noms que l’on donne aux nouvelles parures. Une Robe de Chambre étalée amplement, par certain air d’Enfant qu’elle donne au visage, est nommée Innocente, & c’est du bel usage. Ce Manteau de ma sœur si bien épanoui, en est un. Monsieur JOSSE. Cela est une Innocente ? BABET. Oui. Sont-ce là des Sujets pour vous mettre en colère ? NANNETTE. Voilà la Culebute, & là le Mousquetaire. BABET. Un beau Nœud de brillants dont le Sein est saisi, s’appelle un Boute-en-train, ou bien un Tâtez-y. Et les habiles Gens en Étymologie, trouvent que ces deux mots ont beaucoup d’énergie. NANNETTE. Une longue Cornette, ainsi qu’on nous en voit, d’une Dentelle fine, & d’environ un doigt, est une Jardinière : Et ces Manches galantes laissant voir de beaux bras ont le nom d’Engageantes. BABET. Ce qu’on nomme aujourd’hui Guêpes et Papillons, ce sont les Diamants du bout de nos Poinçons ; qui remuant toujours, & jetant mille flammes, paraissent voltiger dans les cheveux des Dames. NANNETTE. L’homme le plus grossier & l’esprit le plus lourd sait qu’un Laisse-tout-faire est un Tablier fort court : J’en porte un par hasard qui sans aucune glose, exprime de soi-même ingénument la chose. BABET. La coiffure en arrière, & que l’on fait exprès pour laisser de l’oreille entrevoir les attraits, sentant la jeune folle, & la Tête éventée, est ce que par le Monde on appelle Effrontée. NANNETTE. Enfin, la Gourgandine est un riche Corset entrouvert par devant à l’aide d’un Lacet : Et comme il rend la taille & moins belle & moins fine, on a crû lui devoir le nom de Gourgandine. Vous avez pris l’alarme avec trop de chaleur. » La pièce la plus célèbre sur ce sujet est sans aucun doute Le Bourgeois gentilhomme (1670) de Molière (1622-1673). Le bourgeois M. Jourdain, veut adopter les façons d’un noble grâce à son argent. Il commande un nouvel habit, apprend les manières des gens de qualité, les armes, la danse, la musique et la philosophie, autant de choses qui lui paraissent indispensables à sa nouvelle condition de gentilhomme … Il s’ensuit une comédie-ballet truculente. Dans une autre pièce de Molière : George Dandin ou le Mari confondu (1668), c’est un riche paysan qui en échange de sa fortune acquiert un titre de noblesse : « Monsieur de la Dandinière » … Ce ne sont que quelques exemples de textes d’époque sur ce sujet parmi d’autres où le bourgeois est sévèrement égratigné comme dans ce passage de Des Mots à la mode et des nouvelles façons de parler. Avec des observations sur diverses manières d’agir & de s’exprimer (1692) de François de Callières (1645-1717) : « L’Opéra & la Comédie, répondit la Dame, sont devenus des divertissements bourgeois, & on ne les voit presque plus à la Cour. Cela est vrai, reprit la Marquise, & je me suis souvent étonnée comment on abandonne à la bourgeoisie des plaisirs qui ne devraient être destinés que pour les personnes de notre qualité. Je m’étonne encore, ajouta-t-elle, comment on permet aux bourgeoises de s’habiller comme nous ; […] mais elles n’ont jamais les bons airs des femmes de la Cour, quelque soin qu’elles prennent de les copier ; cela ne se sait point mettre, ce sont des airs gauches, de petites manières, & surtout des discours bourgeois, qui les font toujours connaître pour ce qu’elles sont. »

ENDIMANCHÉ. COQ. Et puis il y a toute la série des endimanchés. Depuis sans doute que la messe du dimanche existe, l’endimanché se présente dans sa plus belle tenue pour fêter le jour du repos dominical. L’expression désigne aussi tous les gens qui se mettent sur leur trente-et-un pour sortir dans les endroits de Paris les plus chics comme les Boulevards ou les Champs-Élysées au XIXe siècle alors qu’ils n’ont pas l’habitude d’être aussi bien habillés dans leur quotidien. Cette utilisation est très ancienne puisqu’on trouve déjà sa définition dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694) : « Endimancher, s'endimancher. v. n. p. Mettre ses habits de Dimanche. Terme de raillerie qui se dit d'un Bourgeois, qui a mis ses beaux habits. Il s'est endimanché. ». Cette même édition du Dictionnaire donne la définition du coq : « On appelle figurément, Coq, Celui qui est le principal en quelque endroit, qui s'y fait le plus paraître, soit par son crédit, ou par ses richesses. Il est le coq. Il fait le coq dans cette assemblée, parmi ces gens-là. Il est le coq de son village. C'est un coq de Paroisse. » Le Trésor de la langue française de 1606 publie une définition semblable. La photographie présente un « coq du village » sur une petite chromolithographie publicitaire, de la fin du XIXe siècle. La dernière image de cet article est une autre petite chromolithographie avec un même genre de coq se promenant sur les boulevards à la mode : devant l'Opéra entre le boulevard des Capucines et celui des Italiens. Sa compagne a une cane dans son panier, sans doute pour indiquer qu'il s'agit de provinciaux et aussi pour établir un parallèle humoristique avec les cocottes parisiennes.

Pour finir ce très long article, voici un passage amusant de La Pretieuse ou le Mystère de la Ruelle (1656-8) de l'abbé Michel de Pure (1634-1680) où une Précieuse décrit (dans son langage que j'ai laissé tel quel en changeant cependant l'orthographe) la façon de se comporter d'un provincial qui cherche à être courtois : « Le ciel, reprit Melanire, me disgracia dernièrement jusqu'au point de me faire tomber en partage dans une Conversation sérieuse un grand Provincial du pays des Montagnes. Ses premières civilités et ses premiers compliments furent faits avec les mains et les pieds, et par des baise-mains et des révérences. Le respect et la civilité tenaient son corps composé, ou plutôt comme fiché sur un piédestal, dont le mouvement n'allait que par ressort. Encore l'invention en était mal exécutée, car il n'agissait qu'à contre-temps, et il y avait une si étroite alliance entre ses propos et ses respects, que quand même il aurait dit des injures, et fait des serments de colère, il n'aurait pas laissé de les accompagner de mille baisemains, et d'autant de révérences. Pour moi je suais à force de les lui rendre, encore que j'en laissasse couler la moitié, dont je ne voulais faire ni mise [dépense] ni recette. A la fin cette machine se fatigua, et commua la peine de ses pas en celle de ses paroles. Il me dit bien civilement, Mademoiselle, croyant d'honorer mes appas par cette civile méprise, et croyant que j'étais personne à me plaire à ces vieilles ruses de la complaisance de nos pères, il me réitéra plusieurs fois cet agréable terme, et tâcha de me faire comprendre la force de ce mot, et la finesse de son motif. Je fus, à dire vrai, assez malicieuse pour le comprendre, et néanmoins pour l'affecter de l'ignorer ; alors ce pauvre Noble à la rose voulut faire justice à ces motifs ignorés et malheureux, et qui étaient autant obligeants qu'inconnus. Pour les mettre au jour et les récompenser du prix de leur secret mérite, il me dit encore une fois, Mademoiselle, puis ayant écouler quelque temps, et repris haleine, il me fit deux révérences, trois baise-mains, ajusta son collet et sa perruque, retroussa même ses bottes, et puis acheva son compliment : Votre condition, dit-il, vous fait Madame, et votre jeunesse me force à vous traiter de Mademoiselle ; je ne suis pas moins obligé, poursuivit-il de croire mes yeux que mes oreilles. Et je puis bien déférer autant à ce que je vois, qu'à ce que j'ai pu entendre. Le poids de ses mots, ses longues pauses, et la paresse de sa langue qui faisait si peu de chemin en tant de temps, me donnaient un chagrin qui me perçait l'âme ; et connaissant bien qu'il n'irait pas loin sur la galanterie sans faire quelque mauvais pas, et sans faire quelque périlleux effort, je voulus le mettre en beau chemin et prendre soin de la carrière. Je le mis sur les nouvelles de son pays et sa Province. Aussitôt il reprit ses sens, et comme revenu de sa pâmoison au nom de sa patrie et des lieux de sa naissance, il se mit à me conter tout ce qui s'était fait depuis de longues années dans son village, dans son voisinage, par le Gouverneur ... »

Voir les commentaires

Bureau, Cabinet, Secrétaire, Bonheur-du-jour.

Ceux qui aiment écrire et travailler dans de bonnes conditions savent combien le mobilier de bureau est important. Au XVIIIe siècle, plusieurs meubles servent à ces usages.

LE BUREAU. Il peut être plat, à caissons, de pente, dos-d'âne, à gradin, à cylindre, Mazarin ... et de différents styles. L'origine du mot « bureau » provient, comme pour la « table de toilette », d'une étoffe. Dans ce cas, il s'agit d'un tissu de bure ou d'une autre matière protectrice que l'on place sur une table afin de travailler. Par extension le meuble même s'est appelé 'bureau'. Comme la toilette sert au Moyen-âge à envelopper des objets délicats dont ceux pour la toilette afin de les ranger puis de les exposer tout en les protégeant du support, la bure a le même usage mais pour des objets de travail beaucoup moins fragiles (cahiers, règles ...) pouvant être salissants comme les plumes et autres encriers. Aujourd'hui encore on nomme 'bureau' un drap de laine brune. Au XIIe siècle, on désigne par burel ou buriaus une étoffe grossière et sans doute déjà (de façon sûre au XIVe siècle) un tapis sur lequel on fait des comptes et la table qui sert à cette fonction, puis le lieu où on se retire pour cela (c'est attesté au XVe siècle).

LE CABINET. Comme pour 'bureau', le terme de 'cabinet' indique au moins depuis le XVIIe siècle (des sources affirment qu'il apparaît à la Renaissance) tout à la fois un meuble et une pièce. Dans la définition du mot 'cabinet' de la première édition du Dictionnaire de L'Académie française (1694) on lit : « CABINET. s. m. Lieu de retraite pour travailler, ou converser en particulier, ou pour y serrer des papiers, des livres, ou quelque autre chose, selon la profession ou l'humeur de la personne qui y habite. Grand cabinet. petit cabinet. cabinet à cheminée. le cabinet du Roi. le cabinet de la Reine. Huissier du cabinet. un cabinet de peintures, de tableaux, d'armes, de curiosités, de raretés, d'antiques. pièce de cabinet. [...] Il veut dire encore, Une espèce de buffet à plusieurs layettes ou tiroirs. Cabinet d'Allemagne. cabinet d'ébène, d'écaille de tortue &c. pied de cabinet. »

LE SECRETAIRE. Il semblerait que déjà au XVIIe siècle le terme de 'secrétaire' désigne un meuble. De façon certaine il est écrit dans le Dictionnaire de l'Académie française de 1798 : « On appelle aussi Secrétaire, un Bureau où l'on écrit et où l'on renferme des papiers. J'ai laissé ce papier dans mon secrétaire. »

LE BONHEUR-DU-JOUR. Le bonheur-du-jour est un meuble moins ancien, inventé au XVIIIe siècle, destiné à l'écriture et plus spécifiquement aux dames. Plus petit il est aussi beaucoup plus léger et facile à déplacer. Il peut remplir des fonctions variées selon son emplacement : petit secrétaire, table de chevet, coiffeuse, meuble d'exposition ...

Je ne fais ici qu'approcher rapidement le sujet. Le site de la Galerie Wanecq propose un choix de qualité de mobilier de bureau d'époque XVIIIe dont les photographies présentent quelques exemples.

Photographie 1 : Bureau plat a gradin d'époque Louis XVI « à caissons en acajou, ouvrant par cinq tiroirs en façade. Il est surmonté d'un gradin amovible à rideaux découvrant deux rangées de casiers. Le plateau à tirettes latérales est gainé de maroquin brun foncé. Mouluré sur ses quatre faces, ses montants ornés de larges cannelures, il repose sur des pieds gaines à pans coupés terminés par des sabots en bronze doré. »

Photographie 2 : Bureau de pente d'époque Louis XV, estampillé Jacques-Philippe Carel, avec une marqueterie de branchages fleuris dans des encadrements d’amarante sur fond de satiné. « Il ouvre par un abattant découvrant six tiroirs, deux tablettes et un plateau coulissant à secret. La ceinture comporte quatre tiroirs dont un à caisson renfermant un coffre. Il repose sur des pieds cambrés. Sabots et entrées de serrure en bronze doré. Estampille de Carel sous la ceinture. »

Photographie 3 : Secrétaire d'époque Transition Louis XV – Louis XVI, estampillé Léonard Boudin. Il est « plaqué de bois de rose marqueté sur trois faces [...] de branchages fleuris et feuillagés, en bois de violette dans des encadrements de buis sur fond d’amarante. Il ouvre par un tiroir dans sa partie supérieure et un abattant découvrant quatre tiroirs, trois casiers. Deux vantaux dans sa partie basse. Montants à pans coupés, petits pieds cambrés. Ornementation de bronze doré telles que des chutes sur le haut des montants, des rosaces, des entrées de serrures à nœud de ruban et des sabots. Plateau de marbre en brèche d’Alep ».

Photographie 4 : Bonheur du jour d'époque Louis XVI « en placage de bois de rose et amarante à décor marqueté de motifs géométriques encadrés de filets de buis et d’ébène. Le plateau à pans coupés comporte un tiroir en ceinture et supporte un gradin ouvrant à deux portes surmontées d’un tiroir, marqueté d’entrelacs. Piétement en gaine réuni par une tablette d’entrejambe. Ornementation de bronzes dorés ... ». « Digne héritier du bureau de pente ou « dos d’âne » d’époque Régence et Louis XV, le bonheur du jour est un meuble précieux exécuté avec les plus grands soins. Petit meuble à écrire, servant parfois pour la toilette, il est généralement plaqué d’essences rares, comme les bois de rose, amarante, citronnier… et marqueté de motifs géométriques.»

Voir les commentaires

Le canezou

Article écrit par Guénolée Milleret de La Vendeuse d’images. 

Que peut bien évoquer ce mot étrange, introuvable dans le dictionnaire ? Il existe bien des mots ou expressions imagées, dans le vocabulaire des modes du 18e et 19e siècles, qui, à la faveur de quelque indice, permettent de soupçonner leur interprétation dans le costume. Or, ce que nous inspire le « canezou » demeure bien obscur… Comment ce mot un brin « barbare », avouons-le, pourrait-il définir un charmant vêtement, tout droit sorti des trousseaux de nos aïeules ? Le « canezou » mérite bien un curieux détour.

Le « canezou » apparaît dès 1800. Il s’agit d’une pièce de lingerie, un léger corsage, sans manches, souvent en mousseline ou tissu très léger, que l’on porte par dessus la robe ou le corsage et qui s’arrête à la taille. Nous convenons volontiers de l’étrangeté du mot, le vêtement qu’il définit ne l’est pas moins : la lingerie, depuis la Renaissance, se porte sous le corset. Son rôle est de protéger la peau de la raideur des cors ; sa particularité est qu’on la nettoie, contrairement au reste de la garde-robe. Or, ce « canezou » qui n’en demeure pas moins une pièce de lingerie, n’est pas porté dessous mais par dessus le corsage. Un mot étrange pour un vêtement méconnu…

La Vendeuse d’images, détient dans ses collections, de nombreux exemples de ce vêtement et notamment une représentation de 1805 (Journal des Dames et des Modes, planche n° 657, 1ère photographie) : « canezou » porté sur une robe du matin. On trouve des exemples antérieurs dès 1800 dans ce même Journal des Dames et des Modes.

Bien que le « canezou » soit défini comme une pièce de lingerie, on en trouvera des déclinaisons, sous le Premier Empire, dans des tissus moins légers, tels que le velours ou le taffetas. A partir de la Restauration, le « canezou » renoue essentiellement avec les mousselines, les batistes, les tulles, ou autres blondes et organdis. Il peut être très sobre ou très ornementé, ainsi que le montre l’illustration représentant un canezou de tulle brodé en laine et bordé de dentelle (Journal des Dames et des Modes de 1829, planche n° 2689, 2ème photographie).

En parallèle, il évolue vers un vêtement plus couvrant, parfois avec des manches, toujours brodé, plissé, bouillonné ou garni de fines dentelles. Il peut aussi être montant sur le décolleté et faire office de guimpe. Dès 1850, il dépasse la taille et arbore parfois de larges basques. On le confondrait presque avec une « basquine », imaginons-la garnie de lourdes broderies de chenille, conformément au style « tapissier » : on s’éloigne à grands pas de l’univers de la lingerie…

Il n’en demeure toujours pas moins délicat et léger, dans un tulle de soie aérien, sur une toilette de bal en plein Second Empire (Musée des Familles, Décembre 1857, planche n° 3, 3ème photographie). On remarque d’ailleurs qu’il orne aussi bien la robe d’après-midi que la toilette de réception, ou la robe de bal. Il est donc omniprésent dans la garde-robe, pourtant discret en se fondant dans la tenue : on trouve, en effet, des représentations de robe « formant canezou ». Et il ne s’arrête pas là, notre « canezou », puisqu’on le déclinera même en « fichu-canezou » ou « pélerine-canezou »…

Le « canezou » aura vu se succéder toutes les modes, en s’adaptant, pour se fondre avec les multiples silhouettes qui se succèderont tout au long du 19e siècle. Qu’on abandonne la robe néoclassique pour retrouver le corset ? Il demeure. Qu’on sacre « reine » la crinoline pour l’abandonner au profit de la tournure ? Il perdure. Qu’on donne à la femme des allures de liane sous la Belle Époque ? Il résiste. Il ne disparaît qu’à l’aube du 20e siècle, alors que la mode amorce ses profondes mutations.

Voir les commentaires

Les pots de pharmacie.

Les vases anciens des apothicaires sont des objets particulièrement intéressants. Ils sont fabriqués pour conserver les préparations médicinales qui guérissent et entretiennent la vie mais aussi pour être montrés dans les officines. Ils contiennent des extraits de la nature et du savoir des hommes. Ils témoignent de la connaissance de la terre, des êtes humains et d'une pratique altruiste. Les potions qu'ils gardent ont pour but de rétablir l'harmonie en l'homme et de celui-ci avec son environnement ; et de l'établir dans la joie. Ce sont des objets précieux. Ceux faits en faïence d'autant plus qu'ils sont constitués d'argile : ainsi le contenant et son contenu résultent de la connaissance de la terre et de son utilisation à des fins harmonieuses.

Pot de montre, albarello, chevrette, pot-canon, pilulier, bouteille, pot à onguent ... sont quelques genres de ces pots de pharmacie. Les onguents, les cérats (onguents qui unissent huile et cire), les baumes, les remèdes à base de miel, les poudres, les sirops, les électuaires (médicaments d’usage interne à consistance de pâte molle d’aspect hétérogène, résultant du mélange de poudres fines avec du sirop, du miel ou des résines liquides ...) et les opiats (compositions molles, semblables aux électuaires, dans lesquelles entre l’opium), sont mis à l’abri dans les pots canons ou autres albarelli. Les chevrettes renferment les sirops ou des préparations liquides comme les eaux distillées, liqueurs, vins cuits … pouvant être aussi gardées dans des bouteilles. D’autres pots plus ou moins grands et cylindriques contiennent diverses matières, onguents, pommades … Les jarres et les cruches conservent les réserves d’eaux distillées, des huiles douces et sirops souvent utilisés. Il y a aussi les vases couverts. Dans les pots à thériaque se trouve la panacée appelée thériaque. Ces pots font partie des grands vases dits de « monstre » ou de « montre », car leurs formes et décorations sont particulièrement soignées et leurs tailles imposantes. Ils sont donc faits pour être montrés. Dans les apothicaireries, les objets en céramique sont installés dans des étagères en bois de chêne, de noyer ou de frêne. La partie inférieure de ces ensembles de meubles est appelée le droguier et sert au stockage des produits les plus volumineux et d'usage fréquent. La partie supérieure est le poudrier. Aux ustensiles s’ajoutent les tasses à malade ou les crachoirs. Les mortiers, parfois en céramique et pouvant être de très grande taille, sont un élément important des apothicaireries où on croise d’autres objets comme les coquemars (pots munis d’une anse placés près du feu afin de maintenir un liquide au chaud), les godets de mesure … Toutes ces formes ont peu changé depuis la Renaissance jusqu’au XIX e siècle. Au Moyen-âge, les récipients qui renferment ces drogues sont appelés 'layes' ou encore 'silènes'. Ils sont fréquemment décorés de figures allégoriques, de fleurs ou d'animaux fantastiques. Ce sont surtout des boîtes en bois sur lesquelles sont souvent peintes des figures frivoles ou joyeuses. On continue à en utiliser bien après le Moyen-âge. Il semble qu'elles soient en sapin, en chêne ou en châtaignier, mais ce n'est pas sûr. Rabelais écrit à leur sujet :

« Les silènes étaient jadis des petites boîtes, peintes à l'extérieur de figures joyeuses et frivoles, tels des harpies, satyres, oisons harnachés, lièvres cornus, canes bâtées [dispositif que l'on attache sur le dos de certains animaux pour leur faire porter une charge], boucs volant, cerfs limonniers [attelés], et autres peintures semblables faites à plaisir pour exciter le monde à rire. Tel fut Silène, maître du bon Bacchus. Mais au-dedans, on réservait les fines drogues, comme le baume, l'ambre gris, l'amome, le musc, la civette, les minéraux et autres choses précieuses. »

« Silènes estoyent iadis petites boytes, painctes au-dessus de figures ioyeuses et frivoles, comme de harpyes, satyres, oysons bridez, lieuvres cornuz, canes bastées, boucqs volans, cerfz limouniers, et aultres telles painctures contrefaites à plaisir pour exciter le monde à rire; tel feut Silène, maistre du bon Bacchus; mais au-dedans, l'on réservait les fines drogues, comme baulme, ambre gris, amomon, muscq, zinette, pierreries et aultres choses précieuses . »

Ici, l'auteur explique l'origine des motifs qui sont encore pendant les siècles qui suivent le Moyen-âge peints sur les pots d'apothicaire. Il dévoile tout un concept esthétique médiéval qui utilise à foison les grotesques. Ceux-ci ont une fonction de catharsis (en grec κάθαρσις ce qui signifie purification), retenant la laideur dans la grossièreté de leurs traits ou l'imagination débridée, pour guider vers l'essentiel : ce qui est bon. L'exemple de Silène est caractéristique. Précepteur du demi-dieu grec du vin appelé Dionysos (Bacchus en latin), il est toujours représenté laid et saoul ou dormant, dans des situations d'inconscience ou d'amusement alors qu'il est au contraire reconnu pour sa sagesse. Il est le chef des satyres qui le soutiennent quand il est ivre et qui suivent Dionysos. Certains rites dédiés à ce dernier sont à l'origine du théâtre (Comédie, Tragédie, Satyre), dont Aristote explique la fonction de catharsis dans ce qu'on appelle sa Poétique. Les cathédrales gothiques entourées de gargouilles en leur extérieur ont une esthétique similaire. De nombreux objets médiévaux sont agrémentés de grotesques, sans doute dans ce même but amusant et purificateur.

Photographies

Coll. C.Perlès : « Chevrette en faïence de Montpellier, décor polychrome dit "a quartieri" de palmes feuillagées sur des fonds bleus et ocres alternés. Haut. 27cm. Début XVII° siècle. »

Coll. C.Perlès : « Paire de piluliers en faïence de Nevers décorés en camaïeu bleu de branchages fleuris dans le goût oriental. Haut. 13,5cm. Circa 1700. »

Voir les commentaires

Le carnet de bal.

Le carnet de bal est un accessoire de poche indispensable de l'élégante des XVIIIe et XIXe siècles. Elle y inscrit sur un support en ivoire ou autre l'ordre des cavaliers qui lui ont demandé de leur faire l'honneur d'une danse, ceci sans doute afin d'éviter les méprises. Le site de la galerie Le Curieux propose plusieurs de ces carnets dont un en ivoire monté en or datant de vers 1780. L'inscription "Souvenir d'Amitié" orne de part et d'autre le couvercle. Sur un côté du corps de l'étui, une fine miniature représente une jeune femme en buste, un ruban de roses dans les cheveux. Au revers, la sentence "Voilà mon bien" surplombe un coeur, le tout embrassé d'un collier de fleurs et perles argentées. L'intérieur comprend des tablettes en ivoire et un crayon. Le second objet du même antiquaire est un petit (5,2 cm x 3,5 cm ) carnet de bal (de gousset) et son crayon. Le tout est protégé par deux plaquettes de nacre. Celle du plat est gravée de motifs floraux et repercée d'étoiles. A l'intérieur, deux pages sont destinées aux contredanses, deux autres à la valse, et une dernière au galop : trois danses à la mode vers 1860, date vers laquelle cet objet se situe. Dans un prochain article je parlerai de la danse et notamment de la contredanse et de la valse.

Voir les commentaires

<< < 10 20 30 40 50 60 70 71 72 73 74 75 > >>
Merveilleuses & merveilleux