Le carnet de bal.

Le carnet de bal est un accessoire de poche indispensable de l'élégante des XVIIIe et XIXe siècles. Elle y inscrit sur un support en ivoire ou autre l'ordre des cavaliers qui lui ont demandé de leur faire l'honneur d'une danse, ceci sans doute afin d'éviter les méprises. Le site de la galerie Le Curieux propose plusieurs de ces carnets dont un en ivoire monté en or datant de vers 1780. L'inscription "Souvenir d'Amitié" orne de part et d'autre le couvercle. Sur un côté du corps de l'étui, une fine miniature représente une jeune femme en buste, un ruban de roses dans les cheveux. Au revers, la sentence "Voilà mon bien" surplombe un coeur, le tout embrassé d'un collier de fleurs et perles argentées. L'intérieur comprend des tablettes en ivoire et un crayon. Le second objet du même antiquaire est un petit (5,2 cm x 3,5 cm ) carnet de bal (de gousset) et son crayon. Le tout est protégé par deux plaquettes de nacre. Celle du plat est gravée de motifs floraux et repercée d'étoiles. A l'intérieur, deux pages sont destinées aux contredanses, deux autres à la valse, et une dernière au galop : trois danses à la mode vers 1860, date vers laquelle cet objet se situe. Dans un prochain article je parlerai de la danse et notamment de la contredanse et de la valse.

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Le Mystère des Contes de Fées : Les Fées à la Mode !

Photographie : C’est la deuxième fois que je publie dans ce blog cette gravure. C’est qu’elle est admirable. En dehors du texte qu’elle illustre, elle trouve une résonance encore plus grande. Deux générations y sont représentées : un enfant nu, beau et petit, et une grand-mère habillée, grande et laide. L’enfant dépeint dans sa fragilité est assis et accompagné de lion(ne)s signes de pouvoir et de force. Le décor est champêtre et même troglodyte. Cette estampe est tirée d’un des volumes du merveilleux ensemble du XVIIIe siècle : Le Cabinet des Fées, qui rassemble une « collection choisie » d’écrits de ce genre.

Les contes de fées éclosent dans la littérature française d'une manière mystérieuse … avec Charles Perrault (1628-1703) et Marie-Catherine Le Jumel de Barneville baronne d'Aulnoy (1650-1705). Plusieurs auteurs s'essaient à ce style. Leurs ouvrages trouvent une résonance sans cesse croissante mais jamais égalée. Ce genre littéraire s'inspire sans doute d'une transmission orale dont on trouve des traces dans les écrits de l'Antiquité, les traditions d'Orient et d'Extrême Orient, certains textes de la Renaissance italienne, et la littérature médiévale chevaleresque et courtoise profondément encrée dans l’imaginaire de la terre de France. A une époque où le Roi Louis XIV (1638-1715) ordonne la destruction des grands châteaux forts, et tient sous sa main toute la noblesse et ses régions aux immenses richesses, une fée, sans doute chassée de son royaume de féérie, vient animer la main de Charles Perrault et lui dicter un temps jadis, le : « Il était une fois » … Cette écriture, dont de nombreux auteurs vont s’inspirer par la suite, est quelque chose d’autre que de la littérature. Il n’est pas étonnant que ce soit Charles Perrault qui la mette au goût du jour, lui qui croit à une certaine immuabilité de la beauté et de la sagesse (voir son poème retranscrit dans Wikipedia), qui s’est toujours comporté de façon libre, se débarrassant des contraintes collégiales pour apprendre par lui-même, s’émancipant des classiques antiques pour affirmer la primauté du temps présent, tout en participant à la création de nouvelles académies et en incorporant certaines. Les contes de fées s’affranchissent de toutes les règles classiques comme celle de la vraisemblance. Ils s’adressent à tous ; même à ceux qui ne savent pas lire ou qui ne sont pas en âge de le faire … C’est dans le cœur des enfants qu’elle se reflète le mieux ; avec toute la brillance, l’éclat qui la caractérise. Elle élève ses fabuleux châteaux aussi bien dans le merveilleux enfantin que sur le sol, le patrimoine d’une réalité et d’un imaginaire communs.

Cet imaginaire est immense. En découvrant les éditions originales, la plupart des personnes sont étonnées des petits formats des premiers livres de contes ou de ceux publiés par la suite au XVIIIe siècle. Beaucoup s’attendent à de grands ouvrages in-folio, ressemblant à des grimoires, illustrés de gravures fantastiques. Il n’en est rien ; c’est même le contraire. La mode des grands livres de contes date des XIXe et XXe siècles avec certains ouvrages illustrés comme ceux de l’Imprimerie d’Épinal. Le premier conte de Charles Perrault est intitulé La Marquise de Salusses ou la Patience de Griselidis. Il est publié en 1691 par l’imprimeur J.-B. Coignard dans un petit format (in-12). Il semblerait qu’il soit l'imitation d'une nouvelle de Boccace et de Pétrarque (tous deux des écrivains de la Renaissance italienne du XIVe siècle) comme cela est paraît-il écrit dès la page de titre ou en introduction (je n’ai pas encore retrouvé de trace visuelle de ce livre). En novembre 1693, le conte Les Souhaits ridicules est édité dans la petite revue des Modernes : le Mercure galant. En 1694, ces deux contes sont rassemblés avec Peau d’Âne dans un in-12 du premier éditeur. Il s’agit de la deuxième édition de Peau d’Âne, la première étant semble-t-il introuvable (?!). Deux années plus tard, le Mercure galant (mois de février) publie La Belle au bois dormant. En 1697 sort chez Claude Barbin Histoires ou Contes du temps passé avec des moralités dans un in-12 illustré (privilège du 28 octobre 1696) contenant : La Belle au bois dormant, Le Petit Chaperon rouge, La Barbe bleue, Le Maître chat ou le Chat botté, Les Fées, Cendrillon ou la petite pantoufle de verre, Riquet à la houppe, Le Petit Poucet. Toutes ces éditions sont dans des formats ‘de poche’. Et pourtant, elles nous ouvrent à des univers immenses, transcendant les âges (les générations et les temps). Si c’est Charles Perrault qui lance véritablement ce nouveau genre, la baronne Marie-Catherine d'Aulnoy publie pour la première fois ce style de conte de fée dans son roman Histoire d’Hypolite, Comte de Duglas, édité par Louis Sevestre en 1690 en in-12. Les autres contes qu’elle écrit ensuite sont aussi des éditions de cette taille : Les Contes de Fées (1696/7), les Contes Nouveaux ou les Fées à la Mode (1698). A cette même période, de nombreux autres auteurs publient (presque exclusivement dans ce format) des contes de fées, parmi lesquels de très nombreuses femmes : Henriette-Julie de Castelnau comtesse de Murat (1670-1716), Marie-Jeanne L'Héritier de Villandon (1664 -1734 : Précieuse, nièce de Charles Perrault, amie de Madeleine de Scudéry qui lui lègue son salon, de la comtesse d'Aulnoy et d’Henriette-Julie de Murat.), Catherine Durand (1670-1736), Mademoiselle Charlotte-Rose de Caumont de La Force (1654-1724) …

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Longchamp(s)

Photographie : "Modes de Paris." Planche 466 du "Petit Courrier des Dames. Boulevard des Italiens N°2 près le passage de l'Opéra. Costume de Long-Champs. Habit de cheval de forme carrée garni de boutons façonnés. Gilet de Piqué à revers, Culotte de Daim, Bottes Anglaises en Castor gris de Gérard." La ligne du dessous a été coupée sans doute originellement. Gravure en couleur, détachée d’une revue d’époque. Cette image originale est triplement intéressante car nous y retrouvons des références au boulevard des Italiens, à la mode anglaise et Longchamps. Les trois modes de promenades y sont dessinés : à pied, à cheval et en voiture. De nombreux autres éléments sur la mode d'alors y sont présents. Le Petit Courrier des Dames est publié de 1822 à 1868. C’est en juillet 1821 qu’est créé par Donatine Thierry le Nouveau Journal des Dames ou Petit courrier des Modes, des théâtres, de la littérature et des arts, publié par « une société de femmes de lettres et d’artistes ». Son titre change l’année suivante pour devenir le Petit Courrier des dames ou Nouveau journal des Modes. Il a une périodicité bidécadaire et contient 8 pages de textes et 7 gravures. Le format est en moyenne de 12,5 x 20 cm. Il continue jusqu’en 1868, après avoir publié plus de 3600 planches. Les modèles y sont présentés de face et de dos. Le Journal des Dames fait de même à la fin de 1825.

On lit dans Les Merveilles du nouveau Paris datant de 1867 "L’allée de Longchamps est célèbre par la promenade qui s’y fait le mercredi et le jeudi de la semaine sainte, et qui a pour but d’étaler les modes nouvelles du printemps …" Longchamp fait partie du bois de Boulogne. Il s’agit préalablement d’une abbaye de religieuses fondée au XIIIe siècle par Isabelle de France, une soeur de Saint-Louis. Plusieurs princesses françaises prennent des voeux dans ce monastère et les rois viennent y séjourner. Les moeurs n’y sont pas austères et certaines soeurs y font monstre d’élégance et de galanterie. L’abbaye devient donc une maison de retraite religieuse pour femmes fortunées qui peuvent y recevoir des visites. On y donne de grands concerts où on se rend en foule. Interdits, la promenade de Longchamp perdure. On s’y montre et se tient au courant des dernières tendances tout en pouvant y voir le high-life s’exhiber. C’est le cas durant les offices de la Semaine Sainte auxquels la haute société vient assister en grand appareil en déployant les modes nouvelles dans la plus grande parade de l’année où le peuple se plaît à mirer les nouvelles toilettes, les voitures somptueuses et les gens les plus en vue (prince(sse)s …). Déjà très populaire au XVIIe siècle, ‘la promenade de Longchamps’ est interdite à la Révolution. Elle reprend durant le Consulat mais n’allant plus jusqu’au monastère détruit par les révolutionnaires. Les professionnels de la mode préparent pour la promenade les tenues qui donneront le ton à la mode à venir. Il s’agit d’un véritable défilé du bon ton où s'insinue petit à petit la publicité. Dans ses Mémoires, Paul Charles François Adrien Henri Dieudonné Thiébault (1769-1846) décrit des promenades de Longchamp avant et après la Révolution en y dépeignant le faste de certains équipages et l’engouement du peuple de Paris pour ce divertissement. En voici un passage : "Au milieu d’une innombrable quantité de voitures remarquables, brillaient chaque année une cinquantaine d’équipages éblouissants, dans le nombre desquels une dizaine paraissaient plutôt les chars des déesses que ceux de simples mortels. Le monde semblait entrer en liesse durant ces trois journées […] Si l’on admirait les calèches des princes et de la Reine, les équipages de quelques grands personnages français et étrangers, il n’en reste pas moins vrai que tout cela le cédait à l’extravagante recherche de quelques Phrynés. Je me rappelle à ce sujet, mais sans plus rien savoir des détails, si ce n’est que les jantes des roues étaient en flèches, une calèche bleu de ciel, sur laquelle et à travers de légers nuages voltigeaient des Amours ; calèche montée par deux femmes éblouissantes de parure et de beauté, et traînée par quatre chevaux isabelle, queue et crinières blanches, tout harnachés en argent ciselé ou en broderies d’argent, les rênes y comprises. En fait d’élégance, je n’ai jamais rien vu de comparable à cet équipage, qui fixait tous les regards, arrachait à chaque pas des bouffées d’applaudissements. Je le vis passer de mes fenêtres, au moment où, débouchant de la rue Royale, il continuait sa marche triomphale vers les Champs-Elysées, et je guettais son retour pour lui payer un dernier tribut d’admiration." Au XIXe siècle, la promenade se fait sur l’allée de Longchamp (allée des Acacias) du bois de Boulogne (décrit dans Les Merveilles du nouveau Paris comme "l’orgueil et le lieu de prédilection de tout véritable Parisien"). Le défilé passe par les Champs-Elysées, puis l’avenue du bois de Boulogne (l’actuelle Avenue Foch) avant d’arriver dans le bois. Mais cette promenade perd petit à petit au XIXe de son faste comme le montre ce passage d'Ohé ! La Grande Vie !!! de Gyp (nom de plume de Sibylle Aimée Marie Antoinette Gabrielle Riquetti de Mirabeau, par son mariage comtesse de Martel : 1849-1932), intitulé ‘FEU LONGCHAMP’, datant de 1891, qui marque avec élégance et ironie l’ambiance de la promenade de Longchamp de 1888. L’intérêt de ce passage se situe aussi dans la description de certains types d’élégants comme la cocodette, le cocodès, la petite femme moderne ou le gommeux ; et la description de cette passion française pour la mode et le style. "Dans l’allée des Acacias à cinq heures. / UN GOMMEUX, épaules et vêtements étroits ; col très haut ; bottines à pointes aiguës et relevées ; parapluie roulé dans son étui ; pantalon retroussé ; chapeau à bords plats ; marche en fauchant, les bras écartés du corps avec affectation. / […] UN COCODES DE L’EMPIRE, épaules et vêtements larges ; cravate bleue à pois blancs ; redingote très bien faite ; pas de pardessus ; bottines à bouts arrondis ; guêtres blanches ; chapeau à bords gondolés. / UNE PETITE FEMME MODERNE, l’air vigoureux ; cheveux courts frisés au petit fer ; jupe de drap vert bouteille ; jaquette mastic ; col droit ; rose à la boutonnière ; chapeau de feutre gris sans aucun ornement ; souliers vernis à bouts pointus et talons absolument plats ; marche à grands pas. / UNE COCODETTE DE L’EMPIRE, encore jolie ; toilette de pékin gris perle ; capote de dentelle noire couronnée de violettes ; bottines de chevreau à talons Louis XV ; marche à petits pas en se berçant légèrement. / […] Sont descendus de voiture et se promènent en causant dans l’allée des piétons. / LE GRINCHEUX, montrant le maigre défilé de voitures. – Quel joli Longchamp !!! quelle élégance !... Ah !... je m’en souviendrai, du Longchamp de 1888 !... / LE GOMMEUX. – C’est infect !... (Il fait une grimace de dégoût.) / LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841, relevant précipitamment sa robe. – Où donc !... fi !... (Elle regarde à terre et marche avec précaution.) / LE GRINCHEUX. – Non, non !... ce n’est pas ce que vous croyez !... cette exclamation moderne signifie tout bonnement que ce Longchamp n’est pas réussi !... LA COCODETTE. – Vous rappelez-vous en 1867 ?... quel défilé !... la princesse de Metternich dans sa calèche jaune !... et l’impératrice !... si jolie sous son ombrelle vert pomme !... c’était toujours à Longchamp qu’elle l’arborait, sa fameuse ombrelle vert pomme !... / LE GRINCHEUX. – Comment voulez-vous que je me rappelle ça !... / LE MONSIEUR AIMABLE. – Vous étiez encore au collège ?... / LA PETITE FEMME MODERNE, protestant. Au collège ?... Ah !... voyons ! (Elle rit ; tête du grincheux.) / LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841. – C’est le Longchamp de 1842 qu’il fallait voir !... Palmyre lançait cette année-là les robes à la captive !... la taille très basse… marquée de soie négligemment nouée… […] / LE COCODES – Ici… le défilé sera toujours affreux !... autrefois on allait au lac… c’était gai, riant !... à la bonne heure !... tandis que, dans cette bête d’allée !... / LE GOMMEUX. – C’t’infect !!! / LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841, suivant toujours son idée. - … Avec la robe à la captive, on portait le bibi blanc ou rose de Chine… surmonté d’un pouf de plumes… dessous, une guirlande de roses du Bengale… les élégantes ajoutaient une ferronnière en diamants… on portait aussi le turban à la juive, orné d’un oiseau de paradis… / LE GRINCHEUX. – Ca devait être d’un goût exquis !... / LE MONSIEUR QUI A SIEGE A LA CHAMBRE DES PAIRS. – N’est-ce pas, monsieur ?... c’était autrement gracieux que les modes d’aujourd’hui ?... voyez les portraits qui reproduisent les femmes de cette époque… […] LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841. - … Ce fut cette année là que le duc d’Orléans parut à Longchamp en Jaunting-car… LE GRINCHEUX. – Hein ? LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841. – En Jaunting-car… c’était une voiture… / LE GOMMEUX, interrompant. – Infecte !... / LA COCODETTE. – Les toilettes de cette année sont inélégantes !... du drap… du drap… et toujours du drap… / LA PETITE FEMME MODERNE. – Dame ! il n’y a guère que ça de pratique !... / LE COCODES. – Pratique ! voilà bien les femmes d’aujourd’hui !... mais il ne faut pas qu’une femme soit "pratique" ! c’est sa perte !... c’est sa fin !... c’est affreux, une femme pratique !... affreux !... / LA PETITE FEMME MODERNE, riant. – Merci !... LE COCODES. – Parlez-moi des femmes qui avaient des notes de quatre-vingt mille francs chez leur lingère !... voilà des femmes !... des vraies !... mais il n’y en a plus comme ça !... ou, quand il y en a, les maris divorcent !... ils n’en veulent plus, des notes de quatre-vingt mille francs !... […] / LA PETITE FEMME MODERNE, au grincheux. – Qu’est-ce que vous regardez donc si attentivement ?... / LE GRINCHEUX. – Quatre-vingt-seize.. quatre-vingt-dix-sept… je compte quelque chose !... Quatre-vingt-dix-huit… quatre-vingt-dix-neuf… / LA PETITE FEMME MODERNE. – Vous comptez … quoi ?... / LE GRINCHEUX. – cent … Et allons donc !... j’ai les cent !... en sept minutes et demie … / LA COCODETTE. – Les cent quoi ?... / LE GRINCHEUX. – Boa !... c’était les boas que je comptais !...Oui !... on en est littéralement inondé !... cette mode jolie au début, commence à devenir … / LE GOMMEUX - … fecte !!! / LE COCODES. – La mode est aux choses qui engoncent !... autrefois … / LA PETITE FEMME MODERNE, riant. – sous l’Empire !... c’était bien mieux ! / LE COCODES. – Eh bien, oui, là !... Sous l’Empire, les femmes avaient un cou !... à présent elles n’en ont plus !... ou du moins elles nous le cachent … boas, cols officier, cols carcan … / L’HOMME AIMABLE. – Si elles nous cachent leur cou, elles nous montrent tant d’autres jolies choses !... / LA COCODETTE. – Il n’y a pas une seule jolie voiture !... des fiacres, des voitures de cercles, des Victorias mal attelées … / LE COCODES. – Et pas un cavalier présentable !... vous souvenez-vous du persil d’autrefois ?... quand nous étions tous alignés près du mélèze pour regarder tourner les voitures au bout du lac ?... / LA COCODETTE. – Ah !... oui !... je m’en souviens ! […] / LA PETITE FEMME MODERNE. – C’est passé de mode, voilà tout !... aujourd’hui on ne fait plus ça !... on fait autre chose !... / LE COCODES. – Quoi ?... / LA PETITE FEMME MODERNE. – Eh bien, je ne sais pas, moi !... on fait de la musique !... on va aux petits cinq heures !... aux expositions !... on va voir les manifestations … / LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841. – Nous aussi, nous portions le boa !... cela accompagnait à ravir le Vitchoura et le manchon chancelière … / LE GRINCHEUX. – Et quand vous portiez tout ça … est-ce que vous pouviez encore remuer ?... / LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841. – Nous ne marchions jamais !... une femme comme il faut ne sortait pas à pied… ainsi, moi… je n’ai appris à marcher qu’après la révolution de Février !... / LE GRINCHEUX, à part. – Pauv’vieille !... elle a commencé trop tard, c’est pour ça qu’elle marche si mal !..." L’Hippodrome de Longchamp ouvert en 1857 attire toujours une certaine élégance qui n’a évidemment rien à voir avec les fastes d’antan. Dans Les Merveilles du nouveau Paris (1867) on lit : "les courses de Longchamps sont toutes modernes et datent de l’importation en France de la mode anglaise de faire courir les chevaux."

A la parade de Longchamp, la distraction est dans la promenade, la galanterie (les oeillades...), le sport, l'élégance, les rencontres et le défilé.

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Le Gommeux

De rapides descriptions du gommeux sont proposées dans l’article du 10 mars 2008 intitulé Définitions de gens à la mode en France : Beaux, Copurchics, Fashionables, Gandins, Gants jaunes, Gommeux, Jeune France, Lionnes, Lions, Petits crevés, Pommadins, Raffinés … ainsi que dans celui  du 30 mai 2008 : Gandineries. Je vais maintenant les compléter.

Le gommeux est un élégant du XIXe siècle. Il est habituellement représenté coiffé avec la raie sur le milieu ou avec un haut-de-forme aux bords plats, souvent avec les cheveux blonds du blondin quelquefois un peu ondulés sur le dessus. Son visage ressemble à celui d’un poupon ou d’une femme. Il est maquillé, avec une petite moustache et le col très haut. Il porte des vêtements assez serrés aux épaules étroites et un pantalon retroussé ou à pattes d’éléphant. Son costume est sombre ou à carreaux. Il se chausse de bottines effilées parfois relevées (réminiscences de modes médiévales comme nous le verrons une prochaine fois) ou de petits souliers pointus à la manière des muscadins. Il tient un parapluie qu’il n'ouvre pas, une fine canne, une badine, un stick (canne mince et flexible à l’usage des cavaliers) ou une canne-mascotte au bec recourbé.

Voici la retranscription entière du chapitre intitulé ‘Le Gommeux’ du livre de Bertall (1820-1882) : La Comédie de notre temps (vol. 1, 1874, pp. 111-115). L’intérêt de ce passage réside non seulement dans le fait qu’il parle du gommeux mais aussi qu’il y est fait mention de nombreux autres genres de français copurchics. Dans un autre article, j'essaierai de faire un premier résumé de cette lignée dont j'ai décelé des ancêtres au Moyen-âge ; et en cherchant un peu plus, je suis sûr d'en trouver encore de plus lointains. Dès son avènement, les contemporains du gommeux le considèrent comme le représentant de cette longue suite :
« À chaque époque de l'histoire française, un nom plus ou moins fantaisiste a servi à désigner ceux que l'élégance, la prétention, ou le succès, ou le chic, suivant l’expression moderne, mettaient particulièrement en évidence. Les mignons, au temps de Henri II et Henri III. Les beaux fils, au temps de la Fronde. Les menins, au temps de Louis XIV. Les roués, au temps de la Régence. Les merveilleux, sous Louis XV. Les incroyables, au temps du Directoire. Les fashionables, à l’époque des alliés. Les dandys, sous la Restauration. Les lions et les gants jaunes, sous Louis-Philippe. Sous le dernier règne, nous avons vu surgir des dénominations plus bizarres encore. Alors que les petites dames commençaient à circuler régulièrement au Bois et recevaient la dénomination de biches, les jeunes beaux qui les suivaient ou poursuivaient, et ceux qui se façonnaient d’après leurs allures, ont reçu le nom de daims. De daims est venu peu après celui d e gandins. Puis les petites dames sont devenues des cocottes. Et les jolis petits messieurs, des cocodès. Les allures grêles et mourantes que se plaisaient à prendre les cocodès, ont donné à Nestor Roqueplan, ce Parisien émérite, l’idée de les intituler petits crévés. Le mot a prévalu. – Les cocottes sont devenues dès lors des crevettes. De même, que l’on s’honorait d’être appelé jadis ou incroyable, ou lion, ou fashionable, ou dandy, ou cocodès, on s’est honoré d’être nommé petit crevé. La guerre ayant démontré que les petits crevés se battaient aussi bien et savaient mourir sur le champ de bataille aussi bravement que les autres, le mot qui semblait contenir une accusation de faiblesse ou d’impuissance est tombé en désuétude. Aujourd’hui, les jeunes gens qui jouent la comédie du chic se nomment des gommeux. C’était Léon Gozlan qui avait donné droit de cité au lion, Nestor Roqueplan au petit crevé. C’est le journal la Vie parisienne qui a eu la puissance d’inaugurer le gommeux. Les jeunes gens élégants font partie de la gomme, les gens très-chic sont de la haute-gomme. On a cherché à se rendre compte du motif qui a conduit à cette dénomination épatante, comme on dit parmi ces messieurs. Comme s’il était nécessaire d’avoir un motif réel pour quelque chose en France ! Certains historiens prétendent que le terme a pris naissance dans un des clubs et débordé de là sur les autres et de là dans la Vie parisienne, d’une habitude réglementaire, qui consiste à passer certains noms à la gomme sur les listes des joueurs, parmi les membres du club, lorsqu’il a des observations à faire sur leur moralité. Au jeu ou ailleurs, ceux dont le nom n’a jamais été effleuré par la gomme sont des gommeux. Une origine plus simple et plus naturelle a été découverte, et nous la livrons à l’érudition des linguistes futurs. Lorsqu’un homme perd sa position, sa fortune, ou sa place, ou son rang, on dit qu’il est dégommé. S’il est dégommé par suite de cette catastrophe, il faut en conclure, ce n’est pas douteux, qu’il était gommé précédemment. Le gommé ou gommeux est l’antithèse du dégommé. Celui donc qui est bien en vue, qui brille, qui est envié pour sa toilette, sa position, son genre et son chic, est un gommeux. Si cette version ne satisfait pas complètement l’ami lecteur, et il serait difficile, nous avouons ne pas en avoir d’autre à notre disposition. Et l’on prétend qu’il est facile d’écrire l’histoire ! Quelle que soit son origine, le gommeux, en ce moment, est en possession incontestable de l’héritage laissé par la dynastie des incroyables, des cocodès et des petits crevés. Qui sait combien de temps durera son règne, et à quel héritier bizarre et fantaisiste il passera la main ! ».
Le personnage du gommeux se retrouve dans la littérature de la fin du XIXe siècle comme dans les livres de Gyp. Les journaux aiment à le parodier. Dans La Caricature (n°102) du 10 décembre 1881, il est présenté comme l’héritier de toute une lignée d’élégants commençant avec les incroyables. Sa journée est décrite (détail sur la dernière photographie) : " Le matin, dès l’aube, vers 11 heures, recevoir son tailleur qui est aussi son homme d’affaire, se lever, rendre visite à son coiffeur et faire sa provision d’esprit pour la journée dans les journaux du matin. Midi. – Déjeuner au cercle. – Petite promenade hygiénique au Bois. – Visite à Noëmi, à Lurette et à Tulipia. 2 heures. – Promenade dans les expositions d’art (il faut bien suivre la mode). – Achat de quelques bibelots pour Noëmi, Lurette et Tulipia. 4 heures. – Retrouver  les camarades chez Tortoni pour connaître les petits scandales du jour. 5 heures. – 2e visite au coiffeur pour renouveler sa provision d’esprit dans les journaux du soir, feuilleter le dernier roman en vogue pour pouvoir sciemment le déclarer infect. 8 heures. – Aller voir la pièce en vogue : au Français avec maman, aux Bouffes avec Noëmi, au Palais-Royal avec papa, à l’Opéra en famille. 11 heures. – Conduire en soirée la tante à héritage. A minuit. – Aller chercher Tulipia à la sortie de son théâtre, souper au cabaret, courir se montrer à la soirée de Mme X… et de Mme Z… finir la nuit au cercle à perdre quelques cents louis. – 6 heures du matin, coucher, repos bien gagné. "
Photographie 1 : « Le gommeux ». Illustration pleine page de La Comédie de notre temps : La civilité - Les habitudes - Les moeurs - Les coutumes - Les manières et les manies de notre époque de Bertall (1874).

Photographie 2 : « Politique et diplomatie (haute gomme) » ; « Coupe de cheveux et barbe du gommeux (petite gomme). » ; « Le bout d'ambre du gommeux. Le porte-cigarettes du boursier. » Illustrations provenant de La Comédie de notre temps ... de Bertall (1874).

Photographie 3 : Première page du chapitre intitulé « Le gommeux » de La Comédie de notre temps ... de Bertall (1874).

Photographie 4 : Petite chromolithographie publicitaire, de la fin du XIXe siècle représentant un gommeux « aujourd'hui » et son équivalent « en 1559 ».

Photographie 5 : Petite chromolithographie publicitaire, de la fin du XIXe siècle intitulée « Le Gommeux. » Il est à remarquer son habit à carreaux qui est dans la seconde moitié du XIXe siècle et la première du XXe une des marques de la jeunesse stylée comme au temps des zazous (pendant la seconde guerre mondiale) qui affichent des carreaux partout.

Photographie 6 : Petite chromolithographie publicitaire de la fin du XIXe siècle,représentant un gommeux faisant la cour à une grisette.

Photographie 7 : Photographie du XIXe siècle avec ce qui semble être un gommeux.

Photographie 8 : Journal La Caricature du 10 décembre 1881 (n°102) intitulé "La Genèse du Gommeux."

Photographie 9 : Détail de la double page intérieure du journal La Caricature du 10 décembre 1881.

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La Mode et l'Hygiène : les bains publics, la propreté, le linge blanc, les appartements de bains de Louis XIV, baigneurs et étuvistes, les baignoires, les hygiénistes ...

Photographie : « Très rare boule à savon en porcelaine blanche de Saint-Cloud, décorée d'écailles en léger relief. Monture argent, Paris 1732-38. Diam. 8,2cm. Circa 1730. » « coll. C.Perlès ».

L’histoire de la mode française est aussi celle de l’hygiène. On se lave beaucoup au Moyen-âge dans des bains publics notamment. Il y en a de nombreux à Paris jusqu’au XVIe siècle. Par la suite, l’église critique de façon véhémente ceux-ci ; mais ils continuent d'exister. Au XVIIe, il n’est pas de bon ton de dire que l’on prend des bains, ce qui a souvent une connotation amoureuse et sexuelle : les étuves publiques nombreuses jusqu’à ce siècle étant considérées par l’église de cette époque comme des lieux de débauche car il semblerait que les femmes y soient admises et que ces ablutions qui se donnent le matin comme en fin de journée durent parfois toute la nuit. Au siècle des précieuses, on se lave pourtant et pas seulement à l’eau, mais aussi avec de nombreuses autres lotions. Même louis XIV que l’on dit ne prendre officiellement que très peu de bains, possède au rez-de-chaussée du corps central du château de Versailles un somptueux appartement de bains avec plusieurs pièces contenant baignoires et petites piscines où il rejoint sa cohorte de courtisanes. Mais ceci se fait en toute discrétion. À cette époque, les élégants font deux toilettes : la première, celle de propreté où on se nettoie avec de l’eau et du savon ou avec des vinaigres parfumés ou autres lotions, et la seconde toilette, plus mondaine, où on finit de se parer et reçoit. A elles deux, elles peuvent durer plusieurs heures chaque jour. La place importante de l’hygiène dans la vie d’un élégant s'exprime aussi dans les nombreux services de toilette et les étuis portables dans lesquels sont placés de petits objets à parfums et autres. La propreté est un aspect important de la mode. Celle du linge et le temps qu’on passe à sa toilette sont les signes d’une personne élégante. Mais pas seulement car le terme de propreté a une définition bien plus large. Jusqu’à la Révolution, la mode, l'intelligence (l'esprit) et l’élégance en général sont des arts de la propreté.

Antoine de Courtin (1622-1685) écrit dans son Nouveau traité de la civilité qui se pratique en France parmi les honnêtes gens (1671) que « La Propreté fait une grande partie de la bienséance, & sert autant que toute autre chose, à faire connaître la vertu & l’esprit d’une personne ». Par propreté il entend tout ce qui concerne l’habillement (être bien mis, harmonieusement, être à la mode), la netteté de celui-ci et du linge blanc ainsi que du visage et des extrémités. Quand on dit au XVIIe siècle que le linge blanc doit être net, cela suppose que le corps le soit aussi (avez-vous déjà essayé de garder du linge de corps immaculé ne serait-ce qu’une heure en étant sale ?). Une personne propre est donc bien habillée, avec netteté et goût. Il ne s’agit pas seulement d’avoir un corps et des habits nettoyés, mais aussi d’être vêtu et paré avec subtilité, d’être poli, gracieux et d’avoir un esprit fin rempli de toutes les qualités (ou du plus possible). Tout ceci est du domaine de la propreté. C'est ainsi que le mot 'décrasser' peut signifier 'rendre poli' et que celui de 'crasse' est souvent associé à des manières grossières. Il est important de saisir cette notion de propreté afin d’envisager l’élégance française et de comprendre son influence. C’est un tout, une harmonie générale !

Et puis il y a les maisons de bains. Le métier de perruquier comprend celui de baigneur, étuviste et barbier jusqu’au XVIIIe siècle et peut-être un peu après. Les appartements de bains que d'aucuns possèdent sont souvent des lieux très élégants, avec un service nombreux et raffiné. On s’y baigne dans différentes sortes de préparations dont certaines parfumées : on se lave à l’eau dans des baignoires, prend des douches, des bains chauds, de vapeur, froids, agrémentés de lotions ... François-Alexandre-Pierre de Garsault (1693-1778) explique tout ce que comprend le métier de perruquier dans son Art du perruquier (1767). On y apprend qu’il s’adresse aux femmes comme aux hommes ; qu’il inclut en particulier l’art de fabriquer des perruques mais aussi de « faire les cheveux et friser », poudrer, faire la barbe. Certains se spécialisent dans les bains. On distingue les bains de propreté et ceux de santé. Les deux comprennent des passages entre l’étuve et le bain. Le bain de propreté consiste en diverses frictions, immersions, lotions et pâtes, bains et eaux de senteur. « On ne prend guère ces Bains qu’un ou deux jours de suite, & de temps à autre. […] Ce qu’on appelle Bain de Santé, se prend comme le précédent, avec de l’eau tiède, mais plusieurs jours de suite, & ordinairement comme remède par ordre du Médecin : c’est pourquoi on fait abstraction de toutes les frictions & immersions délicieuses qui accompagnent le Bain de propreté. » Ce bain de santé comprend diverses sortes d'immersions en fonction de la pathologie : bains chauds, froids, artificiels (avec des herbes médicinales, aromatiques, des minéraux …), locaux, secs (de sablon, de marc de raisin). Les bains sont donc raffinés et courants. Les gens les plus riches ont leur propre appartement de bains mais ne dédaignent pas les bains publics où ils trouvent de la sérénité, du calme et de l’incognito. Certaines maisons de bains publics sont très prisées à cette époque car particulièrement chics, avec un nombreux personnel très attentif.

Photographie : « Perruquier Baigneur Etuviste, Appartement de Bains. » Gravure du XVIIIe siècle, provenant de l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et D'Alembert. Il s'agit d'un plan d’appartements de bains avec des coupes transversales. On y distingue 2 baignoires, 2 éviers avec robinets, une chambre avec 2 lits, des toilettes et des petites pièces. Voici la description de la planche que l’on trouve dans l'Encyclopédie : « PLANCHE IX. Appartement de bains particuliers. Fig. 1. 2. & 3. Plan des bains; la fig. 1. est la coupe sur la ligne A B du plan, & la 2. la coupe sur la ligne C D du même plan. E, escalier. F, antichambre. G, petite lingerie. H, chambre en niches. I I, les lits en niches. K K, &c. garde-robe. L, chambre des bains. M M, baignoires en niches. N, réservoir d'eau froide. O O, passages au - dessus des - quels sont d'autres réservoirs. P, étuve. Q Q, fourneaux. R R, chaudières. S S, cheminées des fourneaux. T T, portes des fourneaux. »

Au XVIIIe siècle, plusieurs gravures nous dévoilent une dame prenant un bain à son domicile. Le sous-entendu érotique est très présent dans ces images. Elles prouvent aussi que cet usage est courant dans les lieux d'habitation souvent grâce aux porteurs d'eau qui ont une importance toute particulière dans des grandes villes comme Paris jusqu'à l'avènement de l'eau courante. Ils apportent le liquide à domicile. Ils sont très nombreux. Au XIX e siècle la baignoire se démocratise véritablement et meuble les intérieurs parisiens modernes. Edmond Texier écrit en 1853 dans son Tableau de Paris que seules les parisiennes savent faire une toilette complète avec « le bain, les parfums, les flots d’écume répandus par des savons onctueux, la pâte d’amandes, les essences, rien n’est épargné. » Au milieu de ce siècle l’hygiénisme prône en Europe certaines valeurs de propreté et d’hygiène de vie. On s'intéresse à la mode et essaie de la rendre hygiénique, comme dans le traité de Jean-Antoine Goullin, datant de 1846, intitulé La Mode sous le point de vue hygiénique, médical et historique ou Conseils aux Dames et à la jeunesse, dans lequel l’auteur donne de très nombreux conseils : habits ni trop étroits ni trop légers, coiffures pas trop serrées non plus … et même des recettes de soins et d’embellissement du corps. Il recommande la gymnastique. Il déconseille fortement l’usage du corset qui pourtant continue à être à la mode jusqu’au début du XXe siècle. Il explique pourquoi : évanouissements … Alphonse-Louis-Vincent Leroy (1742-1816) est un médecin du XVIIIe siècle qui écrit aussi sur ce sujet dans son Recherches sur les habillements des femmes et des enfants ou Examen de la manière dont il faut vêtir l'un et l'autre sexe (1772). La découverte des microbes par Pasteur (1822-1895) en 1865 révolutionne complètement la médecine et cette notion d’hygiène. Il en résulte de nouvelles modes vestimentaires et pratiques comme le sport … Les découvertes de Pasteur et leurs implications hygiéniques sont un tournant non seulement dans la médecine mais aussi dans les pratiques quotidiennes et la mode. Les vêtements sont moins serrés ... En France on appelle que rarement les adeptes de ces nouvelles coutumes des hygiénistes, mais de nouveaux qualificatifs apparaissent comme gentilhomme du sport. Voici un passage de Trop de chic de Gyp (1900) qui décrit ces pratiques à la mode « Les jeunes boudinés vivent différemment … sous prétexte qu’il faut faire de l’exercice et de l’hygiène, ils débutent au réveil par un tub qui souvent les laisse grelottants … après les haltères, promenade à cheval à fond de train … déjeuner très léger, afin de ne pas engraisser … c’est impossible avec la nouvelle forme de la poitrine « pschutteuse… » [je donnerai la définition de ce mot dans un autre article : cela signifie faux élégant] cigares très forts, partie de paume, pour se faire du muscle… marche forcée en fauchant vigoureusement, ce qui double la fatigue … escrime et douche anéantissante … nombres de tasses de thé au five o’clock… dîner léger, toujours pour ne pas engraisser… nuit au jeu, au bal ou n’importe où !... on rentre livide !... Qu’est-ce que ça fait ?... c’est de l’hygiène !... ». A la fin du XIXe siècle et au début du XXe les expositions d’hygiène se multiplient comme au Palais de l’Hygiène.

L'hygiène est un thème qui pose la question de notre environnement physique et mental, de l'harmonie et de l'évolution du genre humain. La propreté nous engage dans notre entier : nos actions, nos rapports avec les autres et ce qui nous entoure, la politesse, notre âme ... C'est un tout qui apporte plaisir et tranquillité, un des fondamentaux de l'intelligence, une des bases de la construction de notre avenir.

Photographie : « Palais d'Hygiène (Esplanade des Invalides) ». Cet édifice est construit à Paris pour l'exposition universelle de 1878, et est reproduit sur cette petite chromolithographie publicitaire du 4ème quart du XIXe siècle.

Photographie : Une petite-maîtresse du XIXe siècle au bain. Détail d'une page de Tableau de Paris d'Edmond Texier (1853) . On peut lire au dessous et à côté : « Les bains à domicile sont une dérivation des établissements de bains chauds. L'élément principal, c'est-à-dire l'eau, est transportée, ainsi que les baignoires, chez les petites maîtresses, qui ne sauraient se livrer dans un lieu public à tous les raffinements de leur toilette, et chez les bourgeois riches, qui ne veulent pas s'imposer de dérangement. Il est difficile de pénétrer dans ces intérieurs et ces réduits où se cachent les mystères de la vie intime du Parisien. »

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Les Boulevards des Italiens, des Capucines et de Montmartre.

Photographie : "Chevelure en porc-épic. Schall à Mouches. Rubans en Cothurnes. Dessiné d’après nature sur le Boulevard des Capucines". Gravure de 1798, planche 25 provenant du Journal des Dames et des Modes fondé à Paris en 1797.

Les Boulevards sont le "Nouveau Cours" (voir article sur 'Le Cours'). Tracés au XVIIe siècle sur l’emplacement des anciens remparts de Paris, ils sont dans cette ‘tradition’ élégante, et occupent une place de choix dans la mode des XVIIIe et XIXe siècles. Ils sont à cette époque un lieu de promenade où on parade, fait des rencontres, prend des cafés, se restaure, se divertit, vit le jour comme la nuit … Les plus à la mode sont ceux du côté de la Madeleine : boulevards des Capucines, des Italiens et de Montmartre. Là se joue la vie parisienne ; surtout aux Italiens où sont les meilleurs cafés ouverts après minuit, les théâtres et autres délassements de choix ; et où au sortir de la Révolution une grande partie des émigrés auparavant réfugiés à l’étranger s’y installent à leur retour à Paris.

Au XVIIIe siècle cette promenade est déjà réputée. On lit dans le Dictionnaire universel de la France de 1771 que les boulevards sont une « des promenades les plus fréquentées de la capitale, parce qu'elle est ouverte à tout le monde. L'avantage que l'on a de s'y promener en équipage, & les embellissements qui y ont été faits par MM. les Prévôt des marchands & échevins [magistrats s'occupant des affaires communales], & par les particuliers propriétaires des maisons voisines ; les cafés brillants que l'on y a construits, les rafraichissements que l'on y vend, les chaises que l'on y loue, les jeux qui s'y rassemblent, la musique que l'on y entend dans les cafés, le concours d'un nombre infini de voitures qui peignent admirablement la magnificence & le goût de cette grande ville ; tout enfin contribue à faire de cette promenade une espèce de foire perpétuelle & l'une des plus brillantes que l'on puisse imaginer. » Les théâtres y abondent surtout après le boulevard des Italiens, et la foule est attirée par tout ce scintillement, comme l’écrit Louis-Sébastien Mercier dans un chapitre de son Tableau de Paris (1781) intitulé ‘Tréteaux des boulevards’.

Photographie : « Démarche du Parisien boulevardier. » Illustration La Comédie de notre temps (1874-1876) de Bertall (1820-1882).

Voici des passages du chapitre consacré aux boulevards de Les Merveilles du nouveau Paris de Décembre-Alonnier datant de 1867 : "Ces magnifiques voies, offrant des chaussées spacieuses, bordées de chaque côté par de beaux trottoirs bitumés et plantés d’arbres, sont les principales artères de la vie parisienne qui s’y agite au milieu d’un mouvement indescriptible ; toutes les classes, tous les degrés de la société y ont leur place et s’y coudoient sans se mélanger. La jeunesse dorée et les femmes qu’Alexandre Dumas fils a si spirituellement nommées les dames du demi-monde, se donnent rendez-vous devant les brillants cafés, les restaurants célèbres et les somptueux magasins étalant aux yeux éblouis toutes les merveilles de l’univers. […] C’est en 1670 que la partie du boulevard comprise entre la Bastille et la porte Saint-Honoré fut exécutée ; peu de temps après on prolongea cette promenade jusqu’à la porte Saint-Honoré. Mais, à cette époque, il était loin d’avoir l’animation qui en fait aujourd’hui la plus belle voie de l’Europe ; du côté de la ville, c’étaient des jardins qui bordaient les maisons ; de l’autre côté s’étendait la rase campagne où l’on voyait disséminées de-ci de-là quelques rares maisons de cultivateurs et de maraîchers. Ce ne fut qu’après la Révolution, que ces terrains, dégagés des droits de main-morte et autres, permirent à la ville de prendre l’accroissement que son industrie rendait nécessaire, et bientôt les boulevards furent encadrés entre deux rangées de maisons : leur longueur totale est de quatre kilomètres et demi. […] Le boulevard Montmartre semble réaliser déjà les merveilles d’un conte des Mille et une Nuits : les vitrines des magasins étalent au regard émerveillé de riches cachemires et dentelles, des bronzes précieux, des objets d’art de tout genre. Les cafés rivalisent en beauté avec ceux du boulevard des Italiens ; parmi eux il en est trois qui jouent un rôle important dans le monde des lettres ; nous voulons parler du café des Variétés, de Suède et de Madrid ; ce dernier est chaque jour, de trois à cinq heures, le rendez-vous des chroniqueurs et des correspondants des journaux de province. Ce moment de la journée est connu dans cette partie de Paris sous le nom d’heure de l’absinthe. Ces trois cafés servent de points de réunion aux gens de lettres, journalistes, auteurs dramatiques ou romanciers. C’est là que s’élaborent les nouvelles politiques qui rassurent ou font trembler l’Europe, les concours littéraires et les faits divers : tout le journalisme gravite autour de ce centre. L’ancien boulevard de Gand, connu par notre génération sous le nom de boulevard des Italiens, est le lieu de rendez-vous du bon ton et de la suprême élégance, qui pourtant ne sont pas toujours de bon goût : c’est là que les lions et les lionnes du jour viennent étaler leur luxe. Les étrangers curieux se glissent à travers la foule des oisifs élégants, et vont apprendre comment on déjeune à Tortoni, et comment l’on soupe à la Maison-Dorée ; les trois Opéras sont dans le voisinage. La Bourse est également à peu de distance ; aussi le boulevard des Italiens sert-il à MM. Les coulissiers de lieu de réunion. […] Sur l’emplacement occupé aujourd’hui par la Maison Dorée, sur le boulevard des Italiens, s’élevait autrefois le café Hardy, le premier qui ait donné des déjeuners à la fourchette fort prisés pendant plus de cinquante ans par les amis du bien vivre. […] Le boulevard des Capucines est beaucoup moins animé ; les promeneurs y sont plus rares ; cependant les magasins y sont peut-être plus luxueux qu’au boulevard des Italiens. C’est là que s’élève le gigantesque hôtel élevé par M. Péreire, le Grand-Hôtel, qui tient à la disposition des voyageurs sept cents chambres et soixante-dix salons, et dont le merveilleux service n’a de rival peut-être que celui de l’hôtel du Louvre, élevé par le même financier".

Voici un passage de Les Viveurs de Paris (1857) qui décrit l’atmosphère nocturne du boulevard des Italiens au milieu du XIXe siècle : "Or, la nuit en question et à l’heure que nous avons indiquée, le boulevard des Italiens semblait plus vivant et plus animé qu’il ne l’est souvent en plein jour. Un certain nombre de voitures, calèches découvertes pour la plupart, sillonnaient rapidement la chaussée, ramenant des Champs-Élysées les promeneuses qui, après la sortie du spectacle, avaient été bien aises de respirer pendant une heure l’air pur et rafraîchi de la nuit. Des groupes de jeunes gens en gants paille et en bottes vernies se promenaient en fumant des panatellas, des régalias et des Londress, en face du café de Paris ou du perron de Tortoni. De jeunes et jolies femmes, les unes aussi fraîches que les gros bouquets de roses qu’elles tenaient à la main, - les autres empruntant leur éclat factice à la poudre de riz et au rouge végétal, - passaient au bras de leurs cavaliers et répondaient par des sourires chargés de promesses aux paroles tendres ou lestes murmurées tout bas à leur oreille. Il y avait foule, nous le répétons, mais cette foule n’était pas bruyante. On pouvait percevoir les moindres bruits. On entendait le petit frémissement des robes de soie froissées en marchant. On distinguait au loin le cri monotone des vendeurs de journaux officiels qui proposaient à chaque passant la Patrie ou le Moniteur du soir. Des ombres joyeuses se profilaient derrière les rideaux abaissés des cabinets de la Maison Dorée, du café Anglais ou du café Foy ..."

Les endroits ouverts la nuit décrits ici sont surtout des cafés. L’histoire des cafés parisiens remonte au XVIIe siècle. C’est à la toute fin du XVIIIe siècle (au temps des merveilleuses et des incroyables) qu’ils s’embellissent et deviennent des endroits chics avec des décors à l’antique, de grandes glaces, des luminaires, du marbre … C’est aussi à cette époque que certains ‘prennent’ sur le boulevard, s’ouvrent en terrasses ou dans des jardins, ce qui permet aux femmes d’en profiter, la respectabilité voulant qu’elles n’y entrent pas. Les choses changent petit à petit au XIXe, la population parisienne se multipliant … et avec elle les cafés. Pendant tout ce siècle, le boulevard des Italiens reste le haut lieu des gandins et autres dandys parisiens.

Certains prétendent que le terme de ‘gandin’ serait une référence au boulevard de Gand, nom donné, sous la Seconde Restauration, à un des côtés du boulevard des Italiens en souvenir de l'exil à Gand du roi Louis XVIII pendant les Cent-Jours. Mais les témoignages et documents d’époque sur les gandins sont difficiles à trouver.

Au XIXe siècle, les Champs-Élysées jouent une place de plus en plus importante dans la vie festive parisienne. Et il est très agréable d’y sortir pour s’amuser, danser … C’est aussi pas très loin des boulevards et du bois de Boulogne. La plus grande partie de la vie élégante et festive parisienne du XIXe siècle se retrouve à flâner joyeusement et élégamment du bois de Boulogne au boulevard Montmartre en passant par les Champs Élysées, l’actuelle place de la Concorde, la rue Royale, le boulevard de la Madeleine, des Capucines et des Italiens. Mais ce long cours qui part de Longchamp et se prolonge jusqu’au boulevard Montmartre continue jusqu’à la Bastille. On trouve encore sur cette partie des théâtres, en particulier autour de la porte Saint-Martin. Du fait des nombreux méfaits mis en scène sur les planches, le boulevard du Temple est surnommé le boulevard du Crime.

Photographies : Trois cartes postales d'époque, respectivement de 1802, 1806 et 1803 présentant une photographie des boulevards des Capucines, des Italiens et de Montmartre, avant que le boulevard Haussmann rejoigne celui des Italiens en 1926.

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Coffres, coffret et boîtes de toilette.

Les coffres sont des meubles de rangement très utilisés jusqu'au XVIIIe siècle et en particulier au Moyen-âge car on se déplace beaucoup et cela dans toute l'Europe. Ils font partie de ces objets facilement transportables tels les tapisseries murales ou les sièges pliants. On dépose dans certains les habits, les plus délicats étant préalablement enveloppés dans une fine et délicate toile (la toilette). Les coffrets sont de moindre taille. Certains ressemblent à de petits coffres-forts comme celui de la première photographie. Ce modèle fait 16 x 9 x 11,5 cm. Il appartient à la galerie Debackker. Réalisé en France vers 1400, il est en bois et cuir rouge avec des traces de dorures. Les montures sont en cuivre. La galerie Wanecq expose un coffret en marqueterie d'époque Louis XIV (deuxième photographie) : « Coffret rectangulaire à couvercle en doucine, en marqueterie d’écaille rouge et de laiton gravé. Décor de rinceaux feuillagés, de bouquets et d’un riche bestiaire d’oiseaux, singes et escargots dans le goût des dessins de Jean Bérain (1640-1711) « dessinateur de la Chambre et du Cabinet du Roi ». H. 9 cm, L. 28,5 cm, P. 22 cm. Ce type de coffret était très prisé par les collectionneurs sophistiqués de la première moitié du XVIIIe siècle. Un portrait de Madame Marsolier et sa fille peint par Jean –Marc Nattier, conservé au Metropolitan Museum of Art de New-York, montre la jeune fille tenant un coffret marqueté dans le même esprit. » Sans doute s'agit-il de celui que l'on peut voir  sur www.photo.rmn.fr. Cette peinture représente Madame Marsollier assise à sa table de toilette embrassant sa fille d'une plume et d'un brin de fleurs de pensées tout en contemplant ce que cela donne dans le miroir. Sa progéniture regarde de face, la main droite posée sur un genou de l'adulte et l'autre tenant ouverte la boîte près du bassin de sa mère qui sort de l'objet plumes et fleurs délicates.

Sur la table de toilette sont disposées différentes boîtes que je vais à présent répertorier avec les boîtes : à mouches, à savon, à poudre, à pâtes, à rouge, à opiat, à bijoux, à montures de bois, à pilules, à fioles, à parfum, bergamote, à linge, à perruques, les caves à parfum qui elles sont de véritables coffrets de même que certains nécessaires de toilette. Les boîtes à mouches contiennent un pinceau, de la pâte et une brosse pour la colle, des rubans adhésifs sur lesquels sont posées les mouches faites de taffetas ou de velours noir à revers gommé, ayant toutes sortes de formes et de tailles : longues en losange, carrées, en coeur, en croissant de lune, ou même découpées en étoiles avec un petit diamant au centre. Ces boîtes ont un couvercle, plusieurs compartiments, parfois un petit miroir et une monture. Il en existe de portatives. Les mouches que l’on place sur le visage disent une sensibilité et ont un nom en fonction de leur emplacement : en haut du front au milieu pour la majestueuse, au coin de l’œil pour la passionnée, sur la joue pour la galante ou l’enjouée, sur le nez pour la gaillarde, au coin de la bouche pour la baiseuse ou la coquette, sur le menton pour la discrète… Les boîtes à savon ou savonnières vont par deux. L’une est destinée à mettre l’éponge et l’autre le savon. On les appelle aussi boules à éponge ou à savon. Les boîtes à poudre sont souvent les plus grandes des boîtes de toilette. Elles gardent des poudres parfumées que l’on appelle parfois « grosses poudres de violettes », avec une base de plantes et drogues aromatiques. Les poudres pour les cheveux sont elles aussi parfumées aux fleurs … Les boîtes à pâtes contiennent des pâtes pouvant servir pour se laver les mains sans eau, comme avec celle de Provence, dont Simon Barbe offre la recette dans son livre : Parfumeur Royal, ou l'art de parfumer avec les fleurs & composer toutes sortes de parfums, tant pour l'Odeur que pour le Goût (1693). Avant le dix-septième siècle, il semble qu’on les utilise surtout comme parfums, et qu’elles sont alors le plus souvent constituées d’amandes pilées mélangées à des éléments odorants. « L’esprit-de-vin » (l’alcool) ne servant pas encore de véhicule aux parfums, ceux-ci ont surtout cette forme. On continue à recourir à cet usage au dix-huitième siècle. Les boîtes à rouge comportent des mortiers à fard. C’est dans les mortiers à fard et à rouge que l’on broie les ingrédients de leurs préparations. La dame l’applique avec un petit pinceau, comme le fait Madame de Pompadour dans une peinture de François Boucher de 1758. On compte aussi des boîtes à fard portatives. Le rouge peut être fait de cinabre ou de carmin mélangé à du talc de Moscovie ou d’autres matières. Les villes comptent leurs marchands de rouge et certains de ces fards ont des noms spécifiques. Les boîtes à opiat sont souvent les plus petites. Primitivement, il semble que l’on appelle ‘opiat’ un médicament interne comprenant de l’opium. Mais on donne aussi  ce nom  à des dentifrices et peut-être à d’autres préparations. Les boîtes à bijoux gardent devinez quoi ? Elles portent parfois le nom de baguiers, mot qui désigne tous les objets servant à entreposer les bagues et autres bijoux. Certains on la forme de tiges équipées de crochets sur lesquels on suspend les parures ; quand ce ne sont pas des coffrets ou des coupes ... Les boîtes à racines conservent les racines. S’agit-il de la poudre de racine d’Iris de Florence dont on fait grand usage, ou de racines à mâcher comme la guimauve, l’acore odorant, la réglisse…, pour les dents, les gencives, l’haleine, la santé… ? Les boîtes à montures de bois peuvent être faites de deux petits disques de faïence enchâssés dans une monture de buis constituant le fond et le couvercle. Elles se portent facilement en poche afin de transporter des crèmes, onguents ou mouches de beauté. Les boîtes à pilules ou à pastilles contiennent des pastilles à odeurs, à brûler, de bouche. Les pastilles à odeurs parfument. Celles à brûler font de même mais une fois mises sur des braises ardentes préalablement placées dans des cassolettes faites à cet usage (voir la section sur les brûle-parfums). Parmi les pastilles de bouche citons le cachou. Dans les boîtes à fioles on garde des fioles (en verre) à parfums, poudres, médicaments, eaux de toilette, élixirs pour les yeux... Les boîtes à parfum sont des vinaigrettes contenant un morceau de coton ou d’éponge imbibés de vinaigre aromatique ou d’eau parfumée et placés sous une petite grille métallique articulée. Elles ont aussi le nom de boîtes à senteur, se portent sur soi et sont parfois en céramique. Elles connaissent un grand succès aux dix-septième et dix-huitième siècles, et un peu moins au dix-neuvième. Elles sont très proches des vinaigrettes que l’on invente au dix-septième siècle et qui renferment elles aussi des morceaux d’éponge ou de coton imprégnés de parfum. Les boîtes bergamote ou Bergamotes (photographie), sont faites à partir de la peau de l'orange bergamote. Cette peau est retournée, puis déposée sur un mandrin de bois. En séchant, elle épouse la forme désirée. Recouverte d'un très léger cartonnage, elle est ensuite enduite d'un mélange de colle et de craie, poncée puis peinte de scènes galantes dans un style naïf et enfin vernie. Les Bergamotes seraient caractéristiques d'un art populaire Grassois du dix-huitième siècle et de la première moitié du dix-neuvième. Les boîtes à linge servent à ranger des mouchoirs, des bas en soie ou en coton ... Elles ont la forme de petits coffres pouvant contenir le linge fin qu'un homme de qualité peut employer en deux jours. Certaines sont parfumées. Les boîtes à perruques sont longues et étroites, à la proportion d'une perruque, et rondes par les bouts. Certaines sont garnies d’une toilette de senteur à l’intérieur, et à l’extérieur de peau de senteur, le tout étant bordé de galons d’or, d’argent ou de soie. On y ajoute parfois une serrure ou un crochet. Les caves à parfum ou cabinets à parfum ou cassettes ou nécessaires à parfum , sont des petits coffrets dans lesquels sont disposés des flacons, parfois avec un entonnoir et un gobelet (une timbale) pour les mélanges, et plus rarement une coupelle et un rince-oeil. Il y a aussi les flaconniers qui comportent flacons et entonnoirs.

Les nécessaires de toilette sont des coffres assez grands pour contenir de nombreux objets, sauf pour les nécessaires de poche (ou étuis-nécessaires) qui recèlent de petits articles : boîte à mouches, brosse à dent, couteau pliant, crayon, cuillère, cure-oreilles, entonnoir, flacons, gratte-langue, passe-lacet, peigne, pince à épiler, porte-crayon, racloir pour les dents, tablettes pour envoyer des messages…L’intérieur est doublé de velours ou de soie. Les nécessaires de toilette peuvent comporter en plus : boîtes bergamotes, autres boîtes, cachet, canif, carnet de bal, cassolette, coupelle, cuilleron, démêloir, épingles de toilette, gants cosmétiques ou glacés, passe-laine, dé, étui, gobelet, houppe de cygne, houppette, jarretières, miroir, oeillère, petite cuiller, porte-aiguilles, porte-mine, pots à pommade, réchaud, rubans à peignoir, sachets parfumés, soucoupe et tasse… Certains nécessaires sont incorporés à des objets auxquels ont ne s’attend pas comme à de petites lorgnettes ou à de étuis à messages. Quelques cannes, dites aujourd’hui cannes de beauté, ont des compartiments contenant de petites boîtes, des flacons à parfum, manucure … Le barbier a aussi son nécessaire : le nécessaire de barbier. Les nécessaires de voyage sont garnis de toutes sortes d’éléments, dont certains pour la toilette, que l’on emporte lors de longs déplacements. Les étuis à ciseaux sont d’autres de ces objets, avec les étuis à aiguilles ou les étuis ou nécessaires à couture dans lesquels se trouvent, parmi d’autres garnitures, des dés à coudre…

L'antiquaire Le Curieux vend sur son site divers exemples de ces « nécessaires, étuis et coffrets ». comme celui-ci qui illustre la fin de cet article et dont voici la description : « Prestigieux nécessaire de voyage de Dame, le coffret en loupe, écoinçons et filets de laiton, poignées de transport encastrées. Le blason du couvercle est gravé du chiffre "BL". Serrure et clé "trèfle", signée du grand tabletier parisien : "FAIT PAR MAIRE , Ft DE NECESSAIRES, RUE ST HONORE N° 154 A PARIS" Dans un gainage de maroquin rouge longs grains doré aux petits fers, il contient dans des emplacements et plateaux : * Un tête à tête en porcelaine de Paris, réserves et décors en grisaille, polychromie et dorure. Deux boîtes à thé en vermeil, un mélangeur en cristal et vermeil, un passe-thé, un couvert et deux petites cuillères en vermeil, une casserole haute et son couvercle en vermeil. * Un nécessaire à écrire : porte plume, porte mine, taille plume, deux encriers, un bougeoir à main, un cachet gravé du prénom "Aglaé", un grand portefeuille à soufflet en maroquin vert doré aux petits fers * Un nécessaire de toilette, soins de visage et cosmétique, comprenant notamment un mortier à fard, son couteau et sa poupée, un petit pot à pommade en porcelaine dorée, deux détartreurs de dents monté en nacre, un cure-dent et cure-oreille, 4 flacons cristal, bouchons et stoppeurs en vermeil, un bain d'œil, un entonnoir à parfum, une brosse à dent en vermeil, 3 peignes et démêloirs en corne. * Un nécessaire à couture : Ciseaux, crochet de Lunéville, porte-aiguille en écaille blonde piquée d'or, un dé en or 2 couleurs, un étui à bobines. Orfèvres parisiens associés : Denis-François Franckson et Louis-Antoine Drouard. France, Paris, circa 1802-1804. Dimensions : 46 cm x 24,5 cm, hauteur 15,5 cm. Très bel état (toutes les pièces sont d'origine à l'exception du miroir qui a été changé postérieurement. »

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Anglomanie, partie 4 : Le sport avec les gentlemen, les gentilshommes du sport, les sportsmen et les sportswomen, les hygiénistes.

- Mardi 28 octobre 2008 - Anglomanie, partie 1 : Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et dans les premières années du XIXe.

- Vendredi 31 octobre - Anglomanie, partie 2 : Fashionables et dandys.

- Mardi 4 novembre - Anglomanie, partie 3 : Lions, lionnes, lionceaux, faux anglais, high life, snobs, perfect gentlemen.

Photographie (gauche) : Première page du chapitre sur 'Le sport' de La Comédie de notre temps (1874-1876) de Bertall (1820-1882). Ce livre délicieux croque les moeurs de son époque avec un humour tendre, comme au XVIIIe siècle on désigne par couleurs tendres des tons impétueux et riches, vifs et profonds, doux et délicats. Les traits des caricatures et des textes de Charles Constant Albert Nicolas d'Arnoux de Limoges Saint Saens, dit Bertall, dessinent la vie d’une façon qui rappelle un peu ces couleurs précieuses, originales, flamboyantes et vraies (des pastels intensément colorés) du XVIIIe siècle. Balzac le protège à ses débuts et le garde comme illustrateur attitré.

Le concept de sport naît, semble-t-il, en France avec l'anglomanie. Bertall (1820-1882) consacre un chapitre au sport dans La Comédie de notre temps (1874-1876) : « Sous la dénomination de sport, mot anglais, on comprend tout ce qui a trait aux exercices du corps dans leurs rapports avec les animaux, section des chevaux et des courses, ou contre eux, section de la chasse et de la pêche, ou sans eux, section de la natation, de l’escrime et du canotage. Un sportsman accompli est un homme dans lequel toutes les facultés physiques sont en équilibre, ce qui doit, en théorie, produire le mens sana in corpore sano. En réalité, cela produit parfois tout le contraire. Le nom de sportsman, par dérogation, est donné plus spécialement à ceux qui se préoccupent d’une façon plus particulière du cheval et des courses de chevaux. »

Photographie (droite) : « Courses de Longchamps. » Image tirée de Les Merveilles du Nouveau Paris (1867) par Décembre-Alonnier.

Photographie (au dessous) : Quatre différentes illustrations de La Comédie de notre temps (1874-1876) de Bertall avec : « Gentleman. Courses, bains de mer et tir au pigeon. » ; « Gentilhomme du sport. Tenue de sportsman extra-muros. » ; « Gentilhomme du sport. Tenue de sport extra-muros. » ; « Sportswomen ».

Au XIXe siècle, avec la vogue des turfs ; les turfistes font leur apparition avec deux nouveaux genres : le gentilhomme du sport et le sportsman. Le premier est sur les champs de courses : il joue. Le second normalement aussi ; mais dans son Physiologies parisiennes, (1886) Albert Millaud (1844-1892) distingue le genre « sportsman en chambre » qui parie de Paris chez des bookmakers. Il y a toutes sortes de sportsmen et même des sportswomen comme on l'apprend dans Les Français peints par eux-mêmes (1842) dont un chapitre est consacré à ce caractère (masculin ou féminin). Il y a « le jeune duc et pair qui possède un haras et l’attelage le plus irréprochable de Paris [...] La jeune vicomtesse toute exquise et dont la tenue à cheval est d’une si délicieuse hardiesse est encore un sportsman femelle. Sportsman est aussi la demoiselle entretenue qui galope à tort et à travers sur un locatis […] nous les retrouvons jusqu’au tir-aux-pigeons, et même en deux classes, savoir le sportsman qui tire et le sportsman qui regarde tirer. Nous rencontrons les sportsmen à l’école de natation, dans les salles d’armes, au tir du pistolet, à la joute des coqs chez M. Tourel, et jusqu’à la petite Villette où l’on fait militer des cochons d’Inde. » Il prend un accent anglais, est un anglomane averti, fréquente le jockey-club (pour les plus en vue) et a une passion immodérée pour le cheval (s’il est anglais).

Photographie (au dessus) : Première page du chapitre intitulé « Le sportsman parisien. » de Les Français peints par eux-mêmes, Encyclopédie morale du dix-neuvième siècle (plusieurs tomes édités entre 1840 et 1842).

Au commencement de son utilisation, le terme de 'sport' désigne les pratiques tournant autour des chevaux, comme le turf, les promenades à cheval ... Petit à petit, ce mot est employé pour d'autres usages comme le lawn-tennis ... Au XIXe siècle, un courant hygiéniste met en avant ce domaine ainsi que de nouveaux comportements vestimentaires et de vie. Mais je parlerai de cela dans un article sur l'hygiène, un domaine passionnant. Je montrerai son importance dans la mode française, la propreté étant la base même de celle-ci.

Photographie (gauche) : 'Le sportsman en chambre'. Millaud, Albert (1844-1892), Physiologies parisiennes, La Librairie illustrée, 1886.

Photographie (droite) : Illustration du chapitre sur 'Le lawn-tennis' de La Vie élégante (tome second, 1883).

En conclusion de cet article en quatre parties sur l'anglomanie des petits-maîtres français, voici le début du chapitre consacré au « sportsman parisien » de Les Français peints par eux-mêmes : « 0n disait autrefois : Le Français né malin créa le vaudeville ; je propose de réformer ce adage en disant : le Français né Français créa l'anglomanie : si cette vérité notoire et ce fait patent pouvaient être mis en discussion, le titre seul de cet article en serait la démonstration la plus convaincante. Nous voudrions esquisser un type, l'analyser, le nuancer même ; il est destiné à une collection éminemment française, et sous quel titre le présentons-nous à nos lecteurs français ; sous un titre tellement anglais qu'il est composé d'un adjectif welsche et d'un substantif d'origine saxonne, sorte de contraction grammaticale ou logomachie qui ne saurait appartenir qu'à la langue de Shakespeare et de Milton. [...] La France est certainement le pays du patriotisme, mais ce patriotisme nous permet de ne jamais rester français : sous la république et le directoire, nous étions Grecs et Romains ; les femmes portaient des chlamydes à méandres [...] Sous la restauration nous sommes devenus néo-Grecs. [...] Depuis 1830, nous avons prodigué les trésors de nos sympathies, aux Belges, Polonais, Italiens, Lusitaniens, Espagnols, Mexicains et Canadiens [...] Mais de toutes nos sympathies exotiques, une seule est durable et profondément enracinée parmi nous : c'est l'anglomanie. »

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Anglomanie, partie 3 : Lions, lionnes, lionceaux, faux anglais, high life, snobs, perfect gentlemen.

- Mardi 28 octobre 2008 - Anglomanie, partie 1 : Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et dans les premières années du XIXe.

- Vendredi 31 octobre 2008, Anglomanie, partie 2 : Fashionables et dandys.

Photographie de gauche : ‘Un Lion'. Illustration du chapitre de La Vie élégante (tome second, 1883).

Photographie de droite : 'Le Lion'. Illustration de La Caricature, numéro 102, du 10 Décembre 1881.

Le lion désigne un élégant du moment au XIXe. Ce terme est au milieu de ce siècle souvent employé à la place de fashionable. C’est au début du règne de Louis-Philippe (1830 à 1848), vers 1830, en pleine époque romantique que ce nom venu d’outre-Manche est utilisé. Balzac écrit dans A. Savarus (1842) : « À l'incroyable, au merveilleux, à l'élégant (...) ont succédé le dandy, puis le lion ». Le ‘lion’ est un homme en vue. Dans Colifichets (1860) Pommier le décrit ainsi : « Il est au monde un être (on le nomme lion, Je ne sais trop pourquoi), dont la profession est de n'en point avoir (...) Il compte pour ancêtre les muguets, raffinés, mirliflors, petits-maîtres, muscadins, merveilleux, incroyables ». « Je menais une vie de lion, c'est ainsi qu'en ce temps-là, on appelait les élégants du boulevard ; aujourd'hui on les nomme : Gandins » lit-on dans Calicots (1866) d'Avenel. Alfred Delvau (1867) le qualifie de « frère aîné du gandin, le dandy d’il y a vingt-cinq ans, le successeur du fashionable –qui l’était du beau – qui l’était de l’élégant – qui l’était de l’incroyable – qui l’était du muscadin – qui l’était du petit-maître, - etc. ». D’après ce même auteur, on appelle 'lionnerie' la « Haute et basse fashion. ». Ils sont souvent aux premières places des événements mondains. A l’opéra, la loge d’avant-scène est appelée la fosse aux lions car c’est là qu’ils s’y posent. L'équivalent féminin du lion est la lionne. C'est une femme en vue et à la mode au XIXe siècle, ayant un goût prononcé pour la toilette et les moeurs libres. « Elle veut monter à cheval, aller à toutes les chasses, à toutes les courses, parier, courir, fumer, devenir lionne enfin » écrit A. Marie dans Les Français peints par eux-mêmes (1842). C'est aussi une femme ayant un succès mondain et étant un sujet des conversations à la mode. Voici la définition qu’en donne le Dictionnaire de la langue verte d'Alfred Delvau (1867) : « Femme à la mode – il y a trente ans. C’était « un petit être coquet, joli, qui maniait parfaitement le pistolet et la cravache, montait à cheval comme un lancier, prisait fort la cigarette et ne dédaignait pas le champagne frappé. Aujourd’hui, mariée ou demoiselle, grande dame ou petite dame, la lionne s’appelle de son vrai nom – qui est drôlesse. » Un chapitre de Les Français peints par eux-mêmes est consacré à  « La lionne». Le lionceau est un « Apprenti lion, - garçon tailleur qui cherche à se faire passer pour le comte d’Orsay ou pour Brummel, et qui y réussit rarement, le goût étant une fleur rare comme l’héroïsme. » écrit Alfred Delvau (1867).

Photographie de gauche : ‘Lunchs parisiens’. Illustration du chapitre de La Vie élégante (tome second, 1883).

Photographie de droite : 'Perfect Gentleman', Bertall (1820-1882), La Comédie de notre temps, 1874-1876.

Cette mode pour l'Angleterre est à l'origine du « faux anglais ». Il s'habille 'à la manière de', et a des tics de toilette comme le (ou la ?) ticket-pocket : petite poche placée à la hauteur droite du paletot, de la jaquette ou du veston … (cependant au XIXe siècle certains tics sont des vraies marques d'élégance.) Dans ce prolongement apparaît le snob dont je parlerai dans un prochain article. Certains anglomanes sont appelés des gentlemen ou « perfect gentlemen ». Et puis il y a tout ce qui tourne autour de la high life dont il est question dans un article précédent. Dans le prochain, je parlerai du sport, mot lui aussi anglais, et de certains élégants qui lui sont associés.

Photographie : Publicité du « High life tailor » dans L'Illustration de 1929.

- Vendredi 7 novembre 2008 - Anglomanie, partie 4 : Le sport avec les gentlemen, les gentilshommes du sport, les sportsmen et les sportswomen, les hygiénistes.

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Anglomanie, partie 2 : Fashionables et dandys.

- Mardi 28 octobre 2008 - Anglomanie, partie 1 : Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et dans les premières années du XIXe.
Après l'anglomanie de certains incroyables, merveilleuses et de la jeunesse dorée du début du XIXe siècle, suit le fashionable. Si on trouve ce terme surtout dans des textes publiés entre 1820 et 1863
pour désigner une personne à la mode en général et celle qui s’inspire de l'anglaise en particulier, le véritable fashionable est de 1814-18. A cette époque, la présence des alliés à Paris amène de nouvelles modes étrangères dans la capitale comme les habits anglais, les pantalons polonais, les bottines turques ... On lit dans un récapitulatif des modes françaises datant de 1858 que « Pour mériter le titre de fashionable, il fallait ajouter, en 1818, une cravate soutenue par des baleines, un chapeau de paille noir, des gants blancs, une rose à la boutonnière, et avoir les cheveux parfumés d'huile philicome ou d'huile de Macassar. Les femmes, par une fâcheuse anglomanie, plaçaient le matin, sur leurs chapeaux de paille, des carrés de gaze verte en guise de voile ; elles portaient des spencers, de lourds manteaux d'homme à deux collets, en casimir vert. » On emploie ‘moderne’ dans le même sens que fashionable. Honoré de Balzac (1799-1850) utilise beaucoup les mots de 'fashion' et de 'fashionable' dans certains de ses textes. On retrouve ce second terme dès le début de son Traité de la vie élégante dans la traduction d’une citation de Virgile : " Mens agitat molem. [L’esprit meut la matière] VIRGILE. (Inconnus causant dans un salon.) L’esprit d’un homme se devine à la manière dont il porte sa canne. Traduction fashionable. " Le terme de 'fashion' désigne en anglais la mode. Au XIXe siècle, la tendance anglaise étant très chic à Paris, être fashion signifie être à l’avant-garde. Il y a la haute et la basse fashion, c'est-à-dire la mode de la high-life, des aristocrates et grands bourgeois, et celle des élégants au portefeuille plus modeste. Dans Les Français peints par eux-mêmes (tomes édités entre 1840 et 1842), M. Tissot (1768-1854) écrit : " à côté de cette jeunesse que nous appelons la jeunesse politique, nous voyons une certain nombre de jeunes fashionables avides de tous les genres de jouissances, épuisant jusqu’à la lie la coupe des plaisirs, abandonnés à tous les excès, et courant à leur ruine avec une sorte de délire qui rappelle des temps et des moeurs que l’on croyait à jamais oubliés."
Photographies : provenant d'une lithographie originale de Paul Gavarni (1804-1866), pouvant être datée entre 1830 et 1843, représentant des « petits fashionables » en situation. Paul Gavarni, se fait une spécialité de la représentation de jeunes parisiens à la mode sous Louis-Philippe et le Second Empire. Il est particulièrement connu pour ses illustrations du Carnaval de Paris. Je vous ferai goûter de ce sujet dans un prochain article. Ici les jeunes fashionables femmes et hommes sont dessinés dans leur vie quotidienne : en promenade, peignant, se saluant, priant, conversant, affrontant le vent ...
À la suite du fashionable succède le dandy sous la Restauration (1814-1830). On peut le situer entre 1818 et 1830 avant les lions et les gants jaunes sous Louis-Philippe (qui règne de 1830 à 1848). Tous sont particulièrement élégants dans un style inspiré d'outre-Manche. Le terme d’origine anglaise est utilisé en France même par la suite, et encore aujourd'hui, pour une personne aux manières et à la tenue particulièrement raffinées. Honoré de Balzac, Jules Amédée Barbey d’Aurevilly, Charles Baudelaire, écrivent sur le dandysme. Citons un passage
d’Honoré de Balzac (1799-1850) de Les Français peints par eux-mêmes; encyclopédie morale du dix-neuvième siècle, où il décrit un dandy dans le vocabulaire ‘chic’ de l’époque : " Cette variété de l’espèce nous a donné le directeur dandy, administrateur en gants jaunes et en bottes vernies, apportant au théâtre les façons exquises et les susceptibilités de la haute fashion financière. Lors de son avènement au pouvoir dictatorial, le lion fut accueilli dans son théâtre avec le cérémonial usité. " Dans son Traité de la vie élégante, Honoré de Balzac (1799-1850) oppose le dandysme à la vie élégante : " Le Dandysme est une hérésie de la vie élégante. En effet, le dandysme est une affectation de la mode. En se faisant dandy, un homme devient un meuble de boudoir, un mannequin extrêmement ingénieux, qui peut se poser sur un cheval ou sur un canapé, qui mord ou tète habilement le bout d’une canne, mais un être pensant … jamais ! L’homme qui ne voit que la mode dans la mode est un sot. La vie élégante n’exclut ni la pensée ni la science : elle les consacre. Elle ne doit pas apprendre seulement à jouir du temps, mais à l’employer dans un ordre d’idées extrêmement élevé … " Dans Le Peintre de la Vie Moderne, Charles Baudelaire (1821-1867) occupe un chapitre au dandysme : " L'homme riche, oisif, et qui, même blasé, n'a pas d'autre occupation que de courir à la piste du bonheur; l'homme élevé dans le luxe et accoutumé dès sa jeunesse à l'obéissance des autres hommes, celui enfin qui n'a pas d'autre profession que l'élégance, jouira toujours, dans tous les temps, d'une physionomie distincte, tout à fait à part. Le dandysme est une institution vague, aussi bizarre que le duel; très ancienne, puisque César, Catilina, Alcibiade nous en fournissent des types éclatants; très générale, puisque Chateaubriand l'a trouvée dans les forêts et au bord des lacs du Nouveau-Monde. Le dandysme, qui est une institution en dehors des lois, a des lois rigoureuses auxquelles sont strictement soumis tous ses sujets, quelles que soient d'ailleurs la fougue et l'indépendance de leur caractère. Les romanciers anglais ont, plus que les autres, cultivé le roman de high life, et les Français qui, comme M. de Custine, ont voulu spécialement écrire des romans d'amour, ont d'abord pris soin, et très judicieusement, de doter leurs personnages de fortunes assez vastes pour payer sans hésitation toutes leurs fantaisies; ensuite ils les ont dispensés de toute profession. Ces êtres n'ont pas d'autre état que de cultiver l'idée du beau dans leur personne, de satisfaire leurs passions, de sentir et de penser. Ils possèdent ainsi, à leur gré et dans une vaste mesure, le temps et l'argent, sans lesquels la fantaisie, réduite à l'état de rêverie passagère, ne peut guère se traduire en action. Il est malheureusement bien vrai que, sans le loisir et l'argent, l'amour ne peut être qu'une orgie de roturier ou l'accomplissement d'un devoir conjugal. Au lieu du caprice brûlant ou rêveur, il devient une répugnante utilité. / Si je parle de l'amour à propos du dandysme, c'est que l'amour est l'occupation naturelle des oisifs. Mais le dandy ne vise pas à l'amour comme but spécial. Si j'ai parlé d'argent, c'est parce que l'argent est indispensable aux gens qui se font un culte de leurs passions; mais le dandy n'aspire pas à l'argent comme à une chose essentielle; un crédit indéfini pourrait lui suffire; il abandonne cette grossière passion aux mortels vulgaires. Le dandysme n'est même pas, comme beaucoup de personnes peu réfléchies paraissent le croire, un goût immodéré de la toilette et de l'élégance matérielle. Ces choses ne sont pour le parfait dandy qu'un symbole de la supériorité aristocratique de son esprit. Aussi, à ses yeux, épris avant tout de distinction, la perfection de la toilette consiste-t-elle dans la simplicité absolue, qui est en effet la meilleure manière de se distinguer. Qu'est-ce donc que cette passion qui, devenue doctrine, a fait des adeptes dominateurs, cette institution non écrite qui a formé une caste si hautaine? C'est avant tout le besoin ardent de se faire une originalité, contenu dans les limites extérieures des convenances. C'est une espèce de culte de soi-même, qui peut survivre à la recherche du bonheur à trouver dans autrui, dans la femme, par exemple; qui peut survivre même à tout ce qu'on appelle les illusions. C'est le plaisir d'étonner et la satisfaction orgueilleuse de ne jamais être étonné. Un dandy peut être un homme blasé, peut être un homme souffrant; mais, dans ce dernier cas, il sourira comme le Lacédémonien sous la morsure du renard. / On voit que, par de certains côtés, le dandysme confine au spiritualisme et au stoïcisme. Mais un dandy ne peut jamais être un homme vulgaire. S'il commettait un crime, il ne serait pas déchu peut-être; mais si ce crime naissait d'une source triviale, le déshonneur serait irréparable. Que le lecteur ne se scandalise pas de cette gravité dans le frivole, et qu'il se souvienne qu'il y a une grandeur dans toutes les folies, une force dans tous les excès. Étrange spiritualisme ! Pour ceux qui en sont à la fois les prêtres et les victimes, toutes les conditions matérielles compliquées auxquelles ils se soumettent, depuis la toilette irréprochable à toute heure du jour et de la nuit jusqu'aux tours les plus périlleux du sport, ne sont qu'une gymnastique propre à fortifier la volonté et à discipliner l'âme. En vérité, je n'avais pas tout à fait tort de considérer le dandysme comme une espèce de religion. La règle monastique la plus rigoureuse, l'ordre irrésistible du Vieux de la Montagne, qui commandait le suicide à ses disciples enivrés, n'étaient pas plus despotiques ni plus obéis que cette doctrine de l'élégance et de l'originalité, qui impose, elle aussi, à ses ambitieux et humbles sectaires, hommes souvent pleins de fougue, de passion, de courage, d'énergie contenue, la terrible formule: Perindè ac cadaver ! / Que ces hommes se fassent nommer raffinés, incroyables, beaux, lions ou dandies, tous sont issus d'une même origine; tous participent du même caractère d'opposition et de révolte; tous sont des représentants de ce qu'il y a de meilleur dans l'orgueil humain, de ce besoin, trop rare chez ceux d'aujourd'hui, de combattre et de détruire la trivialité. De là naît, chez les dandies, cette attitude hautaine de caste provocante, même dans sa froideur: Le dandysme apparaît surtout aux époques transitoires où la démocratie n'est pas encore toute-puissante, où l'aristocratie n'est que partiellement chancelante et avilie. Dans le trouble de ces époques quelques hommes déclassés, dégoûtés, désoeuvrés, mais tous riches de force native, peuvent concevoir le projet de fonder une espèce nouvelle d'aristocratie, d'autant plus difficile à rompre qu'elle sera basée sur les facultés les plus précieuses, les plus indestructibles, et sur les dons célestes que le travail et l'argent ne peuvent conférer. Le dandysme est le dernier éclat d'héroïsme dans les décadences; et le type du dandy retrouvé par le voyageur dans l'Amérique du Nord n'infirme en aucune façon cette idée: car rien n'empêche de supposer que les tribus que nous nommons sauvages soient les débris de grandes civilisations disparues. Le dandysme est un soleil couchant; comme l'astre qui décline, il est superbe, sans chaleur et plein de mélancolie. Mais, hélas ! la marée montante de la démocratie, qui envahit tout et qui nivelle tout, noie jour à jour ces derniers représentants de l'orgueil humain et verse des flots d'oubli sur les traces de ces prodigieux mirmidons. Les dandies se font chez nous de plus en plus rares, tandis que chez nos voisins, en Angleterre, l'état social et la constitution (la vraie constitution, celle qui s'exprime par les moeurs) laisseront longtemps encore une place aux héritiers de Sheridan, de Brummel et de Byron, si toutefois il s'en présente qui en soient dignes. […] Le caractère de beauté du dandy consiste surtout dans l'air froid qui vient de l'inébranlable résolution de ne pas être ému ; on dirait un feu latent qui se fait deviner, qui pourrait mais qui ne veut pas rayonner... "
Dernière photographie : Jeune homme à la mode de 1823. Sa tenue est assez raffinée : " Habit à boutons de métal. Pantalon de casimir. Gilet de velours à raies de satin par dessus un gilet de piqué. Manteau doublé de soie et garni de chinchilla. » On remarque ses chaussures très fines et ses chaussettes résilles. Gravure provenant du Journal des Dames et des Modes (planche 2204) fondé à Paris en 1797, et dont Pierre de La Mésangère devient rapidement le directeur.
- Mardi 4 novembre 2008, Anglomanie, partie 3 : Lions, lionnes, lionceaux, faux anglais, high life, snobs, perfect gentlemen.
- Vendredi 7 novembre 2008 - Anglomanie, partie 4 : Le sport avec les gentlemen, les gentilshommes du sport, les sportsmen et les sportswomen, les hygiénistes.

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Anglomanie, partie 1 : dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et dans les premières années du XIXe.

Voici un article publié en quatre fois sur l'Anglomanie. Cette première partie est consacrée à cette mode qui commence à s'établir dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et qui se répand au tout début du XIXe avec les incroyables, les merveilleuses et la jeunesse dorée du Directoire et des années suivantes. Dans la seconde partie, je traiterai du fashionable et du dandy ; dans la troisième des lions, lionnes, lionceaux, faux anglais, high life, snobs, perfect gentlemen ; et dans la dernière du sport avec les gentilshommes du sport, les sportsmen et les sportswomen, les hygiénistes.

Photographie : Miniature française du XVIIIe siècle représentant un homme à la mode anglaise.

La mode française d'inspiration anglaise a ses adeptes déjà dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Elle a ensuite une très grande influence sur la France du XIXe, époque où la tenue des hommes s'en réfère. Au siècle suivant, presque tous les mouvements de mode sont anglo-saxons ...

A la fin du siècle des Lumières, on apprécie cette élégance d'outre-Manche simple et chic. Cela s’exprime par un regain pour l’équitation (courses de chevaux …), les cercles (ou clubs), l’emploi de nouveaux mots, le punch (boisson anglaise adoptée en France dans le troisième tiers du XVIIIe siècle et que l’on boit dans des repas privés, dans les cafés et chez les limonadiers) ... Au XVIIIe siècle certaines coiffures féminines sont dites à l’Anglomane. Cette frénésie est appelée ‘anglomanie’.

Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) écrit sur cela dans son Tableau de Paris de 1781. Les moeurs parisiennes sont décrites dans cet ouvrage en sept volumes et plus de mille chapitres, dont un, dans le tome VII, est sur : " Le fat à l’anglaise " (photographie des deux premières pages) : " C’est aujourd'hui un ton parmi la jeunesse de copier l’anglais dans son habillement. Le fils d’un financier, un jeune homme dit de famille, le garçon marchand prennent l’habit long, étroit, le chapeau sur la tête, les gros bas, la cravate bouffante, les gants, les cheveux courts et la badine. Cependant aucun d’eux n’a vu l’Angleterre, et n’entend un mot d’anglais. Tout cela est fort bien, parce que ce costume exige de l’uni et de la propreté. Mais quand vous venez à raisonner avec ce soi-disant anglais, au premier mot vous reconnaissez un ignorant parisien. Il dit qu’il faut prendre la Jamaïque ; et il ne sait pas où la Jamaïque est située ; il confond les grandes Indes avec le continent de l’Amérique. Il s’habille comme un habitant de la cité de Londres, marche la tête haute, se donne les airs d’un républicain ; mais gardez-vous d’entrer en conversation sérieuse avec lui, car vous ne trouverez pas plus de lumières dans sa tête, que dans celle d’un huissier-audiencier au châtelet de Paris. Reprends, mon jeune étourdi, reprends ton habillement français ; mets des dentelles ; que ta veste soit brodée ; galonne ton habit ; fais-toi coiffer à l’oiseau royal ; porte un petit chapeau sous le bras, deux montres avec leurs breloques. Ce n’est pas assez de prendre l’habit des gens, pour en avoir l’esprit et le caractère. Retiens ton costume national, il te sied ; c' est sous cette livrée que tu dois parler sans rien dire, déraisonner agréablement sur tout, et étaler les grâces de ta profonde ignorance. Ne prendrons-nous jamais des anglais que l’habit " Ils ont des fats ; mais leur fatuité tient à l’orgueil, et les nôtres n’obéissent qu’à une puérile vanité. Ils ont des hommes vicieux ; mais ils le sont là moins qu’ailleurs, parce qu’en tout autre pays ils se verraient obligés de faire les hypocrites. Enfin, ils ont des voleurs ; mais ces voleurs ont une ombre de justice : ils ne vous dépouillent pas entièrement ; ils partagent ; ils ne font pas couler le sang, comme le voleur français. Qu’il me tarde d’être volé à l’anglaise ! Mais nos voleurs de grands chemins ne sont guère plus avancés que nos fats modernes, prétendus imitateurs des moeurs britanniques. Les marchands mettent sur leurs enseignes, magasins anglais. Les limonadiers, sur les vitres de leurs cafés, annoncent le punch en langue anglaise. Les redingotes de Londres, avec leurs triples collets et leur camail, enveloppent les petits-maîtres. Les petits garçons ont les cheveux ronds, plats et sans poudre. On voit le père sortant de son hôtel, vêtu de gros drap, trotter à l’anglaise, le dos courbé. Il y a longtemps que les femmes sont coiffées en chapeau élégant, dont la mode nous est venue des bords de la Tamise. Les courses de chevaux établies à Vincennes, rappellent celles de Newmarket. Enfin, nous avons les scènes de Shakespeare, qui, mises en vers par M Ducis, font le plus grand effet. Ainsi nous n’avons plus tant de peur de nos ennemis. Nous voilà familiarisés avec les formes que nous rejetions avec hauteur et dédain il y a trente années. Mais avons-nous pris ce qu’il y avait de meilleur ? Ne nous resterait-il pas à adopter toute autre chose que le punch, les jockeys, et les scènes du grand Shakespeare ? ".

L’anglomanie ne cesse de se développer même durant le premier empire alors que la France fait la guerre à l’Angleterre. Une pièce, datant de 1803, offre de nombreuses informations sur cette anglomanie qui fait fureur, et qui habille les incroyables d’alors. Une petite maîtresse (suivant la mode féminine de l’anticomanie) adore tellement cette nouvelle façon qu’elle habille son vieux cocher à l’anglaise (en jockey) et lui donne le nouveau nom de Thom. Il porte une perruque blonde, un toquey plutôt qu’un chapeau et un habit de jockey à la place d’une casaque. Au lieu de vin il doit boire du thé. Elle fait couper une partie des oreilles de ses chevaux normands pour en faire des anglais ; elle laisse sa berline " Pour un carrosse anglais, à ressorts élevés, / Dont le cocher assis à vingt pieds des pavés, / Pour pouvoir aisément conduire ses deux bêtes, / Avait presque besoin de prendre des lunettes, / Et paraissait vouloir escalader le ciel / Sur un siège aussi haut que la tour de Babel. " Puis une mode contraire le précipite plus bas que ses chevaux avec une voiture touchant presque la terre. La petite-maîtresse aime évidemment les jardins à l’anglaise. Elle attend la visite d’un prochain jeune mari que lui annonce un messager : " je vois à l’instant s’avancer ventre-à-terre / Un jockey qui semblait arriver d’Angleterre, / Et quoique de Paris, il vint tout bonnement / Contrefaisant l’anglais ; il me dit : " Gentleman, / Ce billet doux il est pour une petite femme. " / Pour madame Dermon ? " Yes, c’est pour la matame. / Et sans autre parole, aussi prompt que l’éclair, / Sur son cheval anglais il part, vole et fend l’air." Le prétendant de la petite-maîtresse a un cocher qu’il appelle Williams, des chevaux et un chien anglais ; fréquente les dernières pièces de théâtre ; aime la mode ; est un galant entreprenant (même auprès des soubrettes) ; lorgne ; utilise les expressions telles que " précieux ", " parole d’honneur " ; dépense de façon inconsidérée ; ne veut habiter que Paris ; danse la gavotte de Vestris ; dit des calembours ; fait " des extravagances " ; a une opinion sur tout : " Sans avoir rien appris je veux juger de tout, / Prononcer sur les arts, les lettres et le goût ; / En amitié léger, comme en amour volage, / Je ne respecte rien, ni le sexe, ni l’âge ; / De paroles d’honneur je sème mes discours ; / Chevaux, repas et jeu se partagent mes jours, / Et d’un fat complétant enfin la ressemblance, / Je vais pendant six mois prendre un maître de danse. " ; " Arbitre en fait de goût, modèle de parure, / Frisé comme un Titus, hardi comme Annibal ; / C’est Mars en tête-à-tête, et Zéphyr dans un bal. " Pendant tout le XIXe siècle, l’Angleterre est le lieu où la mode française porte ses regards pendant que ce pays lorgne vers la France. Cette hégémonie de ton n’est supplantée qu’au début du XXe siècle par les amériques (du sud et du nord) d’influence bigarrée mais surtout noire-africaine (tango, swing, charleston, jazz, rock’n’roll …). La suprématie anglo-saxonne continue par la suite. Mais la toile de la mode parisienne reste avant tout cosmopolite, s'inspirant depuis toujours de ce qu'elle trouve plaisant afin de renouveler les couleurs de ce tableau pour qu'elles restent vives et parfaitement dans le ton de l'époque.

Photographies (détail et page entière) : Cette gravure du Journal des Dames et des Modes datant de 1802 (An 11), représente un jeune habillé à la manière anglaise qui est celle qui accompagne tout le XIXe. Bien que cet habit couvre tout ce siècle, là est représentée l’avant-garde puisque se généralisant par la suite. On peut lire en dessous : " Gilet en duvet de Cygne. Redingote à l'écuyère. "

Photographie : Caricature d'un adepte de la mode anglaise en France. Gravure du début du XIXe siècle : 'L'Anglomane' de Darcis d'après Carle Vernet (1758-1836).

- Vendredi 31 octobre 2008, Anglomanie, partie 2 : Fashionables et dandys.
- Mardi 4 novembre 2008,
Anglomanie, partie 3 : Lions, lionnes, lionceaux, faux anglais, high life, snobs, perfect gentlemen.
- Vendredi 7 novembre 2008 - Anglomanie, partie 4 : Le sport avec les gentlemen, les gentilshommes du sport, les sportsmen et les sportswomen, les hygiénistes.

 

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Le Cours : L'empire des oeillades, l'un des lieux de l'élégance française où l'on fauche le persil, le Cours-la-Reine, les Champs Élysées ...

Photographie : Gravure du XVIIIe siècle rehaussée à l’aquarelle à l’époque avec comme légende (orthographe d'origine) : « Toilete Florentine avec l’Elégant Chapeau des Champs Élisée ». Cette raffinée est en promenade avec son petit chien et son chapeau rehaussé de plumes, de fleurs, de rubans et de gazes.

'Aller au persil’ (on dit aussi ‘faucher le persil’) consiste à se promener avec ostentation en toilette dans les endroits les plus à la mode pour se faire remarquer, lancer des oeillades, séduire dans le pur esprit galant (galanterie dont la définition n’est pas si simple à comprendre mais très importante pour saisir l’esprit français), au Palais Royal, sur les trottoirs bitumés des boulevards, au bois de Boulogne, au Cours … Le Cours est une longue, large et magnifique avenue plantée d'arbres. C'est un des ancêtres des boulevards, des Champs-Élysées et des défilés de mode. C'est là que toute l'élégance parade au milieu de tout-un-chacun. Les précieuses du XVIIe siècle l'appellent « l'empire des oeillades ». Les oeillades seront le sujet d'un prochain article.

On lit dans un livre de 1642 : « Magnificence […] beauté […] variété […] agrément […] toute la grandeur se rassemble en une ligne pour paraître plus adorable […] On dit que Paris est le Miracle du monde, & l’on voit au Cours tous les miracles de Paris. […] Celui qui n’a rien vu de grand dans l’Europe, doit venir à la promenade, pour lui voir étaler tout ce qu’elle a de magnifique. Outre que les Reines s’y rencontrent quelquefois, on y voit toujours des Princesses, dont les qualités personnelles égalent celles de leur naissance. […] Tout ce qui peut flatter le coeur & les yeux se découvre ici d’une seule vue. […] appareil extérieur de houppes & de parures […] habits magnifiques […] Ici vous voyez une belle brune qui a des yeux lumineux avec un teint sombre, & qui assemble en un même sujet, un peu de noirceur avec une blancheur divine. Là vous apercevez une blonde, dont les cheveux ayant une plus belle couleur que l’or, semblent aussi plus précieux aux Amants : & c’est une merveille de voir en elle une vigueur céleste, avec une souplesse admirable de la charnure. […] ce qu’il y a de plus beau dans cette illustre compagnie, c’est que vous y êtes honoré des personnes que vous ne connaissez pas, comme de celles qui vous connaissent. Quelque étranger que vous soyez, vous y êtes salué, & celles qui ne daigneraient pas de vous regarder ailleurs, vous donnent ici des oeillades favorables. Au reste, n’êtes vous pas ravi de cette excellente diversité qui compose une si belle multitude. Je ne ferai point mention ici des carrosses & des chevaux, ne faisant état que de considérer les personnes. Un autre pourrait dire, que ces animaux ont un orgueil généreux de se voir employer à une si belle cérémonie, & que s’ils se plaisent à servir Mars, comme un Ancien a remarqué, ils ne se plaisent pas moins à servir la Déesse de l’Amour. […] Ici vous voyez un Anglais, là un Italien & un Allemand, & les peuples qui se font la guerre ailleurs s’accordent ici dans une paix agréable. Vous voyez d’autre côté un Prince & un Magistrat, un homme d’épée & un homme de robe longue, une Dame & un Damoiseau. Contemplez ce jeune frisé qui brule près d’une Demoiselle toute de glace. Regardez ce Mélancolique qui prend la plus belle compagnie du monde, pour une affreuse solitude. Il s’afflige d’autant plus qu’il voit plus [se] réjouir les autres. Considérez encore ce silence morne qui règne même parmi les personnes les plus gaies : leurs yeux font taire leur bouche. Chacun se fait ici regarder, & cependant chacun n’y est que pour voir. Vous croyez avoir découvert toutes les raretés du Cours, & vous n’en avez vu qu’une partie. Les unes viennent quand les autres passent. Vous trouverez un commencement où vous pensiez trouver la fin. L’agrément naît de cette belle diversité, puisqu’il est certain que la bigarrure des choses nous désennuie, au lieu que l’uniformité nous lasse. Et puis l’esprit prend d’autant plus de plaisir en cette assemblée, qu’il y vient déchargé de toutes ses peines. Le corps y goûte la pureté de l’air, & l’âme s’y repaît par l’ouïe & par la vue. Mais encore que peut-on souhaiter pour la satisfaction du coeur, qui ne s’y trouve en effet ? Si on aime l’honneur, on voit ici rassemblées toutes les sources de la gloire qui sont répandues ailleurs. Si la bonne compagnie nous plaît, voici la compagnie des Grâces. J’ose dire encore, qu’elle a d’autant plus de charmes, que les personnes qui ont des défauts en particulier s’efforcent de les cacher en public. Enfin si les belles choses nous récréent, ce lieu semble être le centre de la beauté. Ce qu’on ne peut voir ailleurs qu’avec beaucoup de peine, se découvre ici sans difficulté. Enfin on ne peut douter que ce ne soit le séjour des vrais plaisirs, puisque les personnes du monde les plus heureuses y viennent chercher une nouvelle félicité. […] On voit les Grands marcher indifféremment avec les petits, & des Dames d’éminente condition, qui suivent quelquefois de simples bourgeoises. Ceux-là mêmes qui sont les mieux accompagnés ailleurs, laissent ici leur suite. […] ce lieu qui est un des plus doux divertissements de la vie. […] On ne parle pas ici par des termes articulés, mais par des signes éloquents. […] ordre continu de carrosses. […] on y découvre quantité d’illustres objets ».

Le Cours semble aussi exister en province car ce nom y est encore aujourd’hui présent dans la cartographie des rues, plus qu’à Paris. Il est intéressant de constater que la définition du 'cours' d'après le Dictionnaire de l'Académie française de 1762 commence ainsi : « Flux, mouvement de quelque chose de liquide. Il se dit particulièrement de l'eau des rivières & des ruisseaux. [...] se dit encore Du mouvement réel ou apparent du Soleil & des Astres. [...] se dit encore Des choses qui sont en vogue. Cette chanson, ce bruit eut cours pendant quelque temps. Les dentelles, les passements ont cours, n'ont plus de cours. » Le Cours à la mode est aussi un « flux », un « mouvement », et d'après les sources qui en parlent, un flot ininterrompu de réjouissances, de beautés qui s'y pavanent comme des étoiles parmi les astres. La mode qui a cours s'y exhibe. Ce dictionnaire insiste sur le fait que le Cours est avant tout dédié aux carrosses (mais pas uniquement) : « COURS signifie aussi Un lieu agréable, destiné ou choisi ordinairement auprès des grandes villes, pour s'y promener en carrosse. Il y avait plus de cinq cents carrosses au cours. Le cours est beau de ce coté-là. Le cours est en un tel endroit. Il va souvent au cours. » La grandeur et la majesté de ce lieu le dédient à toutes les promenades de l'élégance : en carrosse, à cheval et à pied. Il a une fonction similaire à Longchamp et au bois de Boulogne ainsi qu'aux grands boulevards dont je vous parlerai dans un prochain article et auxquels on donne le nom de « Nouveau Cours ».

On dit « Cours-la-Reine », car la Reine Marie de Medicis plante en 1616 les rangées d'arbres de ce nouveau lieu de promenade principalement destiné aux personnes en carrosse. On peut lire dans le Dictionnaire universel de la France de 1771 « Le Cours-la-Reine, autrement appelé les Champs-Élysées, est une promenade publique [...] Elle est fermée d'un côté par un beau fossé, le long duquel règne une longue allée à quatre rangs d'arbres, qu'on appelle le Petit-Cours, & plus loin par la rivière de Seine, par-dessus laquelle on a vue sur l'hôtel & les avenues des Invalides. De l'autre côté elle est embellie par les jardins des beaux hôtels du Roule & de la rue du faubourg Saint-Honoré : on en découvre tous les agréments, parce qu'ils ne sont environnés que par des fossés, afin d'en laisser la vue libre au public. Les boulevards devenus si brillants, ont un peu fait négliger cette promenade ; mais il y a tout lieu de croire que l'on pourra y revenir un jour, lorsqu'elle aura reçu de nouveaux embellissements par la place Louis XV [l'actuelle place de la Concorde] et le nouveau plan d'arbres qui commence à l'accompagner. » Aujourd'hui, le Cours la Reine existe toujours et longe la Seine mais n'est plus qu'une voie de passage rapide des voitures. Il est près des Champs-Élysées mais s'en distingue donc, bien que jusqu'au XIXe siècle on appelle aussi  « Champs-Élysées  » une partie plus large comprenant le Cours.

Lorsque Catherine de Médicis fait construire à partir de 1564 le palais des Tuileries cela comprend un jardin à l'italienne. A partir de 1664, celui-ci est entièrement redessiné par André Le Nôtre qui trace au-delà et parallèlement au Cours la Reine une belle avenue bordée de terrains avec des allées d'ormes et des tapis de gazon. Celle-ci s'étend des actuels place de la Concorde jusqu'au rond-point des Champs-Élysées, en direction de la montagne du Roule (aujourd'hui la place de l'Étoile). On l'appelle le Grand-Cours pour la distinguer du Cours la Reine. Puis l'avenue prend le nom de l'endroit où elle se trouve : les Champs-Élysées. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, de grands équipages empruntent cette voie assez poussiéreuse pour aller à Longchamp et au bois de Boulogne. Les Champs-Élysées et ses jardins sont à partir de la toute fin du XVIIIe un terrain de divertissement tout en continuant à l'être de promenade. Edmond Texier écrit dans son tome 1 de Tableau de Paris (1853) : « Voici les Champs-Élysées, la promenade du beau monde, le mail des élégances, le carrousel des riches attelages ; c’est là que défilent, à une certaine heure de la journée, pendant la belle saison, des rubans d’équipages, la grande dame dans son coupé, le bourgeois dans sa calèche, la femme légère dans son colimaçon, le dandy dans son brougham, puis les cavaliers qui vont au bois, et les amazones qui en reviennent.[…] cette avenue où tout passe, où tout change, où l’on se salue, où l’on s’envie, où l’on se hait, où l’ont s’admire, voit naître la première mode et le premier bouquet ; elle a la primeur des colifichets, et c’est pour se montrer à elle que s’épanouissent en plein soleil tant de toilettes extravagantes. » Les Champs-Élysées à cette époque possèdent de nombreux  « jardins enchantés » où l’on vient se divertir comme le Château des Fleurs. C’est à côté, sur l’actuelle avenue Montaigne que Madame Tallien, la célèbre merveilleuse du Directoire, fait construire sa 'chaumière'. De nombreux hôtels aristocratiques s’y érigent. Elle devient au milieu du XIXe siècle « une des rues les mieux habitées et les plus élégantes ». Le jardin Mabille est « là resplendissant de lumière, grouillant de bruits joyeux, de farandoles, de cris, de chansons et de musique. Ce jardin est le marché des faciles, le Paradis, l’Eldorado, la terre promise des femmes sensibles et des jeunes gens généreux.[…] De tous les établissements chorégraphiques qui pullulent dans la capitale de la France et du plaisir, le Jardin Mabille est celui dont la réputation se soutient avec le plus de persévérance. » Sur les Champs-Élysées est installé le jardin d’Hiver dans lequel on danse et on boit ou se promène au milieu de fleurs. Le Chalet est moins cher mais on s’y amuse aussi. Du reste c’est le cas dans la totalité des Champs-Élysées où le plaisir est roi. Il y a le Cirque National, et bien d’autres réjouisances : des restaurants comme Ledoyen qui existe toujours, des cafés chantant, le carré Marigny avec ses attractions, musiciens, hommes-orchestres, marionnettes, concerts, jeux … Des bosquets gardent l’intimité des coeurs au milieu du tumulte. On y boit tranquillement en compagnie galante quelques liqueurs, punchs, bières ou tous les autres breuvages à la mode disponibles. Dans des prochains articles, je parlerai des boulevards, et des autres endroits à la mode à Paris ...

Photographie : Première page de La Caricature du 16 juillet 1881 (n° 81) avec une illustration intitulée « Les Champs-Élysées, - par A. Robida » présentant un café concert. L'image ainsi que le texte en-dessous avec des extraits de chansons populaires expriment une certaine décontraction.

 

 

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Les mécanismes du temps.

Les arts décoratifs et les sciences du XVIIIe siècle sont florissants. Les objets mesurant le temps sont parmi ceux qui synthétisent le mieux le mariage de ces deux éléments en une harmonie qui redouble la beauté de ces oeuvres. Il en résulte la plupart du temps une grâce où les contraires s'assemblent et se fondent. Les formes sinueuses du XVIIIe siècle s'insinuent dans la finesse des mécanismes. Les volutes rocailles imaginaires soutiennent le parfait agencement du fonctionnement industrieux. La raison scientifique rejoint l'âme créatrice ; la connaissance retrouve l'imaginaire. Le rythme des rouages s'écoule au fil de l'art. L'horloge embrasse l'espace sur sa mesure en un flottement musical cadencé ; elle le condense en une marche calquée sur l'univers, ou plutôt sur la danse de la terre parmi les étoiles. Les anciens disent que l'art est une imitation ... la montre imite le temps ; le montre, et place au milieu de ce gigantesque mouvement l'homme qui semble pouvoir le tenir dans sa main. Certaines montres du XVIIIe siècle et d'avant sont des objets d'une extrême finesse. Le Louvre en expose parfois des exemples magnifiques, des condensés de beauté, des gouttes de vie cristallisée dans son rythme.

La galerie Wanecq (www.wanecq.com) propose les cartels de la photographie ci-dessus. Les deux premiers possèdent un socle. L'un est d'époque Régence (1715-1723), en marqueterie de bronze et d'écaille. Le second est d'époque Louis XV (qui règne jusqu'en 1774). Il est de « forme violonée », « marqueté en contrepartie de motifs de branchages fleuris en corne teintée verte, rouge, bleue et en étain ». L'ornementation est de bronze ciselé et doré, avec au sommet un cartouche feuillagé sur une petite terrasse rocaille ajourée. Les épaulements sont agrémentés de rinceaux ainsi que les pieds et le socle. La porte est décorée d'une applique à motif de branchages sur fond de chicorée. Le cadran émaillé est de Patris à Bruxelles. Quelques détails de cet objet sont présentés dans la photographie de fin d'article. Les deux autres sont du même auteur : Jean-Joseph de Saint-Germain (1719-1791) dont la passion pour la botanique se retrouve sur ces exemples. L'un est en bronze « ciselé et doré de forme mouvementée à décor d’agrafes feuillagées, de lys, tournesols et roses. » Le tournesol symbolise l'astre solaire, la rose l'amour et le lys la pureté et la royauté. Il a un cadran émaillé avec des chiffres romains pour les heures, arabes pour les minutes, et des aiguilles en bronze doré, comme pour l'autre cartel d'époque Louis XV. Ce dernier est en bronze ciselé et doré, de style rocaille avec un décor de rinceaux feuillus portant des fruits, avec sur la partie basse un cartouche.

Si le temps passe, il est difficile pour l'homme d'en avoir une notion précise sans recourir à des instruments. Le petit-canon du Palais-Royal est une de ces références, car il tonne tous les jours à midi précise jusqu'en 1911. On peut y lire l'inscription : « horas non numero nisi serenas » (« Je ne compte que les heures heureuses »). C'est en 1786 que l'horloger Sieur Rousseau l'offre au jardin. Les jours de soleil, une loupe est censée allumer la mèche. Alfred De Musset (1810-1857) écrit dans un article du journal Le Temps du 27 octobre 1830 : « les provinces ! Qui se règlent toujours sur Paris avec plus d'exactitude que la montre d'un pédant sur le canon du palais-royal ». Une autre manière d'ajuster sa montre est de le faire à partir d'un régulateur : une horloge de référence dont le mécanisme est précis sur plusieurs jours. Il s'agit généralement d'une horloge de parquet, plus au moins d'une hauteur d'homme, avec un corps (le cabinet) en bois et un mécanisme à poids avec un balancier battant la seconde. On en trouve chez les horlogers et les grandes maisons aristocratiques et bourgeoises. Elle est souvent finement ouvragée comme dans l'exemple de la photographie qui appartient à la galerie Wanecq. Ce régulateur de parquet est d'époque Louis XV (circa 1755) en « placage de satiné dans des encadrements d’amarante et des filets de bois de rose. » La boîte, de « forme violonée sur plinthe », est ornée de bronzes rocailles fleuris dans leur dorure d’origine. Le mouvement entraîne un mécanisme sur huit jours. Le cadran est un disque de métal sur fond de bronze doré guilloché, avec des chiffres arabes pour les minutes, des chiffres romains pour les heures, des aiguilles pour les heures, les minutes, et une trotteuse en acier bleu. « L’échappement à chevilles de type Lepaute » marque « les heures et les demi-heures sur timbre ». Cadran et platine sont signés 'Ageron, Paris'. L'estampille 'B. Lieutaud' est inscrite derrière la tête du régulateur et en bas de la caisse. »

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Le Coiffeur

Se faire arranger les cheveux est un acte important de la vie élégante. Le coiffeur qui connaît son métier sait toute la portée de ses ciseaux et la 'gravité' de son geste. Comme on le devine par son mouvement représenté dans la caricature ci-dessous, c’est un artiste qui tient dans ses mains la vie mondaine de sa cliente. Tous ses muscles sont tendus vers sa mission. Il est armé comme un hussard, une paire de ciseaux sur la hanche et un peigne en arme légère dans les cheveux. L’effort qu’il déploie est gorgé de toute la verve qui donne en France les révolutions : celle de 1789, celle artistique des Romantiques, celle des Trois Glorieuses. Évidement, tout cela est ironique ! Cette lithographie date de la Monarchie de Juillet (1830 et 1848) qu’elle critique. L’intérieur de la scène est bourgeois et luxueux, dans le goût de cette époque. Le coiffeur est chic, et l’occupation très futile. Cela contraste avec l’autre thème qui est la Révolution française, suggéré par les deux tableaux ayant pour titre des batailles révolutionnaires célèbres : Jemmappes et Walmy (Jemappes et Valmy) et le bonnet tricolore que tient la jeune femme tout en disant : " Pauvre liberté, qu’elle queue !! " ce qui peut se traduire par : " Pauvre liberté, quelle fin !! ". Ces deux batailles particulièrement difficiles ont permis à la Révolution de s’établir et à la ‘liberté’ de s’installer pour qu’une femme puisse se faire coiffer la queue (de cheveux). Il s’agit d’une allégorie sarcastique. On peut y lire les autres inscriptions suivantes : " La Caricature (Journal) N°61 " ; " Pl. 124 " ; " Lith. De Delporte " ; " On s’abonne chez Aubert galerie véro dodat ". La maison d’édition Aubert est créée en 1829 et située à Paris au Passage Véro-Dodat. Elle publie La Caricature à partir de 1830 jusqu’à la fin du titre en 1843. C'est un hebdomadaire satirique illustré. Elle édite à part des lithographies des images du journal sous la forme de feuilles volantes, comme celle-ci.
La coiffure et par là même le coiffeur occupent une place de choix dans la mode parisienne. Au XVIIIe siècle le terme de 'coiffure' désigne tout l’arrangement du haut de la tête. Les petites gravures sous forme de vignettes avec certaines de dames représentées de buste parsèment les revues de mode de cette époque. Dans le tome I de Causes amusantes et connues (1769), Estienne Robert (1723-1794) relate un différent entre les coiffeurs des dames de Paris et les barbiers-perruquiers, les premiers se plaignant que les seconds essaient leur prendre leur place. On y récolte de nombreuses indications sur ce métier. Voici des extraits : " Nous sommes par essence des Coiffeurs des Dames, & des fonctions pareilles ont dû nous assurer de la protection, mais cette protection a fait des envieux ; tel est l’ordre des choses. Les Maîtres Barbiers-Perruquiers sont accourus avec des têtes de bois à la main ; ils ont eu l’indiscrétion de prétendre que c’était à eux de coiffer celles des Dames. […] Le Coiffeur d’une femme est en quelque sorte le premier Officier de la toilette ; il la trouve sortant des bras du repos, les yeux encore à demi-fermés, & leur vivacité, comme enchaînée par les impressions d’un sommeil, qui est à peine évanoui. C’est dans les mains de cet Artiste, c’est au milieu des influences de son Art, que la rose s’épanouit en quelque sorte, & se revêt de son éclat le plus beau ". La plainte des " Coiffeurs des Dames de Paris." est assez amusante car elle met en valeur le métier de coiffeur en le décrivant comme un art libéral et dénigre celui de perruquier. On y apprend beaucoup de choses sur ces deux métiers et combien ceux-ci sont considérés à l’époque, les premiers n’hésitant pas à se comparer à des artistes.  Si au XVIIe siècle, certaines coiffures féminines ressemblent à des tours, au XVIIIe, les cheveux montent en boucles en de gracieuses vagues et sont parsemés de fleurs, rubans, de plumes et même parfois d’objets décoratifs pour en faire de véritables monuments. Un passage du même livre fait référence à la coquetterie exagérée des " Petits-Maîtres " dont les coiffeurs concèdent la tête aux perruquiers afin de ralentir l’élégance affectée de ces raffinés. Nous apprenons qu’à Paris, en 1769, on dénombre près de 1200 coiffeurs sans compter les perruquiers. Honoré Daumier (1808-1879) en caricature un pour sa série des Types Français avec le texte suivant. : " Le Coiffeur. La Coiffure est un art qui a son langage, ses principes, ses académies et ses savants. Le véritable artiste Coiffeur est Français, Parisien, Languedocien ou Provençal, mais surtout Gascon. " La boutique du coiffeur est un endroit très prisé des élégants car non seulement on s'y rend pour s’y faire coiffer mais aussi y passer du temps en lisant et s'informant. Au XIXe siècle on y compulse les derniers romans à la mode et les dandys comme les gommeux viennent les feuilleter. La coiffure est une affaire sérieuse dans la France coquette. Depuis l'Antiquité on la porte tantôt longue, tantôt courte. Au Moyen-âge, chez les hommes, la mode est pendant un temps aux cheveux longs, puis le clergé les impose coupés avant qu'ils reviennent à l'état précédent et parcourent ainsi les XVIIe et XVIIIe siècles avant d'être réduits à nouveau au XIXe. Mais les boucles restent de rigueur dans les deux cas. La mode des cheveux bouclés oblige certains à se faire deux fois par semaine des frisures quand ils ne portent pas tout simplement une perruque. De nombreuses caricatures du XIXe siècle représentent des hommes se faisant mettre des papillotes dans les cheveux par leur amie ou un coiffeur.

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La faïence de Moulins.

Les motifs de la faïence de Moulins du XVIIIe siècle sont d’une exceptionnelle fantaisie et délicatesse. Chinoiseries, oiseaux de paradis, évoluent au milieu de volutes et perspectives imaginaires dans une harmonie régie par des lois féériques parfaitement plaisantes. Les thèmes n’ont rien de surprenant à cette époque ; mais c’est la façon de les mettre en scène en exagérant les proportions, de composer et de donner du rythme aux traits et aux couleurs, dans une symphonie qui joue pour le regard : offre le même effet que la plus merveilleuse des musiques pour les oreilles.

Deux assiettes en faïence de Moulins, du XVIIIe siècle, la première au décor polychrome d'oiseaux de paradis (paradisiers) évoluant dans une fantaisie rocaille empruntant divers motifs ornementaux : feuilles d’acanthe, grenades, pampre, bouquets fleuris, papillons ; la seconde avec un décor en plein de deux personnages dans un paysage chinois stylisé. Coll. C. Perlès.

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Les gants.

Le gant est un accessoire de l’élégance indispensable autrefois. Il tient chaud, protège la main toujours laborieuse et sollicitée de la saleté et par là tout le corps. On y plonge les doigts comme on entre dans une douce société. Parfumé, il fait obstacle aux odeurs malsaines et répand le plaisir. Il est le dernier rempart entre soi et le monde, le premier médiateur. Il doit être fort et fin, confortable et gracieux. Dégantée, la main offre l’âme nue, invite plus chaleureusement, se donne cordialement, caresse. L’esprit qui guide chacun de nos mouvements et se prolonge dans nos yeux, notre visage, notre corps, nos habits, vient mourir dans le gant et s’agite en lui en un chant du cygne (ou signe). Il est l’accessoire de tous les muguets, coquettes, merveilleux, muscadins … Seuls la canne, la badine ou le parapluie marquent la frontière plus avant, pénètrent un peu plus l’univers. La main se dénude pour apprécier, aimer, toucher et partager … Elle ne quitte le confort du gant que pour entrer dans une autre douceur : serrer une main aimable, toucher de la soie, palper … L’habit et le gant sont la véritable compagne du dandy, sa conjointe, celle qui l’enlace constamment ; ainsi paraît-il toujours contenté, concentré et distant. Le monde entier peut s’écrouler sur lui, le dandy mourra en même temps que son apparence, son habit, son gant.

Photographies : Détail d’une gravure d’incroyable (1800) - Peinture polychrome sur porcelaine allemande du Directoire représentant une merveilleuse avec l’accoutrement typique : longue tunique vaporeuse, chapeau avec très longue visière. Signature au dos de Van Recum deFrankenthal (Allemagne), marque utilisée de 1797 à 1799. – Muscadin. Gravure de la première moitié du XIXe siècle. – Détail d’une gravure de 1797 représentant des incroyables.

L’Almanach de Gotha de 1789 qui contient « diverses connaissances curieuses et utiles » a tout un article (pp. 94-96) sur les « Gants » (l’orthographe a été changée car c’est écrit « gand ») : « Les gants sont une pièce d’ajustement très ancienne. Les premiers qu’on fit, étaient sans doigts. Ce ne fut que dans le moyen âge, que les ecclésiastiques commencèrent à en porter. Dans l’ancien temps le don d’un gant, était la ligne de la cession d’une possession ; un gant jeté à une personne était un défi. En France, il était défendu aux juges royaux d’être gantés pendant leurs séances. On fait des gants, de peau, de toile, de laine, de coton, de lin, de fil, de soie etc. & des gants fourrés. […] On coupe ordinairement les gants de femmes tout d’une pièce excepté le pouce qu’on coupe à part dans toutes les espèces de gants, & le bord des gants d’hommes. Pour faciliter la coupe des gants on se sert d’un patron, ou modèle de papier, qu’on étend sur la peau. On dit que pour qu’une paire de gants soit bonne, il faut que trois royaumes y contribuent, c. à d. que l’Espagne doit fournir la peau, la France la coupe & l’Angleterre la façon. Les meilleurs gants blancs de France, se font maintenant à Paris, & à Vendôme. On portait autrefois des gants parfumés, qui venaient des royaumes d’Espagne & de Naples, les plus renommés étaient ceux de Nevoli, & de Franchipane cette mode est presque tombée… ». Pas tout à fait puisqu’en 1801 Jean-Louis Fargeon explique comment parfumer les gants dans L’Art du parfumeur, ou traité complet de la préparation des parfums, cosmétiques, pommades, pastilles, odeurs, huiles antiques, essences, bains aromatiques, et des gants de senteur, etc. Dans son Traité de la distillation avec un traité des odeurs, datant de 1753, Antoine Dejean occupe une partie aux gants. A cette époque, gantiers, poudriers et parfumeurs font partie de la même corporation. Parfumer les gants est même une des bases de l'art du parfumeur.

Voici quatre planches de l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et D'Alembert consacrées à la ‘Ganterie’ et aux gants et quelques passages de textes tirés du même ouvrage : « sous le nom de ganterie, l'on entend l'art de fabriquer toute sorte de gants, espèce de vêtement de main destiné principalement à la défendre du froid pendant l'hiver, & du hâle pendant l'été. ». « Les gants se divisent en deux sortes: les uns qu'on appelle gants proprement dits, & les autres mitaines; les premiers sont aussi de deux espèces: les uns pour hommes sont les plus courts, & enveloppent les quatre doigts de la main & le pouce, chacun séparément, le métacarpe ou la paume & le carpe ou le poignet jusqu'au - dessus seulement; les autres pour femmes sont les plus longs, étant accoutumés à avoir les bras découverts; ils enveloppent comme les précédents non seulement les quatre doigts de la main & le pouce chacun séparément, quelquefois ouverts, & quelquefois fermés, le métacarpe & le carpe, mais même aussi l'avant-bras en entier jusqu'au coude. Les mitaines sont aussi des espèces de gants faits comme les précédents, mais dont les quatre doigts de la main sont ensemble & le pouce séparément; il en est de fermées & d'ouvertes; les unes servent aux paysans pour les garantir des piqures d'épines lorsqu'ils les coupent, & aux enfants pour leur tenir les mains plus chaudement, & les autres servent à presque toutes les femmes, lorsqu'elles vont en ville, en visite, ou en cérémonie, plus souvent par coutume que par besoin. »

Au sujet de la première planche : « De la manière de faire les gants. Les gants sont composés chacun de quatre sortes de pièces principales: la première est l'étavillon, (on appelle ainsi toute espèce de peau taillée ou non taillée, disposée pour faire un gant); la deuxième, qui est le pouce, est un petit morceau de peau préparé pour faire le pouce; la troisième, sont les fourchettes; ce sont aussi des petits morceaux de peaux à deux branches qui se placent entre les doigts pour leur donner l'agilité nécessaire; la quatrième, sont les carreaux. Ce sont de très petits morceaux de peau plutôt losanges que quarrés, qui se placent dans les angles intérieurs des fourchettes pour les empêcher de se déchirer, & en même temps contribuer avec elles à l'agilité des doigts. L'étavillon ainsi préparé, un autre ouvrier entaille les doigts, comme on peut le voir en ABCD, fig. 1. leur donne leur longueur, les rafile, fait les arrières fentes EFG, enlevure H, taille le pouce, fig. 2. les pièces de derrière, fig. 4… » « La fig. 1. Pl. I. représente un étavillon de gant simple, dont le côté I fait le dehors de la main, & le côté K le dedans; ABCD représentent les doigts, A est l'index, BB le medius & son correspondant, CC l'annulaire & son correspondant; EFG, sont les arrières fentes, & H l'enlevure. La fig. 2. représente le morceau de peau disposé pour faire le pouce; A est le haut du pouce, & B le côté qui se coud sur l'enlevure. La fig. 3. représente l'enlevure ou la pièce qui sort de l'enlevure A de l'étavillon (fig. 1.) ce petit morceau s'envoie à la couturière pour en tailler les quarreaux. La fig. 4. représente un morceau de peau en deux pièces A & B, dont on se sert quelquefois pour doubler le haut du gant I & K, fig. 1. La partie supérieure de la gravure montre des ouvriers dans leur atelier. »

Sur la seconde planche sont représentées différentes sortes de gants : « Les gants retroussés ou à l'anglaise, fig. 12. & 13. sont ceux dont le haut A, étant en effet retroussé, l'envers qui devient l'endroit, est de même couleur & de même façon que le reste du gant. » « Les gants brodés, fig. 13. sont des gants dont le dessus de la main, vers la jonction des doigts, le pourtour de l'enlevure du pouce B, les bords du haut A, & presque toutes les coutures sont brodées en fil, soie, or ou argent, selon le goût & la distinction de ceux qui les portent, & les cérémonies où ils sont d'usage. » Quant à la description de la gravure la voici : « La fig. 5. représente la fourchette qui se place entre l'index & le médius, dont les bouts sont à pointe; la fig. 6. celle qui se place entre le médius & l'annulaire; & la fig. 7. celle qui se place entre l'annulaire & l'auriculaire. La fig. 8. représente le quarreau qui se place dans l'angle de la première fourchette; la fig. 9. celui qui se place dans l'angle de la seconde; la fig. 10. celui qui se place dans l'angle de la troisième. La fig. 11. représente un gant simple fait. La fig. 12. représente un gant à l'anglaise ou retrousse, fait; A est la retroussure. La fig. 13. représente un gant à l'anglaise, brodé; A A, &c. sont les broderies. La fig. 14. représente un étavillon de mitaine fermée; A est le dehors de la main; B le dedans; C l'enlevure. La fig. 15. représente un petit morceau de peau disposé pour faire le pouce; A est le haut du pouce; & B le côté qui se coud sur l'enlevure. La fig. 16. représente un morceau de peau en deux pièces A & B, fait pour doubler le haut de la mitaine A & B, fig. 14. La fig. 17. représente la mitaine faite. »

Description de cette troisième planche : « La fig. 18. représente un étavillon de gant de fauconnier, dont le côté I fait le dehors de la main, & le côté K le dedans. ABCD représentent les doigts, A l'index, B B le médius, C C l'annulaire, & D D l'auriculaire; E F G sont les arrières fentes; & H l'enlevure. La fig. 19. représente la peau disposée pour faire le pouce; A est le haut du pouce; & B le côté qui se coud sur l'enlevure. La fig. 20. représente la fourchette qui se place entre l'index & le médius, dont les bouts sont à pointe; la fig. 21. celle qui se place entre le médius & l'annulaire; & la fig. 22. celle qui se place entre l'annulaire & l'auriculaire. La fig. 23. représente le quarreau qui se place dans l'angle de la première fourchette; la fig. 24. celui [p. 795] qui se place dans l'angle de la deuxième fourchette; & la fig. 25. celui qui se place dans l'angle de la dernière fourchette. Les fig. 26. & 27. représentent les deux pièces destinées à doubler le haut du gant. La fig. 28. représente un gant de fauconnier fait. La fig. 29. représente un étavillon de gant de femme à doigts ouverts, dont le côté I fait le dehors de la main, & le côté K le dedans. ABCD en sont les doigts; A les deux côtés de l'index; B B les deux côtés du médius; CC les deux côtés de l'annulaire; & D D les deux côtés de l'auriculaire; E F & G en sont les arrières fentes, & H l'enlevure. »

Description de cette dernière planche : « Avant que de tailler les gants, il faut d'abord en préparer les peaux; pour cet effet on commence par les parer & en supprimer le pelun; si elles sont trop épaisses, ou plus d'un côté que de l'autre, il faut les effleurer, c'est - à - dire en ôter la fleur; ce qui se fait en levant d'abord du côté de la tête une lisière de cette fleur, qu'on appelle aussi canepin, & avec l'ongle on enlève cette petite peau peu-à-peu ; ce qui les rend alors beaucoup plus maniables & plus faciles à s'étendre. Ceci fait, après les avoir bien brossées & nettoyées, on les humecte très - légèrement du côté de la fleur avec une éponge imbibée dans de l'eau fraîche, & on les applique les unes sur les autres, chair sur chair, & fleur sur fleur; on les met ensuite en paquet jusqu'à ce qu'elles aient pris une humidité bien égale, & on les tire ensuite l'une après l'autre sur un palisson, figure 12. Planche V. en longueur, en largeur, & en tout sens; les maniant ainsi tant qu'elles peuvent s'étendre; ensuite on les dépèce, & on les coupe pour en faire des étavillons, pouces, fourchettes, &c.  Lorsque l'on veut faire un gant. ii faut préparer d'abord ses étavillons, ce qu'on appelle étavillonner; si la peau en est encore trop forte & trop épaisse, on l'amincit en la dolant; ce qui se fait en cette manière. On applique l'étavillon sur une table; on pose ensuite sur une de ses extrémités le marbre à doler, figure 5. Planche V. en sorte que son autre extrémité retourne par - dessus, que l'on tient de la main gauche bien étendue sur le marbre en appuyant dessus; on le dole, c'est - à - dire, on l'amincit, & on ôte en même tems toutes les inégalités avec le doloir ou couteau à doler, figure 6. Planche V. qu'on a eu grand soin auparavant d'aiguiser avec une petite pierre, & ensuite d'ôter le morfil avec l'épluchoir, figure première, Planche V. qui n'est autre chose qu'un mauvais couteau; l'on tient pour doler le couteau sur son plat de la main droite, en le faisant aller & venir successivement, jusqu'à ce qu'étant bien dolé partout, la peau en soit égale. Ceci fait, un ouvrier l'étend & le tire sur le palisson, figure 12. Planche V. ou sur la table fortement & à plusieurs reprises sur tous sens pour l'allonger, comme on a fait les peaux, plus ou moins, selon ses différentes épaisseurs, & toujours pour l'égaliser; ensuite il l'épluche & le déborde, c'est - à - dire, en tire les bords & les égalise avec l'épluchoir, figure première, Planche V. le plie en deux pour en faire le dessus & le dessous du gant, taille les deux côtés ensemble & les bouts selon la largeur & la forme convenables; ensuite le met en presse sous un marbre de pierre ou de bois à cet effet, figure 7. & 8. Planche V. jusqu'à ce qu'un autre ouvrier le reprenne pour le tailler, & on en recommence ensuite un autre de la même manière. » Voici la description de cette planche telle qu’on peut la lire dans l’Encyclopédie : « La fig. 1. Pl. V. représente un épluchoir, couteau fait pour servir à éplucher, déborder, &c. les étavillons; A en est la la ne, & B le manche. La fig. 2. représente une paire de ciseaux faite pour tailler les gants; A A en sont les taillans, B la charnière, & C C les anneaux. La fig. 3. représente une paire de forts ciseaux, faite pour couper ou dépecer les peaux; A A en sont les taillans; B la charnière; & CC les boucles. La fig. 4. représente une paire de forces faites pour dépecer les peaux, espèce de ciseaux à deux tranchants A A, & à ressort en B. que l'on prend à pleine main en C pour s'en servir. La fig. 5. représente un marbre à doler, d'environ un pied quarré, poli sur sa surface, sur laquelle on appuie les étavillons pour les doler. La fig. 6. représente un doloir ou couteau à doler, composé d'un fer A, très - large & très - taillant en B, emmanché en C, fait pour doler les étavillons. La fig. 7. représente une presse, pièce de bois simple d'environ deux pieds de long, faite pour mettre en presse les étavillons. La fig. 8. représente une autre presse de marbre d'environ un pied quarré, avec boucle au milieu en A, faite aussi pour mettre en presse les étavillons. La fig. 9. représente deux renformoirs d'environ quinze à dix - huit pouces de longueur chacun, espèce de fuseaux de bois de noyer ou de frêne, faits pour renformer les gants, c'est - à - dire les étendre. La fig. 10. représente une demoiselle, morceau de bois aussi de noyer ou de frêne, en forme de cône, d'environ un pied de hauteur, subdivisé de plusieurs espèces de boucles A A, &c. posées les unes sur les autres, dont le diamètre diminue à proportion qu'elles se lèvent, appuyées toutes sur un plateau B; cet instrument sert avec les renformoirs, fig. 9. à renformer les gants. La fig. 11. représente une petite demoiselle, faite pour servir à renfermer les gants d'enfant. La fig. 12. représente un palisson, fait pour étendre & allonger les peaux, composé d'un fer A, arrondi sur sa partie circulaire, arrêté à l'extrémité d'une plate - forme B, antée par l'autre sur une forte pièce de bois C, servant de pied, & retenue de part & d'autre par des arc - boutants D D; on se sert de cet instrument étant assis sur une chaise ou tabouret, ayant les pieds appuyés sur la machine, & faisant aller & venir sur le fer A, avec ses deux mains, les peaux que l'on étend. Article de M. Lucotte.  »

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La toilette masculine : l'art du rasage.

Les iconographies et les textes anciens nous présentent l’homme de qualité français accordant une certaine importance à son paraître et à la mode. Se raser est un acte de propreté spécifiquement masculin. C’est un art qui a un nom : la pogonotomie, comme nous l’apprend Jean-Jacques Perret dans son ouvrage : La Pogonotomie, ou l’art d’apprendre à se raser soi-même, avec la manière de connaître toutes sortes de Pierres propres à affiler tous les outils ou instruments ; & les moyens de préparer les cuirs pour repasser les rasoirs, la manière d’en faire de très-bons … (1769). Ce livre est consultable sur http://books.google.fr et disponible sur le site de L'Intersigne.

Dans un passage du Discours nouveau sur la mode, poème datant de 1613, Vigier fait dire à la personnification de la Mode :
(l’orthographe a été remaniée)
« Mille fois j’ai changé le blondissant coton
Que l’Avril de leurs ans leur fait croître au menton,
Fait leur barbe tantôt longue, tantôt fourchue,
Tantôt large ; à présent on prise la pointue,
C’est celle maintenant dont plus de cas on fait,
Qui ne la porte ainsi n’est pas homme bien fait ;
Non plus que l’on ne peut être de bonne grâce
Si l’on n’a pas aux sourcils relevé la moustache [écrit ‘moustasse’],
Moustache qu’on avait jadis accoutumé
Porter rase, qui lors voulait être estimé. »

Le plat à barbe est un des objets de toilette de la pogonotomie avec le rasoir, son étui et l’éponge pour la barbe (bien que l’éponge soit un accessoire mixte de toilette). C’est un bassin rond ou ovale, avec un large rebord et une échancrure pour pouvoir emboîter le récipient sous le menton afin de faciliter le savonnage et le rinçage. Certains modèles ont sur l’aile un creux pour loger une boule, en buis ou d’une autre matière, qui une fois placée dans la bouche, aide à un rasage parfait. Nous avons un exemple dans cette photographie de plat à barbe en faïence (objet L M) à décor polychrome d'un semi de barbeaux. Production du milieu du 19ème siècle de Lunéville (marque utilisée de 1836 à 1850).

Tout un nécessaire de toilette est donc indispensable car se raser est une opération délicate. L’antiquaire Le Curieux (http://www.lecurieux.com/) propose sur son site un ensemble de rasage du Premier Empire (France, vers 1815) en argent, métal doublé, ivoire, acier et maroquin à long grain doré aux petits fers. Il est composé d'un bassin, d'uneboîte à éponge, d'une boîte à savon, d'un rasoir, d'un blaireau et d'un cuir.

Le nécessaire se pose près d’un miroir, par exemple sur une table de toilette pour homme, ressemblant à celle pour femme, mais d’aspect plus simple avec un plateau d’un seul tenant. La barbière est un autre meuble propre à l’homme et au rasage. Elle est verticale, avec des tiroirs les uns sur les autres. Les premières apparaissent à la fin du dix-huitième siècle et sont des commodes hautes et étroites dont les tiroirs forment le socle. Parfois, le plateau pivotant est un miroir qui dégage les accessoires nécessaires pour se faire la barbe.

L’élégant se rase lui-même ou le fait faire par un autre (barbier, valet de chambre). Au XVIIIe siècle, le métier de barbier est assimilé à ceux de perruquier, baigneur et étuviste. Dans cette gravure originale (de LM), on rentre dans l’intérieur d’un perruquier/barbier avec des exemples des ustensiles qui sont utilisés. Planche du XVIIIe siècle de la partie consacrée aux 'Arts de l’habillement’ de l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences,des arts et des métiers de Diderot et D'Alembert. Voici la description que l’on trouve dans cette encyclopédie : « Le haut de cette Planche représente un atelier ou boutique de perruquier où plusieurs garçons sont occupés à divers ouvrages de cet art ; un en a, à faire la barbe ;  un en b, à accommoder une perruque ; une femme en c, à tresser ; deux ouvriers en d, à monter des perruques ; un autre en e, à faire chauffer les fers à friser, tandis qu'un particulier en f ôte la poudre de dessus son visage. Bas de la Planche . Fig. 1. Bassin à barbe d'étain ou de faïence. A, l'échancrure qui reçoit le menton lorsque l'on rase. 2. Bassin à barbe d'argent ou argenté. A, l'échancrure. 3. Coquemar à faire chauffer l'eau. A, le manche. B, l'anse. C, le couvercle. 4. Bouilloire. A, l'anse. B, le bouchon ou couvercle. 5. Bouteille de fer blanc à porter de l'eau en ville, lorsque l'on y va raser. A, la bouteille. B, le goulot. C, le bouchon. 6. Autre bouteille de fer-blanc destinée au même usage. A, la bouteille. B, le bouchon. 7. Cuir à deux faces à repasser les rasoirs. A, le cuir. B, le manche. 8. Cuir à quatre faces à repasser les rasoirs. Ces faces sont préparées de manière à affiler les rasoirs de plus en plus fin. A, le cuir. B, le manche. 9. Pierre à repasser les rasoirs. 10. Pierre enchâssée à repasser les rasoirs. A, la pierre. B, le châssis. C, le manche. »

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Le beau, la mode et le bonheur.

Cette année, j’ai découvert un nouvel univers : celui de la mode française du XIXe siècle. Pourtant il y a encore peu de temps de cela, les gravures de mode de cette époque qui représentent des modèles féminins à la 'Autant en emporte le vent' et des hommes en habits sombres et hauts-de-forme me semblaient inintéressants. Aujourd’hui mon jugement n’a pas changé ; mais j’ai découvert quelque chose de ‘nouveau’. Ce siècle garde, derrière son opulence bourgeoise au raffinement tout entier pris au siècle précédent, une mode vivante. Les acteurs de ce courant parcourent les jardins des Champs-Elysées ou les boulevards en réinventant constamment la mode et ses plaisirs. J’ai rassemblé ces derniers mois de très nombreux documents du XIXe siècle qui permettent de lire entre les lignes du texte de la mode de cette époque qui reprend le corset et les grandes robes abandonnés par les merveilleuses, et y trouver un cœur qui bat très très fort. Je ne peux pas en dire vraiment plus, car je travaille sur un livre où ce sujet est traité. Alors en attendant, je vais citer le chapitre sur ‘Le beau, la mode et le bonheur’ de Le Peintre de la vie moderne (Curiosités esthétiques) de Charles Baudelaire (1821-1867) datant de 1863.

« J’ai sous les yeux une série de gravures de modes commençant avec la Révolution et finissant à peu près au Consulat. Ces costumes, qui font rire bien des gens irréfléchis, de ces gens graves sans vraie gravité, présentent un charme d’une nature double, artistique et historique. Ils sont très souvent beaux et spirituellement dessinés; mais ce qui m’importe au moins autant, et ce que je suis heureux de retrouver dans tous ou presque tous, c’est la morale et l’esthétique du temps. L’idée que l’homme se fait du beau s’imprime dans tout son ajustement, chiffonne ou raidit son habit, arrondit ou aligne son geste, et même pénètre subtilement, à la longue, les traits de son visage. L’homme finit par ressembler à ce qu’il voudrait être. Ces gravures peuvent être traduites en beau et en laid; en laid, elles deviennent des caricatures; en beau, des statues antiques.

Les femmes qui étaient revêtues de ces costumes ressemblaient plus ou moins aux unes ou aux autres, selon le degré de poésie ou de vulgarité dont elles étaient marquées. La matière vivante rendait ondoyant ce qui nous semble trop rigide. L’imagination du spectateur peut encore aujourd’hui faire marcher et frémir cette tunique et ce schall. Un de ces jours, peut-être, un drame paraîtra sur un théâtre quelconque, où nous verrons la résurrection de ces costumes sous lesquels nos pères se trouvaient tout aussi enchanteurs que nous-mêmes dans nos pauvres vêtements (lesquels ont aussi leur grâce, il est vrai, mais d’une nature plutôt morale et spirituelle), et s’ils sont portés et animés par des comédiennes et des comédiens intelligents, nous nous étonnerons d’en avoir pu rire si étourdiment. Le passé, tout en gardant le piquant du fantôme, reprendra la lumière et le mouvement de la vie, et se fera présent.

Si un homme impartial feuilletait une à une toutes les modes françaises depuis l’origine de la France jusqu’au jour présent, il n’y trouverait rien de choquant ni même de surprenant. Les transitions y seraient aussi abondamment ménagées que dans l’échelle du monde animal. Point de lacune, donc point de surprise. Et s’il ajoutait à la vignette qui représente chaque époque la pensée philosophique dont celle-ci était le plus occupée ou agitée, pensée dont la vignette suggère inévitablement le souvenir, il verrait quelle profonde harmonie régit tous les membres de l’histoire, et que, même dans les siècles qui nous paraissent les plus monstrueux et les plus fous, l’immortel appétit du beau a toujours trouvé sa satisfaction.

C’est ici une belle occasion, en vérité, pour établir une théorie rationnelle et historique du beau, en opposition avec la théorie du beau unique et absolu; pour montrer que le beau est toujours, inévitablement, d’une composition double, bien que l’impression qu’il produit soit une; car la difficulté de discerner les éléments variables du beau dans l’unité de l’impression n’infirme en rien la nécessité de la variété dans sa composition. Le beau est fait d’un élément éternel, invariable, dont la quantité est excessivement difficile à déterminer, et d’un élément relatif, circonstanciel, qui sera, si l’on veut, tour à tour ou tout ensemble, l’époque, la mode, la morale, la passion. Sans ce second élément, qui est comme l’enveloppe amusante, titillante, apéritive, du divin gâteau, le premier élément serait indigestible, inappréciable, non adapté et non approprié à la nature humaine. Je défie qu’on découvre un échantillon quelconque de beauté qui ne contienne pas ces deux éléments.

Je choisis, si l’on veut, les deux échelons extrêmes de l’histoire. Dans l’art hiératique, la dualité se fait voir au premier coup d’oeil; la partie de beauté éternelle ne se manifeste qu’avec la permission et sous la règle de la religion à laquelle appartient l’artiste. Dans l’oeuvre la plus frivole d’un artiste raffiné appartenant à une de ces époques que nous qualifions trop vaniteusement de civilisées, la dualité se montre également; la portion éternelle de beauté sera en même temps voilée et exprimée, sinon par la mode, au moins par le tempérament particulier de l’auteur. La dualité de l’art est une conséquence fatale de la dualité de l’homme. Considérez, si cela vous plaît, la partie éternellement subsistante comme l’âme de l’art, et l’élément variable comme son corps. C’est pourquoi Stendhal, esprit impertinent, taquin, répugnant même, mais dont les impertinences provoquent utilement la méditation, s’est rapproché de la vérité, plus que beaucoup d’autres, en disant que le Beau n’est que la promesse du bonheur. Sans doute cette définition dépasse le but; elle soumet beaucoup trop le beau à l’idéal infiniment variable du bonheur; elle dépouille trop lestement le beau de son caractère aristocratique; mais elle a le grand mérite de s’éloigner décidément de l’erreur des académiciens.

J’ai plus d’une fois déjà expliqué ces choses; ces lignes en disent assez pour ceux qui aiment ces jeux de la pensée abstraite; mais je sais que les lecteurs français, pour la plupart, ne s’y complaisent guère, et j’ai hâte moi-même d’entrer dans la partie positive et réelle de mon sujet. »

Photographie : Costume Parisien (planche 147) de l’An 7 (1798). Le modèle porte une tunique à la grecque et un drapé. Seule sa coiffure est décrite : « Coeffure en Tresses ». Estampe originale de LM. Au sujet du Costume Parisien voir l'article du 12 novembre 2007 intitulé : Le Journal des Dames et des Modes.

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Retour vers les lieux enchanteurs !

Photographie : « Je vous salue ô lieux charmants ! » Gravure de J. J. Hubert d’après Queverdo, provenant d’Estelle, Pastorale (troisième édition, Paris, P. Didot l'Aîné, 1793) de Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794).

Voici les vacances et le retour vers les endroits enchanteurs !

C’est aussi le moment de préparer la rentrée avec de nouveaux projets et collaborations. En perspective (si tout se passe bien !) en août ou septembre un site consacré à l’Art sur Internet, et pour décembre la publication d’un premier livre. La collection sur la mode française sera complétée par de nombreux nouveaux documents d’époque du XIXe siècle et du XXe. Dans le blog, je vais faire de mon mieux pour vous présenter de plus en plus de beaux objets et des sites d’antiquaires de qualité. Les choses se mettent en place petit à petit, très doucement, mais avec sérénité ... Si vous souhaitez me contacter, n’hésitez pas.

Je souhaite de bonnes vacances à tous ceux qui en prennent, et aux autres beaucoup de douceur estivale.

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Une histoire de la coiffeuse.

Photographie : Image provenant de Bertall, La Comédie de notre temps, vol. 1, Plon, Paris, 1874.

Le terme de coiffeuse apparaît, semble-t-il au tout début du XXe siècle (je n'ai pas trouvé le mot employé avant), pour désigner un meuble spécifiquement féminin constitué d’une tablette, d'un ou plusieurs miroirs et généralement de tiroirs ou petits étagères permettant à la femme de ranger tout les objets dont elle a besoin pour s'apprêter : se parer, se maquiller, se parfumer et évidemment se coiffer. La coiffeuse évolue avec les styles. On en a de très beaux exemples datant de la période Art déco travaillés avec goût en bois précieux (bois de rose, acajou).

L’ancêtre de la coiffeuse est la table de toilette, devant laquelle l’élégance s’assied depuis qu’on se pomponne. Des exemples datent de l’Antiquité. La femme représentée assise dans la Villa des Mystères à Pompéi semble être devant une table de toilette. Comme son nom l’indique, elle se compose d’une table sur laquelle on dispose une très fine toile (la toilette) qui au Moyen-âge sert à envelopper certains vêtements et objets précieux afin de les protéger. On la dispose le soir dans une cassette de nuit pour la redéployer le matin. Subséquemment, au XVIIe siècle, le sens du mot ‘toilette’ s’élargit pour désigner aussi l’ensemble des objets de la garniture pouvant comprendre un miroir chevalet, une aiguière avec son bassin, des flambeaux, des coffrets, des boîtes à poudre, à éponge, à savon, des flacons, des pots à fard, à onguent, des tablettes à gants, une brosse, une houppette, une baignoire d’yeux, un mortier à fard, un plat à barbe pour les hommes etc. Certaines de ces garnitures sont en matières précieuses : en argent, vermeil ou même en or. De nombreuses gravures de cette époque nous présentent des femmes ou des hommes devant une table juponnée sur laquelle sont disposées la toilette et sa garniture. Ce simple meuble est généralement dans la chambre, près de la ruelle, l’endroit où les précieuses invitent et font salons, allongées sur leur lit.

C’est au siècle des Lumières que le terme de toilette désigne en plus le meuble. Il s’agit le plus souvent d’une table rectangulaire, à quatre pieds, avec en façade une tablette escamotable, des faux et des vrais tiroirs, parfois même certains simulés. Le dessus est plat afin d’accueillir les toiles mais peut se relever pour découvrir chez les hommes un long miroir s’ouvrant sur un plan en marbre ... Chez la femme il est en trois parties, avec un miroir rabattable au centre, et deux vantaux latéraux dissimulant des caves dans lesquelles sont disposés les objets de toilette (boîtes, pots, flacons etc.). Le XVIIIe nous a légué de ces objets fabriqués en porcelaine particulièrement fins et délicatement ouvragés. Certaines de ces tables de toilette sont en bois précieux comme en acajou (voir article : Une table de toilette du XVIIIe siècle) et délicatement marquetées.

La table de toilette est le meuble en particulier de la seconde toilette qui fait suite à celle de propreté qui consiste à prendre un bain ou se laver avec des vinaigres parfumés ou autres lotions. Et si contrairement au Moyen-âge, au XVIIe siècle on se lave un peu moins à l’eau (il existe cependant toujours de nombreuses maisons de bains) on le fait avec des vinaigres parfumés et autres lotions qui garantissent une propreté impeccable. Au XVIIIe, l’usage des bains est fréquent, et les dames et les hommes de qualité passent plusieurs demi-heures voir heures à la première et seconde toilette. La table de toilette qu’on appelle aujourd’hui coiffeuse est le meuble emblématique de la seconde toilette. De nombreuses peintures et gravures du XVIIIe siècle nous présentent la femme ou l’homme de qualité assis face à elle, en train de se parer, se farder, poser des mouches, se coiffer. La deuxième toilette est plus mondaine. On y accueille des visiteurs, des marchands, des courtisans. On y reçoit des billets doux. Le Dictionnaire de L'Académie française de 1762 nous explique qu’on appelle familièrement Pilier de toilette, Un homme qui assiste assidument à la toilette d'une ou de plusieurs femmes.
Après la Révolution, la toilette d’apparat disparaît ; avec elle la fine toile se fait plus rare, bien que souvent présente. De plus en plus, le meuble cesse d’être polyvalent. Le miroir est apparent et prend la place principale. La coiffeuse peut être placée dans le cabinet de toilette, c'est-à-dire dans un lieu d’intimité. Barbières et autres athéniennes (l’ancêtre du lavabo) se généralisent. Si chez les plus riches, la table de toilette peut être d’un grand raffinement, elle peut chez les autres être très simple : une table avec un tiroir et un miroir, sur laquelle on place le bassin et pot à eau. C’est peut-être pour la différencier de ce meuble rustique que le terme de coiffeuse apparaît.
Si la coiffeuse du XXe siècle n’est plus le meuble emblématique autour duquel se joue le spectacle du raffinement des XVIIe et XVIIIe siècles, elle reste celui où on peint sur un miroir, l’éphémère de la journée qui va se dérouler. Elle fait de chacun un artiste total … seul devant sa glace …


DEFINITION DU MOT 'TOILETTE' DU DICTIONNAIRE DE L'ACADEMIE FRANCAISE, QUATRIEME EDITION (1762) :

TOILETTE. subst. f. Toile qu'on étend sur une table, pour y mettre ce qui sert à l'ornement & à l'ajustement des hommes & des femmes. Toilette unie. Toilette à dentelle.

On appelle Toilette de point, Le point préparé pour garnir une toilette. Elle a acheté une belle toilette de point, de point d'Angleterre.

On appelle plus particulièrement Toilette, Les flambeaux, les boîtes, les flacons, les carrés, &c. de la toilette d'une femme. Toilette d'argent. Toilette de bois de sainte Lucie.

On appelle Dessus de Toilette, Une pièce de velours, de damas, bordée de dentelle ou de frange, avec laquelle on couvre tout ce qui est sur la toilette. Dessus de toilette de velours. Dessus de toilette de damas.

On appelle aussi Toilette, Le tout ensemble. Belle toilette. Riche toilette. Sa toilette étoit magnifique. La toilette de ses noces. Mettre la toilette.

On appelle aussi & le plus souvent Toilette, La table même chargée de ce qui sert à la parure d'une femme. La toilette n'est pas bien là. Approchez la toilette de la cheminée.

On dit, Voir une Dame à sa toilette, l'entretenir à sa toilette, pour dire, La voir, l'entretenir pendant qu'elle s'habille.

On appelle familièrement Pilier de toilette, Un homme qui assiste assidument à la toilette d'une ou de plusieurs femmes.

En parlant De certaines femmes accoutumées à porter à la toilette des Dames, des nipes & des étoffes à vendre, on dit, que Ce sont des revendeuses à la toilette: & c'est dans cette acception qu'on dit, Vendre à la toilette. Revendre à la toilette.

On dit proverbialement, Plier la toilette, pour dire, Enlever, emporter les meubles d'un homme, d'une femme. Il plia un beau matin la toilette, & s'en alla. Il se dit aussi d'Un valet qui vole les hardes de son maître. Ce valet plia la toilette de son maître, & prit la fuite.

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