Les vieux Beaux.

La mode du XVIIIe siècle est d'un grand raffinement. Les petits-maîtres et autres incroyables représentent une des extrêmes de celle-ci. Ainsi sont-ils souvent critiqués. Une des caricatures les met en scène à un âge avancé. C'est le cas dans la comédie d'Alexandre Guillaume Mouslier de Moissy (1712-1777) intitulée Le Vieux Petit-Maître en Province (photographie 1). Cette pièce provient du troisième tome d’Ecole dramatique de l'homme édité pour la première fois en 1770 (comme le tome second alors que le premier date de 1769). L’histoire est celle d’un « galant de profession » de plus de cinquante ans, qui cherche à se marier avec une de ses connaissances passées (une ancienne coquette de province) ou sa fille pour leur argent. Comme on le constate ici, et comme d’autres documents le prouvent, le petit-maître est un style d’élégant typiquement parisien. De plus tous les coquets français sont des galants appréciant particulièrement la bagatelle et s’enorgueillant de nombreuses conquêtes féminines ; si bien que dans le cas de ce vieux petit-maître, cela lui fait oublier son âge et désirer une jeune fille de vingt ans, plus que la mère de celle-ci qu’il aurait cependant pu avoir. Du coup il ne séduit ni l’une ni l’autre malgré le bel-esprit dont il se targue. C’est finalement un homme plus rustre mais plus jeune qui se marie avec la première. Le caractère rugueux de ce voyageur est lui aussi critiqué.
Dans la gravure de 1804 intitulée Les Galants Surannés ou Les Petits Papa à la Mode (photographie 2), Debucourt caricature des hommes d’un certain âge jouant les incroyables et courtisant des merveilleuses.
Une autre estampe du début du 19e siècle (photographie 3), ayant pour titre Le Jeu du Diable et d’un auteur inconnu, représente des personnes âgées cherchant à se divertir comme les jeunes. Trois générations s’amusent. Un couple est de l’ancien temps, habillé dans le goût passé et s’essayant à un jeu moderne que les jeunes maîtrisent. Dans le second duo, une jeune fille est habillée en merveilleuse. On remarque son décolleté qui montre sa poitrine presque entièrement. Sur certaines gravures représentant des merveilleuses, les tétons sont même apparents. C’est alors la mode à l’antique où la nudité n’est pas cachée comme le révèlent des représentations sur les murs des maisons romaines autour du Vésuve que le XVIIIe siècle exhume. On comprend pourquoi à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe d’aucuns appellent ces jeunes filles habillées (ou déshabillées) à la nouvelle mode des inconcevables ! Le jeune homme représenté sur la gravure suit le nouveau goût du début du XIXe. Dans le Dictionnaire de l'Académie française (Firmin Didot frères, 1835), le jeu du diable est décrit comme « Une sorte de double toupie que l’on fait tourner rapidement sur une corde attachée à deux baguettes, et qui ronfle avec beaucoup de bruit. ». Au bas de la gravure une chanson l’illustre : « Air des Fraises / On joue à ce jeu charmant / Lorque L’on est aimable / Vieillard en vain L’imitant / Envoie tout en murmurant / Au Diable, au Diable, au Diable. »
On parodie aussi les dandies lorsqu’ils sont jeunes. Avec l’élégante, cela se fait parfois de façon scabreuse. C’est déjà le cas au XVIIIe siècle avec les petites-maîtresses ou les merveilleuses dont les manières et les tenues sont copiées par certaines filles de joie comme celles du Palais Royal. Le parallèle est alors d’autant plus facile à faire que les élégantes d'origine expriment ouvertement une certaine liberté dans leurs tenues. C’est en particulier au XIXe siècle, dans le commun un peu rustre, que l’on donne aux partenaires des dandies français des noms d’allumeuses comme : cocodettes (féminin de cocodès pour parler d’une fille aux mœurs légères et aux manières et tenues provocantes), dégrafées, frôleuses etc. Mais comme l’écrit Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) au sujet du Palais Royal : « Là sont les filles, les courtisanes, les duchesses & les honnêtes femmes, & personne ne s’y trompe » (voir article
Récapitulatif de l'exposition Modes anciennes). Evidemment, on s’éloigne petit à petit des précieuses du 17e siècle, des femmes de lettres et d’esprit du 16e ou des dames du Moyen-âge. La montée de la bourgeoisie au 18e et son règne au 19e relègue au grenier la préciosité et l’ancienne mode dite péjorativement des céladons (terme désignant des vieux à la mode passée, amateurs des romans comme Astrée d’Honoré d’Urfé).
Voilà pour ce qui est de la caricature. Nous n’y reviendrons plus. Enfin espérons-le ! Au revoir le grotesque ! Même les masques grimaçant de la Comédie Nouvelle de Térence et autres sont lassants (voir articles :
Le théâtre antique et les conventions … classiques … et Sortir masqué). Si le burlesque et le tragique sont un des fondements de la condition humaine, laissons maintenant la place à l’intelligence et la finesse … à la beauté …
Détail de la gravure : Les Visites de Philibert Louis Debucourt (1755-1832), datant du début du XIXe siècle, avec des merveilleuses et des incroyables.

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C'est la fête !


Un an que ce blog a été créé : le 11 avril 2007. D'après les statistiques de l'administration on compte depuis : 78 535 pages vues, 24 669 visiteurs uniques, avec comme journée record le 6 septembre 2007 avec 610 pages vues, et comme mois record celui de mars 2008 avec 12 441 pages vues. Depuis le mois de mars, c’est en moyenne plus de 4 000 visiteurs uniques par mois selon l’administration du blog et plus de 2 000 selon le compteur installé.

J’aimerais beaucoup faire évoluer ce blog en présentant d’autres travaux tendant vers l’excellence : des mémoires de thèses, des artistes et artisans contemporains, des interprètes et compositeurs, des blogs, des sites, des lieux … ; organiser des évènements qui permettraient de nous rencontrer ; l’enrichir de nouvelles collaborations ; le transformer en un concept plus multimédia etc. Dans l’attente de coopérations, c’est pour le moment le travail d’une seule personne … Et je dois trouver le moyen de faire en sorte que cela devienne un véritable outil professionnel … de transmission et de partage

LM

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La musique et le style

Pour commencer, il y a le mouvement qui est inhérent à l'individu et aux choses vivantes en général. Il en résulte du rythme. Ensuite des associations se forment et des styles en découlent qu'on invente et/ou que l'on suit. Le mouvement est donc associé au rythme qui l'est évidemment à la musique, à la danse, à la poésie et à la langue. Les rythmes collectifs nécessitent une entente cordiale et solidaire, une certaine finesse et un respect de l’autre. L’invention de nouveaux rythmes est dévolue durant l’antiquité grecque aux poètes, au moins en ce qui concerne le culte du dieu du vin Dionysos avec les prémisses puis l’invention du théâtre.
Certains ont étudié les meilleurs moyens de diriger ce besoin d'action collectivement sous la forme de choeurs et à travers les sciences telles que la philosophie, la poésie, les mathématiques, l'art, la religion ... Par 'choeurs', nous entendons le groupement de plusieurs personnes associant différents rythmes : chants, musiques, paroles, mouvements et danses. Deux catégories de rythmes prévalent : ceux du corps et ceux de la parole, les uns étant souvent liés aux autres. La musique est leur combinaison. Cette double conception, vocale et gymnique, est en particulier présente dans l'éducation athénienne où les exercices physiques sont aussi importants que ceux relevant du verbe. Dans ceux du corps, il y a la danse, la gymnastique et la guerre. Ceux de la parole incluent le chant, la poésie, la musique et toutes les autres formes écrites ou parlées. Ces rythmes sont réglés selon différents rites. Le théâtre qui en est un des principaux est né dans les rituels donnés en l'honneur de Dionysos et en particulier dans le détachement de comédiens des choeurs. Les muses sont parmi les inspiratrices et les révélatrices de ces rythmes. Dans cette fonction, elles président à l'éducation des enfants. Si aujourd’hui on les compte comme étant au nombre de neuf, et si elles sont bien définies, autrefois, elles sont invoquées sous diverses appellations distinctes dans plusieurs parties de la Grèce, considérées comme des nymphes, associées par exemple aux cours d’eau, aux sources et aux grottes. Primitivement, on communie donc avec elles surtout dans des lieux naturels.

Les changements continuels, les mouvements inhérents à toutes choses (même celles inanimées sont mues) impliquent les créations et les modifications des styles. Le style réside dans la capacité de s’adapter et de créer des rythmes. Une personne ayant du style a une connaissance intuitive des bons rythmes, une intelligence se caractérisant par une extrême sensibilité. Elle agit en conséquence uniquement sur le moment présent qu’elle entend avec acuité et dans lequel elle s’insinue par voie de fait avec beaucoup d’habileté. Chaque style a sa musique, sa mode, son art, sa philosophie, sa langue …, tout ce qui résulte de mouvements qui lui sont propres.

Photographie
 : Mercure Galant, Avril 1688, comprenant un Essai de Pastorale, Pour un Concert à Madame la Dauphine, avec une petite pièce musicale se déroulant « dans les Campagnes de Versailles » et mettant en scène Hymen, Amour, Bergers, Bergères, un Chœur etc.

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Cultiver son jardin …

Durant l’Antiquité, on écrit que le fondement des arts et des sciences est l’imitation : de ce qui nous entoure, en premier lieu de la nature, et de ce qui nous dépasse : les dieux ou les rythmes du cosmos. Cette idée d’un art qui imite la nature et cherche à la transcender est au fondement même de notre culture. On cultive la terre comme on le fait de son esprit. Cette pure intelligence en interaction avec son environnement s’exprime d’une façon subtile à travers la pastorale. Jusqu’au XIXe siècle, la vie pastorale est une source d’inspiration pour les sociétés les plus compliquées. Ce goût antique pour les bois sacrés, les monts où se logent les divinités, pour cette nature où les dieux évoluent, continue durant la chrétienté qui reprend à son compte toute une partie de la ‘rhétorique’ pastorale. Le membre du clergé devient le berger, les fidèles les brebis, le diable a la physionomie du bouc, et les rythmes des saisons, des mois, des journées, cadencent les cérémonies.

De l’Antiquité au XVIIIe siècle, la vie pastorale est surtout considérée sous son aspect pur, sain, en contact direct avec la ou les divinités. Du fait de cette communication privilégiée avec le divin et du bonheur inaltéré qui en résulte, l’existence pastorale semble éloignée des vicissitudes. L’amour s’y déploie sans obstacles puisque la corruption n’y existe pas. Dans cet univers naturel fait d’abondance, l’homme vit sans fausses pudeurs et sans désirs ni besoins, baigné dans le plaisir de sentiments épurés, d’amitiés et d’amours véritables. Certains lieux rappellent plus que d’autres ce paradis, comme l’Arcadie en Grèce, le mont Parnasse où les Muses sont sensées résider, l’île de Lesbos… Une véritable philosophie se cache dans ces écrits, une alchimie subtile. De nombreuses légendes mythologiques (ce que le XVIIIe siècle appelle ‘fables’) mettent en scène bergères et bergers, et les dieux qui habitent montagnes et forêts sacrées. Des centaines de divinités occupent les campagnes et les bois sacrés : Nymphes, Naïades, Sylphes, Dryades … Pan protège bergers et troupeaux ... La religion chrétienne se sert largement du thème du bon pasteur. On retrouve la houlette du berger dans les mains de nombre de saints et de papes. La vie pastorale est la gardienne d’une pureté : réminiscence d’un âge d’or où les dieux vivent parmi les hommes (la dernière divinité à être restée étant Astrée la déesse de la Justice). A travers les écrits pastoraux, les écrivains français épanchent leur connaissance de la beauté classique de l’Antiquité, de l’Hellénisme, avec une finesse emprunte de poésie courtoise et toute entière dévouée à l’âme subtile d’une terre de tous les possibles et de toutes les richesses, dialoguant grâce à une extrême habilité et clairvoyance avec la divinité païenne à des époques empruntes de christianisme.

La littérature antique est à l’origine de ce genre littéraire en Occident avec les Bucoliques, les Eglogues et les Géorgiques de Virgile, les Idylles de Théocrite. Ajoutons à cela le roman intitulé Daphnis et Chloé de Longus. Certains poèmes d’Ausone sont appelés Idylles. Le Moyen-âge cultive de multiples formes de poésies dans différentes langues. La ‘pastorela’ est un genre de la littérature occitane qui relate le plus souvent la rencontre du poète avec une bergère, motif repris ou présent dans la poésie latine et par les troubadours dans les pastourelles françaises. Leur forme dialoguée leur donne parfois des allures de pièces ou de romans. La pastourelle est alors un genre ‘bucolique’ celui-ci imprégnant profondément la poésie et le folklore médiévaux avec ses reverdies et autres rondeaux à danser… La Renaissance italienne remet au goût du jour les oeuvres pastorales antiques avec les poètes néo-latins de la Renaissance : Pétrarque, Boccace, Guarini, Boiardo, Spagnoli, Pontano, Sannazar, Flaminio, Vida, Navagero, et ceux qui écrivent en Italien comme Sannazar (Arcadia), G. B. Giraldi Cinthio (Egle), B. Castiglione (Tirsi), A. Lollio, (Il sacrificio), Tasse (Aminta), Guarini, (Pastor fido), Groto, (Pentimento amoroso), Comte Bonarelli (La Philis de Sciro). La Renaissance française s’inspire de tout ce qui vient d’Italie. La vogue des idylles, pastorales et églogues commence au XVIe siècle avec Clément Marot, François Habert, Maurice Scève (Arion), Hugues Salel (Eglogue marine), Baïf (Œuvres en rime et autres Eglogues), Ronsard (Chants pastoraux, Bergerie, Le Cyclope amoureux), Remy Belleau (Bergerie), Nicolas Filleul (Théâtre de Gaillon), F. de Belleforest (Pastorale amoureuse), Claude De Bassecourt (Trage-comedie pastoralle ou Myllas), Honoré d’Urfé (Astrée). Le XVIIe siècle suit cette mode et l’amplifie avec Vauquelin de La Fresnaye, Antoine de Montchrestien, (Bergerie), Du Mas (Lydie), G. Colletet qui écrit un Discours du poème bucolique où il est traité de l’Eglogue, de l’Idylle et de la Bergerie édité en 1657. Astrée influence beaucoup les Précieuses du XVIIe siècle. Antoinette Deshoulières (1638-1694) écrit des œuvres pastorales. Molière sort une Pastorale champêtre. Au XVIIIe siècle, Fontenelle [un des Modernes] (Poésies pastorales, Traité sur la nature de l'églogue), Gessner (La Mort d’Abel, 1761 ; Idylles, 1762 ; Daphnis, 1764), Léonard (Idylles, 1766), Berquin, (Idylles, 1775), André Marie Chénier [un autre Moderne] (Bucoliques), l’abbé Louis Mangenot (deux idylles en prose) ; Florian (Galatée, 1783 et Estelle et Némorin, 1787) continuent.

La Pastorale qui remonte à l’Antiquité la plus tardive est un véritable courant artistique plus que littéraire, véhiculant une philosophie et esthétique d’une beauté et d’une finesse remarquables. L’industrialisation des XIXe et XXe siècles et le brassage des civilisations rendent désuet cet attachement à la terre. Il n’est plus question d’imiter mais de maîtriser et de dominer ; on s’intéresse de moins en moins au sol qu’on foule, son histoire et le savoir qu’il véhicule. Pourtant chaque endroit de la terre a ses trésors à offrir, une abondance bafouée par l’ignorance qui est paradoxalement souvent à la recherche de richesses !

Photographies : tirées du tome VI consacré aux mammifères d’Histoire naturelle de Georges-Louis Leclerc de Buffon (1707-1788), Imprimerie Royale, 1769. L’œuvre de Monsieur de Buffon représente une certaine soif de connaissance, et les gravures que nous présentons ne manquent pas de finesse et sont assez amusantes ainsi livrées !

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L'idée du beau & réflexions sur l'élégance et la politesse du style.

En France, au 18eme siècle, sous des aspects badins on théorise sur des thèmes inconnus ailleurs, comme « le je ne sais quoi » ou « le bon ton ». On se pose la question de ce « je ne sais quoi » qui permet à certains et à ceux qui les côtoient de transcender le commun en affichant une subtile beauté qui transporte littéralement l'âme vers des horizons brillants. On cherche quels sont les éléments de cette sociabilité propre aux français d'alors à travers leurs belles manières, le bon ton, l’histoire des mœurs de ce pays. On se met en quête de l’Age d’or, affiche le moment présent comme comparable aux temps des anciens et même supérieur à lui car actuel. On s’inspire de nouvelles influences : d’un Orient lointain à travers une Chine idéalisée, d’une Amérique avec son or et ses eldorados. On redécouvre l’Antiquité : son art, sa culture, ses écrivains, ses arts décoratifs grâce à l’archéologie. On répertorie dans des encyclopédies et invente le futur. On ‘utopise’, et s’éprend tellement de ce qu’est cette époque que chacun se met à rêver pour lui-même et croire en ses droits. La porte de la liberté ouvre alors à tous un espace immense dans lequel s’engouffre la Révolution.
Photographie : Crousaz, Jean-Pierre de (1663-1750), Traité du Beau, Où l'on montre en quoi consiste ce que l'on nomme ainsi, par des Exemples tirés de la plupart des Arts et des Sciences, nouvelle édition, revue, corrigée, et augmentée par l'auteur, tome second sur 2 volumes in-12, Amsterdam, L’Honoré & Chatelain, 1724, 10 x 16,5 cm. La première édition date de 1715. Elle est en un seul volume et du même éditeur : L’Honoré, Amsterdam. Le tome deux de cette nouvelle édition contient uniquement des ajouts par rapport à la première édition : chapitre XI ‘De la Beauté de l’Eloquence’, chapitres XII & XIII ‘De la Beauté de la Religion’.
Le beau se dévoile aussi à travers le style. La finesse du style s’exprime dans la langue, non pas seulement dans son emploi correct, mais aussi dans la capacité d’invention, d’adaptation, de sublimation. Au-delà du savoir du verbe, le style se révèle dans la poésie et la connaissance des rythmes. Ceux-ci s’ajustent, s’harmonisent et élèvent l’âme. La dureté, les contraintes, sont des obstacles à l’élévation, comme le sont la bassesse ou le manque de subtilité. Sans plaisir, il n’y a pas de bons rythmes. La pure intelligence trouve sa matérialisation dans la beauté, dans le style, dans la langue … Le titre du livre de l’Abbé de Bellegarde que nous présentons : Réflexions sur l’Elégance et la Politesse du Style, est particulièrement intéressant dans son usage des termes ‘élégance’ et ‘politesse’. La langue est une convention propre à une communauté. On en use dans un souci de communication, d’échanges. La politesse est le trait le plus naturel de cette préoccupation d’ouverture à l’autre. L’élégance est l’expression du plaisir qui en découle. Il ne peut y avoir de véritable beauté du style, que ce soit dans la langue ou ailleurs, sans harmonie, c'est-à-dire sans les autres rythmes : ceux de la pensée, des gestes, du savoir …  Une personne qui formule de belles choses avec une âme mauvaise ne procure pas de joie ; et si elle arrive à plaire sur le moment, elle laisse un goût amer par la suite. L’élégance du style est donc affaire de subtilité. Derrière la futilité des styles, des modes et des apparences, se blottit la sagesse ; comme elle le fait dans les œuvres d’art et une éducation fine.
Photographie
 : Bellegarde, M. l’Abbé de (1648-1734), Réflexions sur l’Elégance et la Politesse du Style, quatrième édition, La Haye, Antoine van Dole, 1735. Bien que cette édition ne soit pas du temps de son auteur, dérogeons une nouvelle fois à la règle que nous nous sommes donnée pour vous présenter ce livre.

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Pour fêter le Printemps : Les simples, trésors de notre patrimoine.

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Certains trésors faisant partie de notre patrimoine sont disponibles gratuitement en quantité. Les plantes sauvages sont de ceux-ci et abondantes. On les utilise depuis des millénaires pour leurs propriétés. On les appelle ‘simples’ lorsqu'on veut accentuer leur caractère médicinal. Comme pour les objets d'art, il faut avoir certaines connaissances pour les aborder. Il y en a de communes ; d'autres sont rares. Envisageons une partie d’entre elles : les plantes dédiées à l’amour, et trois en particulier. Aux doses adéquates et moments appropriés, elles apportent équilibre et joie. Il s’agit de la berce, de l’orchis mâle et du tribule terrestre. La BERCE (Heracleum sphondylium) est emblématique. Elle se rencontre en quantité en région parisienne. Son effluve et son goût sont caractéristiques. Il est conseillé d'en user avec intelligence, car il est contrindiqué de s’exposer au soleil après l’avoir ingurgitée. Les orchidées, moins fréquentes, ont de multiples variétés qui parsèment l’hexagone. Il ne faut pas les ramasser, car la plupart sont rares. De plus elles ne fleurissent que quelques semaines par an. Souvent discrètes, on les remarque peu parmi les autres fleurs de la fin du printemps et du début de l’été. Mais quand on le fait, c’est réjouissant. L’ORCHIS MALE (Orchis mascula L.) est une plante à protéger particulièrement car très peu fréquente, poussant lentement et ne résistant pas au pillage. Mais on peut essayer de la cultiver. Des orchis, on utilise les tubercules pour en faire une farine alimentaire : le salep. La troisième plante, parmi beaucoup d’autres, est le TRIBULE TERRESTRE ou croix de Malte (Tribulus terrestris) que l’on rencontre dans les Landes du sud-ouest et dont certaines pharmacopées chinoises emploient les fruits. Et si ces frêles végétaux peuvent nous offrir l’amour, donnons leur le notre, en respectant tout simplement la terre et ses simples ; en nous rappelant qu’elle est là, à nos pieds ; que nous devons chérir les éléments qui la constituent. Un petit geste d’amour pour rappeler que nous faisons partie d’un tout et que certaines choses ne doivent pas se monnayer comme l’air ou l’eau.

Photographie Wikipedia de la Saponaire officinale (Saponaria officinalis). Il y a des siècles, voir des millénaires que la saponaire est utilisée pour se laver : le corps, le visage, les cheveux, l’intérieur de l'organisme et les vêtements. Aujourd’hui on s’en sert pour les mêmes usages et notamment pour nettoyer les tissus anciens les plus fragiles. Il s’agit d’une plante avec de très jolies fleurs aux teintes variant du blanc crémeux au rose pourpré. On la trouve en France dans de nombreux endroits comme en région parisienne, dans les champs ou sur les bords des chemins. Un grand nombre (pas toutes) des fleurs sauvages que l’on croise dans la nature sont les mêmes qu’il y a des millénaires. De les voir, de les reconnaître, de les aimer, c’est communier avec notre patrimoine comme on le fait avec les œuvres d’art anciennes.

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Sortir masqué

undefinedAux XVIIe et XVIIIe siècles, le masque est un élément de l'habillement comme un autre bien que peu utilisé. Il permet de protéger le teint des agressions du soleil, et offre à celui qui le porte la possibilité de ne pas être reconnu et de jouir ainsi d'une liberté qui n'offense personne. Sur les tréteaux, on ne le porte plus guère que dans la Comédie italienne. Le Théâtre français l’oublie, et c’est à peine qu’on se souvient que les acteurs comiques et tragiques antiques jouent avec. Pourtant l’écrivain comique romain Térence et les illustrations de ses pièces représentant des comédiens masqués sont à l’honneur pendant toute l’ère chrétienne (jusqu’au XIXe siècle). Nous avons commencé à parler de cela dans l’article du 17 décembre 2007 intitulé Le théâtre antique et les conventions … classiques … Le Moyen-âge transmet ces pièces avec diligence dans des manuscrits nombreux dont les illustrations, bien que copiant fidèlement leur modèle et suivant une tradition remontant à l’époque même de leur auteur, font fondre petit à petit le masque dans le visage même des acteurs représentés. undefinedDans les iconographies des livres de Térence des XVIIe et XVIIIe siècles qui copient celles des manuscrits, on ne reconnait souvent plus le masque qu’on ne met plus que dans les mains de Melpomène la muse de la Tragédie ou de celle de la Comédie : Thalie, dont il est un attribut. Pourtant durant l’Antiquité celui-ci a une importance toute particulière. Il fait le lien, marque le passage, entre divers univers : la vie et la mort, le réel et la fantaisie, le soi et sa distanciation ... Les familles romaines font fabriquer un masque en cire (imago) de leurs défunts qu’elles exposent dans leurs maisons dans une niche de l’atrium, dans des meubles avec étagères fabriqués pour cet usage et disposés à l’entrée. Ces armoires à masques ressemblent à celles où les masques de théâtre sont exposés et qui se retrouvent parfois au début des pièces illustrées de Térence, dans les manuscrits du Moyen-âge, les incunables ou même dans certaines éditions plus récentes (voir photographies). Durant l’Antiquité, on sort les masques des ancêtres aux funérailles pour les faire porter par des acteurs qui suivent le convoi. Lorsqu’il assiste à une pièce de théâtre comique (qui met en scène des personnages de la vie courante), le citoyen romain a donc une vision de sa propre vie ; ce qui implique obligatoirement une certaine distanciation face à celle-ci. Quant à Térence, il est étudié dès l’enfance pour la finesse de sa langue. On apprend le latin et même la rhétorique par son intermédiaire. Et la dureté de cet apprentissage est adoucie par le plaisir qu’offrent les pièces de cet auteur et la subtilité de son humour. Par la suite, le recueil de ses textes est resté jusqu’au XIXe siècle l’ouvrage sans doute le plus édité après la Bible.

Photographie : Les œuvres de Térence traduites et commentées par Madame Dacier (1654-1720) sont célèbres. Les illustrations qui accompagnent cette édition sont dessinées et gravées par Bernard Picart (1673-1733). Il s’agit de copies de celles des manuscrits médiévaux comme le manuscrit latin 7899, du IXe siècle, conservé à la Bibliothèque nationale de France, qui eux-mêmes suivent fidèlement une tradition antique (dont il reste seulement quelques fragments de papyrus connus mais sûrement beaucoup plus dans quelques recoins de réserves), avec l’image de l’auteur de buste présentée par deux acteurs dans un médaillon, les armoires à masques qui introduisent les rôles et les illustrations des scènes avec les personnages dans des positions caractéristiques qui ont valeur de langage rhétorique.

undefinedLes Comédies de Térence, Rotterdam, Gaspard fritsch, 1717,  traduction et remarques de Madame Dacier (1654-1720). Complet en 3 volumes in-12°, 10 x 15 cm. Tome 1 : LXXXVIII pp ('Préface', 'Vie de Térence'), 511 pp., 18 planches hors-texte + un frontispice. Tome 2 : 485 pp.,  17 planches. Tome 3 : 431 pp.,  11 planches. Un frontispice et 46 illustrations au trait dessinées et gravées par Bernard Picart (1673-1733). Dans le Grand dictionnaire des femmes de l'ancienne France, Fortunée Briquet écrit à propos de cette édition : « Anne Dacier : les Six Comédies de Térence, On en a fait, en Hollande, deux éditions, dont la meilleure, pour la beauté des caractères, du papier et des figures, est celle de 1717 ; Rotterdam, Gaspard Fritsch, 3 vol. In-12° ».

Térence (Publius Terentius Afer, IIe siècle av. J.-C.a vraiment marqué de son sceau la langue latine et la conception même de la latinité. De grands noms ont régulièrement redécouvert son œuvre constituée de seulement six pièces, et ont apposé leurs commentaires, parmi lesquels le célèbre grammairien Donat (Aelius Donatus, IVe siècle ap. J.-C., précepteur de Saint Jérôme) ou Calliopius (fin du VIIIe siècle ap. J.-C) qui est un des principaux promulgateurs de Térence. Madame Dacier s’inscrit dans cette continuation. La finesse du latin de l’auteur romain en a fait sa caractéristique. Sa popularité dans une chrétienté opposée au théâtre laisse songeur et dévoile comment ce qu’on appelle aujourd’hui l’Humanisme au-delà de toutes les vicissitudes du changement n’a cessé d’être à la source de l’histoire occidentale, une sagesse d’une douceur et d’une finesse extrêmes à l’origine même de toutes les grandes civilisations.

Citation : « Homo sum ; humani nil a me alienum puto » : « Je suis un homme et rien de ce qui est humain, ne m’est inconnu » (Térence, Héautontimorouménos, v. 77).

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Définitions de gens à la mode en France : Beaux, Copurchics, Fashionables, Gandins, Gants jaunes, Gommeux, Jeunes France, Lionnes, Lions, Petits crevés, Pommadins, Raffinés …

undefinedDans les articles précédents, nous avons largement parlé des INCROYABLES, MERVEILLEUSES, MUSCADINS, PETITES MAITRESSES, PETITS MAITRES, PRECIEUSES. Voici maintenant quelques définitions d’autres de ces élégants ou excentriques français en particulier du XIXe siècle : Beaux, Copurchics, Fashionables, Gandins, Gants jaunes, Gommeux, Jeunes France, Lionnes, Lions, Mirliflors (voir photographie), Petits crevés, Pommadins, Raffinés … Toutes ces définitions sont nouvelles bien que basées sur des documents d’époque. Elles n’ont pas été copiées mais le fruit de recherches, de recoupements et d’une rédaction entièrement originale. Si vous trouvez des erreurs ou avez d’autres définitions à ajouter ou compléter n’hésitez pas à les indiquer dans les commentaires.
AGREABLE. Nom que l’on donne déjà au XVIIIe siècle à un certain type d’élégant dont l’adjectif désigne le caractère et la finesse. On dit au 18e siècle : "faire l'agréable".
AMAZONE. « Femme de courage mâle & guerrier. » Le Dictionnaire de l'Académie Française, 1ère Edition, 1694. On appelle ainsi les jeunes femmes qui montent à cheval et affichent leur indépendance un peu comme les lionnes du XIXe siècle.
BEAU. Elégant. On emploie ce mot en particulier au XIXe siècle.
BEAU-FILS. Jeune Beau
COCODES. Elégant un peu ridicule aux manières et habits excentriques.
COL CASSE. Homme à la mode de 1865 semble-t-il.
COPURCHIC. Personne d’une extrême élégance. Ce nom est d'usage au XIXe siècle et au début du XXe. L’adjectif ‘copurchic’ signifie ‘ultra-chic’ (de pur chic), ce qui se fait de mieux en matière d’élégance et de mode.
CREVE. Voir la définition de ‘Petit crevé’.
DANDY. Terme d’origine anglaise utilisé en France dès le XIXe siècle pour désigner un homme au style et à la tenue particulièrement raffinés. Honoré de Balzac (1833), Jules Amédée Barbey d’Aurevilly (1845), Charles Baudelaire (1863) écrivent sur le sujet du dandysme.
DELICAT. L’adjectif désigne le nom.
ÉLEGANT. « Se dit substantivement d'un homme recherché dans son ton, ses manières et sa parure. » Dictionnaire de l'Académie française, 5ème Edition, 1798.
FASHIONABLE. On trouve ce terme en particulier dans des textes entre 1820 et 1863 pour désigner une personne à la mode en général et aussi pour ceux qui s’inspirent de la mode anglaise.
FRELUQUET. Jeune homme souvent d’apparence frêle, à la mise soignée, léger et prétentieux. Le mot est déjà usité au XVIIe siècle. Il vient sans doute de freluque (mèche de cheveux) ou freluche (petite chose ou ornement de peu de valeur). « Il signifie Un homme léger, frivole & sans mérite. Ce n'est qu'un freluquet. Il est du style familier. » Dictionnaire de l'Académie française, 4ème Edition, 1762.
GALANT. « Qui a de la probité, civil, sociable, de bonne compagnie, de conversation agréable … Galant, signifie aussi un homme qui cherche à plaire aux femmes … On dit, qu'une femme est galante, pour dire, qu'elle est dans l'habitude d'avoir des commerces de galanterie … On a dit autrefois Galande au féminin, surtout en le prenant substantivement. … Galant,  signifie, Amant, amoureux. » Le Dictionnaire de l'Académie française, 5ème Edition, 1798. Galant homme : « Un Petit-maître, avec ses grimaces, est aussi loin du caractère d'un galant homme, qu'un faux dévot, avec son air sanctifié, est éloigné du caractère d'un homme véritablement religieux … » Féraud, Jean-François, Dictionnaire critique de la langue française, de 1787-1788.
GANDIN. Nom venant peut-être d’une allusion aux gants ou au boulevard Gand (avant 1815 boulevard des Italiens) où certains élégants se promènent. Une gandinerie est une action à la manière de gandin : gandiner. « Le gamin a une chaîne de montre, des habits très chers, un chapeau de soie de 22 francs. Et tout le petit homme est dans cette toilette. Rien de l'enfant, ni l'abandon ni la gaîté ni les pensées de jeu ; mais déjà des idées de relations, le flair des convenances sociales, l'arrangement de la vie dans tel monde réputé pour bon, l'appétit de tel cercle, d'une voiture ainsi attelée. Le gandin en herbe : voilà l'enfant moderne. Une génération s'élève à l'heure qu'il est, qui ne sera que cela : une génération de gandins. » Goncourt, Journal, 1861.
GANT JAUNE. Homme distingué et raffiné du XIXe siècle.
GOMMEUX. Jeune élégant du XIXe siècle s’habillant semble-t-il avec des vêtements serrés, des bottines aux bouts pointus et relevés, marchant avec affectation les bras ballants tenus loin du corps. « … l'on prétend que c'est l'appellation de mépris que les femmes donnent, dans les cabarets de barrière, à ceux qui mettent de la gomme dans leur absinthe, à ceux qui ne sont pas de vrais hommes... » Goncourt, Journal, 1875. Une autre origine du mot viendrait que ces élégants passeraient une grand part de leur temps à se gommer, se pommader, se parfumer. Encore une autre définition les désigne comme étant ceux qui portent des vêtements passés à la gomme (apprêtés, empesés).
Photographie : Détail de la gravure : Les Visites de Philibert Louis Debucourt (1755-1832) représentant un Incroyable du début du XIXe siècle dont la position pourrait être celle d’un gommeux telle qu’elle est décrite : « marchant avec affectation les bras ballants tenus loin du corps. »
undefinedINCONCEVABLE. Durant la Convention et le Directoire, on désigne comme Inconcevable une jeune femme s’habillant à l’Antique. « On eut les « merveilleuses », et au delà des merveilleuses, les « inconcevables » ; on jura par sa paole victimée et par sa paole vete … » Hugo, Victor, Quatre-vingt-treize, 1874.
Photographie : Cette gravure a déjà été présentée dans ce blog. Cependant son histoire est intéressante à conter et montre combien d’incroyables découvertes peuvent se faire. En lisant un texte sur les modes d’autrefois je vois indiqué le nom d’Inconcevable parmi d’autres. Je découvre ensuite cette gravure que je me procure pensant que l’Inconcevable de la légende (« C’EST INCONCEVABLE Tu n'es [écrit "n'est"] point reconnaissable ») est le jeune homme représenté, et qu’il s’agit d’une autre façon d’appeler les Muscadins ou les Incroyables. Mais en faisant une recherche pour cet article, je me suis rendu compte que le sujet de cette estampe est la jeune fille, et qu’on nomme ainsi une personne habillée à l’antique à la fin du XVIIIe siècle. Cette mode est en totale rupture avec celle qui la précède. Les robes à paniers, les corsets, les hautes coiffures sont abandonnées. Le changement est radical et vraiment inconcevable ! Après le premier Empire, les corsets reviennent de rigueur ainsi que les robes à paniers. Il faut attendre le début du XXe siècle et Chanel pour qu’une nouvelle révolution se fasse dans la mode féminine ... une révolution qu'on attend toujours dans la mode masculine ...
INIMAGINABLE. Sans doute une sorte d'Incroyable ; mais à vérifier.
JEUNE-FRANCE ou NOUVELLE FRANCE. Jeunes romantiques de l’époque d’Hernani de Victor Hugo. Ils portent des cheveux longs et des tenues caractéristiques. « La Bataille d’Hernani » est un moment important du mouvement Romantique en France. Elle se passe à la Comédie-Française, le 25 février 1830, pour la première de la pièce de Victor Hugo. Celle-ci remet en question les canons du théâtre classique et notamment les trois unités de temps, de lieu et d'action. Le spectacle est dans la salle davantage que sur la scène. Les Jeunes France du parterre, aux cheveux longs et aux manières passionnées, parmi lesquels se signalent Gérard de Nerval et Théophile Gautier, interpellent les anciens présents qui restent fidèles aux règles classiques.
undefinedLION. Dandy du XIXe ; terme qui au milieu de ce siècle est souvent employé à la place de Fashionable. « À l'incroyable, au merveilleux, à l'élégant (...) ont succédé le dandy, puis le lion » Balzac, A. Savarus, 1842. On appelle de même ‘Lion’ un homme en vue. « Il est au monde un être (on le nomme lion, Je ne sais trop pourquoi), dont la profession est de n'en point avoir (...) Il compte pour ancêtre les muguets, raffinés, mirliflors, petits-maîtres, muscadins, merveilleux, incroyables » Pommier, Colifichets, 1860. « Je menais une vie de lion, c'est ainsi qu'en ce temps-là, on appelait les élégants du boulevard ; aujourd'hui on les nomme : Gandins » Avenel, Calicots, 1866.
Photographie : Ponsard, François (1814-1867), Le Lion amoureux, Comédie en cinq actes, en vers, neuvième édition, Paris, Michel Levy, 1866. 114 pages, 15,2 x 23cm.
LIONNE. Femme à la mode au XIXe siècle, ayant un goût prononcé pour la toilette et les mœurs libres. « Elle veut monter à cheval, aller à toutes les chasses, à toutes les courses, parier, courir, fumer, devenir lionne enfin » Marie, A., Français peints par eux-mêmes, t. 5, La Belle-Mère, 1842. On appelle aussi ‘Lionne’ une femme ayant un succès mondain et étant un sujet de conversations à la mode.
MIRLIFLORE (ou MIRLIFLOR). « Terme familier, pour dire, un agréable, un merveilleux. » Le Dictionnaire de l'Académie Français, 5ème Edition, 1798.
Photographie : Détail d’une gravure du début du XIXe siècle peinte au pochoir, peut-être une image d’Epinal, avec différentes caricatures de personnages (CARICATURE. 4me tableau) dont une intitulée M. Mirliflor et représentant un de ces jeunes hommes à la mode. Il a un immense chapeau, une cravate qui monte haut et ce qui ressemble à un imposant jabot.
MUGUET. « Qui affecte d'être propre, paré, mignon auprès des Dames. Mugueter se dit proprement d'un homme qui fait le galant, le muguet auprès des Dames. » Le Dictionnaire de l'Académie Français, 1ère Edition, 1694. L’origine du mot vient sans doute du parfum que portent ces élégants. Le muguet est une plante associée à l’amour.
PETIT CREVE. Jeune homme élégant. « LUCIEN. C’est vrai ! Tu es joliment bien mis tu as l’air d’un…. ISODORE, pirouettant. J’ai l’air d’un petit crevé ! Dites le mot ! C’est assez chic ! Hein ? » Pompigny, Le Mystère ou Les deux frères rivaux, mélodrame … Représenté, pour la première fois, sur le théâtre de l’Ambigu-Comique, le 8 janvier 1811. On dit aussi Crevé.
POISSEUX ET POISSEUSE. Jeune élégant (XIXe).
POMMADIN. Désigne au XIXe siècle un ‘minet’, un jeune homme dont l’élégance exagérée rend grotesque. De même on appelle ainsi certains garçons coiffeurs. Il est possible que l’origine de ce mot soit ancienne. Au Moyen-âge on désigne par pomander, pomme de senteur, pommander, pomandre, pommes d'ambre, pomme à musc... une boîte que l’on porte sur soi dans laquelle on place des odeurs (musc, pâtes odoriférantes ou autres parfums secs). Elle est le plus souvent de forme ronde, avec un anneau de suspension fixé au dôme faîtier qui se dévisse et permet l'ouverture du corps divisé en compartiments. Les grands pomanders sont suspendus à la ceinture ou au cou. Les petits, de la taille d'un dé à coudre se portent de différentes façons. Ceux reliés à une bague par une chaîne se nichent dans le creux de la main. Certains sont fixés en breloques à un bracelet, à un collier, ou sur un carcan, ou servent de boutons de cape.
RAFFINE. Style à rapprocher peut-être du Petit-maître. Il semblerait que tous ces élégants fassent particulièrement attention à leurs tenues et leurs manières, soient libres voir libertins et accordent une importance toute particulière à l’honneur.

 

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Récapitulatif de l'exposition Modes anciennes

undefinedRetrouvez ci-dessous toute l'exposition (en deux articles) s'étant déroulée près du Palais Royal du 23 au 29 février 2008, avec les photographies des objets présents au vernissage et les descriptions. La plupart ont déjà été présentés dans ce blog. Il y a donc beaucoup de redites.

Tout ne se joue pas sur l’apparence qu’on se donne mais sur ce qu’on est vraiment.

L’esprit de Merveilleuses et d’Incroyables étaient présents à l’exposition. Gageons que bientôt il se matérialisera en de nouvelles beautés qui nous éblouirons et qui nous ferons nous étonner « C’est incroyables ! C’est inconcevable ! ». Le merveilleux est à porté de main. Zelia, la créatrice de robes de rêve, nous le montre : Elle nous a ouvert ses portes pour le vernissage ce qui était vraiment sympathique. Il y a eu un éclair de magie au Palais-Royal. Pas de cette lumière qui nous éblouit mais de celle qui nous éclaire tous les matins ; celle qui nous laisse un délicieux arrière-goût de vivre qu’on ne retrouvera jamais ailleurs que dans son cœur mais dont les apparences peuvent être le reflet.
undefinedMes remerciements à :

-         L’Inc(r)oyable le restaurant qui a accueilli l’exposition et Manu, Edouard et Medhi ;
-        
Zelia (créatrice de robes de rêve) qui nous a ouvert son cœur et sa boutique pour le vernissage et montré que la magie fait toujours tourner le monde ;
-        
Mme et M. Schmitt les directeurs de l’IESA et Anisa ;
-        
La baronne Feral qui a préparé le buffet et aidé ;
-        
Milada et Jo qui ont aussi aidé ;
-        
Gabrielle Geppert qui a une boutique vintage au Palais-Royal et qui a indirectement donné l’idée ;
-        
Le café L’Ecrin qui a cru en ce projet ;
-        
Les commerçants qui ont accepté de poser l’affiche dans leur vitrine ;

-        
Et bien sûr, tous ceux qui sont venus.

Collectionneurs, comédiens, conservateurs, étudiants, marchands, passionnés, professeurs, professionnels de la mode, stylistes etc. nous ont fait l’honneur de leur présence.

JE SUIS MAINTENANT A LA RECHERCHE DE SPONSORS POUR CREER LES INCROYABLES GOUTERS OU NOUS POURRONS TOUS NOUS REVOIR OU NOUS RENCONTRER.

undefinedEXPOSITION MODES ANCIENNES FRANCAISES

Vous êtes ici dans le PASSAGE POTIER du 26 RUE DE RICHELIEU. Avant que n’y soit creusé ce passage au XIXe siècle, Antoine Beauvilliers, cuisinier du prince de Condé et officier de bouche du comte de Provence, y aurait ouvert vers 1782 la Grande Taverne de Londres : un restaurant réputé dans un cadre raffiné.  Si le premier restaurant, dans l'acception moderne du terme, est créé à Paris vers 1765 par Boulanger, c’est ici que selon certains historiens aurait été établi le premier véritable grand restaurant de Paris. On propose aux clients de pouvoir y manger comme à Versailles. Le service des vins est fait en bouteille, comme à Londres, à la mode à cette époque.
Certains prétendent que c’est à cet endroit (au 26 rue de Richelieu) que Rose Bertin (la marchande de modes de Marie-Antoinette ) ouvre une boutique ; d’autres disent qu’elle y habite ; d’autres que c’est la camériste (femme de chambre) de la Reine qui y loge. Il y aurait même dans la cave un faux puits, comblé par la suite, et qui serait un passage secret allant jusqu’au Palais-Royal.
Les assertions des historiens et les ouï-dire des habitants peuvent offrir des directions de recherches mais en aucun cas ne doivent être données comme des vérités. C’est pour cela que dans cette petite exposition nous vous présentons uniquement des documents d’époque.
undefinedUN MUSCADIN.
Merveilleuses, Muscadins, Incroyables, Inimaginables, Inconcevables, Petites-maîtresses, Petits-maîtres ... sont tous des jeunes gens à la mode. Leurs styles sont avant tout ceux de la jeunesse. A la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, les apparences des Incroyables, Muscadins, Inconcevables se confondent chez les adolescents. Cette gravure originale datée de l’an IX (pour 1800) et provenant du Journal des Dames et des Modes de Pierre de La Mésangère prouve cela. L’habit du modèle peut tout aussi bien être de l’un des trois. Mais l’estampe le présente seulement comme le Costume d’un Jeune Homme. Son port est particulièrement gracieux et son geste de la main est une manière de langage propre aux Incroyables et Merveilleuses qui avaient leur propre langage (gestuel, vestimentaire …) leurs expressions, accents, mots … Quant au terme de Muscadin il désigne d’après la première édition (1694) du Dictionnaire de l'Académie Français : une « Petite pastille de bouche composée de musc & d'ambre. » Par extension, on appelle alors ‘Muscadins’ certains élégants sentant le Musc et à l’apparence soignée. C'est aussi ainsi qu'on appelle sous la Révolution les royalistes qui se distinguent par leur élégance recherchée. En ce sens, ce mot est utilisé à cette époque au féminin et de façon péjorative : "muscadine". Louis-Sébastien (1740-1814) insiste sur cet aspect dans sa définition des Muscadins donnée au tome III de Le Nouveau Paris, Gênes, Impr. de la ″Gazette nationale″, An III, 1794 : «  Muscadins. Espèce d’hommes occupés d’une parure élégante ou ridicule, qu’un coup de tambour métamorphose en femmes. « Le fils du Czar Pierre I s’est brûlé les doigts, dit un de nos écrivains, pour n’être point forcé au travail que son père exigeait de lui ». Nous avons vu un Muscadin se résoudre à se faire couper l’index, pour éviter de porter les armes contre l’ennemi. Il aurait dû le conserver pour manier l’aiguille ou la quenouille. Ils formèrent l’opposé des sales Jacobins. On aurait cru qu’une jeunesse ardente allait embrasser les principes républicains ; mais cette jeunesse était riche, efféminée, et voulut se distinguer partout de ceux qu’elle appelait les habits bleus. Les muscadins furent moqués, rossés, battus, quand ils voulurent, avec leurs oreilles de chiens et leurs cadenettes, narguer les républicains. S’ils étaient les plus forts, c’était bien rarement, et quand ils se trouvaient quatre contre un. Ils font les royalistes à bas bruit ; mais les émigrés les méprisent encore plus qu’ils détestent les patriotes. » La coiffure en « oreilles de chien » consiste à faire tomber les cheveux sur les côtés, même à les tresser. La cadenette est une natte parfois retenue dans la nuque par un peigne.
LES PASSAGES COUVERTS. Estampe du XVIIIe siècle, provenant sans doute d’un livre, d’après H. Gravelot (1699-1773), gravée par Noël Le Mire (1724-1801) : « Ce visage vaut mieux que toutes vos chansons ». La scène se passe dans un passage couvert avec boutiques de modes telles qu’il y en avait dans le quartier.
undefinedundefinedLA MARCHANDE DE MODES. Gravure du XVIIIe siècle provenant du Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de l'Encyclopédie Diderot et d'Alembert, de la partie consacrée aux 'Arts de l’habillement’. Le titre est Marchande de Modes, avec une très belle gravure montrant une boutique de marchandes de modes et en dessous un patron.
GRAVURE DE MODE
de la fin du XVIIIème siècle représentant la planche n°1 de la 13ème suite de 12 différentes coiffures (chapeaux, bonnets, charlottes) à la mode en 1785. Estampe de l’époque gravée par Dupin d'après Desrais et publiée « Chez Esnaults et Rapilly à la ville de Coutances, A Paris, Avec Privilège du Roi ». La date indiquée de 1785 est très proche de celle de l’édition (fin du XVIIIe siècle) comme le montrent divers éléments tels : les dates des auteurs Desrais et Dupin, la période où la maison d’édition indiquée sévit, le type de papier utilisé et son filigrane, le Privilège du Roi antérieur à 1794 ... Nicolas Dupin est un graveur actif à la fin du XVIIIe siècle et Claude-Louis Desrais (1746-1816) est un peintre à l’origine de nombreuses gravures de mode comme : Mode du jour, Le Serail en Boutique, Promenade du Boulevard des Italiens… de même que de diverses estampes répertoriant les modes de l’époque comme celles de la revue : Cahiers de Costume Français. Esnaults et Rapilly sont des vendeurs/éditeurs de la fin du XVIIIe siècle qui ont publié de nombreuses gravures récapitulant les modes de leur siècle, dont plusieurs sont d’après Desrais et gravées par Dupin. Texte de la gravure [orthographe remanié]: « 13 e Suite de Coiffures à la mode, en 1786. N°1 – Bonnet à la Chérubin, vu sur le côté – Bonnet à la Chérubin, vu par devant – Chapeau à la Saint Domingue – Le même chapeau vu sur le côté – Chapeau à la Minerve Bretonne – Coiffure de Mme Dugason dans le rôle de Babet, à la Comédie Italienne – Coiffure de Mlle S. Huberti de l’Académie Royale de Musique – Coiffure de Mlle Maillard dans le rôle d’Ariane, opéra – Nouveau Chapeau à la Figaro – Nouveau Chapeau à la Charlottembourg – Coiffure à la nouvelle Charlotte – Coiffure de la Beauté de St James – Desrais del. Dupin sculp. – A Paris chez Esnauts et Rapilly, rue S. Jacques, à la Ville de Coutances. Avec Privilège du Roi. » Les gravures sont un moyen parmi d’autres de divulguer la Mode au XVIIIe siècle. Elles offrent des exemples de coiffures ou d’habits à la mode du jour ou des années précédentes. Elles sont envoyées en province et dans le monde entier pour servir de référence aux marchandes de modes, coiffeurs et dames. Elles sont vendues sous la forme de suites (parfois reliées entre elles) ou au détail. Elles sont un témoignage capital de la divulgation des modes au XVIIIe siècle. Fréquentes à l’époque, ces estampes sont très rares aujourd’hui. Certaines recensent des modes vieilles de plusieurs siècles et prouvent qu’il y a alors une véritable culture de la Mode et de son histoire qui n’est pas si éloignée de la notre avec ses nouveautés portées par les fabricants (dont certains sont de véritables ateliers de haute-couture) et autres artisans-coiffeurs … ayant eux aussi leurs figures de proue.
undefinedLES ELEGANTS.
Dans le chapitre CLVI de son livre Les Entretiens du Palais-Royal de Paris (Paris, Buisson, 1787), Louis-Sébastien Mercier (1740-1814), tente de définir ce qu’on entend alors par les élégants à la fin du XVIIIe siècle. En voici quelques passages : « Il n y a plus d'hommes à bonnes fortune, c'est-à-dire de ces hommes qui se faisaient une gloire d'alarmer un père, un mari, de porter le trouble dans une famille, de se faire bannir d'une maison avec grand bruit, d'être toujours mêlés dans les nouvelles des femmes : ce ridicule est
passé, nous n'avons plus même de petits-maîtres ; mais nous avons l'élégant. L'élégant n'exhale point l'ambre, son corps ne paraît pas dans un instant sous je ne sais combien d'attitudes ; son esprit ne s'évapore point dans des compliments à perte d'haleine ; sa fatuité est calme, tranquille, étudiée ; il sourit au lieu de répondre ; il ne se contemple point dans un miroir ; il a les yeux incessamment fixés sur lui-même, comme pour faire admirer les proportions de sa taille et la précision de son habillement. Il ne fait des visites que d'un quart d'heure. Il ne se dit plus l'ami des ducs, l'amant des duchesses, l'homme des soupers. Il parle de la retraite où il vit, de la chimie qu'il étudie, de l'ennui où il est du grand monde. Il laisse parler les autres ; la dérision imperceptible réside sur ses lèvres ; il a l'air de rêver, et il vous écoute : il ne sort pas brusquement, il s'évade ; il vous quitte, et vous écrit un quart d'heure après, pour jouer l'homme distrait… »
« 
JEUNE ELEGANT SE PROMENANT AUX PALAIS ROYAL POUR FIXER LES CAPRICES DE SA SOIREE ». Estampe gravée par Guyot (sans doute Laurent Guyot, 1756 - après 1806) d’après Walleau. Cette image représente un promeneur élégant du Palais Royal. Sa badine, sa cambrure, ses lunettes, son habit vert, les gros boutons … marquent une élégance de la fin du XVIIIe siècle ou du début XIXe.
« 
L'ELEGANT AU RENDEZ-VOUS DU PALAIS ROYAL. » Gravure du XVIIIe siècle, rehaussée à l’aquarelle. La tenue de cet élégant du Palais-Royal est presque entièrement mouchetée, dans un goût « léopard » à la mode à cette époque.
ELEGANTE EN PROMENADE.
Gravure du XVIIIe siècle rehaussée à l’aquarelle à l’époque présentant une Toilette Florentine avec l’Elégant Chapeau des Champs Elisée. Cette élégante est en promenade avec son petit chien et son chapeau rehaussé de plumes, de fleurs, de rubans et semble-t-il de gazes.undefined
undefinedLA MODE. Le thème de cette exposition est la Mode. Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française de 1694 on donne une définition du mot ‘mode’ très proche de l’actuelle, voir identique : « MODE. s. f. La manière qui est, ou qui a été autrefois en vogue, sur de certaines choses qui dépendent de l'institution & du caprice des hommes. Nouvelle mode. Vieille mode. Mauvaise mode. Mode ridicule, extravagante. Cela était autrefois à la mode. La mode en est passée. La mode n'en est plus. Inventer des modes. Suivre la mode. Se mettre à la mode. Etre à la mode du pays où l'on est. Un habit à la mode. Une étoffe à la mode &c. On revient aux vieilles modes. C'est un mot qui est fort à la mode. Etre esclave de la mode. Les caprices, les bizarreries de la mode. On dit, qu'Un homme,une femme est fort à la mode, pour dire, qu'un homme, qu'une femme est fort au gré de la plupart du monde. On dit proverbialement que Les fous inventent les modes, & que les sages les suivent. On dit aussi proverbialement Chacun vit à sa mode, pour dire, que chacun en use comme il lui plaît dans ce qui le regarde. Il faut le laisser vivre à sa mode, le laisser faire à sa mode... »
undefinedHISTOIRES DE LA MODE. Dans cette définition du XVIIe siècle, on distingue très nettement les modes anciennes et nouvelles. Plusieurs ouvrages répertorient celles passées. C’est en particulier le cas au XVIIIe siècle comme le prouve ce livre parmi d’autres de Guillaume-François-Roger Molé, Histoire des Modes Françaises, ou Révolutions du costume en France, Depuis l’établissement de la Monarchie jusqu’à nos jours. Contenant tout ce qui concerne la tête des Français, avec des recherches sur l’usage des Chevelures artificielles chez les Anciens, Amsterdam et Paris, chez Costard, Libraire, rue Saint-Jean-de-Beauvais, 1773, in-12, 1ère édition.
LE PALAIS ROYAL ET LA MODE. Le sujet des modes anciennes françaises est vaste. Elles n’ont cessé de changer durant les siècles pas seulement de générations en générations mais aussi, comme au XVIIIe siècle, de semaines en semaines, aux rythmes des parutions de modes dont le siècle des Lumières est friand et des promenades parisiennes. Une des promenades à la mode est celle du Palais-Royal qui se trouve juste à côté de ce lieu d’exposition. On y trouve là les exemples de la mode du moment et du bon ton : « … ce Palais-Royal, qu’il faut au moins visiter une fois le jour, si l’on ne veut heurter ni la mode, ni le bon ton. » comme l’écrit Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) dans Les Entretiens du Palais-Royal de Paris, 1787. Le tome II du livre Tableau de Paris (nouvelle édition, Amsterdam, 1783) a tout un chapitre consacré au ‘Palais-Royal’ dont voici un passage : « […] Là sont les filles, les courtisanes, les duchesses & les honnêtes femmes, & personne ne s’y trompe […] Là, on se regarde avec une intrépidité qui n'est en usage dans le monde entier qu'à Paris, et à Paris même que dans le Palais-Royal : on parle haut, on se coudoie, on s'appelle, on nomme les femmes qui passent, leurs maris, leurs amants ; on les caractérise d'un mot ; on se rit presqu'au nez, et tout cela se fait sans offenser, sans vouloir humilier personne. On roule dans le tourbillon, on se prodigue les regards avec un abandon qui laisse toujours aux femmes le dernier : un peintre aurait tout le temps de saisir une figure, et de l'exprimer à l'aide du crayon. Je ne me pique pas d'être physionomiste ; j’ai fait mon tour d'allée plusieurs fois ; je n’ai songé alors qu’à voir les beautés qui y circulaient : mon esprit d’observation s’est trouvé en défaut […] »
LES GENS A LA MODE.
« Sur les gens à la mode. De tous les peuples, le Français est celui dont le caractère a dans tous les temps éprouvé le moins d’altération […] Cette nation a toujours été vive, gaie, généreuse, brave, sincère, présomptueuse, inconstante, avantageuse et inconsidérée. Ses vertus partent du cœur, ses vices ne tiennent qu’à l’esprit, et ses bonnes qualités corrigeant ou balançant les mauvaises, toutes concourent peut-être également à rendre le Français de tous les hommes le plus sociable. C’est-là son caractère propre, et c’en est un très-estimable ; mais je crains que depuis quelque temps on n’en ait abusé ; on ne s’est pas contenté d’être sociable, on a voulu être aimable, et je crois qu’on a pris l’abus pour la perfection. Ceci a besoin de preuves, c’est-à-dire d’explication. Les qualités propres à la société, sont la politesse sans fausseté, la franchise sans rudesse, la prévenance sans bassesse, la complaisance sans flatterie, les égards sans contrainte, et surtout le cœur porté à la bienfaisance ; ainsi l’homme sociable est le citoyen par excellence… Le bon ton dans ceux qui ont le plus d'esprit consiste à dire agréablement des riens, à ne se pas permettre le moindre propos sensé, si l'on ne le fait excuser par les grâces du discours, à voiler enfin la raison quand on est obligé de la produire, avec autant de soin que la pudeur en exigeait autrefois, quand il s' agissait d'exprimer quelque idée libre […] Soyons donc ce que nous sommes, n'ajoutons rien à notre caractère ; tâchons seulement d'en retrancher ce qui peut être incommode pour les autres, et dangereux pour nous-mêmes. Ayons le courage de nous soustraire à la servitude de la mode, sans passer les bornes de la raison. » Duclos, Charles (1704-1772), Considérations sur les moeurs de ce siècle, 1751.
undefinedDES PETITS MAITRES.
Comme c’est souvent le cas concernant les élégants maniérés, les témoignages qui nous restent sont surtout des caricatures ou des critiques (voir les Précieuses ridicules de Molière ou les gravures caricaturant les Merveilleuses et les Incroyables à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe). Voici une de ces critiques sous la forme du chapitre IV (pp. 29-38) intitulé ‘Des Petits-Maîtres’ du livre de François-Antoine Chevrier (1721-1762) : Les Ridicules du siècle (Londres, 1752). Passages (l'orthographe a parfois été modifié mais pas la ponctuation) : " Un jeune homme avait jadis la réputation de Petit-maître, lorsque mis magnifiquement il savait se présenter avec aisance, ses discours, sans êtres solides, n’étaient qu’extraordinaires, & ses sentiments partagés entre le goût du public & la façon de penser, avaient un air de vérité sous le voile de la fausseté la mieux marquée ; d’ailleurs plus indiscret qu’indécent dans le propos, livré par goût & par usage à ce ton équivoque, qui annonce moins l’esprit que le désir d’en afficher, sa conversation était une rapsodie de jeux de mots usés, & de réflexions plus libres qu’ingénieuses ; tel était le Petit-maître du vieux temps […]. Le Petit-maître du siècle est un homme qui joint à une figure avantageuse, un goût varié pour les ajustements ; amateur de la parure, il doit marier agréablement l’agrément avec la magnificence ; esclave de la mode & des préjugés du jour, il n’est point asservi à ces mots usés, follement consacrés parmi nous, sous les noms de raison & de vertu ; copie exacte de la femme du grand monde, s’il diffère d’elle, ce n’est que par un supplément d’extravagances & de ridicules ; jaloux de plaire sans être amoureux, il cherche moins à être heureux que la gloire de le paraître ; constant dans ses écarts, léger dans ses goûts, ridicule par raison, frivole par usage, indolent à flatter, ardent à tout anéantir, ennemi du public qu’il voudrait cependant captiver rien à ses yeux n’est supportable que lui-même ; encore craint-il quelquefois de se voir sensé, dans l’appréhension de se trouver moins aimable. […] Il ne faut pas se persuader qu’avec toutes les qualités que je viens de détailler dans ce chapitre instructif, on soit en droit de s’annoncer comme Petits-Maîtres ; il y a encore deux attributs indispensables à désirer, la naissance & la jeunesse. […] Les Grâces, Petites-Maîtresses, ne sont pas de ces douairières pesantes, qui forcées de marcher avec symétrie, ne parlent que le compas à la main ; la vivacité, tranchons le mot, l’étourderie est leur apanage : aussi volubile dans le jargon, qu’inconsidéré dans le propos, un Petit-maître ne doit jamais réfléchir, & il faut qu’il déraisonne constamment plutôt qu’il s’expose à ennuyer une minute […]. Un Petit-maître qui dans les commencements de ses prospérités a vu deux ou trois femmes de réputation, de ces femmes nées pour donner de l’éclat à un personnage même ordinaire ; cet homme devient dès-lors possesseur de toutes les beautés […]. "
UNE PETITE-MAITRESSE.
La mode française offre des surprises de taille. Voir passer rapidement devant ses yeux lors d'une vente une gravure peinte d'un Petit-maître représenté avec une grâce particulière laisse l'impression magique d’un monde à redécouvrir, pourtant proche de nous puisque faisant partie de notre patrimoine et si loin de ce que nous sommes aujourd’hui. La gravure de la Petite-maîtresse présentée ici est beaucoup plus anodine. Cette estampe est de la fin du XVIIIe siècle et est intitulée « Petite Maitresse en Robe à la Polonaise de toile peinte garnie de mousseline, lisant une lettre. » Mais qu’entendons-nous par petites-maîtresses et petits-maîtres ? Voici une définition de 1787-1788 du Dictionnaire critique de la langue française de Jean-François Féraud : Petit-maître - " Jeune homme, qui se distingue par un air avantageux, par des manières libres et étourdies.  L'origine de ce mot est le temps de la Fronde. "On avait appelé la cabale du Duc de Beaufort, celle des Importants, on appelait celle du Prince de Condé, le parti des Petits-maîtres, parce qu'ils voulaient être les maîtres de l'État. Il n'est resté de tous ces troubles d'autres traces que ce nom de Petit-maître, qu'on applique aujourd'hui à la jeunesse avantageuse et mal élevée. Siècle de Louis XIV. Un Petit-maître, avec ses grimaces, est aussi loin du caractère d'un galant homme, qu'un faux dévot, avec son air sanctifié, est éloigné du caractère d'un homme véritablement religieux… Petite-maîtresse, femme, qui affecte les manières d'un Petit-maître.  Celui-ci est plus nouveau, parce que le ridicule qu'il représente est devenu depuis quelques années plus outré et plus commun. "
LES INCONCEVABLES.
Cette gravure de la fin du XVIIIe – début XIXe explique d’où viennent les noms que l’on donne à certaines personnes à la mode au XVIIIe siècle comme les Merveilleuses, Incroyables, Inimaginables, Inconcevables etc. Il s’agit d’expressions de l’étonnement qui se sont métamorphosées en noms communs. La légende de la gravure est la suivante : « C’EST INCONCEVABLE Tu n'es [écrit "n'est"] point reconnaissable ». C’est une personne qui s’exclame cela en constatant combien a changé une jeune fille de ses connaissances. Elle est accompagnée
d'un Muscadin/Incroyable et habillée à l'Antique. A la fin du XVIIIe siècle, on appelle parfois Inconcevables les jeunes filles qui imitent la mode de l'Antiquité. Cela change radicalement de la mode féminine d'alors d'où l'expression 'C'est inconcevable' et l'appellation d'Inconcevable qui marque l'étonnement d'une manière encore plus péremptoire que Merveilleuse. Cette gravure semble être de J. P. Levilly actif à partir de 1792. Cette estampe montre aussi que cette jeunesse là n’est pas coupée du populaire, n’est pas obligatoirement « dorée » comme on le dit souvent, mais qu’elle possède sans conteste une richesse qui lui est propre : celle que seul son âge peut offrir.
Des questions récurrentes sont posées sur les Merveilleuses, Incroyables et Muscadins. Une d’entre elle est de demander quelles sont les différences entre les trois. Tous sont des jeunes gens aux manières précieuses, habillés avec soin et originalité, usant d’un langage et d’un style recherchés parfois affectés. On les retrouve dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et au tout début du XIXe. Leurs habits et leurs tournures ne sont donc pas toujours les mêmes. Ce qui les définit comme étant l’un ou l’autre, c’est avant tout le regard que les autres portent sur eux. Un Sans-culotte les traitera de ‘Muscadins’, terme souvent usité de façon péjorative pour accentuer leur côté « cocotte » (se parfumant exagérément au musc). ‘Petit-maître’ est plus employé de façon affectueuse, et le nom d’’Incroyable’ marque l’étonnement, voir l’enchantement. Une autre question posée régulièrement regarde les convictions politiques de ceux-ci pendant la période révolutionnaire. Cette jeunesse là rechigne à s’engager dans les armées de l’époque et à suivre les couleurs imposées. Elle a les siennes propres, comme le noir ou le vert, et leurs collets portant ces teintes sont l’objet de rixes avec les sans-culottes qui veulent les leur arracher. Avec la fin des Sans-culottes, l’ordre est représenté par les Muscadins. Leurs habits deviennent même ceux des militaires. Sous l’Empire, Napoléon lui-même porte des habits d’Incroyable, ainsi que certains de ses officiers et de son armée comme les immenses chapeaux « bicornes », les cravates hautes, les manteaux caractéristiques … La mode masculine des couvre-chefs gigantesques et très originaux du Premier Empire n’a aucun équivalent dans l’histoire de la mode des hommes ; même les hauts-de-forme du XIXe siècle font très pâle figure en comparaison. En résumé, avant 1789, les Incroyables et autres Muscadins n’affichent pas de couleurs politiques précises mais simplement leur différence. A la Révolution, acculés dans un monde violent et politisé ils cherchent soit à s’y soustraire, soit prennent une cause. Le fait est que beaucoup perdent des gens de leur famille dans cette tuerie. Leur collet noir est en signe de deuil et il leur est impossible de prendre partie pour ceux qui sont à l’origine de ces meurtres ou qui les soutiennent. Mais cela ne les empêche pas de savourer pleinement leur jeunesse et de s’amuser. A la fin de la Révolution, on organise des ‘Bals des victimes’ ouverts à ceux ayant perdu au moins un de leurs proches à la guillotine. Comme toujours en France, la Joie reprend le dessus avec des fêtes organisées jusque dans l’ancienne résidence parisienne de la marquise de Pompadour (l’actuel Palais de l’Elysée), achetée par la duchesse de Bourbon qui en 1797 loue le rez-de-chaussée à un négociant, qui pour à peu près une année (jusqu’à l’exil de la duchesse) le consacre à la danse et aux jeux. C’est à cette époque semble-t-il que l'hôtel prend le nom d'"Elysée" du lieu de promenade voisin.

undefinedLA MODE AU XVIIE SIECLE
GRAVURE DE MODE D'ABRAHAM BOSSE (1604 -1676). COURTISAN A SA TOILETTE. Les français du XVIIe siècle aiment s’habiller très élégamment, avec de nombreuses fioritures (dentelles, rubans …). Louis XIII publie plusieurs édits tentant d’imposer plus de sobriété dans les vêtements ; comme celui de 1633 qui défend aux sujets "de porter sur leur chemise, coulets, manchettes, coiffe et sur autre linge aucune découpure et broderie de fil d'or et d'argent, passements, dentelles, points coupés, manufacturés, tant de dedans que dehors le royaume". Abraham Bosse a illustré ce thème par une suite de trois estampes montrant combien ces édits sont impopulaires, et dont deux d’entres elles présentent une femme et un homme à leur toilette. Ici c’est "Le courtisan suivant l'Edit de l’année 1633" qui abandonne ses anciens vêtements, il constate en se regardant dans la glace : « Que ce m’est une chose étrange de remarquer combien me change cet habillement réformé ! Que j’ai de mal à m’en défendre, et qu’il me fâche de le prendre pour ne l’avoir accoutumé ! Je violente ma nature, me voyant en cette posture, et demeure tout interdit. Mais à quoi me sert cette plainte, si par raison ou par contrainte il faut obéir à l’édit ! Il est juste qu’on s’accommode au temps, au pays, à la mode, suivant le saint décret des lois, sans chercher de preuve plus ample que celle qui luit dans l’exemple de Louis le plus grand des Rois. » L’intérêt de cette estampe originale du XVIIe siècle se situe aussi dans la représentation d’un homme à sa toilette. De plus Abraham Bosse est à l’origine de nombreuses gravures ‘de mode’ de cette époque.
DAME A SA TOILETTE DU XVIIE SIECLE.
"La Dame suivant l'Edit" « Quoique j’ai assez de beauté pour assurer sans vanité qu’il n’est point de femme plus belle ; il semble pourtant à mes yeux qu’avec l’or et la dentelle je m’ajuste encore bien mieux. J’aime à porter tous les jours, ou le satin, ou le velours ; et ne connais point l’estime ; car je sais véritablement que l’on a toujours meilleure mine, quand on s’habille richement. Il me faut tourner néanmoins mon esprit à de nouveaux soins, en quittant la galanterie ; et désormais ne porter ni ‘poinct’ coupé ni broderie, ni tels ouvrages superflus. ». On remarque l’agencement de la table de toilette ; avec la toilette elle-même en dentelle sur laquelle sont posés un miroir et un sachet de senteur sur lequel la Dame pose sa main gauche. Cette estampe est d'Abraham Bosse (1604 -1676) et d’époque.
undefinedLA MODE DANS LE MERCURE GALANT. Mercure galant, Octobre 1678, Lyon, Thomas Amaulry. Les deux estampes de mode présentent dans cet ouvrage font partie des premières véritables gravures de mode dans une revue française. La mode du temps est décrite des pages 237 à 253, avec deux gravures : l’une avec un cavalier et une autre avec une dame, tous deux dans un « Habit d’Hiver » avec l’inscription de l’année en toutes lettres. Elles illustrent le texte qui comme d’habitude dans ce périodique est sous la forme d’une lettre adressée à une dame. On y parle de la mode qui sera dans le prochain hiver 1678. On en profite pour faire un peu de publicité pour des fabricants et marchands comme « Monsieur Gaultier de la Couronne Rue des Bourdonnois » ou « le Sieur Charlier » qui a « son Magasin à Paris Rue de la Coutellerie, au Cerceau d’or ». On décrit ensuite les gravures. Il s’agit là d’un document de premier ordre dans l’histoire des gravures et revues de modes. De plus, le Mercure galant (dont la première parution date de 1672) est le périodique des Modernes (Charles Perrault, Fontenelle …).
CAVALIER EN ECHARPE.
Il est galant déterminé. Jetant ses cheveux en arrière. Et prêt à fournir la Carrière dans un bal après le dîner. Chez I Bonnart, au Coq. Avec privilège du Roi. Gravure originale du XVIIe siècle.

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Récapitulatif de l’exposition Modes anciennes - suite -

undefinedLES ALMANACHS DE MODE. Au XVIIIe siècle, on voit fleurir une grande variété d’almanachs dont certains sont de formats particulièrement petits et dont beaucoup concernent la mode. Les coiffures fournissent les sujets les plus récurrents des gravures des ouvrages dédiés à la Mode.
undefinedSOUVENIR A LA HOLLANDAISE, enrichi de nouvelles coiffures les plus galantes, où se trouve celle de l’Insurgente, faisant suite à Almanach de Toilette, et au Bijou dédié aux Dames de bon goût, qui se vend séparément avec tablettes économiques, perte et gain, Paris, Desnos, 1783 (in-18 : 7 x 11 cm). Chaque coiffure est présentée par son nom et est suivie d’une chanson, puis sur une autre page d’un commentaire sur son appellation et d’une gravure très fine et coloriée la présentant sur une femme de buste, dans un médaillon au dessous duquel est indiqué le nom : Bonnet à la candeur, Bonnet dans le Costume Asiatique dit au mystère, Baigneuse d’un nouveau goût, Le Parterre galant, Toque lisse avec trois boucles détachées, Coiffure en crochets avec une échelle de boucles, Bonnet au Levant, Pouf d’un nouveau goût, Coiffure en rouleaux avec une boucle, Toque à l’Espagnolette, Chapeau tigré… Suivent des pages « pour écrire à chaque jour de la Semaine, ses Pensées, rendez-vous, Souvenirs, Etc. » et d’autres « pour écrire dans les intervalles de chaque jour du mois la Recette & Dépense de la Maison, la Perte & Gain, & à la fin se trouve une Table de Récapitulation pour chaque mois, & autres feuillets blancs pour écrire ses affaires particulières, & ce que l’on désirera, avec le Stylet adapté au Livret, qui en fait la fermeture. » Avec à la fin, le calendrier de l’année 1783. La reliure est dans son maroquin rouge d’origine, avec triple filet, dos orné, pièce de titre de maroquin vert et tranches dorées. Elle possède un emplacement en trois parties pour un stylet permettant de fermer le livre.
ALMANACH DE GOTHA. Délicieux petit almanach avec reliure en carton et parchemin et tranches dorées. Il contient des gravures et articles de mode. Almanac de Gotha contenant diverses connaissances curieuses et utiles pour l’année 1789, Gotha chez C. G. Ettinger. Page de titre suivie de quatre gravures de mode intitulées « Coiffures de Paris » (Coeffures de Paris) avec deux planches de modèles en bustes et deux planches de chapeaux : à la Theodore ; de velours noir ; à la Provençale ; avec aigrette esprit de plumes ; bonnette ; Pouf à la Tarare ; Coiffure simple ; Chapeau/bonnet à crénaux ; Bouffant et frisure en crochets ; Bonnet à grande gueule de Loup ... Cet almanach contient de nombreux articles dont plusieurs sur la mode : les pantoufles, les talons hauts, les perruques, la poudre à cheveux, le savon, l’art de tricoter, les gants ... Un autre propose de véritables publicités : « Monsieur Pain marchand – parfumeur à Paris a inventé pour la peau, une pâte liquide, ou une espèce de baume, qui la rend douce, & et n’est pas nuisible. » ; « Madame Tasse marchande de fard de la cour, demeurant à Paris rue Coquillère vend un fard rouge sans odeur, préparé avec [l’essence de Saquis ??] ; plante, dont les sultanes du sérail de Constantinople, usent de préférence. Un pot de ce fard coûte 12, 18, & même 30 livres ». L’Almanach de Gotha naît dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il contient des gravures et articles sur la mode jusqu’à la fin de ce siècle. Bien que publié en Allemagne, il est rédigé en Français avec des thèmes très parisiens jusqu’à la fin de sa publication en 1944. Le but de cet almanach est de lister les maisons régnantes, les branches cadettes … d’Europe.
undefinedLA TOILETTE. Le mot de « toilette » vient d’une petite toile, très fine, qui au Moyen-âge est employée pour envelopper les vêtements et les protéger des insectes et de la poussière. On y range aussi des objets divers, en particulier ceux dont une dame a besoin pour embellir son visage et ajuster sa coiffure. Les toilettes sont placées chaque soir dans des cassettes de nuit, puis déployées le matin. Au XVIIe, le sens du mot s’élargit pour définir l’ensemble des objets de la garniture. Cependant, on désigne toujours le même tissu par le nom de « toilette ». Ce serait au XVIIIe siècle que le terme désigne en plus le meuble sur lequel on place ce qui est nécessaire à se parer. On l’appelle aujourd’hui ‘table de toilette’ ou ‘coiffeuse’. Au XVIIIe siècle, les dames de qualité font deux toilettes : de propreté et d’apparat. L’une est intime. L’autre est mondaine car on y reçoit. La seconde toilette est un instant où on échange des billets doux, où on reçoit ses amants … ; on y accueille des marchands de rubans ou autres fournisseurs ... ; on se fait coiffer ...
DAME A SA TOILETTE. Gravure d'une femme à sa toilette. Livre du XVIIIe siècle. Sur la table divers éléments sont reconnaissables. Il y a la boîte à poudre avec la houppe, des boîtes (à mouches, à fard…), des petits pots couverts. Ces objets peuvent être en différentes matières précieuses comme l’or, l’argent, la porcelaine, la faïence, le verre, le cristal… Le miroir est toujours présent, parfois partiellement couvert d’un tissu. Derrière elle : le pot de chambre.
« L’HEUREUX MOMENT ». Cette estampe représente une dame à sa toilette accueillant son ami. Sa composition est particulièrement intéressante. La perspective n’est pas respectée ce qui donne un aspect très décoratif accentué par les volutes rococos du premier plan et le drapé. La table de toilette est mise en avant sur les personnages. Estampe du XVIIIe siècle d’A. Aveline (peut-être Pierre Alexandre Aveline - 1702-1760) d’après Nondon le Fils, éditée par Chereau au Coq (pour Paris chez Chereau rue St Jacques au Coq), avec Privilège du Roi (C. P. R.). J.-F. Chéreau (1732-1794) est un graveur et marchand d'estampes de Paris.
undefinedPOTS A FARD. Sur le tissu de toilette posé sur la table de nombreux objets sont disposés. Il y a le miroir évidemment, et puis d’autres ustensiles dont plusieurs pots. Ils sont généralement de formes cylindriques, plus ou moins grands, avec un couvercle muni d’une prise. Les pots à pommade contiennent des pommades de senteur (odoriférantes) pour les cheveux, le teint, le visage ou les lèvres... On fait usage de cires pour la barbe. Les pots à fard et les pots à onguent conservent leurs matières respectives. Ces deux pots couverts de toilette sont du XVIIIe siècle. Ils sont en porcelaine tendre de Saint-Cloud ou de Paris avec des décors de baldaquins typiques. La porcelaine du XVIIIe est particulièrement belle, délicate et raffinée.
EVENTAIL du XVIIIe siècle, papier et ivoire, avec une peinture représentant une dame assise devant sa table de toilette. On remarque à gauche une boîte à perruque ouverte posée sur une table. L’éventail est un objet d’élégance et d’expression. Sa manipulation est un langage. La façon de le tenir suit un phrasé dont les codes ne sont pas figés mais s’adaptent aux situations. Ce vocabulaire est subtil et surtout plaisant. Chaque parure, chaque mouvement, chaque trait de la parole, deviennent des messages : quelques regards équivoques, des gestes lascifs, un mouchoir qui tombe ... D’une manière générale le style est un verbe.
undefinedLE JARDIN DE TIVOLI est un des endroits où les gens à la mode comme les Merveilleuses et les Incroyables aiment à se retrouver. Il est l’œuvre d’un des fils du riche financier Boutin qui fait construire en 1766 ce parc sur 8 hectares vers l’actuel emplacement de la gare Saint-Lazare. Le nom lui est donné en référence aux jardins de Tivoli près de Rome ; mais on l’appelle aussi ‘ La Folie Boutin’. Il n’en reste rien aujourd’hui. Mais jusqu’au début du XIXe, on y trouve une multitude d’attractions. On y joue au jeu de bague, au tape-cul, on y boit, on y danse, on y croise des automates, on y applaudit des comédiens et des danseuses, on y assiste à des illuminations, on y fait des rencontres … Les deux gravures proposées ici proviennent de "Mode du Jour" et sont d'époque 1er Empire.
"LE JEU DU TAPE-CUL AU JARDIN DE TIVOLI".
"LES AMUSEMENTS DE LA BAGUE CHINOISE AU JARDIN DE TIVOLI".
undefinedUNE CANNE D'INCROYABLE. Partie centrale (fût) en racine torsadée piquée par des insectes.
LA REPONSE INCROYABLE. Les témoignages d’époque qui nous restent des Incroyables sont surtout des caricatures. Ici, c’est la façon dont ils utilisent des circonvolutions qui est raillée et les mœurs anciennes que symbolise ici l’Anglais habillé à la manière du XVIII e siècle avant que l’Antiquité devienne à la mode. L’absurde maniéré est une façon qu’utilisent ces Incroyables pour se démarquer et marquer leur univers en parfait décalage avec le commun. « LA REPONSE INCROYABLE 1. [l'Anglais (à droite)] Bon jour Mylord ! Je suis charmé de vous voir à Paris, comment vous portez-vous ? 2. [l'Incroyable] Je vous suis obligé de votre gracieuse demande, mais ne pouvant répondre de moi-même, je vais dépêcher un courrier à Londres ; et à son retour, je saurai la réponse que je dois vous faire. » Gravure sans doute de la fin du XVIIIe siècle. Depeuille officiait à cette époque.
undefined « CAFE DES INCROYABLES. Ma parole d’honneur ils le plaisante. 1797. » Gravure présentant un café où se réunissent des Incroyables en 1797. Le titre reprend une de leurs expressions récurrentes : « Ma parole d’honneur » ; et la suite est volontairement humoristique puisque le « ils le plaisante » est dans une orthographe sens dessus dessous faisant justement référence à leur façon de prononcer. Tous les Incroyables sont ici affublés d’une perruque blonde (ou d’une coupe ?) 'en oreilles de chien'. Certains portent des chapeaux qui sont de deux styles différents. Ils ont deux boucles d’oreilles rondes et assez grandes, une cravate qui couvre le menton, une culotte, des bas avec des motifs, des souliers pointus… Ils tiennent des cannes ; ont des lunettes, des faces-à-mains ou une lorgnette. Un garçon sert du café. Le décor est de style néo-classique et le dessinateur/graveur (qui a signé RLL) s’est représenté lui-même sur la droite dans l’ombre, avec son stylet. Les Incroyables s'amusent à se reluquer les uns les autres ou lorgner d’autres personnes extérieures à leur cercle. Leurs manières semblent élégantes et amusées. Leur façon de regarder d’une manière ostentatoire les autres est accentuée, presque caricaturée, par les postures et tous les objets qui leur servent à observer et avec lesquels ils jouent. Les Incroyables, sous le Directoire, sont des hommes qui affichent une recherche extraordinaire dans leur mise et leur langage. Ils prennent l’habitude de ne pas prononcer le "r". C'est ce qu'on appelle un 'garatisme' qui consiste en un grasseyement mis à la mode par le chanteur Garat. On prononce par la gorge certaines consonnes et en particulier les "r". Cette gravure est un document d’exception et rare sur les Incroyables, même si les Merveilleuses manquent au tableau.
L’EMBARRAS DES QUEUES. Ici Merveilleuses et Incroyables sont réunies dans cette estampe de Le Bon Genre du début du XIXe siècle intitulée « L’embarras des Queues. ». Elle représente deux Merveilleuses suivies de deux Incroyables s’étant pris, semble-t-il, leurs bâtons dans les traînes des élégantes. On remarque outre la panoplie caractéristique, les binocles-ciseaux à la taille de l’un des protagonistes qui sont des genres de faces-à-main (lunettes que l’on tient entre ses doigts) utilisées par les Merveilleuses et Incroyables. Le Bon Genre a été édité de 1800 à 1822, tout d’abord en 115 dessins humoristiques au format in-8° (d'à peu près 22 x 25 cm) commencés en avril 1800. En 1817 les 104 premières planches ont été rééditées.
undefinedLES MERVEILLEUSES ET L’ANTICOMANIE. Les Merveilleuses sont appelées de cette manière dès le milieu du dix-huitième siècle. Elles adoptent des modes excentriques, et après le 9-Thermidor (27 juillet 1794) et sous le Directoire (1795-1799) s'habillent de transparentes robes à l'antique, à la ceinture haute, avec de grands chapeaux à brides. Les vêtements ne sont plus amples pour les femmes ce qui leur donne des allures élancées. L'accoutrement est moins riche, beaucoup plus simple qu'auparavant. Le modèle de cette gravure du Journal des Dames et des Modes présenté ici a la tenue caractéristique antiquisante. Elle date de l’An 9 (1800) et le texte indique « Coiffure Antique ornée de Perles. Robe à taille longue ». La tunique est cintrée haut, comme c’est la mode à l’époque. Elle a des motifs en feuilles de chêne, alors que le châle lui a des fleurs et des feuilles d’acanthe.
CHAPEAUX DE MERVEILLEUSES. Gravure tirée d’une revue de modes de la fin du XVIIIe siècle ou du tout début du XIXe représentant des chapeaux de Merveilleuses rehaussés à l’aquarelle. Il s’agit là des couvre-chefs typiques des Merveilleuses de la fin du siècle qui ont de longues visières que certaines caricatures montrent disproportionnées.
undefinedLE DEBUT DES CHEVEUX COURTS
COIFFURE A LA VICTIME. Cette autre estampe du Journal des Dames et des Modes date de 1798 et est « dessinée d’après nature sur le Boulevard des Capucines. » La jeune fille a une « chevelure en porc-épic. Schall à Mouches. Rubans en Cothurnes. » Ce genre de coiffure aurait été institué en solidarité avec des condamnés à l’échafaud, cette coupe imitant celle de ces derniers ou dernières avant de passer à la guillotine. On lui donne alors le nom de « coiffure à la victime ». Les ‘bals des victimes’, ouverts à la fin de la Révolution à ceux ayant perdu au moins un de leurs proches à la guillotine, généralisent la mode des robes gréco-romaines et des cheveux ‘à la victime’ c'est-à-dire coupés au ras de la nuque à la manière de ceux exposés au couperet.
COIFFURE A LA TITUS. Les découvertes archéologiques du XVIIIe siècle mettent au goût du jour des coupes de cheveux courts appelées « coiffures à la Titus » du nom du fils de Brutus que l’acteur François-Joseph Talma (1763 - 1826) joue avec cette coupe qu’il garde en ville. Gravure du tout début du XIXe siècle intitulée : « Costume Français Habit à Grand Colet remontant. Cheveux à la Titus. »
  Nous n’avons fait ici qu’effleurer le sujet et présenter seulement une partie de notre collection qui est proposée à la vente. Les modes françaises du XVIIIe siècle et des siècles précédents nous offrent des trésors de finesse, de bon goût, de plaisir et d’inventivités à redécouvrir. En vous promenant maintenant sous les arcades du Palais-Royal vous retrouverez un écrin de finesse, d’exclusivité et d’ouverture unique. C’est là  qu’au XVIIe siècle la première Précieuse : la marquise de Rambouillet, tient salon ; que les modes qui se répandent dans tout l’Occident se font et que le « bon ton » est donné ; que parmi un imbroglio de gens de toutes sortes (des prostitués aux agioteurs [spéculateurs]) on trouve les plus belles dames de Paris et tout ce que l’élégance fait alors de mieux. Si au XVIIIe siècle Paris est le centre du monde, le centre de Paris est le Palais Royal !undefined

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L'Elégant au rendez-vous du Palais-Royal.

undefinedundefinedPhoto de gauche : Prise récemment dans les galeries du Palais Royal. La publication de photographies de monuments historiques est sujette à autorisations mais l'administratrice du Palais Royal a donné la sienne pour ce blog.

Photo  de droite : Gravure du XVIIIe siècle, rehaussée à l’aquarelle à l'époque, intitulée L'Elégant au rendez-vous du Palais Royal. La tenue de ce plaisant est presque entièrement mouchetée, dans un goût « léopard » à la mode à cette époque.

N’OUBLIEZ PAS DE VENIR A L’EXPOSITION QUI SE DEROULERA A PARTIR DU 23 AU 29 FEVRIER DE 15h A 18H DANS LA PETITE SALLE EN FACE DU RESTAURANT L’INC(R)OYABLE AU 26 RUE DE RICHELIEU.

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La Modernité

Lorsqu'on contemple des enluminures de manuscrits des XV ou XVe siècles représentant des scènes de la vie quotidienne, on est étonné par la diversité des accoutrements, des couleurs, des matières des tissus, des coupes qui réutilisées aujourd'hui témoigneraient d'une modernité certaine et seraient d’une grande nouveauté. La mode médiévale a subi d’importantes mutations au cours de ses mille ans, de même que la mode française en générale. Il suffit de comparer des vêtements utilisés d’un siècle à l’autre, ou d’une génération à une autre pour constater ces bouleversements. Mais plus passionnant encore est de découvrir à travers ces représentations, l’élégance, la finesse en mouvement, la créativité mise en œuvre et le jeu avec les éléments constitutifs de la mode et des belles manières. Les grands yeux noirs d’une petite maîtresse ou d’un petit maître au teint et cheveux blancs comme neige, aux joues et aux lèvres pourpres, aux habits exquis aux couleurs délicates mais éclatantes, parsemés de rubans, de dentelles, de tissus chatoyants et de nouvelles inventions, laissent présager de façons plus délicates que celles de danseuses ou danseurs classiques. Certains ressemblent à des poupées, n’existant que pour eux-mêmes, pour la seule énigme et vérité qu’est l’apparence, sans rien en moins, ni en plus, mais tout entièrement en elle et son rythme, en la beauté transcendante de la nature en son paroxysme. Les gravures qui m’inspirent ce texte je n’ai pas pu les avoir, et ne peux vous en montrer les photographies pour cause de droits. Mais j’espère plus tard vous dévoiler de ces petites maîtresses et petits-maîtres aux allures de poupées de chiffon, de fils d’or et d’argent … dont la vue de chacun vous ouvre le regard comme le ferait une toute nouvelle couleur jamais rencontrée par vos yeux et dont l’apparition a à voir avec de la féérie, celle qu’on donne en contes aux enfants et qui est l’âme même du monde.

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Le 26 rue de Richelieu où va se passer l’exposition et le Palais Royal.

L'exposition que nous allons présenter tous les jours du 23 au 30 février de 15h à 18h au passage Potier du 26 rue de Richelieu se situe certes dans une minuscule salle, mais dans un site chargé d'Histoire. undefinedTout d'abord c'est à côté du Palais Royal, lieu qui garde son mélange d'exclusif et  d’ouverture, un écrin de raffinement, une île de courtoisie et de paix longtemps le refuge de la Modernité et qui peut toujours l’être. Avant que Richelieu y construise son Palais, la Précieuse marquise de Rambouillet y a son hôtel et y fait salon. Au XVIIIe siècle, c’est la place de tous les plaisirs, des plus jolies filles, des dernières modes, des meilleures boutiques, des élégant(e)s… mais aussi un endroit de culture.  C’est à cette époque semble-t-il que la Bibliothèque du Roi s’installe rue de Richelieu. Son public s’élargit et les philosophes des Lumières y puisent une grande partie de leur inspiration.

LE 26 RUE DE RICHELIEU

Quand on travaille sur les antiquités, il est toujours nécessaire de se référer aux documents originaux et non pas aux informations de seconde-main qui donnent seulement des directions de recherches permettant d’aboutir aux sources d’époque. Voici cependant de nombreuses informations indirectes concernant le 26 Rue de Richelieu où va se dérouler l’exposition. Dans Wikipedia on peut lire : « En 1782, Antoine Beauvilliers, cuisinier du prince de Condé et officier de bouche du comte de Provence, reprend la formule de Boulanger et ouvre, dans un cadre raffiné, la « Grande Taverne de Londres », au 26 rue de Richelieu à Paris. Il propose aux clients de manger comme à Versailles. Le service des vins est fait en bouteille, comme à Londres, à la mode à cette époque. C'est là le premier véritable grand restaurant de Paris, qui restera pendant plus de vingt ans sans rival. ». Certains prétendent que c’est à cet endroit que Rose Bertin (la marchande de modes de Marie-Antoinette) ouvre une boutique ; d’autres disent qu’elle y habite ; d’autres que c’est la camériste de la Reine qui y loge. Il y aurait même dans la cave un faux puits, comblé par la suite, qui serait un passage secret allant jusqu’au Palais-Royal. Enfin voilà tout ce que les habitants du quartier nous apprennent.

LE PALAIS ROYAL

undefinedAutour du Palais-Royal il se dit encore beaucoup plus de choses. Mais sur ce sujet les documents originaux sont très nombreux. Il est certain que c’est un lieu à la mode au XVIIIe siècle. Le tome II du livre Tableau de Paris (nouvelle édition, Amsterdam 1783) a tout un chapitre consacré au ‘Palais-Royal’ (chapitre CLXII) dont voici un passage : « […] Là sont les filles, les courtisanes, les duchesses & les honnêtes femmes, & personne ne s’y trompe. Là, on se regarde avec une intrépidité qui n'est en usage dans le monde entier qu' à Paris, et à Paris même que dans le palais-royal : on parle haut, on se coudoie, on s' appelle, on nomme les femmes qui passent, leurs maris, leurs amans ; on les caractérise d'un mot ; on se rit presqu'au nez, et tout cela se fait sans offenser, sans vouloir humilier personne. On roule dans le tourbillon, on se prodigue les regards avec un abandon qui laisse toujours aux femmes le dernier : un peintre aurait tout le temps de saisir une figure, et de l'exprimer à l'aide du crayon. Je ne me pique pas d'être physionomiste ; j'ai fait mon tour d'allée plusieurs fois ; je n'ai songé alors qu'à voir les beautés qui y circulaient ... »

Photo 1 : "Jeune Elégant Se promenant aux Palais Royal pour fixer les Caprices de sa Soirée." Estampe gravée par Guyot (sans doute Laurent Guyot, 1756 - après 1806) d’après Watteau. Cette gravure représente un promeneur élégant du Palais Royal. Sa badine, sa cambrure, ses lunettes, son habit vert, les gros boutons … marquent une élégance de la fin du XVIIIe siècle et début du XIXe époque à laquelle cette estampe peut être datée.

Photo 2 : Mercier, Louis-Sébastien (1740-1814), Tableau de Paris, nouvelle édition, Amsterdam, 1783, tome II, 335 pages, 10x17cm. La publication de Tableau de Paris commence en 1781. Les mœurs parisiennes y sont décrites dans sept volumes et plus de mille chapitres. Le tome II relate entre autres les modes de Longchamp (chapitre CXXII), des revendeuses à la toilette (chapitre CLXVI), des coiffures (chapitre CLXVII), des parures (chapitre CLXVIII), des marchandes de modes (chapitre CLXXIII), des maîtres d’agréments (chapitre CLXXIV), des bijoux (chapitre CLXXVI.) , des promenades (chapitre CLXXVIII), de la mode (chapitre CLXXVI) et du palais-royal (chapitre CLXII).

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Petites-maîtresses et Petits-maîtres.

undefinedLa mode française offre des surprises de taille. Voir passer rapidement devant ses yeux lors d'une vente une gravure peinte d'un Petit-maître représenté avec une grâce particulière laisse l'impression magique d’un monde à redécouvrir, pourtant proche de nous puisque faisant partie de notre patrimoine et si loin de ce que nous sommes aujourd’hui. La gravure de la Petite-maîtresse que je présente ici est beaucoup plus anodine. Elle est de la fin du XVIIIe siècle ; est intitulée Petite Maitresse en Robe à la Polonaise de toile peinte garnie de mousseline, lisant une lettre, et fait 19,5 x 28 cm (empreinte du cuivre).
Mais qu’entendons-nous par petites maîtresses et petits-maîtres ? Voici quelques définitions de l’époque :

PETIT-MAITRE.
- " On appelle ainsi un jeune homme, qui se distingue par un air avantageux, par un ton décisif, par des manières libres et étourdies. " Le Dictionnaire de l'Académie Français, 5ème Edition, 1798.
- " Jeune homme, qui se distingue par un air avantageux, par des manières libres et étourdies.  L'origine de ce mot est le temps de la Fronde. "On avait appelé la cabale du Duc de Beaufort, celle des Importants, on appelait celle du Prince de Condé, le parti des Petits-Maîtres, parce qu'ils voulaient être les maîtres de l'État. Il n'est resté de tous ces troubles d'autres traces que ce nom de Petit-Maître, qu'on applique aujourd'hui à la jeunesse avantageuse et mal élevée. Siècle de Louis XIV. Un Petit-Maître, avec ses grimaces, est aussi loin du caractère d'un galant homme, qu'un faux dévot, avec son air sanctifié, est éloigné du caractère d'un homme véritablement religieux… Petite-maîtresse, femme, qui affecte les manières d'un petit-maitre.  Celui-ci est plus nouveau, parce que le ridicule qu'il représente est devenu depuis quelques années plus outré et plus commun. " Féraud, Jean-François, Dictionaire critique de la langue française. Marseille, Mossy, 1787-1788.

PETITE-MAITRESSE.
- " Il se dit d'une femme qui, relativement à son âge, a les mêmes ridicules que le petit-maître a dans le sien. " Le Dictionnaire de l'Académie Français, 5ème Edition, 1798.

Comme c’est souvent le cas concernant les élégants maniérés, les témoignages qui nous restent sont surtout des caricatures ou des critiques (voir les Précieuses ridicules de Molière ou les gravures caricaturant les Merveilleuses et les Incroyables à la fin du XVIIIe siècle). Voici une de ces critiques sous la forme du chapitre IV (pp. 29-38) intitulé ‘Des Petits-Maîtres’ du livre de François-Antoine Chevrier (1721-1762) : Les Ridicules du siècle (Londres, 1752). Passages (l'orthographe a parfois été modifié mais pas la ponctuation) : " Un jeune homme avait jadis la réputation de Petit-Maître, lorsque mis magnifiquement il savait se présenter avec aisance, ses discours, sans êtres solides, n’étaient qu’extraordinaires, & ses sentiments partagés entre le goût du public & la façon de penser, avaient un air de vérité sous le voile de la fausseté la mieux marquée ; d’ailleurs plus indiscret qu’indécent dans le propos, livré par goût & par usage à ce ton équivoque, qui annonce moins l’esprit que le désir d’en afficher, sa conversation était une rapsodie de jeux de mots usés, & de réflexions plus libres qu’ingénieuses ; tel était le Petit-Maître du vieux temps […]. Le Petit-Maître du siècle est un homme qui joint à une figure avantageuse, un goût varié pour les ajustements ; amateur de la parure, il doit marier agréablement l’agrément avec la magnificence ; esclave de la mode & des préjugés du jour, il n’est point asservi à ces mots usés, follement consacrés parmi nous, sous les noms de raison & de vertu ; copie exacte de la femme du grand monde, s’il diffère d’elle, ce n’est que par un supplément d’extravagances & de ridicules ; jaloux de plaire sans être amoureux, il cherche moins à être heureux que la gloire de le paraître ; constant dans ses écarts, léger dans ses goûts, ridicule par raison, frivole par usage, indolent à flatter, ardent à tout anéantir, ennemi du public qu’il voudrait cependant captiver rien à ses yeux n’est supportable que lui-même ; encore craint-il quelquefois de se voir sensé, dans l’appréhension de se trouver moins aimable. […] Il ne faut pas se persuader qu’avec toutes les qualités que je viens de détailler dans ce chapitre instructif, on soit en droit de s’annoncer comme Petits-Maîtres ; il y a encore deux attributs indispensables à désirer, la naissance & la jeunesse. […] Les Grâces, Petites-Maîtresses, ne sont pas de ces douairières pesantes, qui forcées de marcher avec symétrie, ne parlent que le compas à la main ; la vivacité, tranchons le mot, l’étourderie est leur apanage : aussi volubile dans le jargon, qu’inconsidéré dans le propos, un Petit-Maître ne doit jamais réfléchir, & il faut qu’il déraisonne constamment plutôt qu’il s’expose à ennuyer une minute […]. Un Petit-Maître qui dans les commencements de ses prospérités a vu deux ou trois femmes de réputation, de ces femmes nées pour donner de l’éclat à un personnage même ordinaire ; cet homme devient dès-lors possesseur de toutes les beautés […]. "undefined

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Les Macaronis.

undefinedundefinedundefinedCette estampe met en scène de façon à peine caricaturale les suiveurs femmes et hommes de la mode française de l'autre côté de la Manche. Le coiffeur représenté a la tournure caractéristique d’un Macaroni. En Angleterre on appelle ainsi les jeunes extravagants s’inspirant à leur manière des modes continentales : italiennes, françaises … d’où leur surnom. Quant aux dames, elles sont ici habillées à la façon du continent avec une haute chevelure assortie de divers ornements (des plumes), type de coiffure mise au goût du jour à Paris. Le tout est à peine caricaturé et subtilement amusant, car à cette époque cela se passe véritablement comme cela dans toute l’Europe qui suit le goût français : le coiffeur juché sur un tabouret, la servante tenant dans ses mains un panier rempli de fioritures prêtes à être ‘plantées’ sur la tête de la dame assise devant sa table de toilette. Le titre quant à lui n’est pas flatteur pour cette mode pourtant caractéristique du XVIIIe siècle : "The Preposterous Head Dress or the Feathered Lady", (« La coiffure absurde ou la dame emplumée »). La gravure date de 1776 (« "Pub by M Darly, 39 Strand March 20, 1776" »). Le nom de l’artiste 'Matthias Darly' est indiqué : caricaturiste, graveur et même designer de son époque (il dessine de nombreux meubles). Il a sa propre boutique à Londres au « 39 Strand March 20 ».

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L’Orange ou le Moderne Jugement de Pâris

undefinedEau-forte en vente au GRENIER DE VAUBAN 66210 Mont Louis 0468042198 christian.pecout@orange.fr

 

Aquatinte du début du XIXe siècle de Louis-Philibert Debucourt (1755-1832) dessinateur et sculpteur, de 44 x 33 cm. Cette gravure présente de jeunes gens jouant le jugement antique de Pâris. Au lieu d’une pomme d’or sur laquelle est marquée « à la plus belle », c’est une orange qui est offerte à la gagnante. C’est un ‘Incroyable’ aux cheveux courts « à la Titus » (voir article du 12 novembre 2007 : Le Journal des Dames et des Modes) qui joue le rôle de Pâris et trois Merveilleuses ceux d’Héra, Athéna et Aphrodite. La mode des cheveux courts apparaît à la fin du XVIIIe siècle chez les jeunes gens, avec la mode de l’Antique. Petit à petit les longues coiffures des hommes avec leurs nattes, leurs peignes et leurs rubans disparaissent, et avec elles les perruques. Certains Romantiques cependant  s’affichent ‘Nouvelle France’ avec des cheveux longs.

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Les Précieuses et les femmes de lettres.

undefinedC’est en réaction aux mœurs grossières de la cour d'Henri quatre et au laisser-aller ambiant, que la délicatesse du dix-septième siècle trouve refuge chez des dames de qualité qui entreprennent de raffiner les manières et le langage. On se rassemble dans la chambre d'une de ces instigatrices. Les femmes et les hommes qui lui rendent visite s'assoient autour d'elle, dans l'espace appelé "la ruelle", entre le mur et le lit où leur hôtesse les reçoit. Cette habitude d'accueillir chez soi un public choisi et d'embellir ainsi sa pensée se nomme "tenir" ou "faire" salon. Au début du dix-septième siècle, ceux qui savent briller par leur esprit aiment à se retrouver dans la chambre bleue de l'Hôtel de Rambouillet (vers 1608-1648) situé dans l’actuel Palais Royal. Vincent Voiture en particulier est le grand animateur de ce salon. On y rencontre Malherbe, Mme de Sévigné, Vaugelas, Madame de La Fayette, Guez de Balzac, Corneille… Les habitués excluent toute pédanterie et admirent les belles pensées sans prétention. Au salon de Rambouillet succède celui de Mlle de Scudéry. Modeste logis comparé aux autres hôtels particuliers du Marais, il réunit tous les samedis de la seconde moitié du siècle ce que compte Paris de femmes et d'hommes de lettres. Plutôt tournés vers la littérature, les habitués continuent la tradition des romans fleuves avec pour référence L'Astrée d'Honoré d'Urfé. Mlle de Scudéry publie La Clélie où se déploie la fameuse "Carte du Tendre". D'autres salons parisiens sont moins célèbres car moins fréquentés et moins mondains. Des deux hôtels de Nevers établis sur les rives de la Seine, le premier est tenu par la comtesse du Plessis-Guénégaud et est ardemment attaché à Fouquet. Citons les salons bourgeois comme celui de Mme Scarron et les cercles aristocratiques de Mme de Sablé et de Mme de Sully. 

Le "calendrier des ruelles" indique les jours de réception. Dans les salons, se développe principalement l'art de la conversation. Elle doit être libre, enjouée,  naturelle, légère, honnête. Ce terme s'applique aussi bien au comportement, à l'intelligence, à l'élégance des manières, qu'aux agréments de l'esprit. L'honnêteté s'exprime dans le raffinement des mœurs et la justesse du goût. C'est une manière de penser imprégnée de délicatesse étrangère à toute pédanterie. On y discourt aussi bien des subtilités de l'amour que de problèmes grammaticaux. La littérature est un des sujets privilégiés. On converse sur des ouvrages. Leurs auteurs viennent  les lire. On organise des concours de poésie... Le thème de discussion privilégié est l'amour : "L'amour et le mariage sont-ils compatibles ?", "Quel est l'effet de l'absence en amour ?". Les termes réalistes qui éveillent des images insupportables sont éliminés : vomir, balai, rhume, se marier... Ils sont remplacés par des périphrases : "être d'une humeur communicative", "laisser mourir la conversation". Le miroir est le "conseiller des grâces". Les pieds sont les "chers souffrants", les sièges les "commodités de la conversation"... De nouveaux mots sont créés comme obscénité, incontestable, enthousiasme... On en défend certains face à l'Académie : "car". De ce mouvement fleurit une nouvelle sensibilité littéraire qui a contribué à la formation de la langue française. Le goût ‘frustre’ de l'aristocratie de l'époque est remplacé par des comportements et des langages raffinés. La gente féminine a joué un grand rôle dans cet épanouissement. La Précieuse revendique des droits pour la femme. Elle oppose à l'amour vulgaire et charnel, l'amour épuré, la "tendre amitié", librement consentie. Elle met à la mode le premier type de "femme d'esprit", hostile au mariage. Elle préfère le flirt ; propose le mariage à l'essai reconductible chaque année.

undefinedDerrière l’histoire de ces Précieuses du XVIIe siècle caricaturées par certains comme Molière et parfois caricaturales, se cache une vérité très profonde de la culture protégée dans l’histoire par de grands mécènes français femmes et hommes ayant un véritable amour des arts et le savourant avec un extrême brio. Parmi ces esthètes sont des dames rassemblant autour d’elles tout ce qu’il y a de plus fin. Aliénor d’Aquitaine (née vers 1122), est un des plus grands protecteurs des arts du XIIe siècle et de ses poètes les troubadours (les « trouveurs » des rimes les plus délicates). Elle est la petite fille de Guilhem IX (1071-1126), duc d’Aquitaine et sixième comte de Poitiers, considéré comme le premier troubadour (poète de l’art courtois, de la fin’amor : amour fin) et le premier écrivain de l’Europe médiévale à s’exprimer en langue vulgaire. Elle est aussi la mère de l’un d’entre eux Richard Cœur de Lion. Marie de Champagne (1174-1204) en est un autre exemple. Elle convie autour d’elle des artistes célèbres comme Chrétien de Troyes en particulier connu pour ses romans arthuriens… D’autres femmes contribuent à ce foisonnement et cela surtout jusqu’à la fin du XVIIIe siècle avec les salons qui sont des réminiscences de pratiques antiques (banquets, dialogues…) redécouvertes à la Renaissance mais aussi propagées par le Moyen-âge. C’est ainsi qu’il est de bon ton au XVIIe siècle de s’affubler de noms antiques comme dans l’exemple de la photo 1 où Jean-Louis Guez de Balzac (1597-1654) s’adresse à la Précieuse Marquise de Rambouillet dont il côtoie le salon, en s’appelant lui-même « le Romain » (Les Oeuvres diverses du Sieur de Balzac. Seconde édition, Paris, P. Rocolet, 1646, in-4). Mais on sait aussi puiser dans une culture moins lointaine et même d’en inventer une nouvelle. Ces manières ressurgissent à la Renaissance avec des regroupements, souvent animés par des femmes, comme celle de la photographie 2 qui préfigure la Précieuse, femme d'esprit et de lettres. Il s’agit d’une petite gravure (10 x 14 cm) du XVIIe siècle provenant sans doute d’un livre, représentant un portrait de buste de Sibille de Sève (XVIe siècle) sous lequel est inscrit : « Mademoiselle Sibille de Scève, Lyonnaise excellente en l’art poétique et rareté d’esprit » (Mamoiselle Sibille de Seve Lionoise Excellente en l’art Poetique et rareté D’esprit). Sibylle Scève est une poétesse et intellectuelle lyonnaise, parente (peut-être la sœur) de Claudine et du célèbre écrivain Maurice Scève (1501-1564) qui est le représentant avec Louise Charlin Perrin Labé (vers 1525-1566), appelée aussi La Belle Cordière, de ce qu’on nomme aujourd’hui l’école Lyonnaise qui comprend entre autres Claude de Taillemont, Charles Fontaine, Pontus de Tyard et de nombreuses femmes comme Jeanne Gaillarde, Christine de Pisan, Pernette du Guillet, Clémence de Bourges, Claudine et Sibylle Scève, sans compter les visiteurs occasionnels comme Clément Marot, Melin de Saint-Gelais, avec probablement Bonaventure des Périers et Rabelais.

Après la pièce de Molière Les Précieuses ridicules, les Précieuses se font plus rares. Cependant d’autres femmes font salons et s’entourent de beaux esprits pendant que les Petites-maîtresses et les Petits-maîtres dont nous allons parler dans un prochain article restent maniérés, avec certains tout particulièrement incroyables.

Depuis l’Antiquité, un savoir humaniste et courtois, plein de finesse, d’amour et de sagesse, se rassemble dans des cercles d’une richesse inouïe, remplis de résurgences de savoirs anciens et de découvertes nouvelles, de connaissances et de créations. Dans chacun d’entre eux s’invente un nouveau monde à la manière des Trouvères qui trouvent de nouvelles rimes. Avec eux la langue se rénove, les manières changent, la modernité toujours renouvelée se répand. Il y a un dicton qui dit que la seule chose qui ne change pas c’est le changement. La Modernité est la matérialisation de cela !

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Fauteuils et styles du 18eme siècle

Dans l’histoire des arts décoratifs du siège, le fauteuil Louis XV occupe une place de choix, peut-être la première. Tout à la fois objet de majesté et mobilier courant, il allie l’esthétisme à la commodité et au plaisir. Les fauteuils du XVIIIe siècle sont des objets d’un grand raffinement, de formes élégantes, pratiques et confortables, et les témoins de la dextérité des ébénistes qui répandent leur savoir-faire de Versailles aux petites demeures bourgeoises avec une véritable grâce et un esprit d’atelier et de compagnonnage. A cette époque, on distingue différentes sortes de fauteuils comme le cabriolet, la bergère, la marquise, la duchesse ou le fauteuil à la Reine. Le cabriolet est peut-être le plus commun. Ses accotoirs sont ajourés contrairement à ceux pleins de la bergère. Il se manipule plus facilement à travers une pièce. Son dossier est concave quand celui du fauteuil à la Reine  est droit car destiné à être appuyé à un mur. Au fur et à mesure de l’évolution des modes et des besoins, les ébénistes du XVIIIe siècle inventent de nouvelles subtilités. Ces styles suivent plus ou moins les périodes du règne de Louis XIV (1643-1715), de la Régence (1715-1723), du règne de Louis XV (1722-1774), de celui de Louis XVI (1774-1792), du Directoire (1795-1799). Le style Louis XIV dure de 1661 à 1715 avec deux périodes distinctes. La seconde se déroulant de 1700 à 1715 garde un certain côté de l’ostentation de la première mais en y ajoutant peut-être plus de grâce, de légèreté et de futilité. Le style Régence (vers 1715-1723) fait la transition entre celui qui le précède et celui qui lui succède, c'est-à-dire le style Louis XV (env. de 1730 à 1760) qui met en scène tout le savoir-faire des ébénistes. Ceux-ci, non seulement maitrisent leur art, apportent des innovations, mais inventent de nouvelles formes. Ils s’inscrivent dans un véritable renouveau des arts décoratifs. C’est la période Rocaille. Les formes ondulent. Les nouvelles découvertes archéologiques notamment de Pompéi et d’Herculanum inspirent plus de rigidité, de dépouillement au style Louis XVI qui occupe à peu près de 1760 à 1790. L’Anticomanie se poursuit en particulier dans le style Directoire ‘grecquisant’ qui se déploie d’environ 1785 à 1800.

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Merveilleuses & merveilleux