Hôtels particuliers

Le Cabinet des dessins Jean Bonna des Beaux-arts de Paris propose depuis le 14 octobre 2015 jusqu'au 16 janvier 2016 une exposition sur les Hôtels particuliers à travers une cinquantaine de feuilles de dessins préparatoires à l’Architecture française, ouvrage publié par Jean Mariette en 1727. Ce livre compte « 598 planches dont 460 sont consacrées à une soixantaine d’hôtels particuliers parisiens ».

Un catalogue est édité pour l’occasion permettant « de mieux cerner l’étendue et la richesse de cette collection par l’étude du fonds dans sa globalité ».

En 2011-2012, la Cité de l’architecture & du patrimoine avait organisé une exposition intitulée L'hôtel particulier, une ambition parisienne qui était très intéressante. De tels évènements sont importants aujourd'hui car de très nombreux hôtels particuliers des XVIIe et XVIIIe siècles sont restaurés, rénovés, réhabilités, modernisés, agrandis, vendus dans des conditions critiquables.

Comme je l'ai dit dans cet article l'HÔTEL KINSKY (XVIIIe siècle) a été bradé par l'État à une famille princière du Qatar en 2006 pour la moitié de son estimation, l'HÔTEL DE BROGLIE (XVIIIe siècle) cédé en 2013 ; l'HÔTEL DE CLERMONT (construit en 1708) a aussi été vendu par l'État, de même que l'HÔTEL DE FLEURY (Hôtel Brochet de Saint-Prest, construit en 1772) livré à une société foncière, etc. L’HÔTEL DE MIRAMION (XVIe-XVIIe siècles, inscrit au titre des monuments historiques en 1926) a été vendu par l'APHP (Assistance publique - Hôpitaux de Paris)

La 'réhabilitation' de l’HÔTEL SALÉ (XVIIe siècle) est critiquable, celle de L'HÔTEL TUBEUF du XVIIe siècle (site Richelieu de la Bibliothèque nationale) aussi. Dans les deux cas on assiste à des destructions.

Que deviennent l'HÔTEL LAMBERT (XVIIe siècle) et l'HÔTEL DE CRILLON (XVIIIe), tous deux en travaux depuis des années ? Pour ce dernier les fondations semblent avoir été entièrement détruites pour y construire des garages, piscine et autres.

Dans l'HÔTEL DU GRENIER DES SAINT-AGUSTIN (XVIIe siècle), 110 m2 vont être détruits.

Et ce ne sont que quelques exemples...

Photographie ci-dessus à gauche : « Anonyme. Élévation de la façade sur cour. Plume, encre noire et lavis d’encre de Chine, aquarelle bleue. » © Cabinet des dessins Jean Bonna des Beaux-arts de Paris.

À l'occasion du vernissage presse de l'exposition une visite de l'Hôtel de Chimay a été organisée. Il s'agit d'un hôtel particulier du XVIIIe siècle. Au rez-de-chaussée la décoration intérieure est d'époque Directoire (ou début XIXe). En 1883 l'État l'a racheté pour l'École des Beaux-Arts, et détruit ses étages pour y installer des ateliers.

Photographies ci-dessous : À gauche - Façade donnant sur le jardin. On aperçoit le grand atelier avec ses verrières remplaçant la partie centrale du premier étage et des combles.  À droite - Salon du rez-de-chaussée.

Photographies ci-dessous : Relief entre deux colonnes.  À droite - Salle de cours.

Photographies ci-dessous : Diverses photographies prises dans l'École des Beaux-arts

Voir les commentaires

Tigres de papier : cinq siècles de peinture en Corée.

Du 14 octobre 2015 au 22 février 2016 le Musée national des arts asiatiques - Guimet nous gratifie d'une exposition intitulée Tigres de papier : Cinq siècles de peinture en Corée se déroulant suivant les thématiques et l’évolution de cet art du quatorzième siècle au vingtième. Pour l’occasion le musée sort de ses réserves sa riche collection de peintures coréennes, « l’une des plus importantes hors de Corée ».

Photographie de gauche : « Dragon bondissant. Corée, 18e-19e siècle. Couleurs sur papier. Collection Lee Ufan (2001), LUF 098. © Musée Guimet, Paris, Dist. RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier. »

Photographie de droite : « Paravent Pivoines et rochers (détail). Corée, 18e - 19e siècles. Paravent quatre panneaux, Couleurs sur papier H. 1,49 m ; L. 2, 48 m. Collection Lee Ufan (2001), LUF 067. © Musée Guimet, Paris, Dist. RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier. »

Photographies ci-dessous : « Paravent Chaek’kori (détail). Corée, 18e-19e siècle. Paravent à six panneaux, couleurs sur papier. Collection Lee Ufan (2001), LUF 015. © Musée Guimet, Paris, Dist. RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier. »

Photographies ci-dessous : « Paravent Fleurs et oiseaux (Hwajodo, détail), Yi Han-ch’ol (1808-?). Corée, 19e siècle. Couleurs sur papier. Don V. Collin de Plancy, 1891. MG 15581. © Musée Guimet, Paris, Dist. RMN-Grand Palais / Jean-Yves et Nicolas Dubois. »

Voir les commentaires

Inventaire surréaliste (1)

Dans la série 'La décadence c'est la folle ambiance', après la nomination d'une ministre de la Culture n'ayant quasiment aucun bagage culturel, savez-vous que celle-ci a pris dernièrement (arrêté du 1er octobre) comme conseiller chargé des Arts plastiques, du design, de la mode et des relations avec les acteurs culturels et institutionnels quelqu'un qui n'a JAMAIS étudié ou travaillé dans les domaines des arts plastiques, des arts appliqués et de la mode ? Le site du ministère de la Culture publie sans honte sa fiche ci-dessous. Il s'agit d'un pur communiquant.

« Né en 1973 à Paris, titulaire d'un DESS de Communication Politique et Sociale (Paris I Panthéon Sorbonne), d'une Maîtrise en Droit privé (Paris II Panthéon Assas) et d'un MBA de la Northwestern University de Chicago (Kellogg), Arthur Toscan du Plantier a été Directeur d’Études au Département Opinion de l'IFOP avant de rejoindre la Direction des Affaires publiques d'EDF puis le projet d'introduction en bourse de l'entreprise publique. Il sera ensuite, au sein de la Direction de la communication d'EDF, chef du Pôle Intranet puis en charge des partenariats et des relations publiques du Groupe avant d'être chargé de la coordination internationale. En 2013, il devient Conseiller Communication et Relations avec la presse auprès de Bertrand Delanoë, Maire de Paris. Il rejoint le cabinet d’Aurélie Filippetti en mars 2014 comme conseiller pour la communication et les relations avec la presse. »

Aujourd'hui au Ministère de la Culture il ne faut pas avoir peur du vide... Nous sommes dans ce qu'en architecture on appelle du 'façadisme' : on ne garde que la façade et détruit tout le reste. Le Ministère de la Culture conserve sa façade culturelle... mais pour le reste...

Voir les commentaires

Thomas Couture

Six musées, à Paris et en région Picardie, s’associent pour fêter le Bicentenaire de la naissance du peintre Thomas Couture (1815-1879). Depuis le 12 octobre 2015 jusqu'au 6 mars 2016 de nombreux accrochages, expositions et conférences ont lieu. Les expositions réunissent ensemble près de cent-soixante-quinze oeuvres de l'artiste, avec :

- Du 17 octobre 2015 au 11 janvier 2016, L'enrôlement des volontaires, des études préparatoires au tableau final, au MUDO - Musée de l’Oise de Beauvais ;

- Du 17 octobre 2015 au 1er février 2016, Thomas Couture dans les collections du Palais de Compiègne, au Palais de Compiègne ;

- Du 17 octobre 2015 au 31 janvier 2016, Thomas Couture : portraitiste, au Musée Antoine Vivenel de Compiègne ;

- Du 17 octobre 2015 au 6 mars 2016, Thomas Couture (1815-1879). Méthode et entretiens d'atelierau Musée d'Art et d'Archéologie de Senlis ;

- Du 16 octobre 2015 au 21 février 2016, Thomas Couture : La fabrique des grands formats, au Musée de Picardie d'Amiens ;

- Du 12 octobre 2015 au 28 février 2016, Thomas Couture, peintre de la société parisienne, au Musée de la Vie romantique à Paris.

Photographie du haut : L'Enrôlement des Volontaires de 1792. Huile sur toile de plusieurs mètres de long, de 1848, conservée au MUDO - Musée de l'Oise de Beauvais.

Je n'ai vu que ce qui est présenté au Musée de la Vie romantique, c'est à dire quatre peintures et un dessin de l'artiste. Mais le grand nombre n'est pas un signe obligatoirement de qualité... et puis c'est toujours une joie de se promener dans cet endroit faisant revivre l'esprit de la 'Nouvelle Athènes' du XIXe siècle : le quartier de Notre-Dame-de-Lorette au nord de Paris.

Ci-dessous quelques photographies que j'ai prises dans le musée, avec la première représentant Léon Ohnet peint par Thomas Couture vers 1840-1841.

Photographie ci-dessous : Le comte de Lancosme-Brèves par Eugène Giraud (1806-1880).

Photographies ci-dessous : Don Juan et Haïdée par Marcel Saunier (?-1842), de 1839. Cet achat du musée date de 2014. Cette huile sur toile est dans un style particulièrement à la mode à cette époque, avec ses couleurs très particulières et ses personnages qui ne le sont pas moins.

Voir les commentaires

Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine (6) : La création artistique a-t-elle besoin d'être chapeautée ?

Depuis le 7 septembre, chaque lundi je suis le Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine. Le dossier législatif de l'Assemblée nationale est visible ici et celui du Sénat ici. Il vient d'être débattu en première lecture à l'Assemblée nationale. Il n'est pas encore prévu au Sénat. Les projets de loi de Financement de la sécurité sociale et de Finances pour 2016 vont sans doute accaparer le programme des séances au Sénat des mois d'octobre et novembre de cette année. En Commission des Affaires sociales rien n'est encore programmé.

Le texte a été profondément modifié par la majorité, notamment par le Ministère de la Culture qui l'a écrit mais de toute évidence n'en était pas satisfait. On peut consulter la nouvelle rédaction ici ou ici.

Il se divise en trois thèmes : la création artistique, l'architecture et le patrimoine.

Tout d'abord un BILAN :

Selon moi la CRÉATION ARTISTIQUE contemporaine et la culture française sont confrontées à de nombreux obstacles : la mondialisation qui favorise la langue anglaise au détriment du français ; la marchandisation qui place l'argent au-dessus de tout ; la technocratisation européenne et française qui avantagent le clientélisme ; Internet dans les mains de monopoles anglo-saxons ; la sous-qualification des instances dirigeantes culturelles ; l'inculture, l'abêtissement et la bassesse médiatiques ; la montée d'intégrismes culturels prônant une culture religieuse ou très bas de gamme présentée comme contemporaine ; etc. Ce projet de loi ne répond qu'à une extrêmement petite partie de ces préoccupations : quelques mots sur la création en français ajoutés par les députés et une insistance sur la liberté artistique. Pour le reste le texte en rajoute sur ce qui est préoccupant. Un seul exemple parmi beaucoup d'autres qui en dit long sur les relations du service public avec la 'création' artistique contemporaine  : celui donné par M. le député François de Mazières lors des débats à l'Assemblée nationale de cet artiste auteur notamment de ce que ce dernier appelle « le vagin de la Reine » « accueilli au château de Versailles par un dîner de sept-cents couverts, digne des plus grands chefs d’État de la planète. Il a pu faire d’importants terrassements, pendant plusieurs mois, sur la perspective centrale à quelques pas du château, autorisation jamais encore donnée à quiconque. Le budget initial, inscrit dans les comptes du château, se montait à huit-cent-mille euros, alimenté par du mécénat, sans compter les dépenses supplémentaires liées aux suites de ce scandale à rebondissements. »

En ce qui concerne l'ARCHITECTURE, il suffit de sortir dans Paris et ses alentours pour constater le carnage, ou de regarder l'actualité. Les inondations mortelles favorisées par le bétonnage en sont un exemple. Le 'grand-Paris' en est un autre. Depuis plus d'une quarantaine d'années l'architecture que j'appelle 'RER' fait des ravages : un urbanisme froid, seulement fait pour passer et non pas pour vivre. Dans un article de Le Point ironiquement appelé Grand Paris : mélodie en sous-sol on peut constater que cette architecture est toujours d'actualité. L’Île-de-France est déjà couverte de telles monstruosités mais continue de l'être toujours plus. Les représentations des architectes sont les seuls, jusqu'à présent à manifester leur contentement sur ce texte qui leur donne plus de liberté et de pouvoir.

Pour ce qui est du PATRIMOINE, le terme recouvre différentes sortes de patrimoines : architectural, archéologique, artistique, rural, naturel, culturel etc. Le projet de loi ne couvre presque que les deux premiers. Il est donc loin d'être exhaustif. La situation des patrimoines architectural et archéologique n'est pas bonne. À Paris le bétonnage sous-terrain et les destructions en profondeur de bâtiments détruisent les diverses strates de notre passé à une vitesse fulgurante. Quant au patrimoine architectural j'ai montré dans de nombreux articles de ce blog comment on vend du domaine public remarquable (Hôtels Kinsky, de Broglie, de Clermont, de Fleury, de Miramion à Paris, Garde-meuble de Louis XVI à Versailles...), détruit presque entièrement une autre (Samaritaine, Médiathèque Françoise Sagan, Piscine Molitor, Musée Guimet...), et comment on privatise allant jusqu'à confier le patrimoine de villes entières à des fondations privées (Belfort en 2012, Abbeville en 2015). Que dire de Versailles qu'on modernise (jardin contemporain construit dans celui de Le Nôtre...) ou le Louvre dont on externalise toutes les réserves à Liévin, que l'on vend en partie au Qatar et qui ressemble de plus en plus à un centre commercial ? C'est sur le sujet du patrimoine que les critiques des professionnels sont jusqu'à présent les plus vivaces

Ce projet de loi est divisé en quatre parties appelées « titres ». Le premier titre est sur la création artistique. Le second mélange le patrimoine culturel avec la promotion de l’architecture, ce qui en dit long sur l'état d'esprit du texte. Le troisième titre est une habilitation que se donne le ministère a légiférer par ordonnance, c'est à dire en dehors de débats, en véritable apparatchik. Le quatrième comprend les « dispositions diverses, transitoires et finales ».

Je vais m'intéresser dans cet article au titre premier et traiterai lundi prochain du reste.

Chaque titre est divisé en chapitres. Le titre I en comprend cinq : le premier sur la liberté de création artistique, le second sur les rémunérations en particulier dans les secteurs du cinéma et de la musique, le troisième sur l'offre culturelle auprès de certains publics, le quatrième sur quelques professions et la création d'un observatoire, le cinquième sur l'enseignement artistique.

TITRE IER : « DISPOSITIONS RELATIVES À LA LIBERTÉ DE CRÉATION ET À LA CRÉATION ARTISTIQUE».

Pour la création artistique, l'art et la culture ce projet de loi ne propose pas grand chose de créatif. Il y a l'effet d'annonce de l'ARTICLE 1 qui insiste sur la liberté de l'artiste, mais qui juridiquement n'apporte rien de nouveau. L'ARTICLE 2 sur la politique en faveur de la création artistique est du verbiage sans intérêt. L'ARTICLE 2 BIS en rajoute. L'ARTICLE 3 est sur la labellisation de formations artistiques publiques ou privées par le Ministère de la Culture. C'est la création d'une sorte de nomenklatura artistique et culturelle. On se demande ce que fait cet article dans ce CHAPITRE I intitulé « Dispositions relatives à la liberté de création artistique ». L'ARTICLE 3 BIS est la demande d'un énième rapport.

Le CHAPITRE II sur « Le partage et la transparence des rémunérations dans les secteurs de la création artistique » s'attache à la contractualisation des artistes et certains de leurs diffuseurs. Loin d'harmoniser et de simplifier il fait se confronter ces partenaires et ajoute au couple un troisième luron : le médiateur. Diviser pour mieux régner dit le vieil adage. Mais qui règne dans cette débâcle ? On se rend compte que les gouvernements successifs ont tissé une toile d’araignée infernale très éloignée de la liberté de création artistique. Dans cette partie il est question pêle-mêle des droits d'auteur (ARTICLE 4A), des contrats conclus entre un artiste-interprète et un producteur de vidéogrammes (ARTICLE 4) ou un producteur de phonogrammes (ARTICLES 5 et 6 BIS) ou entre ce dernier et un éditeur de services de communication (ARTICLE 6). Après avoir contribué à poursuivre l'imbroglio juridique dans laquelle la France se noie, il est créé, à l'ARTICLE 7, un médiateur de la musique « chargé d’une mission de conciliation pour tout litige relatif à l’interprétation ou à l’exécution ». Il fait suite par exemple au « médiateur du livre » (créé en 2014) qui doit notamment fournir un rapport que l'ARTICLE 7 BIS A demande à être public. L'ARTICLE 7 BIS en rajoute sur la main-mise du Gouvernement et autres apparatchiks qui déterminent les types de support concernés par la rémunération pour copie privée ainsi que les taux et les modalités de cette rémunération. Les ARTICLES 7 TER et QUATER A sont encore sur la rémunération pour copie privée. C'est que la copie privée est une chose horrible (j'ironise) ! Le Gouvernement semble ignorer les licences de création partagée ! L'ARTICLE 7 QUATER concerne les sociétés de perception et de répartition des droits d'auteur et des droits des artistes-interprètes et des producteurs de phonogrammes et de vidéogrammes (qui sont d'autres apparatchiks) et l'utilisation de ses fonds pour l'aide à la création. L'ARTICLE 8 est sur la « Transparence des comptes de production et d’exploitation des œuvres cinématographiques de longue durée ». Ah oui, la transparence que l'on prône par l'intermédiaire de dizaines de milliers d'articles de lois. Évidement il s'agit avant tout de contrôler. On est dans ce système d'union européenne de type soviétique dénoncé par exemple par Vladimir Boukovsky dans son livre L'Union européenne, une nouvelle URSS ? datant de 2005 (Éditions du Rocher). Nous sommes vraiment dans une nomenklatura artistique et culturelle internationale dans laquelle le Gouvernement français veut se situer en ajoutant dans le délire bureaucratique qui ne fait que favoriser l'argent et les réseaux de copinages. Les ARTICLES 9, 9 BIS, 10, 10 BIS et 10 TER concernent les comptes de productions cinématographiques et audiovisuelles, les rémunérations, les recettes... J'allais oublier, l'ARTICLE 4 B fait la demande d'un autre rapport.

Le CHAPITRE III est intitulé : « Promouvoir la diversité culturelle et élargir l’accès à l’offre culturelle ». Au lieu de promouvoir et d'élargir on réglemente jusqu'à la création artistique des amateurs (ARTICLE 11 A) ! Ah si, on élargit un peu mais seulement pour les personnes en situation de handicap (ARTICLE 11). Les ARTICLES 11 BIS et 11 TER font un petit effort pour favoriser la culture d'expression française ou régionale. Les ARTICLES 12 et 13 sont des articles de coordination. L'ARTICLE 13 BIS revient sur le contrat de production audiovisuelle.

Le CHAPITRE IV a pour objectif de « Développer et pérenniser l’emploi et l’activité professionnelle ». L'ARTICLE 14 ajoute les artistes de cirque et les marionnettistes à la liste des artistes du spectacle. L'ARTICLE 15 s'occupe des artistes du spectacle vivant engagés par le service public. L'ARTICLE 16 crée un observatoire de la création artistique et de la diversité culturelle collectant les données des entreprises de la création ; comme dans l'ex URSS je vous dis ! L'ARTICLE 16 BIS est sur les congés spectacles. Ah oui encore une demande de rapport à l'ARTICLE 14 A.

Le CHAPITRE V a pour sujet l'« Enseignement supérieur de la création artistique et [l']enseignement artistique spécialisé ». Il propose une énième réorganisation (ARTICLES 17A, 17) sans pour autant créer de passerelles entre cet enseignement et l'univers professionnel. L'ARTICLE 17 BIS est sur les écoles nationales supérieures d’architecture.
Ce que je retiens pour l'ensemble de cette partie c'est la manière technocratique et fouillis d'envisager la création artistique, sans vision, et paradoxalement elliptique c'est à dire sans prendre en compte les enjeux contemporains de la création artistique et culturelle.

Pour finir sur ce sujet voici ci-dessous un courriel que j'ai reçu de Terra nova (que Wikipédia présente comme « un cercle de réflexion de la gauche progressiste française et européenne ») m'invitant à un « Petit-déjeuner Presse Étude Terra Nova » sur le thème « Création et marché de l’art : comment renouveler l’attractivité de la France ? ». Je leur ai répondu que « Si on parlait plus d'art et moins d'argent, l'art s'en porterait mieux en France. »
J'ai mis en bleu clair certaines parties afin de les souligner :
«
Bonjour,
Après la publication du manifeste pour une politique culturelle par la plume de Thomas Paris
, le groupe de Travail « marché de l'art » publiera mardi 13 octobre une étude « Création et marché de l'art : comment renouveler l'attractivité de la France ? ».
La
croissance spectaculaire du marché de l'art mondial depuis le début des années 2000, liée notamment à l'arrivée d'artistes et d'acheteurs de pays émergents comme l'Inde et la Chine, et au rôle social toujours plus important de l'art contemporain, ne s'est pas réalisée à l'avantage de la France. Sur la période 2014-2015, le
marché de l'art progresse de 7 % en volumes de ventes ; Paris baisse de 1,1 %. Leader en 1945, la France est désormais en quatrième position, derrière la Chine, les États-Unis et le Royaume-Uni, en ce qui concerne le chiffre d'affaires des ventes publiques d'œuvres d'art. Mais cet effacement se manifeste également à travers le rayonnement amoindri des artistes français. L'artiste français qui a le plus vendu en 2013, Robert Combas, n'occupe que la 134e place du classement mondial des artistes, ce qui est symptomatique de la faible présence des artistes français sur le marché international. Or dans la lutte que se livre les métropoles européennes (Londres, Paris, Berlin, Barcelone) pour s'affirmer comme des « villes créatives », l'attractivité artistique, représentée par les ventes publiques ou le rayonnement d'artistes qui peuvent très bien s'exprimer hors de la scène nationale, joue un rôle essentiel : rayonnement culturel, bénéfice économique, mais aussi dynamisme de la création et facilité de l'accès à l'art contemporain pour tous les publics. Pour répondre à cette situation et à ces enjeux, l'étude formule dix propositions fortes.
A cette occasion nous souhaiterions vous convier à un petit-déjeuner presse le [...] dans nos locaux en présence des rédacteurs de l'étude ainsi que du directeur général de Terra Nova, Thierry Pech, pour pouvoir engager une discussion sur ces questions et à l'occasion duquel vous sera remis un exemplaire de l'étude en exclusivité.
»

Voir les commentaires

Quel Moyen Âge pour Chateaubriand ? 

Depuis le 6 octobre, le Conseil départemental des Hauts-de-Seine propose sur Internet le documentaire : Quel Moyen Âge pour Chateaubriand ? disponible en ligne à l’adresse chateaubriand-moyenage.fr

Dans le prolongement de ce documentaire interactif, une exposition se déroule jusqu'au 13 décembre au Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups - Maison de Chateaubriand à Châtenay-Malabry (à trente kilomètres de Paris) avec vingt-six œuvres (peintures, dessins, estampes) venant compléter celles déjà présentes.

« Avec la parution du Génie du Christianisme en 1802, Chateaubriand est devenu aux yeux du public le restaurateur de « la vieille église gothique » et l’un des initiateurs du retour vers le Moyen Âge qui fleurira tout au long du XIX e siècle. »

Le sujet n'est pas du tout anodin. Le retour au Moyen Âge est présent dans plusieurs courants artistiques et littéraires, en particulier sous Louis-Philippe (1830-1848) et la Seconde République (1848-1852), ce dont je parle dans mon livre Les Petits-maîtres de la mode : les romantiques nouvelle France, les jeune France Moyen Âge, les coloristes, les fantaisistes... C'est le temps des sylphides, dames blanches et de la 'couleur locale'... Certains jeunes vont jusqu'à s'habiller et vivre comme à l'époque médiévale...

Alors que la Révolution s'inspire des Lumières et de l'Antiquité, Chateaubriand (1768-1848) et ses amis préfèrent puiser dans le Moyen Âge qui est un temps où la France se définit et domine de sa stature tout l'Occident notamment avec le Gothique appelé alors 'Art français' dont les traces sont toujours vivaces dans nos grandes villes.

La maison de la Vallée-aux-Loups possède dans son architecture même des références au Moyen Âge. Il s'agit d'un très bel endroit que la direction du lieu fait vivre à travers des objets d'exception présentés dans le contexte du temps. Ceux qui apprécient les merveilleuses y trouveront de nombreuses traces de Mme Récamier (1777-1849). Les romantiques et amoureux de Chateaubriand seront évidemment eux aussi ravis.

« Située à quelques kilomètres de Paris, à Châtenay-Malabry, la Vallée-aux-Loups offre à Chateaubriand de 1807 à 1817 une demeure à l’écart de la scène politique. A l’automne 1807, l’auteur s’installe avec son épouse Céleste dans ce qui n’est alors qu’une maison de jardinier, à laquelle il va donner une empreinte toute personnelle. C’est là en effet que s’exprime toute la dimension de l’homme, à la fois écrivain, homme politique, voyageur et botaniste. Il y écrivit quelques-uns de ses ouvrages majeurs et commença la rédaction des futurs Mémoires d’outre-tombe. La demeure restitue l’atmosphère d’une « chartreuse » romantique telle que l’a connue Chateaubriand. »

Première photographie : Le château de Combourg par Hubert Clerget, 1860. « Gouache sur papier beige. 44,5 x 36,5 cm. Châtenay-Malabry, Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups – Maison de Chateaubriand. Inv. P.987.1. CD92/ Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups – Maison de Chateaubriand. »

Les autres photographies ont été prises sur place.

Voir aussi ces articles :

Acquisition : Portrait de Chateaubriand.

Exposition : Boîtes et coffrets romantiques.

Exposition : Portraits de l'époque romantique, une passion de collectionneur.

Exposition : Le salon de Madame Geoffrin.

 
Une vidéo sur la Maison de Chateaubriand - Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups à Châtenay-Malabry est visible ici.

Voir les commentaires

Meubles du XVIIIe siècle formant coiffeuse.

Le 15 octobre, la maison Aguttes Lyon-Brotteaux met en vente deux commodes formant coiffeuse d'époque XVIIIe siècle. Le catalogue est visible ici, et les lots sont présentés ici.

Photographies de gauche : « Amusant meuble formant coiffeuse en placage de bois. Il ouvre à un tiroir en ceinture et à rideau en partie haute laissant apparaître tiroirs et casiers. Miroir amovible à tirette et bougeoirs réglables. Plateau de marbre blanc ceint d'une galerie de laiton repercé. Époque Louis XVI - Estampille L. ancellet H: 123 - L: 62 - P: 36.5 cm. » © Aguttes.

Photographies ci-dessous : « Rare commode formant coiffeuse en bois naturel. Elle se compose de deux parties dissociables. La partie haute formant coiffeuse présente un abattant central foncé d'un miroir et deux abattants latéraux ouvrant sur des compartiments et un tiroir en ceinture, les deux autres étant simulés. Le tout retenu par quatre montants légèrement galbés se terminant par des pieds sabots. La seconde partie basse qui prend place entre les montants présente deux tiroirs. Garniture de bronze doré. Travail bordelais. » © Aguttes.

Voir les commentaires

Le nouveau Musée de la gendarmerie nationale

Le nouveau Musée de la gendarmerie nationale ouvre le 10 octobre 2015 à Melun.

La gendarmerie nationale est une institution datant du XIVe siècle. Avant 1791 elle se nommait 'maréchaussée'. Elle est en particulier chargée de missions de police parmi les populations civiles.

Il a été choisi un ancien bâtiment de caserne datant de 1900 pour abriter ce musée. Les travaux ont duré deux années. Ils suivent une déplorable tendance, maintes fois dénoncée dans ce blog, appelée façadisme consistant à détruire entièrement un bâtiment pour ne garder que la façade. Les exemples sont nombreux ces dernières années comme pour la médiathèque Françoise Sagan, la piscine Molitor, l'immeuble Félix Potin pour n'en donner que quelques-uns à Paris. Parfois on garde en plus une petite partie de l'intérieur comme pour le musée Guimet ou quelques murs comme pour la Samaritaine.

Photographie ci-dessous : Un passage du dossier de presse expliquant sans complexe comment le bâtiment 1900 a été évidé. Il n'était sans doute pas d'une grande valeur patrimoniale... mais tout de même... Cela ressemble à une maladie qui détruirait tout l'intérieur d'un corps pour ne laisser que la peau... une maladie architecturale moderne !
 

Voir les commentaires

Les Archives de la ville de Paris

Les Archives de Paris (à ne pas confondre avec les Archives nationales dont une section se trouve aussi dans la capitale française) sont dirigées par la ville et le département, et situées 18, boulevard Sérurier, dans le 19e arrondissement de Paris. Une annexe est logée à Villemoisson-sur-Orge.

La plus grande partie des documents a disparu lors des incendies de la Commune en mai 1871, notamment les registres paroissiaux et d'état civil allant du XVIe siècle à 1860. Les archives aujourd'hui représentent tout de même plus soixante-dix kilomètres linéaires. Le nouveau bâtiment, mis en service à Paris en 1990, a une capacité de vingt-sept kilomètres linéaires et son annexe en région parisienne de cinquante. Ces deux bâtiments sont presque saturés et devront être agrandis.

Lors de ma visite de ces archives j'ai pu découvrir quelques exemples des fonds. « Trois thématiques dominantes font la richesse et l’originalité de l’établissement : la justice, avec les archives des tribunaux ; l’architecture et l’urbanisme, avec les innombrables plans produits par les services techniques ; le commerce et l’industrie parisienne, avec les archives de la juridiction consulaire depuis le XVIe siècle, l’un des fonds les plus anciens, et du tribunal de commerce. »

Photographies du haut et de gauche : Partie d'un des magasins servant d'espace de conservation.

Photographies ci-dessous : Magasin conservant les plans.

Photographies ci-dessous : Plans de Paris du temps des fortifications.

Photographie ci-dessous à gauche : Plans de la Samaritaine dont LVMH, qui a racheté le bâtiment, détruit l'intérieur (voir cet article).

Les dessins et modèles déposés au Conseil de prud'hommes de la Seine (1844-1979) occupent plus d'un kilomètre et demi de rayonnages (plusieurs centaines de milliers de dessins et modèles) des Archives. Instaurée par la loi du 18 mars 1806, cette procédure « permettait à tout créateur de produit industriel ou artisanal de prouver ses droits et, le cas échéant, d'engager une action en contrefaçon. » En 1979, cette compétence est passée du Conseil de prud'hommes à l'Institut national de la propriété industrielle (INPI). Plusieurs Conseils de prud'hommes spécialisés ont été créés en 1844 et 1847 représentant quatre branches industrielles : métaux, tissus, produits chimiques, industries diverses. En 1890 les branches métaux et industries diverses s'unirent, et une nouvelle fut formée par l'industrie du bâtiment. En 1908 tous les conseils furent réunis en un seul divisé en cinq sections : métaux et industries diverses, produits chimiques, tissus, bâtiment, commerce (non dépositaire de dessins et modèles). Les modèles (en nature ou en reproduction) étaient mis dans une boîte en bois scellée. Une belle part de ce fonds concerne les arts décoratifs et l'industrie du luxe qui étaient très importants à Paris et dans le département de la Seine. Le secteur de la mode était le premier employeur pour les femmes dans la capitale.

Photographies ci-dessous : À gauche - Modèle de flacon en verre pour la parfumerie de la société Guerlain (11 septembre 1906). © LM. À droite - Modèle de corset en tissus noir et rose de Berth Sevrey dite Sander (14 mars 1894).

Photographies ci-dessous : Modèles de robes et manteaux des soeurs Callot (17 août 1919).

Photographies ci-dessous : Photographies de soixante-et-un modèles d'habits de Christian Dior (5 février 1952).

Photographies ci-dessous : Deux modèles de bobines pour cinématographes de Gaumont (20 novembre 1902).

Article et photographies LM

Voir les commentaires

Hôtels Lambert, Crillon, Tubeuf, et permis de démolir pour le quadrilatère Richelieu, à Paris.

Dans l'article intitulé Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine (1) : Vous avez dit « création », « architecture » et « patrimoine » ? je parle de mon inquiétude concernant trois hôtels particuliers en travaux depuis plusieurs années : l'hôtel Lambert (XVIIe siècle), l'hôtel Crillon (XVIIIe) et l'hôtel Tubeuf du XVIIe siècle (site Richelieu de la Bibliothèque nationale). Je suis allé voir les permis de construire affichés comme la loi l'exige.

La date de permis de construire de l'hôtel Lambert date de juin 2009. Il s'agit d'une « rénovation complète ». Voilà ce que le permis de construire placardé sur place indique :

« L'Hôtel Lambert est restauré en totalité. Cette restauration comprend dans un premier temps les extérieurs tels que les façades, les menuiseries, les toitures et la charpente. Un deuxième temps est consacré à la restauration des décors intérieurs ainsi qu'à l'aménagement des différents espaces. Ils recevront les équipements techniques d'aujourd'hui : électricité courants forts, courants faibles, plomberie et ventilation. Les dispositions des pièces anciennes sont conservées et leurs décors sont mis en valeur. »

Il semblerait donc qu'aucun ascenseur pour voitures ne soit en construction, ni de garage en dessous, ni rien de cassé. Cet édifice avait été conservé dans son jus, ce qui était exceptionnel à Paris pour un bâtiment du XVIIe siècle. Il va dorénavant recevoir le 'confort' moderne, ce qui va réduire son authenticité.

Pour l'hôtel Crillon, dont le permis de construire date du 9 septembre 2009, il est inscrit :

« Réaménagement d'un bâtiment de 6 étages avec extension du sous-sol, mise aux normes de sécurité et accessibilité, démolition partielle de planchers du 1er au 6ème étage, suppression de l'ensemble des édicules en toiture et ravalement de toutes les façades d'un bâtiment à usage d'hôtel de tourisme. »

Ce permis de construire a été prorogé d'un an à compter du 9 septembre 2012. Pour cette prorogation voilà ce qui est écrit :

« Réaménagement intérieur de l'hôtel (130 chambres au lieu de 145) avec la construction de plancher en extension du 2ème sous-sol, la création d'une piscine et d'une salle de sport au 1er sous-sol, la démolition partielle de plancher à l'entresol et la modification d'une baie avec dépose de la porte du local bagages, à rez-de-chaussée sur rue. »

Une seconde prorogation a été accordée le 23 juin 2014 :

« Redistribution des locaux du 1er sous-sol au 6ème étage, création d'une galerie de liaison au parc de stationnement au 1er niveau de sous-sol, suppression de la mezzanine au droit du salon Gabriel à rez de chaussée et modifications ponctuelles en façade sur rue de l'hôtel Crillon. »

La « surface des bâtiments à démolir » est en tout de 6 999 m2 (54 m2 + 3 380 m2 + 3 565 m2).

Ce bâtiment du XVIIIe siècle est aujourd'hui posé sur plusieurs étages de béton constitués de garages, de piscine, de salle de sport etc. Il n'existe sans doute plus aucune des fondations d'origine. Des planchers vont être partiellement démolis sur les six étages, ce qui veut dire une nouvelle démolition partielle de ce bâtiment du XVIIIe siècle, sans doute afin de construire un ascenseur dans ce lieu qui en compte déjà. Quant à la « suppression de la mezzanine au droit du salon Gabriel à rez de chaussée », je ne sais pas ce que cela signifie.

Cliquez sur les images ci-dessous pour les voir en grand.

Pour la bibliothèque nationale rue de Richelieu et l'Hôtel Tubeuf. Une « autorisation de travaux sur un immeuble classé au titre des monuments historiques » date du 9 janvier 2012. Sur la pancarte il est indiqué : « restauration des menuiseries extérieures de la façade est, de Robert de Cotte » de la Bibliothèque nationale de France.

Une autre pancarte renseigne sur des travaux sur le « quadrilatère Richelieu : redéploiement des départements spécialisés de la BNF, installation des bibliothèques de l'INHA et de l'ENC » dont le « permis de démolir » date du 13 avril 2010. La « nature des travaux » concerne les « Démolitions partielles de planchers et de toitures, percement de murs porteurs. » La « surface hors œuvre nette » est de 13 425 m2.

De l'autre côté des bâtiments, là où se trouve l'entrée pendant les travaux, une pancarte indique un « projet de rénovation du quadrilatère Richelieu » alors que le permis est un « permis de démolir ».

Le Quadrilatère Richelieu est, comme l'indique le site de l'INHA « le berceau historique de la Bibliothèque nationale de France (BNF). Autrefois composé du Palais Mazarin, de l’hôtel Tubeuf, de la galerie Mansart et de deux édifices abritant la Bibliothèque royale, il accueille la BNF dès la première moitié du XVIIIe siècle. »

Détruire plusieurs centaines de m2 de cet ensemble me semble assez scandaleux. Reste à savoir quelles sont les parties qui ont été démolies.

Cliquer sur les photographies pour avoir leur agrandissement.

Article et photographies LM

Voir les commentaires

Découverte d’une partie de l’enceinte parisienne de Charles V datant du XIVe siècle

Des fondations de l’enceinte médiévale de Charles V ont été découvertes lors de travaux d’aménagement d’un nouvel espace vert sur la Place Père-Teilhard-de-Chardin devant la Bibliothèque de l'Arsenal à Paris.

Depuis le 21 septembre et jusqu'au 16 octobre un diagnostic archéologique a été lancé. C'est le moment de se rendre sur place pour voir ce mur médiéval qui encerclait Paris au nord de la Seine. Les fondations visibles à cet endroit se prolongent sous la Bibliothèque nationale et sont en partie accessibles dans ses caves.

Photographies ci-dessous : Au XIXe siècle et peut-être un peu après, entre la Bibliothèque de l'Arsenal et la bâtiment en face de celle-ci, une partie de l'enceinte de Charles V s'élevait toujours.

Article et photographies LM

Voir les commentaires

Robert Doisneau un photographe au Muséum

Du 7 octobre au 18 janvier 2016 la Grande galerie de l'Évolution organise une exposition intitulée Robert Doisneau un photographe au Muséum avec des photographies de 1942-3 et 1990 faites par Robert Doisneau (1912-1994) au sein du Muséum national d'Histoire naturelle à Paris.

Cette exposition permet de rappeler que « Les collections écrites, graphiques, historiques, artistiques et électroniques du Muséum représentent deux millions de documents de toute nature : imprimés, documents graphiques, manuscrits et archives, objets d’art et de collection, périodiques électroniques. » La collection photographique est estimée comprendre plusieurs centaines de milliers de pièces depuis les débuts de la photographie jusqu'à aujourd'hui.

Voir les commentaires

Hadza – Derniers des premiers hommes

Le Jardin des Plantes de Paris expose jusqu'au 31 janvier 2016 une série d'une soixantaine de photographies réalisées par Matthieu Paley chez les Hadza de Tanzanie.

« Petit groupe d’un millier d’âmes, les Hadza, des savanes du nord de la Tanzanie, sont l’une des quelques populations africaines vivant de la chasse et de la collecte, sans élevage ou agriculture. Les Hadza forment un isolat et parlent une langue à clicks, différente de toutes les langues parlées par leurs voisins agriculteurs ou éleveurs, et qui n’est rattachée à aucune autre langue africaine. Leur mode de vie nomade se voit constamment contesté par l’administration de l’État qui souhaite les sédentariser, en même temps que leur territoire est menacé par l’expansion de l’agriculture et de l’élevage, et même par le développement des lois de protection de la nature ou le tourisme. En Afrique, quelques centaines de milliers de gens pratiquent encore une économie dominée par la chasse et la collecte, les plus connus étant les divers groupes de Pygmées dans la forêt équatoriale, et les San ou Bushmen des steppes arides d’Afrique australe. Les Hadza sont l’un de ces peuples, qui témoignent d’une interrelation particulièrement riche avec le milieu naturel et la biodiversité. » Serge Bahuchet, ethnobiologiste et directeur du département de recherche 'Hommes, nature et sociétés' au Muséum national d’Histoire naturelle.

Voir les commentaires

Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine (5) : une technocratisation que l'on appelle liberté et une législation qui ne permet pas une conservation véritable de notre patrimoine.

Photographies ci-dessus : Députés présents au début des débats lors de la discussion générale du projet de loi à l'hémicycle, le lundi 28 septembre vers 17h20 (captures d'écran).

Le Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine a été débattu la semaine dernière en lecture publique à l'hémicycle de l'Assemblée nationale.

POURQUOI CETTE PRÉCIPITATION ? Sa rédaction a été présentée au début du mois de juillet 2015. Les auditions, par les députés de la Commission des Affaires cultures, des instances représentatives concernées ont dû se dérouler pendant la saison estivale des mois de juillet et août ! Le texte est passé ensuite en commission puis à l'hémicycle en septembre, pendant la session extraordinaire, durant des séances se déroulant même après minuit. La conclusion de la première lecture s'est déroulée à 1h du matin, de manière précipitée, avec des votes où les députés n'avaient même pas le temps de lever la main pour voter puisque de toutes les façons les dés étaient jetés depuis le début. Cette brusquerie était d'autant plus étrange que le texte était annoncé depuis plus de deux ans. L'impression générale pour ce premier passage à l'Assemblée nationale fut d'avoir assisté à une PARODIE DE DÉMOCRATIE. Heureusement le Gouvernement n'a pas engagé la procédure accélérée (un passage au Parlement au lieu de deux) comme il l'a fait pour d'autres textes importants (comme pour le projet de loi de modernisation de notre système de santé).

Malgré le temps pris pour sa réalisation LE PROJET DE LOI PRÉSENTÉ AUX DÉPUTÉS N'ÉTAIT PAS FINI. Il a été largement modifié lors de ses deux passages à l'Assemblée nationale par des amendements du député rapporteur sur ce texte (socialiste), par la majorité, et plus surprenant encore par le ministère qui l'a écrit ! Dans ce dernier cas il ne s'agissait pas de quelques amendements, mais de dizaines ! Quant à l’opposition, son rôle a été principalement celui de figurant, seulement une vingtaine de ses amendements ayant été retenus sur les 231 adoptés.

Voici le décompte :

En Commission des Affaires sociales 155 amendements ont été approuvés. Le Gouvernement a fait adopter ses 26 amendements, le rapporteur 97. Sur les 32 restants les deux tiers étaient de la majorité.

À l'hémicycle 76 amendements ont été retenus. Le Gouvernement a fait adopter ses 19 amendements (deux ont été retirés avant discussion) et le rapporteur 17. Sur les 40 restants seulement une grosse dizaine était de l'opposition.

Le texte original comprenait 46 articles. Il en possède maintenant 96 !

LE GOUVERNEMENT A AMENDÉ QUARANTE-CINQ FOIS SON PROPRE TEXTE lors de la première lecture à l'Assemblée nationale !

On aurait pensé qu'un sujet plutôt consensuel comme le patrimoine, l'architecture ou l'art aurait permis une ouverture plus grande. Ce ne fut pas le cas. Mais surtout je le répète il s'avère que ce texte, tel que présenté et travaillé depuis plusieurs mois, n'était même pas fini.

Il s'agit d'une OCCASION RATÉE. Malgré ces changements la rédaction me semble passer complètement à côté des thèmes dont elle s'occupe. Il n'y a aucune vision d'ensemble, aucune philosophie si ce n'est celle d'UN MONDE DE L'ART CENTRALISÉ, SUBVENTIONNÉ ET DE COPINAGE HÉRITÉ DES ANNÉES 1980, UNE OUVERTURE SUR LE PRIVÉ et UNE RÉORGANISATION TROUBLE ET TECHNOCRATIQUE DE LA PROTECTION DE NOTRE PATRIMOINE. Durant les débats on a pu entendre la droite faire l'apologie de l'ancien ministre de la Culture Jacques Lang qui a lancé la soupe politico-culturelle subventionnée. J'ai personnellement vécu cette période et constaté le désastre de cette politique culturelle de subventions centrée seulement sur les accointances avec le gouvernement en place, sur le copinage ; ce que continue de faire l'actuel gouvernement.

POURQUOI MÉLANGER LA CRÉATION ARTISTIQUE AVEC LE PATRIMOINE ET L'ARCHITECTURE ? Finalement le patrimoine se retrouve coincé ici entre la création artistique contemporaine et l'architecture.

Le texte est un FOURRE-TOUT sans logique d'ensemble TECNOCRATIQUE, sans âme. Il fallait faire un effort pour ne pas s'endormir en écoutant les parlementaires. Comme pour les autres projets de loi, ceux-ci ont gobé la trame proposée par le Gouvernement, même si celle-ci conduit droit au mur. Il faut dire que le Gouvernement, comme le rapporteur sont dirigés par des technocrates (du ministère de la Culture pour le premier et de l'Assemblée nationale pour le second). Ne croyez pas que Mme le ministre de la Culture, qui a signé le texte, ait rédigé une ligne de celui-ci (peut-être l'article 1 et encore) puisqu'il y a quelques mois elle n'y connaissait à peu près rien sur le sujet. Il en va de même pour le rapporteur qui n'a pas composé son rapport mais seulement corrigé. C'est un ou plusieurs administrateurs du Parlement qui l'ont écrit.

UNE LIBERTÉ TRÈS RELATIVE. Dans ces conditions le premier article constitué de cette seule phrase « La création artistique est libre » prête à sourire. Tout le reste du projet de loi démontre le contraire, avec son affirmation de la main-mise du Gouvernement sur une partie de la création artistique à travers ses subventions, ses labels etc., et par sa volonté de tout contractualiser, technocratiser jusqu'à le faire en dehors de débats en proposant aux parlementaires d’accepter d'habiliter le Gouvernement à légiférer par voie d’ordonnance, c'est à dire seul, sans débat (c'est tout le sujet du titre III). Aujourd'hui essayer de vivre de son art en France est infernal lorsque l'on reste dans les clous. Avant même de faire un bénéfice il faut payer l’État sur les ventes. Seules les grosses structures culturelles et les artistes internationaux peuvent survivre dans ce système.

La phrase de l'article 1 prête aussi à sourire (toujours plutôt jaune) quand on sait ce que ce Gouvernement, comme le précédent, appelle de la 'création artistique' : des godemichets géants, des représentations du chaos ... enfin du pipi-caca-popo qui ne trouve sa texture que dans la provocation, la violence, la confusion... un art contemporain revendiquant le laid et le désordre qui ne doit cependant pas dépasser certaines limites imposées par la classe politique.

Ces choix des dirigeants publics de montrer l'horreur, leur manque d'éthique, de finesse, d'intelligence sont à l'origine des extrémismes qu'ils veulent combattre par cet article, alors qu'ils ne font que les attiser. Les choix artistiques plus que douteux d'aller vers l'horreur ne font que le jeu des extrémismes qui malgré leurs idéologies moyenâgeuses semblent d'une valeur morale supérieure. Nous sommes dans une mélasse entretenue consciemment ou par bêtise par une grande partie de nos 'élites'. Si on ne veut pas la barbarie, il ne faut pas jouer avec !

Cet acharnement a vouloir TOUT CONTRACTUALISER, TOUT ORDONNER SELON UNE VISION TECHNOCRATIQUE et anti-libertaire, à faire payer les utilisateurs d'internet, cette manière de tisser une toile d'araignée, de vouloir légiférer par ordonnances… tout cela s'accorde mal avec la liberté de création.

Cet article sur la « liberté de création artistique » n'est qu'un EFFET D'ANNONCE, une réplique à des événements récents. Comme on peut le lire dans l'Étude d'impact du projet de loi au niveau législatif, cela ne change presque rien : « Cette reconnaissance par le législateur ne va pas modifier substantiellement l’état du droit dans la mesure où la liberté artistique a toujours été appréhendée par l’intermédiaire de la liberté d’expression qui peut se prévaloir d’un ancrage constitutionnel et constitue l’un des droits fondamentaux. » Un autre effet d'annonce a été, pendant le passage de ce projet de loi à l'Assemblée nationale, de proclamer une hausse du budget de la Culture pour 2016 alors qu'au moins pour les deux années précédentes celui-ci a baissé.

Ce qui m'a frappé dès le début des débats à l'hémicycle de l'Assemblée nationale c'est que, dans les interventions des députés en discussion générale, on ne trouve AUCUN BILAN SÉRIEUX DE L'OPPOSITION SUR LA SITUATION DE L'ART, DU PATRIMOINE ET DE L'ARCHITECTURE. J'ai montré dans de très nombreux articles de mon blog que celle-ci n'est pas bonne, en particulier dans le secteur public. Il suffit de lire cet article (pourtant loin d'être exhaustif) sur le patrimoine pour s'en rendre compte. Chaque semaine je découvre fortuitement de nouveaux exemples de destructions publiques de notre patrimoine ancien. Tellement que j'ai l'impression d'être au milieu de la BARBARIE. L'Étude d'impact du Gouvernement et le Rapport de la Commission des Affaires culturelles sont très loin de donner une vision d'ensemble de la situation, et surtout une vision impartiale. Cela aurait dû être le rôle de l'opposition de le faire. Mais elle n'a pas entrepris cette critique... et elle n'a pas vraiment eu le temps de le faire.

Les députés semblaient avoir été comme happés par le texte du projet de loi, sans prendre de recul, sans avoir une vision de l'avenir de ces sujets. Tous paraissaient implicitement d'accord sur le fond sans avoir fait de recherches sur la réalité, mis à part pour ce qui concernait leurs circonscriptions ou ce qu'ils ont pu apprendre dans des auditions faites à la va-vite.

On a pu s'apercevoir que le peu de députés présents lors des débats avaient une même VISION DE L'ART ET DES ARTISTES QUELQUE PEU BÉNI-OUI-OUI. Par exemple pour eux, si des œuvres artistiques contemporaines ont été vandalisées c'était obligatoirement par d'affreux extrémistes réactionnaires. À aucun moment ils semblaient concevoir que certaines de ces œuvres aient peut-être été vandalisées par les artistes ou leurs amis afin de se faire de la publicité ou simplement par des personnes cherchant à en discréditer d'autres. Tout était pris au premier degré. Dans les propos des députés on ne distinguait pas non plus de critiques des choix artistiques des collectivités publiques, de ces œuvres d'art contemporaines qui « éclairent l'avenir » (ce sont les mots de Mme le Ministre) en présentant le chaos. Aucun débat n'a eu lieu sur ce qu'est une création artistique, de qui décide que cela en est.

Dans la loi les limites de la liberté de création artistique sont les mêmes que celles de la liberté d'expression. Pourquoi faire une distinction ? Le rapporteur l'a expliqué : « En effet, cette liberté est soumise aux mêmes limitations [...] que la liberté d’expression, qu’il s’agisse du respect du droit de propriété et de la vie privée, de la protection de l’ordre public, de la prévention d’un danger pour la jeunesse, de la sanction de l’apologie ou de la provocation à commettre des atteintes graves et irréparables à des vies humaines ou à des biens, des crimes de guerre ou contre l’humanité, des actes de terrorisme, de l’incitation à la discrimination ou à la haine, de la sanction de la diffusion ou de l’exposition d’images ou de représentations d’un mineur à caractère pornographique, de la sanction de la diffusion de messages à caractère violent ou pornographique ou portant gravement atteinte à la dignité humaine. »

Le reste de ce projet de loi est très technique. Cette technocratisation de l'univers artistique et une législation obèse alimentée par ce projet de loi vont encore accentuer la JUDICIARISATION. Du reste une partie importante de ce texte concerne la CONTRACTUALISATION de l'univers artistique.

La schizophrénie actuelle, mélangeant l'ouverture du public au privé et l'étatisation technocratique, est ici présente à travers la MAIN-MISE DE L'ÉTAT SUR UNE PARTIE DE LA CRÉATION, comme cela est exprimé dans les objectifs de la politique culturelle publique, et une PRIVATISATION DE L'UNIVERS CULTUREL au détriment du public. La labellisation de structures culturelles publiques comme privées est une étrange manière de parler de liberté artistique ! Cela crée une sorte d'élite culturelle tout en donnant davantage de pouvoir au privé qui investira de plus en plus le public par ce système de labellisation. Mais la main-mise de l’État ne satisfera pas le privé … personne ne sera content.

Évidemment on fait de la DISCRIMINATION 'positive' au lieu de ne pas faire de discrimination du tout et de favoriser la diffusion artistique pour tous. En ce qui concerne Internet, lorsque le Gouvernement parle de 'diffusion' il le fait surtout en voulant faire payer le grand public. Sur le Net l'art et la culture sont avant tout vus par celui-ci à travers leur MARCHANDISATION. La défense de la culture française n'est pas vraiment sa préoccupation. La DÉFENSE DU FRANÇAIS non plus. Ce sont des amendements des députés qui ont mis en avant l'importance de favoriser la diffusion d'une culture et d'un art en français.

Pour ce qui concerne la réforme juridique des biens archéologiques et des instruments de la politique scientifique archéologique, je ne connais pas assez le sujet pour analyser les articles. Je m'aperçois tout de même que les découvertes archéologiques immobilières faites dans un terrain privé acquis après le 17 janvier 2001 appartiennent à l’État dès leur mise au jour. Quant aux biens archéologiques mobiliers ils sont, à partir de cette loi, présumés appartenir à l’État dès leur découverte.

Pour ce qui est du patrimoine, de nouveaux articles font des propositions afin de permettre la conservation de patrimoines et bien culturels en péril dans le monde. Ce projet de loi entreprend aussi « la modernisation du droit du patrimoine et la promotion de la qualité architecturale ». Je ne connais pas précisément l'organisation à ce niveau. Je remarque que les délimitations autour des biens faisant partie du patrimoine mondial deviennent des « zones tampons » qui ne sont pas obligatoires et délimitées par « l'autorité administrative » ce qui est très vague. La Commission nationale des monuments historiques devient la Commission nationale des cités et monuments historiques. Celle-ci peut contenir des membres d'associations ou de fondations privées. Ses membres sont désignés selon un décret en Conseil d’État. C'est aussi le cas pour la Commission régionale du patrimoine et des sites qui devient la Commission régionale du patrimoine et de l’architecture.

Une bonne chose est d'instituer que les effets mobiliers attachés à perpétuelle demeure à un immeuble (ou une partie) classé ou inscrit au titre des monuments historiques ne peuvent en être détachés sans autorisation de l’autorité administrative. Concernant les « cités historiques » je lis que « Dans le périmètre d’une cité historique, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l’état des parties extérieures des immeubles... » Cela me semble étrange de protéger seulement les parties extérieures des immeubles et pas l'intérieur et les autres éléments intégrés à la cité historique. De plus la législation est compliquée, difficile d'accès, et finalement donne l'impression que tout est possible dans la mesure ou rien n'est compréhensible ; et surtout il me semble que CETTE NOUVELLE LÉGISLATION EST ENCORE PLUS FAIBLE QUE LA PRÉCÉDENTE POUR SAUVEGARDER NOTRE PATRIMOINE. Les amendes sont légères en cas de non suivi des règles concernant la destruction d'immeubles classés ou inscrits, de 6 000 € pour une personne physique ou 30 000 € pour une personne morale. Cela me paraît aisé de contourner la loi telle qu'elle est écrite.

Quant aux parties donnant l'habilitation au Gouvernement de légiférer sur le code du cinéma et de l’image animée, le code du patrimoine (dispositions communes à l’ensemble du patrimoine culturel, bibliothèques, archéologie, monuments et cités historiques...)... cela me semble scandaleux.

Ce projet de loi va maintenant passer au Sénat pour sa première lecture en Commission des Affaires culturelles puis en séance. Pour le moment aucune date n'a été fixée. Les auditions de cette commission sur ce sujet ne semblent pas avoir débuté (voir ici). Sans doute les groupes parlementaires ont commencé à le faire. Espérons-le, car le niveau des débats à l'Assemblée nationale était particulièrement faible malgré l'enfumage juridique et technocratique qui ferait prendre n'importe quel artiste d'avant-garde pour un imbécile notoire et le plus honnête défenseur du patrimoine pour un forcené rétrograde.

Voir les commentaires

Être femme sous Louis XIV, du mythe à la réalité.

Être femme sous Louis XIV, du mythe à la réalité est le titre de la nouvelle exposition temporaire automnale du Musée-Promenade de Marly-le-Roi / Louveciennes qui a lieu du 3 octobre au 2015 au 14 février 2016.

Le château de Marly était la résidence intime du Roi-Soleil. Il fut détruit durant le Premier Empire. Le Musée-Promenade est situé à l'entrée du domaine. Au rez-de-chaussée quelques oeuvres d'époque rappellent le passé de l'endroit. La nouvelle exposition est en sous-sol.

Il s'agit d'une très intéressante rétrospective sur le sujet de la femme sous Louis XIV, en particulier chez les aristocrates de l'époque, à travers une centaine d’œuvres prêtées par la Bibliothèque nationale de France et des musées de toute la France.

Ceux qui aiment la mode de cette époque seront ravis car de multiples documents de qualité en témoignent : des gravures, des peintures, des livres et quelques objets d'art autour de la toilette, thème qui occupe une pièce. J'ai pris de nombreuses photographies que l'on peut voir un peu plus loin.

Photographie de gauche : « Marie-Adélaïde de Savoie, duchesse de Bourgogne, d’après JB. Santerre, première moitié du XVIIIe siècle, Musée-Promenade, dépôt du château de Versailles, © Musée-Promenade - Jean-Yves Lacôte. »

Photographie de droite : « L’Écaillère, Pierre Brébiette, XVIIe siècle, eau-forte, musée Carnavalet, © Musée Carnavalet – Roger Viollet. »

Photographies ci-dessous : « La Princesse Palatine, N. Bonnart, vers 1675, eau-forte, Musée-Promenade, © Musée-Promenade. » « Madame le Duchesse d'Orléans » est décrite ici « dans son habit de Campagne ». Il s'agit d'un accoutrement d'homme, excepté qu'elle porte une robe.

Photographies ci-dessous : « Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon, d’après P. Mignard, vers 1700, Musée-Promenade, dépôt du château de Versailles. © Musée-Promenade - Jean-Yves Lacôte. »

Photographies ci-dessous : Détail d'une gravure de vers 1634-1636 d'Abraham Bosse (1604-1676) intitulée Le Mariage à la ville : le retour du baptême.

Photographies ci-dessous : Détail d'une estampe de Pierre-Jean Mariette (1694-1774) représentant Madame la duchesse du Maine (1676-1753). On le voit, la mode est très différente de quelques années auparavant. Sur le visage on pose beaucoup de mouches.

Photographies ci-dessous : Portrait de Marie-Thérèse de Bourbon-Condé, princesse de Conti (1666-1732). Huile sur toile. Après 1688.

Photographie ci-dessous : Détail d'une gravure almanach pour l'année 1680 : À la Gloire de la France et le Bonheur de l'Espagne.

Photographie ci-dessous : Madame de Guéméné (1606-1685).

Photographies ci-dessous : La Galerie du Palais. Eau-forte d'Abraham Bosse de vers 1638. Cette gravure représente trois boutiques dans une galerie, une de livres, une autre d'accessoires de mode (éventails, gants...) et une troisième de dentelles, cols etc..

Photographies ci-dessous : Le Savetier. Estampe d'Abraham Bosse de vers 1634-1636.

Photographies ci-dessous : Gravure intitulée La Couturière.

Photographies ci-dessous : Le Parfumeur français... de Simon Barbe. Livre du XVIIe siècle.

Photographies ci-dessous : Petits pots couverts de toilette, sans doute à onguent, et boîte ronde pour savon ou éponge, en porcelaine tendre de Saint-Cloud de la fin du XVIIe siècle ou du début du XVIIIe.

Photographie ci-dessous : Flacons de senteurs.

Photographie ci-dessous : Il est possible dans cette exposition de sentir quatre parfums du XVIIe siècle reconstitués d'après des recettes originales.

Voir les commentaires

Le Musée d’art et d’histoire de Genève

Le Musée d’art et d’histoire de Genève gratifie son public de plusieurs expositions jusqu'au 31 décembre 2015.

Dans la première il sort de ses réserves une sélection des plus belles pièces de Peintures italiennes et espagnoles à l’occasion de la publication d’un catalogue raisonné. 

Jean-Pierre Saint-Ours : Un peintre genevois dans l'Europe des Lumières est le titre d'une autre exposition . Celle-ci fait découvrir cet artiste (1752-1809) en réunissant une centaine de ses peintures, « dont certaines inédites », avant la publication du catalogue raisonné de son œuvre peinte.

Photographie : Portrait de Jacques Trembley-Jaquet (1753-1817) dans la campagne genevoise, avec vue sur le lac, par M. Saint-Ours, 1798. Huile sur toile de 66 x 82 cm. Collection privée. © MAH, photo : Maurice Aeschimann. 

Enfin il est à noter l'exposition Rénover Agrandir. En France aussi ces deux mots sont dans la bouche de tous ceux qui veulent bétonner et moderniser des lieux du patrimoine ancien utilisés comme musées.

Voir les commentaires

Le nouveau Musée de l'Homme

Le nouveau Musée de l'Homme ouvre le 17 octobre prochain, après six années de travaux dans le palais de Chaillot à Paris.

Une nouvelle fois on assiste à une agression sur un bâtiment ancien.

La partie du dossier de presse sur « Le projet architectural » commence ainsi : « Le Musée de l’Homme bénéficie d’un emplacement exceptionnel dans l’aile Passy du Palais de Chaillot. Le projet architectural ne modifie en rien l’apparence extérieure mais derrière les façades monumentales de ce bâtiment historique de 1937, tout est différent. retour sur une métamorphose fonctionnelle, lumineuse et réversible. »

Réversible... mais pas pour ce qui a été détruit : « […] les structures verticales et les planchers de tout le corps central ont dû être consolidés, voire remplacés […] Les architectes ont ouvert le musée sur son environnement, ils ont fait entrer la lumière en valorisant les ouvertures existantes et en créant un nouveau puits de lumière dans le pavillon de tête par la suppression du plancher du salon de musique qui occultait, depuis le premier niveau, la verrière héritée du palais de Davioud. »

Pour résumer, si vous voulez voir un bâtiment construit dans les années d'avant-guerre, surtout restez à l'extérieur du musée de l'Homme... à l'intérieur « tout est différent ».

Il est nécessaire d'ajouter que le Musée de l'Homme est né avec le Palais de Chaillot, et que c'est extrêmement dommage de ne pas avoir cherché à conserver au moins des bribes de la mise en scène d'origine !

Et oui, l'homme sous ses allures d'architecte ou de directeur de musée peut aussi être un vrai sauvage. Vivement qu'il évolue !

Photographies du dossier de presse.

Voir les commentaires

Le château de Versailles

La direction calamiteuse du château de Versailles se poursuit. Cette fois il s'agit de détruire un escalier de service menant aux appartements de la Reine appelé 'escalier Fleury' afin d'y installer une climatisation (article de Le Point du 29 septembre 2015). 

Je rappelle que dernièrement un jardin moderne a été aménagé dans les jardins de Versailles de Le Nôtre, que trois bâtiments lui appartenant vont être transformés en hôtel, que les choix artistiques contemporains qui y sont exposés régulièrement sont plus que polémiques, que l'utilisation de fac-similés à la place de vraies peintures y est fréquente, que les restaurations sont souvent douteuses, que le garde-meuble de Louis XVI du château vient d'être vendu pour être découpé en appartements, que le château sert pour des fêtes décadentes comme celle récemment pour le président de la République populaire de Chine (n'est-ce pas décadent d'inviter le président d'une dictature ?)... C'est déjà beaucoup non ?

Le château de Versailles et le Louvre sont deux institutions culturelles qui prennent depuis quelques années une direction alarmante.

Voir les commentaires

Le thème du fantastique dans l'estampe

Au Petit-palais de Paris, deux expositions rendent un hommage au fantastique à partir du 1er octobre 2015 jusqu'au 17 janvier 2016.

La première Kuniyoshi, le démon de l’estampe fait découvrir pour la première fois en France près de deux-cent-cinquante œuvres du graveur japonais Utagawa Kuniyoshi (歌川 国芳, 1797 ou 1798 - 1861).

La seconde, L’estampe visionnaire, de Goya à Redon expose plus de cent-soixante-dix estampes en noir et blanc provenant des collections de la Bibliothèque nationale de France.

D'abord il est nécessaire de dire que les programmateurs et les réalisateurs de cette double exposition ont une vision très réduite du thème du fantastique. On entre dans cette exhibition par une arche dont la partie supérieure est un squelette, et un autre nous dit adieu à la fin de celle-ci. Pourtant les estampes de Kunioshi sont loin de l'esprit morbide des organisateurs avec ses chatons, ses animaux géants ou ses guerriers multicolores.

La vision réduite de leur 'fantastique' est en particulier évidente dans la seconde exposition. Mais avant d'en parler continuons avec la première qui présente des estampes et peintures de Utagawa Kuniyoshi (qui aurait produit plus de dix-mille oeuvres), provenant pour l'essentiel d'une collection particulière japonaise. On y glane d'intéressantes informations sur les gravures polychromes japonaises dont les débuts sont relativement récents : 1765. En France les estampes japonaises deviennent à la mode dès le milieu du XIXe siècle. Claude Monet (1840-1926) appartient à la première génération des amateurs de celles-ci. Il commence sa collection en 1846 à l'âge de seize ans « profitant des emballages de produits exotiques débarqués au Havre ». Il rassemble plus de deux-cent-trente de ces gravures. Auguste Rodin (1840-1917) est un autre de ces amateurs connus. Il « réunit plus de deux cents gravures, livres, albums et dessins japonais ».

Après avoir fait état du 'japonisme' de la seconde moitié du XIXe siècle en France, l'exposition suit donc le parcours artistique d'Utagawa Kuniyoshil et les sujets qu'il développe. Une salle très intéressante est aussi consacrée à la fabrication des estampes polychromes japonaises, avec notamment une planche gravée sur du cerisier. Il est impressionnant de voir comment le sculpteur à partir de cette matière brute arrive à permettre des estampes dont les traits sont d'une grande finesse ressemblant à ceux du pinceau.

Photographies du haut : Estampe d'Utagawa Kuniyoshi, de la série Mitate Chochingura datant de vers 1848-1850, provenant de la collection de Claude Monet.

Photographie de gauche : « Utagawa Kuniyoshi (1797-1861), Jeune femme se coupant les ongles (série « Univers de femmes »), vers 1843-1844. Nishiki-e, éventail uchiwa (22 × 29 cm). Collection particulière. Photo : Courstesy of Gallery Beniya. »

Passons à l'autre exposition, puisqu'on ne peut y échapper si on souhaite voir la première. Si en France la finesse n'est pas toujours au rendez-vous de l'humour, surtout ces cinquante dernières années, on peut dire que cette période a inventé 'l'humour glauque'. Enfin j'espère qu'il s'agit d'humour... Cette manifestation a tout d'abord une vision très étroite du fantastique limitée à l'infernal, au morbide, au sordide. Surtout elle oublie je crois certains fondements de ce genre de représentations. Souvent il s'agit d'anciens mythes ou pratiques religieuses que le nouveau courant dominant diabolise. Ensuite il y a au XIXe siècle une compréhension chez certains artistes de la décadence de leur temps. Et puis il y a la fonction cathartique de ce genre de représentations utilisées depuis le Moyen-âge.

L'exposition commence avec une gravures de sorcières, se poursuit avec des exemples de Goya, Jacques Callot, Albrech Dürer... se poursuit sur trois générations successives d’artistes, celles d’Eugène Delacroix, de Gustave Doré et d’Odilon Redon.

Je le répète il est dommage que cette manifestation fasse la part belle au macabre et au cauchemar, comme si on en avait besoin aujourd'hui où cela se trouve, sans chercher, dans les médias et même dans la rue. De plus le titre est très ambigu dans la mesure où il est question d'« estampe visionnaire ».

Enfin pour tout dire je suis sorti de là avec soulagement, comme quelqu'un qui s'extrairait du brouillard pour se retrouver en pleine lumière... surtout que le Petit-palais a une collection fantastique qui parcourt toute l'histoire des beaux-arts occidentaux avec des exemples merveilleux pour chaque époque et beaucoup moins nombreux qu'au Louvre, ce qui permet d'avoir une vision exhaustive et raffinée de l'histoire de l'art occidental. J'en reparlerai.

Photographie ci-dessous : Ce bronze de la collection permanente du Petit-palais (qui ne se trouve pas dans les expositions temporaires dont il est question dans cet article) représente une sirène. Cet animal fantastique au corps d'oiseau et à la tête de femme représente l'harmonie divine et ses rythmes merveilleux. Durant l'Antiquité ce mythe fut remplacé progressivement par celui de la muse... la sirène devenant la représentation d'un être affreux de l'ancien temps. Il s'agit d'une anse de chaudron en bronze de vers 700 avant J.-C. d'Urartu ou Syrie du Nord.

Voir les commentaires

Corps et âmes, sculpter l’Homme et les dieux dans l’Antiquité

Jusqu'au 31 mars 2016 le musée de Jublains (département de la Mayenne en région Pays de la Loire) expose les collections de sculptures et céramiques grecques et romaines du musée de Château-Gontier avec près de cent-cinquante « œuvres, sculptures, céramiques, reliefs, étudiées et restaurées pour l’occasion » dans l'exposition intitulée Corps et âmes, sculpter l’Homme et les dieux dans l’Antiquité.

La collection du musée du Pays de Château-Gontier en Mayenne a été constituée par Pierre-Aristide Boullet-Lacroix voyageur et collectionneur qui l’a léguée à sa ville en 1848.

Je ne sais pas si les objets d'art ont une âme... ce qui est sûr c'est qu'ils transmettent quelque chose et ouvrent la notre à d'autres horizons.

Voir les commentaires

Merveilleuses & merveilleux