Grandeur d'âme

LaVeritableGrandeurdAme300lmPhotographies : La Véritable grandeur d'âme … (Paris, Delusseux, 1725) est un petit livre (18 x 11 cm) sur un grand sujet.

LaVeritableGrandeurdAmeHonneur531lm© Article et photographies LM

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Danseurs, vers 1854.

StereotypeCrinoline3-620Photographies : Stéréoscopie représentant des danseurs lors d'un bal. Si l'on s'en réfère à leurs habits, elle daterait de vers 1854, c'est à dire aux débuts de l'invention de l'appareil stéréoscopique qui permet de prendre deux clichés en même temps afin d'avoir une double photographie qui lorsque mise dans une visionneuse spéciale donne à voir en relief.

© Article et photographies LM

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L'art d'aimer au Moyen-âge

carole300La bibliothèque de l’Arsenal à Paris nous a gratifiés jusqu’à la semaine dernière d’une très belle exposition intitulée L’Art d’Aimer au Moyen-âge. Celle-ci est toujours visible ici.

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Servir le thé, le café ou le chocolat au XVIIIe siècle.

thePhotographie : Porcelaines de Saint-Cloud présentées à la vente par la maison Beaussant Lefèvre à Drouot Richelieu (Paris) le vendredi 22 février. Voir le catalogue ici. « (Pâte tendre) Deux gobelets de forme tronconique et leur présentoir, décorés en camaïeu bleu de réserves rectangulaires à coins arrondis à fond bleu entourés de motifs de lambrequins et de dentelles. Marqués au soleil. XVIIIe siècle. (Égrenures). Diamètre : 14 cm ». © Beaussant Lefèvre. Photographie du catalogue.
Le Théier  (Camellia sinensis) ou arbre à thé est un arbuste sauvage provenant d'Extrême-Orient largement cultivé. Le thé est consommé en Europe à partir du XVIIe siècle, comme le chocolat et le café. Ces boissons donnent naissance à de nouveaux lieux et pratiques de consommation et de sociabilité, ainsi qu'à de nouveaux services associés à l'argenterie mais aussi à la céramique et en particulier à la porcelaine dure d'importation asiatique et son imitation occidentale en porcelaine dite tendre, et en porcelaine dure européenne au XVIIIe siècle.
Les services à thé, à café ou à chocolat sont de diverses sortes. Le service cabaret comprend une verseuse, un sucrier, un pot à lait et deux tasses avec soucoupe, sur un plateau. Le service solitaire est un plateau avec une tasse et sa soucoupe et un sucrier. Le tête-à-tête contient deux tasses et leur soucoupe avec le sucrier.

Je crois que c'est à la manufacture de Saint-Cloud que l'on invente la tasse trembleuse. Ce dernier nom est donné au XIX e siècle. Auparavant on dit tasse enfoncée. On parle aussi de tasse à la reine, imaginée pour boire commodément le lait fraîchement trait dans la ferme construite à Versailles pour la reine de France Marie-Antoinette. Elle se distingue soit par une ou deux anses, soit surtout par le logement creux de la soucoupe dans lequel elle s’encastre. Elle est toujours munie d’un couvercle. Le corps est presque cylindrique avec une anse en général torsadée, et le couvercle est muni d’un bouton. Le motif principal du décor est placé légèrement en haut de la tasse afin de laisser une partie inférieure blanche qui s’encastre dans la soucoupe creuse. Le terme 'trembleuse' évoque des mains qui tremblent. Le logement creux de la tasse et l’anse, ou les anses, en facilitent le maniement et permettent de servir un liquide chaud à une personne alitée. Plusieurs tasses trembleuses sont visibles ici.

© Article LM

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Le teint en représentation

mortier500Photographies : « Coffret en bois de rose, contenant mortiers à fard et tampons applicateur » de la fin du XVIIIe siècle. © Musées Gadagne.

mortierdetail300Les musées Gadagne à Lyon présentent du 7 février au 10 mars 2013 une exposition « Le teint entre en scène ! » qui fait suite à celle de 2011 intitulée « Lèvres de luxe », toutes deux visant à valoriser l’histoire de l’industrie de la dermato-cosmétologie à Lyon, dans le passé, aujourd’hui et pour le futur. Plus de 200 objets provenant de collections privées sur le maquillage et sa mise en scène sont exhibés.

La relation avec le théâtre que souligne celle-ci n’est pas anodine comme je l’ai écrit dans l’article intitulé Maquillage. Nous sommes dans le domaine de la représentation et de la beauté.

Les objets de toilette en général sont parfois très raffinés avec notamment des « flacons à parfum en cristal enserrés dans des montures en or, flacons à sels en écaille, étuis en vernis Martin, vinaigrettes en émail, flaconniers en bronze ou en céramique, boîtes à mouches en ivoire ou en nacre » …. « Conçus pour la table de toilette ou la poche, voire suspendus en châtelaine ou en pendentif, ces objets, volontiers multifonctionnels, sont de véritables oeuvres d’art exécutées, pour certaines, dans des matériaux précieux et, pour d’autres, grâce à des techniques nouvelles : nécessaires en jaspe vert ou en écaille, flaconniers en galuchat … » Voir aussi l’article intitulé Les Objets de parfums que l'on porte sur soi au XVIIIe siècle. Des boîtes à mouches sont visibles ici

A noter que jusqu’au 5 mai 2013 les musées Gadagne présentent aussi une exposition sur Lyon au XVIIIe siècle

Photographies : « Vinaigrette « papillon » en or et décor émaillé 18ème ». © Musées Gadagne.

papillon500© Article LM

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Conversations précieuses

ScuderyConversationsReliureTitreDetail300lmPhotographies : « Conversations sur divers sujets : par Mademoiselle Scuderi ; tome premier. A Lyon, Chez Thomas Amaulry, Rue Merciere. M. DC. LXXX. [1780] Avec Privilege du Roy. »
ScuderyConversationsReliureTitre300lmVoici quelques exemples de nouveaux mots et expressions des précieuses récoltés par Antoine Baudeau sieur de Somaize (né vers 1630), dans son livre Le grand dictionnaire des précieuses, Ou la Clé de la langue des ruelles (1660) :
Au lieu de … la précieuse dit
" Asseyez-vous s’il-vous-plaît " - " Contentez, s’il vous plaît, l’envie que ce siège a de vous embrasser "
" Aimer " - " Avoir un furieux tendre "
" Un homme d’affaire " - " Un inquiet "
" Vous me témoignez une grande affection "- " Vous m’encendrez et m’encapucinez le coeur. "
" Être belle " - " Être dans son bel aimable "
" Le boire " - " Le cher nécessaire "
" Les belles choses " - " La force des mots et le friand du goût "
" Ah ma chère, je n’ai rien vu de beau aujourd’hui. " - " Quelle pauvreté ! ma chère, je n’ai pas vu une chose raisonnable aujourd’hui. "
" La boutique d’un libraire " - " Le cimetière des vivants et des morts "
" Fort commun " - " Du dernier bourgeois "
" Le cerveau " - " Le sublime "
" Se mettre en colère " - " Pousser le dernier rude "
" Être en couches (accoucher) " - " Sentir les contrecoups de l’amour permis "
" La grossesse " - " Le mal d’amour permis "
" Le cul " - " Le rusé inférieur "
" Les cannes remplies de rubans " - " Les filles de la mode et de la galanterie "
" Le cours (avenue plantée d’arbre) " - " L’empire des "œillades "
" Les dents " - " L’ameublement de bouche "
" Dîner " - " Donner à la nature son tribut accoutumé "
ScuderyConversationsJardindesTuileries300lm" Je ne me suis point divertie jusqu’ici " - " J’ai été jusqu’ici dans un jeûne effroyable de divertissement. "
" Avoir beaucoup d’esprit " - " Être un extrait de l’esprit humain "
" Un éventail " - " Un zéphyr "
" Un verre d’eau " - " Un bain intérieur "
" Avoir de l’esprit et n’en avoir point la clef " - " Avoir un oeuf caché sous la cendre "
" Un éloignement " - " Une quitterie "
" Le galant " - " L’alcoviste "
" Les joues " - " Les trônes de la pudeur "
" La jalousie " - " La perturbatrice du repos des amants "
" Les larmes " - " Les perles d’Iris "
" Il ne sait pas du tout la manière de faire les choses " - " Il ne sait pas du tout le bel air des choses "
" Le miroir " - " Le conseiller des grâces "
" Se marier " - " Donner dans l’amour permis "
" Une main " - " une mouvante "
" Vous m’estimez trop " - " Je suis trop avant dans le rang favori de votre pensée "
" Une menteuse " "- " Une diseuse de pas vrai "
" Le masque " - " Le rempart du bon teint ou l’instrument de la curiosité "
" La mode " - " L’idole de la cour "
" La musique " - " Le paradis des oreilles "
" Nager " - " Visiter les naïades "
" Le nez " - " Les écluses du cerveau "
" Toutes les bonnes choses abondent à Paris " - " Paris est le grand bureau des merveilles et le centre du bon goût "
" Les pieds " - " Les chers souffrants "
ScuderyConversationsDesPlaisirs300lm" Il pleut " - " Le troisième élément tombe "
" J’avoue que ce portrait est tout à fait beau " - " J’avoue que ce charmant insensible est furieusement beau "
" Le papier " - " L’interprète muet des coeurs, ou l’effronté qui ne rougit point. "
" La poésie " - " La fille des dieux "
" Railler " - " Dauber sérieusement "
" Les sièges " - " Les commodités de la conversation "
" Sentez un peu des gants là " - " Attachez un peu la réflexion de votre odorat sur ces gants là "
" Je suis surprise de cela " - " Je suis si surprise de cela que les bras m’en tombent "
" Le soleil " - " Le flambeau du jour, ou l’aimable éclairant "
" Les soupirs " - " Les enfants de l’air "
" Le secret " - " Le sceau de l’amitié "
" Tout à fait " - " furieusement "
" Les tétons " - " Les coussinets d’amour "
" La tristesse " - " L’ennemie de la santé "
" Vulgaire " - " Marchand "
" Le vent " - " L’invisible "
" Les verres " - " Les fils du vent et de l’argile "
" Les yeux " - " Les miroirs de l’âme "
" Le zéphyr " - " L’amant des fleurs "
" L’Amour " - " Le dieu de la propreté, de l’invention et de la galanterie "
ScuderyConversationsDeLaConversation300lmD’autres textes d’Antoine Baudeau sieur de Somaize donnent des informations importantes sur les précieuses, dont trois comédies qui les mettent en scène (voir la bibliographie qui suit). Si les précieuses témoignent le mieux du goût pour l'invention de nouveaux mots qu'ont les petits-maîtres, ont en a aussi d'agréables exemples par la suite. Il en est entièrement question dans Des Mots à la mode et des nouvelles façons de parler. Avec des observations sur diverses manières d’agir & de s’exprimer (1692) de François de Callières (1645-1717). On y apprend entre autres que les jeunes gens de la noblesse aiment à inventer de nouveaux mots et expressions. C’est un phénomène lié à la mode qu’on retrouve d’une façon récurrente chez les petits-maîtres et les petites maîtresses comme c’est le cas pour les incroyables et les merveilleuses qui ont leur langage, leur façon de parler et leur accent. Ce sont ces mots qui ont régulièrement enrichi les dictionnaires : « trouvez bon que je vous dise que ces colifichets de mots nouveaux mal inventés, & de façons de parler mal appliquées, ne sont que des ouvrages de quelques jeunes gens évaporés & ignorants qui s’en servent sans savoir pourquoi. / Ha, mon cher Cousin, s’écria la Dame, je suis bien fâchée d’être obligée de vous dire que ces sentiments là vous donnent d’un air de vieillard, & que ces jeunes gens à qui vous en voulez tant, ne voudraient pas vous ressembler. […] ma belle Cousine, ajouta-t-il en se radoucissant, […] revenons à vos mots nouveaux. ». Voici les ouvrages d'Antoine Baudeau Somaize consacré au courant des précieuses avec, excepté pour un, le lien vers le livre édité sous forme électronique :
Le Grand dictionnaire des précieuses, Ou la Clé de la langue des ruelles, 1660. Voir à partir de XLI.
Le Grand dictionnaire des précieuses : historique, poétique, géographique, cosmographique, chronologique et armoirique où l'on verra leur antiquité, coutumes, devises, éloges, études, guerres, hérésies, jeux, lois, langage, moeurs, mariages, morale, noblesse ; avec leur politique, prédictions, questions, richesses, réduits et victoires, comme aussi les noms de ceux et de celles qui ont jusqu'ici inventé des mots précieux, Paris, 1661.
Le Grand dictionnaire historique des précieuses.
Les Véritables Précieuses, Comédie, Paris, 1660.
Les Précieuses ridicules, Comédie, Paris, 1660.
Le Procès des Précieuses, Comédie, Paris, 1660.
Alcippe, ou du Choix des galants…, 1661.

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La mignonne et le mignon

DucdEpernoncentre300lm.jpgPhotographie 1 : Jean Louis de Nogaret, seigneur de La Valette et de Caumont, duc d'Épernon (1554 – 1642), surnommé « le demi roi », et un des deux archimignons d'Henri III (plus d'informations sur ce personnage dans Wikipedia). Gravure de vers 1650. On remarque qu'il porte une perruque blonde, bouclée (à moins que ce soit ses cheveux blondis et bouclés comme c'était la mode), une moustache relevée, une barbichette, un col avec de la dentelle sur une cuirasse (jusqu'au XVIIIe siècle, nombre d'hommes vont en guerre avec de la dentelle). Il est représenté assez vieux ici. Il meurt à 88 ans et vit sous les règnes successifs de trois rois : Henri III, Henri IV et Louis XIII. Cette gravure est tirée de Theatrum Europaeum, ouvrage édité de 1629 à 1650 par Matthäus Merian (éditeur germano-suisse : 1593 - 1650) et ses héritiers, et concernant la topographie européenne et les événements politiques et militaires pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648). La page fait 19,5 x 32,5 cm, et la gravure : 10,5 x 14,5 cm. Cette estampe reprend une autre plus ancienne.

Photographies 2 et 3 : Gravure provenant de ce qui est souvent considéré comme le premier livre de mode : Habiti Antichi, et Moderni di tutto il’Mondo de Cesare Vecellio (Venetia, Gio Bernardo Sessa, 1598). La page fait à peu près 17 x 11 cm. Il s'agit de la seconde édition originale contenant 507 figures sur bois, alors que la première de 1590 en a 87 de moins. Ici nous avons un des types de mignons avec son sombrero décrit dans l’article et le bilboquet. Il est blond avec une barbe pointue. Il a une boucle d'oreille, une fraise et on remarque de nombreux galons sur ses habits. Certaines autres pages présentent d'autres modes des mignons de l'époque. Les voici dans une édition de 1664 : page 198, page 203 (ici on remarque particulièrement le bijou sur sa poitrine qui est peut-être une montre, la braguette apparente qui est une mode surtout de la première moitié du XVIe siècle, le haut-de-chausses court et bouffant), page 208 (la toque sur le côté avec une touffe de plumes, la fraise, le pourpoint avec des crevés, la ceinture, le haut-de-chausses bouffant ...)

On désigne par 'mignonne' ou 'mignon' une jolie personne dont la beauté attendrit. On utilise aussi ces termes, plus accessoirement, comme des synonymes de maîtresse et d'amant, et pour des jeunes gens particulièrement beaux qui suivent un ou une aristocrate.

HabitiAntichiEModerniFrancese300lmSi ces mots ne semblent pas apparaître en France avant le XVe siècle, ceux qu'ils définissent existent depuis bien plus longtemps. C’est le cas durant l’Antiquité avec l’aristocratie romaine qui parfois s’entoure d’une nombreuse cour constituée en partie de gracieux individus qui se distinguent par la beauté de leur physique, de leurs manières et de leurs habits. Certains hauts personnages aiment à parader avec un lourd équipage particulièrement gracieux constitué de mignons et mignonnes. Sénèque (4 av. J.-C. - 65 ap.) critique cela dans certaines de ses lettres. Cette pratique se perpétue aux siècles suivants dans les grandes familles de la Renaissance italienne et même en France.

Le terme de mignon est très usité au XVIe siècle. La plus célèbre mignonne est sans doute celle du poème de Ronsard (1524-1585) « Mignonne, allons voir si la rose ... » (lire ici), composition faite pour une petite-maîtresse. Ce texte se situe en plein milieu de cette mode.

On désigne aussi par 'mignon' un favori d'un grand seigneur et ceux qui lui ressemblent. Il naîtrait sous Charles VIII de France (Charles VIII l'Affable : 1470 – 1498). Le mot vient d'Espagne. On le trouve en France dans des textes de 1494.  Il semble que l'on désigne comme archimignons, les deux plus proches collaborateurs d'Henri III (1551-1589).

Ce n’est qu’à partir de ce roi que le terme prend une valeur homosexuelle, ceci afin de se moquer de ces courtisans raffinés dans un contexte de guerres de pouvoir et de religion. La Description de l'île des Hermaphrodites, ouvrage sans doute de Thomas Artus Sieur d'Embry, publié du temps d'Henri IV (1553-1610), est un pamphlet sur les mignons d'Henri III. Le livre commence par un frontispice avec l'image d'un hermaphrodite (voir ici) sous lequel est écrit qu'il ne sait trop s'il doit être un homme ou une femme, mais que cela importe peu puisqu'à être les deux il « reçoit double plaisir ».

Le mignon est « fraisé, frisé, blondelet » comme l'écrit Etienne Tabourot. Parfois il roule ses cheveux au dessus des tempes (on appelle cela des bichons). Sa peau est délicate et blanche. Il s'épile les sourcils. Il prend particulièrement soin de son visage et de ses mains.

Il s'habille aussi proprement (c'est à dire avec autant de raffinement) que les femmes. Il se coiffe de très nombreuses sortes de chapeaux comme celui dit 'à l'albanaise' (très-hauts et presque sans bords) ou le sombrero espagnol dont la large envergure ombrage le visage (voir les photographies 2 et 3). La toque, ayant une touffe de plumes, placée sur un côté de la tête est caractéristique. Il porte un grand collet renversé à l'italienne ou une fraise empesée et godronnée (on emploie aussi le terme de tuyautée). Seuls les hommes ont au XVIe siècle de la dentelle, appelée aussi passementerie. Le pourpoint est collant ou très ample et parsemé de crevés (voir l'article Les petits crevés). Il peut être allongé en pointe sur le ventre et renflé à sa base par une panse ayant un busc la rendant rigide et rembourrée. Le haut-de-chausses est plus ou moins court et bouffant. De même que pour les chapeaux, il existe de multiples sortes de ceintures pour tenir l'épée.

Il porte de nombreux bijoux comme les femmes (collier de perles ...), des bagues, des boucles d'oreille (ou plutôt une seule), et à sa  ceinture un drageoir. Il se servirait d'une sarbacane pour envoyer aux dames des bonbons musqués. Il semble que ce soit à son époque qu’apparaît l'éventail (introduit traditionnellement en France par Marie de Médicis : 1575 - 1642), et la montre (dont certaines sont d'un grand raffinement, voir ici et ici) qu'il place en sautoir sur sa poitrine. « Je vis qu'on lui mettait à la main droite un instrument qui s’étendait et se repliait en y donnant seulement un coup de doigt, que nous appelons un éventail. Il était d'un vélin aussi délicatement découpé qu'il était possible, avec de la dentelle à l'entour de pareille étoffe. » (Voyage dans l'île de hermaphrodites). Un autre objet à la mode est le bilboquet. C'est Henri III qui lance cela. Il se promène dans les rues avec et de même font les mignons et les jeunes gens à la mode.

HabitiAntichiEModerniFrancesedetaia300lmLe mignon se parfume abondamment d'eaux cordiales, de civette, de musc, d'ambre gris et de précieux aromates. Il semble marcher sur des œufs. Sa parole est « bleze [du verbe bléser qui signifie « parler avec un vice de prononciation »], mignarde et molle ». Cette façon de s'exprimer en blésant, zézayant, est très fréquente chez les petits-maîtres jusqu'au début du XXe siècle. Nombre de ces marques se poursuivent au moins jusqu'à la Révolution. La mode masculine des cheveux blonds et bouclés et de bléser sont des caractéristiques des incroyables : voir l'article La blonde, le blond et le délicat, de même que de porter une boucle d'oreille. C'est une autre des marques des mignons et de la mode masculine du XVIe siècle. Le prince de Moldavie Petru II Cercel ( ? - 1590) est appelé pour cela 'Pierre Boucle d’Oreille' ; justement parce qu'il porte une boucle d'oreille, suivant la mode des mignons de la cour française de Henri III.

Concernant les mignonnes, François Hédelin abbé d’Aubignac (1604-1676), donne la définition suivante dans son Histoire du temps ou relation du royaume de coquetterie extraite du dernier voyage des Hollandais aux Indes du levant (1654) : coquettes « qui d'ordinaire ont l'esprit aussi mince que le corps. »

La Renaissance française est une période très riche d’élégances et de raffinements. Les petits-maîtres sont extrêmement nombreux dans les cours. Aux siècles précédents ils sont aussi une multitude. Mais d’en parler nécessite de faire des recherches plus difficiles à partir de documents beaucoup moins communs puisque l’imprimerie débute au XVe siècle. Les gravures restent rares et les livres ne sont pas encore produits en série. Il est donc nécessaire de consulter des manuscrits enluminés uniques et les oeuvres d’art pour cela. Si aujourd’hui les documents imprimés sont de plus en plus numérisés sur Internet, ce n’est pas encore tout à fait le cas pour les manuscrits médiévaux qui sont une source inépuisable de renseignements puisqu’un seul manuscrit peut contenir des dizaines de peintures de scènes de genre. La bibliothèque nationale de Richelieu en possède à elle seule des dizaines de milliers.

Voici ici une image représentant la cour d'Henri III.

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Le muscadin

Le muscadin est une « Petite pastille de bouche composée de musc & d'ambre » lit-on dans la première édition (1694) du Dictionnaire de l'Académie Française. Jean-François Féraud écrit dans son Dictionnaire critique de la langue française (Marseille, Mossy, 1787-1788) : « Petite dragée ou pastille, où il entre du musc. On a dit autrefois muscardin, et on le dit encore en quelques Provinces. »
Si ce mot désigne une petite pastille qu’on mange pour avoir une bonne haleine, par extension, on appelle alors ‘muscadins’ des élégants sentant le musc et à l’apparence soignée. C'est aussi ainsi qu'on nomme sous la Révolution certains royalistes qui se distinguent par leur élégance recherchée. En ce sens, ce mot est utilisé à cette époque au féminin et de façon péjorative : « muscadine ». Louis-Sébastien (1740-1814) insiste sur cet aspect dans sa définition des muscadins donnée au tome III de Le Nouveau Paris (Gênes, Impr. de la 'Gazette nationale », An III, 1794) : « Muscadins. Espèce d’hommes occupés d’une parure élégante ou ridicule, qu’un coup de tambour métamorphose en femmes.  « Le fils du Czar  Pierre I s’est brûlé les doigts, dit un de nos écrivains, pour n’être point forcé au travail que son père exigeait de lui ». Nous avons vu un Muscadin se résoudre à se faire couper l’index, pour éviter de porter les armes contre l’ennemi. Il aurait dû le conserver pour manier l’aiguille ou la quenouille. Ils formèrent l’opposé des sales Jacobins. On aurait cru qu’une jeunesse ardente allait embrasser les principes républicains ; mais cette jeunesse était riche, efféminée, et voulut se distinguer partout de ceux qu’elle appelait les habits bleus. Les muscadins furent moqués, rossés, battus, quand ils voulurent, avec leurs oreilles de chiens et leurs cadenettes, narguer les républicains. S’ils étaient les plus forts, c’était bien rarement, et quand ils se trouvaient quatre contre un. Ils font les royalistes à bas bruit ; mais les émigrés les méprisent encore plus qu’ils détestent les patriotes. »  La coiffure en « oreilles de chien » est décrite dans cet article : Café des Incroyables. Ma parole d'honneur ils le plaisante. 1797 ; et la cadenette ici : Les oublies. Le terme de muscadin est encore utilisé dans la seconde moitié du XIXe siècle pour parler d’un « Fat, dandy plus ou moins authentique, - dans l’argot du peuple, qui a conservé le souvenir des gandins d’il y a soixante-dix ans. » (Delvau, Alfred, Dictionnaire de la langue verte, deuxième édition, Paris, E. Dentu, 1867). Un exemple de tenue de muscadin se trouve ici.

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L'orateur

Le but de l’orateur est de persuader. Il le fait souvent avec beaucoup de grâce, et cela depuis l’Antiquité : étudiant le théâtre, Quintilien et les grands orateurs (Demosthènes, Cicéron …), s’adonnant à la poésie et trouvant les mots et les gestes justes. La rhétorique a une place importante dans l’apprentissage du gentilhomme durant l’Antiquité, comme au Moyen-âge et tous les siècles qui suivent. La grammaire des gestes prolonge celle de la langue et donc du français dont la maîtrise est un signe d’élégance comme l’est celle de la poésie ; avec le poète qui invente, trouve (tel le trouvère ou troubadour du bas Moyen-âge) et connaît non pas seulement la grammaire mais aussi l’esprit de la langue (qui a aussi sa grammaire). Tout un chapitre des Français peints par eux-mêmes (1842) est consacré au rhétoricien qui continue de sévir au XIXe siècle. Depuis la haute antiquité la France a une tradition oratoire. La mythologie gauloise possède un Hercule dont la force immense réside seulement dans la persuasion ; et qui par sa seule parole peut déplacer des montagnes.

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Le frisé

Le terme de 'frisé' est employé pour désigner un type de petit-maître déjà au moins au XVIe siècle. Sans doute est-ce en référence à leur coiffure ou perruque blonde et frisée. Voir aussi l'article intitulé Boucles, macarons et papillottes.

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Le schopenhaueriste

Le schopenhaueriste est un personnage de vers 1880. Albert Millaud (1844-1892) occupe un chapitre de ses Physiologies parisiennes (1886) sur lui : « Un type nouveau. C'est le philosophe homme du monde, aimant le plaisir, fréquentant les salons et les théâtres, ayant bon estomac ; mais jouant au blasé, au désillusionné, au dégoûté. Le nom de Schopenhauer [1788 – 1860] lui a plu ; il l'a adopté et mis à la mode. Schopenhauer est devenu pour lui comme une espèce de tailleur moral, de chapelier transcendant, de bottier métaphysique. [...] S'il mange des truffes, il vous dit qu'il en aura du mal à l'estomac. S'il boit du vieux vin, il est sûr d'en garder une abominable migraine. Dans le mariage il ne voit que le divorce, dans l'amour il ne voit que la trahison. De tout cela il ne pense pas un mot et il serait incapable d'expliquer ses idées. Mais il est de chic d'être triste, maussade et d'être en proie aux blue devils, comme disent les Anglais, Schopenhauer lui fournit les éléments nécessaires pour affecter ces façons lugubres. [...] Règle générale : Le Schopenhaueriste n'a jamais lu Schopenhauer. »
On peut lire sur cette « mode » : Lettres-et-arts.net.

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Le monde, le grand monde, le mondain, les mondanités, la femme et l'homme du monde et la grande dame.

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femmedumonde500lmPhotographies 1 à 2 (au dessus) : Bertall, La Comédie de notre temps : La civilité - Les habitudes - Les moeurs - Les coutumes - Les manières et les manies de notre époque, P. Plon, 1874, 2° éd. Un chapitre est intitulé « Le Monde ».

femmedumonde1-300lmPhotographie 3 (à gauche) : « Femme du Monde ». Illustration de La Comédie de notre temps de Bertall.

Dans Paris-vivant par des hommes nouveaux : Le Grand monde (Paris, G. de Gonet, 1858) est décrit ce grand monde avec son aristocratie, sa roture, son ancienne et sa nouvelle noblesse, ses bourgeois anoblis, ses diplomates et hommes d'État, ses oisifs, ses lions, ses fats, ses séducteurs, ses sportmen, ses anglomanes, ses blasés, ses spéculateurs, ses grandes dames, ses parasites, tout son cérémonial etc. Le grand monde représente ce qui est considéré comme le haut de la pyramide de la société du XIXe siècle.
Ce monde là possède quelques grandes dames qui est l'équivalent au XIXe siècle de la dame de qualité du XVIIe sans obligatoirement le côté ‘aristocratie’ de cette dernière.
Photographie 4 : « Le Monde et la Mode. » Illustration du chapitre ayant ce titre de La Vie élégante (tome second, 1883).

Le mondain naît avec le monde. Il y a celui qui appartient au monde (en opposition à celui dédié au spirituel) ; celui qui est attaché aux biens et plaisirs de ce monde (acceptation déjà usitée au XVe siècle) ; celui qui apprécie de côtoyer les femmes et les hommes du monde et de partager leurs activités. Ce dernier raffole des mondanités. Le terme de mondain existe déjà au XVIIe. C'est une personne qui aime les 'vanités du monde. Il s'emploie surtout dans le domaine du religieux, dans les sermons … Au XIXe on utilise ce mot plus couramment. A partir de cette époque, les chroniqueurs de la vie mondaine sont nombreux de même que des journaux de toutes sortes sont publiés en plus grand nombre. Georges Goursat, dit Sem (1863-1934), lemondeetlamode300lma réalisé de nombreuses caricatures de la mondanité parisienne du début du XXe siècle. Il suffit de connaître les titres de certains de ses albums pour s’en persuader : Le Turf (1900), Paris-Trouville (1900), Les Personnalités contemporaines (1910), Tangoville sur mer (1913), Le Vrai et le faux chic (1914), Le Nouveau monde (1923), La Ronde de nuit (1923), White Bottoms (1927). Mais si la qualité des lithographies est souvent exceptionnelle, les personnages représentés sont la plupart du temps des vieux-beaux et ‘vieilles-belles’ qui n’ont ‘d’élégant’ que l’argent qu’ils dépensent et leur ‘réussite’ professionnelle.

Aux XIXe et début du XXe siècles, les femmes et hommes du monde ne sont pas obligatoirement élégants ; mais ils ont leurs entrées dans la société. A une époque où la bourgeoisie occupe la première place, on n’est plus courtisan ou dame de qualité mais femme ou homme du monde. Dans son livre La Comédie de notre temps (1874) Bertall (1820-1882) écrit : « LE MONDE. Une femme jolie, élégante, ou laide, ou prétentieuse, peu importe, passe sur le boulevard ou au Bois. Vous demandez à votre ami qui elle est, et l’on vous répond : C’est une femme que j’ai vue dans le monde. .. » Puis il explique ce qu’on entend par ‘monde’. La notion de gens du monde ne date pas du XIXe siècle. François-Antoine Chevrier (1721-1762) dans Les Ridicules du siècle (1752) occupe tout un chapitre intitulé ‘Des Femmes du grand monde’ (voir la dernière photographie de du premier article sur les Petites-maîtresses et petits-maîtres). Au XVIIe siècle on dit « être femme ou homme de par le monde » et parle aussi du « grand monde ».  
Photographies 5 et 6 : « Une soirée du grand monde – quadrille des lanciers ». Assiette du XIXe siècle de Choisy-le-Roi, de la série « Paris au bal », n°1. 

UneSoireeduGrandMonde2-300lm© Article et photographies LM

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Le noctambule

Le terme de 'noctambule' est employé jusqu'au XXe siècle comme un synonyme de 'somnambule' ; et à partir du XVIIe siècle aussi pour une personne bien réveillée qui se promène la nuit ou bien, comme l'écrit Alfred Delvau dans son Dictionnaire de la langue verte (deuxième édition, Paris, E. Dentu, 1867) : un « Bohème qui va des cafés qui ferment à minuit et demi dans ceux qui ferment à une heure, et de ceux-là dans les endroits où l’on soupe. »  Il déambule aussi dans les nuits du XXe siècle. Le branché (Le branché et le sapeur des années 80) en est souvent un ainsi qu'un grand nombre de ce qu'on appelle 'la faune parisienne', voyant plus clair et vivant plus intensément aux lueurs des néons qu'en plein jour, moment où elle préfère dormir.

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La nouvelle vague

L'expression « nouvelle vague » est mise à la mode par Françoise Giroud (1916-2003) dans un article qu'elle écrit dans le journal L'Express du 3 octobre 1957 qui est une enquête sociologique sur les phénomènes de génération. Elle est réutilisée en février 1958 dans la revue Cinéma 58 puis pour désigner tout un nouveau cinéma parisien.
Dans la mode, les années 50 et le début des années 60 sont marqués par quelques grands couturiers comme Pierre Cardin (né en 1922) ou Hubert Taffin de Givenchy (né en 1927). C'est Christian Dior (1905 - 1957) qui en 1947 lance véritablement la nouvelle mode des années 50 parisiennes. Les courbes féminines sont comme soulignées par des vêtements dont la simplicité fait toute la préciosité, avec une taille fine mise en valeur par une veste ceinturée, des épaules étroites, une poitrine haute et ronde, des jupes juste au dessous des genoux, des talons hauts ... On porte encore un chapeau et de longs gants. Puis le modèle féminin devient Brigitte Bardot qui a 20 ans en 1954. Pour les hommes c'est Alain Delon qui a 20 ans en 1955. Les années 50 c'est aussi l'époque des débuts du bikini.

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La jeunesse dorée

L'expression de 'jeunesse dorée' apparaît en particulier au début du Directoire vers 1795. Elle désigne tous les jeunes représentants du nouveau pouvoir dont certains enrichis par la confusion révolutionnaire directement ou indirectement par leur famille, et qui prennent les allures à la mode contrefaisant les muscadins, incroyables et merveilleuses. Elle est employée pendant tout le XIXe siècle pour désigner ce qu'on pourrait qualifier de « filles et fils à papa ».

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La mode orientaliste

1837LaMode1-300lmAu XIXe siècle certains élégants portent des pantalons amples, clairs, avec sur le ventre une très haute ceinture ainsi que des vêtements plus ou moins bariolés. En 1910 l’orientalisme revient encore à la mode.
Photographies : Gravure provenant de la revue La Mode de 1837 représentant à droite un personnage habillé dans le goût oriental.

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Bicher et baiser

lesbaisers2-300lesbaisersputti2-300Photographies 1 à 4 du dessus : Poème Les Baisers, 1777. ici sont présentées deux éditions de la même année avec un frontispice différent.

premierbaisera300lmPhotographie 5 à gauche : « Le premier baiser de l'amour » (Jean-Jacques Rousseau, Julie ou la nouvelle Héloïse). Estampe de la fin du XVIIIe siècle ou du début du XIXe gravée à partir d'un dessin de Pierre Paul Prud'hon (1758-1823) réalisé entre 1792 et 1799.
Jusqu'aux années 1980 on se biche beaucoup dans les rues de Paris : se colle, s’embrasse ...  pratique presque totalement abandonnée à la fin du XXe siècle. J'explique ce terme dans l'article Biches, haute bicherie, bicheuses et daims. Les amoureux se tiennent par la main ou serrés l'un contre l'autre et s'embrassent dans de longs baisers sur la bouche, aux terrasses des cafés, sur les bancs … et même dans la rue. La photographie de Robert Doisneau (1912 - 1994) prise en 1950 et intitulée Le Baiser de l'hôtel de ville en est un célèbre exemple (voir ici). Le terme utilisé de 'baiser' est significatif, et en verbe signifie tout simplement : faire un bisou, toucher de ses lèvres une joue, une main, une bouche … C'est du moins de cette façon qu'il est utilisé jusqu'au XXe siècle. Aujourd'hui on n'oserait pas employer ce verbe comme on le fait autrefois. On lui préfère celui d'embrasser qui veut pourtant dire : 'tenir dans ses bras'. J'ai écrit il y a longtemps un rapide article sur Les Baisers.
lebaiseralacapucine300lmPhotographies 6 et 7 : « Le baiser à la capucine ». Estampe du XIXe siècle. Cela consiste à embrasser un partenaire en lui tournant le dos et en lui tenant les mains : voir photographies. En France il existe de nombreux jeux pour jeunes personnes ayant pour thème le baiser. Plusieurs gravures du début du XIXe siècle en donnent des exemples : Le baiser deviné (discerner qui  embrasse alors que les yeux sont clos), Baiser son ombre (une jeune femme se place entre un mur et une lumière afin d'embrasser son ombre alors qu'un jeune homme essaie de se mettre entre), Baiser le dessous du chandelier (un jeu de baisers qui implique des chandeliers), Le baiser à la religieuse (s'embrasser à travers les barreaux d'une chaise) etc. Plusieurs de ces amusements sont décrits dans le livre d'Eugène Rolland intitulé Rimes et jeux de l'enfance (Maisonneuve, 1883).

lebaiseralacapucinedetail300lmAu XVIIIe siècle, 'baiser' consiste donc à donner des baisers, et 'embrasser', à tenir dans ses bras. On baise par amitié, amour, ou respect. On baise donc beaucoup. Un baiser célèbre est celui de Le Livre du voir dit (vers 1364) de Guillaume de Machaut (1300-1377). L'auteur donne rendez-vous à son aimée dans un verger. Son secrétaire est présent. Alors que le couple est assis sur l'herbe, la jeune fille s'endort sur la poitrine de son amant. Le secrétaire en profite pour s'amuser en allant cueillir une petite feuille ; et en la posant sur la bouche de la jeune fille. Il invite son maître à baiser seulement la plante. Celui-ci s'accomplit timidement par jeu. Lorsqu'il va pour la toucher de ses lèvres, le secrétaire retire la feuille pour que le baiser aille à l'amante qui se réveillant, ou prétextant de se réveiller, commence à gentiment gronder son compagnon avant de se mettre à sourire … « ce qui me fit imaginer et certainement espérer que cela ne lui déplaisait pas. ». Voici le texte de ce passage en ancien français et sa traduction :

« Sur l'erbe vert nous seymes ; Alors que nous étions sur l'herbe,
La maintes paroles deymes Nous nous dîmes de nombreuses choses
Que je ne veuil pas raconter ; Dont je ne veux pas rendre compte,
Quar trop long seroit à compter. Car cela serait trop long de le faire.
Mais sur mon giron s'enclina Par contre, quand se penchant vers moi
La belle, qui douceur fine ha ; La belle qui est si douce,
Et quant elle y fut enclinée, Se mit sur mon coeur,
Ma joie fu renouvelée. Je retrouvais une nouvelle joie.
Et ne sai pas s'elle y dormi, Je ne sais si elle s'endormit
Mais un po somillia sur mi. Ou ne fit que se reposer sur moi.
Mes secrétaires, qui fu la, Mon secrétaire qui assistait à la scène
Se mist en estant et ala Se mit dans l'idée d'aller
Cueillir une verde feuillette Cueillir une petite jeune feuille
Et le mist dessus sa bouchette, Pour la mettre sur sa bouche ;
Et me dist : baisiés ceste feuille. Et me dit « Baisez cette feuille. »
Adonc amour, veuille ou non veuille, Ainsi amour, que je veuille ou non,
Me fist en riant abaissier Me proposait en riant, seulement
Pour ceste feuillette baisier. De baiser cette jeune feuille.
Mais je n'i osoie touchier, Mais je n'osais le faire.
Comment que je l'eusse moult chier. Même si cela me coûtait.
Lors désirs le me commandoit, Finalement le désir m'inspira
Qu'à nulle riens plus ne tendoit. Que cela ne compterait pas.
Mais cilz tira la feuille à li ; Cependant il retira la feuille

[Pour la suite de cette citation je n'ai pas réussi à traduire]
Dont j'eus le viaire pali ;
Car un petit fu paoureus
Par force de mal amoureus.
Non pourquant à sa douce bouche
Fist lors une amoureuse touche :
Car je y touchai un petiot.
Certes unques plus fait n'i ot :
Mais un petit me repenti,
Pour ce que quant elle senti
Mon outrage et mon hardement,
Elle me dit moult doucement :
Amis, moult estes outrageus.
Ne savez vous nulz autres jeus ?
Mais la belle prist à sourire
De sa très belle bouche au dire ;
Et ce me fist ymaginer
Et certainement esperer
Que ce pas ne li desplaisoit.
Quelques jolies images de baisers : Faïence en lustre métallique (XVIe siècle) de Deruta, Le baiser d'après Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Le Déjeuner en tête à tête de Nicolas Lawreince le Jeune (1737-1807), Psyché ranimée par le baiser de l'Amour de Canova Antonio (1757-1822), Le baiser (début XIXe), Baisez Maman (début XIXe), Couple d'amoureux aux Champs-Elysées (1932), Photographie de 1958

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La dame

Greuze300lmPhotographie 1 : Gravure d'Augustin de Saint-Aubin (1736-1807) d'après un tableau de Jean Baptiste Greuze (1725-1806).

Petites dames, grandes dames, dames de qualité, il existe toutes sortes de dames (voir les définitions les concernant) … mais un seul nom désigne sa complétude : la dame. Celle-ci est peut-être la figure la plus importante de l’élégance française. La véritable grâce ne peut se définir. Il est donc difficile de donner une définition de la dame. Être de chair, les poètes courtois (troubadours et trouvères) lui vouent un culte dès le XIIe siècle. Cette adoration (qui peut très bien être physique) est tellement importante et encrée dans les moeurs que l’Église la reprend à son compte à travers la vierge Marie. Comprendre le rôle de la dame dans la société française et en particulier dans l’univers courtois c’est approcher la grâce française dans un de ses fondements. La dame possède toutes les qualités, non seulement physiques, mais aussi intellectuelles, et la finesse innée chez les véritables élégants, que la bonne éducation et le voisinage de gens d’esprit révèlent. Surtout cela montre que l'être humain dans ses relations de couple 'homme-femme' peut être parfait et parfaitement heureux sur cette terre : qu'un au-delà n'est pas nécessaire ; que toute croyance ne reste qu'une croyance … que le désir de perfection est à réaliser ici et maintenant, non seulement en nous, mais aussi dans nos relations avec les autres. Soi et l'autre deviennent 'Un' dans une communion parfaite et ineffable.virgodetail300lm.jpg Le culte de la dame symbolise cette communion entre soi et le monde, entre l'esprit et la matière : une reconnaissance de cette virginité première et immuable, ce chant de béatitude. La poésie courtoise est un appel à la beauté, et une recherche de celle-ci dans une démarche complète. Écrite en latin ou en ancien français, la délicatesse des poètes courtois est relativement méconnue aujourd’hui, ainsi que tout un pan merveilleux de la culture médiévale où la mode (et les modes … musicaux) a une importance réelle. Il suffit de regarder les enluminures des manuscrits pour y voir toute la sophistication des habits et leur richesse de styles, d’inventions et d’exécutions. Il est évident que des petites maîtresses et des petits maîtres existent déjà ; mais il est plus difficile de découvrir leurs noms et définitions. Le rôle de la dame dans la société et l’élégance française se poursuit après le Moyen-âge. Nombre de grandes dames animent des salons, protègent des artistes et des gens de lettres …

Photographie 2 : Gravure de l'ouvrage intitulé Gynæceum sive theatrum mulierum de Jost Amman (Francoforti, Impensis S. Feyrabendii, 1586, 1ère édition). Le titre plus exact est : Gynaeceum, sive Theatrum mulierum , in quo praecipuarum omnium per Europam in primis nationum... foemineos habitus videre est, artificiosissimis nunc primum figuris... expressos a Jodoco Amano. Additis ad singulas figuras singulis octostichis Francisci Modii,... Jost Amman (1539-1591) est un peintre, dessinateur et graveur suisse. Son Gynæceum sive theatrum mulierum (visible ici) est un des premiers livres imprimés consacrés aux costumes.

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L'étudiant et le quartier latin

tableaudeparisTexierBosquet300lmPhotographie de gauche : « Un bosquet de la Closerie des Lilas ». Illustration de Tableau de Paris d'Edmond Texier (Paris, Paulin et Le Chevalier, 1853).

Photographie de droite : « REÇU AVOCAT. - Dis donc, Phémie, ce qui m'amuse, c'est quand je pense que ce pierrot-là sera notaire ! ». Illustration de La Comédie de notre temps : La civilité - Les habitudes - Les moeurs - Les coutumes - Les manières et les manies de notre époque, de Bertall (P. Plon, 1874, 2° édition).

Plusieurs livres du XIXe siècle dépeignent l'étudiant, ses manières, ses compagnes (les hautes études sont suivies avant tout par la gent masculine) … Il est souvent croqué par des caricaturistes le représentant dans des positions lascives, lisant les romans à la mode, vivant en parfaite liberté et harmonie avec sa compagne ... Celle-ci change souvent au fur et à mesure des études. Comme l’écrit Edmond Texier dans son Tableau de Paris (1853) : Il commence généralement son apprentissage de la vie parisienne amoureuse avec une « grisette du pays Latin » dans un romantisme échevelé s’il a de la chance, sinon avec une lorette ou une « demoiselle au numéro » qui est un genre de grisette ambitieuse qui traque l’étudiant comme un ascenseur social ou comme moyen de subsistance. La première année de l’étudiant est donc un moment de déniaisement : « Cette première année de stage comprend les filles que l’on appelle demoiselle au numéro, et qui se rencontrent principalement au Prado, chez Bullier, ou encore au bal des Acacias. Les demoiselles au numéro sont LaComediedenotreTempsRecuAvocatclair300lmcelles qui s’attachent à un hôtel meublé, […] où vient s’entasser la jeunesse studieuse de toute la France, et qui partagent à l’amiable les divers appartements dont elles se composent. Celle-ci est attitrée aux numéros impairs, celle-là aux numéros pairs : l’une ne quitte pas le premier étage, l’autre ne s’élève jamais au dessus du second ou du troisième. Il y aurait entre elles des luttes acharnées et terribles … ». L’étudiant cherche toutes les occasions de fête (réussite aux examens …) : ce qui s’appelle alors faire la noce, c'est-à-dire une fête arrosée de punch etc. A cela s’ajoute « Le bal champêtre, la promenade, les longues stations au café et le cours complet d’éducation morale. […] L’étudiant de troisième année renonce entièrement au pays Latin et à ses pompes ; déjà expert dans la vie de Paris, il poursuit de ses déclarations passionnées les jeunes modistes, les demoiselles de comptoir, les ouvrières qui sortent de leurs ateliers, et même il s’aventure jusqu’à offrir un aperçu de l’état de son coeur à mesdames les actrices de Bobino. Bobino est le théâtre de prédilection de troisième année […] Jadis, dans les jours d’opulence, il pénétrait dans les solitudes de l’Odéon … »

Louis-Sébastien Mercier occupe un chapitre consacré au ‘pays latin’ dans un tome de Tableau de Paris (1781) : « On nomme pays latin le quartier de la rue Saint-Jacques, de la montagne Sainte-Geneviève et de la rue de la harpe. » Le quartier autour de la Sorbonne est déjà celui des étudiants au Moyen-âge. Au XXe siècle, il continue de l'être, et s’étend du jardin des plantes jusqu’à Saint-Germain en passant par le Panthéon et la Sorbonne. Les étudiantes et les étudiants y étudient (oui oui aussi !), passent, se divertissent, boivent aux terrasses des cafés, sortent. Ils y savourent une vie libre, intellectuelle et studieuse. Aujourd'hui cet endroit est beaucoup moins « latin » et les universités plus dispersées, certaines étant en banlieue.

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La liberté, l'adamite, l'anarchiste, le gauchiste, le nudiste, le baba et le hippie.

adamitesdamsterdam-2-300lmPhotographies : « Adamites d'Amsterdam » Gravure sans doute du XVIIIe siècle représentant probablement une persécution des adamiens. Ceux-ci nus sont encerclés par des soldats.

La devise de la République française place en premier la liberté et ensuite l'égalité et la fraternité. Le petit-maître l'aime lui aussi. Le terme est même dans celui de libertin. Le cacouac, l'inconcevable, la merveilleuse, le bas bleu, le jeune France, la cocotte, le montparnos, le surréaliste, la garçonne, le zazou, l'existentialiste notamment la prônent.
Ce besoin de liberté, d'égalité et de fraternité ne faiblit pas durant les XIXe et XXe siècles. La Révolution française (1789-1798) donne naissance à de nombreux mouvements. Les anarchistes apparaissent au XIXe et font beaucoup parler d'eux. La Commune de Paris (1871) marque une étape très importante qui se solde par l'instauration d'une République (la troisième), système qui perdure jusqu'à aujourd'hui. Pourtant si les communards souhaitent une République, ils ne veulent pas de celle-ci qui est avant tout bourgeoise et conformiste. De nombreux intellectuels et artistes suivent ces mouvements et ne cessent de s'impliquer dans la vie politique française mais aussi étrangère où d'autres révolutions se forment.  
Cette liberté est encore revendiquée en 1968. Finie l'époque des minettes et des minets (voir l'article La minette et le minet). Ceux-ci se font pousser les cheveux et la barbe pour les garçons ; portent des pantalons à pattes d'éléphant ou des robes à fleurs … Toute la physionomie change. Ils deviennent gauchistes, babas ou hippies. Le journal Liberation est à ses débuts d'extrême gauche et très lu dans ces milieux. Il est lancé en 1973 par notamment Jean-Paul Sartre (voir article sur les existentialistes). A cette époque la presse est riche de publications aux idées multiples. Le Canard enchaîné, qui lui aussi existe toujours, est encore plus ancien (1915), et fait partie de cette presse hétéroclite transmise jusqu'à nous comme : Le Figaro (1826), La Croix (1880), L'Humanité (1904) ou Les Échos (1908).
Les babas et les hippies sont moins impliqués dans la vie sociale et surtout la violence qui est celle de certains gauchistes. Ils prônent l'amour libre, la liberté, le naturel etc. Le naturisme est à la mode. Autrefois appelé gymnosophie, ce mouvement naît en France dans la seconde partie du XIXe siècle ; mais on trouve d'autres équivalents dans le passé comme avec les adamites (ou adamiens voir photographies) qui de l'Antiquité jusqu'au XIXe siècle souhaitent un retour au jardin d'Eden, essayant de vivre comme Adam avant l'épisode de la pomme, nus, sans travailler, en pratiquant l'amour libre etc.

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Merveilleuses & merveilleux