Chefs-d'oeuvre du verre de la Renaissance au XXIe siècle

CaliceauTriomphedelaJustice2Photographies du dessus : « Calice au « Triomphe de la Justice ». XVe siècle. H 22,0 cm ; L 13,5 cm. Florence, Museo del Bargello/Istituti museali della. Soprintendenza Speciale per il Polo Museale Fiorentino. © Su concessione del Ministero per i Beni e le Attività Culturali. »

Caliceenreticell300Photographie du dessus : « Calice en « reticello ». 1550 – 1575. Brescia, Civici Musei di Arte e Storia. © Archivio fotografico Civici Musei d’Arte e Storia di Brescia, Fotostudio Rapuzzi. »

Photographies du dessous : « Soucoupe à fleurs gravée à la pointe de diamant. XVIIIe siècle. H 9,0 cm ; D 33,0 cm. Pavie, Musei Civici di Pavia - Castello Visconteo. © Musei Civici di Pavia. »
Souscoupeafleursgravees2-300

Photographie de gauche : « Calice à pied avec décoration florale Fratelli Giacomuzzi. XVIIIe siècle. Rome, Galleria Nazionale d’Arte Antica - Palazzo Barberini. © Archivio Fotografico SSPASE e per il Polo Museale della Città di Roma. »

Du Calice à pied30027 mars au 28 juillet, le musée Maillol nous offre une nouvelle exposition comme il en a le secret intitulée Chefs-d'oeuvre du verre de la Renaissance au XXIe siècle sous le haut patronage de la ville de Venise.

Comme nous l'explique le communiqué de presse : « Pour la première fois en France, une exposition retrace l’extraordinaire aventure du verre de Murano en parcourant sept siècles de création intense, du milieu du XVe siècle à nos jours. Ainsi, plus de deux cents pièces, nombreuses inédites ou exceptionnellement exposées, issues de collections publiques ou jalousement conservées dans des collections privées, seront réunies. L’exposition retrace le parcours historique de la production des grandes verreries : une sélection parmi les plus beaux objets réalisés pour les grandes fa-milles et les cours européennes de la Renaissance – les familles Este, Gonzague, Médicis –, les fantaisies baroques et les créations du XVIIIe siècle, les pièces Art déco des années 1920 et du modernisme des années 1950, jusqu’aux œuvres contemporaines de « Studio Glass », mouvement d’artistes qui ont choisi d’utiliser le verre comme unique moyen d’expression. Une section est réservée aux artistes internationaux venus à Murano, depuis les années 1950, expérimenter le verre comme matière privilégiée de création ... » Une occasion pour rappeler que la bouche de la station de métro Palais Royal - Musée du Louvre est faite en grande partie en verre de Murano. Il s'agit du Kiosque des noctambules dessiné en 2000 par Jean-Michel Othoniel dont l'exposition présente une jolie croix nommée : « Géométrie amoureuse alessandrita ». Cet artiste dont les œuvres sont souvent des invitations à la rêverie travaille beaucoup avec le verre de Murano.

La partie de l'exposition consacrée aux XV - XIXe siècles est magnifique avec des exemples particulièrement fins parmi les plus anciens démontrant un savoir-faire particulièrement abouti. La production de la fin du XIXe siècle et du début du XXe m'a impressionné par sa féérie avec un surtout de table donnant envie de s'attabler, des vases multicolores surmontés de dragons semblant appartenir à un palais de contes et un lustre dit 'Rezzonico' enchanteur et somptueux.

lustre500Photographie du dessus : Détail du lustre dit 'Rezzonico' du début du XXe siècle de 2,80 m. de haut et 1,80 m de largeur.

Photographie du dessous : « Fauteuil avec applications en verre. XVIIIe siècle. H 117,0 cm ; L 72,0 cm. Venise, Museo del Vetro. © Archivio Fotografico FMCV. »Fauteuil vecapplicationenverre500

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Le mois de mars

ViolettesMars300lmPhotographie de gauche : Violettes odorantes (Viola odorata).

Photographie de droite : Fleurs de Tussilage (Tussilago farfara)

Comme l'écrit Pline l'Ancien au début du livre XXIV de son Histoire naturelle : « Les forêts les plus profondes et toute la nature, même lorsqu'elle présente son visage le plus sauvage, sont riches elles aussi en remèdes, car la nature, cette sainte mère de toutes choses, en a répandu partout pour l'usage des humains, et il n'est pas jusqu'aux déserts où l'on n'en puisse découvrir de très salutaires. » (traduction de M. François Rosso, Médecines douces de l'Antiquité – Pline l'Ancien – La Vertu des arbres, Paris, Arléa, 1999)

Une des fleurs emblématiques de ce mois de mars est la violette odorante. Les primevères roses ou jaunes ont des fleurs plus voyantes et, contrairement à la première que l'on trouve dans les bois, aiment les lieux plus clairs. Une autre fleur caractérisant ce mois est la jonquille qui apparaît alors comme les flammes d’un printemps toujours latent. Les lamiers pourpres fleurissent toute l’année mais particulièrement en mars. Les endroits herbeux et ensoleillés sont souvent parsemés de tapis colorés de pâquerettes, véroniques, pissenlits, lamiers ; autant de teintes printanières vertes, jaunes, bleues, rouges et blanches. Le lamier blanc commence à fleurir en mars, comme la dorine à feuilles opposées, appelée aussi cresson doré, qui a de petites fleurs vertes légèrement dorées. Celles blanches de la cardamine hérissée parsèment les terrains nus et herbeux de tons gouttes de lait. La giroflée commence à épanouir ses jolies fleurs jaunes orangées. Les scilles à deux feuilles en ont d'autres le plus souvent bleues. Celles de la pulmonaire sont rouge-violet et bleues, couleurs saphirs et rubis condensés de rosée 'diaprant' l’espace de teintes brillantes, avec sur les feuilles des étoiles perles d’albâtre d’une voie lactée à portée de main et soyeuse. Des trésors qui sommeillent en hiver apparaissent ainsi. On peut rencontrer la petite bourrache aussi appelée nombril-de-Vénus. L’herbe est rehaussée des boutons rosés des pâquerettes qui s’ouvrent aux rayons du soleil, montrant leur blancheur et leur cœur d’or. La couleur jaune se lève avec le soleil des ficaires, des narcisses et les piaillements chauds d’oiseaux aux teintes de feu, aux tons du levant et du couchant. Le regard s’élance avec leurs vols vers le printemps ; mais ces efforts réitérés et avortés par le froid et les giboulées fatiguent. Cependant, du haut de la montagne du cœur les saisons s’étalent sans briser la chaleur du ciel compatissant. Un être naît, un autre meurt ; mais rien ne fait obstacle aux rires du printemps, de Nature, cette jeune adolescente en ses bosquets scintillants de volupté et de sève dont elle est gorgée et prête à éclater en mille fleurs colorées, parfums, effluves, lumières, matières, solutions aqueuses … La biche ou le chevreuil dont la terre encore humide conserve les traces sont remplis de cette sève et bondissent comme par magie à travers les chemins et au milieu des bois et des terrains ouverts. L’ajonc d’Europe ouvre ses fleurs jaunes à odeur d’amande. Le prunier myrobolan et le prunellier fleurissent. A la fin du mois les géraniums herbe-à-Robert apportent une nouvelle couleur rose-mauve. On ne mesure pas toujours la magie de certaines choses simples qui nous entourent et nous semblent acquises définitivement comme le ciel, le soleil, la lune, l'eau, les étoiles, la terre ... Nous les croyons de droit, éternelles, et ne les goûtons pas toujours à leur juste valeur. Qu'y-a-t-il de plus cher pour l'homme ? C'est si précieux qu'il est impossible d'y mettre un prix. N'est-ce pas cela la véritable richesse ? Nous sommes parés de joyaux qu’on ne peut porter, et qui pourtant nous ornent merveilleusement. Il y a la terre et les étoiles, la lune et le soleil, et tout ce qui surgit est notre vêtement.

Aujourd'hui les violettes odorantes sont beaucoup plus rares qu'il y a trente ans pour en faire des bouquets, comme c'est le cas pour beaucoup d'autres plantes. Durant l'Antiquité Les couronnes de violettes servent pour leur beauté, l’odorat des fleurs et d’autres usages, par exemple durant les banquets car elles sont réputées éviter aux buveurs d’être saoul. La moutarde des champs peut être cueillie quand les fleurs sont encore en boutons verts ; elles éclosent alors dans le vase en petites fleurs jaunes, jolies et délicates.

Pour des usages médicaux, le mois de mars est surtout conseillé pour la récolte des parties souterraines des plantes qui concentrent les principes actifs. Parmi les médicinales citons la bourse à pasteur (partie hors sol), la racine de bugrane (la variété : Ononis spinosa L), la carline (protégée), l'écorce de chêne (Quercus robur L. du celtique quer beau et cuez arbre), les souches du chiendent, les feuilles et racines de la grande consoude, les parties aériennes de la dorine, les feuilles et fleurs de la ficaire (après dessiccation) ainsi que pour un usage externe seulement son suc frais et son tubercule récolté après floraison, les feuilles de gui,  les fleurs et feuilles de pâquerettes, les feuilles de petite pervenche, les racines de pimprenelle, le rhizome de polypode commun, les fleurs de prunellier, la pulmonaire, les parties aériennes de la stellaire, le rhizome de la tormentille, et bien sûr la violette odorante etc. Les usages médicinaux des plantes demandent un savoir-faire qui ne s'improvise pas car certaines sont dangereuses. Il existe de très bon livres sur ce sujet. Leur récolte aussi ne doit pas se faire à la légère, tout d'abord parce qu’il est indispensable d'être entièrement sûr de ce que l'on cueille, certaines plantes étant toxiques voire mortelles. On utilise que certaines parties des plantes médicinales d'autres étant dangereuses, et sous certaines conditions (fraîches ou séchées, cuites etc.). Il y a des moments spécifiques de cueillette : avant ou après floraison etc., et d'autres plus appropriés pour retirer le plus de principes actifs.

tussilage300lmCueillir des plantes sauvages pour un usage culinaire demande moins de travail mais aussi d'être sûr à 100 % de ce qu'on utilise. Il y a certaines prescriptions à suivre comme ne pas ramasser les plantes des villes, près des routes ou autres endroits pollués pour la consommation. Des maladies peuvent être apportées par des excréments d'animaux ; mais cela est rare. Tremper les herbes dans de l'eau mélangée à du vinaigre est un moyen de désinfecter la plante. Contre les vers intestinaux, certaines plantes sauvages sont vermifuges comme l'alliaire officinale dont on trouve les feuilles dès le mois de mars. Sinon l'ail est un très bon vermifuge. Le scientifique François Couplan est une sommité dans le domaine des plantes sauvages comestibles et ses livres une source inépuisable de renseignements. Voici quelques recettes de saison : salade stellaire ; salade de mâche doucette ; salade stellaire aux œufs et faines dorées (celles-ci se récoltent en automne) ; croustillants de pissenlit (pain de seigle grillé frotté d’ail, salade de pissenlit, servie avec du cidre) ; crudités à la sauce sauvage (ortie, oseille, yaourt, assaisonnement) ; bouillon d’ortie (oignon, ortie, lait ou fromage, ortie, pomme de terre) ; velouté de stellaire (pommes de terre et stellaire) ; potage aux plantes sauvages (huile, oignon, oseille, légumes sauvages : orties … on peut ajouter des pommes de terre et de la crème fraîche) ; pâtes à la crème d’ortie (ortie, oignon, ail, crème fraîche, huile d’olive, fromage) ; pâtes fraîches aux orties (ajouter aux œufs, la farine et le sel une infusion d’ortie) ; crème de pissenlits (racines de pissenlits, oignon, farine, lait). On utilise pour un usage culinaire les feuilles de l'alliaire officinale, les jeunes feuilles tendres de l'aubépine, de la berce, les inflorescences de la capselle bourse à pasteur. Les souches séchées et broyées du chiendent pourraient servir à la fabrication de pain, et hachées et grillées elles seraient un succédané du café. Les bourgeons des conifères sont bons (il faut éviter le if dont les fruits sont toxiques). D'autres bourgeons d'arbres et d'arbustes sont particulièrement bénéfiques. Au mois de mai je donnerai une recette délicieuse de feuilles de grande consoude. Les jeunes feuilles de ficaire encore tendres cueillies avant la floraison (après toxiques) sont utilisées pour des salades printanières. Les jeunes pousses de gratteron s'ajoutent aux salades, de même que les feuilles de laiteron (les jeunes feuilles de même que les fleurs et les boutons floraux) et de la mâche doucette. Les jeunes pousses de laitue sauvage se consomment ainsi que les feuilles cuites. Les feuilles et les jeunes pousses d'ortie (toutes les espèces) sont agréables. Une délicieuse soupe d'orties consiste simplement à faire une soupe de pommes de terre et d'oignons avec de l'eau, du sel et du poivre et d'ajouter juste au moment de mouliner les feuilles ou jeunes pousses d'ortie puis un peu d'huile d'olive. Pour d'autres recettes et afin d'enlever leur pouvoir urticant il suffit de les mettre en contact avec de l'eau bouillante très rapidement afin que la plante conserve sa valeur nutritionnelle notamment au niveau des protéines importantes dans celle-ci. Les feuilles et les fleurs de pâquerette s’ajoutent aux salades. Les jeunes feuilles de pimprenelle serviraient à assaisonner des potages. Le pissenlit dent-de-lion se mange entièrement, de la fleur à la racine en passant par les feuilles : Les feuilles et les fleurs complètent des salades et les racines (cuitent dans du vinaigre) aussi. Les jeunes feuilles fraîches et fleurs de la pulmonaire accompagnent potages et salades ; de même que les fleurs (avec la tige) de tussilage. Les feuilles et fleurs de violettes odorantes sont délicieuses fraîches et sentent bon. On fait des bonbons maison avec les fleurs. Selon les régions on rencontre des plantes différentes, parfois endémiques (n'appartenant qu'à cet endroit). Dans le midi on ramasse la racine de chicorée sauvage ou l'asperge sauvage parmi beaucoup d'autres variétés.

Poème
Jouan Tsi (210-263)
Chant des pensées
« La rosée pure gèle en givre,
L’herbe fleurie sèche en brousaille.
Qui dit que le sage est sage
S’il n’accepte telle vérité ?
Avec Song et K’iao, à cheval sur les nues,
Respirons l’éternité ! »

(La qualité de la traduction est primordiale dans la poésie chinoise. Ce poème provient d'un livre particulièrement inspirant : La Montagne vide : Anthologie de la poésie chinoise, 3e-11e siècle de Patrick Carré et Zéno Bianu, 1987)

© Article et photographies LM

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Cadet Rousselle

CadetRousselleImage518Pellerin2images300aCadetRousselleImage518PellerinDetail2-300lmPhotographies du dessus et à gauche : « Cadet Rousselle », « Imagerie Pellerin », « Imagerie d'Épinal, n°518 » du XIXe siècle.

Photographie de droite : Détail d'une assiette « Cadet Rousselle » n°« 5 », représentant le personnage devant sa table de toilette, d'avant 1850, de Creil et Montereau.

Dans un commentaire d'article une personne explique qu'un incroyable et une merveilleuse sont représentés dans la série télévisée Capitaine Jean Roch Coignet Grenadier de la Garde Impériale réalisée par Claude-Jean Bonnardot diffusée pour la première fois en 1969 et 1970. On trouve le passage ici à 1h. 6 min. et 19 s. Celui-ci est suivi par le chant de 'Cadet Rousselle' qui devient le chant de l'armée du Nord.

CadetRousselleAssietteDetail300lmCadet Rousselle est un excentrique incroyable à tendance révolutionnaire vivant de 1743 à 1807 et au sujet duquel une chanson est composée. Voici ce qu'en dit Wikipédia : « ... il achète une petite maison biscornue à laquelle il ajoute au-dessus d’un vieux porche une construction en forme d’étroite loggia. L’aspect curieux de son domicile marque les esprits autant que le caractère du personnage qu’on dit jovial, bon vivant, un peu excentrique, mais qui jouit de la sympathie de ses concitoyens. C’est ce qui explique sans doute qu’il ait inspiré une chanson. »

Il est particulièrement associé aux époques du Consulat et de Napoléon. L'imagerie d'Epinal, fondée en 1796, qui dès le Premier Empire célèbre Napoléon et ses campagnes, publie à plusieurs reprises des planches illustrant la chanson 'Cadet Rousselle' pendant tout le XIXe siècle et en partie au XXe.

Autres images de Cadet Rousselle : 1, 2, 3 ...

Photographies du dessous :  « Cadet Rousselle » : « Série aux armes d' Épinal n°26 » du XIXe siècle.

CadetRousselleSerieAuxArmesDEpinalN26-2-300lm© Article et photographies LM

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Rythmes naturels

Gesner300lmPhotographie 1 : Gravure provenant des Oeuvres complètes de Gessner (Paris, Cazin, 1780), dessinée par Clément Pierre Marillier (1740 - 1808), gravée par Emmanuel de Ghendt (1738 - 1815), in-16 (11,6 x 6,5 cm), et ayant pour texte : « O mon bien aimé comme tes chants élèvent mon Âme vers Dieu ! »

La nature offre des richesses immenses, notamment dans ce qu'on appelle ses plantes sauvages. On ne peut aborder ce jardin fabuleux que sur toute une année. Il se regarde comme un tableau qui s'étale sur quatre saisons. Je ne vais donc pas écrire un seul article sur le sujet, mais douze : un pour chaque mois. Pourquoi le faire dans ce blog ? Car il est consacré aux rythmes de l'élégance ; et que ceux de la nature en font partie. De plus ceux qui le suivent connaissent mon site, savent mon amour de la terre et son expression à travers les pastorales, genre poétique particulièrement ancien et très à la mode jusqu'au XIXe siècle.

Une herbe qui semble insignifiante à une certaine période, donne à une autre une fleur majestueuse. Il en va ainsi de chacune des parcelles de terre où poussent les espèces sauvages. Dans un simple espace de 1 m2 constitué d'herbes folles on peut découvrir un petit potager ou/et un petit jardin de plantes médicinales (les simples). Toutes les plantes sauvages ont des pouvoirs spécifiques qu'il faut simplement connaître pour les apprécier. Ce jardin naturel est immense. Chacune de ses parties est belle à certaines époques. Et comme cela s'étale sur une année et que chaque plante a son moment culminant différent des autres, cette richesse incroyable ne se voit pas obligatoirement pour celui qui n'a pas les connaissances. Ce que je propose dans les douze prochains articles sur ce sujet c'est de parcourir ce jardin dans des endroits de la nature d'Île-de-France en décrivant quelques-unes des vertus de plusieurs de ces plantes. Mes connaissances dans ce domaine restent très limitées et ne concernent presque que la forêt du nord de Paris.

leonardalmPhotographies 2 & 3 : Deux petites gravures (8 x 13,5 cm) provenant du tome II des Œuvres de M. Léonard (quatrième édition, Paris, Prault, 1787). Cette partie des écrits de Nicolas Germain Léonard (1744 - 1793) contient entre autres une poésie intitulée Le Temple de Gnide et un roman pastoral. La première gravure présente une bergère et un berger près d’un petit temple (sans doute dédié à Aphrodite la déesse de l'Amour) dans la nature derrière lequel des jeunes filles danses et folâtrent. La seconde illustre le passage d'Alexis, Roman pastoral, « page 127 » avec por texte : « Cette Coupe que tu vois est bien belle !... ». Ces deux estampes sont les premières que j'ai achetées.

De tous temps, les plantes ont joué un rôle important dans la vie des hommes. L’Antiquité leur donne des noms de dieux. Sur les sculptures, peintures murales et autres images antiques, la corne d’abondance est souvent portée par des divinités fluviales, maritimes ou terrestres. L’importance donnée aux plantes se retrouve sur des murs des cités englouties par le Vésuve, sur des enluminures médiévales et des tapisseries, comme celles de la “ Dame à la Licorne ”. Durant l’Antiquité on aime à se couronner de fleurs lors de certaines fêtes et cérémonies. On continue de beaucoup le faire au XVIIIe siècle. Jusqu'au début du XXe, porter sur soi une ou des fleurs vraies, fines et jolies est une preuve de goût et de fraîcheur d'accoutrement. L'homme élégant porte une fleur à sa boutonnière. Le femmes distinguées en ont partout des fraîches ou des fausses. Au XVIIIe siècle il y en a sur le chapeau, dans les cheveux, du haut jusqu'au bas des habits ...

leprintemps300lmPhotographie 4 : Vignette d'époque XVIIIe siècle, de 12,7 x 16 cm, intitulée « Le Printemps », avec pour légende : « Cet heureux temps n'est plus que l'Amour plein de charmes / Pour les tendres Mortels produisait tant de fleurs ; / Le Perfide aujourd'hui n'engendre que des pleurs ; / Sous l'aile des plaisirs il cache des alarmes. » « A Paris chez Selis rue St. Dominique ».

Les fleurs ont leur langage médicinal, philosophique, culinaire, magique, amoureux... Aujourd’hui encore le choix des bouquets offerts, les couleurs, le nombre peut revêtir une signification particulière. Il existe des expressions où elles jouent un rôle. Parler de la guimauve peut faire sourire, comme de 'fleurs bleues'. Certaines plantes ont une symbolique particulière tel le lotus en Orient ou la rose au Proche Orient et en Occident.

Mais il n'est question dans ces douze articles que de plantes sauvages dont l’homme peut se servir pour le plaisir de ses sens et de sa santé. Si les plantes sauvages ont de multiples usages je me bornerai d'essayer de survoler leurs usages esthétique, et comme plantes de bien-être et culinaire. Personnellement je suis devenu végétarien lorsque je me suis aperçu qu'on peut trouver toutes les protéines nécessaires dans les plantes sauvages qui sont disponibles gratuitement à tous et offrent des goûts qui peuvent sembler absolument exotiques pour des papilles habituées à la nourriture 'contemporaine'.

Opéra
Pietri : Maristella
« Io conosco un giardino … »
Io conosco un giardino Je connais un jardin
A tutti sconosciuto, inconnu de tous,
Un nido di velluto un nid de velours
Sotto il cielo turchino sous un ciel turquin.
L’estate, il verno, in fior En été comme en hiver,
Vi odorano i giaggioli, les iris en fleurs l’embaument
Vi cantan gli usignoli et les rossignols y chantent
La notte in amor. la nuit, leurs chants d’amour.
Deh, vieni vien Ah, viens, viens
Qui sul mio cuor, près de mon cœur,
Io ti porto a quel nido Je te porterai dans ce nid,
E t’offro un bel cuscino Je t’offrirai un beau coussin
Di piumarelle d’oro, fait de plumes d’or.
E di baci t’infiori la bocca, Je couvrirai tes lèvres de baisers
E t’offro un gran forzier et je t’offrirai un grand coffre
Di sogni iridescenti, empli de songes iridescents
Di stelle giù cadenti et d’étoiles tombées
Dalle supreme sfere. de la voûte suprême.
Mia tenerezza, vien, Ma bien-aimée, viens,
Deh, vien ! deh, vien ! oh, viens, viens !

© Article et photographies LM

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Perruques

Fraysse300Photographies : Le 27 mars prochain, la maison Fraysse & associés présente à la vente le contenu d'un appartement parisien avec de nombreux objets d'art dont les trois exposés dans cet article. Voir ici le catalogue.
En haut à gauche : « Portrait d’homme en habit gris et manteau rouge ». Toile de 79 x 63 cm attribuée à Nicolas de Largillière (1656-1746).  © Catalogue Fraysse & associés.
En haut à droite : « Portrait du comte de Provence ». Toile ovale de l'atelier de Joseph Siffred Duplessis (1725-1802) de 79 x 63 cm. « Cadre ovale en bois sculpté du XVIIIe siècle. Notre tableau est la reprise du portrait du comte de Provence par Duplessis conservée à Chantilly, TablePerruquiere200musée Condé (toile, 80 x 64 cm), exposé au Salon de 1779. Notre tableau diffère de la version originale par la couleur de son habit et du fauteuil. Signalons une reprise ou copie qui figurait dans la vente Martini, février 1911, une autre version très différente de la version originale dans la collection du vicomte de Reiset en 1913, et une réplique autographe au Palais de la Bourse à Bordeaux (selon Nicolas Garnier-Pelle, Chantilly, musée Condé, peintures du XVIIIe siècle, Inventaire des collections publiques françaises, vol. 38, Paris, 1995, p. 44). » © Catalogue Fraysse & associés.
À gauche : « Table perruquière en acajou et placage d'acajou, le plateau mobile à fond de miroir (manque le casier). Angles arrondis à défoncement, pieds fuselés se terminant par des roulettes. Estampille de Denis-Louis ANCELLET, reçu Maître en 1766. Epoque Louis XVI. Hauteur: 78 cm - Longueur: 37 cm - Profondeur: 34 cm. » © Catalogue Fraysse & associés.
La vente aux enchères du 27 mars prochain par la maison Fraysse & associés à Paris (Hôtel Drouot) est l'occasion de présenter deux sortes de perruques portées par les hommes au XVIIIe siècle, une table perruquière qui, je suppose, sert à entreposer cette parure de la tête, et de rappeler cet article déjà paru : Le perruquier, le coiffeur pour hommes et les perruques masculines.

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Exemple d'un livre religieux dans une édition de 1658

tortillons-petits-fers200Les éditions tortillons-petits-fers-2-200imprimées de livres religieux chrétiens depuis les incunables sont nombreuses et souvent très soignées à tous les niveaux des compétences mises en œuvre par les divers métiers représentés. La vidéo d'Essentiam intitulée Beau livre ancien du XVIIe siècle : Imitation de Jésus Christ, traduit par Corneille, nous plonge dans cet univers avec finesse, où le verbe est véritablement créateur … Comme nous le dit dès ses premiers mots l’Évangile selon Saint-Jean : « Au commencement était le  Verbe ... »
Photographies : Caisson décoré aux petits fers en forme de tortillons, du dos du livre présenté dans la vidéo. © Essentiam.

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L'invention de l'homme moderne

1Photographies du dessus : Miniatures vendues par la maison Thierry De Maigret le vendredi 22 mars 2013 à 13h30 à Paris à Drouot Richelieu. Voir catalogue ici.
À gauche : « École FRANÇAISE vers 1830. Portrait d'un jeune homme Toile ovale 57 x 46 cm ».  © Catalogue Thierry De Maigret.
À droite : « Hippolyte LECOMTE (Puiseaux 1781 - Paris 1857). Portrait d'un jeune homme en habit noir Toile. Sans cadre. Dédicacée, signée et datée en bas à gauche Peint / par son ami / Hte Lecomte / 1806 61 x 50 cm ». © Catalogue Thierry De Maigret.
Photographies du dessous : Miniatures vendues par la maison Aguttes le dimanche 24 mars 2013 à 14h00 à Paris à Drouot Richelieu. Voir catalogue ici.
À gauche : « Julien (Paris-actif vers 1810). Portrait de jeune homme à la redingote bleue et haut col blanc. Miniature rectangulaire sur ivoire, signée : "julien de paris 1811 à Lyon". H : 5.6 cm  L : 4.4 cm ». © Catalogue Aguttes.
À droite : « École Française du début du XIXème. Portrait de jeune homme à la redingote bleue. Miniature ronde sur ivoire. Diamètre: 8,5 cm ». © Catalogue Aguttes.
Au dessous : « École Française vers 1800 ( Suiveur d'AURRY). Portrait d'homme à la redingote anthracite. Miniature ronde sur ivoire. Diamètre 3,8 cm. Au dos : Une composition en cheveux, sur ivoire et monogrammée " E.P." » © Catalogue Aguttes.
23C'est au début du XIXe siècle (et à la toute fin du XVIIIe) que s'invente une nouvelle silhouette masculine, celle des personnages ci-dessus très éloignés de ce qui précède (voir les photographies suivantes) mais moins de la notre.
Photographies du dessous : Miniatures vendues par la maison Piasa le lundi 25 mars 2013 à 14h30 à Paris à Drouot Richelieu. Voir catalogue ici.
À gauche : « École française du XVIIIe siècle, suiveur de Pierre MIGNARD. Portrait d'homme, Toile ovale, 78 x 62 cm, (Restaurations), Cadre Louis XIII à lauriers classiques redoré ». © Catalogue Piasa.
À droite : « École française de la fin du XVIIIe siècle, atelier de Hyacinthe RIGAUD. Portrait de Louis de France, duc de Bourgogne, Toile, 61 x 49,5 cm, (Usures, accidents et restaurations), Cadre Louis XIV en bois doré à décor de palmettes dans les angles et de fleurettes. » © Catalogue Piasa.
4Photographie du dessous : « Antoine VESTIER (école de). Portrait d'un homme en qualité en habit de parme. Miniature ovale sur ivoire, vers 1770. Hauteur 3,8 cm. Longueur: 3,2 cm ». Miniature vendue par la maison Aguttes le dimanche 24 mars 2013 à 14h00 à Paris à Drouot Richelieu. Voir catalogue ici. © Catalogue Aguttes.5

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Laques d’Extrême-Orient

Le mercredi 20 Mars à 18h30 la maison de vente aux enchères Osenat proposera une conférence de Mélanie Baltazar spécialiste en mobilier et objets d’art d’Extrême-Orient en laque intitulée : 'Profondeur de laques'. Vous découvrirez lors de cette présentation les différences entre les laques de Chine et du Japon, leur histoire ainsi que les techniques de fabrication.

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Restauration du bassin de Latone du jardin de Versailles

BassinDeLatonDetail300Photographie : Bassin de Latone de Versailles. © château de Versailles.

Cet article fait suite à celui intitulé : Année Le Nôtre à Versailles !
Pour fêter les 400 ans d'André Le Nôtre, né à Paris 12 mars 1613, il a neigé dans le jardin de Versailles. Nature s'est donc invitée (ou plutôt l'est-elle toujours surtout chez un jardinier) pour cet anniversaire ! Un merveilleux moment pour ceux qui aiment à dialoguer avec elle.
Versailles est un des somptueux exemples de l'art français très riche de mouvements différents, toujours tournés vers la nouveauté, l'intelligence et la beauté. Aujourd'hui le château accueille chaque année plus de trois fois la population de Paris intra-muros : près de sept millions de visiteurs. Tout cela demande une attention toute particulière des conservateurs avec des restaurations continuelles.

La restauration du bassin de Latone et des parterres qui l'entourent qui sont au cœur du jardin de Versailles a commencé ce jour anniversaire du 12 mars 2013 avec l'enlèvement de la statuaire centrale.


Voici de belles vidéos très instructives sur le sujet du bassin de Latone :

Enfin n'hésitez pas aller sur la chaîne Youtube du château de Versailles.

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Année Le Nôtre à Versailles !

PortraitdAndreLeNotreC.Maratta300Photographie : Portrait d'André Le Nôtre par Carlo Maratta, 1680. © Château de Versailles.
À l'occasion du quatre-centième anniversaire de la naissance d'André Le Nôtre (Paris, 12 mars 1613 - Paris, 15 septembre 1700), « le château de Versailles  rend hommage tout au long de l'année 2013, au jardinier de Louis XIV, architecte, paysagiste  exceptionnel, mais aussi collectionneur d'art averti, ami et confident du roi ».
Créateur du 'jardin à la française', il est une figure emblématique de l'humaniste français du XVIIe siècle, universaliste : Tout à la fois artiste et scientifique, architecte, jardinier, peintre etc., il dessine l'espace dans des perspectives illimitées et des bosquets intimes, dans des plans d'eau immenses où miroitent le ciel et ses lumières et des fontaines aux jets fastueux ; modèle la terre et l'esprit en même temps dans des invitations au jeu, à l'amour et à l'intelligence ; réunissant l'antique et la modernité, le merveilleux, la fantaisie, la raison et la nature ... le tout dans une harmonie inspirant la grandeur voire le sublime. On ne sait plus si c'est notre corps ou notre esprit qui supporte la promenade au milieu de ces parterres fleuris et dessinés en dentelle, des allées majestueuses ou fines aboutissant à une vue illimitée ou au contraire nous surprenant par des apparitions sculptées ou des jardins secrets au détour d'un bosquet.

ChristianMilet300Photographie : Le bassin d'Apollon © Château de Versailles.

Pour fêter cet anniversaire plusieurs événements sont prévus : restauration du bassin et des parterres 'de Latone', restauration du bassin 'des enfants dorés', réintroduction dans le jardin de deux sculptures monumentales enlevées au XIXe siècle : 'Milon de Crotone' et 'Persée et Andromède' ... Concerts, ballets, théâtre, opéras, feux d'artifice et jeux d'eau animeront cette fête, avec toujours pour la période estivale les 'grandes eaux musicales', les 'jardins musicaux' et les 'grandes eaux nocturnes'.
A partir du 2 juillet sera exposé avec le concours du Muséum national d'histoire naturelle l'herbier du roi au palais de Flore qu'est le grand Trianon, où viendront se joindre quelques portraits de dames portant bouquets et tableaux de fleurs ; l'exposition continuant dans le 'jardin de senteur' à l'extérieur où les jardiniers de Trianon « restitueront un fleurissement historique de ses parterres : jacinthes bleu turquin, jonquilles de  Provence, narcisses de Constantinople ... »
versaillespeinturejardin300aPhotographie : Peinture d'époque représentant une partie du jardin de Versailles. © Château de Versailles.

La bibliothèque municipale de Versailles présentera une autre exposition particulièrement intéressante car parlant d'une partie oubliée du jardin jamais restaurée : le 'bosquet du labyrinthe' :
« Conçu en 1669 par André Le Nôtre et Charles Perrault pour l’éducation du Dauphin, le bosquet du Labyrinthe fut l’un des plus fastueux de Versailles. Près d’une quarantaine de fontaines, ornées de 333 animaux en plomb polychrome mettaient en scène les fables d’Ésope, au cœur d’un dédale de treillages et de rocailles. Il fut détruit lors de la replantation des jardins en 1775-1776, pour être remplacé par le bosquet de la Reine actuel. Ce lieu disparu revivra le temps d’une exposition à la Bibliothèque municipale de Versailles, ancien Hôtel des Affaires étrangères de Louis XV, située à proximité du château de Versailles. Cette exposition remettra également le thème du labyrinthe dans son contexte mythologique (le mythe de Dédale), spirituel, littéraire (Fables de La Fontaine, Phèdre de Racine) et pictural, ainsi que dans l’art des jardins. »

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Reliure neuve pour le site de la librairie Essentiam

EssentiamCollection300Le site de la librairie Essentiam fait peau neuve !

On y trouve de nombreux ouvrages de toutes les époques et à tous les prix.

Un blog le complète avec des articles particulièrement intéressants sur la restauration des livres et des conseils sur leur entretien.

vitrine-essentiam-rue-monnier300Le concept du site est plaisant comme l'explique Céline à l'origine de celui-ci : « A-t-on déjà vu des amateurs de livres anciens choisir un livre avec un caddie, ou un panier ? Non, en réalité, dans les petites échoppes, on discute, on marchande, on réserve ses choix ... » Internet est utilisé pour ce qu'il a de meilleur : le partage et l'échange qui peuvent se poursuivre dans leur galerie même à Paris dans un quartier qui depuis le XIXe siècle est consacré à l'art.

N'hésitez pas à vous inscrire à la lettre d'information de la librairie, à demander des conseils par courriel et à aller directement à la boutique du 30 rue Henry Monnier (9ème arrondissement), dans le quartier Saint-Georges, surnommé dès 1823 « la Nouvelle Athènes » et proclamé à plusieurs reprises au  XIXe siècle « République des Arts et des Lettres ». Des antiquaires renommés s'y installent ; et aujourd'hui de jeunes antiquaires y trouvent refuge, à deux pas de Drouot.

Le site : www.essentiam.fr.

Le blog : www.essentiam.fr/livres-anciens.

Enfin, vous l'avez peut-être compris, Essentiam m'est particulièrement cher, car un des rares sites partageant avec moi une certaine vision poétique, amicale et intellectuelle.

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Le fin de siècle et le fin de globe

1895-1erNovembre433lm1895-1erSeptembre300lmPhotographies : Estampes du Journal des Demoiselles de 1895.
Dans la dernière partie du XIXe siècle Paris déborde d'énergie. Pendant tout ce siècle la ville s'est considérablement agrandie et reste un important centre mondial de la modernité que les expositions universelles consacrent. C'est  ce qu'on appellera plus tard la 'Belle époque' ! Pour le moment on parle de 'fin de siècle'. On nomme ainsi les petits maîtres d'alors. C'est le titre de livres, comédies (ici aussi), journaux, revues de café-concerts, musiques etc. On dit aussi 'fin de globe' ou 'fin de cycle' pour désigner de la même manière ce (ou celui) qui est à la mode du moment. Ainsi dit-on : « un club fin d'globe » etc.
Le fin de siècle est le moderne d'alors, Paris étant le centre de cette modernité et des avant-gardes.
Photographies du dessous : Paris fin de siècle : Pièce en cinq actes par Ernest Blum et Raoul Toché (Paris, Calma, Lévy, 1890) avec une dédicace des auteurs.
ParisFinDeSiecleDedicasse2-640Voici retranscrite la première page de Fin de siècle par Humbert de Gallier (Paris, E. Dent, 1889) :
« Une animation extraordinaire régnait ce jour-là dans l'enceinte du pesage de Longchamps. Le soleil dardait ses rayons sur toute cette foule bigarrée qui allait et venait derrière les tribunes avec l'agitation des gens occupés d'affaires importantes. Des toilettes claires, blanches, roses, bleues, égayaient la pelouse et piquaient de notes joyeuses le fond sombre des grands arbres. Les sportmens circulaient très affairés avec leurs jaquettes noires, leurs chapeaux luisants, la lorgnette renfermée dans un étui de cuir jaune culotté par l'usage et pendu au cou, froissant dans leurs mains gantées de gris ... »
Photographie suivante : Stéréoscopie anglaise de la fin du XIXe siècle.

streotypevers1895-2-300lm© Article et photographies LM

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Grandeur d'âme

LaVeritableGrandeurdAme300lmPhotographies : La Véritable grandeur d'âme … (Paris, Delusseux, 1725) est un petit livre (18 x 11 cm) sur un grand sujet.

LaVeritableGrandeurdAmeHonneur531lm© Article et photographies LM

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Danseurs, vers 1854.

StereotypeCrinoline3-620Photographies : Stéréoscopie représentant des danseurs lors d'un bal. Si l'on s'en réfère à leurs habits, elle daterait de vers 1854, c'est à dire aux débuts de l'invention de l'appareil stéréoscopique qui permet de prendre deux clichés en même temps afin d'avoir une double photographie qui lorsque mise dans une visionneuse spéciale donne à voir en relief.

© Article et photographies LM

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L'art d'aimer au Moyen-âge

carole300La bibliothèque de l’Arsenal à Paris nous a gratifiés jusqu’à la semaine dernière d’une très belle exposition intitulée L’Art d’Aimer au Moyen-âge. Celle-ci est toujours visible ici.

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Servir le thé, le café ou le chocolat au XVIIIe siècle.

thePhotographie : Porcelaines de Saint-Cloud présentées à la vente par la maison Beaussant Lefèvre à Drouot Richelieu (Paris) le vendredi 22 février. Voir le catalogue ici. « (Pâte tendre) Deux gobelets de forme tronconique et leur présentoir, décorés en camaïeu bleu de réserves rectangulaires à coins arrondis à fond bleu entourés de motifs de lambrequins et de dentelles. Marqués au soleil. XVIIIe siècle. (Égrenures). Diamètre : 14 cm ». © Beaussant Lefèvre. Photographie du catalogue.
Le Théier  (Camellia sinensis) ou arbre à thé est un arbuste sauvage provenant d'Extrême-Orient largement cultivé. Le thé est consommé en Europe à partir du XVIIe siècle, comme le chocolat et le café. Ces boissons donnent naissance à de nouveaux lieux et pratiques de consommation et de sociabilité, ainsi qu'à de nouveaux services associés à l'argenterie mais aussi à la céramique et en particulier à la porcelaine dure d'importation asiatique et son imitation occidentale en porcelaine dite tendre, et en porcelaine dure européenne au XVIIIe siècle.
Les services à thé, à café ou à chocolat sont de diverses sortes. Le service cabaret comprend une verseuse, un sucrier, un pot à lait et deux tasses avec soucoupe, sur un plateau. Le service solitaire est un plateau avec une tasse et sa soucoupe et un sucrier. Le tête-à-tête contient deux tasses et leur soucoupe avec le sucrier.

Je crois que c'est à la manufacture de Saint-Cloud que l'on invente la tasse trembleuse. Ce dernier nom est donné au XIX e siècle. Auparavant on dit tasse enfoncée. On parle aussi de tasse à la reine, imaginée pour boire commodément le lait fraîchement trait dans la ferme construite à Versailles pour la reine de France Marie-Antoinette. Elle se distingue soit par une ou deux anses, soit surtout par le logement creux de la soucoupe dans lequel elle s’encastre. Elle est toujours munie d’un couvercle. Le corps est presque cylindrique avec une anse en général torsadée, et le couvercle est muni d’un bouton. Le motif principal du décor est placé légèrement en haut de la tasse afin de laisser une partie inférieure blanche qui s’encastre dans la soucoupe creuse. Le terme 'trembleuse' évoque des mains qui tremblent. Le logement creux de la tasse et l’anse, ou les anses, en facilitent le maniement et permettent de servir un liquide chaud à une personne alitée. Plusieurs tasses trembleuses sont visibles ici.

© Article LM

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Le teint en représentation

mortier500Photographies : « Coffret en bois de rose, contenant mortiers à fard et tampons applicateur » de la fin du XVIIIe siècle. © Musées Gadagne.

mortierdetail300Les musées Gadagne à Lyon présentent du 7 février au 10 mars 2013 une exposition « Le teint entre en scène ! » qui fait suite à celle de 2011 intitulée « Lèvres de luxe », toutes deux visant à valoriser l’histoire de l’industrie de la dermato-cosmétologie à Lyon, dans le passé, aujourd’hui et pour le futur. Plus de 200 objets provenant de collections privées sur le maquillage et sa mise en scène sont exhibés.

La relation avec le théâtre que souligne celle-ci n’est pas anodine comme je l’ai écrit dans l’article intitulé Maquillage. Nous sommes dans le domaine de la représentation et de la beauté.

Les objets de toilette en général sont parfois très raffinés avec notamment des « flacons à parfum en cristal enserrés dans des montures en or, flacons à sels en écaille, étuis en vernis Martin, vinaigrettes en émail, flaconniers en bronze ou en céramique, boîtes à mouches en ivoire ou en nacre » …. « Conçus pour la table de toilette ou la poche, voire suspendus en châtelaine ou en pendentif, ces objets, volontiers multifonctionnels, sont de véritables oeuvres d’art exécutées, pour certaines, dans des matériaux précieux et, pour d’autres, grâce à des techniques nouvelles : nécessaires en jaspe vert ou en écaille, flaconniers en galuchat … » Voir aussi l’article intitulé Les Objets de parfums que l'on porte sur soi au XVIIIe siècle. Des boîtes à mouches sont visibles ici

A noter que jusqu’au 5 mai 2013 les musées Gadagne présentent aussi une exposition sur Lyon au XVIIIe siècle

Photographies : « Vinaigrette « papillon » en or et décor émaillé 18ème ». © Musées Gadagne.

papillon500© Article LM

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Conversations précieuses

ScuderyConversationsReliureTitreDetail300lmPhotographies : « Conversations sur divers sujets : par Mademoiselle Scuderi ; tome premier. A Lyon, Chez Thomas Amaulry, Rue Merciere. M. DC. LXXX. [1780] Avec Privilege du Roy. »
ScuderyConversationsReliureTitre300lmVoici quelques exemples de nouveaux mots et expressions des précieuses récoltés par Antoine Baudeau sieur de Somaize (né vers 1630), dans son livre Le grand dictionnaire des précieuses, Ou la Clé de la langue des ruelles (1660) :
Au lieu de … la précieuse dit
" Asseyez-vous s’il-vous-plaît " - " Contentez, s’il vous plaît, l’envie que ce siège a de vous embrasser "
" Aimer " - " Avoir un furieux tendre "
" Un homme d’affaire " - " Un inquiet "
" Vous me témoignez une grande affection "- " Vous m’encendrez et m’encapucinez le coeur. "
" Être belle " - " Être dans son bel aimable "
" Le boire " - " Le cher nécessaire "
" Les belles choses " - " La force des mots et le friand du goût "
" Ah ma chère, je n’ai rien vu de beau aujourd’hui. " - " Quelle pauvreté ! ma chère, je n’ai pas vu une chose raisonnable aujourd’hui. "
" La boutique d’un libraire " - " Le cimetière des vivants et des morts "
" Fort commun " - " Du dernier bourgeois "
" Le cerveau " - " Le sublime "
" Se mettre en colère " - " Pousser le dernier rude "
" Être en couches (accoucher) " - " Sentir les contrecoups de l’amour permis "
" La grossesse " - " Le mal d’amour permis "
" Le cul " - " Le rusé inférieur "
" Les cannes remplies de rubans " - " Les filles de la mode et de la galanterie "
" Le cours (avenue plantée d’arbre) " - " L’empire des "œillades "
" Les dents " - " L’ameublement de bouche "
" Dîner " - " Donner à la nature son tribut accoutumé "
ScuderyConversationsJardindesTuileries300lm" Je ne me suis point divertie jusqu’ici " - " J’ai été jusqu’ici dans un jeûne effroyable de divertissement. "
" Avoir beaucoup d’esprit " - " Être un extrait de l’esprit humain "
" Un éventail " - " Un zéphyr "
" Un verre d’eau " - " Un bain intérieur "
" Avoir de l’esprit et n’en avoir point la clef " - " Avoir un oeuf caché sous la cendre "
" Un éloignement " - " Une quitterie "
" Le galant " - " L’alcoviste "
" Les joues " - " Les trônes de la pudeur "
" La jalousie " - " La perturbatrice du repos des amants "
" Les larmes " - " Les perles d’Iris "
" Il ne sait pas du tout la manière de faire les choses " - " Il ne sait pas du tout le bel air des choses "
" Le miroir " - " Le conseiller des grâces "
" Se marier " - " Donner dans l’amour permis "
" Une main " - " une mouvante "
" Vous m’estimez trop " - " Je suis trop avant dans le rang favori de votre pensée "
" Une menteuse " "- " Une diseuse de pas vrai "
" Le masque " - " Le rempart du bon teint ou l’instrument de la curiosité "
" La mode " - " L’idole de la cour "
" La musique " - " Le paradis des oreilles "
" Nager " - " Visiter les naïades "
" Le nez " - " Les écluses du cerveau "
" Toutes les bonnes choses abondent à Paris " - " Paris est le grand bureau des merveilles et le centre du bon goût "
" Les pieds " - " Les chers souffrants "
ScuderyConversationsDesPlaisirs300lm" Il pleut " - " Le troisième élément tombe "
" J’avoue que ce portrait est tout à fait beau " - " J’avoue que ce charmant insensible est furieusement beau "
" Le papier " - " L’interprète muet des coeurs, ou l’effronté qui ne rougit point. "
" La poésie " - " La fille des dieux "
" Railler " - " Dauber sérieusement "
" Les sièges " - " Les commodités de la conversation "
" Sentez un peu des gants là " - " Attachez un peu la réflexion de votre odorat sur ces gants là "
" Je suis surprise de cela " - " Je suis si surprise de cela que les bras m’en tombent "
" Le soleil " - " Le flambeau du jour, ou l’aimable éclairant "
" Les soupirs " - " Les enfants de l’air "
" Le secret " - " Le sceau de l’amitié "
" Tout à fait " - " furieusement "
" Les tétons " - " Les coussinets d’amour "
" La tristesse " - " L’ennemie de la santé "
" Vulgaire " - " Marchand "
" Le vent " - " L’invisible "
" Les verres " - " Les fils du vent et de l’argile "
" Les yeux " - " Les miroirs de l’âme "
" Le zéphyr " - " L’amant des fleurs "
" L’Amour " - " Le dieu de la propreté, de l’invention et de la galanterie "
ScuderyConversationsDeLaConversation300lmD’autres textes d’Antoine Baudeau sieur de Somaize donnent des informations importantes sur les précieuses, dont trois comédies qui les mettent en scène (voir la bibliographie qui suit). Si les précieuses témoignent le mieux du goût pour l'invention de nouveaux mots qu'ont les petits-maîtres, ont en a aussi d'agréables exemples par la suite. Il en est entièrement question dans Des Mots à la mode et des nouvelles façons de parler. Avec des observations sur diverses manières d’agir & de s’exprimer (1692) de François de Callières (1645-1717). On y apprend entre autres que les jeunes gens de la noblesse aiment à inventer de nouveaux mots et expressions. C’est un phénomène lié à la mode qu’on retrouve d’une façon récurrente chez les petits-maîtres et les petites maîtresses comme c’est le cas pour les incroyables et les merveilleuses qui ont leur langage, leur façon de parler et leur accent. Ce sont ces mots qui ont régulièrement enrichi les dictionnaires : « trouvez bon que je vous dise que ces colifichets de mots nouveaux mal inventés, & de façons de parler mal appliquées, ne sont que des ouvrages de quelques jeunes gens évaporés & ignorants qui s’en servent sans savoir pourquoi. / Ha, mon cher Cousin, s’écria la Dame, je suis bien fâchée d’être obligée de vous dire que ces sentiments là vous donnent d’un air de vieillard, & que ces jeunes gens à qui vous en voulez tant, ne voudraient pas vous ressembler. […] ma belle Cousine, ajouta-t-il en se radoucissant, […] revenons à vos mots nouveaux. ». Voici les ouvrages d'Antoine Baudeau Somaize consacré au courant des précieuses avec, excepté pour un, le lien vers le livre édité sous forme électronique :
Le Grand dictionnaire des précieuses, Ou la Clé de la langue des ruelles, 1660. Voir à partir de XLI.
Le Grand dictionnaire des précieuses : historique, poétique, géographique, cosmographique, chronologique et armoirique où l'on verra leur antiquité, coutumes, devises, éloges, études, guerres, hérésies, jeux, lois, langage, moeurs, mariages, morale, noblesse ; avec leur politique, prédictions, questions, richesses, réduits et victoires, comme aussi les noms de ceux et de celles qui ont jusqu'ici inventé des mots précieux, Paris, 1661.
Le Grand dictionnaire historique des précieuses.
Les Véritables Précieuses, Comédie, Paris, 1660.
Les Précieuses ridicules, Comédie, Paris, 1660.
Le Procès des Précieuses, Comédie, Paris, 1660.
Alcippe, ou du Choix des galants…, 1661.

© Article et photographies LM

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La mignonne et le mignon

DucdEpernoncentre300lm.jpgPhotographie 1 : Jean Louis de Nogaret, seigneur de La Valette et de Caumont, duc d'Épernon (1554 – 1642), surnommé « le demi roi », et un des deux archimignons d'Henri III (plus d'informations sur ce personnage dans Wikipedia). Gravure de vers 1650. On remarque qu'il porte une perruque blonde, bouclée (à moins que ce soit ses cheveux blondis et bouclés comme c'était la mode), une moustache relevée, une barbichette, un col avec de la dentelle sur une cuirasse (jusqu'au XVIIIe siècle, nombre d'hommes vont en guerre avec de la dentelle). Il est représenté assez vieux ici. Il meurt à 88 ans et vit sous les règnes successifs de trois rois : Henri III, Henri IV et Louis XIII. Cette gravure est tirée de Theatrum Europaeum, ouvrage édité de 1629 à 1650 par Matthäus Merian (éditeur germano-suisse : 1593 - 1650) et ses héritiers, et concernant la topographie européenne et les événements politiques et militaires pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648). La page fait 19,5 x 32,5 cm, et la gravure : 10,5 x 14,5 cm. Cette estampe reprend une autre plus ancienne.

Photographies 2 et 3 : Gravure provenant de ce qui est souvent considéré comme le premier livre de mode : Habiti Antichi, et Moderni di tutto il’Mondo de Cesare Vecellio (Venetia, Gio Bernardo Sessa, 1598). La page fait à peu près 17 x 11 cm. Il s'agit de la seconde édition originale contenant 507 figures sur bois, alors que la première de 1590 en a 87 de moins. Ici nous avons un des types de mignons avec son sombrero décrit dans l’article et le bilboquet. Il est blond avec une barbe pointue. Il a une boucle d'oreille, une fraise et on remarque de nombreux galons sur ses habits. Certaines autres pages présentent d'autres modes des mignons de l'époque. Les voici dans une édition de 1664 : page 198, page 203 (ici on remarque particulièrement le bijou sur sa poitrine qui est peut-être une montre, la braguette apparente qui est une mode surtout de la première moitié du XVIe siècle, le haut-de-chausses court et bouffant), page 208 (la toque sur le côté avec une touffe de plumes, la fraise, le pourpoint avec des crevés, la ceinture, le haut-de-chausses bouffant ...)

On désigne par 'mignonne' ou 'mignon' une jolie personne dont la beauté attendrit. On utilise aussi ces termes, plus accessoirement, comme des synonymes de maîtresse et d'amant, et pour des jeunes gens particulièrement beaux qui suivent un ou une aristocrate.

HabitiAntichiEModerniFrancese300lmSi ces mots ne semblent pas apparaître en France avant le XVe siècle, ceux qu'ils définissent existent depuis bien plus longtemps. C’est le cas durant l’Antiquité avec l’aristocratie romaine qui parfois s’entoure d’une nombreuse cour constituée en partie de gracieux individus qui se distinguent par la beauté de leur physique, de leurs manières et de leurs habits. Certains hauts personnages aiment à parader avec un lourd équipage particulièrement gracieux constitué de mignons et mignonnes. Sénèque (4 av. J.-C. - 65 ap.) critique cela dans certaines de ses lettres. Cette pratique se perpétue aux siècles suivants dans les grandes familles de la Renaissance italienne et même en France.

Le terme de mignon est très usité au XVIe siècle. La plus célèbre mignonne est sans doute celle du poème de Ronsard (1524-1585) « Mignonne, allons voir si la rose ... » (lire ici), composition faite pour une petite-maîtresse. Ce texte se situe en plein milieu de cette mode.

On désigne aussi par 'mignon' un favori d'un grand seigneur et ceux qui lui ressemblent. Il naîtrait sous Charles VIII de France (Charles VIII l'Affable : 1470 – 1498). Le mot vient d'Espagne. On le trouve en France dans des textes de 1494.  Il semble que l'on désigne comme archimignons, les deux plus proches collaborateurs d'Henri III (1551-1589).

Ce n’est qu’à partir de ce roi que le terme prend une valeur homosexuelle, ceci afin de se moquer de ces courtisans raffinés dans un contexte de guerres de pouvoir et de religion. La Description de l'île des Hermaphrodites, ouvrage sans doute de Thomas Artus Sieur d'Embry, publié du temps d'Henri IV (1553-1610), est un pamphlet sur les mignons d'Henri III. Le livre commence par un frontispice avec l'image d'un hermaphrodite (voir ici) sous lequel est écrit qu'il ne sait trop s'il doit être un homme ou une femme, mais que cela importe peu puisqu'à être les deux il « reçoit double plaisir ».

Le mignon est « fraisé, frisé, blondelet » comme l'écrit Etienne Tabourot. Parfois il roule ses cheveux au dessus des tempes (on appelle cela des bichons). Sa peau est délicate et blanche. Il s'épile les sourcils. Il prend particulièrement soin de son visage et de ses mains.

Il s'habille aussi proprement (c'est à dire avec autant de raffinement) que les femmes. Il se coiffe de très nombreuses sortes de chapeaux comme celui dit 'à l'albanaise' (très-hauts et presque sans bords) ou le sombrero espagnol dont la large envergure ombrage le visage (voir les photographies 2 et 3). La toque, ayant une touffe de plumes, placée sur un côté de la tête est caractéristique. Il porte un grand collet renversé à l'italienne ou une fraise empesée et godronnée (on emploie aussi le terme de tuyautée). Seuls les hommes ont au XVIe siècle de la dentelle, appelée aussi passementerie. Le pourpoint est collant ou très ample et parsemé de crevés (voir l'article Les petits crevés). Il peut être allongé en pointe sur le ventre et renflé à sa base par une panse ayant un busc la rendant rigide et rembourrée. Le haut-de-chausses est plus ou moins court et bouffant. De même que pour les chapeaux, il existe de multiples sortes de ceintures pour tenir l'épée.

Il porte de nombreux bijoux comme les femmes (collier de perles ...), des bagues, des boucles d'oreille (ou plutôt une seule), et à sa  ceinture un drageoir. Il se servirait d'une sarbacane pour envoyer aux dames des bonbons musqués. Il semble que ce soit à son époque qu’apparaît l'éventail (introduit traditionnellement en France par Marie de Médicis : 1575 - 1642), et la montre (dont certaines sont d'un grand raffinement, voir ici et ici) qu'il place en sautoir sur sa poitrine. « Je vis qu'on lui mettait à la main droite un instrument qui s’étendait et se repliait en y donnant seulement un coup de doigt, que nous appelons un éventail. Il était d'un vélin aussi délicatement découpé qu'il était possible, avec de la dentelle à l'entour de pareille étoffe. » (Voyage dans l'île de hermaphrodites). Un autre objet à la mode est le bilboquet. C'est Henri III qui lance cela. Il se promène dans les rues avec et de même font les mignons et les jeunes gens à la mode.

HabitiAntichiEModerniFrancesedetaia300lmLe mignon se parfume abondamment d'eaux cordiales, de civette, de musc, d'ambre gris et de précieux aromates. Il semble marcher sur des œufs. Sa parole est « bleze [du verbe bléser qui signifie « parler avec un vice de prononciation »], mignarde et molle ». Cette façon de s'exprimer en blésant, zézayant, est très fréquente chez les petits-maîtres jusqu'au début du XXe siècle. Nombre de ces marques se poursuivent au moins jusqu'à la Révolution. La mode masculine des cheveux blonds et bouclés et de bléser sont des caractéristiques des incroyables : voir l'article La blonde, le blond et le délicat, de même que de porter une boucle d'oreille. C'est une autre des marques des mignons et de la mode masculine du XVIe siècle. Le prince de Moldavie Petru II Cercel ( ? - 1590) est appelé pour cela 'Pierre Boucle d’Oreille' ; justement parce qu'il porte une boucle d'oreille, suivant la mode des mignons de la cour française de Henri III.

Concernant les mignonnes, François Hédelin abbé d’Aubignac (1604-1676), donne la définition suivante dans son Histoire du temps ou relation du royaume de coquetterie extraite du dernier voyage des Hollandais aux Indes du levant (1654) : coquettes « qui d'ordinaire ont l'esprit aussi mince que le corps. »

La Renaissance française est une période très riche d’élégances et de raffinements. Les petits-maîtres sont extrêmement nombreux dans les cours. Aux siècles précédents ils sont aussi une multitude. Mais d’en parler nécessite de faire des recherches plus difficiles à partir de documents beaucoup moins communs puisque l’imprimerie débute au XVe siècle. Les gravures restent rares et les livres ne sont pas encore produits en série. Il est donc nécessaire de consulter des manuscrits enluminés uniques et les oeuvres d’art pour cela. Si aujourd’hui les documents imprimés sont de plus en plus numérisés sur Internet, ce n’est pas encore tout à fait le cas pour les manuscrits médiévaux qui sont une source inépuisable de renseignements puisqu’un seul manuscrit peut contenir des dizaines de peintures de scènes de genre. La bibliothèque nationale de Richelieu en possède à elle seule des dizaines de milliers.

Voici ici une image représentant la cour d'Henri III.

© Article et photographies LM

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Le muscadin

Le muscadin est une « Petite pastille de bouche composée de musc & d'ambre » lit-on dans la première édition (1694) du Dictionnaire de l'Académie Française. Jean-François Féraud écrit dans son Dictionnaire critique de la langue française (Marseille, Mossy, 1787-1788) : « Petite dragée ou pastille, où il entre du musc. On a dit autrefois muscardin, et on le dit encore en quelques Provinces. »
Si ce mot désigne une petite pastille qu’on mange pour avoir une bonne haleine, par extension, on appelle alors ‘muscadins’ des élégants sentant le musc et à l’apparence soignée. C'est aussi ainsi qu'on nomme sous la Révolution certains royalistes qui se distinguent par leur élégance recherchée. En ce sens, ce mot est utilisé à cette époque au féminin et de façon péjorative : « muscadine ». Louis-Sébastien (1740-1814) insiste sur cet aspect dans sa définition des muscadins donnée au tome III de Le Nouveau Paris (Gênes, Impr. de la 'Gazette nationale », An III, 1794) : « Muscadins. Espèce d’hommes occupés d’une parure élégante ou ridicule, qu’un coup de tambour métamorphose en femmes.  « Le fils du Czar  Pierre I s’est brûlé les doigts, dit un de nos écrivains, pour n’être point forcé au travail que son père exigeait de lui ». Nous avons vu un Muscadin se résoudre à se faire couper l’index, pour éviter de porter les armes contre l’ennemi. Il aurait dû le conserver pour manier l’aiguille ou la quenouille. Ils formèrent l’opposé des sales Jacobins. On aurait cru qu’une jeunesse ardente allait embrasser les principes républicains ; mais cette jeunesse était riche, efféminée, et voulut se distinguer partout de ceux qu’elle appelait les habits bleus. Les muscadins furent moqués, rossés, battus, quand ils voulurent, avec leurs oreilles de chiens et leurs cadenettes, narguer les républicains. S’ils étaient les plus forts, c’était bien rarement, et quand ils se trouvaient quatre contre un. Ils font les royalistes à bas bruit ; mais les émigrés les méprisent encore plus qu’ils détestent les patriotes. »  La coiffure en « oreilles de chien » est décrite dans cet article : Café des Incroyables. Ma parole d'honneur ils le plaisante. 1797 ; et la cadenette ici : Les oublies. Le terme de muscadin est encore utilisé dans la seconde moitié du XIXe siècle pour parler d’un « Fat, dandy plus ou moins authentique, - dans l’argot du peuple, qui a conservé le souvenir des gandins d’il y a soixante-dix ans. » (Delvau, Alfred, Dictionnaire de la langue verte, deuxième édition, Paris, E. Dentu, 1867). Un exemple de tenue de muscadin se trouve ici.

© Article et photographies LM

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