Le XVIIIe, siècle d'or de l'éventail.

VueDuPontNeufDetail448VueDuPontNeuf600Photographies VueDuPontNeufDetail1-300du dessus : « La vue du pont Neuf ou l’embarras de Paris.Vers 1680. Ivoire, peau, gouache. Bielefeld, Deutsches Faechermuseum – Barisch Stiftung. © Martine Beck Coppola. » Exposition Le Siècle d'or de l'éventail, du Roi Soleil à Marie-Antoinette au  Musée  Cognacq-Jay. VueDuPontNeufDetailDrape300Cette peinture est un témoignage remarquable de Paris à la fin du XVIIe siècle car elle repérsente le cœur de la capitale qu'est le Pont-Neuf avec ses échoppes ; ses passants, à pied, en carrosse, en carriole, à cheval ; on y rencontre un lecteur public, un boulanger, des soldats, un vendeur et réparateur de chaussures, un tréteau de théâtre avec Arlequin, un musicien, des galants etc. J'ai choisi de montrer le détail d'un couple d'élégants habillés à la mode de l'époque et un homme portant une cape rouge dans le genre du drapé antique qui survit donc encore à cette époque. Concernant la mode d'alors voir les gravures du Mercure Galant d’octobre 1678 présentées dans cet article.

Jusqu'au 2 mars 2014, le Musée Cognacq-Jay à Paris propose l'exposition Le Siècle d'or de l'éventail, du Roi Soleil à Marie-Antoinette. Y sont présentés 70 éventails fabriqués à Paris au XVIIIe siècle provenant de collections publiques et privées. « Au cours du XVIII siècle, Paris devient ainsi la capitale de cet objet aristocratique et artistique dont les décors suivent la production des peintres à la mode (Boucher, Watteau, Lancret mais aussi Le Brun, Coypel, ou Lemoyne) et participent à la diffusion de l’art français en Europe. » Une occasion aussi de visiter le musée Cognacq-Jay tout entier dédié au XVIIIe siècle.

Photographie de dessous : Détail de l'éventail représentant « Le mariage du dauphin Louis Ferdinand. Détail. Vers 1745. Nacre, papier, gouache. Londres, The Fan Museum. © Martine Beck Coppola. » Une table de toilette est visible sur la gauche.
MariageDuDauphinDetailPhotographies ci-dessous : Détails d'un éventail représentant « Les comédiens au bal. Vers 1690-1700. Écaille, peau, gouache. Paris, musée des Arts décoratifs. © Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance. »

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La science du monde

Jacques de Callières (fin du XVIe siècle - 1697) écrit dans La Fortune des gens de qualité et des gentilshommes particuliers, enseignant l'art de vivre à la cour suivant les maximes de la politique et de la morale (Paris : E. Loyson, 1661) : « Ce n'est pas assez d'être savant de la Science du Collège, il y en a une autre qui nous enseigne comme il s'en faut servir. Celle-ci est une coureuse qui va de maisons en maisons, & qui ne parle ni Grec ni Latin, mais qui nous montre l'usage de tous les deux. On la trouve dans les Palais, on la rencontre chez les Princes & les grands Seigneurs, elle se fourre dans les Ruelles des Dames, elle se plaît parmi les gens de guerre, & ne méprise pas les Marchands, les Laboureurs, ni les Artisans. C'est elle qu'on appelle la Science du Monde, qui a pour guide les conversations, & l'expérience des choses. Elle rend le même office aux autres Sciences, que le lapidaire fait aux diamants bruts, quand il leur donne la beauté, l'éclat, & le prix par la polissure ; & en effet est-il rien de plus impertinent, qu'un homme du Quartier Saint Jacques, qui n'a jamais vu le Louvre, que de l'autre bord de la Seine ? À quoi lui sert son Grec & son Latin, qu'à le rendre ridicule parmi les honnêtes gens, & à faire avouer qu'il est plus ignorant dans la Science du monde, que les plus stupides ne le sont dans celle de l'Université ? Le Collège nous donne les premières notions des choses, il nous amasse des matières pour construire des beaux Palais ; mais c'est la Science du Monde qui nous en enseigne l’architecture, qui nous montre l'ordre & l'agencement de toutes ses parties, qui nous fait paraître habiles sans affecter la vanité d'être savants, qui polit nos discours & nos mœurs, qui nous rend discrets dans nos conversations, & agréables à tout le monde. Sans elle la Science devient barbare & mal plaisante ; & c'est la raison pourquoi les gens de peu, à qui la Nature a donné de l'Esprit, & le Collège des Lettres, ont une extrême peine à se dépayser; ils paraissent presque toujours ce qu'ils sont, parce qu'ils tiennent de la bassesse de leur nourriture, qui n'ayant aucun rapport avec celle des Gens de qualité, ne peut cacher sa différence naturelle. Le plus grand secret pour purger un Gentil-homme de cette ordure, est de le produire de bonne heure dans le monde, de lui prescrire des conversations choisies, de l'obliger à rendre devoirs aux personnes de Qualité, de lui faire observer jusqu’aux moindres choses qui regardent la bienséance, de lui donner une certaine hardiesse, sans impudence & fans orgueil dans toutes ses actions, le rendre civil sans bassesse, & complaisant sans flatterie, lui ordonner la conversation des Dames, & lui souffrir quelque intrigue avec elles. En vérité parmi l'ignorance de ce sexe les plus savants prennent souvent de très-utiles leçons ; il semble que la Nature ne l'ait pas fait seulement pour plaire, mais encore pour donner des règles au notre de se rendre agréable. La beauté a quelque chose d’impérieux qui nous rend sages & discrets, autant par habitude que par aucun discours de raison ; comme elle a droit de nous charmer, nous pensons avoir celui de lui plaire, Si la passion que nous sentons ne pouvant être satisfaite que par là, nous embrassons avec ardeur tous les moyens qui nous peuvent rendre aimables. Cette passion nous enseigne bien mieux que la Rhétorique, l'art de persuader nous découvre toutes les grâces de l'éloquence. Elle compose nos actions, elle règle nos pas, elle nous rend propres, elle nous ouvre l'esprit, ; le polit & l'éveille ; elle est utile quand elle ne va pas jusqu'à l'excès, elle ressemble à cette liqueur qui réjouit les honnêtes gens, & qui enivre la canaille. Aussi je ne la souffre qu'aux beaux esprits, qui la prennent comme un moyen de se perfectionner dans la Science du Monde, & non pas pour devenir vicieux. Les meilleures choses se corrompent par le mauvais usage ; c'est à nous de ne nous rendre pas coupables par notre modération. Notre condition serait pire que celle des bêtes, s'il nous fallait abstenir de tout ce qui porte péril avec soi ; le feu qui nous échauffe nous peut brûler ; l'air que nous respirons pour vivre, peut être corrompu ; & le vin qui nous désaltère & qui nous nourrit, nous peut enivrer ; Et pour cela serait-ce bien conclure que nous dussions être privés de l'usage du feu, de l'air & du vin ? Il est de nos passions comme de nos armes, elles servent à notre défense, quand elles nous obéissent ; mais elles font un effet tout contraire aussitôt qu'elles passent entre celles de nos ennemis. Nous nous les figurons comme des Monstres, faute de les connaître, leur force ne vient que de la faiblesse de notre raison ; laissons lui la liberté de les examiner, elle en deviendra maîtresse avec peu d'effort ; c'est pour lors qu'elle les destinera à de bons usages, & que l'Amour même tout dangereux qu'il est, cessera d'être criminel. Les plus grands Capitaines anciens & modernes ont trouvé moyen de l'ajuster avec leurs emplois, ils l'ont regardé comme une faible barrière qui ne pourrait arrêter le succès de leurs entreprises, ni le progrès de leur gloire. Les Savants l'ont suivi comme l’âme de la Nature, le lien de la société civile, le père des plaisirs & de la paix. Les dévots en ont fait une vertu nécessaire, & le principe de la charité qui les unit avec leur prochain ; & moi je le propose comme une lumière qui nous échauffant le cœur, nous éclaire l'esprit pour découvrir les beautés de cette Science du monde, que j'estime si nécessaire à un honnête homme. »

© Article LM

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Verres d'usage et d'apparat, de la Renaissance au 19e siècle.

VerresPhotographie : Quatre verres à jambes décorées d'ailettes. Venise et façon de Venise. XVIIe siècle. H. max. 180 cm. © Christophe Garcia.

La ville de Bordeaux est connue pour son vin depuis l'Antiquité. Il est logique que son Musée des Arts Décoratifs  fasse une exposition jusqu'au 20 mars 2014 sur les Verres d'usage et d'apparat, de la Renaissance au 19e siècle.

Photographie : © Coupe sur pied à filets verts et bleus - Venise vers 1500. © Christophe Garcia.Coupe

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Jean Cousin père et fils : deux représentants des Beaux-Arts du XVIe siècle français.

EvaPrimaPandora650Le Louvre propose jusqu'au 13 janvier une exposition intitulée : Jean Cousin père et fils : Une famille de peintres au XVIe siècle. Jean Cousin l'Ancien (vers 1490 ou 1500 - après 1560) et son fils Jehan Cousin le Jeune (vers 1522 – 1594) sont deux peintres, graveurs, sculpteurs et décorateurs français de la Renaissance.

EvaPrimaPandoraDetail1-300Voici ce qu'en dit le dossier de presse : « À travers un choix de 60 œuvres, l’exposition est l’occasion de rendre justice à cet artiste protéiforme, figure centrale du maniérisme français. Elle met en lumière l’originalité et l’importance du style de Jean Cousin et cherche à distinguer l’œuvre de Jean Cousin le père de celle de son fils, qui porte le même nom.

L’exposition EvaPrimaPandoraDetail2-300réunit ainsi l’ensemble des œuvres de Cousin dispersées dans les collections du Louvre. Le musée détient en effet les principales pièces de l’artiste en matière de peinture, tapisserie et sculpture. Se sont très généreusement associés à lui le musée d’Ecouen avec son corporalier brodé d’or, le musée de l’Armée avec une garniture de selle récemment identifiée, et les cinq plus grandes bibliothèques parisiennes : la Bibliothèque nationale de France et celle de l’Arsenal, la Bibliothèque de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts, la Bibliothèque Mazarine, la Bibliothèque de l’Institut – pour leurs remarquables collections de dessins, de gravures, de livres imprimés et de partitions. Cinq pièces choisies dans les musées de province – une statue à Chartres, un tableau à Montpellier, deux dessins à Angers et Rennes, un rondel à Dijon, qui est peut-être un témoignage de Cousin lui-même peintre verrier – enrichissent enfin cette manifestation de quelques-uns des nombreux témoignages de l’art de Cousin dont nos provinces peuvent s’enorgueillir.

Un choix d’œuvres de son fils et héritier complète l’image de ce grand inventeur d’un style qui, classique avant la lettre, s’est nourri tout autant du passé cultivé par la Renaissance que des sophistications du maniérisme. »

Photographies : « Jean Cousin, dit le Père, Eva Prima Pandora, XVIe siècle, huile sur bois, 97 x 150 cm. Paris, musée du Louvre. © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado. »

Photographie du dessous : Détail « Jean Cousin Fils, Pan visé par l’Amour archer et Pan poursuivant Syrinx. Paris, musée du Louvre. © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi. »PanetSyrinxDetail400.jpg

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Trésors de manuscrits enluminés

1-1-30011-300Photographies 1-1-Detail2-300.jpgdu dessus, de droite et dernière : « Saint Jean l’évangéliste. Evangiles de Liessies (fragments). 1146, abbaye de Liessies, Hainaut. Peinture a tempera, encre et or sur parchemin. 335 x 240 mm. Avesnes-sur-Helpe, musée de la société archéologique de l’arrondissement d’Avesnes. © Société Archéologique et Historique de l’Arrondissement d’Avesnes. » 

Photographie de gauche : « Initiale S, Ascension de saint Jean l’Évangéliste. Découpée du Laudario della Compagnia di Sant’Agnese ? fragment du Laudario della Compagnia di Sant’Agnese Pacino di Bonaguida, Florence, 1335-1340. Peinture a tempera, encre et or sur parchemin. 101 x 107 mm. Compiègne, musée Antoine Vivenel. © Musée Antoine Vivenel, Compiègne. » 

L’Institut national d’histoire de l’art est à l'initiative d'un projet national de recensement des manuscrits enluminés conservés dans les musées de tout le territoire français. Les premiers résultats de cette enquête se traduisent par trois expositions concomitantes au Musée des Beaux-Arts d’Angers, au Musée des Augustins à Toulouse et au Palais des Beaux-Arts de Lille, chacune pour les régions qui les concernent directement.  

Les photographies présentées ici sont celles de manuscrits de l'exposition au  Palais des Beaux-Arts de Lille.

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Les tapisseries de la Dame à la Licorne

MonSeulDesirInscriptionLes six tapisseries de la Dame à la Licorne viennent d'être restaurées. Elles sont présentées dans leur nouvel écrin au Musée de Cluny à partir du 18 décembre.

MonSeulDesir500Photographies : « Tenture de La Dame à la licorne : « Mon seul désir ». Vers 1500. Paris, musée de Cluny - musée national du Moyen Âge. © RMN-Grand Palais / Michel Urtado. »

On remarque que le bas de la tapisserie est beaucoup plus clair que le reste. Il s'agit de la partie restaurée au XIXe siècle. Comme quoi les couleurs employées au XVe siècle sont de bien meilleure qualité ! « Les analyses réalisées en cours de restauration ont permis de mesurer le gain d’intensité et  d’identifier les colorants naturels : la garance pour le rouge, la guède pour le bleu, la gaude pour le jaune, ou bien encore l’orseille, variété de lichen, pour les violacés.  »

Les personnages sont debout sur un tertre clos placé au milieu d'un fond rouge aux mille fleurs reconnaissables : pâquerettes, compagnons blancs, pensées, véroniques etc. Des animaux s’ébattent, des lapins, une chèvre, un agneau, un chien avec un collier, un oiseau dans une étrange position et un faucon attaché à la tapisserie. Le tertre est lui aussi parsemé de fleurs. Le sol est bleu ainsi que la tente sur laquelle est inscrit en lettres d'or : « Mon seul désir ». La Dame semble en sortir. Elle est blonde avec une coiffure à houppe (sa servante aussi). Elle porte une robe cramoisie au dessus d'une autre en brocart. Un voile enveloppe le brocart de ses manches. Elle est couverte de bijoux et une profusion d'autres sont placés par elle dans un coffre tenu par sa suivante. Un chien regarde droit devant. Il est sur un coussin de brocart posé sur un banc. Aux pieds de la Dame est assis un petit singe. Un lion et une licorne tiennent le blason (qui permet d'identifier le commanditaire) et gardent ouverte la tente. Quatre essences d'arbres sont présentes : chêne, pin, houx et oranger.

Les cinq autres tapisseries représentent les sens : le Goût, l'Ouïe, la Vue, l'Odorat, le Toucher.

MonSeulDesir2-1-300.jpgCette allégorie aurait été commandée par Antoine II Le Viste (vers 1470 -  1534), magistrat et administrateur français issu d'une vieille famille de Lyon originaire de la vallée de la Bresle en Picardie. Il est possible qu'elles fassent partie originellement d'un ensemble plus conséquent.

La lyonnaise Dame à la Licorne est une des trois grandes dames de Paris, avec la Joconde du Louvre, une italienne, et Notre Dame (l'église bâtie sur un temple semble-t-il dédié à Isis l'égyptienne : Paris = Bar Isis = La barque d'Isis).

MonSeulDesir2-2-300.jpgCet ensemble de six tentures est dans la tradition courtoise médiévale où on n'établit pas de différence entre l'amour spirituel et le charnel. La Dame est la conséquence tangible de l'Amour divin et les sens son exaltation. A travers eux se révèlent l'infini et la profusion, l'abondance créatrice. Les sens sont l'expression de la divinité. Pour vivre cette extase pleinement sont nécessaires l'apprentissage du plaisir courtois et de la grandeur d'âme emprunte de finesse qui permet de déceler en toutes choses son bonheur et rendre grâce par la beauté à la beauté et à travers elle à la magnificence de la création. On est dans la communion de l'esprit avec les sens et ce qu'ils appréhendent. À travers l'autre, la Dame, c'est l'esprit qui se réalise et se voit. La matière et l'autre font office de révélateurs de l'esprit en soi-même et en retour celui-ci devient matière : « à mon seul désir », et profusion. Le concept même de différence s'est évanoui. On est une seule âme. La Dame et son Ami et/ou son environnement ne sont plus qu'un. Les différences physiques ne sont là que pour exalter l'Amour.

Dans l'article intitulé Le bas Moyen-âge : Fin amor et Art français ou francigenum opus j'écris sur la Fin'amor.

Photographies ci-dessous : « Tenture de La Dame à la licorne : La Vue. Vers 1500. Paris, musée de Cluny - musée national du Moyen Âge. © RMN-Grand Palais / Michel Urtado.  »LaVue3-2-300

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Le chic d’une Parisienne de la Belle Époque aux années 30

Jusqu'au 16 mars 2014, le musée Carnavalet présente une exposition intitulée Le chic d’une Parisienne de la Belle Époque aux années 30, composée d'éléments de la garde-robe d’Alice Alleaume, première vendeuse de la maison de « grande couture » de Mme Madeleine Chéruit, au 21 place Vendôme à Paris, de 1912 à 1923. Sont présentées « des robes griffées Chéruit, Worth et Lanvin, des chaussures du soir d’Hellstern, des chapeaux d’Alphonsine, Marcelle Demay, Madeleine Panizon, Le Monnier, des bandeaux du soir de Rose Descat, des bijoux … »


Exposition Roman d'une Garde-Robe par paris_musees

Sur cette époque voir les articles Les premiers grands couturiers du XXe siècle : une révolution vestimentaire en douceur, et Le mannequin.

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Le grand goût

L'expression 'grand goût' vient peut-être de la peinture (comme celui de 'chic' : voir l'article intitulé Bon chic bon genre). « On dit qu'un tableau est de bon goût, lorsque les objets qui y sont représentés sont bien choisis & et bien imités, conformément à l'idée que les connaisseurs ont de leur perfection. […] Le bon goût se forme par l'étude de la belle nature […] grand goût, en Peinture est un goût idéal qui suppose un grand, un extraordinaire, un merveilleux, un sublime même tenant de l'inspiration, bien supérieur aux effets de la belle nature ... » Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers … par MM. Diderot et D'Alembert, 1780, pp. 353-354.

Le 'grand goût' est en particulier lié aux XVIIe et XVIIIe siècles, depuis les précieuses, le classicisme qui suit, et un retour à la grandeur sous Louis XV. Il exprime un appétit pour le beau (voire l'extraordinaire) et le sublime. Il fait appel à la magnificence, et se matérialise par la voix et sur la voie de la perfection. Le 'grand goût' c'est la recherche de cette perfection, à travers une langue (le français), des exemples (le plus souvent puisés dans l'Antiquité), et la maîtrise de techniques (les sciences des Lumières ...).

© Article LM

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Le mois de décembre

lhiver-300lmPhotographie de gauche : Gravure du début du XVIIIe siècle intitulée « L’Hiver » (écrit « L’Hyver »), d'après François Verdier (1652-1730) par le sculpteur Jean Baptiste Haussard (1679-1749) dans un cadre du XIXe siècle (42 x 50 cm), avec Privilège du Roi, et le texte suivant :  «  La Terre stérile ; et dépouillée de ses richesses, est représentée par Cybelle couronnée de Tours, et Soutenue d’un Mois. Cette Déesse parait dans l’abattement de se voir privée des influences favorables du Soleil représenté dans l’éloignement par Apollon assis sur son Char, pendant que le froid Aquilon lui souffle impétueusement la Neige et les frimas, et que les Signes LesSaisonsThoson1769LHiver300lmCélestes du Verseau et des Poissons semblent vouloir l’accabler de pluies et d’humidités. Les Semaines paresseuses qui l’accompagnent nous marquent la Nonchalance de la Saison, dont les Amusements sont figurés par plusieurs Génies qui jouent, et par différents instruments de jeux. L’Hiver sous la forme d’un Vieillard fait connaître que l’Elément du feu est le remède aux rigueurs de cette Saison. »

Photographies suivantes : Frontispices de la partie dédiée à « L'hiver » de diverses éditions françaises du XVIIIe siècle de la traduction du poème Les Saisons de James Thomson (1700-1748). Dans les trois exemples nous avons une représentation de veillée paysanne où les habitants d'un hameau se réunissent à la nuit tombée pour passer le temps ensemble autour du feu, à écouter de la musique, danser, se raconter des histoires (contes pour enfants etc.) faire de menus travaux demandant un peu d'aide etc.

LesSaisonsThoson1771LHiverDetail500lmVeillees2-300lmLesSaisonsThoson1795LHiverDetail500lmAu mois de décembre les branches de feuillus forment des arcs d’argent sur le ciel bleu, au-dessus de la terre rougeoyante et dorée par les feuilles, avec de-ci, de-là, des petites nappes de verdure, quand la neige ne recouvre pas tout pour offrir un nouveau paysage. En hiver les couleurs semblent plus douces, en particulier dans le ciel ou des pastels tendres forment des dégradés de couleurs, de bleu, orange/jaune et violet. À l'abri, au chaud, c'est le moment de se rappeler les contes et les fables où les éléments sont divinisés : vents, fleuves, terre, océan … avec les nymphes (déesses de la nature), dryades (protectrices de la forêt), camènes (esprits de la nature), naïades (âmes de l'eau), oréades (nymphes des montagnes et des grottes), sylphides et sylphes (génies de l'air), sylvains (divinités des bois) etc.

Offrir des fleurs
Anémone Persévérance
Anthemis Amour terminé
Azalée Joie d’aimer
Bleuet Amour timide
Cyclamen Beauté jalousée
Glaieul Rendez-vous
Gueule de loup Désirs
Iris Coeur tendre
Lilas blanc Aimons nous
Lilas mauve Mon coeur est à vous
Lis Pureté
Marguerite Je ne vois que vous
Mimosa Sécurité
Muguet Coquetterie
Myosotis Souvenir fidèle
Oeillet Ardeur
Orchidée Ferveur
Pensée Pensée affectueuse
Pivoine Sincérité
Pois de senteur Incrédulité
Renoncule Reproches
Rose Amour
Tulipe Déclaration d’Amour
Violette Amour caché

Alors si on vous présente un bouquet de gueule de loup, oeillet et lilas blanc ; ou de bleuet, marguerite et rose ; ou de tulipe, azalée et glaieul ... vous savez à quoi vous en tenir ! Le nombre a aussi sa signification.

Photographie ci-dessous : Aperçu du frontispice de L’Homme des champs, ou Les Géorgiques françaises (édition de 1809) de Jacques Delille (1738-1813). Un homme médite face à la lune pendant que deux autres se promènent sous des arbres près du lac où se reflète l'astre nocturne. Le livre est entrouvert laissant voir une des tranches dorées.

lhommedeschampsDetailTrancheDoree300lm© Article et photographies LM

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Une édition très rare de Histoires ou contes du temps passé de Charles Perrault

FrontispiceDetail300.jpg© Photographies et texte cité provenant du catalogue de la vente aux enchères de ce livre par la maison Binoche et Giquello. M. Dominique Courvoisier est l'expert de cette vente. Il est aussi expert à la Bibliothèque nationale de France et membre du Syndicat français des experts professionnels en oeuvres d’art.

Les ventes aux enchères qui ont lieu en ce moment à Paris sont particulièrement belles. Des exemples ici.

Cela fait longtemps que je n'ai pas évoqué les livres anciens de contes pour enfants. En voici un présenté aux enchères par la maison Binoche et Giquello aujourd'hui 9 décembre à 16h30. Il s'agit de Histoires ou contes du temps passé. Avec des moralitez, Paris, Claude Barbin, 1697, par Charles Perrault (1628-1703). Cet in-12, dans sa reliure d'époque, est présenté comme une « ÉDITION ORIGINALE DES CONTES DE PERRAULT, L'UNE DES PLUS RARES ET DES PLUS PRÉCIEUSES DE TOUTE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE. »
Voici ce qu'en dit encore M. Dominique Courvoisier, expert de la vente et auteur des recherches très intéressantes présentées ici, que je me permets de citer in extenso : « Elle réunit huit contes en prose, chacun illustré d’une vignette sur cuivre : La Belle au bois dormant, Le Petit chaperon rouge, La Barbe bleue, Le Maistre chat ou le chat botté, Les Fées, Cendrillon, Riquet à la Houppe, Le Petit Poucet. Le frontispice, qui représente trois enfants écoutant une paysanne leur contant des histoires tout en filant au coin du feu, est signé Antoine Clouzier, à qui est attribuée la gravure des vignettes ; un titre figure en arrière-plan : contes de ma mère Loye.
Le recueil est dédié À Mademoiselle (Élisabeth-Charlotte d’Orléans, nièce de Louis XIV). L’épître dédicatoire est signée  P. Darmancour, c’est-à-dire Pierre Perrault Darmancour (1678-1700), au nom duquel est consenti le privilège, le plus  jeune fils de Charles. De nombreux historiens et bibliographes ont tiré de cette dédicace des preuves que les contes  avaient été écrits par Pierre Perrault (voir Le Petit en particulier). On notera aussi que l’exemplaire de la Sorbonne porte sur le titre la mention manuscrite de l’époque par Darmancour, surmontée d’une seconde mention d’une main du  XVIIIe siècle corrigeant la première en Perrault fils de Charles. Il est aujourd’hui admis que l’un et l’autre ont collaboré  à l’écriture des contes, sans que l’on puisse déterminer avec exactitude la part de chacun.
Titre300De cette édition anonyme de 1697 on a toujours distingué deux types d’exemplaires, l’un avec un errata, l’autre sans le  feuillet d’errata et avec les fautes corrigées, ceux-ci dénommés premier état ou second état de l’édition originale. L’errata comprend 8 fautes à corriger :  On aurait pu y ajouter quelques erreurs dans les titres courants : de La Barbe bleue notamment, p.67 (La Berbe bleüe), et p.75 (La barbe. Bleüe). Ces fautes sont, elles aussi, comme celles que signale l’errata, corrigées dans la deuxième  édition de 1697. Une toute dernière faute, qui semble avoir échappé à tous, p.93 du Chat botté : le marquis de Carabas  est dénommé comte de Carabas, cette erreur est d’ailleurs reproduite dans la seconde édition et dans celle de 1707  annoncée comme réimpression exacte de l’originale.
Des récentes recherches et des comparaisons minutieuses entre les exemplaires des deux « états » ont permis de distinguer deux éditions différentes. Ces éditions ont une collation identique et proviennent du même atelier typographique. Jean- Marc Chatelain, conservateur à la BnF, Réserve des livres rares, dans l’ouvrage dirigé par Claire Badiou-Monferran,Il était une fois l’interdisciplinarité. Approches discursives des Contes de Perrault, a fait le point sur la question : Il apparaît que l’atelier typographique responsable de l’édition originale ne s’est pas contenté de remaniements très ponctuels à l’intérieur d’une composition typographique d’ensemble qui serait restée inchangée, mais a procédé au contraire à une recomposition complète de l’ouvrage, à la seule exception de l’épître dédicatoire. Il convient donc d’abandonner la distinction de deux « états » : il s’agit en réalité de deux éditions différentes.
NOTRE EXEMPLAIRE FAIT PARTIE DE L’ÉDITION ORIGINALE, QUI EST AUJOURD’HUI DE LA PLUS INSIGNE RARET
É.
LaBelleAuBoisDormant-300D’après Jean-Marc Chatelain, à qui nous savons gré de nous avoir communiqué l’ensemble de ses notes concernant les exemplaires recensés, on peut localiser aujourd’hui 13 exemplaires de la seconde édition (dont 5 dans des dépôts publics) ; 
MAIS ON NE CONNAÎT QUE 4 EXEMPLAIRES DE L’ÉDITION ORIGINALE :
1 – à la BnF (incomplet d’un feuillet), reliure moderne;
2 – à la bibliothèque de la Sorbonne, reliure de l’époque ;
3 – l’exemplaire du comte de Fresne (1893, n°455), puis Robert Hoe (IV, 1912, n°2551), Edmée Maus, et Clayeux,
reliure doublée de Trautz-Bauzonnet ;
4 – l’exemplaire Adolphe Gaiffe (18 au 20 avril 1904, n°361), reliure de l’époque.
AINSI, NOTRE EXEMPLAIRE SERAIT LE SECOND CONNU EN MAINS PRIVÉES, ET LE SEUL EN RELIURE D’ÉPOQUE EN MAINS PRIVÉES, car il est à mon avis très probable qu’il s’agisse ici de l’exemplaire Gaiffe, passé en vente publique à une époque durant laquelle l’armateur-bibliophile Adolphe Bordes, de la bibliothèque duquel notre exemplaire provient, faisait ses achats les plus importants auprès de Rahir, qui s’occupait aussi de ses acquisitions en vente publique. Les archives manuscrites d’Adolphe Bordes, mort en 1913, comprennent en effet une liste qui montre qu’il possédait deux exemplaires des Contes de 1697 : l’exemplaire Nodier–Guyot de Villeneuve (la seconde édition) et un autre exemplaire, celui que nous présentons aujourd’hui. La rareté de l’édition rend bien improbable en effet la présence de deux exemplaires de l’édition originale en même temps sur le marché, qui plus est en reliure d’époque, et dont l’un aurait entièrement disparu.
LA CONFRONTATION DE NOTRE EXEMPLAIRE AVEC CELUI DE LA SORBONNE NOUS A PERMIS DE CONSTATER QUE LES DEUX  RELIURES SONT SORTIES DU MÊME ATELIER et du même train de reliure :  même décoration du dos, même couleur des tranchefiles, même moucheture des tranches, même titre au dos. Cette découverte permet d’avancer l’hypothèse d’un tirage à petit nombre distribué dans l’entourage de la princesse auprès de laquelle, on le sait, Pierre Perrault ambitionnait une place de secrétaire. Le succès rencontré aurait alors justifié une seconde édition, commandée à Barbin. NOTRE EXEMPLAIRE SE DISTINGUE DE PLUS PAR SON EXCELLENTE CONSERVATION.  Ses dimensions (152 mm x 86 mm) sont les mêmes que celles de l’exemplaire du comte de Fresne qui provoqua l’admiration de Le Petit qui le qualifiait de taille extraordinaire. C’est en fait le format des deux éditions. Le frontispice et le feuillet d’errata sont collés chacun sur le feuillet leur faisant face, ce qui est cohérent avec le fait qu’ils ne font pas partie des cahiers. Le feuillet [Piii] est un carton, comme dans les exemplaires de la Bnf et de la Sorbonne. Notes à l’encre de la fin du XIXe siècle sur du papier rose collé sur le premier contreplat. L’une d’elles recopie la fiche du catalogue Nodier, puis détaille le parcours de plusieurs exemplaires de l’édition originale des Contes, entre autres l’exemplaire Aimé-Martin payé 106 fr par M. Delessert (c’est l’exemplaire Cousin, de la seconde édition) ; d’autres références concernent l’édition de 1742.
Après une restauration commanditée par l’un des héritiers de la collection Bordes dans les années 1980-1990, le volume se présente aujourd’hui avec les coiffes, les mors sur quelques centimètres et les coins restaurés, et la pièce de titre en maroquin rouge moderne. Cette pièce de titre, naïvement incohérente, ne comprend que le mot Contes (qui devait figurer sur l’ancienne pièce, détériorée), mais frappée dans une dimension par trop étrangère aux normes de l’époque. Quelques feuillets présentent des taches brunes sans gravité.
Note : Deux exemplaires de la seconde édition des Contes ont figuré dans des ventes dans un passé récent : l’exemplaire Hayoit (28 juin 2001, n°112), et un des exemplaires de Jean Bonna avec le frontispice en fac-similé (21 avril 2010, n°54). »

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Une Duchesse très-fardée ...

0xviii2-1000-1791detail1-300lmDans son Dictionnaire d'anecdotes, de traits singuliers et caractéristiques, historiettes, bons mots …, (1725-179. ?) publié pour la première fois en 1766, Honoré Lacombe de Prézel donne cette anecdote :

« Une Duchesse très-fardée se promenait dans le parc de Versailles avec d'autres Dames. Un Seigneur de la Cour, qui avait la vue un peu basse, était de la partie ; il s'avisa, sous prétexte qu'il était nouvellement arrivé de campagne, de vouloir donner à cette Duchesse un baiser qu'elle para, en faisant adroitement demi-tour à gauche, & en se retranchant derrière une statue qui fut tendrement baisée à son intention. Cette méprise fit rire toute la compagnie ; mais le Seigneur, sans se déconcerter, & prenant d'abord son parti : Il n'y a rien de perdu s'écria-t-il, plâtre pour plâtre, c'est à peu près de même. »

Dans ce livre on trouve aussi l'anecdote dont il est question dans l'article Maquillage. La voici :

« Des caillettes bien frisées, bien poudrées & le visage couvert de rouge, demandaient à un Étranger, que pensez-vous des beautés Françaises ? Mes Dames, leur répondit naïvement cet Étranger, je me connais mal en peinture. »

Cet article complète d'autres sur le masque comme celui intitulé La personne, le personnage et la mode, où je compare le maquillage à un véritable masque.

Photographie : Gravure de 1791.

© Article et photographie LM

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Philosophie de la mode

LouisBinetRestifDeLaBretonneDetail1-300lm.jpgLa mode est un spectacle ; la représentation la plus démocratique qui soit, chacun pouvant y participer, et même y contribuant quoi qu'il advienne, car personne ne peut échapper à son image (voir les articles où il est question de l'imago et de la persona), de même que nul ne peut fuir le mouvement (voir l'article sur le rythme). C'est la vie ! Notre respiration est cadencée, les battements de notre cœur … tout. Même le rocher bouge, bien sûr à une autre échelle que la notre. Les grecs anciens font déjà ce constat et leurs rites s'élaborent selon cette conscience. Dans sa Poétique Aristote écrit que le rythme est inhérent à l'homme. Il ajoute que le fait d'imiter et l'harmonie sont aussi dans sa nature. Ces trois éléments qui sont, selon lui, à l'origine de la poésie sont aussi au fondement de la mode

La mode est poésie. Selon les anciens, les arts sont basés sur le principe d'imitation. Aristote écrit que ce qui différencie l'homme des animaux c'est qu'il est plus enclin à l'imitation. Il ajoute que les premières connaissances qu'il acquiert, il les doit à l'imitation, et que tout le monde apprécie les imitations. La mode tend à le prouver dans la mesure où il est rare de trouver une seule  personne suivant une mode qui lui est totalement propre. Qui voit-on habillé aujourd'hui avec une culotte de type XVIIIe, un grand chapeau bicorne comme au temps de Bonaparte, de grands hennins pointus comme au XVe siècle ? Pour dire combien l'imitation est importante c'est que là, moi-même je donne des exemples de distinction en les puisant dans le passé. L'invention pure est rare. Et l'inspiration qui en découle est souvent le fruit d'une imitation, ou au moins dans le cadre d'une progression. Dans la langue de Platon le terme d'imitation est sans doute plus large qu'il ne l'est en français.

Photographie : Gravure de Louis Binet (1744 - vers 1800) provenant d'un ouvrage de Restif de La Bretonne (1734 - 1806).

© Article et photographie LM

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Manières ampoulées : le concettiste, le marinisme, le maniérisme, le maniéré, l'euphuïste, l'euphuisme, le gongorisme, le cultisme, le conceptisme ...

Les précieuses ne sont pas les premières à avoir mis au goût du jour le style affecté. La fin du XVIe siècle et le début du XVIIe est témoin de cela dans toute l'Europe. Nous sommes en pleine époque Baroque. Le style raffiné, parfois exagérément recherché est à la mode. En France ce sont les précieuses qui particulièrement inspirent chez d'autres cette simulation d'esthétisme ; en Italie le poète Jean-Baptiste Marini (1569-1625) ; en Angleterre l'écrivain et dramaturge John Lyly (v. 1553-1606) ; en Espagne les écrivains Luis de Góngora y Argote (1561-1627), Alonso de Ledesma (1552-1623) et Francisco de Quevedo (1580-1645), etc.

Le ou la concettiste, est une personne qui utilise dans ses écrits et la conversation des concetti : des tournures affectées, des traits d'esprit souvent d'un goût douteux. Ce mot en usage au XVIIIe siècle est le pluriel de l'italien concetto que l'on rencontre au moins depuis le XIVe siècle dans la péninsule au sens de 'concept' et qui prend au XVIe celui de figure de rhétorique adroite et subtile. Dans la France des Lumières il désigne une telle figure mais placée inopportunément dans le contexte, un peu ridicule.

Au XVIIe siècle on use du mot 'marinisme' pour un style affecté et précieux à la manière du poète italien Jean-Baptiste Marini qui a beaucoup de succès en Europe.

Le mot maniérisme vient aussi de l'italien et désigne tout à la fois un courant artistique de la Renaissance (allant de 1520 à 1580) et un comportement tout en afféterie, maniéré, avec une élégance gâchées par un manque d'authenticité, vaniteuse.

Le maniéré se fait remarquer par ses manières affectées.

Le terme 'euphuiste' vient du grec ευϕυης qui signifie élégant, de bon goût. C'est le nom qu'à la fin du XVIe siècle en Angleterre on donne à un style précieux et à un bel esprit, suivant le goût raffiné à la mode dans toute l'Europe, ou qui le mime. Nous sommes là dans une exubérance. Il suffit de contempler certains portraits de la reine d'Angleterre Élisabeth Première (1533-1603) pour comprendre de quoi il s'agit. C'est assez impressionnant. Voir ici : 1, 2, 3, 4. L'euphuiste pratique l'euphuisme.

En Espagne, au même moment, se développe le gongorisme : un style littéraire inventé par le poète espagnol Luis de Góngora y Argote, d'un acabit semblable mais abusant en particulier de métaphores précieuses, d'un vocabulaire opulent, d'un ordre syntactique complexe, tout cela pour un contenu peu original voir très conventionnel. On parle aussi de cultisme ou cultéranisme.

À cela s'ajoute le conceptisme qui s'oppose au cultisme en étant concis et sentencieux, manquant tout autant semble-t-il de consistance.

Ces effets de style sont connus en France à cette époque baroque, notamment à travers certains des mouvements que je viens de citer et qui se retrouvent dans le vocabulaire français.

© Article et photographies LM

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Cravate en oreille de lièvre et barbe à l'antique.

LaMode1841-357lmPhotographies : « Modes Françaises ».  « La Mode 7 Août 1841. R. Taitbout 28. » « Pruche lith. » « Imp. D'Aubert & Cie ».
À gauche : « Costume de 1795. Coiffure à la Titus - Cravate en oreille de lièvre. »
À droite : « Costume de 1841. » « Habit à la chevalière - Barbe à l'antique. »

2-1941a-300lm© Article et photographies LM

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Tapisseries de papier : Papiers peints et arts décoratifs du XVIIIe siècle à l'époque contemporaine.

ManufactureReveillon-Charmille1789-2-300Photographies du dessus : « Manufacture Réveillon, Charmille, papier peint, 1789. Laurent Massaloux, Nested Paper, papier peint prototype, 2010. © Les Arts Décoratifs, Paris/DR. »

CollectionAndreMauny-Vers1815-300.jpgPhotographie de gauche : « Collection André Mauny, papier peint, vers 1815. © Les Arts Décoratifs, Paris/DR. »

Photographie de droite : « Jean Luréat, Les Fusées, papier peint, 1925. © Les Arts Décoratifs, Paris/DR. »

Du 7 décembre 2013 au 23 mars 2014 la Galerie nationale de la tapisserie à Beauvais JeanLureat-LesFusees1925-300présente une exposition intitulée Tapisseries de papier où sont présentés des exemples anciens et contemporains de papiers peints. « Source d’inspiration pour ces créateurs contemporains, une sélection de papiers peints de la fin du XVIIIe jusqu’au début du XXe siècle, est présentée en écho afin d’en sou- ligner les évolutions techniques ou esthétiques, et d’éclairer la relation entre le monde de l’art et celui de l’industrie. »

« Renvoyant dès ses origines à la sphère domestique et à la relation que nous entretenons avec le décor, le « papier tenture » ou « papier de tapis serie » devient rapidement un élément crucial du répertoire décoratif ainsi qu’un produit de masse. Souvent mis à l’écart ou relégué à l’arrière-plan de part son caractère répétitif et reproductible, le papier peint joue pourtant un rôle majeur dans la compréhension des modes et styles de vie. Porteur de véritables « devises » décoratives, il témoigne, par son choix et ses usages, des normes culturelles et sociales de la société occidentale. »

« Au fil du parcours et des siècles, les papiers peints offrent au regard un monde d’imagination et de fantaisies où le dessin, la couleur et le savoir-faire technique deviennent les acteurs d’un retour aux valeurs de l’espace intérieur. »

GALERIE NATIONALE DE LA TAPISSERIE : 22 rue Saint-Pierre – 60000 Beauvais. Exposition ouverte du mardi au vendredi de 12h à 18h, les samedi et dimanche de 10h à 18h. Fermeture exceptionnelle les 25 décembre et 1er janvier. Entrée libre.

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Vêtements anciens

Une jolie vente cet après-midi de mode ancienne par Coutau-Bégarie à Drouot-Richelieu à Paris dont voici des photographies de quelques exemples. Le catalogue est visible ici.

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Le plus grand et le plus ancien herbier du monde

Alguesrouges2010CarlosMunozYagueLookAtSciences500Le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) est une ancienne institution française. C’est sous Louis XIII qu’est créé en 1635 le 'Jardin royal des plantes médicinales'. Dès le départ il a une double vocation Seancede rietdeselectionCarlosMunozYagueLookAtSciences300de conservation et de transmission. Les plantes cultivées sont conservées, utilisées et étudiées. On y enseigne aussi la botanique, la chimie et l'anatomie aux futurs médecins et apothicaires. Les cours y sont donnés en français et non plus en latin. Il semble que ce soit une première ! Ils sont accessibles au public, obtenant un succès important auprès de la population aussi bien au niveau national qu’international, concurrençant la prestigieuse Faculté de médecine parisienne elle aussi fonctionnant aujourd'hui encore. Dès la fin du XVIIe siècle des collections de plantes sont constituées provenant de voyages lointains. Au XVIIIe l’histoire naturelle prend le pas sur la phytothérapie. Le nom de 'Jardin du roi' lui est donné. Il s’agrandit. Les naturalistes les plus renommés le fréquentent.SpecimenLookAtSciences3-300 Il est à nouveau réaménagé à la Révolution. La ménagerie est créée en 1793 et cette même année il prend le nom de 'Muséum national d’histoire naturelle'. Au début du XIXe siècle l’étude animale acquiert plus d’importance. Les collections deviennent immenses. On construit une nouvelle galerie dédiée à la minéralogie, puis de zoologie, avant une de paléontologie. Les nombreuses expéditions, voyages et le rayonnement international de la France apportent une quantité d’éléments aux collections.
Le Muséum possède par exemple le plus grand et le plus ancien herbier du monde. Ces quatre dernières années des travaux ont été entrepris afin de rénover la Galerie de Botanique et son Herbier national dans le cadre d’un vaste cycle de grands chantiers entrepris par le MNHN. Comme l’écrit son directeur général, Tresorsdelabibliothequedebotanique2011CarlosMunozYagueLookAM. Thomas Grenon : « … grâce à la mobilisation des équipes, ce ne sont pas moins de 8 millions de spécimens qui ont été réordonnés, classés. Le chantier de numérisation, mis en œuvre sur près de 6 millions de planches, est le plus important au monde, constituant une base de données d’une richesse unique. Celle-ci bénéficie de l’apport d’un programme de sciences participatives innovant, “les herbonautes”, associant avec succès néophytes, amateurs éclairés et scientifiques. Avec l’Herbier national, le Muséum se trouve donc à l’exacte articulation de ses missions : conserver, rechercher et transmettre pour sensibiliser  le grand public aux enjeux de la biodiversité. MusahaekkineniiAgathe Haevermans.Illustratrice scientifiqueIl se dote ainsi d’un outil qui, outre un extraordinaire aperçu de la diversité de la flore mondiale, se trouve au cœur même de la recherche contemporaine, à l’intersection de multiples disciplines : de la systématique à la médecine, et jusqu’aux cosmétiques, les applications seront nombreuses, variées – et parfois très concrètes !... Alors que le protocole de Nagoya menace d’entraver la circulation des plantes, la nouvelle impulsion que le Muséum donne aujourd’hui à l’Herbier national illustre une nouvelle fois le génie d’une institution qui unit passé, présent et avenir dans une alchimie unique, se vouant à préserver et enrichir des collections pluriséculaires pour prendre toute sa place dans les débats les plus contemporains. »
Photographie 1 : Algues rouges, nombreuses dans les régions tropicales. © 2010 Carlos Munoz Yague/Look At Sciences.
Photographie 2 : Séance de tri et de sélection d’herbiers anciens, afin de choisir leurs nouvelles destinations après la rénovation © 2011 Carlos Munoz Yague / Look At sciences.
Photographie 3 : Trésors de la bibliothèque de botanique. © 2011 Carlos Munoz Yague / Look At sciences.
Photographie 4 : Musa haekkinenii (bananier). © Agathe haevermans - UMR 7205 MNHN / CNRS.
Photographie 5 : Spécimen. © Look At sciences.

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Le mois de novembre

PromenadesDAristeetdeSophietitre300lmPhotographie de gauche : Frontispice et page de titre de Promenades d'Ariste & de Sophie ou Instructions galantes & sérieuses Pour une jeune Demosielle qui veut entrer dans le monde. Par Monsieur de L**. À Amsterdam, Chez H. du Sauzet. 1730. Le frontispice représente « Le Triomphe de la Raison. »

LamierBlanc300lmPhotographie de droite : Fleurs de lamier blanc.

Des graminées continuent leur spectacle de l’été pour devenir des gerbes d’or. La forêt de feuillus devient rousse, offrant sa toison mouillée caressant de sa chevelure en branchages incandescents. Ses joues rougissent. Ses yeux d’un ciel vif appellent à goûter son sang en milliers de fruits rouges et champignons couleurs de lèvres humides. Quelques gouttes de rosée ou d’eau de pluie restent suspendues comme de cristal. Le vent joue une nouvelle musique, surpris par les étendues laissées libres. Les oiseaux se rappellent savoir chanter plus haut que tous les paysages terrestres, et le soleil amusé regarde cette terre se tourner vers lui pour goutter chacun de ses rayons qui réchauffent toujours et éloignent le froid. La nuit, la lune reflète ses rayons sur les feuilles qui ressemblent à des étoiles mouvantes. Les arbres se dévêtissent scrupuleusement. Quelque soit l’époque, la chouette garde les yeux ouverts. Paquerette300lmaLa lune continue de refléter le soleil et le lac la lune. Le vent joue sur la corde des roseaux et les ondulations de l’eau les notes d’un autre temps … celui du moment présent. Les feuilles de violettes forment toujours des petits cœurs sur le gazon. Les fruits rouges du fusain d’Europe ressemblent à des décorations de Noël. Fenes1300lmOn aperçoit dans les bois des tapis qui se chevauchent l’un d’un ton orange de feuilles automnales, et l’autre est un lit de lierre couleur argentée. Dans le palais de notre bouche on savoure les prunelles bleutées au duvet blanc de rosée.

Photographie de gauche : Fleur de pâquerette.

Photographie de droite : Faîne sortie de sa cupule. Il s'agit du fruit de l'arbre hêtre commun.

On ramasse des plantes déjà citées aux mois précédents, quand cela est possible.

La stellaire se cueille toute l’année (les paries tendre de toute la plante hors sol). En automne et surtout en hiver on ne peut pas la confondre avec d'autres végétaux car c’est un des rares qui fleurit même à cette époque. On l'accompagne simplement d’une vinaigrette. On peut y ajouter des faines grillées et des fleurs et feuilles de capselle (bourse-à-pasteur).

Le mois de novembre est celui où on met en terre les plantes. Comme le dit le dicton : « À la Sainte-Catherine (25 novembre), les plantes prennent racine. »

Photographie du dessous : Oeuvres diverses de Sr Boileau Despreaux ; avec le Traité du Sublime ou du Merveilleux dans le Discours, tome premier, Amsterdam, Henri Schelte, 1702. Le frontispice représente un jardin avec des jardiniers semblant guidés par une déesse antique.

OeuvresDeBoileauTitre300lm© Article et photographies LM

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Merveilleuses & merveilleux