La carte du royaume des précieuses

RecueilDePiecesEnProsesLaCarteDuRoyaumeDesPrecieuses650lmDans le premier volume de Recueil des pièces en prose Les plus agréables de ce Temps datant de 1657 et édité par Charles de Sercy, on peut lire un texte intitulé « La Carte du Royaume des Précieuses » : « On s'embarque sur la rivière de Confidence pour arriver au port de Chuchoter ; de là on passe  par Adorable, par Divine, & par ma Chère, qui sont trois villes sur le grand chemin de Façonnerie, qui est la capitale du royaume. A une lieue de cette ville est un château bien fortifié, qu'on appelle Galanterie. Ce château est très noble, ayant pour dépendants plusieurs fiefs, comme Feux cachés, Sentiments tendres & passionnés, & Amitiés amoureuses. Il y a auprès deux grandes plaines de Coquetteries, qui sont toutes couvertes d'un côté par les montagnes de Minauderie, & de l'autre par celles de Pruderie. Derrière tout cela est le lac d'Abandon, qui est l'extrémité du royaume. »
Photographie : Double page de Recueil des pièces en prose Les plus agréables de ce Temps [Première partie]  édité par Charles de Sercy du XVIIe siècle.

© Article et photographie LM

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Lorgnettes et lunettes noires

ModesdeParis1803detail 300lmModesdeParis1803 300lmPhotographies du haut et de gauche : Planche 426 de l’an XI (pour 1802-3) provenant du Journal des Dames et des Modes fondé à Paris en 1797. « Turban de Batiste. Corsage et Manches Drapés. »

Dans l'article intitulé Lorgner et oeillades, j'évoque cette pratique française qui aujourd'hui a quasiment disparu, de 'lancer des yeux' et de l'utilisation de divers ustensiles permettant de voir. S'il est de bon ton de scruter, contempler, examiner avec insistance, ou 'd'évoquer' par le regard ; il l'est aussi de feindre une certaine forme de myopie. Rochette de La Morlière (1719-1785) dépeint cela dans un passage de son livre Angola, histoire indienne : « … Almaïr s'apercevant tout-à-coup qu'il n'avait point de lorgnette, le lui fit remarquer comme une furieuse incongruité. Il n'y avait rien de si bourgeois & de si plat que d'avoir la vue bonne : tous les gens d'une certaine façon clignotaient & ne voyaient pas à quatre pas, & sans cela il n'y aurait pas eu moyen d'y tenir, il aurait fallu saluer tout le genre-humain. » Cette façon de chercher à voir et à ne pas voir continue à l'époque des Incroyables durant le Directoire (1795-1799) tout particulièrement et même par la suite comme le prouve la photographie suivante où on apprend que certains lions (petits maîtres appelés ainsi en particulier à partir de 1830) regardent en entrouvrant à peine les yeux. Cette façon s'exprime encore aujourd'hui dans l'utilisation par quelques modeux de lunettes de soleil, en particulier la nuit.
Photographies du dessous : « Prophéties charivariques. » Avec de gauche à droite : « Les lions après avoir totalement supprimé les bords de leurs chapeaux, porteront des bord immenses, puis, ils les resupprimeront et continueront à regarder sans ouvrir les yeux. »

ProphetiesCarivariquesHautdetails100lmPhotographie du dessous : Autre illustration de la même série. Le petit-maître porte un monocle avec un large cordon, et les petites maîtresses sont dans un style 'invisible' (voir l'article La petite-maîtresse invisible).

ProphetiesCarivariquesBasdetailgauche300lm.jpg© Article et photographies LM

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La Vie de château

laviedechateaurecadresurimage500lmPhotographie : « La Vie de château », « 2ème partie, N°9 », « Causerie du soir. »  Lithographie originale provenant de Voyage en Angleterre, en couleurs (coloriée à l'époque) de 1829-1830, laviedechateaurecadre300lmsignée du dessinateur Eugène Lami (1800-1890) et du lithographe Villain. On trouve une estampe identique ici. Voici un autre exemple de cette série se situant dans la période des dandys français. Les personnages présentés sont anglais mais les artistes les ayant dessinés sont français.
Le château est une des belles productions des arts français. Son origine est médiévale. Avec les palais et hôtels particuliers, ils sont les demeures les plus prestigieuses. Si, à première vue, la différenciation est facile, l'expliquer par des mots l'est beaucoup moins pour les deux premiers.
La vraie distinction est peut-être que le palais s'intègre à la ville, alors que pour le château c'est l'urbanité (s'il y en a) qui se déploie autour de lui. Le palais royal et le palais du Louvre s’enchâssent dans Paris, alors que le château du Louvre est extérieur. On parle de château de Versailles plutôt que de palais, pour cette même raison, car la ville s'est construite autour de lui. Le palais des papes à Avignon s'insère dans la cité. En France il n'y a pas de palais construit en dehors d'une ville contrairement aux châteaux qui sont nombreux à être isolés. Ces derniers gardent un aspect massif s'élevant en hauteur, ce qui est dû à leur origine défensive et l'élévation (la motte castrale) sur laquelle il sont souvent construits. Mais ce n'est pas du tout le cas pour le château de Versailles s'étalant, avec des pièces spacieuses et fastueuses plus dignes d'un palais que d'un château. Certains châteaux, construits, réaménagés ou remplaçant de plus anciens à partir de la Renaissance perdent leur aspect défensif et s'ouvrent sur l'extérieur.
L'hôtel particulier est totalement urbain. Il en est question dans l'article Hôtels particuliers parisiens.
Voici une vidéo sur le sujet des hôtels particuliers parisiens, produite par Stand Alone Media, intitulée L'hôtel particulier : une originalité parisienne. Il s'agit d'un entretien de Julia Sieger avec Claude Mignot, professeur d’histoire de l’art et d’architecture moderne à l’université Paris-Sorbonne.  

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Le corset : outil d'élégance

corsetstransparents300lmPhotographie du dessus : Corsets des années 1900.
C'est le quatrième article que j'écris sur le corset. Les précédents sont : Le corps à baleines, le corset et le tailleur de corps ; Corsets masculins ; Du corset à la crinoline : Les lignes caricaturales d'un corps social du XIXe siècle qui se dessine. Celui-ci s'intéresse aux corsets des XIXe et XXe siècles.
Dans son livre Usages du Monde : Règles du Savoir-Vivre dans la Société Moderne (Paris, 20e édition, 1890), la baronne Staffe explique dans son avant-propos, qu'en 1830, on dit d'un « gentilhomme, modèle du savoir-vivre d'alors, qu'il aurait fait le tour de l'Europe sans toucher du dos le fond de sa calèche de voyage. » Aujourd'hui, un kinésithérapeute affirmerait qu'il n'est pas bon de laisser le dos en position assise sans soutien. Le corset permet alors non seulement ce soutien mais aussi de garder la colonne vertébrale droite. Il façonne le corps pour lui donner prestance et délicatesse.
Photographies suivantes : Corsets de la fin du XIXe siècle et du début du XXe (montage).
0corsets650lmAu début  du XXe siècle le corset couvre de plus en plus les fesses pour vers 1910 prendre le dos et entièrement le bassin. Dans le premier tiers de ce siècle, celui-ci est de moins en moins rigide et ressemble à une gaine, excepté que cette dernière supporte avant tout le bassin alors que le corset de cette époque à la fois celui-ci et le dos, montant jusqu'à la poitrine. L'objectif est d'atteindre une silhouette fine et droite.
Photographies du dessous : Corsets des années 1910.

1910400lm© Article et photographies LM

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Vertugadins, paniers, crinolines et tournures.

lesmodesdenosfemmesdetailblanc400lmPhotographie du dessus : Détail d'une assiette du XIXe siècle décrite plus loin.
robealaturquedetail300lmPhotographie de gauche : Gravure provenant de Galerie des Modes et Costumes Français, 30e. Cahier de Costumes Français, 23e Suite d'Habillements à la mode en 1780. « […] Robe dite à la Turque […] on la voit ici dans toute son étendue la queue traînante. » Robe à paniers et traîne du dernier tiers du XVIIIe siècle.
Un article sur les vertugadins, paniers, crinolines et tournures peut être très long ; et j'ai beaucoup de matière iconographique pour l'illustrer. Cependant écrivant dans mon blog sans contrepartie financière, je ne peux prendre trop de mon temps. C'est dommage car ces modes sont passionnantes, d'autant qu'elles donnent à la gente féminine des silhouettes merveilleuses et induisent une vision du monde très différente de celle d'aujourd'hui plus affairée, plus pratique, moins coquette.
La mode des robes larges semble naître avec l'époque moderne qui commence à la fin du Moyen-âge : au XVe siècle. Sans doute en trouve-t-on des exemples plus anciens, mais je n'en connais pas.
C'est en Espagne que LE VERTUGADIN apparaîtrait pour la première fois, avec la princesse Jeanne de Portugal (1438-1475), reine de Castille. De la cour espagnole, cette mode se retrouve en Angleterre par l'entremise de Catherine d'Aragon qui l'importe en se mariant en 1501 avec le prince Arthur, un des fils d'Henri VII. Le vertugadin ressemble alors à la crinoline du XIXe siècle. Il a une forme de cloche se plaçant sous la robe et est composé de cerceaux. La France l'adopte au XVIe siècle mais en le modifiant, donnant de l'ampleur surtout au niveau de la hanche par l'intermédiaire d'un bourrelet remplacé ensuite par un plateau.
Photographies du dessous : A gauche, robe à vertugadin de la fin du XVIe siècle (gravure d'époque provenant de Habiti antichi, et moderni di tutto il Monde ... de Cesare Vecellio). Au milieu, robe volante de la  Régence (1715-1723). On remarque les 'plis à la Watteau' dans le dos. A droite, robe à la française du second tiers du XVIIIe siècle.
3imagesPhotographie du dessous : Robes volantes d'époque Régence.
dameasatoiletterocaille650lmPhotographie de droite : Détail d'une gravure provenant de la revue Galerie des Modes de 1778 et ayant pour légende : « Petite Maîtresse en Robe à la Polonaise de toile peinte garnie de petitemaitressetransparent300lmmousseline, lisant une lettre ».
Progressivement, au XVIIe siècle, le vertugadin devient plus sage. A la fin de ce siècle, il ressemble parfois à un simple rembourrage dans le dos (ayant la forme de la tournure de la fin du XIXe siècle), pendant qu'à nouveau à la cour d'Espagne est inventé LE PANIER. En France, Madame Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, surnommée Madame de Montespan (1640-1707) porte une robe dite 'battante' afin de cacher ses grossesses. Sous la Régence de Philippe d'Orléans (1715-1723) les larges robes 'volantes' ou 'battantes', appelées aussi robes de chambre sont à la mode. Le panier est placé sous la robe, ou plutôt sous un jupon. Il est constitué de baleines. Il semble qu'on utilise aussi bien le singulier que le pluriel pour désigner ce sous-vêtement : 'panier' ou 'robe à paniers'. Durant le règne de Louis XV (1723-1774), la 'robe à la française' (appelée en France sacque) remplace la précédente mais conserve les 'plis à la Watteau' dans le dos ainsi que le panier qui prend une forme ovale élargissant les hanches tout en offrant une silhouette plus ou moins plate derrière et devant le bassin. Elle est composée d’un manteau fermé puis ouvert sur une pièce d’estomac et une jupe assortie. Le pourtour de l’ouverture du manteau et la partie visible de la jupe sont agrémentés de bouillonnés variés et de falbalas. Le corsage est ajusté sur le devant et sur les côtés. Le décolleté est profond. On fixe aux manches (en pagode) des engageantes amovibles de dentelle ou de mousseline brodée. Certaines de ces robes ont une envergure peut-être encore jamais atteinte. Sous Louis XVI (roi de 1774 à 1791), la robe à la française prend progressivement la place du grand habit lors des cérémonies officielles pour devenir une tenue d’apparat. La mode est aux robes 'à la polonaise', 'à la circassienne' et 'à l'anglaise'. Les deux premières sont encore très amples contrairement à la dernière. la robe à la Polonaise encore appelée 'robe à la reine' a de nombreuses variantes qui toutes présentent les mêmes caractères généraux : les manches en sabot, un corsage qui tient à la double jupe : c'est-à-dire que le devant et les dos sont d'une pièce jusqu'au bas de la robe.
costumefrancais4joliefemmedetail300lmPhotographie de gauche : Estampe du 10e Cahier de Costume Français, 4e Suite d'Habillements à la mode. « Dessiné par Desrais » « Gravé par Voisard » « Jolie Femme en Circassienne de gaze d'Italie puce, avec la jupe de la même gaze couvrant une autre jupe rose garnie en gaze broché avec un ruban bleu attaché par des Fleurs et glands et gaze Bouillonné par en bas, et des manchettes de filet, coiffée d'un Chapeau en Coquille orné de Fleurs et de Plumes. »  Sur Internet on trouve ce reste de description (Centre de recherche du château de Versailles) : « Circassienne de Gaze. Jolie femme en Circassienne, vue par devant ; le corps est décoré de chaque côté, par trois brandebourgs en or, avec leurs glands en paillettes ; la robe de gaze est relevée avec des bouquets de fleurs retenues par des glands ; garniture de gaze en tuyaux. La jupe de gaze, semblable à la robe, sert de voile à une autre jupe de couleur différente ; la soubreveste terminée en pointe, doit être de couleur pareille à la jupe voilée ; les manches de la robe, très courtes, ornées de leur bordure, attachée par des glands, et livrant passage aux manches de la soubreveste, garnies de manchettes de blonde, à deux rangs. Le volant est peu élevé, et coiffé d'un ruban à gros bouillons, mis en guirlande soutenue par des roses en tige ; le bas du volant environné d'un autre ruban pareil au premier, mais sans être bouillonné. Ces robes, pour ainsi dire aériennes, ne peuvent paraître que dans les grandes chaleurs de l'été ; elles ne supportent ni mantelet, ni fichu, ni bouffante, et exigent que le sein soit vu dans toute sa beauté ; quelques élégantes ont hasardé de prendre pour collier un cordon d'or et cheveux, avec deux glands passés l'un dans l'autre, et venant se réunir entre les brandebourgs. Chapeau à la coquille, ou le char de Vénus ; les bords sont environnés d'un ruban pareil à la robe pour la couleur ; le côté gauche, apanagé de deux roses avec tige et boutons : du côté droit s'échappent en serpentant deux petites branches de roses ; le tout est couronné par un panache à trois feuilles accompagné de deux plumes badines et surmonté d'une aigrette à trois flèches. Ce chapeau, aussi noble que gracieux, marche de pair avec le chapeau ou pouf à la victoire. Frisure à la physionomie, ouverte ou à tempérament ; trois boucles de chaque côté, la troisième tombante et accompagnant un chignon bas et natté, avec les nageoires couvrant les oreilles. Souliers uniformes avec la robe, bordés et garnis de la couleur de la soubreveste. »
Sous le Directoire (1795-1799), la fin de la Monarchie et le retour à l'antique sonnent le terme des paniers avec des robes simples, droites, sans corset pour affiner la taille. Le transparent des robes des premières merveilleuses ne demande que l'utilisation d'un ou plusieurs jupons qui au XIXe siècle deviennent de plus en plus nombreux ...
Photographies du dessous : Robes avec crinoline en 1858 et 1866.
1858-1866Photographie de droite : Robes avec crinoline en 1868.
1ernovembre1868blanc300lmAu début du XIXe siècle, alors que les robes se raidissent, de plus en plus de jupons leur donnent une forme de cloche. En même temps la taille est rabaissée et le corset à nouveau d'usage. Les amples robes accentuent la finesse de la taille d'où les jupons au nombre augmentant. On appelle cela LA CRINOLINE. Le jupon de crin apparaîtrait vers 1839. Les jupons sont de plus en plus nombreux, certains empesés et/ou garnis de volants. Tout cela n'est pas du plus pratique. Afin de garder, voire d'augmenter l’envergure, on renforce le jupon de cerceaux de baleine ou d'osier. C'est en 1856 qu'est inventée la 'crinoline cage' constituée de cerceaux reliés entre eux par des bandes de tissus, tenue au niveau de la hanche par une ceinture, le tout placé sous le jupon. Celle-ci permet d’atteindre des circonférences conséquentes. C'est le troisième article que j'écris sur la crinoline. Dans celui intitulé Crinolines, je présente des assiettes du XIXe siècle témoignant de cette mode. En voici d'autres ci-dessous. Toutes celles de ma collection sont visibles sur cette page. Ces documents, peu connus et peu recherchés des spécialistes jusqu'à présent, sont pourtant des sources d'époque particulièrement intéressantes.
lacrinolinetonnerre2-300Photographies : Trois assiettes de Choisy le Roi, du XIXe siècle, de la série « La crinoline ».
Celle du dessus : « 1. Plus souvent qu’Adélaïde et moi, nous mettrons jamais de la crinoline ! C'est trop dangereux ».
Celles du dessous : « 2. Oui Madame c'est ici ! Donnez vous la peine d'entrer ». Une dame en crinoline accompagnée d'un valet se demande si c'est bien le bon endroit où on prend soin des crinolines. L'ouvrier lui répond par l'affirmatif. Sur le mur est indiqué : « Lamoureux. Serrurier du beau sexe. Pose les jupes artificielles. »
« 12. Comme si nos femmes n'étaient pas assez légères avant cette maudite invention ».

crinolinelamoureux2-100lacrinolinelegere2-300Photographie de droite : Estampe double page provenant de la revue Le Coquet : Journal des Modes datant de 1887.

1887clair-300lmPuis le devant de la crinoline s'aplatit, toute l’ampleur de la robe étant rejetée vers l'arrière à partir de 1866-67. Ce sont les débuts de LA TOURNURE, elle aussi placée sous le jupon. A partir de 1869, des draperies bouillonées par-dessus la jupe au niveau du haut des fesses nécessitent un soutien. La tournure peut avoir alors plusieurs étages dans le dos. La mode de la tournure est en particulier présente dans les années 1870 et 1880. Elle prend diverses formes, accentuant le faux-cul (tournure 'queue d'écrevisse' ...) ou la traîne de plus en plus longue, ou les deux, avant de ne devenir qu'un simple rembourrage. Vers 1870 elle disparaît même, la robe gardant une longue traîne puis réapparaît en 1881 pour s'évanouir à nouveau vers 1891. Vers 1894 les robes reprennent une forme de cloche plus basse que pour la crinoline, forme sans doute composée par des jupons bouillonnés. En 1900 la finesse de la taille n'est plus accentuée par l'ampleur de la robe mais par un corset qui prend toute la fesse et semble raidir et faire avancer le buste vers l'avant. En 1809 la silhouette devient droite et le corps est plus libre dans les vêtements. La mode n'est plus au corset, et encore moins à la crinoline ou à la tournure.
Photographies ci-après : Assiette de Gien (époque Geoffroy & Cie) datant entre 1871 et 1875, de la série « Actualités », avec pour légende : « Ce qu'on est convenu aujourd'hui d'appeler une belle tournure » « N° 2 ». La tournure représentée est tellement imposante que l'on dirait une crinoline. Il s'agit bien d'une tournure : le devant de la robe de la dame de dos étant sans doute plat comme pour l'enfant à côté d'elle qui a de même une tournure volumineuse.
unebelletournure2-300Photographies ci -dessous : Assiette de la série « Jadis et aujourd'hui » : « N°9 Les modes de nos femmes » de Creil et Montereau. La marque au dos est utilisée de 1840 à 1867.
lesmodesdenosfemmes2-300La mode de la crinoline n'empêche en rien de danser, au contraire. Les danses extravagantes telles le cancan débutent dès le premier tiers du XIXe siècle. On lève la jambe très haut, parfois jusqu'à la tête ; on fait le grand écart etc. Les figures présentes dans l'article La contredanse et la valse sont exécutées avec une robe à tournure et le sont déjà au temps de de la crinoline.
Photographies ci-après : Assiettes de  Choisy-le-Roi du XIXe siècle de la série « Paris au bal » :
« 1. Une soirée du grand monde - quadrille des lanciers » ; « 3. Château rouge » ;
« 4. Closerie des Lilas » ; « 5. Mabille » ;
«  7. Château des fleurs » ; « 8. Ranelagh » ;
« 9. Musard. » ; « 10. Asnières » ;
« 11. Prado ».
parisaubal9-1.gifparisaubal9-2.gifAu XXe siècle, si les vertugadins à la françaises et les paniers ont disparu, il reste encore des réminiscences des crinolines et tournures dans des robes de soirée de grands couturiers des années 1950 ou même encore d'aujourd'hui (voir l'article Le bon goût à nouveau de mode ?), et surtout dans les robes de mariée.

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La coquette, le jeune abbé coquet et l'abbé de Pouponville.

Photographie de droite : L'Apprentie coquette de Monsieur de Marivaux (vers 1688 - 1763), courte nouvelle incluse dans Bibliothèque de campagne ou amusements de l'esprit et du cœur (Tome second. Troisième édition. A Amsterdam, chez Marc Michel Rey, 1755).
Cet article fait suite à deux précédents : l'un intitulé Coquettes et coquetteries du XVIIe siècle et l'autre Coquetterie.
La coquette est un personnage particulier du XVIIe siècle : une petite maîtresse parmi les muguets, libertins, précieuses, courtisanes, courtisans, dames de qualité, cavaliers, beaux fils, menins, galants, petites-maîtresses et petits-maîtres proprement dits et quelques autres. Elle survit aujourd'hui, bien que je n'en aie rencontrée aucune … du moins comme nom du langage courant et surtout comme adjectif.
apprentiecoquette1erepage300lmScarron, dans Épîtres burlesques décrit rapidement des coquettes de 1640, c'est à dire de la fin du règne de Louis XIII (roi de 1610 à 1643) :
« Parlerai-je de ces fantasques
Qui portent dentelle à leurs masques,
En chamarrant les trous des yeux,
Croyant que le masque est au mieux ?
Dirai-je qu'en la canicule,
Qu'à la cave même l'on brûle,
Elles portent panne et velours ?
Mais ce n'est pas à tous les jours ;
Qu'au lieu de mouches, les coquettes
Couvrent leur museau de paillettes,
Ont en bouche cannelle et clous,
Afin d'avoir le flaire doux,
Ou du fenouil que je ne mente,
Ou herbe forte comme mente. »
La coquette est quelque peu frivole : Ce n'est que pour expérimenter son âme, les bigarrures qui que l'amour crée dans son esprit, et les affectations qui s'échappent d'elle dans les manières avec lesquelles elle joue comme un acteur devant son miroir. C'est avant tout, et même exclusivement à elle que la coquette se voue, à son reflet et aux apparences qui en découlent. Elle a besoin d'être aimée mais sans les contraintes que cela pourrait engendrer. Son alter-ego n'est pas le coquet mais le galant.
Dans la courte nouvelle intitulée L'Apprentie coquette (photographie 1), Marivaux met en scène la conversation de deux jeunes dames. L'une apprend la coquetterie à la seconde à travers quelques leçons de galanterie féminine. L'auteur, dont le style a donné lieu à un nom : le 'marivaudage', exprime le plaisir qu'il peut y avoir dans le jeu de l'amour et de ses réflexions dans tous les sens du terme. La légèreté y est admirée comme une élévation dont le plaisir est le maître, et dont la volatilité permet de survoler toute idée de mal. Voici un passage du texte :
« Quand il fut heure de se coucher, je volai dans ma chambre, pour me déshabiller, & pour me voir : oui, pour me voir ; car j'étais pressée d'une nouvelle estime pour mon visage, & je brûlais d'envie de me prouver que j'avais raison. Tu penses bien que mon miroir ne me mit pas dans mon tort ; je n'y fis point de mine qui ne me parût meurtrière ; & la contenance la moins façonnée de mes charmes pouvait, à mon goût, achever mes deux Amants.
Te ferai-je le détail de mes petites grimaces ? Nous sommes toutes deux du même sexe, & je n'apprendrai rien de nouveau : tantôt c'est un mélange de langueur & d'indolence, dont on attendrit négligemment une physionomie ; c'est un air de vivacité dont on l'anime ; d'usage & d'éducation dont on la distingue ; enfin, ce sont des yeux qui jouent toutes sortes de mouvements ; qui se fâchent, qui se radoucissent, qui feignent de ne pas entendre ce qu'on voit bien qu'ils comprennent ; des yeux hypocrites, qui ajustent habilement une réponse tendre, à qui cette réponse échappe ; & qui la confirment par la confusion qu'ils ont de l'avoir faite.
Voilà en gros les aspects sous lesquels je m'admirai pendant un quart-d'heure ; je me retouchai cependant sous quelques-uns ; non que je ne fusse bien, mais pour être mieux ; après quoi je me couchai, remplie de sécurité pour l'avenir ; mais je me couchai sans envie de dormir : j'avais trop bonne compagnie d'idées ; les deux jeunes-gens, leurs tendres dispositions, ma gloire présente et à venir, la bonne opinion de moi même, tout cela me suivit au lit.
Je me mis donc à rêver, & à faire mille projets de conduite : j'arrangeais les phrases futures de mes Amants & les miennes ; j'imaginais des incidents, je troublais leur repos, je les calmais, j'inventais des caprices dont je me divertissais de les voir dépendre ... »
Photographies du dessous : Assiette de Gien datant entre 1827 et 1839 : " La coquette ".
lacoquette2-300Photographies ci-après : Assiette de 19,5 cm de diamètre, de Choisy le Roi, signée « HB » du XIXe siècle, de la série « La crinoline » : « 9. Madame ! Vous resterez enfermée 24h dans votre jupe, cela vous apprendra à être coquette ! » Sous Napoléon III, alors que certaines femmes ont toute liberté, d'autres restent enfermées dans des stéréotypes. Le code Napoléon par exemple considère jusqu'en 1970 l'homme comme étant le chef de famille. Cette assiette est intéressante en particulier pour la représentation d'une crinoline sans le jupon et la robe qui la couvrent.
lacrinolinecoquette2-300Voici quelques représentations de coquettes. La luthiste coquette. Tribunal des coquettes. La dispute de la coquette et la modeste. La femme coquette et le vieux jaloux. Portrait de la dame coquette et artificieuse. Une partie du texte accompagnant cette image est celui-ci : « tout indique une coquette qui n'a rien négligé pour compléter sa parure et la rendre agréable ; elle profite d'un moment qu'elle se trouve seule pour considérer si un air négligé ne serait pas préférable à une forme trop régulière. » La coquette. La jardinière coquette. La coquette et l'abeille. Coquette. La coquette fixée. On constate qu'elle est avec un abbé, parfois associé aux petites maîtresses au XVIIIe siècle. Il s'agit du jeune abbé coquet dont voici quelques images. Jeune Abbé coquet avec un habit à olives allant en conquête. Petite maîtresse en robe lilas tendre garnie de gaze à la promenade au Palais Royal. Un abbé coquet est représenté dans la gravure intitulée La promenade du matin de Suite d'estampes pour servir à l'histoire des moeurs et du costume des Français dans le dix-huitième siècle (années 1775-1776). Le texte qui accompagne cette image le décrit ainsi : « Un Abbé plus modeste en baissant la paupière, Fait croire qu'il n'y touche pas ; Mais il sait à propos gagner la Bouquetière, Pour oser de plus près admirer vos appas [des petites maîtresses]. » 
lecontroleuralatoilettedetail300lmPhotographie de gauche : Cuivre pour impression d'une gravure intitulée : 'Le Contrôleur de toilette'. Il est signé du sculpteur Mixelle jeune (Jean-Marie Mixelle) actif à la fin du XVIIIe siècle, d'après un dessin de Claude-Louis Desrais (1746-1816). L'indication : « A Paris chez Pavard rue S Jacques N°240 APDR » signifie que l'éditeur est Pavard (fin du XVIIIe siècle) et que ce cuivre date d'avant 1789 car il y a un APDR (Avec Privilège Du Roi). C'est peut-être un cuivre original ou sans doute une copie. Format total du cuivre : 27,2 x 21 cm. Il met en scène un religieux (peut-être celui de la maison, ou celui qui vient visiter régulièrement) qui donne ses avis sur les tenues de la maîtresse du lieu. On le trouve sur quelques gravures représentant une dame à sa seconde toilette comme dans celle intitulée « Qu'en dit l'abbé ? ».

L'abbé coquet est un style de religieux que l'on retrouve souvent aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il courtise parfois les petites-maîtresses dont il peut être l'ami et le confident. Ce personnage est présent dans la pièce L'Été des coquettes de Dancourt (1661-1725) dont je parle dans l'article Coquettes et coquetteries du XVIIe siècle. On l'appelle aussi « abbé de Pouponville ». C'est un « sermonneur de sofa », à l'allure mignarde, jouant volontiers le jeu des petites-maîtresses. Il est un habitué de leur ruelle et, pour les plus érudits, de celles des précieuses (voir article sur Les précieuses et les femmes de lettres). Certains abbés célèbres se sont consacrés à écrire des ouvrages sur des sujets que l’Église répugne, comme le théâtre ou la danse. François Hédelin, abbé d’Aubignac et de Maymac (1604-1676), qui est considéré comme le créateur de la règle des trois unités du théâtre classique français, compose une Histoire du temps ou relation du royaume de coquetterie extraite du dernier voyage des Hollandais aux Indes du levant (1654). L'abbé Michel de Pure (1620 - 1680), que Nicolas Boileau (1636-  1711) décrit comme étant un galant (« Si je veux d'un galant dépeindre la figure, Ma plume pour rimer, trouve l'abbé de Pure ») compose une Nouvelle histoire du temps ou la relation véritable du royaume de coquetterie. Il est connu notamment pour un livre sur la danse et les ballets (Idée des spectacles anciens et nouveaux, Paris, Michel Brunet, 1668) et de plusieurs sur les précieuses : La Précieuse ou le Mystère de la ruelle, 1656-8 (en 4 parties); La Précieuse (comédie, 1656) ; La Déroute des précieuses (mascarade 1659). Au XVIIIe siècle, des abbés écrivent sur des sujets comme le goût ou la politesse tels François Cartaud de la Vilate (vers 1700 - 1737), Jean-Baptiste Morvan de Bellegarde (1648 - 1734), Séran de la Tour (vers 1700 - vers 1770).
Dans Bibliothèque des petits-maîtres, ou Mémoires pour servir à l'histoire du bon et de l’extrêmement bonne compagnie de Fr. Charles Gaudet (« Au Palais-Royal, Chez la petite LOLO, Marchande de Galanteries, à la Frivolité, 1762. ») tout un chapitre est consacré à la « Bibliothèque de l'abbé de Pouponville » (cliquer ici pour le lire).
Photographies du dessous : « Qu'en dit l'abbé – A Madame la Comtesse d’Ogny, Paris chez N. De Launay [Nicolas Delaunay (1739-1792)], Graveur du Roi, Rue de la Bucherie N°26. Par son très Humble et très Obéissant Serviteur N. De Launay. Peint à la Gouache par N. Lawreince [Nicolas Lavreince (1737-1807)] , peintre du Roi de Suède. Gravé par N. De Launay, Graveur du Roi de France et de Danemark, et des Académies de France et de Copenhague. A.P. D.R. » Gravure originale de la seconde moitié du XVIIIe siècle représentant une dame à sa toilette demandant à son abbé ce qu’il pense du tissu que lui présente une vendeuse de mode.

quenditlabbe2-300lm© Article et photographies LM

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Un corps jeune et bronzé

conseilmedicauxpourbrunirimage300lmRetserjeune300lmJusqu'au XXe siècle le bronzage n'est pas du tout une chose recherchée. C'est même le contraire. On ne 'bronze' volontairement pour faire joli que la peau des gants ou des chaussures. C'est durant l'entre-deux-guerres que cela devient à la mode et un critère de beauté. Certaines pages de la revue présentée ici datant de 1935, en sont la preuve. Il est intéressant de noter la mise en page qui est typique des revues de mode du XXe siècle. La photographie prend la première place sur les autres iconographies, ce qui n'est pas encore tout à fait le cas avant 1939 où le dessin est très présent ; il continue de l'être, mais beaucoup moins, aujourd'hui (d'après Raymond Gaudriault la gravure de mode est abandonnée après 1939 : La Gravure de mode féminine en France).
Photographies : Revue mensuelle Rester jeune, n°23, d'août 1935. On y lit un article intitulé 'Conseils médicaux pour brunir et quelques conseils pour la beauté du teint sur la plage par le Dr Jean Audit' qui commence ainsi : « Vous aller user et même abuser des bains de soleil. » Un autre article  se nomme 'Je veux brunir'.

conseilmedicauxpourbrunir-2-300lm© Article et photographies LM.

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Coiffure 'à la girafe'

coiffurealagirafeXXe300lmDans l'article intitulé Estampes à la mode il est question de la coiffure 'à la girafe'. J'en présente quelques jolis exemple dans cet autre : Boucles, macarons et papillotes. Cette coupe a complètement disparu mais existe encore au début du XXe siècle comme le prouve cette photographie sur carte postale d'époque.

coiffurealagirafeXXedetail300lm© Article et photographies LM

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Modes féminines sous Charles X

NothingExtenuate300lmPhotographie 1 : Caricature d'époque (découpée et collée sur un papier plus récent) anglaise, colorée à la main, représentant la mode décrite ci-après. Elle a pour légende : « Nothing Extenuate nor aught set down in Malice. » Cette estampe date de 1827. L'auteur est Henry Heath et l'éditeur H. Fores (Londres). D'autres exemples sont ici : 1, 2. Plusieurs gravures d'outre-Manche caricaturent cette mode comme celles visibles sur www.gjsaville-caricatures.co.uk intitulées : 'Ancient and Modern Ladies' ; 'A la Mode' ; 'Ganging to the kirk' ; 'A pair of Fashionables' ; 'It is the very Fashion of the Time' ; 'Morning, Noon, Night'.
Sous Charles X (roi de 1824 à 1830 : seconde restauration) et en particulier à partir de vers 1827, la mode féminine prend un tournant important : le plus grand depuis celui des merveilleuses de la fin du XVIIIe siècle qui abandonnent le corset et les coiffures recherchées Leconseillerdesgraces1829-300lm(cheveux courts ...), montent la taille, portent des robes dans le genre des tuniques à l'Antique c'est à dire droites, simples, décolletées, transparentes, drapées. Ensuite les vêtements se rigidifient. En 1824 les chapeaux s’élargissent, la taille redescend et les jupons rendent la robe plus ample en forme de cloche. On ne montre plus la poitrine, et couvre parfois tout le buste, une collerette pouvant fermer le tout au niveau du cou. Les manches deviennent de plus en plus bouffantes tout en étant serrées aux poignets. En 1827 tout cela devient extrême. Les larges chapeaux sont garnis de fleurs et surtout d'une profusion de longs volants, rubans noués, rentrant dans la coiffe par divers endroits et tombant souvent jusqu'au dessous des fesses. Les coiffures non seulement ne sont plus courtes mais affublées d'un haut chignon et de cheveux frisés sur les côtés l'un ou l'autre étant postiche (voir le début de l'article intitulé Estampes à la mode). Les épaules sont rendues particulièrement plates par un canezou (voir article Le canezou), une guimpe, et un cou chargé de colifichets, collerette ... Les manches dites 'à gigot' sont énormes. La robe posée sur plusieurs jupons s'élargit jusqu'à ce que soit inventée en 1856 la crinoline-cage marquant une nouvelle grande étape dans l'évolution de la  mode.
Photographie 2 : « Le Conseiller des Grâces. N°55. 1829. Mode de Longchamps. Capote de crêpe. Robe de jaconas [sorte de mousseline] garnie d'un volant plissé ainsi que le corsage et les manches pélerine en ... »
Photographie 3 : Estampe de 1826. Nous avons là déjà presque la tenue complète.
1826couple300lmJe n'ai pas trouvé le nom que l'on donne alors à ces petites maîtresses du temps de Charles X. Si quelqu'un le sait, ce serait formidable de me le dire.

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La gommeuse et le gommeux, ceux du caf'conc, le dégommé, la gommeuse excentrique et la gommeuse épileptique.

gommeuxchromo300lmPhotographie 1 (à gauche) : Chromolithographie publicitaire, de la fin du XIXe siècle intitulée « Le petit gommeux ». Sa cravate est nouée comme aujourd'hui : c'est la nouvelle mode à cette époque et le début de cette manière !
Cet article fait suite à celui intitulé : Le gommeux.
Le nom de 'gommeux' viendrait de 'celui qui n'a pas été gommé' (dégommé), et qui est donc à la mode, dans le ton. Une estampe de Honoré Daumier (1808 - 1879) provenant de la revue Le Charivari (dans la série 'Actualités'), datant de vers 1840-1843, présente un militaire en habit civil négligé regardant son vêtement professionnel posé sur une chaise sous un tableau de lui-même en officier. La légende indique : « Dégommé !! » Un « dégommé » est une personne ayant été destituée de ses fonctions (terme utilisé en particulier pour un militaire). C'est aussi un homme ou une femme ayant vieilli, perdu de sa fraîcheur au propre comme au figuré. Le gommeux est tout le contraire. Il est jeune avec une allure que Gyp (qui elle-même ressemble beaucoup à une gommeuse sur la photographie ici) décrit dans Ohé la grande vie (1891) :  « épaules et vêtements étroits ; col très haut ; bottines à pointes aiguës et relevées [...] marche en fauchant, les bras écartés du corps avec affectation ». Sa manière de s'habiller est extrême avec des  vêtements au plus près du corps pour certaines parties ou au contraire larges pour d'autres. Une chanson que je cite plus loin décrit un gommeux avec un veston le serrant « fortement » et des bottines pointues semblant trop étroites. Si son veston est serré, il ne l'est pas aux manches qui sont très larges. Son pantalon est collant au niveau du bassin et des cuisses mais se termine en pattes d'éléphant. Son chapeau avec des bords fins semble trop petit pour sa tête alors que le col de sa chemise est ou très haut ou très large. L'utilisation de motifs à pois ou de rayures ajoute à l'excentricité de son accoutrement qui rappelle celui des muscadins ou des incroyables.
Goncourt écrit dans Journal (1875) : « gommeux, l'on prétend que c'est l'appellation de mépris que les femmes donnent, dans les cabarets de barrière, à ceux qui mettent de la gomme dans leur absinthe, à ceux qui ne sont pas de vrais hommes ».

C'est le modeux du dernier quart du XIXe siècle.
gommeuxLibert1Photographies 2 et 3 (au-dessus): Première page d'une partition de la chanson La Chaussée d'Antin par Libert dont le visage est représenté.

pisto70085300lmPhotographie 4 (à gauche) : Estampe, avec deux gommeux, du dernier tiers du XIXe siècle, ayant pour titre et légende : « Balivernes : - Tu sais la différence qu'Henri IV faisait entre un verre de bon vin et une jolie fille ? - Non … - Pristi ! Alors, tu n'es pas fort sur l'histoire de France. »
On rencontre le gommeux dans les lieux à la mode dont certains cafés-concerts (voir article de Wikipedia) où son personnage est repris sur la scène par des chanteurs spécialisés dans ce genre.
Le site Du temps des cerises aux feuilles mortes, offre toute une page sur l'un des plus fameux gommeux de caf'conc : le chanteur Libert (?-1896), avec de nombreuses images d'affiches le concernant où il est tout à fait dans le style gommeux : mélangeant chic, excentricité et une certaine forme de désinvolture jubilatoire.
Photographie 5 (à droite) : Carte postale avec Polaire : une gommeuse épileptique célèbre.
gommeuse-Polaire-300lmLes gommeuses sont plus rares ou on été moins sujettes à la satyre, peut-être parce qu'elles sont moins « voyantes » à des époques où toute la mode féminine l'est contrairement à la masculine. Leur style allie l'élégance avec une liberté de ton et une extraversion propres à la jeunesse. Il n'en faut alors pas davantage pour que ce personnage soit imité au café-concert par de jolies et impétueuses chanteuses jouant avec un mélange de raffinement et d’exubérance en y ajoutant une féminité aguichante. A la même époque que Libert et d'autres gommeux des planches, certaines chanteuses deviennent célèbres dans ce personnage comme Henriette Bépoix : une « Diseuse-chanteuse-comédienne », ou Thérésa qui commence sa carrière avec ce rôle. Polaire en est un autre exemple (comme les autres des photographies). Ces gommeuses s'habillent d'une manière recherchée et extravagante. Elles portent parfois un « gigantesque chapeau fantaisiste », avec toujours quelques notes sensuelles voire très suggestives : poitrine mise en valeur, mollets qui se laissent voir (ce qui est à l'époque osé) etc.
Plusieurs chanteuses sont, à certains moments de leur carrière, appelées des « gommeuses excentriques ». Une page de Le Passe-temps et le parterre réunis décrit négativement ce nouveau personnage : « les dessous affriolants de la gommeuse excentrique qu'acclame bruyamment la bande des vieux jeunes snobs, ridés à vingt ans, cosmétiqués, engoncés, retapés comme des pommes blettes, dont la boutonnière s'adorne de gardénias énormes et dont les gants craquent à chacun de leurs impétueux mouvements. » Le 'chahut', une particularité que les petits-maîtres, comme beaucoup de jeunes pratiquent depuis l'Antiquité, est une folie que l'on retrouve maîtrisée dans des danses à la mode comme le chahut-cancan et qui s'exprime sur scène de diverses façons : comme avec le genre gommeuse épileptique qui consiste à ajouter au chant une expression corporelle intense qui peut s'extérioriser depuis les cheveux jusqu'au bout des pieds. Toujours les gestes gardent quelque chose de poupon, d'une féminité vraiment intense. La chanteuse nommée Polaire excelle alors dans ce genre (nombreuses images sur ce site)
gommeuseLucyNanonObliteration1904-300lmPhotographie 6 (au dessus) : Carte postale (oblitération de 1904) de Lucy Nanon (L. Manon et L. Nanon semblent être la même personne), une gommeuse de caf'conc' de la Belle Époque. Elle porte un grand chapeau fleuri et des falbalas.
gommeusesLucyManon300almPhotographie 7 (au dessus) : Autre carte postale de Lucy Manon.

gommeuzeexcentriquesuzannecadre300lmPhotographie 8 : « Suzanne d'Artois : Gommeuse Excentrique », avec une dédicace de Suzanne d'Artois elle-même.
gommeuseDeLafereObliteration1906-300lmPhotographie 9 (à gauche) : Carte postale, avec une oblitération datant de 1906, d'Irma de Lafère (Le I de « I DE LAFERE » ressemble à un J mais c'est de cette façon que cela s'écrit alors). Il s'agit d'une gommeuse du café-concert. Elle porte une ou deux bagues de pierres précieuses à tous les doigts sauf aux pouces, et un habit entièrement brodé de paillettes. A cette époque les habits élégants peuvent être particulièrement fin pour les femmes. J'en ai quelques exemples, brodés et/ou avec de la dentelle … On se demande même comment il peuvent être alors portés tellement ils sont fragiles, ajustés au plus près du corps. Ne serait-ce que de boutonner ou déboutonner certains corsages est une aventure de dextérité. De plus le corps des plus jolies dames façonnés dans des corsets et des chaussures faites pour des « pieds mignons » est véritablement délicat, ce qui se ressent dans les habits. C'est encore comme cela au début du XXe siècle jusque dans les années 1910 où le corset commence à être délaissé ou remplacé par une forme s'apparentant de plus en plus à la gaine.
Photographie 10 (à droite) : « Aventure de gommeuse : Chansonnette. Créée par Mlle Méaly à l'Eldorado. A Mr Chretienni des Ambassadeurs. »  « Paroles de Delattre de Nola » ; « Musique de Louis Raynal ». La gommeuse dessinée ici est dans une tenue très coquine puisqu'on lui voit toute la jambe et même la culotte. Elle porte le fameux grand chapeaux rappelant celui des bergères de pastorales. Les ailes dont elle est affublée dans le dos rappellent celles d'amour et apportent un mélange de candeur au débridé. Sur cette première page on y trouve des noms d'autres chansons comme Le défilé des Pchutteuses ou Ba.be.bi.bo.bu. L'intérieur donne la partition et le texte de la chanson que voici :
aventuredegommeuseretravaillee300lm    « 1er Couplet
Alltto. Polka.
Mouvt. de Polka modéré
En passant l'autre jour par la Chaussée d'Antin
J’aperçois un gommeux qui m'suivait à distance,
Il prenait avec moi des grands airs d'importance,
Moi je m'disais tout bas : Dieu qu'il a l'air d'un s'rin.
    Refrain Polka
Moi j'trottinais comm'ça :
Tra la la la la,
Tra la la la la,
Tout en faisant comm'ça
Tra la la la la,
Tra la la la la,
En me r'luquant comm'ça :
Tra la la la la,
Tra la la la la,
Il me suivait comm'ça :
Tra la la la la,
Tra la la la la !
    2
Il avait un veston qui l'serrait fortement,
Des bottines pointu's qui semblaient trop étroites,
Clignant alors de l'oeil je l'aperçois qui boite,
Il paraissait ma foi souffrir horriblement.
gommeusedeTender300lm.jpgMoi j'minaudais comm'ça :
Tra la la,
Tout en faisant comm'ça :
Tra la la,
Lui me suivait comm'ça :
Tra la la,
En grimaçant comm'ça :
Tra la la,
    3
Cependant il s'approche et, d'un p'tit air bênet,
Me dit, en souriant : Permettez-moi, mamzelle,
D'marcher à côté d'vous en vous offrant mon aile.
J'lui réponds : J'suis honnête ! Et j'lui donne un soufflet !
Puis je repars comm'ça :
Tra la la !
Me balançant comm'ça :
Tra la la !
Il s'élance comm'ça :
Tra la la !
S'tenant la jou' comm'ça :
Tra la la !
    4
Enfin je m'laisse emm'ner au restaurant Bignon,
Nous entrons tous les deux et l'on se met à table,
Les vins étaient très bons, le repas agréable,
Dam' ! Si bien qu'au dessert j'avais mon p'tit pompon !
Je titubais comm'ça :
Tra la la,
Lui me r'gardait comm'ça :
Tra la la,
Ja l'agaçais comm'ça :
Tra la la,
Semblant lui dir' comm'ça :
Tra la la !
    5
Tout-à-coup la port's'ouvre et, jugez d'notr'malheur,
Un vieux monsieur s'amèn' paraissant en colère,
L'gommeux s'écri' soudain : Sapristi ! C'est mon père !
Moi j'réplique aussitôt : Ciel ! C'est mon protecteur !
Baissant les yeux comm'ça :
Tra la la,
Je m'suis sauvé' comm'ça :
Tra la la,
J'ne r'commenc'rai plus ça :
Tra la la ! »
Photographie 12 (à gauche) : Carte postale (ayant une oblitération de 1908) d'Alice de Tender.
Voici quelques peintures de gommeuses de caf'conc' : La gommeuse de Jean Béraud (1849-1936) de 1892 ; La gommeuse et les cercleux de Jean-Louis Forain (1852-1931) circa 1875.
Gommeux de caf'conc : Ambassadeurs : Nos gommeux par Libert : 1 et 2 ; Le quadrille des Gommeux par Eugène Pirou (1841-1909).
Représentations de gommeux : Gommeux par Cham (1819-1879) ; Le Gommeux au bouquet par Jean-Louis Forain (1852-1931) ; Les deux gommeux par Jean-Louis Forain (1876).
GommeuseDeTender2300lmPhotographie 13 : Autre carte postale d'Alice de Tender.

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La blonde, le blond et le délicat.

cafedesincroyables2incroyableslm431Photographie 1 : Détail d'une gravure de 1797 ayant pour légende : « Café des Incroyables. Ma parole d’honneur ils le plaisante. » Voir article intitulé Café des Incroyables.

Cet article fait suite à celui sur la blondine et le blondin.
Les mignons et les muguets du XVIe siècle, comme les incroyables de la fin du XVIIIe, les gommeux du dernier tiers du XIXe et les petits maîtres en général, sont souvent blonds ou cherchent à le paraître. Ils n'hésitent pas pour cela à porter des perruques : depuis la grande mode de celles-ci (en particulier masculines) qui commence en France au XVIIe siècle et se poursuit au XVIIIe avant d'être plus rare à partir du moment où les cheveux courts pour les hommes deviennent la règle (voir article intitulé Cheveux courts). Sans doute la mode de cette couleur de cheveux nous vient-elle d'Italie, comme beaucoup d'éléments à partir du XVIe siècle. Durant la Renaissance il est de bon ton pour les dames italiennes d'avoir une chevelure dorée (le blond vénitien) et pour les nobles de s'entourer de pages aux cheveux d'ange. On trouve un bel exemple de cette mode dans cette peinture italienne de Liberale da Verona (vers 1445-1528/1529) datant de vers 1475 et intitulée Les joueurs d'échecs.
gommeuxetgrisetlm214aaLa blondeur est associée à la beauté et à l'amour. Le terme de 'blonde' désigne encore aujourd'hui la compagne d'un homme.
Le Dictionnaire de la langue verte de 1867 donne une définition du blond avec celle du délicat : « Délicat et blond, adj. Se dit, ironiquement, d’un gandin, d’un homme douillet, quelles que soient la couleur de ses cheveux et la vigueur de son corps. L’expression date d’un siècle. » La délicatesse est une vérité inexorable du petit-maître. Elle le désigne même. A moins qu’on entende quelqu’un d’autre par la définition du petit-maître, car la mienne n’est rien d’autre que celle que je donne.
Le Dictionnaire du bas-langage de 1808 donne cette définition : « BLOND(E). Un beau blond. Phoebus, damoiseau ; joli garçon à blonde chevelure. / Délicat et blond. Se dit d’un farfadet, d’un pédant ; d’un homme qui s’en fait trop accroire. »
Photographie 2 : Détail d'une petite chromolithographie publicitaire, sans doute de la fin du XIXe siècle représentant un gommeux.

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Le parement d’autel de Toulouse : exemple d'un textile du XIVe siècle.

Le Parement d autel clich Emmanuel Grimault ensemble650Le Moyen âge est à l'origine de nombreux éléments qui ont forgé l'époque moderne. C'est durant cette période que l'Occident s'organise notamment autour de la chrétienté ; que l'Europe se crée ; et que l'exemple de la France inspire et se répand.
DetailF Lemoine300La mode de ce temps est encore toute à redécouvrir tellement elle est riche. Le parement d'autel de Toulouse est un exemple de la beauté et de l'habilité d'exécution que peuvent atteindre les fabricants de textiles d'alors. Brodé d'or et de soie, cet exemple conservé au musée Paul-Dupuy à Toulouse est une des précieuses œuvres de l'art textile du XIVe siècle parvenues jusqu'à nous. « Sur une longueur totale de 2,67 m, il développe en 26 scènes, l’histoire du Christ dans laquelle viennent s'intercaler des figures de saints, parmi lesquels une place privilégiée est accordée à saint François, le fondateur de l’ordre des Cordeliers. » De tels exemples sont particulièrement rares du fait de la fragilité du matériau. Lors de l'exposition autour de cette étoffe, qui se déroule jusqu'au 18 juin 2012 au musée Paul-Dupuy, sont présentées d'autres oeuvres de la même époque (broderies, enluminures, sculptures) permettant de la situer dans son contexte.
Photographie 1 : Ensemble du parement d'autel de Toulouse (musée Paul-Dupuy : inv. 18301) de la première moitié du XIVe siècle, en toile de lin, broderie de fils de soie et d'argent doré. © Toulouse, musée Paul-Dupuy. Photo Emmanuel Grimault.
Photographies 2 : Élément du parement d’autel. © Toulouse, musée Paul-Dupuy. Détail de la photographie de Frédéric Lemoine.
Photographies 3 et 4 : Détails d'une aumonière (bourse portée à la ceinture) du début du XIVe siècle en lin, fils de soie polychrome et fils dorés. Les saisons y sont représentées par des symboles : occupations ou comme sur la première photographie Janus aux deux visages (mois de janvier). Montpezat-de-Quercy (Tarn-et-Garonne), collégiale Saint-Martin. « Classée Monument Historique (21 octobre 1902) ». © Photo Claude Moureau.Aumoniere300

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Le blondin et la blondine

Dans le Dictionnaire de L'Académie française de 1762 on lit cette définition du blondin et de la blondine : «  BLONDIN, INE. s. Celui, celle qui a les cheveux blonds. C'est un blondin. C'est une blondine. On appelle figurément & familièrement, Blondins, Les jeunes gens qui font les beaux. » Cette appellation est souvent employée d’une manière familière et railleuse. Dans le Dictionnaire du bas-langage de 1808 le terme de 'blondin' est décrit comme le « Nom que l’on donne à un petit-maître, à un céladon ; et familièrement à celui qui a les cheveux blonds. » Ce mot est ancien, car on le trouve déjà au XVIIe siècle dans la première édition du Dictionnaire de L'Académie française, (1694) : « On appelle, Blondins, Les jeunes galants qui font les beaux, parce qu'ils portent d'ordinaire des perruques blondes. »

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Le vin au Moyen-âge

TourJeanSansPeur300Photographie 1 : Vue actuelle de la Tour Jean sans Peur (1409-1411). Classé monument historique en 1884, cet édifice est un des derniers vestiges civils du Moyen Âge à Paris. © photographie : Jean René Gendre.
Photographies 2 et 3 : 'Bonnes et mauvaises manières de boire du vin' : Valère Maxime, Faits et dits mémorables des Romains, Bruges, vers 1475, Malibu, J. P. Getty Museum, ms. 43.
Le Moyen âge est une époque phare dans l'histoire de France et des beaux-arts. Cette période dure mille ans : du Ve siècle au XVe. Cela représente le double de temps de ce qui nous sépare de lui jusqu'à aujourd'hui. On imagine les changements qui s'y sont produits ; évolutions dont la France est l'initiatrice principale. Deux renaissances de l'Occident s'y produisent (avant celle du XVe siècle qui est italienne) : la carolingienne au IXe siècle et celle du XIIe (siècle du francigenum opus [voir l'article Le bas Moyen-âge : Fin amor et Art français ou francigenum opus], des troubadours, de la chevalerie, des grands centres monastiques ...).
Les monuments de cette époque sont très présents dans l’hexagone, en particulier les églises romanes (Xe au XIIe s.) et gothiques (XIIe au XVe s.). Les édifices civils sont plus rares. La Tour Jean sans Peur construite au début du XVe siècle (photographie 1) à Paris en est un exemple. Toute l’architecture a été conservée. Il manque juste les pavements  et peintures multicolores, les tentures précieuses, les meubles d'époque et la courtoisie, pour s'y retrouver pleinement. vin300Mais des expositions photographiques régulières nous y rappellent les mœurs de cette période. Celle qui se déroule en ce moment jusqu'au 11 novembre 2012 est intitulée Le vin au Moyen-âge et présente le rôle majeur de cette boisson à cette époque ; aliment qui comme l'olive, le blé, le thé, le café ou le chocolat est civilisateur. Durant l'Antiquité c'est d'abord l'olivier, le blé puis le vin qui accompagnent les empires grecs et romains. L'élixir de Dionysos (puis Bacchus) et le pain sont la base de l'alimentation et du culte chrétien qui se propage dans tout l'Occident. Le chocolat est celui des empires des Amériques du sud et centrale (aztèques, mayas ...). Le café est le breuvage  des Lumières du XVIIIe siècle et le thé de la colonisation anglo-saxonne etc.
Au Moyen-âge, en Occident et durant les siècles qui suivent, le vin est une boisson majeure. Lorsqu'on lit les livres de pharmacopée d'alors elle s'avère être primordiale, notamment dans la fabrication de médicaments. Elle permet d’aseptiser quelque peu une alimentation qui ne connaît pas les règles d'hygiène actuelle. C'est un élément commercial de premier ordre ; et sa culture apporte la prospérité. Toutes les classes sociales l'apprécient. A doses raisonnables, il procure la joie. C'est une boisson païenne et biblique. Tout un service lui est associé. « Par souci de pureté, le vin de messe exige un service attentif et requiert une vaisselle d’or vindetail300: burette, passoire, calice au large pied, petite cuillère, pipette liturgique. » nous dit l'exposition. « Lors d’un festin, le vin est servi au dernier moment suivant un cérémonial parfois complexe. Ainsi, à la cour de Bourgogne au XVe siècle, au moins trois personnages sont requis : huissier de salle (chargé de quérir l’échanson), échanson (porteur d’une coupe) et sommelier (porteur des pots d’eau et de vin et goûteur). Les vins sont appréciés frais et oxygénés et pour cette raison, versés de haut. Chez les puissants, la vaisselle (hanaps, verres, coupes...) ainsi que les vins d’apéritifs et autres boute-hors (vins signalant qu’il est temps de prendre congé) sont disposés sur des dressoirs. Les traités de bonnes manières se diffusent à partir du XIIIe siècle. On y apprend à boire le coude collé au corps et à petites goulées (pour les femmes). Mais les bonnes manières n’empêchent pas l’hôte de s’amuser parfois aux dépens de ses invités : il existe des pots surprises qui ont un goulot factice mais des trous bien réels placés en dessous, qui laissent s’échapper la boisson sur les pieds de l’invité ! »
On peut contempler de ces services de table en ce moment au musée national de la Renaissance du château d'Ecouen qui présente une exposition de vaisselle d'usage en argent de la Renaissance découverte en 2006 dans un champ par deux habitants de Pouilly-sur-Meuse, en Lorraine. Celle-ci s'intitule L'invention d'un trésor : vaisselles précieuses de la Renaissance et se déroule jusqu'au 2 juillet 2012 tous les jours sauf le mardi dans les appartements de Catherine de Médicis.

Cette vaisselle transmise sur plusieurs générations date de la fin du XVe siècle à la seconde moitié du XVIe. Elle n'est pas celle que l'on dispose alors sur des dressoirs, exécutée par les plus grands orfèvres du temps, et servant avant tout à montrer le goût et la richesse de leur propriétaire. Elle est simple, d'usage courant, ce qui la rend d'autant plus rare, car on a alors l'habitude de faire fondre ce genre d'argenterie afin de la faire exécuter par des artisans plus à la mode. L'orfèvrerie civile de la Renaissance étant très rare, ce trésor est sans équivalent en France. Il est composé de trente et un objets d'argent en partie dorés et ciselés, réalisés dans quatre foyers de production : Paris, Reims, Châlons-en-Champagne et Strasbourg.

 

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Boîtes en or et objets de vertu au Musée Cognacq-Jay

boitea300Le musée Cognacq-Jay conserve une exceptionnelle collection d'oeuvres du XVIIIe siècle que l'on peut contempler toute l'année à Paris et gratuitement. A cela s'ajoute la présentation jusqu'au 6 mai 2012 d'une des plus importantes collections en France de boîtes et d'objets de vertu constituée de boîtes à mouches, tabatières, étuis et nécessaires etc. Pour en savoir plus cliquer ici.


BOÎTES EN OR ET OBJETS DE VERTU AU 18e SIÈCLE par paris_musees

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Miniatures flamandes  : 1404 -1482

ChroniquesdeHainautPhotographie ci-dessus : Détail de : « Jacques de Guise, Chroniques de Hainaut : Philippe le Bon recevant en conseil l’hommage des Chroniques de Hainaut. Enlumineur : Rogier Van der Weyden, 1446. Bibliothèque royale de Belgique  ».
LelivredesbonnesmoeursdetailPhotographie de gauche : Détail « Jacques Legrand, Le Livre de bonnes mœurs : chute des anges rebelles. Enlumineur : Maître d’Antoine de Bourgogne, vers 1465-1475. BnF, dpt des Manuscrits ».
Photographie de droite : Détail « Flavius Josèphe, Antiquités judaïques :  la mort d’Absalom. [...] 1483.  BnF, dpt des Manuscrits ».
Du 6 mars au 10 juin 2012, la Bibliothèque nationale de France présente en collaboration avec la Bibliothèque royale de Belgique une exposition intitulée : Miniatures flamandes  : 1404 -1482 constituée de  quelque 90 manuscrits rarement montrés, chefs-d’œuvre de l’art flamand. Cette période précédant l'imprimerie marque une apogée de l'enluminure sous l’impulsion des ducs de Bourgogne. Ce duché dont alors fait partie (schématiquement) la Bourgogne actuelle, le nord de la France, le Luxembourg, la Belgique et la Hollande, est aussi à la pointe de la mode. On y porte des vêtements d'une excentricité qu'on a aujourd'hui de la peine à imaginer : de hauts chapeaux (dans l'article intitulé Enluminures et coiffes du XVe siècle et de la Renaissance je donne quelques exemples de ces coiffes) décorés de rubans et de voiles, des robes au décolleté profond et à la traîne immense, de magnifiques tissus aux couleurs et motifs multiples, des ornements dont la mode des clochettes et des paillettes sont des exemples, des chaussures pointues (poulaines dont certaines peuvent être décorées ou bien avec des semelles en bois comme on le constate dans cette miniature ici) etc. Le pourpoint de l'homme a un col haut et est rembourré en haut des manches ainsi que sur d'autres parties : épaules, poitrine, dos. Antiquité judaiques150La culotte et les chausses sont d'un même tenant. Parfois le costume entier est divisé en deux dans le sens de la hauteur (costume dit 'mi-part'), chaque côté ayant des couleurs et/ou des motifs différents (souvent des rayures) ; les coupes elles-mêmes peuvent changer etc. Les ourlets des vêtements sont souvent ouvragés : crénelés, ornés, ou découpés en bouts pointus …, la braguette peut être très visible …  On porte de nombreux bijoux sur les vêtements (agrafes, grelots ou glands en or …), autour du cou, à la ceinture etc. On se rase les poils de tout le corps, même les sourcils, ainsi que le haut du front et les tempes. Dans l'Encyclopédie illustrée du costume et de la mode (Gründ, 1970) est cité un chroniqueur autrichien qui décrit quelques aspects de la mode masculine de cette période en ces termes : « Chaque homme s'habillait comme il lui plaisait. Certains portaient des manteaux coupés dans deux sortes de tissu, d'autres avaient une manche beaucoup plus large que l'autre, dans certains cas, plus large que le manteau lui-même. Quelquefois, les deux manches étaient très larges et celle de gauche était décorée de différentes manières, de rubans de couleur ou de pièces d'argent reliées par des liens en or. Certains portaient sur la poitrine un morceau de tissu de couleurs différentes portant des inscriptions en argent ou en soie. D'autres avaient des desseins sur le côté gauche. Certains avaient des vêtements si étroits qu'ils ne pouvaient s'habiller ni se déshabiller sans aide, ou sans défaire une rangée de petits boutons qui couvraient les manches jusqu'aux épaules ou la poitrine jusqu'au ventre. Certains autres bordaient les ourlets de leurs vêtements d'un autre tissu, d'autres découpaient de nombreuses languettes dans l'ourlet lui-même. Chacun commença à adopter le chaperon attaché au vêtement, qui remplaça l'habituel couvre-chef masculin. Les manteaux étaient si courts qu'ils arrivaient à peine aux hanches. » et d'autres sont très longs comme le montre la photographie ci-dessous à droite.
C'est un véritable plaisir de noter ces modes sur ces miniatures mais aussi d'y apprécier la délicatesse et les qualités artistiques, la finesse des traits et la richesse des détails … enfin tout ce qui fait que ces manuscrits aux enluminures uniques sont de véritables trésors. En parallèle à cette exposition, la Bibliothèque nationale de France nous offre sur son site (voir ici) une exposition virtuelle avec de très beaux exemples de miniatures mais aussi six livres manuscrits à feuilleter.

Photographies ci-dessous : En haut, à gauche « Grand Armorial équestre de la Toison d’or : le duc de Bourgogne, vers 1435-1438. BnF, Bibliothèque de l’Arsenal » ; au milieu détail « Raoul Lefèvre, Recueil des histoires de Troie : mariage de Jupiter avec sa sœur Junon.  Enlumineur : Maître de la Chronique d’Angleterre, vers 1470-1480. BnF, dpt des Manuscrits » ; à droite et en bas à gauche détails de : « Barthélemy l’Anglais, Le Livre des propriétés des choses : Jean Corbichon remet sa traduction au roi Charles V. Enlumineur : Maître d’Antoine de Bourgogne, vers 1465-1475. BnF, dpt des Manuscrits  ». Les drapeaux sont un détail de « René d’Anjou, Livre des tournois : revue des heaumes à l’intérieur d’un cloître. Enlumineur : Maître du Livre de prières de Dresde, vers 1480-1488. BnF, dpt des Manuscrits  ».

XVesiecle

Article LM

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Le talon rouge

talonrouge1lmCet article fait suite à celui intitulé Le pied mignon et le talon rouge.
C'est sans doute à l'époque de Louis XIV que l'on donne le nom de 'talons rouges' à certains élégants en référence aux chaussures portées par Louis XIV (1638-1715) et ses successeurs : Louis XV (1710 - 1774) et XVI (1754-1793). Il semble donc que ce soit à partir du Roi Soleil que l'on désigne de cette manière les courtisans élégants de l'époque de Versailles. Ce château possède des représentations de ces trois rois avec de tels talons dans des peintures dont des exemples similaires de la même époque peuvent se rencontrer dans d'autres musées et endroits. On peut contempler un portrait de Louis XIV de 1702 par Hyacinthe Rigaud ici, un autre de Louis XV du second quart du 18e siècle du même peintre ici, et un portrait de Louis XVI de l'atelier d'Antoine François Callet datant de 1778 ici.
Dans son livre intitulé : Bibliothèque des petits-maîtres, ou mémoires pour servir à l'histoire du bon et de l'extrêmement bonne compagnie (« Au Palais-Royal, Chez la petite LOLO, Marchande de Galanteries, à la Frivolité », 1762 - la première édition date de 1761 -), Fr. Charles Gaudet donne, sans que cela soit l'objectif, une définition du talon rouge de la première moitié du XVIIIe siècle : « Les Petits-Maîtres, ces gentils poupins, n'ont plus de talons rouges, plus d'eau de Chypre, plus de teint d'emprunt, plus de vestes chargées des débris d'un magasin de modes, plus de montres garnies de tous les colifichets de la Fresnaye, ni plus de carrosses à glaces sur les côtés. Ils parlent peu, & parlent bien. Ils ne trompent plus de femmes par des cajoleries banales : ils n'impriment plus leurs lettres, & n'en montrent plus ou les portraits, ou quelques boucles de cheveux. On ne les voit plus rouler sur les boulevards dans de lestes cabriolets, à travers des nuées de poussière. On ne les voit plus aux spectacles, papillonner de loges en loges, faire les singes par les trous de la toile, lorgner, insolemment les plus honnêtes femmes, leur sourire sans les connaître, traverser vingt fois le théâtre, tracasser les actrices dans les foyers, assister à leurs déshabillé, & les mener ensuite, vêtues en nymphes, faire collation par-delà les barrières. Les subalternes de leur ordre, insectes pétulants, ne tapagent plus avec des fiacres ; on ne les voit plus se ranger en haie vis-à-vis des portes des spectacles, & se pencher à mi-corps, pour critiquer plus à l'aise les jambes des femmes qui descendent de leurs équipages ; on ne les voit plus exciter étourdiment des flux & reflux dans le parterre, y souffler l'esprit de prévention & de cabale, & y ajourner les Auteurs à leur tribunal. On ne les voit plus aux promenades se tenir sous le bras ; y attendre impatiemment le coucher du soleil, pour voltiger dans des allées retirées, y conter, à la faveur de l'obscurité, mille gaudriolles à ces chauves-souris de Cythère, dont les appas, aussi dangereux que délabrés, sont à un taux si mince ; & se jeter ensuite dans un café, pour y faire frugalement leur souper d'une carafe d'orgeat, ou d'une bavaroise au lait, suivant la saison. »

© Article et photographie LM

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Cima da Conegliano : Maître de la Renaissance italienne.

Cima300Du 5 avril au 15 juillet, le musée du Luxembourg à Paris propose une exposition intitulée : Cima da Conegliano : Maître de la Renaissance italienne dont on peut lire une présentation sur le site dédié à celle-ci.

Cette exposition donne l'occasion de rappeler que le palais du Luxembourg devient sous Louis XV, en 1750, l'un des premiers musées français. Deux fois par semaine, les mercredis et samedis, on y vient contempler gratuitement des tableaux de la collection royale. Plus exactement c'est dans la galerie royale de peinture, à l’emplacement de la galerie de Marie de Médicis (dont les peintures sont aujourd'hui au musée du Louvre), dans l'aile Est du palais du Luxembourg, que ces expositions sont proposées à l'initiative de Charles François Paul Le Normant de Tournehem, directeur des Bâtiments du Roi.
Photographie : Détail de la peinture L'Archange Raphaël et Tobie ... de Cima da Conegliano (1459 - 1517). Huile sur bois marouflé sur toile de 162 x 178 cm, datant de 1514 – 1515 et conservée à la Galleria dell'Accademia de Venise. © Soprintendenza special per il Polo Museale di Venezia, Galleria dell'Accademia.

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Le jardin de Tivoli, le hameau de Chantilly, le café Frascati, le jardin et la cour des Capucines et le pavillon de Hanovre.

FeuilletonduJournaldesdébatsDivertissements1802-600lmPhotographies : Pages du Feuilleton du Journal des débats de l'an 10 (1802).
J'ai acquis dernièrement un petit livre de 252 pages contenant toutes les parutions journalières du Feuilleton du Journal des débats depuis le 3 messidor (deuxième moitié du mois de juin) de l'an 10 (1802) jusqu'au vendredi 30 fructidor (17 septembre : fin de l'année du calendrier républicain) de la même année. Y sont relatées les actualités de théâtres, opéras, jardins et autres distractions. On y lit notamment des critiques de théâtre (comme la comédie Turcaret) et des articles de mode.
En ce début du XIXe siècle le quartier à la mode se situe entre les Champs Élysée et Saint-Lazare où se trouve le jardin de Tivoli, avec au milieu les boulevards. 

LE JARDIN DE TIVOLI. On y apprend que dans les jardins de Tivoli sont donnés occasionnellement des « amusements champêtres », des « fêtes extraordinaires » et que de « petits théâtres » y sont ouverts. Voici un article du 14 thermidor de l'an 10 : « TIVOLI. Rien de plus galant, rien de mieux ordonné ni de mieux exécuté que la fête qui eut lieu dimanche dans ce joli jardin. Le temps était superbe, l’assemblée très nombreuse et parfaitement composée ; on remarquait entre autres beaucoup d'étrangères dont la mise contrastait assez avec celle de nos Françaises : elles ont paru charmées de la beauté de l'illumination. Il est vrai qu'il est difficile de présenter un plus beau coup d'oeil. Tant que ce jardin délicieux offrira des jeux variés, des tours de force et d'adresse, et des danses où la meilleure compagnie ne dédaignera pas de figurer, comme dimanche, l'administration pourra compter sur de brillantes recettes. La fête a été terminée par un feu d'artifice, dont quelques parties n'ont pas été tout-à-fait bien exécutées ; mais, en général, il a été brillant et a satisfait les amateurs. » Je parle un peu du jardin de Tivoli dans l'article intitulé Récapitulatif de l’exposition Modes anciennes - suite -
LE HAMEAU DE CHANTILLY. Les fêtes champêtres du hameau de Chantilly sont aussi à la mode alors. Cet endroit n'est autre que l'actuel palais de l’Élysée où se trouve aujourd'hui le chef de l’État (voir la fin de l'article Les oublies) et où se donnent après la Révolution de somptueuses fêtes avec des bals dans les locaux, des fêtes champêtres et des feux d'artifice dans le jardin.
LE CAFÉ FRASCATI. Le café Frascati (voir article intitulé Le café Frascati) est alors « le centre des modes ». Au 6 messidor de l'an 10, on y voit des « têtes tondues à la Titus », des « voiles de dentelle servant de coiffure », « des demi-fichus de dentelle » : « Frascati est actuellement le centre des modes ; à la fête du 3, les têtes tondues à la Titus, les voiles de dentelle servant de coiffure et les demi-fichues de dentelle, posés en marmottes et balafrant les joues, étaient en majorité ; venaient ensuite les coiffures en cheveux nattés et relevés avec un peigne, ou fixés par une épingle, les paysannes de dentelle, posées bien en devant, les chapeaux de paille noire et les bonnets de fantaisie, en satin blanc. Les châles étaient de cachemire, ou un ample fichu de dentelle en tenait lieu. Plusieurs robes avaient la taille basse, une garniture de tulle au corsage et des manches larges. Après le blanc, le bleu-de-ciel, le noir et le rose étaient les couleurs dominantes. Pour les garnitures des tuniques, il y avait économie d'agréments et profusion de dentelles. Presque toutes les robes étaient à longue queue. Dans la toilette ordinaire, les capotes à coulisses, en taffetas gros-vert, lilas, jonquille ou rose, sont encore de mode ; quelques mèches de cheveux paysans qui s'échappent de dessous ces capotes, indiquent que la manie de se faire tondre à la Titus a gagné les élégantes de toutes les classes. Les cheveux des tempes et ceux du front, exceptés de la coupe fatale, sont maintenant huilés avec plus de profusion et bouclés avec plus de soin que jamais. Les centres des peignes, formant le diadème et les têtes ovales des épingles sont maintenant ornés de camées et sculptés sur des coquilles. La cornaline, blonde ou blanche, que l'on continue d'employer en bijoux, est quelquefois remplacée pour les plaques de colliers par ces camées-coquilles. »
FeuilletonduJournaldesdébats1802-600lmLE JARDIN DES CAPUCINES. Dans le jardin des Capucines s'y jouent des spectacles équestres et dans la cour des Fantasmagories de Robertson.  Les fantasmagories sont des spectacles d’illusions d’optique très à la mode à la fin du XVIIIe siècle. Dans un article sur le sujet Wikipedia explique en quoi consiste une séance de fantasmagorie de Robertson.
LE PAVILLON DE HANOVRE. Comme l'explique Wikipedia : « Le pavillon de Hanovre est édifié entre 1758 et 1760 par l'architecte français Jean-Michel Chevotet (1698-1772) dans les jardins de l'hôtel d'Antin, appartenant au maréchal de Richelieu, rue Neuve-Saint-Augustin (actuellement boulevard des Italiens). Il est démonté en 1932 pour permettre la construction d'un immeuble de bureaux et remonté dans le parc de Sceaux. » Ce lieu situé sur les grands boulevards parisiens est à la mode en ce temps des merveilleuses et des incroyables.
Le Feuilleton du Journal des débats appartient au Journal des débats (le nom change dans le temps : Journal de l'Empire etc.) qui paraît de 1789 à 1944. Comme semble le montrer l'exemple ici, celui-ci est intégré à ce périodique.

FeuilletonduJournaldesdébatsmodes1802-600lm© Article et photographies LM

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Le canotier et la canotière

lesamusementsdeparisquaidelarapee300lmPhotographie 1canotierscouple32,2x23,4cmdetail300lm : Gravure intitulée 'Les Amusements de la Rapée' provenant d'un almanach du XVIIIe siècle : Les Amusements de Paris. Almanach chantant pour les jolies Femmes qui on de la raison, avec Tablettes Économiques. Perte et Gain. Petit secrétaire fidèle et discret.

Le quai de la Rapée est dans le quartier de Bercy. Il existe toujours mais est aujourd'hui presque entièrement bétonné. Autrefois s'y trouvent des lieux où l'on vient se divertir comme à la Taverne des canotiers « où l'on cultive à la fois la matelotte, le petit vin à huit sous, la musique fluviatile et la poésie maritime » (Dictionnaire de la conversation et de la lecture, seconde édition, tome quatrième, Paris, 1853).
Photographie 2 : Planche couleur signée Grévin, format 32,2 x 23,4 cm de la série « Canotiers et canotières ».
canotiers-1-32,4x23cm300lmPhotographies 3 et 4 : Planche de la même série que précédemment. Un canotier (de Paris) s'adresse à un cuisinier « - Comment ! Vous ne connaissez pas Nana ! La grande Nanuche, qu'a l'oeil en amande avec un tout petit grain de beauté comme ça ici dans l'dos ! »
Photographies 5 et 6 : Couverture de la partition « Je n'peux pas vivre sans amour » créée par Maurice Chevalier.
Les bateaux dont les barques ont une importance toute particulière dans l'histoire parisienne. Le mot 'Paris' viendrait de « bar Isis » : la barque d'Isis. Le symbole de la capitale française est un bateau. La corporation des canotiers y est très influente durant les siècles (n'en déplaise aux maçons et francs-maçons).
Jusqu'au XXe siècle, canotiers-1-32,4x23cmblancdecoupe500lmles déplacements sur la Seine sont sans doute libres car une multitude d'embarcations la parcourent dont des barques. Les parisiens aiment à se promener par ce moyen de locomotion. Les canotiers arborent des styles typiques. Ils ont leurs lieux de jeux, de musique etc. Certaines tavernes du bord de Seine ou de Marne sont réputées pour leur petit vin, leur musique et leurs enchantements, cela depuis très longtemps. On trouve de ces lieux d'accostage tout près de Paris comme à Bercy (qui est aujourd'hui intra-muros) ou plus éloignés. Certains de ces canotiers sont des petits-maîtres qui se promènent sur ces barques avec leur petite-maîtresse. Dans la seconde partie du XIXe siècle ce divertissement est d'autant plus à la mode que le sport l'est aussi.
Les guinguettes au bord de l'eau sont des lieux où les parisiens viennent se divertir. A la fois près de la capitale et dépaysantes par leur environnement bucolique elles sont particulièrement appréciées en période estivale. Le Déjeuner des canotiers d'Auguste Renoir (1841-1919) représente un de ces endroits. Il existe des témoignages de ceux-ci à leur emplacement même comme le musée de La Grenouillère. La Grenouillère est un établissement de bains froids des bords de Seine qui attire entre 1855 et 1928, des parisiens dont des écrivains et des peintres célèbres. Monet et Renoir l’ont représenté plusieurs fois en 1869. Il s'agit d'un café-bal flottant amarré à l’Ile de Croissy. On vient donc y boire, danser, promener et prendre des bains dans la Seine.
Guy de Maupassant (1850-1893) utilise ce lieu dans plusieurs de ses oeuvres comme dans La femme de Paul dont voici deux passages : « Lorsqu'ils eurent tourné le coude de la rivière, la Grenouillère leur apparut dans le lointain.mauricechevalierjenepeuxvivresansamoursanstextenoir500lm L'établissement en fête était orné de girandoles, de guirlandes en veilleuses de couleur, de grappes de lumières. Sur la Seine circulaient lentement quelques gros bachots représentant des dômes, des pyramides, des monuments compliqués en feux de toutes nuances. Des festons enflammés traînaient jusqu'à l'eau; et quelquefois un fallot rouge ou bleu, au bout d'une immense canne à pêche invisible, semblait une grosse étoile balancée. Toute cette illumination répandait une lueur alentour du café, éclairait de bas en haut les grands arbres de la berge dont le tronc se détachait en gris pâle, et les feuilles en vert laiteux, sur le noir profond des champs et du ciel. L'orchestre, composé de cinq artistes de banlieue, jetait au loin sa musique de bastringue, maigre et sautillante, qui fit de nouveau chanter Madeleine. Elle voulut tout de suite entrer. Paul désirait auparavant faire un tour dans l'île; mais il dut céder. L'assistance s'était épurée. Les canotiers presque seuls restaient avec quelques bourgeois clairsemés, et quelques jeunes gens flanqués de filles. Le directeur et organisateur de ce can-can, majestueux dans un habit noir fatigué, promenait en tous sens sa tête ravagée de vieux marchand de plaisirs publics à bon marché. La grosse Pauline et ses compagnes n'étaient pas là; et Paul respira. On dansait les couples face à face cabriolaient éperdument, jetaient leurs jambes en l'air jusqu'au nez des vis-à-vis. Les femelles, désarticulées des cuisses, bondissaient dans un envolement de jupes révélant leurs dessous. mauricechevalierjenepeuxvivresansamour300lmLeurs pieds s'élevaient au-dessus de leurs têtes avec une facilité surprenante, et elles balançaient leurs ventres, frétillaient de la croupe, secouaient leurs seins, répandant autour d'elles une senteur énergique de femmes en sueur. Les mâles s'accroupissaient comme des crapauds avec des gestes obscènes, se contorsionnaient, grimaçants et hideux, faisaient la roue sur les mains, ou bien, s'efforçant d'être drôles, esquissaient des manières avec une grâce ridicule. Une grosse bonne et deux garçons servaient les consommations. Ce café-bateau, couvert seulement d'un toit, n'ayant aucune cloison qui le séparât du dehors, la danse échevelée s'étalait en face de la nuit pacifique et du firmament poudré d'astres. »
« … le grand café flottant regorgeait de monde. L'immense radeau, couvert d'un toit goudronné que supportent des colonnes de bois,  est relié à l'île charmante de Croissy par deux passerelles dont l'une pénètre au milieu de cet établissement aquatique, tandis que l'autre en fait communiquer l'extrémité avec un îlot minuscule planté d'un arbre et surnommé le « Pot-à-fleur », et, de là, gagne la terre auprès du bureau des bains. »
Voir ici la nouvelle en entier. Il est question aussi de la Grenouillère dans son œuvre intitulée Yvette.
Durant la seconde moitié du XIXe siècle, le chapeau de paille dit 'canotier' devient à la mode et est porté en ville en été même avec un costume. Le plus célèbre de ces couvre-chefs est peut-être celui de Maurice Chevalier (1888-1972) qui représente un style des années 1910 d'une élégance nonchalante et quelque-peu fruste. C'est la mode de ce chapeau, du costume étroit et des guêtres blanches sur des chaussures parfaitement cirées.

© Article et photographies LM

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Merveilleuses & merveilleux