Preciosa et verrerie au musée du Cinquantenaire de Bruxelles

1nesessairedetoilette400Photographies1nesessairedetoilette300 1 et 2 : « « Nécessaire. Paris, 1755-1756. Agate, rubis et or. Inv. V.2804. » ©  musée du Cinquantenaire de Bruxelles. Ce nécessaire de poche (ou étui-nécessaire) semble contenir entre autres deux flacons avec un bouchon en forme d'oiseaux, une tablette, un crayon, un passe-lacet, une cuillère, un cure-oreille, un étui à messages etc. Voir l'article Les Objets de parfums que l'on porte sur soi au XVIII e siècle.
Depuis le mois de juin de cette année, deux nouvelles salles sont à découvrir au musée du Cinquantenaire à Bruxelles. L'une est consacrée à la verrerie ancienne  et l'autre aux preciosa  selon le terme employé par le musée. En France on utilise l'expression 'objets de vitrine' pour désigner ces carnets de bal, boîtes à priser, drageoirs, boîtes à mouches, flacons à sels, vinaigrettes, nécessaires divers, éventails, portraits miniatures, bijoux précieux ou sentimentaux, petites horloges et montres, lunettes et autres instruments d’optique ... de cette nouvelle collection. Celle consacrée à la « verrerie » constitue d'après le musée : « un des ensembles les plus importants dans le monde. Elle est non seulement vaste, mais elle est également une collection de référence, beaucoup de pièces ayant intégré le musée avant l’émergence des styles néo. Cela est notamment vrai pour les verres à la façon de Venise, réalisés aux XVIe et XVIIe siècles à Anvers, Liège et Bruxelles en utilisant des techniques et des modèles vénitiens.  » « Outre les verres vénitiens ou à la façon de Venise, d’autres techniques sont largement présentées : verre de forêt, verres gravés à la pointe de diamant, à la roue ou au pointillé, verre taillé, etc. Le tout raconte une histoire européenne, avec des centres de production et de décoration situés à Venise, dans les Pays-Bas méridionaux, dans les régions allemandes, en Bohème, en Angleterre, aux Pays-Bas et en France. »
verre1-2Photographie ci-dessus avec détail : « Orphée et Eurydice dans le Jardin des Muses. Cristal de Bohême gravé à la roue. Silésie, 1er quart du XVIIIe siècle. Inv. V 494. » ©  musée du Cinquantenaire de Bruxelles.
verre1-3Photographie ci-dessus avec détail : « Les trois Grâces dansant. Cristal anglais: Newcastle, gravé au pointillé en Hollande: David WOLFF (Bois-le-Duc 1732-La Haye 1798), dernier quart du XVIIIe siècle. Inv. VE 144. » ©  musée du Cinquantenaire de Bruxelles.
Photographie ci-dessous : « Calice à serpents. Verre à la façon de Venise. Liège ou Bruxelles, XVIIe siècle. Inv. 255. » ©  musée du Cinquantenaire de Bruxelles.

4300© Article LM

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Au lit au Moyen Âge

dame recevant ds sa chambredetail442Photographies dame recevant ds sa chambredetail3001 et 2 : 'Dame recevant depuis sa chambre'. Illustration de Histoire de Renaut de Montauban, Flandre, XVe s. Paris, © Bibliothèque de l'Arsenal, manuscrit n° 5072 Res., folio 202 verso.
Jusqu'au XVIIIe siècle le lit est un lieu de 'sociabilité' important. Durant l'Antiquité on y dort, se repose, banquette, mange, boit, discute … D'importants dialogues de Platon se font sur des lits. On continue de recevoir couché jusqu'au XVIIe siècle. J'en parle dans mon article sur Les Précieuses et les femmes de lettres. La ruelle, c'est à dire la petit rue qui longe le lit, est un lieu d'apprentissage du dialogue antique que la philosophie courtoise poursuit. C'est là que les fondements du 'savoir vivre' sont initiés. De la ruelle on passe au XVIIIe siècle à la table de toilette et de celle-ci au monde … au 'grand monde' comme on le dit entre autres au XIXe. Entre l'Antiquité et le siècle des Lumières il y a le Moyen âge où le lit occupe une place tout aussi importante. La première photographie semble accréditer le fait que les dames reçoivent dans leur chambre : dans la ruelle, bien avant le XVIIe siècle. Du reste le lit (en particulier le lit de jour) se prête tout à fait à cela. Il s'agit d'une pratique issue de l'Antiquité qui n'est pas propre à l'Occident mais aussi à l'Extrême Orient (voir les représentations du Bouddha Shakyamuni couché). Dans la photographie suivante c'est le roi qui réceptionne dans sa ruelle dans un lit qui est sans doute un meuble d'apparat et l'ancêtre du 'lit de jour'.
lit charlesVI300Photographie 3 : Illustration de Dialogues de Pierre Salmon et Charles VI. France, début du XVe s. Paris, © BnF, manuscrit français n° 23279, folio 19. Ici le roi Charles VI reçoit couché. A noter les poulaines (chaussures à bouts pointus) de celui-ci (les protagonistes de la première photographie en portent aussi mais un peu moins longues et pas décorées comme ici), son habit noir brodé aux fils d'or de textes et figures, ainsi que les chapeaux 'en turban' qui sont à la mode à cette époque.
L'exposition Au lit au Moyen Âge, qui se déroule jusqu'au13 novembre 2011 à Paris dans la Tour médiévale de Jean sans Peur, nous offre à l'aide d'un parcours photographique quelques informations sur sa fonction. On peut ainsi y lire : « Au XVe siècle, les grands procès sont jugés par le roi dans un lit de justice, espace surélevé à l’intérieur d’une clôture. Son trône est surmonté d’un dais et entouré de tentures, à l’image d’un lit, d’où le terme de lit de justice. C’est également allongés sur un lit que les grands donnent audience à leurs proches et alliés, astreints à demeurer debout. Paradoxalement, être couché est le signe d’un statut supérieur. Dans la chambre de parement, pièce destinée aux fonctions officielles, un lit d’apparat est dressé. Ce meuble de prestige est exposé aux yeux des visiteurs, sans qu’il en soit fait usage. Dans les cours royales et princières, il est de dimensions extravagantes, comme en témoigne la description d’une couverture de fourrure appartenant au roi Charles V (1364-1380) et dépassant les 38 m2 ! » Souvent on naît et on meurt dans le même lit. « Les défunts sont inhumés cousus dans leur linceul, à savoir le drap de leur lit, puis couchés dans la terre jusqu’à la consommation des temps. Le christianisme médiéval veut que les chrétiens soient enterrés ApparitionDameNature300acouchés sur le dos, face tournée vers le ciel. L’assimilation entre le sommeil et la mort est profonde : la tête du défunt est posée sur un oreiller.  » Le lit est donc un lieu de passage à la vie, à la mort, au rêve, au réveil, à l'autre. C'est un endroit particulièrement propice à la féérie, au plaisir, à la convalescence et au repos, ainsi qu'un endroit protecteur dans lequel on est au chaud ...  C'est donc tout un monde.
Photographie 4 : 'Un beau rêve : Dame Nature et ses oiseaux'. Livre des échecs amoureux, France, fin du XVe siècle, Paris, © BnF, manuscrit français n° 9197, folio 13. Voici ce que dit la Bibliothèque nationale de France au sujet de cet ouvrage : « Composé en prose par Évrart de Conty vers 1400, le Livre des échecs amoureux se présente comme le commentaire d'un poème allégorique inspiré du Roman de la Rose. Utilisant la symbolique des dieux antiques et du jeu d'échecs, Évrart de Conty relate le parcours initiatique d'un jeune prince, "l'Acteur", et traite ainsi "des mœurs et du gouvernement de la vie humaine". Au terme de sa quête, l'Acteur rencontre une jeune demoiselle avec laquelle il prend place autour de l'échiquier symbolique. À chacun des partenaires sont attribuées des pièces représentant autant de qualités ou de comportements relatifs à l'amour courtois. Chef-d'œuvre de l'enluminure flamande du XVe siècle, ce manuscrit comprend vingt-quatre peintures, œuvre du Maître d'Antoine Rollin. » Douze sont visibles ici et les autres ici.
Quelques lits : grecs 1, 2 et 3 ;  d'amour charnel durant l'antiquité ; au XVe siècle 1, 2, 3 (à noter la coiffure) et 4 ; de naissance ; d'une chambre de Louis XIV ; d'une chambre ou d'un boudoir du XVIIIe siècle ; de plaisir au XVIIIe siècle ; à l'antique en 1800 ; du XIXe siècle. Pour les différents modèles de lits voir proantic.com.
Photographie 5 : 'Un lit de parade géant'. Vie et miracles de monseigneur Saint Louis, France,  1480, Paris, BnF, ms. français 2829, folio 3 représentant l’auteur remettant son ouvrage au cardinal de Bourbon.

lit apparat300© Article LM

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Inspirations gothiques, baroques et rococos.

VivienneWestwoodRobedetaild300Comme VivienneWestwoodRobedetailcje l'ai écrit dans les articles Les modes gothiques et le style troubadour du XIXe siècle et Le baroque et le rococo : les styles et les personnes, on utilise depuis plusieurs siècles les termes de 'gothique', 'baroque' et 'rococo' pour désigner des modes ou des personnes suivant des tendances passées voire totalement désuètes. Pourtant selon Rose Bertin (1747-1813) la fameuse modiste de Marie-Antoinette : « Il n'y a de nouveau que ce qui est oublié ». Le titre de cet article est donc un clin-d'oeil amusé qui rend hommage à certains aspects de la mode et ses bons de chamois virevoltant de-ci-de-là, en avant ou en arrière (mais tout de même toujours en avant), que l'exposition Le XVIIIe au goût du jour nous donne à goûter.
Photographies 1 et 2 : Robe longue imprimée de chérubins de Vivienne Westwood. Prêt-à-porter printemps-été 1991. Collections Galliera. © EPV / J-M Manaï, C Milet.
Photographie 3 : © Photographie LM prise pendant la conférence de presse.
Il est rare que je fasse plusieurs articles sur une exposition. Pourtant celui-ci est le troisième sur
celle intitulée Le XVIIIe au goût du jour qui se déroule jusqu'au 9 octobre 2011 au Grand Trianon du château de Versailles. Le premier article est visible ici : Le XVIIIe au goût du jour  ; et le second ici : Le bon goût à nouveau de mode ?
C'est grâce à Brigitte Campagne d'Ancienne Mode que l'information de la préparation de cette exposition est arrivée jusqu'à moi. Son intérêt principal est qu'elle éduque le goût à un savoir-faire présent dans la mode du XVIIIe siècle toujours guerlin detailconservé aujourd'hui dans quelques mains et ateliers comme l'explique dans une des deux vidéos ci-dessous Olivier Saillard le directeur du musée de la Mode et du Textile de Paris  qui y  présente l'exposition. Dans la troisième vidéo (la première), Vivienne Westwood, à l'origine avec Malcolm McLaren et tous les autres des mouvements punk et pirate, explique comment elle a puisé une partie de son inspiration dans l'époque des merveilleuses et des incroyables. Sa robe présentée dans l'exposition (photographies 1 et 2) est du reste dans un goût XVIIIe intégré : faite dans un tissu délicat et un imprimé mettant en scène la nature et l'amour (avec des nuages qui vus de près sont constitués d'amoncellements d'angelots), dans un camaïeu cramoisi, tout cela rappelant certains motifs de tissus du XVIIIe siècle, avec un air de déshabillé et de robe de chambre très à la mode alors. Rappelons en aparté que des mouvements comme le punk, la new-wave, le gothique, la techno-industrielle ou le grunge sont, avant d'être provocateurs, le reflet d'une société parfaitement cynique où l'on appuie que les solutions d'avenir sont le nucléaire, les ondes électromagnétiques (téléphone portable, wifi ...), le rsa, les petits arrangements avec des dictatures comme la  République populaire de Chine etc etc etc. Il reste dans ce XXI e siècle à voir au-delà, en s'inspirant entre autres de ce qu'il y a de meilleur dans le passé pour créer quelque chose de mieux pour le futur ! 

Vivienne Westwood parle du XVIIIème

Visite guidée de l'exposition "Le XVIIIème au goût du jour" par Olivier Saillard

Mannequinage des robes de l'exposition "Le XVIIIe au goût du jour"

Photographie : Pour conclure voici une gravure que j'ai déjà présentée à plusieurs reprises dans ce blog mais qui illustre très bien l'intervention de Vivienne Westwood. Il s'agit d'une estampe d'époque 1798, « dessinée d’après nature sur le Boulevard des Capucines » provenant du Journal des Dames et des Modes : une revue parisienne de mode célèbre à partir de 1797. La jeune fille a une coiffure dite textuellement « en porc-épic » qui rappelle la mode punk.

chevelureenporcepic1798300lm© Article LM

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Le château royal de Fontainebleau parle à l’âme et au coeur de notre histoire et de notre patrimoine.

LouiseMariedeFrance300Photographie : Représentation de Louise-Marie de France (1737-1787) plus jeune fille de la reine Marie Leszczyńska et du roi Louis XV.
Les premières traces d'un château à Fontainebleau remonteraient au moins au XIIe siècle. Depuis de nombreux aménagements ont été pratiqués. Cet édifice comprend des éléments de styles médiévaux, mais surtout Renaissance et classiques, avec les derniers travaux effectués au XIXe siècle. Comme l'explique Wikipedia : « Il témoigne de la rencontre entre l'art italien et la tradition française exprimée tant dans son architecture que dans ses décors intérieurs. Cette spécificité s'explique par la volonté de François 1er de créer à Fontainebleau une « nouvelle Rome », dans laquelle les artistes italiens viennent exprimer leur talent et influencer l'art français. C'est ainsi que naquit l'École de Fontainebleau, qui représenta la période la plus riche de l'art renaissant en France, et inspira la peinture française jusqu'au milieu du XVIIe siècle, voire au-delà. Napoléon Ier surnomma ainsi le château la « maison des siècles », évoquant par là les souvenirs historiques dont les lieux sont le témoignage. » Une exposition intitulée Parler à l'âme et au coeur y a donc toute sa place. Celle-ci se déroule en ce moment et jusqu'au 19 septembre 2011. Elle atteste du goût pour la peinture de  Marie Catherine Sophie Félicité Leszczyńska (1703-1768), épouse de Louis XV et reine de France de 1725 à 1768. De nombreux éléments du décor des grands et des petits appartements du château sont là pour le confirmer. Avec cela sont présentées des œuvres peintes par Oudry, Nattier, les Coypel, Vien ou Pierre, et d'autres exécutées par la reine elle-même. C’est toute une atmosphère qui est ainsi restituée le temps de cette exposition. À cette occasion est présenté pour la première fois au public le « cabinet des Chinois », livré pour Versailles, dont les sept peintures à sujet exotique sont le résultat d'un véritable travail de collaboration entre Marie Leszczyńska et les peintres du cabinet du roi.

Et si cette exposition nous transporte dans le XVIIIe siècle, se promener dans le château de Fontainebleau c'est aussi se baigner dans le XVIe de la Renaissance française, du Maniérisme et de l'École de Fontainebleau avec ses douces et pénétrantes couleurs qui rappellent celles des oeuvres d'art antiques et de magnifiques représentations de femmes aux silhouettes 'longues' et gracieuses telles les sculptures autour de la peinture intitulée 'Alexandre domptant Bucéphale' par Le Primatice (1504-1570). Et comme la toilette est un thème récurent de ce blog, voici quelques iconographies de l'École de Fontainebleau sur ce tème : Vénus à sa toilette ; Femmes au bain ; Gabrielle d'Estrées au bain ; Gabrielle d'Estrées et une de ses soeurs ; Dame à sa toilette ; Allégorie, dite Allégorie de l'Eau ou Allégorie de l'Amour ; Dames au bain ; Hyante et Climène à leur toilette.

© Article LM

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Enluminures et coiffes du XVe siècle et de la Renaissance

3enluminures300Photographie 1 : Trois peintures en pleine page de l'exposition Enluminures du Moyen Age et de la Renaissance qui se déroule jusqu'au 10 octobre au musée du Louvre à Paris, avec de gauche à droite :
- « Arbre de consanguinité » par Guillaume Vrelant. Page provenant d'un manuscrit du XVe siècle des Pays-Bas – Bruges et conservée au département des Arts graphiques du musée du Louvre, RF 1698. © 2006 musée du Louvre / Martine Beck-Coppola.
8 Fouquet Ste Marguerite MI1093 300- Peinture du Maître du livre d’Heures de Dresde des mêmes : siècle, provenance et lieu de conservation sous l'inventaire INV 20694 bis. © idem.
- « Bethsabée au bain » par  Jean Pichore. Iconographie issue d'un manuscrit français du XVIe siècle conservé au département des Arts graphiques du musée du Louvre, RF 4243. © 2004 musée du Louvre / Martine Beck-Coppola. La photographie ci-dessous à droite est un détail de cette peinture.
Photographie de gauche : Peinture pleine page  (de la même exposition) de Jean Fouquet (vers 1415 – vers 1480), représentant Saint Martin, conservée au département des Arts graphiques du musée du Louvre sous la référence MI 1093. © RMN / Thierry Le Mage. Ce saint chrétien est particulièrement populaire en France notamment parce qu'il est à l'origine des premiers monastères en Gaule. Un épisode largement représenté dans l'iconographie médiévale est celui où, encore soldat romain, il offre la moitié de son manteau à un pauvre. D'après Wikipedia : « La cape de saint Martin de Tours, qui fut envoyée comme relique à la chapelle palatine de Charlemagne d'Aix-la-chapelle, est aussi à l'origine du mot chapelle, c'est-à-dire l'endroit où l'on gardait la cape du saint qui était emportée lors des batailles et portée en bannière. » La peinture de Jean Fouquet semble situer son action lorsque saint Martin est encore soldat, avant ou après le partage de sa pelisse (cape). Il est amusant de constater qu'il s'apprête à passer au milieu de moutons et de fileuses : tout cela nous rapprochant beaucoup de la mode … ou du moins de l'importance protectrice de l'habit.
17 Pichore RF 4243dameselavant 300Ayant fréquenté lors de mes études la section des manuscrits de la bibliothèque nationale de France, rue de Richelieu à Paris, je sais les trésors de miniatures que recèlent certains livres médiévaux, avec un patrimoine en latin et en ancien français d'une incroyable finesse : mille ans d'une évolution mise entre parenthèses par le classicisme et pourtant d'une richesse incommensurable … une véritable corne d'abondance qui attend dans des bibliothèques et réserves d'être divulguée, notamment sur internet. Bien sûr le Moyen-âge est une période difficile d'approche pour diverses raisons : la longueur de la période (Ve - XVe siècles) ; la nécessaire connaissance du latin, de l'ancien français, des écritures employées comme la calligraphie gothique, des histoires générales et particulières d'une France qui se construit avec une multitude de particularités régionales ; une esthétique très éloignée de la figuration classique, de la perspective réaliste du XXe siècle et de l'abstrait ;  le peu d'intérêt qu'il suscite à l'époque moderne depuis le XVIe siècle etc.
Non seulement ces manuscrits peuvent receler des textes très rares mais aussi des peintures avec de véritables chefs-d'œuvre. Certains livres contiennent de nombreuses merveilles iconographiques  toutes uniques. Si celles-ci ont beaucoup plus de valeur dans l'ouvrage même pour lequel elles sont conçues, certaines nous sont parvenues en dehors de celui-ci. Si une telle pratique est fâcheuse, il n'en reste pas moins que ces pages nous sont aujourd'hui ainsi transmises et restent des trésors. Le Louvre possède un fonds de telles enluminures. Henri Loyrette, président-directeur du musée du Louvre, nous explique que ce fonds réunit « un bel ensemble de peintures de livres, qui, suivant une pratique aussi ancienne que regrettable, ont été découpées dans des manuscrits souvent luxueux ou prestigieux quand la fonction liturgique, littéraire ou scientifique des ouvrages où elles se trouvaient apparaissait secondaire en regard de la valeur artistique de leur illustration. La conscience esthétique, de plus en plus forte à partir du XVIIIe siècle, a ici joué contre l’intégrité des livres. Le vandalisme ordinaire et les appétits du marché ont fait le reste. Dans un mouvement inverse, cette conscience a animé la volonté des coiffuresdames300amateurs et des collectionneurs de préserver les feuillets épars des manuscrits dépecés ou découpés et nous devons à ceux-ci de posséder encore aujourd’hui des pièces incomparables de l’enluminure européenne : les miniatures peintes par le Maître du Parement pour les Très Belles Heures de Jean de Berry, les grandes pages peintes par Fouquet pour une Histoire ancienne, un feuillet des Heures noires de Charles le Téméraire et les deux pleines pages de Giulio Clovio comptent parmi ces œuvres inestimables.  »
La publication du catalogue raisonné de cet ensemble offre l’occasion d’en découvrir  pour la première fois les raffinements dans l'exposition Enluminures du Moyen Age et de la Renaissance qui se déroule jusqu'au 10 octobre au musée du Louvre avec près de « soixante-dix enluminures italiennes, françaises, flamandes et germaniques, provenant de manuscrits historiques, littéraires ou liturgiques où dominent les chefs-d’œuvre de Jean Fouquet, Lorenzo Monaco, Guillaume Vrelant, Simon Bening et Giulio Clovio. Une vision précieuse sans égale, née de la rencontre du livre et de la peinture du XIe au XVIe siècle. »
Je profite de cette exposition, à travers des exemples présentés dans celle-ci, pour reprendre un thème qui m'est cher : celui de la mode, en particulier au Moyen-âge, période dont la finesse des parures, langages et moeurs est sans commune mesure avec aujourd'hui.
Photographies de gauche et ci-dessous : Détails des trois peintures de la photographie précédente avec d'abord des coiffes de femmes puis d'hommes, aux XVe et XVIe siècles.
Les coiffes de femmes représentées sont du XVIe siècle pour les deux premières et du XVe pour toutes les autres avec les chapeaux à la mode durant ce siècle : hennin, coiffes à cornes et en turbans.

Voici d'autres modèles de : hennins (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 et détail), coiffes à cornes (1 et 2), coiffure à nattes (1), coiffures en cheveux (1 et 2), diadème (1), autres coiffures (1 et 2).

L'exposition Fashion in the Middle Ages ('Des modes du Moyen-âge') du The J. Paul Getty Museum  de Los Angeles aux Etats-Unis présente jusqu'au 14 août plusieurs iconographies du XVe siècle avec des exemples de ces coiffes comme ici ou ici.
Les détails ci-dessous sont tous de la même peinture du XVe siècle et révèlent un aspect de la richesse des formes de chapeaux pour hommes alors.

coiffureshommes500© Article LM

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Chefs-d'oeuvre représentant Marie au Puy-en-Velay

TitienMarie500Photographies 1 et 2 : La Vierge au lapin de Titien (1490-1576) du musée du Louvre, inv. 743. © 2007 Musée du Louvre / Angèle Dequier.
Photographie 3 : Vierge de l'Annonciation, de la fin du Ve siècle, provenant d'Egypte (art Copte) et conservée à Paris au musée du Louvre. © 2009 Musée du Louvre / Georges Poncet.
Jusqu'au 3 octobre l'Hôtel-Dieu du Puy-en-Velay accueille l'exposition : Regards sur Marie, où sont présentés des chefs-d'oeuvre  représentant la mère du Christ. 26 œuvres d'art du Louvre y dialoguent avec d'autres prêts d'institutions françaises ou d'églises de la Haute-Loire parfois méconnus ou peu visibles. Des chefs-d'oeuvre de Rembrandt, Titien, de La Tour, Ingres etc. sont ainsi rassemblés dans cette ville qui abrite une des plus fameuses Vierge noire de France.   ViergeAnnonciation300

© Article LM

 

 
 

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Iconographies bucoliques dans la toile de Jouy

habits 522D'après Wikipédia l’impression PartiesdeCampagne-prolongation.jpgsur du textile « daterait du IIe millénaire av. J.-C. et serait originaire des Indes. » A l'époque de la Compagnie des Indes (à partir de la fin du XVe siècle), les tissus sont un des articles importés. Ce commerce est interdit en France en 1686 afin de favoriser les productions locales, en particulier les soieries lyonnaises. On appelle aussi « indiennes » les tissus confectionnés en Europe entre le XVIIe siècle et le XIXe qui sont des 'imitations' des étoffes importées en particulier d'Inde. La manufacture de Jouy-en-Josas en fabrique de réputées. Elle est fondée en 1760 par Christophe-Philippe Oberkampf et donne le nom de « toile de Jouy » à un certain type de tissu imprimé fabriqué à cette époque (jusqu'à aujourd'hui) dans plusieurs endroits.
Le musée de la Toile de Jouy (www.museedelatoiledejouy.fr), situé dans le Château de l’Eglantine à Jouy-en-Josas en région parisienne (Yvelines), possède bien évidemment une collection d'indiennes et d'objets liés à la mode d'autrefois. Il y a quelques années de cela, une belle exposition y présentait un don d'une collection liée à la mode et à la toilette féminine au XVIIIe siècle. Jusqu'au 3 janvier 2012 le musée propose une exhibition consacrée à la représentation de la campagne et des jardins dans les toiles anciennes imprimées à Jouy-en-Josas et dans d’autres grandes manufactures françaises. Elle s'intitule Parties de Campagne : Jardins et champs dans la toile imprimée des XVIIIe et XIXe siècles.
Photographies : Affiche de l'exposition et vêtements anciens en toile de Jouy.

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Du corset à la crinoline : Les lignes caricaturales d'un corps social du XIXe siècle qui se dessine.

Photographie 1 : cat88-300« Honoré Daumier, Plus que ça d’ballon... excusez !..., planche 199 de l'album Actualités, publiée dans Le Charivari le 13 juin 1855, lithographie, 24,9 x 20,5 cm […] t.22 […]. © Bibliothèque Nationale de France. »
Le XIXe siècle est marqué par la Révolution qui le précède et les nouvelles idées qu'elle a engendrées. Le retour à l'ancien régime (royauté et empire) redonne aux femmes le corset et les volumes avec la crinoline, mais rigidifie une silhouette manufacturée par une industrialisation galopante. Ce corps social qui goûte à de nouvelles promesses tout en s'enfermant dans d'anciens et nouveaux carcans est une proie facile pour la caricature et les artistes. Ce siècle est celui d'un Paris tout à la fois bourgeois, aristocratique, bohème, révolutionnaire et ouvert sur le monde, qui se termine dans l'établissement d'une République qui perdure jusqu'à aujourd'hui. Cette époque transitoire est du pain béni pour les caricaturistes qui aiment à croquer les petites et les grandes histoires. L'oeuvre de trois d'entre eux est l'objet de l’exposition Pour Rire ! Daumier, Gavarni, Rops. L’invention de la silhouette qui se cat12-300déroule actuellement et jusqu'au 18 septembre 2011 au musée d’art et d’histoire Louis-Senlecq (Val d’Oise) en collaboration avec le musée provincial Félicien Rops de Namur (Belgique) et l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Cette exposition compare plus d’une centaine de dessins, de lithographies et de peintures de ces caricaturistes de talent. Les trois savent retranscrire la voix individuelle dans le choeur social avec souvent un humour d'observation particulièrement savoureux. 
Sulpice-Guillaume Chevalier, dit Paul Gavarni (1804-1866) est une source importante pour qui s'intéresse à la mode. Il dessine pour de très nombreuses revues illustrées parisiennes de son époque et notamment pour certaines consacrées au bon ton. Il collabore avec Balzac, un autre témoin dandy de son temps. Il donne le nom de 'lorettes' aux jeunes femmes qu'il dessine et qui sont  issues de l'exode rural occupant un nouveau quartier de la capitale construit autour de l'église Notre Dame de Lorette. C'est le sujet de séries de caricatures parmi d'autres comme 'La Vie de jeune homme', le carnaval ('Les Débardeurs'), 'Les Partageuses', 'Les Anglais chez eux, 'Les Parisiens', 'Les Fashionable',  etc. Il cat89-300dessine pour les volumes de Les Français peints par eux-mêmes qui comme plusieurs autres livres illustrés qui sortent par la suite, tels La Comédie de notre temps de Bertall ou Physiologies parisiennes d'Albert Millaud, sont remplis de ces personnages qui suivent et créent le goût du jour depuis les artistes jusqu'au grand-monde en passant par  les demi-mondaines, les lions,  les gommeux et les crevettes de toutes sortes. Les caricaturistes qui peignent ainsi le monde qui les entoure sont nombreux : Cham, Gustave Doré, Daumier, Rops … Certains sont connus, d'autres à découvrir. L'explosion du nombre de revues, journaux, livres ... et les nouvelles facilités d'impression qui permettent d'inclure plus aisément des illustration et de publier en grandes quantités donnent du travail aux dessinateurs et écrivains reconnus ou de la bohème artistique du XIXe siècle.
Photographie 2 : « Honoré Daumier, C’est unique! j’ai pris quatre tailles,  juste comme celles là dans ma vie, planche 27 de l'album Emotions Parisiennes, publiée dans Le Charivari le 07 février 1840, lithographie, 18,7 x 24,4 cm, […]  t. IV. © Bibliothèque Nationale de France. »

Photographie 3 : « Félicien Rops, Crinolines, planche parue dans Uylens spiegel n°38 le 19 octobre 1856, lithographie, 24,3 x 18,3 cm. G33.1. © Musée Félicien Rops, Province de Namur. »

© Article LMsilhouettes300

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Au corps de l'oeuvre d'Ingres

IngresPortrait300Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) a légué à Montauban, sa ville natale, un corpus de centaines de ses dessins que le musée de cette ville complète d'autres acquisitions, conserve et étudie … recherches qui permettent non seulement d'avoir connaissance des techniques employées par l'artiste mais aussi d'appréhender la conservation d'un papier qui se transforme beaucoup dans la première moitié du XIXe siècle, se fragilisant du fait des nouveaux procédés de fabrication utilisés pour une diffusion à plus grande échelle et à moindre coût. L'exposition Ingres / Secrets de dessins, qui se déroule jusqu'au 6 novembre au musée Ingres de Montauban (voir la vidéo ici), témoigne du type de recherches que l'on peut faire afin de mieux connaître l'oeuvre d'un artiste ; et offre des clés utiles d'expertise pour les collectionneurs et les professionnels tout en éduquant les néophytes. Et puis cette exposition nous rappelle qu'Ingres est un témoin important de la vie de son époque comme le montre cette série de portraits d'hommes : un inconnu (vers 1797) - Jean-François Gilibert (vers 1804/05) - François-Marius Granet (en 1807) - Edme Bochet - Jean-Pierre Cortot (sculpteur) ; et de portraits de femmes : les deux soeurs Harvey (vers 1804) - Mademoiselle Caroline Rivière - Marie-Louise Bénard (en 1819) -  Louise de Broglie (contesse d'Haussonvilleen, en 1845) - princesse de Broglie (vers 1851-1853). 
Photographie 1 : Portrait de Madeleine Chapelle : la première femme de l'artiste. Celle-ci est habillée à la mode de vers 1813 : la capote a une haute calotte alors que la visière se rétrécit par rapport à précédemment (voir à ce sujet l'article intitulé La petite maîtresse invisible) ; la robe garde la forme de la tunique 'à l'antique' avec une taille très haute (en dessous des seins), mais la poitrine est entièrement couverte, et une fraise autour du cou rigidifie un peu plus la silhouette plus libre avant (poitrine et cou découverts) ; mais le corset n'est toujours pas de rigueur. Le papier utilisé pour ce dessin paraît assez moderne pour l'époque. Il ne semble pas être vergé et sa qualité assez médiocre comme le prouvent les nombreuses taches dont les origines peuvent être multiples : comme le contact avec un verre ou un carton de mauvaise qualité, mais qui sont souvent dues en particulier à la qualité du papier employé. Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle le papier est fabriqué à partir de chiffons. IngresfiligraneIl est dit 'vergé' car laissant apercevoir en transparence les lignes formées au contact des vergeures (horizontales) et des chaînettes (verticales) qui composent le tamis avec lequel est fabriqué le papier. Puis de nouvelles techniques apparaissent qui vont beaucoup évoluer au XIXe siècle. Non seulement la matière du papier change avec l'utilisation de fibres végétales comme le bois et de nouvelles colles mais aussi sa fabrication à partir de machines de plus en plus sophistiquées. © Photographie Musée Ingres de Montauban.
Photographie 2 : Image en transparence d'un papier chiffon utilisé par l'artiste, avec les caractéristiques du papier vergé que j'ai évoquées dans la description de la première photographie, et le filigrane. Les filigranes sont rendus obligatoires en France dès la fin du XIVe siècle et au début du XVe. Le papetier forme avec du fil de laiton sur le tamis le dessin de sa 'maison'. La feuille produite (dont la grandeur fait généralement un double in-folio) est ensuite découpée selon les usages. Le papier d'une gravure ne contient donc pas obligatoirement de filigrane. Chaque papeterie ayant sa 'marque' qui évolue avec le temps : le filigrane devient un élément important de datation d'un papier et par là d'un dessin ou d'une gravure. Mis en juxtaposition avec toutes les autres données il peut permettre une expertise précise. © Photographie Musée Ingres de Montauban.

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Madame Grès : un idéal féminin sculpté au corps par le drapé et la délicatesse des plis.

robeGres300Photographie d'une robe de Madame Grès. © Musée Galliera.
Le musée de la Mode (musée Galliera) possède un fonds riche de 90 000 pièces qu'il conserve et expose. La charmante équipe qui le constitue propose en ce moment deux évènements particulièrement intéressants dans leur mise en scène. L'un se déroule au Grand-Trianon de Versailles. Deux articles de mon blog lui sont consacrés : Le XVIIIe au goût du jour  et Le bon goût à nouveau de mode ? La seconde exposition a lieu jusqu'au 28 août 2011 au musée Bourdelle à Paris et s'intitule : Madame Grès, la couture à l'oeuvre au musée Bourdelle. Des vêtements, des dessins et des photographies présentent l'oeuvre de la créatrice parisienne de haute couture Madame Grès (1903 - 1993) au milieu de sculptures d'Antoine Bourdelle (1861 – 1929). Les robes de cette artiste incarnent un idéal féminin et rappellent le classicisme des tuniques des femmes grecques et romaines, où la beauté s'exhibe avec pudeur et féminité dans la délicatesse des tissus et la justesse des plis qui soulignent le corps et son mouvement dans une séduction à chaque instant renouvelée.

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Madame Grès - La couture à l'œuvre par paris_musees

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Le salon de Madame Geoffrin

AfficheExpoMmeGeoffrin300Jusqu'au 24 juillet 2011, la maison de Chateaubriand de  Châtenay-Malabry  accueille une exposition intitulée  Madame Geoffrin, une femme d'affaires et d'esprit.
Mme Marie-Thérèse Rodet Geoffrin (1699 – 1777)  est connue pour le salon qu'elle tient dans son hôtel particulier de la rue Saint-Honoré, où elle accueille dans le second tiers du XVIIIe siècle de nombreuses personnalités en particulier des Lumières. Cette exposition présente plus de 400 oeuvres baignant le visiteur dans cette atmosphère à la pointe de la modernité d'une époque avec en particulier : « un portrait inédit de madame Geoffrin peint par Allais (1747), un portrait inédit de madame de Rambouillet (1646) attribué à Philippe de Champaigne, une pendule ayant appartenu à Diderot, un somptueux service en porcelaine de Vienne offert par l’impératrice Marie-Thérèse à madame Geoffrin, des lettres échangées avec le roi de Pologne, Catherine II, Marie-Thérèse..., des tableaux provenant de ses collections, des œuvres dont madame Geoffrin aimait s’entourer, des tableaux de François Boucher, Claude-Nicolas Cochin, Joseph Vernet, Carle Van Loo, aujourd’hui conservés essentiellement en collections privées ... » … que du beau monde !!
A cette époque madame Geoffrin occupe le devant de la scène des salons qui contribuent à répandre  la philosophie des Lumières. Elle s'inscrit parmi les grands protecteurs des arts et des sciences  dont les sociétés se donnent en dehors de la Cour et dont je parle dans mon article intitulé Les précieuses et les femmes de lettres.  « Aidée dans son entreprise par une fortune confortable que lui procurent ses actions à la Manufacture royale des Glaces, elle crée un cercle qui séduit tous les beaux esprits du temps et connaît un succès au-delà de ses espérances. Au fil des presque quarante années de son existence, ce salon est devenu une véritable institution du XVIIIe siècle européen.
AfficheExpoMmeGeoffrindetail300Madame Geoffrin y recevait le roi de Pologne Stanislas-Auguste Poniatowski, Diderot, Helvétius, Marivaux, Fontenelle, Voltaire, l’abbé Guillaume Thomas François Raynal (auteur d’une Histoire philosophique des Indes), Jean-Charles Philibert Trudaine de Montigny, le baron d’Holbach, Montesquieu, Sébastien Roch Nicolas Chamfort, Jean-François de La Harpe, Jeanne-Antoinette Poisson, comtesse d’Étioles puis marquise de Pompadour et maîtresse de Louis XV, Bernard-Joseph Saurin et Claude-Henri Watelet, Jean le Rond d’Alembert, Anne Léon de Montmorency-Fosseux, David Hume, Edward Gibbon et Horace Walpole... Correspondant avec Catherine II, l’impératrice Marie-Thérèse et plus encore avec Stanislas-Auguste Poniatowski, élu roi de Pologne en 1764, elle fait en 1766 un voyage à Varsovie qui lui octroie une renommée européenne. Elle est reçue à l’étranger comme une tête couronnée. À Vienne, elle accepte d’être l’ambassadrice de l’impératrice afin de promouvoir en France la renommée de celle que l’on destine au Dauphin, Marie-Antoinette. En remerciement, elle reçoit un somptueux service en porcelaine de Vienne, qui sera présenté pour la première fois au public ainsi que le grand surtout de glace commandé par madame Geoffrin afin de pouvoir présenter cette précieuse vaisselle dignement sur sa table. À lui seul, la présence dans l’exposition de ce service d’origine impériale constitue un véritable événement. »
Photographies : Affiche de l'exposition.

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Le bon goût à nouveau de mode ?

grandtrianon650Photographie ci-dessus : Cour d'honneur du Grand Trianon de Versailles construit par l'architecte Jules Hardouin-Mansart. Photographie LM.
robealafrancaise-copie-1Photographies suivantes d'après © EPV / J-M Manaï, C Milet, de vêtements de l'exposition appartenant aux collections Galliera avec :
1- Dos d'une robe à la française de vers 1750-1760. « Cannetillé de soie broché polychrome, lames or et argent. »
2 - Habit de vers 1750-1760. : « Taffetas changeant, broderies au point de chaînette, fils de soie dégradé de bleus, décor brodé à disposition. »
3 - Dos de caraco et jupe de vers 1785.  « Gros de Tours en soie rayé bordé d’un ruban. »
4 - Caraco et jupe de vers 1780 – 1785.  « Taffetas de soie matelassé. »
Le château de Versailles présente dès aujourd'hui et jusqu'au 9 octobre 2011 une exposition intitulée Le XVIIIe au goût du jour. Celle-ci occupe presque entièrement le Grand Trianon. Dans ses appartements sont présentés des vêtements et quelques objets de mode du siècle des Lumières et des créations s'inspirant de ce style depuis le XIXe jusqu'à aujourd'hui, tout cela dans un bijou architectural du XVIIe décoré de vraiment splendides peintures du temps de Louis XIV et de meubles d'époque Empire.
habit-copie-1Le goût est un élément important de la mode française … et en particulier le « bon goût » qui s'accorde très bien avec la nouveauté et la création dans ce mouvement des apparences et du changement.
Vers 1715 la robe volante ou 'battante' fait scandale lit-on sur le site des Arts décoratifs de Paris : « en raison de son inspiration issue des tenues d’intérieurs portées dans l’intimité comme la robe de chambre ». La 'robe à la française' lui succède. A cette époque et pendant tout ce siècle le vêtement masculin est principalement celui de 'l’habit à la française' composé de l’habit, du gilet et de la culotte. Evidemment il change en fonction des modes.
Dans le dernier tiers du XVIIIe « les formes se diversifient très rapidement et l’on voit apparaître la robe à la polonaise, à la circassienne, à la turque, à la levantine… toutes influencées par un exotisme plus ou moins lointain. Mais l’une des modes les plus scandaleuses est initiée par la reine elle-même. A la recherche de confort et de simplicité, Marie-Antoinette adopte à partir de 1778 une robe chemise de coton blanc qui évoque les pièces de lingerie et se fait représenter dans cette tenue en 1783 par madame Vigée-Lebrun [voir ici]. Le tableau est alors vivement critiqué lors du salon de la même année. » (Arts décoratifs).
caracoetjupejaunesA la fin du XVIIIe  on souhaite plus de commodité dans la mise. On emprunte au peuple l'usage du caraco.
Les iconographies découvertes lors de fouilles archéologiques inspirent les merveilleuses et les inconcevables qui se vêtissent 'à l'antique' : dénudées en partie, habillées de tuniques simples et transparentes à la taille haute (juste au dessous de la poitrine). Elles abandonnent le corset (corps à baleines) et portent parfois les cheveux courts. L'époque de transition de la Révolution permettra de mettre au goût du jour ces nouveautés.
Le siècle suivant, qui voit l'avènement à nouveau de la monarchie, reprend des codes vestimentaires de l'ancien régime, comme l'usage du corset et de robes décorées de rubans, de colifichets et de falbalas qui s'élargissent de plus en plus grâce à de nombreux jupons puis à la crinoline dont la crinoline 'cage' marque l'apothéose (voir un remarquable exemple ici) durant le second empire (1852-1870). 
caracoetroberougesAvec l'avènement de la troisième république (1870-1940) la robe s'affine largement pour ne garder à la fin du XIXe qu'une tournure dans le dos et une petite traîne.
Au début du XXe siècle le corset est à nouveau abandonné (mode du couturier Paul Poiret) et l'on s'inspire des inconcevables de la fin du XVIIIe pour créer de nouvelles robes beaucoup plus simples (à l'antique) et pratiques (ce qui était un des leitmotivs de la mode des merveilleuses), en particulier durant les 'années folles' qui sont aussi celles de la couturière Coco Chanel.
Dans l'après guerre Christian Dior crée des robes  'juponnantes' qui redonnent une silhouette marquée aux femmes qui les portent. Mais ce genre d'habillement est surtout l'apanage des robes du soir. Le prêt-à-porter occupe dorénavant une place hégémonique. Seuls certains créateurs comme Yves Saint-Laurent  réussissent à allier la haute-couture à une production assez massive. Mais les silhouettes restent beaucoup plus simples qu'au XVIIIe siècle, l'extravagance se cantonnant surtout aux défilés de mode qui reprennent des codes du siècle des Lumières mais souvent sans que cela ait des répercussions directes sur la mode.
Pour plus d'informations sur cette exposition voir l'article intitulé : Le XVIIIe au goût du jour.

Photographie ci-dessous : Au Grand Trianon. LM
beaumonde

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Le goût du XVIIIe siècle : une très grande finesse.

detailtableauPhotographie : Détail d'une peinture représentant Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France, d’après Marie Louise Elisabeth Vigée - Le Brun.
Le musée des tissus et des arts décoratifs de Lyon, qui possède une très belle collection de vêtements et de tissus anciens, présente jusqu'au  2 octobre 2011 certains habits du siècle des Lumières dans une exposition intitulée Si le XVIIIe siècle m’était conté ...
robeXVIIIePhotographie : Robe à la française. France, entre 1740 et 1750 (étoffe de 1710-1715). « Lampas fond satin de 8 liseré et broché, latté. Soie. »  © Photographie (+détail) du musée des tissus et des arts décoratifs de Lyon.
robealafrancaisePhotographie : Robe à la Pompadour. France, époque Louis XV. « Satin de 8 chaîne, broderie. Soie. »  © Photographie (+détail) du musée des tissus et des arts décoratifs de Lyon.
robeblanchePhotographie : Robe dite « parée ». France, entre 1780 et 1790. « Pékin liseré : taffetas, taffetas liseré et satin de 8, chaîne. Soie. Broderie : point lancé, de tige, de nœud. Soie, filé  métallique doré, paillettes. »  © Photographie (+détail) du musée des tissus et des arts décoratifs de Lyon.
habitPhotographie : Habit d’homme. France, vers 1790. « Velours coupé simple corps, lancé ou liseré 1 lat, fond taffetas. Soie. Broderie : passé plat et empiétant, point lancé,  couchure. Soie, filé, cannetille et paillettes métalliques dorés, cannetille vernie de rouge.  » © Photographie (+détail) du musée des tissus et des arts décoratifs de Lyon.
caracoPhotographie : Caraco avec gilet brodé. Europe, vers 1790. « Caraco : pékin rayé, ombré : satin de 8 et taffetas. Soie. Veste : pékin : satin de 8 et taffetas. Soie.  » © Photographie (+détail) du musée des tissus et des arts décoratifs de Lyon.
Ci-dessous des détails d'une broderie de veste d'homme du XVIIIe siècle d'une grande finesse.
boutonsdhabit500Photographies : Détails au niveau des boutons d'une veste d’homme. France, fin du 18 siècle  « Taffetas calandré (?). Soie. Broderie : paillettes, cannetilles métalliques argentées, verre coloré (strass ?). Application  de broderie en relief, taffetas et tulle, de dentelles. »  © Photographies (+détails) du musée des tissus et des arts décoratifs de Lyon.

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Le XVIIIe au goût du jour

versailles2damesPhotographies : A gauche La Marquise de Pompadour (1721-1764) peinte par François Boucher (1703-1770). © Photographie musée du Louvre à Paris. A droite Marie-Antoinette en 1778, en grand habit de cour par Elisabeth Louise Vigée - Le Brun. © Photographie châteaux de Versailles et de Trianon.
versaillesrobesPhotographies ci-dessus : Vêtements d'époque du XVIIIe siècle provenant du musée Galliera à Paris. © EPV / J-M Manaï, C. Milet.
versaillesrobedevilleXIXePhotographie de droite : Robe de ville de vers 1850-1853. © © EPV / J-M Manaï, C. Milet.
Le titre de cet article est celui d'une exposition qui promet d'être intéressante car replaçant dans l'actualité contemporaine la mode du XVIIIe siècle. Même si dans nombre de mes articles, et bien que parlant de l'ancien, j'ai essayé de montrer que l'esprit compte plus que la forme, en particulier dans la mode où le renouvellement, le mouvement, l'invention, le style, et la modernité font office de  préceptes, il reste intéressant de constater comment des modes d'autrefois ont continué d'inspirer des créateurs et continuent de le faire. Et puis pourquoi ne pas puiser son inspiration dans ce qui a été fait quand c'est dans notre goût ?
Cette exposition, qui se déroulera du 8 juillet au 9 octobre 2011 dans les appartements du Grand Trianon du château de Versailles (www.chateauversailles.fr), présentera en miroir des costumes et accessoires du siècle des Lumières et une cinquantaine de modèles de grands créateurs des XXe et XXIe : des pièces provenant d'archives de maisons de couture et des collections du musée Galliera.
Photographie de gauche : Vivienne Westwood, collection prêt-à-porter, printemps-été 1990/1991. Vivienne Westwood est aux fondements de la mode vestimentaire punk, mouvement (florissant dans les années 1976-1979) qu'elle contribue avec Malcom McLaren son mari à créer et répandre. Tous les deux sont aussi à l'origine du mouvement post-punk appelé « New Romantic » et de la 'mode pirate' (1979-1983) lui étant associée : celle-ci utilisant des codes vestimentaires anciens en particulier venant du temps des incroyables et merveilleuses. Ce couple anglais est précurseur dans de nombreux domaines : la new-wave (si certains considèrent les New York Dolls comme annonciateurs du punk ils le sont aussi de la new-wave par certaines mises en scène), le punk, la mode pirate, le hip-hop ...  © EPV / J-M Manaï, C. Milet.
Photographie de droite :  Maison Christian Dior, collection haute couture printemps-été 2011. © Détail d'un montage photographique provenant du dossier de presse.versailleshautecouture

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Le rythme

1802costumesdebalblancLM300Photographie : Couple dansant en 1802 avec un mirliflor et une inconcevable.
Il y a un phénomène sur lequel je crois tout le monde est d'accord : c'est que nous bougeons. Le mouvement est à la base de la vie. Les premières théories écrites sur le théâtre et la poésie en général partent de cette constatation. La question est de savoir comment rendre ces rythmes harmonieux ? Comment bouger de manière intelligente : avec cette inspiration, ce 'je ne sais quoi' qui transmet ce plus d'âme … qui donne une âme aux choses … qui transcende … offre cette joie profonde si importante dans l'esprit français … que certains appellent le plaisir ?
Apprécier un rythme cela dépend de beaucoup d'éléments : de la condition dans laquelle on se trouve, de la culture et de l'éducation (expérience de vie) que l'on a, des mouvements vers lesquels tend notre âme etc. Il n'y a donc pas de bons et mauvais rythmes mais des adéquats. Tous ne se mélangent pas. C'est une question de multiplicité des rythmes, ce qui en fait leur richesse. Pour vivre en communauté nous avons besoin qu'un mouvement d'ensemble soit donné. Durant l'Antiquité c'est à travers la fête que cela s'exprime de la façon peut-être la plus exemplaire. Le meilleur des poètes de la cité est choisi pour la guider en composant les danses, les chants et la représentation dans son ensemble, en harmonisant, en chef d'orchestre, toutes les qualités mises en oeuvre. Et puis il y a tous les autres mouvements : individuels, familiaux, amicaux, de travail, religieux, intellectuels etc.
Finissons par la vison poétique d'une promenade dans un jardin grec durant l'Antiquité avec deux philosophes conversant en marchant sous des essences odorantes filtrant doucement un soleil distribuant à tous sa lumière.

Photographie 2 : « Le Temps de l'Après dîner. Délicieux jardins, agréable verdure, / Beaux parterres que Flore enrichit de ses dons, / D'un livre ingénieux souvent sur vos gazons / On se plaît à goûter l'amusante lecture. / Plus vif dans mes plaisirs, pour moi j'aime bien mieux / Accompagner Philis, et lire dans ses yeux / Qu'au fond de vos bosquets un solitaire asile, A nos tendres ardeurs deviendrait fort utile. » Gravure de F. Aveline le fils (François- Antoine Aveline : 1718-1780) d'après Mondon. Cette estampe fait partie d'une série d'Aveline et Mondon qui sont à l'origine de très belles gravures baroques ayant une fantaisie charmante, où les perspectives sont tronquées et le merveilleux subtilement amené dans un style rocaille parfaitement plaisant. Dimensions : 33,5 x 41,2 cm.

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Les Champs Élysées en 1842

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Photographies : Estampe de 16,2 x 25,5 cm (feuille entière) intitulée : 'Les Champs Élysées.' avec pour signatures : d'après « Eugene Lami », gravée par « Chas. [pour Charles] Rolls. » Au dessous est indiqué « Aubert & Comnie. Place de la Bourse, Paris, Octobre 1, 1842. »
Eugene Lami (1800-1890) a produit notamment des dessins et peintures représentant la vie mondaine parisienne en particulier durant le règne de Louis-Philippe d'Orléans (roi des Français de 1830 à 1848) puis sous la présidence (1848) et le règne (1852-1870) de Napoléon III. Voici quelques liens vers certains de ses tableaux :
La Sortie de l'Opéra de la rue Le Peletier, 1835 (tableau inachevé) ;
Entrée de la duchesse d'Orléans dans le jardin des Tuileries à Paris, le 4 juin 1837 ;
Concert donné dans la galerie des Guise au château d'Eu, le 4 septembre 1843 ;
Réception en l'honneur de la reine Victoria et du Prince Albert au château d'Eu le 3 septembre 1843 ;
Visite de la reine Victoria à Paris en 1855.

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Élégances de 1817

 

18172En 1817 règne Louis XVIII. Le dandysme est à l'état de prémisse en France. C'est l'époque des beaux, fashionables, gandins et des tenues à l'élégance militaire des mirlflors, calicots ... La photographie représente deux fashionables de 1817 provenant de deux planches du Journal des Dames et des Modes.

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Le temple du goût et la chercheuse d'esprit.

lachercheusedespritacteur300llachercheusedesprittitre300llIl a déjà été fait mention dans des articles de ce blog aux notions de goût et d'esprit :
Académies - Avoir de l'esprit ; Le bon goût ; Sur Le bon ton & le bon genre . Ce sont des éléments majeurs de la vie sociale et culturelle française des XVII et XVIIIe siècles.
Photographies : La Chercheuse d'Esprit, Opéra Comique. " De Monsieur Favart. Représenté pour la première fois, le [?] Février 1741. Avec le Compliment prononcé à la clôture du Théâtre, & les Airs notés. Le prix est de vingt-quatre sols. A Paris, Chez la Veuve Allouel, au milieu du Quay de Gêvres, à la Croix Blanche. 1741. Avec Approbation & Privilège du Roi. - Paris. Veuve Allouel. 1741. " On peut lire la pièce ici.
Dans cette oeuvre de Charles-Simon Favart (1710-1792), Monsieur Subtil veut se marier avec Nicette une jeune fille que sa mère (Mme Madré) dit être sans esprit. Nicette part donc en quête d'esprit. Elle trouve M. Narquois qui se vente d'avoir été obligé de quitter Paris parce qu'en ayant trop. Il lui demande : « … mais de quel espèce d'esprit voulez-vous, car il y en a de plusieurs sortes ? - NICETTE. Dame, je veux du meilleur. - M. NARQUOIS. De cet esprit, chef d'oeuvre de l'art, brillanté par l'imagination, et rectifié par le bon sens ? » M. Narquois ne pouvant rien pour elle, elle rencontre M. L'Éveillé qui se sert de son esprit pour duper. Il commence par lui faire des avances mais sa future femme arrive. Elle suggère à Nicette d'aller chercher de l'esprit ailleurs : auprès d'Alain, le fils de M. Narquois, aussi benêt qu'elle, et que la mère de Nicette souhaite épouser. Les deux jeunes personnes trouvent ainsi l'amour en cherchant à avoir de  l'esprit. Les parents ayant peur qu'ils en aient davantage décident de les marier.
lachercheusedespritpartition3decoupe400l« FINETTE.
Chaque esprit a bien son usage ;
L'esprit fin est un séducteur
L'esprit savant a pour partage
Souvent moins de bien que d'honneur,
L'esprit brillant fait grand tapage ;
Mais l'esprit doux va droit au coeur. »
Dans son ouvrage intitulé Le Temple du Goût, M. de Voltaire (1694-1778) dépeint une promenade avec des amis vers l'édifice où se trouve le dieu du Goût. Sur un ton badin il y décrit les rencontres qu'il y fait ou pas de tous les prétendants à y être. Sa critique touche aussi bien certains de ses contemporains que des auteurs et artistes plus anciens, en particulier du siècle qui le précède : le XVIIe français qui définit le goût avec passion notamment à travers sa langue, son art et sa littérature. Voltaire décrit ce temple :
« Simple en était la noble architecture;
Chaque ornement, à sa place arrêté,
Y semblait mis par la nécessité:
L'art s'y cachait sous l'air de la nature
L'oeil satisfait embrassait sa structure,
Jamais surpris, et toujours enchanté. »
En son temps, M. de Voltaire est un des représentants de ce goût du XVIIIe siècle français. La vision qu'il en a est donc intéressante. Elle se démarque de celle de Jean-Jacques Rousseau ou d'autres auteurs qui, au XVIIe siècle, donnent pourtant à l'art et à la langue de France toute leur virtuosité … Cet ouvrage se termine par ces mots du dieu du Goût :
« Adieu, mes plus chers favoris:
Comblés des faveurs du Parnasse,
Ne souffrez pas que dans Paris
Mon rival usurpe ma place.
Je sais qu'à vos yeux éclairés
Le faux goût tremble de paraître;
Si jamais vous le rencontrez,
Il est aisé de le connaître:
Toujours accablé d'ornements,
Composant sa voix, son visage,
Affecté dans ses agréments,
Et précieux dans son langage,
Il prend mon nom, mon étendard;
Mais on voit assez l'imposture,
Car il n'est que le fils de l'art;
Moi, je le suis de la nature. »
letempledugouttitretransparent300lCette idée du goût développée par M. Voltaire s'inscrit dans celle des Lumières qui trouve sa science dans la nature même et non pas dans l'artifice de l'art. Cette nouvelle optique du parti philosophique, dont les encyclopédistes sont des représentants, basée sur la connaissance concrète, façonne jusqu'à aujourd'hui le 'goût' qui s'appuie essentiellement sur les sciences et la logique : de l'observation de la nature, laissant peu de place à la rêverie et à la fantaisie, annonçant une aire 'pragmatique' et bourgeoise qui en refusant l'ignorance n'a fait que mettre en valeur la sienne propre.
Le texte de Voltaire est visible ici ou ici.  Il a donné lieu à des comédies ayant le même titre jouées dès la même année, comme celle-ci.
Dernière photographie : Le Temple du Goût, Comédie. " A La Haye, par la Compagnie. 1733. " Il s'agit d'une parodie de l'ouvrage de Voltaire du même nom, où le protagoniste se rend au temple du goût. Avant d'y arriver il est confronté aux faux goûts. Dans le temple sont représentés les écrivains, peintres musiciens et autres artistes étant dignes selon l'auteur d'être placés dans cet édifice. Dans l'avertissement de l'édition de Beuchot, on peut lire au sujet de cette comédie : « Voltaire, dans sa lettre à Thieriot, du 9 février 1736, attribue cette comédie à Delaunay; mais elle est de l'abbé d'Allainval. Quoique portant l'adresse de la Haye, elle avait été imprimée à Mantes, chez Tellier, qui, quelques années auparavant, avait été condamné au carcan par coutumace, pour avoir imprimé les Nouvelles ecclésiastiques. Lorsqu'il eut obtenu sa grâce, les jésuites lui firent imprimer la comédie antijanséniste intitulée la Femme docteur, afin, lui dirent-ils, de réparer le mal qu'il avait fait par l'impression des Nouvelles ecclésiastiques. Dans la comédie de d'Allainval, Voltaire figure sous le nom de Momus; un personnage appelé Kafener est évidemment Falkener, à qui est dédiée Zaïre; voyez tome Ier, du Théâtre. Beaucoup d'épigrammes furent lancées contre le Temple du Goût. Boindin, qui se reconnut dans Bardus ou Bardou, avait aussi fait une comédie qu'il intitula Polichinelle sur le Parnasse, et qu'il lut en plein café …. »

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Fauteuil à coiffer du XVIIIe siècle

chaiseacoiffer3001Parmi les meubles de toilette il y en a un que je n'ai pas encore eu l'occasion de présenter dans ce blog : le fauteuil à coiffer. Il se caractérise par un haut de dossier incurvé afin de faciliter la coiffure notamment pendant la seconde toilette. La maison Damien Libert en propose un à la vente aux enchères dans son catalogue du 8 juin 2011 (cliquer sur la photographie de couverture à la fin de cet article pour le feuilleter) dont voici la description : « en acajou, très finement sculpté de feuilles d'eau et d'une bordure de godrons, la ceinture à piastres enfilés. Les supports d'accotoirs sont en colonnettes renflées torsadées, sur une base de feuillages et un rectangle de raccordement cannelé à rubans perlés. Pieds cannelés, raccord de ceinture à rosaces ovales. (Feuillures refaites et renforts d'angles). Estampille de Jacques TILLIARD, reçu Maître en 1752. Époque Louis XVI. HAUT.: 86 CM. - LARG.: 60 CM. - PROF.: 46 CM. » (description du catalogue) Photographie © Damien Libert.
chaiseacoifferdetail3001Un fauteuil cabriolet à coiffer en forme de coeur datant de vers 1750/60 est conservé au musée des Arts Décoratifs de Paris (voir ici). Voici son intéressante description provenant de la base de données iconographiques Joconde : « Fauteuil à coiffer avec dossier et siège en forme de coeur, manchettes sculptées de fleurettes, ceinture mouvementée, pieds cambrés. ; L'assise et le dossier de ce siège sont garnis d'un matériau exotique, la canne. Il s'agit de l'écorce du rotang, plante qui pousse dans les zones tropicales d'Orient, dépecée en petites bandes de différentes largeurs. Ces bandes sont passées dans les trous prévus sur le bâti du siège et s'entrecroisent pour former un fin treillis. Les Hollandais découvrirent cette technique en Indonésie au XVIIe et importèrent ce type de sièges. Après la guerre menée par Louis XIV contre la Hollande, l'usage de la canne va s'imposer chez les menuisiers parisiens. Plus élégante que la paille ou le jonc réservés aux sièges communs, la canne permettait d'obtenir des garnitures de sièges à la fois solides et légères, à un coût bien moindre que les garnitures de tissus ou de cuir. Par sa fraîcheur et sa légèreté, ce type de siège était particulièrement adapté aux climats tropicaux tels que celui des Indes orientales. En Europe, il va trouver de nouveaux usages dans le mobilier de la salle à manger et de la garde-robe (qui préfigure la salle de bain). Résistant à l'eau et aux tâches, son emploi fut particulièrement apprécié pour les sièges de toilette car son entretien était plus facile que celui des étoffes et des cuirs (seules les manchettes des accotoirs sont garnies de cuir pour des raisons de confort). Le fauteuil de toilette, utilisé principalement pour la coiffure, est caractérisé par son échancrure ménagée au haut du dossier qui rendait la mise en place des perruques plus aisée. Cette dépression du dossier est très habilement cachée sous la forme d'un coeur que l'on retrouve aussi sur l'assise. D'une contrainte d'utilisation, le menuisier a su tirer un motif original. (D'après Stuff of Dreams, 2002-2003 ) »

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Lions, lionnes et panthères.

lions2lllionsdetail300lllPhotographies 1, 2 et 3 : Deux estampes de Gustave Doré intitulées « Panthères » et « Lions » de 26,5 x 34 cm. La première a aussi pour légende : « Animaux féroces qui dévorent les châteaux, les fermes, les terres et les rentes ». © LM
Photographie 4 : Estampe de G. Fontaffard intitulée « Le Lion et la Panthère » : « Mme de St... ne met pas de Corset, mais Mr en porte …. » provenant lelionetlapanthère300lld'Aujourd'hui Journal des Modes Ridicules, planche 68, 4ème année, Juillet 1841. Elle fait 27,8 x 22,1 cm. Au XIXe siècle, les hommes portent fréquemment un corset. © LM
Photographie 5 : Estampe présentant quatre lions, dont un enfant, en 1855. « LE LION – Juin 1855 - Journal de Nouveautés et Modes d'Hommes. – Spécialités pour Tailleurs. - Draperies et hautes Nouveautés de la Maison Dubois Jeune – publié par la Société des Journaux de Modes réunis. - On s'abonne au Bureau : rue Ste Anne. 64 à Paris. - Ne peut être reproduit. -Impr. Mariton - Für ganz Deutschland ber C. H. Müller in Aachen. » Cette estampe de la seconde moitié du XIXe siècle semble être éditée spécifiquement par l'imprimerie Mariton pour l'ensemble de la France. Je n'ai retrouvé aucune référence concernant une publication intitulée : Journal de Nouveautés et Modes d'Hommes. Par contre la Maison Dubois Jeune existe bien à cette époque de même que l'imprimerie Mariton et la Société des Journaux de Modes réunis installée au 64 rue Ste Anne à Paris. Dimensions du cadre : 28 x 19,5 cm. © LM
lelionjournaldesnouveautes300lllCet article fait suite au troisième article sur l'Anglomanie (voir ici) où j'ai commencé à définir les lions, lionnes et autres lionceaux (voir aussi cet article et cet autre). Je vais ajouter ici les panthères. Ces personnages sont très présents au XIXe siècle d'autant plus qu'ils représentent un aspect de la vie sociale parisienne qui 'rugit', avec ses : bourgeois 'high-life', dandys, romantiques, gants jaunes, aristocrates du renouveau de la royauté et de l'Empire, libertaires, politiques, artistes, bas bleus, demi-mondaines etc. (voir les précédents articles à leur sujet).
unelionneLe lion apparaît sous le règne de Louis Philippe (1830 à 1848), le dernier roi à avoir régné en France ; durant la période romantique : celle des jeune-France ou nouvelle-France, dont les cheveux longs et les manières passionnées font penser à de jeunes félins. Les lions sont ceux de ces rugissants qui occupent le haut de l'affiche, ou souhaitent en être. Leur pendant féminin est la lionne ou parfois la panthère. Leur notoriété peut être intellectuelle, pécuniaire, politique, mondaine … mais est toujours voyante et du moment : ce vers où l'attention se braque dans les sphères de ce que l'on appelle alors 'la haute vie' ou le 'high life'. Ce type de personnage est très fréquent dans la littérature d'alors. On le retrouve dans de très nombreux ouvrages comme dans celui intitulé : Les lions du jour : physionomies parisiennes où Alfred Delvau (1825-1867) en décrit une centaine. Il est bien sûr caricaturé. Gustave Doré (1832-1883) a croqué certains de ces 'animaux' dans 'La Ménagerie parisienne' publiée en 1854 à Paris, au bureau du Journal pour rire. 24 planches présentent vautours, paons, rats (d'opéra), loups, lions (photographie1), panthères (photographie 2) etc.
Photographie 6 : Illustration pleine page du chapitre consacré à 'La lionne' par Eugène Guinot (1812-1861) du tome deuxième de Les Français peints par eux-mêmes  : encyclopédie morale du XIXe siècle, publié par L. Curmer  de 1840 à 1842. © LM

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Merveilleuses & merveilleux