Le canotier et la canotière

lesamusementsdeparisquaidelarapee300lmPhotographie 1canotierscouple32,2x23,4cmdetail300lm : Gravure intitulée 'Les Amusements de la Rapée' provenant d'un almanach du XVIIIe siècle : Les Amusements de Paris. Almanach chantant pour les jolies Femmes qui on de la raison, avec Tablettes Économiques. Perte et Gain. Petit secrétaire fidèle et discret.

Le quai de la Rapée est dans le quartier de Bercy. Il existe toujours mais est aujourd'hui presque entièrement bétonné. Autrefois s'y trouvent des lieux où l'on vient se divertir comme à la Taverne des canotiers « où l'on cultive à la fois la matelotte, le petit vin à huit sous, la musique fluviatile et la poésie maritime » (Dictionnaire de la conversation et de la lecture, seconde édition, tome quatrième, Paris, 1853).
Photographie 2 : Planche couleur signée Grévin, format 32,2 x 23,4 cm de la série « Canotiers et canotières ».
canotiers-1-32,4x23cm300lmPhotographies 3 et 4 : Planche de la même série que précédemment. Un canotier (de Paris) s'adresse à un cuisinier « - Comment ! Vous ne connaissez pas Nana ! La grande Nanuche, qu'a l'oeil en amande avec un tout petit grain de beauté comme ça ici dans l'dos ! »
Photographies 5 et 6 : Couverture de la partition « Je n'peux pas vivre sans amour » créée par Maurice Chevalier.
Les bateaux dont les barques ont une importance toute particulière dans l'histoire parisienne. Le mot 'Paris' viendrait de « bar Isis » : la barque d'Isis. Le symbole de la capitale française est un bateau. La corporation des canotiers y est très influente durant les siècles (n'en déplaise aux maçons et francs-maçons).
Jusqu'au XXe siècle, canotiers-1-32,4x23cmblancdecoupe500lmles déplacements sur la Seine sont sans doute libres car une multitude d'embarcations la parcourent dont des barques. Les parisiens aiment à se promener par ce moyen de locomotion. Les canotiers arborent des styles typiques. Ils ont leurs lieux de jeux, de musique etc. Certaines tavernes du bord de Seine ou de Marne sont réputées pour leur petit vin, leur musique et leurs enchantements, cela depuis très longtemps. On trouve de ces lieux d'accostage tout près de Paris comme à Bercy (qui est aujourd'hui intra-muros) ou plus éloignés. Certains de ces canotiers sont des petits-maîtres qui se promènent sur ces barques avec leur petite-maîtresse. Dans la seconde partie du XIXe siècle ce divertissement est d'autant plus à la mode que le sport l'est aussi.
Les guinguettes au bord de l'eau sont des lieux où les parisiens viennent se divertir. A la fois près de la capitale et dépaysantes par leur environnement bucolique elles sont particulièrement appréciées en période estivale. Le Déjeuner des canotiers d'Auguste Renoir (1841-1919) représente un de ces endroits. Il existe des témoignages de ceux-ci à leur emplacement même comme le musée de La Grenouillère. La Grenouillère est un établissement de bains froids des bords de Seine qui attire entre 1855 et 1928, des parisiens dont des écrivains et des peintres célèbres. Monet et Renoir l’ont représenté plusieurs fois en 1869. Il s'agit d'un café-bal flottant amarré à l’Ile de Croissy. On vient donc y boire, danser, promener et prendre des bains dans la Seine.
Guy de Maupassant (1850-1893) utilise ce lieu dans plusieurs de ses oeuvres comme dans La femme de Paul dont voici deux passages : « Lorsqu'ils eurent tourné le coude de la rivière, la Grenouillère leur apparut dans le lointain.mauricechevalierjenepeuxvivresansamoursanstextenoir500lm L'établissement en fête était orné de girandoles, de guirlandes en veilleuses de couleur, de grappes de lumières. Sur la Seine circulaient lentement quelques gros bachots représentant des dômes, des pyramides, des monuments compliqués en feux de toutes nuances. Des festons enflammés traînaient jusqu'à l'eau; et quelquefois un fallot rouge ou bleu, au bout d'une immense canne à pêche invisible, semblait une grosse étoile balancée. Toute cette illumination répandait une lueur alentour du café, éclairait de bas en haut les grands arbres de la berge dont le tronc se détachait en gris pâle, et les feuilles en vert laiteux, sur le noir profond des champs et du ciel. L'orchestre, composé de cinq artistes de banlieue, jetait au loin sa musique de bastringue, maigre et sautillante, qui fit de nouveau chanter Madeleine. Elle voulut tout de suite entrer. Paul désirait auparavant faire un tour dans l'île; mais il dut céder. L'assistance s'était épurée. Les canotiers presque seuls restaient avec quelques bourgeois clairsemés, et quelques jeunes gens flanqués de filles. Le directeur et organisateur de ce can-can, majestueux dans un habit noir fatigué, promenait en tous sens sa tête ravagée de vieux marchand de plaisirs publics à bon marché. La grosse Pauline et ses compagnes n'étaient pas là; et Paul respira. On dansait les couples face à face cabriolaient éperdument, jetaient leurs jambes en l'air jusqu'au nez des vis-à-vis. Les femelles, désarticulées des cuisses, bondissaient dans un envolement de jupes révélant leurs dessous. mauricechevalierjenepeuxvivresansamour300lmLeurs pieds s'élevaient au-dessus de leurs têtes avec une facilité surprenante, et elles balançaient leurs ventres, frétillaient de la croupe, secouaient leurs seins, répandant autour d'elles une senteur énergique de femmes en sueur. Les mâles s'accroupissaient comme des crapauds avec des gestes obscènes, se contorsionnaient, grimaçants et hideux, faisaient la roue sur les mains, ou bien, s'efforçant d'être drôles, esquissaient des manières avec une grâce ridicule. Une grosse bonne et deux garçons servaient les consommations. Ce café-bateau, couvert seulement d'un toit, n'ayant aucune cloison qui le séparât du dehors, la danse échevelée s'étalait en face de la nuit pacifique et du firmament poudré d'astres. »
« … le grand café flottant regorgeait de monde. L'immense radeau, couvert d'un toit goudronné que supportent des colonnes de bois,  est relié à l'île charmante de Croissy par deux passerelles dont l'une pénètre au milieu de cet établissement aquatique, tandis que l'autre en fait communiquer l'extrémité avec un îlot minuscule planté d'un arbre et surnommé le « Pot-à-fleur », et, de là, gagne la terre auprès du bureau des bains. »
Voir ici la nouvelle en entier. Il est question aussi de la Grenouillère dans son œuvre intitulée Yvette.
Durant la seconde moitié du XIXe siècle, le chapeau de paille dit 'canotier' devient à la mode et est porté en ville en été même avec un costume. Le plus célèbre de ces couvre-chefs est peut-être celui de Maurice Chevalier (1888-1972) qui représente un style des années 1910 d'une élégance nonchalante et quelque-peu fruste. C'est la mode de ce chapeau, du costume étroit et des guêtres blanches sur des chaussures parfaitement cirées.

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Le mirliflore

misedunjeunehommean10300lmmirliflor300lmPhotographie 1 : Planche 363 de l'an 10 (1801-2) provenant du Journal des Dames et des Modes, de 19,8 x 12,4 cm, avec pour légende : « Mise d'un  Jeune Homme ».
Photographie 2 : Détail d’une gravure du début du XIXe siècle peinte au pochoir, peut-être une image d’Epinal, avec différentes caricatures de personnages, dont une intitulée « M. Mirliflor » représentant un de ces jeunes hommes à la mode. Il a un immense chapeau, une cravate qui monte haut et ce qui ressemble à un immense jabot.
Dans le Dictionnaire de L'Académie française de 1798 on lit que le terme de mirliflore est utilisé de manière familière pour désigner « un agréable, un merveilleux. »
Ce mot est encore en usage durant la première moitié du XXe siècle. Il est possible qu'il  provienne d'un croisement entre le latin mille flores (mille-fleurs) et le terme mirlifique (mirificque, mirelifique) employé au XVe siècle pour désigner une merveille (en latin mirificus composé de mirus « étonnant, merveilleux » et de facere « faire »). Dans le site du centre national de ressources textuelles et lexicales il est écrit que le mot « représente peut-être une altération de la latinisation *mille flores de mille-fleurs* pour désigner un personnage se parfumant, » celle-ci « étant due à un croisement avec la forme » « mir(e)lifique de mirifique* ». Il y a donc chez le mirliflor : de l'incroyable, du merveilleux et du muguet. On écrit ce terme avec ou sans 'e'. 
Dans son Dictionnaire de la langue verte (1867) Alfred Delvau décrit le mirliflore comme « Le gandin de la Restauration, qui est toujours le Lion pour le peuple. » Ce genre de petit-maître officie surtout entre le Consulat et la Restauration, à l’époque des grands bicornes. Mais il est probable que ce nom soit utilisé avant même le XVIIIe siècle.
Photographie 3 : Planche 368 de l'an 10 (1801-2) de la revue Journal des Dames et des Modes, ayant pour légende : « Chapeau à la Russe. Bottes sans Couture. »

chapeaualarussean10300lm© Article et photographies LM

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Crinolines

ruesdeparisledimanchematin300lmCet article fait suite à celui intitulé Du corset à la crinoline : Les lignes caricaturales d'un corps social du XIXe siècle qui se dessine. Les crinolines et en particulier  la 'crinoline cage' marquent un moment de la mode française assez spectaculaire dont les documents d'époque présentés ici témoignent.
ruesdeparisledimanchematindetail300lmPhotographies 1 et 2 : « Rues de Paris le dimanche matin. » Faïence fine de Bordeaux de la manufacture Vieillard (marque aux trois croissants) datant entre 1845 et 1865 en pleine époque de cette mode. Ici des vendeuses de crinolines sont présentées envahissant les rues de Paris le dimanche matin.
crinoline&balayeur300lmPhotographies 3 et 4 : Assiette de Choisy-le-Roi (Hautin & Boulenger) de la série " La crinoline ", avec un médaillon illustré ayant pour légende : " 5 Voilà une mode qui coupe les bras des balayeurs ". Cette céramique date entre 1852 et 1863.
crinoline&balayeurdetail300lmdisfferentessortesdebalayeuses300lmPhotographies 5 et 6 : Assiette de Creil et Montereau (époque Lebeuf, Milliet et Cie : 1840-1876) : " N°4. " " Différentes sortes de balayeuses. " A l'époque des crinolines, de nombreuses caricatures taquinent les femmes portant ces robes, souvent à cause de la place qu'elles prennent ; mais aussi parce qu'elles balaient autour d'elles.
disfferentessortesdebalayeusesdetail300lmWikipedia présente des photographies d'une « Séquence de pose d'une crinoline, vers 1860 » assez spectaculaire.

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Avoir du v'lan et du pschutt

Le v'lan et le pschut(t) sont deux termes du XIXe siècle, du temps des grands boulevards à la mode. Comprendre leur signification permet de le faire d'un aspect de la mode française : celui qui bouscule les conventions et s'amuse constamment.
Dans son Dictionnaire de la langue verte (deuxième édition, Paris : E. Dentu, 1867) Alfred Delvau donne cette définition du : « V'lan. " Au temps où le Grand-Seize s'emplissait chaque soir, au café Anglais, d'une société qu'on ne remplacera pas, car les gens d'esprit d'alors ont été remplacés par des imbéciles, on avait trouvé mieux que pschutt. On disait de quelqu'un, homme ou femme, qui se distinguait par une attitude, par un parti pris, ; un laisser-aller, une originalité tranchée : Il a du v'lan ! Elle a du v'lan. C'était net, cassant, absolu. " Évènement, 1883. - Ce terme, abandonné depuis longtemps vient de reprendre faveur. - " Soirée dansante très réussie, très animée et très v'lan hier, chez la comtesse de L. »" (Gil Blas, 1883). »
Dans mon article intitulé Les faux élégants, je propose une définition du pschutteux et du pschutt moins élogieuse. Voici celle donnée par le Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL) : « Pschut(t), subst. masc., arg. des boulevards [à la mode fin XIXe S.] A. − "Prétention à l'élégance et au bon ton, qui se manifeste surtout par une mise tapageuse`` (Esn. 1966). Cette toilette toute nouvelle à ses yeux gâtés par le pschutt, le v'lan (...) de villes d'eaux (Verlaine, Œuvres compl., t. 4, Mes hôp., 1891, p. 340). Le murmure bienveillant des salons mondains où tant de riches héritières juives, devenues duchesses ou marquises, donnaient le ton, décidaient du pschutt et du vlan (Bernanos, Gde peur, 1931, p. 201). − Empl. adj. Ce qui est toujours pschut, ce qui est toujours à la mode, − à la mienne, du moins, − c'est la nature et le paysage (Coppée, Critique en vac., 1892, p. 321) : Mais ça m'étonne que toi, un homme si « pschutt », tu n'y étais pas [chez Herbinger]. Mais Swann ne cherchait nullement à lui faire modifier cette conception du chic ... Proust, Swann, 1913, p. 242. B.− P. méton. Société élégante et raffinée. Synon. high-life (VX), fashion (VX), gomme (arg., VX), sélect, la haute (pop.; v. haut I E 1). (Ds Esn. 1966). »

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La Polka

polkapasbohemien300lmLa polka est une danse provenant de Bohême, région de l'actuelle République tchèque. D'après Wikipedia « après Prague en 1835, puis Vienne en 1839, c'est à partir de Paris en 1840 qu'elle se répand dans l'Europe entière, donnant lieu à une véritable « polkamania ». » Chaque génération a sa danse : la polka est celle des années 1840, la valse celle du Directoire etc.
Photographie 1 : « La Polka – 9 – Pas bohémien en valsant ». La marque permet de dater cette assiette, de Longwy en "porcelaine fine", entre 1835 et 1866 (voir libertys.com) et donc en pleine « polkamania ». D'après les habits elle semble postérieure à 1836 et antérieure à 1857. Diamètre de 19,7 cm. La femme porte une robe laissant ses épaules nues, un corset resserrant sa taille dont la minceur est accentuée par les jupons sous sa robe. L'homme porte une cravate sombre, une chemise à jabot semble-t-il, un gilet clair, un frac sombre et un pantalon clair. Ses chaussures semblent assez plates.
lapolkalapasse300lmPhotographies 2 & 3 : « La Polka – 40 – La passe ». Cette assiette en faïence fine de Creil et Montereau semble de la même série que la précédente pourtant de Longwy. Le bandeau qui couvre l'aile et le marli est exactement le même. La seule différence se situe dans la couleur et dans la marque au dos.
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lapolkalavalse300lmPhotographies 4 & 5 : « La Polka – La valse – 2 ». Cette assiette est aussi en faïence fine de Creil et Montereau, de la même série que la précédente (même marque et donc période similaire) mais n'est pas du même camaïeu. Elle fait 21 cm de diamètre. 

lapolkalavalsedetail300lm© Article et photographies LM





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Les premiers grands couturiers du XXe siècle : une révolution vestimentaire en douceur.

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Photographie 1 : Double page intérieure du livre de Paul Poiret intitulé En Habillant l'Époque, ‎Paris, Grasset, 1930, 16ème édition qui dévoile le succès de cet ouvrage puisque la première édition date de la même année.
1912-29-recadree300lmPhotographie 2 : Eau-forte aquarellée de Roger Broders (1883-1957) provenant du Journal des dames et des modes, édité à Paris « Au bureau du Journal des dames » du 1er juin 1912 au 1er août 1914. Cette planche n°29 est de 1912, avec pour légende : « Costumes parisiens. » « Robe et Toque de velours de soie ... ». Dimensions du papier : 22,4 x 14,3 cm. Celui-ci est vergé et ressemble tout à fait à celui des gravures du Journal des dames et des modes de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe. Le filigrane même paraît d'époque. Cette nouvelle édition du début du XXe siècle reprenant celle du Directoire est un des exemples montrant combien la mode du début du XXe siècle s'inspire de celle de la fin du XVIIIe avec derechef l'abandon du corset et des lignes plus droites et simples, de hautes aigrettes etc.
Lelemondeillustrenoel1913damesportive300lm début du XXe siècle est une époque riche, notamment en ce qui concerne la mode. On y assiste à une véritable révolution dans l'habillement avec la 'libération' du costume féminin portée par quelques couturiers de renom. Paul Poiret (1879 - 1944) est peut-être le plus célèbre d’entre eux. En abandonnant le corset vers 1906 et en remontant la taille des robes, il redonne à la femme des allures de merveilleuse du temps du Directoire (1795-1799). Comme il le dit lui-même, il réintroduit de la couleur dans les vêtements qui sont avant dans des tons pastels. Les cheveux courts reviennent de mode ; et la silhouette ‘déglinguée’ et libre des années folles (entre deux-guerres) est déjà d’actualité vers 1908. Dans la mode, les influences multiples (russes, orientales, africaines …) côtoient des techniques nouvelles et un art qui bouscule de plus en plus les conventions. C’est le début des grands couturiers qui sont autant des hommes que des femmes  :  Jeanne-Marie Lanvin (1867-1946), Jeanne Paquin ( 1869-1936), Doucet Madeleine Vionnet ( 1876-1975), Gabrielle Bonheur Chanel dite « Coco Chanel » lemondeillustrenoel1913photo300lm(1883-1971) … ; et chez les hommes : Georges Doeuillet, Jean Patou (1887-1936) ou Jacques Doucet ( 1853- 1929). Cette haute couture dont Charles Frederick Worth (1826-1895) est l'initiateur est plutôt une « industrie de la grande couture » comme l'appelle Paul Poiret. La grande (ou haute) couture a toujours existé en France ; mais c'est à partir de la seconde moitié du XIXe siècle qu'elle prend de nouvelles marques. Le dialogue avec la rue et surtout le client sont beaucoup moins importants. Le grand couturier est un artiste qui lance ses propres collections avec des modèles  préparés à l'avance. Du reste les petits-maîtres s'éclipsent. Cette mode inventée par ces artistes entrepreneurs semble se démarquer de l'invention populaire et des bécarres et autres cocodettes. Mis à part les garçonnes des années folles et des artistes comme les montparnos ou les surréalistes (qui n'ont du gandin souvent que l'esprit moderne), il est difficile de distinguer les nouveaux gommeux et les nouvelles crevettes dans la mode, jusqu'à l'avènement des zazous et des existentialistes. Même par la suite la petite maîtrise se fait rare jusqu'à devenir absolument inexistante aujourd'hui. Les grands magasins d'abord, la haute couture ensuite, puis le prêt à porter, laissent beaucoup moins de place qu'auparavant à l'imagination et à la création individuelle dans la mode la faisant devenir purement commerciale.
Photographie 3 : Image de la revue Le Monde illustré de Noël 1913 avec pour légende : « Fière, originale, gracieuse et sportive, telle est la Parisienne d'aujourd'hui. (Composition de René VINCENT). » Le sport est de plus en plus à la mode dans le dernier tiers du XIXe siècle. Avec l'apparition des voitures à moteur, celui-ci est de moins en moins équestre.lemondeillustrenoel1913assise300lm Au début du XIXe siècle, des images de mode représentent des femmes jouant au tennis dans des tenues ressemblant à celles portées en ville (corset, chapeau etc.). Évidemment cela ne pouvait durer : la mode devant s'adapter aux nouvelles exigences.
Photographie 4 : Photographie de la même revue que ci-dessus (1913) avec pour légende : « Modèle de Buzenet (Saint-James). (Phot. MANUEL). Jupe en ondoyant péplum noir. Tunique en mousseline noire à bandes de tulle perlé de perles blanche. Ceinture noire. Corsage très souple en dentelle blanche. » D'après Raymond Gaudriault (cf. La Gravure de mode féminine en France) c'est en 1880 que la première photographie de mode est publiée dans la revue L'Art et la Mode. Cette expérience unique n'est pas renouvelée avant 1891 avec La Mode pratique.
Photographie 5 : Dans cette autre image du même magazine, la jeune fille porte les cheveux courts, une simple chemise et une jupe-culotte.
Au temps de Paul Poiret, la nouvelle féminité est active, libre et sportive. Les cheveux sont courts ou portés en chignons avec de simples décorations : bandeaux, toupets parfois très hauts. Ces aspects mélangés à la taille haute, aux drapés vaporeux et à la transparence de certains tissus rappellent les merveilleuses du Directoire. Mais si les bottines de la seconde moitié du XIXe siècle disparaissent, les talons restent d’actualité, ce qui donne aux femmes une autre silhouette que celles des merveilleuses, particularité que les chapeaux cloche accentuent. La silhouette forme ainsi des courbes qui rappellent celle de l'Art nouveau de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Cette mode annonce de plus l'Art déco. Quelques femmes commencent à porter des pantalons encore très rares. Certaines s’habillent en hommes avec costume et cravate. Paul 1904-1905300lmPoiret crée la jupe-culotte et la ‘jupe entravée’. Cette mode des grands couturiers est véhiculée par des magazines qui s'inspirent de revues anciennes. Le titre et la présentation du Journal des dames et des modes du Directoire est repris, de 1912 à 1914,  pour présenter les nouvelles merveilleuses (photographie 2). Celle intitulée Modes et manières d'aujourd'hui (1912-1923) rappelle Modes et manières du jour de Debucourt. La Gazette du Bon Ton (1912-1925) fait aussi écho à une publication antérieure.
Cette mode d'après la Belle époque et d'avant la première guerre mondiale ressemble donc beaucoup à celle des années folles de l'entre deux guerres. La principale différence est peut-être le raccourcissement des robes qui restent auparavant encore longues et cachant toute la jambe, comme cela est le cas au temps des merveilleuses du Directoire. Cette époque d'avant la première guerre mondiale marque beaucoup la mode et est à l'origine de celle du XXe siècle jusqu'à maintenant avec l'abandon du corset, l’apparition du soutien-gorge, la décontraction et la simplicité dans l'habit, la 'garçonnisation', l'abandon des falbalas et autres fanfreluches, les cheveux souvent courts, les chapeaux de moins en moins importants etc. Par contre les principaux éléments de la mode des habits féminins de 1900 et d'avant ont presque disparu de la vie courante. Ce n'est pas le cas pour la mode masculine qui change peu pendant les XIXe et XXe siècles avec la tenue du  costume classique : cravate, veste, gilet, pantalon, chaussures à talons.
Les révolutions des arts décoratifs et en particulier de la mode nous prouvent que l'on peut faire changer les choses sans brutalité. Il est possible par exemple de construire un monde de paix, de beauté, d'intelligence et de liberté sans avoir à utiliser la violence, de la même manière que le soleil n'a pas besoin de notre regard pour briller.
Photographies 6 et 7 : Deux images de mode provenant de revues du début du XXe siècle. Celle de gauche est d'août 1904 et celle de droite de novembre 1905. On le voit les habits sont très différents de ce qui apparaît à partir de 1906.
Photographie 8 :  Image de la revue Le Monde illustré de Noël 1913.

lemondeillustrenoel1913piano500lm© Article et photographies LM

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Dandysmes romantiques

Artcurial propose, le mardi 14 février, dans le cadre de la vente « Dessins d’écrivains » Collection Pierre et Franca Belfond, des œuvres visuelles de poètes des XIXe et XXe siècles.  
dumasPhotographie 1 : Ce portrait-charge (caricature) d’Alexandre Dumas (1802-1870) met en scène le dandysme romantique du personnage avec ses origines antillaises d’une manière savoureuse. « Dessin original. [Probablement 1848]. Encre, plume et lavis, rehauts de brun et rouge à l'aquarelle, traits préparatoires à la mine de plomb, 34, 5 x 25 cm sur un f. réglé de papier à musique, bords un peu effrangés avec restaurations, doublure au verso, encadrement sous verre.  Superbe caricature de Dumas Père au plus haut de sa gloire : fort du succès de ses romans Le Comte de Monte-Cristo et La Reine Margot, Dumas était en outre à la tête du Théâtre-historique voué à la représentation de ses œuvres...  Portraituré ici par un contemporain, Alexandre Dumas est représenté de profil, la chevelure crépue dressée en pointe. Il porte un manteau sur lequel ont été représentés des héros de cape et d'épée inspirés de ses œuvres : en pose, au combat, faisant une révérence devant une femme... Sa haute stature, qui s'encadre dans sa galerie d'ancêtres noirs, domine le bâtiment d'un théâtre dont la façade rappelle vaguement celle du Théâtre-historique, qu'il fit construire en 1847. Des cheminées du théâtre sortent des fumeroles auxquelles se mélangent les titres de plusieurs de ses pièces : Christine à Fontainebleau (1830), Charles VII chez ses grands vassaux (1831), Don Juan de Marana, ou la Chute d'un ange (1836), Le Marquis de Brunoy (1836), Kean (1836), Lorenzino (1842), La Reine Margot (1847), Hamlet (traduction de Shakespeare, 1847) et Monte-Cristo (1848). " Cette popularité de mon visage " (Dumas père). Alexandre Dumas est un des auteurs qui inspira le plus de portraits et caricatures à son époque : portraits idéalisés des années 1830, photographies des années 1850-1860, et innombrables caricatures sur l'ensemble de la période : " offensives en apparence, elles défendent en fait la position littéraire de Dumas, elles renforcent sa popularité en soulignant son caractère extraordinaire. Elles représentent déjà une forme de publicité " (Claude Schopp, préface à l'Iconographie d'Alexandre Dumas père). Dumas lui-même en était conscient et savait parfaitement en jouer, par exemple écrivant faussement modeste dans Histoire de mes bêtes (1867) : " Un jour, je l'espère, quelque sorcier m'expliquera comment il se fait que mon visage, un des moins répandus qu'il y ait par la peinture, la gravure ou la lithographie, soit connu aux antipodes, de façon que, partout où j'arrive, le premier commissionnaire venu me demande : - Monsieur Dumas, où faut-il porter votre malle ? Il est vrai qu'à défaut de portrait ou de buste, j'ai été grandement illustré par mes amis Cham et Nadar ; mais alors les deux traîtres me trompaient donc, et, au lieu de faire ma caricature, c'était donc mon portrait qu'ils faisaient ?... Outre l'inconvénient de ne pouvoir aller nulle part incognito, cette popularité de mon visage en a encore un autre : c'est que tout marchand [...] ne me voit pas plus tôt approcher de son magasin, qu'il prend la vertueuse résolution de vendre trois fois plus cher à M. Dumas qu'il ne vendrait au commun des martyrs. " »
MussetPhotographie 2 : Autoportrait-charge d’Alfred de Musset (1810-1857). « Dessin original. Mine de plomb, 16 x 10, 5 cm, pâles rousseurs, encadrement sous verre. Plaisante caricature où il se représente en dandy romantique, le visage imberbe avec moustache tombante et nez démesuré, en pied avec redingote, col relevé, canne et chapeau à la main. Musset s'est plu à se dessiner dans ses albums et plusieurs de ses autoportraits sont connus ; sur deux d'entre eux au moins, il apparaît comme ici portant seulement la moustache : un légendé " Alfred " dans son album du début des années 1830 et un de 1842 (date proposée par Maurice Clouard dans ses Documents inédits sur Alfred de Musset, 1900, pp. 9-10), ce second dessin correspondant probablement à celui présenté par la BnF sous le n° 354 dans son exposition Alfred de Musset en 1957. " Un jeune homme de taille ordinaire " (Alexandre Dumas). Dans Mes Mémoires (1852-1854) Dumas père décrivit l'impression que fit l'apparition du jeune poète dans le salon de Nodier : " Un jeune homme de taille ordinaire, mince, blond, avec des moustaches naissantes, de longs cheveux bouclés rejetés en touffe d'un côté de la tête, un habit vert très serré à la taille, un pantalon de couleur claire, entra, affectant une grande désinvolture de manières qui n'était peut-être destinée qu'à cacher une timidité réelle. " " Mon propre visage [...] me regardait avec étonnement " (Alfred de Musset). Avec La Confession d'un enfant du siècle, Alfred de Musset s'est attaché à livrer en 1836 un premier autoportrait moral, une autobiographie identifiant le " mal du siècle " dont souffrait sa génération. Ce " sentiment de malaise inexprimable " y nourrit un récit désabusé et angoissé mêlant le tragique et l'autodérision : " Mon propre visage, que j'apercevais dans la glace, me regardait avec étonnement. Qu'était-ce donc que cette créature qui m'apparaissait sous mes traits ? Qu'était-ce donc que cet homme sans pitié qui blasphémait avec ma bouche et torturait avec mes mains ? [...] Était-ce lui qu'autrefois, à quinze ans, parmi les bois et les prairies, j'avais vu dans les claires fontaines où je me penchais avec un cœur pur comme le cristal de leurs eaux ? " " Sur mes portraits " (Alfred de Musset). Dans ses dessins, il ne se représenta d'ailleurs qu'à travers des autoportraits-charges, irrévérencieux pour ses sentiments profonds et pour cette beauté nonchalante qui séduisit George Sand. En définitive, ses autoportraits caricaturaux livrent une vérité plus intime sur lui-même - sur sa délicatesse à ne pas arborer le masque des tensions intérieures -, que les portraits d'artistes faits de lui, limités à de simples tentatives de ressemblance. Un poème de 1854, " Sur mes portraits ", illustre son regard ironique sur ces tentatives : " Nadar, dans un profil croqué, / M'a manqué ; /  Landelle m'a fait endormi / À demi ; / Biard m'a produit éveillé / À moitié ; / Le seul Giraud, d'un trait rapide, / Intrépide, / Par amour de la vérité / M'a fait stupide ; / Que pourra pondre dans ce nid / Gavarni ? " " Delacroix [...] m'a parlé d'Alfred [...] et m'a dit qu'il aurait fait un grand peintre, s'il eût voulu " (George Sand). Musset, habité par l'idée d'une communauté des artistes, croyait en une correspondance profonde entre les arts. Critique d'art, il se fiait à son sentiment, à une approche empirique et immédiate des œuvres, et n'échafauda pas de théorie personnelle structurée. Son goût le portrait plus particulièrement vers les époques anciennes, notamment la Renaissance, et il consacra même un drame à la vie du peintre Andrea del Sarto (publié en 1834 dans le troisième volume d'Un Spectacle dans un fauteuil). Comme dessinateur, en revanche, il exécuta presque exclusivement des caricatures, laissant libre cours à une ironie parfois féroce (par exemple contre Paul Foucher), à l'exception de quelques portraits de George Sand, d'une joliesse inspirée par l'amour. C'est elle d'ailleurs qui, dans son Journal intime (édition posthume, 1926), révéla l'admiration de Delacroix vers 1834 pour les qualités artistiques de Musset : " Delacroix [...] m'a parlé d'Alfred [...] et m'a dit qu'il aurait fait un grand peintre, s'il eût voulu. Je le crois bien. Il veut copier, lui, Delacroix, les petits croquis de l'album d'Alfred. " »

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Première apparition d'un gommeux à Fouilly-l'Sec

gommeuxdansvillage300lmgommeuxdansvillagedetail300lmLa vie à la campagne autrefois est assez peu préoccupée de mode, en particulier de la dernière. Voici une assiette en faïence fine de Lunéville (Keller et Guérin), de 17,7 cm, de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe, qui taquine cette réalité. La gravure de son bassin représente la : « Première apparition d'un gommeux à Fouilly-l'Sec ». Ce petit-maître est le sujet d'attention des villageois. Un couple éberlué de paysans le contemple. Une jeune femme, vers qui ce gandin se tourne, semble quelque peu attirée, alors qu'une petite fille se cache derrière sa robe comme apeurée par l'accoutrement de cet homme. Celui-ci porte un chapeau à bords étroits et remontés sur les côtés, une petite moustache, un col haut, une courte redingote et une chemise aux manches larges, un pantalon rayé à pattes d'éléphant. Il a le tic chic de sucer sa canne : ce qui est une marque de petits maîtres depuis au moins les années 1830. Pour plus d'informations sur ce genre d'élégant lire l'article Le gommeux.

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Salon international de la Céramique ancienne et des objets de collection à Bruxelles

Le douzième salon international de la Céramique ancienne et des objets de collection se tiendra à Bruxelles du 27 avril au 1er mai 2012.
porcelaine300Photographie : Porcelaine. © Muriel Thies - Scalp -

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Le yéyé

YéyéPhotographie : Collage mural à Oberkampf (rue Ternaux) 2010 (boutique alasinglinglin).
J'ai une attirance toute particulière pour la mode et les 'folies du jour' qu'elle engendre, pour cette maîtresse de l'impermanence, cette constance du changement, et tous les rythmes qui lui sont associés : qu'ils soient musicaux, vestimentaires, intellectuels ou autres. Tout n'est que question de mouvements : de musiques, de danses, d'esprits, plus ou moins fins … de poésie. A chaque nouvelle génération est réinventée cette célébration.
Les yéyés marquent la mode des années 60 et 70 en France.  Comme pour les zazous ou les dadoudadoudas, leur nom vient d'une onomatopée. Pendant qu'aux États-Unis les hippies lancent les cheveux longs, chemises à fleurs et pantalons à pattes d'éléphant, les Français continuent dans une lancée, bon chic bon genre, pop initiée dans les années 50. Les femmes portent de hauts chignons, ou des cheveux longs simplement tenus par un volumineux chouchou, de très larges ceintures, des talons compensés, des jupes courtes et des habits colorés ; pendant que les hommes sont minets, portent la frange, des pantalons à pattes d'éléphant ... Le jerk et le twist ont pris la place du swing. Brigitte Bardot et Alain Delon représentent deux icônes de cette période pour le cinéma, et Claude François, Sheila, Françoise Hardi ou Jacques Dutronc pour la musique. La pilule apporte une libération sexuelle et les nouvelles technologies offrent des libertés aux artistes : avec la Nouvelle vague pour le cinéma, Paco Rabane pour la Haute couture. Les existentialistes n'existent plus mais le quartier latin et Saint-Germain ont toujours leurs cohortes d'étudiants et d'intellectuels qui lancent Mai 68. C'est une époque riche, sans chômage. C'est à ce moment que commence véritablement le bitumage et le bétonnage de la France avec constructions d'autoroutes et immeubles de type HLM. Le plastique occupe aussi une place importante dans cette société de consommation de masse que certains hippies (appelés aussi babas cool) refusent en partant loin, à Katmandou ou ailleurs dans le monde, ou en se réfugiant dans des contrées reculées comme au Larzac. Quelques lieux yéyés : Saint-Tropez, le Golf Drouot, la télévision …

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Musiques

HarpePhotographie : Harpe Erard (détails) © J.-M. Anglès - Cité de la musique.
La musique est un thème que j'affectionne tout particulièrement, puisqu'elle est aux fondements du rythme qui est le sujet de nombreux articles de ce blog.
Si le musée de la Cité de la Musique se trouve dans un lieu peu imprégné d'histoire contrairement à nombre d'autres musées parisiens, il n'en reste pas moins magistral de par le corpus qu'il rassemble : faisant se côtoyer, dans une mise en scène gracieuse et riche, de nombreux instruments de musique d'exception et quelques oeuvres d'art. Parcourir ce chemin d'objets dont les formes jouent un mouvement dans notre regard c'est  voyager à travers quatre siècles en suivant un air qui malgré les multiplicités d'instruments garde un fondement semblable : l'héritage fabuleux de la musique occidentale. Ce parcours chronologique nous fait voyager du XVIIe siècle au XXe en Occident et traverser les principales cultures musicales du monde. Quatre espaces témoignent chacun d'un siècle de l’histoire musicale occidentale et une double salle est dédiée aux musiques du monde.
ClavecinPhotographies : Clavecin de Ioannes Couchet (Anvers, 1652) © J.-M. Anglès - Cité de la musique. « D’une grande qualité d’exécution, cet instrument confirme l’attrait des clavecins flamands en France au début du XVIIIe siècle. Ravalé en 1701, il reçoit à cette occasion un nouveau décor de grotesques sur fond doré, appelé « à la Bérain » du nom du célèbre ornemaniste. Le piétement avec cariatides est un des rares originaux de l’époque de Louis XIV. L’ensemble compose un mobilier homogène élégant. »
ClavecinLa première étape du musée est consacrée au XVIIe siècle, depuis L'Orfeo de Monteverdi, premier opéra à nous être parvenu, jusqu'à la musique à la cour de Louis XIV. Un ensemble d’instruments reflète cette époque : un régale-bible, une contrebasse de viole, des cornets à bouquin, des cistres et luths, une remarquable collection d’instruments des célèbres luthiers Sellas, des claviers italiens, des guitares baroques, des violes de gambe et clavecins flamands et français, une flûte traversière en cristal, une flûte à bec , une contrebasse de 2 m de haut. Le tableau de Nattier La Leçon de musique apporte une illustration raffinée à ces objets d'art qui ne le sont pas moins, et qui nous emportent littéralement sur les notes qu'ils gardent en sommeil, comme c'est le cas pour les trois autres parties.

Photographie : ClavecinClavecin d'Antoine Vater (Paris, 1732) © J.-M. Anglès - Cité de la musique. « La rareté et l’état de conservation de ce clavecin sont exceptionnels. Cinq instruments seulement de ce facteur, d’origine allemande et membre de la corporation des facteurs de Paris, sont répertoriés. L’instrument nous est parvenu dans un état proche de celui d’origine avec une table d’harmonie aux couleurs préservées. »
La seconde section est dédiée au XVIIIe siècle. Comme on peut le lire sur le site : « Une sélection d’instruments originaux évoque le salon de La Pouplinière, mécène de Rameau pendant 20 ans : une délicate harpe ornée de chinoiseries, une cithare sur table appelée tympanon, une paire de cymbales frappées aux armes du Duc de Richelieu... Époque également marquée par un discours esthétique sur une nature idéalisée, dont Rousseau se fait le chantre, le XVIIIe siècle connaît une vogue éphémère pour les musiques pastorales, et ses musettes et vielles à roue jouées par d’aristocrates bergères. En parallèle, la pratique des concerts publics se répand et permet la diffusion de répertoires de compositeurs italiens, viennois et allemands. En 1778, le Concert spirituel accueille Mozart pour sa Symphonie en ré majeur dite « parisienne » au Palais des Tuileries, salle dont le Musée présente la maquette.  »
Piano Pleyel de ChopinPhotographie : Piano à queue de Chopin d'Ignace Pleyel (Paris, 1839) © J.-M. Anglès - Cité de la musique. « Au XIXe siècle, le piano symbolise l’aisance matérielle et la bonne éducation, témoignant de l’avènement de la bourgeoisie. La sonorité riche et puissante du piano, résultat d’innovations successives, offre des effets de nuances très contrastés répondant aux exigences de la musique romantique et plus particulièrement à une nouvelle forme de concert, le récital. Le public est fasciné par le musicien soliste : compositeurs et interprètes virtuoses, Franz Liszt, Sigismund Thalberg et Frédéric Chopin élaborent de nouvelles techniques de jeu sur lesquelles repose l’enseignement moderne du piano. Sensible à la douceur et l’intimité du son des pianos Pleyel, Chopin apprécie tout particulièrement la mécanique à simple échappement, à laquelle la firme restera fidèle jusqu’à la fin du siècle. »
Le « ... XIXe siècle est présenté dans le Musée sous ses multiples facettes. En réaction au classicisme et au règne de la raison du siècle précédent, le langage musical du XIXe siècle, influencé par les mouvements littéraires germaniques, témoigne d’un goût marqué pour l’expression des sentiments, Harpele mysticisme et le surnaturel. […] Une vitrine consacrée aux cinq violons du célèbre Stradivari [Antonio Giacomo Stradivari dit Stradivarius, né en 1644 à Crémone] que comptent les collections, et une dévolue à la symphonie Eroica de Beethoven, illustrent les deux formations dominantes au XIXe : le jeu soliste et la musique symphonique. Liszt et Chopin, dont le Musée possède des pianos sur lesquels ils ont joué, incarnent la figure du musicien romantique, virtuose et passionné, pour lequel les facteurs d’instruments rivalisent d’ingéniosité. Motivés par les besoins croissants de timbres et de puissance de l’orchestre, notamment celui de Berlioz, qui atteint des dimensions démesurées, de nouveaux instruments voient le jour. Si le plus spectaculaire du Musée est sans conteste l’octobasse de Vuillaume, immense contrebasse de 3m50, le plus célèbre reste le saxophone dont le Musée possède plusieurs pièces de l’atelier même de Sax.  »
Je ne vais pas trop m'étendre sur les autres pièces de ce musée mais plutôt présenter un antiquaire. Les antiquaires sont parfois des défricheurs qui retrouvent des objets à qui ils redonnent leur lustre, et dont certains parcourent les ventes aux enchères internationales. Le site de William Petit propose de nombreux instruments de qualité.
Photographie : Harpe de Sebastian Erard à la galerie William Petit.
A noter aussi le Musée des instruments de musique de Bruxelles.

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Indigence

Luxe et indigenceLe petit maître n'est pas à l'abri de l'indigence. La petite-maîtrise n'a jamais été l'apanage d'une classe. C'est avant tout une histoire de goût. On peut être dans du dénuement et avoir une âme de petit-maître. Le manque d'argent peut aussi être contourné par le style.
Photographie : J'aime particulièrement cette gravure de la première moitié du XIXe siècle de Le Bon Genre (N° 104). Elle est intitulée Rêvant« Luxe et Indigence » et représente une petite maîtresse pauvre dans son intérieur. Celle-ci possède une jolie robe, un beau chapeau, quelques parures en or, une paire de chaussures délicates, un ensemble de nuit (déshabillé, bonnet et coussin) particulièrement fin, et un châle ouvragé qui lui sert de rideau. Un bougeoir à la mode en porcelaine et orfèvrerie est posé près d'un livre sur deux boîtes de vêtements dans lesquelles se trouve sans doute toute la suite de ses biens. Le reste dénote un grand dénuement : une chaise, un tabouret, un lit pliant, des draps et une couverture rudimentaires, un miroir très simple … pas même de quoi suspendre sa robe et son chapeau. La beauté de son visage, la blancheur et délicatesse de son corps (poitrine et une main aussi visibles), le luxe de ses quelques affaires, contrastent avec la pauvreté de sa situation. Le peu de choses qu'elle possède sont de qualité. Présentée dormant avec sur sa glace une lettre et un ticket de bal, on peut supposer qu'elle est riche aussi de beaucoup de rêves.

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Le boudoir

Les Etrennes mignonnesPhotographie 1 : Double page d'un petit almanach du XVIIIe siècle de 10 x 6 cm, avec sur la page de droite la partition d'une chanson intitulée « Le rideau entr'ouvert » et sur la page de gauche une gravure pour illustrer le mois de janvier avec pour légende : « Les Étrennes réciproques ». La tradition des étrennes que l'on s'échange pour la nouvelle année est suivie ici d'une manière galante : Si les deux protagonistes s'offrent des cadeaux, leur position laisse à penser qu'ils vont faire un peu plus que cela. La scène se passe dans ce qui semble être un boudoir, sur un fauteuil ou un lit surmonté d'un baldaquin, près d'une cheminée et de la statue du dieu Éros. La page de titre de cet ouvrage sans date mais du XVIIIe siècle est ainsi rédigée : « Les Amusements de Paris. Almanach chantant pour les jolies Femmes qui on de la raison, avec Tablettes Économiques. Perte et Gain. Petit secrétaire fidèle et discret. A Paris, Chez le Sr. E. Liez, de l'Hôtel de Coigny Rue Neuve des Petits Champs. »
'Bouder' est un mot d'origine onomatopéique rappelant le renflement des lèvres que l'on forme lorsque l'on dit « bou » ou quand on exprime un certain mécontentement vis-à-vis d'une personne familière ou face à une situation contrariante, en même temps que l'on se replie sur soi-même et que l'on reste muet, voire que l'on évite l'individu ou la chose qui en est la cause.
Le nom de 'boudoir' exprime ce repli. Il s'agit d'un petit cabinet où l'on se retire quand on veut être seul. Uniquement les personnes intimes ou invitées à l'être y sont conviées. C'est un lieu de retraite,  dédié aux plaisirs de la solitude (lecture, écriture, musique, repos, méditation ...), de la conversation et du badinage. Il est généralement placé près de la chambre. C'est un prolongement de la ruelle qui est l'espace près du lit dédié à la conversation ou à la toilette (voir l'article Les Précieuses et les femmes de lettres).
Charles Palissot de Montenoy (1730-1814) décrit ainsi le boudoir dans un de ses poèmes :
« Lieu favorable à l'amoureux mystère,
Et décoré par la main des plaisirs,
Où la beauté cesse d'être sévère,
Où tout l'invite à flatter ses désirs,
Et dont l'aspect, même à la plus austère,
A quelquefois dérobé des soupirs. »
Photographie 2 : Gravure provenant de l'ouvrage de M. de Favre intitulé Les Quatre heures de la toilette des dames, poème érotique en quatre chants ... (Paris, 1779), et dont la description indique : « Un boudoir éclairé d'un jour tendre : Europe y est assise à sa toilette ». Derrière elle les trois Grâces s'occupent de la coiffure de la déesse : l'une lui déploie ses cheveux pour que la seconde y verse une eau de senteur pendant que l'autre choisit des rubans pour ajouter à sa chevelure. Cupidon lui porte son miroir et « des Nymphes admirent avec attention & une curiosité extrême un pot de rouge que tient une d'elles un peu détachée du groupe ». Le dieu Comus semble attendre dans l'ombre avec sa torche pour l'amener à quelques réjouissances prévues sans doute dans la salle à manger. Sa tête est ceinte d'une couronne semblable à celle que portent deux amours au dessus d'Europe. Il a un thyrse (une baguette entourée de feuilles de vigne) : symbole dionysiaque.

Un boudoir éclairé d'un jour tendre© Article et photographies LM

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La planète du petit prince découverte ?

Un astéroïde prénommé TK7 a été découvert récemment. Sa circonvolution semble montrer qu'il est en orbite autour de quelque chose d'invisible. Comme on peut le lire dans Le Petit prince d'Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944)  : « l'essentiel est invisible pour les yeux ».


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La cocotte et le coco

CocottesPhotographie de gauche : " Une cocotte. " Bertall (1820-1882), La Comédie de notre temps, 1874-1876 (deuxième série). Photographie de droite : " COMMENT SE METTAIT UNE COCOTTE " de la deuxième série de La Comédie de notre temps.
La cocotte est une jeune femme élégante de vers 1860, sous le second Empire (règne de Napoléon III de 1852 à 1870).
Assiette Le chic des cocottes de ParisPhotographies : Assiette du XIXe siècle de la série « Scènes villageoises comiques » (n°9) : « V'la l'chic des cocottes de Paris ». Un couple de villageois regarde passer une fille prenant de grands airs, mais avec des vêtements pauvres, pas de chaussures, avec une feuille de choux en guise d'éventail, des cerises comme boucles d'oreilles et des 'mauvaises herbes' pour agrémenter son chapeau.
Le chic des cocottes de ParisPhotographies suivantes : Assiette du XIXe siècle en faïence fine de Creil et Montereau représentant une « Cocotte à queue de cheval ». Celle-ci a une volumineuse queue de cheval garnie de perles et fleurs qui est tenue pas une personne derrière elle. La marque (Lebeuf, Milliet et Cie) permet de dater l'assiette entre 1840 et 1876. Cette céramique, d'époque Napoléon III, est donc contemporaine des premières cocottes.
Assiette Cocotte à queue de chevalAlfred Delvau écrit dans son Dictionnaire de la langue verte (1867) que la cocotterie est « le monde galant, la basse-cour élégante où gloussent les cocottes. » La cocotte est dans la continuation des petites-maîtresses, même si on appelle aussi ainsi à la fin du XIXe siècle et au XXe une femme aux mœurs volatiles richement entretenue. Il semble que l’on parle auparavant dans ce sens de poulette. On dit d’une personne qui se conduit en femme légère qu’elle cocot(t)e, que c’est une cocotteuse, et que celui qui la côtoie est un cocoteur. La cocotte est aussi à rapprocher des cocodettes et des cocodes, tous ces noms venant de 'coq', coquet(te)s et coquetterie ; le terme même de 'coquet' désignant au Moyen-âge le coq et plus particulièrement celui servant de girouette par exemple au dessus du clocher d'une église.
Alfred Delvau définit le coco ainsi : « Homme singulier, original. - dans le même argot. Joli coco. Se dit ironiquement et comme reproche de quelqu'un qui se fait attendre, ou qui fait une farce agréable. Drôle de coco. Homme qui ne fait rien comme personne. »
Enfin 'coco' et 'cocotte' sont employés au XXe siècle pour s'adresser avec tendresse à un enfant. On dit aussi « c'est un vilain coco ».

Cocotte à queue de cheval© LM : Article et photographies.

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Estampes à la mode

assiettegravures300lmassiettegravuresdetaila300lmPhotographies : Assiette du XIXe siècle représentant une élégante de vers 1829 dans un magasin d'estampes. Elle tient dans sa main une image de mode représentant un jeune homme. Elle même est à la mode de cette époque : manches gigot, coiffure à la girafe (il semble que ce soit à l'arrivée d'une girafe à Paris, en 1827 que cette nouvelle coiffure est créée ), robe avec jupons, chaussures qui sont encore sans talons (comme à l'époque des merveilleuses) … Une gravure placardée sur le mur à hauteur de sa tête représente justement une girafe ! Derrière elle, un panneau indique : « Gravures et lithographies ».
La lithographie est un nouveau procédé d'impression qui aurait été inventé par Aloys Senefelder en 1796 en Allemagne (Wikipedia). Sa fabrication est introduite en France dans le premier tiers du XIXe siècle. Elle devient rapidement à la mode ; ce qu'illustre l'image avec cette gandine chez un marchand d'estampes dernier cri.

Photographies suivantes : Illustration d'une revue du XIXe siècle avec pour texte : « MODES DU JOUR. » « Robe de chambre de Mme Amélie (ancienne maison Delatour), rue Neuve-Saint-Augustin, 47. - Jupe-cage en acier élastique, de Thomas frères. - Coiffure de lingerie de la maison Saint-Dominique, rue du Bac, 56. - Gants des Tuileries, rue Saint-Honoré, au coin de la rue de l'Échelle. (Gravure extraite de l'Illustrateur des Dames.) »

modedujourrobedechambre300lmL'image joue un rôle important en Occident, et cela depuis l'Antiquité. Les pièces des maisons des grecs et romains aisés sont couvertes de représentations figuratives. Les murs sont peints de diverses scènes et les sols sont parsemés de mosaïques qui s'étalent aussi parfois sur les murs. Les très nombreuses statues sont elles aussi peintes. Peut on aujourd'hui imaginer celles du Parthénon à Athènes toutes colorées ? Les ouvrages en papyrus destinés à la lecture sont eux aussi très souvent illustrés. La chrétienté n'est pas en reste au Moyen-âge. Les statues de la façade de la cathédrale Notre-Dame à Paris datant du XIIe siècle sont aussi polychromes. Les églises, châteaux et demeures bourgeoises sont couvertes de représentations (sur les murs, en tapisseries ...), les manuscrits aussi. En Occident, la gravure est une technique qui semble dater du XIVe siècle. La fabrication du papier facilite la reproduction de plus en plus à grande échelle. Elle évolue rapidement. Au XVIIIe elle trouve un certain accomplissement dans la grâce à travers notamment des graveurs français. Au XIXe siècle les technologies modernes, aussi bien au niveau de la fabrication du papier que des estampes, offrent des opportunités nouvelles et un rendement largement supérieur. Avec l'invention de la photographie, le mouvement s'accélère encore. Puis le cinéma, la télévision et internet ajoutent à ce déluge d'images. Avecmodedujourrobedechambredetail300lm la photographie, l'image se confond à la réalité. Avec Internet et les technologies numériques elle peut prendre la place de l'être sous la forme d'un avatar. Ce n'est pas si nouveau puisque le masque a déjà cette fonction dans l'Antiquité.
Des magasins d'estampes sont réputés aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Certaines de ces images véhiculent les dernières modes ; et cela non seulement à Paris ou en France, mais dans le monde entier. Une gravure de 1805 de Pierre-Nolasque Bergeret (1782–1863) représente Les musards de la rue du Coq : un attroupement constitué en grande partie de fashionables contemplant les dernières images à la mode exposées dans la devanture de la librairie Martinet, rue du Coq-St-Honoré. Les deux gravures du centre ont pour titre : « Le suprême bon ton actuel ». Au dessus un papier indique : « Recueil de Caricatures ». Des personnages assez semblables à ceux représentés sont parmi les badauds. Les estampes ont donc leurs curieux et connaisseurs. Une peinture à l'huile (H. 32.5, l. 24.5) de Louis Léopold Boilly (1761-1845) conservée au département des Peintures du musée du Louvre figure des Amateurs d'estampes.

© Article et photographies LM.

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L’Horlogerie à Genève : Magie des métiers, trésors d’or et d’émail.

Montredepocheapendulumvers1700300Photographie 1 : « François Dentand, Genève. Montre de poche à pendulum, vers 1700. Écaille cloutée d'or, émail peint, laiton doré. © MAH, photo : M. Aeschimann . Inv. H 2008-137. » Exposition  L'horlogerie à Genève : Magie des métiers, trésor d'or et d'émail.
Pendant des siècles l'Europe excelle dans de nombreux arts ; comme celui de l'horlogerie dont les fabrications les plus fines sont des témoignages émouvants et précieux alliant les beaux arts, les nouvelles technologies issues des sciences et la philosophie dans une harmonie émouvante de beauté. Les arts de l'orfèvrerie, de la bijouterie, de l'horlogerie, des émaux, de la miniature, se mêlent avec bonheur dans ces petites pièces, véritables 'bijoux de poche'.
Montredepochedoublefacevers1770300J'ai déjà écrit un long article traitant d'un aspect de l'horlogerie au XVIIIe siècle intitulé Les mécanismes du temps, où je présente des cartels et un régulateur.
Voici quelques exemples de montres conservées au musée du Louvre : XVIe siècle : 1, 2, 3 (musée national de la Renaissance d'Ecouen) ; XVIIe siècle : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17 ; XVIIIe siècle : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11.
L'exposition L'horlogerie à Genève : Magie des métiers, trésors d’or et d’émail qui se déroule du 15 décembre 2011 au 29 avril 2012 au musée Rath de Genève, présente plus de mille œuvres du XVIe siècle à nos jours avec des pièces que le public peut admirer pour la première fois et des chefs-d'oeuvre où « la beauté s’allie à la haute précision et à la technicité ». Les montres, pendules, bijoux, émaux, miniatures, proviennent tous des collections d’horlogerie, d’émaillerie et de bijouterie du Musée d’art et d’histoire de Genève. Sont exposées des œuvres monumentales comme des pièces minuscules de quelques millimètres. « La constitution des collections étant intimement liée à l’activité industrielle et à la culture artistique genevoise, cette exposition entend également souligner le lien qui existe entre les œuvres et les métiers d’art. Elle évoque le rôle des ateliers comme lieux de création et souligne l’actualité d’une tradition horlogère, ininterrompue à Genève depuis cinq siècles. À ce titre, de prestigieuses maisons seront ponctuellement présentes durant l’exposition avec leurs propres collections historiques et des démonstrations dans les domaines de l’horlogerie, de l’émaillerie et de la bijouterie. » « Le Musée d’art et d’histoire conserve 20 000 pièces liées au savoir-faire local et international de l’horlogerie, de la bijouterie, de l’émaillerie et de la miniature. »
Photographie 2 : « Louis Duchêne & Cie, Genève. Montre de poche double-face, vers 1770. Or, diamants. © MAH, photo : M. Aeschimann. Inv. H 2008-136. »
Photographie 3 : « Christ Moricand, Genève. Étui avec montre, vers 1790. Serpentine, or repoussé et ciselé. © MAH, photo : M. Aeschimann. Inv. H 2008-135. »

Etuiavecmontrevers1790a300© Article LM

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Le zazou, le swing et le da dou da dou da.

zazouquellefolleimprudencerecadre300lm1.gifPhotographie 1 : lezazouneurastheniquetraparent300lm2.gifCarte postale (14 x 9 cm) de vers 1945 représentant un zazou se baignant avec deux jeunes femmes zazous le prévenant : « - Quelle folle imprudence, Mr Zazou ! » Les baigneuses, bien qu'en maillot de bain, ont le visage très maquillé ce qui est caractéristique de cette mode, et le baigneur porte des lunettes noires rondes, la veste à carreaux et de grosses chaussures. Le caricaturiste se moque de la frilosité et du caractère peureux du zazou. Les petits-maîtres sont souvent considérés comme craintifs voir lâches. En vérité c'est souvent le contraire. Ils ont un sens de l'honneur très développé et malgré leur apparence frêle peuvent être très courageux. C'est le cas des incroyables durant la Révolution et des zazous pendant la seconde guerre mondiale ou même des petits crevés du XIXe siècle dont des anecdotes relatent la bravoure de certains. Leur aspect délicat et leur côté insouciant leur permettent de continuer à afficher leur liberté même dans les moments les plus terribles de notre histoire. © LM.
Photographie 2 : Voir photographie 7.
Photographie 3 : Couverture du Marie-Claire de février 1940 (n°155) avec une photographie de femme dans un style très zazou. Elle est élégante ; son chapeau a des couleurs fraîches, et elle est maquillée d'une façon caractéristique : rouge profond sur les lèvres, visage pâle rehaussé d'un léger pourpre sur les joues, yeux soulignés. © LM.
Le zazou, le swing et le da dou da dou da sont la même personne. Le terme de 'zazou' viendrait d’une onomatopée ; celui de dadoudadouda se retrouve dans de nombreuses chansons zazous ; et le 'swing' est la musique à la mode chez ces personnes. Les habits du zazou rappellent ceux du gommeux dont certaines images le montrent avec une veste longue et quadrillée (voir les articles intitulés : Le Gommeux & Les carreaux à la mode). Le zazou, dont l’origine remonte juste un peu avant la seconde guerre mondiale (qui a vers les 20 ans pendant cette guerre), est par contre en décalage avec la génération précédente. Le type même de cette dernière porte un chapeau de paille de canotier à la Maurice chevalier (1888-1972), les cheveux courts, un costume serré trois pièces élégant, zazoumarieclaire16fevrier1940300lmboutonné assez haut et plutôt sombre (bleu marine …), des guêtres blanches sur des chaussures noires, une canne … Charles Trenet (1913-2001) est dans ce style bien qu'il s'adapte vite au style zazou.
Depuis quelques dizaines d'années, de nombreuses modes musicales viennent d'Amérique : rumba, blues, tango, jazz, slow-fox, shimmy, charleston, swing, boogie woogie etc. Beaucoup d'entre elles sont afro-américaines et la plupart sont associées à des danses. Pendant la seconde guerre mondiale ces musiques sont interdites. On les joue donc dans des surprise-parties et dans des caves. Celles de Saint-Germain-des-Prés deviennent célèbres après la guerre. Des musiciens des États-Unis s'y produisent et y apprécient une certaine liberté. Même la Beat Generation se retrouve à Paris.
Le zazou a les cheveux longs et huilés, porte donc une longue « veste quadrillée » (à grands carreaux) ample qui lui tombe sur les cuisses avec de nombreuses poches à revers et souvent plusieurs martingales ce qui est assez provoquant à une époque où le tissu est rationné et en complet décalage avec le costume fasciste. Son chapeau est à rebords étroits. Sa chemise a un col haut qui prend le cou tenu par une épingle, une cravate étroite faite de toile ou de grosse laine généralement avec un petit noeud placé très haut, un costume croisé à quatre boutons et à grande encolure, serré au niveau du bassin. Le gilet peut être de couleur, le plus souvent dans un ton en harmonie avec le costume. Le pantalon est étroit et froncé. Le parapluie remplace la canne mais reste fermé. Les carreaux qui sont à la mode au moins depuis le XIXe siècle dans la jeunesse parent non seulement les vestes mais aussi les jupes, les parapluies et jusqu’aux voitures de certains zazous. La chanson Ils sont zazou que je retranscris un peu plus loin dépeint cet accoutrement. Évidemment toutes les fantaisies sont possibles mais c’est le type récurrent. Les femmes zazous ont de longs cheveux souvent blonds, bouclés ou tressés. Elles sont fardées avec un rouge à lèvre voyant et portent des lunettes noires. La veste est carrée au niveau des épaulettes. La jupe est courte (au dessous es genoux) et plissée. Leurs bas sont rayés ou même à résille et les chaussures avec des semelles de bois colorées et épaisses. Lors de l'exposition du 27 novembre, une paire de ces souliers était présentée dans un sac : avec une semelle et un talon entièrement en bois peint en rouge et le reste dans un tissu épais.
Depuis l’arrivée du jazz en France, et l’époque swing de l’entre-deux-guerres, le jeune français à la mode s’extasie devant les nouveaux airs venus d’Amérique (du nord et d’Amérique latine). Le débarquement des alliés ne fait qu’accentuer cela. Le rock’n’roll prend progressivement la relève. Pendant l’occupation, la vie du zazou parisien n’est pas de tout repos. Surtout à partir de 1942 où semble-t-il on assiste aux premières rafles et rossées de ces élégants dans les rues. Cependant ce mouvement perdure. Pour faire passer les chansons américaines, on les réécrit en français … et ça marche ! On ne 'fauche plus le persil' ; mais on continue à « faire » la place une telle, les Champs-Élysées (à la terrasse du Pam Pam) ... enfin tous les lieux parisiens de grande promenade. On se réunit pour danser et écouter de la musique parfois dans des caves ; mais le plus souvent dans des surprise-parties, dont le style ne change pas beaucoup de celui du film La Boom de Claude Pinoteau (1980), quand on a à faire à des adolescents de 14-17 ans, ou beaucoup plus encanaillées si on se réfère aux exemples relatés par Boris Vian dans son livre intitulé Vercoquin et le Plancton. Il n’est pas nécessaire de projeter des idées libertaires, révolutionnaires, politiques ou autres sur des jeunes qui sont simplement de leur âge, parfois dans un contexte difficile. Pendant l'occupation il n'y a pas beaucoup d'occupations : on ne peut voyager par manque d'essence ; les voitures sont peu nombreuses et restent au garage sur des cales du fait du manque de pneus ; les plages sont interdites ; les radios sont celles de la propagande ; les journaux sont réduits à une feuille recto-verso ... On va beaucoup au théâtre, au cinéma ; on lit énormément, et la vie intellectuelle reste riche. Nombre des jeunes d'alors sont des 'zazous'. Le chanteur Léo Ferré (1916-1993) lui-même se considère comme en étant un. Dans une interview il oppose sa génération zazou à la yéyé qui annonce les débuts de la musique purement commerciale.
vercoquinetleplanctonreliure300lmPhotographie 4 : Vercoquin et le Plancton de Boris Vian, Paris, Gallimard : La plume au vent (collection dirigée par Raymond Queneau), cinquième édition, octobre 1946. La première édition semble être elle aussi chez Gallimard et dater de la même année. © LM.
Boris Vian (1920-1959) est lui aussi zazou. C'est un passionné de jazz. Dans son roman publié en 1946 Vercoquin et le Plancton il relate l'organisation de surprises parties pendant l'occupation par et pour des zazous. Voici une description des habits et de la façon de danser d'un couple swing : « Le mâle portait une tignasse frisée et un complet bleu ciel dont la veste lui tombait aux mollets. Trois fentes par derrière, sept soufflets, deux martingales superposées et un seul bouton pour la fermer. Le pantalon, qui dépassait à peine la veste, était si étroit que le mollet saillait avec obscénité sous cette sorte d'étrange fourreau. Le col montait jusqu'à la partie supérieure des oreilles. Une petite échancrure de chaque côté permettait à ces dernières de passer. Il avait une cravate faite d'un seul fil de rayonne savamment noué et une pochette orange et mauve. Ses chaussettes moutarde, de la même couleur que celles du Major, mais portées avec infiniment moins d'élégance, se perdaient dans des chaussures de daim beige ravagées par un bon millier de piqûres diverses. Il était swing. La femelle avait aussi une veste dont dépassait d'un millimètre au moins une ample jupe plissée en tarlatatane de l'île Maurice. Elle était merveilleusement bâtie, portant en arrière des fesses remuantes sur des petites jambes courtes et épaisses. Elle suait des dessous de bras. Sa tenue moins excentrique que celle de son compagnon, passait presque inaperçue : chemisier rouge vif, bas de soie tête de nègre, souliers plats de cuir de porc jaune clair, neuf bracelets dorés au poignet gauche et un anneau dans le nez. Il s'appelait Alexandre, et on le surnommait Coco. Elle se nommait Jacqueline. Son surnom, c'était Coco. Coco saisissait Coco par la cheville gauche et, la faisant habilement pivoter en l'air, la recevait à cheval sur son genou gauche, puis, passant la jambe droite par-dessus la tête de sa partenaire, il la lâchait brusquement et elle se retrouvait debout, la figure tournée vers le dos du garçon. Il tombait soudain en arrière, faisait le pont et insinuait sa tête entre les cuisses de la fille, se relevant très vite en l'enlevant de terre et la faisant repasser, la tête la première, entre ses jambes, pour se retrouver dans la même position, le dos contre la poitrine de sa compagne. Se retournant alors pour lui faire face, il poussait un « Yeah ! » strident, agitait l'index, reculait de trois pas pour avancer aussitôt de quatre, puis onze sur le côté, six en tournant, deux à plat ventre, et le cycle recommençait. Les deux transpiraient à grosses gouttes, concentrés, un peu émus de l'attention nuancée de respect que l'on pouvait lire sur le visage des spectateurs admiratifs. Ils étaient très, très swing. » » Dans son Manuel de Saint-Germain-des-Prés publié en 1951, Boris Vian critique le zazou au profit de l'existentialiste dans lequel il se reconnaît plus alors.
Voici les paroles de Je suis Swing (78T de 1939) de Johnny Hess : « La musique nègre et le jazz hot / Sont déjà de vieilles machines / Maintenant pour être dans la note / Il faut être swing / Le swing n'est pas une mélodie / Le swing n'est pas une maladie / Mais aussitôt qu'il vous a plu / Il vous prend et n'vous lâch'plus / Oh! je suis swing / Oh! je suis swing / Zazou, zazou, je m'amuse comme un fou. »
ilssontzazoustitre300lmPhotographie 5 : Page de titre d'une partition datée de 1942 : Ils sont zazous. Les paroles sont de Maurice Martelier et la musique de Johnny Hess avec un tempo swing. Cette chanson a été interprétée  notamment par Charles Trenet. « Les cheveux tout frisottés / Le col haut de dix huit pieds / Ah ! Ils sont zazous ! / Le doigt comme ça en l’air / Le veston qui traine par terre / Ah ! Ils sont zazous ! / Ils ont des pantalons d’une coupe inouïe / Qui arrive un peu au dessous des genoux / Et qu’il pleuve ou qu’il vente ils ont un parapluie / Des grosses lunettes noires et puis surtout / Ils ont l’air dégouté / Tous ces petits agités / Ah ! Ils sont zazous ! / Un jour un brave notaire / De son pays débarquant / Venait pour de grosses affaires / De legs et de testaments / Il avait l’allure très digne / Mais comme les modes de maintenant / Ont à peu près la même ligne / Que celle de dix neuf cent / Deux jeunes zazous s’écrièrent en l’apercevant : / Ce qu’il fait distingué / Son col haut de dix huit pieds / Ah ! Ce qu’il est zazou ! / Il a ce brave notaire / Le veston qui traine par terre / Ah ! Ce qu’il est zazou ! / Il ne se doutait pas ce très digne notaire / Qu’il pouvait être à ce point zazou / Car tous ses vêtements lui venaient de son grand-père / Le col, le veston, et tout et tout / Il fut tout étonné / De se voir ainsi remarqué / Par tous les zazous ! / De retour chez lui le notaire / Sidérait tous ses amis / Y ne marchait que le petit doigt en l’air / Mais bientôt ce fut bien pis / Cette maladie pris sa fille / Sa femme, son clerc, son toutou / Enfin toute la famille / Tout le monde devint zazou / Dans le pays quand y se promenaient on les croyait fous / En les voyant passer / Les braves gens s’écriaient / Tiens ! Voilà les zazous ! / Après mûres réflexions / Le docteur en consultation / Dit : Ils sont zazous ! / C’est une maladie un peu particulière / Bientôt il n’y paraitra plus rien / Avec une bonne cure de polka de nos grands-mères / Puis se regardant il dit : Tiens ! Tiens ! / Mes cheveux tout frisottés / Mon col haut de dix huit pieds / Mais je suis zazou ! / Tout comme le notaire / Mon veston traine par terre / Donc je suis zazou ! / Et si ce n’est qu’une question vestimentaire / Je suis le plus zazou d’entre nous / Car ma redingote traine jusque par terre / Je ne vois qu’un remède faisons couper tout / Le docteur avait compris / Que là se tenait l’esprit de tous les zazous ! » [retrouver ces paroles sur paroles.voila.fr] © LM. Cette chanson s'écoute sur la vidéo ci-dessous de Camille 885.

quandjedanseleboogierecadre300lmPhotographie 6 : Partition de Quand je danse le boogie (1943). Le swing n'est pas la seule musique à la mode chez les zazous, il y a aussi par exemple le boogie-woogie. © LM.
Photographies 7 et 2 : Dans Le Zazou neurasthénique (paroles d'André Mile, musique de Paule Muray, joué sur un swing mou) celui-ci est décrit dans sa posture de 'petit dégouté' que l'on retrouve souvent chez les petits maîtres  (voir l'article Le Petit-maître en Chenille) ; surtout après la Révolution. Cette mollesse est décriée et ces gandins en rajoutent. On retrouve dans cette chanson d'autres thèmes appartenant aux jeunes à la mode : le chahut, la simulation de la folie, la distinction, le bon ton ; les manières de danser, de s'habiller et de se tenir très particulières. Voici le texte de cette chanson : « COUPLET C'est un vrai swing, Un tout joli un classique Dans les dancings C'est un des plus frénétiques Et ses grands vestons Ses cheveux en festons Indiquent le bon ton Mais il n'est pas gai. Sous son air distingué lezazouneurasthenique300lmOn le sent fatigué Le swing lentement froidement sûrement Le swing l'a tué l'a vidé possédé Mais sur les genoux rendu fou rendu mou Le Zazou Di es i rae di es i la ah ! Il a l'air flemmard son regard est hagard Il se sent mourir dépérir et maigrir Car le cerveau flou par à coups se dissout Du zazou  Di es i rae di es i la ah ! Le chahut éperdu Des saxophones Le vaincu la tordu Il déraisonne Il a les cheveux douloureux c'est affreux. Le jazz le terrasse et fracasse sa carcasse Et dans ses yeux fous Ya surtout le dégout Du zazou  Di es i rae di es i la. II COUPLET Tous les docteurs, On dit que c'était chronique. Le swing rageur, L'a rendu neurasthénique. Il se ramollit On le sent abruti C'est un garçon fini On a essayé D'un peu le soulager Mais il est condamné. III COUPLET Je l'ai vu hier Ça m'a fait bien de la peine L'index en l'air Et le veston à la traîne Et lorsqu'il me vit L'air affable il me dit : C'est moi Tchaikowsky j'ai compris de suit' Qu'sa cervell' décrépit' Etait bouffée' des mit's. » Ces paroles sont publiées pour la première fois sur Internet ; comme nombre des documents textuels et iconographiques de ce blog. Du reste presque tout le corpus iconographique concernant la mode provient de photographies prises à partir de documents d'époque de ma collection. © LM.
Photographie 8 : « Mon heure de Swing : La chanson des vrais Da Dou Da Dou Da ». Paroles de Georgius et musique de H. Rawson. Indication de « Copyright 1941 ». La partition commence par une « Annonce : On dit que les êtres humains ont une heure de folie par jour. Moi j'ai ça … mais comme je suis plus moderne … c'est mon heure de swing. » Ensuite vient la chanson : « C'est mon heure de swing Oui, mon heure de swing Doudadou dadou dadou dadou dadou L'index en avant Secoué d'un tremblement C'est charmant ! Quand Cela me prend C'est mon heure de swing J' fais des boum, des bing Doudadou dadou dadou dadou dadou Je me sens tellement gamin Soudain En sortant de mon bain L'œil perdu au lointain Zut pour les voisins ! J'ai mon heure de swingmonheuredeswing300lm L'heure où je trépigne J'en fiche un coup Doudadou dadou ! Dou ! L'autre jour, rue Bleue On faisait la queue Était-ce pour du lait, du beurre ou des choux ? Un vieux sergent d' ville Me fait prendre la file Tout l' monde était renfrogné quand tout à coup J'ai mon heure de swing Je fais « Boum » et « Bing » Doudadou dadou dadou dadou dadou À côté de moi Une vieille, prise d'effroi S'écrie « Quoi ! Quoi ? » Et m' mord le doigt. C'est mon heure de swing, Mais l'agent, très digne Doudadou dadou dadou dadou dadou Lui a dit « C'est un pauvre d'esprit » Doucement il m'a souri - « Suivez-moi mon ami. » Mais je lui ai dit : C'est mon heure de swing Et lui a fait « Bing » Son pied dans mon Doudadou dadou ! Le bon vieux notaire De la rue Daguerre Est mort l'autre jour. Quel bel enterrement, À la sacristie Fin d' cérémonie, On s'inclinait devant la famille ... quand … J'ai mon heure de swing Je fais « Boum » et « Bing » Doudadou dadou dadou dadou dadou Le brave bedeau Me casse sur le dos, Aussitôt, Oh ! Canne et pommeau. J' suis sorti, en swing, Et fier comme un cygne, Doudadou dadou dadou dadou dadou. Dehors les badauds faisaient la haie, Tous les chiens aboyaient, Les vieilles se signaient, L' croque-mort en claquait, Mais … J'étais très swing En plein « Boum » et « Bing » J'ai tout du fou Doudadou dadou ! C'est mon heure de swing, Faut qu'on s'y résigne. Doudadou … L'épidémie s'étend partout. Avec son cabas, Plein de rutabagas, Un pauvre gars Ah! Là-bas s'en va En faisant le swing Son doigt fait des signes, Doudadou … Il traverse entre les clous, Il va s'engouffrer dans le métro, On n'y est jamais trop Départs, virages, cahots, Pauvres asticots, Tout l' monde fait du swing Des « Boum » et « Bing » On travaille du … Doudadou dadou. Ah ! Pitié pour nous, Ah ! Guérissez-nous Du dadou dadou dadou da douda … Dou ! » Les paroles sont sur fr.lyrics.wikia.com. © LM.
Photographies 9 et 10 : Article pleine page de L'Illustration n° 5168 du 28 mars 1942 intitulé 'Nouveaux dandys'.  Dimensions : 38 x 28,5 cm. Les zazous tels que représentés sur ces illustrations sont dans le pur style des États-Unis à l'époque : cheveux mi-longs et bouclés, épaules carrées, jupe courte au dessous des genoux et mocassins pour la fille ; coiffure 'banane', cravate étroite, une veste dite 'canadienne', pantalon large et chaussures épaisses pour le garçon. Voici l'article : « Un grand café du Quartier Latin vers 5 heures du soir. Les facultés se sont vidées ; les bars bien chauffés se remplissent ; la traditionnelle jeunesse universitaire change de cadre et après l'amphithéâtre, vient, pour se détendre, palabrer dans le brouhaha des brasseries. Rien ne semble changé depuis des années, si ce n'est que moins de pipes fument au creux des mains et que les garçons et les filles accoudés devant des demis ou des boissons de remplacement représentent la France nouvelle, dont tous les discours officiels vantent le juvénile élan et le bon sens. Et, en fait, l'enthousiasme anime bien des regards car les jeunes auxquels on confie une grande tâche se dérobent rarement. Il existe cependant une catégorie d'étudiants qui, d'allure et de langage nettement différents, nouveauxdandys1942detailaa300lmconstituent en quelque sorte une tribu à part, ayant ses moeurs, ses coutumes et jusqu'à sa morale … Autour des tables, on les reconnaît aisément ; les hommes portent un ample veston qui leur bat les cuisses, des pantalons étroits froncés sur de gros souliers non cirés et une cravate de toile ou de laine grossière ; mais comme cela ne suffirait pas à les distinguer de tant d'autres Parisiens, ils lustrent à l'huile de salade, faute de matières grasses, leurs cheveux un peu trop longs, qui descendent  à la rencontre d'un col souple maintenu sur le devant par une épingle transversale. Cette tenue est presque toujours complétée par une canadienne dont ils ne se séparent qu'à regret et qu'ils gardent volontiers mouillée. Car ils ne sont vraiment eux-mêmes que sous la pluie : obéissant en cela à l'un des rites qui leur sont chers, ils traînent avec délices leurs pieds dans l'eau, crottent leur pantalon, exposent aux averses leurs cheveux touffus et gras. Quant aux femmes, elles cachent sous des peaux de bêtes un chandail à col roulé et une jupe plissée fort courte ; leurs épaules, exagérément carrées, contrastent avec celles des hommes, qui les « portent » tombantes ; de longs cheveux descendent en volutes dans leur cou ; leurs bas sont rayés, leurs chaussures, plates et lourdes ; elles sont armées d'un grand parapluie qui, quelque temps qu'il fasse, reste obstinément fermé. Tel est l'uniforme que ces jeunes gens ont tenu à arborer pour coopérer à la reconstruction de la France, pour parler de l'avenir entre deux danses épileptiques et clandestines … entre deux swings … Successeurs des Muscadins, des Merveilleuses, des Charleston et de tous les insouciants nés des grands troubles, ils imitent des personnages traditionnels en parlant avec emphase et en faisant des effets de bars ; ce qui ne les empêche pas de prendre leur rôle au sérieux et d'exposer leur profession de foi dans un refrain dont les notes aigües font vibrer les pianos et les haut-parleurs : « Je suis swing, da dou, da dou, dadoudé ... » Swing ! Un mot que le public accueille avec un haussement d'épaules indulgent comme une mode inoffensive ou une invention de chansonnier en quête de cible nouvelle ; un mot étranger dont il connaît d'ailleurs mal le sens et dont il fait, par ignorance, le synonyme de « chic » ou l'équivalent d' « agité » ; un mot cependant qui résume tout un programme, car, traduit en français, il signifie « direct », désigne le coup de poing du boxeur et semble évoquer la ligne droite, le dynamisme, la franchise poussée jusqu'à la brutalité. Le terme, reconnaissons-le, serait assez bien choisi et aurait peut-être fait fortune sans sa parure d'enfantillages, que blâment les non-initiés et les speakers des deux zones. « Nous poursuivons cependant une politique de redressement » clament les adeptes. Et, après avoir écrasé de leur mépris ceux qui ont fait et manqué la guerre, ils arborent en toutes circonstances un air soucieux dont rien ne les fait se départir. Conscients d'avoir le monde à remuer, ils poussent leurs idées dans la conversation avec des gestes las et affectés. Et il n'est de domaine qui ne les attire ; leur activité s'étend jusqu'à l'art, dont ils ont la prétention d'orienter les tendances : en musique ils recherchent la succession des sons graves et aigus qui coupent, en haut, la respiration pour ne la rendre que dans l'abîme insondable des basses : les montagnes russes en harmonie … Ils ont leurs jazz spécialisés, conduits par des chefs d'orchestre qui ne battent plus la mesure avec les jambes et les hanches comme au temps du shimmy, mais avec les épaules ; et de ces conducteurs d'orchestre ils font pour ainsi dire les grands-prêtres du swing chargés de communiquer au public leur fièvre croissante, leur agitation rythmée afin de créer une sorte d'hallucination collective ; des concerts sont régulièrement organisés dans les grandes salles de Paris, où se bousculent les amateurs enthousiastes. En peinture, ils dédaignent le dessein pour n'accorder d'intérêt qu'à la « pâte », dont ils décrivent les épaisseurs d'un geste professionnel du pouce dressé en spatule. Tels sont les vrais gens swings du Quartier Latin, ceux que l'on appelle par dérision les « zazou » et qui sont à l'origine de « mouvement » dont le style fut par la suite déformé. Car il existe maintenant une autre variété de ces dandys nouveaux ; une imitation superficielle, beaucoup plus élégante et moins « pure », qui siège aux Champs-Elysées ; ces swings-là vont encore chez le coiffeur, portent des pantalons bien coupés, mais se contentent d'un rôle de figurants sans en rechercher l'esprit. D'autres enfin, qui ne sont plus de première jeunesse, croient donner l'illusion de l'éternel printemps en imitant les étudiants ; mais à ces hommes mûrs, qui n'ont pas l'excuse de la puérilité, il faut l'atmosphère un peu frelatée des boîtes de nuit et un quartier général dans un établissement de Montmartre … … Et nous allions oublier le signe de ralliement, qui n'est point un blanc panache, mais, pour les filles, une curieuse touffe de cheveux frisés dressée vers le ciel et, pour les garçons, une mèche ondulée … Souhaitons que cette carapace de petits snobismes se dégage en temps voulu la volonté d'agir. Robert Baschet. Dessins de Marcel Chamard. » Cet article (publié pour la première fois sur Internet) est courageux à une époque où Paris est occupée. Il nous donne aussi de nombreux renseignements sur les zazous. © LM.

nouveauxdandys194270100© Article LM

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Entretien des livres anciens

guide-entretien-reliurePour les passionnés et futurs passionnés des livres anciens, la librairie Essentiam vient d’éditer son premier Guide pratique numérique sur l'entretien et les soins à donner aux reliures anciennes. « Ce guide est gratuit, dans la mesure où la conservation des livres anciens est une de nos principales préoccupations, et qu'il nous paraît utile et important de diffuser largement les bonnes pratiques d'entretien » indique la librairie. Il est en effet très utile. Ce pdf est de plus un exemple montrant comment le numérique peut aujourd’hui servir le livre ancien. Et si vous avez des amis férus d’un auteur, n’hésitez-pas à leur offrir un ouvrage de l’époque de celui-ci. De tels livres, qui ne sont pas obligatoirement des premières ou prestigieuses éditions, sont d’une grande valeur et à tous les prix.

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Merveilleuses & merveilleux