Porcelaine de Chantilly

Images faites à partir de photographies provenant de www.interencheres.com

Si les musées offrent des expositions thématiques parfois passionnantes, la passion de l'Art se rencontre souvent d'une manière encore plus intime dans d'autres endroits comme certaines ventes de collectionneurs. Le mardi 8 décembre à Drouot Richelieu (Paris) sera proposée aux enchères par Million & Associés (www.millon-associes.com) la collection de M. Jean de Cayeux de porcelaines tendres de Chantilly du XVIIIe siècle aux décors en camaïeu bleu et Kakiémon, visible sur interencheres.com.

La production de porcelaine tendre de Chantilly parcourt depuis 1725 tout le XVIIIe siècle. Féru de céramiques extrêmes-orientales, Louis IV Henri de Bourbon-Condé (1692–1740) a l'idée de faire élever dans son domaine cette manufacture dont le premier but est d'imiter la porcelaine du Japon. La France ne sachant pas encore fabriquer de la porcelaine dure comme en Asie elle en fait une imitation appelée 'tendre'. La riche collection de porcelaines dures japonaises d'Imari de style Kakiemon du prince de Condé (aussi duc de Bourbon, duc d'Enghien, de Guise, de Bellegarde, pair de France et comte de Sancerre) sert de premier modèle à ses céramistes. Après 1750, le style se diversifie avec l'ajout de nouveaux décors. La production de la fin du XVIIIe siècle privilégie semble-t-il le décor de camaïeu bleu. La marque habituelle est un cor de chasse. Après la fermeture de la manufacture de Chantilly, des fabriques fondées dans la même région poursuivent une production similaire, et leurs réalisations portent la même marque.

Photographie 1 : « Pot à eau et son bassin à côtes à bord festonné en porcelaine tendre à émail stannifère à décor Kakiémon polychrome de branchages fleuris. La prise du couvercle est en forme de bouton de fleur. XVIIIe siècle. Marqués au cor de chasse rouge. Hauteur verseuse : 13,2 cm Hauteur bassin : 5,5 cm Diamètre : 15 cm Couvercle accidenté, égrenures au bord du bassin, usures. » (www.interencheres.com)

Photographie 2 : Détail de la photographie 6.

Photographie 3 : « Rare pot à fard à couvercle concave en porcelaine tendre à émail stannifère à décor floral Kakiémon polychrome. Monture argent. XVIIIe siècle. Marquée au cor de chasse rouge. Hauteur : 6,5 cm Diamètre : 5,3 cm Diamètre base : 4,3 cm » (www.interencheres.com) Cette céramique est particulièrement intéressante car le dessus a sans doute pour fonction de servir de mortier pour broyer le rouge ou faire des mélanges.

Photographie 4 : « Saladier rond à bord en douce accolade en porcelaine tendre à émail plombifère à décor d’un petit bouquet de roses avec insectes en camaïeu bleu. Filet bleu en bordure. XVIIIe siècle. Marqué au cor de chasse bleu et de la lettre « F » de même. Profondeur : 9,5 cm Diamètre : 32 cm » (www.interencheres.com)

Photographie 5 : « Pot à sucre rond couvert sur piédouche en porcelaine tendre à émail plombifère au décor à la brindille en camaïeu bleu. Filet bleu en bordure. La prise du couvercle est en forme de bouton. XVIIIe siècle. Hauteur totale : 12 cm Diamètre : 10 cm Diamètre base : 6 cm » (www.interencheres.com) Le décor en bleu à la brindille est récurrent dans la production de Chantilly.

Photographie 6 : « Rafraîchissoir à bouteille sur piédouche en porcelaine tendre à émail plombifère. Décor à l’œillet en camaïeu bleu avec brindilles, et insecte sous une prise. Filet bleu en bordure. Les anses rocaille sont sommées d’une coquille. XVIIIe siè cle. Marqué au cor de chasse bleu et de la lettre « B » de même. Hauteur : 18,3 cm Diamètre base : 13,5 cm » (www.interencheres.com) L'oeillet est une fleur qu'affectionne, semble-t-il, en particulier Louis II de Bourbon-Condé (1621-1686), dit "Le Grand Condé ».

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Tics fashionables

Photographies : Exemple d'un détail d'une image d'une revue (d'Amérique du sud semble-t-il) datée de 1845 avec pour texte : « El Corréo de Ultramar » [pouvant se traduire par 'Le Courrier d'Outre-mer'] « En Paris rue du Faubourg Montmartre 10 ».

Dans son Traité de la vie élégante, Honoré de Balzac (179 9-1850) fait référence au tic que certains élégants ont de porter leur canne à leur bouche : « En se faisant dandy, un homme devient un meuble de boudoir, un mannequin extrêmement ingénieux, qui peut se poser sur un cheval ou sur un canapé, qui mord ou tète habilement le bout d’une canne … »

Aujourd'hui le mot 'tic' désigne une contraction convulsive et répétitive d'un muscle ou une manie. Au XIXe siècle et avant, ce terme qualifie aussi plus largement des habitudes comportementales récurrentes souvent associées à la socialisation et à la manière de paraître. Certains tics peuvent être ridicules comme une vieille femme se donnant le tic d'airs de jeune fille. D'autres peuvent être chics, un must en matière d'élégance. De ce fait on trouve parfois ce terme associé à des élégants afin de désigner certains comportements, usages dans la façon de tenir sa canne, de s'asseoir, de saluer, de s'habiller etc. Dans ce dernier cas, il s'agit de tics de toilette, comme la ticket-pocket du XIXe siècle qui consiste en une petite poche placée à la hauteur droite du paletot, de la jaquette ou du veston dont je fais déjà référence dans l'article intitulé : Anglomanie, partie 3 : Lions, lionnes, lionceaux, faux anglais, high life, snobs, perfect gentlemen.

Le tic exprime un style. « Il y a des tics littéraires qu'il est si facile d'imiter, qu'ils deviennent épidémiques. C'est ce qu'on remarque en lisant cet almanach, composé par tant de plumes différentes ; c'est une couleur, un ton uniformes. Vous jurerez que la moitié du livret est de la même main. On y aperçoit le même tour, la même manière, la même prétention à l'esprit ; & jusqu'au choix des mots & des images, tout vous répète l'accent du persiflage à la mode. » Tableau de Paris par Louis-Sébastien Mercier, tome III (fin du XVIIIe siècle).

Il y a de nombreuses autres sortes de tics, comme celui de « … tourner la tête en marchant, tic incorrigible du Français, et qui le signale dans tous les pays ... », tome cinq de Revue de Paris (1854).

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Style Napoléon III : « Au coeur de la Maison Opéra »

Cliquez sur la photographie pour accéder à la vidéo

« Le 3 décembre prochain, la maison de ventes Coutau-Bégarie organise à l’Hôtel Drouot la vente du mobilier de la Maison Opéra, résidence privée due à l’architecte Charles Garnier (1825-1898) qui en conçut l’extérieur et supervisa sa décoration intérieure de style Napoléon III. Pierre Minuissi,  clerc de l’étude, nous présente cette vacation (interview réalisée par Capucine Bordet) »

Vidéo & texte proviennent de : www.interencheres.tv

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La petite maîtresse à la promenade, le petit maître allant en bonne fortune, le museur, la museuse, le musard et la musarde.

Photographies : Almanach allemand de l'année 1779 (Zachenbuch zum Nuken und Bergnugen, Goetingen, J. C. Dieterich).

Voici un article qui fait suite à plusieurs autres dont celui du 22 juin 2009 intitulé Promenades. Il est le résultat de l'acquisition d'un almanach d'outre-Rhin de 1779 contenant de nombreuses gravures avec des thèmes tirés de la mode et de la civilité françaises. Si les estampes sont d'une médiocre qualité, les sujets sont très intéressants. L'une d'entre elles est intitulée « La petite Maîtresse à la Promenade » (première image de droite) et présente une jeune femme portant une des fameuses coiffures à étages à la mode à cette époque. Celle-ci tombe jusqu'au bas des reins et remonte pour constituer au dessus du visage un volume aussi haut que le buste dans son entier. Une autre image, intitulée « La promenade », expose une petite maîtresse moins excentrique mais charmante avec son bâton, son chien qu'elle tient dans ses bras et sa cambrure qui souligne son petit nez en trompette. J'ai largement parlé des promenades à la mode à Paris dans d'autres articles ; de la façon dont on 'fauche le persil' et les 'yeux' comme dans : Lorgner et oeillades, et Le Cours : L'empire des oeillades, l'un des lieux de l'élégance française où l'on fauche le persil, le Cours-la-Reine, les Champs Élysées ... Voici ici un extrait de Tableau de Paris (seconde moitié du XVIIIe siècle) où Louis-Sébastien Mercier décrit la beauté de certains des regards que l'on peut rencontrer en se promenant : « Promenades publiques. […] On s'aperçoit dans toutes ces promenades, que les femmes ont grand besoin de voir & d'être vues. L'OEIL fait à lui seul presque toute la physionomie. Point de visages gracieux, quelques réguliers qu'ils puissent être, sans l'expression du regard. On rencontre de ces fronts polis & colorés qui font des figures fort insipides, faute de l'œil qui n'exprime pas quelques qualités de l'esprit. L'œil doit être transparent comme le diamant. Une certaine langueur douce le rend bien plus beau que ne fait la vivacité. L'œil ne doit prendre aucune forme géométrique. Les yeux ronds ou absolument oblongs, ou saillants ont peu d'agrément. Comme c'est l'âme qui fait le regard & que les belles âmes sont en petit nombre, les beaux yeux sont assez rares. Il y a le feu de la jeunesse qui, à un certain âge, leur prête du brillant ; mais l'on reconnaît que ce sont des yeux passionnés, & non des yeux qui aient l'expression du sentiment. LORSQUE les plumes flottaient sur les têtes de nos belles, c'était un coup-d'œil fort agréable que de contempler du haut de la terrasse des Tuileries tous ces panaches mobiles & ondoyants, qui brillaient parmi les flots de promeneurs […] » Une seconde estampe de cet almanach est intitulée "La Promenade" et présente un couple et ses enfants dans cette occupation.

Une autre gravure a pour titre : « Le petit Maître allant en bonne fortune » et montre un jeune élégant dans l'accoutrement caractéristique : habits à pois, chapeau assez volumineux, cadenette, cravate, canne …, en action de se promener et faire de galantes rencontres. La sixième édition (1835) du Dictionnaire de l'Académie française donne une définition de la 'bonne fortune' qui est la suivante : « Bonne fortune, en termes de Galanterie, se dit Des faveurs d'une femme. Il se vante d'avoir eu cette bonne fortune. Il a eu beaucoup de bonnes fortunes. Un homme à bonnes fortunes. Aller en bonne fortune. Être en bonne fortune. » La définition de l'édition de 1765 du même dictionnaire donne : « BONNE FORTUNE, se dit en termes de Galanterie, pour signifier Les bonnes grâces d'une femme. Il est aimé des Dames, il a eu beaucoup de bonnes fortunes. C'est un homme à bonnes fortunes. Aller en bonne fortune. » Au XVIIIe siècle, l'expression 'aller en bonne fortune' signifie donc aller cueillir les faveurs des dames.

Comme nous venons de le voir, il y a  de nombreuses façons de se promener : faucher le persil, aller en bonne fortune … muser etc.. Divers mots sont employés pour désigner les personnes qui aiment baguenauder comme les museurs et les museuses qui musent, musardent, flânent, et qu'on appelle aussi musards et musardes (aujourd'hui on dit plus volontiers flâneurs et flâneuses).

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La journée d'une dame au début du XVIIIe siècle

Photographie : Copied with permission from Aronson Antiquairs, © 2009 Aronson.com
Cette jolie plaque ovale
hollandaise en 'bleu et blanc' appartient à la galerie Aronson (à Amsterdam depuis 1881). Elle fait 39.2 cm x 51.3 cm et date de circa 1700-1710. Elle représente peut-être les quatre principaux moments de la journée d'une dame de qualité : avec la toilette, les occupations (promenade, broderie …) , les repas, les distractions (sorties, bals, musique …). Il est aussi possible que le thème de cette faïence soit seulement la matinée d'une dame avec : la toilette, la promenade (ou la broderie), le petit-déjeuner, le cours de chant. Dans cette composition picturale il est à noter la part belle faite aux costumes, aux coiffures et aux décors (nombreux miroirs, garnitures en porcelaine ou faïence, meubles …).

Ces dames sont à la mode du début du XVIIIe siècle. Elles portent une coiffure ressemblant à celle dite 'à la Fontanges' ou 'fontange' (bien que ce genre comprend généralement une sorte de tour au dessus des cheveux du front déjà montés en escaliers) ou celle qui suit mise à la mode par Madame de Maintenon. Les deux utilisent souvent de la dentelle avec des barbes ou/et des voiles tombant dans le dos ou sur les épaules. Le nom de la première proviendrait de Marie Angélique de Scoraille, duchesse de Fontanges (1661-1681). C'est en 1680, lors d'une partie de chasse qu'après s'être prise les cheveux dans la branche d'un arbre elle improvise une coiffure en les relevant pour les attacher avec sa jarretière. Le roi, dont elle est une des maîtresses, est séduit par cette vision et lui demande de ne rien y changer. Du jour au lendemain cette coiffure devient à la mode jusque vers 1713. Les élégantes les portent de plus en plus hautes, retenues par des fils de fer et pouvant semble-t-il être garnies de mousseline, de rubans, de fleurs et de plumes.  Voici ce que l'on peut lire au sujet de cette mode dans Wikipedia : « Au début ce n'était qu'un simple noeud de cheveux relevés en boucles sur le sommet de la tête. C'est avec la complicité ingénieuse d'un serrurier que la coiffe devint une sorte de pièce montée. Comme les dames n'avaient pas assez de cheveux pour ériger cette pyramide, elles portèrent des "Fontanges-postiches" toutes montées. Leurs propres cheveux étaient tirés en arrière, serrés en chignon. Elles coiffaient par dessus le faux, puis posaient un échafaudage de fils de fer sur lequel venaient s'arrimer des dentelles, pierreries ou autres babioles. Parfois, la coiffe était même pourvue d'un mécanisme permettant de tasser le tout pour passer les portes … Madame de Maintenon, elle, refusa cette coiffure extravagante, et adopta le chignon simple sous de grandes mantes de dentelles assorties à ses robes, noires la plupart du temps ... » Les exemples de l'image semblent porter une coiffure intermédiaire entre ces deux types.

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Une histoire de la cravate depuis le XVIIe siècle jusqu'à aujourd'hui.

Photographies : Cravates de la fin du XVIIe siècle : 1678 (Mercure galant), 1688 (L'Art de plaire dans la conversation), XVIIe siècle ('Cavalier en Escharpe').

cravates 2femmes 300Si certain trouvent le port de la cravate monotone, c'est qu'ils ne savent pas que ce nom désigne un nombre considérable de différentes variétés ; qu'elle se noue d'une infinité de manières, et qu'il existe autant de matières, couleurs, motifs et de formes qu'il y a de sortes de tissus (ou rubans) …

Le terme de cravate est défini dans la première édition (1694) du Dictionnaire de l'Académie française : « CRAVATE. s. f. Sorte de mouchoir fait de toile ou de taffetas qui entoure le col, & tient lieu de collet. Cravate de toile. cravate de taffetas. cravate à dentelle. » Si ce mot est fréquent dans la seconde moitié du XVIIe siècle, je ne l'ai pas trouvé dans la littérature d'avant 1650, sans doute parce que ce sont les collets qui sont alors à la mode. Comme on le voit sur les premières photographies, les cravates de la seconde moitié du XVIIe siècle ressemblent alors à des rubans noués autour du cou, le plus souvent semble-t-il en dentelle.
Photographies
: Cravates pour femmes au XVIIIe siècle.

Les femmes portent aussi des cravates, en particulier au XVIIIe siècle. Du reste, ce n'est qu'à partir de la sixième édition du Dictionnaire de l'Académie française (1832-1835) que la cravate est définie comme un élément de l'habit proprement masculin : « CRAVATE. s. f. Mousseline, batiste, ou autre étoffe légère que les hommes se mettent ordinairement autour du cou, et qui se noue par devant. Cravate de mousseline, de soie. Cravate de taffetas noir. Cravate blanche. Cravate noire. Cravate de couleur. Le noeud, les bouts d'une cravate. Mettre sa cravate. » Pourtant, à cette époque, certains tissus de la garde-robe féminine portés autour du cou sont toujours appelés 'cravates'.

Photographie : Cravate (122 cm de longueur et 16 au plus large) pour femme en dentelle de soie de Chantilly faite main aux fuseaux, datant de la seconde moitié du XIXème (Napoléon III).  Motifs assez rares pour une telle technique de dentelle de noeuds et rubans entrelacés se prolongeant par des pompons. Il pourrait aussi s'agir de barbes qui sont des bandes de toile ou de dentelle qui pendent à certaines coiffures des femmes et en particulier au XVIIIe siècle aux cornettes. Il semblerait que les barbes sont alors d'étiquette à la cour.

Photographies : Cravates et jabots au XVIIIe siècle.

A cette époque, la cravate est aussi d'usage chez les hommes. Souvent on préfère entourer le cou plusieurs fois avec, sans laisser pendre un morceau sur le torse car on met à cette place un jabot qui est de toile et/ou de dentelle et que l'on attache par ornement à l'ouverture d'une chemise.

Photographies : Cravates à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe.

La cravate est un des éléments de la tenue des incroyables de la fin du XVIIIe siècle. Durant le directoire et dans les années proches, elle se finit souvent par de la dentelle que l'on fait passer en dessous du tissus qui entoure le cou pour la laisser tomber jusqu'à peu près la hauteur des seins.

Photographies : Cravates de la première moitié du XIXe siècle.

Photographie : Détail d'une estampe d'une revue de mode de 1845 avec deux sortes de cravates à la mode à cette époque.

Au XIXe, la tenue masculine étant beaucoup plus sobre, c'est dans les détails que s'exprime surtout la subtilité et en particulier dans l'art de la cravate. Un livre de 1831 exprime cela de façon quelque peu parodique : L'Art de mettre sa cravate de mille et une manières, Enseigné par Principes, précédé de l'histoire de la cravate, depuis son origine jusqu'à ce jour ; de considérations sur l'usage des cols, de la cravate noire et des foulards ; et suivi d'une liste par ordre alphabétique, des marchands de cravates, de foulards, de cols, etc., par le bon Emile de l'Empesé, Membre de la plupart des Sociétés les plus à la mode de la capitale, orné de figures explicatives du texte et de portraits représentant trois époques de la cravate, onzième édition, Paris, chez Jacques Ledoyen, libraire, Palais-Royal, Galerie d'Orléans, n°16, 1831. (Voir le livre ici : http://books.google.fr/) Voici quelques passages : « Aucun habitué des classiques Tuileries, du musqué boulevard des Italiens, voire même du docte Luxembourg, ne révoquera en doute l'utilité de l'Art de mettre sa cravate, puisqu'elle apprend à connaître celui qui la porte. Il est une vérité, c'est que la cravate d'un homme de génie ne ressemble nullement à celle d'un petit esprit […] La cravate est un thermomètre sur lequel le degré de goût et d'esprit d'un fashionable doit être jugé. […] De la façon primitive dont est préparée une cravate dépend l'exécution de sa mise et l'entente de son nœud. […]

Photographies : Cravates dans la seconde moitié du XIXe siècle.

La cravate vient sans doute de ce goût très français pour les rubans et les dentelles. Au XVIIe siècle et au XVIIIe, femmes et hommes s'en mettent de partout. A la fin du XVIIIe et au début du XIXe, la cravate enveloppe plusieurs fois le cou et peut monter jusqu'au bas du nez, couvrant menton et parfois la bouche. La cravate suit aussi la mode des cols (ou le contraire). Elle se confond parfois avec le foulard et d'autres morceaux de tissus que l'on place autour du cou. Alors qu'elle semble aujourd'hui d'une forme unique, on peut en vérité, tout en restant dans un style 'sobre' la varier de bien des façons. Après le Directoire, au début du XIXe siècle, les hommes ne portent que très rarement de la dentelle à leur cravate.

Photographies : Deux cravates du début du XXe siècle (vers 1920). Celles-ci ne se nouent pas mais s'accrochent autour du cou ou au devant du col. Ce genre est assez court, car il est d'usage à cette époque de porter un gilet.

Photographie : Lithographie de vers 1910. La cravate ici est sans doute le même genre que l'exemple ci-dessus de couleur marron) Il s'agit là des prémices de celle qui se porte pendant toute la seconde moitié du XXe siècle : assez étroite dans les années 50, large dans les années 60 et 70, à nouveau étroite par la suite, avec évidemment toujours de nombreuses variantes.

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Objets phares des prochaines ventes à Drouot, cinquième partie : Céramique grecque, Vierge à l'Enfant du XVIe siècle, Portrait de Louis XV ...

- « Amphore attribuée au peintre de Tarquinia RC 3984. Terre cuite vernissée. Attique, ca. 550 av. J.-C. Haut. : 35 cm » Vente à Drouot Montaigne, les 14 et 15 décembre 2009 par SVV Pierre Bergé & Associés.

- « Vierge à l'Enfant avec saint Joseph ». Tableau attribué à Pieter Coeck Van Alost (vers 1527-1559). « Panneau de chêne, deux planches, non parqueté. » Dim. : 53 x 44 cm. Vente à Drouot Richelieu, le 11 décembre 2009 par SVV Ferri & Associés.

- « Portrait de Louis XV avec l'Étoile du Saint-Esprit et l'Ordre de Saint-Louis » par François-Hubert DROUAIS (1727-1775). Toile de forme ovale de 71 x 58,5 cm. Vente à Drouot Richelieu le 18 novembre 2009 par SVV Blanchet & Associés.

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Objets phares des prochaines ventes à Drouot, quatrième partie : Quelques meubles des XVIIe et XVIIIe siècles.

Photographies : - « Commode en placage d’ébène et d’écaille rouge, bronzes ciselés et dorés à décor à la Bérain d’après des motifs de Claude III AUDRAN. Le plateau à décor d’Amours, de musiciens, d’une Diane chasseresse au centre, de mascarons, oiseaux fantastiques et guirlande de fruits. Époque Louis XIV. Dim. : 83 x 122, 5 x 62 cm. » Vente à Drouot Richelieu le 2 décembre 2009 par SVV Fraysse & Associés.

- « Paire d'encoignures en vernis Martin polychrome sur fond or [une seule a été prise en photo]. L'une estampillée Mathieu CRIAERD, reçu maître le 29 juillet 1738. Dessus de marbre. Époque Louis XV. Haut. : 88 cm – Prof. : 62 cm » Vente à Drouot Richelieu en décembre 2009 par SVV Rieunier & Associés.

- « Large fauteuil à haut dossier de forme mouvementée, les accotoirs et supports d'accotoirs sculptés de godrons, feuillages, cartouches asymétriques, les traverses ornées de cartouches en quadrillage. Pieds cambrés entièrement sculptés. Garniture de velours frappé bleu appliqué d'un galon de filets d'argent. Époque Louis XV. Dim. : 103 x 74 x 66 cm » Vente à Drouot Richelieu le 2 décembre 2009 par SVV Fraysse & Associés.

- « Commode à façade à ressaut ouvrant à cinq tiroirs sur trois rangs. Ornementation de bronzes dorés. Estampillée LANNUIER. Époque Transition. » Vente à Drouot Richelieu, le 18 décembre 2009 par SVV Beaussant -Lefèvre.

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Objets phares des prochaines ventes à Drouot, troisième partie : Porte-montre en céramique polychrome du XVIIIe siècle et montre bassine du XVIIe

Le porte-montre du XVIIIe siècle est souvent un objet plein de charme comme les montres de cette époque parfois d'une remarquable finesse.

Trois premières photographies : Porte-montre de forme rocaille supporté par deux lions bruns assis sur une base bleue. Décor polychrome de volutes, coquilles, paniers et cornes d'abondance, avec des motifs champêtres. Au centre sont représentées les quatre saisons avec trois femmes assises pour l'automne, l'été et le printemps, et un vieillard couché pour l'hiver. Hauteur : 34 cm. Vente à Drouot Richelieu le 30 novembre 2009 par SVV Rieunier & Associés. Retrouvez le catalogue de la vente ici.

Dernière photographie : Montre bassine pendentif de vers 1630, en or émaillé polychrome avec divers thèmes dont celui du « Repas de Damoclès ». Dans la bassine, en camaïeu sépia, sur fond bleu est représentée Aphrodite dans un jardin de style français. Elle fait 3,44 cm de diamètre et 1,9 cm d'épaisseur. Elle sera en vente à Drouot Richelieu le 19 novembre par Drouot Estimations.

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Objets phares des prochaines ventes à Drouot, deuxième partie : « L'Arbre d'Amour »

Saladier en faïence ayant pour date 1799, de 31 cm de diamètre. Cette céramique a un décor polychrome intitulé : « L'Arbre d'Amour » (Vente à Drouot Richelieu le 4 décembre 2009 par SVV Piasa). Au XVIIIe siècle, ce thème est largement reproduit. Il représente des hommes réfugiés dans un arbre que des femmes coupent afin de les cueillir tout en leur proposant des cadeaux. Deux d'entre elles scient l'arbre avec comme texte (à peu près car tout n'est pas très lisible) : « Courage Margot, nous auront une pièce ou un morceau ». Une autre donne de grands coups de hache. « La charmante Isabeau lui présente un beau chapeau ». Celle en haut de l'échelle propose : « Monsieur d'agréables manières, recevez cette tabatière ». Et puis : « D'une main la belle Suzanne avec son cordeau fixe le gros badaud. Et de l'autre lui présente une canne ». Sur le pourtour de cette céramique on peut lire à peu-près ces mots : « Belles, quittez-moi ces amants qui ne sont pour vous que glacés. Dénichez-les de dessus cet arbre. Cessez de leur faire des présents. Coupez-moi l'arbre au tronc et moquez-vous de leur audace. Faites-les tomber sur la paillasse ces lâches et ces poltrons. - Mais dames nous allons descendre. Apaisez toute votre fureur. Nous vous allons donner nos coeurs. Que voulez-vous donc entreprendre ? - Alors descendez chers amants et ne soyez plus rebelles. Vous serez chéris de vos maîtresses. » Il est à noter une indication de nom : « Louise » ; et une date : « 1799 ».

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Objets phares des prochaines ventes à Drouot, première partie : Tapisserie « La Terre » et pièce gauloise en or.

Dernièrement j'ai eu la chance d'assister à la présentation des objets phares des prochaines ventes à Drouot des mois de novembre et décembre 2009 par Claude Aguttes. Je vais donc en présenter quelques-uns dans ce blog le long de quelques articles.

Photographie 1 : Pièce en or antique du peuple gaulois des parisii qui vivaient dans la région parisienne. Ils avaient pour capitale Lutetia (Paris). Ce motif est un de ceux que j'affectionne le plus. Je n'ai pas noté la date de la vente et la Maison qui s'en occupe.

Photographie 2 : Tapisserie de la manufacture des Gobelins, d'après Charles Le Brun, et représentant « La Terre ». Elle date du début du XVIIIe siècle et fait partie de la suite « Les Éléments ». Elle fait 282 x 322 cm et est mise en vente le 27 novembre par SVV Marc-Arthur Kohn.

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Incroyables chapeaux

Après le premier empire (1804-1814), il semble que la France n'ait plus produit de couvre-chefs aussi extravagants qu'auparavant. Au début du XIXe siècle, en particulier sous Napoléon 1er, certains bicornes des hommes sont particulièrement volumineux ; et les femmes peuvent porter des visières très longues. Ces deux genres de chapeaux proviennent du temps des muscadins, des inconcevables, des incroyables et des merveilleuses, à la fin du XVIIIe siècle. Les premières photographies présentent des exemples du temps de la carrière politique de Napoléon Bonaparte : la première datant de 1802 et la dernière de 1814. Après, le haut-de-forme devient de rigueur chez les hommes à la mode puis d'une certaine classe sociale ; alors que chez les femmes les fantaisies s'avèrent beaucoup plus 'sages' que précédemment avec cependant quelques coiffes  fantaisistes. Déjà au Moyen-âge, les élégantes rivalisent entre elles à qui aura la plus haute composition avec le hennin, la coiffe à cornes (voir dernière photographie) et bien d'autres modes ... Cette compétition des hauteurs continue jusqu'au XVIIIe siècle avec les fabuleuses créations des maîtres coiffeurs qui ajoutent postiches (les postiches sont fréquentes déjà au Moyen-âge et sans doute avant) et autres accessoires, en passant par les hautes tours (les fontanges) des dames de l'époque de Louis XIV. Les homme n'usent pas de coiffures aussi élaborées, car la mode commence généralement sa propagation chez les aristocrates qui sont des gens de guerre pour qui de telles compositions ne peuvent convenir à leurs exercices. Souvent les coiffures et les perruques même font office de protection, un peu comme des casques. C'est le cas des cadenettes dont j'ai déjà fait mention. Cependant une belle chevelure est un signe de beauté aussi chez les hommes ; et des perruques parfois volumineuses la remplacent. Leurs chapeaux peuvent aussi être très impressionnants suivant les modes et pleins de fantaisies : très larges, hauts, à panache …

Pour finir, voici un chapitre de Tableau de Paris (XVIIIe siècle) de Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) sur la hauteur des panaches (photographie 6) : « Hauteur des panaches. Il n'y a pas longtemps que les hautes coiffures, les plumes, panaches, &c. étaient sur toutes les têtes de femmes. Et au spectacle une rangée de femmes, placées à l'orchestre, bouchait la vue à tout un parterre ; la même chose à l'amphithéâtre & dans les loges. C'était un vrai désespoir pour les spectateurs : on murmurait tout haut ; mais les femmes en riaient , & la politesse parisienne se contentait de gronder, mais n'allait point au-delà. Il n'y eut qu'un seul homme, Suisse de nation & fort impatienté, qui tirant une paire de ciseaux, fît mine dans une loge de vouloir couper l'excédent qui l'empêchait de voir ; alors pour s'y soustraire, la dame fut obligée de se mettre derrière & de laisser passer à sa place l'homme qui y consentit très-bien. Ce n'est donc plus le temps où le parterre criait place aux dames, & où l'on ne pouvait être sûr d'avoir une place au spectacle tant qu'il pouvait y arriver une femme, fût- elle douairière ou borgne. »

Photographies 1 : Planche 19 de 1802 provenant du Journal des Dames et des Modes. Elle porte comme les autres estampes de ce périodique l’inscription 'Costume Parisien'. En dessous, un texte stipule qu’il s’agit d'un 'Costume de Bal'. La dame est en effet en train de danser. Le numéro de la planche indique qu'elle provient sans doute d'une édition spéciale ou étrangère. On remarque le haut bicorne typique de cette période.

Photographies 2 et 4 : Détails d'une gravure des toutes premières années du XIXème siècle intitulée 'La Parisienne à Londres ' dont il est question dans l'article sur La parisienne.

Photographie 3 : Moitié droite d'une gravure de Louis Darcis d'après Carle Vernet (1758-1836) datant de 1796 et intitulée 'Les Mérveilleuses [sic]'. Technique du pointillé. Dimensions : 25,3 x 14,4 cm.

Photographie 5 : Planche 1403 de 1814 provenant du Journal des Dames et des Modes fondé à Paris en 1797, et dont Pierre de La Mésangère est le directeur.  'Chapeau de gros de Naples, orné d'une aigrette de plumes de Coq.' Dimensions : 21 x 13 cm

Photographie 6 : Chapitre intitulé : 'Hauteur des panaches' de Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier (1740-1814).

Photographie 7 : Détail de la planche 3 de l'Art du tailleur de M. de Garsault (XVIIIe siècle) représentant différents couvre-chefs à travers le temps. Le sixième en partant de la gauche est un hennin et le septième ressemble à une coiffe à cornes.

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Le tailleur

Trois premières photographies : Gravure du XVIIIe siècle intitulée 'Tailleur d'Habits, Outils'.

Le tailleur est un personnage important de la mode française, dont l'utilité s'estompe pourtant petit à petit avec l'apparition des grands magasins au milieu du XIXe siècle, de la haute couture à la fin de ce même siècle puis de la confection et du prêt-à-porter au XXème (dans les années cinquante).

Honoré Daumier (1808-1879) en caricature un pour sa série des Types Français avec le texte suivant. : « Le tailleur. Il marche cambré, les épaules en porte manteau et les coudes en dehors. Ses habits coupés dans le dernier genre jurent souvent avec ses bottes et son chapeau, il a presque toujours un nom très euphonique, tel que Wahatekermann ou Pikprunmann. » La Caricature du 10 décembre 1881 présente le tailleur comme l’homme d’affaire du gommeux et expose ainsi l’importance qu’il occupe dans la vie de l’élégant du XIXe siècle. Aujourd’hui les tailleurs parisiens sont peu nombreux. Les métiers liés à la mode en général se raréfient. Même les créateurs importants et les grandes maisons ne font plus que du prêt-à-porter, la haute couture se cantonnant à un rôle de vitrine du savoir-faire de la maison. Il n’est pas improbable qu’avec la mondialisation et l’enrichissement des pays autrefois producteurs à bas prix, le marché de la mode revienne en France et que les créateurs et tailleurs refassent leur apparition ! Il est certain que l’élégance y gagnerait même chez ceux qui ont peu d’argent ; car quand on regarde comment s’habillent une merveilleuse ou un incroyable, on remarque que leurs habits sont parfois assez simples de réalisation. La richesse n’occupe qu’une petite part des éléments qui font l’élégance ; le goût étant beaucoup plus important. Le tailleur permet d'exprimer cela. Il donne plus de liberté individuelle à celui qui lui commande ses habits. Le client peut demander d'ajouter certaines fantaisies, accorder à sa convenance les matières … Chaque habit est unique, fait parfaitement pour celui qui l'a commandé. Jusqu’au milieu du XXe siècle, ce sont les tailleurs et les couturières qui sont avant tout sollicités pour la fabrication des vêtements. Jusque dans les années cinquante, presque chaque village français de 2000 habitants a au moins une couturière et un tailleur. Ceux qui ont connu ces époques vous le diront. Nos gandins peuvent se faire faire leurs habits sur mesure, et apporter les changements ‘tendances’ qui font toute la différence. Pas besoin de passer par les grands couturiers ni de suivre leur mode qui a elle aussi son importance dans cette vogue ; car la haute couture (ou les grandes marchandes de mode du XVIIIe siècle) est l’ambassadrice de la mode française à l’étranger. Son rôle est déterminant en cela. Le grand couturier emploie des batteries de midinettes alors que le tailleur possède un petit atelier de deux ou trois personnes. Les premiers représentent un luxe dans lequel la jeunesse à la mode (dite dorée) est souvent loin de baignée quoi qu’étant chic. La disparition des tailleurs en France marque celle de la mode française qui se retrouve coupée de ses racines, c'est-à-dire de ses créateurs improvisés qui font faire selon leur goût et la mode du moment. Le même problème existe aujourd’hui dans la restauration fine qui comme la haute couture essaie de survivre quoique totalement coupée de son terrain : les restaurants familiaux bons mais économiques et les petits fermiers proposant des produits simples mais de grande qualité. La haute couture survit aux tailleurs encore jusque dans les années 70, puis le renouvellement ne semble plus se faire … et le prêt-à-porter tout envahir. Mais les choses ne font que se modifier ; phénomène que les adeptes de la mode et du bon ton connaissent bien !

Dans d'autres articles je parlerai de la couturière et de la marchande de modes.

Photographies : Art du tailleur, Contenant le Tailleur d'habits d'hommes, les Culottes de peau, le Tailleur de corps de femmes & enfants, la Couturière, & la Marchande de modes par M. de Garsault. Édition du XVIIIe siècle avec des planches d'habits français à travers le temps, d'objets d'habillement, corsets, patrons … Cette partie provient du tome XIV de Descriptions des arts et métiers : Contenant l'art du perruquier, l'art du tailleur, renfermant le tailleur d'habits d'hommes, les culottes de peau, le tailleur de corps de femmes & enfants, la couturière & la marchande de modes, l'art de la lingère, l'art du brodeur, l'art du cirier … de Jean-Élie Bertrand édité par l'imprimerie de la Société typographique, 1780.

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Tulipières

Photographie : Copied with permission from Aronson Antiquairs, © 2009 Aronson.com

Paire de tulipières 'bleu et blanc' provenant d'Aronson Antiquairs of Amsterdam (depuis 1881), en faïence de Delft de vers 1695-1705, présentée en situation. Chaque bouquetière fait 54.3 cm de haut.

La tulipe est une fleur emblématique d'une époque d'ouverture de l'Occident sur le monde et de découvertes ... en particulier des débuts d'une des grandes épopées commerciales : la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Ce renouveau est à l'origine d'une très belle page d'histoire de nos beaux-arts. Créée en 1602, la « Compagnie unie des Indes Orientales » domine de sa richesse et de sa puissance près de deux siècles et entretient le rayonnement de la peinture flamande (Vermeer, Rubens, Rembrandt …), de la faïence de Delft etc.

La tulipe provient des zones tempérées chaudes, en particulier de la Turquie et de Constantinople. Elle est introduite en Occident, dans le nord de l'Europe, depuis au moins le XVIe siècle. Au tout début du XVIIe, les bulbes de cette plante se vendent aux Pays-Bas. Les riches commerçants néerlandais se passionnent pour les plus exceptionnelles d'entre elles et en plantent à l’arrière de leurs maisons dans leurs jardins privés notamment en plein centre d'Amsterdam. Des hybrides et de nouvelles variétés sont créées, aux aspects et teintes magnifiques : marbrées, flammées … La tulipe devient rapidement une image de réussite et les bulbes les plus rares se vendent de plus en plus cher. Ceci engendre une spéculation avec quelques records. Une sorte de bourse de commerce des tulipes est même mise en place. Mais en 1637 le cours des bulbes remarquables s'effondre.

Pendant ces années, posséder les tulipes les plus recherchées est un gage de richesse. Pour les exposer on invente de nouvelles formes en particulier créées par les faïenceries hollandaises et du nord de l'Europe, très réputées (surtout celles de Delft). La fabrication de telles bouquetières se poursuit après la « tulipomanie » ; mais c'est pendant cette période que l'on a les plus prestigieux exemples. En France, on a l'habitude d'appeler ces objets, souvent impressionnants, et fabriqués par les faïenciers de Delft ou des environs : des tulipières. Ce sont de magnifiques objets.

Photographies : Copied with permission from Aronson Antiquairs, © 2009 Aronson.com

Les bouquetières présentées ici proviennent toutes du site : http://aronson.com/ Ce sont des faïences de Delft en 'bleu et blanc'. La première date de vers 1686-95 et fait 73.7 cm de haut et 53 cm de large. La paire date de vers 1695-1705 (54.3 cm de haut). La quatrième est de vers 1720 et a une hauteur de 63,5 cm.

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Le corps à baleines, le corset et le tailleur de corps.

« On nomme corps, un vêtement qui se pose immédiatement par-dessus la chemise, & qui embrasse seulement le tronc depuis les épaules jusqu'aux hanches : c'est, pour ainsi dire, une cuirasse civile ; car il ne doit pas plier, mais cependant avoir assez de liant pour se prêter aux mouvements du corps qu'il renferme, sans altérer la forme, & en même temps le soutenir & l'empêcher de contracter de mauvaises situations, principalement dans l'enfance, âge faible & délicat, dans lequel les ressorts ne sont pas encore parvenus au degré de force qu'ils auront par la fuite. Il s'applique encore à un objet aussi intéressant, celui de conserver la beauté de la taille des femmes, agrément qu'il joint à tous ceux qu'elles ont en partage. Le maître tailleur qui a choisi cette branche de son art, se nomme tailleur de corps de robes & corsets ... » (Art du tailleur ... voir photographie 3) Il est chargé de fabriquer toutes les sortes de corps, corsets et quelques autres habits en rapport. Ses matériaux sont la baleine, différentes sortes de toiles et de lacets. Les baleines sont des lames dures et flexibles provenant de la mâchoire de « la grande baleine » (Descriptions des arts et métiers …).
Photographies 1, 2 et 3 : Texte et dessins de corsets provenant de l'Art du tailleur, Contenant le Tailleur d'habits d'hommes, les Culottes de peau, le Tailleur de corps de femmes & enfants, la Couturière, & la Marchande de modes de M. de Garsault (édition du XVIIIe siècle). Cette partie provient du tome XIV de Descriptions des arts et métiers : Contenant l'art du perruquier, l'art du tailleur, renfermant le tailleur d'habits d'hommes, les culottes de peau, le tailleur de corps de femmes & enfants, la couturière & la marchande de modes, l'art de la lingère, l'art du brodeur, l'art du cirier … de Jean-Élie Bertrand édité par l'imprimerie de la Société typographique en 1780. Photographie 1 : Détail d'une feuille avec de gauche à droite quatre profils de corps - « vu en-dedans, pour voir la disposition des garnitures. » - « à demi-baleine, ou corset baleiné. » - « plein de baleines » - « avec la mesure prise par le tailleur de corps, marquée par des lignes doubles sur un corps vu de profil. ». Photographie 2 : La moitié haute de la feuille représente, de gauche à droite et de haut en bas, des profils de corps - « ouvert par les côtés, pour les femmes enceintes. » - « pour les dames qui montent à cheval. » - « de cour, ou de grand habit. » - « de fille. » - « de garçon. » - « de garçon à sa première culotte. » La moitié basse présente divers autres corps et vêtements. Photographie 3 : « Le tailleur de corps de femmes et enfants. »
Au XVIIIe siècle, le corps à baleines est à différencier du corset qui lui n'en possède que parfois. Si l'on s'en réfère au Dictionnaire de l'Académie française de 1762, il y a au XVIIIe siècle deux sortes de corsets : le « Corps de cotte de Villageoises » et le « petit corps ordinairement de toile piquée & sans baleine, que les femmes mettent lorsqu'elles sont en déshabillé ». Dans cette définition, le corset se porte sur le déshabillé et ne contient pas de baleines ; ce qui n'est évidemment pas le cas du corps à baleines. Au XIXe siècle, il semble que l'on ne fait plus vraiment la distinction entre les deux : la sixième édition du Dictionnaire de l'Académie française de 1832-5 donne cette définition du corset : « Partie du vêtement des femmes qui enveloppe et serre exactement la taille, et qui se met d'ordinaire sur la chemise. » Dans son Essai sur l'influence des modes et des habillements sur la santé des hommes de 1798 (photographies 4 et 5), J. J. Brunet mentionne seulement le corps à baleines qu'il présente comme le prolongement de la ceinture : « les femmes s'en servirent pour rétrécir la taille : ce que l'on a fait depuis avec plus de succès par le moyen des corps à baleine ». Dans cet essai d'une trentaine de pages sont aussi évoqués : les bains, les habillements, la mode grecque, les bas, les jarretières, les colliers, les anneaux, les bagues, les chaussures, les chapeaux, les voiles, les cheveux, les coiffures, les poudres, les perruques, les cosmétiques ... Cette thèse étant soutenue en 1798 (à l'École de Médecine de Montpellier ville très réputée dans l'art de soigner pendant longtemps), il y est fait de nombreuses fois des allusions à la mode de l'époque s'inspirant de l'Antiquité initiée par les inconcevables et les merveilleuses comme les habillements à la grecque, les chaussures plates, les cheveux courts … C'est aussi à cette époque que l'on abandonne les corps à baleines et corsets avant d'en reprendre l'usage assez rapidement.
Photographie 6 : Illustration du chapitre intitulé : 'Le corset' de Bertall, La Comédie de notre temps : La civilité - Les habitudes - Les moeurs - Les coutumes - Les manières et les manies de notre époque, P. Plon, 1874, 2° édition.
Photographie 7 : Détail d'une gravure de la seconde moitié du XVIIIe siècle provenant d'un magazine de mode de l'époque. On remarque la silhouette de la personne sculptée en grande partie par son corset mais aussi par ses autres habits.

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La cocotte

Photographie de gauche : " Une cocotte. " Bertall (1820-1882), La Comédie de notre temps, 1874-1876.

Celle de droite : " COMMENT SE METTAIT UNE COCOTTE " du même livre.

Alfred Delvau écrit (Dictionnaire de la langue verte, 1867) que la cocotterie est « le monde galant, la basse-cour élégante où gloussent les cocottes. » La cocotte est dans la continuation des petites-maîtresses, même si on appelle aussi ainsi au XIXe siècle et encore au XXe, une femme aux mœurs volatiles richement entretenue. Il semble que l’on parle auparavant dans ce sens de poulette. On dit d’une personne qui se conduit en femme légère qu’elle cocot(t)e, que c’est une cocotteuse, et que celui qui la côtoie est un cocoteur. La cocotte est aussi à rapprocher des cocodettes et des cocodes, tous ces noms venant de 'coq', coquet(te)s et coquetterie.

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Biches, haute bicherie, bicheuses et daims

Photographie : « Une biche. (Dans le désert cela s’appelle autrement.) », Bertall (1820-1882), La Comédie de notre temps, 1874-1876.

Le XIXe siècle a de nombreux noms pour désigner différentes sortes d'élégants. Les romantiques, passionnés, méprisent la vulgarité ; les dandys ou autres gommeux glissent dans une affectation pleine de tics chics ; les lionnes et lions illuminent leur monde … ; et puis les biches s’amusent du spectacle parisien de leur siècle. Elles sont jeunes. Certaines d’entre elles sont des actrices. Leur vie est trépidante et riche. Elles ont une nombreuse cour constituée d’hommes fortunés et de daims : de jolis jeunes hommes, plus ou moins aisés et mondains, recherchant le voisinage des biches.

On qualifie de 'haute bicherie' une classe sociale bourgeoise et fashionable. D’après Alfred Delvau (Dictionnaire de la langue verte, 1867), la définition de la biche est une création de Nestor Roqueplan datant de 1857. Voici la formulation que donne ce même dictionnaire de la ‘haute bicherie’ : « Les plus élégantes et les plus courues d’entre les coureuses parisiennes, reines d’un jour qui ne font que paraître et disparaître sur le boulevard, leur champ de bataille. »

Le nom de 'biche' est sans doute à mettre en parallèle avec celui de 'bicheuse' qui est un terme employé dans un sens voisin de celui de 'cajoleuse'. Bicher signifie embrasser. Quand deux personnes vont bien ensemble on dit qu’elles bichent bien, sinon qu’elles ne bichent pas.

Photographie : « Un daim. » Bertall (1820-1882), La Comédie de notre temps, 1874-1876.

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Barbière

Dans l'article du 11 septembre 2008 intitulé La toilette masculine : l'art du rasage, il est un peu question de la barbière. Si le meuble de toilette le plus courant pour les femmes comme pour les hommes est au XVIIIe siècle la table de toilette, les galants utilisent aussi parfois une barbière. Elle est généralement faite pour se raser debout, haute et étroite, et comprend au moins un plateau (fréquemment avec du marbre), quelques tiroirs (pas tout le temps comme pour l'objet de la photographie), ainsi qu'un miroir souvent amovible. Rare au siècle des lumières, ce meuble est fréquent par la suite. Certains ressemblent à de hautes et étroites tables de toilette pour homme avec un aspect alliant les tiroirs du semainier ou de la commode avec au-dessus le plateau en marbre et la glace de la coiffeuse. Il est sans doute d'origine anglaise mais je n'ai trouvé aucun document permettant de l'affirmer. Il apparaît en même temps que de nombreux autres nouveaux meubles comme la psyché (grand miroir amovible permettant de se voir de pied) ou l'athénienne (aussi appelé 'lavoir' qui est sur trois pieds avec une vasque au dessus d'un plateau sur lequel on pose l'aiguière : le vase à eau pour l'ablution, le tout étant l'ancêtre de nos éviers) tous deux associés à la toilette. Un très bel exemple de barbière / commode-toilette en acajou et bronze datant du Premier Empire (1804-1814) est présenté sur le site de la Réunion des Musées Nationaux.

Photographie : Cette barbière en forme de serviteur muet provient de la Galerie Delvaille. En « acajou et placage d’acajou à base tripode et fût central en cannelures », elle est estampillée de l'ébéniste Fidelys Shey « reçu maître le 29 juillet 1788. Ébéniste d’origine allemande (Bade), il produisit des meubles Transition et surtout Louis XVI. Il accordait un soin extrême à la confection de ses meubles et n’utilisait que très rarement la marqueterie. Il fabriqua essentiellement des meubles en acajou massif travaillés avec une extrême délicatesse et ornés de bronzes sobres et fins. » Dimensions : H : 166 cm, Diam : 58 cm

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Les cafés de Paris en 1787

Dans le Manuel du voyageur à Paris de Claude François Xavier Mercier de Compiègne (1763-1800) datant de la toute fin du XVIIIe siècle, le chapitre intitulé 'Cafés' commence ainsi : « Est-il rien de plus commode que ces salons proprement décorés, où l'on peut, sans être astreint à la reconnaissance, se délasser de ses courses, lire les nouvelles, se chauffer gratis en hiver, se rafraîchir à peu de frais en été, entendre la conversation, quelquefois curieuse des nouvellistes, et dire franchement son avis, sans crainte de déplaire au maître de maison. » Il règne dans les cafés d'alors une atmosphère accueillante de douce liberté baignée dans une émulsion intellectuelle et familière. L'auteur ne parle presque pas de consommation. Au contraire il écrit qu'on n'y est pas astreint à la reconnaissance tout en pouvant profiter de nombreux éléments : décor, délassement, lectures, chaleur, frais, conversations libres.

L’histoire des cafés parisiens remonte au XVIIe siècle. C’est à la toute fin du XVIIIe siècle (au temps des merveilleuses et des incroyables) qu’ils s’embellissent et deviennent des endroits chics avec des décors à l’antique, de grandes glaces, des luminaires, du marbre … C’est aussi à cette époque que certains ‘prennent’ sur le boulevard, s’ouvrent en terrasses ou dans des jardins, ce qui permet aux femmes d’en profiter, la respectabilité de certaines voulant qu’elles n’y entrent pas au début. Ainsi trouve-t-on, comme sur la gravure (troisième photographie), des garçons de cafés servant en dehors du bâtiment.

Dans son Almanach du voyageur à Paris datant de vers 1778, Luc-Vincent Thiéry fait une description rapide de la situation : « CAFES. On compte dans Paris cinq ou six cents Cafés où l'on joue aux échecs, aux dames & au domino. Ces endroits sont fréquentés par des Nouvellistes, & la Conversation y roule ordinairement sur la Gazette. Comme on y trouve presque tous les Papiers publics, d'après leur lecture, on y juge les Pièces de Théâtre & leurs Auteurs ; à qui cette espèce de Bureau académique assigne un rang. Chacun de ces Cafés a son Orateur en chef. On n'y souffre personne de suspect, de mauvaises mœurs, nuls tapageurs, ni Soldats ni Domestiques, ni qui que ce soit qui pourrait troubler la tranquillité de la Société. Dans ceux des Boulevards, il y a des Musiciens qui exécutent des symphonies : des Bouffons y chantent des Ariettes; & des Cantatrices, des airs d'Opéra-comique. Il y a des Cafés où s'assemblent les Militaires & les Étrangers ; d'autres, où il n'y a que des Juifs ; d'autres, pour les Praticiens , les Marchands, Négociants, Artisans , &c. »

Photographies : LE GRAND CAFE ROYAL D'ALEXANDRE SUR LES BOULEVARDS DE PARIS. Gravure 'vue d'optique' polychrome du XVIIIe siècle représentant le « Grand Café Royal d'Alexandre » Texte en latin et français : « Major taberna Caffe Alexandri In Majori Ambulatorio Lutaetiae vulgo boulvard » - « 35e Vue d'Optique Représentant Le Grand Café d'Alexandre sur les Boulevards de Paris. » Autres inscriptions : « Présentement chez Lachaussée rue St. Jacques. » - « A Paris chez Daumont rue St. Martin » - « Et Présentement chez Basset rue St. Jacques au coin de celle des Mathurins. Tient Fabrique de Papiers. » Dimensions : 35,4 x 45,3 cm avec le cadre.

On distingue dans la gravure des musiciens à l'intérieur du café. On remarque que le lieu est grand (large et haut), aéré, lumineux (avec de nombreuses hautes fenêtres), très ouvert sur l'extérieur (les badauds pouvant profiter du spectacle par l'extérieur) avec semble-t-il un jardin intérieur aménagé avec lustres ... Le lieu semble vraiment très plaisant. Sans doute est-ce pour cela que les cafés se multiplient rapidement. Comme nous l'avons vu, en 1778 Luc-Vincent Thiéry écrit que l'on dénombre dans la capitale « cinq ou six cents Cafés » alors que dans son Manuel du voyageur à Paris, ou Paris ancien et moderne, Pierre Villiers affirme en 1806 que l'« On compte à Paris plus de trois mille cafés ». En moins de trente ans, le nombre de ces lieux de délassement s'est donc multiplié par cinq alors que la population de la capitale continue doucement sa croissance démographique qui va cependant devenir de plus en plus importante dans les années qui suivent avec un exode rural qui amène avec lui une quantité de grisettes, arthurs, cousettes, calicots, musardines, dames aux camélias, hommes aux camélias, dames du lac, accrocheuses, lorettes, essuyeuses de plâtres, greluchons, cascadeuses, maquillées, casinettes, boule-rouges, petites dames, petit messieurs, filles de marbre, pré-catelanières, casinettes ....

Un des plus anciens cafés, toujours présent à Paris, est le Procope. Comme l'écrit dans la seconde moitié du XVIIIe siècle Louis-Sébastien Mercier dans Tableau de Paris : « Ce fut Procope qui corrigea les grands seigneurs & les poètes, les élégants de la cour & les écrivains du siècle de Louis XIV qui s'enivraient loyalement au cabaret : en leur versant du café, il leur donna un autre point de réunion ... »

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Plateaux-miroirs

Les plateaux-miroirs que l'on dispose au milieu d'une table richement appareillée rappellent, en miniature, les plans d'eau (ou miroirs d'eau) des jardins à la française qui en reflétant ce qui les entoure ouvrent les perspectives, donnent de la profondeur et de la grandeur, théâtralisent ce qui s'y réfléchit. L'inanimé ou l'anodin deviennent des oeuvres, un spectacle, des tableaux dont on cueille les éléments comme le convive plongeant sa main vers les mets qui lui sont proposés.

Photographies : Deux plateaux-miroirs d'orfèvrerie française du XIXe siècle en bronze argenté de la galerie Olivia & Emmanuel

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Merveilleuses & merveilleux