Le petit air boudeur

Un article (photographie) de Le Furet des salons de 1825 que je cite dans d'autres passages de ce blog, explique cette habitude de s'exprimer avec charme même dans la contrariété :

« Le petit Air boudeur.

On voit dame grecque ou romaine
Se fâcher avec majesté ;
L'Espagnole la moins hautaine
Se plaint, soupire avec fierté.
Avec calme gémit l'Anglaise,
L'Allemande a le ton de gronder ;
Mais, plus espiègle, la Française
Créa le petit air boudeur.

Marquise, duchesse, bourgeoise,
Raffolent de cet air charmant,
Est-il mortel que n'apprivoise
En aussi joli talisman ?
Un mari veut-il à sa femme
Fermer sa bourse avec rigueur,
Elle s'ouvre, dès que madame
A pris son petit air boudeur. »

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Les grands collectionneurs de porcelaine asiatique aux XVIIème et XVIIIème siècles, quelques exemples allemands et français.

Article et photographies de l'antiquaire M. Philippe Michaud : www.ph-michaud.com

Héritiers des premiers collectionneurs que furent Jean de Berry et son frère Louis d’Anjou à la fin du XIVème siècle, divers grands aristocrates, hommes politiques ou religieux portèrent aux XVIIème et XVIIIème siècles le goût pour les porcelaines d’Asie à un niveau exceptionnel et encore aujourd’hui inégalé. Ces ensembles furent constitués patiemment, parfois par le rachat de collections entières, souvent lors de successions, ventes aux enchères ou auprès de grands marchands merciers parisiens. Une petite vingtaine de noms, essentiellement masculins, sur ces deux siècles, peuvent aujourd’hui être retenus, tout en notant que leur collection de porcelaines de Chine (ou du Japon) n’était qu’une parmi de nombreuses et très diverses.

Le premier d’entre eux, chronologiquement, fut Armand du Plessis, cardinal de Richelieu (1585-1642), avec près de 400 pièces au Palais Cardinal (actuel Palais Royal, à Paris). Plus modestement, mais sans doute avec une grande exigence de qualité, André le Nôtre (1613-1700) offrit une garniture de 5 pièces Blanc Bleu à Louis XIV le 5 mai 1693, qui les offre à son tour au Grand Dauphin.

En ce qui concerne les collections royales françaises, Louis XIV (1638-1715), avant 1679, avait quelques centaines de pièces, secondaires, pour Versailles, Saint-Germain-en-Laye et le château du Val. De nombreuses pièces avaient été reçues comme cadeaux diplomatiques lors des ambassades de Siam en 1684 et 1686. Huit grandes urnes couvertes ornaient le Salon de Marly. En 1718 les collections comptent 2714 pièces, mais pas de cabinet de porcelaines dans les appartements royaux ou le Garde-Meuble. Les ventes de Louis XV aux Tuileries en 1752 firent chuter le nombre à 81, et dès le début des années 1780 il n’y aura plus rien. Plus passionné en ce domaine que Louis XIV, Philippe de France (1640-1701), frère du Roi, dit Monsieur, possédait 301 pièces dans l’arrière-cabinet du château de Saint-Cloud, un des rares cabinets de porcelaine princiers de France. Sans doute le plus passionné de sa famille par les porcelaines, Louis de France, dit le Grand Dauphin (1661-1711) exposait au château de Meudon 380 porcelaines à sa mort, toutes vendues aux enchères ; certaines ont été achetées par l’ambassadeur d’Auguste le Fort à Paris, Charles-Henry de Hoym ; d’autres réapparurent dans la vente du duc de Tallard en 1756 ; aujourd’hui un vase est à Dublin.

Auguste de Saxe, dit le Fort, roi de Pologne (1670-1733), reste aujourd’hui un des plus exceptionnels collectionneurs de tous les temps, se qualifiant d’atteint de la « maladie de la porcelaine », tant sa passion devint excessive. ; il acheta en 1717 le Palais Hollandais, à Dresde Neustadt pour la mise en place des porcelaines, puis la construction du Palais Japonais commença en 1722 (inachevée à la mort du roi en 1733). Le premier inventaire et la numérotation de la collection eurent lieu en 1721. Un cabinet de porcelaines fut aussi aménagé dans la tour du château de la Résidence. À partir de 1833 le conservateur de la collection Gustav Klemm (mort en 1867) vendit les « doubles » pour financer un musée international de la céramique (4875 pièces vendues, dont beaucoup de Meissen). Son successeur Théodore Graesse (mort en 1885) arrête les ventes, mais il dépose 228 pièces au château de Pillnitz et 206 à celui de Moritzburg. À partir de 1873 la collection est installée dans le Johanneum (anciennes écuries et ancien entrepôt des carrosses). Entre 1919 et 1924 l’Etat Libre de Saxe vendit des doubles pour financer de nouvelles acquisitions puis pour payer les dédommagements à l’ancienne famille royale. La collection fut peu à peu mise en place au Zwinger à partir de 1933, où elle est toujours exposée, au cœur du quartier historique de Dresde.

Deux autres grands collectionneurs de langue germanique sont à retenir : Maximilien-Emmanuel de Bavière (1662-1726), héritier de ses antécédents et transmettant son goût à ses descendants  Wittelsbach; ses collections sont aujourd’hui au palais de la Résidence, à Munich. Sophie-Charlotte de Hanovre, reine de Prusse (1668-1705) créa en 1703 au château de Charlottenburg son fameux cabinet de porcelaine, réputé le plus grand d’Europe.

Philippe d’Orléans, dit le Régent (1674-1723) développa des ensembles hérités de son père au Palais Royal et au château de Saint-Cloud ; la dispersion eût lieu lors ventes ordonnées par Louis-Philippe II d’Orléans (futur Philippe-Egalité, en 1786) ; aujourd’hui divers vases Imari sont au Louvre et au musée Cerralbo à Madrid. Contemporaine du Régent, Sybille-Auguste de Saxe-Lawenbourg, princesse de Baden-Baden (1675-1733), constitua une importante collection aux châteaux de Rastatt et la Favorite (aujourd’hui encore in situ).

Le duc de Tallard (1684-1756) réunit une importante collection dispersée en vente en le 22/03/1756 ; plusieurs pièces provenaient de la collection du Grand Dauphin. La provenance prestigieuse était bien sûr déjà très recherchée. Louis IV Henri de Bourbon Condé (1692-1740) constitua une très riche collection, surtout japonaise, au château de Chantilly ; aujourd’hui quelques pièces sont in situ. Passionné de porcelaine, il fonda comme Auguste le Fort une manufacture de renommée internationale.

Marie-Thérèse de Habsbourg (1717-1780), impératrice d’Autriche, réunit de beaux ensembles, qui sont aujourd’hui exposés dans diverses salles du palais de la Holfburg, à Vienne.

Au XVIIIème siècle, la grande figure féminine française dans le domaine du mécénat et des collections reste Jeanne, marquise de Pompadour (1721-1764), dans ses diverses résidences dont l’actuel palais de l’Elysée (hôtel d’Evreux), avec près de 300 pièces lors de l’inventaire après décès de 1764. Elle se fournissait en partie auprès des marchands merciers Gersaint et de Lazare Duvaux, qui ornaient souvent les porcelaines de montures en bronze doré ; aujourd’hui diverses collections (Getty, reine d’Angleterre…) possèdent des pièces de la collection Pompadour, en général monochromes.

Plus modestement, il faut aussi retenir Louis-Urbain Lefèvre de Caumartin (1653-1720), intendant des finances (achats à la vente du Grand Dauphin) et surtout Pierre-Louis Randon de Boisset (1708-1776), archétype du collectionneur du siècle des Lumières. Il fut l’un des plus célèbres d'entre eux. Issu d'une famille de banquiers, il devint avocat au Parlement de Paris avant de rentrer aux Affaires du Roi. Fermier Général en 1757, et l'un des personnages les plus riches du royaume, il posséda deux pièces provenant du Grand Dauphin, via le duc de Tallard puis via Julienne de Gaignat ; sa vente aux enchères eut lieu le 27/02/1777. La collection Julienne de Gaignat (ami de Watteau), présentait aussi deux pièces provenant du Grand Dauphin, via le duc de Tallard. Le duc d’Aumont (1709-1782) collectionna aussi quelques porcelaines exceptionnelles, dispersées lors de sa vente aux enchères le 12/12/1782, aujourd’hui au Louvre (achats de Louis XVI).

Le dernier de cette série fut probablement Louis-René de Rohan-Guéméné, cardinal archevêque de Strasbourg (1734-1803) qui réunit à la fin de l’Ancien Régime un très bel ensemble pour orner son pavillon chinois au château de Saverne. L’essentiel est aujourd’hui exposé au palais Rohan, à Strasbourg. Toutefois il se démarqua à la fois de ses contemporains par cet intérêt alors déjà démodé et de ses prédécesseurs en achetant quasi exclusivement de très grandes pièces, pour « décorer ».

Aujourd’hui l’intérêt des collectionneurs pour les porcelaines de Chine ou du Japon a beaucoup évolué. En dehors des porcelaines à monture de bronze doré d’époque ou de rares exemples tout à fait exceptionnels et en général recherchés par les asiatiques fortunés, le marché de l’art présente encore nombre de belles pièces à des prix très raisonnables. Il est donc toujours possible, sans élitisme, d’acquérir des pièces identiques à celles issues de certaines collections citées ci-dessus et exposées dans divers musées ou châteaux.

Illustrations : deux porcelaines du Japon, vers 1700 (vase 39,5 cm, plat 24,5 cm), portant la marque d’inventaire de la collection d’Auguste Le Fort à Dresde ; collection particulière.

Article et photographies de M. Philippe Michaud, antiquaire spécialisé dans les porcelaines de la Compagnie des Indes
www.ph-michaud.com

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Le pied mignon et le talon rouge

Photographies 1 (ensemble et détails) : Petite gravure (in 8°) du XVIIIe siècle provenant sans doute d'un livre représentant un couple chez un chausseur. On remarque que les chaussures ici représentées sont à talons larges pour les hommes et à aiguilles pour les femmes.

La chaussure occupe une place importante dans la mode française. Au Moyen-âge, à certains moments celle-ci se porte pointue, longue et retournée chez les jeunes élégants avec parfois au bout un visage ou une autre figure plus ou moins grotesque. L'habit de l'homme avec ses culottes offre la jambe aux regards et en particulier le pied. La chaussure est donc un élément important de la panoplie de l'homme galant. Un portrait très connu de Louis XIV de pied nous le montre portant des chaussures à talons rouges. Il semblerait qu'il lance cette mode et que seule la cour a le droit de porter de tels souliers. C’est à partir de ce moment et surtout sous la Régence (1715-1723) qu’on appelle ‘talons rouges’ les petits-maîtres appartenant à la cour ; mais aussi (et cela est attesté dans des textes du XIXe siècle) un homme en vue et aimé pour sa prestance. Un exemple de cet emploi se lit dans un texte d’Alfred de Musset (1810-1857) intitulé ‘Mademoiselle Mimi Pinson : Profil de Grisette’. Comme il est de coutume chez les étudiants, un habitué du quartier latin nommé Marcel invite deux grisettes : « il fit savoir à mademoiselle Zélia qu’il y avait le soir gala à la maison, et qu’elle eût à amener mademoiselle Pinson. Elles n’eurent garde d’y manquer. Marcel passait, à juste titre, pour un des talons rouges du quartier latin, de ces gens qu’on ne refuse pas ». Le terme peut donc s’appliquer à d’autres milieux que ceux de l’aristocratie.

Photographies 2 (ensemble et détail) : Gravure du XVIIIe siècle de Chaponnier Boilly intitulée 'La Comparaison des petits Pieds' (le titre n'est pas visible sur cette gravure qui a été découpée). Deux femmes pendant la seconde toilette comparent leurs pieds pour savoir laquelle a les plus petits, pendant qu'un chausseur leur fait essayer des modèles ; enfin c'est sans doute ce que fait l'homme représenté bien qu'il semble presque allongé dans l'entrebâillement de la porte, et que les femmes soient particulièrement négligées voir dénudées : la poitrine et les mollets (même un genou !) apparents.

Chez la femme on regarde son pied mignon ; ce qui est entre autres choses une caractéristique de la jambe élégante du XVIIIe siècle. A cette époque les femmes portent des chaussures à talons qui soulignent la petitesse des pieds. A la fin de ce siècle, la mode à l'antique amène celle des souliers à talons bas. Cependant les représentations de galantes et galants d'alors les montrent, bien que portant des chaussures plates, le plus souvent sur la pointe des pieds. Dans Les Nuits de Paris (1788-1794) Restif de la Bretonne (1734-1806) se plaint plusieurs fois de cet usage nouveau : « c'est en ce moment, dis-je, qu'une mode insensée fait baisser, élargir les talons des chaussures des femmes ! ». Alors que dans cet ouvrage l'auteur dévoile son caractère plein de compassion, il semble que lorsque le sujet en vient aux chaussures des dames il perde complétement pied comme le montre ce chapitre consacré aux talons hauts et bas : « HAUTS TALONS. En m'en retournant, je me trouvai dans la rue Saint-Louis : La gelée rendait le pavé sec et propre. Je vis une Femme charmante sortir d'une grande maison : - Je marcherai (dit-elle à l'Homme qui lui donnait la main). Et le carrosse les suivit. Comment pouvez-vous marcher ? (lui dit l'Homme), avec des talons aussi élevés ? - Je m'appuie, ou je marche seule, comme il convient à une Femme de marcher, sans précipitation. Je croirais être chaussée en Homme, si j'avais des talons bas : Depuis que j'ai vu, au Palais-royal, une très Jolie personne, n'avoir plus l'air que d'une Tâtillon, en se chaussant presqu'à plat, j'ai pris en horreur les talons bas. D'ailleurs, ils nous rendent la jambe désagréable. J'osai m'approcher en ce moment : - Madame a bien raison ! Voyez, Monsieur, quelle grâce a cette marche noble, et quelle majesté donnent à Madame deux ou trois doigts de plus. Je crois qu'on me fit l'honneur de me prendre pour un Voleur ! Quoiqu'il en soit, l'Homme quitta le bras de la Dame, se mit en défense, et se rapprocha de la voiture : La Dame marchait seule ; et jamais je n'ai vu tant de grâces, de noblesse et d'aisance. Je continuai : - Tout, dans les Femmes, doit avoir un sexe, l'habillement, la coiffure, la chaussure, surtout la chaussure, qui doit être d'autant plus soignée que c'est en elle-même, la partie la moins agréable de l'habillement. II est très important pour les mœurs, très important pour les Femmes, que leur habillement tranche avec le nôtre ! Elles perdraient de leurs attraits par le rapprochement : Mais supposons qu'elles n'en perdissent pas, et qu'elles communiquassent au contraire leur charme de sexe à l'habillement des Hommes ! Il en résulterait un grave inconvénient pour les mœurs ... Ceci est une chose dont la Police devrait se mêler : Qu'elle permette toutes les modes, à la bonne heure, mais qu'elle ordonne, que toute Dame, qui rapprochera son vêtir de celui des Hommes, soit traitée en Catin par le Guet & les Commissaires. J'ai vu hier une Femme en talons larges et plats ; je l'aurais battue, si je pouvais battre une Femme. Elle était crottée comme un Barbet. C'est que les talons larges renvoient plus de boue. Nos Aïeules parisiennes adoptèrent jadis les talons élevés et pointus, par goût pour la propreté. Elles étaient plus sages que leurs Petites filles, qui, d'après des conseils anonymes ont baissé leurs talons, dans le temps où le pavé est broyé plus que jamais, par les voitures ; où les inutiles canaux que la sottise et la cupidité placent sous toutes les rues, en font des mares ; c'est en ce moment, dis-je, qu'une mode insensée fait baisser, élargir les talons des chaussures des Femmes ! Jeunes Sylphides ! croyez-en votre Admirateur éclairé, vous devez éviter tout ce qui profane votre parure, en la rapprochant de l'habillement des Hommes ; tout ce qui vous matérialise, en déformant votre jambe et votre pied ! ... Ici la Dame m'interrompit : - N'êtes-vous pas le Hibou de la Marquise de M**** ? - Oui, Madame. - Hé ! Monsieur ! (dit-elle à l'Homme), il n'est pas méchant. On arriva. La Belle-dame me présenta la main, que je baisai. On rentra. »

Photographie 3 : Détail de la gravure au pointillé de Louis Darcis d'après Carle Vernet (1758-1836) datant de 1796 et titrée « Les Mérveilleuses ».

Photographie 4 : L'article intitulé 'Les Pieds' de Le Furet des salons nous renseigne sur le pied mignon (renommé internationalement) de la parisienne. Le Furet des salons est un petit opuscule de mode de 6,6 x 4,5 cm, de vers 1825, contenant de courts articles sur la mode du temps.

Voici le texte de ce passage : “Les Pieds. On dit que telle femme a une physionomie spirituelle, un air voluptueux, une taille élégante. Une jolie jambe, un joli pied, sont, à mon avis, ce qu'il y a de plus adorable dans une jolie femme. Les Parisiennes ont, dans le monde entier, la plus haute renommée pour les pieds mignons et les souliers bien faits. C'est à Paris que toutes les beautés de l'Europe veulent se faire chausser ; et c'est là seulement qu'elles peuvent apprendre à marcher avec grâce et vitesse.”

Photographie 5 : Détail de la planche 19 de 1802 provenant du Journal des Dames et des Modes ou d'une copie d'époque. Nous avons là un pas de danse.

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Candélabres du XIXe siècle

L'orfèvrerie est un art dans lequel les français excellent depuis longtemps. Les candélabres présentés ici sont du XIXe siècle et appartiennent à la galerie Olivia & Emmanuel. Je suis particulièrement sensible à ces objets qui reprennent des thèmes du XVIIIe siècle : rocaille et néoclassique. Ces porteurs de lumières, dans la ville des Lumières, sont de véritables merveilles.

La majorité des exemples présentés ici sont de style rocaille (formes mouvementées, feuilles d'acanthe …) dont les galbes sont parfaitement en adéquation avec la lumière et dansent avec elle. Même les contours néoclassiques des autres modèles rappellent le chemin des flammes. Cette façon d'appréhender la lumière n'a pas d'équivalent dans l'électrique (qui a cependant énormément d'autres avantages). Les galbes et dessins de ces candélabres semblent cristalliser la clarté dans sa mouvance, celle qui s'échappe à travers la flamme vacillante et consume la cire qui glisse pour former une sculpture animée : prolongement changeant, comme le feu, de l'objet.

Les techniques de fabrication de tels modèles sont toujours transmises chez de rares orfèvres parisiens : comme dans la famille Cadoret, avec Aubry-Cadoret (11e arrondissement) entreprise familiale fondée en 1890, et l'Orfèvrerie du Marais (11e arr.) de François Cadoret descendant de la quatrième génération de cette petite dynastie qui conserve un authentique savoir-faire. Le nom 'Orfèvrerie du Marais' n'est pas anodin : ce quartier de la capitale française possède jusqu'au XXe siècle de nombreux artisans d'art dont des orfèvres. Aujourd'hui là (3e arr., celui du Temple) officient toujours : Rouge-Pullon depuis quatre générations, l'Orfèvrerie Richard fondée en 1910 pour succéder à un atelier plus ancien et qui reste dans les lieux d'époque, Noël Collet (depuis 1925), Lapparra, Nicolas Marischael (entreprise familiale fondée en 1924), Daniel Crègut, Eschwege, Christophe Guillot, Orfèvrerie de Chambly (ils existent depuis 1894 mais je ne sais pas s'ils sont parisiens), Voglux ; et dans le 11e arrondissement : l'Orfèvrerie de Paris et Pierre Meurgey (depuis trois générations).

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Le Gant jaune

Le gant jaune est un « Homme distingué – en 1840, où les gants jaunes étaient le suprême bon ton […] Le Gant jaune est le frère aîné du Gandin. » écrit Alfred Delvau dans son Dictionnaire de la langue verte (1866). En boxe française comme en canne, le gant jaune ou pommeau jaune représente le niveau (élevé) du pratiquant. Mais peut-être cela n’a-t-il aucun rapport ! Ce qui est sûr, c'est que l’expression ‘gant jaune’ exprime le copurchic de l’élégance extrême chez les femmes comme chez les hommes.

Photographie : Détail de la planche 39 de 1801 provenant du Journal des Dames et des Modes ou d'une copie de vers cette même période.

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Bouquets de fleurs

Photographie du tableau : « Bouquet de fleurs, flûte et partition sur un entablement » Huile sur toile (H. 56 cm, L. 43 cm) signée "Bachelier" en bas à gauche sur la partition. Il s'agit d'une peinture de J-J Bachelier (Paris 1724 – 1806) vendue par la galerie parisienne Coatalem. Image Copyright Galerie Coatalem, Paris. 
Le
bouquet de la photographie se compose de diverses variétés de fleurs : lys blanc, bleuet, pivoine (semble-t-il), liseron, oeillet, une graminée, narcisse, rose blanche … Un papillon se cache au milieu. Si de la partition on ne distingue que la signature du peintre et n
on pas les notes cachées sous la flûte et le panier de fleurs, c'est parce que les signes musicaux sont dans la composition même du tableau. En plus de sa beauté d'ensemble l'intérêt de cette peinture réside dans sa musique, chaque élément donnant à écouter ... C'est un air délicat que le peintre a composé dans cette image : formes, couleurs, sujets ... Les fleurs en expriment en particulier les notes et les paroles. Autrefois plus qu'aujourd'hui on s'intéresse au langage des fleurs que la plupart connaît. Si on se réfère à cette langue, ce tableau joue une chanson d'amour tendre qui dit à peu près ceci : « Mon âme [le papillon : Psyché] ne voit que vous, alors que vous ne me voyez pas [le comble pour une représentation visuelle]. Mon amour est timide et sincère mais riche, d'une humble détermination et ardent en mon coeur. » Le blanc (pureté) et un bleu gris-pastel (amitié tendre) dominent avec seulement un ton de rouge (passion) mais au centre et un peu de jaune (richesse) qui est la couleur de la flûte. Wikipedia propose un recensement de ce Langage des fleurs.
Certains disent que la nature est un livre ouvert qui peut se lire si on connaît son langage : formes, sons, odeurs, propriétés culinaires, pharmaceutiques, pratiques …, un ouvrage d'une richesse illimitée. Cette langue n'a pas de frontières ,mais les mots ne sont pas toujours les mêmes puisque les variétés changent d'un pays ou d'une région à l'autre.
Les différentes cultures usent de ces symboliques. En architecture la rosace est une figure récurrente depuis la Haute antiquité jusqu'à aujourd'hui. Celles des églises de Notre Dame de Paris en sont des exemples majestueux. Leurs représentations ainsi que celles que l'on retrouve aux plafonds de nombreux monuments antiques ou néo-antiques s'inspirent de la fleur et plus particulièrement de la rose très présente dans l'art occidental. Dans la Grèce antique ce sont aussi des feuilles qui décorent céramiques et chapiteaux : palmettes des vases à figures noires ou rouges et feuilles d’acanthe des chapiteaux corinthiens. Autant de plantes différentes qui s’épanouissent au gré des civilisations.
Si la rose est importante dans l'art occidental, il n'en demeure pas moins que les contreforts de l’Himalaya ont la plus grande quantité d’espèces de roses sauvages au monde. Pourtant c'est le lotus qui est la fleur emblématique de l'Asie. Les mandalas qui sont le plus souvent des plans de palais divins, ont la structure de cette fleur d’où naît généralement la divinité et sur laquelle elle est le plus souvent représentée.
Pour les indiens du Mexique d'avant la colonisation, « fleurs » désigne aussi des productions, comme les œuvres poétiques.
Les artistes ont représenté dans l’art plastique de multiples personnages tenant une fleur : Tara divinité féminine tibétaine, femme étrusque sur des sarcophages, aristocrates femmes ou hommes de toutes les époques… Ainsi les fleurs parsèment non seulement l’ouvrage de la nature mais aussi celui des hommes. Certaines sont en or et pierres précieuses : couronnes, diadèmes, bijoux ... Durant l’Antiquité, on porte des couronnes de fleurs fraîches mais aussi de finement ciselées dans de l’or ou de l’ivoire. De beaux exemples de couronnes de feuilles et fleurs en or sont conservées au Musée archéologique de Mythilène en Grèce. Au musée de Cluny à Paris sont exposées des roses d’or, au Louvre des sceptres avec des fleurs faites avec ce métal précieux et autres pierres précieuses. Les tapisseries aux mille fleurs sont fréquentes au Moyen-âge. Celle de la Dame à la Licorne en est un exemple. Les fleurs sont un sujet cher aux arts décoratifs, comme sur les décors de céramiques avec des fleurs imaginaires ou connues tels les décors : à la fleur de pomme de terre (ou fleur de solanée ou solanacée), à la fleur des Indes, à l'oeillet, à la jacinthe, à la fleur de chicorée, floraux au naturel, aux barbeaux, aux guirlandes ou corbeilles de fleurs, à la corne fleurie, aux bouquets fleuris, aux semis (ou jetés) de fleurs … Certaines de ces fleurs sont contournées (ou chatironnées) alors que d'autres sont de qualité fine (sans contours).
Enfin voilà pour un rapide survol.

Photographies des céramiques : Deux assiettes, l'une en faïence, sans doute du XVIIIe siècle, et l'autre en porcelaine du XIXe. La première représente une tulipe contournée. Dans la seconde les fleurs blanches du rosier sont de qualité fine.

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Le Petit chose

Ce nom est en commentaire de la représentation d’un élégant dans le livre La Comédie de notre temps (1874) de Bertall (1820-1882). Le petit chose est à rapprocher du genreux qui emploie beaucoup les mots ‘chose’, ’machin chose’. A ne pas confondre avec Le Petit Chose d’Alphonse Daudet qui est un surnom d’abord donné à un enfant.

Photographie : « LE PETIT CHOSE. TENUE DE PREMIERE. Qu’on l’appelle daim, gandin, cocodès, petit crevé ou gommeux, peu lui importe – pourvu qu’on soit épaté de son chic. » Bertall, La Comédie de notre temps, vol. 1, Plon, Paris, 1874.

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Le bain et le miroir

Pour rendre un hommage à l'exposition sur le bain et le miroir qui se déroule encore pour quelques jours au musée de la Renaissance d'Ecouen, voici une gravure de 1775, de Nicolas Ponce (1746-1831) d'après un dessein d'Eisen (1720-1778), tirée d'un ouvrage de 1775 intitulé Adonis. On y voit Vénus (Aphrodite) prenant un bain.

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Le genreux

Photographie : « EDUCATION EN FAMILLE. – Dis donc, petite soeur, tu as un chic épatant. Je t’avertis qu’on te regarde. Si on allait te prendre pour une cocotte ! – J’en ai le trac. » Bertall, La Comédie de notre temps, vol. 1, 1874.

L'utilisation d'un vocabulaire 'moderne' et d'usages verbaux inventés est une des caractéristiques de la jeunesse sans doute de tous les temps. Les modeux de la seconde moitié du XIXe siècle aiment à utiliser des termes spécifiques comme ‘chic’, ‘épatant’, ‘chose’, ‘infecte’, ‘trac’ … encore présents jusqu'à la seconde guerre mondiale chez des zazous à la Charles Trenet. Le 'genreux' est un nom inventé durant le XIXe pour caractériser ceux qui emploient en particulier beaucoup les termes de 'machins' et de 'choses'.

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Le Parisien

Photographie : Physiologies Parisiennes (1886) d'Albert Millaud (1844-1892).

Dans Physiologies Parisiennes (1886), Albert Millaud (1844-1892) consacre tout un chapitre au « vrai parisien » : « Le vrai Parisien est né à Paris […] Le Parisien pur sang se reconnaît à un déhanchement particulier, quand il marche, et sa continuelle flânerie. Dès qu’un passant s’arrête pour regarder en l’air ou pour se réunir à d’autres passants rassemblés soyez sûrs que c’est un Parisien. Le Parisien est avant tout badaud. Il regarde passer une noce ou un enterrement, comme s’il n’en avait jamais vu. Il aime les militaires et les suit, sur le trottoir, quand il a un chapeau et sur la chaussée quand il a une casquette. Le Parisien ne sait pas grand’chose ; mais il se mêle de tout, et dit son opinion avec autorité. Il adore pérorer le public et trouve que tout ce qu’on fait est mal. Si on l’écoutait, on ferait mieux. […] Il n’a aucune initiative, et ne sait pas encore, quand il prend le chemin de fer, à quel guichet il faut s’adresser. […] Le vrai Parisien, quelle que soit l’éducation qu’il a reçue, grasseye en parlant et se moque des gens qui vibrent. […] Il a toujours dans sa famille une tante ou une vieille bonne qui lui ont appris à traîner en parlant, et il traîne tant qu’il peut. Le Parisien ne prononce les u qu’eu et les eu qu’u. Je connais des fils de famille qui disent « eune chaise » pour « une chaise » et Ugène pour Eugène, c’te pour cet, ed pour de. C’est dans le tempérament parisien. L’e muet le gêne, il dira volontiers : C’est eune tuill quim’ tombe su l’dos. Un académicien, né à Paris, parle absolument cette langue, quand il se laisse aller ... »

Un article de Le Furet des salons de vers 1825 intitulé : 'Portrait du Parisien' (voir photographies et la description) décrit ce personnage à l'époque : « Les premiers éléments d'une éducation parisienne consistent à dire poliment une chose incivile, agréablement une chose indifférente ; à glisser comme une ombre parmi la foule, à ployer la tête quand il le faut, à saisir avec un instinct subtil la nuance du moment, le ton du jour. S'il est grave, ce n'est point sa faute : c'est le ton depuis trente ans ; il existe au milieu de son sérieux affecté, des moyens infaillibles de le reconnaître : c'est le noeud de sa cravate, la forme de sa botte, l'élégante souplesse de sa badine, l'adresse avec laquelle son pas élastique bondit de pavé en pavé. Ses affections sont peu profondes ; il n'est capable ni de haine ni d'amour. La caricature, l'épigramme, quelques mots piquants, c'est là son poignard, son stylet, son poison. Personne ne balotte plus rapidement, plus vivement les opinions, les idées, les principes. Si le Français est l'enfant de l'Europe, le Parisien est l'enfant de la France. »

Si le parisien n’est pas un petit-maître, les petits-maîtres sont presque toujours des parisiens. Dans Les Lois de la Galanterie, Charles Sorel (vers 1582 – 1674) exprime ouvertement que le seul lieu valable pour la Galanterie est la capitale française, et cela dès le premier paragraphe de son livre : « Nous, Maîtres souverains de la Galanterie, étant assemblés, selon notre coutume, pour la publication de nos lois, qui est quelquefois renouvelée plus souvent que tous les jours [leur coutume étant de ne suivre aucune loi : rappelons que l'auteur est dans sa jeunesse dans la mouvance des libertins], Avons arrêté qu'aucune autre Nation que la Française ne se doit attribuer l'honneur d'en observer excellemment les préceptes, et que c'est dans Paris, ville capitale en toutes façons, qu'il en faut chercher la source. Les esprits Provinciaux n'auront point aussi l'air du grand monde sans y avoir fait leur cours en propreté, civilité, politesse, éloquence, adresse, accortise [savoir être accort], prudence mondaine, et s'être acquis toutes les autres habitudes dont la vraie Galanterie se compose. Encore avec tout cela ne pourront-ils pas exercer notre Art illustre dans leurs villes éloignées, pour ce qu'il n'a cours véritablement que dans Paris, ville incomparable ou sans pair, de laquelle lorsque les vrais Galants sont éloignés, ils se trouveront comme les grands poissons de la mer dans une petite mare où ils ne peuvent nager faute d'eau, si bien que celui qui porte cette dignité ne s'éloignera que le moins qu'il lui sera possible d'un lieu qui est son vrai Élément. »

Photographies : Petit opuscule de mode de 4,5 x 6,6 cm, de vers 1825, intitulé : Le Furet des salons, écrit peut-être par César Lecat baron de Bazancourt (1810-1865), contenant de courts articles sur la mode du temps dont l'un intitulé 'Portrait du Parisien'. Les photographies représentent le livre à peu près à son échelle.

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La Parisienne

Photographie : 'La Parisienne à Londres'. Gravure des toutes premières années du XIXème siècle.  Il manque les inscriptions en dessous et au dessus de l'image : 'Caricatures &.' - 'Le Suprême Bon Ton, N°12' - 'A Paris, chez Martinet, Libraire, rue du Coq St-Honoré.' Dimensions : 19,3 x 23,9 cm. Cette intéressante caricature présente une parisienne avec son cavalier parisien. Ils sont dans une position assez caractéristique de la galanterie française, plutôt gracieuse, avec une légère inflexion et sur la pointe des pieds. L'aspect caricatural se situe dans le contraste avec celle rigide des anglais et l'accentuation des traits. Nous avons vu dans d'autres articles qu'à l'époque où se situe cette gravure la mode anglaise est prépondérante à Paris. Comme les anglo-saxons on se met à apprécier les courses de chevaux (arrière plan de l'image). Il est à remarquer la merveilleuse sur la droite avec son chapeau à longue visière et le grand couvre-chef du personnage assis de dos au centre, modes très présentes alors à Paris. Ces genres de coiffes ne trouvent plus d'équivalents par la suite : une visière aussi longue pour les femmes et des chapeaux aussi volumineux pour les hommes. Cette estampe se situe dans un contexte où un grand nombre de français se sont réfugiés pendant la Révolution à Londres. Ce sont les émigrés. A ce sujet, il semblerait que ces vingt dernières années ont connu une émigration très importante de français qui ont choisi de s'installer définitivement hors de l'hexagone. On n'en parle très peu mais c'est une réalité qui dévoile en plus du désir d'aventure, combien tous les gouvernements qui se sont succédés ici ont conduit une politique en profonde opposition avec l'esprit français et son besoin de liberté et de création.

La parisienne et le parisien sont des personnages qui jalonnent de nombreux siècles. Dans cet article il est question de la parisienne, et dans le suivant du parisien.

Au XIXe siècle, dans la capitale française, le grand nombre de cocottes, demi-mondaines et autres lorettes fait que le mot de 'parisienne' a souvent dans la bouche d’un étranger en villégiature dans cette ville une connotation de fille facile. Ceci vient sans doute de la liberté qu'affichent les parisiennes. Mais ce qui les caractérise toutes c'est leur charme. Certaines sont des 'filles', d'autres des grisettes, des 'dames', des artistes, des 'grandes dames' voir des aristocrates. Ce personnage a sa place parmi les petites-maîtresses qui sont très souvent des parisiennes.

Voilà ce que l’on peut lire sur elle dans le chapitre 64 intitulé ‘Les grisettes et les lorettes’ du Tableau de Paris (1853) d’Edmond Texier : « Sa beauté n’est pas un type fixe, sujet à des lois d’esthétique qu’on puisse déterminer : c’est un composé de traits étrangers, de beautés particulières, qui se révèlent par les contrastes les plus inattendus et qui n’ont de commun que l’air de famille, air propre à la Parisienne, indéfinissable et insaisissable pour la plume comme pour le pinceau. […] vous verrez parfois ces traits si distincts se succéder sur sa physionomie, essentiellement mobile et changeante. Son regard, toujours perçant, expressif, malicieux, sait, quand il le faut, imposer le respect, ou bien traverser le coeur, comme un rayon de feu ; son sourire, que dessinent d’ordinaire la grâce et la finesse, prend au besoin toutes les significations, et supplée au langage. Où vous reconnaîtrez le mieux la Parisienne, c’est à sa toilette. Je défie toute femme, quel que soit son pays, quelle que soit l’époque où elle ait brillé, de porter comme elle le costume moderne, tel que la mode le fait et le défait à chaque instant. Une figure parisienne, seule, peut, sans ridicule, être encadrée de ce cône renversé, en carton couvert de soie ou en paille tressée, qui s’appelle chapeau. Un corps de Parisienne peut seul laisser deviner toutes ses perfections et dissimuler tous ses défauts sous les plis flottants des vêtements qui changent sans cesse, et qui passent d’une impossibilité à une absurdité. Il y a une sorte de gageure entre celles qui font les modes et celles qui les adoptent : les unes s’ingénient à trouver les combinaisons les plus antipathiques avec les lois du beau et du goût, les autres semblent tout naturellement corriger ces combinaisons absurdes et en faire jaillir une grâce, une beauté nouvelle et imprévue. Pour se convaincre du génie dépensé dans cette lutte entre la coquetterie des unes et les écarts d’imagination des autres, il faut avoir vu, avoir observé les caricatures vivantes qui peuplent la province et l’étranger. Vous regardez une femme qui n’a pas vécu sa vie entière à Paris, vous considérez son cachemire du meilleur fabricant, son chapeau, chef-d’oeuvre de la plus habile modiste, sa robe taillée par la main de la meilleure ouvrière, et vous haussez les épaules. Ce n’est pas sans raison, la pauvre femme a copié la gravure de modes, elle n’a pas créé ce qui manquait en elle pour s’assortir avec sa toilette. Aussi vous déplorez les erreurs et l’aveuglement du caprice féminin, qui combat ainsi sans cesse contre son propre intérêt. Vous jetez un regard d’admiration sur les costumes antiques, aux plis austères et majestueux ; vous contemplez encore une fois les habits pittoresques de quelques paysannes arriérées et vous venez à Paris avec une sainte horreur de ces débauches d’imagination qui guident la main des couturières et la toilette des dames. Quelle surprise vous attend, dès votre première promenade sur le boulevard ! Ces modes si extravagantes, ces créations d’une fantaisie si bizarre, si étrangement originale, vous les retrouvez, mais transformées, mais devenues gracieuses, mais embellies, mais rendues inimitables, par un je ne sais quoi qui appartient en propre à la Parisienne de toutes les conditions. Ici, c’est une grisette , une fille d’ouvrier, une demoiselle de boutique, vêtue sur le modèle de la grande dame, sauf la différence des étoffes ; elle a bien ce chapeau qui vous semblait si ridiculement jeté en arrière et accroché au chignon, cette robe taillée en dépit des contours naturels du corps, ce fichu, non pas drapé, mais chiffonné et pendant au hasard. Le chapeau n’est qu’un tissu de paille sans beaucoup d’apprêt, la robe, qu’une pièce de cotonnade, le châle, qu’un carré d’étoffe imprimée ; et tout cela forme pourtant un ensemble ravissant de grâce et de bon goût. Le regard brille et jette des éclairs sous ce modeste abat-jour ; la taille se balance mollement, la jupe flotte d’une façon onduleuse et provocante. Le pied chaussé d’un mignon brodequin apparaît, à chaque pas, furtif, fin, cambré. »

Dans sa pièce intitulée La Parisienne (1690), Dancourt (1661-1725) met en scène une Angélique, personnage du titre, qui a de l'esprit, plusieurs amants et jongle avec eux alors que sa mère veut la destiner à un quatrième. Finalement elle s'en sort assez facilement et épouse celui qu'elle aime le plus. Comme le dit sa servante : « Ma foi, vive Paris ! L'esprit ne vient pas si vite aux filles de province ! »

Dans un autre article, je parlerai des « pieds mignons » dont les parisiennes sont les plus grandes représentantes.

observé les caricatures vivantes qui peuplent la province et l’étranger. Vous regardez une femme qui n’a pas vécu sa vie entière à Paris, vous considérez son cachemire du meilleur fabricant, son chapeau, chef-d’oeuvre de la plus habile modiste, sa robe taillée par la main de la meilleure ouvrière, et vous haussez les épaules. Ce n’est pas sans raison, la pauvre femme a copié la gravure de modes, elle n’a pas créé ce qui manquait en elle pour s’assortir avec sa toilette. Aussi vous déplorez les erreurs et l’aveuglement du caprice féminin, qui combat ainsi sans cesse contre son propre intérêt. Vous jetez un regard d’admiration sur les costumes antiques, aux plis austères et majestueux ; vous contemplez encore une fois les habits pittoresques de quelques paysannes arriérées et vous venez à Paris avec une sainte horreur de ces débauches d’imagination qui guident la main des couturières et la toilette des dames. Quelle surprise vous attend, dès votre première promenade sur le boulevard ! Ces modes si extravagantes, ces créations d’une fantaisie si bizarre, si étrangement originale, vous les retrouvez, mais transformées, mais devenues gracieuses, mais embellies, mais rendues inimitables, par un je ne sais quoi qui appartient en propre à la Parisienne de toutes les conditions. Ici, c’est une grisette , une fille d’ouvrier, une demoiselle de boutique, vêtue sur le modèle de la grande dame, sauf la différence des étoffes ; elle a bien ce chapeau qui vous semblait si ridiculement jeté en arrière et accroché au chignon, cette robe taillée en dépit des contours naturels du corps, ce fichu, non pas drapé, mais chiffonné et pendant au hasard. Le chapeau n’est qu’un tissu de paille sans beaucoup d’apprêt, la robe, qu’une pièce de cotonnade, le châle, qu’un carré d’étoffe imprimée ; et tout cela forme pourtant un ensemble ravissant de grâce et de bon goût. Le regard brille et jette des éclairs sous ce modeste abat-jour ; la taille se balance mollement, la jupe flotte d’une façon onduleuse et provocante. Le pied chaussé d’un mignon brodequin apparaît, à chaque pas, furtif, fin, cambré. »

Dans sa pièce intitulée La Parisienne (1690), Dancourt (1661-1725) met en scène une Angélique, personnage du titre, qui a de l'esprit, plusieurs amants et jongle avec eux alors que sa mère veut la destiner à un quatrième. Finalement elle s'en sort assez facilement et épouse celui qu'elle aime le plus. Comme le dit sa servante : « Ma foi, vive Paris ! L'esprit ne vient pas si vite aux filles de province ! »

Dans un autre article, je parlerai des « pieds mignons » dont les parisiennes sont les plus grandes représentantes.

Photographie : 'La Parisienne', Tableau de Paris (1853) d’Edmond Texier 

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Livre premier - Poétique grecque

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Les motifs de rayures et de pois

Cet article fait suite à un précédent consacré aux carreaux dans la mode d'autrefois en proposant des exemples de motifs de rayures et pois portés par des petites maîtresses et des petits-maîtres des XVIIIe et XIXe siècles.

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Copurchic

Le terme de 'copurchic' apparaît vers 1885 et reste d'usage pendant la première moitié du XXe siècle. Employé comme nom ou adjectif, il signifie ‘ultra-chic’ (de pur chic) : ce qui se fait de mieux en matière d’élégance et de mode. Le copurchic succède au bécarre (voir l'article qui lui est consacré dans ce blog). Albert Millaud (1844-1892) écrit un chapitre sur 'Le copurchic' dans ses Physiologies parisiennes (1886) : "Le "Copurchic" est donc la dernière incarnation du jeune moderne. Son étymologie s'explique d'elle-même : elle vient de "pur et de chic". Le premier indiquant la perfection absolue du second, la syllabe "co" n'est mise là que pour l'euphonie. Le "Copurchic" brille surtout aux bains de mer. C'est lui qui a inauguré la mode des casquettes américaines en flanelle blanche, rehaussée d'un galon bleu marine. Il y a des "Copurchics" qui varient la couleur de cette coiffure, et son étoffe. Le drap bleu est réservé aux "Copurchics" déjà marqués. La casquette ne va pas sans le pantalon de flanelle blanche, dont les extrémités sont toujours relevées, quelque temps qu'il fasse. Ce pantalon ne doit pas tenir par des bretelles, ni par une boucle. Il est serré à la taille par une écharpe de couleur que devrait cacher le gilet. Pour la montrer, le "Copurchic" se promène, en se tenant le poing sur la hanche, et en relevant, par ce mouvement affecté, l'un des côtés de sa jaquette. On entrevoit l'écharpe. La jaquette est en drap ou en alpaga, de couleur foncée. La bottine de cuir jaune, très pointue, est toujours à la mode. Il y a des "Copurchics" qui maintiennent le chapeau de paille à compresse. Mais cette compresse est aux couleurs nationales du "Copurchic". Tricolore pour le "Copurchic" français. Noire, jaune et rouge pour le Belge, verte pour l'Italien. C'est très patriotique. Le "Copurchic" ne parle plus argot. Il se contente de parler lentement, doucement. Chaque parole sort péniblement de ses lèvres, avec effort. La suprême distinction est de traîner sur une phrase, avec un léger accent d'ironie. Une conversation entre "Copurchics" de sexe différent dure longtemps, sans vouloir dire grand'chose. Les uns et les autres ont l'air de craindre de se fatiguer, en exprimant des pensées cependant peu fatigantes."

Photographies : Illustrations du chapitre sur 'Le Copurchic' de Physiologies parisiennes d'Albert Millaud (1844-1892), La Librairie illustrée, 1886.

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Promenades

Avant les années soixante-dix, en France tout le monde s'adonne largement à la promenade. Au XVIIIe siècle et avant, les femmes de l'aristocratie en particulier y trouvent un divertissement intégré à leur emploi du temps journalier consacré presque exclusivement au loisir. La promenade de l'après-déjeuner (en début d'après-midi) est une des plus importantes peut-être.
Premières photographies : Gravure de F. Aveline le fils d'après Mondon : " Le Temps de l'Après dîner  / Délicieux jardins, agréable verdure, / Beaux parterres que Flore enrichie de ses dons, / D'un livre ingénieux souvent sur vos gazons / On se plaît à goûter l'amusante lecture. / Plus vif dans mes plaisirs, pour moi j'aime bien mieux / Accompagner Philis, et lire dans ses yeux / Qu'au fond de vos bosquets un solitaire asile, / A nos tendres ardeurs deviendrait fort utile."

François Grenaille (1616-1680) occupe tout un chapitre de son livre consacré aux divertissements des dames (Les Plaisirs des dames, 1641) à la promenade. Il nous apprend qu’au XVIIe siècle elle est considérée comme " un des plus doux divertissements des Dames. " L’auteur lui écrit une apologie fort instructive. Elle fait du bien à l’esprit, au corps et entretient " le doux commerce du monde ". Jusqu’au début du XXe siècle, elle garde ces buts. On se promène dans les jardins parisiens, sur les boulevards et au bois de Boulogne pour ces trois raisons dont l’entretien du corps et de l’âme (l’hygiène) n’est pas la dernière. Toute la sociabilité des français qui est une de leurs qualités principales s’y exprime gracieusement. On la considère comme une occupation saine. Dans ce chapitre, comme dans les autres, François de Grenaille expose le bon et le mauvais de ces occupations. Il est intéressant de constater combien il traite sérieusement ces thèmes que ce soit ici ou dans d’autres de ses livres comme dans La mode, ou Caractère de la religion, de la vie, de la conversation, de la solitude, des compliments, des habits et du style du temps (1642) où il s’occupe de la mode d’une façon très singulière, en la critiquant vivement tout en se baignant complaisamment dedans. On y apprend beaucoup de choses notamment sur le Cours dont je parle dans un autre article. La promenade est un moment qu’apprécient vraiment les petits-maîtres français comme l’écrit l’auteur dans ce même chapitre : " Vous verrez parfois des Coquettes qui ont mal aux pieds quand il faut aller à l’Eglise, & se portent fort bien s’il faut aller aux Tuileries. Elles ont mille affaires quand on leur parle d’entendre Vêpres, mais elles n’en ont point quand il faut aller au Cours. Un Sermon de trois quarts d’heure les ennuie ; & la cajolerie de tout un jour leur semble trop courte. " Ces promenades sont souvent très bucoliques mais pas solitaires. On y fait de multiples et agréables rencontres, surtout dans les bois, jardins, et cours réputés. Durant la promenade, les sens sont tout autant occupés au passage des saisons, aux chants des oiseaux, à la beauté de la nature sauvage ou maîtrisée, qu’aux beautés humaines qui paradent, aux discours qui s’alimentent, aux oeillades qui se lancent, aux distractions qui la jalonnent et qui peuvent être de toutes sortes (marchands, artistes, jeux …). Louis XIV et sa suite apprécient de flâner dans les jardins ‘à la Française’ de Le Nôtre (1613-1700) du château de Versailles, et de très nombreux documents iconographiques nous le présentent ainsi. La promenade est un moment important de l’élégance parisienne ; surtout lorsqu’elle se fait dans les endroits à la mode, comme aux Tuileries, au Palais Royal, sur les Champs-Elysées, au bois de Boulogne, au Cours ou sur les boulevards où l’on fauche le persil selon l’expression. Des personnes font profession de louer des chaises dans ces endroits. Ainsi de véritables salons improvisés se forment ; et pas seulement dans les jardins, mais aussi sur les boulevards et autres lieux chics. Dans sa gravure datant de la fin du XVIIIe siècle intitulée La promenade publique, Philibert-Louis Debucourt (1755-1832) décrit avec ironie toute l’agitation d’une de ces balades au goût du jour. Certains flâneurs ont des allures de philosophes conversant autour d’une table ; un très jeune garçon offre des rafraîchissements ; des galants sont assis acrobatiquement sur leur chaise (un tombe à la renverse) ; et toutes sortes de personnes folâtrent. Une aquatinte de Louis Le Coeur (actif de 1785 à 1823) datant de 1787 dépeint comme son titre l’indique, une Promenade du jardin du Palais-Royal, au milieu de petits pavillons où s’ébattent très civilement des personnes de tous âges. Une estampe de la toute fin du XVIIIe siècle du graveur Etienne Claude Voysard (1746-vers 1812) d’après Claude-Louis Desrais (1746-1816) intitulée Petit Coblentz ou promenade du boulevard des italiens est encore plus intéressante car elle expose des élégances musardant, certaines assises sur des chaises d’autres baguenaudant. Tous les protagonistes ont des habits de merveilleuses et d’incroyables très à la mode à la fin du XVIIIe et au début du siècle suivant. Ce sont les prémices du chic du XIXe du boulevard des italiens et de ses plaisants qui y sont dessinés. Certaines promenades se font à cheval ou en équipage comme au bois de Boulogne ou sur les Champs-Elysées au XVIIIe siècle … ou même en vélo pour les promenades hygiéniques à partir de la fin du XIXe siècle. Antoine Charles Horace Vernet (1758-1836) décrit en des traits un peu caricaturaux la Promenade de Longchamp (au bois de Boulogne) dans une estampe de 1803. Certains hommes portent de hauts chapeaux bicornes, les femmes des tuniques aux plis gracieux. Ces personnages sont assis sur des chaises, debout, marchant, à cheval ou en carrosse. Certains jardins sont célèbres pour les attractions qui s’y donnent ; comme celui de Tivoli dans le nord de Paris où on danse, boit dans des petits bosquets aménagés pour la collation, joue à des jeux, regarde des spectacles pyrotechniques ou autres, contemple des automates ou des magiciens etc. Le jardin Beaujon est connu pour ses montagnes françaises (dans le genre des actuelles montagnes russes) ; les jardins des Champs-Elysées au XIXe siècle pour leurs bals et l’animation festive qui y règne etc. A certains moments et époques, les jardins de Saint-Cloud, à l’ouest de Paris, accueillent des fêtes ; et même tous les quartiers et rues de Paris ont leurs moments festifs. Certaines promenades sont philosophiques, d’autres botaniques (Jean-Jacques Rousseau a l’habitude de botaniser dans les jardins de Paris et dans les alentours bucoliques de la capitale), d’autres beaucoup plus simples. Tout le monde se promène alors ! Un homme est appelé suiveur au XIXe siècle lorsqu’attiré par une fille qui semble être docile ou pour engager une conversation la suit. Dans Trop de chic (1900), Gyp décrit le quiproquo d’une femme qui se croyant suivie par un homme qui lui plaît avance en minaudant puis rentre dans un magasin et achète de nombreux articles pour que le monsieur l’accoste avant de s’apercevoir que celui-ci y vient chercher son amie. Dans ses Mémoires, Paul Charles François Adrien Henri Dieudonné Thiébault (1769-1846) raconte comment en voyant pour la première fois une femme d’une beauté remarquable montée dans son carrosse, il la poursuit en courant à travers les boulevards, parcourant ainsi près de la moitié de Paris. La promenade est le moment où on découvre d’autres personnes, s’aventure, se lance des ‘oeils’ (des oeillades) de toutes sortes, prend des positions de bon aloi et parfois fait des rencontres. Dans les textes du XIXe siècle qui relatent cela, c’est la femme qui semble mener la danse …

Dernières photographies : Elégants se promenant. Les gravures peintes sont de la fin du XVIIIe siècle ; les autres proviennent de l'Almanach de Goettingue (1788) : " Orné de taille-douces gravées par Chodowiecki, avec les modes les plus modernes des Dames et des Cavaliers ... "

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La contredanse et la valse

Photographie : Illustration de la fin du XIXe siècle : « Un conducteur à la mode. - Ce serait avec un grand plaisir, Mesdames, mais je vous donne ma parole d'honneur que je suis excessivement enrhumé. »

La danse est un art que la plupart des petits maîtres maîtrisent, car elle a à voir avec le rythme. Comprendre celui-ci, c’est appréhender l’élégant, ses manières, son style, ses habits, son verbe. Sa finesse est celle d’une cadence recherchée d’un personnage qui joue chaque minute en révélant le rythme du moment et même de l'instant.

La danse couvre toute notre histoire et est un très vaste sujet. Dans Les Plaisirs des dames (1641), François Grenaille (1616-1680) consacre toute une partie au bal. Comme dans les autres chapitres, il expose sa thèse et son antithèse. Il décrit une salle avec ses flambeaux qui illuminent tellement qu’on se croirait en plein jour au milieu de la nuit, ses luths, ses violons … : " Vous voyez d’un côté de véritables Nymphes qui se meuvent avec tant de gravité qu’on les prendrait pour des Amazones, & avec tant d’agrément qu’on les prendrait pour les Grâces mêmes. Ce ne sont pas seulement leurs pieds & leurs mains qui se meuvent par des branles bien compassés ; leurs habits encore semblent avoir appris à suivre par art les mouvements de leurs corps. Ils s’enflent agréablement, par une ambition généreuse qu’ils semblent avoir d’imiter des sujets sensibles, tous insensibles qu’ils sont. Enfin on croirait à voir cette agitation extraordinaire, que ce ne sont pas des personnes communes qui dansent, mais des Sibylles miraculeuses. Mais on sort d’une si belle erreur quand on considère que les Dames ont plus là de douceur & de modestie, que ces anciennes Prophétesses n’avaient de fureur visible. Aussi n’est-ce pas un Dieu violent qui est agité, c’est plutôt le Dieu d’amour. Vous apercevez d’autre part d’illustres Scipions […] ils se meuvent adroitement. La gravité de leur mine nous fait penser qu’ils sont incapables de bien danser, & la légèreté de leurs mouvements nous semble persuader qu’ils ne sont graves qu’en apparence. […] Que dirais-je des autres hommes qui dansent ici avec une si belle disposition […] représentant l’agilité des bienheureux. […] on peut assurer véritablement des personnes dont je parle que ce sont des Mercures qui ont des ailes par tout le corps, & qui se tiennent moins sur la terre que dans l’air. L’industrie leur semble donner un avantage que la nature donne aux oiseaux, & ils changent d’Élément, sans changer d’essence. […] Certaines Dames s’y élèvent avec tant d’art, que vous [les] prendriez pour des Déesses qui vont prendre possession d’un trône au Ciel ; elles foulent la Terre par mépris, s’imaginant qu’elle n’est pas digne de les porter. D’autres la touchent si doucement, qu’elles semblent faire une espèce de Paradis d’un lieu qui fait notre exil, & nous ne pouvons pas nous ennuyer en un pays sur lequel des corps célestes se meuvent. Je ne dirai point maintenant de quelle façon on s’avance & on recule au bal, comment on s’y étend en un long espace pour se ramasser en rond, & que semblant être partout, on n’est pourtant en aucun lieu déterminé. On s’éloigne & on s’approche ; on se salue en face ; & on se tourne le dos sans commettre aucune incivilité ; on entre & on sort par une suite continuelle. "

C’est une description de la danse de bal au XVIIe siècle qui ressemble à une contredanse. Il semblerait cependant que ce soit seulement à la fin du XVIIe siècle qu'elle apparaisse en France. Celle-ci est très populaire jusqu’au début du XXe, avant que les danses venues d’Outre-Atlantique la remplacent. L’autre danse très à la mode dans les bals, en particulier chez les merveilleuses et les incroyables, mais qui ne commence en France qu’à la toute fin du XVIIIe siècle, c’est la valse. On la pratique alors d’une façon très différente d’aujourd’hui. Les bouches se frôlent, les deux corps se croisent, se décroisent, se retiennent et se suivent avec légèreté et une tendresse toute sensuelle. Ce n'est que plus tard au XIXe siècle que le couple fermé de la valse s'impose. Sir John Dean Paul (1775-1852) donne une description de cette nouvelle mode dans un passage sur les jardins de Tivoli à Paris de son Journal d'un voyage à Paris au mois d'août 1802 : « puis, au milieu de tout cela, la danse, sur un vaste espace recouvert d'un plancher. La danse que nous vîmes est fort curieuse et mérite d'être décrite. On l'appelle la valse : deux cents couples environ y prenaient part, accompagnés d'une musique très lente, tournant ensemble tout autour de la plateforme [...] les attitudes des femmes sont agréables et entraînantes pour ne pas en dire plus : quant aux hommes, autant vaut n'en pas parler [...] cette danse, très amusante pour les spectateurs et sans nul doute aussi pour ceux qui s'y livrent, ne sera jamais, je pense, à la mode en Angleterre [...] cette danse se pratique universellement dans la bonne compagnie ... »

La photographie de droite provient de La Comédie de notre temps (1874-1876) de Bertall (1820-1882) et est légendée : « Habit du valseur. »

La photographie ci-dessous contient trois illustrations de Tableau de Paris d'Edmond Texier (1853) légendées : « Un avant-deux. » ; « L'Élysée Montmartre. » ; « Au Prado. »

Louis Huart (1813-1865) écrit dans Paris au bal (1845) : " A Paris, le cancan est comme l’amour, il est de toutes les saisons ; et c’est surtout en fait de bals publics qu’on peut dire : Quand il n’y en a plus, il y en a encore ! Mabille et Lahire se disputent les danseurs d’été, Valentino et le Prado s’arrachent les danseurs d’hiver " qui est la saison du carnaval dont je parle dans l'article traitant de ce sujet. Et puis il y a les concerts musards, les bals masqués, les guinguettes, les bals des barrières (en dehors de Paris : à ses portes) … On serait sans doute très étonné de voir comment on danse au XIXe siècle. Certaines images d'époque dépeignent des danseurs faisant le grand écart, des danseuses levant le pied au dessus de leur tête, des positions ressemblant à des coups de karaté donnés dans le vide, et d’autres plus lascives.

Dans la partie consacrée aux jeunes de La Comédie de notre temps (1874-1876) de Bertall (1820-1882) plusieurs images illustrent cela. La photographie ci-dessus représente les illustrations de ce livre ainsi légendées (de gauche à droite et de bas en haut) : "Cavalière seule. Son jarret a du ressort, sa voiture en a huit. Pastourelle exécutée par la fée Veloutine, une étoile ; a eu l'honneur de figurer devant plusieurs princes, pas mal de ducs et quelques archiducs. " " Préparatifs pour l’avant-deux. - Tu vois le petit gros qui est là-bas, avec un nez rouge ? On vient de me dire que c'est un prince ! Attention, mon bonhomme, et du chien ! " " La petite nana. Pas du chassepot. A eu l’honneur de l’exécuter devant la Commission supérieure de l’armement. Elle seule possède ce pas élastique. Elle a ce tic. (Cours de l’institution Bullier.)" " La valse des roses. (Dédiée aux sportmen, great attraction !) Fille-de-l’Air entraînée par Gladiateur " " Une polka-mazourke. Par un étudiant de seconde année. Polka supérieurement rédigée et qui défie l’examen. " " En avant deux. La tulipe orageuse. " " La polka-mazourke. (Cours de M. Bullier.) " " En avant deux. Le grand écart. Ou l'écart naval. Études sur la ligne droite par un étudiant de troisième année, capitaine de la flotte de Bougival. " " solo de pastourelle-chassepot " " Pas de fantaisie Dit le Pas du Pied de biche. (Cours de M. Mabille.) Exécuté par mademoiselle Irma de Sainte-Menehould et M. Arthur, dit Caoutchouc, premier sujet. "

Certaines figures de danse font sensation dans les bals, comme la pastourelle. Voici ce qui est écrit à son sujet dans de La Comédie de notre temps : " c’est épatant, parole d’honneur [deux expressions à la mode alors ; la seconde depuis longtemps]. Il m’a présenté à une petite blonde qui vous a un rude chien, je ne dis que cela. A la pastourelle, elle vous décroche le chapeau de son vis-à-vis d’un coup de pied lancé si adroitement que c’est une merveille. Mais ce qu’elle fait et qui est vraiment surprenant, c’est le solo de pastourelle-chassepot. La jambe gauche est redressée vigoureusement, et le bras gauche, ramené en avant comme celui d’une sentinelle au port d’armes, tient la jambe pressée contre le coeur, droite et ferme ; le petit pied se dresse au-dessus de la tête, et la petite bottine à haut talon brille aux yeux ravis avec son gland coquet qui se balance frénétiquement. On applaudit, on fait cercle ; est-ce charmant ? je ne sais, mais c’est étonnant. " Après il est question du café " chéri " du narrateur et encore de danse : " Nous avons un petit café bien gentil où nous allons, tous les soirs dépourvus de Bullier, jouer aux dominos, causer littérature, politique, et boire des bocks ou des sodas avec ces dames. On rit tant dans ce caboulot chéri que la rate en est fatiguée. Nous avons été aussi à Mabille, aux Champs-Élysées ; mais là, suivant l’expression de Théophile, c’est de la haute. Il y a tous les petits crevés des deux mondes qui viennent étudier les moeurs françaises. On leur en fait sur commande, des moeurs, et pour leur usage particulier. C’est empoisonné de Russes, d’Anglais et d’Allemands en goguettes, qui viennent là pour regarder, s’instruire et être instruits. Ils reçoivent des leçons qui leur coûtent cher. Princes, ducs, comtes, vicomtes, barons de toute provenance, tournent en rond comme des totons autour de ces palmiers en zinc sous lesquels se promènent, dansent ou valsent une série de demoiselles, de celles qu’on appelle cocottes, mises très-chiquement, il faut le dire, avec des plumets, des panaches, des falbalas, des retroussis inattendus, des costumes d’opéra-comique ou de féérie. Quand, par hasard, ces dames daignent danser pour éblouir la galerie, elles ne sont jamais invitées naturellement par aucun des princes, ducs, ou même simples barons, qui marchent en rond et les yeux écarquillés, autour de l’enceinte de la danse et de l’orchestre. Ce sont des petits jeunes gens très-élastiques et payés pour remuer les jambes en mesure et se décarcasser en public, qui leur servent de partenaires et de vis-à-vis. Ces jeunes gens, m’a-t-on dit, sont recrutés parmi les petits commis de magasin. Il y en a qui se sont fait une célébrité. La famille Clodoche était du nombre ; elle est restée célèbre. Mais ça n’est pas pour nous ; on y va de temps en temps du quartier latin, à ce qu’il paraît, pour revoir des anciennes qui ont passé l’eau, font maintenant leur poussière et ont de petites voitures qu’elles conduisent elles-mêmes au Bois, tandis qu’un groom vêtu de noir croise gravement ses bras derrière elles. On va jaboter un peu avec ces dames, dont quelques-unes sont restées bonnes filles et ont encore des regards pour les amis qui les ont connues lorsqu’elles étaient blanchisseuses, - et on revient au quartier. Tout ça n’est pas fait pour nous. Ah ! si Bullier ne recelait pas tant de coiffeurs et de garçons tailleurs, ce serait l’idéal ! Mais enfin il n’y a que Bullier. "

Les lieux à danser sont aussi généralement des endroits de délassement où on 'cause', boit, se divertit généralement dans des bosquets aménagés comme il peut y en avoir dans les jardins de Tivoli, à Frascati, sur les Champs-Elysées, dans les guinguettes ... qui tous seront  ou ont  été les sujets d'articles.

Photographie : Illustration de La Comédie de notre temps (1874-1876) de Bertall : " La petite vicomtesse de Trois-Étoiles, venue un soir avec le vicomte, déclare que tout cela n’est pas si … étrange qu’elle le pensait, et qu’en somme on en voit bien d’autres à la Gaîté, dans toutes les féeries, et surtout à l’Opéra. "

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Biberons

Cet article ne veut pas faire l'apologie de l'allaitement artificiel. Au contraire, il est certain qu'il n'y a rien de meilleur pour le nouveau-né que le lait maternel. Cependant je trouve que le biberon ancien est un objet plein de tendresse qui mérite que l'on se penche sur son sujet. Certains de ces biberons servaient aussi de réceptacles à boire pour les jeunes enfants qui pouvaient les utiliser sans renverser le liquide. C'est en découvrant le biberon de la première photographie au milieu de nombreux autres choses vendues par Les petits frères des pauvres je crois, que je me suis mis à m'intéresser à ce sujet. Ayant lu juste avant un article sur ce genre d'objets, je me suis empressé de l'acheter. Personne ne savait de quoi il s'agissait. Je l'ai montré à un expert réputé de céramiques anciennes qui n'a trouvé aucun intérêt dans cet objet que j'ai vendu depuis pour un bon prix lorsque je m'essayais au métier d'antiquaire. Il s'agit d'une faïence du XIXe siècle ou du début du XXe, sans doute de l'Est de la France. Dans la seconde photographie d'autres exemples de biberons anciens sont présentés dont un de la maison Robert. C'est à la fin des années 1860 qu'Édouard Robert met au point son biberon. C'est de là que vient le nom de 'roberts' donnés par certains aux seins des femmes.
De nombreux exemples de biberons et un historique intéressant peuv
ent être consultés sur : www.histoire-du-biberon.com.
Photographie 1 : Faïence du XIXe siècle ou du début du XXe, sans doute de l'Est de la France.
Photographie 2 : Biberons anciens avec de gauche à droite et de haut en bas :
- Biberon en grès émaillé au sel et à la cendre, du XVIIIe siècle ou du dbut du XIXe (peut-être plus ancien), avec un corps piriforme, un bec verseur endommagé et un goulot de remplissage ;
- Biberon Robert, Paris, 1873, Exposition universelle (Vienne en Autriche) ;
- Biberon sabot en verre moulé du XIXe siècle ou du début du XXe ;
- Biberon ancien, de type 'guttus' (biberon) antique, en terre cuite orangée avec anse, goulot et bec ;
- Biberon ancien en forme de petite cruche, en terre cuite orangée.

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Tourner le dos à l'inélégance

Voici présentées quelques photographies de documents de mode (caricatures ou pas) d'époque (de 1788 au début du XIXe siècle) avec des élégants représentés de dos. Comme le petit-maître en chenille (voir l'article), le gandin de dos marque sans doute un certain chic. Alors que le premier semble crouler sous la bêtise humaine (la grossièreté), le second lui tourne carrément le dos. Et puis la plus grande partie de l'élégance est invisible pour les sens ; même si ceux-ci sont un lieu sur lequel elle aime jouer.

Photographies :

- Page de l'Almanach de Goettingue de 1788 avec une élégante de dos assise

- Détail d'une gravure du début du XIXe siècle intitulée " Le Suprême Bon Ton "

- Détail d'une gravure du début du XIXe siècle (1804 ?) intitulée " Quel est le plus ridicule " qui copie une estampe de 1801.

- Gravure du Costume Parisien de 1810 (planche 1066) avec le dos du modèle.

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Le faucheur

Albert Millaud (1844-1892) écrit un chapitre (dont les photographies sont quelques exemples d'illustrations) sur 'Le faucheur' dans ses Physiologies parisiennes (1886) : "Paris a eu ses dandies, ses lions, ses gandins, ses gommeux, pschutteux et grelotteux. Il a maintenant un type nouveau, qui s'appelle "le faucheur". Le faucheur est cet individu, situé entre vingt et vingt-cinq ans, que vous rencontrez sur les boulevards, une canne à la main, et qui représente à vos yeux la quintessence du chic parisien. Le faucheur est ainsi nommé à cause de sa façon de marcher et surtout de porter sa canne. Il la tient par le petit bout, laissant traîner la pomme à terre. Le bras droit, qui se balance énergiquement de gauche à droite ou plutôt du nord-ouest au sud-est, rappelle l'allure des gens de la campagne fauchant les blés mûrs et les foins odorants. De là le sobriquet. Le faucheur porte les vêtements les plus collant possible : des complets à carreaux moulant le torse, des pantalons étriqués du bas, laissant paraître des pieds énormes à talons plats et à bouts pointus. Sur la tête du faucheur, vous remarquez un chapeau toujours trop large, emboîtant le crâne jusqu'aux oreilles. En été, le faucheur porte le chapeau de grosse paille, très vaste et entouré d'un large et haut ruban moiré qui fait ressembler le tout à quelque gigantesque mailloche autour d'une tête malade. Le faucheur est marcheur, sans quoi il ne pourrait pas faucher. Il poitrine, il bombe, il se carre. Son allure est rapide. Il ne porte pas de gants, sa canne lui en tient lieu. Il ramène les coudes au corps et se balance en cadence. Le faucheur est très rarement seul, les mouvements du faucheur ne valent que lorsqu'ils sont multipliés par cinq ou six. Ainsi réunis, les faucheurs fauchent militairement. Ils ne causent jamais entre eux, n'ayant généralement rien à se dire. Ils sourient et ne rient jamais. Quand les faucheurs s'amusent, c'est régulièrement. Ils se contentent du cri "Ohé ! Ohé !" Ce cri suffit à traduire leur joie intérieure. Les faucheurs ont glorieusement accepté leur sobriquet, s'ils ne l'ont pas inventé. Ils se réunissent le soir dans le salon d'un restaurant parisien, dont les murs sont tapissés de panneaux représentant des scènes de moisson. Rien d'étincelant ne sort de ces réunions intimes. Les faucheurs au repos ne sont plus des faucheurs. Ils ont laissé leurs cannes au vestiaire. Figurez-vous l'immobilité des paysans de Millet, doublée de l'inutilité de jeunes Parisiens sans cervelle. La canne du faucheur est solide. C'est un gourdin. A partir de trente ans, le faucheur porte des badines, se marie et fait souche d'honnêtes gens. Le "fauchage" est déjà supérieur à la gomme. Le faucheur a de l'énergie dans le mouvement, et du biceps. On peut tout espérer du faucheur."

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Le becarre

Le bécarre est un personnage qui exerce vers 1880. Dans ses Physiologies parisiennes (1886), Albert Millaud (1844-1892) écrit un chapitre sur ce petit-maître : « Bécarre est un terme de musique, momentanément détourné du droit chemin pour désigner une phase spéciale de la vie parisienne. On est "bécarre", une chose est "bécarre", un mot est "bécarre", comme on était raffiné, sous Charles IX ; libertin, sous Louis XIV ; talon rouge, sous le Régent ; et plus tard, incroyable, dandy, lion, gandin, etc. Bécarre a remplacé ce qu'on nommait le chic [...] Un homme est "bécarre" quand il se met en habit à partir de six heures et demie du soir et qu'il voit le monde. Le "bécarre" a des souliers pointus, un pantalon étriqué, le gilet blanc très ouvert. Il ne porte qu'un seul gant, à la main gauche, et il n'a point de bijoux. Le "bécarre" est gourmé, très droit, très sérieux, très Anglais et très sanglé. Il a un col de chemise très haut et très empesé, une cravate blanche à noeud extrêmement court. Il doit avoir des bouts de favoris ras, descendant au niveau du lobe de l'oreille ; il a des moustaches. La barbe lui est interdite. Le "bécarre" ne soupe pas ; il se couche de bonne heure, afin d'être au Bois, à cheval, dès le premier matin. Il n'est pas "bécarre" d'être gai et expansit. La concentration est le signe distinctif du "bécarre" [...] Le "bécarre" a toujours trente ans, n'en eût-il que vingt. On n'est point "bécarre" si l'on n'est pas grave et réservé. [...] Le "bécarre" salue avec gravité de la tête. Le corps est immobile. Un vrai "bécarre" tend la main, dégantée, avec une pression légère. Le shake-hand n'est pas "bécarre" pour les hommes. Il l'est pour les femmes. [...] Jamais un "bécarre" n'arbore le gardénia à la boutonnière. Cet ornement est laissé aux coiffeurs qui s'émancipent. Pour être "bécarre" il faut être digne. Tout le monde peut être bémol ou dièze, mais peu de gens sont aptes à être "bécarre". »

Photographies : Illustrations du chapitre consacré au bécarre de Physiologies parisiennes (1886) d'Albert Millaud (1844-1892). Dans la seconde image, on remarque la position "en chenille" (voir Le Petit-maître en Chenille) du garçon qui accompagne les jeunes filles qui font face au salut des deux bécarres.

 

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Merveilleuses & merveilleux