Miniatures flamandes  : 1404 -1482

ChroniquesdeHainautPhotographie ci-dessus : Détail de : « Jacques de Guise, Chroniques de Hainaut : Philippe le Bon recevant en conseil l’hommage des Chroniques de Hainaut. Enlumineur : Rogier Van der Weyden, 1446. Bibliothèque royale de Belgique  ».
LelivredesbonnesmoeursdetailPhotographie de gauche : Détail « Jacques Legrand, Le Livre de bonnes mœurs : chute des anges rebelles. Enlumineur : Maître d’Antoine de Bourgogne, vers 1465-1475. BnF, dpt des Manuscrits ».
Photographie de droite : Détail « Flavius Josèphe, Antiquités judaïques :  la mort d’Absalom. [...] 1483.  BnF, dpt des Manuscrits ».
Du 6 mars au 10 juin 2012, la Bibliothèque nationale de France présente en collaboration avec la Bibliothèque royale de Belgique une exposition intitulée : Miniatures flamandes  : 1404 -1482 constituée de  quelque 90 manuscrits rarement montrés, chefs-d’œuvre de l’art flamand. Cette période précédant l'imprimerie marque une apogée de l'enluminure sous l’impulsion des ducs de Bourgogne. Ce duché dont alors fait partie (schématiquement) la Bourgogne actuelle, le nord de la France, le Luxembourg, la Belgique et la Hollande, est aussi à la pointe de la mode. On y porte des vêtements d'une excentricité qu'on a aujourd'hui de la peine à imaginer : de hauts chapeaux (dans l'article intitulé Enluminures et coiffes du XVe siècle et de la Renaissance je donne quelques exemples de ces coiffes) décorés de rubans et de voiles, des robes au décolleté profond et à la traîne immense, de magnifiques tissus aux couleurs et motifs multiples, des ornements dont la mode des clochettes et des paillettes sont des exemples, des chaussures pointues (poulaines dont certaines peuvent être décorées ou bien avec des semelles en bois comme on le constate dans cette miniature ici) etc. Le pourpoint de l'homme a un col haut et est rembourré en haut des manches ainsi que sur d'autres parties : épaules, poitrine, dos. Antiquité judaiques150La culotte et les chausses sont d'un même tenant. Parfois le costume entier est divisé en deux dans le sens de la hauteur (costume dit 'mi-part'), chaque côté ayant des couleurs et/ou des motifs différents (souvent des rayures) ; les coupes elles-mêmes peuvent changer etc. Les ourlets des vêtements sont souvent ouvragés : crénelés, ornés, ou découpés en bouts pointus …, la braguette peut être très visible …  On porte de nombreux bijoux sur les vêtements (agrafes, grelots ou glands en or …), autour du cou, à la ceinture etc. On se rase les poils de tout le corps, même les sourcils, ainsi que le haut du front et les tempes. Dans l'Encyclopédie illustrée du costume et de la mode (Gründ, 1970) est cité un chroniqueur autrichien qui décrit quelques aspects de la mode masculine de cette période en ces termes : « Chaque homme s'habillait comme il lui plaisait. Certains portaient des manteaux coupés dans deux sortes de tissu, d'autres avaient une manche beaucoup plus large que l'autre, dans certains cas, plus large que le manteau lui-même. Quelquefois, les deux manches étaient très larges et celle de gauche était décorée de différentes manières, de rubans de couleur ou de pièces d'argent reliées par des liens en or. Certains portaient sur la poitrine un morceau de tissu de couleurs différentes portant des inscriptions en argent ou en soie. D'autres avaient des desseins sur le côté gauche. Certains avaient des vêtements si étroits qu'ils ne pouvaient s'habiller ni se déshabiller sans aide, ou sans défaire une rangée de petits boutons qui couvraient les manches jusqu'aux épaules ou la poitrine jusqu'au ventre. Certains autres bordaient les ourlets de leurs vêtements d'un autre tissu, d'autres découpaient de nombreuses languettes dans l'ourlet lui-même. Chacun commença à adopter le chaperon attaché au vêtement, qui remplaça l'habituel couvre-chef masculin. Les manteaux étaient si courts qu'ils arrivaient à peine aux hanches. » et d'autres sont très longs comme le montre la photographie ci-dessous à droite.
C'est un véritable plaisir de noter ces modes sur ces miniatures mais aussi d'y apprécier la délicatesse et les qualités artistiques, la finesse des traits et la richesse des détails … enfin tout ce qui fait que ces manuscrits aux enluminures uniques sont de véritables trésors. En parallèle à cette exposition, la Bibliothèque nationale de France nous offre sur son site (voir ici) une exposition virtuelle avec de très beaux exemples de miniatures mais aussi six livres manuscrits à feuilleter.

Photographies ci-dessous : En haut, à gauche « Grand Armorial équestre de la Toison d’or : le duc de Bourgogne, vers 1435-1438. BnF, Bibliothèque de l’Arsenal » ; au milieu détail « Raoul Lefèvre, Recueil des histoires de Troie : mariage de Jupiter avec sa sœur Junon.  Enlumineur : Maître de la Chronique d’Angleterre, vers 1470-1480. BnF, dpt des Manuscrits » ; à droite et en bas à gauche détails de : « Barthélemy l’Anglais, Le Livre des propriétés des choses : Jean Corbichon remet sa traduction au roi Charles V. Enlumineur : Maître d’Antoine de Bourgogne, vers 1465-1475. BnF, dpt des Manuscrits  ». Les drapeaux sont un détail de « René d’Anjou, Livre des tournois : revue des heaumes à l’intérieur d’un cloître. Enlumineur : Maître du Livre de prières de Dresde, vers 1480-1488. BnF, dpt des Manuscrits  ».

XVesiecle

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Le talon rouge

talonrouge1lmCet article fait suite à celui intitulé Le pied mignon et le talon rouge.
C'est sans doute à l'époque de Louis XIV que l'on donne le nom de 'talons rouges' à certains élégants en référence aux chaussures portées par Louis XIV (1638-1715) et ses successeurs : Louis XV (1710 - 1774) et XVI (1754-1793). Il semble donc que ce soit à partir du Roi Soleil que l'on désigne de cette manière les courtisans élégants de l'époque de Versailles. Ce château possède des représentations de ces trois rois avec de tels talons dans des peintures dont des exemples similaires de la même époque peuvent se rencontrer dans d'autres musées et endroits. On peut contempler un portrait de Louis XIV de 1702 par Hyacinthe Rigaud ici, un autre de Louis XV du second quart du 18e siècle du même peintre ici, et un portrait de Louis XVI de l'atelier d'Antoine François Callet datant de 1778 ici.
Dans son livre intitulé : Bibliothèque des petits-maîtres, ou mémoires pour servir à l'histoire du bon et de l'extrêmement bonne compagnie (« Au Palais-Royal, Chez la petite LOLO, Marchande de Galanteries, à la Frivolité », 1762 - la première édition date de 1761 -), Fr. Charles Gaudet donne, sans que cela soit l'objectif, une définition du talon rouge de la première moitié du XVIIIe siècle : « Les Petits-Maîtres, ces gentils poupins, n'ont plus de talons rouges, plus d'eau de Chypre, plus de teint d'emprunt, plus de vestes chargées des débris d'un magasin de modes, plus de montres garnies de tous les colifichets de la Fresnaye, ni plus de carrosses à glaces sur les côtés. Ils parlent peu, & parlent bien. Ils ne trompent plus de femmes par des cajoleries banales : ils n'impriment plus leurs lettres, & n'en montrent plus ou les portraits, ou quelques boucles de cheveux. On ne les voit plus rouler sur les boulevards dans de lestes cabriolets, à travers des nuées de poussière. On ne les voit plus aux spectacles, papillonner de loges en loges, faire les singes par les trous de la toile, lorgner, insolemment les plus honnêtes femmes, leur sourire sans les connaître, traverser vingt fois le théâtre, tracasser les actrices dans les foyers, assister à leurs déshabillé, & les mener ensuite, vêtues en nymphes, faire collation par-delà les barrières. Les subalternes de leur ordre, insectes pétulants, ne tapagent plus avec des fiacres ; on ne les voit plus se ranger en haie vis-à-vis des portes des spectacles, & se pencher à mi-corps, pour critiquer plus à l'aise les jambes des femmes qui descendent de leurs équipages ; on ne les voit plus exciter étourdiment des flux & reflux dans le parterre, y souffler l'esprit de prévention & de cabale, & y ajourner les Auteurs à leur tribunal. On ne les voit plus aux promenades se tenir sous le bras ; y attendre impatiemment le coucher du soleil, pour voltiger dans des allées retirées, y conter, à la faveur de l'obscurité, mille gaudriolles à ces chauves-souris de Cythère, dont les appas, aussi dangereux que délabrés, sont à un taux si mince ; & se jeter ensuite dans un café, pour y faire frugalement leur souper d'une carafe d'orgeat, ou d'une bavaroise au lait, suivant la saison. »

© Article et photographie LM

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Cima da Conegliano : Maître de la Renaissance italienne.

Cima300Du 5 avril au 15 juillet, le musée du Luxembourg à Paris propose une exposition intitulée : Cima da Conegliano : Maître de la Renaissance italienne dont on peut lire une présentation sur le site dédié à celle-ci.

Cette exposition donne l'occasion de rappeler que le palais du Luxembourg devient sous Louis XV, en 1750, l'un des premiers musées français. Deux fois par semaine, les mercredis et samedis, on y vient contempler gratuitement des tableaux de la collection royale. Plus exactement c'est dans la galerie royale de peinture, à l’emplacement de la galerie de Marie de Médicis (dont les peintures sont aujourd'hui au musée du Louvre), dans l'aile Est du palais du Luxembourg, que ces expositions sont proposées à l'initiative de Charles François Paul Le Normant de Tournehem, directeur des Bâtiments du Roi.
Photographie : Détail de la peinture L'Archange Raphaël et Tobie ... de Cima da Conegliano (1459 - 1517). Huile sur bois marouflé sur toile de 162 x 178 cm, datant de 1514 – 1515 et conservée à la Galleria dell'Accademia de Venise. © Soprintendenza special per il Polo Museale di Venezia, Galleria dell'Accademia.

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Le jardin de Tivoli, le hameau de Chantilly, le café Frascati, le jardin et la cour des Capucines et le pavillon de Hanovre.

FeuilletonduJournaldesdébatsDivertissements1802-600lmPhotographies : Pages du Feuilleton du Journal des débats de l'an 10 (1802).
J'ai acquis dernièrement un petit livre de 252 pages contenant toutes les parutions journalières du Feuilleton du Journal des débats depuis le 3 messidor (deuxième moitié du mois de juin) de l'an 10 (1802) jusqu'au vendredi 30 fructidor (17 septembre : fin de l'année du calendrier républicain) de la même année. Y sont relatées les actualités de théâtres, opéras, jardins et autres distractions. On y lit notamment des critiques de théâtre (comme la comédie Turcaret) et des articles de mode.
En ce début du XIXe siècle le quartier à la mode se situe entre les Champs Élysée et Saint-Lazare où se trouve le jardin de Tivoli, avec au milieu les boulevards. 

LE JARDIN DE TIVOLI. On y apprend que dans les jardins de Tivoli sont donnés occasionnellement des « amusements champêtres », des « fêtes extraordinaires » et que de « petits théâtres » y sont ouverts. Voici un article du 14 thermidor de l'an 10 : « TIVOLI. Rien de plus galant, rien de mieux ordonné ni de mieux exécuté que la fête qui eut lieu dimanche dans ce joli jardin. Le temps était superbe, l’assemblée très nombreuse et parfaitement composée ; on remarquait entre autres beaucoup d'étrangères dont la mise contrastait assez avec celle de nos Françaises : elles ont paru charmées de la beauté de l'illumination. Il est vrai qu'il est difficile de présenter un plus beau coup d'oeil. Tant que ce jardin délicieux offrira des jeux variés, des tours de force et d'adresse, et des danses où la meilleure compagnie ne dédaignera pas de figurer, comme dimanche, l'administration pourra compter sur de brillantes recettes. La fête a été terminée par un feu d'artifice, dont quelques parties n'ont pas été tout-à-fait bien exécutées ; mais, en général, il a été brillant et a satisfait les amateurs. » Je parle un peu du jardin de Tivoli dans l'article intitulé Récapitulatif de l’exposition Modes anciennes - suite -
LE HAMEAU DE CHANTILLY. Les fêtes champêtres du hameau de Chantilly sont aussi à la mode alors. Cet endroit n'est autre que l'actuel palais de l’Élysée où se trouve aujourd'hui le chef de l’État (voir la fin de l'article Les oublies) et où se donnent après la Révolution de somptueuses fêtes avec des bals dans les locaux, des fêtes champêtres et des feux d'artifice dans le jardin.
LE CAFÉ FRASCATI. Le café Frascati (voir article intitulé Le café Frascati) est alors « le centre des modes ». Au 6 messidor de l'an 10, on y voit des « têtes tondues à la Titus », des « voiles de dentelle servant de coiffure », « des demi-fichus de dentelle » : « Frascati est actuellement le centre des modes ; à la fête du 3, les têtes tondues à la Titus, les voiles de dentelle servant de coiffure et les demi-fichues de dentelle, posés en marmottes et balafrant les joues, étaient en majorité ; venaient ensuite les coiffures en cheveux nattés et relevés avec un peigne, ou fixés par une épingle, les paysannes de dentelle, posées bien en devant, les chapeaux de paille noire et les bonnets de fantaisie, en satin blanc. Les châles étaient de cachemire, ou un ample fichu de dentelle en tenait lieu. Plusieurs robes avaient la taille basse, une garniture de tulle au corsage et des manches larges. Après le blanc, le bleu-de-ciel, le noir et le rose étaient les couleurs dominantes. Pour les garnitures des tuniques, il y avait économie d'agréments et profusion de dentelles. Presque toutes les robes étaient à longue queue. Dans la toilette ordinaire, les capotes à coulisses, en taffetas gros-vert, lilas, jonquille ou rose, sont encore de mode ; quelques mèches de cheveux paysans qui s'échappent de dessous ces capotes, indiquent que la manie de se faire tondre à la Titus a gagné les élégantes de toutes les classes. Les cheveux des tempes et ceux du front, exceptés de la coupe fatale, sont maintenant huilés avec plus de profusion et bouclés avec plus de soin que jamais. Les centres des peignes, formant le diadème et les têtes ovales des épingles sont maintenant ornés de camées et sculptés sur des coquilles. La cornaline, blonde ou blanche, que l'on continue d'employer en bijoux, est quelquefois remplacée pour les plaques de colliers par ces camées-coquilles. »
FeuilletonduJournaldesdébats1802-600lmLE JARDIN DES CAPUCINES. Dans le jardin des Capucines s'y jouent des spectacles équestres et dans la cour des Fantasmagories de Robertson.  Les fantasmagories sont des spectacles d’illusions d’optique très à la mode à la fin du XVIIIe siècle. Dans un article sur le sujet Wikipedia explique en quoi consiste une séance de fantasmagorie de Robertson.
LE PAVILLON DE HANOVRE. Comme l'explique Wikipedia : « Le pavillon de Hanovre est édifié entre 1758 et 1760 par l'architecte français Jean-Michel Chevotet (1698-1772) dans les jardins de l'hôtel d'Antin, appartenant au maréchal de Richelieu, rue Neuve-Saint-Augustin (actuellement boulevard des Italiens). Il est démonté en 1932 pour permettre la construction d'un immeuble de bureaux et remonté dans le parc de Sceaux. » Ce lieu situé sur les grands boulevards parisiens est à la mode en ce temps des merveilleuses et des incroyables.
Le Feuilleton du Journal des débats appartient au Journal des débats (le nom change dans le temps : Journal de l'Empire etc.) qui paraît de 1789 à 1944. Comme semble le montrer l'exemple ici, celui-ci est intégré à ce périodique.

FeuilletonduJournaldesdébatsmodes1802-600lm© Article et photographies LM

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Le canotier et la canotière

lesamusementsdeparisquaidelarapee300lmPhotographie 1canotierscouple32,2x23,4cmdetail300lm : Gravure intitulée 'Les Amusements de la Rapée' provenant d'un almanach du XVIIIe siècle : Les Amusements de Paris. Almanach chantant pour les jolies Femmes qui on de la raison, avec Tablettes Économiques. Perte et Gain. Petit secrétaire fidèle et discret.

Le quai de la Rapée est dans le quartier de Bercy. Il existe toujours mais est aujourd'hui presque entièrement bétonné. Autrefois s'y trouvent des lieux où l'on vient se divertir comme à la Taverne des canotiers « où l'on cultive à la fois la matelotte, le petit vin à huit sous, la musique fluviatile et la poésie maritime » (Dictionnaire de la conversation et de la lecture, seconde édition, tome quatrième, Paris, 1853).
Photographie 2 : Planche couleur signée Grévin, format 32,2 x 23,4 cm de la série « Canotiers et canotières ».
canotiers-1-32,4x23cm300lmPhotographies 3 et 4 : Planche de la même série que précédemment. Un canotier (de Paris) s'adresse à un cuisinier « - Comment ! Vous ne connaissez pas Nana ! La grande Nanuche, qu'a l'oeil en amande avec un tout petit grain de beauté comme ça ici dans l'dos ! »
Photographies 5 et 6 : Couverture de la partition « Je n'peux pas vivre sans amour » créée par Maurice Chevalier.
Les bateaux dont les barques ont une importance toute particulière dans l'histoire parisienne. Le mot 'Paris' viendrait de « bar Isis » : la barque d'Isis. Le symbole de la capitale française est un bateau. La corporation des canotiers y est très influente durant les siècles (n'en déplaise aux maçons et francs-maçons).
Jusqu'au XXe siècle, canotiers-1-32,4x23cmblancdecoupe500lmles déplacements sur la Seine sont sans doute libres car une multitude d'embarcations la parcourent dont des barques. Les parisiens aiment à se promener par ce moyen de locomotion. Les canotiers arborent des styles typiques. Ils ont leurs lieux de jeux, de musique etc. Certaines tavernes du bord de Seine ou de Marne sont réputées pour leur petit vin, leur musique et leurs enchantements, cela depuis très longtemps. On trouve de ces lieux d'accostage tout près de Paris comme à Bercy (qui est aujourd'hui intra-muros) ou plus éloignés. Certains de ces canotiers sont des petits-maîtres qui se promènent sur ces barques avec leur petite-maîtresse. Dans la seconde partie du XIXe siècle ce divertissement est d'autant plus à la mode que le sport l'est aussi.
Les guinguettes au bord de l'eau sont des lieux où les parisiens viennent se divertir. A la fois près de la capitale et dépaysantes par leur environnement bucolique elles sont particulièrement appréciées en période estivale. Le Déjeuner des canotiers d'Auguste Renoir (1841-1919) représente un de ces endroits. Il existe des témoignages de ceux-ci à leur emplacement même comme le musée de La Grenouillère. La Grenouillère est un établissement de bains froids des bords de Seine qui attire entre 1855 et 1928, des parisiens dont des écrivains et des peintres célèbres. Monet et Renoir l’ont représenté plusieurs fois en 1869. Il s'agit d'un café-bal flottant amarré à l’Ile de Croissy. On vient donc y boire, danser, promener et prendre des bains dans la Seine.
Guy de Maupassant (1850-1893) utilise ce lieu dans plusieurs de ses oeuvres comme dans La femme de Paul dont voici deux passages : « Lorsqu'ils eurent tourné le coude de la rivière, la Grenouillère leur apparut dans le lointain.mauricechevalierjenepeuxvivresansamoursanstextenoir500lm L'établissement en fête était orné de girandoles, de guirlandes en veilleuses de couleur, de grappes de lumières. Sur la Seine circulaient lentement quelques gros bachots représentant des dômes, des pyramides, des monuments compliqués en feux de toutes nuances. Des festons enflammés traînaient jusqu'à l'eau; et quelquefois un fallot rouge ou bleu, au bout d'une immense canne à pêche invisible, semblait une grosse étoile balancée. Toute cette illumination répandait une lueur alentour du café, éclairait de bas en haut les grands arbres de la berge dont le tronc se détachait en gris pâle, et les feuilles en vert laiteux, sur le noir profond des champs et du ciel. L'orchestre, composé de cinq artistes de banlieue, jetait au loin sa musique de bastringue, maigre et sautillante, qui fit de nouveau chanter Madeleine. Elle voulut tout de suite entrer. Paul désirait auparavant faire un tour dans l'île; mais il dut céder. L'assistance s'était épurée. Les canotiers presque seuls restaient avec quelques bourgeois clairsemés, et quelques jeunes gens flanqués de filles. Le directeur et organisateur de ce can-can, majestueux dans un habit noir fatigué, promenait en tous sens sa tête ravagée de vieux marchand de plaisirs publics à bon marché. La grosse Pauline et ses compagnes n'étaient pas là; et Paul respira. On dansait les couples face à face cabriolaient éperdument, jetaient leurs jambes en l'air jusqu'au nez des vis-à-vis. Les femelles, désarticulées des cuisses, bondissaient dans un envolement de jupes révélant leurs dessous. mauricechevalierjenepeuxvivresansamour300lmLeurs pieds s'élevaient au-dessus de leurs têtes avec une facilité surprenante, et elles balançaient leurs ventres, frétillaient de la croupe, secouaient leurs seins, répandant autour d'elles une senteur énergique de femmes en sueur. Les mâles s'accroupissaient comme des crapauds avec des gestes obscènes, se contorsionnaient, grimaçants et hideux, faisaient la roue sur les mains, ou bien, s'efforçant d'être drôles, esquissaient des manières avec une grâce ridicule. Une grosse bonne et deux garçons servaient les consommations. Ce café-bateau, couvert seulement d'un toit, n'ayant aucune cloison qui le séparât du dehors, la danse échevelée s'étalait en face de la nuit pacifique et du firmament poudré d'astres. »
« … le grand café flottant regorgeait de monde. L'immense radeau, couvert d'un toit goudronné que supportent des colonnes de bois,  est relié à l'île charmante de Croissy par deux passerelles dont l'une pénètre au milieu de cet établissement aquatique, tandis que l'autre en fait communiquer l'extrémité avec un îlot minuscule planté d'un arbre et surnommé le « Pot-à-fleur », et, de là, gagne la terre auprès du bureau des bains. »
Voir ici la nouvelle en entier. Il est question aussi de la Grenouillère dans son œuvre intitulée Yvette.
Durant la seconde moitié du XIXe siècle, le chapeau de paille dit 'canotier' devient à la mode et est porté en ville en été même avec un costume. Le plus célèbre de ces couvre-chefs est peut-être celui de Maurice Chevalier (1888-1972) qui représente un style des années 1910 d'une élégance nonchalante et quelque-peu fruste. C'est la mode de ce chapeau, du costume étroit et des guêtres blanches sur des chaussures parfaitement cirées.

© Article et photographies LM

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Le mirliflore

misedunjeunehommean10300lmmirliflor300lmPhotographie 1 : Planche 363 de l'an 10 (1801-2) provenant du Journal des Dames et des Modes, de 19,8 x 12,4 cm, avec pour légende : « Mise d'un  Jeune Homme ».
Photographie 2 : Détail d’une gravure du début du XIXe siècle peinte au pochoir, peut-être une image d’Epinal, avec différentes caricatures de personnages, dont une intitulée « M. Mirliflor » représentant un de ces jeunes hommes à la mode. Il a un immense chapeau, une cravate qui monte haut et ce qui ressemble à un immense jabot.
Dans le Dictionnaire de L'Académie française de 1798 on lit que le terme de mirliflore est utilisé de manière familière pour désigner « un agréable, un merveilleux. »
Ce mot est encore en usage durant la première moitié du XXe siècle. Il est possible qu'il  provienne d'un croisement entre le latin mille flores (mille-fleurs) et le terme mirlifique (mirificque, mirelifique) employé au XVe siècle pour désigner une merveille (en latin mirificus composé de mirus « étonnant, merveilleux » et de facere « faire »). Dans le site du centre national de ressources textuelles et lexicales il est écrit que le mot « représente peut-être une altération de la latinisation *mille flores de mille-fleurs* pour désigner un personnage se parfumant, » celle-ci « étant due à un croisement avec la forme » « mir(e)lifique de mirifique* ». Il y a donc chez le mirliflor : de l'incroyable, du merveilleux et du muguet. On écrit ce terme avec ou sans 'e'. 
Dans son Dictionnaire de la langue verte (1867) Alfred Delvau décrit le mirliflore comme « Le gandin de la Restauration, qui est toujours le Lion pour le peuple. » Ce genre de petit-maître officie surtout entre le Consulat et la Restauration, à l’époque des grands bicornes. Mais il est probable que ce nom soit utilisé avant même le XVIIIe siècle.
Photographie 3 : Planche 368 de l'an 10 (1801-2) de la revue Journal des Dames et des Modes, ayant pour légende : « Chapeau à la Russe. Bottes sans Couture. »

chapeaualarussean10300lm© Article et photographies LM

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Crinolines

ruesdeparisledimanchematin300lmCet article fait suite à celui intitulé Du corset à la crinoline : Les lignes caricaturales d'un corps social du XIXe siècle qui se dessine. Les crinolines et en particulier  la 'crinoline cage' marquent un moment de la mode française assez spectaculaire dont les documents d'époque présentés ici témoignent.
ruesdeparisledimanchematindetail300lmPhotographies 1 et 2 : « Rues de Paris le dimanche matin. » Faïence fine de Bordeaux de la manufacture Vieillard (marque aux trois croissants) datant entre 1845 et 1865 en pleine époque de cette mode. Ici des vendeuses de crinolines sont présentées envahissant les rues de Paris le dimanche matin.
crinoline&balayeur300lmPhotographies 3 et 4 : Assiette de Choisy-le-Roi (Hautin & Boulenger) de la série " La crinoline ", avec un médaillon illustré ayant pour légende : " 5 Voilà une mode qui coupe les bras des balayeurs ". Cette céramique date entre 1852 et 1863.
crinoline&balayeurdetail300lmdisfferentessortesdebalayeuses300lmPhotographies 5 et 6 : Assiette de Creil et Montereau (époque Lebeuf, Milliet et Cie : 1840-1876) : " N°4. " " Différentes sortes de balayeuses. " A l'époque des crinolines, de nombreuses caricatures taquinent les femmes portant ces robes, souvent à cause de la place qu'elles prennent ; mais aussi parce qu'elles balaient autour d'elles.
disfferentessortesdebalayeusesdetail300lmWikipedia présente des photographies d'une « Séquence de pose d'une crinoline, vers 1860 » assez spectaculaire.

© Article et photographies LM.

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Avoir du v'lan et du pschutt

Le v'lan et le pschut(t) sont deux termes du XIXe siècle, du temps des grands boulevards à la mode. Comprendre leur signification permet de le faire d'un aspect de la mode française : celui qui bouscule les conventions et s'amuse constamment.
Dans son Dictionnaire de la langue verte (deuxième édition, Paris : E. Dentu, 1867) Alfred Delvau donne cette définition du : « V'lan. " Au temps où le Grand-Seize s'emplissait chaque soir, au café Anglais, d'une société qu'on ne remplacera pas, car les gens d'esprit d'alors ont été remplacés par des imbéciles, on avait trouvé mieux que pschutt. On disait de quelqu'un, homme ou femme, qui se distinguait par une attitude, par un parti pris, ; un laisser-aller, une originalité tranchée : Il a du v'lan ! Elle a du v'lan. C'était net, cassant, absolu. " Évènement, 1883. - Ce terme, abandonné depuis longtemps vient de reprendre faveur. - " Soirée dansante très réussie, très animée et très v'lan hier, chez la comtesse de L. »" (Gil Blas, 1883). »
Dans mon article intitulé Les faux élégants, je propose une définition du pschutteux et du pschutt moins élogieuse. Voici celle donnée par le Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL) : « Pschut(t), subst. masc., arg. des boulevards [à la mode fin XIXe S.] A. − "Prétention à l'élégance et au bon ton, qui se manifeste surtout par une mise tapageuse`` (Esn. 1966). Cette toilette toute nouvelle à ses yeux gâtés par le pschutt, le v'lan (...) de villes d'eaux (Verlaine, Œuvres compl., t. 4, Mes hôp., 1891, p. 340). Le murmure bienveillant des salons mondains où tant de riches héritières juives, devenues duchesses ou marquises, donnaient le ton, décidaient du pschutt et du vlan (Bernanos, Gde peur, 1931, p. 201). − Empl. adj. Ce qui est toujours pschut, ce qui est toujours à la mode, − à la mienne, du moins, − c'est la nature et le paysage (Coppée, Critique en vac., 1892, p. 321) : Mais ça m'étonne que toi, un homme si « pschutt », tu n'y étais pas [chez Herbinger]. Mais Swann ne cherchait nullement à lui faire modifier cette conception du chic ... Proust, Swann, 1913, p. 242. B.− P. méton. Société élégante et raffinée. Synon. high-life (VX), fashion (VX), gomme (arg., VX), sélect, la haute (pop.; v. haut I E 1). (Ds Esn. 1966). »

© Article LM

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La Polka

polkapasbohemien300lmLa polka est une danse provenant de Bohême, région de l'actuelle République tchèque. D'après Wikipedia « après Prague en 1835, puis Vienne en 1839, c'est à partir de Paris en 1840 qu'elle se répand dans l'Europe entière, donnant lieu à une véritable « polkamania ». » Chaque génération a sa danse : la polka est celle des années 1840, la valse celle du Directoire etc.
Photographie 1 : « La Polka – 9 – Pas bohémien en valsant ». La marque permet de dater cette assiette, de Longwy en "porcelaine fine", entre 1835 et 1866 (voir libertys.com) et donc en pleine « polkamania ». D'après les habits elle semble postérieure à 1836 et antérieure à 1857. Diamètre de 19,7 cm. La femme porte une robe laissant ses épaules nues, un corset resserrant sa taille dont la minceur est accentuée par les jupons sous sa robe. L'homme porte une cravate sombre, une chemise à jabot semble-t-il, un gilet clair, un frac sombre et un pantalon clair. Ses chaussures semblent assez plates.
lapolkalapasse300lmPhotographies 2 & 3 : « La Polka – 40 – La passe ». Cette assiette en faïence fine de Creil et Montereau semble de la même série que la précédente pourtant de Longwy. Le bandeau qui couvre l'aile et le marli est exactement le même. La seule différence se situe dans la couleur et dans la marque au dos.
lapolkalapassedetail300lm

lapolkalavalse300lmPhotographies 4 & 5 : « La Polka – La valse – 2 ». Cette assiette est aussi en faïence fine de Creil et Montereau, de la même série que la précédente (même marque et donc période similaire) mais n'est pas du même camaïeu. Elle fait 21 cm de diamètre. 

lapolkalavalsedetail300lm© Article et photographies LM





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Les premiers grands couturiers du XXe siècle : une révolution vestimentaire en douceur.

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Photographie 1 : Double page intérieure du livre de Paul Poiret intitulé En Habillant l'Époque, ‎Paris, Grasset, 1930, 16ème édition qui dévoile le succès de cet ouvrage puisque la première édition date de la même année.
1912-29-recadree300lmPhotographie 2 : Eau-forte aquarellée de Roger Broders (1883-1957) provenant du Journal des dames et des modes, édité à Paris « Au bureau du Journal des dames » du 1er juin 1912 au 1er août 1914. Cette planche n°29 est de 1912, avec pour légende : « Costumes parisiens. » « Robe et Toque de velours de soie ... ». Dimensions du papier : 22,4 x 14,3 cm. Celui-ci est vergé et ressemble tout à fait à celui des gravures du Journal des dames et des modes de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe. Le filigrane même paraît d'époque. Cette nouvelle édition du début du XXe siècle reprenant celle du Directoire est un des exemples montrant combien la mode du début du XXe siècle s'inspire de celle de la fin du XVIIIe avec derechef l'abandon du corset et des lignes plus droites et simples, de hautes aigrettes etc.
Lelemondeillustrenoel1913damesportive300lm début du XXe siècle est une époque riche, notamment en ce qui concerne la mode. On y assiste à une véritable révolution dans l'habillement avec la 'libération' du costume féminin portée par quelques couturiers de renom. Paul Poiret (1879 - 1944) est peut-être le plus célèbre d’entre eux. En abandonnant le corset vers 1906 et en remontant la taille des robes, il redonne à la femme des allures de merveilleuse du temps du Directoire (1795-1799). Comme il le dit lui-même, il réintroduit de la couleur dans les vêtements qui sont avant dans des tons pastels. Les cheveux courts reviennent de mode ; et la silhouette ‘déglinguée’ et libre des années folles (entre deux-guerres) est déjà d’actualité vers 1908. Dans la mode, les influences multiples (russes, orientales, africaines …) côtoient des techniques nouvelles et un art qui bouscule de plus en plus les conventions. C’est le début des grands couturiers qui sont autant des hommes que des femmes  :  Jeanne-Marie Lanvin (1867-1946), Jeanne Paquin ( 1869-1936), Doucet Madeleine Vionnet ( 1876-1975), Gabrielle Bonheur Chanel dite « Coco Chanel » lemondeillustrenoel1913photo300lm(1883-1971) … ; et chez les hommes : Georges Doeuillet, Jean Patou (1887-1936) ou Jacques Doucet ( 1853- 1929). Cette haute couture dont Charles Frederick Worth (1826-1895) est l'initiateur est plutôt une « industrie de la grande couture » comme l'appelle Paul Poiret. La grande (ou haute) couture a toujours existé en France ; mais c'est à partir de la seconde moitié du XIXe siècle qu'elle prend de nouvelles marques. Le dialogue avec la rue et surtout le client sont beaucoup moins importants. Le grand couturier est un artiste qui lance ses propres collections avec des modèles  préparés à l'avance. Du reste les petits-maîtres s'éclipsent. Cette mode inventée par ces artistes entrepreneurs semble se démarquer de l'invention populaire et des bécarres et autres cocodettes. Mis à part les garçonnes des années folles et des artistes comme les montparnos ou les surréalistes (qui n'ont du gandin souvent que l'esprit moderne), il est difficile de distinguer les nouveaux gommeux et les nouvelles crevettes dans la mode, jusqu'à l'avènement des zazous et des existentialistes. Même par la suite la petite maîtrise se fait rare jusqu'à devenir absolument inexistante aujourd'hui. Les grands magasins d'abord, la haute couture ensuite, puis le prêt à porter, laissent beaucoup moins de place qu'auparavant à l'imagination et à la création individuelle dans la mode la faisant devenir purement commerciale.
Photographie 3 : Image de la revue Le Monde illustré de Noël 1913 avec pour légende : « Fière, originale, gracieuse et sportive, telle est la Parisienne d'aujourd'hui. (Composition de René VINCENT). » Le sport est de plus en plus à la mode dans le dernier tiers du XIXe siècle. Avec l'apparition des voitures à moteur, celui-ci est de moins en moins équestre.lemondeillustrenoel1913assise300lm Au début du XIXe siècle, des images de mode représentent des femmes jouant au tennis dans des tenues ressemblant à celles portées en ville (corset, chapeau etc.). Évidemment cela ne pouvait durer : la mode devant s'adapter aux nouvelles exigences.
Photographie 4 : Photographie de la même revue que ci-dessus (1913) avec pour légende : « Modèle de Buzenet (Saint-James). (Phot. MANUEL). Jupe en ondoyant péplum noir. Tunique en mousseline noire à bandes de tulle perlé de perles blanche. Ceinture noire. Corsage très souple en dentelle blanche. » D'après Raymond Gaudriault (cf. La Gravure de mode féminine en France) c'est en 1880 que la première photographie de mode est publiée dans la revue L'Art et la Mode. Cette expérience unique n'est pas renouvelée avant 1891 avec La Mode pratique.
Photographie 5 : Dans cette autre image du même magazine, la jeune fille porte les cheveux courts, une simple chemise et une jupe-culotte.
Au temps de Paul Poiret, la nouvelle féminité est active, libre et sportive. Les cheveux sont courts ou portés en chignons avec de simples décorations : bandeaux, toupets parfois très hauts. Ces aspects mélangés à la taille haute, aux drapés vaporeux et à la transparence de certains tissus rappellent les merveilleuses du Directoire. Mais si les bottines de la seconde moitié du XIXe siècle disparaissent, les talons restent d’actualité, ce qui donne aux femmes une autre silhouette que celles des merveilleuses, particularité que les chapeaux cloche accentuent. La silhouette forme ainsi des courbes qui rappellent celle de l'Art nouveau de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Cette mode annonce de plus l'Art déco. Quelques femmes commencent à porter des pantalons encore très rares. Certaines s’habillent en hommes avec costume et cravate. Paul 1904-1905300lmPoiret crée la jupe-culotte et la ‘jupe entravée’. Cette mode des grands couturiers est véhiculée par des magazines qui s'inspirent de revues anciennes. Le titre et la présentation du Journal des dames et des modes du Directoire est repris, de 1912 à 1914,  pour présenter les nouvelles merveilleuses (photographie 2). Celle intitulée Modes et manières d'aujourd'hui (1912-1923) rappelle Modes et manières du jour de Debucourt. La Gazette du Bon Ton (1912-1925) fait aussi écho à une publication antérieure.
Cette mode d'après la Belle époque et d'avant la première guerre mondiale ressemble donc beaucoup à celle des années folles de l'entre deux guerres. La principale différence est peut-être le raccourcissement des robes qui restent auparavant encore longues et cachant toute la jambe, comme cela est le cas au temps des merveilleuses du Directoire. Cette époque d'avant la première guerre mondiale marque beaucoup la mode et est à l'origine de celle du XXe siècle jusqu'à maintenant avec l'abandon du corset, l’apparition du soutien-gorge, la décontraction et la simplicité dans l'habit, la 'garçonnisation', l'abandon des falbalas et autres fanfreluches, les cheveux souvent courts, les chapeaux de moins en moins importants etc. Par contre les principaux éléments de la mode des habits féminins de 1900 et d'avant ont presque disparu de la vie courante. Ce n'est pas le cas pour la mode masculine qui change peu pendant les XIXe et XXe siècles avec la tenue du  costume classique : cravate, veste, gilet, pantalon, chaussures à talons.
Les révolutions des arts décoratifs et en particulier de la mode nous prouvent que l'on peut faire changer les choses sans brutalité. Il est possible par exemple de construire un monde de paix, de beauté, d'intelligence et de liberté sans avoir à utiliser la violence, de la même manière que le soleil n'a pas besoin de notre regard pour briller.
Photographies 6 et 7 : Deux images de mode provenant de revues du début du XXe siècle. Celle de gauche est d'août 1904 et celle de droite de novembre 1905. On le voit les habits sont très différents de ce qui apparaît à partir de 1906.
Photographie 8 :  Image de la revue Le Monde illustré de Noël 1913.

lemondeillustrenoel1913piano500lm© Article et photographies LM

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Dandysmes romantiques

Artcurial propose, le mardi 14 février, dans le cadre de la vente « Dessins d’écrivains » Collection Pierre et Franca Belfond, des œuvres visuelles de poètes des XIXe et XXe siècles.  
dumasPhotographie 1 : Ce portrait-charge (caricature) d’Alexandre Dumas (1802-1870) met en scène le dandysme romantique du personnage avec ses origines antillaises d’une manière savoureuse. « Dessin original. [Probablement 1848]. Encre, plume et lavis, rehauts de brun et rouge à l'aquarelle, traits préparatoires à la mine de plomb, 34, 5 x 25 cm sur un f. réglé de papier à musique, bords un peu effrangés avec restaurations, doublure au verso, encadrement sous verre.  Superbe caricature de Dumas Père au plus haut de sa gloire : fort du succès de ses romans Le Comte de Monte-Cristo et La Reine Margot, Dumas était en outre à la tête du Théâtre-historique voué à la représentation de ses œuvres...  Portraituré ici par un contemporain, Alexandre Dumas est représenté de profil, la chevelure crépue dressée en pointe. Il porte un manteau sur lequel ont été représentés des héros de cape et d'épée inspirés de ses œuvres : en pose, au combat, faisant une révérence devant une femme... Sa haute stature, qui s'encadre dans sa galerie d'ancêtres noirs, domine le bâtiment d'un théâtre dont la façade rappelle vaguement celle du Théâtre-historique, qu'il fit construire en 1847. Des cheminées du théâtre sortent des fumeroles auxquelles se mélangent les titres de plusieurs de ses pièces : Christine à Fontainebleau (1830), Charles VII chez ses grands vassaux (1831), Don Juan de Marana, ou la Chute d'un ange (1836), Le Marquis de Brunoy (1836), Kean (1836), Lorenzino (1842), La Reine Margot (1847), Hamlet (traduction de Shakespeare, 1847) et Monte-Cristo (1848). " Cette popularité de mon visage " (Dumas père). Alexandre Dumas est un des auteurs qui inspira le plus de portraits et caricatures à son époque : portraits idéalisés des années 1830, photographies des années 1850-1860, et innombrables caricatures sur l'ensemble de la période : " offensives en apparence, elles défendent en fait la position littéraire de Dumas, elles renforcent sa popularité en soulignant son caractère extraordinaire. Elles représentent déjà une forme de publicité " (Claude Schopp, préface à l'Iconographie d'Alexandre Dumas père). Dumas lui-même en était conscient et savait parfaitement en jouer, par exemple écrivant faussement modeste dans Histoire de mes bêtes (1867) : " Un jour, je l'espère, quelque sorcier m'expliquera comment il se fait que mon visage, un des moins répandus qu'il y ait par la peinture, la gravure ou la lithographie, soit connu aux antipodes, de façon que, partout où j'arrive, le premier commissionnaire venu me demande : - Monsieur Dumas, où faut-il porter votre malle ? Il est vrai qu'à défaut de portrait ou de buste, j'ai été grandement illustré par mes amis Cham et Nadar ; mais alors les deux traîtres me trompaient donc, et, au lieu de faire ma caricature, c'était donc mon portrait qu'ils faisaient ?... Outre l'inconvénient de ne pouvoir aller nulle part incognito, cette popularité de mon visage en a encore un autre : c'est que tout marchand [...] ne me voit pas plus tôt approcher de son magasin, qu'il prend la vertueuse résolution de vendre trois fois plus cher à M. Dumas qu'il ne vendrait au commun des martyrs. " »
MussetPhotographie 2 : Autoportrait-charge d’Alfred de Musset (1810-1857). « Dessin original. Mine de plomb, 16 x 10, 5 cm, pâles rousseurs, encadrement sous verre. Plaisante caricature où il se représente en dandy romantique, le visage imberbe avec moustache tombante et nez démesuré, en pied avec redingote, col relevé, canne et chapeau à la main. Musset s'est plu à se dessiner dans ses albums et plusieurs de ses autoportraits sont connus ; sur deux d'entre eux au moins, il apparaît comme ici portant seulement la moustache : un légendé " Alfred " dans son album du début des années 1830 et un de 1842 (date proposée par Maurice Clouard dans ses Documents inédits sur Alfred de Musset, 1900, pp. 9-10), ce second dessin correspondant probablement à celui présenté par la BnF sous le n° 354 dans son exposition Alfred de Musset en 1957. " Un jeune homme de taille ordinaire " (Alexandre Dumas). Dans Mes Mémoires (1852-1854) Dumas père décrivit l'impression que fit l'apparition du jeune poète dans le salon de Nodier : " Un jeune homme de taille ordinaire, mince, blond, avec des moustaches naissantes, de longs cheveux bouclés rejetés en touffe d'un côté de la tête, un habit vert très serré à la taille, un pantalon de couleur claire, entra, affectant une grande désinvolture de manières qui n'était peut-être destinée qu'à cacher une timidité réelle. " " Mon propre visage [...] me regardait avec étonnement " (Alfred de Musset). Avec La Confession d'un enfant du siècle, Alfred de Musset s'est attaché à livrer en 1836 un premier autoportrait moral, une autobiographie identifiant le " mal du siècle " dont souffrait sa génération. Ce " sentiment de malaise inexprimable " y nourrit un récit désabusé et angoissé mêlant le tragique et l'autodérision : " Mon propre visage, que j'apercevais dans la glace, me regardait avec étonnement. Qu'était-ce donc que cette créature qui m'apparaissait sous mes traits ? Qu'était-ce donc que cet homme sans pitié qui blasphémait avec ma bouche et torturait avec mes mains ? [...] Était-ce lui qu'autrefois, à quinze ans, parmi les bois et les prairies, j'avais vu dans les claires fontaines où je me penchais avec un cœur pur comme le cristal de leurs eaux ? " " Sur mes portraits " (Alfred de Musset). Dans ses dessins, il ne se représenta d'ailleurs qu'à travers des autoportraits-charges, irrévérencieux pour ses sentiments profonds et pour cette beauté nonchalante qui séduisit George Sand. En définitive, ses autoportraits caricaturaux livrent une vérité plus intime sur lui-même - sur sa délicatesse à ne pas arborer le masque des tensions intérieures -, que les portraits d'artistes faits de lui, limités à de simples tentatives de ressemblance. Un poème de 1854, " Sur mes portraits ", illustre son regard ironique sur ces tentatives : " Nadar, dans un profil croqué, / M'a manqué ; /  Landelle m'a fait endormi / À demi ; / Biard m'a produit éveillé / À moitié ; / Le seul Giraud, d'un trait rapide, / Intrépide, / Par amour de la vérité / M'a fait stupide ; / Que pourra pondre dans ce nid / Gavarni ? " " Delacroix [...] m'a parlé d'Alfred [...] et m'a dit qu'il aurait fait un grand peintre, s'il eût voulu " (George Sand). Musset, habité par l'idée d'une communauté des artistes, croyait en une correspondance profonde entre les arts. Critique d'art, il se fiait à son sentiment, à une approche empirique et immédiate des œuvres, et n'échafauda pas de théorie personnelle structurée. Son goût le portrait plus particulièrement vers les époques anciennes, notamment la Renaissance, et il consacra même un drame à la vie du peintre Andrea del Sarto (publié en 1834 dans le troisième volume d'Un Spectacle dans un fauteuil). Comme dessinateur, en revanche, il exécuta presque exclusivement des caricatures, laissant libre cours à une ironie parfois féroce (par exemple contre Paul Foucher), à l'exception de quelques portraits de George Sand, d'une joliesse inspirée par l'amour. C'est elle d'ailleurs qui, dans son Journal intime (édition posthume, 1926), révéla l'admiration de Delacroix vers 1834 pour les qualités artistiques de Musset : " Delacroix [...] m'a parlé d'Alfred [...] et m'a dit qu'il aurait fait un grand peintre, s'il eût voulu. Je le crois bien. Il veut copier, lui, Delacroix, les petits croquis de l'album d'Alfred. " »

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Première apparition d'un gommeux à Fouilly-l'Sec

gommeuxdansvillage300lmgommeuxdansvillagedetail300lmLa vie à la campagne autrefois est assez peu préoccupée de mode, en particulier de la dernière. Voici une assiette en faïence fine de Lunéville (Keller et Guérin), de 17,7 cm, de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe, qui taquine cette réalité. La gravure de son bassin représente la : « Première apparition d'un gommeux à Fouilly-l'Sec ». Ce petit-maître est le sujet d'attention des villageois. Un couple éberlué de paysans le contemple. Une jeune femme, vers qui ce gandin se tourne, semble quelque peu attirée, alors qu'une petite fille se cache derrière sa robe comme apeurée par l'accoutrement de cet homme. Celui-ci porte un chapeau à bords étroits et remontés sur les côtés, une petite moustache, un col haut, une courte redingote et une chemise aux manches larges, un pantalon rayé à pattes d'éléphant. Il a le tic chic de sucer sa canne : ce qui est une marque de petits maîtres depuis au moins les années 1830. Pour plus d'informations sur ce genre d'élégant lire l'article Le gommeux.

© Article et photographies LM

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Salon international de la Céramique ancienne et des objets de collection à Bruxelles

Le douzième salon international de la Céramique ancienne et des objets de collection se tiendra à Bruxelles du 27 avril au 1er mai 2012.
porcelaine300Photographie : Porcelaine. © Muriel Thies - Scalp -

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Le yéyé

YéyéPhotographie : Collage mural à Oberkampf (rue Ternaux) 2010 (boutique alasinglinglin).
J'ai une attirance toute particulière pour la mode et les 'folies du jour' qu'elle engendre, pour cette maîtresse de l'impermanence, cette constance du changement, et tous les rythmes qui lui sont associés : qu'ils soient musicaux, vestimentaires, intellectuels ou autres. Tout n'est que question de mouvements : de musiques, de danses, d'esprits, plus ou moins fins … de poésie. A chaque nouvelle génération est réinventée cette célébration.
Les yéyés marquent la mode des années 60 et 70 en France.  Comme pour les zazous ou les dadoudadoudas, leur nom vient d'une onomatopée. Pendant qu'aux États-Unis les hippies lancent les cheveux longs, chemises à fleurs et pantalons à pattes d'éléphant, les Français continuent dans une lancée, bon chic bon genre, pop initiée dans les années 50. Les femmes portent de hauts chignons, ou des cheveux longs simplement tenus par un volumineux chouchou, de très larges ceintures, des talons compensés, des jupes courtes et des habits colorés ; pendant que les hommes sont minets, portent la frange, des pantalons à pattes d'éléphant ... Le jerk et le twist ont pris la place du swing. Brigitte Bardot et Alain Delon représentent deux icônes de cette période pour le cinéma, et Claude François, Sheila, Françoise Hardi ou Jacques Dutronc pour la musique. La pilule apporte une libération sexuelle et les nouvelles technologies offrent des libertés aux artistes : avec la Nouvelle vague pour le cinéma, Paco Rabane pour la Haute couture. Les existentialistes n'existent plus mais le quartier latin et Saint-Germain ont toujours leurs cohortes d'étudiants et d'intellectuels qui lancent Mai 68. C'est une époque riche, sans chômage. C'est à ce moment que commence véritablement le bitumage et le bétonnage de la France avec constructions d'autoroutes et immeubles de type HLM. Le plastique occupe aussi une place importante dans cette société de consommation de masse que certains hippies (appelés aussi babas cool) refusent en partant loin, à Katmandou ou ailleurs dans le monde, ou en se réfugiant dans des contrées reculées comme au Larzac. Quelques lieux yéyés : Saint-Tropez, le Golf Drouot, la télévision …

© Article et photographie LM

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Musiques

HarpePhotographie : Harpe Erard (détails) © J.-M. Anglès - Cité de la musique.
La musique est un thème que j'affectionne tout particulièrement, puisqu'elle est aux fondements du rythme qui est le sujet de nombreux articles de ce blog.
Si le musée de la Cité de la Musique se trouve dans un lieu peu imprégné d'histoire contrairement à nombre d'autres musées parisiens, il n'en reste pas moins magistral de par le corpus qu'il rassemble : faisant se côtoyer, dans une mise en scène gracieuse et riche, de nombreux instruments de musique d'exception et quelques oeuvres d'art. Parcourir ce chemin d'objets dont les formes jouent un mouvement dans notre regard c'est  voyager à travers quatre siècles en suivant un air qui malgré les multiplicités d'instruments garde un fondement semblable : l'héritage fabuleux de la musique occidentale. Ce parcours chronologique nous fait voyager du XVIIe siècle au XXe en Occident et traverser les principales cultures musicales du monde. Quatre espaces témoignent chacun d'un siècle de l’histoire musicale occidentale et une double salle est dédiée aux musiques du monde.
ClavecinPhotographies : Clavecin de Ioannes Couchet (Anvers, 1652) © J.-M. Anglès - Cité de la musique. « D’une grande qualité d’exécution, cet instrument confirme l’attrait des clavecins flamands en France au début du XVIIIe siècle. Ravalé en 1701, il reçoit à cette occasion un nouveau décor de grotesques sur fond doré, appelé « à la Bérain » du nom du célèbre ornemaniste. Le piétement avec cariatides est un des rares originaux de l’époque de Louis XIV. L’ensemble compose un mobilier homogène élégant. »
ClavecinLa première étape du musée est consacrée au XVIIe siècle, depuis L'Orfeo de Monteverdi, premier opéra à nous être parvenu, jusqu'à la musique à la cour de Louis XIV. Un ensemble d’instruments reflète cette époque : un régale-bible, une contrebasse de viole, des cornets à bouquin, des cistres et luths, une remarquable collection d’instruments des célèbres luthiers Sellas, des claviers italiens, des guitares baroques, des violes de gambe et clavecins flamands et français, une flûte traversière en cristal, une flûte à bec , une contrebasse de 2 m de haut. Le tableau de Nattier La Leçon de musique apporte une illustration raffinée à ces objets d'art qui ne le sont pas moins, et qui nous emportent littéralement sur les notes qu'ils gardent en sommeil, comme c'est le cas pour les trois autres parties.

Photographie : ClavecinClavecin d'Antoine Vater (Paris, 1732) © J.-M. Anglès - Cité de la musique. « La rareté et l’état de conservation de ce clavecin sont exceptionnels. Cinq instruments seulement de ce facteur, d’origine allemande et membre de la corporation des facteurs de Paris, sont répertoriés. L’instrument nous est parvenu dans un état proche de celui d’origine avec une table d’harmonie aux couleurs préservées. »
La seconde section est dédiée au XVIIIe siècle. Comme on peut le lire sur le site : « Une sélection d’instruments originaux évoque le salon de La Pouplinière, mécène de Rameau pendant 20 ans : une délicate harpe ornée de chinoiseries, une cithare sur table appelée tympanon, une paire de cymbales frappées aux armes du Duc de Richelieu... Époque également marquée par un discours esthétique sur une nature idéalisée, dont Rousseau se fait le chantre, le XVIIIe siècle connaît une vogue éphémère pour les musiques pastorales, et ses musettes et vielles à roue jouées par d’aristocrates bergères. En parallèle, la pratique des concerts publics se répand et permet la diffusion de répertoires de compositeurs italiens, viennois et allemands. En 1778, le Concert spirituel accueille Mozart pour sa Symphonie en ré majeur dite « parisienne » au Palais des Tuileries, salle dont le Musée présente la maquette.  »
Piano Pleyel de ChopinPhotographie : Piano à queue de Chopin d'Ignace Pleyel (Paris, 1839) © J.-M. Anglès - Cité de la musique. « Au XIXe siècle, le piano symbolise l’aisance matérielle et la bonne éducation, témoignant de l’avènement de la bourgeoisie. La sonorité riche et puissante du piano, résultat d’innovations successives, offre des effets de nuances très contrastés répondant aux exigences de la musique romantique et plus particulièrement à une nouvelle forme de concert, le récital. Le public est fasciné par le musicien soliste : compositeurs et interprètes virtuoses, Franz Liszt, Sigismund Thalberg et Frédéric Chopin élaborent de nouvelles techniques de jeu sur lesquelles repose l’enseignement moderne du piano. Sensible à la douceur et l’intimité du son des pianos Pleyel, Chopin apprécie tout particulièrement la mécanique à simple échappement, à laquelle la firme restera fidèle jusqu’à la fin du siècle. »
Le « ... XIXe siècle est présenté dans le Musée sous ses multiples facettes. En réaction au classicisme et au règne de la raison du siècle précédent, le langage musical du XIXe siècle, influencé par les mouvements littéraires germaniques, témoigne d’un goût marqué pour l’expression des sentiments, Harpele mysticisme et le surnaturel. […] Une vitrine consacrée aux cinq violons du célèbre Stradivari [Antonio Giacomo Stradivari dit Stradivarius, né en 1644 à Crémone] que comptent les collections, et une dévolue à la symphonie Eroica de Beethoven, illustrent les deux formations dominantes au XIXe : le jeu soliste et la musique symphonique. Liszt et Chopin, dont le Musée possède des pianos sur lesquels ils ont joué, incarnent la figure du musicien romantique, virtuose et passionné, pour lequel les facteurs d’instruments rivalisent d’ingéniosité. Motivés par les besoins croissants de timbres et de puissance de l’orchestre, notamment celui de Berlioz, qui atteint des dimensions démesurées, de nouveaux instruments voient le jour. Si le plus spectaculaire du Musée est sans conteste l’octobasse de Vuillaume, immense contrebasse de 3m50, le plus célèbre reste le saxophone dont le Musée possède plusieurs pièces de l’atelier même de Sax.  »
Je ne vais pas trop m'étendre sur les autres pièces de ce musée mais plutôt présenter un antiquaire. Les antiquaires sont parfois des défricheurs qui retrouvent des objets à qui ils redonnent leur lustre, et dont certains parcourent les ventes aux enchères internationales. Le site de William Petit propose de nombreux instruments de qualité.
Photographie : Harpe de Sebastian Erard à la galerie William Petit.
A noter aussi le Musée des instruments de musique de Bruxelles.

© Article LM

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Indigence

Luxe et indigenceLe petit maître n'est pas à l'abri de l'indigence. La petite-maîtrise n'a jamais été l'apanage d'une classe. C'est avant tout une histoire de goût. On peut être dans du dénuement et avoir une âme de petit-maître. Le manque d'argent peut aussi être contourné par le style.
Photographie : J'aime particulièrement cette gravure de la première moitié du XIXe siècle de Le Bon Genre (N° 104). Elle est intitulée Rêvant« Luxe et Indigence » et représente une petite maîtresse pauvre dans son intérieur. Celle-ci possède une jolie robe, un beau chapeau, quelques parures en or, une paire de chaussures délicates, un ensemble de nuit (déshabillé, bonnet et coussin) particulièrement fin, et un châle ouvragé qui lui sert de rideau. Un bougeoir à la mode en porcelaine et orfèvrerie est posé près d'un livre sur deux boîtes de vêtements dans lesquelles se trouve sans doute toute la suite de ses biens. Le reste dénote un grand dénuement : une chaise, un tabouret, un lit pliant, des draps et une couverture rudimentaires, un miroir très simple … pas même de quoi suspendre sa robe et son chapeau. La beauté de son visage, la blancheur et délicatesse de son corps (poitrine et une main aussi visibles), le luxe de ses quelques affaires, contrastent avec la pauvreté de sa situation. Le peu de choses qu'elle possède sont de qualité. Présentée dormant avec sur sa glace une lettre et un ticket de bal, on peut supposer qu'elle est riche aussi de beaucoup de rêves.

© Article et photographies LM

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Le boudoir

Les Etrennes mignonnesPhotographie 1 : Double page d'un petit almanach du XVIIIe siècle de 10 x 6 cm, avec sur la page de droite la partition d'une chanson intitulée « Le rideau entr'ouvert » et sur la page de gauche une gravure pour illustrer le mois de janvier avec pour légende : « Les Étrennes réciproques ». La tradition des étrennes que l'on s'échange pour la nouvelle année est suivie ici d'une manière galante : Si les deux protagonistes s'offrent des cadeaux, leur position laisse à penser qu'ils vont faire un peu plus que cela. La scène se passe dans ce qui semble être un boudoir, sur un fauteuil ou un lit surmonté d'un baldaquin, près d'une cheminée et de la statue du dieu Éros. La page de titre de cet ouvrage sans date mais du XVIIIe siècle est ainsi rédigée : « Les Amusements de Paris. Almanach chantant pour les jolies Femmes qui on de la raison, avec Tablettes Économiques. Perte et Gain. Petit secrétaire fidèle et discret. A Paris, Chez le Sr. E. Liez, de l'Hôtel de Coigny Rue Neuve des Petits Champs. »
'Bouder' est un mot d'origine onomatopéique rappelant le renflement des lèvres que l'on forme lorsque l'on dit « bou » ou quand on exprime un certain mécontentement vis-à-vis d'une personne familière ou face à une situation contrariante, en même temps que l'on se replie sur soi-même et que l'on reste muet, voire que l'on évite l'individu ou la chose qui en est la cause.
Le nom de 'boudoir' exprime ce repli. Il s'agit d'un petit cabinet où l'on se retire quand on veut être seul. Uniquement les personnes intimes ou invitées à l'être y sont conviées. C'est un lieu de retraite,  dédié aux plaisirs de la solitude (lecture, écriture, musique, repos, méditation ...), de la conversation et du badinage. Il est généralement placé près de la chambre. C'est un prolongement de la ruelle qui est l'espace près du lit dédié à la conversation ou à la toilette (voir l'article Les Précieuses et les femmes de lettres).
Charles Palissot de Montenoy (1730-1814) décrit ainsi le boudoir dans un de ses poèmes :
« Lieu favorable à l'amoureux mystère,
Et décoré par la main des plaisirs,
Où la beauté cesse d'être sévère,
Où tout l'invite à flatter ses désirs,
Et dont l'aspect, même à la plus austère,
A quelquefois dérobé des soupirs. »
Photographie 2 : Gravure provenant de l'ouvrage de M. de Favre intitulé Les Quatre heures de la toilette des dames, poème érotique en quatre chants ... (Paris, 1779), et dont la description indique : « Un boudoir éclairé d'un jour tendre : Europe y est assise à sa toilette ». Derrière elle les trois Grâces s'occupent de la coiffure de la déesse : l'une lui déploie ses cheveux pour que la seconde y verse une eau de senteur pendant que l'autre choisit des rubans pour ajouter à sa chevelure. Cupidon lui porte son miroir et « des Nymphes admirent avec attention & une curiosité extrême un pot de rouge que tient une d'elles un peu détachée du groupe ». Le dieu Comus semble attendre dans l'ombre avec sa torche pour l'amener à quelques réjouissances prévues sans doute dans la salle à manger. Sa tête est ceinte d'une couronne semblable à celle que portent deux amours au dessus d'Europe. Il a un thyrse (une baguette entourée de feuilles de vigne) : symbole dionysiaque.

Un boudoir éclairé d'un jour tendre© Article et photographies LM

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La planète du petit prince découverte ?

Un astéroïde prénommé TK7 a été découvert récemment. Sa circonvolution semble montrer qu'il est en orbite autour de quelque chose d'invisible. Comme on peut le lire dans Le Petit prince d'Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944)  : « l'essentiel est invisible pour les yeux ».


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La cocotte et le coco

CocottesPhotographie de gauche : " Une cocotte. " Bertall (1820-1882), La Comédie de notre temps, 1874-1876 (deuxième série). Photographie de droite : " COMMENT SE METTAIT UNE COCOTTE " de la deuxième série de La Comédie de notre temps.
La cocotte est une jeune femme élégante de vers 1860, sous le second Empire (règne de Napoléon III de 1852 à 1870).
Assiette Le chic des cocottes de ParisPhotographies : Assiette du XIXe siècle de la série « Scènes villageoises comiques » (n°9) : « V'la l'chic des cocottes de Paris ». Un couple de villageois regarde passer une fille prenant de grands airs, mais avec des vêtements pauvres, pas de chaussures, avec une feuille de choux en guise d'éventail, des cerises comme boucles d'oreilles et des 'mauvaises herbes' pour agrémenter son chapeau.
Le chic des cocottes de ParisPhotographies suivantes : Assiette du XIXe siècle en faïence fine de Creil et Montereau représentant une « Cocotte à queue de cheval ». Celle-ci a une volumineuse queue de cheval garnie de perles et fleurs qui est tenue pas une personne derrière elle. La marque (Lebeuf, Milliet et Cie) permet de dater l'assiette entre 1840 et 1876. Cette céramique, d'époque Napoléon III, est donc contemporaine des premières cocottes.
Assiette Cocotte à queue de chevalAlfred Delvau écrit dans son Dictionnaire de la langue verte (1867) que la cocotterie est « le monde galant, la basse-cour élégante où gloussent les cocottes. » La cocotte est dans la continuation des petites-maîtresses, même si on appelle aussi ainsi à la fin du XIXe siècle et au XXe une femme aux mœurs volatiles richement entretenue. Il semble que l’on parle auparavant dans ce sens de poulette. On dit d’une personne qui se conduit en femme légère qu’elle cocot(t)e, que c’est une cocotteuse, et que celui qui la côtoie est un cocoteur. La cocotte est aussi à rapprocher des cocodettes et des cocodes, tous ces noms venant de 'coq', coquet(te)s et coquetterie ; le terme même de 'coquet' désignant au Moyen-âge le coq et plus particulièrement celui servant de girouette par exemple au dessus du clocher d'une église.
Alfred Delvau définit le coco ainsi : « Homme singulier, original. - dans le même argot. Joli coco. Se dit ironiquement et comme reproche de quelqu'un qui se fait attendre, ou qui fait une farce agréable. Drôle de coco. Homme qui ne fait rien comme personne. »
Enfin 'coco' et 'cocotte' sont employés au XXe siècle pour s'adresser avec tendresse à un enfant. On dit aussi « c'est un vilain coco ».

Cocotte à queue de cheval© LM : Article et photographies.

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Merveilleuses & merveilleux