LA MESURE DE L'EXCELLENCE : DICTIONNAIRE DES PETITS MAÎTRES DE LA MODE
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Ce dictionnaire des petits maîtres de la mode française est en deux parties. La première répertorie les petits maîtres (il y en a plus de 150) : J’y inclus les petit(e)s-maîtres(ses) proprement dits, les dames et hommes de qualité, les professionnels de la mode, les faux élégants, et quelques autres. La seconde partie concerne l’environnement des petits maîtres : les lieux où on les trouve, leurs postures, les vêtements qu’ils portent, leur toilette, les danses, la mode, le bon ton, la galanterie, la courtoisie etc. Tous les articles sont inédits, de même que la grande majorité des iconographies. Et toujours en supplément des articles sur l'actualité de l'art. FEUILLETEZ OU LISEZ CE DICTIONNAIRE EN CLIQUANT SUR LES LIENS DES TERMES EN BAS DE PAGE ! |
De rapides
descriptions du gommeux sont proposées dans l’article du 10 mars 2008 intitulé Définitions
de gens à la mode en France : Beaux, Copurchics, Fashionables, Gandins, Gants jaunes, Gommeux, Jeune France, Lionnes, Lions, Petits crevés, Pommadins, Raffinés …
ainsi que dans celui du 30 mai 2008 :
Gandineries. Je vais maintenant les compléter.
Le gommeux est un élégant du XIXe siècle. Il est habituellement représenté
coiffé avec la raie sur le milieu ou avec un haut-de-forme aux bords plats, souvent avec les cheveux blonds du blondin quelquefois un peu ondulés sur le dessus. Son visage ressemble à celui
d’un poupon ou d’une femme. Il est maquillé, avec une petite moustache et le col très haut. Il porte des vêtements assez serrés aux épaules étroites et un pantalon retroussé ou à pattes
d’éléphant. Son costume est sombre ou à
carreaux. Il se chausse de bottines effilées
parfois relevées (réminiscences de modes médiévales comme nous le verrons une prochaine fois) ou de petits souliers pointus à la manière des muscadins. Il tient un parapluie qu’il n'ouvre pas,
une fine canne, une badine, un stick (canne
mince et flexible à l’usage des cavaliers) ou
une
canne-mascotte au bec
recourbé.
« À chaque époque de l'histoire
française, un nom plus ou moins fantaisiste a servi à désigner ceux que l'élégance, la prétention, ou le succès, ou le chic,
suivant l’expression moderne, mettaient particulièrement en évidence. Les mignons, au temps de Henri II et Henri
III. Les beaux fils, au temps de la Fronde. Les menins, au temps de Louis XIV.
Les roués, au temps de la Régence. Les
merveilleux, sous Louis XV. Les incroyables, au temps du Directoire. Les fashionables, à l’époque des alliés. Les dandys, sous la Restauration. Les lions et les gants jaunes, sous Louis-Philippe.
Sous le dernier règne, nous avons vu surgir des dénominations plus bizarres encore. Alors que les petites dames commençaient à circuler régulièrement au Bois et recevaient la dénomination
de biches, les jeunes beaux qui les suivaient ou poursuivaient, et ceux qui se façonnaient d’après leurs
allures, ont reçu le nom de daims. De daims est venu peu après celui
d e gandins. Puis les petites dames sont devenues des cocottes. Et les jolis petits messieurs, des cocodès.
Les allures grêles et mourantes que se plaisaient à prendre les cocodès, ont donné à Nestor Roqueplan, ce Parisien émérite, l’idée de les intituler petits
crévés. Le mot a prévalu. – Les cocottes sont devenues dès lors
des crevettes. De même, que l’on s’honorait d’être appelé jadis ou incroyable, ou lion, ou fashionable, ou dandy, ou cocodès, on s’est honoré d’être nommé petit crevé. La guerre ayant démontré que les petits crevés se battaient aussi bien et savaient mourir
sur le champ de bataille aussi bravement que les autres, le mot qui semblait contenir une accusation de faiblesse ou d’impuissance est tombé en désuétude. Aujourd’hui, les jeunes gens qui jouent
la comédie du chic se nomment des gommeux. C’était Léon Gozlan qui avait donné droit de cité au lion, Nestor Roqueplan au
petit crevé. C’est le journal la Vie parisienne qui a eu la puissance d’inaugurer le gommeux. Les jeunes gens élégants font partie de
la gomme, les gens très-chic sont de la
haute-gomme. On a cherché à se rendre compte du motif qui a conduit à cette dénomination épatante, comme
on dit parmi ces messieurs. Comme s’il était nécessaire d’avoir un motif réel pour quelque chose en France ! Certains historiens prétendent que le terme a pris naissance dans un des clubs
et débordé de là sur les autres et de là dans
la Vie parisienne, d’une habitude réglementaire, qui consiste à passer certains noms à la gomme sur les
l
istes des
joueurs, parmi les membres du club, lorsqu’il a des observations à faire sur leur moralité. Au jeu ou ailleurs, ceux dont le nom n’a jamais été effleuré par la gomme sont des gommeux. Une origine plus simple et plus naturelle a été découverte, et nous la livrons à l’érudition des linguistes futurs. Lorsqu’un
homme perd sa position, sa fortune, ou sa
place, ou son rang, on dit qu’il est dégommé.
S’il est dégommé par suite de cette catastrophe, il faut en conclure, ce n’est pas douteux, qu’il était
gommé précédemment. Le gommé ou gommeux est l’antithèse du dégommé. Celui donc qui est bien en vue, qui brille, qui
est envié pour sa toilette, sa position, son
genre et son chic, est un gommeux. Si cette version ne satisfait pas complètem
ent l’ami lecteur, et il serait
difficile, nous avouons ne pas en avoir d’autre à notre disposition. Et l’on prétend qu’il est facile d’écrire l’histoire ! Quelle que soit son origine, le gommeux, en ce moment, est en possession incontestable de l’héritage laissé par la dynastie des incroyables, des cocodès et des
petits crevés. Qui sait combien de temps durera son règne, et à quel héritier bizarre et fantaisiste il passera la
main ! ».
les camarades chez Tortoni pour connaître les petits scandales du jour. 5
heures. – 2e visite au coiffeur pour renouveler sa provision d’esprit dans les journaux du soir, feuilleter le dernier roman en vogue pour pouvoir sciemment le déclarer infect. 8
heures. – Aller voir la pièce en vogue : au Français avec maman, aux Bouffes avec Noëmi, au Palais-Royal avec papa, à l’Opéra en famille. 11
heures. – Conduire en soirée la tante à héritage. A minuit. – Aller chercher Tulipia à la sortie de son théâtre,
souper au cabaret, courir se montrer à la soirée de Mme X… et de Mme Z… finir la nuit au cercle à perdre quelques cents louis. – 6 heures du
matin, coucher, repos bien gagné. "Photographie 2 : « Politique et diplomatie (haute gomme) » ; « Coupe de cheveux et barbe du gommeux (petite gomme). » ; « Le bout d'ambre du gommeux. Le porte-cigarettes du boursier. » Illustrations provenant de La Comédie de notre temps ... de Bertall (1874).
Photographie 3 : Première page du chapitre intitulé « Le gommeux » de La Comédie de notre temps ... de Bertall (1874).
Photographie 4 : Petite chromolithographie publicitaire, de la fin du XIXe siècle représentant un gommeux « aujourd'hui » et son équivalent « en 1559 ».
Photographie 5 : Petite chromolithographie publicitaire, de la fin du XIXe siècle intitulée « Le Gommeux. » Il est à remarquer son habit à carreaux qui est dans la seconde moitié du XIXe siècle et la première du XXe une des marques de la jeunesse stylée comme au temps des zazous (pendant la seconde guerre mondiale) qui affichent des carreaux partout.
Photographie 6 : Petite chromolithographie publicitaire de la fin du XIXe siècle,représentant un gommeux faisant la cour à une grisette.
Photographie 7 : Photographie du XIXe siècle avec ce qui semble être un gommeux.
Photographie 8 : Journal La Caricature du 10 décembre 1881 (n°102) intitulé "La Genèse du Gommeux."
Photographie 9 : Détail de la double page intérieure du journal La
Caricature du 10 décembre 1881.
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