Le mois de mai

RosesEglantiers2-300lmPhotographies du dessus : Roses sauvages avec à gauche une fleur de rosier de France (Rosa gallica) et à droite une de rosier des champs (Rosa arvensis).

Eglantier300lmPhotographie de gauche : Rosier des champs (Rosa arvensis).

Au mois de mai de nombreuses fleurs sauvages du mois précédent disparaissent petit à petit pour laisser la place à d’autres.

On rencontre encore des parterres de jacinthes.

Les bourgeons offrent des tableaux aux tons verts clairs aux bouts des branches de certains arbres comme les pins sylvestres.

Les pensées sauvages, dont le nom est évocateur, sont particulièrement jolies.

Les fleurs jaunes de l’orpin âcre (poivre de muraille) et les rouges du centranthe colorent les murs des vieilles bâtisses.

Orchis300lmPhotographie de droite : Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis). Une des nombreuses variétés d'orchidées françaises.

Quelques variétés d'orchidées fleurissent. Le meilleur mois pour apprécier cette plante est généralement juin où le plus grand nombre de variétés sont en fleurs. On compte plus de 150 variétés d'orchidées terrestres sauvages en France. Elles sont beaucoup plus discrètes que leurs cousines d'Outre-mer et ne fleurissent que quelques semaines.

Les rayons caressent les troncs lisses des hêtres de leurs feuilles frémissantes, dessinées par le vent, telle l’onde sur une eau cristalline. Des chemins ocres parcourent herbes et feuillages inondés de soleil dans le ciel chaud et azuré.

CompagnonBlanc300lmPhotographie de gauche : Compagnon blanc (Silene latifolia).

Durant ce mois on confectionne quelques bouquets, de coquelicots par exemple mélangés avec d'autres fleurs sauvages. Les coquelicots doivent être cueillis quand les fleurs sont encore enfermées dans leur capsule verte. Elles éclosent dans le vase.

L’aspérule odorante, mise à sécher (les parties hors sol), parfume délicatement le linge et chasse les mites. On en fait des guirlandes, ou des pots parfumés en la mélangeant à d'autres plantes comme des fleurs de reine-des-prés.

L'aubépine à une senteur toute féminine. D’avril à mai, les bouquets de fleurs du viorne mancienne offrent leur odeur particulière, une des odeurs du printemps parmi d'autres. 

aubepinedetail300lmPhotographie de droite : Aubépine (Crataegus monogyna).

Photographie du gauche : Géranium sanguin (Geranium sanguineum).

Les plantes médicinales sont légion à cette période. Je vais me contenter ici de donner le nom de quelques-unes. Pour ceux que cela intéresse, il existe de nombreux livres énumérant leurs propriétés (attention elle ne doivent être utilisées que sous certaines conditions : usage externe, partie spécifique, etc.). Quant aux moyens de les utiliser (infusion, décoction, teinture mère …) Geraniums300lmje les explique dans d’autres mois. Alchémille commune (Alchemilla), alliaire officinale, ansérine (Potentilla Anserina L.), aspérule odorante, aubépine, benoîte (Geum urbanum), bleuet (Centaurea Cyanus L.), bouleau (Betula alba L.), bugle rampante (Ajuga reptans L.), églantier, ficaire, fraisier, genêt à balai, gratteron, houblon, lamier blanc, lamier jaune (Lamium galeobdolon L.), lierre grimpant, marronnier d’Inde (Aesculus hippocastanum L.), matricaire, pâquerette, pensée sauvage, pin sylvestre, plantains, prêle des champs (Equisetum arvense L.), quintefeuille, ronce, sénéçon, sureau noir (Sambucus nigra L.), sureau rouge (Sambucus racemosa L.), trèfle d’eau (Menyanthes trifoliata L.), troène, tussilage, valériane, véronique officinale (Veronica officinalis L.), vulnéraire (Anthyllis Vulneraria L.) etc.

 Photographie du dessous : Stellaire holostée (Stellaria holostea).

stellaires600lm

Shakespeare, Le songe d’une nuit d’été, acte II, scène première :

« Je remarquai pourtant où le trait de Cupidon tomba : il tomba sur une petite fleur d’Occident, autrefois blanche comme le lait, aujourd’hui empourprée par sa blessure, que les jeunes filles appellent Pensée d’amour. Va me chercher cette fleur ; je t’en ai montré une fois la feuille. Son suc, étendu sur des paupières endormies, peut rendre une personne, femme ou homme, amoureuse folle de la première créature vivante qui lui apparaît. »

PenseesRetouchees300lmPhotographie du dessus : « La Pensée - Romance - Musique de Penna. » in Le Luth Français. Almanach Lyrique, Dédié aux Dames. Paris, Louis Janet, 1822.

Photographies du dessous : « Rose d'Amour, Romance - Musique de Paër. » in Le Luth Français. Almanach Lyrique, Dédié aux Dames. Paris, Louis Janet, 1822.

Roses2-300lmAu mois de mai on prépare de nombreuses recettes avec des plantes sauvages. Celles-ci sont aussi médicinales, et on peut en ajouter aux mets en fonction de cette donnée. Beaucoup des plantes que l’on trouve dans la nature peuvent donc se consommer, crues ou cuites. Attention cependant à ne manger que celles dûment reconnues, car certaines sont toxiques. Il est à noter que je n'ai pas essayé les recettes où j'emploie le conditionnel.

alliairea300lmPhotographie de gauche : Alliaire officinale (Alliaria petiolata).

Pour les salades, par exemple ajouter des feuilles et fleurs d’alliaire officinale, des jeunes feuilles de plantain hachées (plantain lancéolé, grand plantain et plantain moyen), de pissenlit (et les capitules), des fleurs et feuilles de pâquerette, de violettes odorantes ou non, de bourse à pasteur, de lamiers, de trèfle, des fleurs de vesce des haies, de sureau noir, de pulmonaire, des jeunes feuilles de berce (ne pas s'exposer au soleil après en avoir consommées), des feuilles et fleurs de mauve, des jeunes pousses (ou des extrémités) de gaillet gratteron, et les autres plantes mentionnées au mois d'avril et qui fleurissent toujours. Une bonne vinaigrette à l’huile d’olive suffit. On peut ajouter d’autres ingrédients pour salades selon les goûts.

Paquerettes300lmaPhotographie de droite : Pâquerette (Bellis perennis).

La racine de la bardane (Arctium Lappa L.) est bonne. Il s'agit d'un légume très utilisé autrefois mais aujourd'hui oublié. Pour éviter qu'elle soit ligneuse, il est nécessaire de la ramasser la première année de vie de la plante, avant que se développe la hampe florale, de l'automne au printemps. On la mange crue ou cuite à l'eau ou dans de l'huile. Les grosses côtes de feuilles encore jeunes de la bardane s’apprêteraient comme des asperges en mai.

Il est conseillé de tremper au moins une fois dans du vinaigre les plantes avant de les laver. Ne ramassez pas non plus les plantes qui poussent près de champs cultivés ou des routes goudronnées.

Pour se prévenir des vers intestinaux l'ail est très bien ; et il existe plusieurs plantes sauvages vermifuges.

fraisiers300lmPhotographie de gauche : Fraisier des bois (Fragaria vesca).

Les jeunes feuilles fraîches d'alchémille commune pourraient être mêlées aux salades ou cuites comme les épinards.

Les feuilles d’alchémille et de primevère officinale donnent un goût paraît-il léger et très fin mélangées au thé de Chine.

Les feuilles et fleurs d'alliaire officinale qui se trouvent en abondance durant ce mois peuvent remplacer l'ail dans un gratin dauphinois.

Le sommet des tiges tendres des inflorescences de l’amaranthe se dégustent, paraît-il, avec une mayonnaise de la même manière que les asperges.

coquelicot300lmPhotographie de droite : Coquelicot (Papaver rhoeas).

Photographie de gauche : Les Idylles de Bion et de Moschus, Traduites de Grec en Vers Français, avec des Remarques, Amsterdam, Henry Desbiordes, 1688.

IdyllesdeBionetdeMoschusTitre300lmLe rhizome d'ansérine serait comestible cuit ou séché pour en faire du pain ou des bouillies. Les jeunes feuilles tendres de la potentille ansérine pourraient être préparées comme légume et en potage.

Crêpes à l’aspérule odorante : Faire en sorte que les crêpes soient très fines, presque transparentes, laissant voir les feuilles comme les papiers de fleurs. Coulis de fraises à l’aspérule : Faire fondre du sucre de canne complet bio dans de l’eau à feu doux, ajouter la plante entière sans la racine d’aspérule odorante, retirer du feu et laisser infuser quelques heures. Filtrer en exprimant bien. Ajouter les fraises préalablement mixées pour le coulis. Servir avec des fruits rouges, bien mélanger le tout, et présenter avec en décoration quelques fleurs et feuilles d’aspérule odorante. Récipient d’aspérules : Il s’agit de mettre dans un récipient des fleurs comestibles dont certaines à l’aspérule dans un peu d’eau, de placer dedans un autre saladier légèrement lesté, de passer au congélateur ; puis de renouveler plusieurs fois pour que les fleurs ne restent pas à la surface ; démouler en mettant de l’eau chaude autour du premier saladier et dans le second. Ce récipient fleuri peut se conserver au congélateur et servir pour présenter glaces, fruits rouges …

LeBergerFideleTitreFrontispice300lmPhotographie de droite : Le Berger Fidèle. Traduit de l'Italien de Guarini En Vers Français. Bruxelles, Jean de Smedt, 1705.

Les beignets de jeunes feuilles de grande consoude sont un régal : Préparer un peu de pâte avec une pincée de sel, de la farine et de l’eau. Faites revenir dans de l’huile les feuilles pliées. Puis les mettre dans la pâte et faire cuire dans l’huile. La grande consoude serait très riche en protéines. Elle contiendrait de nombreux minéraux tels le calcium, le phosphore, le fer, le manganèse, le cobalt, les vitamines B 1, B 2, P et B 12. Ce serait la seule plante terrestre connue capable de produire la vitamine B 12. Il ne faut pas prendre de doses trop fortes de feuilles de consoude.

ChantSeptieme300lmPhotographie de gauche : Le Temple de Gnide. Mis en Vers Par M. Colardeau. Paris, Jay Libraire, sans date (XVIIIe siècle).

La tige feuillée du cresson de fontaine se cueillerait très verte et bien lavée (car elle peut transmettre une maladie parasitaire : la distomatose). Elle serait très riche en vitamine A, B2, C, E, PP et en sels minéraux, phosphore, fer, iode, calcium. L’espèce cultivée a les mêmes propriétés que la sauvage.

Les jeunes feuilles du fraisier peuvent être adjointes aux potages et salades en mai. Voir rubrique précédente.

Les fruits du gratteron permettraient de faire une sorte de café, de même que la racine torréfiée dont on ferait aussi une belle teinture rouge.

On préparerait une salade avec des très jeunes feuilles de hêtre, aubépine, tilleul, cerneaux de noix et fleurs d’aubépine en décoration.

Les jeunes pousses du houblon du printemps pourraient être mangées accommodées comme des asperges.

Tout au fond de la fleur du lamier blanc se trouverait un nectar à consistance mielleuse que les enfants aimeraient à sucer. Les feuilles du lamier blanc, jaune ou pourpre se préparent comme les épinards.

La mâche doucette est très bonne en salade

La racine d'onagre pourrait se consommer cuite, par exemple en sauce blanche, coupée en rondelles. On la récolte l’année du semis avant qu’elle fleurisse.

SureauFleursDetail400lmVoir recettes aux orties du mois d’avril. Il est à noter que l'on fabrique facilement un très bon et malodorant engrais en mettant pendant trois semaines la plante sans sa racine dans de l'eau. La cueillir avant sa floraison et surtout avant qu'elle fasse des graines qui se dissipent rapidement. Les fibres tissées permetteraient de confectionner une toile très solide. Pour calmer les brûlures d’ortie, le jus d’oseille serait efficace. Frotter une feuille de plantain l'est aussi.

SureauFleurs300lmPhotographies de droite et de gauche : Sureau noir (Sambucus nigra).

Les fleurs de sureau noir ont un léger parfum et un goût particulier. Ajoutées au lait de la préparation d’une crème anglaise elles donnent un goût spécial à celle-ci que l’on aime plus ou moins, mais qui est significatif d’une réelle valeur culinaire (les enlever après avoir bouilli le lait). On fait de délicieux beignets avec ces fleurs et des choux à la crème. Elles sont laxatives. D'autres plantes sont au contraire astringentes comme les jeunes feuilles de fraisier des bois. Pour des beignets : faire frire les corymbes enrobés de pâte (farine et eau seulement). Cette recette est très simple mais savoureuse. Ces fleurs permettraient la conservation des pommes si on les met dans un carton en alternant une couche de fleurs et une de fruits. On pourrait tailler des sifflets dans le bois de sureau. Le vinaigre de sureau consisterait à faire macérer ses fleurs dans du vinaigre de vin avec quelques grains de poivre dans une bouteille en verre transparente fermée. Exposer au soleil pendant deux semaines et filtrer.

Les graines de trèfle des prés pourraient être mises à germer.

Ajouter des feuilles de tussilage à des soupes (voir recette en automne).

Semoule aux fleurs de valériane : Faire bouillir un litre de lait, y verser 100 g de semoule fine et 1 bouquet de fleurs de valériane hachées (3 cuillerées à soupe). Laisser bouillir faiblement tout en remuant pendant 6 minutes environ. Incorporer du sucre de canne non raffiné bio et faire cuire 2 autres minutes en mélangeant jusqu’à ce qu’il ait fondu. Ajouter deux jaunes d’œufs une fois que la semoule a légèrement tiédi pour lui donner un peu plus de consistance (facultatif).

Commencer à repérer où les fleurs blanches des fraisiers des bois s’épanouissent. Ces fraises que l’on commence à trouver au mois suivant sont bonnes mais minuscules et remplissent difficilement une petite barquette. Alors mieux vaut savoir où les récolter en 'quantité'.

Poème de Li Po (701-762), traduit par Patrick Carré et Zéno Bianu, intitulé

Réveil de l’ivresse un jour de printemps :

« Si la vie en ce monde est un grand songe,
A quoi bon la gâcher en se donnant du mal ?
Aussi pour moi tout le jour je suis ivre,
Et me couche effondré au pilier de la porte.

Au réveil, je regarde au-delà du perron ;
Un oiseau chante parmi les fleurs.
“ Dis-moi, quelle est donc la saison ? ”
“ C’est le vent du printemps qui fait parler le loriot vagabond. ”

J’en suis ému, et je vais soupirer ;
Mais face au vin, je m’en verse à nouveau.
A voix haute je chante en attendant le clair de lune ;
Ma chanson finie, tout est oublié...

Photographie du dessous : Géranium Herbe à Robert (Geranium robertianum).

GeraniumRobert300lm© Article et photographies LM

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Belles et beaux

cavalierdetail500lmCette estampe dessinée et gravée par Jazet (sans doute Jean-Pierre-Marie Jazet : 1788 - 1871) illustre très bien la mode française dont il est question dans le dernier paragraphe de l'article intitulé Anglomanie, partie 1 : dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et dans les premières années du XIXe. On y remarque aussi que même dans les campagnes françaises on suit la mode et s'habille avec goût et délicatesse. Ici nous sommes au début du XIXe siècle, entre 1807 et 1809 ; probablement en 1809 comme le laissent à penser les vêtements. L'artiste a alors 21 ans. Le dessin original date sans doute de cette période ; l'impression étant semble-t-il postérieure. Les femmes sont encore habillées avec une robe à l'antique. L'une porte un châle. Le jeune garçon est en jockey ; ce qui est très chic. Le jeune homme monte un étalon racé très soigné, et est habillé dans le pur style de la mode masculine de l'époque : avec un chapeau rond qui donne quelques années plus tard le haut-de-forme, des cheveux courts 'à la Titus', un pantalon (c'est le début de cette mode) clair … Une femme est visible dans l’entrebâillement sombre de l'entrée de la maison. Il s'agit peut-être de la mère, de la grand-mère ou de la tante de ces belles et de ces beaux, car c'est ainsi que l'on nomme les petits-maîtres de cette époque.

© Article et photographie LM

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Le Montparnos

LesMontparnosTitre431lm20J'ai écrit précédemment un article sur Le Montparnos, le Fauve, le Surréaliste et les intellectuels à la mode. Dans Cafés parisiens littéraires et artistiques il est question notamment des cafés de Montparnasse à Paris, dans un quartier dont le nom ne cache rien de sa vocation artistique : le mont Parnasse en Grèce étant supposé abriter Apollon et les Muses. Ce nouvel article a juste pour but de présenter un roman de Michel Georges-Michel (pseudonyme de Georges Dreyfus : 1883-1985) intitulé Les Montparnos, avec des gravures sur bois de Touchagues (1893-1974), édité à Paris chez Arthème Fayard & Cie en 1933. La première édition de ce livre date de 1929. Il met principalement en scène ce qu'on appellera 'l’École de Paris' en particulier constituée de peintres juifs de Montparnasse ; école dont l'auteur lui même est un des acteurs. C'est lui qui semble-t-il emploie pour la première fois le terme de « montparnos ».

© Article et photographie LM

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Mémoires d'un gommeux

MemoireduGommeuxParapluie300lmPhotographies 1 à 5 : Mémoires d'un Gommeux du baron Saint-Patrice (1877 ?).

Photographies 6 et 7 : détail d'une assiette de Lunéville similaire à celle présentée ici : Première apparition d'un gommeux à Fouilly-l'Sec. Bien qu'il s'agisse du même sujet, on distingue plus clairement les traits du gommeux. Elle date de la fin du XIXe siècle ou du tout début du XXe. Les assiettes du XIXe siècle aux décors imprimés sont facilement datables avec leur marque au dos et très peu chères aujourd'hui, tout en étant des objets de qualité qui ne demandent pas de soin particulier, la céramique ne craignant que les manipulations hasardeuses mais étant sinon d'une très grande longévité.

Photographies 8 et 9 : Chanteuse de style 'gommeuse'. Première de couverture du Figaro illustré de 1891 reprenant la peinture de Jean Béraud (1849-1936) intitulée La gommeuse.

J'ai déjà beaucoup parlé du gommeux (ici et ici). C'est un personnage emblématique de la mode masculine de la fin du XIXe siècle (après 1870) ; et les documents d'époque le concernant sont plus aisés à trouver que ceux des gandins et autres muscadins qui le précèdent.

J'ai acquis un livre sans sa page de titre qui vaut cependant son pesant d'or pour celui qui s'intéresse aux petits maîtres de la mode. Il est intitulé Mémoires d'un Gommeux. C'est sans doute celui du baron Saint-Patrice (sous le pseudonyme James Harden-Hickey) publié en 1877 (Paris : Dentu). Le chapitre V : « Historique du gommeux » reprend une chronologie des petits maîtres depuis le XVIe siècle jusqu'à l’avènement du sujet présenté ici.

N'ayant pas retrouvé de numérisation de cet ouvrage sur internet, ci-après vous trouverez un passage de ce chapitre (en fait il s'agit du chapitre en entier mais sans son introduction et sa conclusion). Celui-ci se divise en trois parties. La première récapitule la lignée à laquelle le gommeux appartient, la seconde le décrit, et la troisième présente ses imitations (avec une description du rastaquaire dont il est question dans l'article sur Les faux élégants) :

« […] Sans vouloir remonter aux Grecs ni aux Romains, nous allons esquisser les différentes phases qu'a traversées le jeune homme avant d'arriver au degré de perfection que nous trouvons chez le Gommeux.

MemoireduGommeuxDos200lmEn France, nous avons eu : la Chevalerie, la Galanterie, les Mignons, les Petits-maîtres, les Roués, les Muscadins, les Incroyables et les Merveilleuses, l’Élégant, le Dandy et le Fashionable, le Lion, le Cocodès, le Petit Crevé et enfin le Gommeux qui attend un remplaçant.

La Chevalerie, comme on le sait, a passé par trois périodes : 1° La Chevalerie religieuse instituée par l’Église pour combattre les excès de la féodalité ; 2° La Chevalerie galante dont le but primitif était de défendre l'honneur des dames, but qu'on ne tarda pas à oublier ; de protecteurs, les chevaliers devinrent ravisseurs ; 3° La Chevalerie militaire, réformée par Jean Ier que les nombreuses conquêtes des Anglais obligèrent à faire de grands efforts pour rétablir la chevalerie, devenue efféminée. Il institua l'ordre de l’Étoile dans ce seul but.

La Galanterie fut la continuation de la chevalerie à laquelle elle ressemblait fortement, sauf un plus grand raffinement de manières et de goût.

Le nom de Mignons a été donné aux favoris de Henri III, comme nous l'apprend l’Étoile : « Ce fut en 1576 que le nom de mignons commença à trotter par la bouche du peuple, à qui ils étaient fort odieux, tant pour leurs façons de faire, badines et hautaines, que pour leurs accoutrements efféminés et les dons immenses qu'ils recevaient du roi. Les beaux mignons portaient des cheveux longuets, frisés et refrisés, remontant par-dessus leur petit bonnet de velours, comme chez les femmes, et leurs fraises de chemise de toile d'atour empesées et longues d'un demi-pied, de façon qu'à voir leur tête au-dessus de leur fraise, il semblait que ce fût le chef de saint Jean dans un plat. »

Les principaux mignons de Henri III furent Quélus, Livarot, Saint-Mégrin, le duc de Joyeuse, le marquis d'O et le duc d’Épernon.

« Henri III, -dit le Laboureur,- se plaisait à avoir plusieurs favoris ensemble ; il les aimait vaillants, pourvu qu'ils fussent téméraires ; spirituels, pourvu qu'ils fussent vicieux ; enfin, il ne leur refusait rien, pourvu qu'ils fussent magnifiques et dépensiers et pourvu qu'il pût faire un signalé dépit à ceux qui prétendaient qu'il dût quelque chose à leur naissance et à leur mérite. »

MemoiredunGommeuxCouples300lmIl est évident que le roi fut servi à souhait, et que ces jeunes gens ne laissaient rien à désirer sous le rapport de la morgue et de la dissipation. Mais ils eurent des rivaux, notamment dans les rangs des mignons du duc d'Anjou, frère du roi, dont le plus célèbre était Bussy d'Amboise. Le Journal de Henri III rapporte qu'un jour que le roi « désespérément brave frisé et godronné, assistait à une cérémonie, suivi de ces jeunes mignons, autant ou plus braves que lui, Bussy d'Amboise, le mignon de Monsieur, frère du roi, s'y trouva à la suite de Monsieur le duc, son maître, habillé tout simplement et modestement, mais suivi de six pages vêtus de drap d'or, frisés, disant tout haut que la saison était venue que les bélîtres [gueux] seraient les plus braves ».

Ce mot insolent, qui piqua vivement le roi, motiva l'éloignement momentané de Bussy, par ordre de Monsieur.

A leur insolence, ils ajoutaient des manières prétentieuses et des coutumes efféminées, portant même des boucles d'oreilles. Nous lisons dans le Journal de Henri III que le roi lui-même « faisait joutes, ballets, tournois et force mascarades, où il se trouvait ordinairement habillé en femme, ouvrait son pourpoint et découvrait sa gorge, y portant un collier de perles et trois collets de toile, deux à fraise et un renversé ainsi que, lors, le portaient les dames de la cour. »

En dehors de ces belles qualités, « ces petits mignons avaient des familiarités avec leur maître que je ne puis, ni ne veux exprimer. » (d'Aubigné : Hist.)

Les Petits-Maîtres prirent naissance pendant la Fronde ; c'étaient les suivants de Condé, du prince de Conti et du duc de Longueville.

Comme nous l'apprend Voltaire dans son Siècle de Louis XIV « On avait appelé la cabale du duc de Beaufort, au commencement de la Régence, celle des Importants ; on appelait celle de Condé le parti des Petits-Maîtres, parce qu'ils voulaient être les maîtres de l’État. Il n'est resté de tous ces troubles d'autres traces que ce nom de petit-maître qu'on applique aujourd'hui à la jeunesse avantageuse et mal élevée, et le nom de frondeurs qu'on donne aux censeurs du gouvernement. »

D'autres, moins autorisés pourtant, prétendent que ce nom de petits-maîtres fut d'abord donné aux amis et familiers du fils du maréchal de la Meilleraie, le duc de Mazarin, qui obtint la survivance de la charge de grand-maître de l'artillerie que possédait son père. Mais la première version me paraît la plus authentique.

MemoiredunGommeuxDiner300lmDans tous les cas, les Petits-Maîtres étaient des jeunes gens de qualité, affectant une grande recherche dans leur toilette, spirituels, joueurs, et mettant volontiers l'épée à la main.

Nous arrivons maintenant aux beaux jours de la Régence, berceau du Roué : « nom donné sous la Régence à des hommes sans mœurs, compagnons de désordre du duc d'Orléans, ainsi dits parce qu'ils étaient dignes de figurer sur la roue. La compagnie scélérate dont il (le duc d'Orléans) avait fait sa société ordinaire de débauche et que lui-même ne feignit pas de nommer publiquement ses roués, chassa la bonne. » (Saint-Simon)

Nous ne pouvons donner une meilleure idée du Roué qu'en citant le tableau suivant que nous en fait Duclos : « Vers l'heure du souper, il (le Régent) se renfermait avec ses maîtresses, quelquefois des filles d'opéra, ou autres de pareille étoffe, et dix ou douze hommes de son intimité, qu'il appelait tout uniment des roués. Les principaux étaient Broglie, l'aîné du maréchal de France, premier duc de son nom ; le duc de Brancas ; Biron, qu'il fit duc ; Canillac, cousin du commandant des mousquetaires, et quelques gens obscurs par eux-mêmes, mais distingués par un esprit d'agrément ou de débauche. Il faut ajouter à ces nobles noms ceux de Nocé, du maréchal de Richelieu, etc. ; la duchesse de Berry, Mmes de Parabère, de Phalaris, Emélie de l'Opéra et d'autres impures. Chaque souper était une orgie. Là régnait la licence la plus effrénée ; les ordures, les impiétés, étaient le fonds ou l'assaisonnement de tous les propos, jusqu'à ce que l'ivresse complète mît les convives hors d'état de parler et de s'entendre ; ceux qui pouvaient encore marcher se retiraient, l'on emportait les autres, et tous les jours se ressemblaient. »

La Révolution fait ensuite éclore le Muscadin, qui prend son nom de petites pastilles de musc dont on se servait fort à cette époque. Les Muscadins, d'abord dévoués au parti thermidorien, se rallièrent plus tard à la royauté. Madame de Genlis en fait une mention fréquente dans ses Mémoires, et l'ex-capucin Chabot, celui-là même qui avait dit que le citoyen Jésus-Christ était le premier sans-culotte du monde, leur fit l'honneur de tonner contre eux à la Convention.

Les Muscadins ont précédé les Incroyables, qui ont fleuri sous le Directoire dans les salons de Barras et dans ceux de la belle madame Tallien, la reine des Merveilleuses, qui affectaient de s’habiller à la grecque, et une des plus jolies femmes de son temps. Cette belle Merveilleuse profita plus tard de l’absence de son mari, parti en Égypte, pour faire prononcer juridiquement son divorce. Elle devint princesse de Chimay, ce qui ne l’empêcha pas de soigner Tallien dans ses vieux jours.

MemoiredunGommeuxDinerdetail500lmLes Incroyables, ou plutôt les Incoyables, pour imiter leur langage, ne se contentèrent pas de porter de longues tresses de cheveux qu’on appelait oreilles de chien, ni de revêtir des costumes excentriques, selon la noble habitude des dandies de tout âge et de toute époque, ils eurent encore l’audace de vouloir changer la prononciation de la langue française, en supprimant la lettre r. Leur nom provient de la coutume qu’ils avaient de s’écrier à tout moment et à tout propos : C’est incoyable !

Après les Incroyables et les Merveilleuses, nous avons possédé les Elégants, puis les Dandies et les Fashionables. Ces derniers n’ont guère eu de point saillant, et leurs noms s’expliquent d’eux-mêmes. Passons donc et arrivons au Lion.

Comme le Fashionable et le Dandy, le Lion est d’origine anglaise, mais il a bien trouvé sa place sur les boulevards.

Le Lion, c’est le Dandy vulgaire, c’est le Petit-Maître devenu épicier. Plus de manières recherchées, plus de raffineries élégantes. Le Lion parle bruyamment en passant sa main dans une barbe luxuriante, et au coin de sa bouche s’étale le banal cigare. H. de Balzac et Paul de Kock ont raconté les prouesses des Lions.

L’élégance, devenue de plus en plus bourgeoise, donne naissance à des êtres déplorables que l’on appelle Cocodès, Petits-Crévés. De ceux-là, je ne dirai rien ; ce serait leur faire trop d’honneur que de les toucher du bout de ma plume.

J’arrive, maintenant, à mon héros, au Gommeux.

L’origine de cette désignation, quoique peu ancienne, est assez obscure. Il y a plusieurs versions, toutes vraisemblables et provenant toutes de sources autorisées.

La première dit qu’un certain colonel de B…, membre du Jockey Club, était doué de propriétés collantes si prononcées, qu’on lui donna le nom de Gommeux, lequel fut, par extension, appliqué à tous les membres du Jockey, qui est, comme on le sait, la pierre angulaire de la Gomme.

Une autre version soutient que les élégants ayant l’habitude de se rendre chez Tortoni pour prendre une absinthe ou un vermouth gommés, se disaient entre eux, par abréviation ; « Allons prendre une gomme », d’où le nom de Gommeux.

En dernier lieu, consultez un dictionnaire de médecine au mot gomme, et vous trouverez une définition qui vous mettra sur la voie.

Descartes, lorsqu’il s’est écrié : Je pense, donc je suis, s’est montré homme de grande conception, mais le Gommeux est beaucoup plus fort que le profond philosophe du XVIIe siècle.

Le Gommeux existe, lui, sans penser, ou, si par hasard cela lui arrive, c’est bien malgré lui, il ne le fait pas exprès.

Gommeuxluneville300lmCependant, gardez-vous bien de confondre le vrai et authentique Gommeux avec le vulgaire calicot endimanché ou bien avec le clerc de notaire, qui, en costume d’amant d’Amanda, le carreau à l’œil et les mains sans gants, promènent leur carcasse décharnée sur le boulevard des Italiens et hantent les fétides couloirs des Folies-Bergère. Ce serait une grande erreur.

La vraie Gomme compte parmi ses membres des sportsmen et des militaires, des diplomates et des magistrats, des députés et des hommes de lettres.

Il y a des gommeux nobles, ce sont les plus nombreux et les plus estimés ; il y en a de roturiers qui sont moins appréciés. Il y a des gommeux gros et courts, il y a des gommeux longs et maigres ; il y en a de riches, il y en a de pauvres ; ces derniers sont à plaindre.

Mais, me direz-vous, avec tout cela, vous ne me donnez pas une idée exacte du parfait Gommeux. La voici, lecteur :

Descendant en ligne directe de Pépin le Bref, qui fut, comme vous le savez, fils de Charles Martel, maire du palais et père de Charlemagne, le jeune homme qui nous occupe n’est pas plus fier pour cela. Du moment que vous vous présentez devant lui dans une tenue gomme, dans un endroit chic, que vous soyez le rejeton d’un artiste pédicure ou l’unique espoir d’un marchand de guano, vous serez bien reçu.

Autrefois, sans seize quartiers vous n’eussiez jamais fait un Petit-Maître ; aujourd’hui, si vous possédez la seizième partie de seize millions, vous pouvez prétendre à tout, même à la déportation, pardon, je voulais dire à la députation.

Mais revenons au parfait Gommeux. Il n’est pas grand, il est plutôt petit ; il n’est ni gras, ni maigre, il se tient ; il a des cheveux châtains qui ne se relèvent jamais, même quand il fait du vent ; ce n'est pas la faute des cheveux, mais bien celle du coiffeur, qui y use un bâton de cosmétique tous les matins – il faut bien faire vivre le commerce.

Le Gommeux relève en croc, d'un coup de fer, sa petite moustache plus claire que ses cheveux. Le reste de la figure est complètement rasé, à l'exception d'une petite mouche inoffensive qui, certainement, ne ferait pas de mal à une autre petite mouche, même si elle pouvait. La physionomie n'est pas déplaisante, les traits sont même fins, mais, malheureusement, n'ont aucune saillie ; tout cela est uniformément plat.

Une femme s'amourache de ces têtes-là, tout en méprisant l'homme. Joignez à ceci une mise irréprochable et une grande habitude du monde, et vous avez une ébauche du parfait Gommeux.

Il y a, ensuite, des qualités secondaires importantes.

Le cheval ! Voilà le grand mot. Le cheval, c'est le sport incarné, et, pour être un gommeux pur sang, il faut être aussi a full blooded sportsman.

Gommeuxlunevilledetail300lmSeulement, n'allez pas vous imaginer que le sportsman gommeux s'occupe de bien monter à cheval. Loin de là ; il monte aussi mal que possible. Étant jeune, il a probablement appris à bien se tenir, on lui a donné une jolie position et enseigné des principes d'équitation sérieux. Vous allez voir comme il les met à profit.

On lui a dit, quand il était bambin : « Serrez les coudes au corps, enfoncez-vous dans la selle, effacez les épaules sans raideur, le talon bas et la pointe du pied en dedans. » Allez donc le voir au Bois, vous saurez comme il suit les principes de Baucher. Ses coudes battent les airs, comme les ailes d'un pigeon ; son corps, bombé en boule, se refoule vers l'encolure de sa monture ; ses jambes embarrassées dans un large pantalon sans sous-pieds et qui lui remonte au genou, chaussent l'étrier à la façon d'un Jean-Pierre-des-Champs : Voilà l'écuyer gommeux.

Cependant c'est un solide cavalier et qui s'y entend à merveille. Mettez-le sur un cheval difficile, devant un obstacle sérieux, il vous l'enlèvera avec le plus grand sang-froid. C'est le genre de mal monter ; que voulez-vous y faire ?

Un gentleman-rider, jouissant de quelque renom au Vésinet et à la Marche, a donné l'exemple de monter comme cela, avec les rênes dans sa bouche, parce qu'il avait de vilaines dents, paraît-il, et, depuis, le ban et arrière-ban des gommeux d'en faire autant.

C'est là le mauvais côté du Gommeux : son esprit d'imitation. J'en connais mille exemples ; je ne vous en citerai qu'un, pour vous donner une idée exacte de ce dont il est capable.

Un de nos jeunes élégants les plus considérés, à bon droit, porte un monocle ; cela se voit tous les jours. Or il lui advint à l'oeil un mal qui le força de changer, pendant quelque temps, son verre ordinaire pour un verre cendré. Aussitôt tous les gommeux de se pousser mystérieusement le coude :

- Tu as vu chose ? Eh ? Il paraît que c'est très gomme ! Allons chez l'opticien !

Et le lendemain, tous les gommeux portaient des monocles cendrés. Est-ce assez ridicule ? C'est aussi fort que l'exploit du comte d'Orsay qui, s'étant montré un jour, à Hyde Park, vêtu d'un costume taillé dans de la toile à matelas, força tous les fashionnables de Londres à endosser ce vêtement peu élégant.

En dehors de ces idées excentriques, le gommeux pur sang est assez bon garçon ; il est très bien élevé, quand il faut l'être, insolent à l'occasion, ne redoutant rien ; s'il mène une vie et inutile et oisive, c'est qu'il ne voit rien de mieux à faire.

Du reste, ces jeunes que les nobles garçons bouchers, décrotteurs, marmitons et canailles de la même espèce, ont l'habitude de narguer, ne sont pas précisément à dédaigner.

Parce qu'on montre une main gantée, cela ne veut pas dire qu'elle en soit pas soutenue par un poignet solide, et un habit à la mode peut et doit renfermer un cœur intrépide.

LaGommeuse1891LeFigaro300lmLa dernière guerre n'est pas encore assez éloignée de nous pour qu'on ait oublié l'héroïque dévouement de ces jeunes élégants, habitués au luxe et à l'oisiveté ; ce qui ne les a pas empêchés de subir les plus dures fatigues, sans jamais murmurer, et de se battre comme des lions.

Occupez-vous donc des denrées coloniales, illustre épicier ; et vous, puritains remplis de la sainte ardeur que donnent trois absinthes - sans gomme, n'est-ce pas ? - gardez le peu d'esprit qui vous reste pour l'employer plus utilement qu'en déblatérant sur la jeunesse pervertie. Elle l'est bien moins que vous, allez, et, lorsque la patrie et l'honneur le demanderont, elle sera toujours prête à vous le prouver.

Pour nous résumer, le vrai Gommeux est loin de ressembler à la vulgaire contrefaçon que l'on confond trop souvent avec l'original.

Les saintes gens ont la funeste coutume de chanter, sans trêve ni merci, le vieux refrain : la jeunesse se perd. Laissez-les donc tranquilles, vos jeunes gens ! Laissez-les suivre le chemin qu'ils se sont tracés ; s'ils jettent leur argent par la fenêtre, c'est vous qui le ramassez, bourgeois imbéciles ! De quoi vous plaignez-vous donc ? S'ils dépensent leur esprit dans un souper à la Maison d'Or ou au café Anglais, c'est leur affaire ; et ils en dépensent, soyez-en sûrs ; ils vous feraient pâlir, vous autres faiseurs de bons mots à la mécanique et à cinq sous la ligne.

Mais, à côté du Gommeux pur et de bonne source, nous trouvons l'imitation, le mauvais produit qui jette de l'ombre sur le soleil dont il cherche à emprunter l'éclat. C'est le strass comparé au diamant. Chez lui, tout est faux, clinquant ; les apparences, rien que les apparences.

Ce mauvais gommeux se recrute exclusivement dans deux classes : les fils de parvenus et l'innombrable horde des Rastaquaires (excusez du peu !).

Le fils de marchand enrichi cherche à oublier dans un faste de mauvais goût sa jeunesse obscure ; quand papa, derrière un comptoir, amassait durement les écus, la vie n'était pas si souriante pour Théodore. Mais papa, par d'heureuses spéculations, devint propriétaire de belles et larges maisons à six étages qui rapportent de gros revenus. Alors Théodore s'est senti attaqué d'une fièvre terrible : ces belles maisons lui faisaient mal à voir, il voulait les dépenser pierre par pierre, planche par planche. Et il le fera, soyez tranquille. Il mettra la même énergie à dissiper ses écus, que papa en a mis à les gagner. Allons Théodore, bonne chance !

Nous arrivons au Rastaquaire. Ce nom fait tressaillir. Vous en ignorez peut-être sa signification, lecteur peu mondain ; la voici. Le Rastaquaire, en argot gommeux, désigne spécialement les Péruviens, Chiliens, Brésiliens, enfin tout le clan et arrière-clan des Américains méridionaux. On confond souvent avec les Rastaquaires, les Espagnols et les Portugais ; mais c'est un tort. Ces derniers, ainsi que les Anglais, les Américains des États-Unis, les Russes, les Italiens, appartiennent au monde cosmopolite proprement dit, qui forme une des bases les plus sérieuses du High-life parisien.

LaGommeuse1891LeFigarodetail300lmLe Rastaquaire est un être à part ; son nom date d'une pièce du Palais-Royal. Son origine plus obscure se devine sur son visage rabougri ; un teint pâle, un nègre mal blanchi, le type de métis. Ses cheveux qui se rappellent vaguement le temps où ils frisaient courts et crépus sont devenus laineux à force de triage ; de grosses lèvres africaines donnent une expression désagréable à la physionomie ; les yeux noirs et cerclés regardent en dessous ; la tête n'a pas encore l'habitude de se lever fièrement.

Cependant, quand vous voyez ce produit exotique descendre au Grand-Hôtel et s'y faire enregistrer avec une foule de noms barbares pêchés dans les forêts vierges et réunis entre eux par des y innombrables, vous vous dites que ce noble étranger doit être au moins six fois grand d'Espagne.

Pendant son séjour à Paris, le Rastaquaire prend une voiture au mois et se prélasse délicieusement sur les coussins de louage. On verrait ses vêtements sur une chaise qu'on en nommerait sur le champ le propriétaire ; son goût est tellement prononcé qu'il est impossible de ne pas le reconnaître. Berthelier, dans la Vie parisienne, peut vous donner une idée de la toilette d'un Rastaquaire accommodé à la fashion du jour.

Eh ! Bien, voilà les gens qui, inondant Paris de leur nullité et de leurs mauvaises manières, font rejaillir sur le Gommeux véritable le ridicule dont ils s'entourent. Si je n'étais retenu par la crainte de froisser des étrangers bien élevés et parfaitement distingués, de même nationalité que ces êtres vulgaires dont je viens de vous parler, je vous citerais nombre de faits qui vous montreraient jusqu'où peut aller le Rastaquaire-gommeux. Mais je ne voudrais pour rien au monde blesser les susceptibilités de gens fort estimables, car, si l'Amérique méridionale nous fournit le Rastaquaire, elle nous envoie aussi une société charmante sous tous rapports.

Je ne m'étendrai pas davantage sur les qualités et défauts du Gommeux ; je crois vous en avoir dit assez pour votre édification personnelle. Désormais vous saurez distinguer le vrai du faux, le jeune homme qui s'amuse, de celui qui s'abrutit. Je n'ai pas voulu faire ici l'éloge de la jeunesse oisive, ni me poser en champion de la fainéantise. Je serais, au contraire, le dernier à chanter les louanges de la paresse, mais j'ai tenu à corriger cette fausse opinion que l'on s'obstine à entretenir sur les jeunes gens d'aujourd'hui. [...] »

Pour conclure, je vous rappelle la chronologie des petits-maîtres de la mode visible ici, un historique unique des gommeux depuis le Moyen-âge !

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Eros dans l'Antiquité

terrescuites500Photographie : « Ensemble d’Eros en terre cuite de Grande Grèce. » © Galerie La Reine Margot.

canvas300Photographies de gauche et de droite : « Lécythe représentant un Eros ailé, debout, nu, tenant un miroir et une couronne de fleurs sous le soleil, dans un décor végétal. Frise d’oves encadrant la scène et frise de traits verticaux sur le col. Italie, Gnathia (Egnazia), IVe-IIIe av. Terre cuite à décor polychrome sur fond noir. H : 14,2 cm. Anc. coll. du Dr. Pradel, Poitiers, France, acquis avant 1980. » © Galerie La Reine Margot.

canvasdetail1-300La plus ancienne galerie parisienne d'archéologie, La Reine Margot, installée depuis 1937 au cœur des galeries d'antiquités de prestige du quartier Saint-Germain-des-Prés, sur les quais de Seine, au 7 quai de Conti, propose du  26 avril au 31 juillet 2013 une exposition d'une cinquantaine d’objets « en marbre, en bronze, en terre cuite, en verre, en faïence, en or et en pierres dures, » représentant : 'Eros dans l'Antiquité'.

La place du dieu Eros est primordiale dans la civilisation gréco-romaine. Certains mythes le place à l'origine de tout. Comme le dit le communiqué de presse : « Est-il, comme le pensait les anciens, le dieu de l’amour et du désir ? Ou comme le définissait Aristophane, l'œuf primordial, à l'origine du monde et des dieux ? Incarne-t-il, comme le croyait les classiques, la force vitale primaire, originelle et universelle ? Est-il le fruit des amours de Vénus-Aphrodite, déesse de la beauté, et de Mars-Arès, dieu de la guerre annonçant aussi bien l’amour et la vie qu’il sous-tendait la mort, petite ou grande, et l’anéantissement physique ou moral ? L’exposition organisée par La Reine Margot reflète la diversité de ces interprétations et suggère qu'Eros incarnait tout cela à la fois. »

Photographies : « Paire de boucles d’oreilles à larges disques  décorés, grandes pendeloques pyramidales entourées de 2 statuettes d’Eros à larges ailes ; grec, fin IVè début IIIè av. J.-C. Coll. privée, Paris. » © Galerie La Reine Margot.Pairedebouclesdoreilles2-2-300

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François 1er, Rosso Fiorentino et la Renaissance française.

LElephantRoyal300Photographie du dessus :  'L’Éléphant Royal' de Rosso Fiorentino (1494-1541). Décoration de la galerie François 1er du château de Fontainebleau. Travée 2 Nord. Crédit photographique : © RMN-Grand Palais (Château de Fontainebleau) / Gérard Blot.

Francois1er300Photographie de gauche : François Ier, roi de France, par Vecellio Tiziano dit Titien (1485/88-1576). Huile sur toile du XVIe siècle. Hauteur : 1,090 m. Longueur : 0,890 m. Paris, musée du Louvre. Crédit photographique : © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda. On reconnaît l'habit à crevés dont je parle dans l'article intitulé Le crevé et les crevés.

Photographie de droite : 'Vénus, Bacchus et l'Amour' de Rosso Fiorentino. VenusBacchusetlAmour300Peinture conservée au musée national d'Histoire et d'art du Luxembourg. Crédit photographique : © Collection du Musée national d'histoire et d'art Luxembourg, Photo : MNHA / Tom Lucas.

Jusqu'au 24 juin 2013, dans ce joyau de la renaissance française qu'est le château de Fontainebleau, se tient une exposition intitulée Le Roi et l’Artiste, François Ier et Rosso Fiorentino. Celle-ci est présentée dans la salle de la Belle Cheminée.

Au XVIe siècle de très nombreux artistes et artisans italiens sont invités ou choisissent de venir en France emportant avec eux un savoir-faire provenant : d'une longue tradition artistique dans la péninsule depuis l'Antiquité, des échanges internationaux importants qui s'y déploient, et bien sûr de l'émulsion de la renaissance italienne avec ses intellectuels et artistes nombreux. Rosso Fiorentino (1994-1540) est l'un d'entre eux. Après avoir peint une commande de François Ier célébrant le mariage du roi avec Éléonore d'Autriche qu'il représente sous les traits de Mars et Vénus, il est appelé à la cour de France, et arrive à Paris en octobre 1530. Il dirige la décoration de Fontainebleau avec en particulier celle de la grande galerie François Ier reliant l'ancien et le nouveau château, réalisée principalement entre 1533 et 1537.

L'exposition « évoque la rencontre majeure de l’esthétique italienne et de l’art français à travers une centaine d’oeuvres inspirées au XVIe siècle par la galerie François 1er. » Elle est organisée « en partenariat avec la Réunion des musées nationaux - Grand Palais et le musée national de la Renaissance - Château d’Écouen. »

FillesdeJethro2-300Photographies du dessus : 'Moïse défend les filles de Jethro'. Peinture (huile sur toile) de Rosso Fiorentino (1494-1541). Hauteur : 1,600 m. Longueur : 1,170 m. Italie, Florence, Galerie des Offices. Crédit photographique : ©  Archives Alinari, Florence, Dist. RMN-Grand Palais / Nicola Lorusso. On remarque en particulier la beauté des couleurs des drapés des filles de Jethro, le maquillage et la coiffure de la personne en bleu et les cheveux de celle en vert à l'arrière plan.

Photographies du dessous : Tenture de tapisserie de la galerie de Fontainebleau : 'Combat des Centaures et des Lapithes'. Cartons de Claude Baudoin d'après Rosso, et tissage de Jean et Pierre Le Bries. Cette tapisserie est conservée au Kunsthistorisches Museum. Crédit photographique : © Kunsthistorisches Museum.CentauresetLapithes300

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L'alcôve

LesSolitairesEnBelleHumeurLeRossignol2detail-1-300lmPhotographie : Les Solitaires en belle humeur. Entretiens Recueillis des Papiers de feu M. le Marquis de M***. (Seconde partie, Paris, 1723). Illustration pleine page : « Le Rossignol ».

L'alcôve est un enfoncement pratiqué dans une chambre pour y placer un lit. Avec la ruelle (voir l'article Les Précieuses et les femmes de lettres) elle est le salon des précieuses et des femmes d'esprit. Le lit lui-même est depuis l'Antiquité jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, c'est à dire jusqu'à la fin de l'aristocratie, un lieu de sociabilité très important. Voir par exemple l'article intitulé Au lit au Moyen-âge.

Comme la ruelle, la table de toilette ou le boudoir (voir l'article Le boudoir), l'alcôve est un des lieux liés à la conversation intime et à la relaxation emprunte des plaisirs de la volupté intellectuelle et sensuelle, voire de la simple jouissance, enfin de ce qu'on appelle la joie, non pas dans son aspect bruyant qui n'est souvent que l'expression de la superficialité, mais dans le voyage intérieur entrepris dans la communion des esprits qui par leur rencontre ouvrent l'un à l'autre des espaces ignorés et précieux, insondables et que pourtant le langage (dans toutes ses formes aussi bien de la parole que du corps ou autres), le raisonnement, la perfection de l'instant et la sensualité donnent à savourer les délices.

L'architecture connaît nombre de ces lieux semi-secrets aussi bien dans les bâtiments que dans les jardins où l'intimité s'exhale. C'est dans l'alcôve que s'élabore les mille et une nuit, que le cercle se rétrécit pour arriver au point d'intimité. On y place le lit avec sa ruelle, ou bien un canapé voluptueux, ou tout autre aménagement souvent agrémenté de tapis, tissus et soieries rendant l'endroit plus douillet, inclinant à la relaxation et à la confidence saine.

De tels lieux ont toujours existé dans l'architecture. Les petites pièces de repli, les enfoncements permettant la méditation sont nombreux dans les bâtisses antiques, de même que dans l'architecture moyenâgeuse qui se prête particulièrement à cela avec ses tourelles. À des époques où le chauffage central est exceptionnel et où les maisons sont de véritables ruches où vivent toute une famille avec parfois de nombreux domestiques, invités, visiteurs … de tels emplacements sont indispensables. Certains banquets antiques se tiennent dans de telles alcôves … et de grandes choses s'y élaborent. Ces espaces invitent à des voyages intérieurs, au partage et à la volupté du moment présent.

© Article et photographie LM

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1704 - Le Salon, les Arts et le Roi

ExpositionLouvre500Photographie : « Nicolas Langlois (1640-1703). Exposition des ouvrages de peinture et de sculpture dans la galerie du Louvre en 1699. Détail d’un almanach pour l’année 1700. Eau forte et burin, 88,8 x 55,8 cm. Paris, Galerie Terrades. © Galerie Terrades, Paris. »
Jusqu'au 30 juin 2013, le musée de l’Île-de-France présente dans les écuries du domaine de Sceaux une exposition intitulée 1704 – Le Salon, les Arts et le Roi proposant 70 des œuvres ornant la Grande galerie du Louvre lors du Salon de 1704 qui en contient près de 500.
Une sélection des œuvres exposées est visible ici.
L’Académie royale de peinture et de sculpture créée en 1648 organise sa première exhibition au Palais-royal en 1667. Il s'en suit de nombreuses autres ayant parfois un très grand succès.
Photographies suivantes : « Jacques Van Schuppen (1670-1751). Jeune fille sur une escarpolette. Vers 1704. Huile sur bois, 58,5 x 43 cm. Château de Parentignat, collection Lastic. © David Bordes. »escarpolette2-300

Photographie suivante : Chapitre consacré au 'Salon de Peinture' du tome III de Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) datant de 1783. On peut lire ce chapitre en entier ici.SalondePeinture500lm

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Une Renaissance : L'art entre Flandre et Champagne. 1150-1250.

Ange300Photographie du dessus : «  Médaillon Operatio du retable de saint Remacle. Abbaye de Stavelot (?), vers 1150. Cuivre champlevé, émaillé et doré. D. 14, 6 cm. Berlin, Staatliche. © BPK, Berlin, Dist. RMN / image BPK. »

page300aPhotographie de gauche : « Second missel de l’abbaye Saint‐Vindicien du Mont Saint-Eloi […] Artois, vers 1250. Parchemin, 224 ff. H. 34, 7 ; L. 25 cm. Arras, médiathèque municipale. © IRHT, médiathèque municipale d’Arras. »

Le musée du Moyen-âge de Cluny à Paris présente du 17 avril au 15 juillet 2013 une exposition intitulée : Une Renaissance : L'art entre Flandre et Champagne. 1150-1250.

J'ai évoqué plusieurs fois la renaissance du XIIe siècle dans ce blog comme dans les articles Le bas Moyen-âge : Fin amor et Art français ou francigenum opus et Les modes gothiques et le style troubadour du XIXe siècle. Le nord de Paris (Picardie, Champagne …) est un centre économique, intellectuel et religieux où est créé l'art gothique, où se répand l'art courtois (cour de Marie de France en Champagne …) etc. C'est une époque de grande vitalité, avec notamment une expansion du savoir antique à travers des écoles et une importante diffusion de copies de textes grecs et romains.

L'exposition met en avant le « style 1200 », « courant nouveau » qui d'après ce que dit le dossier de presse « se caractérise par un intérêt renouvelé pour les formes antiquisantes, pour la nature et pour l’homme. Les artistes se fondent sur l’observation des corps, à travers l’étude des vestiges matériels de l’Antiquité, et tout spécialement de la statuaire gréco-romaine, dont ils s’inspirent en particulier pour la beauté et la souplesse des drapés. »

Un des intérêts de cette exposition est de nous replonger dans cette période française faste ; et à travers le prisme d'un temps précis, nous révéler ce qu'on appelle à la renaissance le Moyen-âge, période de mille ans très féconde.

Photographies suivantes : « Croix staurothèque de Clairmarais. Nord de la France, entre 1210 et 1220. Argent doré, niellé, pierreries. H. 65, 2 ; L. 34, 4 cm. Saint-Omer, Musée de l’hôtel Sandelin. © Musées de Saint-Omer,B. Jagerschmidt. »Croix2-300Croix2-300detail

Photographies suivantes : « Châsse de Notre-Dame de Tournai. »Chasse1300Etoile300RoiEtoile1

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Apparences végétales

1845-1847Photographies du dessus : À gauche : « Modes de Paris. Petit Courrier des Dames. Boulevard des Italiens, N°1. Chapeau Marie Séguin contenu dans un carton haut de 5 centimètres. Robe et Mantelet par la maison Leymerie, r. n. des pts Champs, 36. » « Mess. S. & J. Fuller, 34, Rathbone Pl. Lond. » Planche « 2108 » du « 25 Juin 1945. »
À droite : « Modes de Paris. Petit Courrier des Dames. Boulevard des Italiens, 1. Coiffures des Mns de Cartier. r. Louis-le-Grand, 30. Manteau romain en velours des Mns d'Alexandrine. r. d'Antin, 14. Mantelet taffetas et crèpe. Passementerie de Sorré-Delisle. » « Mess. S. & J. Fuller, 34, Rathbone Pl. London. » Planche « 2227 » (1847).
Je trouve ces deux gravures intéressantes car il semble que dans les années 1845-1847, dans la deuxième partie de la monarchie de juillet (1830-1848), à la fin donc du règne de Louis-Philippe, au sortir du romantisme, du dandysme et des lion(ne)s, et avant les petites-dames, daims et autres biches, l'élégance est à une certaine … je ne trouve pas le mot adéquate … Les vêtements sont amples bien que le corset serre la taille, avec des robes dont la largeur est apportée par de nombreux jupons, des manteaux couvrant tout le corps, des dentelles, rubans, franges, falbalas, colifichets, fleurs, les épaules basses, des cheveux tombant en boucles et des chapeaux ou coiffures prolongeant cet effet, faisant ressembler les femmes à des fleurs qu'on représente souvent à cette période d'une manière anthropomorphe (sous des formes humaines féminines). Les estampes de Les Fleurs animées (1847) de Jean-Jacques Grandville (pseudonyme de Jean Ignace Isidore Gérard : 1803 - 1847) sont célèbres (tome premier de l'édition de 1867 ici). Les fleurs sont un élément très important du vêtement comme je le dis brièvement dans un paragraphe de l'article intitulé Rythmes naturels.
Photographies du dessous : Estampes de Les Fleurs animées du XIXe siècle, avec à gauche le camélia et à droite le myosotis.

1807-2estampes-300© Article et photographies LM

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La Fête au Moyen-âge

LaFeteAuMoyenAgeA notre époque où on nous parle constamment de travail et d'argent, il est bon de savoir que d'autres manières de vivre sont possibles et que : « Au Moyen Âge, un jour sur trois est chômé en raison des fêtes. » C'est un des nombreux éléments que nous apprend l'exposition de la tour médiévale de Jean sans peur à Paris intitulée La fête au Moyen-âge se déroulant du 10 avril au 10 novembre 2013.

Le sujet est réjouissant et l'endroit à découvrir pour ceux qui ne le connaissent pas. De plus il se trouve près de la rue Saint-Denis autrefois haut lieu de parade de la royauté : lieu de prestige et de fêtes grandioses.

L'exposition se compose de panneaux pvc illustrés de photographies et textes, avec quatre grands thèmes :

- 'L'année en fêtes' : 'Noël ! Noël !', 'De Carnaval en Carême', 'Au théâtre ce soir', 'Mascarades', 'Pâques fleuries et fête peineuse', 'Une farandole de saints', 'Un calendrier bien rempli' ;

- 'Fêtes personnelles' : 'Réjouissances familiales', 'Les cadeaux', 'Les familles font la noce', 'Quel charivari !', 'La mort est une fête' ;

- 'Fêtes communautaires' : 'Festivités agraires', 'La danse', 'En joyeuse compagnie', 'Les jeunes font la fête', 'Un festival de bêtises', 'En lice', 'Le temps des festins' ;

- 'Fêtes politiques' : 'Fêtes urbaines', 'Les chars', 'Le corps du roi en fête', 'Panem et circenses : l'entrée royale'.

« Les célébrations religieuses rythment le calendrier, mais l’année est également riche en festivités profanes : les fêtes personnelles, communautaires et politiques sont prétexte à processions, joutes, tournois, festins... qui consolident sans cesse les liens sociaux. Au pied d’un mât de cocagne, au coeur d’un charivari, au milieu d’une farandole, sur un char bariolé, costumé en sauvage ou en fou, l’individu profite d’une vie qu’il sait précaire. Que la fête commence ! »LaFeteAuMoyenAge

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Le mois d'avril

OpusculesDeParnyLeFleursadetail300lmPhotographie du dessus : Frontispice de Les Fleurs de : Opuscules de M. Le Chevalier De Parny, seconde partie, quatrième édition (Londres, Chez Manoury, 1787).

Photographies du dessous : Première fleur d'une variété de géranium sauvage qui fleurit normalement à partir du mois de mai..

GeraniumFleur3002lmChaque mois, chaque semaine, chaque jour, chaque heure, chaque moment dans la nature est un concert nouveau, une peinture différente. Il est sans doute important de se rappeler la terre sur laquelle nous marchons, et qui nous porte, et son rythme, ainsi que celui de l'univers.

euphorbea300lmPhotographie du dessus : Variété d'euphorbe. Cette plante toxique est toute verte : et sa forme jouant avec l'ombre et la lumière offre de nombreuses nuances de cette couleur.

Jacinthea300lmPhotographie de gauche : Jacinthe des bois.

stellaire300lmPhotographie de droite : Variété de stellaire.

En ce mois d'avril où la nature nous offre des dégradés infinis de vert, on rencontre dans les bois de la région parisienne des parterres d’anémones Sylvie aux fleurs blanches et de jacinthes bleues-violettes (rarement blanches). Dans certains endroits ce sont des hectares de nappes de fleurs couleurs de draps ou de ciel, couvrant le sol d'où surgissent des arbres chatouillant de leurs rameaux aux tons verts tendres le ciel qui éclaire ces étendues en larges faisceaux de lumières mouvant au rythme de la rotation terrestre … ; cela donne une impression féerique. Lors d'une même promenade au milieu des bois on peut passer de tableaux d'anémones Sylvie à d'autres de jacinthes. Les premières annoncent le printemps et disparaissent très tôt, de même que par exemple les primevères autre fleur emblématique de ce mois parmi beaucoup d'autres.

Ailleurs on trouve les fleurs bleues de la véronique qui aime le soleil, du lierre terrestre, de la petite pervenche, de la pulmonaire, de la violette (non odorante). Il y la blancheur des fleurs de l'aubépine, du muguet, de la pâquerette, du lamier blanc, de l'alliaire officinale, de la stellaire ; le jaune du pissenlit, du genêt ; le vert des euphorbes ; le rouge du lamier pourpre… toutes et d'autres fleurissant en avril.

Veroniquea300lmPhotographie de gauche : Véronique peut-être la véronique petit-chêne.

SceauDeSalomon300lmPhotographie de droite : Sceau de Salomon.

S’il fait beau, il est agréable de poser un vêtement sur le sol en pleine forêt ou sur une pierre plate couverte de mousse, dans un endroit tranquille, et de s'allonger en regardant le ciel. Il n’y a pas encore trop d’insectes et rien ne peut perturber cette douce méditation. En se concentrant, on entend quelques oiseaux se répondre au loin et emporter sur leurs ailes notre âme.

Les fleurs de cerisiers couleur de drap froissé ajoutent à la lumière du ciel la pureté de leur nacre, avant de rougir en mille fruits juteux comme une langue aimée que l’on baise.

Les boutons d’or apparaissent comme leur nom, s’élançant dans l’azur au dessus des autres herbes telles sonnant d’une trompette la conquête du ciel et des abeilles. Plusieurs autres fleurs de cette famille (les renoncules) se sont épanouies durant l’hiver, la plupart avec des tons jaunes semblables : eranthe, populage des marais, renoncule bulbeuse, ficaire.

renoncule300lmPhotographie de gauche : Renoncule, peut-être le bouton d'or.

Le myosotis des bois et le myosotis des champs fleurissent en avril.

Myosotis300lmPhotographie de droite : Myosotis.

Lorsqu’il pleut, on peut voir des gouttes suspendues sur le sommet d’herbes. Il arrive même qu’une feuille tienne en équilibre ainsi.

Le gaillet croiset a des fleurs à l’odeur de miel. Comme la luzerne lupuline il a de petites fleurs jaunes.

Les muguets, primevères et narcisses, qui ne durent à peu près que ce mois et se cueillent dans les bois, font de beaux bouquets.

Avril c'est aussi le mois où poussent de nombreuses plantes aux odeurs et goûts revigorants et si spécifiques … tellement que ces herbes qui caressent nos pieds ont des saveurs qui peuvent nous paraître parfaitement étranges aujourd'hui, si nous ne sommes pas habitués à reconnaître la terre et à l'aimer ! Évidemment le mois d'avril n'est pas celui de mai ; et il faut pendre garde à ne pas trop vite s'emballer pour la douce saison. Certaines fleurs comme celles des jeunes rosiers offrent déjà leur bouton ; mais comme la fleur de la planète du Petit Prince de Saint-Exupéry ces roses mettent tellement de temps à se préparer !

Photographie du dessous : Lierre terrestre.

LierreTerrestre3fleurs300lm« ACTE II – SCENE PREMIERE. Un bois près d’Athènes. Il fait nuit. La lune brille. Une FEE entre par une porte et PUCK par une autre.[…] Les primevères […]. Vous voyez des taches sur leurs robes d’or : ce sont les rubis, les bijoux de la fée, taches de rousseur d’où s’exhale leur senteur. Il faut maintenant que j’aille chercher des gouttes de rosée, pour suspendre une perle à chaque oreille d’ours. » Shakespeare, Le songe d’une nuit d’été.

primevere300lmPhotographie de gauche : Primevère officinale.

Les fleurs et les feuilles de primevère officinale (primula veris L.) font de bonnes tisanes calmantes,  notamment contre la toux et les refroidissements. Elles se cueillent d’avril à mai. La primevère auricule et la primevère farineuse rouge qui croissent dans les montagnes (toutes deux apparentées à la primevère jaune) sont vénéneuses. Le thé aux pâquerettes et fleurs de primevère officinale aurait un effet légèrement hypnotique en cas d’insomnies légères. En avril, on peut découvrir particulièrement trois sortes de primevères fleuries : la primevère acaule, la primevère élevée et la primevère officinale, toutes deux étant officinales. « Vous rappelez-vous le bois où souvent, vous et moi, nous aimions à nous coucher sur un lit de molles primevères, en vidant le doux secret de nos cœurs. » écrit Shakespeare dans Le songe d’une nuit d’été, acte I, scène première.

aubepine300lmPhotographie de droite : Aubépine.

Les fleurs en bouton du prunellier (Prunus spinosa L.) se récoltent au printemps. Leur infusion est un laxatif doux recommandée pour combattre les peaux impures chez les enfants et pour tonifier l’estomac. On en fait aussi une cure de printemps. Les fleurs du prunellier naissent avec les premiers jours du printemps, avant même celles de l’aubépine. Les fleurs et les fruits de cet arbuste sont toniques. Il suffit de regarder un rameau fleuri pour se laver des stigmates de l’hiver. La fleur est parfaitement ouverte. Les pétales sont blancs et écartés pour faire jaillir les étamines et leurs bouts dorés alors que celui central du pistil est de couleur soleil.

Les fleurs et feuilles de la violette odorante se cueillent de mars à avril. L'infusion des fleurs est utile en cas de toux, engorgements, bronchite, rhume, fièvre, en gargarismes contre les inflammations des muqueuses buccales. Un sirop pectoral pour les enfants se prépare en faisant bouillir brièvement 100 à 200 g de fleurs dans un litre d’eau. Laisser infuser 10 minutes et filtrer. Faire ensuite dissoudre 1kg de sucre de canne biologique non raffiné dans ce liquide. Le sirop sera légèrement coloré de violet.

Photographie du dessous : Violettes et pissenlits.

ViolettesEtPissenlits300lmLe printemps est le temps de ramassage de nombreux bourgeons, écorces, sucs, sèves, latex, lupulins, racines, rhizomes, tiges, feuilles, sommités fleuries, fleurs, de quelques fruits et de certaines plantes entières. Ce dont je parle est une infime partie des possibilités.

On peut confectionner de multiples salades aux effets dépuratifs ou des infusions ou décoctions à prendre sur plusieurs jours.

De nombreuses plantes qui apparaissent durant le mois d’avril ont des saveurs fortes comme l’alliaire officinale, le lierre terrestre ou la berce qui n’est pas encore en fleurs mais qui se reconnaît à ses feuilles et son goût.

machedoucette300lmPhotographie de gauche : Les photographies des plantes présentées dans cet article ont été prises l'année dernière. Il est parfois difficile de reconnaître une plante simplement par son image. Je pense qu'il s'agit ici de la mâche doucette, mais n'en suis pas sûr.

Les feuilles fraîches d'ail des ours aromatiseraient salades, légumes, potages etc. C'est une plante sauvage connue et très utilisée ; mais je n'en ai jamais vue. Les feuilles peuvent être confondues avec celles du muguet ou du colchique qui sont toxiques. Pour vérifier,  il suffirait de frotter les feuilles entre les doigts pour en sentir l’odeur d’ail caractéristique.

AllaireOfficinale300lmPhotographie de droite : Alliaire officinale. Au milieu de la photographie sont les fleurs, et les feuilles en haut.

Les feuilles de l'alliaire officinale ont elles aussi une odeur d'ail, la saveur et même la propriété d'être vermifuge comme expliqué au mois de mars. On l'appelle aussi herbe à l’ail. Elle est bonne en salade à laquelle elle donne un certain goût. Un gratin dauphinois aux feuilles d’alliaire consiste simplement à remplacer l’ail par les feuilles de cette plante.

Les racines de benoîte peuvent se substituer aux clous de girofle et les jeunes feuilles encore tendres se consommer en salades et potages de légumes.

On ferait une soupe avec des feuilles de cresson de fontaine, d’ail des ours, de lierre terrestre et fleurs de primevères. Mais au printemps je préfère personnellement faire des salades mélangées de feuilles et fleurs de plantes sauvages comestibles ; en automne des soupes en particulier avec des racines et quelques feuilles.

Les jeunes feuilles translucides du hêtre font de douces salades. Les jeunes pousses du houblon (Humulus Lupulus L.) se récoltent au printemps en avril/mai et se mangent comme des asperges ou agrémentent des potages. J'ai mangé ce week-end d'agréables pousses de fougères dans un 'concept-restaurant' japonais de mon quartier (www.culinary-messengers.com/) qui elles aussi se dégustent comme des asperges. Elles ont un léger goût de poireau et une consistance finement croquante et gluante. En France on récolte les jeunes frondes (ressemblant à une crosse de violon) de la fougère aigle. Si à la cuisson elles dégagent une odeur d'amandes amères, il ne faut pas les manger.

Pulmonaire300lmPhotographie de gauche : Pulmonaire.

Les feuilles du lierre terrestre aromatisent et peuvent s’ajouter aux salades, potages et légumes. Le goût est assez fort et surprenant. S’y habituer fait du bien à l’organisme.

Gratteron300lmPhotographie de droite : Gratteron.

De fin mars à fin avril on peut trouver des morilles. La morille ronde, dite aussi commune (Morchella esculenta) se rencontrerait sous les pommiers et frênes et sur les terres remuées de jardins, déblais, plantations. Elle doit être mangée bien cuite, car crue ou mal cuite elle est toxique. Ne pas confondre avec la gyromitre qui est mortelle, même cuite, et pousse à la même époque. La morille conique Morchella conica est comestible comme la morille ronde commune. D’autres champignons comestibles peuvent être rencontrés comme le tricholome de la Saint-Georges ou mousseron vrai (Tricholoma gambosa (georgii)) que l'on trouve le 23 avril à la Saint-Georges dans les prés en lisière de forêt et toujours en terrain calcaire. Ne pas confondre avec d’autres champignons. Paraît-il, c’est un très bon champignon. Cette partie sur les champignons n'est cependant pas à lire sérieusement car je ne connais pas grand chose dans ce domaine, mis à part les bolets, cèpes et coulemelles qui sont à peu près les seuls champignons que je ramasse.

Les jeunes feuilles d'ortie peuvent être préparées de différentes façons, par exemple en salades (après avoir versé dessus de l’eau bouillante pour enlever les substances urticantes) ou en soupe. Sa richesse en éléments nutritionnels la fait recommander en adjonction aux mets dont elle n’altère pas le goût. On peut faire des raviolis aux ortie et au fromage blanc. Une sauce pour accompagner des pâtes consiste à cuire de l’oignon dans de l’huile d’olive, saler et ajouter de la crème fraîche puis au dernier moment les jeunes pousses d'ortie. C'est délicieux.

LesSaisonsdeThompsonLePrintemps300lmPhotographie de gauche : Illustration pleine page de la partie sur 'Le Printemps' de Les Saisons, Poème traduit de l'anglais de Thomson. Nouvelle édition. Avec gravures de Blanchard, dessinées par Binet. Imprimerie de Patris, 1795.

Les jeunes feuilles du pissenlit dent-de-lion cueillies se prêtent à la préparation de salades ou s’ajoutent aux légumes. Il est préférable de ramasser le pissenlit avant sa floraison pour une salade, car après il devient amer. Ceci dit, le goût amer très présent dans la nature est aujourd'hui souvent oublié dans la cuisine, alors que bien mis en valeur ses propriétés gustatives sont immenses.

chene300lmPhotographie du dessus : Arbre, sans doute un chêne.

S'ajoutent aux salades les feuilles de plantains, lierre terrestre, et les feuilles et les fleurs de lamiers, alliaire officinale, pissenlit dent-de-lion, primevère officinal, pâquerettes, violettes … Les fleurs et les feuilles de primevère officinale (primula veris L.) font de bonnes tisanes pour le petit déjeuner. On peut ajouter aux salades et potages les jeunes feuilles finement coupées. Les fleurs de primevères officinales enrobées dans du sucre de canne biologique non raffiné font des bonbons, de même que si on trempe des fleurs avec leur calice (avec une pince à épiler) dans des blancs d’œufs battus jusqu’à consistance, puis dans du sucre de canne biologique non raffiné. [PS : Le sucre raffiné n’est pas bon pour les dents. Je ne connais aujourd’hui aucune pâtisserie française n’utilisant pas ce sucre alors qu’il existe de nombreuses formes d’aliments sucrant bons pour la santé et les dents.] Laisser sécher avant de goûter. On fait de même avec les fleurs de violette odorante. Il existe plusieurs espèces de violettes. Toutes sont comestibles (fleurs et feuilles) ; mais c’est la violette odorante que l’on utilise pour ses propriétés médicinales et qui a du goût.

Certaines jeunes pousses apparaissant aux bouts de branches peuvent aussi être comestibles comme celles de la ronce ou des pins (sauf le if dont les fruits sont toxiques et qu'il vaut mieux éviter).

Alors, ces rosiers, ils fleurissent quand ? Et puis quand est-ce qu’il fait vraiment beau ? Des questions qui reviennent chaque année même chez les plus habituées des personnes aux multiples printemps.

Dans l'acte II de l'opéra de Pietro Mascagni (1863-1945) intitulé L’Amico Fritz, un joli passage rend hommage à ce mois d'avril. On peut écouter une interprétation ici et lire le texte avec sa traduction ci-après  :

FRITZ
(da sé, scostato) (tout seul sur le devant)
Tutto tace, Tout se tait,
Eppur tutto al cor mi parla. Et pourtant tout parle à mon cœur…
Questa pace, Cette paix,
Fuor di qui dove trovarla ? Où la trouver en dehors d’ici ?
Tu sei bella, Que tu es belle,
O stagion primaverile ! Ô saison printanière !
Rinovella Le doux avril fait
Fiori e amori il dolce aprile ! Renaître les fleurs et l’amour !
(Suzel rientra dalla porta dell’orto, il grembiulino pieno di ciliege.)
(Suzel revient par la porte du jardin, son petit tablier tout plein de cerises.)
SUZEL
Quale incanto Quel enchantement
Nel risveglio d’ogni fiore ! Que le réveil de toutes les fleurs !
Riso o pianto, Rire ou pleur,
Tutto è palpito d’amore ! Tout est tremblement d’amour !
Tutto il prato Tout le pré
D’un tappeto s’è smaltato… S’est couvert d’un tapis émaillé …
Al Signore Vers le seigneur
S’alza l’inno da ogni core ! S’élève l’hymne de tous les cœurs !
FRITZ
Tutto tace, eppur tutto al cor mi parla ...  Tout se tait, et pourtant tout parle à mon cœur…
Questa pace fuor di qui, dove trovarla ? Cette paix, où la trouver en dehors d’ici ?
SUZEL
Qual incanto nel risveglio d'ogni fiore ! Quel enchantement que le réveil de toutes les fleurs !
FRITZ
Tu sei bella, o stagion primaverile ! Que tu es belle, ô saison printanière !
Rinnovella fiori e amori il dolce aprile ! Le doux avril fait renaître les fleurs et l’amour !
SUZEL
Tutto il prato d'un tappeto s'è smalato … Tout le pré s’est couvert d’un tapis émaillé…
Al Signore s'alza l'inno di ogni core! Vers le seigneur s’élève l’hymne de tous les cœurs !
FRITZ
Tu sei bella, O stagion primaverile! Que tu es belle, ô saison printanière !
Rinnovella fiori e amori il dolce aprile! Le doux avril fait renaître les fleurs et l’amour !
SUZEL
Qual incanto Quel enchantement
FRITZ
Sei pur bella Tu es si belle
SUZEL
Nel risveglio d'ogni fiore! Que le réveil de toutes les fleurs !
FRITZ
O stagion primaverile ! Ô saison printanière !
LES DEUX
Rinnovella fiori e amori il dolce aprile, il dolce aprile ! Le doux avril fait renaître les fleurs et l’amour, le doux avril !
FRITZ
Rinnovella Fiori e amori Il fait renaître les fleurs et l’amour
SUZEL
Qual incanto nel risveglio d'ogni fiore! Quel enchantement que le réveil de toutes les fleurs !
FRITZ
Fiori e amori Les fleurs et l’amour
LES DEUX
Tutto tace ... Tout se tait …

Photographie du dessous : La vallée de Tempé (La haye, Jean Neaume, 1747). La vallée de Tempé fait partie de ces lieux pastoraux grecs antiques et mythiques comme l'île de Lesbos ou l'Arcadie. Ils représentent un âge d'or. Les monts du Forez sont une autre contrée pastorale, mais française, dont la mythologie s'est créée au XVIIe siècle autour du roman d'Honoré d'Urfé L'Astrée. Voir à ce sujet l'article intitulé Astrée.

LaValledeTempe397-300lm© Article et photographies LM

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Éloge de la Verdure

Le Brun500Photographie du dessus : « Le Brun. Le Printemps. Tapisserie des Gobelins. 1709. H. 3,75 x L. 4,78 m. Photo : Mobilier national / Isabelle Bideau. »

Verdureafeuilledechoux500Photographie du dessus : « Verdure à feuilles de choux. Tapisserie des Flandres. XVIe siècle. H. 2,68 x L. 3,80 m. Photo : Mobilier national / Isabelle Bideau. »
chouxdetaila300Photographie de gauche : Détail de la tapisserie précédente.

Le mobilier national présente du 9 avril 2013 au mois de janvier 2014 une exposition intitulée Gobelins par Nature : Éloge de la Verdure XVIe-XXIe siècles à la galerie des Gobelins à Paris. Celle-ci met en scène des tapisseries caractérisant différentes époques et ayant pour thème la nature plus ou moins domestiquée et imaginaire. Toutes témoignent d'un savoir-faire exceptionnel conservé jusqu'à aujourd'hui comme le montrent les exemples les plus récents qui jouent avec la matière avec tellement de finesse que l'on croit parfois voir le pinceau de l'artiste et la texture de la peinture alors qu'il s'agit de fils de laine. Cette harmonie de travail entre l'artiste et l'artisan est à saluer.

La tapisserie est un élément important des arts décoratifs depuis le Moyen-âge. Le thème de la flore est particulièrement apprécié, sous diverses formes : « mille-fleurs », verdures, cycle des mois et saisons, paysages ... Les tapisseries ainsi parées donnent du relief sur un mur et peuvent être en partie cachées par des meubles (commode, canapé ou même un miroir) sans que cela nuise à la narration bucolique.

Voici ce qu'on peut lire dans le dossier de presse :

« Une « verdure » se caractérise par l’omniprésence d’une nature verdoyante et touffue, qui couvre presque toute la surface tissée. Ces tapisseries, décoratives avant tout, offrent une fenêtre ouverte sur un paysage agréable, évoquant de préférence une forme d’harmonie originelle entre l’homme et la nature.

À la fin du xve siècle, c’est d’abord la vogue des petites fleurs qui remplissent entièrement les fonds. Leur foisonnement est tel qu’on les dénomme « mille-fleurs ». Leur fraîcheur reflète délicatement la nature et le temps de la vie seigneuriale. Vers 1520 un nouveau décor succède aux mille-fleurs. Il est constitué d’une végétation schématisée dont les grandes feuilles rappellent les acanthes stylisées de l’art grec ou romain. Puis au xviie et xviiie siècles, la verdure se complexifie aussi bien au niveau de la représentation que de l’iconographie. Elle se remplit d’animaux exotiques et familiers, parfois de personnages et aussi de quelques constructions. Les premiers paysages sont conventionnels, le réalisme n’étant pas la préoccupation principale. Enfin, les peintres (Tenture des Enfants jardiniers de Le Brun), en introduisant la notion de cycle des mois et des saisons, transforment profondément l’aspect  de la « verdure ». Avec la Tenture des Saisons, du même artiste, le décor naturel se peuple de dieux mythologiques et, si l’élément végétal subsiste, c’est à titre évocateur et symbolique. »

Photographie du dessous : « Verdure. Tapisserie des Flandres, XVIe siècle. Laine. H. 2,64 x L. 2,58 m. »

cerfdetail500Photographie du dessous : « Verdure à portique. Tapisserie d'Audenarde. 1560-1580. Laine. H. 3,30 x L. 3,23 m. »

Herons500Photographies du dessous : Peinture. « Vue imaginaire des Gobelins. Frances, début du XIXe siècle. Signé et daté en bas à droite : Frances 1828. Acquis sur le marché parisien, 2011. Paris, Mobilier national, Inv. GMTB 996. L'artiste Frances n'est répertorié dans aucun dictionnaire spécialisé et il n'est pas forcément français. Il entre une bonne part d'imaginaire dans cette représentation de la manufacture. L'entrée de la manufacture n'a jamais été du côté de l'actuelle avenue des Gobelin. L'artiste s'est plutôt attaché à représenter le quotidien de la manufacture avec les artisans au premier plan teignant des tissus. D'autres sèchent au soleil. »ManufactureGobelins.gif

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Drapés et effet décoiffé

Artcurial présente à Paris une vente aux enchères le 10 avril de tableaux et dessins anciens dont proviennent les deux oeuvres présenétes ci-dessous.
Photographies : Gouache sur vélin attribuée à Joseph Werner (Berne, 1637 - 1710) : « Vénus accompagnée d'amours dans un palais ». © Artcurial.

peintureLes drapés sont très employés depuis l'Antiquité dans la mode et pour la décoration, en particulier jusqu'au XIIe siècle et un peu moins ensuite jusqu'au début du XIXe. Au Moyen-âge, des exemples plus ou moins précieux permettent d'embellir des pièces, de conserver la chaleur ou de protéger certains objets. Au XVIIIe siècle ils sont encore utilisés. C'est le rôle de la toilette (voir l'article Une histoire de la coiffeuse), tissu sur la table parfois accompagné d'un autre ayant une fonction de rideau couvrant en partie le miroir ou formant une sorte de dais. Mais on ne s'habille plus avec des drapés que dans les tableaux et autres oeuvres d'art, même ceux représentant un portrait contemporain, car il est alors de bon ton de faire référence à l'Antique (voir en l'article intitulé Drapé  l'antique). Et si la mode revient au temps des merveilleuses, elle ne dure cependant pas très longtemps … le châle (voir l'article intitulé Le schall (châle) et l'écharpe) étant la dernière réminiscence de cette pratique au XIXe siècle et encore un peu aujourd'hui. Les hommes ont quant à eux complètement abandonné le drapé à partir de cette époque, du moins en Occident, car celui-ci est encore porté notamment en Afrique et en Asie.
Photographies : Ce portrait de Blanchard de La Musse (crayon noir et estompe) de Jean-Baptiste Isabey (Nancy, 1767 - Paris, 1855) prouve que la mode contemporain des coiffures aux effets décoiffés est déjà d'actualité au XIXe siècle à l'époque romantique. © Artcurial.CoiffureRomantique

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Le crevé et les crevés

PetitCreve1868clair-300lmCet article suit celui intitulé Les petits crevés où j'essaie notamment de trouver l'origine du nom donné à ce petit maître de la mode. Une autre pourrait venir de la manière ancienne des habits à crevés particulièrement présente à l'époque de François 1er.mulierumBelgicaVuirgodetaila300lm Appelle-t-on déjà 'crevé' celui qui suit cette mode ? Ce qui est sûr c'est qu'au XIXe siècle l’alter ego féminin du petit-crevé est la crevette. Voici quelques exemples d'habits à crevés : XVe siècle 1 ; XVIe siècle 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 ; XVIIe siècle 1, 2, 3, 4. De nombreux portraits du XVIe siècle de François 1er le représentent ainsi habillé : 1, 2, 3, 4, 5.

Photographie de droite : Gravure d'époque du XVIe siècle représentant une jeune fille de Belgique (« Belgica virgo ») avec des manches à crévés, provenant de l'un des premiers livres imprimés consacrés aux costumes intitulé Gynæceum sive theatrum mulierum de Jost Amman (Francoforti, Impensis S. Feyrabendii, 1586, 1ère édition).

Photographie du dessous : Cet habit à la mode de 1807 est le dernier exemple, à ma connaissance, de crevés. Gravure du Journal des Dames et des Modes, planche 857, avec pour légende : « Redingote de Velours, Garnie en Satin. Capote de Satin. »

1807-2-300Photographies de gauche et de dessous : Première page du journal hebdomadaire L’Éclipse (n° 37) du 4 octobre 1968 avec une caricature légendée : « Le Petit Crevé, par Pépin. Étude phrénologique d’après le système de Gall ». Édouard Pépin est le nom d'artiste du caricaturiste et peintre Claude Guillaumin (1842-1927). La phrénologie est une théorie inventée au XIXe siècle permettant l'interprétation du caractère d'un être humain en fonction de la morphologie de son crâne. Ici le cerveau du petit crevé est ainsi découpé : « Amour physique », « Amour du beau », « Amour de la vie », « Amour », « Courage » (on le voit déguerpir), « Destruction », « Bêtise », « Vanité », « Estime de soi », « Idéal », « Entêtement », « Sensualité », « Gourmandise Alimentation », « Imitation », « Vénération », « Politique », « Calcul 2 = 2 = 8 », « Esprit », « Mémoire de tailleur », « Orgueil ».

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© Article et photographies LM

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Arts de la table

Voilà une vente aux enchères un peu originale, organisée par la maison Doré & Giraud le dimanche 7 avril à Paris, sur les arts de la table qui juxtapose des objets de toutes les époques tout en suivant un fil conducteur, même si des digressions sont faites vers d'autres n'ayant pas de rapport. theiereettasses300assiettesetcouteaux300

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Peintures

« Tommaso Bigatti (actif vers 1800). Projet de décoration murale dans le goût pompéien, avec au centre une composition à sujet antique : "Ariane abandonnée". Gouache sur vélin. 29,5 x 50 cm (Petits manques). © Beaussant Lefèvre. »
ProjetDeDecorationMuraleLe vendredi 5 avril la maison Beaussant Lefèvre présente une jolie vente aux enchères de mobilier et d'objets d'art avec par exemple les peintures présentées ici.

« École française du XVIIIe siècle. Le Jugement de Pâris, d'après l'Albane. Huile sur toile, rentoilée. 78,5 x 97 cm. » © Beaussant Lefèvre.

LeJugementDeParis« École française du XVIIIe siècle. Apollon guidant le char du Soleil, entouré des Heures et précédé de l'Aurore. Huile sur toile. (Accidents). 89 x 179 cm. Oeuvres en rapport : La fresque de Guido Reni, Rome, Casino Rospigliosi Pallavicini. » © Beaussant Lefèvre.
Apollon« École Française du XVIIe siècle. Portrait présumé de François, vicomte d'Aubusson, duc de La Feuillade (1634-1691). Huile sur toile, rentoilée. 110 x 86,5 cm. » © Beaussant Lefèvre.
Portrait500-copie-1« Bourse en tissu, les plats ornés de plaques en émail polychrome décorées d'un portrait de gentilhomme et d'un portrait de dame de qualité. Limoges, attribué à Jacques II Laudin, fin du XVIIe siècle. (Petite réparation). Hauteur: 10,5 cm. Une bourse semblable est conservée au Musée du Louvre, n° MMR 204. » © Beaussant Lefèvre.
portraitdegentilhommesurbourse« Baiser de paix décoré d'une plaque en émail polychrome ornée d'une Vierge à l'Enfant. Monture en laiton. Limoges, entourage du "Maître aux grands fronts", XVIe siècle. (Accidents). Hauteur : 9,2 cm - Largeur : 7,5 cm Provenance : collection Paul Corbin. » © Beaussant Lefèvre.baiserDeLaPaix377

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C'est chic les longs pantalons !

CestChicLesLongsPantalons500lm

Photographie du dessous : Image provenant d'une page, du journal du XIXe siècle Le Charivari, intitulée « Prophéties charivariques ». Elle est signée « Quillenbois » avec pour légende : « Le bon goût du beau sexe, percera de plus en plus dans la coupe du vêtement. »

D'autres longs pantalons, parfois à pattes d'éléphant, à la mode dès le XIXe siècle, sont visibles dans ces articles : La gommeuse et le gommeux, ceux du caf'conc, le dégommé, la gommeuse excentrique et la gommeuse épileptique ; Le Gommeux ; Première apparition d'un gommeux à Fouilly-l'Sec ; Portraits ; Les carreaux à la mode ; Le gentilhomme.

ProphetiesCarivariquesBasdetailgauche300lm© Article et photographies LM

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Portraits

PortraitduneDamedeQualite400Photographie du dessus : « Portrait d'une Dame de qualité. Huile sur toile (rentoilée). 77 x 60 cm » « École française du XVIIe siècle. » Vente de la maison Osenat du 31 mars. ©  Osenat.
Photographie du dessous : Dessin de Constantin Guys (1802-1892) à la « plume et encre brune, lavis brun » de 13,5 x 20,5 cm. Vente de la maison Osenat du 31 mars. ©  OsenatMis à part les deux militaires les autres personnages sont dans la pure mode de vers 1846 : les deux femmes et l'homme à gauche avec ses cheveux un peu longs, ses larges favoris, son ample cravate sur un long gilet, sa veste aux manches larges et son pantalon à pattes d'éléphant couvrant ses chaussures.vers1846-300

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C'est dans la poche

danslapoche300Photographie : « Portrait d'homme en redingote verte dans un paysage. Toile. 40 x 31 cm. » École française de vers 1780. Vente aux enchères de Fraysse & Associés du mercreci 10 avril à l'Hôtel Drouot à Paris.  © Fraysse & Associés.
Les représentations de Napoléon, la main dans son gilet, sont connues. Cette mode le précéderait comme semble le montrer cette peinture du XVIIIe siècle où l'homme met son autre main dans ce qui est peut-être une poche placée en haut de sa culotte.

© Article LM

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Merveilleuses & merveilleux