François 1er, Rosso Fiorentino et la Renaissance française.

LElephantRoyal300Photographie du dessus :  'L’Éléphant Royal' de Rosso Fiorentino (1494-1541). Décoration de la galerie François 1er du château de Fontainebleau. Travée 2 Nord. Crédit photographique : © RMN-Grand Palais (Château de Fontainebleau) / Gérard Blot.

Francois1er300Photographie de gauche : François Ier, roi de France, par Vecellio Tiziano dit Titien (1485/88-1576). Huile sur toile du XVIe siècle. Hauteur : 1,090 m. Longueur : 0,890 m. Paris, musée du Louvre. Crédit photographique : © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda. On reconnaît l'habit à crevés dont je parle dans l'article intitulé Le crevé et les crevés.

Photographie de droite : 'Vénus, Bacchus et l'Amour' de Rosso Fiorentino. VenusBacchusetlAmour300Peinture conservée au musée national d'Histoire et d'art du Luxembourg. Crédit photographique : © Collection du Musée national d'histoire et d'art Luxembourg, Photo : MNHA / Tom Lucas.

Jusqu'au 24 juin 2013, dans ce joyau de la renaissance française qu'est le château de Fontainebleau, se tient une exposition intitulée Le Roi et l’Artiste, François Ier et Rosso Fiorentino. Celle-ci est présentée dans la salle de la Belle Cheminée.

Au XVIe siècle de très nombreux artistes et artisans italiens sont invités ou choisissent de venir en France emportant avec eux un savoir-faire provenant : d'une longue tradition artistique dans la péninsule depuis l'Antiquité, des échanges internationaux importants qui s'y déploient, et bien sûr de l'émulsion de la renaissance italienne avec ses intellectuels et artistes nombreux. Rosso Fiorentino (1994-1540) est l'un d'entre eux. Après avoir peint une commande de François Ier célébrant le mariage du roi avec Éléonore d'Autriche qu'il représente sous les traits de Mars et Vénus, il est appelé à la cour de France, et arrive à Paris en octobre 1530. Il dirige la décoration de Fontainebleau avec en particulier celle de la grande galerie François Ier reliant l'ancien et le nouveau château, réalisée principalement entre 1533 et 1537.

L'exposition « évoque la rencontre majeure de l’esthétique italienne et de l’art français à travers une centaine d’oeuvres inspirées au XVIe siècle par la galerie François 1er. » Elle est organisée « en partenariat avec la Réunion des musées nationaux - Grand Palais et le musée national de la Renaissance - Château d’Écouen. »

FillesdeJethro2-300Photographies du dessus : 'Moïse défend les filles de Jethro'. Peinture (huile sur toile) de Rosso Fiorentino (1494-1541). Hauteur : 1,600 m. Longueur : 1,170 m. Italie, Florence, Galerie des Offices. Crédit photographique : ©  Archives Alinari, Florence, Dist. RMN-Grand Palais / Nicola Lorusso. On remarque en particulier la beauté des couleurs des drapés des filles de Jethro, le maquillage et la coiffure de la personne en bleu et les cheveux de celle en vert à l'arrière plan.

Photographies du dessous : Tenture de tapisserie de la galerie de Fontainebleau : 'Combat des Centaures et des Lapithes'. Cartons de Claude Baudoin d'après Rosso, et tissage de Jean et Pierre Le Bries. Cette tapisserie est conservée au Kunsthistorisches Museum. Crédit photographique : © Kunsthistorisches Museum.CentauresetLapithes300

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L'alcôve

LesSolitairesEnBelleHumeurLeRossignol2detail-1-300lmPhotographie : Les Solitaires en belle humeur. Entretiens Recueillis des Papiers de feu M. le Marquis de M***. (Seconde partie, Paris, 1723). Illustration pleine page : « Le Rossignol ».

L'alcôve est un enfoncement pratiqué dans une chambre pour y placer un lit. Avec la ruelle (voir l'article Les Précieuses et les femmes de lettres) elle est le salon des précieuses et des femmes d'esprit. Le lit lui-même est depuis l'Antiquité jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, c'est à dire jusqu'à la fin de l'aristocratie, un lieu de sociabilité très important. Voir par exemple l'article intitulé Au lit au Moyen-âge.

Comme la ruelle, la table de toilette ou le boudoir (voir l'article Le boudoir), l'alcôve est un des lieux liés à la conversation intime et à la relaxation emprunte des plaisirs de la volupté intellectuelle et sensuelle, voire de la simple jouissance, enfin de ce qu'on appelle la joie, non pas dans son aspect bruyant qui n'est souvent que l'expression de la superficialité, mais dans le voyage intérieur entrepris dans la communion des esprits qui par leur rencontre ouvrent l'un à l'autre des espaces ignorés et précieux, insondables et que pourtant le langage (dans toutes ses formes aussi bien de la parole que du corps ou autres), le raisonnement, la perfection de l'instant et la sensualité donnent à savourer les délices.

L'architecture connaît nombre de ces lieux semi-secrets aussi bien dans les bâtiments que dans les jardins où l'intimité s'exhale. C'est dans l'alcôve que s'élabore les mille et une nuit, que le cercle se rétrécit pour arriver au point d'intimité. On y place le lit avec sa ruelle, ou bien un canapé voluptueux, ou tout autre aménagement souvent agrémenté de tapis, tissus et soieries rendant l'endroit plus douillet, inclinant à la relaxation et à la confidence saine.

De tels lieux ont toujours existé dans l'architecture. Les petites pièces de repli, les enfoncements permettant la méditation sont nombreux dans les bâtisses antiques, de même que dans l'architecture moyenâgeuse qui se prête particulièrement à cela avec ses tourelles. À des époques où le chauffage central est exceptionnel et où les maisons sont de véritables ruches où vivent toute une famille avec parfois de nombreux domestiques, invités, visiteurs … de tels emplacements sont indispensables. Certains banquets antiques se tiennent dans de telles alcôves … et de grandes choses s'y élaborent. Ces espaces invitent à des voyages intérieurs, au partage et à la volupté du moment présent.

© Article et photographie LM

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1704 - Le Salon, les Arts et le Roi

ExpositionLouvre500Photographie : « Nicolas Langlois (1640-1703). Exposition des ouvrages de peinture et de sculpture dans la galerie du Louvre en 1699. Détail d’un almanach pour l’année 1700. Eau forte et burin, 88,8 x 55,8 cm. Paris, Galerie Terrades. © Galerie Terrades, Paris. »
Jusqu'au 30 juin 2013, le musée de l’Île-de-France présente dans les écuries du domaine de Sceaux une exposition intitulée 1704 – Le Salon, les Arts et le Roi proposant 70 des œuvres ornant la Grande galerie du Louvre lors du Salon de 1704 qui en contient près de 500.
Une sélection des œuvres exposées est visible ici.
L’Académie royale de peinture et de sculpture créée en 1648 organise sa première exhibition au Palais-royal en 1667. Il s'en suit de nombreuses autres ayant parfois un très grand succès.
Photographies suivantes : « Jacques Van Schuppen (1670-1751). Jeune fille sur une escarpolette. Vers 1704. Huile sur bois, 58,5 x 43 cm. Château de Parentignat, collection Lastic. © David Bordes. »escarpolette2-300

Photographie suivante : Chapitre consacré au 'Salon de Peinture' du tome III de Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) datant de 1783. On peut lire ce chapitre en entier ici.SalondePeinture500lm

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Une Renaissance : L'art entre Flandre et Champagne. 1150-1250.

Ange300Photographie du dessus : «  Médaillon Operatio du retable de saint Remacle. Abbaye de Stavelot (?), vers 1150. Cuivre champlevé, émaillé et doré. D. 14, 6 cm. Berlin, Staatliche. © BPK, Berlin, Dist. RMN / image BPK. »

page300aPhotographie de gauche : « Second missel de l’abbaye Saint‐Vindicien du Mont Saint-Eloi […] Artois, vers 1250. Parchemin, 224 ff. H. 34, 7 ; L. 25 cm. Arras, médiathèque municipale. © IRHT, médiathèque municipale d’Arras. »

Le musée du Moyen-âge de Cluny à Paris présente du 17 avril au 15 juillet 2013 une exposition intitulée : Une Renaissance : L'art entre Flandre et Champagne. 1150-1250.

J'ai évoqué plusieurs fois la renaissance du XIIe siècle dans ce blog comme dans les articles Le bas Moyen-âge : Fin amor et Art français ou francigenum opus et Les modes gothiques et le style troubadour du XIXe siècle. Le nord de Paris (Picardie, Champagne …) est un centre économique, intellectuel et religieux où est créé l'art gothique, où se répand l'art courtois (cour de Marie de France en Champagne …) etc. C'est une époque de grande vitalité, avec notamment une expansion du savoir antique à travers des écoles et une importante diffusion de copies de textes grecs et romains.

L'exposition met en avant le « style 1200 », « courant nouveau » qui d'après ce que dit le dossier de presse « se caractérise par un intérêt renouvelé pour les formes antiquisantes, pour la nature et pour l’homme. Les artistes se fondent sur l’observation des corps, à travers l’étude des vestiges matériels de l’Antiquité, et tout spécialement de la statuaire gréco-romaine, dont ils s’inspirent en particulier pour la beauté et la souplesse des drapés. »

Un des intérêts de cette exposition est de nous replonger dans cette période française faste ; et à travers le prisme d'un temps précis, nous révéler ce qu'on appelle à la renaissance le Moyen-âge, période de mille ans très féconde.

Photographies suivantes : « Croix staurothèque de Clairmarais. Nord de la France, entre 1210 et 1220. Argent doré, niellé, pierreries. H. 65, 2 ; L. 34, 4 cm. Saint-Omer, Musée de l’hôtel Sandelin. © Musées de Saint-Omer,B. Jagerschmidt. »Croix2-300Croix2-300detail

Photographies suivantes : « Châsse de Notre-Dame de Tournai. »Chasse1300Etoile300RoiEtoile1

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Apparences végétales

1845-1847Photographies du dessus : À gauche : « Modes de Paris. Petit Courrier des Dames. Boulevard des Italiens, N°1. Chapeau Marie Séguin contenu dans un carton haut de 5 centimètres. Robe et Mantelet par la maison Leymerie, r. n. des pts Champs, 36. » « Mess. S. & J. Fuller, 34, Rathbone Pl. Lond. » Planche « 2108 » du « 25 Juin 1945. »
À droite : « Modes de Paris. Petit Courrier des Dames. Boulevard des Italiens, 1. Coiffures des Mns de Cartier. r. Louis-le-Grand, 30. Manteau romain en velours des Mns d'Alexandrine. r. d'Antin, 14. Mantelet taffetas et crèpe. Passementerie de Sorré-Delisle. » « Mess. S. & J. Fuller, 34, Rathbone Pl. London. » Planche « 2227 » (1847).
Je trouve ces deux gravures intéressantes car il semble que dans les années 1845-1847, dans la deuxième partie de la monarchie de juillet (1830-1848), à la fin donc du règne de Louis-Philippe, au sortir du romantisme, du dandysme et des lion(ne)s, et avant les petites-dames, daims et autres biches, l'élégance est à une certaine … je ne trouve pas le mot adéquate … Les vêtements sont amples bien que le corset serre la taille, avec des robes dont la largeur est apportée par de nombreux jupons, des manteaux couvrant tout le corps, des dentelles, rubans, franges, falbalas, colifichets, fleurs, les épaules basses, des cheveux tombant en boucles et des chapeaux ou coiffures prolongeant cet effet, faisant ressembler les femmes à des fleurs qu'on représente souvent à cette période d'une manière anthropomorphe (sous des formes humaines féminines). Les estampes de Les Fleurs animées (1847) de Jean-Jacques Grandville (pseudonyme de Jean Ignace Isidore Gérard : 1803 - 1847) sont célèbres (tome premier de l'édition de 1867 ici). Les fleurs sont un élément très important du vêtement comme je le dis brièvement dans un paragraphe de l'article intitulé Rythmes naturels.
Photographies du dessous : Estampes de Les Fleurs animées du XIXe siècle, avec à gauche le camélia et à droite le myosotis.

1807-2estampes-300© Article et photographies LM

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La Fête au Moyen-âge

LaFeteAuMoyenAgeA notre époque où on nous parle constamment de travail et d'argent, il est bon de savoir que d'autres manières de vivre sont possibles et que : « Au Moyen Âge, un jour sur trois est chômé en raison des fêtes. » C'est un des nombreux éléments que nous apprend l'exposition de la tour médiévale de Jean sans peur à Paris intitulée La fête au Moyen-âge se déroulant du 10 avril au 10 novembre 2013.

Le sujet est réjouissant et l'endroit à découvrir pour ceux qui ne le connaissent pas. De plus il se trouve près de la rue Saint-Denis autrefois haut lieu de parade de la royauté : lieu de prestige et de fêtes grandioses.

L'exposition se compose de panneaux pvc illustrés de photographies et textes, avec quatre grands thèmes :

- 'L'année en fêtes' : 'Noël ! Noël !', 'De Carnaval en Carême', 'Au théâtre ce soir', 'Mascarades', 'Pâques fleuries et fête peineuse', 'Une farandole de saints', 'Un calendrier bien rempli' ;

- 'Fêtes personnelles' : 'Réjouissances familiales', 'Les cadeaux', 'Les familles font la noce', 'Quel charivari !', 'La mort est une fête' ;

- 'Fêtes communautaires' : 'Festivités agraires', 'La danse', 'En joyeuse compagnie', 'Les jeunes font la fête', 'Un festival de bêtises', 'En lice', 'Le temps des festins' ;

- 'Fêtes politiques' : 'Fêtes urbaines', 'Les chars', 'Le corps du roi en fête', 'Panem et circenses : l'entrée royale'.

« Les célébrations religieuses rythment le calendrier, mais l’année est également riche en festivités profanes : les fêtes personnelles, communautaires et politiques sont prétexte à processions, joutes, tournois, festins... qui consolident sans cesse les liens sociaux. Au pied d’un mât de cocagne, au coeur d’un charivari, au milieu d’une farandole, sur un char bariolé, costumé en sauvage ou en fou, l’individu profite d’une vie qu’il sait précaire. Que la fête commence ! »LaFeteAuMoyenAge

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Le mois d'avril

OpusculesDeParnyLeFleursadetail300lmPhotographie du dessus : Frontispice de Les Fleurs de : Opuscules de M. Le Chevalier De Parny, seconde partie, quatrième édition (Londres, Chez Manoury, 1787).

Photographies du dessous : Première fleur d'une variété de géranium sauvage qui fleurit normalement à partir du mois de mai..

GeraniumFleur3002lmChaque mois, chaque semaine, chaque jour, chaque heure, chaque moment dans la nature est un concert nouveau, une peinture différente. Il est sans doute important de se rappeler la terre sur laquelle nous marchons, et qui nous porte, et son rythme, ainsi que celui de l'univers.

euphorbea300lmPhotographie du dessus : Variété d'euphorbe. Cette plante toxique est toute verte : et sa forme jouant avec l'ombre et la lumière offre de nombreuses nuances de cette couleur.

Jacinthea300lmPhotographie de gauche : Jacinthe des bois.

stellaire300lmPhotographie de droite : Variété de stellaire.

En ce mois d'avril où la nature nous offre des dégradés infinis de vert, on rencontre dans les bois de la région parisienne des parterres d’anémones Sylvie aux fleurs blanches et de jacinthes bleues-violettes (rarement blanches). Dans certains endroits ce sont des hectares de nappes de fleurs couleurs de draps ou de ciel, couvrant le sol d'où surgissent des arbres chatouillant de leurs rameaux aux tons verts tendres le ciel qui éclaire ces étendues en larges faisceaux de lumières mouvant au rythme de la rotation terrestre … ; cela donne une impression féerique. Lors d'une même promenade au milieu des bois on peut passer de tableaux d'anémones Sylvie à d'autres de jacinthes. Les premières annoncent le printemps et disparaissent très tôt, de même que par exemple les primevères autre fleur emblématique de ce mois parmi beaucoup d'autres.

Ailleurs on trouve les fleurs bleues de la véronique qui aime le soleil, du lierre terrestre, de la petite pervenche, de la pulmonaire, de la violette (non odorante). Il y la blancheur des fleurs de l'aubépine, du muguet, de la pâquerette, du lamier blanc, de l'alliaire officinale, de la stellaire ; le jaune du pissenlit, du genêt ; le vert des euphorbes ; le rouge du lamier pourpre… toutes et d'autres fleurissant en avril.

Veroniquea300lmPhotographie de gauche : Véronique peut-être la véronique petit-chêne.

SceauDeSalomon300lmPhotographie de droite : Sceau de Salomon.

S’il fait beau, il est agréable de poser un vêtement sur le sol en pleine forêt ou sur une pierre plate couverte de mousse, dans un endroit tranquille, et de s'allonger en regardant le ciel. Il n’y a pas encore trop d’insectes et rien ne peut perturber cette douce méditation. En se concentrant, on entend quelques oiseaux se répondre au loin et emporter sur leurs ailes notre âme.

Les fleurs de cerisiers couleur de drap froissé ajoutent à la lumière du ciel la pureté de leur nacre, avant de rougir en mille fruits juteux comme une langue aimée que l’on baise.

Les boutons d’or apparaissent comme leur nom, s’élançant dans l’azur au dessus des autres herbes telles sonnant d’une trompette la conquête du ciel et des abeilles. Plusieurs autres fleurs de cette famille (les renoncules) se sont épanouies durant l’hiver, la plupart avec des tons jaunes semblables : eranthe, populage des marais, renoncule bulbeuse, ficaire.

renoncule300lmPhotographie de gauche : Renoncule, peut-être le bouton d'or.

Le myosotis des bois et le myosotis des champs fleurissent en avril.

Myosotis300lmPhotographie de droite : Myosotis.

Lorsqu’il pleut, on peut voir des gouttes suspendues sur le sommet d’herbes. Il arrive même qu’une feuille tienne en équilibre ainsi.

Le gaillet croiset a des fleurs à l’odeur de miel. Comme la luzerne lupuline il a de petites fleurs jaunes.

Les muguets, primevères et narcisses, qui ne durent à peu près que ce mois et se cueillent dans les bois, font de beaux bouquets.

Avril c'est aussi le mois où poussent de nombreuses plantes aux odeurs et goûts revigorants et si spécifiques … tellement que ces herbes qui caressent nos pieds ont des saveurs qui peuvent nous paraître parfaitement étranges aujourd'hui, si nous ne sommes pas habitués à reconnaître la terre et à l'aimer ! Évidemment le mois d'avril n'est pas celui de mai ; et il faut pendre garde à ne pas trop vite s'emballer pour la douce saison. Certaines fleurs comme celles des jeunes rosiers offrent déjà leur bouton ; mais comme la fleur de la planète du Petit Prince de Saint-Exupéry ces roses mettent tellement de temps à se préparer !

Photographie du dessous : Lierre terrestre.

LierreTerrestre3fleurs300lm« ACTE II – SCENE PREMIERE. Un bois près d’Athènes. Il fait nuit. La lune brille. Une FEE entre par une porte et PUCK par une autre.[…] Les primevères […]. Vous voyez des taches sur leurs robes d’or : ce sont les rubis, les bijoux de la fée, taches de rousseur d’où s’exhale leur senteur. Il faut maintenant que j’aille chercher des gouttes de rosée, pour suspendre une perle à chaque oreille d’ours. » Shakespeare, Le songe d’une nuit d’été.

primevere300lmPhotographie de gauche : Primevère officinale.

Les fleurs et les feuilles de primevère officinale (primula veris L.) font de bonnes tisanes calmantes,  notamment contre la toux et les refroidissements. Elles se cueillent d’avril à mai. La primevère auricule et la primevère farineuse rouge qui croissent dans les montagnes (toutes deux apparentées à la primevère jaune) sont vénéneuses. Le thé aux pâquerettes et fleurs de primevère officinale aurait un effet légèrement hypnotique en cas d’insomnies légères. En avril, on peut découvrir particulièrement trois sortes de primevères fleuries : la primevère acaule, la primevère élevée et la primevère officinale, toutes deux étant officinales. « Vous rappelez-vous le bois où souvent, vous et moi, nous aimions à nous coucher sur un lit de molles primevères, en vidant le doux secret de nos cœurs. » écrit Shakespeare dans Le songe d’une nuit d’été, acte I, scène première.

aubepine300lmPhotographie de droite : Aubépine.

Les fleurs en bouton du prunellier (Prunus spinosa L.) se récoltent au printemps. Leur infusion est un laxatif doux recommandée pour combattre les peaux impures chez les enfants et pour tonifier l’estomac. On en fait aussi une cure de printemps. Les fleurs du prunellier naissent avec les premiers jours du printemps, avant même celles de l’aubépine. Les fleurs et les fruits de cet arbuste sont toniques. Il suffit de regarder un rameau fleuri pour se laver des stigmates de l’hiver. La fleur est parfaitement ouverte. Les pétales sont blancs et écartés pour faire jaillir les étamines et leurs bouts dorés alors que celui central du pistil est de couleur soleil.

Les fleurs et feuilles de la violette odorante se cueillent de mars à avril. L'infusion des fleurs est utile en cas de toux, engorgements, bronchite, rhume, fièvre, en gargarismes contre les inflammations des muqueuses buccales. Un sirop pectoral pour les enfants se prépare en faisant bouillir brièvement 100 à 200 g de fleurs dans un litre d’eau. Laisser infuser 10 minutes et filtrer. Faire ensuite dissoudre 1kg de sucre de canne biologique non raffiné dans ce liquide. Le sirop sera légèrement coloré de violet.

Photographie du dessous : Violettes et pissenlits.

ViolettesEtPissenlits300lmLe printemps est le temps de ramassage de nombreux bourgeons, écorces, sucs, sèves, latex, lupulins, racines, rhizomes, tiges, feuilles, sommités fleuries, fleurs, de quelques fruits et de certaines plantes entières. Ce dont je parle est une infime partie des possibilités.

On peut confectionner de multiples salades aux effets dépuratifs ou des infusions ou décoctions à prendre sur plusieurs jours.

De nombreuses plantes qui apparaissent durant le mois d’avril ont des saveurs fortes comme l’alliaire officinale, le lierre terrestre ou la berce qui n’est pas encore en fleurs mais qui se reconnaît à ses feuilles et son goût.

machedoucette300lmPhotographie de gauche : Les photographies des plantes présentées dans cet article ont été prises l'année dernière. Il est parfois difficile de reconnaître une plante simplement par son image. Je pense qu'il s'agit ici de la mâche doucette, mais n'en suis pas sûr.

Les feuilles fraîches d'ail des ours aromatiseraient salades, légumes, potages etc. C'est une plante sauvage connue et très utilisée ; mais je n'en ai jamais vue. Les feuilles peuvent être confondues avec celles du muguet ou du colchique qui sont toxiques. Pour vérifier,  il suffirait de frotter les feuilles entre les doigts pour en sentir l’odeur d’ail caractéristique.

AllaireOfficinale300lmPhotographie de droite : Alliaire officinale. Au milieu de la photographie sont les fleurs, et les feuilles en haut.

Les feuilles de l'alliaire officinale ont elles aussi une odeur d'ail, la saveur et même la propriété d'être vermifuge comme expliqué au mois de mars. On l'appelle aussi herbe à l’ail. Elle est bonne en salade à laquelle elle donne un certain goût. Un gratin dauphinois aux feuilles d’alliaire consiste simplement à remplacer l’ail par les feuilles de cette plante.

Les racines de benoîte peuvent se substituer aux clous de girofle et les jeunes feuilles encore tendres se consommer en salades et potages de légumes.

On ferait une soupe avec des feuilles de cresson de fontaine, d’ail des ours, de lierre terrestre et fleurs de primevères. Mais au printemps je préfère personnellement faire des salades mélangées de feuilles et fleurs de plantes sauvages comestibles ; en automne des soupes en particulier avec des racines et quelques feuilles.

Les jeunes feuilles translucides du hêtre font de douces salades. Les jeunes pousses du houblon (Humulus Lupulus L.) se récoltent au printemps en avril/mai et se mangent comme des asperges ou agrémentent des potages. J'ai mangé ce week-end d'agréables pousses de fougères dans un 'concept-restaurant' japonais de mon quartier (www.culinary-messengers.com/) qui elles aussi se dégustent comme des asperges. Elles ont un léger goût de poireau et une consistance finement croquante et gluante. En France on récolte les jeunes frondes (ressemblant à une crosse de violon) de la fougère aigle. Si à la cuisson elles dégagent une odeur d'amandes amères, il ne faut pas les manger.

Pulmonaire300lmPhotographie de gauche : Pulmonaire.

Les feuilles du lierre terrestre aromatisent et peuvent s’ajouter aux salades, potages et légumes. Le goût est assez fort et surprenant. S’y habituer fait du bien à l’organisme.

Gratteron300lmPhotographie de droite : Gratteron.

De fin mars à fin avril on peut trouver des morilles. La morille ronde, dite aussi commune (Morchella esculenta) se rencontrerait sous les pommiers et frênes et sur les terres remuées de jardins, déblais, plantations. Elle doit être mangée bien cuite, car crue ou mal cuite elle est toxique. Ne pas confondre avec la gyromitre qui est mortelle, même cuite, et pousse à la même époque. La morille conique Morchella conica est comestible comme la morille ronde commune. D’autres champignons comestibles peuvent être rencontrés comme le tricholome de la Saint-Georges ou mousseron vrai (Tricholoma gambosa (georgii)) que l'on trouve le 23 avril à la Saint-Georges dans les prés en lisière de forêt et toujours en terrain calcaire. Ne pas confondre avec d’autres champignons. Paraît-il, c’est un très bon champignon. Cette partie sur les champignons n'est cependant pas à lire sérieusement car je ne connais pas grand chose dans ce domaine, mis à part les bolets, cèpes et coulemelles qui sont à peu près les seuls champignons que je ramasse.

Les jeunes feuilles d'ortie peuvent être préparées de différentes façons, par exemple en salades (après avoir versé dessus de l’eau bouillante pour enlever les substances urticantes) ou en soupe. Sa richesse en éléments nutritionnels la fait recommander en adjonction aux mets dont elle n’altère pas le goût. On peut faire des raviolis aux ortie et au fromage blanc. Une sauce pour accompagner des pâtes consiste à cuire de l’oignon dans de l’huile d’olive, saler et ajouter de la crème fraîche puis au dernier moment les jeunes pousses d'ortie. C'est délicieux.

LesSaisonsdeThompsonLePrintemps300lmPhotographie de gauche : Illustration pleine page de la partie sur 'Le Printemps' de Les Saisons, Poème traduit de l'anglais de Thomson. Nouvelle édition. Avec gravures de Blanchard, dessinées par Binet. Imprimerie de Patris, 1795.

Les jeunes feuilles du pissenlit dent-de-lion cueillies se prêtent à la préparation de salades ou s’ajoutent aux légumes. Il est préférable de ramasser le pissenlit avant sa floraison pour une salade, car après il devient amer. Ceci dit, le goût amer très présent dans la nature est aujourd'hui souvent oublié dans la cuisine, alors que bien mis en valeur ses propriétés gustatives sont immenses.

chene300lmPhotographie du dessus : Arbre, sans doute un chêne.

S'ajoutent aux salades les feuilles de plantains, lierre terrestre, et les feuilles et les fleurs de lamiers, alliaire officinale, pissenlit dent-de-lion, primevère officinal, pâquerettes, violettes … Les fleurs et les feuilles de primevère officinale (primula veris L.) font de bonnes tisanes pour le petit déjeuner. On peut ajouter aux salades et potages les jeunes feuilles finement coupées. Les fleurs de primevères officinales enrobées dans du sucre de canne biologique non raffiné font des bonbons, de même que si on trempe des fleurs avec leur calice (avec une pince à épiler) dans des blancs d’œufs battus jusqu’à consistance, puis dans du sucre de canne biologique non raffiné. [PS : Le sucre raffiné n’est pas bon pour les dents. Je ne connais aujourd’hui aucune pâtisserie française n’utilisant pas ce sucre alors qu’il existe de nombreuses formes d’aliments sucrant bons pour la santé et les dents.] Laisser sécher avant de goûter. On fait de même avec les fleurs de violette odorante. Il existe plusieurs espèces de violettes. Toutes sont comestibles (fleurs et feuilles) ; mais c’est la violette odorante que l’on utilise pour ses propriétés médicinales et qui a du goût.

Certaines jeunes pousses apparaissant aux bouts de branches peuvent aussi être comestibles comme celles de la ronce ou des pins (sauf le if dont les fruits sont toxiques et qu'il vaut mieux éviter).

Alors, ces rosiers, ils fleurissent quand ? Et puis quand est-ce qu’il fait vraiment beau ? Des questions qui reviennent chaque année même chez les plus habituées des personnes aux multiples printemps.

Dans l'acte II de l'opéra de Pietro Mascagni (1863-1945) intitulé L’Amico Fritz, un joli passage rend hommage à ce mois d'avril. On peut écouter une interprétation ici et lire le texte avec sa traduction ci-après  :

FRITZ
(da sé, scostato) (tout seul sur le devant)
Tutto tace, Tout se tait,
Eppur tutto al cor mi parla. Et pourtant tout parle à mon cœur…
Questa pace, Cette paix,
Fuor di qui dove trovarla ? Où la trouver en dehors d’ici ?
Tu sei bella, Que tu es belle,
O stagion primaverile ! Ô saison printanière !
Rinovella Le doux avril fait
Fiori e amori il dolce aprile ! Renaître les fleurs et l’amour !
(Suzel rientra dalla porta dell’orto, il grembiulino pieno di ciliege.)
(Suzel revient par la porte du jardin, son petit tablier tout plein de cerises.)
SUZEL
Quale incanto Quel enchantement
Nel risveglio d’ogni fiore ! Que le réveil de toutes les fleurs !
Riso o pianto, Rire ou pleur,
Tutto è palpito d’amore ! Tout est tremblement d’amour !
Tutto il prato Tout le pré
D’un tappeto s’è smaltato… S’est couvert d’un tapis émaillé …
Al Signore Vers le seigneur
S’alza l’inno da ogni core ! S’élève l’hymne de tous les cœurs !
FRITZ
Tutto tace, eppur tutto al cor mi parla ...  Tout se tait, et pourtant tout parle à mon cœur…
Questa pace fuor di qui, dove trovarla ? Cette paix, où la trouver en dehors d’ici ?
SUZEL
Qual incanto nel risveglio d'ogni fiore ! Quel enchantement que le réveil de toutes les fleurs !
FRITZ
Tu sei bella, o stagion primaverile ! Que tu es belle, ô saison printanière !
Rinnovella fiori e amori il dolce aprile ! Le doux avril fait renaître les fleurs et l’amour !
SUZEL
Tutto il prato d'un tappeto s'è smalato … Tout le pré s’est couvert d’un tapis émaillé…
Al Signore s'alza l'inno di ogni core! Vers le seigneur s’élève l’hymne de tous les cœurs !
FRITZ
Tu sei bella, O stagion primaverile! Que tu es belle, ô saison printanière !
Rinnovella fiori e amori il dolce aprile! Le doux avril fait renaître les fleurs et l’amour !
SUZEL
Qual incanto Quel enchantement
FRITZ
Sei pur bella Tu es si belle
SUZEL
Nel risveglio d'ogni fiore! Que le réveil de toutes les fleurs !
FRITZ
O stagion primaverile ! Ô saison printanière !
LES DEUX
Rinnovella fiori e amori il dolce aprile, il dolce aprile ! Le doux avril fait renaître les fleurs et l’amour, le doux avril !
FRITZ
Rinnovella Fiori e amori Il fait renaître les fleurs et l’amour
SUZEL
Qual incanto nel risveglio d'ogni fiore! Quel enchantement que le réveil de toutes les fleurs !
FRITZ
Fiori e amori Les fleurs et l’amour
LES DEUX
Tutto tace ... Tout se tait …

Photographie du dessous : La vallée de Tempé (La haye, Jean Neaume, 1747). La vallée de Tempé fait partie de ces lieux pastoraux grecs antiques et mythiques comme l'île de Lesbos ou l'Arcadie. Ils représentent un âge d'or. Les monts du Forez sont une autre contrée pastorale, mais française, dont la mythologie s'est créée au XVIIe siècle autour du roman d'Honoré d'Urfé L'Astrée. Voir à ce sujet l'article intitulé Astrée.

LaValledeTempe397-300lm© Article et photographies LM

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Éloge de la Verdure

Le Brun500Photographie du dessus : « Le Brun. Le Printemps. Tapisserie des Gobelins. 1709. H. 3,75 x L. 4,78 m. Photo : Mobilier national / Isabelle Bideau. »

Verdureafeuilledechoux500Photographie du dessus : « Verdure à feuilles de choux. Tapisserie des Flandres. XVIe siècle. H. 2,68 x L. 3,80 m. Photo : Mobilier national / Isabelle Bideau. »
chouxdetaila300Photographie de gauche : Détail de la tapisserie précédente.

Le mobilier national présente du 9 avril 2013 au mois de janvier 2014 une exposition intitulée Gobelins par Nature : Éloge de la Verdure XVIe-XXIe siècles à la galerie des Gobelins à Paris. Celle-ci met en scène des tapisseries caractérisant différentes époques et ayant pour thème la nature plus ou moins domestiquée et imaginaire. Toutes témoignent d'un savoir-faire exceptionnel conservé jusqu'à aujourd'hui comme le montrent les exemples les plus récents qui jouent avec la matière avec tellement de finesse que l'on croit parfois voir le pinceau de l'artiste et la texture de la peinture alors qu'il s'agit de fils de laine. Cette harmonie de travail entre l'artiste et l'artisan est à saluer.

La tapisserie est un élément important des arts décoratifs depuis le Moyen-âge. Le thème de la flore est particulièrement apprécié, sous diverses formes : « mille-fleurs », verdures, cycle des mois et saisons, paysages ... Les tapisseries ainsi parées donnent du relief sur un mur et peuvent être en partie cachées par des meubles (commode, canapé ou même un miroir) sans que cela nuise à la narration bucolique.

Voici ce qu'on peut lire dans le dossier de presse :

« Une « verdure » se caractérise par l’omniprésence d’une nature verdoyante et touffue, qui couvre presque toute la surface tissée. Ces tapisseries, décoratives avant tout, offrent une fenêtre ouverte sur un paysage agréable, évoquant de préférence une forme d’harmonie originelle entre l’homme et la nature.

À la fin du xve siècle, c’est d’abord la vogue des petites fleurs qui remplissent entièrement les fonds. Leur foisonnement est tel qu’on les dénomme « mille-fleurs ». Leur fraîcheur reflète délicatement la nature et le temps de la vie seigneuriale. Vers 1520 un nouveau décor succède aux mille-fleurs. Il est constitué d’une végétation schématisée dont les grandes feuilles rappellent les acanthes stylisées de l’art grec ou romain. Puis au xviie et xviiie siècles, la verdure se complexifie aussi bien au niveau de la représentation que de l’iconographie. Elle se remplit d’animaux exotiques et familiers, parfois de personnages et aussi de quelques constructions. Les premiers paysages sont conventionnels, le réalisme n’étant pas la préoccupation principale. Enfin, les peintres (Tenture des Enfants jardiniers de Le Brun), en introduisant la notion de cycle des mois et des saisons, transforment profondément l’aspect  de la « verdure ». Avec la Tenture des Saisons, du même artiste, le décor naturel se peuple de dieux mythologiques et, si l’élément végétal subsiste, c’est à titre évocateur et symbolique. »

Photographie du dessous : « Verdure. Tapisserie des Flandres, XVIe siècle. Laine. H. 2,64 x L. 2,58 m. »

cerfdetail500Photographie du dessous : « Verdure à portique. Tapisserie d'Audenarde. 1560-1580. Laine. H. 3,30 x L. 3,23 m. »

Herons500Photographies du dessous : Peinture. « Vue imaginaire des Gobelins. Frances, début du XIXe siècle. Signé et daté en bas à droite : Frances 1828. Acquis sur le marché parisien, 2011. Paris, Mobilier national, Inv. GMTB 996. L'artiste Frances n'est répertorié dans aucun dictionnaire spécialisé et il n'est pas forcément français. Il entre une bonne part d'imaginaire dans cette représentation de la manufacture. L'entrée de la manufacture n'a jamais été du côté de l'actuelle avenue des Gobelin. L'artiste s'est plutôt attaché à représenter le quotidien de la manufacture avec les artisans au premier plan teignant des tissus. D'autres sèchent au soleil. »ManufactureGobelins.gif

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Drapés et effet décoiffé

Artcurial présente à Paris une vente aux enchères le 10 avril de tableaux et dessins anciens dont proviennent les deux oeuvres présenétes ci-dessous.
Photographies : Gouache sur vélin attribuée à Joseph Werner (Berne, 1637 - 1710) : « Vénus accompagnée d'amours dans un palais ». © Artcurial.

peintureLes drapés sont très employés depuis l'Antiquité dans la mode et pour la décoration, en particulier jusqu'au XIIe siècle et un peu moins ensuite jusqu'au début du XIXe. Au Moyen-âge, des exemples plus ou moins précieux permettent d'embellir des pièces, de conserver la chaleur ou de protéger certains objets. Au XVIIIe siècle ils sont encore utilisés. C'est le rôle de la toilette (voir l'article Une histoire de la coiffeuse), tissu sur la table parfois accompagné d'un autre ayant une fonction de rideau couvrant en partie le miroir ou formant une sorte de dais. Mais on ne s'habille plus avec des drapés que dans les tableaux et autres oeuvres d'art, même ceux représentant un portrait contemporain, car il est alors de bon ton de faire référence à l'Antique (voir en l'article intitulé Drapé  l'antique). Et si la mode revient au temps des merveilleuses, elle ne dure cependant pas très longtemps … le châle (voir l'article intitulé Le schall (châle) et l'écharpe) étant la dernière réminiscence de cette pratique au XIXe siècle et encore un peu aujourd'hui. Les hommes ont quant à eux complètement abandonné le drapé à partir de cette époque, du moins en Occident, car celui-ci est encore porté notamment en Afrique et en Asie.
Photographies : Ce portrait de Blanchard de La Musse (crayon noir et estompe) de Jean-Baptiste Isabey (Nancy, 1767 - Paris, 1855) prouve que la mode contemporain des coiffures aux effets décoiffés est déjà d'actualité au XIXe siècle à l'époque romantique. © Artcurial.CoiffureRomantique

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Le crevé et les crevés

PetitCreve1868clair-300lmCet article suit celui intitulé Les petits crevés où j'essaie notamment de trouver l'origine du nom donné à ce petit maître de la mode. Une autre pourrait venir de la manière ancienne des habits à crevés particulièrement présente à l'époque de François 1er.mulierumBelgicaVuirgodetaila300lm Appelle-t-on déjà 'crevé' celui qui suit cette mode ? Ce qui est sûr c'est qu'au XIXe siècle l’alter ego féminin du petit-crevé est la crevette. Voici quelques exemples d'habits à crevés : XVe siècle 1 ; XVIe siècle 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 ; XVIIe siècle 1, 2, 3, 4. De nombreux portraits du XVIe siècle de François 1er le représentent ainsi habillé : 1, 2, 3, 4, 5.

Photographie de droite : Gravure d'époque du XVIe siècle représentant une jeune fille de Belgique (« Belgica virgo ») avec des manches à crévés, provenant de l'un des premiers livres imprimés consacrés aux costumes intitulé Gynæceum sive theatrum mulierum de Jost Amman (Francoforti, Impensis S. Feyrabendii, 1586, 1ère édition).

Photographie du dessous : Cet habit à la mode de 1807 est le dernier exemple, à ma connaissance, de crevés. Gravure du Journal des Dames et des Modes, planche 857, avec pour légende : « Redingote de Velours, Garnie en Satin. Capote de Satin. »

1807-2-300Photographies de gauche et de dessous : Première page du journal hebdomadaire L’Éclipse (n° 37) du 4 octobre 1968 avec une caricature légendée : « Le Petit Crevé, par Pépin. Étude phrénologique d’après le système de Gall ». Édouard Pépin est le nom d'artiste du caricaturiste et peintre Claude Guillaumin (1842-1927). La phrénologie est une théorie inventée au XIXe siècle permettant l'interprétation du caractère d'un être humain en fonction de la morphologie de son crâne. Ici le cerveau du petit crevé est ainsi découpé : « Amour physique », « Amour du beau », « Amour de la vie », « Amour », « Courage » (on le voit déguerpir), « Destruction », « Bêtise », « Vanité », « Estime de soi », « Idéal », « Entêtement », « Sensualité », « Gourmandise Alimentation », « Imitation », « Vénération », « Politique », « Calcul 2 = 2 = 8 », « Esprit », « Mémoire de tailleur », « Orgueil ».

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© Article et photographies LM

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Arts de la table

Voilà une vente aux enchères un peu originale, organisée par la maison Doré & Giraud le dimanche 7 avril à Paris, sur les arts de la table qui juxtapose des objets de toutes les époques tout en suivant un fil conducteur, même si des digressions sont faites vers d'autres n'ayant pas de rapport. theiereettasses300assiettesetcouteaux300

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Peintures

« Tommaso Bigatti (actif vers 1800). Projet de décoration murale dans le goût pompéien, avec au centre une composition à sujet antique : "Ariane abandonnée". Gouache sur vélin. 29,5 x 50 cm (Petits manques). © Beaussant Lefèvre. »
ProjetDeDecorationMuraleLe vendredi 5 avril la maison Beaussant Lefèvre présente une jolie vente aux enchères de mobilier et d'objets d'art avec par exemple les peintures présentées ici.

« École française du XVIIIe siècle. Le Jugement de Pâris, d'après l'Albane. Huile sur toile, rentoilée. 78,5 x 97 cm. » © Beaussant Lefèvre.

LeJugementDeParis« École française du XVIIIe siècle. Apollon guidant le char du Soleil, entouré des Heures et précédé de l'Aurore. Huile sur toile. (Accidents). 89 x 179 cm. Oeuvres en rapport : La fresque de Guido Reni, Rome, Casino Rospigliosi Pallavicini. » © Beaussant Lefèvre.
Apollon« École Française du XVIIe siècle. Portrait présumé de François, vicomte d'Aubusson, duc de La Feuillade (1634-1691). Huile sur toile, rentoilée. 110 x 86,5 cm. » © Beaussant Lefèvre.
Portrait500-copie-1« Bourse en tissu, les plats ornés de plaques en émail polychrome décorées d'un portrait de gentilhomme et d'un portrait de dame de qualité. Limoges, attribué à Jacques II Laudin, fin du XVIIe siècle. (Petite réparation). Hauteur: 10,5 cm. Une bourse semblable est conservée au Musée du Louvre, n° MMR 204. » © Beaussant Lefèvre.
portraitdegentilhommesurbourse« Baiser de paix décoré d'une plaque en émail polychrome ornée d'une Vierge à l'Enfant. Monture en laiton. Limoges, entourage du "Maître aux grands fronts", XVIe siècle. (Accidents). Hauteur : 9,2 cm - Largeur : 7,5 cm Provenance : collection Paul Corbin. » © Beaussant Lefèvre.baiserDeLaPaix377

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C'est chic les longs pantalons !

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Photographie du dessous : Image provenant d'une page, du journal du XIXe siècle Le Charivari, intitulée « Prophéties charivariques ». Elle est signée « Quillenbois » avec pour légende : « Le bon goût du beau sexe, percera de plus en plus dans la coupe du vêtement. »

D'autres longs pantalons, parfois à pattes d'éléphant, à la mode dès le XIXe siècle, sont visibles dans ces articles : La gommeuse et le gommeux, ceux du caf'conc, le dégommé, la gommeuse excentrique et la gommeuse épileptique ; Le Gommeux ; Première apparition d'un gommeux à Fouilly-l'Sec ; Portraits ; Les carreaux à la mode ; Le gentilhomme.

ProphetiesCarivariquesBasdetailgauche300lm© Article et photographies LM

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Portraits

PortraitduneDamedeQualite400Photographie du dessus : « Portrait d'une Dame de qualité. Huile sur toile (rentoilée). 77 x 60 cm » « École française du XVIIe siècle. » Vente de la maison Osenat du 31 mars. ©  Osenat.
Photographie du dessous : Dessin de Constantin Guys (1802-1892) à la « plume et encre brune, lavis brun » de 13,5 x 20,5 cm. Vente de la maison Osenat du 31 mars. ©  OsenatMis à part les deux militaires les autres personnages sont dans la pure mode de vers 1846 : les deux femmes et l'homme à gauche avec ses cheveux un peu longs, ses larges favoris, son ample cravate sur un long gilet, sa veste aux manches larges et son pantalon à pattes d'éléphant couvrant ses chaussures.vers1846-300

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C'est dans la poche

danslapoche300Photographie : « Portrait d'homme en redingote verte dans un paysage. Toile. 40 x 31 cm. » École française de vers 1780. Vente aux enchères de Fraysse & Associés du mercreci 10 avril à l'Hôtel Drouot à Paris.  © Fraysse & Associés.
Les représentations de Napoléon, la main dans son gilet, sont connues. Cette mode le précéderait comme semble le montrer cette peinture du XVIIIe siècle où l'homme met son autre main dans ce qui est peut-être une poche placée en haut de sa culotte.

© Article LM

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Chefs-d'oeuvre du verre de la Renaissance au XXIe siècle

CaliceauTriomphedelaJustice2Photographies du dessus : « Calice au « Triomphe de la Justice ». XVe siècle. H 22,0 cm ; L 13,5 cm. Florence, Museo del Bargello/Istituti museali della. Soprintendenza Speciale per il Polo Museale Fiorentino. © Su concessione del Ministero per i Beni e le Attività Culturali. »

Caliceenreticell300Photographie du dessus : « Calice en « reticello ». 1550 – 1575. Brescia, Civici Musei di Arte e Storia. © Archivio fotografico Civici Musei d’Arte e Storia di Brescia, Fotostudio Rapuzzi. »

Photographies du dessous : « Soucoupe à fleurs gravée à la pointe de diamant. XVIIIe siècle. H 9,0 cm ; D 33,0 cm. Pavie, Musei Civici di Pavia - Castello Visconteo. © Musei Civici di Pavia. »
Souscoupeafleursgravees2-300

Photographie de gauche : « Calice à pied avec décoration florale Fratelli Giacomuzzi. XVIIIe siècle. Rome, Galleria Nazionale d’Arte Antica - Palazzo Barberini. © Archivio Fotografico SSPASE e per il Polo Museale della Città di Roma. »

Du Calice à pied30027 mars au 28 juillet, le musée Maillol nous offre une nouvelle exposition comme il en a le secret intitulée Chefs-d'oeuvre du verre de la Renaissance au XXIe siècle sous le haut patronage de la ville de Venise.

Comme nous l'explique le communiqué de presse : « Pour la première fois en France, une exposition retrace l’extraordinaire aventure du verre de Murano en parcourant sept siècles de création intense, du milieu du XVe siècle à nos jours. Ainsi, plus de deux cents pièces, nombreuses inédites ou exceptionnellement exposées, issues de collections publiques ou jalousement conservées dans des collections privées, seront réunies. L’exposition retrace le parcours historique de la production des grandes verreries : une sélection parmi les plus beaux objets réalisés pour les grandes fa-milles et les cours européennes de la Renaissance – les familles Este, Gonzague, Médicis –, les fantaisies baroques et les créations du XVIIIe siècle, les pièces Art déco des années 1920 et du modernisme des années 1950, jusqu’aux œuvres contemporaines de « Studio Glass », mouvement d’artistes qui ont choisi d’utiliser le verre comme unique moyen d’expression. Une section est réservée aux artistes internationaux venus à Murano, depuis les années 1950, expérimenter le verre comme matière privilégiée de création ... » Une occasion pour rappeler que la bouche de la station de métro Palais Royal - Musée du Louvre est faite en grande partie en verre de Murano. Il s'agit du Kiosque des noctambules dessiné en 2000 par Jean-Michel Othoniel dont l'exposition présente une jolie croix nommée : « Géométrie amoureuse alessandrita ». Cet artiste dont les œuvres sont souvent des invitations à la rêverie travaille beaucoup avec le verre de Murano.

La partie de l'exposition consacrée aux XV - XIXe siècles est magnifique avec des exemples particulièrement fins parmi les plus anciens démontrant un savoir-faire particulièrement abouti. La production de la fin du XIXe siècle et du début du XXe m'a impressionné par sa féérie avec un surtout de table donnant envie de s'attabler, des vases multicolores surmontés de dragons semblant appartenir à un palais de contes et un lustre dit 'Rezzonico' enchanteur et somptueux.

lustre500Photographie du dessus : Détail du lustre dit 'Rezzonico' du début du XXe siècle de 2,80 m. de haut et 1,80 m de largeur.

Photographie du dessous : « Fauteuil avec applications en verre. XVIIIe siècle. H 117,0 cm ; L 72,0 cm. Venise, Museo del Vetro. © Archivio Fotografico FMCV. »Fauteuil vecapplicationenverre500

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Le mois de mars

ViolettesMars300lmPhotographie de gauche : Violettes odorantes (Viola odorata).

Photographie de droite : Fleurs de Tussilage (Tussilago farfara)

Comme l'écrit Pline l'Ancien au début du livre XXIV de son Histoire naturelle : « Les forêts les plus profondes et toute la nature, même lorsqu'elle présente son visage le plus sauvage, sont riches elles aussi en remèdes, car la nature, cette sainte mère de toutes choses, en a répandu partout pour l'usage des humains, et il n'est pas jusqu'aux déserts où l'on n'en puisse découvrir de très salutaires. » (traduction de M. François Rosso, Médecines douces de l'Antiquité – Pline l'Ancien – La Vertu des arbres, Paris, Arléa, 1999)

Une des fleurs emblématiques de ce mois de mars est la violette odorante. Les primevères roses ou jaunes ont des fleurs plus voyantes et, contrairement à la première que l'on trouve dans les bois, aiment les lieux plus clairs. Une autre fleur caractérisant ce mois est la jonquille qui apparaît alors comme les flammes d’un printemps toujours latent. Les lamiers pourpres fleurissent toute l’année mais particulièrement en mars. Les endroits herbeux et ensoleillés sont souvent parsemés de tapis colorés de pâquerettes, véroniques, pissenlits, lamiers ; autant de teintes printanières vertes, jaunes, bleues, rouges et blanches. Le lamier blanc commence à fleurir en mars, comme la dorine à feuilles opposées, appelée aussi cresson doré, qui a de petites fleurs vertes légèrement dorées. Celles blanches de la cardamine hérissée parsèment les terrains nus et herbeux de tons gouttes de lait. La giroflée commence à épanouir ses jolies fleurs jaunes orangées. Les scilles à deux feuilles en ont d'autres le plus souvent bleues. Celles de la pulmonaire sont rouge-violet et bleues, couleurs saphirs et rubis condensés de rosée 'diaprant' l’espace de teintes brillantes, avec sur les feuilles des étoiles perles d’albâtre d’une voie lactée à portée de main et soyeuse. Des trésors qui sommeillent en hiver apparaissent ainsi. On peut rencontrer la petite bourrache aussi appelée nombril-de-Vénus. L’herbe est rehaussée des boutons rosés des pâquerettes qui s’ouvrent aux rayons du soleil, montrant leur blancheur et leur cœur d’or. La couleur jaune se lève avec le soleil des ficaires, des narcisses et les piaillements chauds d’oiseaux aux teintes de feu, aux tons du levant et du couchant. Le regard s’élance avec leurs vols vers le printemps ; mais ces efforts réitérés et avortés par le froid et les giboulées fatiguent. Cependant, du haut de la montagne du cœur les saisons s’étalent sans briser la chaleur du ciel compatissant. Un être naît, un autre meurt ; mais rien ne fait obstacle aux rires du printemps, de Nature, cette jeune adolescente en ses bosquets scintillants de volupté et de sève dont elle est gorgée et prête à éclater en mille fleurs colorées, parfums, effluves, lumières, matières, solutions aqueuses … La biche ou le chevreuil dont la terre encore humide conserve les traces sont remplis de cette sève et bondissent comme par magie à travers les chemins et au milieu des bois et des terrains ouverts. L’ajonc d’Europe ouvre ses fleurs jaunes à odeur d’amande. Le prunier myrobolan et le prunellier fleurissent. A la fin du mois les géraniums herbe-à-Robert apportent une nouvelle couleur rose-mauve. On ne mesure pas toujours la magie de certaines choses simples qui nous entourent et nous semblent acquises définitivement comme le ciel, le soleil, la lune, l'eau, les étoiles, la terre ... Nous les croyons de droit, éternelles, et ne les goûtons pas toujours à leur juste valeur. Qu'y-a-t-il de plus cher pour l'homme ? C'est si précieux qu'il est impossible d'y mettre un prix. N'est-ce pas cela la véritable richesse ? Nous sommes parés de joyaux qu’on ne peut porter, et qui pourtant nous ornent merveilleusement. Il y a la terre et les étoiles, la lune et le soleil, et tout ce qui surgit est notre vêtement.

Aujourd'hui les violettes odorantes sont beaucoup plus rares qu'il y a trente ans pour en faire des bouquets, comme c'est le cas pour beaucoup d'autres plantes. Durant l'Antiquité Les couronnes de violettes servent pour leur beauté, l’odorat des fleurs et d’autres usages, par exemple durant les banquets car elles sont réputées éviter aux buveurs d’être saoul. La moutarde des champs peut être cueillie quand les fleurs sont encore en boutons verts ; elles éclosent alors dans le vase en petites fleurs jaunes, jolies et délicates.

Pour des usages médicaux, le mois de mars est surtout conseillé pour la récolte des parties souterraines des plantes qui concentrent les principes actifs. Parmi les médicinales citons la bourse à pasteur (partie hors sol), la racine de bugrane (la variété : Ononis spinosa L), la carline (protégée), l'écorce de chêne (Quercus robur L. du celtique quer beau et cuez arbre), les souches du chiendent, les feuilles et racines de la grande consoude, les parties aériennes de la dorine, les feuilles et fleurs de la ficaire (après dessiccation) ainsi que pour un usage externe seulement son suc frais et son tubercule récolté après floraison, les feuilles de gui,  les fleurs et feuilles de pâquerettes, les feuilles de petite pervenche, les racines de pimprenelle, le rhizome de polypode commun, les fleurs de prunellier, la pulmonaire, les parties aériennes de la stellaire, le rhizome de la tormentille, et bien sûr la violette odorante etc. Les usages médicinaux des plantes demandent un savoir-faire qui ne s'improvise pas car certaines sont dangereuses. Il existe de très bon livres sur ce sujet. Leur récolte aussi ne doit pas se faire à la légère, tout d'abord parce qu’il est indispensable d'être entièrement sûr de ce que l'on cueille, certaines plantes étant toxiques voire mortelles. On utilise que certaines parties des plantes médicinales d'autres étant dangereuses, et sous certaines conditions (fraîches ou séchées, cuites etc.). Il y a des moments spécifiques de cueillette : avant ou après floraison etc., et d'autres plus appropriés pour retirer le plus de principes actifs.

tussilage300lmCueillir des plantes sauvages pour un usage culinaire demande moins de travail mais aussi d'être sûr à 100 % de ce qu'on utilise. Il y a certaines prescriptions à suivre comme ne pas ramasser les plantes des villes, près des routes ou autres endroits pollués pour la consommation. Des maladies peuvent être apportées par des excréments d'animaux ; mais cela est rare. Tremper les herbes dans de l'eau mélangée à du vinaigre est un moyen de désinfecter la plante. Contre les vers intestinaux, certaines plantes sauvages sont vermifuges comme l'alliaire officinale dont on trouve les feuilles dès le mois de mars. Sinon l'ail est un très bon vermifuge. Le scientifique François Couplan est une sommité dans le domaine des plantes sauvages comestibles et ses livres une source inépuisable de renseignements. Voici quelques recettes de saison : salade stellaire ; salade de mâche doucette ; salade stellaire aux œufs et faines dorées (celles-ci se récoltent en automne) ; croustillants de pissenlit (pain de seigle grillé frotté d’ail, salade de pissenlit, servie avec du cidre) ; crudités à la sauce sauvage (ortie, oseille, yaourt, assaisonnement) ; bouillon d’ortie (oignon, ortie, lait ou fromage, ortie, pomme de terre) ; velouté de stellaire (pommes de terre et stellaire) ; potage aux plantes sauvages (huile, oignon, oseille, légumes sauvages : orties … on peut ajouter des pommes de terre et de la crème fraîche) ; pâtes à la crème d’ortie (ortie, oignon, ail, crème fraîche, huile d’olive, fromage) ; pâtes fraîches aux orties (ajouter aux œufs, la farine et le sel une infusion d’ortie) ; crème de pissenlits (racines de pissenlits, oignon, farine, lait). On utilise pour un usage culinaire les feuilles de l'alliaire officinale, les jeunes feuilles tendres de l'aubépine, de la berce, les inflorescences de la capselle bourse à pasteur. Les souches séchées et broyées du chiendent pourraient servir à la fabrication de pain, et hachées et grillées elles seraient un succédané du café. Les bourgeons des conifères sont bons (il faut éviter le if dont les fruits sont toxiques). D'autres bourgeons d'arbres et d'arbustes sont particulièrement bénéfiques. Au mois de mai je donnerai une recette délicieuse de feuilles de grande consoude. Les jeunes feuilles de ficaire encore tendres cueillies avant la floraison (après toxiques) sont utilisées pour des salades printanières. Les jeunes pousses de gratteron s'ajoutent aux salades, de même que les feuilles de laiteron (les jeunes feuilles de même que les fleurs et les boutons floraux) et de la mâche doucette. Les jeunes pousses de laitue sauvage se consomment ainsi que les feuilles cuites. Les feuilles et les jeunes pousses d'ortie (toutes les espèces) sont agréables. Une délicieuse soupe d'orties consiste simplement à faire une soupe de pommes de terre et d'oignons avec de l'eau, du sel et du poivre et d'ajouter juste au moment de mouliner les feuilles ou jeunes pousses d'ortie puis un peu d'huile d'olive. Pour d'autres recettes et afin d'enlever leur pouvoir urticant il suffit de les mettre en contact avec de l'eau bouillante très rapidement afin que la plante conserve sa valeur nutritionnelle notamment au niveau des protéines importantes dans celle-ci. Les feuilles et les fleurs de pâquerette s’ajoutent aux salades. Les jeunes feuilles de pimprenelle serviraient à assaisonner des potages. Le pissenlit dent-de-lion se mange entièrement, de la fleur à la racine en passant par les feuilles : Les feuilles et les fleurs complètent des salades et les racines (cuitent dans du vinaigre) aussi. Les jeunes feuilles fraîches et fleurs de la pulmonaire accompagnent potages et salades ; de même que les fleurs (avec la tige) de tussilage. Les feuilles et fleurs de violettes odorantes sont délicieuses fraîches et sentent bon. On fait des bonbons maison avec les fleurs. Selon les régions on rencontre des plantes différentes, parfois endémiques (n'appartenant qu'à cet endroit). Dans le midi on ramasse la racine de chicorée sauvage ou l'asperge sauvage parmi beaucoup d'autres variétés.

Poème
Jouan Tsi (210-263)
Chant des pensées
« La rosée pure gèle en givre,
L’herbe fleurie sèche en brousaille.
Qui dit que le sage est sage
S’il n’accepte telle vérité ?
Avec Song et K’iao, à cheval sur les nues,
Respirons l’éternité ! »

(La qualité de la traduction est primordiale dans la poésie chinoise. Ce poème provient d'un livre particulièrement inspirant : La Montagne vide : Anthologie de la poésie chinoise, 3e-11e siècle de Patrick Carré et Zéno Bianu, 1987)

© Article et photographies LM

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Cadet Rousselle

CadetRousselleImage518Pellerin2images300aCadetRousselleImage518PellerinDetail2-300lmPhotographies du dessus et à gauche : « Cadet Rousselle », « Imagerie Pellerin », « Imagerie d'Épinal, n°518 » du XIXe siècle.

Photographie de droite : Détail d'une assiette « Cadet Rousselle » n°« 5 », représentant le personnage devant sa table de toilette, d'avant 1850, de Creil et Montereau.

Dans un commentaire d'article une personne explique qu'un incroyable et une merveilleuse sont représentés dans la série télévisée Capitaine Jean Roch Coignet Grenadier de la Garde Impériale réalisée par Claude-Jean Bonnardot diffusée pour la première fois en 1969 et 1970. On trouve le passage ici à 1h. 6 min. et 19 s. Celui-ci est suivi par le chant de 'Cadet Rousselle' qui devient le chant de l'armée du Nord.

CadetRousselleAssietteDetail300lmCadet Rousselle est un excentrique incroyable à tendance révolutionnaire vivant de 1743 à 1807 et au sujet duquel une chanson est composée. Voici ce qu'en dit Wikipédia : « ... il achète une petite maison biscornue à laquelle il ajoute au-dessus d’un vieux porche une construction en forme d’étroite loggia. L’aspect curieux de son domicile marque les esprits autant que le caractère du personnage qu’on dit jovial, bon vivant, un peu excentrique, mais qui jouit de la sympathie de ses concitoyens. C’est ce qui explique sans doute qu’il ait inspiré une chanson. »

Il est particulièrement associé aux époques du Consulat et de Napoléon. L'imagerie d'Epinal, fondée en 1796, qui dès le Premier Empire célèbre Napoléon et ses campagnes, publie à plusieurs reprises des planches illustrant la chanson 'Cadet Rousselle' pendant tout le XIXe siècle et en partie au XXe.

Autres images de Cadet Rousselle : 1, 2, 3 ...

Photographies du dessous :  « Cadet Rousselle » : « Série aux armes d' Épinal n°26 » du XIXe siècle.

CadetRousselleSerieAuxArmesDEpinalN26-2-300lm© Article et photographies LM

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Rythmes naturels

Gesner300lmPhotographie 1 : Gravure provenant des Oeuvres complètes de Gessner (Paris, Cazin, 1780), dessinée par Clément Pierre Marillier (1740 - 1808), gravée par Emmanuel de Ghendt (1738 - 1815), in-16 (11,6 x 6,5 cm), et ayant pour texte : « O mon bien aimé comme tes chants élèvent mon Âme vers Dieu ! »

La nature offre des richesses immenses, notamment dans ce qu'on appelle ses plantes sauvages. On ne peut aborder ce jardin fabuleux que sur toute une année. Il se regarde comme un tableau qui s'étale sur quatre saisons. Je ne vais donc pas écrire un seul article sur le sujet, mais douze : un pour chaque mois. Pourquoi le faire dans ce blog ? Car il est consacré aux rythmes de l'élégance ; et que ceux de la nature en font partie. De plus ceux qui le suivent connaissent mon site, savent mon amour de la terre et son expression à travers les pastorales, genre poétique particulièrement ancien et très à la mode jusqu'au XIXe siècle.

Une herbe qui semble insignifiante à une certaine période, donne à une autre une fleur majestueuse. Il en va ainsi de chacune des parcelles de terre où poussent les espèces sauvages. Dans un simple espace de 1 m2 constitué d'herbes folles on peut découvrir un petit potager ou/et un petit jardin de plantes médicinales (les simples). Toutes les plantes sauvages ont des pouvoirs spécifiques qu'il faut simplement connaître pour les apprécier. Ce jardin naturel est immense. Chacune de ses parties est belle à certaines époques. Et comme cela s'étale sur une année et que chaque plante a son moment culminant différent des autres, cette richesse incroyable ne se voit pas obligatoirement pour celui qui n'a pas les connaissances. Ce que je propose dans les douze prochains articles sur ce sujet c'est de parcourir ce jardin dans des endroits de la nature d'Île-de-France en décrivant quelques-unes des vertus de plusieurs de ces plantes. Mes connaissances dans ce domaine restent très limitées et ne concernent presque que la forêt du nord de Paris.

leonardalmPhotographies 2 & 3 : Deux petites gravures (8 x 13,5 cm) provenant du tome II des Œuvres de M. Léonard (quatrième édition, Paris, Prault, 1787). Cette partie des écrits de Nicolas Germain Léonard (1744 - 1793) contient entre autres une poésie intitulée Le Temple de Gnide et un roman pastoral. La première gravure présente une bergère et un berger près d’un petit temple (sans doute dédié à Aphrodite la déesse de l'Amour) dans la nature derrière lequel des jeunes filles danses et folâtrent. La seconde illustre le passage d'Alexis, Roman pastoral, « page 127 » avec por texte : « Cette Coupe que tu vois est bien belle !... ». Ces deux estampes sont les premières que j'ai achetées.

De tous temps, les plantes ont joué un rôle important dans la vie des hommes. L’Antiquité leur donne des noms de dieux. Sur les sculptures, peintures murales et autres images antiques, la corne d’abondance est souvent portée par des divinités fluviales, maritimes ou terrestres. L’importance donnée aux plantes se retrouve sur des murs des cités englouties par le Vésuve, sur des enluminures médiévales et des tapisseries, comme celles de la “ Dame à la Licorne ”. Durant l’Antiquité on aime à se couronner de fleurs lors de certaines fêtes et cérémonies. On continue de beaucoup le faire au XVIIIe siècle. Jusqu'au début du XXe, porter sur soi une ou des fleurs vraies, fines et jolies est une preuve de goût et de fraîcheur d'accoutrement. L'homme élégant porte une fleur à sa boutonnière. Le femmes distinguées en ont partout des fraîches ou des fausses. Au XVIIIe siècle il y en a sur le chapeau, dans les cheveux, du haut jusqu'au bas des habits ...

leprintemps300lmPhotographie 4 : Vignette d'époque XVIIIe siècle, de 12,7 x 16 cm, intitulée « Le Printemps », avec pour légende : « Cet heureux temps n'est plus que l'Amour plein de charmes / Pour les tendres Mortels produisait tant de fleurs ; / Le Perfide aujourd'hui n'engendre que des pleurs ; / Sous l'aile des plaisirs il cache des alarmes. » « A Paris chez Selis rue St. Dominique ».

Les fleurs ont leur langage médicinal, philosophique, culinaire, magique, amoureux... Aujourd’hui encore le choix des bouquets offerts, les couleurs, le nombre peut revêtir une signification particulière. Il existe des expressions où elles jouent un rôle. Parler de la guimauve peut faire sourire, comme de 'fleurs bleues'. Certaines plantes ont une symbolique particulière tel le lotus en Orient ou la rose au Proche Orient et en Occident.

Mais il n'est question dans ces douze articles que de plantes sauvages dont l’homme peut se servir pour le plaisir de ses sens et de sa santé. Si les plantes sauvages ont de multiples usages je me bornerai d'essayer de survoler leurs usages esthétique, et comme plantes de bien-être et culinaire. Personnellement je suis devenu végétarien lorsque je me suis aperçu qu'on peut trouver toutes les protéines nécessaires dans les plantes sauvages qui sont disponibles gratuitement à tous et offrent des goûts qui peuvent sembler absolument exotiques pour des papilles habituées à la nourriture 'contemporaine'.

Opéra
Pietri : Maristella
« Io conosco un giardino … »
Io conosco un giardino Je connais un jardin
A tutti sconosciuto, inconnu de tous,
Un nido di velluto un nid de velours
Sotto il cielo turchino sous un ciel turquin.
L’estate, il verno, in fior En été comme en hiver,
Vi odorano i giaggioli, les iris en fleurs l’embaument
Vi cantan gli usignoli et les rossignols y chantent
La notte in amor. la nuit, leurs chants d’amour.
Deh, vieni vien Ah, viens, viens
Qui sul mio cuor, près de mon cœur,
Io ti porto a quel nido Je te porterai dans ce nid,
E t’offro un bel cuscino Je t’offrirai un beau coussin
Di piumarelle d’oro, fait de plumes d’or.
E di baci t’infiori la bocca, Je couvrirai tes lèvres de baisers
E t’offro un gran forzier et je t’offrirai un grand coffre
Di sogni iridescenti, empli de songes iridescents
Di stelle giù cadenti et d’étoiles tombées
Dalle supreme sfere. de la voûte suprême.
Mia tenerezza, vien, Ma bien-aimée, viens,
Deh, vien ! deh, vien ! oh, viens, viens !

© Article et photographies LM

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Perruques

Fraysse300Photographies : Le 27 mars prochain, la maison Fraysse & associés présente à la vente le contenu d'un appartement parisien avec de nombreux objets d'art dont les trois exposés dans cet article. Voir ici le catalogue.
En haut à gauche : « Portrait d’homme en habit gris et manteau rouge ». Toile de 79 x 63 cm attribuée à Nicolas de Largillière (1656-1746).  © Catalogue Fraysse & associés.
En haut à droite : « Portrait du comte de Provence ». Toile ovale de l'atelier de Joseph Siffred Duplessis (1725-1802) de 79 x 63 cm. « Cadre ovale en bois sculpté du XVIIIe siècle. Notre tableau est la reprise du portrait du comte de Provence par Duplessis conservée à Chantilly, TablePerruquiere200musée Condé (toile, 80 x 64 cm), exposé au Salon de 1779. Notre tableau diffère de la version originale par la couleur de son habit et du fauteuil. Signalons une reprise ou copie qui figurait dans la vente Martini, février 1911, une autre version très différente de la version originale dans la collection du vicomte de Reiset en 1913, et une réplique autographe au Palais de la Bourse à Bordeaux (selon Nicolas Garnier-Pelle, Chantilly, musée Condé, peintures du XVIIIe siècle, Inventaire des collections publiques françaises, vol. 38, Paris, 1995, p. 44). » © Catalogue Fraysse & associés.
À gauche : « Table perruquière en acajou et placage d'acajou, le plateau mobile à fond de miroir (manque le casier). Angles arrondis à défoncement, pieds fuselés se terminant par des roulettes. Estampille de Denis-Louis ANCELLET, reçu Maître en 1766. Epoque Louis XVI. Hauteur: 78 cm - Longueur: 37 cm - Profondeur: 34 cm. » © Catalogue Fraysse & associés.
La vente aux enchères du 27 mars prochain par la maison Fraysse & associés à Paris (Hôtel Drouot) est l'occasion de présenter deux sortes de perruques portées par les hommes au XVIIIe siècle, une table perruquière qui, je suppose, sert à entreposer cette parure de la tête, et de rappeler cet article déjà paru : Le perruquier, le coiffeur pour hommes et les perruques masculines.

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Merveilleuses & merveilleux