LA MESURE DE L'EXCELLENCE : DICTIONNAIRE DES PETITS MAÎTRES DE LA MODE
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Ce dictionnaire des petits maîtres de la mode française est en deux parties. La première répertorie les petits maîtres (il y en a plus de 150) : J’y inclus les petit(e)s-maîtres(ses) proprement dits, les dames et hommes de qualité, les professionnels de la mode, les faux élégants, et quelques autres. La seconde partie concerne l’environnement des petits maîtres : les lieux où on les trouve, leurs postures, les vêtements qu’ils portent, leur toilette, les danses, la mode, le bon ton, la galanterie, la courtoisie etc. Tous les articles sont inédits, de même que la grande majorité des iconographies. Et toujours en supplément des articles sur l'actualité de l'art. FEUILLETEZ OU LISEZ CE DICTIONNAIRE EN CLIQUANT SUR LES LIENS DES TERMES EN BAS DE PAGE ! |
Voici un article publié
en quatre fois sur l'Anglomanie. Cette première partie est consacrée à cette mode qui commence à s'établir dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et qui se répand au tout début du XIXe avec les
incroyables, les merveilleuses et la jeunesse dorée du Directoire et des années suivantes. Dans la seconde partie, je traiterai du fashionable et du dandy ; dans la troisième des lions, lionnes,
lionceaux, faux anglais, high life, snobs, perfect gentlemen ; et dans la dernière du sport avec les gentilshommes du sport, les sportsmen et les sportswomen, les
hygiénistes.
Photographie : Miniature française du XVIIIe siècle
représentant un homme à la mode anglaise.
La mode française d'inspiration anglaise
a ses adeptes déjà dans la deuxième
moitié du XVIIIe siècle. Elle a
ensuite une très grande influence sur la
France du XIXe, époque où la tenue des hommes
s'en réfère. Au siècle
suivant, presque tous les mouvements de mode
sont anglo-saxons ...
A la fin du siècle des Lumières, on apprécie cette élégance d'outre-Manche
simple et chic. Cela s’exprime par un regain pour l’équitation (courses de chevaux …), les cercles (ou clubs), l’emploi de nouveaux mots, le punch (boisson anglaise adoptée en France dans le
troisième tiers du XVIIIe siècle et que l’on boit dans des repas privés, dans les cafés et chez les limonadiers) ... Au XVIIIe siècle certaines coiffures féminines sont dites à l’Anglomane. Cette
frénésie est appelée ‘anglomanie’.
Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) écrit sur cela
dans son Tableau de Paris de 1781. Les moeurs parisiennes sont décrites dans cet ouvrage en sept volumes et plus de mille chapitres, dont un, dans le tome VII, est sur : " Le
fat à l’anglaise " (photographie des deux premières pages) : " C’est aujourd'hui un ton parmi la jeunesse de copier l’anglais dans son habillement. Le fils d’un financier, un jeune homme dit
de famille, le garçon marchand prennent l’habit long, étroit, le chapeau sur la tête, les gros bas, la cravate bouffante, les gants, les cheveux courts et la badine. Cependant aucun d’eux n’a vu
l’Angleterre, et n’entend un mot d’anglais. Tout cela est fort bien, parce que ce costume exige de l’uni et de la propreté. Mais quand vous venez à raisonner avec ce soi-disant anglais, au
premier mot vous reconnaissez un ignorant parisien.
Il dit qu’il faut prendre la Jamaïque ; et
il ne sait pas où la Jamaïque est située ; il confond les grandes Indes avec le continent de l’Amérique. Il s’habille comme un habitant de la cité de Londres, marche la tête haute, se donne les
airs d’un républicain ; mais gardez-vous d’entrer en conversation sérieuse avec lui, car vous ne trouverez pas plus de lumières dans sa tête, que dans celle d’un huissier-audiencier au châtelet
de Paris. Reprends, mon jeune étourdi, reprends ton habillement français ; mets des dentelles ; que ta veste soit brodée ; galonne ton habit ; fais-toi coiffer à l’oiseau royal ; porte un petit chapeau sous le bras, deux montres
avec leurs breloques. Ce n’est pas assez de prendre l’habit des gens, pour en avoir l’esprit et le caractère. Retiens ton costume national, il te sied ; c' est sous cette livrée que tu dois
parler sans rien dire, déraisonner agréablement sur tout, et étaler les grâces de ta profonde ignorance. Ne prendrons-nous jamais des anglais que l’habit " Ils ont des fats ; mais leur fatuité
tient à l’orgueil, et les nôtres n’obéissent qu’à une puérile vanité. Ils ont des hommes vicieux ; mais ils le sont là moins qu’ailleurs, parce qu’en tout autre pays ils se verraient obligés de
faire les hypocrites. Enfin, ils ont des voleurs ; mais ces voleurs ont une ombre de justice : ils ne vous dépouillent pas entièrement ; ils partagent ; ils ne font pas couler le sang, comme le voleur français.
Qu’il me tarde d’être volé à l’anglaise ! Mais nos voleurs de grands chemins ne sont guère plus avancés que nos fats modernes, prétendus imitateurs des moeurs britanniques. Les marchands mettent sur leurs enseignes,
magasins anglais. Les limonadiers, sur les vitres de leurs cafés, annoncent le punch en langue anglaise. Les redingotes de
Londres, avec leurs triples collets
et leur camail, enveloppent les petits-maîtres. Les petits garçons ont les cheveux ronds, plats et sans poudre. On voit le père sortant de son hôtel, vêtu de gros drap, trotter à l’anglaise, le
dos courbé. Il y a longtemps que les femmes sont coiffées en chapeau élégant, dont la mode nous est venue des bords de la Tamise. Les courses de chevaux établies à Vincennes, rappellent celles de
Newmarket. Enfin, nous avons les scènes de Shakespeare, qui, mises en vers par M Ducis, font le plus grand effet. Ainsi nous n’avons plus tant de peur de nos ennemis. Nous voilà familiarisés avec
les formes que nous rejetions avec hauteur et dédain il y a trente années. Mais avons-nous pris ce qu’il y avait de meilleur ? Ne nous resterait-il pas à adopter toute autre
chose que le punch, les jockeys, et les scènes
du grand Shakespeare ? ".
L’anglomanie ne cesse de se développer même durant le premier empire alors
que la France fait la guerre à l’Angleterre. Une pièce, datant de 1803, offre de nombreuses informations sur cette anglomanie qui fait fureur, et qui habille les incroyables d’alors. Une petite
maîtresse (suivant la mode féminine de l’anticomanie) adore tellement cette nouvelle façon qu’elle habille son vieux cocher à l’anglaise (en jockey) et lui donne le nouveau nom de Thom. Il porte
une perruque blonde, un toquey plutôt qu’un chapeau et un habit de jockey à la place d’une casaque. Au lieu de vin il doit boire du thé. Elle fait couper une partie des oreilles de ses chevaux
normands pour en faire des anglais ; elle laisse sa berline " Pour un carrosse anglais, à ressorts élevés, / Dont le cocher assis à vingt pieds des pavés, / Pour pouvoir aisément
conduire ses deux bêtes, / Avait presque besoin de prendre des lunettes, / Et paraissait vouloir escalader le ciel / Sur un siège aussi haut que la tour de Babel. " Puis une mode contraire
le précipite plus bas que ses chevaux avec une voiture touchant presque la terre. La petite-maîtresse aime évidemment les jardins à l’anglaise. Elle attend la visite d’un prochain jeune mari que
lui annonce un messager : " je vois à l’instant s’avancer ventre-à-terre / Un jockey qui semblait arriver d’Angleterre, / Et quoique de Paris, il vint tout bonnement / Contrefaisant
l’anglais ; il me dit : " Gentleman, / Ce billet doux il est pour une petite femme. " / Pour madame Dermon ? " Yes, c’est pour la matame. / Et sans autre parole,
aussi prompt que l’éclair, / Sur son cheval anglais il part, vole et fend l
’air." Le prétendant de la
petite-maîtresse a un cocher qu’il appelle Williams, des chevaux et un chien anglais ; fréquente les dernières pièces de théâtre ; aime la mode ; est un galant
entreprenant (même auprès des soubrettes) ;
lorgne ; utilise les expressions telles que " précieux ", " parole d’honneur " ; dépense de façon inconsidérée ; ne veut habiter que Paris ; danse la gavotte de Vestris ; dit
des calembours ; fait " des extravagances " ; a une opinion sur tout : " Sans avoir rien appris je veux juger de tout, / Prononcer sur les arts, les lettres et
le goût ; / En amitié léger, comme en
amour volage, / Je ne respecte rien, ni le sexe, ni l’âge ; / De paroles d’honneur je sème mes discours ; / Chevaux, repas et jeu se partagent mes jours, / Et d’un fat complétant enfin
la ressemblance, / Je vais pendant six mois prendre un maître de danse. " ; " Arbitre en fait de goût, modèle de parure, / Frisé comme un Titus, hardi comme Annibal ; / C’est Mars
en tête-à-tête, et Zéphyr dans un bal. " Pendant tout le XIXe siècle, l’Angleterre est le lieu où la mode française porte ses regards pendant que ce pays lorgne vers la France. Cette
hégémonie de ton n’est supplantée qu’au début du XXe siècle par les amériques (du sud et du nord) d’influence bigarrée mais surtout noire-africaine (tango, swing, charleston, jazz, rock’n’roll
…). La suprématie anglo-saxonne continue par la suite. Mais la toile de la mode parisienne reste avant tout cosmopolite, s'inspirant depuis toujours de ce qu'elle trouve plaisant afin de
renouveler les couleurs de ce tableau pour qu'elles restent vives et parfaitement dans le ton de l'époque.
Photographies (détail et page entière) : Cette gravure du Journal des Dames et des Modes datant de 1802 (An 11), représente un jeune habillé à la manière anglaise qui est celle qui accompagne tout le XIXe. Bien que cet habit couvre tout ce siècle, là est représentée l’avant-garde puisque se généralisant par la suite. On peut lire en dessous : " Gilet en duvet de Cygne. Redingote à l'écuyère. "
Photographie : Caricature d'un adepte de la mode anglaise en France. Gravure du début du XIXe siècle : 'L'Anglomane' de Darcis d'après Carle Vernet (1758-1836).
- Vendredi 31 octobre 2008, Anglomanie,
partie 2 : Fashionables et dandys.
- Mardi 4 novembre 2008, Anglomanie, partie 3 : Lions, lionnes, lionceaux, faux anglais, high life, snobs, perfect gentlemen.
- Vendredi 7 novembre 2008 - Anglomanie, partie 4 : Le sport avec les gentlemen, les gentilshommes du sport, les sportsmen et les sportswomen, les hygiénistes.
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