Le fringant et la fringante

Le fringant est un petit-maître du XVe siècle. Être fringant c'est se donner des airs pétulants, avantageux. Au temps de Louis XI (1423-1483) les fringantes sont des petites maîtresses ayant pour compagnons les petits maîtres que sont les mignons et les fringants. Elles portent de très nombreux rubans, aiguillettes (cordons, rubans, tissus ... serrés à leurs deux extrémités), des tenues raffinées et nouvelles, de très hautes chaussures. Les noms de fringantes, fringants, fringueraux et perruquiaux, sont présents dans le très intéressant petit livre d'Émile Gigault de La Bédollière (1812 - 1883) Histoire de la Mode en France (1858) retraçant rapidement mais avec justesse, l'évolution des 'tendances' françaises. Je n'ai pas encore trouvé les termes de fringueraux et perruquiaux ailleurs.

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La barbouillée, la sainte-n'y-touche et la mal-assortie

dameauperroquetdetailvisage300La barbouillée, la sainte-n'y-touche et la mal-assortie sont des genres de coquettes décrites par l’abbé d’Aubignac (1604-1676), dans son Histoire du temps ou relation du royaume de coquetterie extraite du dernier voyage des Hollandais aux Indes du levant (1654), dans un passage que je cite dans l'article intititulé Coquettes et coquetteries du XVIIe siècle. Au sujet des manières de se farder, voir l'article sur Le maquillage.
Photographie : Détail d'une gravure de la fin du XVIIe siècle représentant une dame avec un perroquet. Son teint est blanc, ses joues rehaussées de rouge ainsi que ses lèvres, et plusieurs mouches couvrent son visage.

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L'élégant(e) et la vie élégante

lavieelegantelelawntennis300lmPhotographie 1: Début du chapitre sur « Le Lawn-tennis » de La Vie élégante (tome second, 1883).

pariselegant1838page1300lmPhotographie 2 : Paris élégant, Journal des modes, Chronique des salons, des théâtres, de la littérature et des arts du 20 Septembre 1838.
Il est question des élégants dans l'article de ma première exposition : Récapitulatif de l'exposition Modes anciennes.
Honoré de Balzac (1799-1850) écrit dans le journal La Mode du 29 mai 1830 : « La vie élégante est une science, et une science d’autant plus immense qu’elle embrasse toutes les autres sciences, qu’elle est de toutes les minutes. » Son Traité de la vie élégante paraît dans cette même revue du 2 octobre au 6 novembre 1830, et ne sort en livre seulement qu’en 1853 aux éditions de la Librairie nouvelle. Il y donne des définitions de la vie élégante comme celle-ci : « Le principe constitutif de l’élégance est l’unité. Il n’y a pas d’unité possible sans la propreté, sans l’harmonie, sans la simplicité relative. » lavieeleganteauxcoursesdautomne300lmOu bien encore : « L’élégance travaillée est à la véritable élégance ce qu’est une perruque à des cheveux ». Il est à noter qu’il oppose le dandysme à la vie élégante (voir la définition du dandy).
Photographie 3 : Illustration pleine page de La Vie élégante (tome second, 1883) : « Aux courses d'automne ».

Au XIXe siècle, «  la vie élégante » est une expression usitée pour la vie fashionable, chic, c'est-à-dire à Paris : celle du grand monde et de l'aristocratie du faubourg Saint-Germain et du faubourg Saint-Honoré, des hôtels financiers de la Chaussée d’Antin, du Jockey-club, des cercles, des salons, des boudoirs, des courses de la Croix-de-Berny ou de Chantilly, des avant-scènes des théâtres et du foyer de l’Opéra ; de la haute société qui fréquente les salles de jeux ; pratique l’équitation, la chasse ; qui joue au lawn-tennis ; prend des bains de mer ; se repose dans des stations balnéaires ; fréquente le grand monde ; chasse ; s’encanaille avec des actrices ou dans des cabarets, dans les cabinets particuliers de grands restaurants ... Mais s’agit-il véritablement là d’élégance ?

Photographie 4 : Page de Le Bon Choix de Philinte : Petit Manuel de l'Homme élégant de M. Eugène Marsan avec des dessins d'Henri Farge (Paris, Le Divan, 1923).

LesCannesDeMPBourgetD'unelignenouvelle300lm© Article et photographies LM

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Le joly homme

Dans Des Mots à la mode … (1692) de François de Callières (1645-1717), on apprend que les expressions 'joly homme', 'joly officier' ... sont très employées, particulièrement dans la bouche des jeunes courtisans (dans le sens d'appartenant à la cour) du temps de Louis XIV. Voici un passage avec l’orthographe remaniée comme j’ai pris l’habitude de le faire pour faciliter la lecture : « Le mot de joli homme ne peut jamais signifier autre chose qu’un homme joli ; c'est-à-dire bien fait, agréable & qui plaît, & je consens que cette façon de parler demeure en usage dans ce sens là ; mais à condition qu’on n’abusera plus comme on fait de ce terme de Joli, en le mettant en tant d’endroits où il ne convient point … ».
La beauté à cette époque est un signe de valeur pas seulement physique mais aussi morale. L’élégance et la mode expriment cela ; ce qui est difficile à comprendre aujourd’hui, où le confort prime sur la beauté, et où cette dernière est seulement considérée comme un objet de désir, de possession, et non pas comme l’expression naturelle du savoir-vivre.

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L'air emprunté

L'air emprunté est une apparence que l'on se donne qui copie le modèle. Cette expression existe déjà au XVIIIe siècle.

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Le raffiné

Le raffiné est un type d’élégant de la fin du XVIe siècle, à l'époque de Charles IX (1560-1574), sophistiqué, libertin, duelliste et avec un sens de l’honneur très développé.

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La biche et le daim

labicheauboisrecentre300lmlabicheauboisdetail300lmPhotographies 1 et 2 : Assiette de de Choisy-le-Roi (production HB pour Hippolyte Boulenger) représentant dans son centre : « La biche au bois. » « Avec changements à vue, et nombreux trucs. » Une petite maîtresse passe devant deux daims dont l'un mord sa canne en la regardant (voir article sur les Tics fashionables). Elle conduit sa voiture rapidement. Derrière elle un groom est dressé vers l'arrière. Ce médaillon est signé « H. Nyon ». Sur l'aile légèrement chantournée une frise de branchages et feuilles contient notamment deux tambours sur lesquels on peut lire : « Revue » et « L'année 1866 ».
Cet article fait suite à celui intitulé Biches, haute bicherie, bicheuses et daims.
Dans son  livre Hommes et bêtes : Physiologies anthropozoologiques mais amusantes (Paris, Amyot, 1862), Galoppe d'Onquaire (Jean Hyacynthe Adonis Galoppe d'Onquaire) donne une définition de la biche : « … les biches humaines aiment en effet à se réunir par petites troupes, et elles courent volontiers au-devant de qui les poursuit. Elles adorent ce qui reluit, et, comme les alouettes, elles sont faciles à prendre au miroir. daimassiettedetail300lmLa pelouse de Chantilly, les allées du bois de Boulogne sont les pâturages naturels où s'ébat ce gracieux gibier pendant l'été ; lorsque vient l'hiver, c'est à Paris, dans les baignoires de nos théâtres ou dans certains bals publics assez bien tenus, qu'il faut aller les dépister. Elles sont friandes au possible, digèrent merveilleusement la truffe, pourvu qu'elle soit arrosée de vin de Champagne ; leur pelage varie suivant la zone où le hasard les place : la laine ou la soie poussent sur leur dos, selon les vicissitudes de l'atmosphère amoureuse, et c'est toujours le chasseur qui les fait changer de peau. Leurs repas ne sont pas plus réglés que leurs mœurs : il y a des jours et des nuits où la biche ne quitte pas la provende ; elle déjeune, elle dîne, elle soupe, et tout cela avec une merveilleuse facilité et sans que sa santé ait l'air de s'en apercevoir. Elle est alors d'une gaieté, d'un entrain dont rien n'approche ; elle fait son gras, et c'est le moment de la prendre : elle est tendre, bien à point et délicieuse à croquer daimassiette300lm... D'autres fois, quand manque la pâture, vous la voyez errer, de quatre à six heures, le long des trottoirs les plus fréquentés : sa mise modeste, sa tournure décente et timide vous indiquent un faon aux abois ; son œil en coulisse suit tous vos mouvements : elle épie vos impressions, interprète vos désirs, et d'après les impressions du chasseur, elle peut juger si elle dînera ou ne dînera pas ... » La définition donnée ici est quelque peu sévère car présentant la biche comme exclusivement vénale et ne pensant qu'à se nourrir, alors que c'est avant tout une jeune et jolie promeneuse habituée en particulier du bois de Boulogne où tout le Paris élégant se retrouve pour prendre l'air. Il ne s'agit  pas d'un personnage, mais plutôt d'une apparition, comme l'est l'animal qui lui sert de comparaison et qui surgit subrepticement suscitant une certaine admiration pour sa grâce et un désir d'approche.
Le daim est lui aussi un habitué des promenades champêtres et galantes. C'est un dandy, ami ou compagnon de la biche. Ces noms sont utilisés durant le règne de Napoléon III (1852 à 1870) à partir de 1857 comme cela est indiqué dans le précédent article.
Photographies 3, 4 et 5 : Assiette n°11 de la série « Les animaux intelligents » représentant « Le daim », de Creil et Montereau, ayant une marque au dos utilisée entre 1849 et 1867. Elle représente deux dandys (des daims) et une biche (on remarque son ombre) se promenant dans un lieu qu'une pancarte indique comme étant le « Bois de Boulogne » très à la mode alors.

daimassiettedetailvisages300lm© Article et photographies LM

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Le cavalier, le carrosse, la calèche et la voiture.

affiche300Photographies affichedetail3001 et 2 : Affiche (et détail de celle-ci) de l'exposition Roulez carrosses ! qui se déroule jusqu'au 10 novembre 2013 dans la ville d'Arras, à l'abbaye Saint-Vaast. « Il s’agit de la première exposition française consacrée aux véhicules hippomobiles. Berlines, carrosses royaux et impériaux des collections versaillaises ont pris la route d’Arras pour y être admirés jusqu’en novembre 2013. Le musée des Beaux-Arts accueille ainsi tableaux, sculptures, traîneaux, chaises à porteurs, harnachements de chevaux, ainsi que plusieurs carrosses exceptionnels tels que les voitures du cortège du mariage de Napoléon Ier, le carrosse du sacre de Charles X ou l’impressionnant char funèbre de Louis XVIII. » Sur 1000 m² ces œuvres, présentées chronologiquement de Louis XIV à la IIIe République, sont intégrées dans une scénographie alliant restitutions, animations, immersion et multimédia.

Une visite virtuelle de l'exposition est proposée ici. Vous pourrez même vous retrouver à l'intérieur du carrosse du sacre de Charles X et dans celui du baptême du duc de Bordeaux. 

 

 

 

 

 

 

 

L’art de monter à cheval est une discipline que maîtrise l’élégant. Cependant, comme il est écrit dans Les Lois de la galanterie (1644), calechejaune300lmà partir du XVIIe siècle, Paris étant de plus en plus fréquenté et ses rues crottées, il est recommandé à l’homme de qualité de voyager dans un carrosse. Voici le début de ce passage dont l’orthographe a été adaptée : « Lorsque la Mode a voulu que les Seigneurs et Hommes de condition allassent à cheval par Paris, il était honnête d'y entrer en bas de soie sur une housse de velours et entouré de pages et de laquais. On faisait alors mieux voir sa taille et ses beaux habits, et son adresse à manier un cheval. Mais maintenant, vu que les crottes s'augmentent tous les jours dans cette grande ville avec un embarras inévitable, nous ne trouvons plus à propos que nos Galants de la haute volée soient cabriolet300lmen cet équipage, et aillent autrement qu'en carrosse, où ils seront plus en repos et moins en péril de se blesser ou de se gâter, y pouvant aller en bas de soie ou bottés, puisque la mode est venue d'être botté, si l'on veut, six mois durant sans monter à cheval. »
Le transport sur roues date de l’invention de la roue, c'est à dire de plusieurs millénaires avant Jésus-Christ. Char, coche (dont le nom vient de la ville de Kocs en Hongrie et se retrouve dans la langue française au milieu du XVIe siècle), carrosse (fin XVIe), calèche (XVIIIe), cabriolet (inventé en France vers 1790) … les véhicules hippomobiles (tractés par des chevaux) et à roues ne cessent d'évoluer suivant les technologies et les modes.
Photographies 3 et 4 : Gravures provenant de revues de mode de la fin du XVIIIe siècle ou du début du XIXe.
ABaroucheLandau300lmPhotographie 5 : « A Barouche Landau. » Gravure provenant d'un magazine de mode du début du XIXe siècle, sans doute de la revue anglaise nommée Le Beau Monde et datant de 1806. Le barouche est une calèche. Cette dernière est inventée au XVIIIe siècle sur le Continent. Elle est importée en Angleterre et très à la mode à l'époque georgienne (1714 - 1830). La calèche anglaise est appelée barouche. Celle présentée ici allie ce type à celui du 'landau' qui d'après Wikipédia est « Créé en Allemagne, dans la ville de Landau in der Pfalz dont il tire son nom », est « introduit en Angleterre en 1747 », devient « à la mode en France à partir de 1850 », et reste un « véhicule de prestige jusqu'à la Seconde Guerre mondiale ».

Photographie 6 : Illustration de La Mode, datant de 1837.

LaMode1837Equipage300lmPhotographie 7 et suivantes : Cartes postales du début du XXe siècle présentant des allées du bois de Boulogne et des avenues y menant.

promenadeboisdeboulogne300lmAvec la mode anglaise, la France importe au milieu du XVIIIe siècle une certaine passion d’Outre-Manche pour l’équitation ; influence qui ne cesse de s’intensifier au XIXe avec une partie du 'high-life' qui se réunit et parade lors de manifestations équestres (promenades à cheval au bois de Boulogne, chasses, courses de Longchamp, de Chantilly…). Les femmes y sont très présentes (voir la définition de l’amazone). Dans le quatrième article sur l'anglomanie il est question de cette mode pour les courses et les chevaux. Concernant l'hippodrome de Longchamp voir l'article intitulé Longchamp(s). Ce champ de courses se situe surpromenadeboulognealleedesacacias300lm le site de l'ancienne abbaye royale de Longchamp fondée en 1255 par Isabelle de France, sœur de Saint-Louis. Cet édifice religieux est jusqu'à sa destruction à la Révolution  le sujet d'une immense parade de la mode.
Le costume anglais qui devient populaire à partir du XVIIIe siècle en France, l’est justement parce qu’il est simple et pratique pour monter à cheval tout en étant élégant. Le bois de Boulogne est un des lieux chics de la vie parisienne du XVIIIe siècle au début du XXe où viennent s’exercer et se montrer les élégants cavaliers et cavalières parisiens ainsi que les beaux équipages. Crafty (1840-1906) écrit et illustre plusieurs livres sur le cheval et tout ce qui tourne autour. Dans son ouvrage illustré datant de 1890 : Paris au bois, il offre un tableau de toute cette agitation élégante avec la Potinière, le Persil de l'allée des Acacias, les courses de Longchamps. Il décrit quelques-uns de ses cavaliers pratiquants : les superchics, rastaquouères, amazones exotiques, écuyères parisiennes …boisdeboulogneacacias300lm Dans la Seconde suite d'estampes pour servir à l'histoire des moeurs et du costume des français dans le dix-huitième siècle publiée en 1776, on peut lire qu’à cette époque femmes et hommes font de l’exercice à cheval au bois de Boulogne. Et puis : « Cette promenade, renfermée dans une vaste enceinte, près de la Capitale, est le théâtre d’une infinité d’aventures galantes qui se renouvellent tous les jours. Le bois de Boulogne réunit l’épaisseur des sombres forêts, & l’agrément des allées alignées avec art. Dans un beau jour on y voit d’un côté, de longues files de carrosses où l’indolence étale tout le faste du luxe ; et de l’autre, le tambourin anime des danses villageoises, & des couples amoureux y trouvent en même temps la solitude qu’ils recherchent. Les hôtes de ces bois sont rarement effarouchés par le bruit des armes, & la Déesse de la Chasse est négligée dans ce lieu, pour celle des Amours. L’air de ce séjour, n’inspire point les idées sanguinaires de la destruction : tout y respire la volupté. »

Quant à la voiture, on pourrait croire que le mot apparaît avec les véhicules motorisés. En fait il désigne un moyen de transport aussi bien des hommes que des marchandises déjà au XIIIe siècle. Carrosses, litières ou bateaux sont aussi appelés 'voitures'. Cette définition perdure pendant les siècles qui suivent. On la trouve dès la première édition du Dictionnaire de l'Académie française de 1694 ; et dans les revues de mode du XVIIIe siècle on représente des 'voitures' ainsi désignées.

promenadeavenueduboisdeboulogne500lm© Article et photographies (sauf indiquées) LM

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Détails

LeLivrealaModePagedeTitre300lmPhotographies du livre dont il est question ici.
Les détails sont important dans la mode. L'ouvrage intitulé Le Livre à la Mode publié en 1759 par un auteur anonyme (il s'agit de Louis-Antoine Caraccioli : 1719-1803) sous une édition fantaisiste (« A Verte-Feuille, De l'Imprimerie  du Printemps, au Perroquet. L'Année Nouvelle. ») commence, finit et revient régulièrement sur le sujet de son impression en encre verte. Écrit tel un caprice de petit maître, Il virevolte comme marche cet élégant, suivant l'air du temps qui est alors à la volupté et à la fantaisie. La futilité est son fil d'Ariane. Il donne des préceptes, « qui puissent guider un jeune homme de qualité au milieu du beau monde » ainsi qu'une petite-maîtresse, et qui consistent en grande partie à cultiver certains détails dans l'apparence, ce que l'on appelle au XIXe siècle des 'tics'. C'est un plaidoyer ironique pour les petits maîtres et pour la mode, sur la légèreté et tous les détails qui rendent la vie plus gaie : comment porter un éventail,  les chapeaux, comment se coiffer, le rire, les expressions du visage etc. : « Rien de plus comédien dans le monde que le minois de nos Dames, & même de nos petits Messieurs. Oh! comme ils jouent de la prunelle, comme ils grincent les dents, comme ils se mordent la langue, comme ils froncent le sourcil, comme ils allongent leur physionomie, comme ils clignotent, & comme ils ont des regards contempteurs à la douzaine ! Je défie le plus malin Sapajou d'en pouvoir faire autant. Joignez une lorgnette à tout cela, & il faudra nécessairement avouer qu'un visage à la mode renferme une multitude de connaissances & de merveilles. Ce n'est pas sans dessein que nous venons d'entrer dans ces détails. Nous voulons fournir à bien des gens qui ont de l'esprit, mais qui sont maussades, les moyens de devenir intéressants. J'ai connu une Dame qui n’avait, pour tout mérite, que l’allongement de son petit doigt, & elle était environnée d'une foule d'admirateurs. LeLivrealaModePage300lmJ'ai vu un Prédicateur qui n’avait pour talent, que celui de bien promener un beau bras, & son Auditoire était toujours plein. Je sais un Seigneur qui n'a de science que celle de prendre joliment du tabac, & de se moucher encore plus joliment, & il jouit d'une considération distinguée. Il faut tout faire avec grâce, & concerter toutes ses démarches suivant le ton de la bonne compagnie. La République des Petits Maîtres n'est point idéale, comme celle de Platon ; elle existe, & ses statuts s'étendent sur tous les détails, dont les yeux, la bouche, les mains, la tête & les pieds sont susceptibles. […] On nous apprend tous les jours à nous tuer, & cela ne nous paraît point étrange : n'est-il pas plus raisonnable de nous montrer à vivre joliment, & à nous rendre aimables ? Pourquoi ne fait-on pas un arsenal d'éventails, ainsi que de fusils & pourquoi ne nous enseigne-t-on pas à nous escrimer avec les yeux, comme avec l'épée ? On ne saurait croire les belles découvertes qu'on peut faire dans la seule partie des yeux, pour nous attirer des admirateurs. Ils parlent chez les femmes du monde, tandis qu'à peine ils existent chez un simple Bourgeois. Quel malheur de n'être, ni bien éduqué, ni bien maniéré ! On ne peut impressionner personne ; l'on fait de tout son corps une véritable désobligeante, & c'est d'autant plus perfide, que la société se trouve farcie de gens rouillés, qui n'ont, ni ressorts, ni élasticité, & qui vous persiflent superlativement. Combien de fois, en effet, n'avons-nous pas été excédés, anéantis, en voyant la maussaderie de cette foule d'hommes ignobles dans leur démarche & dans leurs regards ? S'ils chantent, on croie qu'ils hurlent; s'ils parlent, on s'imagine qu'ils disputent; s'ils se mouchent, on dirait qu'ils … ; s'ils saluent, on pense qu'ils heurtent; s'ils mangent, on se persuade qu'ils dévorent. Un sot, dit la Bruyère, ne parle, ne joue, ne marche , ni ne se mouche comme un homme d'esprit. Il est donc essentiel de corriger ces sottises, & d'achever de rendre le monde tout merveilleux & tout joli. »
Le livre en entier est visible ici.

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Dentelles normandes

ExpoDentellesCaen300.jpgPhotographie de gauche : Affiche de l'exposition Dentelles : Quand la mode ne tient qu’à un fil. « Robe Yves Saint Laurent, Paris, Vogue, 1970. » © Jeanloup Sieff.
Photographie de droite : « Jupe, faille [étoffe de soie à gros grain] gris bleu couverte de chantilly, 1870-1875, Musée d'art et d'histoire de Genève © MAH Genève ».
RobeDentelle-400.gifJusqu'au 4 novembre 2012, le musée de Normandie du château de Caen donne à voir une exposition intitulée Dentelles : Quand la mode ne tient qu’à un fil, retraçant l'histoire de la dentelle depuis le XVIIe siècle jusqu’aux premières années du XXe. C'est Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), un des principaux ministres de Louis XIV (1638-1715), qui lance véritablement l'industrie de la dentelle en France et en fait une des toutes premières du monde. En Normandie celles d'Alençon, d'Argentan ou de Bayeux sont réputées.
Ceux qui ne passeront pas par Caen cet été, peuvent toujours lire les quelques pages thématiques du site du musée :
Origine de la dentelle en Normandie ;
Le sacre des dentelles normandes ;
Couture et confection ;
Dentellières de Normandie ;
Dentelles d'aujourd'hui.

© Article LM

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La femme de chambre et le valet de chambre

lafemmedechambre300lmPhotographies : Assiette du XIXe siècle de Choisy-le-Roi intitulée « La femme de chambre ». La marque au dos indique « P&H » pour « Paillard et Hautin » actifs de 1824 à 1836 semble-t-il : ce qui correspond aussi à l'époque des vêtements du personnage.
Comme je le montrerai dans un prochain article sur le page, le service est une notion importante de l'élégance française et pas du tout dégradante, au contraire. Un bon et beau service est gage de goût. Dans un temps où la toilette est un moment stratégique de la journée (voir article La Toilette d'apparat des XVIIe et XVIIIe siècles), la femme et le valet de chambre ont une importance particulière. Pour le monde extérieur, ils sont les intermédiaires permettant d'accéder à ce moment d'intimité privilégié qu'est la seconde toilette du personnage que l'on souhaite entretenir.
La femme de chambre est le premier miroir de la dame, sa confidente, son amie, sa personne de confiance. Elle fait en sorte que tout soit parfait, que les vêtements soient repassés, propres et en très bon état. Elle accueille les invités de la seconde toilette, règle les affaires qui s'y donnent qui ne sont pas toutes de l'ordre de la coquetterie et de la mode et peuvent concerner l'amour, les affaires et les audiences. Jean-François Féraud écrit dans son Dictionnaire critique de la langue française (Marseille, Mossy 1787-1788) :lafemmedechambredetail300lm « On dit un valet de chambre, et non pas un homme de chambre ; mais on dit, femme de chambre, et non pas fille de chambre ; et quand une Dame en a plusieurs, elle dit, mes femmes, sans ajouter de chambre. » Certaines maisons, et notamment la reine, ont plusieurs femmes de chambre dont celle appelée 'la première femme de chambre'.
L'importance du valet de chambre est similaire à son homologue féminin. Chez le roi et dans la haute aristocratie on distingue le valet de chambre, du premier valet de chambre. du valet de garde-robe, du premier valet de garde-robe. Wikipédia donne une Liste de valets royaux et impériaux. Dans l'article consacré au valet de chambre de Louis XVI Marc-Antoine Thierry de Ville-d'Avray il est écrit que : « Au XVIIIe siècle, la charge de premier valet de chambre n'a rien à voir avec une fonction de domestique. Tout anachronisme gardé, cette tâche s'apparente davantage à celle de chef de cabinet (voire directeur de cabinet sur certains sujets) aujourd'hui. Louis XVI lui accordait toute sa confiance. Pour preuve, Thierry résidait au cœur des petits appartements du Roi, au second étage du corps central, dans un logement donnant sur la cour de marbre, créé à partir du spacieux appartement affecté par louis XV à la Comtesse du Barry. Cette dernière ayant dû quitter le palais versaillais dès le décès de son royal amant. Son voisin direct étant le mentor de Louis XVI : le Comte de Maurepas, qui obtint, l'autre partie de l'appartement de Madame du Barry. Louis XVI avait ainsi accès à tout moment, et discrètement (grâce au secret des petits cabinets intérieurs), à son plus proche collaborateur et à son ministre principal. »

Photographie du dessous : Portrait de Madame Jeanne Campan (1752-1822), première femme de chambre de la reine Marie-Antoinette, surintendante de la maison impériale de la Légion d'honneur, provenant de l'exposition intitulée Les dames de Trianon se déroulant au grand Trianon de Versailles jusqu'au 14 octobre 2012. © RMN-GP (Château de Versailles) / Droits Réservés.

MadameCampan.jpg© Article et photographies (sauf indiqué) LM

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L'honnête homme

LeCaractereDeLHonneteHommeFrontispicedetail1-500lmPhotographies : Frontispice et page de titre de Le Caractère de l'Honnête-Homme. Morale. Dédié au Roi. Par M. l'Abbé de Gérard (Paris, Amable Auroy, 1688). La gravure a pour légende : « Les Entretiens de Philemon, LeCaractereDeLHonneteHommeFrontispice300lmet de Théandre, sur la Philosophie des gens de Cour. Morale. ou Le Caractère de l'honnête-homme et du Chrétien. » Cette édition est la seconde, la première datant de 1682 (Paris, veuve S. Huré).  Quant à son auteur, d'après « A.. Péricaud l'aîné » (Notes et documents pour servir à l'histoire de Lyon …,  Roanne, imprimerie de Ferlay, 1858-1860) : « Il est à présumer qu'Armand de Gérard est le même que l'abbé Gérard auquel on doit La Philosophie des gens de Cour, Paris, 1680, in-12, et Le Caractère de l'honnête-homme, Paris, 1682, in-12. V. les P. de 1688 ... »
L'honnête homme est une personne d'honneur et de probité ayant, comme le dit l'édition de 1762 du Dictionnaire de L'Académie française, « toutes les qualités sociales & agréables qu'un homme peut avoir dans la vie civile. » Il semble naître avec l'époque moderne, qui débute avec la fin du Moyen-âge. Il est un des nouveaux modèles de la civilité à partir du XVIIe siècle. Il se distingue de l'aristocrate qui lui est gentilhomme, courtisan et suit des préceptes courtois et galants. Sa morale n'est pas non plus celle d'un homme d'église. Il s'apparente davantage à l'humaniste plus austère qui se mue au XVIIIe siècle en philosophe des Lumières. Il s'inscrit dans l'épanouissement de la raison : concept premier de l'époque moderne. LeCaractereDeLHonneteHommeTitreClair300lmS'il se confond parfois avec le gentilhomme, il n'en est pas obligatoirement un. Il est davantage issu d'une morale bourgeoise : le bourgeois étant lié à la cité et donc plus particulièrement à la civilité. A une époque où la royauté représente l’État et le pouvoir sur terre, la noblesse est l'exemple à suivre, et l'honnête homme et l'homme de qualité se mélangent souvent avec le gentilhomme qui, comme son nom l'indique est un noble (voir article Le gentilhomme).
Le sieur Faret (Nicolas Faret : 1596-1646) publie en 1630 : L’Honnête Homme ou l'Art de plaire à la Court [orthographe de l'époque]. Il y décrit les qualités que l'honnête homme doit posséder : être noble, avoir une grâce naturelle, une éloquence du corps, de l’âme, des gestes et de la parole, des qualités d’esprit, de la culture, une connaissance des excellentes manières et en particulier celles de la cour, être un homme de bien, savoir converser, être courtois, doux, avoir de la civilité, être galant, avoir de la probité, être élégant, habillé avec justesse et  propreté … D'autres auteurs traitent ce sujet au XVIIe siècle. Antoine de Courtin (1622-1685) écrit plusieurs traités destinés à l’honnête homme comme son Nouveau traité de la civilité qui se pratique en France parmi les honnêtes gens (1671) qu’il prolonge d’une Suite de la Civilité Française ou Traité du Point-d’Honneur et des règles pour converser et se conduire sagement avec les Incivils et les Fâcheux (1675), car comme il le fait remarquer en préambule : les maximes d’honnêteté et de bienséance seraient suffisantes «  si on pouvait se promettre une paix & une douceur réciproque parmi les hommes », mais « il est visible aussi qu’il ne suffit pas pour converser avec le monde d’être civil, honnête, obligeant, & bienfaisant envers ceux qui le sont ; mais qu’il faut encore savoir supporter les indignités & les injures de ceux qui ne le sont pas ». Au XVIIe siècle, l’honnête homme doit être cultivé, se verser dans les sciences et préfigure le philosophe des Lumières. Charles Le Marquetel de Saint-Denis, seigneur de Saint-Évremond (vers 1613-1703) écrit un Jugement sur les Sciences, où peut s’appliquer un honnête homme. Au XVIIIe siècle les livres ayant pour sujet l'honnête-homme sont encore plus nombreux, et continuent de l'être au XIXe. Celui intitulé La Religion sans prêtres, ou Le Catéchisme de l'Honnête Homme (Paris, 1790), visible ici, met clairement la raison au dessus de la religion. 

LeCaractereDeLHonneteHommeFrontispicedetail300lm© Article et photographies LM

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Les dames de Trianon

MadameAdelaidedeFrancefilledeLouisXVPhotographie du dessus : « Madame Adélaïde de France (1732-1800) faisant des nœuds. Jean-Marc Nattier (1685-1766). Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © RMN-GP (Château de Versailles) / Daniel Arnaudet. » Sur ce portrait la princesse tresse des fils d'or.
MarieAntoinettedAutrichePhotographie de gauche : « Marie-Antoinette, archiduchesse d'Autriche, future Dauphine de France (1755-1793). Jean-Baptiste Charpentier, le Vieux (1728-1806). Joseph Ducreux (1735-1802) (d'après). Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © RMN-GP (Château de Versailles) / Daniel Arnaudet. » Ce portrait date de 1769 et représente Marie-Antoinette à l'âge de 14 ans. Son regard semble suivre celui du spectateur qui déambule autour du tableau. Les regards des portraits présentés dans cette exposition sont souvent très expressifs et tous différents.
Photographie de droite : « Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour (1722-1764). Jean-Marc Nattier (1685-1766). Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © RMN-GP (Château de Versailles) / Daniel Arnaudet. »
Le grand trianon de Versailles accueille du 3 juillet au 14 octobre 2012 une exposition intitulée Les dames de Trianon présentant des portraits peints (par d'importants artistes) des grandes dames ayant habité cette demeure depuis sa construction au XVIIe siècle jusqu'à la fin de la monarchie au XIXe.
Cet édifice est un petit joyaux de l'architecture. Il succède au trianon de porcelaine construit en 1670 par Louis Le Vau et François d'Orbay pour Louis XIV dont les façades sont recouvertes de carreaux de faïence bleue et blanche. Seulement la faïence résiste mal au gel et se fissure. On ne trouve à cette époque de beaux exemples de compositions en céramique extérieures que dans des contrées du sud comme dans les pays arabes, en Espagne, au Portugal, au Brésil, en Asie … Certains azulejos décorant des façades extérieures d'édifices, de jardins etc., sont particulièrement beaux.
MarquisedePompadourLe roi décide de remplacer le premier bâtiment et demande à Jules Hardouin-Mansart d'édifier en 1687 un trianon de marbre. Celui-ci, situé dans le parc du château de Versailles, est au départ construit pour s'intégrer au jardin. Ses colonnes et façades de marbre rose sont d'un merveilleux effet sur le bleu du ciel et font de ce bâtiment un véritable joyaux : une ode à l'art qui se différencie de la nature et ses piliers de verdure, formant avec elle un temple voluptueux. L'intérieur est parsemé de frises bucoliques et contient de très nombreux tableaux de chevalet dont la plupart (même les mythologiques qui constituent le moitié du total et sont des chefs-d’œuvre de l'art classique français de cette époque) ont un rapport avec la nature et les éléments. Louis XIV en fait peindre près de 160 pour ce lieu.
Ce temple aux piliers roses (Paris contient plusieurs édifices avec des colonnes de marbre de couleur rose ou rouge comme la fontaine Saint-Michel ou le Sénat dont certaines viendraient des thermes romains où se trouve l'actuel hôtel de Cluny) est dédié aux dames. Il est tout particulièrement bien choisi pour y présenter des portraits de celles qui y ont habité. Que l'on s'intéresse à l'histoire, à la peinture de portraits ou à la mode ... on y trouve dans tous les cas son bonheur. Pour la mode : on assiste à son évolution à travers les toilettes de ces grandes dames restituées dans les moindre détails par quelques-uns des meilleurs peintres de l'époque. L'exposition commence par un portrait de Madame Jeanne Campan (1752-1822), première femme de chambre de Marie-Antoinette (je publierai ce mois un article sur les femmes de chambre et les valets de chambre). Puis se succèdent reines, princesses et autres grandes dames, dans des environnements de leur époque.
Photographies du dessous : - « Portrait en pied de la reine Marie-Thérèse, infante d'Espagne, en grand costume royal (1638-1683). Charles et Henri Beaubrun (1604-1692), (1603-1677). Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © RMN-GP (Château de Versailles) / Hervé Lewandowski. » - « Françoise-Athénaïs de Rochechouart-Mortemart, marquise de Montespan (1641-1707). Pierre Mignard (1612-1695) (d'après). Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © RMN-GP (Château de Versailles) / Gérard Blot. »

dames1Photographies du dessus : - « La reine de France, Marie Leszczynska (1703-1768) en grand costume de cour. Vers 1725. François Albert Stiemart (1680-1740). Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © RMN-GP (Château de Versailles) / Gérard Blot. » - « Marie Josèphe de Saxe, dauphine de France, en 1747 (1731-1767) représentée devant le bassin de Latone et la perspective du Tapis vert à Versailles. Jean-Marc Nattier (1685-1766). Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © RMN-GP (Château de Versailles) / Daniel Arnaudet. »
Photographies du dessous : - « Yolande-Gabrielle-Martine de Polastron, duchesse de Polignac (1749-1793). Portrait "au chapeau de paille" en 1782. Elisabeth Louise Vigée-Le Brun (1755-1842). Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © RMN-GP (Château de Versailles) / Gérard Blot. » - « Portrait à mi-corps de Pauline Bonaparte, princesse Borghèse, duchesse de Guastalla (1780-1825). Robert Lefèvre (1755-1830). Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © RMN-GP (Château de Versailles) / Droits Réservés. »
dames2Photographies du dessus : - « Louise-Marie-Thérèse-Charlotte-Isabelle d'Orléans, reine des Belges (1812-1850), en 1841. Franz Xaver Winterhalter (1806-1873). Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © RMN-GP (Château de Versailles) / Daniel Arnaudet. » - « Eugénie de Montijo, impératrice des Français (1826-1920). Représentée en robe de bal, portant le cordon de Grand-Croix de l'ordre des Dames Nobles de Marie-Louise d'Espagne. Edouard-Louis Dubufe (1819-1883). Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © RMN-GP (Château de Versailles) / Gérard Blot. »

Photographie du dessous : Détail d'une peinture.

main.jpg© Article LM

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Chapeaux très hauts de forme

1822-1823-1824-bustesPhotographies : Planches de 1822, 1823 et 1824 provenant du Journal des Dames et des Modes qui est publié de 1797 à 1839 sous des noms différents.
1822-1823-1824Cet article fait suite à celui intitulé Le haut-de-forme.
Dans le premier tiers du XIXe siècle, les chapeaux masculins prennent des formes gigantesques. Il est question de cela dans les articles intitulés Incroyables chapeaux et Chapeaux du début du XIXe siècle : les bolivars et les morillos. Le haut-de-forme est à la mode chez les hommes dès le commencement du XIXe jusqu'au premier tiers du siècle suivant. C'est dans les années 1820 qu'il est le plus haut : à l'époque des gandins et des dandys.
Photographie : Personnages d'une estampe des années 1820 représentant un dandy et sa compagne. Cette dernière lui a pris son haut-de-forme. Elle s'en coiffe en demandant à son ami : « Comment me trouves-tu ? » Celui-ci répond en approchant le bout des doigts de sa main gauche rassemblés vers ses lèvres pour exprimer une admiration mêlée d'ironie.

commentmetrouvestublanc300lm

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La carte du royaume des précieuses

RecueilDePiecesEnProsesLaCarteDuRoyaumeDesPrecieuses650lmDans le premier volume de Recueil des pièces en prose Les plus agréables de ce Temps datant de 1657 et édité par Charles de Sercy, on peut lire un texte intitulé « La Carte du Royaume des Précieuses » : « On s'embarque sur la rivière de Confidence pour arriver au port de Chuchoter ; de là on passe  par Adorable, par Divine, & par ma Chère, qui sont trois villes sur le grand chemin de Façonnerie, qui est la capitale du royaume. A une lieue de cette ville est un château bien fortifié, qu'on appelle Galanterie. Ce château est très noble, ayant pour dépendants plusieurs fiefs, comme Feux cachés, Sentiments tendres & passionnés, & Amitiés amoureuses. Il y a auprès deux grandes plaines de Coquetteries, qui sont toutes couvertes d'un côté par les montagnes de Minauderie, & de l'autre par celles de Pruderie. Derrière tout cela est le lac d'Abandon, qui est l'extrémité du royaume. »
Photographie : Double page de Recueil des pièces en prose Les plus agréables de ce Temps [Première partie]  édité par Charles de Sercy du XVIIe siècle.

© Article et photographie LM

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Lorgnettes et lunettes noires

ModesdeParis1803detail 300lmModesdeParis1803 300lmPhotographies du haut et de gauche : Planche 426 de l’an XI (pour 1802-3) provenant du Journal des Dames et des Modes fondé à Paris en 1797. « Turban de Batiste. Corsage et Manches Drapés. »

Dans l'article intitulé Lorgner et oeillades, j'évoque cette pratique française qui aujourd'hui a quasiment disparu, de 'lancer des yeux' et de l'utilisation de divers ustensiles permettant de voir. S'il est de bon ton de scruter, contempler, examiner avec insistance, ou 'd'évoquer' par le regard ; il l'est aussi de feindre une certaine forme de myopie. Rochette de La Morlière (1719-1785) dépeint cela dans un passage de son livre Angola, histoire indienne : « … Almaïr s'apercevant tout-à-coup qu'il n'avait point de lorgnette, le lui fit remarquer comme une furieuse incongruité. Il n'y avait rien de si bourgeois & de si plat que d'avoir la vue bonne : tous les gens d'une certaine façon clignotaient & ne voyaient pas à quatre pas, & sans cela il n'y aurait pas eu moyen d'y tenir, il aurait fallu saluer tout le genre-humain. » Cette façon de chercher à voir et à ne pas voir continue à l'époque des Incroyables durant le Directoire (1795-1799) tout particulièrement et même par la suite comme le prouve la photographie suivante où on apprend que certains lions (petits maîtres appelés ainsi en particulier à partir de 1830) regardent en entrouvrant à peine les yeux. Cette façon s'exprime encore aujourd'hui dans l'utilisation par quelques modeux de lunettes de soleil, en particulier la nuit.
Photographies du dessous : « Prophéties charivariques. » Avec de gauche à droite : « Les lions après avoir totalement supprimé les bords de leurs chapeaux, porteront des bord immenses, puis, ils les resupprimeront et continueront à regarder sans ouvrir les yeux. »

ProphetiesCarivariquesHautdetails100lmPhotographie du dessous : Autre illustration de la même série. Le petit-maître porte un monocle avec un large cordon, et les petites maîtresses sont dans un style 'invisible' (voir l'article La petite-maîtresse invisible).

ProphetiesCarivariquesBasdetailgauche300lm.jpg© Article et photographies LM

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La Vie de château

laviedechateaurecadresurimage500lmPhotographie : « La Vie de château », « 2ème partie, N°9 », « Causerie du soir. »  Lithographie originale provenant de Voyage en Angleterre, en couleurs (coloriée à l'époque) de 1829-1830, laviedechateaurecadre300lmsignée du dessinateur Eugène Lami (1800-1890) et du lithographe Villain. On trouve une estampe identique ici. Voici un autre exemple de cette série se situant dans la période des dandys français. Les personnages présentés sont anglais mais les artistes les ayant dessinés sont français.
Le château est une des belles productions des arts français. Son origine est médiévale. Avec les palais et hôtels particuliers, ils sont les demeures les plus prestigieuses. Si, à première vue, la différenciation est facile, l'expliquer par des mots l'est beaucoup moins pour les deux premiers.
La vraie distinction est peut-être que le palais s'intègre à la ville, alors que pour le château c'est l'urbanité (s'il y en a) qui se déploie autour de lui. Le palais royal et le palais du Louvre s’enchâssent dans Paris, alors que le château du Louvre est extérieur. On parle de château de Versailles plutôt que de palais, pour cette même raison, car la ville s'est construite autour de lui. Le palais des papes à Avignon s'insère dans la cité. En France il n'y a pas de palais construit en dehors d'une ville contrairement aux châteaux qui sont nombreux à être isolés. Ces derniers gardent un aspect massif s'élevant en hauteur, ce qui est dû à leur origine défensive et l'élévation (la motte castrale) sur laquelle il sont souvent construits. Mais ce n'est pas du tout le cas pour le château de Versailles s'étalant, avec des pièces spacieuses et fastueuses plus dignes d'un palais que d'un château. Certains châteaux, construits, réaménagés ou remplaçant de plus anciens à partir de la Renaissance perdent leur aspect défensif et s'ouvrent sur l'extérieur.
L'hôtel particulier est totalement urbain. Il en est question dans l'article Hôtels particuliers parisiens.
Voici une vidéo sur le sujet des hôtels particuliers parisiens, produite par Stand Alone Media, intitulée L'hôtel particulier : une originalité parisienne. Il s'agit d'un entretien de Julia Sieger avec Claude Mignot, professeur d’histoire de l’art et d’architecture moderne à l’université Paris-Sorbonne.  

© Article et photographies LM 

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Le corset : outil d'élégance

corsetstransparents300lmPhotographie du dessus : Corsets des années 1900.
C'est le quatrième article que j'écris sur le corset. Les précédents sont : Le corps à baleines, le corset et le tailleur de corps ; Corsets masculins ; Du corset à la crinoline : Les lignes caricaturales d'un corps social du XIXe siècle qui se dessine. Celui-ci s'intéresse aux corsets des XIXe et XXe siècles.
Dans son livre Usages du Monde : Règles du Savoir-Vivre dans la Société Moderne (Paris, 20e édition, 1890), la baronne Staffe explique dans son avant-propos, qu'en 1830, on dit d'un « gentilhomme, modèle du savoir-vivre d'alors, qu'il aurait fait le tour de l'Europe sans toucher du dos le fond de sa calèche de voyage. » Aujourd'hui, un kinésithérapeute affirmerait qu'il n'est pas bon de laisser le dos en position assise sans soutien. Le corset permet alors non seulement ce soutien mais aussi de garder la colonne vertébrale droite. Il façonne le corps pour lui donner prestance et délicatesse.
Photographies suivantes : Corsets de la fin du XIXe siècle et du début du XXe (montage).
0corsets650lmAu début  du XXe siècle le corset couvre de plus en plus les fesses pour vers 1910 prendre le dos et entièrement le bassin. Dans le premier tiers de ce siècle, celui-ci est de moins en moins rigide et ressemble à une gaine, excepté que cette dernière supporte avant tout le bassin alors que le corset de cette époque à la fois celui-ci et le dos, montant jusqu'à la poitrine. L'objectif est d'atteindre une silhouette fine et droite.
Photographies du dessous : Corsets des années 1910.

1910400lm© Article et photographies LM

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Vertugadins, paniers, crinolines et tournures.

lesmodesdenosfemmesdetailblanc400lmPhotographie du dessus : Détail d'une assiette du XIXe siècle décrite plus loin.
robealaturquedetail300lmPhotographie de gauche : Gravure provenant de Galerie des Modes et Costumes Français, 30e. Cahier de Costumes Français, 23e Suite d'Habillements à la mode en 1780. « […] Robe dite à la Turque […] on la voit ici dans toute son étendue la queue traînante. » Robe à paniers et traîne du dernier tiers du XVIIIe siècle.
Un article sur les vertugadins, paniers, crinolines et tournures peut être très long ; et j'ai beaucoup de matière iconographique pour l'illustrer. Cependant écrivant dans mon blog sans contrepartie financière, je ne peux prendre trop de mon temps. C'est dommage car ces modes sont passionnantes, d'autant qu'elles donnent à la gente féminine des silhouettes merveilleuses et induisent une vision du monde très différente de celle d'aujourd'hui plus affairée, plus pratique, moins coquette.
La mode des robes larges semble naître avec l'époque moderne qui commence à la fin du Moyen-âge : au XVe siècle. Sans doute en trouve-t-on des exemples plus anciens, mais je n'en connais pas.
C'est en Espagne que LE VERTUGADIN apparaîtrait pour la première fois, avec la princesse Jeanne de Portugal (1438-1475), reine de Castille. De la cour espagnole, cette mode se retrouve en Angleterre par l'entremise de Catherine d'Aragon qui l'importe en se mariant en 1501 avec le prince Arthur, un des fils d'Henri VII. Le vertugadin ressemble alors à la crinoline du XIXe siècle. Il a une forme de cloche se plaçant sous la robe et est composé de cerceaux. La France l'adopte au XVIe siècle mais en le modifiant, donnant de l'ampleur surtout au niveau de la hanche par l'intermédiaire d'un bourrelet remplacé ensuite par un plateau.
Photographies du dessous : A gauche, robe à vertugadin de la fin du XVIe siècle (gravure d'époque provenant de Habiti antichi, et moderni di tutto il Monde ... de Cesare Vecellio). Au milieu, robe volante de la  Régence (1715-1723). On remarque les 'plis à la Watteau' dans le dos. A droite, robe à la française du second tiers du XVIIIe siècle.
3imagesPhotographie du dessous : Robes volantes d'époque Régence.
dameasatoiletterocaille650lmPhotographie de droite : Détail d'une gravure provenant de la revue Galerie des Modes de 1778 et ayant pour légende : « Petite Maîtresse en Robe à la Polonaise de toile peinte garnie de petitemaitressetransparent300lmmousseline, lisant une lettre ».
Progressivement, au XVIIe siècle, le vertugadin devient plus sage. A la fin de ce siècle, il ressemble parfois à un simple rembourrage dans le dos (ayant la forme de la tournure de la fin du XIXe siècle), pendant qu'à nouveau à la cour d'Espagne est inventé LE PANIER. En France, Madame Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, surnommée Madame de Montespan (1640-1707) porte une robe dite 'battante' afin de cacher ses grossesses. Sous la Régence de Philippe d'Orléans (1715-1723) les larges robes 'volantes' ou 'battantes', appelées aussi robes de chambre sont à la mode. Le panier est placé sous la robe, ou plutôt sous un jupon. Il est constitué de baleines. Il semble qu'on utilise aussi bien le singulier que le pluriel pour désigner ce sous-vêtement : 'panier' ou 'robe à paniers'. Durant le règne de Louis XV (1723-1774), la 'robe à la française' (appelée en France sacque) remplace la précédente mais conserve les 'plis à la Watteau' dans le dos ainsi que le panier qui prend une forme ovale élargissant les hanches tout en offrant une silhouette plus ou moins plate derrière et devant le bassin. Elle est composée d’un manteau fermé puis ouvert sur une pièce d’estomac et une jupe assortie. Le pourtour de l’ouverture du manteau et la partie visible de la jupe sont agrémentés de bouillonnés variés et de falbalas. Le corsage est ajusté sur le devant et sur les côtés. Le décolleté est profond. On fixe aux manches (en pagode) des engageantes amovibles de dentelle ou de mousseline brodée. Certaines de ces robes ont une envergure peut-être encore jamais atteinte. Sous Louis XVI (roi de 1774 à 1791), la robe à la française prend progressivement la place du grand habit lors des cérémonies officielles pour devenir une tenue d’apparat. La mode est aux robes 'à la polonaise', 'à la circassienne' et 'à l'anglaise'. Les deux premières sont encore très amples contrairement à la dernière. la robe à la Polonaise encore appelée 'robe à la reine' a de nombreuses variantes qui toutes présentent les mêmes caractères généraux : les manches en sabot, un corsage qui tient à la double jupe : c'est-à-dire que le devant et les dos sont d'une pièce jusqu'au bas de la robe.
costumefrancais4joliefemmedetail300lmPhotographie de gauche : Estampe du 10e Cahier de Costume Français, 4e Suite d'Habillements à la mode. « Dessiné par Desrais » « Gravé par Voisard » « Jolie Femme en Circassienne de gaze d'Italie puce, avec la jupe de la même gaze couvrant une autre jupe rose garnie en gaze broché avec un ruban bleu attaché par des Fleurs et glands et gaze Bouillonné par en bas, et des manchettes de filet, coiffée d'un Chapeau en Coquille orné de Fleurs et de Plumes. »  Sur Internet on trouve ce reste de description (Centre de recherche du château de Versailles) : « Circassienne de Gaze. Jolie femme en Circassienne, vue par devant ; le corps est décoré de chaque côté, par trois brandebourgs en or, avec leurs glands en paillettes ; la robe de gaze est relevée avec des bouquets de fleurs retenues par des glands ; garniture de gaze en tuyaux. La jupe de gaze, semblable à la robe, sert de voile à une autre jupe de couleur différente ; la soubreveste terminée en pointe, doit être de couleur pareille à la jupe voilée ; les manches de la robe, très courtes, ornées de leur bordure, attachée par des glands, et livrant passage aux manches de la soubreveste, garnies de manchettes de blonde, à deux rangs. Le volant est peu élevé, et coiffé d'un ruban à gros bouillons, mis en guirlande soutenue par des roses en tige ; le bas du volant environné d'un autre ruban pareil au premier, mais sans être bouillonné. Ces robes, pour ainsi dire aériennes, ne peuvent paraître que dans les grandes chaleurs de l'été ; elles ne supportent ni mantelet, ni fichu, ni bouffante, et exigent que le sein soit vu dans toute sa beauté ; quelques élégantes ont hasardé de prendre pour collier un cordon d'or et cheveux, avec deux glands passés l'un dans l'autre, et venant se réunir entre les brandebourgs. Chapeau à la coquille, ou le char de Vénus ; les bords sont environnés d'un ruban pareil à la robe pour la couleur ; le côté gauche, apanagé de deux roses avec tige et boutons : du côté droit s'échappent en serpentant deux petites branches de roses ; le tout est couronné par un panache à trois feuilles accompagné de deux plumes badines et surmonté d'une aigrette à trois flèches. Ce chapeau, aussi noble que gracieux, marche de pair avec le chapeau ou pouf à la victoire. Frisure à la physionomie, ouverte ou à tempérament ; trois boucles de chaque côté, la troisième tombante et accompagnant un chignon bas et natté, avec les nageoires couvrant les oreilles. Souliers uniformes avec la robe, bordés et garnis de la couleur de la soubreveste. »
Sous le Directoire (1795-1799), la fin de la Monarchie et le retour à l'antique sonnent le terme des paniers avec des robes simples, droites, sans corset pour affiner la taille. Le transparent des robes des premières merveilleuses ne demande que l'utilisation d'un ou plusieurs jupons qui au XIXe siècle deviennent de plus en plus nombreux ...
Photographies du dessous : Robes avec crinoline en 1858 et 1866.
1858-1866Photographie de droite : Robes avec crinoline en 1868.
1ernovembre1868blanc300lmAu début du XIXe siècle, alors que les robes se raidissent, de plus en plus de jupons leur donnent une forme de cloche. En même temps la taille est rabaissée et le corset à nouveau d'usage. Les amples robes accentuent la finesse de la taille d'où les jupons au nombre augmentant. On appelle cela LA CRINOLINE. Le jupon de crin apparaîtrait vers 1839. Les jupons sont de plus en plus nombreux, certains empesés et/ou garnis de volants. Tout cela n'est pas du plus pratique. Afin de garder, voire d'augmenter l’envergure, on renforce le jupon de cerceaux de baleine ou d'osier. C'est en 1856 qu'est inventée la 'crinoline cage' constituée de cerceaux reliés entre eux par des bandes de tissus, tenue au niveau de la hanche par une ceinture, le tout placé sous le jupon. Celle-ci permet d’atteindre des circonférences conséquentes. C'est le troisième article que j'écris sur la crinoline. Dans celui intitulé Crinolines, je présente des assiettes du XIXe siècle témoignant de cette mode. En voici d'autres ci-dessous. Toutes celles de ma collection sont visibles sur cette page. Ces documents, peu connus et peu recherchés des spécialistes jusqu'à présent, sont pourtant des sources d'époque particulièrement intéressantes.
lacrinolinetonnerre2-300Photographies : Trois assiettes de Choisy le Roi, du XIXe siècle, de la série « La crinoline ».
Celle du dessus : « 1. Plus souvent qu’Adélaïde et moi, nous mettrons jamais de la crinoline ! C'est trop dangereux ».
Celles du dessous : « 2. Oui Madame c'est ici ! Donnez vous la peine d'entrer ». Une dame en crinoline accompagnée d'un valet se demande si c'est bien le bon endroit où on prend soin des crinolines. L'ouvrier lui répond par l'affirmatif. Sur le mur est indiqué : « Lamoureux. Serrurier du beau sexe. Pose les jupes artificielles. »
« 12. Comme si nos femmes n'étaient pas assez légères avant cette maudite invention ».

crinolinelamoureux2-100lacrinolinelegere2-300Photographie de droite : Estampe double page provenant de la revue Le Coquet : Journal des Modes datant de 1887.

1887clair-300lmPuis le devant de la crinoline s'aplatit, toute l’ampleur de la robe étant rejetée vers l'arrière à partir de 1866-67. Ce sont les débuts de LA TOURNURE, elle aussi placée sous le jupon. A partir de 1869, des draperies bouillonées par-dessus la jupe au niveau du haut des fesses nécessitent un soutien. La tournure peut avoir alors plusieurs étages dans le dos. La mode de la tournure est en particulier présente dans les années 1870 et 1880. Elle prend diverses formes, accentuant le faux-cul (tournure 'queue d'écrevisse' ...) ou la traîne de plus en plus longue, ou les deux, avant de ne devenir qu'un simple rembourrage. Vers 1870 elle disparaît même, la robe gardant une longue traîne puis réapparaît en 1881 pour s'évanouir à nouveau vers 1891. Vers 1894 les robes reprennent une forme de cloche plus basse que pour la crinoline, forme sans doute composée par des jupons bouillonnés. En 1900 la finesse de la taille n'est plus accentuée par l'ampleur de la robe mais par un corset qui prend toute la fesse et semble raidir et faire avancer le buste vers l'avant. En 1809 la silhouette devient droite et le corps est plus libre dans les vêtements. La mode n'est plus au corset, et encore moins à la crinoline ou à la tournure.
Photographies ci-après : Assiette de Gien (époque Geoffroy & Cie) datant entre 1871 et 1875, de la série « Actualités », avec pour légende : « Ce qu'on est convenu aujourd'hui d'appeler une belle tournure » « N° 2 ». La tournure représentée est tellement imposante que l'on dirait une crinoline. Il s'agit bien d'une tournure : le devant de la robe de la dame de dos étant sans doute plat comme pour l'enfant à côté d'elle qui a de même une tournure volumineuse.
unebelletournure2-300Photographies ci -dessous : Assiette de la série « Jadis et aujourd'hui » : « N°9 Les modes de nos femmes » de Creil et Montereau. La marque au dos est utilisée de 1840 à 1867.
lesmodesdenosfemmes2-300La mode de la crinoline n'empêche en rien de danser, au contraire. Les danses extravagantes telles le cancan débutent dès le premier tiers du XIXe siècle. On lève la jambe très haut, parfois jusqu'à la tête ; on fait le grand écart etc. Les figures présentes dans l'article La contredanse et la valse sont exécutées avec une robe à tournure et le sont déjà au temps de de la crinoline.
Photographies ci-après : Assiettes de  Choisy-le-Roi du XIXe siècle de la série « Paris au bal » :
« 1. Une soirée du grand monde - quadrille des lanciers » ; « 3. Château rouge » ;
« 4. Closerie des Lilas » ; « 5. Mabille » ;
«  7. Château des fleurs » ; « 8. Ranelagh » ;
« 9. Musard. » ; « 10. Asnières » ;
« 11. Prado ».
parisaubal9-1.gifparisaubal9-2.gifAu XXe siècle, si les vertugadins à la françaises et les paniers ont disparu, il reste encore des réminiscences des crinolines et tournures dans des robes de soirée de grands couturiers des années 1950 ou même encore d'aujourd'hui (voir l'article Le bon goût à nouveau de mode ?), et surtout dans les robes de mariée.

© Article et photographies LM

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La coquette, le jeune abbé coquet et l'abbé de Pouponville.

Photographie de droite : L'Apprentie coquette de Monsieur de Marivaux (vers 1688 - 1763), courte nouvelle incluse dans Bibliothèque de campagne ou amusements de l'esprit et du cœur (Tome second. Troisième édition. A Amsterdam, chez Marc Michel Rey, 1755).
Cet article fait suite à deux précédents : l'un intitulé Coquettes et coquetteries du XVIIe siècle et l'autre Coquetterie.
La coquette est un personnage particulier du XVIIe siècle : une petite maîtresse parmi les muguets, libertins, précieuses, courtisanes, courtisans, dames de qualité, cavaliers, beaux fils, menins, galants, petites-maîtresses et petits-maîtres proprement dits et quelques autres. Elle survit aujourd'hui, bien que je n'en aie rencontrée aucune … du moins comme nom du langage courant et surtout comme adjectif.
apprentiecoquette1erepage300lmScarron, dans Épîtres burlesques décrit rapidement des coquettes de 1640, c'est à dire de la fin du règne de Louis XIII (roi de 1610 à 1643) :
« Parlerai-je de ces fantasques
Qui portent dentelle à leurs masques,
En chamarrant les trous des yeux,
Croyant que le masque est au mieux ?
Dirai-je qu'en la canicule,
Qu'à la cave même l'on brûle,
Elles portent panne et velours ?
Mais ce n'est pas à tous les jours ;
Qu'au lieu de mouches, les coquettes
Couvrent leur museau de paillettes,
Ont en bouche cannelle et clous,
Afin d'avoir le flaire doux,
Ou du fenouil que je ne mente,
Ou herbe forte comme mente. »
La coquette est quelque peu frivole : Ce n'est que pour expérimenter son âme, les bigarrures qui que l'amour crée dans son esprit, et les affectations qui s'échappent d'elle dans les manières avec lesquelles elle joue comme un acteur devant son miroir. C'est avant tout, et même exclusivement à elle que la coquette se voue, à son reflet et aux apparences qui en découlent. Elle a besoin d'être aimée mais sans les contraintes que cela pourrait engendrer. Son alter-ego n'est pas le coquet mais le galant.
Dans la courte nouvelle intitulée L'Apprentie coquette (photographie 1), Marivaux met en scène la conversation de deux jeunes dames. L'une apprend la coquetterie à la seconde à travers quelques leçons de galanterie féminine. L'auteur, dont le style a donné lieu à un nom : le 'marivaudage', exprime le plaisir qu'il peut y avoir dans le jeu de l'amour et de ses réflexions dans tous les sens du terme. La légèreté y est admirée comme une élévation dont le plaisir est le maître, et dont la volatilité permet de survoler toute idée de mal. Voici un passage du texte :
« Quand il fut heure de se coucher, je volai dans ma chambre, pour me déshabiller, & pour me voir : oui, pour me voir ; car j'étais pressée d'une nouvelle estime pour mon visage, & je brûlais d'envie de me prouver que j'avais raison. Tu penses bien que mon miroir ne me mit pas dans mon tort ; je n'y fis point de mine qui ne me parût meurtrière ; & la contenance la moins façonnée de mes charmes pouvait, à mon goût, achever mes deux Amants.
Te ferai-je le détail de mes petites grimaces ? Nous sommes toutes deux du même sexe, & je n'apprendrai rien de nouveau : tantôt c'est un mélange de langueur & d'indolence, dont on attendrit négligemment une physionomie ; c'est un air de vivacité dont on l'anime ; d'usage & d'éducation dont on la distingue ; enfin, ce sont des yeux qui jouent toutes sortes de mouvements ; qui se fâchent, qui se radoucissent, qui feignent de ne pas entendre ce qu'on voit bien qu'ils comprennent ; des yeux hypocrites, qui ajustent habilement une réponse tendre, à qui cette réponse échappe ; & qui la confirment par la confusion qu'ils ont de l'avoir faite.
Voilà en gros les aspects sous lesquels je m'admirai pendant un quart-d'heure ; je me retouchai cependant sous quelques-uns ; non que je ne fusse bien, mais pour être mieux ; après quoi je me couchai, remplie de sécurité pour l'avenir ; mais je me couchai sans envie de dormir : j'avais trop bonne compagnie d'idées ; les deux jeunes-gens, leurs tendres dispositions, ma gloire présente et à venir, la bonne opinion de moi même, tout cela me suivit au lit.
Je me mis donc à rêver, & à faire mille projets de conduite : j'arrangeais les phrases futures de mes Amants & les miennes ; j'imaginais des incidents, je troublais leur repos, je les calmais, j'inventais des caprices dont je me divertissais de les voir dépendre ... »
Photographies du dessous : Assiette de Gien datant entre 1827 et 1839 : " La coquette ".
lacoquette2-300Photographies ci-après : Assiette de 19,5 cm de diamètre, de Choisy le Roi, signée « HB » du XIXe siècle, de la série « La crinoline » : « 9. Madame ! Vous resterez enfermée 24h dans votre jupe, cela vous apprendra à être coquette ! » Sous Napoléon III, alors que certaines femmes ont toute liberté, d'autres restent enfermées dans des stéréotypes. Le code Napoléon par exemple considère jusqu'en 1970 l'homme comme étant le chef de famille. Cette assiette est intéressante en particulier pour la représentation d'une crinoline sans le jupon et la robe qui la couvrent.
lacrinolinecoquette2-300Voici quelques représentations de coquettes. La luthiste coquette. Tribunal des coquettes. La dispute de la coquette et la modeste. La femme coquette et le vieux jaloux. Portrait de la dame coquette et artificieuse. Une partie du texte accompagnant cette image est celui-ci : « tout indique une coquette qui n'a rien négligé pour compléter sa parure et la rendre agréable ; elle profite d'un moment qu'elle se trouve seule pour considérer si un air négligé ne serait pas préférable à une forme trop régulière. » La coquette. La jardinière coquette. La coquette et l'abeille. Coquette. La coquette fixée. On constate qu'elle est avec un abbé, parfois associé aux petites maîtresses au XVIIIe siècle. Il s'agit du jeune abbé coquet dont voici quelques images. Jeune Abbé coquet avec un habit à olives allant en conquête. Petite maîtresse en robe lilas tendre garnie de gaze à la promenade au Palais Royal. Un abbé coquet est représenté dans la gravure intitulée La promenade du matin de Suite d'estampes pour servir à l'histoire des moeurs et du costume des Français dans le dix-huitième siècle (années 1775-1776). Le texte qui accompagne cette image le décrit ainsi : « Un Abbé plus modeste en baissant la paupière, Fait croire qu'il n'y touche pas ; Mais il sait à propos gagner la Bouquetière, Pour oser de plus près admirer vos appas [des petites maîtresses]. » 
lecontroleuralatoilettedetail300lmPhotographie de gauche : Cuivre pour impression d'une gravure intitulée : 'Le Contrôleur de toilette'. Il est signé du sculpteur Mixelle jeune (Jean-Marie Mixelle) actif à la fin du XVIIIe siècle, d'après un dessin de Claude-Louis Desrais (1746-1816). L'indication : « A Paris chez Pavard rue S Jacques N°240 APDR » signifie que l'éditeur est Pavard (fin du XVIIIe siècle) et que ce cuivre date d'avant 1789 car il y a un APDR (Avec Privilège Du Roi). C'est peut-être un cuivre original ou sans doute une copie. Format total du cuivre : 27,2 x 21 cm. Il met en scène un religieux (peut-être celui de la maison, ou celui qui vient visiter régulièrement) qui donne ses avis sur les tenues de la maîtresse du lieu. On le trouve sur quelques gravures représentant une dame à sa seconde toilette comme dans celle intitulée « Qu'en dit l'abbé ? ».

L'abbé coquet est un style de religieux que l'on retrouve souvent aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il courtise parfois les petites-maîtresses dont il peut être l'ami et le confident. Ce personnage est présent dans la pièce L'Été des coquettes de Dancourt (1661-1725) dont je parle dans l'article Coquettes et coquetteries du XVIIe siècle. On l'appelle aussi « abbé de Pouponville ». C'est un « sermonneur de sofa », à l'allure mignarde, jouant volontiers le jeu des petites-maîtresses. Il est un habitué de leur ruelle et, pour les plus érudits, de celles des précieuses (voir article sur Les précieuses et les femmes de lettres). Certains abbés célèbres se sont consacrés à écrire des ouvrages sur des sujets que l’Église répugne, comme le théâtre ou la danse. François Hédelin, abbé d’Aubignac et de Maymac (1604-1676), qui est considéré comme le créateur de la règle des trois unités du théâtre classique français, compose une Histoire du temps ou relation du royaume de coquetterie extraite du dernier voyage des Hollandais aux Indes du levant (1654). L'abbé Michel de Pure (1620 - 1680), que Nicolas Boileau (1636-  1711) décrit comme étant un galant (« Si je veux d'un galant dépeindre la figure, Ma plume pour rimer, trouve l'abbé de Pure ») compose une Nouvelle histoire du temps ou la relation véritable du royaume de coquetterie. Il est connu notamment pour un livre sur la danse et les ballets (Idée des spectacles anciens et nouveaux, Paris, Michel Brunet, 1668) et de plusieurs sur les précieuses : La Précieuse ou le Mystère de la ruelle, 1656-8 (en 4 parties); La Précieuse (comédie, 1656) ; La Déroute des précieuses (mascarade 1659). Au XVIIIe siècle, des abbés écrivent sur des sujets comme le goût ou la politesse tels François Cartaud de la Vilate (vers 1700 - 1737), Jean-Baptiste Morvan de Bellegarde (1648 - 1734), Séran de la Tour (vers 1700 - vers 1770).
Dans Bibliothèque des petits-maîtres, ou Mémoires pour servir à l'histoire du bon et de l’extrêmement bonne compagnie de Fr. Charles Gaudet (« Au Palais-Royal, Chez la petite LOLO, Marchande de Galanteries, à la Frivolité, 1762. ») tout un chapitre est consacré à la « Bibliothèque de l'abbé de Pouponville » (cliquer ici pour le lire).
Photographies du dessous : « Qu'en dit l'abbé – A Madame la Comtesse d’Ogny, Paris chez N. De Launay [Nicolas Delaunay (1739-1792)], Graveur du Roi, Rue de la Bucherie N°26. Par son très Humble et très Obéissant Serviteur N. De Launay. Peint à la Gouache par N. Lawreince [Nicolas Lavreince (1737-1807)] , peintre du Roi de Suède. Gravé par N. De Launay, Graveur du Roi de France et de Danemark, et des Académies de France et de Copenhague. A.P. D.R. » Gravure originale de la seconde moitié du XVIIIe siècle représentant une dame à sa toilette demandant à son abbé ce qu’il pense du tissu que lui présente une vendeuse de mode.

quenditlabbe2-300lm© Article et photographies LM

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