Photographies : « Conversations sur divers sujets : par Mademoiselle Scuderi ; tome premier. A Lyon, Chez Thomas Amaulry, Rue Merciere. M. DC. LXXX. [1780] Avec Privilege du Roy. »
Voici quelques exemples de nouveaux mots et expressions des précieuses récoltés par Antoine Baudeau sieur de Somaize (né vers 1630), dans son livre Le grand dictionnaire des précieuses, Ou la Clé de la langue des ruelles (1660) :
Au lieu de … la précieuse dit
" Asseyez-vous s’il-vous-plaît " - " Contentez, s’il vous plaît, l’envie que ce siège a de vous embrasser "
" Aimer " - " Avoir un furieux tendre "
" Un homme d’affaire " - " Un inquiet "
" Vous me témoignez une grande affection "- " Vous m’encendrez et m’encapucinez le coeur. "
" Être belle " - " Être dans son bel aimable "
" Le boire " - " Le cher nécessaire "
" Les belles choses " - " La force des mots et le friand du goût "
" Ah ma chère, je n’ai rien vu de beau aujourd’hui. " - " Quelle pauvreté ! ma chère, je n’ai pas vu une chose raisonnable aujourd’hui. "
" La boutique d’un libraire " - " Le cimetière des vivants et des morts "
" Fort commun " - " Du dernier bourgeois "
" Le cerveau " - " Le sublime "
" Se mettre en colère " - " Pousser le dernier rude "
" Être en couches (accoucher) " - " Sentir les contrecoups de l’amour permis "
" La grossesse " - " Le mal d’amour permis "
" Le cul " - " Le rusé inférieur "
" Les cannes remplies de rubans " - " Les filles de la mode et de la galanterie "
" Le cours (avenue plantée d’arbre) " - " L’empire des "œillades "
" Les dents " - " L’ameublement de bouche "
" Dîner " - " Donner à la nature son tribut accoutumé "
" Je ne me suis point divertie jusqu’ici " - " J’ai été jusqu’ici dans un jeûne effroyable de divertissement. "
" Avoir beaucoup d’esprit " - " Être un extrait de l’esprit humain "
" Un éventail " - " Un zéphyr "
" Un verre d’eau " - " Un bain intérieur "
" Avoir de l’esprit et n’en avoir point la clef " - " Avoir un oeuf caché sous la cendre "
" Un éloignement " - " Une quitterie "
" Le galant " - " L’alcoviste "
" Les joues " - " Les trônes de la pudeur "
" La jalousie " - " La perturbatrice du repos des amants "
" Les larmes " - " Les perles d’Iris "
" Il ne sait pas du tout la manière de faire les choses " - " Il ne sait pas du tout le bel air des choses "
" Le miroir " - " Le conseiller des grâces "
" Se marier " - " Donner dans l’amour permis "
" Une main " - " une mouvante "
" Vous m’estimez trop " - " Je suis trop avant dans le rang favori de votre pensée "
" Une menteuse " "- " Une diseuse de pas vrai "
" Le masque " - " Le rempart du bon teint ou l’instrument de la curiosité "
" La mode " - " L’idole de la cour "
" La musique " - " Le paradis des oreilles "
" Nager " - " Visiter les naïades "
" Le nez " - " Les écluses du cerveau "
" Toutes les bonnes choses abondent à Paris " - " Paris est le grand bureau des merveilles et le centre du bon goût "
" Les pieds " - " Les chers souffrants "
" Il pleut " - " Le troisième élément tombe "
" J’avoue que ce portrait est tout à fait beau " - " J’avoue que ce charmant insensible est furieusement beau "
" Le papier " - " L’interprète muet des coeurs, ou l’effronté qui ne rougit point. "
" La poésie " - " La fille des dieux "
" Railler " - " Dauber sérieusement "
" Les sièges " - " Les commodités de la conversation "
" Sentez un peu des gants là " - " Attachez un peu la réflexion de votre odorat sur ces gants là "
" Je suis surprise de cela " - " Je suis si surprise de cela que les bras m’en tombent "
" Le soleil " - " Le flambeau du jour, ou l’aimable éclairant "
" Les soupirs " - " Les enfants de l’air "
" Le secret " - " Le sceau de l’amitié "
" Tout à fait " - " furieusement "
" Les tétons " - " Les coussinets d’amour "
" La tristesse " - " L’ennemie de la santé "
" Vulgaire " - " Marchand "
" Le vent " - " L’invisible "
" Les verres " - " Les fils du vent et de l’argile "
" Les yeux " - " Les miroirs de l’âme "
" Le zéphyr " - " L’amant des fleurs "
" L’Amour " - " Le dieu de la propreté, de l’invention et de la galanterie "
D’autres textes d’Antoine Baudeau sieur de Somaize donnent des informations importantes sur les précieuses, dont trois comédies qui les mettent en scène (voir la bibliographie qui suit). Si les précieuses témoignent le mieux du goût pour l'invention de nouveaux mots qu'ont les petits-maîtres, ont en a aussi d'agréables exemples par la suite. Il en est entièrement question dans Des Mots à la mode et des nouvelles façons de parler. Avec des observations sur diverses manières d’agir & de s’exprimer (1692) de François de Callières (1645-1717). On y apprend entre autres que les jeunes gens de la noblesse aiment à inventer de nouveaux mots et expressions. C’est un phénomène lié à la mode qu’on retrouve d’une façon récurrente chez les petits-maîtres et les petites maîtresses comme c’est le cas pour les incroyables et les merveilleuses qui ont leur langage, leur façon de parler et leur accent. Ce sont ces mots qui ont régulièrement enrichi les dictionnaires : « trouvez bon que je vous dise que ces colifichets de mots nouveaux mal inventés, & de façons de parler mal appliquées, ne sont que des ouvrages de quelques jeunes gens évaporés & ignorants qui s’en servent sans savoir pourquoi. / Ha, mon cher Cousin, s’écria la Dame, je suis bien fâchée d’être obligée de vous dire que ces sentiments là vous donnent d’un air de vieillard, & que ces jeunes gens à qui vous en voulez tant, ne voudraient pas vous ressembler. […] ma belle Cousine, ajouta-t-il en se radoucissant, […] revenons à vos mots nouveaux. ». Voici les ouvrages d'Antoine Baudeau Somaize consacré au courant des précieuses avec, excepté pour un, le lien vers le livre édité sous forme électronique :
Le Grand dictionnaire des précieuses, Ou la Clé de la langue des ruelles, 1660. Voir à partir de XLI.
Le Grand dictionnaire des précieuses : historique, poétique, géographique, cosmographique, chronologique et armoirique où l'on verra leur antiquité, coutumes, devises, éloges, études, guerres, hérésies, jeux, lois, langage, moeurs, mariages, morale, noblesse ; avec leur politique, prédictions, questions, richesses, réduits et victoires, comme aussi les noms de ceux et de celles qui ont jusqu'ici inventé des mots précieux, Paris, 1661.
Le Grand dictionnaire historique des précieuses.
Les Véritables Précieuses, Comédie, Paris, 1660.
Les Précieuses ridicules, Comédie, Paris, 1660.
Le Procès des Précieuses, Comédie, Paris, 1660.
Alcippe, ou du Choix des galants…, 1661.
© Article et photographies LM
Photographie 1 : Jean Louis de Nogaret, seigneur de La Valette et de Caumont, duc d'Épernon (1554 – 1642), surnommé « le demi roi », et un des deux archimignons d'Henri III (plus d'informations sur ce personnage dans 

Photographies 1 à 2 (au dessus) : Bertall, La Comédie de notre temps : La civilité - Les habitudes - Les moeurs - Les coutumes - Les manières et les manies de notre époque, P. Plon, 1874, 2° éd. Un chapitre est intitulé « Le Monde ».

© Article et photographies LM
Au XIXe siècle certains élégants portent des pantalons amples, clairs, avec sur le ventre une très haute ceinture ainsi que des vêtements plus ou moins bariolés. En 1910 l’orientalisme revient encore à la mode.


Photographies 6 et 7 : « Le baiser à la capucine ». Estampe du XIXe siècle.
Au XVIIIe siècle, 'baiser' consiste donc à donner des baisers, et 'embrasser', à tenir dans ses bras. On baise par amitié, amour, ou respect. On baise donc beaucoup. Un baiser célèbre est celui de Le Livre du voir dit (vers 1364) de Guillaume de Machaut (1300-1377). L'auteur donne rendez-vous à son aimée dans un verger. Son secrétaire est présent. Alors que le couple est assis sur l'herbe, la jeune fille s'endort sur la poitrine de son amant. Le secrétaire en profite pour s'amuser en allant cueillir une petite feuille ; et en la posant sur la bouche de la jeune fille. Il invite son maître à baiser seulement la plante. Celui-ci s'accomplit timidement par jeu. Lorsqu'il va pour la toucher de ses lèvres, le secrétaire retire la feuille pour que le baiser aille à l'amante qui se réveillant, ou prétextant de se réveiller, commence à gentiment gronder son compagnon avant de se mettre à sourire … « ce qui me fit imaginer et certainement espérer que cela ne lui déplaisait pas. ». Voici le texte de ce passage en ancien français et sa traduction :
Photographie 1 : Gravure d'Augustin de Saint-Aubin (1736-1807) d'après un tableau de Jean Baptiste Greuze (1725-1806).
Le culte de la dame symbolise cette communion entre soi et le monde, entre l'esprit et la matière : une reconnaissance de cette virginité première et immuable, ce chant de béatitude. La poésie courtoise est un appel à la beauté, et une recherche de celle-ci dans une démarche complète. Écrite en latin ou en ancien français, la délicatesse des poètes courtois est relativement méconnue aujourd’hui, ainsi que tout un pan merveilleux de la culture médiévale où la mode (et les modes … musicaux) a une importance réelle. Il suffit de regarder les enluminures des manuscrits pour y voir toute la sophistication des habits et leur richesse de styles, d’inventions et d’exécutions. Il est évident que des petites maîtresses et des petits maîtres existent déjà ; mais il est plus difficile de découvrir leurs noms et définitions. Le rôle de la dame dans la société et l’élégance française se poursuit après le Moyen-âge. Nombre de grandes dames animent des salons, protègent des artistes et des gens de lettres …
Photographie de gauche : « Un bosquet de la Closerie des Lilas ». Illustration de Tableau de Paris d'Edmond Texier (Paris, Paulin et Le Chevalier, 1853).
celles qui s’attachent à un hôtel meublé, […] où vient s’entasser la jeunesse studieuse de toute la France, et qui partagent à l’amiable les divers appartements dont elles se composent. Celle-ci est attitrée aux numéros impairs, celle-là aux numéros pairs : l’une ne quitte pas le premier étage, l’autre ne s’élève jamais au dessus du second ou du troisième. Il y aurait entre elles des luttes acharnées et terribles … ». L’étudiant cherche toutes les occasions de fête (réussite aux examens …) : ce qui s’appelle alors faire la noce, c'est-à-dire une fête arrosée de punch etc. A cela s’ajoute « Le bal champêtre, la promenade, les longues stations au café et le cours complet d’éducation morale. […] L’étudiant de troisième année renonce entièrement au pays Latin et à ses pompes ; déjà expert dans la vie de Paris, il poursuit de ses déclarations passionnées les jeunes modistes, les demoiselles de comptoir, les ouvrières qui sortent de leurs ateliers, et même il s’aventure jusqu’à offrir un aperçu de l’état de son coeur à mesdames les actrices de Bobino. Bobino est le théâtre de prédilection de troisième année […] Jadis, dans les jours d’opulence, il pénétrait dans les solitudes de l’Odéon … »
Photographies : « Adamites d'Amsterdam » Gravure sans doute du XVIIIe siècle représentant probablement une persécution des adamiens. Ceux-ci nus sont encerclés par des soldats.
Photographies : Les Chevaliers errant : début du texte et gravure se trouvant dans Le Cabinet des Fées, ou Collection Choisie des Contes des Fées, et autres Contes Merveilleux, Ornés de Figures, tome sixième, Amsterdam et Paris, 1785.
© Article et photographies LM
par les mêmes comme une femme aux moeurs légères et à la mise et aux manières provocantes. Dans cocodès on a coq pour accentuer peut-être le côté prétentieux et ridicule. Cocodette ressemble à une onomatopée rappelant le gloussement de la poule. Ce qui est sûr c’est que ces jeunes gens sont à la mode de leur époque.
© Article et photographies LM
Photographie : Illustration du Mercure galant d'octobre 1678 (Lyon, Thomas Amaulry).
Photographie : Gravure de Lettres galantes de Monsieur d'Her*** par M. de Fontenelle (Londres, Paul & Isaak Vaillant, 1716).