Les six tapisseries de la Dame à la Licorne viennent d'être restaurées. Elles sont présentées dans leur nouvel écrin au Musée de Cluny à partir du 18 décembre.
Photographies : « Tenture de La Dame à la licorne : « Mon seul désir ». Vers 1500. Paris, musée de Cluny - musée national du Moyen Âge. © RMN-Grand Palais / Michel Urtado. »
On remarque que le bas de la tapisserie est beaucoup plus clair que le reste. Il s'agit de la partie restaurée au XIXe siècle. Comme quoi les couleurs employées au XVe siècle sont de bien meilleure qualité ! « Les analyses réalisées en cours de restauration ont permis de mesurer le gain d’intensité et d’identifier les colorants naturels : la garance pour le rouge, la guède pour le bleu, la gaude pour le jaune, ou bien encore l’orseille, variété de lichen, pour les violacés. »
Les personnages sont debout sur un tertre clos placé au milieu d'un fond rouge aux mille fleurs reconnaissables : pâquerettes, compagnons blancs, pensées, véroniques etc. Des animaux s’ébattent, des lapins, une chèvre, un agneau, un chien avec un collier, un oiseau dans une étrange position et un faucon attaché à la tapisserie. Le tertre est lui aussi parsemé de fleurs. Le sol est bleu ainsi que la tente sur laquelle est inscrit en lettres d'or : « Mon seul désir ». La Dame semble en sortir. Elle est blonde avec une coiffure à houppe (sa servante aussi). Elle porte une robe cramoisie au dessus d'une autre en brocart. Un voile enveloppe le brocart de ses manches. Elle est couverte de bijoux et une profusion d'autres sont placés par elle dans un coffre tenu par sa suivante. Un chien regarde droit devant. Il est sur un coussin de brocart posé sur un banc. Aux pieds de la Dame est assis un petit singe. Un lion et une licorne tiennent le blason (qui permet d'identifier le commanditaire) et gardent ouverte la tente. Quatre essences d'arbres sont présentes : chêne, pin, houx et oranger.
Les cinq autres tapisseries représentent les sens : le Goût, l'Ouïe, la Vue, l'Odorat, le Toucher.
Cette allégorie aurait été commandée par Antoine II Le Viste (vers 1470 - 1534), magistrat et administrateur français issu d'une vieille famille de Lyon originaire de la vallée de la Bresle en Picardie. Il est possible qu'elles fassent partie originellement d'un ensemble plus conséquent.
La lyonnaise Dame à la Licorne est une des trois grandes dames de Paris, avec la Joconde du Louvre, une italienne, et Notre Dame (l'église bâtie sur un temple semble-t-il dédié à Isis l'égyptienne : Paris = Bar Isis = La barque d'Isis).
Cet ensemble de six tentures est dans la tradition courtoise médiévale où on n'établit pas de différence entre l'amour spirituel et le charnel. La Dame est la conséquence tangible de l'Amour divin et les sens son exaltation. A travers eux se révèlent l'infini et la profusion, l'abondance créatrice. Les sens sont l'expression de la divinité. Pour vivre cette extase pleinement sont nécessaires l'apprentissage du plaisir courtois et de la grandeur d'âme emprunte de finesse qui permet de déceler en toutes choses son bonheur et rendre grâce par la beauté à la beauté et à travers elle à la magnificence de la création. On est dans la communion de l'esprit avec les sens et ce qu'ils appréhendent. À travers l'autre, la Dame, c'est l'esprit qui se réalise et se voit. La matière et l'autre font office de révélateurs de l'esprit en soi-même et en retour celui-ci devient matière : « à mon seul désir », et profusion. Le concept même de différence s'est évanoui. On est une seule âme. La Dame et son Ami et/ou son environnement ne sont plus qu'un. Les différences physiques ne sont là que pour exalter l'Amour.
Dans l'article intitulé Le bas Moyen-âge : Fin amor et Art français ou francigenum opus j'écris sur la Fin'amor.
Photographies ci-dessous : « Tenture de La Dame à la licorne : La Vue. Vers 1500. Paris, musée de Cluny - musée national du Moyen Âge. © RMN-Grand Palais / Michel Urtado. »
Voici le troisième article sur le baiser (les précédents :
Tantôt il y a incertitude, tantôt il y a suspension, et tantôt l'accolade se fait pleinement et de bonne grâce. Cependant on ne sait trop quand et qui l'on doit embrasser : tout cela se règle par le caprice ou l'appel. L'un sollicite une accolade que l'autre esquive ou retarde, parce qu'il n'y songeait pas ou parce qu'il a quelque chose dans l'âme, qui s'y oppose.
Il devrait être défendu d'embrasser de jeunes enfants. Des physionomies bourgeonnées, des nez barbouillés de tabac, des barbes dures s'emparent de ces visages délicats, sans craindre de ternir le velouté d'une peau douce et fraîche. On ne porte point la main sur les meubles d'un homme, et l'on applique la bouche sur la joue de sa fille âgée de cinq ans ! Les gens qui se précipitent sur les enfants, m'ont toujours paru manquer d'une sensibilité délicate. On croit presque voir le vice qui embrasse l'innocence.
En France la musique de l'amour s'est jouée sur tous les tons, toutes les variations, depuis le libertin jusqu'au religieux versé dans l'amour de son prochain.
© Article et photographies LM
Photographies : « Sarcophage à strigiles en marbre blanc. Cupidon et Psyché. La face est sculptée au centre, entre deux pilastres cannelés, d'une scène représentant Cupidon nu, ailé, enlaçant Psyché, jambes croisées, vêtue d'un drapé, entre deux panneaux latéraux de strigiles. À chaque extrémité, un Éros de face, nu, ailé, tenant une corne d'abondance. Chaque côté est gravé de deux boucliers croisés ornés de volutes. Art Romain, IIIe siècle. Longueur : 202,5 cm. Hauteur : 49 cm. Profondeur : 59 cm. […]
Le mythe de Cupidon et Psyché apparaît dans le roman d’Apulée, Les Métamorphoses ou l’Âne d’or (ca. 150 de notre ère). Psyché était la fille d’un roi, et avait deux sœurs, toutes trois d’une extrême beauté, celle de Psyché supérieure. Tandis que ses sœurs avaient trouvé des maris, personne n’osait la demander en mariage. Vénus, jalouse de la beauté de la jeune fille, ordonna à Cupidon de la rendre amoureuse du mortel le plus méprisable. Remplissant sa mission, le jeune dieu, se blessant avec l’une de ses propres flèches, en tomba lui même amoureux. Désespéré de voir sa fille sans époux, le père de Psyché consulta la pythie de Delphes. Celle-ci conseilla de parer la jeune fille comme pour un mariage et de l’exposer au sommet d’une montagne où un terrible monstre en prendrait possession. Résignés, ses parents suivirent l’oracle. Psyché, seule au sommet du rocher, se sentit emportée par les airs ; soutenue par le vent Zéphyre, elle fut déposée sur une pelouse de gazon tendre. Lorsqu’elle se réveilla, elle se trouvait dans le jardin d’un magnifique palais d’or et de marbre. Dans la nuit, son mystérieux époux (Cupidon) la rejoignit, caché par l’obscurité. Toutes les nuits, il lui rendit visite et lui demanda de ne jamais chercher à voir son visage, ni à connaître son identité. Les deux sœurs de Psyché, folles de jalousie face à la richesse et au bonheur de leur sœur, la persuadèrent que l’inconnu n’était autre qu’un monstre qui finirait par la dévorer. Terrifiée, elle profita du sommeil de son amant pour allumer une lampe ; mais une goutte d’huile tomba sur l’épaule du dieu, qui se réveilla et s’enfuit, furieux d’avoir été trahi. Psyché partit alors à sa recherche, en errant de temple en temple. Au palais de Vénus, celle-ci la soumit à différentes épreuves comme esclave, la dernière la plongeant dans un profond sommeil pareil à la mort. Cupidon, toujours épris de Psyché, la réanima de la pointe d’une de ses flèches et la conduisit devant Jupiter qui annonça leur mariage. En buvant l’ambroisie, elle devint immortelle, l’Amour (Cupidon) et l’Âme (Psyché) furent ainsi réunis pour l’éternité. » © Piasa.
La bibliothèque de l’Arsenal à Paris nous a gratifiés jusqu’à la semaine dernière d’une très belle exposition intitulée L’Art d’Aimer au Moyen-âge. Celle-ci est toujours visible
Photographies : Dais du trône de Charles VII (1403-1461). Tapisserie du deuxième quart du XVe siècle, de laine et soie, de 292 x 285 cm, acquise récemment par le musée du Louvre. © Alain Speltdoorn. Il s'agit d'un travail très fin comme le montre le détail des drapés et d'une aile. Les couleurs sont particulièrement bien conservées. Du reste beaucoup de tapisseries médiévales sont d'une qualité polychrome exceptionnelle. Les tapisseries de la








