Le tailleur

Trois premières photographies : Gravure du XVIIIe siècle intitulée 'Tailleur d'Habits, Outils'.

Le tailleur est un personnage important de la mode française, dont l'utilité s'estompe pourtant petit à petit avec l'apparition des grands magasins au milieu du XIXe siècle, de la haute couture à la fin de ce même siècle puis de la confection et du prêt-à-porter au XXème (dans les années cinquante).

Honoré Daumier (1808-1879) en caricature un pour sa série des Types Français avec le texte suivant. : « Le tailleur. Il marche cambré, les épaules en porte manteau et les coudes en dehors. Ses habits coupés dans le dernier genre jurent souvent avec ses bottes et son chapeau, il a presque toujours un nom très euphonique, tel que Wahatekermann ou Pikprunmann. » La Caricature du 10 décembre 1881 présente le tailleur comme l’homme d’affaire du gommeux et expose ainsi l’importance qu’il occupe dans la vie de l’élégant du XIXe siècle. Aujourd’hui les tailleurs parisiens sont peu nombreux. Les métiers liés à la mode en général se raréfient. Même les créateurs importants et les grandes maisons ne font plus que du prêt-à-porter, la haute couture se cantonnant à un rôle de vitrine du savoir-faire de la maison. Il n’est pas improbable qu’avec la mondialisation et l’enrichissement des pays autrefois producteurs à bas prix, le marché de la mode revienne en France et que les créateurs et tailleurs refassent leur apparition ! Il est certain que l’élégance y gagnerait même chez ceux qui ont peu d’argent ; car quand on regarde comment s’habillent une merveilleuse ou un incroyable, on remarque que leurs habits sont parfois assez simples de réalisation. La richesse n’occupe qu’une petite part des éléments qui font l’élégance ; le goût étant beaucoup plus important. Le tailleur permet d'exprimer cela. Il donne plus de liberté individuelle à celui qui lui commande ses habits. Le client peut demander d'ajouter certaines fantaisies, accorder à sa convenance les matières … Chaque habit est unique, fait parfaitement pour celui qui l'a commandé. Jusqu’au milieu du XXe siècle, ce sont les tailleurs et les couturières qui sont avant tout sollicités pour la fabrication des vêtements. Jusque dans les années cinquante, presque chaque village français de 2000 habitants a au moins une couturière et un tailleur. Ceux qui ont connu ces époques vous le diront. Nos gandins peuvent se faire faire leurs habits sur mesure, et apporter les changements ‘tendances’ qui font toute la différence. Pas besoin de passer par les grands couturiers ni de suivre leur mode qui a elle aussi son importance dans cette vogue ; car la haute couture (ou les grandes marchandes de mode du XVIIIe siècle) est l’ambassadrice de la mode française à l’étranger. Son rôle est déterminant en cela. Le grand couturier emploie des batteries de midinettes alors que le tailleur possède un petit atelier de deux ou trois personnes. Les premiers représentent un luxe dans lequel la jeunesse à la mode (dite dorée) est souvent loin de baignée quoi qu’étant chic. La disparition des tailleurs en France marque celle de la mode française qui se retrouve coupée de ses racines, c'est-à-dire de ses créateurs improvisés qui font faire selon leur goût et la mode du moment. Le même problème existe aujourd’hui dans la restauration fine qui comme la haute couture essaie de survivre quoique totalement coupée de son terrain : les restaurants familiaux bons mais économiques et les petits fermiers proposant des produits simples mais de grande qualité. La haute couture survit aux tailleurs encore jusque dans les années 70, puis le renouvellement ne semble plus se faire … et le prêt-à-porter tout envahir. Mais les choses ne font que se modifier ; phénomène que les adeptes de la mode et du bon ton connaissent bien !

Dans d'autres articles je parlerai de la couturière et de la marchande de modes.

Photographies : Art du tailleur, Contenant le Tailleur d'habits d'hommes, les Culottes de peau, le Tailleur de corps de femmes & enfants, la Couturière, & la Marchande de modes par M. de Garsault. Édition du XVIIIe siècle avec des planches d'habits français à travers le temps, d'objets d'habillement, corsets, patrons … Cette partie provient du tome XIV de Descriptions des arts et métiers : Contenant l'art du perruquier, l'art du tailleur, renfermant le tailleur d'habits d'hommes, les culottes de peau, le tailleur de corps de femmes & enfants, la couturière & la marchande de modes, l'art de la lingère, l'art du brodeur, l'art du cirier … de Jean-Élie Bertrand édité par l'imprimerie de la Société typographique, 1780.

Voir les commentaires

Tulipières

Photographie : Copied with permission from Aronson Antiquairs, © 2009 Aronson.com

Paire de tulipières 'bleu et blanc' provenant d'Aronson Antiquairs of Amsterdam (depuis 1881), en faïence de Delft de vers 1695-1705, présentée en situation. Chaque bouquetière fait 54.3 cm de haut.

La tulipe est une fleur emblématique d'une époque d'ouverture de l'Occident sur le monde et de découvertes ... en particulier des débuts d'une des grandes épopées commerciales : la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Ce renouveau est à l'origine d'une très belle page d'histoire de nos beaux-arts. Créée en 1602, la « Compagnie unie des Indes Orientales » domine de sa richesse et de sa puissance près de deux siècles et entretient le rayonnement de la peinture flamande (Vermeer, Rubens, Rembrandt …), de la faïence de Delft etc.

La tulipe provient des zones tempérées chaudes, en particulier de la Turquie et de Constantinople. Elle est introduite en Occident, dans le nord de l'Europe, depuis au moins le XVIe siècle. Au tout début du XVIIe, les bulbes de cette plante se vendent aux Pays-Bas. Les riches commerçants néerlandais se passionnent pour les plus exceptionnelles d'entre elles et en plantent à l’arrière de leurs maisons dans leurs jardins privés notamment en plein centre d'Amsterdam. Des hybrides et de nouvelles variétés sont créées, aux aspects et teintes magnifiques : marbrées, flammées … La tulipe devient rapidement une image de réussite et les bulbes les plus rares se vendent de plus en plus cher. Ceci engendre une spéculation avec quelques records. Une sorte de bourse de commerce des tulipes est même mise en place. Mais en 1637 le cours des bulbes remarquables s'effondre.

Pendant ces années, posséder les tulipes les plus recherchées est un gage de richesse. Pour les exposer on invente de nouvelles formes en particulier créées par les faïenceries hollandaises et du nord de l'Europe, très réputées (surtout celles de Delft). La fabrication de telles bouquetières se poursuit après la « tulipomanie » ; mais c'est pendant cette période que l'on a les plus prestigieux exemples. En France, on a l'habitude d'appeler ces objets, souvent impressionnants, et fabriqués par les faïenciers de Delft ou des environs : des tulipières. Ce sont de magnifiques objets.

Photographies : Copied with permission from Aronson Antiquairs, © 2009 Aronson.com

Les bouquetières présentées ici proviennent toutes du site : http://aronson.com/ Ce sont des faïences de Delft en 'bleu et blanc'. La première date de vers 1686-95 et fait 73.7 cm de haut et 53 cm de large. La paire date de vers 1695-1705 (54.3 cm de haut). La quatrième est de vers 1720 et a une hauteur de 63,5 cm.

Aronson Antiquairs has not contributed to this article, nor have they verified the content.

Voir les commentaires

Le corps à baleines, le corset et le tailleur de corps.

« On nomme corps, un vêtement qui se pose immédiatement par-dessus la chemise, & qui embrasse seulement le tronc depuis les épaules jusqu'aux hanches : c'est, pour ainsi dire, une cuirasse civile ; car il ne doit pas plier, mais cependant avoir assez de liant pour se prêter aux mouvements du corps qu'il renferme, sans altérer la forme, & en même temps le soutenir & l'empêcher de contracter de mauvaises situations, principalement dans l'enfance, âge faible & délicat, dans lequel les ressorts ne sont pas encore parvenus au degré de force qu'ils auront par la fuite. Il s'applique encore à un objet aussi intéressant, celui de conserver la beauté de la taille des femmes, agrément qu'il joint à tous ceux qu'elles ont en partage. Le maître tailleur qui a choisi cette branche de son art, se nomme tailleur de corps de robes & corsets ... » (Art du tailleur ... voir photographie 3) Il est chargé de fabriquer toutes les sortes de corps, corsets et quelques autres habits en rapport. Ses matériaux sont la baleine, différentes sortes de toiles et de lacets. Les baleines sont des lames dures et flexibles provenant de la mâchoire de « la grande baleine » (Descriptions des arts et métiers …).
Photographies 1, 2 et 3 : Texte et dessins de corsets provenant de l'Art du tailleur, Contenant le Tailleur d'habits d'hommes, les Culottes de peau, le Tailleur de corps de femmes & enfants, la Couturière, & la Marchande de modes de M. de Garsault (édition du XVIIIe siècle). Cette partie provient du tome XIV de Descriptions des arts et métiers : Contenant l'art du perruquier, l'art du tailleur, renfermant le tailleur d'habits d'hommes, les culottes de peau, le tailleur de corps de femmes & enfants, la couturière & la marchande de modes, l'art de la lingère, l'art du brodeur, l'art du cirier … de Jean-Élie Bertrand édité par l'imprimerie de la Société typographique en 1780. Photographie 1 : Détail d'une feuille avec de gauche à droite quatre profils de corps - « vu en-dedans, pour voir la disposition des garnitures. » - « à demi-baleine, ou corset baleiné. » - « plein de baleines » - « avec la mesure prise par le tailleur de corps, marquée par des lignes doubles sur un corps vu de profil. ». Photographie 2 : La moitié haute de la feuille représente, de gauche à droite et de haut en bas, des profils de corps - « ouvert par les côtés, pour les femmes enceintes. » - « pour les dames qui montent à cheval. » - « de cour, ou de grand habit. » - « de fille. » - « de garçon. » - « de garçon à sa première culotte. » La moitié basse présente divers autres corps et vêtements. Photographie 3 : « Le tailleur de corps de femmes et enfants. »
Au XVIIIe siècle, le corps à baleines est à différencier du corset qui lui n'en possède que parfois. Si l'on s'en réfère au Dictionnaire de l'Académie française de 1762, il y a au XVIIIe siècle deux sortes de corsets : le « Corps de cotte de Villageoises » et le « petit corps ordinairement de toile piquée & sans baleine, que les femmes mettent lorsqu'elles sont en déshabillé ». Dans cette définition, le corset se porte sur le déshabillé et ne contient pas de baleines ; ce qui n'est évidemment pas le cas du corps à baleines. Au XIXe siècle, il semble que l'on ne fait plus vraiment la distinction entre les deux : la sixième édition du Dictionnaire de l'Académie française de 1832-5 donne cette définition du corset : « Partie du vêtement des femmes qui enveloppe et serre exactement la taille, et qui se met d'ordinaire sur la chemise. » Dans son Essai sur l'influence des modes et des habillements sur la santé des hommes de 1798 (photographies 4 et 5), J. J. Brunet mentionne seulement le corps à baleines qu'il présente comme le prolongement de la ceinture : « les femmes s'en servirent pour rétrécir la taille : ce que l'on a fait depuis avec plus de succès par le moyen des corps à baleine ». Dans cet essai d'une trentaine de pages sont aussi évoqués : les bains, les habillements, la mode grecque, les bas, les jarretières, les colliers, les anneaux, les bagues, les chaussures, les chapeaux, les voiles, les cheveux, les coiffures, les poudres, les perruques, les cosmétiques ... Cette thèse étant soutenue en 1798 (à l'École de Médecine de Montpellier ville très réputée dans l'art de soigner pendant longtemps), il y est fait de nombreuses fois des allusions à la mode de l'époque s'inspirant de l'Antiquité initiée par les inconcevables et les merveilleuses comme les habillements à la grecque, les chaussures plates, les cheveux courts … C'est aussi à cette époque que l'on abandonne les corps à baleines et corsets avant d'en reprendre l'usage assez rapidement.
Photographie 6 : Illustration du chapitre intitulé : 'Le corset' de Bertall, La Comédie de notre temps : La civilité - Les habitudes - Les moeurs - Les coutumes - Les manières et les manies de notre époque, P. Plon, 1874, 2° édition.
Photographie 7 : Détail d'une gravure de la seconde moitié du XVIIIe siècle provenant d'un magazine de mode de l'époque. On remarque la silhouette de la personne sculptée en grande partie par son corset mais aussi par ses autres habits.

Voir les commentaires

La cocotte

Photographie de gauche : " Une cocotte. " Bertall (1820-1882), La Comédie de notre temps, 1874-1876.

Celle de droite : " COMMENT SE METTAIT UNE COCOTTE " du même livre.

Alfred Delvau écrit (Dictionnaire de la langue verte, 1867) que la cocotterie est « le monde galant, la basse-cour élégante où gloussent les cocottes. » La cocotte est dans la continuation des petites-maîtresses, même si on appelle aussi ainsi au XIXe siècle et encore au XXe, une femme aux mœurs volatiles richement entretenue. Il semble que l’on parle auparavant dans ce sens de poulette. On dit d’une personne qui se conduit en femme légère qu’elle cocot(t)e, que c’est une cocotteuse, et que celui qui la côtoie est un cocoteur. La cocotte est aussi à rapprocher des cocodettes et des cocodes, tous ces noms venant de 'coq', coquet(te)s et coquetterie.

Voir les commentaires

Biches, haute bicherie, bicheuses et daims

Photographie : « Une biche. (Dans le désert cela s’appelle autrement.) », Bertall (1820-1882), La Comédie de notre temps, 1874-1876.

Le XIXe siècle a de nombreux noms pour désigner différentes sortes d'élégants. Les romantiques, passionnés, méprisent la vulgarité ; les dandys ou autres gommeux glissent dans une affectation pleine de tics chics ; les lionnes et lions illuminent leur monde … ; et puis les biches s’amusent du spectacle parisien de leur siècle. Elles sont jeunes. Certaines d’entre elles sont des actrices. Leur vie est trépidante et riche. Elles ont une nombreuse cour constituée d’hommes fortunés et de daims : de jolis jeunes hommes, plus ou moins aisés et mondains, recherchant le voisinage des biches.

On qualifie de 'haute bicherie' une classe sociale bourgeoise et fashionable. D’après Alfred Delvau (Dictionnaire de la langue verte, 1867), la définition de la biche est une création de Nestor Roqueplan datant de 1857. Voici la formulation que donne ce même dictionnaire de la ‘haute bicherie’ : « Les plus élégantes et les plus courues d’entre les coureuses parisiennes, reines d’un jour qui ne font que paraître et disparaître sur le boulevard, leur champ de bataille. »

Le nom de 'biche' est sans doute à mettre en parallèle avec celui de 'bicheuse' qui est un terme employé dans un sens voisin de celui de 'cajoleuse'. Bicher signifie embrasser. Quand deux personnes vont bien ensemble on dit qu’elles bichent bien, sinon qu’elles ne bichent pas.

Photographie : « Un daim. » Bertall (1820-1882), La Comédie de notre temps, 1874-1876.

Voir les commentaires

Barbière

Dans l'article du 11 septembre 2008 intitulé La toilette masculine : l'art du rasage, il est un peu question de la barbière. Si le meuble de toilette le plus courant pour les femmes comme pour les hommes est au XVIIIe siècle la table de toilette, les galants utilisent aussi parfois une barbière. Elle est généralement faite pour se raser debout, haute et étroite, et comprend au moins un plateau (fréquemment avec du marbre), quelques tiroirs (pas tout le temps comme pour l'objet de la photographie), ainsi qu'un miroir souvent amovible. Rare au siècle des lumières, ce meuble est fréquent par la suite. Certains ressemblent à de hautes et étroites tables de toilette pour homme avec un aspect alliant les tiroirs du semainier ou de la commode avec au-dessus le plateau en marbre et la glace de la coiffeuse. Il est sans doute d'origine anglaise mais je n'ai trouvé aucun document permettant de l'affirmer. Il apparaît en même temps que de nombreux autres nouveaux meubles comme la psyché (grand miroir amovible permettant de se voir de pied) ou l'athénienne (aussi appelé 'lavoir' qui est sur trois pieds avec une vasque au dessus d'un plateau sur lequel on pose l'aiguière : le vase à eau pour l'ablution, le tout étant l'ancêtre de nos éviers) tous deux associés à la toilette. Un très bel exemple de barbière / commode-toilette en acajou et bronze datant du Premier Empire (1804-1814) est présenté sur le site de la Réunion des Musées Nationaux.

Photographie : Cette barbière en forme de serviteur muet provient de la Galerie Delvaille. En « acajou et placage d’acajou à base tripode et fût central en cannelures », elle est estampillée de l'ébéniste Fidelys Shey « reçu maître le 29 juillet 1788. Ébéniste d’origine allemande (Bade), il produisit des meubles Transition et surtout Louis XVI. Il accordait un soin extrême à la confection de ses meubles et n’utilisait que très rarement la marqueterie. Il fabriqua essentiellement des meubles en acajou massif travaillés avec une extrême délicatesse et ornés de bronzes sobres et fins. » Dimensions : H : 166 cm, Diam : 58 cm

Voir les commentaires

Les cafés de Paris en 1787

Dans le Manuel du voyageur à Paris de Claude François Xavier Mercier de Compiègne (1763-1800) datant de la toute fin du XVIIIe siècle, le chapitre intitulé 'Cafés' commence ainsi : « Est-il rien de plus commode que ces salons proprement décorés, où l'on peut, sans être astreint à la reconnaissance, se délasser de ses courses, lire les nouvelles, se chauffer gratis en hiver, se rafraîchir à peu de frais en été, entendre la conversation, quelquefois curieuse des nouvellistes, et dire franchement son avis, sans crainte de déplaire au maître de maison. » Il règne dans les cafés d'alors une atmosphère accueillante de douce liberté baignée dans une émulsion intellectuelle et familière. L'auteur ne parle presque pas de consommation. Au contraire il écrit qu'on n'y est pas astreint à la reconnaissance tout en pouvant profiter de nombreux éléments : décor, délassement, lectures, chaleur, frais, conversations libres.

L’histoire des cafés parisiens remonte au XVIIe siècle. C’est à la toute fin du XVIIIe siècle (au temps des merveilleuses et des incroyables) qu’ils s’embellissent et deviennent des endroits chics avec des décors à l’antique, de grandes glaces, des luminaires, du marbre … C’est aussi à cette époque que certains ‘prennent’ sur le boulevard, s’ouvrent en terrasses ou dans des jardins, ce qui permet aux femmes d’en profiter, la respectabilité de certaines voulant qu’elles n’y entrent pas au début. Ainsi trouve-t-on, comme sur la gravure (troisième photographie), des garçons de cafés servant en dehors du bâtiment.

Dans son Almanach du voyageur à Paris datant de vers 1778, Luc-Vincent Thiéry fait une description rapide de la situation : « CAFES. On compte dans Paris cinq ou six cents Cafés où l'on joue aux échecs, aux dames & au domino. Ces endroits sont fréquentés par des Nouvellistes, & la Conversation y roule ordinairement sur la Gazette. Comme on y trouve presque tous les Papiers publics, d'après leur lecture, on y juge les Pièces de Théâtre & leurs Auteurs ; à qui cette espèce de Bureau académique assigne un rang. Chacun de ces Cafés a son Orateur en chef. On n'y souffre personne de suspect, de mauvaises mœurs, nuls tapageurs, ni Soldats ni Domestiques, ni qui que ce soit qui pourrait troubler la tranquillité de la Société. Dans ceux des Boulevards, il y a des Musiciens qui exécutent des symphonies : des Bouffons y chantent des Ariettes; & des Cantatrices, des airs d'Opéra-comique. Il y a des Cafés où s'assemblent les Militaires & les Étrangers ; d'autres, où il n'y a que des Juifs ; d'autres, pour les Praticiens , les Marchands, Négociants, Artisans , &c. »

Photographies : LE GRAND CAFE ROYAL D'ALEXANDRE SUR LES BOULEVARDS DE PARIS. Gravure 'vue d'optique' polychrome du XVIIIe siècle représentant le « Grand Café Royal d'Alexandre » Texte en latin et français : « Major taberna Caffe Alexandri In Majori Ambulatorio Lutaetiae vulgo boulvard » - « 35e Vue d'Optique Représentant Le Grand Café d'Alexandre sur les Boulevards de Paris. » Autres inscriptions : « Présentement chez Lachaussée rue St. Jacques. » - « A Paris chez Daumont rue St. Martin » - « Et Présentement chez Basset rue St. Jacques au coin de celle des Mathurins. Tient Fabrique de Papiers. » Dimensions : 35,4 x 45,3 cm avec le cadre.

On distingue dans la gravure des musiciens à l'intérieur du café. On remarque que le lieu est grand (large et haut), aéré, lumineux (avec de nombreuses hautes fenêtres), très ouvert sur l'extérieur (les badauds pouvant profiter du spectacle par l'extérieur) avec semble-t-il un jardin intérieur aménagé avec lustres ... Le lieu semble vraiment très plaisant. Sans doute est-ce pour cela que les cafés se multiplient rapidement. Comme nous l'avons vu, en 1778 Luc-Vincent Thiéry écrit que l'on dénombre dans la capitale « cinq ou six cents Cafés » alors que dans son Manuel du voyageur à Paris, ou Paris ancien et moderne, Pierre Villiers affirme en 1806 que l'« On compte à Paris plus de trois mille cafés ». En moins de trente ans, le nombre de ces lieux de délassement s'est donc multiplié par cinq alors que la population de la capitale continue doucement sa croissance démographique qui va cependant devenir de plus en plus importante dans les années qui suivent avec un exode rural qui amène avec lui une quantité de grisettes, arthurs, cousettes, calicots, musardines, dames aux camélias, hommes aux camélias, dames du lac, accrocheuses, lorettes, essuyeuses de plâtres, greluchons, cascadeuses, maquillées, casinettes, boule-rouges, petites dames, petit messieurs, filles de marbre, pré-catelanières, casinettes ....

Un des plus anciens cafés, toujours présent à Paris, est le Procope. Comme l'écrit dans la seconde moitié du XVIIIe siècle Louis-Sébastien Mercier dans Tableau de Paris : « Ce fut Procope qui corrigea les grands seigneurs & les poètes, les élégants de la cour & les écrivains du siècle de Louis XIV qui s'enivraient loyalement au cabaret : en leur versant du café, il leur donna un autre point de réunion ... »

Voir les commentaires

Plateaux-miroirs

Les plateaux-miroirs que l'on dispose au milieu d'une table richement appareillée rappellent, en miniature, les plans d'eau (ou miroirs d'eau) des jardins à la française qui en reflétant ce qui les entoure ouvrent les perspectives, donnent de la profondeur et de la grandeur, théâtralisent ce qui s'y réfléchit. L'inanimé ou l'anodin deviennent des oeuvres, un spectacle, des tableaux dont on cueille les éléments comme le convive plongeant sa main vers les mets qui lui sont proposés.

Photographies : Deux plateaux-miroirs d'orfèvrerie française du XIXe siècle en bronze argenté de la galerie Olivia & Emmanuel

Voir les commentaires

Le petit air boudeur

Un article (photographie) de Le Furet des salons de 1825 que je cite dans d'autres passages de ce blog, explique cette habitude de s'exprimer avec charme même dans la contrariété :

« Le petit Air boudeur.

On voit dame grecque ou romaine
Se fâcher avec majesté ;
L'Espagnole la moins hautaine
Se plaint, soupire avec fierté.
Avec calme gémit l'Anglaise,
L'Allemande a le ton de gronder ;
Mais, plus espiègle, la Française
Créa le petit air boudeur.

Marquise, duchesse, bourgeoise,
Raffolent de cet air charmant,
Est-il mortel que n'apprivoise
En aussi joli talisman ?
Un mari veut-il à sa femme
Fermer sa bourse avec rigueur,
Elle s'ouvre, dès que madame
A pris son petit air boudeur. »

Voir les commentaires

Les grands collectionneurs de porcelaine asiatique aux XVIIème et XVIIIème siècles, quelques exemples allemands et français.

Article et photographies de l'antiquaire M. Philippe Michaud : www.ph-michaud.com

Héritiers des premiers collectionneurs que furent Jean de Berry et son frère Louis d’Anjou à la fin du XIVème siècle, divers grands aristocrates, hommes politiques ou religieux portèrent aux XVIIème et XVIIIème siècles le goût pour les porcelaines d’Asie à un niveau exceptionnel et encore aujourd’hui inégalé. Ces ensembles furent constitués patiemment, parfois par le rachat de collections entières, souvent lors de successions, ventes aux enchères ou auprès de grands marchands merciers parisiens. Une petite vingtaine de noms, essentiellement masculins, sur ces deux siècles, peuvent aujourd’hui être retenus, tout en notant que leur collection de porcelaines de Chine (ou du Japon) n’était qu’une parmi de nombreuses et très diverses.

Le premier d’entre eux, chronologiquement, fut Armand du Plessis, cardinal de Richelieu (1585-1642), avec près de 400 pièces au Palais Cardinal (actuel Palais Royal, à Paris). Plus modestement, mais sans doute avec une grande exigence de qualité, André le Nôtre (1613-1700) offrit une garniture de 5 pièces Blanc Bleu à Louis XIV le 5 mai 1693, qui les offre à son tour au Grand Dauphin.

En ce qui concerne les collections royales françaises, Louis XIV (1638-1715), avant 1679, avait quelques centaines de pièces, secondaires, pour Versailles, Saint-Germain-en-Laye et le château du Val. De nombreuses pièces avaient été reçues comme cadeaux diplomatiques lors des ambassades de Siam en 1684 et 1686. Huit grandes urnes couvertes ornaient le Salon de Marly. En 1718 les collections comptent 2714 pièces, mais pas de cabinet de porcelaines dans les appartements royaux ou le Garde-Meuble. Les ventes de Louis XV aux Tuileries en 1752 firent chuter le nombre à 81, et dès le début des années 1780 il n’y aura plus rien. Plus passionné en ce domaine que Louis XIV, Philippe de France (1640-1701), frère du Roi, dit Monsieur, possédait 301 pièces dans l’arrière-cabinet du château de Saint-Cloud, un des rares cabinets de porcelaine princiers de France. Sans doute le plus passionné de sa famille par les porcelaines, Louis de France, dit le Grand Dauphin (1661-1711) exposait au château de Meudon 380 porcelaines à sa mort, toutes vendues aux enchères ; certaines ont été achetées par l’ambassadeur d’Auguste le Fort à Paris, Charles-Henry de Hoym ; d’autres réapparurent dans la vente du duc de Tallard en 1756 ; aujourd’hui un vase est à Dublin.

Auguste de Saxe, dit le Fort, roi de Pologne (1670-1733), reste aujourd’hui un des plus exceptionnels collectionneurs de tous les temps, se qualifiant d’atteint de la « maladie de la porcelaine », tant sa passion devint excessive. ; il acheta en 1717 le Palais Hollandais, à Dresde Neustadt pour la mise en place des porcelaines, puis la construction du Palais Japonais commença en 1722 (inachevée à la mort du roi en 1733). Le premier inventaire et la numérotation de la collection eurent lieu en 1721. Un cabinet de porcelaines fut aussi aménagé dans la tour du château de la Résidence. À partir de 1833 le conservateur de la collection Gustav Klemm (mort en 1867) vendit les « doubles » pour financer un musée international de la céramique (4875 pièces vendues, dont beaucoup de Meissen). Son successeur Théodore Graesse (mort en 1885) arrête les ventes, mais il dépose 228 pièces au château de Pillnitz et 206 à celui de Moritzburg. À partir de 1873 la collection est installée dans le Johanneum (anciennes écuries et ancien entrepôt des carrosses). Entre 1919 et 1924 l’Etat Libre de Saxe vendit des doubles pour financer de nouvelles acquisitions puis pour payer les dédommagements à l’ancienne famille royale. La collection fut peu à peu mise en place au Zwinger à partir de 1933, où elle est toujours exposée, au cœur du quartier historique de Dresde.

Deux autres grands collectionneurs de langue germanique sont à retenir : Maximilien-Emmanuel de Bavière (1662-1726), héritier de ses antécédents et transmettant son goût à ses descendants  Wittelsbach; ses collections sont aujourd’hui au palais de la Résidence, à Munich. Sophie-Charlotte de Hanovre, reine de Prusse (1668-1705) créa en 1703 au château de Charlottenburg son fameux cabinet de porcelaine, réputé le plus grand d’Europe.

Philippe d’Orléans, dit le Régent (1674-1723) développa des ensembles hérités de son père au Palais Royal et au château de Saint-Cloud ; la dispersion eût lieu lors ventes ordonnées par Louis-Philippe II d’Orléans (futur Philippe-Egalité, en 1786) ; aujourd’hui divers vases Imari sont au Louvre et au musée Cerralbo à Madrid. Contemporaine du Régent, Sybille-Auguste de Saxe-Lawenbourg, princesse de Baden-Baden (1675-1733), constitua une importante collection aux châteaux de Rastatt et la Favorite (aujourd’hui encore in situ).

Le duc de Tallard (1684-1756) réunit une importante collection dispersée en vente en le 22/03/1756 ; plusieurs pièces provenaient de la collection du Grand Dauphin. La provenance prestigieuse était bien sûr déjà très recherchée. Louis IV Henri de Bourbon Condé (1692-1740) constitua une très riche collection, surtout japonaise, au château de Chantilly ; aujourd’hui quelques pièces sont in situ. Passionné de porcelaine, il fonda comme Auguste le Fort une manufacture de renommée internationale.

Marie-Thérèse de Habsbourg (1717-1780), impératrice d’Autriche, réunit de beaux ensembles, qui sont aujourd’hui exposés dans diverses salles du palais de la Holfburg, à Vienne.

Au XVIIIème siècle, la grande figure féminine française dans le domaine du mécénat et des collections reste Jeanne, marquise de Pompadour (1721-1764), dans ses diverses résidences dont l’actuel palais de l’Elysée (hôtel d’Evreux), avec près de 300 pièces lors de l’inventaire après décès de 1764. Elle se fournissait en partie auprès des marchands merciers Gersaint et de Lazare Duvaux, qui ornaient souvent les porcelaines de montures en bronze doré ; aujourd’hui diverses collections (Getty, reine d’Angleterre…) possèdent des pièces de la collection Pompadour, en général monochromes.

Plus modestement, il faut aussi retenir Louis-Urbain Lefèvre de Caumartin (1653-1720), intendant des finances (achats à la vente du Grand Dauphin) et surtout Pierre-Louis Randon de Boisset (1708-1776), archétype du collectionneur du siècle des Lumières. Il fut l’un des plus célèbres d'entre eux. Issu d'une famille de banquiers, il devint avocat au Parlement de Paris avant de rentrer aux Affaires du Roi. Fermier Général en 1757, et l'un des personnages les plus riches du royaume, il posséda deux pièces provenant du Grand Dauphin, via le duc de Tallard puis via Julienne de Gaignat ; sa vente aux enchères eut lieu le 27/02/1777. La collection Julienne de Gaignat (ami de Watteau), présentait aussi deux pièces provenant du Grand Dauphin, via le duc de Tallard. Le duc d’Aumont (1709-1782) collectionna aussi quelques porcelaines exceptionnelles, dispersées lors de sa vente aux enchères le 12/12/1782, aujourd’hui au Louvre (achats de Louis XVI).

Le dernier de cette série fut probablement Louis-René de Rohan-Guéméné, cardinal archevêque de Strasbourg (1734-1803) qui réunit à la fin de l’Ancien Régime un très bel ensemble pour orner son pavillon chinois au château de Saverne. L’essentiel est aujourd’hui exposé au palais Rohan, à Strasbourg. Toutefois il se démarqua à la fois de ses contemporains par cet intérêt alors déjà démodé et de ses prédécesseurs en achetant quasi exclusivement de très grandes pièces, pour « décorer ».

Aujourd’hui l’intérêt des collectionneurs pour les porcelaines de Chine ou du Japon a beaucoup évolué. En dehors des porcelaines à monture de bronze doré d’époque ou de rares exemples tout à fait exceptionnels et en général recherchés par les asiatiques fortunés, le marché de l’art présente encore nombre de belles pièces à des prix très raisonnables. Il est donc toujours possible, sans élitisme, d’acquérir des pièces identiques à celles issues de certaines collections citées ci-dessus et exposées dans divers musées ou châteaux.

Illustrations : deux porcelaines du Japon, vers 1700 (vase 39,5 cm, plat 24,5 cm), portant la marque d’inventaire de la collection d’Auguste Le Fort à Dresde ; collection particulière.

Article et photographies de M. Philippe Michaud, antiquaire spécialisé dans les porcelaines de la Compagnie des Indes
www.ph-michaud.com

Voir les commentaires

Le pied mignon et le talon rouge

Photographies 1 (ensemble et détails) : Petite gravure (in 8°) du XVIIIe siècle provenant sans doute d'un livre représentant un couple chez un chausseur. On remarque que les chaussures ici représentées sont à talons larges pour les hommes et à aiguilles pour les femmes.

La chaussure occupe une place importante dans la mode française. Au Moyen-âge, à certains moments celle-ci se porte pointue, longue et retournée chez les jeunes élégants avec parfois au bout un visage ou une autre figure plus ou moins grotesque. L'habit de l'homme avec ses culottes offre la jambe aux regards et en particulier le pied. La chaussure est donc un élément important de la panoplie de l'homme galant. Un portrait très connu de Louis XIV de pied nous le montre portant des chaussures à talons rouges. Il semblerait qu'il lance cette mode et que seule la cour a le droit de porter de tels souliers. C’est à partir de ce moment et surtout sous la Régence (1715-1723) qu’on appelle ‘talons rouges’ les petits-maîtres appartenant à la cour ; mais aussi (et cela est attesté dans des textes du XIXe siècle) un homme en vue et aimé pour sa prestance. Un exemple de cet emploi se lit dans un texte d’Alfred de Musset (1810-1857) intitulé ‘Mademoiselle Mimi Pinson : Profil de Grisette’. Comme il est de coutume chez les étudiants, un habitué du quartier latin nommé Marcel invite deux grisettes : « il fit savoir à mademoiselle Zélia qu’il y avait le soir gala à la maison, et qu’elle eût à amener mademoiselle Pinson. Elles n’eurent garde d’y manquer. Marcel passait, à juste titre, pour un des talons rouges du quartier latin, de ces gens qu’on ne refuse pas ». Le terme peut donc s’appliquer à d’autres milieux que ceux de l’aristocratie.

Photographies 2 (ensemble et détail) : Gravure du XVIIIe siècle de Chaponnier Boilly intitulée 'La Comparaison des petits Pieds' (le titre n'est pas visible sur cette gravure qui a été découpée). Deux femmes pendant la seconde toilette comparent leurs pieds pour savoir laquelle a les plus petits, pendant qu'un chausseur leur fait essayer des modèles ; enfin c'est sans doute ce que fait l'homme représenté bien qu'il semble presque allongé dans l'entrebâillement de la porte, et que les femmes soient particulièrement négligées voir dénudées : la poitrine et les mollets (même un genou !) apparents.

Chez la femme on regarde son pied mignon ; ce qui est entre autres choses une caractéristique de la jambe élégante du XVIIIe siècle. A cette époque les femmes portent des chaussures à talons qui soulignent la petitesse des pieds. A la fin de ce siècle, la mode à l'antique amène celle des souliers à talons bas. Cependant les représentations de galantes et galants d'alors les montrent, bien que portant des chaussures plates, le plus souvent sur la pointe des pieds. Dans Les Nuits de Paris (1788-1794) Restif de la Bretonne (1734-1806) se plaint plusieurs fois de cet usage nouveau : « c'est en ce moment, dis-je, qu'une mode insensée fait baisser, élargir les talons des chaussures des femmes ! ». Alors que dans cet ouvrage l'auteur dévoile son caractère plein de compassion, il semble que lorsque le sujet en vient aux chaussures des dames il perde complétement pied comme le montre ce chapitre consacré aux talons hauts et bas : « HAUTS TALONS. En m'en retournant, je me trouvai dans la rue Saint-Louis : La gelée rendait le pavé sec et propre. Je vis une Femme charmante sortir d'une grande maison : - Je marcherai (dit-elle à l'Homme qui lui donnait la main). Et le carrosse les suivit. Comment pouvez-vous marcher ? (lui dit l'Homme), avec des talons aussi élevés ? - Je m'appuie, ou je marche seule, comme il convient à une Femme de marcher, sans précipitation. Je croirais être chaussée en Homme, si j'avais des talons bas : Depuis que j'ai vu, au Palais-royal, une très Jolie personne, n'avoir plus l'air que d'une Tâtillon, en se chaussant presqu'à plat, j'ai pris en horreur les talons bas. D'ailleurs, ils nous rendent la jambe désagréable. J'osai m'approcher en ce moment : - Madame a bien raison ! Voyez, Monsieur, quelle grâce a cette marche noble, et quelle majesté donnent à Madame deux ou trois doigts de plus. Je crois qu'on me fit l'honneur de me prendre pour un Voleur ! Quoiqu'il en soit, l'Homme quitta le bras de la Dame, se mit en défense, et se rapprocha de la voiture : La Dame marchait seule ; et jamais je n'ai vu tant de grâces, de noblesse et d'aisance. Je continuai : - Tout, dans les Femmes, doit avoir un sexe, l'habillement, la coiffure, la chaussure, surtout la chaussure, qui doit être d'autant plus soignée que c'est en elle-même, la partie la moins agréable de l'habillement. II est très important pour les mœurs, très important pour les Femmes, que leur habillement tranche avec le nôtre ! Elles perdraient de leurs attraits par le rapprochement : Mais supposons qu'elles n'en perdissent pas, et qu'elles communiquassent au contraire leur charme de sexe à l'habillement des Hommes ! Il en résulterait un grave inconvénient pour les mœurs ... Ceci est une chose dont la Police devrait se mêler : Qu'elle permette toutes les modes, à la bonne heure, mais qu'elle ordonne, que toute Dame, qui rapprochera son vêtir de celui des Hommes, soit traitée en Catin par le Guet & les Commissaires. J'ai vu hier une Femme en talons larges et plats ; je l'aurais battue, si je pouvais battre une Femme. Elle était crottée comme un Barbet. C'est que les talons larges renvoient plus de boue. Nos Aïeules parisiennes adoptèrent jadis les talons élevés et pointus, par goût pour la propreté. Elles étaient plus sages que leurs Petites filles, qui, d'après des conseils anonymes ont baissé leurs talons, dans le temps où le pavé est broyé plus que jamais, par les voitures ; où les inutiles canaux que la sottise et la cupidité placent sous toutes les rues, en font des mares ; c'est en ce moment, dis-je, qu'une mode insensée fait baisser, élargir les talons des chaussures des Femmes ! Jeunes Sylphides ! croyez-en votre Admirateur éclairé, vous devez éviter tout ce qui profane votre parure, en la rapprochant de l'habillement des Hommes ; tout ce qui vous matérialise, en déformant votre jambe et votre pied ! ... Ici la Dame m'interrompit : - N'êtes-vous pas le Hibou de la Marquise de M**** ? - Oui, Madame. - Hé ! Monsieur ! (dit-elle à l'Homme), il n'est pas méchant. On arriva. La Belle-dame me présenta la main, que je baisai. On rentra. »

Photographie 3 : Détail de la gravure au pointillé de Louis Darcis d'après Carle Vernet (1758-1836) datant de 1796 et titrée « Les Mérveilleuses ».

Photographie 4 : L'article intitulé 'Les Pieds' de Le Furet des salons nous renseigne sur le pied mignon (renommé internationalement) de la parisienne. Le Furet des salons est un petit opuscule de mode de 6,6 x 4,5 cm, de vers 1825, contenant de courts articles sur la mode du temps.

Voici le texte de ce passage : “Les Pieds. On dit que telle femme a une physionomie spirituelle, un air voluptueux, une taille élégante. Une jolie jambe, un joli pied, sont, à mon avis, ce qu'il y a de plus adorable dans une jolie femme. Les Parisiennes ont, dans le monde entier, la plus haute renommée pour les pieds mignons et les souliers bien faits. C'est à Paris que toutes les beautés de l'Europe veulent se faire chausser ; et c'est là seulement qu'elles peuvent apprendre à marcher avec grâce et vitesse.”

Photographie 5 : Détail de la planche 19 de 1802 provenant du Journal des Dames et des Modes ou d'une copie d'époque. Nous avons là un pas de danse.

Voir les commentaires

Candélabres du XIXe siècle

L'orfèvrerie est un art dans lequel les français excellent depuis longtemps. Les candélabres présentés ici sont du XIXe siècle et appartiennent à la galerie Olivia & Emmanuel. Je suis particulièrement sensible à ces objets qui reprennent des thèmes du XVIIIe siècle : rocaille et néoclassique. Ces porteurs de lumières, dans la ville des Lumières, sont de véritables merveilles.

La majorité des exemples présentés ici sont de style rocaille (formes mouvementées, feuilles d'acanthe …) dont les galbes sont parfaitement en adéquation avec la lumière et dansent avec elle. Même les contours néoclassiques des autres modèles rappellent le chemin des flammes. Cette façon d'appréhender la lumière n'a pas d'équivalent dans l'électrique (qui a cependant énormément d'autres avantages). Les galbes et dessins de ces candélabres semblent cristalliser la clarté dans sa mouvance, celle qui s'échappe à travers la flamme vacillante et consume la cire qui glisse pour former une sculpture animée : prolongement changeant, comme le feu, de l'objet.

Les techniques de fabrication de tels modèles sont toujours transmises chez de rares orfèvres parisiens : comme dans la famille Cadoret, avec Aubry-Cadoret (11e arrondissement) entreprise familiale fondée en 1890, et l'Orfèvrerie du Marais (11e arr.) de François Cadoret descendant de la quatrième génération de cette petite dynastie qui conserve un authentique savoir-faire. Le nom 'Orfèvrerie du Marais' n'est pas anodin : ce quartier de la capitale française possède jusqu'au XXe siècle de nombreux artisans d'art dont des orfèvres. Aujourd'hui là (3e arr., celui du Temple) officient toujours : Rouge-Pullon depuis quatre générations, l'Orfèvrerie Richard fondée en 1910 pour succéder à un atelier plus ancien et qui reste dans les lieux d'époque, Noël Collet (depuis 1925), Lapparra, Nicolas Marischael (entreprise familiale fondée en 1924), Daniel Crègut, Eschwege, Christophe Guillot, Orfèvrerie de Chambly (ils existent depuis 1894 mais je ne sais pas s'ils sont parisiens), Voglux ; et dans le 11e arrondissement : l'Orfèvrerie de Paris et Pierre Meurgey (depuis trois générations).

Voir les commentaires

Le Gant jaune

Le gant jaune est un « Homme distingué – en 1840, où les gants jaunes étaient le suprême bon ton […] Le Gant jaune est le frère aîné du Gandin. » écrit Alfred Delvau dans son Dictionnaire de la langue verte (1866). En boxe française comme en canne, le gant jaune ou pommeau jaune représente le niveau (élevé) du pratiquant. Mais peut-être cela n’a-t-il aucun rapport ! Ce qui est sûr, c'est que l’expression ‘gant jaune’ exprime le copurchic de l’élégance extrême chez les femmes comme chez les hommes.

Photographie : Détail de la planche 39 de 1801 provenant du Journal des Dames et des Modes ou d'une copie de vers cette même période.

Voir les commentaires

Bouquets de fleurs

Photographie du tableau : « Bouquet de fleurs, flûte et partition sur un entablement » Huile sur toile (H. 56 cm, L. 43 cm) signée "Bachelier" en bas à gauche sur la partition. Il s'agit d'une peinture de J-J Bachelier (Paris 1724 – 1806) vendue par la galerie parisienne Coatalem. Image Copyright Galerie Coatalem, Paris. 
Le
bouquet de la photographie se compose de diverses variétés de fleurs : lys blanc, bleuet, pivoine (semble-t-il), liseron, oeillet, une graminée, narcisse, rose blanche … Un papillon se cache au milieu. Si de la partition on ne distingue que la signature du peintre et n
on pas les notes cachées sous la flûte et le panier de fleurs, c'est parce que les signes musicaux sont dans la composition même du tableau. En plus de sa beauté d'ensemble l'intérêt de cette peinture réside dans sa musique, chaque élément donnant à écouter ... C'est un air délicat que le peintre a composé dans cette image : formes, couleurs, sujets ... Les fleurs en expriment en particulier les notes et les paroles. Autrefois plus qu'aujourd'hui on s'intéresse au langage des fleurs que la plupart connaît. Si on se réfère à cette langue, ce tableau joue une chanson d'amour tendre qui dit à peu près ceci : « Mon âme [le papillon : Psyché] ne voit que vous, alors que vous ne me voyez pas [le comble pour une représentation visuelle]. Mon amour est timide et sincère mais riche, d'une humble détermination et ardent en mon coeur. » Le blanc (pureté) et un bleu gris-pastel (amitié tendre) dominent avec seulement un ton de rouge (passion) mais au centre et un peu de jaune (richesse) qui est la couleur de la flûte. Wikipedia propose un recensement de ce Langage des fleurs.
Certains disent que la nature est un livre ouvert qui peut se lire si on connaît son langage : formes, sons, odeurs, propriétés culinaires, pharmaceutiques, pratiques …, un ouvrage d'une richesse illimitée. Cette langue n'a pas de frontières ,mais les mots ne sont pas toujours les mêmes puisque les variétés changent d'un pays ou d'une région à l'autre.
Les différentes cultures usent de ces symboliques. En architecture la rosace est une figure récurrente depuis la Haute antiquité jusqu'à aujourd'hui. Celles des églises de Notre Dame de Paris en sont des exemples majestueux. Leurs représentations ainsi que celles que l'on retrouve aux plafonds de nombreux monuments antiques ou néo-antiques s'inspirent de la fleur et plus particulièrement de la rose très présente dans l'art occidental. Dans la Grèce antique ce sont aussi des feuilles qui décorent céramiques et chapiteaux : palmettes des vases à figures noires ou rouges et feuilles d’acanthe des chapiteaux corinthiens. Autant de plantes différentes qui s’épanouissent au gré des civilisations.
Si la rose est importante dans l'art occidental, il n'en demeure pas moins que les contreforts de l’Himalaya ont la plus grande quantité d’espèces de roses sauvages au monde. Pourtant c'est le lotus qui est la fleur emblématique de l'Asie. Les mandalas qui sont le plus souvent des plans de palais divins, ont la structure de cette fleur d’où naît généralement la divinité et sur laquelle elle est le plus souvent représentée.
Pour les indiens du Mexique d'avant la colonisation, « fleurs » désigne aussi des productions, comme les œuvres poétiques.
Les artistes ont représenté dans l’art plastique de multiples personnages tenant une fleur : Tara divinité féminine tibétaine, femme étrusque sur des sarcophages, aristocrates femmes ou hommes de toutes les époques… Ainsi les fleurs parsèment non seulement l’ouvrage de la nature mais aussi celui des hommes. Certaines sont en or et pierres précieuses : couronnes, diadèmes, bijoux ... Durant l’Antiquité, on porte des couronnes de fleurs fraîches mais aussi de finement ciselées dans de l’or ou de l’ivoire. De beaux exemples de couronnes de feuilles et fleurs en or sont conservées au Musée archéologique de Mythilène en Grèce. Au musée de Cluny à Paris sont exposées des roses d’or, au Louvre des sceptres avec des fleurs faites avec ce métal précieux et autres pierres précieuses. Les tapisseries aux mille fleurs sont fréquentes au Moyen-âge. Celle de la Dame à la Licorne en est un exemple. Les fleurs sont un sujet cher aux arts décoratifs, comme sur les décors de céramiques avec des fleurs imaginaires ou connues tels les décors : à la fleur de pomme de terre (ou fleur de solanée ou solanacée), à la fleur des Indes, à l'oeillet, à la jacinthe, à la fleur de chicorée, floraux au naturel, aux barbeaux, aux guirlandes ou corbeilles de fleurs, à la corne fleurie, aux bouquets fleuris, aux semis (ou jetés) de fleurs … Certaines de ces fleurs sont contournées (ou chatironnées) alors que d'autres sont de qualité fine (sans contours).
Enfin voilà pour un rapide survol.

Photographies des céramiques : Deux assiettes, l'une en faïence, sans doute du XVIIIe siècle, et l'autre en porcelaine du XIXe. La première représente une tulipe contournée. Dans la seconde les fleurs blanches du rosier sont de qualité fine.

Voir les commentaires

Le Petit chose

Ce nom est en commentaire de la représentation d’un élégant dans le livre La Comédie de notre temps (1874) de Bertall (1820-1882). Le petit chose est à rapprocher du genreux qui emploie beaucoup les mots ‘chose’, ’machin chose’. A ne pas confondre avec Le Petit Chose d’Alphonse Daudet qui est un surnom d’abord donné à un enfant.

Photographie : « LE PETIT CHOSE. TENUE DE PREMIERE. Qu’on l’appelle daim, gandin, cocodès, petit crevé ou gommeux, peu lui importe – pourvu qu’on soit épaté de son chic. » Bertall, La Comédie de notre temps, vol. 1, Plon, Paris, 1874.

Voir les commentaires

Le bain et le miroir

Pour rendre un hommage à l'exposition sur le bain et le miroir qui se déroule encore pour quelques jours au musée de la Renaissance d'Ecouen, voici une gravure de 1775, de Nicolas Ponce (1746-1831) d'après un dessein d'Eisen (1720-1778), tirée d'un ouvrage de 1775 intitulé Adonis. On y voit Vénus (Aphrodite) prenant un bain.

Voir les commentaires

Le genreux

Photographie : « EDUCATION EN FAMILLE. – Dis donc, petite soeur, tu as un chic épatant. Je t’avertis qu’on te regarde. Si on allait te prendre pour une cocotte ! – J’en ai le trac. » Bertall, La Comédie de notre temps, vol. 1, 1874.

L'utilisation d'un vocabulaire 'moderne' et d'usages verbaux inventés est une des caractéristiques de la jeunesse sans doute de tous les temps. Les modeux de la seconde moitié du XIXe siècle aiment à utiliser des termes spécifiques comme ‘chic’, ‘épatant’, ‘chose’, ‘infecte’, ‘trac’ … encore présents jusqu'à la seconde guerre mondiale chez des zazous à la Charles Trenet. Le 'genreux' est un nom inventé durant le XIXe pour caractériser ceux qui emploient en particulier beaucoup les termes de 'machins' et de 'choses'.

Voir les commentaires

Le Parisien

Photographie : Physiologies Parisiennes (1886) d'Albert Millaud (1844-1892).

Dans Physiologies Parisiennes (1886), Albert Millaud (1844-1892) consacre tout un chapitre au « vrai parisien » : « Le vrai Parisien est né à Paris […] Le Parisien pur sang se reconnaît à un déhanchement particulier, quand il marche, et sa continuelle flânerie. Dès qu’un passant s’arrête pour regarder en l’air ou pour se réunir à d’autres passants rassemblés soyez sûrs que c’est un Parisien. Le Parisien est avant tout badaud. Il regarde passer une noce ou un enterrement, comme s’il n’en avait jamais vu. Il aime les militaires et les suit, sur le trottoir, quand il a un chapeau et sur la chaussée quand il a une casquette. Le Parisien ne sait pas grand’chose ; mais il se mêle de tout, et dit son opinion avec autorité. Il adore pérorer le public et trouve que tout ce qu’on fait est mal. Si on l’écoutait, on ferait mieux. […] Il n’a aucune initiative, et ne sait pas encore, quand il prend le chemin de fer, à quel guichet il faut s’adresser. […] Le vrai Parisien, quelle que soit l’éducation qu’il a reçue, grasseye en parlant et se moque des gens qui vibrent. […] Il a toujours dans sa famille une tante ou une vieille bonne qui lui ont appris à traîner en parlant, et il traîne tant qu’il peut. Le Parisien ne prononce les u qu’eu et les eu qu’u. Je connais des fils de famille qui disent « eune chaise » pour « une chaise » et Ugène pour Eugène, c’te pour cet, ed pour de. C’est dans le tempérament parisien. L’e muet le gêne, il dira volontiers : C’est eune tuill quim’ tombe su l’dos. Un académicien, né à Paris, parle absolument cette langue, quand il se laisse aller ... »

Un article de Le Furet des salons de vers 1825 intitulé : 'Portrait du Parisien' (voir photographies et la description) décrit ce personnage à l'époque : « Les premiers éléments d'une éducation parisienne consistent à dire poliment une chose incivile, agréablement une chose indifférente ; à glisser comme une ombre parmi la foule, à ployer la tête quand il le faut, à saisir avec un instinct subtil la nuance du moment, le ton du jour. S'il est grave, ce n'est point sa faute : c'est le ton depuis trente ans ; il existe au milieu de son sérieux affecté, des moyens infaillibles de le reconnaître : c'est le noeud de sa cravate, la forme de sa botte, l'élégante souplesse de sa badine, l'adresse avec laquelle son pas élastique bondit de pavé en pavé. Ses affections sont peu profondes ; il n'est capable ni de haine ni d'amour. La caricature, l'épigramme, quelques mots piquants, c'est là son poignard, son stylet, son poison. Personne ne balotte plus rapidement, plus vivement les opinions, les idées, les principes. Si le Français est l'enfant de l'Europe, le Parisien est l'enfant de la France. »

Si le parisien n’est pas un petit-maître, les petits-maîtres sont presque toujours des parisiens. Dans Les Lois de la Galanterie, Charles Sorel (vers 1582 – 1674) exprime ouvertement que le seul lieu valable pour la Galanterie est la capitale française, et cela dès le premier paragraphe de son livre : « Nous, Maîtres souverains de la Galanterie, étant assemblés, selon notre coutume, pour la publication de nos lois, qui est quelquefois renouvelée plus souvent que tous les jours [leur coutume étant de ne suivre aucune loi : rappelons que l'auteur est dans sa jeunesse dans la mouvance des libertins], Avons arrêté qu'aucune autre Nation que la Française ne se doit attribuer l'honneur d'en observer excellemment les préceptes, et que c'est dans Paris, ville capitale en toutes façons, qu'il en faut chercher la source. Les esprits Provinciaux n'auront point aussi l'air du grand monde sans y avoir fait leur cours en propreté, civilité, politesse, éloquence, adresse, accortise [savoir être accort], prudence mondaine, et s'être acquis toutes les autres habitudes dont la vraie Galanterie se compose. Encore avec tout cela ne pourront-ils pas exercer notre Art illustre dans leurs villes éloignées, pour ce qu'il n'a cours véritablement que dans Paris, ville incomparable ou sans pair, de laquelle lorsque les vrais Galants sont éloignés, ils se trouveront comme les grands poissons de la mer dans une petite mare où ils ne peuvent nager faute d'eau, si bien que celui qui porte cette dignité ne s'éloignera que le moins qu'il lui sera possible d'un lieu qui est son vrai Élément. »

Photographies : Petit opuscule de mode de 4,5 x 6,6 cm, de vers 1825, intitulé : Le Furet des salons, écrit peut-être par César Lecat baron de Bazancourt (1810-1865), contenant de courts articles sur la mode du temps dont l'un intitulé 'Portrait du Parisien'. Les photographies représentent le livre à peu près à son échelle.

Voir les commentaires

La Parisienne

Photographie : 'La Parisienne à Londres'. Gravure des toutes premières années du XIXème siècle.  Il manque les inscriptions en dessous et au dessus de l'image : 'Caricatures &.' - 'Le Suprême Bon Ton, N°12' - 'A Paris, chez Martinet, Libraire, rue du Coq St-Honoré.' Dimensions : 19,3 x 23,9 cm. Cette intéressante caricature présente une parisienne avec son cavalier parisien. Ils sont dans une position assez caractéristique de la galanterie française, plutôt gracieuse, avec une légère inflexion et sur la pointe des pieds. L'aspect caricatural se situe dans le contraste avec celle rigide des anglais et l'accentuation des traits. Nous avons vu dans d'autres articles qu'à l'époque où se situe cette gravure la mode anglaise est prépondérante à Paris. Comme les anglo-saxons on se met à apprécier les courses de chevaux (arrière plan de l'image). Il est à remarquer la merveilleuse sur la droite avec son chapeau à longue visière et le grand couvre-chef du personnage assis de dos au centre, modes très présentes alors à Paris. Ces genres de coiffes ne trouvent plus d'équivalents par la suite : une visière aussi longue pour les femmes et des chapeaux aussi volumineux pour les hommes. Cette estampe se situe dans un contexte où un grand nombre de français se sont réfugiés pendant la Révolution à Londres. Ce sont les émigrés. A ce sujet, il semblerait que ces vingt dernières années ont connu une émigration très importante de français qui ont choisi de s'installer définitivement hors de l'hexagone. On n'en parle très peu mais c'est une réalité qui dévoile en plus du désir d'aventure, combien tous les gouvernements qui se sont succédés ici ont conduit une politique en profonde opposition avec l'esprit français et son besoin de liberté et de création.

La parisienne et le parisien sont des personnages qui jalonnent de nombreux siècles. Dans cet article il est question de la parisienne, et dans le suivant du parisien.

Au XIXe siècle, dans la capitale française, le grand nombre de cocottes, demi-mondaines et autres lorettes fait que le mot de 'parisienne' a souvent dans la bouche d’un étranger en villégiature dans cette ville une connotation de fille facile. Ceci vient sans doute de la liberté qu'affichent les parisiennes. Mais ce qui les caractérise toutes c'est leur charme. Certaines sont des 'filles', d'autres des grisettes, des 'dames', des artistes, des 'grandes dames' voir des aristocrates. Ce personnage a sa place parmi les petites-maîtresses qui sont très souvent des parisiennes.

Voilà ce que l’on peut lire sur elle dans le chapitre 64 intitulé ‘Les grisettes et les lorettes’ du Tableau de Paris (1853) d’Edmond Texier : « Sa beauté n’est pas un type fixe, sujet à des lois d’esthétique qu’on puisse déterminer : c’est un composé de traits étrangers, de beautés particulières, qui se révèlent par les contrastes les plus inattendus et qui n’ont de commun que l’air de famille, air propre à la Parisienne, indéfinissable et insaisissable pour la plume comme pour le pinceau. […] vous verrez parfois ces traits si distincts se succéder sur sa physionomie, essentiellement mobile et changeante. Son regard, toujours perçant, expressif, malicieux, sait, quand il le faut, imposer le respect, ou bien traverser le coeur, comme un rayon de feu ; son sourire, que dessinent d’ordinaire la grâce et la finesse, prend au besoin toutes les significations, et supplée au langage. Où vous reconnaîtrez le mieux la Parisienne, c’est à sa toilette. Je défie toute femme, quel que soit son pays, quelle que soit l’époque où elle ait brillé, de porter comme elle le costume moderne, tel que la mode le fait et le défait à chaque instant. Une figure parisienne, seule, peut, sans ridicule, être encadrée de ce cône renversé, en carton couvert de soie ou en paille tressée, qui s’appelle chapeau. Un corps de Parisienne peut seul laisser deviner toutes ses perfections et dissimuler tous ses défauts sous les plis flottants des vêtements qui changent sans cesse, et qui passent d’une impossibilité à une absurdité. Il y a une sorte de gageure entre celles qui font les modes et celles qui les adoptent : les unes s’ingénient à trouver les combinaisons les plus antipathiques avec les lois du beau et du goût, les autres semblent tout naturellement corriger ces combinaisons absurdes et en faire jaillir une grâce, une beauté nouvelle et imprévue. Pour se convaincre du génie dépensé dans cette lutte entre la coquetterie des unes et les écarts d’imagination des autres, il faut avoir vu, avoir observé les caricatures vivantes qui peuplent la province et l’étranger. Vous regardez une femme qui n’a pas vécu sa vie entière à Paris, vous considérez son cachemire du meilleur fabricant, son chapeau, chef-d’oeuvre de la plus habile modiste, sa robe taillée par la main de la meilleure ouvrière, et vous haussez les épaules. Ce n’est pas sans raison, la pauvre femme a copié la gravure de modes, elle n’a pas créé ce qui manquait en elle pour s’assortir avec sa toilette. Aussi vous déplorez les erreurs et l’aveuglement du caprice féminin, qui combat ainsi sans cesse contre son propre intérêt. Vous jetez un regard d’admiration sur les costumes antiques, aux plis austères et majestueux ; vous contemplez encore une fois les habits pittoresques de quelques paysannes arriérées et vous venez à Paris avec une sainte horreur de ces débauches d’imagination qui guident la main des couturières et la toilette des dames. Quelle surprise vous attend, dès votre première promenade sur le boulevard ! Ces modes si extravagantes, ces créations d’une fantaisie si bizarre, si étrangement originale, vous les retrouvez, mais transformées, mais devenues gracieuses, mais embellies, mais rendues inimitables, par un je ne sais quoi qui appartient en propre à la Parisienne de toutes les conditions. Ici, c’est une grisette , une fille d’ouvrier, une demoiselle de boutique, vêtue sur le modèle de la grande dame, sauf la différence des étoffes ; elle a bien ce chapeau qui vous semblait si ridiculement jeté en arrière et accroché au chignon, cette robe taillée en dépit des contours naturels du corps, ce fichu, non pas drapé, mais chiffonné et pendant au hasard. Le chapeau n’est qu’un tissu de paille sans beaucoup d’apprêt, la robe, qu’une pièce de cotonnade, le châle, qu’un carré d’étoffe imprimée ; et tout cela forme pourtant un ensemble ravissant de grâce et de bon goût. Le regard brille et jette des éclairs sous ce modeste abat-jour ; la taille se balance mollement, la jupe flotte d’une façon onduleuse et provocante. Le pied chaussé d’un mignon brodequin apparaît, à chaque pas, furtif, fin, cambré. »

Dans sa pièce intitulée La Parisienne (1690), Dancourt (1661-1725) met en scène une Angélique, personnage du titre, qui a de l'esprit, plusieurs amants et jongle avec eux alors que sa mère veut la destiner à un quatrième. Finalement elle s'en sort assez facilement et épouse celui qu'elle aime le plus. Comme le dit sa servante : « Ma foi, vive Paris ! L'esprit ne vient pas si vite aux filles de province ! »

Dans un autre article, je parlerai des « pieds mignons » dont les parisiennes sont les plus grandes représentantes.

observé les caricatures vivantes qui peuplent la province et l’étranger. Vous regardez une femme qui n’a pas vécu sa vie entière à Paris, vous considérez son cachemire du meilleur fabricant, son chapeau, chef-d’oeuvre de la plus habile modiste, sa robe taillée par la main de la meilleure ouvrière, et vous haussez les épaules. Ce n’est pas sans raison, la pauvre femme a copié la gravure de modes, elle n’a pas créé ce qui manquait en elle pour s’assortir avec sa toilette. Aussi vous déplorez les erreurs et l’aveuglement du caprice féminin, qui combat ainsi sans cesse contre son propre intérêt. Vous jetez un regard d’admiration sur les costumes antiques, aux plis austères et majestueux ; vous contemplez encore une fois les habits pittoresques de quelques paysannes arriérées et vous venez à Paris avec une sainte horreur de ces débauches d’imagination qui guident la main des couturières et la toilette des dames. Quelle surprise vous attend, dès votre première promenade sur le boulevard ! Ces modes si extravagantes, ces créations d’une fantaisie si bizarre, si étrangement originale, vous les retrouvez, mais transformées, mais devenues gracieuses, mais embellies, mais rendues inimitables, par un je ne sais quoi qui appartient en propre à la Parisienne de toutes les conditions. Ici, c’est une grisette , une fille d’ouvrier, une demoiselle de boutique, vêtue sur le modèle de la grande dame, sauf la différence des étoffes ; elle a bien ce chapeau qui vous semblait si ridiculement jeté en arrière et accroché au chignon, cette robe taillée en dépit des contours naturels du corps, ce fichu, non pas drapé, mais chiffonné et pendant au hasard. Le chapeau n’est qu’un tissu de paille sans beaucoup d’apprêt, la robe, qu’une pièce de cotonnade, le châle, qu’un carré d’étoffe imprimée ; et tout cela forme pourtant un ensemble ravissant de grâce et de bon goût. Le regard brille et jette des éclairs sous ce modeste abat-jour ; la taille se balance mollement, la jupe flotte d’une façon onduleuse et provocante. Le pied chaussé d’un mignon brodequin apparaît, à chaque pas, furtif, fin, cambré. »

Dans sa pièce intitulée La Parisienne (1690), Dancourt (1661-1725) met en scène une Angélique, personnage du titre, qui a de l'esprit, plusieurs amants et jongle avec eux alors que sa mère veut la destiner à un quatrième. Finalement elle s'en sort assez facilement et épouse celui qu'elle aime le plus. Comme le dit sa servante : « Ma foi, vive Paris ! L'esprit ne vient pas si vite aux filles de province ! »

Dans un autre article, je parlerai des « pieds mignons » dont les parisiennes sont les plus grandes représentantes.

Photographie : 'La Parisienne', Tableau de Paris (1853) d’Edmond Texier 

Voir les commentaires

Livre premier - Poétique grecque

Téléchargez gratuitement en format PDF le livre I de la trilogie sur la Poétique : un roman collage d'avant-garde post-post-moderne, artistique, historique et philosophique ... mais encore à l'état de brouillon.

 

Cliquez sur la photographie pour le télécharger.

Voir les commentaires

Merveilleuses & merveilleux