Le Journal des Dames et des Modes

muscadincostume350.jpgLa fin du XVIIIe siècle marque un changement radical dans la Mode. Le périodique qui témoigne le mieux de cette modification est le Journal des Dames et des Modes fondé à Paris en 1797, dont Pierre de La Mésangère devient rapidement le directeur. Toutes les gravures que nous présentons dans cet article sont d'époque et proviennent de ce journal. La première (planche 288 de l’an IX pour 1800) représente un Muscadin semblable aux Incroyables de la gravure de l’article du 24 septembre 2007 intitulé : Café des Incroyables. Ma parole d'honneur ils le plaisante. 1797. Cette estampe est particulièrement belle et la posture du modèle très élégante. Son port est gracieux et son geste de la main est une manière de langage propre aux Incroyables et Merveilleuses. 

Le Journal des Dames et des Modes représente donc les modes de son temps. Les jeunes femmes portent alors de longues tuniques, des drapés … La silhouette change du tout au tout. La modernité s’affiche épurée. Elle s’inspire de l’Antiquité comme sur l’estampe 320 de l’an IX (1800) où la coiffure est décrite comme étant « Antique ». Des Amazones se promènent dans Paris les seins nus ou à peine voilés comme sur la gravure n°322 de l’an IX (1800). Certaines portent même les cheveux courts. Sur la gravure 25 de 1798, « dessinée d’après nature sur le Boulevard des Capucines », la jeune fille a une coiffure dite textuellement « en porc-épic ». Cette mode aurait été instituée en solidarité avec des condamnés à l’échafaud de la Révolution, la coupe (au ras de la nuque) imitant celle de ces derniers ou dernières avant de passer à la guillotine. On lui donne alors le nom de « coiffure à la victime ». Dans l’article du 26 octobre 2007 intitulé Les Oubliés, nous faisons référence à ces bals des victimes. Ceux-ci généralisent la mode des robes gréco-romaines et de ces cheveux. Les découvertes archéologiques du XVIIIe siècle mettent au goût du jour d'autres coupes de cheveux courts appelées « coiffures à la Titus » du nom du fils de Brutus que l’acteur François-Joseph Talma (1763 - 1826) joue avec cette coupe qu’il porte aussi en ville (sur cet acteur consulter Wikipédia). Nous verrons dans un autre article combien le théâtre influence, répand et créé les modes alors. Cette coiffure est portée aussi bien par les femmes que par les hommes.

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Le Journal des Dames et des Modes est sans doute la dernière grande revue de mode du XVIIIe siècle. Elle marque la transition avec le XIXe. A travers elle on voit la mode changer. Le Premier Empire est encore plein de fantaisies, les hommes portent de très hauts chapeaux et même les soldats s’inspirent des Muscadins et Incroyables pour se vêtir. Mais ensuite les habits des hommes deviennent plus sombres et surtout beaucoup plus sobres. Le Romantisme prend la relève avec quelques ‘Jeune France’ et le dandysme fait son apparition dans l'hexagone. Les femmes portent à nouveau le corset, des robes amples et de nombreuses fioritures, mais d’un style tout à fait différent. 

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Les périodiques de mode : du 'Mercure galant' au 'Magasin des modes nouvelles françaises et anglaises'.

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D'après Raymond Gaudriault (La Gravure de mode féminine en France, Paris, Les éditions de l'amateur, 1983), les gravures ci-dessus font partie des « premières véritables gravures de mode françaises » (p.19).  « A la demande de Donneau de Visé, directeur du Mercure galant, il [le célèbre Bérain (1640-1711)] dessine pour la gazette les costumes que va graver le Pautre. » (p.18). Il s’ensuit dix planches (125 x 100 mm) dont cinq suivant les habits des saisons avec pour l’hiver deux planches publiées dans le Mercure galant d’octobre 1678. La date de 1678 marquerait donc les premières gravures de mode présentées dans une publication périodique (p.34). Ici, la mode du temps est décrite des pages 237 à 253, avec deux gravures l’une avec un cavalier, et une autre avec une dame, tous deux en « Habit d’Hiver » avec l’inscription de l’année en toutes lettres. Ces estampes illustrent le texte qui comme d’habitude est sous la forme d’une lettre adressée à une dame. On y parle de la mode qui sera le prochain hiver 1678. On en profite pour faire de la publicité pour les fabricants et marchands : « Monsieur Gaultier de la Couronne Rue des Bourdonnois » ou « le Sieur Charlier » qui a « son Magazin à Paris Rue de la Coutellerie, au Cerceau d’or ». On décrit ensuite les images. Il s’agit là d’un document de premier ordre dans l’histoire des gravures et revues de mode. De plus, le Mercure galant (dont la première parution date de 1672) est le périodique des Modernes de la fin du XVIIe siècle (Charles Perrault, Fontenelle …). En 1724, il change son titre en Mercure de France jusqu’en 1825. Voilà ce que l’on peut en lire dans : http://revel.unice.fr : « Le Mercure galant fut « moderne » avec passion. Contre les « Anciens » […] « l’auteur du Mercure » alla sentir le vent de la modernité à Versailles dans l’entourage de Colbert où l’actif et fort politique Charles Perrault distribuait pensions et conseils avisés. De Visé publia un jeune Normand de talent, Fontenelle, de surcroît neveu des Corneille, les porte-drapeaux du bon théâtre contre l’auteur de Phèdre et ses trop galantes rapsodies. Plus tard, il imprima dans son journal les premiers contes de Perrault, et donna à Thomas Corneille une espèce de droit de succession à ce que l’auteur des Caractères appelait l’Hermès galant en le qualifiant d’« immédiatement au-dessous de rien ». Les anciennes gloires féminines de la préciosité ralliées au monarque triomphant, Mlle de Scudéry puis Mme et Mlle Deshoulières, annonçaient d’autres gloires féminines comme Mlle L’Héritier, nièce des Perrault ou Catherine Bernard, protégée de Fontenelle. Le Mercure accueillait volontiers leurs vers et se faisait une réputation d’ami des dames contre des Anciens, tout juste capables de vaticiner de vieilles rengaines et des « satires contre les femmes ». »  

Si le Mercure galant est peut-être le premier périodique à s’intéresser à la Mode, d’après Raymond Gaudriault (op. cit. p. 34) « Pour Pierre de La Mésangère, qui écrit en 1818, le plus ancien journal de modes date de 1728. C’est Le Cabinet des nouvellistes ou les nouvelles du temps mises en figures. ». Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les publications périodiques de mode se multiplient. La plus connue est peut-être la Gallerie des Modes et Costumes français éditée par Jacques Esnauts et Michel Rapilly qui sont aussi les éditeurs de la première estampe présentée dans l’article du mercredi 10 octobre 2007 intitulé Des gravures de mode au XVIIIe siècle. Ces périodiques sont appelés, semble-t-il,  des cahiers ou journaux. Ils sont généralement constitués de gravures de mode contenant des descriptions. Ces cahiers sont parfois rassemblés et reliés en livres. L’estampe ci-dessous est tirée d’une de ces revues comme l’indique le texte : « 30e Cahier – Pl. 2 – 2e Année » et d’une façon plus précise du Magasin des modes nouvelles françoises et angloises. Le dessinateur est Defraine et le graveur Duhamel (1736 - après 1800). Elle représente deux jeunes filles de profil avec coiffures et habits, le tout rehaussé de délicates couleurs peintes à l’époque. Cette estampe originale peut être datée de 1786, date de la « Seconde Année » du Magasin des modes nouvelles françaises et anglaises. Créée tout d’abord sous le nom de Cabinet des Modes et éditée par le libraire Buisson, cette revue devient après une année le Magasin des modes nouvelles françoises et angloises. 132 numéros sont parus entre le 17 novembre 1785 et le 21 décembre 1789. Le Cabinet des Modes, serait la première revue de mode française à périodicité régulière. Le titre complet, retranscrit ci-après avec son orthographe, indique quels genres de textes et gravures on y trouve : « Cabinet des modes, ou les Modes nouvelles, décrites d’une manière claire & précise, & représentées par des planches en taille-douce enluminées. Ouvrage qui donne une connoissance exacte & prompte, tant des habillemens & parures nouvelles des personnes de l’un & de l’autre sexe, que des nouveaux meubles de toute espèce, des nouvelles décorations, embellissemens d’appartemens, nouvelles formes de voitures, bijoux, ouvrages d’orfèvrerie, & généralement de tout ce que la mode offre de singulier, d’agréable ou d’intéressant dans tous les genres. » Les estampes présentent donc des modèles en pied ou en buste, des meubles, des voitures … toutes sortes de choses à la mode. La gravure ci-dessous a une largeur de 10,5 cm et une hauteur de 19,4 cm. 

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A la fin du XVIIIe siècle, le Journal des Dames et des Modes est sans aucun doute la plus connues des revues de mode. Elle marque le passage à un style plus sobre d’habillements et de coiffures très influencé par « l’Antique ». Nous en proposons aussi à la vente. Mais ceci sera le sujet d’un prochain article …

Vous pouvez dorénavant accéder directement à la collection des objets d’époque témoins des modes du XVIIe siècle au début du XIXe à l’adresse : http://www.lebonton.com

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Les Oublies

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Les oublies seraient des petites gaufrettes, ayant la forme d'un cône, vendues par d'anciens soldats avec sur leur tambour un système de loterie. L'estampe représente peut-être un fils de soldat, ayant l'allure d'un Muscadin face à des Merveilleuses. Elle a pour titre : « Les Oublies ». Les Merveilleuses sont habillées à la mode du tout début du XIXe, c'est-à-dire dans des tuniques et drapés à l’antique. Le soldat quant à lui porte le chapeau caractéristique, la coupe de cheveux tombant sur les côtés du visage et une natte au dos (longue tresse appelée ‘cadenette’ et souvent attachée derrière la tête par un peigne). Son costume est assez rustique bien que typique, et ses chaussures ont la forme de sabots. Le dessinateur est le baron François-Joseph Bosio (1768 -1845) dont on peut voir d’autres gravures sur le site de la Réunion des Musées Nationaux  avec cette même signature : ‘D. Bosio’ (cliquez ici). Le graveur est Nicolas Schenker (1760 – 1848). Cette image est de la première moitié du XIXe siècle.

Des questions récurrentes sont posées concernant les Merveilleuses, Incroyables et Muscadins. Une d’entre elle est de demander quelle est la différence entre un Petit-maître, un Incroyable et un Muscadin. Tous trois sont des jeunes gens aux manières précieuses, habillés avec soin et originalité, usant d’un langage et d’un style recherchés parfois affectés. On les retrouve dans toute la seconde moitié du XVIIIe siècle et au tout début du XIXe. Leurs habits et leurs tournures ne sont donc pas toujours les mêmes. Ce qui les définit comme étant l’un ou l’autre, c’est avant tout le regard que les autres portent sur eux. Un Sans-culotte les traitera de ‘Muscadins’, terme souvent usité de façon péjorative pour accentuer leur côté « cocotte » (se parfumant exagérément au musc). ‘Petit-maître’ est plus employé de façon affectueuse, et le nom d’’Incroyable’ marque l’étonnement, voir l’enchantement.  On désigne ces jeunes par d’autres mots comme ‘Inconcevables’ etc. Dans l’article du 11 septembre 2007 intitulé Les Merveilleuses, Incroyables, Muscadins … leurs cannes et leurs bâtons, une gravure présente un Inconcevable au bras d’une Merveilleuse avec une commerçante à la criée qui s’exclame : « C’EST INCONCEVABLE, tu n’es pas reconnaissable ! » Si la marchande avait utilisé le mot ‘Incroyable’ cela aurait eu le même effet. L’habit du garçon pourrait tout aussi bien être celui d’un des trois autres ‘types’ de jeunes gens. Cette gravure montre aussi que cette jeunesse là n’est pas coupée du populaire, n’est pas obligatoirement « dorée » comme on le dit souvent, mais qu’elle possède sans conteste une richesse qui lui est propre : celle que seul son âge peut offrir.

Une autre question que l’on pose souvent regarde les convictions politiques de ceux-ci. Là cela concerne en particulier les Muscadins pendant la Révolution qui étaient appelés ainsi surtout de façon péjorative par certains révolutionnaires. De plus, cette jeunesse là (avec ses Incroyables …) rechigne à s’engager dans les armées de l’époque et à suivre les couleurs imposées. Elle a les siennes propres, comme le noir ou le vert, et leurs collets portant ces teintes sont l’objet de rixes avec les sans-culottes qui veulent les leur arracher. Avec la fin des Sans-culottes, l’ordre est représenté par les Muscadins. Leurs habits deviennent même ceux des militaires. Sous l’empire, Napoléon lui-même porte des habits d’Incroyable, ainsi que certains de ses officiers et de son armée.  Leurs immenses chapeaux « bicornes » en sont un exemple, de même que les cravates hautes, les manteaux caractéristiques etc. La mode masculine des couvre-chefs gigantesques et très originaux du Premier Empire n’a aucun équivalent dans l’histoire de la mode des hommes ; même les hauts-de-forme du XIXe siècle font très pâle figure en comparaison. En résumé, avant 1789, les Incroyables et autres Muscadins n’affichent pas de couleurs politiques précises mais simplement leur différence. A la Révolution, acculés dans un monde violent et politisé ils cherchent soit à s’y soustraire, soit prennent une cause. Le fait est que beaucoup perdent des gens de leur famille dans cette tuerie. Leur collet noir est en signe de deuil et il leur est impossible de prendre partie pour ceux qui sont à l’origine de ces meurtres ou qui les soutiennent. Mais cela ne les empêchera pas de savourer pleinement leur jeunesse et de s’amuser. A la fin de la Révolution, on organise des ‘Bals des victimes’ ouverts à ceux ayant perdu au moins un de leurs proches à la guillotine. Comme toujours en France, la Joie reprend le dessus avec des fêtes organisées jusque dans l’ancienne résidence parisienne de la marquise de Pompadour (l’actuel Palais de l’Elysée), achetée par Louise-Marie-Thérèse d'Orléans duchesse de Bourbon qui en 1797 loue le rez-de-chaussée au négociant Nicolas Hovyn, qui dès le mois de juin et pour à peu près une année (jusqu’à l’exil de la duchesse) le consacre à la danse et aux jeux. C’est à cette époque semble-t-il que l'hôtel prend le nom d'"Elysée" du fait du lieu de promenade voisin.

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La Compagnie des Indes

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Crachoir en porcelaine de Chine, dite de la Compagnie des Indes, décoré dans les émaux de la famille rose (diamètre: 11,3 cm) et en vente sur le site de l'antiquaire Antoine Lebel spécialiste des porcelaines de la Compagnie des Indes. De forme légèrement inhabituelle, cet objet est richement décoré d'un coq parmi des fleurs. Il est de la Période Qianlong : vers 1740. Le crachoir est un ustensile dont on se sert pour la toilette, après s’être lavé les dents avec une eau (de Madame de la Vrillière, Vulnéraire, Spiritueuse ou d’autres propres à nettoyer et fortifier les dents et les gencives), des éponges préparées ou bien encore des racines comme celles de la guimauve dont une recette consiste à les faire bouillir dans du vin et du miel blanc.

L’invention de la véritable porcelaine (dite dure) est considérée comme étant chinoise. C’est dans l’actuelle Chine qu’au moins à partir de la dynastie des Tang (619-906) elle se développe. Les occidentaux qui l’admirent et essaient de l’imiter sans réussir à trouver l’arcane (mélange de kaolin, quartz et feldspath), la font massivement importer dans d’immenses vaisseaux ; et cela dès le début du commerce avec l’Asie. A partir de 1498, les Portugais achètent les porcelaines de Jingdezhen mondialement connues. Les Hollandais établissent en 1602 l’East India Company qui s'occupe du transport et de l'écoulement de ces marchandises. Outre les poteries de Jingdezhen, la dynastie des Ming (1368-1644) exporte de grandes quantités de céladons longquan. La Compagnie française des Indes est fondée par Colbert en 1664. Jusqu’au XVIIIe siècle et la découverte de la formule de la porcelaine dure par J.-F.Böttger (Meissen), l’Occident ne connaît que la porcelaine dure chinoise. Elle est donc très réputée et synonyme d’un grand raffinement. La Chine est même souvent idéalisée dans ce qu’on appelle aujourd’hui ‘les chinoiseries’ qui se répandent dans les Beaux-arts du XVIIIe siècle.

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On fait fabriquer en Asie des services entiers avec des formes et motifs occidentaux dont certains commandés avec les chiffres (blasons) familiaux, comme sur le bassin octogonal présenté ci-dessous, décoré en polychromie et or (Largeur: 36,8 cm), de la période Qianlong (vers 1740) où sont peintes sur l’aile les armes de Pierre-Benoit Dumas (1696 - 1746) au service de la Cie des Indes à Pondichéry, ayant reçu du Grand Moghol le titre de Nabab et la concession de Karikal en faveur de la France, et nommé Chevalier de St Michel en 1737.

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Pour plus d’informations sur la porcelaine lire l’article du Mercredi 9 mai 2007 : La Porcelaine française du XVIIIe siècle.

 

 

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Les Douceurs de la fraternité

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lesdouceursdelafraternitemains200.jpg« Les Douceurs de la fraternité. » « Français, unissons-nous… qu’une saine harmonie fixe la liberté, sous le règne des Lois ! Les hommes sont égaux : tous ont les mêmes droits ; périsse l’égoïsme ; et vive la Patrie ! » « A Paris chez Bance rue St Severin N°115 [ou 25]. » Par Gautier (peut-être Jean-Rodolphe Gautier : 1764-1820) d’après un dessin de Vangorp (Henri Nicolas Van Gorp : vers 1756 - après 1819). Une femme se tenant sur le parvis du « Temple de la Liberté » tend  les « Droits de l’Homme et du Citoyen » à un groupe de femmes et d’hommes. Le drapeau de la « Constitution Française », surmonté d’un bonnet phrygien, flotte derrière. Au dessous, dans une couronne de branches de laurier et de chêne, la République se repose sur la « Loi constitutionnelle » elle-même posée sur un autel. Des putti tendent les mains vers elle. La gravure est d’époque, dans un cadre du XIXe siècle. Voir le site : http://richard.lemenn.free.fr

 

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La famille à la Révolution

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Grande gravure de l'époque révolutionnaire dessinée par Jean-Frédéric Schall (1752 – 1825) et sculptée par Augustin Claude Simon Legrand (1765 - 1815). Elle est intitulée : « L'Elisée » et illustre la 'Lettre XI De St Preux à Milord Edouard' de la Nouvelle Héloise de Jean Jacques Rousseau : [orthographe de l'époque] « La petite famille menée par Fauchon entra comme nous sortions. Ces trois aimables enfans se jetterent au cou de Mr et Mde de Wolmard … Nous rentrâmes Julie et moi dans l’Elisée en faisant quelques pas avec eux … J’ai pensé, me dit-elle, à l’amusement de mes enfans, et à leur santé quand ils seront plus âgés … j’en veux faire un jour mes petits jardiniers : ils auront autant d’exercice qu’il leur en faut pour renforcer leur tempérement, et pas assez pour le fatiguer. » Il y a tout en bas de cette estampe l’indication : « Se vend à Paris chez Depeuille, Rue Franciade, Section de Bon Conseil. » La Section de Bon-Conseil est une section révolutionnaire de Paris qui représente à partir de 1792 un quartier de la Commune de Paris de 13 800 habitants comprenant le nord des Halles centrales et les rues Montorgueil et Tiquetonne. Comme d’autres indications en témoignent, cette gravure est donc de l'époque révolutionnaire (toute fin du XVIIIe siècle). Elle est particulièrement intéressante pour son thème et l’harmonie qui s’en dégage, impressionnante quand on connaît l’époque troublée de sa confection. Le texte même qu’elle illustre est surprenant. Il y est question d’un jardin non pas géométrique « à la française » ni ‘pittoresque’ « à l’anglaise » mais sauvage, où la nature est aidée et non pas maitrisée, constitué surtout de plantes autochtones et où l’industrieuse main de l’homme n’y trouve que du plaisir non pas en la domptant mais en la caressant doucement… Y a-t-il là une nouvelle idée d’un jardin faisant la part belle aux plantes régionales dont certaines sont rares, et qui écoute la nature et l’aime plus qu’il la dompte ? Il est possible de retrouver cette lettre sur http://gallica.bnf.fr (Nouvelle Héloise, 'Lettre XI à Milord Edouard').

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Des gravures de mode du XVIIIe siècle

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Grande estampe du XVIIIème siècle représentant la planche n°1 de la 13ème suite de douze différentes coiffures (chapeaux, bonnets, charlottes) à la mode en 1785. Gravure sur cuivre sur papier vergé de l'époque gravée par Dupin d'après Desrais et publiée chez Esnaults et Rapilly à la ville de Coutances, à Paris, avec Privilège du Roi. Dimensions 43 x 28 cm et 23 x 28 cm sans les marges. Texte de la gravure : 13e Suite de Coeffures à la mode, en 1786. N°1Bonnet à la Chérubin, vû sur le côtéBonnet à la Chérubin, vû par devantChapeau à la Saint DomingueLe même chapeau vû sur le côtéChapeau à la Minerve BretonneCoëffure de Mme Dugason dans le rôle de Babet, à la Comédie ItalienneCoeffure de Mlle S. Huberti de l’Académie Royale de MusiqueCoeffure de Mlle Maillard dans le rôle d’Ariane, opéraNouveau Chapeau à la FigaroNouveau Chapeau à la CharlottembourgCoeffure à la nouvelle CharlotteCoeffure de la Beauté de St JamesDesrais del. Dupin sculp. – A Paris chez Esnauts et Rapilly, rue S. Jacques, à la Ville de Coutances. Avec Privil du Roi. 

Nous avons vu dans l’article du 2 octobre 2007 intitulé : Les almanachs de mode du XVIIIe siècle, l’importance de ces petits livres dans la divulgation de la mode dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les gravures sont un autre moyen. Elles offrent des exemples de coiffures ou d’habits à la mode du jour ou des années précédentes. Elles sont envoyées en province et dans le monde entier pour servir de références aux marchandes de mode, coiffeurs et dames. Elles sont vendues sous la forme de suites (parfois reliées entre elles) ou au détail. Elles sont un témoignage capital de la divulgation des modes au XVIIIe siècle. Fréquentes à l’époque, ces estampes sont très rares aujourd’hui. Certaines recensent des modes vieilles de plusieurs siècles et prouvent qu’il y avait alors une véritable culture de la Mode et de son histoire qui n’est pas si éloignée de la notre avec ses nouveautés portées par les fabricants (dont certains sont de véritables ateliers de haute-couture) et autres artisans coiffeurs … ayant eux aussi leurs figures de proue. Dans la gravure présentée ici, la date de 1785 est très proche de celle de l’édition (fin du XVIIIe siècle) comme le montrent divers éléments tels : les dates des auteurs Desrais et Dupin, la période où la maison d’édition indiquée sévit, le type de papier utilisé et son filigrane, le Privilège Du Roi (APDR) antérieur à 1794 ... Nicolas Dupin est un graveur actif à la fin du XVIIIe siècle et Claude-Louis Desrais (1746-1816) est un peintre à l’origine de nombreuses gravures de mode comme : Mode du jour, Le Serail en Boutique, Promenade du Boulevard des Italiens… de même que de diverses estampes répertoriant les modes de l’époque comme celles de la revue : Cahiers de Costume Français. Esnaults et Rapilly sont des vendeurs/éditeurs de la fin du XVIIIe siècle qui ont publié de nombreuses gravures récapitulant les modes de leur siècle, dont plusieurs sont d’après Desrais et gravées par Dupin. On peut en voir quelques-unes sur le site de la Réunion des Musées Nationaux (http://www.photo.rmn.fr) en faisant une recherche par Desrais Claude-Louis (1746-1816). Sur ce même site il y a une gravure semblable à la notre (cliquez ici) mais coloriée. La seconde gravure présentée ci-dessous est aussi d’époque et coloriée. On peut du reste observer le raffinement des tons chatoyants ou pastel.

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Gravure de la seconde moitié du XVIIIe siècle, avec 4 vignettes représentant des dames en buste coiffées de chapeaux : Chapeau à la Bostonienne, Chapeau à la Voltaire, Nouveau Casque à la Minerve ou la Pucelle d'Orléans, et Chapeau à la Colonnie (orthographe de l’époque). La gravure avec ses marges fait 23,5 x 35 cm et sans 21,1 x 27,4 cm. 

Les almanachs et les gravures ne sont pas les seuls à permettre aux modes parisiennes de se répandre dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. On publie aussi des périodiques comme nous le verrons dans un autre article. Et puis il y a les poupées de mode qu’on habille au goût du jour et qui portent la mode loin.

Retrouvez la collection LM des Modes en France du XVIIe siècle au début du XIXe en vente sur : http://richard.lemenn.free.fr/rubriques/modes.html

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Une table de toilette du XVIIIe siècle

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Dans l'article : La Toilette d'apparat des XVIIe et XVIIIe siècles, du mercredi 23 mai 2007, nous expliquons l'origine du mot « toilette » et son utilisation. Nous exposons ici une table de toilette d’époque Louis XV en acajou et placage d’acajou de Cuba de forme mouvementée proposée à la vente sur le site de la Galerie Delvaille (15, rue de Beaune à Paris).

Cette table de toilette s’ouvre en façade par quatre tiroirs dont trois simulés et une tablette centrale. La partie supérieure présente un miroir rabattable et deux vantaux latéraux dissimulant des rangements dans lesquels on disposait les objets de toilette (boîtes, pots, flacons …). L’ensemble repose sur quatre pieds galbés à cinq pans coupés. L’Ornementation de bronzes ciselés et dorés est discrète tel que sur les entrées de serrure et les sabots. L’acajou a été importé en France dès le milieu du XVIIIème siècle par les ports d’importation de Nantes, la Rochelle et Bordeaux. Les plus beaux acajous venaient de l’île de Cuba, et avaient dès cette époque une valeur marchande considérable. Depuis plus d’un siècle, l’exportation d’acajou de cuba est interdite. Dimensions : 75cm x 90cm x 50cm.

 

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Les almanachs de mode du XVIIIe siècle.

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Nous allons reprendre dans plusieurs articles les différentes manières de répandre les modes nouvelles au XVIIIe siècle. Une d’entre elles est la publication d'almanachs qui prennent la forme sous Louis XV de petits livres dont les formats varient de l'in-18 à l'in-64. Ceux-ci sont des calendriers auxquels sont ajoutés de multiples informations dont certaines concernant la Mode. Les nombreuses variétés de coiffures fournissent les sujets les plus récurrents des gravures de ces ouvrages. C’est le cas dans cette composition de l’éditeur parisien Desnos qui publie dès 1777 divers almanachs contenant des gravures de Mode et des textes sur cesouveniralahollandaisedetail.jpg thème comme :  Almanach de la toilette et la coëffure des dames françaises et romaines présentant des coiffures en médaillons coloriées dans un in-24, dès 1781 le Bijou des Dames (in-18) et le Recueil général des costumes et des modes (in-18), en 1782 Les jolies Françaises, leurs coiffures et habillements (in-24). Tout cela est suivi en 1783 par l’almanach que nous présentons ici et qui, comme il est écrit dans le titre, vient compléter les deux premiers. Il s’agit d’un in-18 (7 x 11 cm) : Souvenir à la Hollandoise, enrichi de nouvelles coëffures les plus galantes, où se trouve celle de l’Insurgente, faisant suite à Almanach de Toilette, et au Bijou dédié aux Dames de bon gout, qui se vend séparément avec tablettes économiques, perte et gain, Paris, Desnos, 1783. Ce titre est complété par : Les Fleurs de toutes saisons, Etrennes à la Mode, Petit nécessaire indispensable aux Dames qui ont le bon goût de la Toilette, Souvenir à l’Anglaise & Hollandaise. Avec Figures, Chansons, Perte & Gain. Chaque coiffure est présentée par son nom, suivi d’une chanson, puis sur une autre page d’un commentaire sur son appellation et d’une gravure très fine coloriée la présentant sur une femme de buste, dans un médaillon au dessous duquel est indiqué le nom : Bonnet à la candeur, Bonnet dans le Costume Asiatique dit au mystère, Baigneuse d’un nouveau goût, Le Parterre galant, Toque lisse avec trois boucles détachées, Coeffure en crochets avec une échelle de boucles, Bonnet au Levant, Pouf d’un nouveau goût, Coeffure en rouleaux avec une boucle, Toque à l’Espagnolette, Chapeau d’un nouveau goût, Chapeau tigré… Cela est suivi de pages servant « pour écrire à chaque jour de la Semaine, ses Pensées, rendez-vous, Souvenirs, Etc. » et d’autres « pour écrire dans les intervalles de chaque jour du mois la Recette & Dépense de la Maison, la Perte & Gain, & à la fin se trouve une Table de Récapitulation pour chaque mois, & autres feuillets blancs pour écrire ses affaires particulières, & ce que l’on désirera, avec le Stylet adapté au Livret, qui en fait la fermeture. » Les dernières pages contiennent le calendrier de l’année 1783. La reliure possède un emplacement en trois parties pour un stylet permettant de fermer le livre. Elle est d’époque, en maroquin rouge, avec triple filet, dos orné, pièce de titre de maroquin vert et tranches dorées. Après cet Almanach, l’éditeur Desnos continue à en publier de nouveaux. Le genre dédié à la mode disparaît peu à peu à la Révolution.

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La mesure de la France

La France a une figure d'hexagone régulier particulièrement harmonieuse. Cette forme, telle qu’on la connaît aujourd'hui, est déjà plus ou moins établie au XVIIIe siècle. Pour une grande partie, ses frontières (mers, montagnes …) sont naturelles. Paris, sa capitale, est située en plein milieu de son horizontale et au quart nord de sa verticale. L’équilibre est parfait ! Voilà une mesure d’excellence !

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La carte dépliante présentée ici est celle d’un almanach de 1756 de très petites dimensions : mesurant 6 x 9,5 cm, au joli titre d’Étrennes Mignonnes … Dans le prochain article un autre almanach sera exposé mais de mode !

 

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Café des Incroyables. Ma parole d'honneur ils le plaisante. 1797.

Gravure présentant un café où se réunissent des Incroyables en 1797. Le titre reprend une de leurs expressions récurrentes : « Ma parole d’honneur » (prononcer « ma paole d’honneu ») ; et la suite est volontairement humoristique puisque le « ils le plaisante » est dans une orthographe sens dessus dessous faisant justement référence à leur façon de prononcer. Tous les Incroyables sont ici affublés d’une perruque blonde (ou d’une coupe ?) 'en oreilles de chien', c'est-à-dire, comme on le voit, les cheveux coupés sur le dessus, tombant sur les côtés, longs au dos et tressés pour être remontés derrière la tête. Certains portent des chapeaux qui sont de deux styles différents. Ils ont deux boucles d’oreilles rondes et assez grandes, une cravate qui couvre le menton, une culotte, des bas avec des motifs, des souliers pointus… Ils tiennent des cannes ; ont des lunettes, des faces-à-main ou une lorgnette. Un garçon sert du café. Le décor est de style néo-classique et le dessinateur/graveur (qui a signé RLL) s’est représenté lui-même sur la droite dans l’ombre, avec son stylet.

Cette gravure fait 37 x 27 cm. Elle est d’époque (1797). Elle a été peinte. C’est un témoignage remarquable. Il ne s’agit pas là d’une caricature d’Incroyables comme on a l’habitude d’en voir à cette époque ; mais la scène choisie montre ceux-ci s'amusant à se reluquer les uns les autres ou lorgner d’autres personnes extérieures à leur cercle. Leurs manières semblent élégantes et amusées, et leur façon de regarder d’une manière ostentatoire les autres est très française, en opposition aux Anglais qui ne se permettraient pas cela. Ici, ceci est particulièrement accentué, presque caricaturé, par les postures et tous les objets qui leur servent à observer et avec lesquels ils jouent (voir aussi l’article du mardi 11 septembre 2007 intitulé : « Les Merveilleuses, Incroyables, Muscadins … leurs cannes et leurs bâtons. » où est expliqué une des origines de ces « lunettes »). Il s’agit d’un document d’exception et rare sur les Incroyables, même si les Merveilleuses manquent au tableau.

 

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La Dentelle et l'habit masculin

Dans le règne animal, le mâle est généralement plus élégant que la femelle. C'est le cas du lion, du paon, des papillons … et les oiseaux de paradis (paradisiers) que l’on retrouve abondamment dans l’iconographie du XVIIIe siècle et en particulier dans la céramique sont sans doute les exemples les plus probants. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, si les habits des femmes et des hommes sont distincts, ils peuvent être aussi sophistiqués dans les deux cas. L’homme se pare de rubans, et des dentelles occupent élégamment diverses parties de son habillement : cols, collerettes, jabots, chemises, poignets, canons (ornements placés à hauteur du genou entre les hauts-de-chausses et les bas) …

De magnifiques exemples de dentelles sont exposés et à vendre sur le site en anglais de Maria Niforos : www.marianiforos.com

sir--ne300.jpgTrès belle Sirène faite en dentelle que l’on retrouve sur le site de Maria Niforos.
Dans la mythologie gréco-romaine, la Sirène est un être fantastique avec un corps d’oiseau et une tête de femme. Sous la chrétienté, les Anges ressemblent parfois à des Sirènes, et comme elles, ils sont associés à diverses strates du Ciel. Si les Sirènes les plus connues sont celles de l’Odyssée habitant les environs de l’actuelle Naples en Italie, la plus belle description est sans doute celle de Platon dans le Timée où celui-ci expose l’Harmonie de l’Univers en expliquant que celui-ci est constitué de sphères célestes toutes accomplissant des révolutions. Sur le haut de chaque cercle se tient une Sirène qui évolue avec lui en faisant entendre un seul son, une seule note, les huit notes formant ensemble une Harmonie. Dans la Mythologie elles sont progressivement remplacées par les Muses qui les provoquent dans un concours musical qu’elles gagnent. C’est alors ces dernières qui représentent l’Harmonie, qui inspirent les rythmes des hommes et prennent une fonction sociale s’opposant aux « débordements » que les Sirènes peuvent symboliser en provoquant le naufrage des âmes ou des bateaux (Homère, Odyssée, chant XII). Certains donnent les Sirènes comme étant au nombre de deux ou de trois, filles du dieu-fleuve Achéloos et de la Muse Terpsichore ou bien de la Muse Melpomène et du Dieu marin Phorcy. On les dit aussi demeurer à l’ouest de l’île d’Empédocle (la Sicile).

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Sur les Gens à la Mode

La Mode et son jeu entre l'individu et la société était mis en scène durant la seconde toilette du XVIIIe siècle face à un miroir qui ne reflétait qu’une seule chose : soi-même. Ce moment était celui de l’expérimentation (de nouvelles toilettes, coiffures, amours, amitiés, poèmes …), de l’échafaudage de la journée, des messages secrets pas seulement dissimulés dans des billets-doux mais aussi dans le choix de fleurs, de parures, de couleurs, de nombres, dans l’emplacement de ses mouches… C’était l’instant où l’on donnait des rendez-vous en catimini… ; la période intermédiaire située entre soi et le monde. Ces minutes (voir ces heures) étaient peut-être les plus libres de la journée ; aussi celles où l’on mettait en scène cette liberté en se montrant sous son meilleur jour, le plus sociable et parfait. De nombreux textes du XVIIIe siècle relatent que ce qui caractérisait le mieux le Français de cette époque c’était sa sociabilité, sa disposition naturelle à être agréable, courtois et charmant. Il ne s’agissait pas en cela de suivre aveuglément des conventions, mais d’exercer son style et son plaisir. Le bon ton n’était pas une affectation, une obligation, mais l’expression de cette harmonie, de ce « je ne sais quoi » qui comme le suggère l’expression est indéfinissable et ne peut donc être emprisonné dans des conventions, des contraintes que le Français exécrait. Ce goût pour cette liberté s’est exercé dans tout le XVIIIe siècle, du début jusqu’à la fin avec la Révolution. Il s’est manifesté en particulier dans le Beau, et cela dans les Beaux-arts, la Littérature, la Philosophie, la Mode…

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« Sur les gens à la mode. De tous les peuples, le Français est celui dont le caractère a dans tous les temps éprouvé le moins d’altération […] Cette nation a toujours été vive, gaie, généreuse, brave, sincère, présomptueuse, inconstante, avantageuse et inconsidérée. Ses vertus partent du cœur, ses vices ne tiennent qu’à l’esprit, et ses bonnes qualités corrigeant ou balançant les mauvaises, toutes concourent peut-être également à rendre le Français de tous les hommes le plus sociable. C’est-là son caractère propre, et c’en est un très-estimable ; mais je crains que depuis quelque tems on n’en ait abusé ; on ne s’est pas contenté d’être sociable, on a voulu être aimable, et je crois qu’on a pris l’abus pour la perfection. Ceci a besoin de preuves, c’est-à-dire d’explication. Les qualités propres à la société, sont la politesse sans fausseté, la franchise sans rudesse, la prévenance sans bassesse, la complaisance sans flatterie, les égards sans contrainte, et surtout le cœur porté à la bienfaisance ; ainsi l’homme sociable est le citoyen par excellence… Le bon ton dans ceux qui ont le plus d'esprit consiste à dire agréablement des riens, à ne se pas permettre le moindre propos sensé, si l' on ne le fait excuser par les grâces du discours, à voiler enfin la raison quand on est obligé de la produire, avec autant de soin que la pudeur en exigeait autrefois, quand il s' agissait d' exprimer quelque idée libre […] Soyons donc ce que nous sommes, n' ajoutons rien à notre caractère ; tâchons seulement d'en retrancher ce qui peut être incommode pour les autres, et dangereux pour nous-mêmes. Ayons le courage de nous soustraire à la servitude de la mode, sans passer les bornes de la raison. » Duclos, Charles (1704-1772), Considérations sur les moeurs de ce siècle, 1751.

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Les Merveilleuses, Incroyables, Muscadins … leurs cannes et leurs bâtons.

badineetbatons200.jpgBadine et bâtons d'Inconcevables
Retrouvez-les sur : http://www.lamesure.fr/rubriques/modeselegants.html

Les cannes sont un accessoire de l’élégance. Elles ont des usages multiples. Elles permettent de se frayer un chemin, de souligner le maintien, de rythmer l’harmonie de la démarche en une danse invisible de l’âme. Eléments de l’élégance féminine et masculine, elles peuvent receler des objets dans le bâton et au niveau du pommeau : un tirebouchon de bottine, des flacons de parfum, une boîte à pilules… Celles appelées aujourd’hui cannes de beauté, ont des compartiments contenant des flacons à parfum, des ustensiles de manucure ou d’autres articles qui en font de véritables nécessaires à toilette, à parfums ... Les Muscadins et les Incroyables disposaient quelquefois sur le pommeau de leurs cannes des lorgnettes ou des lunettes. A la Révolution, les faces-à-main (lunettes que l’on tient à la main) se sont avérés être des accessoires indispensables de la panoplie de ces plaisants ; car ne voulant pas se faire enrôler par les révolutionnaires, ils se faisaient passer pour myopes. Ceux-ci étaient aussi disposés au bout de bâtons qui moins longs que les cannes, ne touchaient pas le sol, mais pouvaient exercer le maintien à la façon des badines qui sont un autre accessoire de l’élégance (elles ont la forme d’un rameau fin et assez long qui se tient sous le bras ou le prolonge pour cingler l’air vicié et les objets autour de soi). Chez les Muscadins et les Incroyables, les deux genres (cannes et bâtons) avaient souvent des formes tourmentées. Leur originalité en faisait aussi leur caractéristique.

segas200.jpghttp://www.canesegas.com

M. G. W. Segas propose dans son site une exposition virtuelle consacrée aux Incroyables et Merveilleuses : Du renouveau de la Canne. Il y est question des cannes d’Incroyables, de Muscadins et même de Merveilleuses, avec la canne : lorgnette, gourdin, torsadée, « fourrée » … Et puis, la galerie M. G. W. Segas, du 34 passage Jouffroy à Paris dans le 9ème arrondissement, présente à la vente et en exposition de magnifiques cannes de collection. Pour la petite histoire, le passage couvert où la galerie est installée a été édifié au XIXe siècle. Le café-concert l’Estaminet Lyrique s’y trouvait ainsi que des cafés et boutiques de qualité : coiffeurs, lingerie, magasin de gants, modistes, tailleurs … En 1852 l’Hôtel des ventes de Drouot s’installa tout près. Aujourd’hui, le quartier est dédié aux marchands d’art, aux boutiques (toujours de qualité) et aux sorties (boîtes de nuit, cafés, restaurants, théâtres …).

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Edits de Louis XIII imposant aux français une mode plus sobre.

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Dans le livre Modèles de conversations pour les personnes polies de l'Abbé de Bellegarde (1648-1734), un des protagonistes du dialogue fait remarquer que : « Quoique les Français aiment je ne sais quoi d'aisé & de galant dans leurs habits, ils aiment encore mieux ce qui est commode. Ils se sont défaits de tout cet embarras de rubans, dont leurs habits étaient couverts depuis le haut jusqu’en bas, & qui étaient d’un grand ornement pour la jeunesse : ils se sont si bien trouvés des chausses étroites & serrées, qu’ils ont renoncé pour jamais à ces grands Canons, où leurs jambes étaient comme des entraves, & à ces hauts de chausses plus larges que des cotillons. Nous voulons que nos habits se ressentent de l’air aisé, que nous avons dans nos manières. » Cependant les Français n’abandonnèrent pas ces fioritures vestimentaires par simple souci de confort mais par véritable obligation. Louis XIII publia plusieurs édits tentant d’imposer plus de sobriété dans les vêtements ; comme celui de 1633 qui défendait aux sujets "de porter sur leur chemise, coulets, manchettes, coiffe et sur autre linge aucune découpure et broderie de fil d'or et d'argent, passements, dentelles, points coupés, manufacturés, tant de dedans que dehors le royaume". Sans doute ces prescriptions n'étaient-elles guère respectées puisqu'il fallait les répéter régulièrement. Abraham Bosse (Tours 1604 – Paris 1676) a illustré ce thème par une suite de trois estampes, dont deux d’entre elles (celles exposées ici) présentent une femme et un homme à leur toilette. On peut voir la troisième sur http://expositions.bnf.fr/bosse/grand/087.htm.
Dans la première la Dame dit : « Quoique j’ai assez de beauté pour assurer sans vanité qu’il n’est point de femme plus belle ; il semble pourtant à mes yeux qu’avec l’or et la dentelle je m’ajuste encore bien mieux. J’aime à porter tous les jours, ou le satin, ou le velours ; et ne connais point l’estime ; car je sais véritablement que l’on a toujours meilleure mine, quand on s’habille richement. Il me faut tourner néanmoins mon esprit à de nouveaux soins, en quittant la galanterie ; et désormais ne porter ni ‘poinct’ coupé ni broderie, ni tels ouvrages superflus. » Il est intéressant de voir l’agencement de la table de toilette ; avec la toilette elle-même en dentelle sur laquelle sont posés un miroir et un sachet de senteur (voir article du 16 mai 2007 : Les Objets de parfums que l'on porte sur soi au XVIIIe siècle) sur lequel la Dame pose sa main gauche.
Quant au courtisan qui abandonne ses anciens vêtements, il constate en se regardant dans la glace : « Que ce m’est une chose étrange de remarquer combien me change cet habillement réformé ! Que j’ai de mal à m’en défendre, et qu’il me fâche de le prendre pour ne l’avoir accoutumé ! Je violente ma nature, me voyant en cette posture, et demeure tout interdit. Mais à quoi me sert cette plainte, si par raison ou par contrainte il faut obéir à l’édit ! Il est juste qu’on s’accommode au temps, au pays, à la mode, suivant le saint décret des lois, sans chercher de preuve plus ample que celle qui luit dans l’exemple de Louis le plus grand des Rois. »
En résumé, disons que le ‘Français’ des XVII-XVIIIe siècles aime ce qui lui procure de l’agrément, que ce soit dans la simplicité, ou le raffinement qu’il apprécie tout particulièrement. Toutes les fioritures de ses costumes recouvrent toujours un linge propre et blanc, très confortable, changé parfois plusieurs fois par jour, au-dessus duquel il exerce son goût en s’ajustant selon la félicité du moment. Il faut que dans toutes choses il y trouve sa joie. Il exècre la contrainte. Et la mode n’est pour lui qu’un moyen d’exercer son plaisir.

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LM

Pour fêter cette rentrée, La Mesure de l’Excellence (LM en abrégé) va faire dans cet article un effort pour se dévoiler.
Tout d’abord, pourquoi ce nom ? La mesure est nécessaire à toutes constructions. Chacune dépend des autres dans une harmonie qui requiert une science sans faille. Cela demande une grande finesse qui va bien au-delà de la simple compréhension du nombre. Il s’agit d’ouvrir les yeux sur les interrelations et leurs concordances : d’être subtil. L’excellence en est le but. Elle n’a rien d’inatteignable, car elle passe par la connaissance de la mesure de soi-même. Nous avons plus que jamais besoin de cette intelligence, de cette conscience des interconnections qui nous font aimer et être heureux.
Pourquoi choisir de présenter et de vendre des objets d’art anciens ? Nous entendons de plus en plus parler de dématérialisation. Internet et l’informatique en sont à l’origine. L’art fut le premier à ressentir et dévoiler cet état de fait dès l’apparition de la photographie. Aujourd’hui, il n’est pas incertain que l’art contemporain se tourne vers plus de concret. Et si nous avons accès à de plus en plus d’informations sur l’art ancien, nous ressentirons aussi le besoin grandissant de le toucher concrètement et de l’imiter, de vivre au milieu, dans un mouvement d’introspection et de concrétisation ; de faire mieux, de le dépasser pour créer le monde de demain. En découvrant ce qu’il y a de meilleur dans notre patrimoine, on apprend le discernement, prend conscience, ouvre les yeux et avance vers le futur, son imagination et sa création. C’est ce que nous cherchons à faire en présentant des œuvres d’art exceptionnelles dont toutes celles photographiées sont à vendre, et en essayant de faire découvrir des artisans d’excellence. Quant aux choix des thèmes, ils ne sont pas anodins. Mais c’est à chacun de découvrir pourquoi à travers les articles que nous publions dans ce blog. En résumé, si nous avons choisi de vous présenter de l’ancien c’est pour en revenir aujourd’hui à de l’art concret, intelligent et spirituel : une beauté, une sagesse et une finesse. A travers ces objets, nous proposons des voyages dans d’autres temps, mœurs, pensées et réalisations, des aventures vers ce que nous avons de meilleur en nous individuellement et collectivement. Et cette destination là s’ouvre à l’infini. Comme l’a écrit Van-Gogh dans une lettre qu’il adresse à son frère Théo et dont est retranscrit ici de mémoire le passage : « Personne ne conteste que la terre soit ronde. Mais, on est encore à croire que la vie est plate et va de la naissance à la mort. Seulement la vie, elle aussi est probablement ronde, et bien supérieure en étendue et capacités à ce qui nous est à présent connu. ».
Pourquoi en particulier la France du XVIIIe siècle ? Si pour le moment nous présentons surtout des objets du XVIIIe siècle, c’est parce que la France, à cette époque, a atteint dans sa production des Beaux-arts un achèvement que nous apprécions tout particulièrement et qui rayonna et continue de le faire dans le monde entier. De plus les objets sont nombreux sur le marché, et beaucoup sont encore accessibles à ceux qui ont peu de moyens financiers mais la connaissance nécessaire. C’est en particulier le cas pour les gravures, et surtout les livres dont pour certains la valeur est encore largement sous-évaluée. Quant aux thèmes, ils sont choisis en fonction de nos nouvelles acquisitions ou celles d’antiquaires. Bien que nous choisissions avec soins les œuvres que nous acquérons, nous sommes tributaires d’une multitude de contraintes : marché, financement, disponibilités, modes … mais aussi d’agréables, voir magnifiques découvertes. C’est un dialogue permanent entre nous et ce qui nous entoure.
Pour cette rentrée, nous avons fait appel à de nouveaux antiquaires qui présenteront leurs objets et le savoir qu’ils en ont ainsi que de nouveaux articles de LM. Nous comptons sur vous pour apporter vos commentaires, vos idées et vos connaissances en général. Les coopérations non-marchandes sont aussi les bienvenues : échanges de liens, de compétences, de biens, de travaux (par exemple ceux d’étudiants) …

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Ermitage

hermitage1.jpgVeüe d’un hermitage pres de l’ancien Port Royal.
(titre de l'estampe avec l'orthographe d'époque) 
Gravure du XVIIIe siècle
d’après François Boucher.

La Mesure a quitté son ermitage et 2 mois de bonheur champêtre près d’une eau pure et cristalline et d’un autel dédié à Amour, pour vous présenter de nouveaux articles et des objets d’art d'exception d'antiquaires.

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Les Contes et les Fables aux XVIIIe siècle et début XIXe.

Le livre de contes ou de fables, lorsqu’il est ancien, est un véritable trésor qui  porte le lecteur dans des mondes où le réel côtoie le songe, dans des univers faisant partie intégrante de notre patrimoine et de notre imaginaire. Les deux réalités que sont l’objet qui est un lien direct avec le passé et les mots qui raisonnent en nous, ouvrent des portes insoupçonnées de notre conscience. 

Cliquez sur la photographie pour voir des exemples de livres de contes et de fables ainsi que des gravures tous d’époque.
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Au XVIIIe siècle et au début du XIXe, les termes de ‘contes’ et ‘fables’ désignent différents genres de narrations. Les fables définissent soit des récits mythologiques, soit des petites histoires moralisatrices mettant souvent en scène des animaux. Parmi ces dernières on distingue : les fables orientales, les fables imitées ou s’inspirant d’Esope et les Isopets du Moyen-âge. Le terme de ‘contes’ regroupe toutes sortes de petites histoires : les contes moraux qui sont de courtes nouvelles moralisatrices ; les contes à rire qui relatent des histoires amusantes ; les contes érotiques ; les contes de la vie courante plus ou moins moralisateurs ; et les contes de fées. Ces derniers deviennent un genre littéraire seulement au XVIIe siècle.

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La Gravure : Un moyen de propager les Beaux-arts au XVIIIe siècle.

Avant l’avènement de la photographie, pour qu’une référence des beaux-arts soit divulguée le plus largement possible, il fallait la copier. Durant l’Antiquité, les œuvres de grands et petits maîtres (peintres, sculpteurs ou autres) sont reproduites à l’identique et cela à travers les siècles de façon très scrupuleuse. Avec l’avènement de l’imprimerie, la gravure devient un moyen de répandre les peintures et dessins de référence. Dans le site de La Mesure de l'Excellence sont présentées des estampes de François Boucher sculptées par divers graveurs. A travers la finesse des traits on discerne les différences entre les sculpteurs. Toutes proviennent de diverses éditions du XVIIIe siècle des œuvres de Molière.

Cliquez sur la photographie pour voir ces gravures
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L’Eventail et l’Amour au XVIIIe siècle

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Les fleurs de l'Amour, France, Circa 1780.
Éventail en soie peinte à la gouache d'un cartel central représentant un couple "uni" et heureux. Les plis latéraux sont agrémentés d'espaces libres traités en catgut. Monture en ivoire, sculptée et repercée, panaches à cliquant de nacre et de feuilles métalliques de couleur.

L’éventail a de nombreuses fonctions. Il distrait, permet de se rafraîchir, de communiquer, de dissimuler (un sourire, une impatience …) ... Le vent que par son intermédiaire on crée est souvent celui de l’Amour. Les effluves qu’il transmet sont celles du plaisir et de la joie. Des exemples d’une grande beauté nous ont été transmis, comme ceux présentés ici, proposés par :

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La saison des amours, France, Circa 1780.
Eventail plié. Feuille de parchemin peinte à la gouache d'une scène de liesse dans le parc d'un château. De nombreux couples s'affairent, les bouquets fleurissent... Revers peint à la gouache sur papier d'une invitation galante. Très fine monture en écaille, repercée, sculptée et appliquée de feuille d'or. Au centre un cartel présente un couple se faisant face avec au centre un grand bouquet de fleurs.

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Merveilleuses & merveilleux