
Le musée des Arts décoratifs de Paris possède une très importante collection des arts dits « décoratifs » français, représentative de tous les siècles. En ce moment, l’exposition intitulée Une journée au XVIIIe siècle : chronique d’un hôtel particulier y présente 560 objets dont 80 % proviennent de cette collection. Elle se déroule jusqu’au 5 juillet 2026.
Le parcours suit une journée dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle, nous donnant rendez-vous dans la rue, puis nous faisant entrer dans le lieu pour nous conduire d’abord dans le jardin puis dans chacune de ses pièces principales : le vestibule, la chambre et les dépendances, le boudoir, le cabinet et la bibliothèque, l’oratoire, la salle à manger, le salon, le petit salon. Ce parcours est rythmé par des odeurs finement choisies, des sons faisant référence aux lieux et aux moments, et par des lumières apportées par des fenêtres dont les couleurs évoluent selon l’instant de la journée dans lequel la pièce se trouve. Le parcours est agréable. Bien sûr, l’idéal aurait été que cette exposition eût lieu dans un véritable hôtel particulier parisien du XVIIIe siècle, car il y manque le volume architectural et d’autres éléments des architectures d’intérieur comme les boiseries.

Chacun des objets exposés est une merveille. La plupart des arts décoratifs de ‘prestige’ y sont représentés, sans toutefois s’attarder sur les bijoux et objets de grande valeur, comme les fameuses tabatières volées en 2024 au Musée Cognacq-Jay (voir ici). Parmi tous les objets d’art exposés, j’ai découvert que le musée possède de belles collections de livres, dont près de deux cents almanachs du XVIIIe siècle provenant du legs (1962) de la collection du vicomte Savigny de Moncorps, ancien membre de la société des bibliophiles français. Parmi les objets, citons pêle-mêle : un fauteuil à coiffer (photo 1), des étuis nécessaires, des objets de parfum, des paniers de robes, des perruques (photo 2), des saupoudroirs pour perruques et cheveux, un chauffe-bain, un bigoudi en terre de pipe, des bas de soie et de laine, un yo-yo, des pochettes en sablé, un lustre en cristal de roche et améthystes descendu à notre hauteur, des miniatures en verre filé de Nevers, des peintures et dessins comme La Leçon de danse de Nicolas Lavreince et Philibert Louis Debucourt (photo 3) et beaucoup, beaucoup d’autres choses.

Cette fois, l’oeuvre qui m’a le plus interpellé est une peinture de Jean Antoine Watteau intitulée Le Concert champêtre et prêtée par un particulier. Ci-dessous, la photographie n’en donne qu’un pâle reflet. Le peintre s’y représente en berger sous la houlette duquel se trouvent des amis musiciens professionnels et amateurs. Je trouve cette peinture remarquable, car elle s’inscrit tout à fait dans un côté peu connu de l’esprit philosophique des Lumières, empreint de philosophie et de mysticisme antique puisés dans les rythmes imités de la nature et baignés en elle, et dans la divinité. Les figures du pasteur chrétien et de Dieu viennent de ce ‘mysticisme’ bien antérieur à la chrétienté. Dans le tableau, une statue de divinité, ou la divinité elle-même, contemple la scène.

Je pense avoir apprécié cette exposition, car, sans m’en rendre compte, je crois que j’y suis resté presque trois heures, mais dans la condition exceptionnelle du vernissage presse, c’est-à-dire sans trop de monde et avec les conservatrices en personne pour légender les objets.
Pour en savoir davantage :
https://www.admagazine.fr/article/hotel-particulier-louis-xiv
https://madparis.fr/Cartels-de-l-exposition-Une-journee-au-XVIIIe-siecle-chronique-d-un-hotel
