
Je suis collectionneur, un modeste collectionneur en particulier d'estampes et de livres. Cela fait depuis plusieurs années que j’ai quasiment arrêté d’acheter, parce que je n’ai pas d’argent et aussi parce que je cherche le moyen de transmettre cette collection et de la montrer. Je profite de cet article pour dire que je suis à la recherche d’un endroit pour entreposer gratuitement et dans de bonnes conditions ma collection, voire l’exposer.
Collectionner est une chose, la plus agréable peut-être, et peut-être aussi la plus facile. Mais il ne s’agit que d’un tiers du ‘travail’ du collectionneur qui ne l’est pas par étourderie ou par maladie. La seconde partie consiste à se donner les moyens de la conservation, et la troisième à transmettre. Ces trois éléments se tiennent la main, comme les trois Grâces, où l’une reçoit, l’autre conserve et la troisième offre. Ces divinités sont présentes dans la culture occidentale dès la plus haute Antiquité. Garder la mesure est toujours indispensable : savoir s’arrêter quand c’est le moment, prendre ses responsabilités, et chercher à transmettre une passion honnête, comme cela se disait au XVIIe siècle. Diffuser ma collection à travers mon blog et mes livres est déjà une bonne chose, mais ne donne pas la garantie de la conservation des documents d’époque que je possède dans le futur.
Alors que l’on trouve facilement le temps et les aides (vendeurs) pour acheter, il est beaucoup plus difficile de trouver tout cela pour conserver ce que l’on a. Quant à la transmission, il s’agit d’accéder à des personnes honnêtes et amoureuses des mêmes choses. Bien sûr, jamais rien n’est sûr, et même les meilleures bonnes volontés se trouvent parfois confrontées à des obstacles infranchissables. Mais on regrette toujours de ne pas avoir au moins essayé de mettre toutes les chances de son côté, et que ce côté soit intelligent et bon. Il est aussi possible de laisser les choses se faire, vendre, ou tout abandonner à la convenance des héritiers. Ce sont des ‘solutions’, mais certainement la plus saine reste de se mettre sous la protection prospère des trois Grâces, sauf évidemment si on a collectionné sans réfléchir, voire pour oublier ou je ne sais quoi.
La fuite en avant est une maladie non seulement de personnes, mais de nombre de sociétés, et en particulier de l’actuelle. On ne sait pas s’arrêter, se contenter de ce que l’on a, et donner à qui le mérite davantage que soi-même. On ne reconnaît pas que la peur peut être à l’origine de l’accumulation irraisonnée, par exemple la peur de perdre, ou bien au contraire que l’on provoque la perte par la peur de prendre ses responsabilités. Chaque acte a sa conséquence ; il est nécessaire d’assumer ses actes, et personne ne doit et ne peut le faire pour nous.
Photographie ci-dessus : Les Trois Grâces. Photographie sur verre ancienne. Il s’agit d’un élément du monument funéraire du cœur du roi Henri II (1519 – 1559), datant du XVIe siècle), par Germain Pilon (Paris, vers 1535 – 1590) et Dominique Florentin (Florence, vers 1506 - 1565), provenant de l’église des Célestins et conservé au Musée du Louvre. Davantage d’informations ici.
Photographie ci-dessous : La dernière de mes acquisitions de ma collection Petits-maîtres. Elle est vraiment très modeste. Je l’ai achetée pour moins de dix euros (sans les frais de la maison de ventes). D’après moi, il s’agit d’une statuette de vers 1800, en vieux Bruxelles, représentant un incroyable avec ses attributs : chapeau rond ancêtre du haut-de-forme, cheveux courts, cravate haute à pois, habit carré, rayures, main dans le manteau (position très employée par Napoléon Bonaparte qui était toujours à la dernière mode), pantalon, bottes… Collectionner sur les petits-maîtres m’est venu naturellement. En 2006 – 2007, j’ai essayé de vendre des objets d’art sur Internet, activité que j’ai arrêtée, n’ayant pas le droit de cumuler avec un nouveau métier commencé en 2008 et poursuivi jusqu’en 2014. Je me suis aperçu que j’avais un certain don et un véritable goût pour dénicher, pour très peu cher, des gravures et des livres anciens sur la mode et en particulier sur les petits-maîtres. J’ai continué à acheter pendant mon nouveau travail. Revenir à ce sujet me fait toujours du bien. J’y trouve de la gaieté, du merveilleux, de la richesse, et cela, sans prétention. Ce sujet ressemble à une pierre précieuse sortie de sa gangue. On ne s’aperçoit de sa beauté qu’une fois qu’elle est taillée. La preuve est que ce sujet m’a inspiré tout un ouvrage sur la Poétique de l’Élégance, que j’attends de publier, lorsque j’en aurai les moyens.

