
Selon les philosophes, depuis l’Antiquité jusqu’aux Lumières, le savoir est un outil de liberté. Quand on lit ce qu’ont écrit les philosophes antiques, leurs connaissances du monde peuvent nous sembler souvent assez saugrenues. Ils n’ont jamais prétendu détenir le savoir, mais être à sa recherche, de même qu’ils n’ont jamais dit être sages, mais être des amoureux de la sagesse, d’où le nom de « philosophes » qui, en grec, veut dire cela.
Dans cet apprentissage de la liberté, un savoir qui me semble important est la science des rythmes, que j’appelle « poétique » et dont il est question dans mon livre Poétique de l’Élégance. Elle se fonde sur cette constatation que la première chose que fait un être humain est de bouger, avant même de naître. Le mouvement est inhérent à la vie et en est la base. En ce moment, je lis un livre sur des enseignements dzogchen de la tradition tibétaine très ancienne qu’est le Bön (Les Prodiges de l’esprit naturel, de Tenzin Wangyal), dans lequel, comme base de tout, il est ajouté au mouvement : l’espace et la luminosité (pouvant aussi être appelée « couleurs » ou « manifestation »).
Dans le mouvement, il y a ce qui dépend de nous, et ce qui n’en dépend pas. Comme l’écrit Aristote, dans sa Poétique : « Le fait d'imiter est inhérent à la nature humaine dès l'enfance ». Je ne pourrais écrire ces lignes sans au préalable avoir, dès mon enfance, imité le langage de mes parents et des gens m’environnant. De même, ici, je puise mes sources dans des auteurs. Tout cela est de l’ordre de l’imitation. Nous utilisons des rythmes, que l’on peut nommer « culturels », qui font partie de nous et que nous partageons avec une communauté. D’autres rythmes communs sont plus fondamentaux, comme ceux du corps humain, de l’animal que nous sommes et de la nature qui nous constitue. Et puis nous avons des rythmes qui nous sont propres. Dans tout cela, rien n’est stable, si ce n’est le mouvement.
Cette conscience des rythmes, de leur relativité, de leur importance, de la manière dont ils nous portent et nous mènent, de la façon dont ils peuvent être manipulés par d’autres, nous permet d’être libres, d’être au-delà tout en étant dedans, comme le sourire qui agit sans vraiment le faire, qui est entièrement dans la détente, tous les muscles se relâchant et l’esprit se fondant dans la lumière du plaisir.
Cette sagesse des rythmes permet de relativiser, d’avoir une conscience plus précise d’où on est, de ce qui doit être suivi ou évité, de se relaxer, d’être doux et juste, d’avoir de l’amour et de la compassion, et peut-être le principal : de se connaître soi-même.
Photographies prises le 15 novembre 2025 près de la place verte à Paris, près de chez moi. Des mouches en s’agglutinant forment le mot « POUVOIR ». Cela est peint sur un miroir. La devise libertaire, que j’apprécie tout particulièrement et qui stipule « l’ordre sans le pouvoir », est-elle possible ? Tout ordre suppose un pouvoir, et tout ordre se trouve confronté aux pouvoirs. Mais assez cogité comme cela. Cogito ergo sum, écrit Descartes : « Je pense, donc je suis. » La pensée elle-même est mouvements. Mais être, c’est juste être : être maintenant.

