
Jusqu’au 1er mars 2016, le musée du quai Branly propose une exposition sur les Dragons en Chine. Plusieurs œuvres du musée national du palais de Taipei, à Taïwan, y sont présentées, couvrant plusieurs millénaires, certaines d’une très grande finesse, d’une grande valeur historique, patrimoniale et culturelle et séduisantes à plusieurs niveaux : par exemple pour les personnes férues d’arts français et européens, très intéressés par l’imaginaire et l’esthétique des Chinois ainsi que par leur savoir-faire, dans des domaines comme le textile ou la porcelaine. Plusieurs porcelaines anciennes, voire très anciennes, sont exposées ainsi que de nombreux autres objets d’art. Alors que la porcelaine était déjà présente en Chine sous la dynastie des Han de l'Est (entre 206 av. J.-C. et 220 apr.), ce n’est qu’au tout début du XVIIIe siècle que son secret de fabrication a été découvert par l’alchimiste allemand Johann Friedrich Böttger (1682 – 1719).
Le dossier de presse cite un passage du 說文解字 (Shuowen Jiezi), ouvrage du début du IIe siècle compilé par Xu Shen : « Quand un dragon apparaît, le monde est en paix. » Un ami m’a dit qu’un Tibétain lui avait affirmé avoir déjà vu un dragon au-dessus des nuages, dans l’Himalaya. Le dragon dégage une grande force et une insondabilité, en même temps qu’une certaine douceur. À lui seul, il combine tous les Éléments. Il est en étroit rapport avec la Nature. Du coup, l’utilisation de nouvelles technologies, pour le présenter dans le cadre de l’exposition, m’a semblé inopportune.
Je suis allé au vernissage presse de l’exposition, et le conservateur du musée, qui la présentait, intégrait à chacune de ses phrases de multiples « heu ». J’en ai compté plus d’une dizaine dans une seule phrase, et en étais vraiment désolé, voire honteux pour notre langue, car cela était vraiment du plus mauvais effet face à la directrice adjointe du Musée national du Palais de Taipei, dont le chinois semblait chanter. Même la traductrice, à force d’entendre ce « conservateur en chef du patrimoine, responsable de l’Unité patrimoniale Asie du musée du quai Branly » s’exprimer de la sorte, se mit progressivement à ajouter les mêmes interjections, mais tout de même beaucoup moins souvent, avec en moins l’impudeur nauséeuse qui caractérise nos (d)élites actuelles. J’en pleurais intérieurement en pensant aux précieuses du XVIIe siècle et à toutes les personnes ayant cherché à sublimer notre langue, à travers les siècles. Ces interjections deviennent très fréquentes et se lisent même dans les sous-titres de vidéos où des Français s’expriment. Notre langue est vraiment attaquée de toutes parts (anglicismes, écriture inclusive, vulgarité…), alors qu’elle mériterait que l’on continue à poursuivre la recherche de l’excellence à travers elle.
Voilà ! J’ai peu parlé de cette exposition, car je m’y connais peu en art chinois, mais aimerais beaucoup en savoir davantage, en particulier en ce qui concerne la tradition élégante de ce pays très raffiné.
Photographie : « Vase en forme de sphère céleste à décor de dragon et de lotus. Chine, Jingdezhen, Dynastie Ming (1368-1644), règne de Yongle (1403-1424), Porcelaine bleu et blanc © Musée national du Palais, Taipei, Inv. 故瓷012547 ».
