
La prière n’est pas un acte uniquement religieux. Les bons souhaits qui sont adressés à la nouvelle année en sont un exemple. Même souhaiter une bonne journée peut s’apparenter à une prière. Certains voient dans la politesse une pratique seulement sociale, permettant de vivre ensemble dans la bonne entente. Mais pour que cela soit efficace, il est nécessaire aussi d’y mettre du coeur, de l’amour.
Dernièrement, je me posais la question de savoir pourquoi je passe tellement de temps dans les formules de politesse des messages que j’envoie même de manière électronique. Je crois que c’est parce que cela me permet de relativiser l’importance de mes actions, de sortir de l’empressement, de revenir à la respiration et au moment présent, de quitter l’action pour me concentrer sur la personne à qui je m’adresse, même si je ne la connais pas, et d’une certaine façon : de prier pour elle.
La prière est un acte gratuit, qui n’attend rien. Elle nous extrait de la noria du désir perpétuel. Cela est bon pour l’autre et pour soi. Le travail même de l’administration devrait être une prière pour le bien commun. Et quand nous nous adressons à elle, nous la prions : « Je vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments distingués. » Sans cette politesse, les services se dégradent immanquablement. Même dans des missives non formelles, j’ajoute souvent : « Avec mes sentiments distingués », parce que nos sens constituent nos vies, et que la distinction affirme leur beauté.
La juste politesse tranche non seulement à travers l’affairement, mais ouvre l’espace de l’instant. Elle ouvre notre cœur. Attendre de l’autre qu’il fasse de même n’est pas ouvrir son cœur.
Il me semble que la simple bonne volonté est une prière, le fait de vouloir le bien de l’autre, comme de soi, voire de tous les êtres. Pas besoin d’être religieux pour cela. Chacun suit son chemin, et il n’y en a aucun à dénigrer, tant qu’on ne nous oblige pas à emprunter une voie.
La recherche de la sagesse est aussi, je pense, une prière. Il est même possible de faire de sa vie une prière, d’être la prière : que chaque respiration, chaque mouvement soient harmonieux. Je le répète, prier n’est pas obligatoirement un acte religieux. Il me paraît que ce n’est pas perdre son temps que de le faire, comme d’aller méditer dans un lieu inspirant, comme une église, même en étant tout à fait athée.
