
Lorsque j’écoute des personnes parler des théoriciens anciens de l’élégance, j’entends le plus souvent citer les noms d’écrivains du XIXe. Avant ce siècle, on en compte une quantité d’autres, beaucoup plus fins dans leurs analyses que ceux généralement invoqués. Pour qui s’intéresse à l’élégance morale et esthétique, je conseille de lire toutes les œuvres citées dans la bibliographie de mon livre sur la Poétique de l’Élégance. Dans cet article, j’évoque des ouvrages de trois noms qui me semblent vraiment importants, de trois pays différents, avec par ordre chronologique : l'Italie, l'Espagne et la France.
Je commence par toutes les œuvres d’Antoine Gombaud, dit le « chevalier de Méré » (1607 – 1684). Ses Œuvres complètes ont été publiées en 2008 aux éditions Klincksieck. Cette édition n’est pas vraiment « complète », car il y manque sa correspondance qui, elle aussi, est très intéressante et disponible sur internet. Il suffit de citer les titres de ses discours et autres conversations pour se persuader de l’intérêt de les lire : De l’Esprit, De la Conversation, Des Agréments, De la Justesse, De la vraie Honnêteté, De l’Éloquence et de l’Entretien, De la Délicatesse dans les choses et dans les expressions, Le Commerce du Monde… Avec le chevalier de Méré, nous touchons à ce qui constitue la base de l’Honnêteté. Nous nous trouvons au cœur du mouvement des précieuses, de l’honnête homme du XVIIe siècle et de ce qui constitue un pan important de l’élégance. Je conseille de lire toute son œuvre !
Le Galateo ovvero de’ costumi (1558) de l’Italien Giovanni Della Casa (1503 – 1556), est d’un autre genre. Il a été traduit en français par Jean Du Peyrat, en 1562 et sous le titre La Galathée, ou la Manière et façon comme le gentilhomme se doit gouverner en toute compagnie. L’auteur y donne des conseils de la manière de se comporter avec finesse en société, avec une grande simplicité qui, comme les adeptes de la sprezzatura pourraient le dire, cache un grand savoir de l’art.
El Discreto (1646), de l’Espagnol Baltasar Gracián (1601 – 1658), est un autre livre indispensable à la bibliothèque de l’honnête homme contemporain. Il a été traduit en français par Joseph de Courbeville (1668 – 1715), en 1723 et sous le titre de L’Homme universel, avec des chapitres comme : « L’esprit et le génie », « L’attente, ou l’homme qui sait attendre », « L’homme de toutes les heures, ou l’homme qui sait se prêter à tout », « la réalité et la montre », « L’homme à promptes et heureuses ressources », « La singularité », « L’homme au point de sa perfection », « L’esprit de politesse et d’ordre », « La manière en tout »…
Tous ces ouvrages sont disponibles dans leur édition originale sur internet, et sans doute la plupart sur https://gallica.bnf.fr.
Photographies : Page de titre, reliure et pages de Les Conversations D.M.D.C.E.D.C.D.M. [Du Maréchal De Clérambault Et Du Chevalier De Méré], Lyon : Claude Muguet, 1677. Réimpression de la troisième édition de 1671, après celle de 1668 de l'imprimeur Edme Martin et celle de 1669 de Claude Barbin. In 12, plein veau marbré, dos à nerfs orné, pièce de titre en maroquin havane, tranches rouges, roulette dorée. 174 p. + permission du Roi.


