Folies XVIIIe : le pavillon carré de Baudouin.

Paris et sa banlieue ont conservé quelques rares folies du XVIIIe siècle : ces villas construites en campagne, mais près de la ville, permettant à leur propriétaire de se divertir bucoliquement et à l'écart. Citons celle de Bagatelle dans le bois de Boulogne, la folie Saint-James située à Neuilly-sur-Seine, le pavillon de l'Ermitage (rue de Bagnolet à Paris) ou le pavillon Pompadour (ou pavillon Carré de Baudouin) situé rue de Ménilmontant dans le 20e arrondissement de Paris.

J'ai visité au mois d'août cet édifice qui a appartenu notamment au XIXe siècle à la famille Goncourt et aux sœurs de Saint Vincent de Paul qui y fondèrent un orphelinat. Nicolas Carré de Baudouin, qui en hérite en 1770, ajoute la remarquable façade de style néo-classique à quatre colonnes. Le pavillon est inscrit au titre des monuments historiques par un arrêté du 19 octobre 1928. Acheté par la ville de Paris en 2003 il est 'réhabilité' (je reprends le terme de Wikipédia qui on le remarquera ne montre aucune photographie de l'intérieur... pour sûr) par deux architectes pour en faire un espace culturel ouvert en 2007. Cette 'réhabilitation' est un nouvel exemple du saccage de nos monuments anciens. Les architectes n'ont pas cherché à retrouver l'ambiance d'une folie du XVIIIe siècle. Pire il ont tout blanchi, mis des éléments d'architectures modernes, complètement gommé son atmosphère à l'intérieur. J'ai pris plusieurs photographies qui le montrent.

Photographies : À gauche - Façade avec ses jolies colonnes. Ci-dessous - Intérieur du bâtiment. Cherchez-y les éléments du XVIIIe siècle... © LM.

La dernière fois que je suis allé visiter cette folie il y avait une exposition d'art contemporain avec certains sujet très révélateurs. Voir les photographies ci-dessous.

Les instances publiques et les architectes contemporains appréhendent trop souvent les monuments anciens d'une manière que je trouve choquante. Plusieurs articles de mon blog relatent de véritables saccages. Je ne comprends pas pourquoi on ne fait pas appel à des artisans d'art connaissant et utilisant les techniques d'époque pour faire vivre ces lieux, des tailleurs de pierre, charpentiers... J'ai beaucoup évolué dans le domaine de l'art et des antiquités. J'ai vu la minutie nécessaire pour restaurer des objets et œuvres d'art et les connaissances dans leur histoire que cela implique. J'ai constaté combien il est nécessaire d'intervenir le moins possible sur ceux-ci afin de leur laisser baigner dans leur jus, conserver leur authenticité. Je suis donc dégoûté de voir comment beaucoup d'architectes modernes abordent les constructions anciennes. Pour moi ils ressemblent à des peintres en bâtiment à qui on demanderait de restaurer une peinture de François Boucher.

Il faudrait qu'une nouvelle école d'architecture naisse, ayant une conscience du beau, du goût, de la valeur des choses... des notions aujourd'hui tabous !

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La porte Saint-Martin

Les photographies ci-dessus représentent la porte Saint-Martin. On remarque qu'au sommet de cet arc-de-triomphe la pierre est blanche et au-dessous marron. C'est étrange mais les photographies anciennes semblent montrer que c'est ainsi depuis longtemps.

La porte Saint-Martin est un monument se situant à l'emplacement d'une porte de l'enceinte de Charles V édifiée entre de 1356 à 1383. Cette fortification fut détruite, et en 1670 sur son site furent notamment créés les grands-boulevards et en 1674 cette porte érigée par Louis XIV, en l'honneur de ses victoires sur le Rhin et en Franche-Comté. Elle est voisine de la porte Saint-Denis datant de 1672.

Photographies ci-dessus : Arc-de-triomphe de la porte Saint-Martin, avec Louis XIV. © LM.

Photographies ci-dessous : Rue Saint-Martin. On reconnaît à droite le conservatoire national des arts et métiers, fondé en 1794 dans le prieuré Saint-Martin-des-Champs d'époque médiévale dont il subsiste des parties au milieu d'architectures du XVIIIe siècle ou contemporaines. © LM.

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Par[ad]is

Le paradis est un jardin : le jardin d'Éden. Paris a toujours pris soin de ses jardins et de la nature qui l'entoure. En latin ad signifie vers. Pour que Paris puisse tendre vers le paradis, cette ville et sa banlieue doivent continuer de conserver les forêts exceptionnelles qui l'environnent jusqu'à ses portes.

Seulement ces espaces verts ne communiquent pas entre eux. Alors qu'il semble normal de produire des routes et autoroutes pour les êtres humains autour de Paris, on enferme les animaux sauvages dans des forêts aux dimensions réduites sans qu'il y ait des voies de communication entre elles. De nos jours la biodiversité régresse énormément dans nos forêts, non seulement au niveau des animaux mais aussi des plantes. Je le vois me promenant régulièrement dans les bois. Dernièrement, en plein été, je suis allé en forêt de Sénart au sud de Paris. Celle-ci regorge de petits ruisseaux et étangs... pourtant je n'ai vu que très peu de moustiques ! Créer des corridors écologiques est une nécessité vitale aussi pour nous, car nous faisons partie intégrante de la nature. Ces autoroutes végétales relieraient la forêt de Sénart à celles de Fontenay-lès-Briis, du parc naturel régional de la haute vallée de Chevreuse, de Verrières, de Meudon, de Fausses Reposes, de Boulogne, de Malmaison, de Marly-le-Roi, de Saint-Germain-en-Laye, de Franconville, de Montmorency, d'Isle-Adam, de Carnelle, du parc naturel régional de l'Oise, d'Ermenonville, d'Armainvilliers, pour revenir à celle de Sénart. On ferait ainsi le tour de Paris. Cette ceinture verte serait le paradis non ?

Photographie ci-dessous : Ma vision de ce corridor vert.

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Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine (12) : Façadisme.

66 rue des Archives à Paris en novembre 2015.

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Le château d’Ancy-le-franc du XVIe siècle

Le château d’Ancy-le-franc est un palais de la Renaissance situé dans le département de l'Yonne en région Bourgogne. Il possèderait le plus vaste ensemble de peintures murales de la Renaissance, ou plus exactement de la seconde moitié du XVIe siècle et du début du XVIIe, avec des attributions aux artistes : Le Primatice, Nicolo dell’Abate, Ruggiero de Ruggieri...Nicolas de Hoey, Philippe Quantin, André Ménassier... Les autres siècles y ont laissé leur emprunte.

Ce domaine appartient aujourd'hui à une société privée (Paris Investir SAS) qui l'a restauré. Cette société est pécialisée dans le secteur d'activité de location de terrains et d'autres biens immobiliers (source).

Photographie du haut provenant d'une page du site du château. L'habit de la femme représentée est remarquable.

Photographie de gauche : La Galerie de Pharsale. « Cette galerie abrite l’un des chef-d’œuvres du décor peint en France. La bataille de Pharsale qui opposa en 49 av. J-C. les troupes de César et de Pompée. Peinture murale exceptionnelle attribuée à l’Ecole de Fontainebleau (Niccolo dell’Abate, Ruggiero de Ruggieri, Nicolas de Hoey, XVIe). » © Photographie provenant du site du château.

Photographies ci-dessous : À gauche - La Galerie des Sacrifices. « Située côté cour, dans l’aile Nord, entièrement décorée de peintures murales représentant des scènes antiques en grisaille. » © Photographie provenant du site du château. À droite - La Chambre des Arts. « Elle est dotée d'un décor exceptionnel, attribué au maître du Maniérisme, Le Primatice, 1ère Ecole de Fontainebleau (XVIe). Les sept médaillons représentent les arts libéraux (Logique - Astronomie - Rhétorique - Musique - Géométrie - Arithmétique - Grammaire) et un huitième est consacré aux Muses et Apollon.Plafond à caissons polychrome dans son état d’origine, doté de rares cartouches. » © Photographie provenant du site du château.

Photographie ci-dessous : La Chambre de Diane. « Cette salle, située au rez-de-chaussée dans le pavillon Nord Est, abrite un décor peint rarissime du 16ème siècle. La salle constitue l’une des parties privées de l'appartement de la célèbre Diane de Poitiers, belle-sœur du commanditaire du château. Décor attribué à l’école de Fontainebleau (Nicolas De Hoey). » « De 2002 à 2008 des interventions de restauration ont eu lieu chaque année - 3 semaines par an - sous forme de chantier école - en partenariat avec l'inp (Institut National du Patrimoine). » © Photographie provenant du site du château.

Photographies ci-dessous : En restauration il est toujours préférable d'intervenir le moins possible sur l'oeuvre : surtout arrêter l'action du temps et la nettoyer. Parfois il faut le faire beaucoup plus quand le sujet est très dégradé. Personnellement j'aime voir l'action du temps sur des œuvres et monuments anciens conservés en bonne santé. L'exemple ci-dessous (photographies du site) de la restauration du porche d’Honneur réalisée entre 2003 et 2008 me semble douteuse. Sur la photographie de droite tout est du même ton, avec la même pierre, alors que sur l'autre image on remarque différentes pierres ainsi que des strates de la vie du lieu. Une œuvre d'art n'est pas lisse comme une photographie numérique. On doit ressentir en la contemplant une atmosphère d'époque que les différents éléments la composant établissent en notre esprit : une sorte de voyage dans le temps, une transmission...  

Photographies ci-dessous : Par contre dans l'exemple ci-dessous de la restauration de la chambre de Diane de Poitiers provenant d'un article de France-Bleu, une action importante était nécessaire. Évidemment ce n'est pas la même chose car la peinture était sans aucun doute très abîmée. © Radio France

Photographie ci-dessous : Le château possède dans son parc une folie édifiée en 1761 au milieu de l'étang du parc, côté sud. © Photographie provenant du site du château.

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Écriture cursive

L'écriture cursive est de moins en moins enseignée dans les écoles et difficilement lisible pour un nombre croissant de citoyens. L'écriture scripte (aussi appelée écriture imprimée) la remplace, c'est à dire utilisant des lettres du même type que celles du clavier des ordinateurs occidentaux, non liées entre elles. L'écriture cursive est plus personnelle, plus esthétique notamment en ce qui concerne ses majuscules et s'apparente davantage à la calligraphie. La privilégier est une marque d'élégance.

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Regards

En architecture un regard est une ouverture maçonnée, permettant d'accéder et d'entretenir une conduite souterraine, un aqueduc etc. À Paris, l'un des plus anciens est le regard de la Lanterne datant du XVIe siècle. Plusieurs de ces édifices jalonnent l’aqueduc Médicis (ou aqueduc des eaux de Rungis) bâti à la demande de Marie de Médicis et mis en service en 1623 afin d'acheminer jusqu'à Paris les eaux des sources captées à Rungis. Il est toujours en service !

J'ai découvert le regard des Maussins (porte des Lilas) en allant aux archives de Paris qui se trouvent à côté. Il date du XVIIe siècle et a été déplacé en 1965.

Photographies du regard des Maussins. © LM.

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Souvenirs

Il y a des éléments de l'histoire parisienne dont il ne reste que les souvenirs. Ils sont comme cette silhouette (voir photographie) qui a sans doute été faite intentionnellement sur le crépi d'un mur des hauteurs de Ménilmontant. Elle est à côté d'une borne qui indique : « Ici se trouvait la propriété occupée en 1832 par un groupe d'adeptes du saint-simonisme regroupés sous l'autorité de Prosper Enfantin, dit le Père Enfantin (1796-1864). Le comte de Saint-Simon (1760-1825) fut l’un des précurseurs de la philosophie positiviste et de la science sociale ; il prônait l'avènement d'une société industrielle, gérée par les producteurs, où s'harmonisaient spontanément les intérêts des chefs d'entreprise et des ouvriers. À Ménilmontant, les saint-simoniens, habillés d'un pantalon blanc, d'un gilet rouge et d'une tunique violette, vivaient une vie communautaire et fraternelle, et se livraient aux travaux manuels en chantant des cantiques. Le dimanche, ils recevaient la visite de nombreux curieux amusés par leurs extravagances. La communauté se sépara rapidement pour des raisons financières, et la maison fut mise en vente en 1835. »

Le quartier de Ménilmontant, ainsi que celui voisin de Belleville, ont beaucoup été marqués par des mouvements d'émancipation. C'est à Belleville que les vésuviennes, une communauté de jeunes ouvrières républicaines, s'organisèrent lors de la Révolution de 1848. La Bellevilloise fondée en 1877 par des ouvriers mécaniciens inspirés par le proudhonisme, est un lieu qui existe toujours à Ménilmontant (rue Boyer) ; il est aujourd'hui dédié à la restauration, aux concerts, soirées, expositions etc. En cherchant je pourrais trouver d'autres endroits...

Tout cela rappelle une certaine effervescence intellectuelle et libertaire.

Pour finir voici une citation de Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) que je trouve intéressante : « L’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir ». N'est-ce pas cela la véritable démocratie ?

Photographie prise en août 2015.

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Les grands magasins du Louvre

Face au Louvre et au Palais-Royal se trouve le bâtiment où se situaient les anciens grands magasins du Louvre fondés en 1855. Celui-ci a été presque entièrement détruit pendant la dernière guerre (en 1943), un avion s'étant écrasé au milieu. Seule la façade a été sauvée, le reste ayant été reconstruit. En 1978 il a été transformé pour devenir le Louvre des antiquaires abritant deux-cent-cinquante galeries d'antiquités de haut de gamme.

La Société foncière lyonnaise, propriétaire du lieu, souhaite le transformer en un centre commercial dédié à la mode dont l'ouverture est prévue en 2018. L'idée est bonne puisque cet endroit, jusqu'à la rue de Richelieu et les galeries du Palais-Royal comprises, était depuis des siècles consacré en grande partie à la mode. Seulement... et oui il y a encore un 'seulement', d'après mes sources cela serait pour y mettre des boutiques de grandes enseignes mondiales du prêt-à-porter bas-de-gamme que l'on retrouve partout dans Paris, en France et dans le monde entier. Est-ce l'image que l'on veut donner de la mode en France ? N'est-ce pas dévaloriser l'endroit et son environnement (le Louvre, le Palais-Royal), que d'en faire un énième centre commercial du prêt-à-porter ? L'avenue des Champs-Élysées est déjà envahie par de tels magasins, de même que le reste de la rue de Rivoli (de la tour Saint-Jacques au Louvre). Gap a déjà trente-deux boutiques dans Paris, Celio vingt-six, Zara vingt, H&M treize etc. Ils en ont des dizaines d'autres en banlieue et province, et des centaines dans le monde ! Vous y ajouter Mac Donald's et Starbucks et vous avez là les principales enseignes du centre-ville parisien et de toutes les grandes villes du monde. Pourquoi ne pas plutôt loger aux anciens grands magasins du Louvre de grands couturiers et d'autres nouveaux et novateurs beaucoup moins chers, des boutiques de mode d'avant-garde pour les jeunes... enfin un lieu véritablement ouvert à la mode, c'est à dire à l’innovation, la fantaisie, la qualité... où le riche milliardaire trouve autant de plaisir à y faire les boutiques que l'étudiant fauché... avec de plus quelques espaces pour s'y divertir. Enfin espérons que mon 'informateur', qui est pourtant bien placé pour savoir ce qui se trame, s'est trompé.

Photographies : Cartes postales présentant les grands-magasins du Louvre au début du XXe siècle. On constate que l’extérieur est le même qu'aujourd'hui mais que l'intérieur a en effet totalement changé.

Au dessus : à gauche « Galerie des Confections pour Dames » et à droite « Salon des Modes ».

Ci-dessous : Deux vues avec à gauche « Hall des Soieries » et à droite « Rayons des Tissus ».

Ci-dessous : « Galerie des Modes ».

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Fortifications parisiennes

L'expansion de Paris fut à l'origine de sept enceintes successives depuis l'époque romaine et sans doute une de plus durant la gauloise. La première a été construite dans l'île de la Cité avec un mur de pierre qui en faisait tout le tour. Au Xe siècle une seconde s'étendait au delà de celle-ci. Celle de Philippe Auguste (1165-1223), construite de 1190 à 1213, formait un cercle de courtines (une courtine est une muraille reliant deux tours) et de cinq-cents tours. Suivirent celles de Charles V (construite de 1356 à 1383), de Louis XIII (débutée en 1566), le mur des Fermiers généraux (édifié de 1784 à 1790) et celle de Thiers (bâtie entre 1841 et 1844).

Les grands boulevards ont été faits sur les talus et fossés des remparts de Louis XIII de 1668 à 1705. À cette époque il s'agissait d'une large voie (pavée seulement en 1778) bordée d'ormes, qu'on appelait le « Nouveau-Cours ».

Quelques vestiges de ces fortifications subsistent, le plus souvent intégrées aux habitations. Récemment, en voulant faire un jardin, on a découvert une partie de l’enceinte parisienne de Charles V datant du XIVe siècle (voir cet article et le suivant). Plusieurs parties de l'enceinte élevée par Philippe Auguste (XIIe-XIIe siècles) ont été conservées comme l'affichent les photographies de ce présent article.

Photographie de gauche : Base d'une des tours de l’enceinte de Philippe Auguste aujourd'hui dans le salon d'un chocolatier, cour du Commerce-Saint-André, en face de la partie postérieure du Procope, construit en 1684, qui est aujourd'hui le plus ancien café de Paris.

Photographies ci-dessous : Cour du Commerce-Saint-André. Ce passage a été ouvert en 1776 sur le parcours de l’enceinte de Philippe Auguste.

Photographies ci-dessous : À côté de cette tour un portail donne sur deux cours pittoresques, où des habitations ont été construites dans les remparts. À gauche la première cour et à droite la seconde.

Photographies ci-dessous : Portion de courtine de l'enceinte de Philippe Auguste, rue Clovis, derrière le Panthéon et l'église Saint-Étienne-du-Mont.

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Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine (11) : Sortir de la dictature intellectuelle artistique.

Cet article fait suite aux neuf précédents publiés le lundi dans ce blog sur le Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine.

Désapprouver les choix artistiques contemporains des instances publiques est considéré par celles-ci et par les pontes de l'art contemporain comme une atteinte à la liberté de création. Il s'agit d'un despotisme artistique qui impose comme valeur ultime un art abâtardi et souvent abject dont il est interdit de dire qu'il l'est sous peine d'ostracisme. Ainsi réussit-on à nous imposer dans des lieux publics des godemichets géants, des vagins de la reine ou autres poubelles artistiques comme étant des emblèmes de la liberté de création. Cette tyrannie n'est pas seulement artistique, elle est aussi politique, commerciale... présente dans toutes les parcelles de notre société.

Une démocratie mal gérée est le terreau des totalitarismes, surtout lorsqu'elle met en scène culturellement sa propre décadence. Utiliser la loi pour contrecarrer cette montée des dictatures intellectuelles ne sert à rien si ceux qui la font sont les mêmes qui engendre celles-ci par leur exemple infamant et en font partie par l'autocratie intellectuelle du néant qu'ils imposent.

Ces dictateurs intellectuels se cachent derrière certaines notions comme la liberté, la création, afin que l'on ne puisse pas critiquer leurs sélections. Si on le fait, ils prétendent que c'est l'artistique que l'on attaque alors que l'on ne fait que désapprouver le choix de ces oeuvres par une instance publique censée être exemplaire.

La liberté de création est une notion complexe dont de toute évidence Mme le ministre de la Culture n'a pas conscience. Que penserait-elle si un artiste actionniste mettait le feu à la porte de son ministère, à l'image de l'actionniste russe Pavlensky qui l'a fait il y a quelques jours pour le siège des services secrets russes ? Que dirait-elle si un autre artiste utilisait des slogans racistes, fascistes ou autres dans son œuvre ? Nous le savons, écrire dans la loi « la création artistique est libre » est de la poudre aux yeux qui décrédibilise la législation et la justice françaises en faisant de celles-ci un outil politique au lieu d'un outil de justice.

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La galerie Fayet

Le passage Jouffroy à Paris est riche de nombreux endroits intéressants. J'en reparlerai. Aujourd’hui je veux évoquer l'ancienne boutique des frères Segas que ceux-ci ont vendue au mois de janvier 2015 afin de prendre une semi-retraite.

Gilbert Segas reste un expert incontesté des cannes anciennes de collection. Il continue d'officier auprès de ses anciens clients et à travers son site : www.canesegas.com.

Les frères Segas ont mis à leur place la maison Cannes Fayet qui est une entreprise familiale de fabrication de cannes, parapluies et ombrelles depuis 1909, une des dernières en France... et même en Europe. La galerie Fayet du 34 passage Jouffroy sert de lieu d'exposition parisien des produits de cette maison. On y poursuit aussi le travail d'expertise et de vente d'exemples anciens de collection.

Espérons que la galerie Fayet continuera de vendre et d'exposer de nombreuses cannes anciennes de collection et de garder l'atmosphère du lieu avec son premier étage aux murs recouverts d'une moquette couleur vert 'caca Dauphin', symbole d'un autre temps, celui des merveilleuses et des merveilleux que les frères Segas connaissent bien (voir la partie de leur site consacrée aux cannes à la Révolution).

Photographies ci-dessus : Vitrine de la galerie Fayet.

Photographies ci-dessous prises à l'intérieur de la galerie.

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Le comte des nuages : Masanao Abe face au mont Fuji

Le comte des nuages : Masanao Abe face au mont Fuji est une installation qui a lieu jusqu'au 17 janvier 2016 au musée du quai Branly. Elle est l'oeuvre de Yoshiaki Nishino, directeur du musée de l'Université de Tokyo et de l'Intermédiathèque. Elle met en scène le travail visuel du comte Masanao Abe (1891-1966) sur le mont Fuji, avec des documents d'époque et une approche poétique de la photographie à travers les variations météorologiques autour de cette montagne.

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Amour est aussi un fleuve !

Avec un titre comme Esthétiques de l’Amour : Arts décoratifs de Sibérie Orientale, on s'attend à apprendre sur la façon dont les chamans sibériens envisagent l'esthétisme en amour. Et bien pas du tout ! L'exposition ayant cet intitulé, présentée jusqu'au 24 janvier 2016 au musée du quai Branly, a pour sujet les populations de la fin du XIXe siècle et du début du XXe vivant dans une partie (principalement russe) du bassin formé par le gigantesque fleuve nommé Amour. De nombreux objets rituels et du quotidien y sont visibles... beaucoup en rapport avec l'invisible : les esprits de la Nature, une nature et des gens très éloignés de notre quotidien, l'amour aussi à travers de nombreux vêtements de mariage etc.

Ceux qui aiment la nature seront, je crois, enchantés. On peut y contempler un travail d'artisanat délicat d'objets fabriqués à partir d'éléments bruts offerts par la nature comme l'écorce de bouleau qui dans des mains expertes peut aboutir à de jolis et fins paniers, boîtes etc. Savez-vous que l'on peut confectionner des vêtements (de la tête aux pieds) avec la peau de certains poissons particulièrement appréciée pour son caractère imperméable ?

L'Amour a aussi une importance géostratégique. C'est un fleuve dont une très grande partie du cours sert de frontière entre la Russie et la Chine.

Photographie du haut : « Corbeille pour ramasser les baies. Nivkh. Fédération de Russie, île de Sakhaline, vallée de la Tym. Deuxième moitié du 19e siècle- début du 20e siècle. Écorce de bouleau (Betula utilis). Musée du quai Branly, Paris. »

Photographie de gauche : « Boîte avec couvercle, nécessaire à couture. Nivkh ou Nanaï. Fédération de Russie, bassin de l'Amour. Fin du 19e siècle - début du 20e siècle. Écorce de bouleau (Betula ermanii). Musée du quai Branly, Paris. »

Photographie de droite : « Paire de bottes. Aïnou. Fédération de Russie, île de Sakhaline, vallée dela Poronaï. 19e siècle. Peau de saumon du bossu (Oncorhynchus gorbuscha), peau de hucho de Sakhaline (Hucho perryi), fil de coton teint à l'indigo. Musée du quai Branly, Paris. »

Photographies ci-dessous : « Manteau féminin de fête. Nivkh. Fédération de Russie, région de l'Amour. Fin du 19e siècle. Peau de saumon du Pacifique (Oncorhynchus keta), peau de carpe de l'Amour (Cyprinus rubrofuscus). Musée du quai Branly, Paris. »

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Les collections du prince de Liechtenstein

Depuis le 7 novembre 2015 et jusqu'au 20 mars 2016, Caumont Centre d’Art à Aix-en-Provence présente une exposition sur Les collections du prince de Liechtenstein.

C'est une occasion pour se renseigner sur ce pays très proche de la France. Le prince Hans-Adam II est le chef d’État à vie de sa petite monarchie parlementaire d'une population de trente-six-mille habitants accueillant soixante-quatorze-mille multinationales. Au Liechtenstein chaque sujet de sa majesté doit supporter plus de deux multinationales, alors qu'en France chaque citoyen ingurgite une dette publique de plus de 20 600 euros par habitant et de 47 400 euros par actif (chiffres fin 2008, depuis cela a largement augmenté). Le PIB par habitant y est l'un des plus élevés au monde si ce n'est le plus élevé. Ce n'est pourtant qu'à partir de 1984 que les femmes y ont obtenu le droit de vote, mais seulement pour les scrutins nationaux et non locaux. Le Liechtenstein bien qu'au cœur de l'Europe ne fait pas partie de l'Union européenne.

« Amateurs d’art et mécènes depuis le XVIe siècle, les princes de Liechtenstein ont réuni l’une des plus importantes collections privées d’Europe. » C'est une partie de celle-ci qui a déjà fait le tour du monde et qui s'arrête aujourd'hui à Aix-en-Provence.

Une quarantaine de peintures et aquarelles, du XVIe siècle au XIXe sont exposées. Si l'ensemble des collections est majoritairement de cette période, il rassemble de très nombreuses oeuvres : des « peintures (quelques mille-sept-cents tableaux), sculptures, dessins, gravures, mobilier, livres et objets précieux ».

Photographies du haut et de gauche : « Lucas Cranach, Vénus, 1531 - Huile sur bois - 38,7 x 24,5 cm. Liechtenstein. The Princely Collections, Vaduz–Vienna © LIECHTENSTEIN. The Princely Collections, Vaduz–Vienna. »

Photographies de droite et ci-dessous : « Anthonis van Dyck, Portrait de Maria de Tassis (1611-1638), vers 1629/1630 - Huile sur toile - 129 x 92,8 cm. Liechtenstein. The Princely Collections, Vaduz–Vienna © LIECHTENSTEIN. The Princely Collections, Vaduz–Vienna. »

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Le musée Rodin ouvre à nouveau ses portes au public

Le musée Rodin ouvre à nouveau ses portes au public, le 12 novembre prochain, après trois années de travaux dans l'’Hôtel Biron qui l'abrite depuis son ouverture en 1919, un hôtel particulier du XVIIIe siècle. Le parcours muséographique a aussi été changé avec une accentuation sur le processus créatif d'Auguste Rodin (1840-1917). Pour l'occasion de nombreuses pièces en plâtre, qui illustrent la genèse de l’œuvre de l’artiste, ont été restaurées et sorties des réserves. Je ne suis pas allé voir le résultat, n'ayant pas beaucoup de temps cette semaine. Mais je fais passer l'information...

Les photographies ci-dessous nous font découvrir un jardin assez sauvage en plein Paris.

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Paris Tableau

« Paris Tableau est un Salon spécialisé en tableaux de maîtres anciens européens du Moyen Age jusqu'à 1900. Pour sa cinquième édition, vingt-quatre galeries parmi les plus prestigieuses au monde, venant de France, d'Italie, du Royaume-Uni, de Suisse ou encore des Pays-Bas se retrouveront à nouveau au sein du célèbre Palais Brongniart, place de la Bourse et présenteront leurs plus belles œuvres réservées spécialement pour le Salon... » du 11 au 15 novembre 2015.

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Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine (10) : Que restera-t-il des secteurs sauvegardés ?

L'exposition du musée Carnavalet Le Marais en héritage(s) : 50 ans de la loi Malraux, qui se déroule du 4 novembre 2015 au 28 février 2016, met en avant l'importance de la création des 'secteurs sauvegardés' (loi du 4 août 1962). Le quartier du Marais fut le premier à être mis sous cette protection en décembre 1964.

Cela est particulièrement d'actualité aujourd'hui avec le Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine qui se propose de refondre cette législation.

Comme l'explique l'exposé des motifs du texte écrit par le Ministère de la Culture (dossier législatif complet ici) : « Le projet de loi fusionne les dispositifs des secteurs sauvegardés, des zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager, et des aires de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine. Ils sont automatiquement remplacés par une seule servitude d'utilité publique : les cités historiques. »

« L'article L. 611-1 nouveau fusionne la Commission nationale des monuments historiques et la Commission nationale des secteurs sauvegardés dans une nouvelle Commission nationale des cités et monuments historiques, compétente au niveau national pour l'ensemble des sujets traités par le livre VI du code du patrimoine. »

Le « Livre VI : monuments historiques, sites et espaces protégés » du Code du Patrimoine est presque entièrement substitué dans les articles 21 à 26 du projet de loi. Il devient « Livre VI : monuments historiques, cités historiques et qualité architecturale ». Les titres I, III et IV sont remplacés, le titre II modifié et il est ajouté un titre V. Le changement est donc conséquent.

Au-delà de la loi qui s'élabore, ce qui est important c'est de savoir comment le Gouvernement souhaite l'appliquer... et c'est sur le terrain que nous le verrons. Ce texte met en place un nouveau dispositif législatif et donc de nouveaux usages que le ministère de la Culture expliquera par de nombreux décrets et notes. Ce qui est sûr, c'est que les directions prises jusqu'à présent par ce Gouvernement et le précédent ainsi que par exemple la mairie de Paris ont été désastreuses pour le patrimoine notamment parisien (voir cet article). On a donc à craindre que ce projet de loi et tous les textes qui vont en découler donnent une légitimité à ces pratiques.

Première photographie : Entrée triomphale à Paris de Louis XIV et Marie-Thérèse d'Espagne le 20 août 1660. Eau-forte de Jean Marot (1619-1679) datant de 1662. Photographie prise dans l'exposition.

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Collections de pots à pharmacie anciens en céramique et de majoliques

Le mercredi 25 novembre, la maison Fraysse & Associés présente à la vente à Drouot-Paris Deux collections de pots à pharmacie et majoliques de Saint-Cloud, Lunéville, Rouen, Montpellier, Lyon, Nevers, Italie, Espagne, Savone, Venise, Delft, Deruta, Faenza, Urbino. Le catalogue est visible ici.

L'exposition des pièces a lieu à Drouot le mardi 24 novembre de 11h à 18h.

Photographie du haut : « NEVERS. Paire de grands vases de pharmacie à piédouche couverts décorés en bleu et violet de manganèse de cartouches surmontés de têtes d’amours se détachant sur un fond orné de lambrequins et portant les inscriptions « C.Alkermes » et « Orvietanum ». La base, le col et le couvercle sont ornés de guirlandes de feuillages stylisées, de godrons et de filets. Les anses sont formées de larges têtes de mascarons féminins en relief. Début du XVIIIe siècle. Hauteur : 60 cm. » © Catalogue.

Photographie ci-dessous : pots à pharmacie de Nevers des XVIIe et XVIIIe siècles. © Catalogue.

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La mode retrouvée, les robes trésors de la comtesse Greffulhe.

La mode retrouvée, les robes trésors de la comtesse Greffulhe est la nouvelle exposition du Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris, qui se déroule du 7 novembre 2015 au 20 mars 2016.

La comtesse Greffulhe, née Élisabeth de Caraman-Chimay (1860-1952), était la cousine de Robert de Montesquiou (1855-1921) et l'arrière petite-fille de la merveilleuse du Directoire Madame Tallien (1773-1835). Elle inspira Marcel Proust qui, dans son oeuvre, prête ses traits à la duchesse de Guermantes. Elle est, pour employer des termes de l'époque que l'on retrouve dans mon livre, une lionne fin de siècle, une gommeuse copurchic, une grande dame ayant du vlan, une parfaite genreuse !

L'exposition nous permet de suivre la mode de la fin du XIXe siècle et du début du XXe  à travers une partie de la garde-robe de la comtesse dont une cinquantaine de modèles griffés Worth, Fortuny, Babani, Lanvin... Des portraits, films et de nombreuses photographies, dont plusieurs de Nadar, donnent un peu plus de vie à ces habits de qualité travaillés avec beaucoup de finesse.

En ce qui concerne la critique je conseille de lire l'article intitulé Galliera, Palais des horreurs de la Costumière hystérique.

Photographies ci-dessus : Photographies de la comtesse.
Photographies ci-dessous : Robes de diverses époques.
Photographies ci-dessous : Portrait de la comtesse Greffulhe dans la robe de son arrière grand-mère Mme Tallien. Photographie de Paul Nadar datant de 1883.

Venons-en maintenant au palais Galliera. Dans un précédent article j'ai écrit que ce musée allait être un des grands bénéficiaires du nouveau plan de 'rénovation' du patrimoine muséal de Paris par la mairie. Il va être agrandi et une collection permanente s'y tenir afin de devenir le grand musée qui manque à cette capitale mondiale de la mode. Pour cela il faut espérer que ce réaménagement ne nous offrira pas une vision restreinte aux vêtements. La plupart des expositions organisées par ce musée ne parlaient jusqu'à présent que d'habits, et toutes après 2011 (voir ici) ne sont jamais allées plus en avant que la fin du XIXe siècle.

La mode existait déjà sous l'Antiquité. De nombreux éléments la constituent comme la musique, la danse, les lieux en vogue, le style, les manières (de parler, bouger...), les arts décoratifs... Il est nécessaire d'insister aussi sur le fait que, avant d'être un événement mondain, elle est un phénomène populaire. Je le montre largement dans mon livre sur Les Petits-maîtres de la mode, où l'on constate que les modeux proviennent de tous les milieux, et que, je le répète, les vêtements n'occupent qu'une partie de celle-ci, parmi tous les autres éléments qui la constituent. La mode c'est avant tout les nouveaux rythmes !

Photographie ci-dessous du musée Galliera prise jeudi dernier, le 5 novembre 2015. Elle n'est pas retouchée.

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Merveilleuses & merveilleux