Hubert Robert, 1733-1808 : un peintre visionnaire (1).

Après l'exposition rétrospective sur la peintre Élisabeth Vigée Le Brun au Grand Palais, celle sur Hubert Robert, 1733-1808, un peintre visionnaire est une bénédiction. Elle se tient au Louvre jusqu'au 30 mai 2016.

Contempler de nombreux documents de cet artiste (son portrait est peint en 1788 par Elisabeth Louise Vigée-Lebrun : photographie de gauche), dont le nom raisonne sans doute chez tous ceux qui apprécient le XVIIIe siècle, est une chance qu'il ne faut pas louper. Cent quarante œuvres (dessins, peintures, esquisses peintes, gravures, peintures monumentales, ensembles décoratifs et mobilier) y sont présentées.

Comme avec Élisabeth Vigée Le Brun, on est dans la peinture, l'Art, véritablement, dans un bain de jouvence poétique, une Poétique... un art qui est total, annonçant les XIXe et XXe siècles.

Cet art est total d'abord parce qu'il efface les frontières entre le réel et l'imaginaire... et toutes les autres limites (de temps, de styles, de conditions etc.). Le peintre nous fait côtoyer les plus grands et les plus humbles, les lavandières et les salons les plus renommés de son époque. Il façonne des jardins qu'il fait réaliser, et en peint avec un délice d'inventions, d'onirisme et de réalité. Il travaille pour les arts décoratifs dessinant des porcelaines, des meubles... Il recrée dans ses œuvres des réalités à la fois tangibles et rêvées, où tous les siècles s'assemblent dans leur essence ; où le philosophe grec côtoie la petite-maîtresse du XVIIIe siècle au milieu d'une invention picturale novatrice.

Dans le titre de l'exposition il est indiqué que cet artiste est « visionnaire ». C'est tout à fait juste. Prenons comme exemple le tableau de 1777 intitulé : L'Entrée du Tapis vert lors de l'abattage des arbres, (photographie ci-dessus) dont j'ai barbouillé la photographie ci-dessous afin de mieux expliciter mon argumentation. Celui-ci semble annoncer avec une grande justesse la Révolution de 1789. Il met en scène le roi et sa famille dans le parc de Versailles dans un décor d'arbres coupés. Cette scène de corps végétaux éliminés par des ouvriers se restaurant et jouant (1), fait penser aux futurs guillotinés, à une époque où on se détournera du Roi (2) et de sa famille comme le fait un homme (3) préférant ostensiblement contempler l'antique, une statue représentant la mort de Milon de Crotone (4), sculptée par Pierre Puget en 1683. Cet homme au chapeau est dans un axe (traits rouges) semblant rompre la ligne (traits bleus) entre le Roi et sa famille. Milon de Crotone est l'un des plus célèbres athlètes de la Grèce, réputé pour sa force. La scène sculptée est celle du décès légendaire de celui-ci prisonnier d'un arbre qu'il voulait couper avec sa main et dévoré par des fauves. Le roi est plus bas, comme fondu dans le paysage, semblant n'attendre rien et surtout pas de vénération. Alors qu'il regarde les arbres coupés, n'est-ce pas lui qui sera, comme le héros de marbre au-dessus de lui, dévoré ? Une seule personne le prend en compte. Il règne aussi dans cette œuvre une force phallique à la fois destructrice et créatrice de vie. Certains arbres verts sont dressés comme des phallus (5), alors que d'autres sont morts. Une statue paraît retenir un arbre prêt à s'effondrer (6 et photographie de droite), tout cela se jouant au milieu d'une insouciance totale. Dans la statuaire de gauche représentant Castor et Pollux (7) sculptés d'après l'antique par Coysevox en 1712 (cette photographie montre combien la restauration récente de cette œuvre l'a endommagée gommant les traits en voulant tout blanchir et effacer le passage du temps), on observe qu'un personnage tient au niveau de son sexe le branchage d'un arbre coupé. Les deux statuaires dont je viens de parler surplombent tous les personnages humains. On retrouve là l'importance de l'Antiquité dans l'oeuvre de Hubert Robert. À cela s'ajoute celle de la nature et du naturel, celle-ci enveloppant l'ensemble. Tout cela donne une impression hors du temps malgré la présence de personnages très à la mode, comme Marie-Antoinette, ses enfants et son entourage (8). Malgré que les arbres verts et les éléments architecturaux du jardin soient du côté des aristocrates et les arbres élagués ou abattus autour du peuple, chacun étant dans des espaces délimités (trait jaune), il semble y avoir une critique sous-jacente du pouvoir tintée d'humour et de galanterie. Le degré de lecture que je viens de donner, me laisse à penser qu'il y en a d'autres plus profonds... Comme chez Nicolas Poussin une harmonie se dégage des œuvres de l'artiste qui ne peut être fortuite, mais qui est sans doute mesurée.

On est avec les peintres de la seconde partie du XVIIIe siècle qui inventent, un art qui se renouvelle constamment, s'imagine totalement, continuellement, mais touchant à l'impérissable, le sublime, la quintessence, une recréation universelle truffée de références ; ce que l'exposition nous montre dans de nombreux parallèles avec d'autres œuvres indiqués dans plusieurs cartels. Ici on reconnaît du Poussin, là une toute nouvelle manière amorcée par tel peintre etc.

Rome et l'Antique paraissent toujours présents, même dans les représentations de Paris ou de la nature. Mais davantage que d'Antique il est question dans son œuvre d'universalité. On est dans le siècle de Lumières. Tout cela est abordé avec beaucoup de douceur, de finesse dans les traits et les couleurs, et un amour de l'art, des hommes, de ses constructions et de celles de la nature. Cet amour de l'art se ressent dans toute l'œuvre d'Hubert Robert et particulièrement dans ses architectures souvent inventées. Il ne s'agit pas de reconstructions, car l'artiste ne reconstruit rien ; il invente, utilisant des références comme des mémoires de mots afin de créer... Nous sommes là véritablement dans l'art, non pas dans l'art anecdotique qui caractérise trop souvent celui d'une grande partie des XXe et début XXIe siècles. Nous sommes avec Hubert Robert dans la raison artistique, la raison humaine, celle des Lumières, la poétique (je le répète), la vie... Une vie réelle qui est finalement plus rêvée que ne l'est sa peinture. Est-ce possible ? Pas moins qu'autre chose...

La suite ici.

Les quatre articles :

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-1.html

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-2.html

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-3.html

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-4.html

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La place Vendôme à Paris

Il faut que j'arrête de faire du vélib dans Paris ;-) Je n'arrête pas de tomber sur du façadisme. Pourtant c'est de plus en plus difficile de le voir car les chantiers sur les bâtiments anciens sont depuis quelques années toujours entièrement cachés, recouverts afin que l'on ne voit pas ce qui s'y passe. Mais il suffit de lire les permis de construire pour se faire une idée.

Donc alors que je frôlais la place Vendôme à Paris je m’aperçois qu'un chantier recouvre tout un immeuble faisant l'angle entre la rue Saint-Honoré et la Place Vendôme composé de deux hôtels particuliers : avec au n°2 l'hôtel Marquet de Bourgade et au n°4 l'hôtel Heuzé de Vologer. Cela m'interpelle car je sais que tous les bâtiments de la place sont de la fin du XVIIe - début XVIIIe siècles, construits sous Louis XIV (Jules Hardouin-Mansart conçoit cette place en 1699), et donc ces deux hôtels. Dans le n°4 le prince Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, y habite même en 1848 alors qu'il est président de la République. Ne pouvant voir ce qui se trame à l'intérieur tout étant bien caché, je lis les panneaux autorisant les travaux (cliquer sur la photographie à droite pour avoir un agrandissement) qui sont affichés visiblement en façade comme cela est inscrit dans la loi. Ce qui est appelé une « valorisation de l'immeuble » et une « réhabilitation d'un bâtiment » consiste à supprimer 2565 m2 de plancher, en créer 2086 m2 tout cela sur une superficie de terrain de 736 m2. On peut lire sur le panneau de droite que l'ensemble est un « immeuble classé au titre des Monuments historiques » !

À Paris ces saccages se font avec l'accord des architectes des Bâtiments de France (qui dépendent du Ministère de la Culture à l'échelon départemental) et de la Commission du Vieux Paris qui n'est plus du tout indépendante.

Cette place, sous laquelle il y a quelques années on a construit un immense parc à voitures, n'est donc pas malmenée que par les cambrioleurs !

Photographies ci-dessous, avec à gauche une vue du bâtiment depuis la place et à droite le même bâtiment au niveau de la rue Saint-Honoré.

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Le Grand Hôtel Dieu de Lyon

C'est en lisant cet article : Le Grand Hôtel Dieu de Lyon veut attirer les marques premium, que j'apprends une nouvelle destruction de notre patrimoine architectural français... cette fois lyonnais. Il s'agit de l’Hôtel Dieu de Lyon datant en grande partie des XVIIe et XVIIIe siècles (mais dont l'origine remonte au XIIe siècle) avec des agrandissements au XIXe, et entièrement classé Monument Historique. On y apprend que celui-ci a été vendu au privé et va être partiellement détruit :

« Des bâtiments ont été détruits. De nouvelles structures s'installent, elles, sur 11 000 mètres carrés. Pour l’heure, les équipes d’Eiffage, toujours en charge du chantier, organisent la déconstruction des espaces intérieurs, largement modifiés depuis le XVIIème siècle et les travaux de l’architecte Jacques-Germain Soufflot.

Les travaux prennent en compte les fondations existantes, notamment pour installer un parking de 143 places et l’adaptation et l’installation de 1 400 fenêtres ou la remise en valeur de 40 000 mètres carrés de façade... »

On est là aussi dans un façadisme que je n'arrête pas de constater dans mon blog qui consiste à garder les façades de bâtiments anciens pour ne pas choquer le passant, tout en détruisant largement à l'intérieur. C'est un peu comme notre démocratie, qui est de façade, tout l'intérieur de notre organisation étant détruite par d'autres pouvoirs, en particulier marchands et financiers.

Dans le cas de Lyon on assiste véritablement à une gabegie et une inconscience pharaonique. D'un côté on gaspille de l'argent à construire un musée des Confluences, ouvert en 2014, qui comme son nom l'indique est absolument inutile, mais qui aura coûté à la mairie de Lyon des sommes monstrueuses (le budget de construction est passé de 61 millions à 330 millions d'euros). L'Hôtel-Dieu a quant à lui été vendu au groupe Eiffage qui au mois de juin 2015 l'a vendu à la banque Crédit Agricole. Le foncier (le terrain) appartient toujours aux Hospices civils de Lyon, avec lesquels un bail à construction de 99 ans a été signé. Je ne sais pas combien a rapporté la vente de l'Hôtel Dieu de Lyon, mais sans doute moins que 330 millions d'euros ! Pourquoi la mairie n'a-t-elle pas acheté l'Hôtel-Dieu pour y installer son musée tout en faisant de cet endroit un espace à vivre en gardant notamment une partie dédiée au médical (des siècles de vocations s'évanouissent ici) et en prenant soin de conserver les architectures anciennes ? Cela aurait coûté moins cher que de faire le musée des Confluences, aurait été un investissement pour l'avenir culturel et social de Lyon (alors que là on n'est que dans un univers marchand et de spéculation immobilière), tout ceci dans le centre de la capitale des Gaules.

Sur le site officiel de Lyon il est indiqué qu'il s'agit d'une « restauration » !

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Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine (20) : Seconde lecture à l'Assemblée nationale.

Pour la seconde lecture du Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine à l'Assemblée nationale, il est prévu seulement deux jours en commission (les 15 et 16 mars) et une journée à l'hémicycle le lundi 21 mars à partir de 16h et le soir à partir de 21h30.

Il semble donc que ce projet de loi ne rentrera jamais dans les vraies questions de la situation de la culture artistique, de l'architecture, du patrimoine et de l'archéologie en France qui suivent une pente dangereuse, avec notamment :

- Une marginalisation engagée de la culture française en France même ;

- Une désorganisation progressive des outils démocratiques et publics garantissant la conservation et la diffusion de notre patrimoine ainsi qu'un refuge à l'excellence de toutes les cultures au niveau mondial ;

- Une privatisation de la culture et du patrimoine ;

- Aucune vision d'un avenir culturel véritablement digne de ce XXIe siècle donnant les clés permettant de faire face aux très grands défis auxquels notre planète est confrontée ;

- l'incompétence de plus en plus flagrante d'une grande partie des dirigeants culturels ;

- etc.

La seule promesse de ce projet de loi est l'organisation d'un véritable foutoir.

La culture est à la base de toutes les sociétés et de leurs avancées : sociales, scientifiques, économiques, spirituelles, organisationnelles etc. Elle est le fondement de l'Histoire avec un grand 'H'.

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Les PUF installent à Paris la première librairie en Europe du « savoir à la demande »

J'ai reçu un communiqué de la mairie de Paris annonçant : « Les Presses Universitaires de France réinvestissent le quartier Latin en inaugurant jeudi prochain une librairie "nouvelle génération", inédite en Europe. Elle s’inscrit dans le cadre du dispositif Vital’Quartier, conduit par Paris, qui contribue à maintenir et à développer les commerces culturels dans la capitale. » L'inauguration s'est faite ce jeudi 10 mars à Paris au 60 rue Monsieur le Prince (6e arrondissement), à deux pas de la Sorbonne.

Dans cette librairie on peut notamment choisir, fabriquer et emporter un livre en quelques minutes grâce à une imprimante dernière génération, « parmi près de 5.000 titres des PUF et de plusieurs millions de titres du domaine public mondial ».

Il existe déjà sur Internet des sites où on fait imprimer des ouvrages à la demande comme On Demand Book associé à Google qui, on le sait, digitalise gratuitement dans nos bibliothèques une quantité hallucinante de titres, ou Bod. Ici une vidéo en anglais sur ce genre de machine. Aujourd'hui une grande part de la littérature est dans les mains d'une poignée d'entreprises internationales américaines : Google pour les livres digitalisés, Amazon pour la vente, eBay pour les ouvrages anciens.

C'est bien que cela bouge dans le quartier latin qui a perdu beaucoup de grands éditeurs qui ont déménagé... mais il en reste, et de nouveaux/anciens sont de retour.

Historique : Les Presses universitaires de France (PUF) sont une maison d'édition fondée par un collège de professeurs en 1921. Elles fusionnent à partir de 1934 avec trois autres maisons d'éditions. Leur librairie, place de la Sorbonne, est alors une petite institution. Mais depuis le départ de Jean-Paul Sartre le quartier latin devient progressivement de moins en moins dévoué aux belles lettres. En 2000 cette librairie disparaît, et la maison d'édition entre dans une nouvelle étape évolutive à l'image de la folie actuelle. Elle s'ouvre à de nouveaux capitaux notamment de groupes d'assurance (MAAF, MMA, et la GMF) par l’intermédiaire en particulier d'un fonds de dotation. En 2014 c'est le groupe de réassurance Scor qui obtient la participation majoritaire au capital des PUF.

Les livres à la demande, comment cela fonctionne-t-il ? D'abord il est nécessaire de choisir un ouvrage sur une tablette disponible dans la librairie ou sur le site. Plus de trois millions de titres du domaine public mondial seraient disponibles (fournis par Google ou des bibliothèques) plus cinq mille appartenant aux PUF, celles-ci ajoutant chaque année de mille à deux mille titres (elles possèdent entre quinze mille et vingt mille titres exploitables). Ensuite on se fait livrer si c'est commandé sur internet ; ou on attend dans la librairie en moyenne quatre minutes, le temps d'un café que l'on peut prendre sur place. L'imprimante utilise du papier A4 comme folio, c'est à dire comme base. A partir de ce format elle peut en faire de plus petits jusqu'au poche, avec un maximum de huit-cent-cinquante pages par ouvrage. La couverture est imprimée sur A3. La machine s'occupe de découper les pages et de les relier (dos carré collé). Le papier est du type très simple pour imprimantes, et n'est qu'en un seul modèle. Le prix du livre est celui de l'ISBN (prix unique). Pour les plus anciens à vérifier.

Je suppose que l'on peut aussi acheter les livres numérisés dans cette librairie. Quant-au catalogue de plus de trois millions de titres, je ne l'ai pas encore trouvé sur le site. J'irai prochainement acheter un livre à la demande pour voir.

Autrefois les PUF se trouvaient sur la place de la Sorbonne que l'on voit aujourd'hui sur la photographie ci-dessous. La librairie était placée à l'angle à droite.

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L'Art et l'Enfant

Les enfants sont l'avenir. Ils représentent le futur. C'est à eux qu'il faut penser quand on construit quelque chose, lorsqu'on agit. Sont-ce de bons choix que ceux du nucléaire, des ondes électroniques, des nanoparticules, d'une atmosphère souillée, etc. ? Il y en a de meilleurs, non ? Quand je vois des bambins au milieu de la pollution des villes, je me dis que l'être humain peut être très égoïste. Par contre je trouve particulièrement intéressant le sujet de l'exposition sur L'Art et l'Enfant : Chefs-d’œuvre de la peinture française : Cézanne, Chardin, Corot, Manet, Monet, Matisse, Renoir, Picasso… qui se déroule du 10 mars 03 juillet 2016 au Musée Marmottan Monet à Paris, un très joli musée dont il faudra que je parle dans un prochain article.

L'art s'adresse à tous... aux enfants particulièrement qui peuvent grâce à lui former leur regard, leur sensibilité, leur morale, leur intelligence... connaître le monde à travers celui-ci. Mais l'art ne doit pas se montrer à eux, comme à tous, n'importe comment. Il faut que cela soit dans un lieu qui invite au respect.

L'enfant lui-même est le sujet de très nombreuses œuvres. Putti et autres angelots parsèment l'art depuis l'Antiquité jusqu'au XIXe siècle, et les bambins se retrouvent souvent représentés. C'est étrange que l'exposition ne fasse aucune référence aux putti qui jalonnent les arts depuis l'Antiquité jusqu'au XIXe siècle inclus, ni au dieu Amour, Éros, souvent sous les traits d'un marmot. Mais ce n'est pas si grave car les œuvres représentées sont éblouissantes.

L'exposition révèle l'évolution du statut de l'enfant à travers ses représentations durant les siècles. La figure du Christ enfant est peut-être la plus connue des images d'enfants. Du reste c'est par lui que commence l'exposition, et même par une sculpture rare où le petit Jésus n'est plus représenté comme un petit homme mais comme un véritable enfant emmailloté dans ses langes. Puis aux XVIe et XVIIe siècles, c'est l'enfant roi : le Dauphin et sa famille. Au XVIIe des exemples d'enfants des campagnes sont présentés dans l'exposition. Au XVIIIe il est beaucoup plus présent pour lui-même. La Révolution change la donne. Les enfants deviennent des petits hommes ou des petites femmes. Mais jusqu'au XIXe siècle inclus les garçons continuent, jusqu'à vers 7 ans, à être habillés d'une robe et porter des cheveux longs ; quoique la robe au XIXe se change progressivement en pantalon pour eux. Quant à la partie sur le XXe elle dévoile une peinture qui devient même enfantine. Du coup j'ai apprécié de voir des dessins de Picasso dont je trouve les œuvres cependant beaucoup moins intéressantes que celles de mes jeunes neveux et nièces.

Donc amenez vos enfants à cette exposition, et faites leur voir le reste du musée où beaucoup d'autres représentations de chérubins, parfois très connues sont aussi disponibles. Il faut y aller aussi pour voir une série de chefs-d'oeuvres de l'art français : Philippe de Champaigne, les frères Le Nain, Pierre Mignard, Jean-Baptiste Siméon Chardin, Jacques-Louis David, Jean-Baptiste Camille Corot, Pierre-Auguste Renoir... présentés dans des cadres anciens. Un vrai délice.

MOYEN-ÂGE : L'ENFANT JÉSUS

Photographie ci-dessous : Sculpture de la fin du Moyen-Age.

XVIE ET XVIIE SIÈCLES : L'ENFANT, MAILLON D'UNE LIGNÉE

Photographie ci-dessous : « Attribué à Léonard Limosin – Portrait du futur François II – Vers 1553 – Émail peint sur cuivre – Paris, musée du Louvre, département des Objets d’art – Acquis en 1837 – Photo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Gérard Blot. »

Photographie ci-dessous : « Anonyme – Portrait du futur Louis XIV, enfant – XVII e siècle – Huile sur toile – Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon – Photo © RMN-Grand-Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot. »

Photographies ci-dessous : « Pierre Mignard – Louise-Marie de Bourbon, duchesse d’Orléans, dite Mademoiselle de Tours – Vers 1681-1682 – Huile sur toile 132 x 96 cm – Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon – Photo © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin. »

Photographies ci-dessous : Antoine Le Nain, Les jeunes Musiciens. Vers 1640. Huile sur cuivre. Madrid, musée Thyssen-Bornemisza.

XVIIIE SIÈCLE : L'ENFANT DES PHILOSOPHES

Photographie ci-dessous : « Jean-Baptiste Siméon Chardin – L’Enfant au toton – 1738 – Huile sur toile – 67 x 76 cm Paris, musée du Louvre, Département des Peintures – Acquis en 1907– Photo © Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Angèle Dequier. »

Photographie ci-dessous : La peinture de droite est La Bonne Education de Jean-Baptiste Siméon Chardin, de vers 1753 (huile sur toile conservée àau Museum of Fine Arts de Houston). Elle est belle dans sa simplicité lumineuse.

Photographies ci-dessous : Louis Roland Trinquesse. Jeune femme allaitant son enfant. 1777. Huile sur toile. Collection particulière.

1790-1803 : SURVIVANCES DE L'ANCIEN RÉGIME

Photographie ci-dessous : Johann Friedrich August Tischbein : Sophie Müller, Femme de l'artiste, et ses deux filles, vers 1792, Paris, Les Arts décoratifs. Une lumière brillante semble émaner de la mère qui de son visage forme un ombrage protecteur pour sa plus grande fille, alors que l'autre semble se baigner dans cette luminosité. Il émane de ce tableau une douceur maternelle en particulier rendue par le bonheur des enfants se blottissant contre leur maman.

Photographie ci-dessous : « Anne-Louis Girodet-Trioson – Benoît Agnès Trioson regardant des figures dans un livre – 1797 – Huile sur toile – 73,2 x 59,2 cm Montargis, musée Girodet – Photo © Cliché Guillaume Boynard / Musée Girodet, Montargis. »

Photographies ci-dessous et au-dessus à droite : « Jacques-Augustin-Catherine Pajou  Portrait de la famille de l’artiste – Vers 1802. Huile sur toile – 63 x 52 cm – Paris, musée du Louvre, Département des Peintures – Acquis en 2014 – Photo – © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado. »

APRÈS 1789 : L'ENFANT AUX ARMES - 1830-1870 : L'ENFANT DU PEUPLE

Photographie ci-dessous : « Philippe-Auguste Jeanron – Les Petits Patriotes – 1830 – Huile sur toile – 101 x 81 cm, inv. FNAC PFH-5689 – Paris, Centre national des arts plastiques en dépôt au musée des Beaux-Arts de Caen – Photo © RMN-Grand Palais / Daniel Arnaudet. »

1870-1900 : ENFANCES CONTRASTÉES

Photographie ci-dessous : « Pierre Auguste Renoir – L’Enfant à l’oiseau (Mlle Fleury en costume algérien) – 1882. Huile sur toile – 126,5 x 78 cm – Williamstown, Sterling and Francine Clark Art Institute, Massachusetts, États-Unis – Photo © Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown, Massachusetts, USA (photo by Michael Agee). »

Photographie ci-dessous : « Pierre-Auguste Renoir – Les Enfants de Martial Caillebotte – 1895 – Huile sur toile 65 x 82 cm – Collection particulière – Photo © David Cueco. »

Photographie ci-dessous : « Fernand Pelez – Un Martyr. Le marchand de violettes – 1885 – Huile sur toile – 87 x 100 cm. Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris – Photo © Petit Palais / Roger-Viollet »

Photographie ci-dessous : « Félix Vallotton – Le Ballon, dit aussi Coin de parc avec enfant – 1899 – Huile sur carton marouflé sur bois – 48 x 61 cm – Paris, musée d’Orsay, legs de Carle Dreyfus, 1953. Photo © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski. »

À L'AUBE DU XXE SIÈCLE : LE DESSIN D'ENFANT ET LES AVANT-GARDES

Photographie ci-dessous : « Pablo Picasso – Le Peintre et l’enfant. 21 octobre 1969 – Huile sur toile – 130 × 195 cm. Dation en 1990 – MP 1990-36 – Prêt du musée national Picasso, Paris – Photo © RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / Jean-Gilles Berizzi – © Succession Picasso 2016. »

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114 Rue Oberkampf suite

En prolongement de l'article intitulé 114 rue Oberkampf, j'ai envoyé un message à la mairie de Paris auquel j'ai reçu aujourd'hui cette réponse :

« Monsieur,

Pour répondre à vos remarques, je vous précise que cette parcelle a fait l'objet d'une demande de Permis de Construire (111 15 V 0015) valant démolition totale d'un bâtiment élevé (R+1) et construction d'un hôtel de tourisme de 31 chambres.

Le Permis de construire a été déposé le 2/04/15 et a fait l'objet d'un avis favorable de l'Architecte des Bâtiments de France, la Commission du Vieux Paris n'ayant pas émis de voeu contre la démolition.

Le maire du 11eme arrondissement a émis un avis « très défavorable pour des raisons patrimoniales » et l'arbitrage au Cabinet de la Maire a confirmé cet avis.

Le Permis de Construire a donc fait l'objet d'un rejet implicite au 16/12/15 et non d'un accord tacite, ainsi que vous l'exprimez.

Cordialement,

LE CHEF DU CABINET DE LA MAIRE DE PARIS. »

Il semblerait donc que ce bâtiment soit en voie d'être conservé. Les panneaux de permis de démolir fantaisistes, avec "accord tacite" de la mairie (cliquer sur une des images ci-dessous pour voir un de ces panneaux), placardés sur le bâtiment restent un mystère.

La réponse de la mairie, que je remercie, est bienveillamment très détaillée, et nous permet de constater une nouvelle fois que certains des architectes des Bâtiments de France (qui dépendent du Ministère de la Culture à l'échelon départemental) et que la Commission du Vieux Paris (prise en main par la l'actuelle maire de Paris - voir cet article) ne font pas leur travail !

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Aujourd'hui petite pause

Cette semaine j'ai beaucoup d'expositions à voir et peu de temps pour écrire sur elles. À chaque fois je me déplace, prends des photographies, les retravaille, écris un texte et mets le tout en ligne. Parfois c'est frustrant, car je n'ai pas le temps de mettre tout ce que je veux et approfondir certaines d'entre elles, comme pour celle de l'article de mardi. Ce qui est vraiment bien, c'est que beaucoup d'expositions sont très intéressantes, comme celle sur Hubert Robert au Louvre que je viens d'admirer et dont je parlerai bientôt etc.

Photographie ci-dessus : Détail d'une peinture d'Hubert Robert.

Photographie ci-dessous : Épître à Hubert Robert par Charles Fournier-Desormes (1777-1850) de 1822.

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Chefs-d’œuvre du musée des Beaux-Arts de Budapest

En regardant l'affiche de l'exposition Chefs-d’œuvre de Budapest Dürer, Greco, Tiepolo, Manet, Rippl-Rónai..., qui a lieu du 9 mars au 10 juillet 2016 au musée du Luxembourg à Paris, je ne m'attendais pas à contempler un si bel étalage de chefs-d’œuvre. L'affiche représente la peinture de Femme à la cage de József Rippl-Rónai datant de 1892. Une dame habillée de noir regarde un canari emprisonné. Le tableau est assez sombre. Par contre l'exposition ne l'est pas. On se baigne dans l'histoire de l'art avec délectation à travers de véritables trésors picturaux raffinés, aux couleurs éblouissantes, aux traits délicats... et quelques étonnantes sculptures.

Afin d'être rénové, le musée des Beaux-Arts de Budapest a fermé pour quelque temps, nous permettant d'apprécier à Paris certaines des merveilles qu'il possède composées par Albrecht Dürer, Tintoret, Léonard de Vinci, Greco, Giambattista Tiepolo, Pierre Paul Rubens, Francisco de Goya y Lucientes, Claude Monet, Paul Cézanne, Paul Gauguin, Vincent van Gogh... Il y en a beaucoup, avec chaque oeuvre nous transportant dans un univers différent.

Photographies ci-dessus en haut et à gauche : Sculpture en bois de Sainte Dorothée de 1410-1420 (Royaume de Hongrie). La silhouette et le visage sont particulièrement élégants. Cette œuvre était peinte. Du reste le blanc sur la peau du visage et le rouge aux lèvres qui se détachent font penser à du maquillage, ce qui est d'un bel effet.

Photographie de droite : Jeune homme devant un Portrait d’un jeune homme d'Albrecht Dürer de vers 1500-1510.

Photographies ci-dessous : Crucifixion par Albrecht Altdorfer (peintre de Ratisbonne en Allemagne) de vers 1518-1520. Le coloris est magnifique.

Photographies ci-dessous : Peintures du XVIIe siècle.

À deux pas du musée du Luxembourg se trouve l'Institut hongrois de Paris, avec devant sa porte d'entrée une statue dont la photographie est ci-dessous.

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Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine (19) : Article 1er - « La création artistique est libre ».

 
 

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114 Rue Oberkampf

Paris continue à détruire son patrimoine architectural petit à petit. Il suffit que je sorte du lieu où j'habite pour me trouver face à une nouvelle démolition. Il s'agit ici du 114 rue Oberkampf, une des dernières maisons ne dépassant pas un étage dans cette rue qui autrefois en possédait beaucoup. On peut lire dans Wikipédia que : « la rue s’est formée par urbanisation progressive à partir de la fin du XVIIIe siècle. Aux maisons ne dépassant pas un étage, avec commerce sur rue, et dont il reste quelques exemples aujourd’hui encore, ont succédé les cours et passages encadrés de nouvelles maisons et d’ateliers. »

Le 114 rue Oberkampf abritait le Cithéa, un bar salle de concerts qui avec le Café Charbon ont fait les débuts du quartier Oberkampf festif. Même le café Charbon avec sa salle de concerts Le Nouveau Casino ont été mis en gérance pour deux ans avant sans doute d'être cédés par leur propriétaire qui a vendu dernièrement le café qu'il possédait juste à côté sur la Place verte.

Donc en passant dimanche dernier devant le 114 de la rue Oberkampf je vois le panneau assez surréaliste dont la photographie est ci-contre à gauche (cliquer dessus pour un agrandissement) où il est écrit que l'endroit va être démoli pour construire « un immeuble à usage d'hôtel – 31 chambres et restaurant », de six étages, selon un « accord tacite » délivré par la mairie le « 12 novembre 2015 » !?! Avec numéro de déclaration et tutti quanti. Quant au bénéficiaire « G.P.M. Sarl » je n'ai trouvé aucun annuaire d'entreprises référençant celle-ci à cette adresse.

Voir la suite ici...

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Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine (18) : Métaphore culinaire.

Un projet de loi devrait, selon moi, être comme un bon plat, concocté avec amour par le Gouvernement en prenant l'avis des connaisseurs, proposé ensuite à goûter au Parlement avant d'être offert à manger au Peuple. L’Assemblée nationale et le Sénat devraient n'avoir à y apporter qu'un peu de sel et de poivre s'il en manque et quelques épices si nécessaire. Bien sûr il y aura toujours certains pour dire que cela n'est pas à leur goût, à proposer d'autres recettes ou à vouloir toujours et encore l'améliorer. En effet les goûts et les couleurs...

Dans le cas du Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine je pense que la recette de base n'est pas bonne, tellement mauvaise que le Parlement l'a déjà largement modifiée et même le Gouvernement qui en est à l'origine et cela dès le début de sa présentation à l'Assemblée nationale. Mais comment rendre cela ne serait-ce que digeste quand à la base nous sommes dans un déluge de technocratie, une somme d'hypocrisie, et un véritable foutoir ? C'est un peu comme dans certains plats industriels contenant du mauvais sucre, des légumes OGM, des animaux massacrés, des conservateurs, des nanoparticules... tout cela présenté dans des emballages en plastique avec une bonne dose de marchéage.

Pour en revenir au projet de loi, ceux qui veulent avoir une vision d'ensemble des changements apportés par le Sénat peuvent lire cet article de la gazettedescommunes.com qui est clair, bien que faisant l'impasse sur certaines modifications comme une majeure : la suppression de l'article 30 habilitant le Gouvernement à légiférer par ordonnances, ce qui voulait dire en dehors de toute démocratie.

Je rappelle que la conclusion de cette première lecture au Sénat aura lieu demain, mardi 1er mars à 15h15, avec le vote du texte le même jour à 16h30. Il sera possible d'assister en direct à cette conclusion ici : http://videos.senat.fr/video/seance_direct.html, en attendant la seconde lecture à l'Assemblée nationale puis le retour du projet de loi au Sénat.

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Musée national des arts et traditions populaires

Alors que Paris s’enorgueillit d'un Musée des arts et civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques (Musée du quai Branly) depuis 2006 et d'un nouveau Musée de l'Homme depuis 2015, plus aucun musée parisien ne survit témoignant des arts populaires de France et de son folklore, de la société française rurale, artisanale et traditionnelle. Son ancien Musée national des arts et traditions populaires (MNATP), fondé en 1937, a été fermé en 2005. Ses collections ont été transférées au Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée qui a ouvert en 2013 à Marseille. Cela en dit long sur la motivation de certains dirigeants culturels à conserver le patrimoine populaire français.

Photographie : Boîte Bergamote du début du XIXe siècle.

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Un premier étage moderne de la Tour Eiffel

Je reviens sur les constructions modernes à l'intérieur de bâtiments anciens publics. Celles-ci sont innombrables et passent toutes comme une lettre à la Poste. Parfois c'est au nom de l'accueil du public, parfois au nom de l'art contemporain ou je ne sais quoi. Un nouvel exemple parmi beaucoup d'autres celui du premier étage de la tour Eiffel. En 2013 des escaliers d'époque ont été enlevés ainsi que de nombreux éléments architecturaux, et toute une nouvelle architecture faite de verre et d'autres matériaux a complètement dénaturé le premier étage qui n'a sans doute pas été le seul a subir des destructions dans ce bâtiment. Ce n'est pas la première atteinte grave sur cet édifice. Par exemple en 1986 on a démonté certaines parties de la Tour Eiffel dont un escalier en colimaçon qui, à l'origine, montait jusqu'au sommet. Celui-ci a été « découpé en 22 tronçons dont 21 ont été vendus aux enchères, et achetés pour la plupart par des collectionneurs américains » (Wikipédia). En 2013 ce vandalisme a eu lieu en particulier pour y installer un restaurant privé : le restaurant 58 Tour Eiffel appartenant à la société l'Affiche SA qui est une filiale du Groupe Riem Becker.

Il est important de prendre soin des bâtiments anciens comme on le fait des objets ou œuvres d'art, c'est à dire en restaurant si cela est nécessaire mais au plus près de leur état d'origine. Mettre de l'architecture moderne que j'appelle RER (c'est à dire seulement fonctionnelle) dégrade ces sites, leur faisant perdre leur âme, et petit à petit cela décrédibilise le patrimoine français et de ce fait son intérêt touristique !

Photographies ci-dessous : Première étage de la Tour Eiffel aujourd'hui et en dessous à l'origine.

Photographies ci-dessous provenant du site Lemoniteur.fr montrant l'intérieur du première étage de la Tour Eiffel tel qu'aménagé en 2013. Comme on le voit des architectures modernes ont remplacé les anciennes dénaturant le lieu.

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La dangereuse marche en avant des fondations privées

Petit à petit le patrimoine public se privatise, encouragé par le Gouvernement et le Ministère de la Culture. Je crois être le seul à parler de ce phénomène très inquiétant par exemple dans cet article Les jeudis du mécénat, ou comment le service public culturel organise son retrait ou dans celui-là : Fondation du patrimoine : le patrimoine de villes entières 'offert' à une fondation privée. Samedi dernier La Tribune de l'Art, dont son créateur Didier Rykner semblait être un des rares journalistes à défendre avec ténacité notre patrimoine notamment public, vient d'annoncer dans sa lettre d'information que son organisation travaille à créer une « fondation dans le domaine du patrimoine, qui serait abritée par la Fondation du Patrimoine. » Tout fout le camp... Il vaut mieux en rire qu'en pleurer... tant que l'on peut encore en rire !

Je rappelle à M. Rykner que pro bono est l'abréviation de l’expression latine pro bono publico : 'pour le bien public'.

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Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine (17) : Quelques améliorations.

 

Photographies : La première partie, sur l'art,  du projet de loi n'a pas suscité de réelles réactions au Sénat. Ce n'est pas le cas pour moi qui m'intéresse à l'art, et qui suis sidéré par l'évolution de l'art contemporain ces cinquante dernières années et les choix du Gouvernement, de la mairie de Paris et d'autres instances publiques le concernant. Cette première partie du projet de loi commence en affirmant que la création artistique est libre. Ensuite le Ministère de la Culture explique comment il souhaite l'encadrer, l'enfermer dans un système politique de soutiens, de labels, de médiateurs etc. Puis le texte nous plonge dans la technocratie de contrats, avant de délimiter précisément ce qui peut être considéré comme un artiste amateur etc. Ah le doux parfum de la liberté !!!

Le passage au Sénat du Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine a été de bien meilleure qualité qu'à l'Assemblée nationale. Je reviendrai dans d'autres articles sur des questions soulevées par les sénateurs avec même certaines nouvelles informations apportées par ceux-ci.

Voici quelques-unes des avancées apportées par le Sénat que j'ai repérées :

- Changement de nom mais aussi d'optique des « cités historiques » en « sites patrimoniaux protégés » se rapprochant de la dénomination originelle de « sites et espaces protégés ».

- Installation de garde-fous en imposant des « plans de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine ».

- Suppression de l'article 30 habilitant le Gouvernement à légiférer par ordonnances, c'est à dire en dehors de tous débats, d'une manière anti-démocratique. Il est à peu près certain que le Gouvernement reviendra sur cela... mais espérons que non !

Le Sénat a particulièrement travaillé sur la délimitation des abords de monuments historiques et le classement au titre des sites patrimoniaux protégés. Malheureusement la situation reste absconse et beaucoup moins protectrice qu'originellement.

Il y a eu de longs débats sur un amendement très intéressant proposant de rendre les domaines nationaux inconstructibles. Finalement il a été choisi d'inscrire que « [Les parties d’un domaine national qui appartiennent à l’État ou à l’un de ses établissements publics] sont inconstructibles, à l’exception des bâtiments ou structures strictement nécessaires à leur entretien, à leur visite par le public ou s’inscrivant dans un projet de restitution architecturale ou de création artistique. » C'est une évolution positive si elle reste jusqu'au bout (il y a un second passage aux deux assemblées et une réunion de commission mixte paritaire qui peuvent encore changer la donne). Mais cette disposition n'est pas formulée correctement et n'empêchera pas, ainsi écrite, que l'on continue à casser de l'ancien d'exception et à construire du neuf en plein milieu, comme je l'ai montré dans de très nombreux articles de ce blog, ce que je vais continuer de faire. L'important serait d'empêcher les dégâts irrémédiables occasionnés à ces bâtiments, lieux et monuments anciens. Lorsque je me promène dans Paris je vois partout ce qui est habillé de jolis termes mais qui consiste le plus souvent en des destructions comme « réhabilitation d'un immeuble classé » etc.

Pour finir cet article voici quelques chiffres qui donnent le tournis et me laissent dubitatif. Rien qu'à l'hémicycle du Sénat il a été déposé sur ce texte plus d'un demi-millier amendements vus au milieu de bancs vides et dans des conditions extrêmes de débats avec des séances changeant constamment d'horaires et certaines se déroulant la nuit.

Première lecture

- à Assemblée nationale :
En commission 451 amendements déposés, 76 adoptés, 21 amendements du Gouvernement ;
Aux séances 476 amendements déposés, 155 adoptés, 26 amendements du Gouvernement.

- au Sénat :
En commission 325 amendements déposés, 180 adoptés, 0 amendements du Gouvernement ;
Aux séances 532 amendements déposés, 116 adoptés, 40 amendements du Gouvernement.

Au total pour cette première lecture à l'Assemblée nationale et au Sénat on compte donc :
1784 amendements proposés, 527 adoptés et 87 amendements du Gouvernement, ce qui est énorme, et montre combien ce projet de loi a été écrit en dépit du bon sens.

La conclusion sur cette première lecture au Sénat se fera le mardi 1er mars à 15h15, et le vote aura lieu le même jour à 16h30. Il sera possible d'assister en direct à cette conclusion ici : http://videos.senat.fr/video/seance_direct.html, en attendant la seconde lecture à l'Assemblée nationale puis le retour du projet de loi au Sénat.

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Chamanes et divinités de l’Équateur précolombien

 

 

L'exposition Chamanes et divinités de l’Équateur précolombien a commencé au Musée des Arts et Civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques (Musée du quai Branly) le 16 février, et se poursuivra jusqu'au 15 mai 2016. C'est un nouveau moment important que nous offre ce musée avec ce sujet.

Un jour j'ai demandé à une hôtesse de l'air de mes connaissances ayant voyagé dans le monde entier, quels étaient les plus beaux pays où elle s'était rendue. Elle m'a répondu l’Équateur et je crois le Kenya. Cette contrée d'Amérique latine doit être particulièrement belle ! C'est aussi un pays qui dernièrement nous a très agréablement surpris avec son président (jusqu'en 2017), Rafael Vicente Correa Delgado, qui est peut-être le seul au monde à avoir refusé d'enterrer son pays sous une dette qui permet aux pouvoirs financiers mondiaux de tenir les pays sous leur joug, comme en France. Dès son premier mandat celui-ci a simplement communiqué que la dette extérieure ne serait pas honorée par son pays, ce qui lui a permis de faire drastiquement baisser son taux et de la racheter. C'est aussi le seul pays à avoir accepté de protéger Julian Assange dans son ambassade de Londres !

Mais revenons-en à l'exposition. Je l'ai parcourue dans ses détails. Elle a été conçue par l’archéologue équatorien Santiago Ontaneda-Luciano, qui a rassemblé ici 265 objets d'avant la conquête espagnol (vers 1532) datant pour la plupart entre 500 avant J.C. et 500 après. Ils appartiennent à quatre cultures de la côte équatorienne : Chorrera, Bahia, Jama-Coaque et Tolita, et sont issus des collections des musées nationaux de Guayaquil et Quito.

Cette exposition est centrée sur le chamanisme qui avait un rôle primordial dans ces sociétés. Ce qui est étonnant c'est que la plupart des objets présentés sont des céramiques. Ils sont issus de la Terre, Pachamama, qui comme l'écrit le directeur du musée en introduction du dossier de presse est « considérée comme une mère, pourvoyant aux besoins de l’être humain et devant être traitée avec respect et honneur ». La plupart de ces terres cuites contiennent des trous ; certaines ont été volontairement rituellement cassées (les bras par exemple) ; enfin la plupart étaient utilisées... vivaient ; on pouvait en soutirer des sons, même une âme et avaient des usages rituels. Lors de la présentation aux journalistes de l'exposition, des démonstrations de l'utilisation de tels objets nous ont été offertes, redonnant vie à ces céramiques utilisées aussi pour leur musique et sans aucun doute pour beaucoup d'autres usages religieux... magiques.

L'exposition commence par nous expliquer la mythologie de cette 'religion naturelle' dans ses fondements et sa division en trois mondes : « Le monde extérieur ou céleste, composé des astres. L’inframonde ou le monde intérieur, peuplé de défunts, d’esprits des montagnes, grottes et cascades représentés par des êtres mythiques. Enfin, au milieu de ces deux mondes, le monde terrestre, celui des êtres humains et des animaux. » À travers les premiers objets révélés ce sont les âmes mythiques des animaux coutumiers ou chimériques qui sont dévoilées.

La seconde partie est centrée sur « le savoir sacré ». Comme il est écrit : « Le savoir sacré conférait au chamane un autre niveau de conscience. Le processus mental à l'oeuvre était destiné à éliminer l'ego, et à réduire la conscience ordinaire pour l'homme, du corps physique et des cinq sens qui lui donnait accès à la connaissance d'une autre dimension de la réalité. Les chamanes étaient donc les détenteurs d'une conscience incorporée, intégrée et active de sorte que c'était toujours elle qui s'exprimait, agissait et commandait. » Pour illustrer cela on commence par des personnages prenant des poses de méditation. J'y ai retrouvé des exercices de yoga à la manière de ceux pratiqués en Inde ou au Tibet, de véritables outils de passage vers des réalités autres ou peut-être plus sûrement d'autres réalités de notre esprit.

Les objets rappelant l'usage des plantes sacrées sont encore des témoignages de telles pratiques. C'était amusant d'écouter le commissaire de l'exposition nous expliquer la manière d'utiliser la coca ou d'autres plantes hallucinogènes.

Ensuite on nous transporte dans l'art de la parure, du chamane orfèvre, des lieux de culte.

Après le savoir sacré, il est question de l'exercice de ce savoir à travers des rites d'initiation, des rites sacrificiels, ou propitiatoires avec le chamane chasseur ou le chamane agriculteur.

On aborde, toujours avec des céramiques d'époque et des pbjets en pierre..., les rituels de guérison, l'astronomie, les rites funéraires et ceux où le chamane fait le lien avec la divinité. On apprend par exemple que certains miroirs servaient pour passer dans d'autres réalités !

On remarque que les femmes sont aussi présentes que les hommes et cela dans presque tous les types de représentations.

Afin de donner vie aux objets certains étaient couverts d'une peinture iridescente offrant des tons spéciaux à la lumière ou avec l'eau. C'était un autre moyen d'entrer en contemplation par ces céramiques sans doute utilisées comme outils de méditation lors de rituels.

Je dois dire que s'il n'y avait pas une partie sur les sacrifices humains où des guerriers ennemis étaient affamés puis sacrifiés, j'aurais trouvé les mœurs équatoriennes d'alors particulièrement belles dans leurs relations avec l'environnement. Ceci dit aujourd'hui encore les guerres sévissent et la peine de mort est toujours d'actualité dans des pays dits civilisés.

En annexe à cette exposition sont présentées de récentes découvertes en Amazonie occidentale équatorienne prouvant que se trouvent là aussi un autre berceau de civilisation.

Un peu plus loin sont exposées quelques photographies, de 1900-1930, rappelant la christianisation de ces peuplades, une christianisation qui est un épisode particulièrement triste dans leur histoire.

Personnellement j'ai toujours tanguer entre une 'philosophie naturelle' rappelant l'âge d'or, et une civilisation progressiste emprunte de justice ; deux civilisations qui pourraient n'en faire qu'une avec un peu d'intelligence.

C'est vraiment une chance de pouvoir ainsi voyager dans le temps et l'espace à travers cette exposition sur les Chamanes et divinités de l’Équateur précolombien, comme on a pu le faire pour d'autres sujets dans ce musée ces dernières années avec le fleuve Amour, les arts de Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Mayas, les Incas, etc.

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Merveilleuses & merveilleux