Interprétations

Les Petits-maîtres de la Mode

Un très ‘bon’ compositeur de musique, pour être apprécié, dépend entièrement de la personne qui l’interprète. On peut croire ne pas goûter un compositeur dont on écoute la production pour la première fois, du fait de la manière de la jouer du musicien que l’on écoute.

Il en va de même avec le gandisme… tout est dans l’interprétation. Les règles de la courtoisie, de la politesse et du bien-vivre en général, peuvent se transformer en d’affreuses choses dans certaines mains.

Un autre élément important est dans la capacité d’appréciation du récepteur. Tout est partage…

Finalement, dans tous les arts, dont celui de l’élégance, trois éléments sont nécessaires pour être pleinement savourés à leur juste valeur, les qualités de : composition, interprétation et jugement.

On peut ajouter d’autres facteurs, comme le moment : certains instants, époques… étant plus adéquats que d’autres pour apprécier… La relativité n’est pas seulement une théorie scientifique, elle est aussi une réalité de tous les instants.

Le gandisme est une affaire délicate… comme le gandin…

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La mesure

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La mesure de soi et des autres est la véritable distinction. Le gandin distingue… prend la mesure de ce qu’il est et de ce qui l’entoure.

La première des mesures de l’excellence est sans doute de se connaître soi-même… Comme on pouvait le lire sur le fronton d’un temple de Delphes en signe de salut : Γνῶθι σαυτόν (Gnauthi seauton), « Connais-toi toi-même », Nosce te ipsum en latin.

« Mesure », « ton », « mode », « gamme », « note », « composition », « rythme », « harmonie », « équilibre », « accord »… beaucoup de notions et de mots de l’élégance font aussi partie de l’univers de la musique. L’élégance est un art du rythme, de l’harmonie, de l’équilibre, de l’invention… et de la fantaisie… une belle musique… peut-être la plus belle… Elle est une science du rythme.

La mesure est aussi du sur-mesure. On ne peut pas être gandin sans porter des habits sur-mesure et de qualité. Il est impossible de l’être dans du prêt-à-porter, même s’il s’agit de marques. Le vêtement et la mode en général ne constituent pas un moule dans lequel le gandin se glisse ; au contraire, ce sont les vêtements et la mode qui se moulent à lui, à son corps et son âme : le gandin est son propre moule dans lequel il place les ingrédients du monde, comme le potier une terre choisie et travaillée pour en faire la plus belle des porcelaines.

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Rhétorique de l’élégance

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Écrire sur l’élégance ne veut pas dire obligatoirement être soi-même élégant, du moins selon l’entendement de tous. Le style est un choix qui s’exprime selon les possibilités, et l’écriture est particulièrement appropriée pour le manifester, le terme même de « style » venant du latin stilus : objet pour écrire, écriture, manière d’écrire…

Tout est une question de rhétorique, un art du verbe. L’Évangile selon Saint-Jean débute en formulant qu’« Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. / Elle était au commencement en Dieu./ Tout par elle a été fait, et sans elle n’a été fait rien de ce qui existe. / En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes, […] »

Lorsqu’Aristote écrit, dans sa Poétique, que le rythme, comme l’harmonie et l’imitation sont dans la nature de l’être humain, il exprime, je trouve, cette même réalité, car la parole est mouvement… La première chose que fait l’être humain, avant même de naître, est de bouger, n’est-ce pas ? Sa vie ne tient qu’au mouvement : les battements de son cœur… Sa respiration est le premier dialogue qu’il entame avec le monde.

À partir de ces impulsions, des univers se déploient, avec leur rhétorique, leur poétique, leur grammaire… Toutes les réalités ayant pour base une mesure du monde, aucune n’est plus vraie qu’une autre. Le mot « mesure » est joli, car il comprend les idées de dimension, décision, évaluation, précaution, disposition, limitation, modération, connaissance, rythme, et donc de création ou/et d’imitation selon le tempérament de chacun. Il n’y a pas de grand et de petit, de bon et de mauvais, mais des choix élaborés par rapport à ce qui est déjà présent. Alors, il n’existe pas non plus d’élégance ? « Être ou ne pas être », comme le fait dire Shakespeare à un de ses personnages. Nous sommes pourtant bien là… dans le verbe… tout en étant dans son illusion… Le verbe est illusoire, car il n’est que mouvement ; aucune réalité n’est intangible ; ce ne sont que des va-et-vient dans l’espace, sans fondement, ni but. Là se trouve le gandin : dans ce goût délectable. Pour lui, le rythme n’a de réalité que dans sa beauté, que dans le plaisir qu’il procure. C’est pour cette raison que la musique et la danse sont très appréciées des gandins de toutes les époques, tout comme, la pause, ce moment de grâce… de suspension dans le temps…

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Le gandisme

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Qu’est-ce que le gandisme ? C’est ce que je vais essayer de définir… peut-être, si tout se passe bien… dans des prochains articles, dont je ne connais pas encore le contenu… n’ayant pas même un plan d’établi… ni au moins une idée… ou juste une vague…

On appelle « gandin » (voir Les Petits-maîtres de la mode), au XIXe siècle, un genre d’élégant, de personnage qui aime se gaudir (se réjouir), l’équivalent du godin ou de la godine du Moyen Âge, un seyant mignon.

Se réjouir c’est aussi être bien dans son esprit, son corps, ses habits, son domicile, son entourage, sa vie, etc. C’est donc être « propre », au sens large et ancien du terme, beau, fin, soigné, urbain, aisé…  un kaloskagathos (voir Les Petits-maîtres du style) : une personne belle et bonne, aussi bien faite en apparence qu’en esprit… mais sans avoir peur de passer pour un cacouac (un individu mauvais faisant des couacs, c'est ainsi que certains appellent les philosophes des Lumières au XVIIIe siècle)… car qu’importe le jugement des méchants.

De la neglegentia diligens, une sorte d’empesage aisé, lui donne de la prestance, un air seyant, « ouvert et dégagé » comme on le dit au XVIIIe siècle. Il a de la tenue, une justesse de ton, une ‘droiture d’honneur’ emprunte de confort. Comme un poisson dans le scintillement  d’une eau claire et pure, il se laisse porter par l’art de sa tenue, de sa toilette, telle la précieuse dans son lit : de la ruelle où viennent se loger les esprits fins, comme sous l’Antiquité on discourait de pur plaisir sur des couches où le temps s’arrêtait… s’allongeait dans une sorte d’éternité… et dont certains de ces moments se poursuivent toujours depuis des siècles, comme le banquet où il est question de l’Amour, et où participe Socrate…

Le gandin ne parle peut-être plus le grec ancien ou le latin, mais s’exprime toujours en « bon françois », sachant allier les deux grandes notions du français : sa grammaire et la poésie, l’imitation la plus fine jointe à une invention toujours renouvelée.

Le gandin est aussi, sous la Seconde Restauration (de 1815 à 1830), un promeneur du « boulevard de Gand », une des parties du boulevard des Italiens à Paris, où les ‘émigrés’ viennent étaler leur élégance, obligés de fuir sous la terreur de la Révolution et de retour sous la royauté. Ils sont dans la suite des muscadins, sentant le musc, beaux et brillants d’or et de manières ampoulées, grasseyant, sautillant, minaudant, galantisant…, des petits-maîtres frondeurs de la Fronde (de 1648 à 1653), etc. Eux portent un immense chapeau haut-de-forme, sont maniérés…

Voilà pour se faire une idée…

Ci-dessous, cela pourrait être un auto-portrait…

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C’était mieux avant !

Cette assiette, d’une série sur la crinoline de Bordeaux (Johnston et Vieillard), datée entre 1845 et 1865, est particulièrement intéressante pour son sujet. Une vieille femme s’adresse à une jeune en crinoline en lui disant : « De mon temps tout était mieux qu’à présent. »

On pourrait se dire qu’il s’agit de l’éternelle rengaine confrontant l’ancienne génération à la nouvelle, les classiques et les modernes… Cependant cette image se place à une époque charnière pour la mode, au temps du commencement de ce que l’on appelle aujourd’hui « la haute couture » et « les grands couturiers ». Elle correspond aussi aux débuts de la mécanisation avec la machine à coudre, du prêt-à-porter et à l’expansion des grands magasins.

Une idée répandue, même chez les professionnels de la mode, est que c’est à ce moment que celle-ci se déploie véritablement. Si le prêt à porter et la mécanisation s’installent, la mode existe bien avant, et est beaucoup plus intéressante et même démocratique alors, car dans les mains de tous, au lieu de le devenir seulement dans celles de quelques grandes multinationales comme aujourd’hui. Lorsque cette vieille dame affirme, durant la Seconde République, que c’était mieux avant, ce n’est pas si caricatural que cela.

Je ne suis pas contre la modernité… au contraire… mais pas n’importe-laquelle. Il y a quelques mois de cela, en marchant dans Paris, j’ai vu l'affiche ci-dessous de la Une du Point (3 novembre 2016, n° 2304), avec ce titre : « Non ce n’était pas mieux avant ». Cela serait « L'enquête la plus subversive du moment ». Comme quoi !

Pourtant cela ressemble selon moi à du révisionnisme. On crée une fausse polémique avec ceux qui cherchent de belles choses et de bons exemples dans le passé, pour faire accepter ce qu'il y a de pire dans le présent et verrouiller le futur.

Voici quelques exemples qui montrent qu’il y avait beaucoup de choses mieux avant :

- Il n’y avait pas le nucléaire, épée de Damoclès sur la tête du monde;

- Il n’y avait pas les ‘continents’ de plastique (voir ici et ici) ;

- Les nanotechnologies n’existaient pas ;

- Parfois je me dis c’est que si une personne sautait du XVIIIe siècle dans le Paris d’aujourd’hui, la première chose qu’elle remarquerait c’est l’odeur de pollution ;

- De nos jours il y a une perte du goût au niveau de tous les sens ;

- On ne vivait pas sous une domination planétaire ;

- Il y avait moins de béton, de goudron, d'immeubles HLM ; les paysages n'étaient pas défigurés comme la plupart aujourd'hui en Île-de-France ; les méga-métropoles n'existaient pas ; les espèces animales et végétales étaient plus nombreuses et diversifiées ; la terre était plus respectée ;

- On ne consommait pas toutes les ressources planétaires et même plus ;

- Il n’y avait pas des tonnes de déchets dans l’espace ;

- La diversité existait alors… on ne vivait pas sous une même domination culturelle mondiale ;

- Etc. Etc.

Cela fait des dizaines d’années qu’en France on nous assène cette propagande : le nucléaire c’est bon, le diesel c’est bon, l’Union européenne c’est bon, les USA c’est la liberté, la religion ce ne sont que de gentils gens, les OGM c'est bon, et patati et patata... Et ce sont ces gens, le plus souvent payés par des multinationales ultra-riches, qui se disent « subversifs » !

« L’humanité est plus riche »… Tout dépend ce qu’on entend par « riche » !! En tout cas les écarts entre les plus riches et les plus pauvres se sont creusés.

« Plus libre et tolérante »… Dites-le à tous les intégristes qui s’affichent en France, aux politiques qui encensent des dictatures (République populaire de Chine, Arabie Saoudite…)... Même la France ou les États-Unis sont très loin d’être de véritables démocraties. Quant à l’Union européenne, elle s’est faite en dehors de toute démocratie. Est-il question de la liberté d'être manipulés par les médias, surveillés par des moyens de plus en plus sophistiqués pas seulement pour des raisons sécuritaires mais aussi commerciales (réseaux sociaux...), etc. ? Il est même question que le Gouvernement puisse puiser nos impôts directement dans notre compte-en-banque sans que l'on puisse s'y opposer !

« Mieux nourrie »… Par des multinationales qui font manger des ‘aliments’ remplis d’horreurs.

« Mieux éduquée »… Par la sous-culture.

« Moins violente »… Car les guerres aujourd’hui sont faussement dites 'chirurgicales'… depuis la première guerre en Irak… Et les dizaines de millions de morts de ces trente dernières années qu’on nous cache dans ces guerres ?

Etc. Etc.

Paris est devenue une véritable poubelle, comme la terre dans son ensemble. Et contrairement à autrefois où certaines zones étaient épargnées par les épidémies ou autres catastrophes, aujourd’hui c’est le globe en entier qui est pris en otage par ces êtres humains qui défendent l’indéfendable.

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Démocratie culturelle

La démocratie est le pouvoir donné aux citoyens. Cela ne peut fonctionner que si la majorité n’est pas corrompue, et que ceux-ci souhaitent le bien commun avant le leur. Si ce n’est pas le cas, ce gouvernement mène à la tyrannie, c’est-à-dire à une prise de pouvoir personnelle ou de quelques-uns, qui se justifie d’autant mieux que le peuple est relâché et dissolu. Déjà Platon l’écrit dans son ouvrage intitulé ultérieurement La République. Ces pouvoirs totalitaires peuvent tout d’abord s’affirmer en tant que supérieurs, d’une supériorité morale, intellectuelle, spirituelle ou autre, comme le font les religions, certaines organisations, etc. Cet état de fait n’est pas nouveau. Quand la base est corrompue, ces puissances ont d’autant plus de facilité à émerger et se maintenir… Elles s'appuient même sur cela, comme aujourd’hui. Quel est le gouvernement idéal ? C’est le gouvernement sur soi-même : Être maître de soi, libre et responsable. Cette appréhension de la liberté et de la responsabilité individuelles passe par l’éducation et la culture.

Les institutions culturelles ont donc un rôle majeur à jouer. Pour cela, elles doivent être libres, c’est-à-dire en dehors de contraintes idéologiques, d’argent ou autres. L’excellence doit être leur objectif et la démocratie leur socle. Aujourd’hui, cela est loin d’être le cas.

Prenons l’exemple des musées. Ceux-ci sont en partie dirigés par des conservateurs, qui ne sont pas supposés être des imbéciles, mais au contraire des gens pointus dans leur domaine, passionnés et, comme leur nom l’indique, préoccupés par la conservation du patrimoine culturel. On pourrait croire que ces instances fonctionnent donc merveilleusement. Seulement voilà, la démocratie y étant inexistante, ce n’est pas le cas.

Le Musée du Louvre est en cela aujourd’hui exemplaire. Toutes les grandes décisions le concernant sont prises par seulement quelques dirigeants et surtout par des pouvoirs qui lui sont extérieurs, comme les gouvernements. C’est ainsi qu’on été prises des résolutions aberrantes comme la création du Louvre Abu Dhabi, l’externalisation des réserves du Louvre à Pétaouchnok (en l’occurrence à Liévin), la création d’un grand centre commercial en son sein, le saccage de ses bâtiments, etc.

Quand je dis que les bâtiments du Louvre ont été saccagés, c’est à peu près le cas pour la plupart des musées et bibliothèques installés dans des édifices anciens ‘modernisés’ (on dit généralement ‘rénovés’ pour faire passer la pilule), ce qui consiste souvent en un massacre… Il arrive même, et les exemples sont nombreux, qu’on ne laisse subsister que les façades. Il peut sembler étrange que des conservateurs et autres personnes en charge de notre patrimoine laissent ainsi détruire ce patrimoine. La démocratie culturelle étant inexistante, ils ne semblent pas avoir leur mot à dire. Le problème est peut-être aussi dans la formation de ces personnels. Sont-ils choisis pour leur excellence, leur liberté et leur responsabilité ? Je le répète, ce qui fait la démocratie, ce sont les gens avant les structures.

Certains diront que la démocratie est une utopie, que la majorité des êtres humains n'a pas cette volonté virile d'être libre et responsable. Dans ce cas, il n'y aurait pas d'autre choix que d'instituer une aristocratie dirigeante, comme le suggère Platon. Celle-ci se caractériserait alors par ses résultats, apportant la paix, la liberté, la solidarité, la sécurité, l'égalité, etc. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

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Concours Mondial des Fleuristes

Alors que Paris vient de recevoir l’attribution des Jeux olympiques 2024, qui espérons-le ne creuseront pas le déficit de cette ville (les Jeux olympiques c'est tout de même mieux que de regarder courir les millionnaires en culotte courte du Mondial de football et ses orgies d'argent), il est une compétition beaucoup plus modeste dans l’âme et ravissante dans son expression, celle du Concours Mondial des Fleuristes ! Elle a eu lieu les 24 et 25 septembre derniers.

Elle comprenait sept épreuves mettant en scène la dextérité et le goût des fleuristes en compétition.

Grand amoureux des fleurs sauvages, j’aurais aimé qu’elles fussent davantage mises en valeur. Plus que jamais, il est important de mettre en avant les espèces poussant près de nous, de ce jardin naturel qu’est la nature.

J’espère aussi que l’année prochaine cette rencontre se déroulera dans un lieu plus naturel que le Centre international des congrès de Tours, cette ville des bords de Loire,  surnommée « Jardin de France » depuis le XVème siècle,  étant dans une région particulièrement jolie et possédant sans doute de merveilleux jardins.

Photographie © Benjamin Dubuis, Concours mondial des fleuristes.

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Le deux-centième anniversaire des Beaux Arts de Paris, ou Comment préparer son déménagement.

Cette année, les Beaux-Arts de Paris ont deux-cents ans. Le lieu est lui-même beaucoup plus ancien. Pour l’occasion, il aurait été déclaré « Musée de France ». Son directeur actuel veut l’ouvrir au public, et en faire en partie un musée.

Cet endroit est dans un état déplorable et mérite d’être restauré. Son directeur souhaite la « valorisation de ses bâtiments », de les « restaurer » et « moderniser ». Mon expérience m’a montré ce qu’à Paris on appelle valoriser, restaurer et moderniser des monuments anciens. Généralement cela signifie destructions, bétonnage, des aménagements dans l’esprit du temps (faire circuler…)... en deux mots ce que j’appelle de l’« architecture RER ».

Comme le dit ce communiqué : Les Beaux-Arts de Paris ont été « au centre de la vie intellectuelle et artistique parisienne » : « ici, depuis 200 ans, bat le cœur de la Cité, de ses mouvements et débats artistiques, culturels, intellectuels et politiques. » Ouvrir cet endroit au public ne me semble pas du tout aller dans ce sens. Créer un « espace muséal » en son sein, n’est-ce-pas modifier sa destination ? Paris a-t-il besoin d’un nouveau musée ? Surtout là, en face du Louvre !

Les Beaux-Arts sont un lieu d'apprentissage et de création. Il ne doit pas devenir un énième Disneyland culturel. L’aménager pour l’extérieur, c'est un peu comme ouvrir la Sorbonne aux touristes. Cela dévitalisera l’endroit. Déjà que le centre de Paris l'est de plus en plus (voir ici). Mis à part la ‘modernisation’, cela implique aussi une surveillance accrue, un service d’ordre systématique qui ne correspond pas à la mentalité des Beaux-Arts... Et puis je ne vois pas du tout ce que cela va apporter à ses étudiants à qui cet établissement était entièrement dédié jusqu’à présent. N’oublions pas que son véritable nom est École nationale supérieure des beaux-arts. C’est une école ! Pas un musée !

Comment vont se passer les restaurations ? Lorsque j’ai visité l’amphithéâtre restauré des Beaux-arts, la première chose qui m’a frappé c’est son aspect neuf. Je cherchais l’âme du lieu sans la trouver. Même le parquet n’avait aucune trace de pas, comme s’il était totalement refait, ce qui est peut-être le cas.

Franchement, créer un « espace muséal » au sein des Beaux-Arts, cela ne fait réagir personne ? S’ils ont besoin d’être aménagés, cela devrait être pour ses étudiants qui y sont ‘parqués’ parfois dans des conditions déplorables.

On est très loin de l’esprit de La Childebert (voir le livre sur Les Petits-maîtres de la mode) ou de mai 1968, pour lequel l’actuel directeur aime à rappeler la contribution des Beaux-Arts. En touchant aux Beaux-Arts, c’est à tout à un quartier que l’on touche, à son âme. Veut-on vraiment que cet endroit devienne un nouveau piège à touristes ?

Comme me le faisait remarquer un ami : « On peut se demander si tout cela ne cache pas en fait un projet de déménagement de l'école », un sujet qui est, selon lui, évoqué déjà depuis de nombreuses années. Vous pouvez imaginer le barouf que cela créerait dans les 6e et 7e arrondissements de Paris, qui sont imprégnés depuis des siècles par l’art et qui vivent en particulier au rythme de celui-ci et de ses galeries d’art contemporain et de ses antiquaires. Le faire serait mettre à mort définitivement le centre de la capitale qui perd progressivement toutes ses institutions : l’Hôtel-Dieu, le Palais de Justice, la Monnaie…

Si le tourisme véhicule de l'argent, il n'apporte aucune autre richesse... Et il y en a beaucoup de différentes. Un tourisme effréné génère plus de misère qu'autre chose. Et puis où irait cet argent ? Le Louvre, qui voit chaque jour des milliers de visiteurs parcourir ses galeries, en avait-il besoin pour en demander aux Émirats ? Si on enlève l’intelligence, la vie, l’art en mouvement, il ne reste plus que la mort et la désolation. L’argent n’est pas une fin en soi, c’est un outil. Est-ce ce genre de mentalité que les Beaux-Arts de Paris doivent véhiculer, une mentalité que depuis des siècles et jusqu'à Mai 68 ses étudiants appelaient « bourgeoise » ? Je le répète, pourrait-on songer que la Sorbonne s’ouvre aux touristes ? Alors pourquoi les Beaux-Arts ?

Faire de Paris, en particulier son centre, un Disneyland culturel, va accentuer son dépérissement. Je viens de lire un article de La Gazette des communes sur le déclin des centres villes (voir ici). Malgré ce qu’en dit celui-ci, les grandes villes sont aussi très touchées, même si cela ne se voit pas car les petits et ‘moyens’ commerces ont été remplacés par des enseignes internationales… jusqu’aux cafés et restaurants. Certaines communes ont décidé d’agir en interdisant ces grandes enseignes dans le centre ville, ce qui est loin d’être le cas à Paris, où même le Louvre en est rempli. Une association d’élus réclame : « que l’État montre l’exemple en arrêtant la délocalisation des administrations dans des zones périphériques. » Envisager le centre de Paris, et même toute la ville intra-muros, comme un piège à touristes, en affaiblissant, délocalisant ou supprimant ses institutions et administrations, notamment culturelles, ne fait qu’annoncer le déclin de la capitale française, et non pas sa renaissance.

Déjà qu’aujourd’hui il faut mettre entre parenthèses le terme « Beaux », bientôt ce sera tous les « Beaux-Arts » qui le seront.

Photographies ci-dessous de plâtres de statues anciennes se trouvant dans les sous-sols des Beaux-Arts.

Diverses photographies ci-dessous des Beaux-Arts. J'ai pris récemment toutes les photographies de cet article.

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Paris sous l'eau ?

Cela fait longtemps que l'on nous dit qu'une importante inondation est à attendre dans la capitale. Cependant on bâtit toujours plus profondément dans le sol et parfois à côté de la Seine. On construit sous des bâtiments très anciens plusieurs étages en sous-sol. Presque sous tous les musées et bibliothèques parisiens, même ceux logés dans des monuments les plus prestigieux, on a creusé pour y mettre des salles et le plus souvent leurs réserves. D'autres lieux anciens privés à Paris ne reposent aujourd'hui que sur du béton, comme l'Hôtel Crillon, du XVIIIe siècle, auquel on ajoute toujours plus d'étages en sous-sol pour y mettre des garages, piscines et autres.

Deux endroits sont exemplaires en ce sens, et ont tous deux eu des problèmes d’inondations ces dernières semaines : Le Louvre et la BNF rue de Richelieu.

Dans les années 1980-1990 (ce n'est pas si vieux que cela) le Louvre a été entièrement éventré, de même qu'une partie du jardin des Tuileries, pour y installer des garages, boutiques, réserves, salles d'exposition, et autres joyeusetés (salles de projection, de conférence, d’événement, etc.), tout cela à côté de la Seine ! Dernièrement, ce musée a été touché par des inondations. J'en ai parlé dans cet article. Ce qui me fait réagir aujourd'hui, c'est la lecture de celui de La Tribune de l'Art, qui nous explique qu'on ne nous dit pas tout. Cela n'est pas étonnant, la démocratie a déserté les instances culturelles publiques et est inexistantes dans les privées.

On apprend aussi dans cet article, qu'après l’inondation causée par une climatisation à la Bibliothèque nationale de France (voir ici), rue de Richelieu, cette même année, une autre a eu lieu dernièrement, à cause de la pluie, touchant notamment une centaine de manuscrits médiévaux. C'est grave non ? L'article sur ce sujet (voir ici) n'est visible entièrement que pour les abonnés de La Tribune de l'Art... Mais il faut bien vivre... Moi je survis à peine avec mon blog sans rien gagner du tout. Mais pour en revenir à la BNF rue de Richelieu : Elle se trouve à quelques centaines de mètres de la Seine, et malgré cela on a encore creusé récemment dans ses sous-sols ou modernisé ceux-ci pour y mettre de prestigieuses réserves... à plusieurs mètres en dessous du niveau du fleuve (il doit y avoir quatre étages en sous-sol) ! La mairie de Paris ne considère cependant pas qu'elle soit en zone inondable comme on le constate sur le plan des zones inondables à Paris visible ici. Acceptons-en l'augure.

Ce qui est remarquable, et que l'article de M. Didier Rykner soulève, c'est l'omerta qui règne dans beaucoup d'institutions culturelles publiques françaises, dont son site donne régulièrement des exemples. Alors que ce que j'appelle l’architecture RER prône la transparence, et que pour cela on détruit des bâtiments anciens remarquables pour dégager l'espace, faire rentrer la lumière, permettre la circulation... la désinformation et l'obscurantisme régentent. Non seulement la démocratie disparaît dans ces instances, mais aussi l'information et même la concertation, comme pour les réserves du Louvre installées à Liévin sans que la plupart des conservateurs soient d'accord et même sans les avoir consultés.

Photographie, de la grande crue de la Seine de janvier 1910, provenant de la collection personnelle de Claude Shoshany et numérisée par ses soins. Domaine public : https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4144550

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Patrimoine culturel ? Architectures RER encore et encore… Désaffection du patrimoine public au profit du privé encore et encore...

Je viens de recevoir le message électronique ci-dessus, concernant le prochain Salon international du patrimoine culturel. La photographie dit tout. Le « 57 Métal » est un bâtiment d'architecture industrielle d’un constructeur automobile français, édifié dans les années 1980 à Boulogne-Billancourt. Voilà ce que depuis quelques dizaines d’années nous réserve l’architecture française.

Cette volonté d’introduire l’architecture récente, celle que j’appelle « l’architecture RER », dans le domaine du patrimoine, était déjà présente dans le Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine, devenue loi en juin 2016 : dans son titre II intitulé « Dispositions relatives au patrimoine culturel et à la promotion de l’architecture ».

Ce Salon international du patrimoine culturel est organisé par Ateliers d’Art de France qui est un « syndicat professionnel des métiers d’art ». Je rappelle que « Le patrimoine culturel se définit comme l'ensemble des biens, matériels ou immatériels, ayant une importance artistique et/ou historique certaine. » On est censé être dans l’art et dans l’histoire. Ce n'est pas vraiment le cas avec cette manifestation qui ne traite que d'artisanat d'art, malgré son titre général de « Salon international du patrimoine culturel ».

Les mécènes sont :

- La Fondation pour les monuments historiques, qui fait partie de la Fondation de France, un organisme privé créé en 1969 sur le modèle américain ;

- Sites & Cités remarquables de France, une association loi de 1901 ;

- La Fondation du Patrimoine, un organisme privé, dont je parle dans ces articles : Fondation du patrimoine : Le patrimoine de villes entières ‘offert’ à une fondation privée et Les jeudis du mécénat, ou comment le service public culturel organise son retrait, ou cet autre article concernant un stupéfiant décret du 3 novembre 2016 (Décret n°2016-1487) « relatif à l'affectation à la Fondation du patrimoine d'une fraction du produit des successions appréhendées par l’État à titre de déshérence ». Pour information et afin de mettre à jour le premier article, après avoir présidé cette fondation pendant douze ans, Charles de Croisset a été remplacé en avril 2017 par Guillaume Poitrinal, un spéculateur immobilier et un financier qui a commencé sa carrière chez Morgan Stanley, une banque américaine. Il est notamment le fondateur du fonds Icamap, un fonds d'investissement destiné à favoriser la croissance des sociétés foncières (sociétés commerciales créant, gérant et exploitant des portefeuilles immobiliers) de petites et moyennes tailles en Europe. Jusqu’en 2013, il était le président du directoire d'Unibail Rodamco, le premier groupe coté de l'immobilier commercial en Europe.

Dans le message, rien provenant du Ministère de la Culture français, qui ne fait que se désengager progressivement de toutes ses responsabilités, au profit d’organismes privés.

Voilà ce qu’est déjà notre présent, et ce que nous réserve notre futur.

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Environnements naturels

Les articles sur la perte de notre environnement naturel sont de plus en plus nombreux et correspondent à la réalité sur le terrain. Dans ce blog, j'ai écrit plusieurs articles sur mes promenades dans les forêts d’Île-de-France. J'ai aussi plusieurs fois exprimé la tristesse, voire l'horreur, que suscite en moi l'expansion toujours grandissante du béton et du goudron. Pour les personnes qui s'intéressent à l'architecture, on la lit dans les paysages d'année en année, en particulier à partir des années 1970 jusqu'à aujourd'hui.

J'en parle après la lecture de cet article : Quelles sont les intentions du gouvernement pour agir contre les causes du déclin de la vie sauvage ? Dans ma dernière promenade, j'ai pu constater qu'à côté de la gare d'où je suis parti, qui se trouve près de la Seine, il y avait de nombreux espaces naturels et des terrains vagues où grouillaient des espèces végétales diverses ; en à peine deux ans tout cela a été détruit par la construction d'immeubles 'modernes'. Et lors de ma promenade, j'ai pu me rendre compte qu'après le bétonnage et le goudronnage, la dernière touche était donnée par des ouvriers municipaux enlevant méticuleusement les dernières petites herbes sauvages encore présentes dans les recoins.

Ce ne sont pas les lois pour la biodiversité qui empêcheront réellement cela. C'est mieux que rien, mais vraiment pas grand chose. Des 'mesures d'annonce' comme on dit. La situation est catastrophique. Lors de ma dernière promenade, alors que j'étais en plein milieu d'une forêt de plus de trois mille hectares, j'entendais des sirènes. J'en ai compté onze différentes s’étalonnant sur toute ma promenade dans cette forêt, sans compter les bruits d'avion, etc.

Dans un autre article, j'ai dernièrement lu que les espaces agricoles ont continué de rétrécir ces derniers mois. Déjà que l'agriculture industrielle a immensément appauvri la biodiversité ainsi que les sols et pollué l'eau, même les espaces de terre se réduisent. Je n'ai pas retrouvé cet article, mais en voici d'autres : L’urbanisation avale la surface agricole d’un département tous les 6 ans, Chaque seconde, 26m² de terres agricoles disparaissent en France.

Ci-dessus à gauche, photographie de fleurs de la plante appelée « pulmonaire », qui est bonne pour les poumons.

Ci-dessous, photographie d'un chevreuil que j'ai prise au mois de mai de cette année dans une forêt d’Île-de-France.

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Les papiers peints et autres panoramiques de la Maison Züber au Château de Preisch

Autrefois, on était beaucoup plus délicat avec les murs des pièces des maisons. On ne se contentait pas, comme souvent aujourd’hui, de les badigeonner d’une peinture monochrome.

Depuis la haute Antiquité, on les couvrait de peintures murales ; pratique qui s’est poursuivie pendant tout le Moyen Âge. On les parfumait même ! À partir du XVe siècle et jusqu’à la fin du XVIIIe, la mode était davantage aux grandes tapisseries murales. Au siècle des Lumières, le papier peint était aussi très en vogue, et cela encore jusqu’aux années 1970. Aujourd’hui c’est différent, et je ne vais pas approfondir la question… Car, si je vous dis tout cela, c’est pour annoncer une visite, ce dimanche 3 septembre, de papiers peints de la Maison Züber, au Château de Preisch qui conserve plusieurs pièces recouvertes de tels exemples, dont certaines seront ouvertes spécialement pour l’occasion. Plus d’informations disponibles ici.

Voir aussi cet article, dans lequel j'omets de dire que le papier peint existait en Extrême Orient, bien avant d'arriver en Europe.

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La peinture française des XVIIe et XVIIIe siècles en partie bannie du Louvre

Je voulais écrire un article dans ce blog, sur les peintures françaises du XVIIe siècle de paysages aux lumineuses teintes et celles du XVIIIe siècle de natures mortes, se trouvant au Louvre. Chaque fois que je vois un beau lever ou coucher de soleil dans la nature, je pense à un tableau de Claude Gellée dit « le Lorrain » (1600 - 1682). Et des moments simples de la vie coutumière me rappellent parfois des peintures mortes, comme celles de Jean-Baptiste Chardin (1699 - 1779), d'où se dégagent une goûteuse paix et une profonde et saine méditation. Ces deux artistes connus en cachent beaucoup d'autres de leur époque, admirables dans ces compositions.

Je me rappelais avoir été émerveillé par des exemples exposés au Louvre. J'y suis donc allé dernièrement afin de revivre ces moments de grâce. Me renseignant à l'accueil du musée sur l'emplacement de cette section, j'appris que toute celle-ci était amputée, suite à l'eau s'étant déversée sur Les Saisons de Nicolas Poussin (1594 - 1665). J'appris aussi que la plupart des tableaux français des XVIIe et XVIIIe siècles sur mon sujet avaient été enlevés, cela jusque sans doute la fin de l'année, et que seuls ceux de Poussin avaient été déplacés. Je pensais donc que le dégât des eaux avait été important, mais appris sur place qu'en fait, ces tableaux avaient été placés en réserve à cause d'une invasion d'insectes.

Cette mauvaise nouvelle m'a laissé quelque peu dubitatif. Pourquoi maintenir ainsi amputée toute une section de l'histoire de la peinture française sans songer à la remplacer par d'autres tableaux ? Comment cela se passera-t-il quand les réserves du musée seront déménagées à Liévin  ? À chaque problème de ce type, les œuvres seront-elles envoyées là-bas ?

Les murs laissés vides m'ont rappelé combien le Louvre avait été défiguré depuis les années 1980. Sur le dernier étage, où se trouve cette section, jusqu'aux étages en dessous, il ne reste presque plus rien du palais originel. On est en plein dans ce que j'appelle « de l'architecture RER », avec ses escaliers roulant, ses ascenseurs, toilettes et autres commodités, et ses murs sans âme. Je me suis aussi demandé pourquoi on a creusé frénétiquement en dessous de ce musée pour y installer des salles, garages, boutiques... alors qu'on sait que tout cela est en zone inondable. Du reste il en est de même pour la Bibliothèque nationale rue de Richelieu, dont les bâtiments anciens sont en train d'être ravagés par ces soit-disant restaurations, et dont plusieurs étages de conservation sont en sous-sol.

Alors que je cherchais l'inspiration et la paix de l'esprit dans la couleur et la dextérité de chefs-d’œuvre de la peinture française des XVIIe et XVIIIe siècles, je me suis mis à nouveau à broyer du noir et à maugréer dans cet article. L'inspiration est une chose très importante. Pour qu'elle surgisse, elle a besoin d'un environnement qui la suscite un minimum. Et dans notre environnement pollué à tous les niveaux, ce n'est pas évident d'entrevoir la Muse !

Sur l'administration du Louvre voir aussi cet article, celui-ci ou celui-ci, parmi d'autres dans ce blog.

Photographies ci-dessous :

Si, si... on est bien au palais du Louvre, dans une partie ancienne !

Couloir communiquant vers les peintures.

Non, non, ce n'est pas cela que l'on nomme « un parquet à la française ».

Franchement, en quoi cela ressemble-t-il à un palais ancien ?

Là on est à l'étage en-dessous, car pour accéder à l'endroit il faut désormais faire un détour.

J'y suis !

Je me barre !

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Mouvements culturels

Je vais me promener régulièrement en forêt d’Île-de-France. Dans la voiture du RER, souvent je me retrouve l’un des rares et même parfois le seul à ne pas avoir une origine d’Afrique noire. Dans certains endroits de banlieue, j’ai constaté ce changement presque d’une année sur l’autre.

Il m’est aussi coutumier de voir dans le compartiment une ou plusieurs femmes voilées. Dans les années 1980, à Paris, il n’y en avait aucune… ou j’en apercevais peut-être une tous les deux mois. Aujourd’hui, dès que je sors de chez moi j’en rencontre énormément.

Un autre phénomène culturel impressionnant, c’est la place qu’a pris l’anglais dans les publicités et la vie courante. Tout le temps des mots anglais sont utilisés à la place de mots français qui existent. Il n’est pas rare, dans les rues de Paris, que des gens m’accostent directement en anglais, sans une amorce en français… pas un « bonjour » ou un « excusez-moi »… comme si la France était un pays conquis… ce qui est peut-être le cas…

Il s’agit là véritablement de phénomènes culturels contemporains. Je suis particulièrement sensible à tout cela, car depuis près de quinze ans je ne sors presque plus de l'Île-de-France, dégoûté des mouvements de foules absolument absurdes et déraisonnables, la plupart faisant de toute la planète leur terrain de consommation.

Prendre le RER est pour moi un exercice de grande solitude, surtout que l’organisation y est de plus en plus calamiteuse, et que si on regarde par la fenêtre on voit de nombreuses nouvelles constructions, toutes se ressemblant, dont certaines se prétendent ‘écoresponsables’, déployant leur béton et goudron, comme une épidémie… sans compter les bidonvilles qui se répandent toujours plus. Dans les années 1980, il n’y en avait plus du tout, l’épisode de l’abbé Pierre de l’hiver 1954 ayant permis de prendre conscience de la nécessité de leur éradication.

Un autre phénomène culturel… ou plutôt social important, est la place du téléphone mobile dans la vie courante. Pour ma part cela fait de nombreuses années que je n’en utilise pas. Quand j’en avais un, il y a de cela plus de huit ans, je ne m’en servais de toutes les façons presque jamais. Dans la rue, partout des gens parlent à leur téléphone, dans toutes les langues et pianotent sur des instruments dominés par l'industrie 'américaine' (des multinationales) répandant son nivellement et sa domination…

Comment la culture française peut-elle se maintenir, alors que s’ajoutent à ces mouvements culturels une horreur intellectuelle et une offense à la raison chaque jour grandissantes ?

Au sujet de la photographie : Savez-vous qu’en Amérique du Nord, Amérindiens et Français vivaient en harmonie, avant que les Anglais veuillent prendre la place ? Ils partageaient leurs connaissances, faisaient du commerce ensemble, et beaucoup de Français devinrent Amérindiens, prenant leurs coutumes, se mariant en leur sein, etc. Ces deux peuples s’unirent même contre l’invasion des armées anglaises. Par exemple, il y eut au XVIIIe siècle une alliance franco-indienne centrée sur les Grands Lacs et l’Illinois, un lieu immense et d’une grande beauté (on donna même le nom « Acadie », Arcadie, à une autre de ces régions découvertes par les Français), qui rassembla les Sioux, Potawatomis, Abénaquis, Menominees, Ottawa, Winnebagos, Hurons-Peton, Mississaugas, Illinois… Et oui, il est possible de s’aimer : de partager !

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Pourquoi, plus que jamais, est-il important de prendre soin de la culture ?

Nous faisons avec ce qu’on nous a légué. Ceux qui nous suivront, feront avec ce qu’on leur a laissé. C’est pour cela que prendre soin de ce que la culture de ce pays nous a transmis de meilleur est important. D’autant plus, qu’à notre époque que couvre un impérialisme mondial dominé par la dématérialisation, l’anglais comme langue générale et une poignée de religions, même les cultures importantes comme la française sont très malmenées. Comme on le sait aussi, lorsque les empires s’effondrent, ils éclatent en de multiples petits morceaux. Alors que les institutions françaises garantes des libertés sont progressivement démantelées et le visage de ce pays changé de fond en comble, il est important de garder des bastions de culture, comme l’ont fait d’autres cultures auparavant, elles aussi envahies… Ne serait-ce que pour remettre aux générations futures quelque chose ayant une valeur véritable. Après... ce qu'elles en feront sera une autre histoire...

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Architectures RER suite

Voici un article de La Tribune de l'Art très intéressant, à classer dans le dossier 'Architectures RER', avec un nouvel exemple du service public détruisant petit à petit son patrimoine, cette fois à Perpignan. Il est insensé que des gens supposés conserver, défendre et transmettre le patrimoine le détruisent ainsi. Et les exemples sont multiples en ce début de XXIe siècle finalement très barbare.

Photographies ci-dessous : AVANT - APRÈS (photographies Didier Rykner).


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Dior du rêve au cauchemar

De plus en plus d’expositions temporaires de musées publics dédiés à l’histoire de la mode ressemblent à des réclames pour des maisons de couture actuelles. En voici quelques exemples parmi d’autres ces dernières années (du coup moi aussi j'en parle !?!!) : Balenciaga (avril – octobre 2012 et mars – juillet 2017 au Musée Galliera à Paris, avril – septembre 2015 au Musée de la dentelle et de la mode de Calais et de mars à juillet 2017 au Musée Bourdelle à Paris), Lanvin (mars à août 2017 au Musée Galliera), Azzedine Alaïa (septembre 2013 – janvier 2014 au Musée Galliera), Iris van Herpen (juin 2013 – avril 2014 au Musée de la dentelle et de la mode), Carven (janvier – juin 2002 au Musée Galliera), Givenchy (juin – décembre 2017 au Musée de la dentelle et de la mode), Jean-Paul Gaultier (avril – août 2015 au Grand-palais de Paris). Le Musée Galliera fait même la promotion du groupe de presse américain Condé Nast dans une exposition de mars – mai 2014 ! Ce musée, qui est un de ceux sur lesquels la Mairie de Paris a le plus investi pécuniairement ces dernières années, se fait le spécialiste de ce genre. En tout cas ce n'est pas moi que l'on pourrait soupçonner de recevoir des valises de billets de banque !!

Certaines de ces expositions font le tour du monde !

La maison Dior fait aussi discrètement sa publicité dans des musées publics, en ce moment et jusqu’au 1er octobre 2017 au Musée international de la parfumerie de Grasse et du 5 juillet 2017 au 7 janvier 2018 aux Arts Décoratifs de Paris. Je ne voulais pas parler de tout cela, car j’en ai franchement marre de me faire écho de ce fatras. Cependant, j’ai reçu deux messages de la maison Dior, l’un sur son exposition aux Arts déco : Christian Dior, couturier du rêve, et un autre qui finalement me fait réagir (cliquer ici), où là c'est plutôt le cauchemar non ? La mode vestimentaire française vit sur son patrimoine et son prestige tout en les détruisant... mais jusqu'à quand ??

C’est bien que ces entreprises marchent. Et puis je n’ai pas à dire ce qui est bien ou pas en ce qui concerne la mode vestimentaire. Ce qui me gêne, c’est que des musées publics de la mode oublient trop souvent ce qu’est véritablement la mode et son histoire, et qu’ils aident les entreprises qui en ont le moins besoin. La mode est une chose bien plus complexe et riche que le prêt-à-porter peut nous le laisser croire. Je dis « prêt-à-porter » car la haute-couture n’existe plus. Les maisons dites de « haute couture » font du prêt-à-porter, et sont souvent de véritables sociétés faîtières internationales, regroupant des participations dans diverses sociétés, comme la maison Dior qui comprend des entreprises de parfums (du temps même de Christian Dior), cosmétiques, bijoux, maroquinerie, vins, spiritueux, etc. Quant à LVMH, qui aurait acheté dernièrement cette 'maison' pour 6,5 milliards d'euros, c'est une multinationale.

PS : Je viens d'apprendre que le directeur du Musée Galliera vient de rejoindre le privé, devenant directeur artistique d'une entreprise française internationale de chaussures de luxe. On comprend mieux ses ambitions et pourquoi ce musée, ces dernières années, a été la vitrine des fabricants de 'haute-couture', et n'a proposé presque que des expositions sur la mode vestimentaire du XXe siècle, laissant de côté tous les siècles précédents, pourtant beaucoup plus productifs et créatifs.

Depuis 2002, sur 28 expositions organisées par le musée Galliera seulement 6 ont présenté des costumes d'avant la fin du XIXe siècle (voir ici), et toutes ne parlent presque qu'exclusivement de costumes, alors que la mode c'est aussi bien d'autres choses (musiques, manières, moeurs, danses nouvelles, etc.). Voici les expositions organisées par ce musée ces quinze dernières années :
- Costumes espagnols entre ombre et lumière (XVIIIe - XXe)
- Dalida, une garde-robe de la ville à la scène
- Balenciaga, l'oeuvre au noir
- Anatomie d'une collection (couvrant du XVIIIe s. à nos jours avec un hommage rendu à Sonia Rykiel).
- La Mode retrouvée (sur la comtesse Greffulhe : 1860 - 1952)
- Jeanne Lanvin
- Fashion Mix
- Les Années 50
- Papier glacé (Condé Nast de 1918 à nos jours)
- Roman d'une garde-robe (début XXe)
- Alaïa
- 1931, face-dos-profil
- Paris Haute Couture
- Mannequin - le corps de la mode
- Cristóbal Balenciaga, collectionneur de modes
- Comme des Garçons White Drama
- Le XVIIIe au goût du jour
- Madame Grès, la couture à l'œuvre
- Sous l'Empire des crinolines (1852 - 1870)
- Les Années Folles 1919 - 1929
- Gallierock
- Showtime, le défilé de mode
- Modes en Miroir, la France et la Hollande au temps des Lumières (XVIIIe siècle)
- Sylvie Vartan, Revue de mode
- Ouverture pour inventaire (du XVIIIe siècle à nos jours)
- Marlène Dietrich, création d'un mythe
- Henry Clarke, photographe de mode
- Madame Carven, Grand Couturier

Faut-il rappeler que la mode existe depuis la plus haute Antiquité, et que le terme même a, depuis son origine romaine, à peu près la même définition qu'aujourd'hui ? La mode ne naît pas, comme l'ont dit certains conservateurs contemporains de musées, avec la haute-couture et le prêt-à-porter, à la fin du XIXe siècle. Au contraire, ceux-ci marquent la fin du sur-mesure pour tous et des fabrications 'maison', et donc d'une création bien plus démocratique car dans les mains de tous. Ils sont aussi les témoins de la fin des fabrications françaises au profit d'une industrialisation internationale de la mode vestimentaire. De nos jours, les vêtements dits 'fabriqués en France' n'ont souvent que l'étiquette qui l'est véritablement ! Dans la mode, comme pour le reste, nous sommes en France dans le façadisme.

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Nouvelle exposition au Musée international de la chaussure

Depuis le 10 juin et jusqu’au 7 janvier 2018, le Musée international de la chaussure de Romans-sur-Isère, dans le département de la Drôme, propose l’exposition À vos pieds, qui « emmène pas à pas [le visiteur] à la découverte de paires issues de tous les continents, du XVIe au XXIe siècle »…

Photographies ci-dessous de gauche à droite : Chopine du XVIe siècle, chaussure mandchoue et escarpin du XXe siècle. Photographies provenant du site du musée. Les échelles ne sont pas respectées. Même en étant à nos pieds, les chaussures peuvent faire prendre de la hauteur !

 

 

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Merveilleuses & merveilleux