Tendre porcelaine de Saint-Cloud, Des formes et des usages au XVIIIe siècle.

Un peu de tendresse cela ne peut faire que du bien... même s'il ne s'agit que de porcelaine... Mais il est question aussi de beauté, de savoir-faire, de délicatesse, de finesse, de recherche de perfection... à savourer dans l'exposition Tendre porcelaine de Saint-Cloud, Des formes et des usages au XVIIIe siècle, au Musée des Avelines (Musée d'Art et d'Histoire de Saint-Cloud), jusqu'au 19 mars 2017 ! L'entrée est libre !

La porcelaine de Saint-Cloud (comme la porcelaine du XVIIIe siècle en général) marque les arts décoratifs. Ses productions sont un témoignage encore très vivant de l'épopée de la porcelaine en Occident et d'un savoir-faire aussi bien artistique, technique que commercial acquis dans des difficultés que l'on ne peut même soupçonner, à notre époque où l'on peut fabriquer des objets en les photocopiant et où les marchandises parcourent le monde à des vitesses parfois vertigineuses.

Cette exposition nous offre à contempler deux cents pièces de  porcelaine  tendre  produites à la  manufacture  de  Saint-Cloud  entre 1695 et 1766, avec des exemples provenant du musée et pour la majorité  issus de prêts. Elle nous explique leur naissance, son inspiration, le caractère innovant de cette céramique avec la création de formes originales amenant ou issues d’usages naissants et tout un vocabulaire ornemental novateur. Ce nouvel art de vivre nous est révélé à travers des sections consacrées à la table, au service des boissons chaudes, aux objets de toilette et de 'bagatelles', aux vases d'ornement et à la sculpture.

Depuis que l'Occident découvre la porcelaine chinoise, il ne cesse de chercher le secret de cette pâte d'un blanc très pur. Ce n'est qu'au tout début du XVIIIe siècle que l’alchimiste allemand J.-F. Böttger perce ce secret et fait fabriquer de la porcelaine à pâte dure à Meissen. Avant cela on se contente d'en importer de grandes quantités d'Orient, ou d'en imiter les formes et les décors sur des faïences. L'exposition commence par un exemple de porcelaine chinoise du XIIe siècle dont on peut admirer la finesse et la transparence. On invente aussi un genre nouveau de porcelaine, dite tendre car se rayant. Contrairement à la dure, sa formule ne contient pas de kaolin qui est l'ingrédient magique ! Mais elle est tout de même d'une très grande beauté. Les premiers exemples de fabrication de porcelaine tendre s'observent en Italie avec la porcelaine dite 'Médicis' produite quelques années autour de 1580. En France cela commence à Rouen avec la manufacture de Louis Poterat, à partir de vers 1673-1678 jusque vers 1696, dont l'exposition offre un exemple rare. Une véritable production commerciale débute quelques années plus tard à Saint-Cloud (aux alentours de 1678/90). C’est vers 1693 que celle-ci est portée à sa perfection sous la direction de la famille Chicanneau qui en fabrique jusqu'en 1766. Les autres centres de production de porcelaine tendre en France sont : Chantilly (1725-1800), Lille (une fabrique de pâte tendre s’installe dans cette ville dès le début du XVIIIe siècle à laquelle succède en 1784 une fabrique de pâte dure), Mennecy-Villeroy (1734/1748-1773), Bourg-la-Reine, Sceaux (manufacture de faïence fondée en 1748 ou 9 qui fait aussi de la porcelaine tendre), Vincennes (fondée en 1738 qui déménage à Sèvres en 1756 .

La marque de la porcelaine de Saint-Cloud est un soleil en l'honneur de Louis XIV qui se compare lui-même très volontiers à cet astre, puis en 1722 « St C/T ». La production commence par un décor « en bleu » dès le début en 1690, qui s'efface après 1740 derrière celui « en blanc ». C'est la première manufacture de porcelaine tendre à se lancer dans l'imitation de l'« ancien Blanc », dit « Blanc de Chine » au XIXe siècle. La manufacture de J.-F. Böttger (1709 - 1719) fait de même mais en porcelaine dure.  Dès la fin du XVIIe siècle des décors de couleurs apparaissent. La porcelaine « en couleur » est une technique nouvelle, dès la fin du règne de Louis XIV, durant les trois premières décennies du XVIIIe siècle. Une autre technique est mise en place avec l'or. Les réalisations de statuettes sont aussi très conséquentes.

Ce qui caractérise la porcelaine tendre de Saint-Cloud c’est sa beauté et sa délicatesse, sa production industrielle mais aussi et surtout les nouvelles formes qu’elle lance pour les nouveaux usages.

Cette exposition est donc à voir. Il est regrettable que les objets ne soient pas plus mis en situation, sur un mobilier d'époque, avec un service complet (orfèvrerie, verrerie, etc.), accompagnés de gravures et tableaux où on les retrouverait... Mais le lieu est exigu (seulement trois pièces : une petite, une moyenne, et une plus grande salle). Le manque de place en est sans doute la raison.

On se rend jusqu'au musée assez facilement en voiture que l'on peut garer près de celui-ci. Sinon il est nécessaire de prendre le métro, de passer le pont pour accéder au bus dans la station se trouvant à côté de l'ancienne manufacture détruite en 1968. Voici ci-dessous des photographies que j'ai prises dans l'exposition, avec pour commencer un plan situant cette manufacture (sur le bord de Seine).

Photographie ci-dessus tout en haut : Pots à fard en porcelaine tendre de Saint-Cloud de la première moitié du XVIIIe siècle.

Photographie ci-dessus à gauche : « Sucrier-saupoudreur, broderies à la Berain en camaïeu bleu. Porcelaine tendre, manufacture de Saint-Cloud, vers 1700-1720. Dimensions : H. 16,2 x D. 6,9 cm (diamètre de la base). Château - Musée de Saumur. © Martine Beck Coppola. »

Photographie ci-dessus à droite : « Tasse et sa soucoupe, décor Imari de brocart en polychromie de grand feu et or. Porcelaine tendre, manufacture de Saint-Cloud, vers 1740-1750 . Dim. Tasse : H. 8, D. 7.8, L. avec anse 10.5 cm ; Soucoupe : H. 3,9 x 14.8 cm. Château - Musée de Saumur. © Martine Beck Coppola. »

Photographie ci-dessous : Temple à l'entrée du musée.

Photographies ci-dessous : Le Musée des Avelines est situé dans une jolie villa des années 1930, comprenant une coupole avec des signes du zodiaque aujourd'hui agréable salon de thé donnant accès à toutes les salles d'exposition.

Photographie ci-dessous : L'exposition commence par situer la porcelaine de Saint-Cloud avec tout d'abord un exemple de coupe en porcelaine dur du Chine du XIIe siècle, très fine et translucide, avec un décor de grains de riz et filaments.

Photographies ci-dessous : Plat en faïence de Delft du XVIIe siècle au décor de chinoiseries, et Magot assis en porcelaine dure de Chine de la fin du XVIIe siècle ou du début du XVIIIe. Contrairement à la porcelaine dont la terre à l'intérieur est blanche, dans la faïence, elle est ocre (couleur terre), comme on le constate sur la photographie de droite.

Photographies ci-dessous : Très rare exemple des débuts de la porcelaine française, à Rouen. Il s'agit d'un moutardier de vers 1680, de la manufacture Poterat, avec les armoiries de Jacques Asselin de Villequier (1669 - 1728) et une monture en argent.

Photographie ci-dessous : La manufacture de Saint-Cloud fabrique à la même époque de la faïence, tel ce moutardier de 1700 - 1720.

Photographies ci-dessous : La pâte de la porcelaine tendre est difficilement façonnable, friable, s'affaissant souvent, notamment à la cuisson. De plus les décors (de grand feu) empêchent les repentirs et parfois 'coulent'. La fabrication de ces objets est donc très délicate. Nous avons ci-dessous à gauche un exemple d'accident de cuisson.

Photographies ci-dessous : Petite boîte chantournée en porcelaine tendre de St-Cloud, de vers 1735 - 1740, avec une monture en argent et un décor à or et rehauts d'émail vert.

Photographies ci-dessous : Objets de toilette en porcelaine de Saint-Cloud, avec des pots à eau, une boule à éponge, des pots de toilette à fards, onguents..., des boîtes, un crachoir, un bain d'oeil.

Photographies ci-dessous : Pommeaux de cannes.

Photographies ci-dessous : Nécessaire en blanc en porcelaine tendre de Saint-Cloud, de vers 1740, à la fleur de prunus et insectes (papillons...), avec montures en argent de l'époque.

 

Photographies ci-dessous : Détail d'une plaque murale en faïence de Delft  (Pays-Bas), de vers 1710, avec une dame dégustant une boisson à la mode : thé, café ou chocolat.

Photographies ci-dessous : Tasses et autres théières en porcelaine tendre de St-Cloud.

Photographies ci-dessous : Éléments de table.

Photographies ci-dessous : Pots pourris.

Photographie ci-dessous : Vitrines de l'exposition.

Photographies ci-dessous : Détails.

Il est à noter que le samedi 4 mars à 16h30 aura lieu au musée une conférence gratuite (sans réservation) sur le sujet de La porcelaine française au XVIIIème siècle, de Saint-Cloud à Paris en passant par Sèvres, par Antoinette Faÿ-Hallé, conservateur général du Patrimoine et directeur honoraire du musée national de la Céramique (Sèvres).

Dans un second article visible ici, je présente de meilleures photographies de ces objets.