Le ruban, c'est la mode !

Le Musée d'Art et d'Industrie de Saint-Étienne rend hommage au ruban d'hier et d'aujourd'hui dans une exposition intitulée Le ruban, c'est la mode qui se déroule jusqu'au 2 janvier 2017.

La rubanerie est une activité qui connut beaucoup de succès à Saint-Étienne et dans sa région (des monts du Velay à ceux du Lyonnais et du Forez).

Ce long et fin tissu tenait une place très importante dans la mode, et la conserve en partie aujourd'hui. Il permettait d'embellir les vêtements et la tenue. Les professionnels de la mode l'utilisaient (et l'utilisent encore) dans leurs compositions. Et tout un chacun avait la possibilité, grâce à cet ornement, de se faire artiste, de donner du cachet à un habillement trop sobre, de la sensibilité. C'était un signe. La manière de le nouer, l'endroit où on le mettait, sa qualité, sa délicatesse, sa couleur, son nombre... tout signifiait, parlait. Le ruban était choisi avec beaucoup de minutie, chez les plus riches comme chez les plus pauvres. Il permettait à ces derniers ou dernières de montrer la richesse de leur âme, et qu'ils auraient pu rivaliser avec le grand goût et être dans le bon ton s'ils avaient eu de l'argent. Le ruban c'était un sourire... une touche de fantaisie. C'était la mode, dans la mesure ou il pouvait se changer facilement, contrairement aux habits qui n'étaient pas jetables comme aujourd'hui, mais qui se gardaient longtemps et même se transmettaient. Avec quelques rubans on prenait la couleur en vogue, le nouveau tissu, etc. « C'est la mode » encore aujourd'hui, car sans lui il ne pourrait y en avoir. Il permet de soutenir les gorges (les seins), de tenir les sous-vêtements, se noue en lavallière, etc.

Autrefois on en portait depuis le haut de la tête jusqu'aux chaussures et cela chez les femmes comme chez les hommes. Pour se rappeler son importance dans la mode du XVIIIe siècle il suffit de regarder les images des articles que j'ai écrits sur l'exposition sur la peintre Madame Vigée Le Brun qui a eu lieu récemment à Paris : voir ici.

Au XVIIe siècle on le nomme de même 'galant' ou 'galan'. Dans la première édition (1694) du Dictionnaire de L'Académie française il est écrit au sujet du 'galant' : « Il signifie aussi, Un ruban qu'on met sur les habits, sur le chapeau ou en quelque autre endroit par ornement. » On parait d'un ou plusieurs rubans l'épée, la canne, le chapeau, les cheveux, le cou, les habits, les manchettes, les genoux (jarretelles), les souliers, etc. On en faisait tomber certains sur les cuisses (au XVIIIe siècle en particulier, les hommes avaient ainsi des rubans qui tenaient des breloques comme une montre, un sceau, etc.). Une femme ou un homme pouvait en avoir des dizaines sur lui. Pour de grandes occasions les chevaux en étaient parfois garnis. On en mettait même aux animaux domestiques. Pour se donner une idée de l'utilisation très importante des rubans il suffit de lire la Description de la magnifique et superbe entrée du Roi et de la Reine en la ville de Paris datant de 1660. Voici quelques passages : « …et tant les officiers que les soldats, ils étaient tous si galamment et si richement vêtus […] On eut dit qu'à eux seuls ils avaient épuisé les plumes et les rubans, tant ils en étaient chargés […] le Roy […] vêtu d'un habit tout de broderie d'argent [...], mêlé de perles, et garni d'une quantité merveilleuse de rubans incarnat et argent […] le Marquis de Mont-Gaillard […] monté sur un beau cheval gris, orné de force rubans… »

L'histoire de ce tissu remonte au moins à l'Antiquité qui utilisait énormément ce qu'on appelle des bandelettes. Certaines servaient à serrer la taille, d'autres se plaçaient dans les cheveux, etc. L'exemple du Diadumène, statue attribuée au sculpteur grec du Ve siècle av. J.-C. Polyclète, qui représente un athlète ceignant sa tête du bandeau de la victoire, en est un exemple célèbre. D'autres étaient cousues sur les drapés. Les Grecs n'étaient pas les seuls à les utiliser ; les romains faisaient de même, et sans doute beaucoup d'autres civilisations. C'est peut-être au Moyen Âge qu'il prit une connotation amoureuse et protectrice, la dame nouant un bout de tissu à la tenue de son chevalier. Le XVIIIe siècle, particulièrement galant, en mettait partout. C'était sans doute le symbole le plus utilisé dans les décorations de cette époque. Une sorte de ruban très célèbre est celui que porte le berger Céladon dans le roman pastoral du début du XVIIe siècle, L'Astrée d'Honoré d'Urfé, qui se déroule dans la région du Forez, près de Saint-Étienne. Il s'agit de rubans verts. Son nom sert encore aujourd'hui à désigner une couleur particulière.

Les rubans et le vert sont deux symboles de Saint-Étienne, ville qui de la fin du XVIIIe siècle jusqu'à la seconde guerre mondiale était le grand centre mondial de fabrication de rubans de soie, avec sa région et ses innombrables métiers à tisser que l'on retrouvait jusque dans les campagnes les plus reculées (voir mon article intitulé Industrie de la mode : l'exemple de la région stéphanoise). De nos jours cette activité existe toujours. J'en parlerai dans un prochain article consacré à l'entreprise Neyret fabricant en particulier de rubans et étiquettes tissées pour l'industrie du luxe, ainsi que des rubans pour médailles et écharpes tricolores. D'autres usines produisent par exemple des bandages, des sangles industrielles et des ceintures de sécurité comme l'entreprise Samuel Roche, etc.

Photographie du haut : « Corset, vers 1900. Sans griffe. Collection Le Paon de Soie. »

Photographie de gauche : « Portrait de la Dame du Major Ranchon, huile sur toile, Georges Rouget, 1830, collection Musée d'Art Moderne et Contemporain de Saint-Étienne Métropole, n°inv. 43.4.401, crédits photographiques Yves Bresson. »

Photographie de droite : « Yves Saint Laurent. Robe du soir, collection Haute Couture printemps-été 1996. © Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent : photo Guy Marineau. »

Photographie de gauche : « Cartes de rubans pour bretelle et ruban lingerie pour épaulettes, marque Divette, Charleston, vers 1930, Saint-Étienne, collection Musée d'Art et d'Industrie © Laurent Guéneau. »

Ci-dessous quelques photographies que j'ai prises au Musée d'Art et d'Industrie de Saint-Étienne.

L'EXPOSITION PERMANENTE du musée présente plusieurs métiers à tisser anciens.

Certains de ces métiers à tisser du XIXe siècle avec leurs cartes perforées rappellent l'ancêtre de l'ordinateur.

Ci-dessous : Mise en carte d'une œuvre reproduite en petits carrés, ce qui permettra ensuite de la tisser.

La soie était une des matières les plus utilisées à Saint-Étienne pour la fabrication de rubans.

Échantillons de rubans anciens.

On ne fabrique pas des rubans que pour la mode. Quel alpiniste chevronné n'a pas un jour remercié le fabricant des sangles auxquelles il était attaché ?

UNE EXPOSITION DE PHOTOGRAPHIES montre l'emprunte du tissage de rubans à Saint-Étienne et dans sa région, avec une architecture spécifique : un plafond haut, de grandes fenêtre et de l'espace pour faire passer la lumière (le plus souvent un jardin).

Ateliers en ville.

Ferme aménagée pour accueillir des métiers à tisser.

L'EXPOSITION LE RUBAN C'EST LA MODE.

Autoportrait présumé de Benjamin Delapierre (Lyon, 1780) en robe et coiffe d'intérieur.

Portrait de Madame Casimir Périer par Louis Hersant, de vers 1820.

Capote de paille de vers 1840 - 1845 et canotier de vers 1930.

Robe 1920.

L'exposition présente aussi des exemples régionaux traditionnels.

Portrait d'Étienne Faure dit Auguste (1789-1859), fabricant de rubans, avec son ruban de chevalier de la Légion d'honneur, par Gabriel Tyr.

Registre d'échantillons de rubans recueillis par le Maréchal de Richelieu, vers 1732 - 1737.

Registre d'échantillons de rubans recueillis par le Maréchal de Richelieu, vers 1735 - 1737.

Rubans élastiques.

Autres usages des rubans.

Utilisations du ruban dans la Haute-couture.

Je rappelle enfin le partenariat de cette exposition avec La Chapellerie Atelier-Musée du Chapeau.