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Le talon rouge

talonrouge1lmCet article fait suite à celui intitulé Le pied mignon et le talon rouge.
C'est sans doute à l'époque de Louis XIV que l'on donne le nom de 'talons rouges' à certains élégants en référence aux chaussures portées par Louis XIV (1638-1715) et ses successeurs : Louis XV (1710 - 1774) et XVI (1754-1793). Il semble donc que ce soit à partir du Roi Soleil que l'on désigne de cette manière les courtisans élégants de l'époque de Versailles. Ce château possède des représentations de ces trois rois avec de tels talons dans des peintures dont des exemples similaires de la même époque peuvent se rencontrer dans d'autres musées et endroits. On peut contempler un portrait de Louis XIV de 1702 par Hyacinthe Rigaud ici, un autre de Louis XV du second quart du 18e siècle du même peintre ici, et un portrait de Louis XVI de l'atelier d'Antoine François Callet datant de 1778 ici.
Dans son livre intitulé : Bibliothèque des petits-maîtres, ou mémoires pour servir à l'histoire du bon et de l'extrêmement bonne compagnie (« Au Palais-Royal, Chez la petite LOLO, Marchande de Galanteries, à la Frivolité », 1762 - la première édition date de 1761 -), Fr. Charles Gaudet donne, sans que cela soit l'objectif, une définition du talon rouge de la première moitié du XVIIIe siècle : « Les Petits-Maîtres, ces gentils poupins, n'ont plus de talons rouges, plus d'eau de Chypre, plus de teint d'emprunt, plus de vestes chargées des débris d'un magasin de modes, plus de montres garnies de tous les colifichets de la Fresnaye, ni plus de carrosses à glaces sur les côtés. Ils parlent peu, & parlent bien. Ils ne trompent plus de femmes par des cajoleries banales : ils n'impriment plus leurs lettres, & n'en montrent plus ou les portraits, ou quelques boucles de cheveux. On ne les voit plus rouler sur les boulevards dans de lestes cabriolets, à travers des nuées de poussière. On ne les voit plus aux spectacles, papillonner de loges en loges, faire les singes par les trous de la toile, lorgner, insolemment les plus honnêtes femmes, leur sourire sans les connaître, traverser vingt fois le théâtre, tracasser les actrices dans les foyers, assister à leurs déshabillé, & les mener ensuite, vêtues en nymphes, faire collation par-delà les barrières. Les subalternes de leur ordre, insectes pétulants, ne tapagent plus avec des fiacres ; on ne les voit plus se ranger en haie vis-à-vis des portes des spectacles, & se pencher à mi-corps, pour critiquer plus à l'aise les jambes des femmes qui descendent de leurs équipages ; on ne les voit plus exciter étourdiment des flux & reflux dans le parterre, y souffler l'esprit de prévention & de cabale, & y ajourner les Auteurs à leur tribunal. On ne les voit plus aux promenades se tenir sous le bras ; y attendre impatiemment le coucher du soleil, pour voltiger dans des allées retirées, y conter, à la faveur de l'obscurité, mille gaudriolles à ces chauves-souris de Cythère, dont les appas, aussi dangereux que délabrés, sont à un taux si mince ; & se jeter ensuite dans un café, pour y faire frugalement leur souper d'une carafe d'orgeat, ou d'une bavaroise au lait, suivant la saison. »

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Le jardin de Tivoli, le hameau de Chantilly, le café Frascati, le jardin et la cour des Capucines et le pavillon de Hanovre.

FeuilletonduJournaldesdébatsDivertissements1802-600lmPhotographies : Pages du Feuilleton du Journal des débats de l'an 10 (1802).
J'ai acquis dernièrement un petit livre de 252 pages contenant toutes les parutions journalières du Feuilleton du Journal des débats depuis le 3 messidor (deuxième moitié du mois de juin) de l'an 10 (1802) jusqu'au vendredi 30 fructidor (17 septembre : fin de l'année du calendrier républicain) de la même année. Y sont relatées les actualités de théâtres, opéras, jardins et autres distractions. On y lit notamment des critiques de théâtre (comme la comédie Turcaret) et des articles de mode.
En ce début du XIXe siècle le quartier à la mode se situe entre les Champs Élysée et Saint-Lazare où se trouve le jardin de Tivoli, avec au milieu les boulevards. 

LE JARDIN DE TIVOLI. On y apprend que dans les jardins de Tivoli sont donnés occasionnellement des « amusements champêtres », des « fêtes extraordinaires » et que de « petits théâtres » y sont ouverts. Voici un article du 14 thermidor de l'an 10 : « TIVOLI. Rien de plus galant, rien de mieux ordonné ni de mieux exécuté que la fête qui eut lieu dimanche dans ce joli jardin. Le temps était superbe, l’assemblée très nombreuse et parfaitement composée ; on remarquait entre autres beaucoup d'étrangères dont la mise contrastait assez avec celle de nos Françaises : elles ont paru charmées de la beauté de l'illumination. Il est vrai qu'il est difficile de présenter un plus beau coup d'oeil. Tant que ce jardin délicieux offrira des jeux variés, des tours de force et d'adresse, et des danses où la meilleure compagnie ne dédaignera pas de figurer, comme dimanche, l'administration pourra compter sur de brillantes recettes. La fête a été terminée par un feu d'artifice, dont quelques parties n'ont pas été tout-à-fait bien exécutées ; mais, en général, il a été brillant et a satisfait les amateurs. » Je parle un peu du jardin de Tivoli dans l'article intitulé Récapitulatif de l’exposition Modes anciennes - suite -
LE HAMEAU DE CHANTILLY. Les fêtes champêtres du hameau de Chantilly sont aussi à la mode alors. Cet endroit n'est autre que l'actuel palais de l’Élysée où se trouve aujourd'hui le chef de l’État (voir la fin de l'article Les oublies) et où se donnent après la Révolution de somptueuses fêtes avec des bals dans les locaux, des fêtes champêtres et des feux d'artifice dans le jardin.
LE CAFÉ FRASCATI. Le café Frascati (voir article intitulé Le café Frascati) est alors « le centre des modes ». Au 6 messidor de l'an 10, on y voit des « têtes tondues à la Titus », des « voiles de dentelle servant de coiffure », « des demi-fichus de dentelle » : « Frascati est actuellement le centre des modes ; à la fête du 3, les têtes tondues à la Titus, les voiles de dentelle servant de coiffure et les demi-fichues de dentelle, posés en marmottes et balafrant les joues, étaient en majorité ; venaient ensuite les coiffures en cheveux nattés et relevés avec un peigne, ou fixés par une épingle, les paysannes de dentelle, posées bien en devant, les chapeaux de paille noire et les bonnets de fantaisie, en satin blanc. Les châles étaient de cachemire, ou un ample fichu de dentelle en tenait lieu. Plusieurs robes avaient la taille basse, une garniture de tulle au corsage et des manches larges. Après le blanc, le bleu-de-ciel, le noir et le rose étaient les couleurs dominantes. Pour les garnitures des tuniques, il y avait économie d'agréments et profusion de dentelles. Presque toutes les robes étaient à longue queue. Dans la toilette ordinaire, les capotes à coulisses, en taffetas gros-vert, lilas, jonquille ou rose, sont encore de mode ; quelques mèches de cheveux paysans qui s'échappent de dessous ces capotes, indiquent que la manie de se faire tondre à la Titus a gagné les élégantes de toutes les classes. Les cheveux des tempes et ceux du front, exceptés de la coupe fatale, sont maintenant huilés avec plus de profusion et bouclés avec plus de soin que jamais. Les centres des peignes, formant le diadème et les têtes ovales des épingles sont maintenant ornés de camées et sculptés sur des coquilles. La cornaline, blonde ou blanche, que l'on continue d'employer en bijoux, est quelquefois remplacée pour les plaques de colliers par ces camées-coquilles. »
FeuilletonduJournaldesdébats1802-600lmLE JARDIN DES CAPUCINES. Dans le jardin des Capucines s'y jouent des spectacles équestres et dans la cour des Fantasmagories de Robertson.  Les fantasmagories sont des spectacles d’illusions d’optique très à la mode à la fin du XVIIIe siècle. Dans un article sur le sujet Wikipedia explique en quoi consiste une séance de fantasmagorie de Robertson.
LE PAVILLON DE HANOVRE. Comme l'explique Wikipedia : « Le pavillon de Hanovre est édifié entre 1758 et 1760 par l'architecte français Jean-Michel Chevotet (1698-1772) dans les jardins de l'hôtel d'Antin, appartenant au maréchal de Richelieu, rue Neuve-Saint-Augustin (actuellement boulevard des Italiens). Il est démonté en 1932 pour permettre la construction d'un immeuble de bureaux et remonté dans le parc de Sceaux. » Ce lieu situé sur les grands boulevards parisiens est à la mode en ce temps des merveilleuses et des incroyables.
Le Feuilleton du Journal des débats appartient au Journal des débats (le nom change dans le temps : Journal de l'Empire etc.) qui paraît de 1789 à 1944. Comme semble le montrer l'exemple ici, celui-ci est intégré à ce périodique.

FeuilletonduJournaldesdébatsmodes1802-600lm© Article et photographies LM

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Le canotier et la canotière

lesamusementsdeparisquaidelarapee300lmPhotographie 1canotierscouple32,2x23,4cmdetail300lm : Gravure intitulée 'Les Amusements de la Rapée' provenant d'un almanach du XVIIIe siècle : Les Amusements de Paris. Almanach chantant pour les jolies Femmes qui on de la raison, avec Tablettes Économiques. Perte et Gain. Petit secrétaire fidèle et discret.

Le quai de la Rapée est dans le quartier de Bercy. Il existe toujours mais est aujourd'hui presque entièrement bétonné. Autrefois s'y trouvent des lieux où l'on vient se divertir comme à la Taverne des canotiers « où l'on cultive à la fois la matelotte, le petit vin à huit sous, la musique fluviatile et la poésie maritime » (Dictionnaire de la conversation et de la lecture, seconde édition, tome quatrième, Paris, 1853).
Photographie 2 : Planche couleur signée Grévin, format 32,2 x 23,4 cm de la série « Canotiers et canotières ».
canotiers-1-32,4x23cm300lmPhotographies 3 et 4 : Planche de la même série que précédemment. Un canotier (de Paris) s'adresse à un cuisinier « - Comment ! Vous ne connaissez pas Nana ! La grande Nanuche, qu'a l'oeil en amande avec un tout petit grain de beauté comme ça ici dans l'dos ! »
Photographies 5 et 6 : Couverture de la partition « Je n'peux pas vivre sans amour » créée par Maurice Chevalier.
Les bateaux dont les barques ont une importance toute particulière dans l'histoire parisienne. Le mot 'Paris' viendrait de « bar Isis » : la barque d'Isis. Le symbole de la capitale française est un bateau. La corporation des canotiers y est très influente durant les siècles (n'en déplaise aux maçons et francs-maçons).
Jusqu'au XXe siècle, canotiers-1-32,4x23cmblancdecoupe500lmles déplacements sur la Seine sont sans doute libres car une multitude d'embarcations la parcourent dont des barques. Les parisiens aiment à se promener par ce moyen de locomotion. Les canotiers arborent des styles typiques. Ils ont leurs lieux de jeux, de musique etc. Certaines tavernes du bord de Seine ou de Marne sont réputées pour leur petit vin, leur musique et leurs enchantements, cela depuis très longtemps. On trouve de ces lieux d'accostage tout près de Paris comme à Bercy (qui est aujourd'hui intra-muros) ou plus éloignés. Certains de ces canotiers sont des petits-maîtres qui se promènent sur ces barques avec leur petite-maîtresse. Dans la seconde partie du XIXe siècle ce divertissement est d'autant plus à la mode que le sport l'est aussi.
Les guinguettes au bord de l'eau sont des lieux où les parisiens viennent se divertir. A la fois près de la capitale et dépaysantes par leur environnement bucolique elles sont particulièrement appréciées en période estivale. Le Déjeuner des canotiers d'Auguste Renoir (1841-1919) représente un de ces endroits. Il existe des témoignages de ceux-ci à leur emplacement même comme le musée de La Grenouillère. La Grenouillère est un établissement de bains froids des bords de Seine qui attire entre 1855 et 1928, des parisiens dont des écrivains et des peintres célèbres. Monet et Renoir l’ont représenté plusieurs fois en 1869. Il s'agit d'un café-bal flottant amarré à l’Ile de Croissy. On vient donc y boire, danser, promener et prendre des bains dans la Seine.
Guy de Maupassant (1850-1893) utilise ce lieu dans plusieurs de ses oeuvres comme dans La femme de Paul dont voici deux passages : « Lorsqu'ils eurent tourné le coude de la rivière, la Grenouillère leur apparut dans le lointain.mauricechevalierjenepeuxvivresansamoursanstextenoir500lm L'établissement en fête était orné de girandoles, de guirlandes en veilleuses de couleur, de grappes de lumières. Sur la Seine circulaient lentement quelques gros bachots représentant des dômes, des pyramides, des monuments compliqués en feux de toutes nuances. Des festons enflammés traînaient jusqu'à l'eau; et quelquefois un fallot rouge ou bleu, au bout d'une immense canne à pêche invisible, semblait une grosse étoile balancée. Toute cette illumination répandait une lueur alentour du café, éclairait de bas en haut les grands arbres de la berge dont le tronc se détachait en gris pâle, et les feuilles en vert laiteux, sur le noir profond des champs et du ciel. L'orchestre, composé de cinq artistes de banlieue, jetait au loin sa musique de bastringue, maigre et sautillante, qui fit de nouveau chanter Madeleine. Elle voulut tout de suite entrer. Paul désirait auparavant faire un tour dans l'île; mais il dut céder. L'assistance s'était épurée. Les canotiers presque seuls restaient avec quelques bourgeois clairsemés, et quelques jeunes gens flanqués de filles. Le directeur et organisateur de ce can-can, majestueux dans un habit noir fatigué, promenait en tous sens sa tête ravagée de vieux marchand de plaisirs publics à bon marché. La grosse Pauline et ses compagnes n'étaient pas là; et Paul respira. On dansait les couples face à face cabriolaient éperdument, jetaient leurs jambes en l'air jusqu'au nez des vis-à-vis. Les femelles, désarticulées des cuisses, bondissaient dans un envolement de jupes révélant leurs dessous. mauricechevalierjenepeuxvivresansamour300lmLeurs pieds s'élevaient au-dessus de leurs têtes avec une facilité surprenante, et elles balançaient leurs ventres, frétillaient de la croupe, secouaient leurs seins, répandant autour d'elles une senteur énergique de femmes en sueur. Les mâles s'accroupissaient comme des crapauds avec des gestes obscènes, se contorsionnaient, grimaçants et hideux, faisaient la roue sur les mains, ou bien, s'efforçant d'être drôles, esquissaient des manières avec une grâce ridicule. Une grosse bonne et deux garçons servaient les consommations. Ce café-bateau, couvert seulement d'un toit, n'ayant aucune cloison qui le séparât du dehors, la danse échevelée s'étalait en face de la nuit pacifique et du firmament poudré d'astres. »
« … le grand café flottant regorgeait de monde. L'immense radeau, couvert d'un toit goudronné que supportent des colonnes de bois,  est relié à l'île charmante de Croissy par deux passerelles dont l'une pénètre au milieu de cet établissement aquatique, tandis que l'autre en fait communiquer l'extrémité avec un îlot minuscule planté d'un arbre et surnommé le « Pot-à-fleur », et, de là, gagne la terre auprès du bureau des bains. »
Voir ici la nouvelle en entier. Il est question aussi de la Grenouillère dans son œuvre intitulée Yvette.
Durant la seconde moitié du XIXe siècle, le chapeau de paille dit 'canotier' devient à la mode et est porté en ville en été même avec un costume. Le plus célèbre de ces couvre-chefs est peut-être celui de Maurice Chevalier (1888-1972) qui représente un style des années 1910 d'une élégance nonchalante et quelque-peu fruste. C'est la mode de ce chapeau, du costume étroit et des guêtres blanches sur des chaussures parfaitement cirées.

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Le mirliflore

misedunjeunehommean10300lmmirliflor300lmPhotographie 1 : Planche 363 de l'an 10 (1801-2) provenant du Journal des Dames et des Modes, de 19,8 x 12,4 cm, avec pour légende : « Mise d'un  Jeune Homme ».
Photographie 2 : Détail d’une gravure du début du XIXe siècle peinte au pochoir, peut-être une image d’Epinal, avec différentes caricatures de personnages, dont une intitulée « M. Mirliflor » représentant un de ces jeunes hommes à la mode. Il a un immense chapeau, une cravate qui monte haut et ce qui ressemble à un immense jabot.
Dans le Dictionnaire de L'Académie française de 1798 on lit que le terme de mirliflore est utilisé de manière familière pour désigner « un agréable, un merveilleux. »
Ce mot est encore en usage durant la première moitié du XXe siècle. Il est possible qu'il  provienne d'un croisement entre le latin mille flores (mille-fleurs) et le terme mirlifique (mirificque, mirelifique) employé au XVe siècle pour désigner une merveille (en latin mirificus composé de mirus « étonnant, merveilleux » et de facere « faire »). Dans le site du centre national de ressources textuelles et lexicales il est écrit que le mot « représente peut-être une altération de la latinisation *mille flores de mille-fleurs* pour désigner un personnage se parfumant, » celle-ci « étant due à un croisement avec la forme » « mir(e)lifique de mirifique* ». Il y a donc chez le mirliflor : de l'incroyable, du merveilleux et du muguet. On écrit ce terme avec ou sans 'e'. 
Dans son Dictionnaire de la langue verte (1867) Alfred Delvau décrit le mirliflore comme « Le gandin de la Restauration, qui est toujours le Lion pour le peuple. » Ce genre de petit-maître officie surtout entre le Consulat et la Restauration, à l’époque des grands bicornes. Mais il est probable que ce nom soit utilisé avant même le XVIIIe siècle.
Photographie 3 : Planche 368 de l'an 10 (1801-2) de la revue Journal des Dames et des Modes, ayant pour légende : « Chapeau à la Russe. Bottes sans Couture. »

chapeaualarussean10300lm© Article et photographies LM

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Crinolines

ruesdeparisledimanchematin300lmCet article fait suite à celui intitulé Du corset à la crinoline : Les lignes caricaturales d'un corps social du XIXe siècle qui se dessine. Les crinolines et en particulier  la 'crinoline cage' marquent un moment de la mode française assez spectaculaire dont les documents d'époque présentés ici témoignent.
ruesdeparisledimanchematindetail300lmPhotographies 1 et 2 : « Rues de Paris le dimanche matin. » Faïence fine de Bordeaux de la manufacture Vieillard (marque aux trois croissants) datant entre 1845 et 1865 en pleine époque de cette mode. Ici des vendeuses de crinolines sont présentées envahissant les rues de Paris le dimanche matin.
crinoline&balayeur300lmPhotographies 3 et 4 : Assiette de Choisy-le-Roi (Hautin & Boulenger) de la série " La crinoline ", avec un médaillon illustré ayant pour légende : " 5 Voilà une mode qui coupe les bras des balayeurs ". Cette céramique date entre 1852 et 1863.
crinoline&balayeurdetail300lmdisfferentessortesdebalayeuses300lmPhotographies 5 et 6 : Assiette de Creil et Montereau (époque Lebeuf, Milliet et Cie : 1840-1876) : " N°4. " " Différentes sortes de balayeuses. " A l'époque des crinolines, de nombreuses caricatures taquinent les femmes portant ces robes, souvent à cause de la place qu'elles prennent ; mais aussi parce qu'elles balaient autour d'elles.
disfferentessortesdebalayeusesdetail300lmWikipedia présente des photographies d'une « Séquence de pose d'une crinoline, vers 1860 » assez spectaculaire.

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Avoir du v'lan et du pschutt

Le v'lan et le pschut(t) sont deux termes du XIXe siècle, du temps des grands boulevards à la mode. Comprendre leur signification permet de le faire d'un aspect de la mode française : celui qui bouscule les conventions et s'amuse constamment.
Dans son Dictionnaire de la langue verte (deuxième édition, Paris : E. Dentu, 1867) Alfred Delvau donne cette définition du : « V'lan. " Au temps où le Grand-Seize s'emplissait chaque soir, au café Anglais, d'une société qu'on ne remplacera pas, car les gens d'esprit d'alors ont été remplacés par des imbéciles, on avait trouvé mieux que pschutt. On disait de quelqu'un, homme ou femme, qui se distinguait par une attitude, par un parti pris, ; un laisser-aller, une originalité tranchée : Il a du v'lan ! Elle a du v'lan. C'était net, cassant, absolu. " Évènement, 1883. - Ce terme, abandonné depuis longtemps vient de reprendre faveur. - " Soirée dansante très réussie, très animée et très v'lan hier, chez la comtesse de L. »" (Gil Blas, 1883). »
Dans mon article intitulé Les faux élégants, je propose une définition du pschutteux et du pschutt moins élogieuse. Voici celle donnée par le Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL) : « Pschut(t), subst. masc., arg. des boulevards [à la mode fin XIXe S.] A. − "Prétention à l'élégance et au bon ton, qui se manifeste surtout par une mise tapageuse`` (Esn. 1966). Cette toilette toute nouvelle à ses yeux gâtés par le pschutt, le v'lan (...) de villes d'eaux (Verlaine, Œuvres compl., t. 4, Mes hôp., 1891, p. 340). Le murmure bienveillant des salons mondains où tant de riches héritières juives, devenues duchesses ou marquises, donnaient le ton, décidaient du pschutt et du vlan (Bernanos, Gde peur, 1931, p. 201). − Empl. adj. Ce qui est toujours pschut, ce qui est toujours à la mode, − à la mienne, du moins, − c'est la nature et le paysage (Coppée, Critique en vac., 1892, p. 321) : Mais ça m'étonne que toi, un homme si « pschutt », tu n'y étais pas [chez Herbinger]. Mais Swann ne cherchait nullement à lui faire modifier cette conception du chic ... Proust, Swann, 1913, p. 242. B.− P. méton. Société élégante et raffinée. Synon. high-life (VX), fashion (VX), gomme (arg., VX), sélect, la haute (pop.; v. haut I E 1). (Ds Esn. 1966). »

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La Polka

polkapasbohemien300lmLa polka est une danse provenant de Bohême, région de l'actuelle République tchèque. D'après Wikipedia « après Prague en 1835, puis Vienne en 1839, c'est à partir de Paris en 1840 qu'elle se répand dans l'Europe entière, donnant lieu à une véritable « polkamania ». » Chaque génération a sa danse : la polka est celle des années 1840, la valse celle du Directoire etc.
Photographie 1 : « La Polka – 9 – Pas bohémien en valsant ». La marque permet de dater cette assiette, de Longwy en "porcelaine fine", entre 1835 et 1866 (voir libertys.com) et donc en pleine « polkamania ». D'après les habits elle semble postérieure à 1836 et antérieure à 1857. Diamètre de 19,7 cm. La femme porte une robe laissant ses épaules nues, un corset resserrant sa taille dont la minceur est accentuée par les jupons sous sa robe. L'homme porte une cravate sombre, une chemise à jabot semble-t-il, un gilet clair, un frac sombre et un pantalon clair. Ses chaussures semblent assez plates.
lapolkalapasse300lmPhotographies 2 & 3 : « La Polka – 40 – La passe ». Cette assiette en faïence fine de Creil et Montereau semble de la même série que la précédente pourtant de Longwy. Le bandeau qui couvre l'aile et le marli est exactement le même. La seule différence se situe dans la couleur et dans la marque au dos.
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lapolkalavalse300lmPhotographies 4 & 5 : « La Polka – La valse – 2 ». Cette assiette est aussi en faïence fine de Creil et Montereau, de la même série que la précédente (même marque et donc période similaire) mais n'est pas du même camaïeu. Elle fait 21 cm de diamètre. 

lapolkalavalsedetail300lm© Article et photographies LM





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Les premiers grands couturiers du XXe siècle : une révolution vestimentaire en douceur.

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Photographie 1 : Double page intérieure du livre de Paul Poiret intitulé En Habillant l'Époque, ‎Paris, Grasset, 1930, 16ème édition qui dévoile le succès de cet ouvrage puisque la première édition date de la même année.
1912-29-recadree300lmPhotographie 2 : Eau-forte aquarellée de Roger Broders (1883-1957) provenant du Journal des dames et des modes, édité à Paris « Au bureau du Journal des dames » du 1er juin 1912 au 1er août 1914. Cette planche n°29 est de 1912, avec pour légende : « Costumes parisiens. » « Robe et Toque de velours de soie ... ». Dimensions du papier : 22,4 x 14,3 cm. Celui-ci est vergé et ressemble tout à fait à celui des gravures du Journal des dames et des modes de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe. Le filigrane même paraît d'époque. Cette nouvelle édition du début du XXe siècle reprenant celle du Directoire est un des exemples montrant combien la mode du début du XXe siècle s'inspire de celle de la fin du XVIIIe avec derechef l'abandon du corset et des lignes plus droites et simples, de hautes aigrettes etc.
Lelemondeillustrenoel1913damesportive300lm début du XXe siècle est une époque riche, notamment en ce qui concerne la mode. On y assiste à une véritable révolution dans l'habillement avec la 'libération' du costume féminin portée par quelques couturiers de renom. Paul Poiret (1879 - 1944) est peut-être le plus célèbre d’entre eux. En abandonnant le corset vers 1906 et en remontant la taille des robes, il redonne à la femme des allures de merveilleuse du temps du Directoire (1795-1799). Comme il le dit lui-même, il réintroduit de la couleur dans les vêtements qui sont avant dans des tons pastels. Les cheveux courts reviennent de mode ; et la silhouette ‘déglinguée’ et libre des années folles (entre deux-guerres) est déjà d’actualité vers 1908. Dans la mode, les influences multiples (russes, orientales, africaines …) côtoient des techniques nouvelles et un art qui bouscule de plus en plus les conventions. C’est le début des grands couturiers qui sont autant des hommes que des femmes  :  Jeanne-Marie Lanvin (1867-1946), Jeanne Paquin ( 1869-1936), Doucet Madeleine Vionnet ( 1876-1975), Gabrielle Bonheur Chanel dite « Coco Chanel » lemondeillustrenoel1913photo300lm(1883-1971) … ; et chez les hommes : Georges Doeuillet, Jean Patou (1887-1936) ou Jacques Doucet ( 1853- 1929). Cette haute couture dont Charles Frederick Worth (1826-1895) est l'initiateur est plutôt une « industrie de la grande couture » comme l'appelle Paul Poiret. La grande (ou haute) couture a toujours existé en France ; mais c'est à partir de la seconde moitié du XIXe siècle qu'elle prend de nouvelles marques. Le dialogue avec la rue et surtout le client sont beaucoup moins importants. Le grand couturier est un artiste qui lance ses propres collections avec des modèles  préparés à l'avance. Du reste les petits-maîtres s'éclipsent. Cette mode inventée par ces artistes entrepreneurs semble se démarquer de l'invention populaire et des bécarres et autres cocodettes. Mis à part les garçonnes des années folles et des artistes comme les montparnos ou les surréalistes (qui n'ont du gandin souvent que l'esprit moderne), il est difficile de distinguer les nouveaux gommeux et les nouvelles crevettes dans la mode, jusqu'à l'avènement des zazous et des existentialistes. Même par la suite la petite maîtrise se fait rare jusqu'à devenir absolument inexistante aujourd'hui. Les grands magasins d'abord, la haute couture ensuite, puis le prêt à porter, laissent beaucoup moins de place qu'auparavant à l'imagination et à la création individuelle dans la mode la faisant devenir purement commerciale.
Photographie 3 : Image de la revue Le Monde illustré de Noël 1913 avec pour légende : « Fière, originale, gracieuse et sportive, telle est la Parisienne d'aujourd'hui. (Composition de René VINCENT). » Le sport est de plus en plus à la mode dans le dernier tiers du XIXe siècle. Avec l'apparition des voitures à moteur, celui-ci est de moins en moins équestre.lemondeillustrenoel1913assise300lm Au début du XIXe siècle, des images de mode représentent des femmes jouant au tennis dans des tenues ressemblant à celles portées en ville (corset, chapeau etc.). Évidemment cela ne pouvait durer : la mode devant s'adapter aux nouvelles exigences.
Photographie 4 : Photographie de la même revue que ci-dessus (1913) avec pour légende : « Modèle de Buzenet (Saint-James). (Phot. MANUEL). Jupe en ondoyant péplum noir. Tunique en mousseline noire à bandes de tulle perlé de perles blanche. Ceinture noire. Corsage très souple en dentelle blanche. » D'après Raymond Gaudriault (cf. La Gravure de mode féminine en France) c'est en 1880 que la première photographie de mode est publiée dans la revue L'Art et la Mode. Cette expérience unique n'est pas renouvelée avant 1891 avec La Mode pratique.
Photographie 5 : Dans cette autre image du même magazine, la jeune fille porte les cheveux courts, une simple chemise et une jupe-culotte.
Au temps de Paul Poiret, la nouvelle féminité est active, libre et sportive. Les cheveux sont courts ou portés en chignons avec de simples décorations : bandeaux, toupets parfois très hauts. Ces aspects mélangés à la taille haute, aux drapés vaporeux et à la transparence de certains tissus rappellent les merveilleuses du Directoire. Mais si les bottines de la seconde moitié du XIXe siècle disparaissent, les talons restent d’actualité, ce qui donne aux femmes une autre silhouette que celles des merveilleuses, particularité que les chapeaux cloche accentuent. La silhouette forme ainsi des courbes qui rappellent celle de l'Art nouveau de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Cette mode annonce de plus l'Art déco. Quelques femmes commencent à porter des pantalons encore très rares. Certaines s’habillent en hommes avec costume et cravate. Paul 1904-1905300lmPoiret crée la jupe-culotte et la ‘jupe entravée’. Cette mode des grands couturiers est véhiculée par des magazines qui s'inspirent de revues anciennes. Le titre et la présentation du Journal des dames et des modes du Directoire est repris, de 1912 à 1914,  pour présenter les nouvelles merveilleuses (photographie 2). Celle intitulée Modes et manières d'aujourd'hui (1912-1923) rappelle Modes et manières du jour de Debucourt. La Gazette du Bon Ton (1912-1925) fait aussi écho à une publication antérieure.
Cette mode d'après la Belle époque et d'avant la première guerre mondiale ressemble donc beaucoup à celle des années folles de l'entre deux guerres. La principale différence est peut-être le raccourcissement des robes qui restent auparavant encore longues et cachant toute la jambe, comme cela est le cas au temps des merveilleuses du Directoire. Cette époque d'avant la première guerre mondiale marque beaucoup la mode et est à l'origine de celle du XXe siècle jusqu'à maintenant avec l'abandon du corset, l’apparition du soutien-gorge, la décontraction et la simplicité dans l'habit, la 'garçonnisation', l'abandon des falbalas et autres fanfreluches, les cheveux souvent courts, les chapeaux de moins en moins importants etc. Par contre les principaux éléments de la mode des habits féminins de 1900 et d'avant ont presque disparu de la vie courante. Ce n'est pas le cas pour la mode masculine qui change peu pendant les XIXe et XXe siècles avec la tenue du  costume classique : cravate, veste, gilet, pantalon, chaussures à talons.
Les révolutions des arts décoratifs et en particulier de la mode nous prouvent que l'on peut faire changer les choses sans brutalité. Il est possible par exemple de construire un monde de paix, de beauté, d'intelligence et de liberté sans avoir à utiliser la violence, de la même manière que le soleil n'a pas besoin de notre regard pour briller.
Photographies 6 et 7 : Deux images de mode provenant de revues du début du XXe siècle. Celle de gauche est d'août 1904 et celle de droite de novembre 1905. On le voit les habits sont très différents de ce qui apparaît à partir de 1906.
Photographie 8 :  Image de la revue Le Monde illustré de Noël 1913.

lemondeillustrenoel1913piano500lm© Article et photographies LM

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Dandysmes romantiques

Artcurial propose, le mardi 14 février, dans le cadre de la vente « Dessins d’écrivains » Collection Pierre et Franca Belfond, des œuvres visuelles de poètes des XIXe et XXe siècles.  
dumasPhotographie 1 : Ce portrait-charge (caricature) d’Alexandre Dumas (1802-1870) met en scène le dandysme romantique du personnage avec ses origines antillaises d’une manière savoureuse. « Dessin original. [Probablement 1848]. Encre, plume et lavis, rehauts de brun et rouge à l'aquarelle, traits préparatoires à la mine de plomb, 34, 5 x 25 cm sur un f. réglé de papier à musique, bords un peu effrangés avec restaurations, doublure au verso, encadrement sous verre.  Superbe caricature de Dumas Père au plus haut de sa gloire : fort du succès de ses romans Le Comte de Monte-Cristo et La Reine Margot, Dumas était en outre à la tête du Théâtre-historique voué à la représentation de ses œuvres...  Portraituré ici par un contemporain, Alexandre Dumas est représenté de profil, la chevelure crépue dressée en pointe. Il porte un manteau sur lequel ont été représentés des héros de cape et d'épée inspirés de ses œuvres : en pose, au combat, faisant une révérence devant une femme... Sa haute stature, qui s'encadre dans sa galerie d'ancêtres noirs, domine le bâtiment d'un théâtre dont la façade rappelle vaguement celle du Théâtre-historique, qu'il fit construire en 1847. Des cheminées du théâtre sortent des fumeroles auxquelles se mélangent les titres de plusieurs de ses pièces : Christine à Fontainebleau (1830), Charles VII chez ses grands vassaux (1831), Don Juan de Marana, ou la Chute d'un ange (1836), Le Marquis de Brunoy (1836), Kean (1836), Lorenzino (1842), La Reine Margot (1847), Hamlet (traduction de Shakespeare, 1847) et Monte-Cristo (1848). " Cette popularité de mon visage " (Dumas père). Alexandre Dumas est un des auteurs qui inspira le plus de portraits et caricatures à son époque : portraits idéalisés des années 1830, photographies des années 1850-1860, et innombrables caricatures sur l'ensemble de la période : " offensives en apparence, elles défendent en fait la position littéraire de Dumas, elles renforcent sa popularité en soulignant son caractère extraordinaire. Elles représentent déjà une forme de publicité " (Claude Schopp, préface à l'Iconographie d'Alexandre Dumas père). Dumas lui-même en était conscient et savait parfaitement en jouer, par exemple écrivant faussement modeste dans Histoire de mes bêtes (1867) : " Un jour, je l'espère, quelque sorcier m'expliquera comment il se fait que mon visage, un des moins répandus qu'il y ait par la peinture, la gravure ou la lithographie, soit connu aux antipodes, de façon que, partout où j'arrive, le premier commissionnaire venu me demande : - Monsieur Dumas, où faut-il porter votre malle ? Il est vrai qu'à défaut de portrait ou de buste, j'ai été grandement illustré par mes amis Cham et Nadar ; mais alors les deux traîtres me trompaient donc, et, au lieu de faire ma caricature, c'était donc mon portrait qu'ils faisaient ?... Outre l'inconvénient de ne pouvoir aller nulle part incognito, cette popularité de mon visage en a encore un autre : c'est que tout marchand [...] ne me voit pas plus tôt approcher de son magasin, qu'il prend la vertueuse résolution de vendre trois fois plus cher à M. Dumas qu'il ne vendrait au commun des martyrs. " »
MussetPhotographie 2 : Autoportrait-charge d’Alfred de Musset (1810-1857). « Dessin original. Mine de plomb, 16 x 10, 5 cm, pâles rousseurs, encadrement sous verre. Plaisante caricature où il se représente en dandy romantique, le visage imberbe avec moustache tombante et nez démesuré, en pied avec redingote, col relevé, canne et chapeau à la main. Musset s'est plu à se dessiner dans ses albums et plusieurs de ses autoportraits sont connus ; sur deux d'entre eux au moins, il apparaît comme ici portant seulement la moustache : un légendé " Alfred " dans son album du début des années 1830 et un de 1842 (date proposée par Maurice Clouard dans ses Documents inédits sur Alfred de Musset, 1900, pp. 9-10), ce second dessin correspondant probablement à celui présenté par la BnF sous le n° 354 dans son exposition Alfred de Musset en 1957. " Un jeune homme de taille ordinaire " (Alexandre Dumas). Dans Mes Mémoires (1852-1854) Dumas père décrivit l'impression que fit l'apparition du jeune poète dans le salon de Nodier : " Un jeune homme de taille ordinaire, mince, blond, avec des moustaches naissantes, de longs cheveux bouclés rejetés en touffe d'un côté de la tête, un habit vert très serré à la taille, un pantalon de couleur claire, entra, affectant une grande désinvolture de manières qui n'était peut-être destinée qu'à cacher une timidité réelle. " " Mon propre visage [...] me regardait avec étonnement " (Alfred de Musset). Avec La Confession d'un enfant du siècle, Alfred de Musset s'est attaché à livrer en 1836 un premier autoportrait moral, une autobiographie identifiant le " mal du siècle " dont souffrait sa génération. Ce " sentiment de malaise inexprimable " y nourrit un récit désabusé et angoissé mêlant le tragique et l'autodérision : " Mon propre visage, que j'apercevais dans la glace, me regardait avec étonnement. Qu'était-ce donc que cette créature qui m'apparaissait sous mes traits ? Qu'était-ce donc que cet homme sans pitié qui blasphémait avec ma bouche et torturait avec mes mains ? [...] Était-ce lui qu'autrefois, à quinze ans, parmi les bois et les prairies, j'avais vu dans les claires fontaines où je me penchais avec un cœur pur comme le cristal de leurs eaux ? " " Sur mes portraits " (Alfred de Musset). Dans ses dessins, il ne se représenta d'ailleurs qu'à travers des autoportraits-charges, irrévérencieux pour ses sentiments profonds et pour cette beauté nonchalante qui séduisit George Sand. En définitive, ses autoportraits caricaturaux livrent une vérité plus intime sur lui-même - sur sa délicatesse à ne pas arborer le masque des tensions intérieures -, que les portraits d'artistes faits de lui, limités à de simples tentatives de ressemblance. Un poème de 1854, " Sur mes portraits ", illustre son regard ironique sur ces tentatives : " Nadar, dans un profil croqué, / M'a manqué ; /  Landelle m'a fait endormi / À demi ; / Biard m'a produit éveillé / À moitié ; / Le seul Giraud, d'un trait rapide, / Intrépide, / Par amour de la vérité / M'a fait stupide ; / Que pourra pondre dans ce nid / Gavarni ? " " Delacroix [...] m'a parlé d'Alfred [...] et m'a dit qu'il aurait fait un grand peintre, s'il eût voulu " (George Sand). Musset, habité par l'idée d'une communauté des artistes, croyait en une correspondance profonde entre les arts. Critique d'art, il se fiait à son sentiment, à une approche empirique et immédiate des œuvres, et n'échafauda pas de théorie personnelle structurée. Son goût le portrait plus particulièrement vers les époques anciennes, notamment la Renaissance, et il consacra même un drame à la vie du peintre Andrea del Sarto (publié en 1834 dans le troisième volume d'Un Spectacle dans un fauteuil). Comme dessinateur, en revanche, il exécuta presque exclusivement des caricatures, laissant libre cours à une ironie parfois féroce (par exemple contre Paul Foucher), à l'exception de quelques portraits de George Sand, d'une joliesse inspirée par l'amour. C'est elle d'ailleurs qui, dans son Journal intime (édition posthume, 1926), révéla l'admiration de Delacroix vers 1834 pour les qualités artistiques de Musset : " Delacroix [...] m'a parlé d'Alfred [...] et m'a dit qu'il aurait fait un grand peintre, s'il eût voulu. Je le crois bien. Il veut copier, lui, Delacroix, les petits croquis de l'album d'Alfred. " »

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Première apparition d'un gommeux à Fouilly-l'Sec

gommeuxdansvillage300lmgommeuxdansvillagedetail300lmLa vie à la campagne autrefois est assez peu préoccupée de mode, en particulier de la dernière. Voici une assiette en faïence fine de Lunéville (Keller et Guérin), de 17,7 cm, de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe, qui taquine cette réalité. La gravure de son bassin représente la : « Première apparition d'un gommeux à Fouilly-l'Sec ». Ce petit-maître est le sujet d'attention des villageois. Un couple éberlué de paysans le contemple. Une jeune femme, vers qui ce gandin se tourne, semble quelque peu attirée, alors qu'une petite fille se cache derrière sa robe comme apeurée par l'accoutrement de cet homme. Celui-ci porte un chapeau à bords étroits et remontés sur les côtés, une petite moustache, un col haut, une courte redingote et une chemise aux manches larges, un pantalon rayé à pattes d'éléphant. Il a le tic chic de sucer sa canne : ce qui est une marque de petits maîtres depuis au moins les années 1830. Pour plus d'informations sur ce genre d'élégant lire l'article Le gommeux.

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Le yéyé

YéyéPhotographie : Collage mural à Oberkampf (rue Ternaux) 2010 (boutique alasinglinglin).
J'ai une attirance toute particulière pour la mode et les 'folies du jour' qu'elle engendre, pour cette maîtresse de l'impermanence, cette constance du changement, et tous les rythmes qui lui sont associés : qu'ils soient musicaux, vestimentaires, intellectuels ou autres. Tout n'est que question de mouvements : de musiques, de danses, d'esprits, plus ou moins fins … de poésie. A chaque nouvelle génération est réinventée cette célébration.
Les yéyés marquent la mode des années 60 et 70 en France.  Comme pour les zazous ou les dadoudadoudas, leur nom vient d'une onomatopée. Pendant qu'aux États-Unis les hippies lancent les cheveux longs, chemises à fleurs et pantalons à pattes d'éléphant, les Français continuent dans une lancée, bon chic bon genre, pop initiée dans les années 50. Les femmes portent de hauts chignons, ou des cheveux longs simplement tenus par un volumineux chouchou, de très larges ceintures, des talons compensés, des jupes courtes et des habits colorés ; pendant que les hommes sont minets, portent la frange, des pantalons à pattes d'éléphant ... Le jerk et le twist ont pris la place du swing. Brigitte Bardot et Alain Delon représentent deux icônes de cette période pour le cinéma, et Claude François, Sheila, Françoise Hardi ou Jacques Dutronc pour la musique. La pilule apporte une libération sexuelle et les nouvelles technologies offrent des libertés aux artistes : avec la Nouvelle vague pour le cinéma, Paco Rabane pour la Haute couture. Les existentialistes n'existent plus mais le quartier latin et Saint-Germain ont toujours leurs cohortes d'étudiants et d'intellectuels qui lancent Mai 68. C'est une époque riche, sans chômage. C'est à ce moment que commence véritablement le bitumage et le bétonnage de la France avec constructions d'autoroutes et immeubles de type HLM. Le plastique occupe aussi une place importante dans cette société de consommation de masse que certains hippies (appelés aussi babas cool) refusent en partant loin, à Katmandou ou ailleurs dans le monde, ou en se réfugiant dans des contrées reculées comme au Larzac. Quelques lieux yéyés : Saint-Tropez, le Golf Drouot, la télévision …

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Indigence

Luxe et indigenceLe petit maître n'est pas à l'abri de l'indigence. La petite-maîtrise n'a jamais été l'apanage d'une classe. C'est avant tout une histoire de goût. On peut être dans du dénuement et avoir une âme de petit-maître. Le manque d'argent peut aussi être contourné par le style.
Photographie : J'aime particulièrement cette gravure de la première moitié du XIXe siècle de Le Bon Genre (N° 104). Elle est intitulée Rêvant« Luxe et Indigence » et représente une petite maîtresse pauvre dans son intérieur. Celle-ci possède une jolie robe, un beau chapeau, quelques parures en or, une paire de chaussures délicates, un ensemble de nuit (déshabillé, bonnet et coussin) particulièrement fin, et un châle ouvragé qui lui sert de rideau. Un bougeoir à la mode en porcelaine et orfèvrerie est posé près d'un livre sur deux boîtes de vêtements dans lesquelles se trouve sans doute toute la suite de ses biens. Le reste dénote un grand dénuement : une chaise, un tabouret, un lit pliant, des draps et une couverture rudimentaires, un miroir très simple … pas même de quoi suspendre sa robe et son chapeau. La beauté de son visage, la blancheur et délicatesse de son corps (poitrine et une main aussi visibles), le luxe de ses quelques affaires, contrastent avec la pauvreté de sa situation. Le peu de choses qu'elle possède sont de qualité. Présentée dormant avec sur sa glace une lettre et un ticket de bal, on peut supposer qu'elle est riche aussi de beaucoup de rêves.

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La cocotte et le coco

CocottesPhotographie de gauche : " Une cocotte. " Bertall (1820-1882), La Comédie de notre temps, 1874-1876 (deuxième série). Photographie de droite : " COMMENT SE METTAIT UNE COCOTTE " de la deuxième série de La Comédie de notre temps.
La cocotte est une jeune femme élégante de vers 1860, sous le second Empire (règne de Napoléon III de 1852 à 1870).
Assiette Le chic des cocottes de ParisPhotographies : Assiette du XIXe siècle de la série « Scènes villageoises comiques » (n°9) : « V'la l'chic des cocottes de Paris ». Un couple de villageois regarde passer une fille prenant de grands airs, mais avec des vêtements pauvres, pas de chaussures, avec une feuille de choux en guise d'éventail, des cerises comme boucles d'oreilles et des 'mauvaises herbes' pour agrémenter son chapeau.
Le chic des cocottes de ParisPhotographies suivantes : Assiette du XIXe siècle en faïence fine de Creil et Montereau représentant une « Cocotte à queue de cheval ». Celle-ci a une volumineuse queue de cheval garnie de perles et fleurs qui est tenue pas une personne derrière elle. La marque (Lebeuf, Milliet et Cie) permet de dater l'assiette entre 1840 et 1876. Cette céramique, d'époque Napoléon III, est donc contemporaine des premières cocottes.
Assiette Cocotte à queue de chevalAlfred Delvau écrit dans son Dictionnaire de la langue verte (1867) que la cocotterie est « le monde galant, la basse-cour élégante où gloussent les cocottes. » La cocotte est dans la continuation des petites-maîtresses, même si on appelle aussi ainsi à la fin du XIXe siècle et au XXe une femme aux mœurs volatiles richement entretenue. Il semble que l’on parle auparavant dans ce sens de poulette. On dit d’une personne qui se conduit en femme légère qu’elle cocot(t)e, que c’est une cocotteuse, et que celui qui la côtoie est un cocoteur. La cocotte est aussi à rapprocher des cocodettes et des cocodes, tous ces noms venant de 'coq', coquet(te)s et coquetterie ; le terme même de 'coquet' désignant au Moyen-âge le coq et plus particulièrement celui servant de girouette par exemple au dessus du clocher d'une église.
Alfred Delvau définit le coco ainsi : « Homme singulier, original. - dans le même argot. Joli coco. Se dit ironiquement et comme reproche de quelqu'un qui se fait attendre, ou qui fait une farce agréable. Drôle de coco. Homme qui ne fait rien comme personne. »
Enfin 'coco' et 'cocotte' sont employés au XXe siècle pour s'adresser avec tendresse à un enfant. On dit aussi « c'est un vilain coco ».

Cocotte à queue de cheval© LM : Article et photographies.

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Estampes à la mode

assiettegravures300lmassiettegravuresdetaila300lmPhotographies : Assiette du XIXe siècle représentant une élégante de vers 1829 dans un magasin d'estampes. Elle tient dans sa main une image de mode représentant un jeune homme. Elle même est à la mode de cette époque : manches gigot, coiffure à la girafe (il semble que ce soit à l'arrivée d'une girafe à Paris, en 1827 que cette nouvelle coiffure est créée ), robe avec jupons, chaussures qui sont encore sans talons (comme à l'époque des merveilleuses) … Une gravure placardée sur le mur à hauteur de sa tête représente justement une girafe ! Derrière elle, un panneau indique : « Gravures et lithographies ».
La lithographie est un nouveau procédé d'impression qui aurait été inventé par Aloys Senefelder en 1796 en Allemagne (Wikipedia). Sa fabrication est introduite en France dans le premier tiers du XIXe siècle. Elle devient rapidement à la mode ; ce qu'illustre l'image avec cette gandine chez un marchand d'estampes dernier cri.

Photographies suivantes : Illustration d'une revue du XIXe siècle avec pour texte : « MODES DU JOUR. » « Robe de chambre de Mme Amélie (ancienne maison Delatour), rue Neuve-Saint-Augustin, 47. - Jupe-cage en acier élastique, de Thomas frères. - Coiffure de lingerie de la maison Saint-Dominique, rue du Bac, 56. - Gants des Tuileries, rue Saint-Honoré, au coin de la rue de l'Échelle. (Gravure extraite de l'Illustrateur des Dames.) »

modedujourrobedechambre300lmL'image joue un rôle important en Occident, et cela depuis l'Antiquité. Les pièces des maisons des grecs et romains aisés sont couvertes de représentations figuratives. Les murs sont peints de diverses scènes et les sols sont parsemés de mosaïques qui s'étalent aussi parfois sur les murs. Les très nombreuses statues sont elles aussi peintes. Peut on aujourd'hui imaginer celles du Parthénon à Athènes toutes colorées ? Les ouvrages en papyrus destinés à la lecture sont eux aussi très souvent illustrés. La chrétienté n'est pas en reste au Moyen-âge. Les statues de la façade de la cathédrale Notre-Dame à Paris datant du XIIe siècle sont aussi polychromes. Les églises, châteaux et demeures bourgeoises sont couvertes de représentations (sur les murs, en tapisseries ...), les manuscrits aussi. En Occident, la gravure est une technique qui semble dater du XIVe siècle. La fabrication du papier facilite la reproduction de plus en plus à grande échelle. Elle évolue rapidement. Au XVIIIe elle trouve un certain accomplissement dans la grâce à travers notamment des graveurs français. Au XIXe siècle les technologies modernes, aussi bien au niveau de la fabrication du papier que des estampes, offrent des opportunités nouvelles et un rendement largement supérieur. Avec l'invention de la photographie, le mouvement s'accélère encore. Puis le cinéma, la télévision et internet ajoutent à ce déluge d'images. Avecmodedujourrobedechambredetail300lm la photographie, l'image se confond à la réalité. Avec Internet et les technologies numériques elle peut prendre la place de l'être sous la forme d'un avatar. Ce n'est pas si nouveau puisque le masque a déjà cette fonction dans l'Antiquité.
Des magasins d'estampes sont réputés aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Certaines de ces images véhiculent les dernières modes ; et cela non seulement à Paris ou en France, mais dans le monde entier. Une gravure de 1805 de Pierre-Nolasque Bergeret (1782–1863) représente Les musards de la rue du Coq : un attroupement constitué en grande partie de fashionables contemplant les dernières images à la mode exposées dans la devanture de la librairie Martinet, rue du Coq-St-Honoré. Les deux gravures du centre ont pour titre : « Le suprême bon ton actuel ». Au dessus un papier indique : « Recueil de Caricatures ». Des personnages assez semblables à ceux représentés sont parmi les badauds. Les estampes ont donc leurs curieux et connaisseurs. Une peinture à l'huile (H. 32.5, l. 24.5) de Louis Léopold Boilly (1761-1845) conservée au département des Peintures du musée du Louvre figure des Amateurs d'estampes.

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Le zazou, le swing et le da dou da dou da.

zazouquellefolleimprudencerecadre300lm1.gifPhotographie 1 : lezazouneurastheniquetraparent300lm2.gifCarte postale (14 x 9 cm) de vers 1945 représentant un zazou se baignant avec deux jeunes femmes zazous le prévenant : « - Quelle folle imprudence, Mr Zazou ! » Les baigneuses, bien qu'en maillot de bain, ont le visage très maquillé ce qui est caractéristique de cette mode, et le baigneur porte des lunettes noires rondes, la veste à carreaux et de grosses chaussures. Le caricaturiste se moque de la frilosité et du caractère peureux du zazou. Les petits-maîtres sont souvent considérés comme craintifs voir lâches. En vérité c'est souvent le contraire. Ils ont un sens de l'honneur très développé et malgré leur apparence frêle peuvent être très courageux. C'est le cas des incroyables durant la Révolution et des zazous pendant la seconde guerre mondiale ou même des petits crevés du XIXe siècle dont des anecdotes relatent la bravoure de certains. Leur aspect délicat et leur côté insouciant leur permettent de continuer à afficher leur liberté même dans les moments les plus terribles de notre histoire. © LM.
Photographie 2 : Voir photographie 7.
Photographie 3 : Couverture du Marie-Claire de février 1940 (n°155) avec une photographie de femme dans un style très zazou. Elle est élégante ; son chapeau a des couleurs fraîches, et elle est maquillée d'une façon caractéristique : rouge profond sur les lèvres, visage pâle rehaussé d'un léger pourpre sur les joues, yeux soulignés. © LM.
Le zazou, le swing et le da dou da dou da sont la même personne. Le terme de 'zazou' viendrait d’une onomatopée ; celui de dadoudadouda se retrouve dans de nombreuses chansons zazous ; et le 'swing' est la musique à la mode chez ces personnes. Les habits du zazou rappellent ceux du gommeux dont certaines images le montrent avec une veste longue et quadrillée (voir les articles intitulés : Le Gommeux & Les carreaux à la mode). Le zazou, dont l’origine remonte juste un peu avant la seconde guerre mondiale (qui a vers les 20 ans pendant cette guerre), est par contre en décalage avec la génération précédente. Le type même de cette dernière porte un chapeau de paille de canotier à la Maurice chevalier (1888-1972), les cheveux courts, un costume serré trois pièces élégant, zazoumarieclaire16fevrier1940300lmboutonné assez haut et plutôt sombre (bleu marine …), des guêtres blanches sur des chaussures noires, une canne … Charles Trenet (1913-2001) est dans ce style bien qu'il s'adapte vite au style zazou.
Depuis quelques dizaines d'années, de nombreuses modes musicales viennent d'Amérique : rumba, blues, tango, jazz, slow-fox, shimmy, charleston, swing, boogie woogie etc. Beaucoup d'entre elles sont afro-américaines et la plupart sont associées à des danses. Pendant la seconde guerre mondiale ces musiques sont interdites. On les joue donc dans des surprise-parties et dans des caves. Celles de Saint-Germain-des-Prés deviennent célèbres après la guerre. Des musiciens des États-Unis s'y produisent et y apprécient une certaine liberté. Même la Beat Generation se retrouve à Paris.
Le zazou a les cheveux longs et huilés, porte donc une longue « veste quadrillée » (à grands carreaux) ample qui lui tombe sur les cuisses avec de nombreuses poches à revers et souvent plusieurs martingales ce qui est assez provoquant à une époque où le tissu est rationné et en complet décalage avec le costume fasciste. Son chapeau est à rebords étroits. Sa chemise a un col haut qui prend le cou tenu par une épingle, une cravate étroite faite de toile ou de grosse laine généralement avec un petit noeud placé très haut, un costume croisé à quatre boutons et à grande encolure, serré au niveau du bassin. Le gilet peut être de couleur, le plus souvent dans un ton en harmonie avec le costume. Le pantalon est étroit et froncé. Le parapluie remplace la canne mais reste fermé. Les carreaux qui sont à la mode au moins depuis le XIXe siècle dans la jeunesse parent non seulement les vestes mais aussi les jupes, les parapluies et jusqu’aux voitures de certains zazous. La chanson Ils sont zazou que je retranscris un peu plus loin dépeint cet accoutrement. Évidemment toutes les fantaisies sont possibles mais c’est le type récurrent. Les femmes zazous ont de longs cheveux souvent blonds, bouclés ou tressés. Elles sont fardées avec un rouge à lèvre voyant et portent des lunettes noires. La veste est carrée au niveau des épaulettes. La jupe est courte (au dessous es genoux) et plissée. Leurs bas sont rayés ou même à résille et les chaussures avec des semelles de bois colorées et épaisses. Lors de l'exposition du 27 novembre, une paire de ces souliers était présentée dans un sac : avec une semelle et un talon entièrement en bois peint en rouge et le reste dans un tissu épais.
Depuis l’arrivée du jazz en France, et l’époque swing de l’entre-deux-guerres, le jeune français à la mode s’extasie devant les nouveaux airs venus d’Amérique (du nord et d’Amérique latine). Le débarquement des alliés ne fait qu’accentuer cela. Le rock’n’roll prend progressivement la relève. Pendant l’occupation, la vie du zazou parisien n’est pas de tout repos. Surtout à partir de 1942 où semble-t-il on assiste aux premières rafles et rossées de ces élégants dans les rues. Cependant ce mouvement perdure. Pour faire passer les chansons américaines, on les réécrit en français … et ça marche ! On ne 'fauche plus le persil' ; mais on continue à « faire » la place une telle, les Champs-Élysées (à la terrasse du Pam Pam) ... enfin tous les lieux parisiens de grande promenade. On se réunit pour danser et écouter de la musique parfois dans des caves ; mais le plus souvent dans des surprise-parties, dont le style ne change pas beaucoup de celui du film La Boom de Claude Pinoteau (1980), quand on a à faire à des adolescents de 14-17 ans, ou beaucoup plus encanaillées si on se réfère aux exemples relatés par Boris Vian dans son livre intitulé Vercoquin et le Plancton. Il n’est pas nécessaire de projeter des idées libertaires, révolutionnaires, politiques ou autres sur des jeunes qui sont simplement de leur âge, parfois dans un contexte difficile. Pendant l'occupation il n'y a pas beaucoup d'occupations : on ne peut voyager par manque d'essence ; les voitures sont peu nombreuses et restent au garage sur des cales du fait du manque de pneus ; les plages sont interdites ; les radios sont celles de la propagande ; les journaux sont réduits à une feuille recto-verso ... On va beaucoup au théâtre, au cinéma ; on lit énormément, et la vie intellectuelle reste riche. Nombre des jeunes d'alors sont des 'zazous'. Le chanteur Léo Ferré (1916-1993) lui-même se considère comme en étant un. Dans une interview il oppose sa génération zazou à la yéyé qui annonce les débuts de la musique purement commerciale.
vercoquinetleplanctonreliure300lmPhotographie 4 : Vercoquin et le Plancton de Boris Vian, Paris, Gallimard : La plume au vent (collection dirigée par Raymond Queneau), cinquième édition, octobre 1946. La première édition semble être elle aussi chez Gallimard et dater de la même année. © LM.
Boris Vian (1920-1959) est lui aussi zazou. C'est un passionné de jazz. Dans son roman publié en 1946 Vercoquin et le Plancton il relate l'organisation de surprises parties pendant l'occupation par et pour des zazous. Voici une description des habits et de la façon de danser d'un couple swing : « Le mâle portait une tignasse frisée et un complet bleu ciel dont la veste lui tombait aux mollets. Trois fentes par derrière, sept soufflets, deux martingales superposées et un seul bouton pour la fermer. Le pantalon, qui dépassait à peine la veste, était si étroit que le mollet saillait avec obscénité sous cette sorte d'étrange fourreau. Le col montait jusqu'à la partie supérieure des oreilles. Une petite échancrure de chaque côté permettait à ces dernières de passer. Il avait une cravate faite d'un seul fil de rayonne savamment noué et une pochette orange et mauve. Ses chaussettes moutarde, de la même couleur que celles du Major, mais portées avec infiniment moins d'élégance, se perdaient dans des chaussures de daim beige ravagées par un bon millier de piqûres diverses. Il était swing. La femelle avait aussi une veste dont dépassait d'un millimètre au moins une ample jupe plissée en tarlatatane de l'île Maurice. Elle était merveilleusement bâtie, portant en arrière des fesses remuantes sur des petites jambes courtes et épaisses. Elle suait des dessous de bras. Sa tenue moins excentrique que celle de son compagnon, passait presque inaperçue : chemisier rouge vif, bas de soie tête de nègre, souliers plats de cuir de porc jaune clair, neuf bracelets dorés au poignet gauche et un anneau dans le nez. Il s'appelait Alexandre, et on le surnommait Coco. Elle se nommait Jacqueline. Son surnom, c'était Coco. Coco saisissait Coco par la cheville gauche et, la faisant habilement pivoter en l'air, la recevait à cheval sur son genou gauche, puis, passant la jambe droite par-dessus la tête de sa partenaire, il la lâchait brusquement et elle se retrouvait debout, la figure tournée vers le dos du garçon. Il tombait soudain en arrière, faisait le pont et insinuait sa tête entre les cuisses de la fille, se relevant très vite en l'enlevant de terre et la faisant repasser, la tête la première, entre ses jambes, pour se retrouver dans la même position, le dos contre la poitrine de sa compagne. Se retournant alors pour lui faire face, il poussait un « Yeah ! » strident, agitait l'index, reculait de trois pas pour avancer aussitôt de quatre, puis onze sur le côté, six en tournant, deux à plat ventre, et le cycle recommençait. Les deux transpiraient à grosses gouttes, concentrés, un peu émus de l'attention nuancée de respect que l'on pouvait lire sur le visage des spectateurs admiratifs. Ils étaient très, très swing. » » Dans son Manuel de Saint-Germain-des-Prés publié en 1951, Boris Vian critique le zazou au profit de l'existentialiste dans lequel il se reconnaît plus alors.
Voici les paroles de Je suis Swing (78T de 1939) de Johnny Hess : « La musique nègre et le jazz hot / Sont déjà de vieilles machines / Maintenant pour être dans la note / Il faut être swing / Le swing n'est pas une mélodie / Le swing n'est pas une maladie / Mais aussitôt qu'il vous a plu / Il vous prend et n'vous lâch'plus / Oh! je suis swing / Oh! je suis swing / Zazou, zazou, je m'amuse comme un fou. »
ilssontzazoustitre300lmPhotographie 5 : Page de titre d'une partition datée de 1942 : Ils sont zazous. Les paroles sont de Maurice Martelier et la musique de Johnny Hess avec un tempo swing. Cette chanson a été interprétée  notamment par Charles Trenet. « Les cheveux tout frisottés / Le col haut de dix huit pieds / Ah ! Ils sont zazous ! / Le doigt comme ça en l’air / Le veston qui traine par terre / Ah ! Ils sont zazous ! / Ils ont des pantalons d’une coupe inouïe / Qui arrive un peu au dessous des genoux / Et qu’il pleuve ou qu’il vente ils ont un parapluie / Des grosses lunettes noires et puis surtout / Ils ont l’air dégouté / Tous ces petits agités / Ah ! Ils sont zazous ! / Un jour un brave notaire / De son pays débarquant / Venait pour de grosses affaires / De legs et de testaments / Il avait l’allure très digne / Mais comme les modes de maintenant / Ont à peu près la même ligne / Que celle de dix neuf cent / Deux jeunes zazous s’écrièrent en l’apercevant : / Ce qu’il fait distingué / Son col haut de dix huit pieds / Ah ! Ce qu’il est zazou ! / Il a ce brave notaire / Le veston qui traine par terre / Ah ! Ce qu’il est zazou ! / Il ne se doutait pas ce très digne notaire / Qu’il pouvait être à ce point zazou / Car tous ses vêtements lui venaient de son grand-père / Le col, le veston, et tout et tout / Il fut tout étonné / De se voir ainsi remarqué / Par tous les zazous ! / De retour chez lui le notaire / Sidérait tous ses amis / Y ne marchait que le petit doigt en l’air / Mais bientôt ce fut bien pis / Cette maladie pris sa fille / Sa femme, son clerc, son toutou / Enfin toute la famille / Tout le monde devint zazou / Dans le pays quand y se promenaient on les croyait fous / En les voyant passer / Les braves gens s’écriaient / Tiens ! Voilà les zazous ! / Après mûres réflexions / Le docteur en consultation / Dit : Ils sont zazous ! / C’est une maladie un peu particulière / Bientôt il n’y paraitra plus rien / Avec une bonne cure de polka de nos grands-mères / Puis se regardant il dit : Tiens ! Tiens ! / Mes cheveux tout frisottés / Mon col haut de dix huit pieds / Mais je suis zazou ! / Tout comme le notaire / Mon veston traine par terre / Donc je suis zazou ! / Et si ce n’est qu’une question vestimentaire / Je suis le plus zazou d’entre nous / Car ma redingote traine jusque par terre / Je ne vois qu’un remède faisons couper tout / Le docteur avait compris / Que là se tenait l’esprit de tous les zazous ! » [retrouver ces paroles sur paroles.voila.fr] © LM. Cette chanson s'écoute sur la vidéo ci-dessous de Camille 885.

quandjedanseleboogierecadre300lmPhotographie 6 : Partition de Quand je danse le boogie (1943). Le swing n'est pas la seule musique à la mode chez les zazous, il y a aussi par exemple le boogie-woogie. © LM.
Photographies 7 et 2 : Dans Le Zazou neurasthénique (paroles d'André Mile, musique de Paule Muray, joué sur un swing mou) celui-ci est décrit dans sa posture de 'petit dégouté' que l'on retrouve souvent chez les petits maîtres  (voir l'article Le Petit-maître en Chenille) ; surtout après la Révolution. Cette mollesse est décriée et ces gandins en rajoutent. On retrouve dans cette chanson d'autres thèmes appartenant aux jeunes à la mode : le chahut, la simulation de la folie, la distinction, le bon ton ; les manières de danser, de s'habiller et de se tenir très particulières. Voici le texte de cette chanson : « COUPLET C'est un vrai swing, Un tout joli un classique Dans les dancings C'est un des plus frénétiques Et ses grands vestons Ses cheveux en festons Indiquent le bon ton Mais il n'est pas gai. Sous son air distingué lezazouneurasthenique300lmOn le sent fatigué Le swing lentement froidement sûrement Le swing l'a tué l'a vidé possédé Mais sur les genoux rendu fou rendu mou Le Zazou Di es i rae di es i la ah ! Il a l'air flemmard son regard est hagard Il se sent mourir dépérir et maigrir Car le cerveau flou par à coups se dissout Du zazou  Di es i rae di es i la ah ! Le chahut éperdu Des saxophones Le vaincu la tordu Il déraisonne Il a les cheveux douloureux c'est affreux. Le jazz le terrasse et fracasse sa carcasse Et dans ses yeux fous Ya surtout le dégout Du zazou  Di es i rae di es i la. II COUPLET Tous les docteurs, On dit que c'était chronique. Le swing rageur, L'a rendu neurasthénique. Il se ramollit On le sent abruti C'est un garçon fini On a essayé D'un peu le soulager Mais il est condamné. III COUPLET Je l'ai vu hier Ça m'a fait bien de la peine L'index en l'air Et le veston à la traîne Et lorsqu'il me vit L'air affable il me dit : C'est moi Tchaikowsky j'ai compris de suit' Qu'sa cervell' décrépit' Etait bouffée' des mit's. » Ces paroles sont publiées pour la première fois sur Internet ; comme nombre des documents textuels et iconographiques de ce blog. Du reste presque tout le corpus iconographique concernant la mode provient de photographies prises à partir de documents d'époque de ma collection. © LM.
Photographie 8 : « Mon heure de Swing : La chanson des vrais Da Dou Da Dou Da ». Paroles de Georgius et musique de H. Rawson. Indication de « Copyright 1941 ». La partition commence par une « Annonce : On dit que les êtres humains ont une heure de folie par jour. Moi j'ai ça … mais comme je suis plus moderne … c'est mon heure de swing. » Ensuite vient la chanson : « C'est mon heure de swing Oui, mon heure de swing Doudadou dadou dadou dadou dadou L'index en avant Secoué d'un tremblement C'est charmant ! Quand Cela me prend C'est mon heure de swing J' fais des boum, des bing Doudadou dadou dadou dadou dadou Je me sens tellement gamin Soudain En sortant de mon bain L'œil perdu au lointain Zut pour les voisins ! J'ai mon heure de swingmonheuredeswing300lm L'heure où je trépigne J'en fiche un coup Doudadou dadou ! Dou ! L'autre jour, rue Bleue On faisait la queue Était-ce pour du lait, du beurre ou des choux ? Un vieux sergent d' ville Me fait prendre la file Tout l' monde était renfrogné quand tout à coup J'ai mon heure de swing Je fais « Boum » et « Bing » Doudadou dadou dadou dadou dadou À côté de moi Une vieille, prise d'effroi S'écrie « Quoi ! Quoi ? » Et m' mord le doigt. C'est mon heure de swing, Mais l'agent, très digne Doudadou dadou dadou dadou dadou Lui a dit « C'est un pauvre d'esprit » Doucement il m'a souri - « Suivez-moi mon ami. » Mais je lui ai dit : C'est mon heure de swing Et lui a fait « Bing » Son pied dans mon Doudadou dadou ! Le bon vieux notaire De la rue Daguerre Est mort l'autre jour. Quel bel enterrement, À la sacristie Fin d' cérémonie, On s'inclinait devant la famille ... quand … J'ai mon heure de swing Je fais « Boum » et « Bing » Doudadou dadou dadou dadou dadou Le brave bedeau Me casse sur le dos, Aussitôt, Oh ! Canne et pommeau. J' suis sorti, en swing, Et fier comme un cygne, Doudadou dadou dadou dadou dadou. Dehors les badauds faisaient la haie, Tous les chiens aboyaient, Les vieilles se signaient, L' croque-mort en claquait, Mais … J'étais très swing En plein « Boum » et « Bing » J'ai tout du fou Doudadou dadou ! C'est mon heure de swing, Faut qu'on s'y résigne. Doudadou … L'épidémie s'étend partout. Avec son cabas, Plein de rutabagas, Un pauvre gars Ah! Là-bas s'en va En faisant le swing Son doigt fait des signes, Doudadou … Il traverse entre les clous, Il va s'engouffrer dans le métro, On n'y est jamais trop Départs, virages, cahots, Pauvres asticots, Tout l' monde fait du swing Des « Boum » et « Bing » On travaille du … Doudadou dadou. Ah ! Pitié pour nous, Ah ! Guérissez-nous Du dadou dadou dadou da douda … Dou ! » Les paroles sont sur fr.lyrics.wikia.com. © LM.
Photographies 9 et 10 : Article pleine page de L'Illustration n° 5168 du 28 mars 1942 intitulé 'Nouveaux dandys'.  Dimensions : 38 x 28,5 cm. Les zazous tels que représentés sur ces illustrations sont dans le pur style des États-Unis à l'époque : cheveux mi-longs et bouclés, épaules carrées, jupe courte au dessous des genoux et mocassins pour la fille ; coiffure 'banane', cravate étroite, une veste dite 'canadienne', pantalon large et chaussures épaisses pour le garçon. Voici l'article : « Un grand café du Quartier Latin vers 5 heures du soir. Les facultés se sont vidées ; les bars bien chauffés se remplissent ; la traditionnelle jeunesse universitaire change de cadre et après l'amphithéâtre, vient, pour se détendre, palabrer dans le brouhaha des brasseries. Rien ne semble changé depuis des années, si ce n'est que moins de pipes fument au creux des mains et que les garçons et les filles accoudés devant des demis ou des boissons de remplacement représentent la France nouvelle, dont tous les discours officiels vantent le juvénile élan et le bon sens. Et, en fait, l'enthousiasme anime bien des regards car les jeunes auxquels on confie une grande tâche se dérobent rarement. Il existe cependant une catégorie d'étudiants qui, d'allure et de langage nettement différents, nouveauxdandys1942detailaa300lmconstituent en quelque sorte une tribu à part, ayant ses moeurs, ses coutumes et jusqu'à sa morale … Autour des tables, on les reconnaît aisément ; les hommes portent un ample veston qui leur bat les cuisses, des pantalons étroits froncés sur de gros souliers non cirés et une cravate de toile ou de laine grossière ; mais comme cela ne suffirait pas à les distinguer de tant d'autres Parisiens, ils lustrent à l'huile de salade, faute de matières grasses, leurs cheveux un peu trop longs, qui descendent  à la rencontre d'un col souple maintenu sur le devant par une épingle transversale. Cette tenue est presque toujours complétée par une canadienne dont ils ne se séparent qu'à regret et qu'ils gardent volontiers mouillée. Car ils ne sont vraiment eux-mêmes que sous la pluie : obéissant en cela à l'un des rites qui leur sont chers, ils traînent avec délices leurs pieds dans l'eau, crottent leur pantalon, exposent aux averses leurs cheveux touffus et gras. Quant aux femmes, elles cachent sous des peaux de bêtes un chandail à col roulé et une jupe plissée fort courte ; leurs épaules, exagérément carrées, contrastent avec celles des hommes, qui les « portent » tombantes ; de longs cheveux descendent en volutes dans leur cou ; leurs bas sont rayés, leurs chaussures, plates et lourdes ; elles sont armées d'un grand parapluie qui, quelque temps qu'il fasse, reste obstinément fermé. Tel est l'uniforme que ces jeunes gens ont tenu à arborer pour coopérer à la reconstruction de la France, pour parler de l'avenir entre deux danses épileptiques et clandestines … entre deux swings … Successeurs des Muscadins, des Merveilleuses, des Charleston et de tous les insouciants nés des grands troubles, ils imitent des personnages traditionnels en parlant avec emphase et en faisant des effets de bars ; ce qui ne les empêche pas de prendre leur rôle au sérieux et d'exposer leur profession de foi dans un refrain dont les notes aigües font vibrer les pianos et les haut-parleurs : « Je suis swing, da dou, da dou, dadoudé ... » Swing ! Un mot que le public accueille avec un haussement d'épaules indulgent comme une mode inoffensive ou une invention de chansonnier en quête de cible nouvelle ; un mot étranger dont il connaît d'ailleurs mal le sens et dont il fait, par ignorance, le synonyme de « chic » ou l'équivalent d' « agité » ; un mot cependant qui résume tout un programme, car, traduit en français, il signifie « direct », désigne le coup de poing du boxeur et semble évoquer la ligne droite, le dynamisme, la franchise poussée jusqu'à la brutalité. Le terme, reconnaissons-le, serait assez bien choisi et aurait peut-être fait fortune sans sa parure d'enfantillages, que blâment les non-initiés et les speakers des deux zones. « Nous poursuivons cependant une politique de redressement » clament les adeptes. Et, après avoir écrasé de leur mépris ceux qui ont fait et manqué la guerre, ils arborent en toutes circonstances un air soucieux dont rien ne les fait se départir. Conscients d'avoir le monde à remuer, ils poussent leurs idées dans la conversation avec des gestes las et affectés. Et il n'est de domaine qui ne les attire ; leur activité s'étend jusqu'à l'art, dont ils ont la prétention d'orienter les tendances : en musique ils recherchent la succession des sons graves et aigus qui coupent, en haut, la respiration pour ne la rendre que dans l'abîme insondable des basses : les montagnes russes en harmonie … Ils ont leurs jazz spécialisés, conduits par des chefs d'orchestre qui ne battent plus la mesure avec les jambes et les hanches comme au temps du shimmy, mais avec les épaules ; et de ces conducteurs d'orchestre ils font pour ainsi dire les grands-prêtres du swing chargés de communiquer au public leur fièvre croissante, leur agitation rythmée afin de créer une sorte d'hallucination collective ; des concerts sont régulièrement organisés dans les grandes salles de Paris, où se bousculent les amateurs enthousiastes. En peinture, ils dédaignent le dessein pour n'accorder d'intérêt qu'à la « pâte », dont ils décrivent les épaisseurs d'un geste professionnel du pouce dressé en spatule. Tels sont les vrais gens swings du Quartier Latin, ceux que l'on appelle par dérision les « zazou » et qui sont à l'origine de « mouvement » dont le style fut par la suite déformé. Car il existe maintenant une autre variété de ces dandys nouveaux ; une imitation superficielle, beaucoup plus élégante et moins « pure », qui siège aux Champs-Elysées ; ces swings-là vont encore chez le coiffeur, portent des pantalons bien coupés, mais se contentent d'un rôle de figurants sans en rechercher l'esprit. D'autres enfin, qui ne sont plus de première jeunesse, croient donner l'illusion de l'éternel printemps en imitant les étudiants ; mais à ces hommes mûrs, qui n'ont pas l'excuse de la puérilité, il faut l'atmosphère un peu frelatée des boîtes de nuit et un quartier général dans un établissement de Montmartre … … Et nous allions oublier le signe de ralliement, qui n'est point un blanc panache, mais, pour les filles, une curieuse touffe de cheveux frisés dressée vers le ciel et, pour les garçons, une mèche ondulée … Souhaitons que cette carapace de petits snobismes se dégage en temps voulu la volonté d'agir. Robert Baschet. Dessins de Marcel Chamard. » Cet article (publié pour la première fois sur Internet) est courageux à une époque où Paris est occupée. Il nous donne aussi de nombreux renseignements sur les zazous. © LM.

nouveauxdandys194270100© Article LM

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Le haut-de-forme

LesCannesDeMPBourgetDuChapeauDetail4300lmPhotographie : Illustration d'après des dessins d'Henri Farge gravés sur bois par Georges Aubert lelionjournaldesnouveautesdetail300lm.jpgdu chapitre 'Du chapeau' du livre d'Eugène Marsan Le Bon Choix de Philinte : Petit Manuel de l'Homme élégant édité à Paris chez Le Divan en 1923. A chaque chapeau l'artiste a donné une date : « 1810 », « 1830 », « 1818 », « 1858 », « 1910 ». Tous sont semblables.
Photographie de gauche : Exemple d'un haut-de-forme en 1855. Il suffit d'aller sur la page consacrée au XIXe siècle de mon site Le Bon Ton, pour comprendre que ce chapeau est courant dès le début de ce siècle et jusqu'à la fin. On y trouve un exemple de 1802 et un autre de 1808.
Le haut-de-forme est un chapeau emblématique de la mode masculine du XIXe siècle. Tous les hommes d'une certaine 'importance' en portent. Son origine est incertaine ; mais certains chapeaux des incroyables à la Révolution en sont une prémisse. Dans tous les cas la calotte est ronde. Les bords commencent à se rétrécir à gauche et à droite tout en se relevant quelque peu. Puis le devant et l'arrière deviennent plus étroits mais avec un mouvement inverse (vers le bas). A partir de la Révolution et jusqu'à la fin de l'ère napoléonienne, les deux principales sortes de chapeaux sont les bicornes et ce genre de chapeaux ronds plus ou moins petits et hauts. Par la suite une haute calotte devient la règle.
chapeauhautsdeformedatesa650lmPhotographies : Évolution du dernier tiers du XVIIIe siècle au premier tiers du XIXe.
sonarriveretravaille300lmPhotographie : Hauts-de-forme au début du XXe siècle. Lithographie (52x70,5 cm) de Georges Goursat dit SEM (1863-1934) provenant d'un de ses albums publiés au début du XXe siècle (jusqu'en 1927). Elle fait partie d'un diptyque avec « Son arrivée » et « Son départ ». Ici il s'agit de la première.

© Article LM

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Exposition Oberkampf Bon Ton : Les petits maîtres de la mode française.

entree2300Voici le texte de l'exposition qui a eu lieu le dimanche 27 novembre au 108 rue Oberkampf. Ceux qui suivent ce blog  retrouveront des passages d'articles anciens. De même les images ne sont pas nouvelles.

Une spéciale dédicace et de vrais remerciements à l'équipe du Bric à Brac !

Qui connaît aujourd'hui les petites-maîtresses et les petits-maîtres qui sont le sujet de cette exposition : toute la jeunesse d’avant-garde, mignarde, intelligente, belle, bien facée (qui a le visage plein et une belle représentation), séduisante, galante, de bon goût, haute, délurée, créatrice … incroyable, inconcevable, inimaginable, merveilleuse, coquette … en un mot : moderne ? Cette exposition présente ces modeux à travers des photographies de documents d'époque des XVIIIe et XIXe siècles agrandis et imprimés sur toiles, et des habits d'époque de la première moitié du XXe siècle : aux temps de la Belle Époque, des Années folles et des zazous. Ces tenues appartiennent à deux boutiques du quartier (rue Moret) : Ancienne Mode spécialiste des vêtements du XIXe siècle, et Casblanca, en particulier de l'époque zazou. Un clin d'oeil est fait à Christophe-Philippe Oberkampf (1728-1815) industriel créateur de la toile de Jouy.
COSTUME DE CARNAVAL DE DOMINO. Illustration provenant du tome second de La Vie élégante, 1883. La période du carnaval est un moment festif important dans l'année parisienne. C'est aussi une période de transgression des codes : certaines femmes se vêtissent en homme ou le contraire ; on s'habille d'une manière extravagante et en dehors des usages coutumiers ... On puise dans de multiples inspirations : le passé, les civilisations, le grotesque, les animaux, la féérie … Parmi ce mélange, certains types sont récurrents comme : le débardeur, l'arlequin, le domino, le pierrot, le chicard etc.
COSTUME DE CARNAVAL D'ARLEQUINE. Autre illustration provenant du tome second de La Vie élégante, 1883. Le carnaval de Paris est durant cinq siècles l'un des plus importants du monde. Il succède à la fête médiévale des fous qui elle-même a sans doute des origines antiques. Il se déroule en particulier durant la période du Mardi gras, en février/mars. Cortèges, fêtes et bals masqués rythment ce moment. Celui dit de l'Opéra est le plus réputé aux XVIIIe et XIXe siècles.
3L'ÉLÉGANTE. « Toilette Florentine avec l'Élégant Chapeau des Champs Élysées. ». XVIIIe siècle. Le Dictionnaire de l'Académie française de 1798 décrit l'élégant comme étant « un homme recherché dans son ton, ses manières et sa parure ». L'élégance, le bon goût, le bon ton, la galanterie, avoir de l'esprit … sont des éléments importants de la mode française qui trouve une de ses sources dans l'univers courtois du Moyen-âge.
4LA COQUETTE. « Jolie Femme en Circassienne de gaze d'Italie puce, avec la jupe de la même gaze couvrant une autre jupe rose garnie en gaze broché avec un ruban bleu attaché par des Fleurs et glands et gaze Bouilloné par en bas, et des manchettes de filet, coiffée d'un Chapeau en Coquille orné de Fleurs et de Plumes. » Cette dame est du XVIIIe siècle bien que les coquettes et les coquets soient en particulier décrits dans des textes du XVIIe. La coquette est moins intellectuelle que la précieuse mais elle est un personnage important de la mode parisienne.
LE MERVEILLEUX. 5On donne ce nom à de magnifiques jeunes gens de l'époque du règne de Louis XV (1715-1774) qui suscitent l'émerveillement. Celui-ci est de l'époque de Louis XVI (1754-1793). Le merveilleux est dans la continuation du roué, du talon rouge, du menin, du beau-fils, du libertin, du raffiné, du mignon, du fringant et de beaucoup d'autres petits-maîtres qui le précèdent. Il porte ici la tenue masculine caractéristique durant tout ce siècle : l’habit à la française, composé de l’habit, du gilet et de la culotte. Il a une perruque et un tricorne (chapeau très fréquent alors).
6LA PETITE MAÎTRESSE. Personnage d'une estampe provenant d'une revue de mode du dernier quart du XVIIIe siècle. On appelle (surtout aux XVIIe et XVIIIe siècles) 'petits-maîtres' et 'petites-maîtresses' des jeunes gens se caractérisant par leurs habits, leurs manières nouvelles, leur élégance et leur beauté. La scène parisienne occupe alors la première place avec ses lieux à la mode et ses élégants qui s'y promènent depuis l'Antiquité. Comme aujourd'hui, ceux-ci ont leurs lieux, manières, vocabulaire, habits …
7L'INCONCEVABLE DE 1798 « dessinée d’après nature sur le Boulevard des Capucines » provenant d'une revue de mode très populaire à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe intitulée : Journal des Dames et des Modes. Ce périodique, fondé à Paris en 1797, est celui qui témoigne le mieux du changement radical de la mode de la fin du XVIIIe siècle. La jeune fille a une coiffure dite textuellement « en porc-épic ». Cette mode aurait été instituée en solidarité avec des condamnés à l’échafaud : cette coupe imitant celle de ces derniers ou dernières avant de passer à la guillotine. On lui donne alors le nom de « coiffure à la victime ». A la fin de la Révolution on organise des « bals des victimes » ouverts à ceux ayant perdu au moins un de leurs proches à la guillotine. Ceux-ci généralisent le port de robes gréco-romaines et des cheveux courts qui imitent les représentations antiques des découvertes archéologiques du XVIIIe siècle. Les coupes courtes sont aussi appelées « coiffures à la Titus » du nom du fils de Brutus que l’acteur de tragédie François-Joseph Talma (1763 - 1826) joue avec cette coupe qu’il porte aussi en ville. Ces nouvelles manières sont en contradiction totale avec les précédentes, et laissent le peuple pantois d'où le nom donné aux élégantes d'alors de merveilleuses ou d'inconcevables et pour les hommes d'incroyables.
7aPetits maîtres du XVIIe siècle au début du XIXe, avec en particulier en son centre une gravure de 1797 intitulée « Café des Incroyables », avec pour sous-titre : « Ma parole d’honneur ils le plaisante » (orthographe retranscrite). Tous les incroyables sont ici affublés d’une perruque blonde (ou d’une coupe ?) 'en oreilles de chien', c'est-à-dire, comme on le voit : les cheveux coupés sur le dessus, tombant sur les côtés, longs au dos et tressés pour être remontés derrière la tête. Certains portent des chapeaux qui sont de deux styles. Ils ont deux boucles d’oreilles rondes et assez grandes, une cravate qui couvre le menton, une culotte, des bas avec des motifs, des souliers pointus… Ils tiennent des cannes ; ont des lunettes, des faces-à-main ou une lorgnette. Un garçon sert du café. Le décor est de style néo-classique et le dessinateur/graveur (qui a signé RLL) s’est représenté lui-même sur la droite dans l’ombre, avec son stylet.
ToiledeJouyBleueHuet400OBERKAMPF. Une exposition sur une histoire de la mode dans le quartier Oberkampf (1738-1815) se devait de parler de Christophe-Philippe Oberkampf, industriel français d'origine allemande, créateur de la toile de Jouy. Le Musée de la toile de Jouy nous a prêté quelques rééditions contemporaines de modèles de la fin du XVIIIe siècle fabriqués à partir de dessins ou gravures de Jean-Baptiste Huet (1745-1811). Un remerciement au Musée de la toile de Jouy qui a prêté ces rééditions.
ToiledeJouyFabrication500OBERKAMPF ET LA TOILE DE JOUY Ce tissu est particulièrement intéressant. Il retrace les étapes de la fabrication de la toile de Jouy ! La toile est d'abord lavée dans l'eau de La Bièvre, puis battue au fléau pour la débarrasser de son apprêt (1). Une fois séchée (2) elle passe à la calandre pour en aplanir le grain. Au préalable les motifs sont gravés sur des planches de bois et à partir de 1770 sur des planches de cuivre (3). Après l'impression la toile est plongée dans un bain de bouse de vache afin d'éliminer l'excès d'épaississant (4), puis lavée. Les toiles passent ensuite dans un bain de teinture - racine de garance - qui révèle les couleurs sur les parties de toile empreintes de mordants. Par garançage on obtient une gamme de couleurs du rouge foncé au rose tendre, du noir au lilas, violet, bistre. Le fond de la toile devenu rosâtre, celle-ci est exposée sur les prés pour blanchir (5). Le jaune et le bleu sont imprimés directement sur la toile. Le vert est obtenu par superposition de bleu et de jaune jusqu'en 1808. Après le travail de finition des pinceauteuses (6), certaines pièces reçoivent un apprêt composé d'un mélange de cire et d'amidon. Il est appliqué sur la toile qui passe ensuite à la calandre à chaud. Pour satiner ces pièces on les lisse à la bille d'agate ou de cristal fixée à l'extrémité d'un bras articulé : le lissoir (7). En 1797 un brevet écossais de 1783 est mis en application : l'impression au rouleau de cuivre. La machine fonctionnant en continu permet la production de 5000 mètres par jour. C'est un gain de temps considérable par rapport à la planche de cuivre.
8LE MUSCADIN. « Costume d'un Jeune Homme » de 1800. Son habit est caractéristique de celui d'un muscadin ou d’un incroyable. Son port est particulièrement gracieux et son geste de la main est une manière de langage propre à ces élégants. Le terme de « muscadin » vient de « musc » : parfum à la mode chez les hommes. Au XVIIe siècle on appelle aussi muguets les jeunes hommes sentant cette fleur. C'est à la Révolution (1789-1794) que la tenue présentée ici se généralise. Cette jeunesse rechigne à s’engager dans les armées de l’époque et à suivre les couleurs imposées. Elle a les siennes propres, comme le noir ou le vert ; et des collets portant ces teintes font l’objet de rixes avec les sans-culottes qui veulent les leur arracher. Les muscadins et incroyables de la Révolution s'expriment avec de nouveaux codes très modernes alors. Avec la fin des sans-culottes, l’ordre est représenté par les muscadins. Leurs habits deviennent même ceux des militaires. Sous l’Empire, Napoléon porte des habits d’incroyable (il fréquente beaucoup les merveilleuses les plus célèbres), ainsi que certains de ses officiers et de son armée.  Leurs immenses chapeaux « bicornes » en sont un exemple, de même que les cravates hautes, les manteaux caractéristiques etc.
9UN INCROYABLE ET UNE MERVEILLEUSE. La mode masculine des couvre-chefs gigantesques et très originaux du Premier Empire n’a aucun équivalent dans l’histoire de la mode des hommes ; même les hauts-de-forme du XIXe siècle font pâle figure en comparaison. On appelle aussi ce genre d'incroyable : un 'mirliflor'. Ce couple du début du XIXe siècle est en train de danser sans doute la valse qui est la musique à la mode à cette époque. La merveilleuse porte un habit à l'antique.
10UNE INVISIBLE AVEC UN BEAU. Couple de 1806. La femme porte une capote 'invisible'. On nomme aussi invisibles les personnes qui ont ce genre de chapeau. Si la taille reste haute, le vêtement se rigidifie et la poitrine se couvre. Le style du jeune homme est celui de l'anglomane. On appelle aussi fashionable une personne fascinée par les modes venues d'Angleterre. Le terme de freluquet désigne certains élégants de cette période (mot utilisé encore aujourd'hui). Cette tenue masculine est celle qui prédomine pendant tout le XIXe siècle.
11LE GANDIN DE 1817. « Costume de Longchamp ». En 1817 règne Louis XVIII. Le dandysme est à l'état de prémisse en France. C'est l'époque des tenues à l'élégance militaire du calicot, du morillo ou du bolivar. On ne sait trop si le nom de gandin vient de ses gants ou du boulevard du Gand à Paris très à la mode alors. Ce nom raisonne en France comme celui de 'dandy' Outre-Manche.
LA 12JEUNE FRANCE DE 1830. A cette époque on appelle surtout jeune France ou nouvelle France, le romantique aux cheveux longs et manières passionnées. 1830 c'est aussi le temps du dandy, de la lionne et du lion, du bas bleu et du gant jaune. La robe des femmes s'élargit et la taille est plus basse. Le corset abandonné par les merveilleuses est de retour. Les coiffures assez hautes sont dites 'à la girafe'. Femmes et hommes arborent des cheveux bouclés sur les côtés qui peuvent être des postiches. C'est aussi le temps de larges chapeaux féminins avec de nombreux rubans et autres jolis falbalas.
13UNE COCODETTE ET UNE BICHE DE 1858. Durant le second Empire, sous le règne de Napoléon III (de 1852 à 1870) de nombreux noms désignent les petites-maîtresses : petite dame, cocotte, crevette … Leurs acolytes sont le petit crevé (ou crevé), le gommeux (vers 1870), le fendant, le col cassé, le cocodès, le genreux, le daim … Le sport est très à la mode avec le sportsman, la sportswoman, le gentleman du sport ou le gentilhomme du sport. C'est l'apothéose des robes crinoline, très larges. Généralement ronde, la crinoline atteint son diamètre maximum vers 1858 avant de projeter sa masse vers l’arrière. On lui associe des volants superposés, des garnitures et des effets de matières, notamment avec la naissance du style dit tapissier. Les teintures, conséquences des progrès de la chimie, sont de plus en plus criardes. La bottine est la chaussure de l'époque. Les petites ombrelles sont des accessoires prisés lors des promenades.
14LA COPURCHIC DE 1876. 'Copurchic' désigne le suprême chic. C'est un adjectif et un nom désignant certains petits maîtres d'alors. La crinoline cède la place à la tournure vers 1869. La silhouette devient de plus en plus filiforme, et de 1874 à 1876 le pouf tend à disparaître ; mais la tournure subsiste sous l’aspect d’une 'queue d’écrevisse'. La robe, au corsage ajusté, se dote d’une petite traîne. La tournure cambre de plus en plus les reins. A la fin du XIXe siècle la tournure est délaissée mais la silhouette reste très fine et cambrée. Le corset est abandonné au début du XXe siècle pour un retour à l'aisance et la création du nouveau concept de vêtement pratique. Le dernier tiers du XIXe siècle est le temps du pschutteux, du grelotteux, du faucheur, du clubman, du bécarre, du high-life, du snoboye, du koksnof etc.
On retrouve ici une partie de la bicherie du XIXe siècle, avec divers petits maîtres : gandin, invisible, anglomane, fashionable, freluquet, nouvelle France, artiste, lionne, lion, bas bleu, gant jaune, cocodette, petite dame, cocotte, crevette, petit crevé, biche, gommeux, fendant, col cassé, cocodès, genreux, daim, copurchic, pschutteux, grelotteux, faucheur, clubman, bécarre, high-life, snoboye, koksnof etc.

VÊTEMENTS D'ÉPOQUE :

HABIT BELLE ÉPOQUE (fin XIXe-1914) de la boutique Ancienne Mode (rue Moret). « Les robes du début de la Belle Époque se caractérisent encore par une taille marquée alors que la tournure disparaît. De 1893 à 1897, la jupe ronde forme une cloche, répondant à d’imposantes manches gigot. En 1898, la ligne sinueuse contemporaine de l’art nouveau, tord le corps féminin en S, jusqu’à ce que le buste se redresse progressivement à partir de 1906. Le corset impose une cambrure drastique alors que la silhouette exige le port d’un aplatisseur de poitrine et d’une petite tournure. » Pour les hommes le complet trois pièces est de rigueur. Il est composé d’un gilet, d’un pantalon étroit et d’un veston. « La tenue de soirée se compose d’un habit noir avec un gilet blanc, alors qu’est porté pour la première fois le smoking. […] L’homme ne saurait sortir sans canne, sans son haut de forme ou son chapeau melon. Il arbore également des chaussures basses dotées de boutons. » (Citations des Arts Décoratifs de Paris).
HABIT DES ANNÉES FOLLES (1920-1929) de la boutique ANCIENNE MODE (rue Moret). Vers 1908, le célèbre couturier Paul Poiret (1879-1944) supprime le corset et le soutien-gorge fait son apparition. Ce même couturier initie la ligne dite tonneau. La tenue se libère encore davantage avec Coco Chanel (1883-1971). Durant les Années folles, toutes les audaces sont permises. Les femmes se coupent les cheveux à la garçonne. On danse sur des musiques américaines. L'influence des États-Unis est grandissante. Montparnasse est le nouveau quartier à la mode. Des artistes du monde entier s'y côtoient. Fini les corsets et les vêtements serrés. Plus d'entraves. C'est la période des formes épurées, des robes courtes "Charleston" à taille basse et toujours dans la ligne 'tube', des chapeaux cloche et des silhouettes minces. La mode masculine reste assez sobre avec un peu plus d'aisance qu'auparavant.
HABITS ZAZOU (1938-1945) de la boutique Casablanca (rue Moret). Le texte sera inclus dans un prochain article sur les zazous.

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La musique était de camille885 de Youtube.

© Article LM

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Oberkampf Bon Ton

L'exposition c'est ce dimanche (27 novembre) après-midi seulement !
Au Bric à Brac Bar (108 rue Oberkampf, Paris 11e, entre M° Parmentier et Ménilmontant).
Je présenterai des documents faisant resurgir quelques inconcevables petits maîtres (c'est ainsi qu'on appelle les dandys autrefois) de la mode parisienne des XVIIIe et XIXe siècles.
Deux boutiques du quartier Oberkampf, Ancienne Mode et Casablanca, exposeront des vêtements d'époque des années 1900 à 1950.
N'hésitez à venir habillés avec des touches anciennes !
Entrée libre
Plus d'informations sur www.lamesure.fr/expo.html

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Sylphes et sylphides

lafeuillesanstitren317doublepagegravure300lmlafeuillesanstitren317pagegravure300lmOn appelle sylphides et sylphes des jeunes femmes et hommes dont la beauté confère au merveilleux, à la féerie.
Dans la mythologie les sylphides et les sylphes sont des génies élémentaires de l’air.
Chateaubriand (1768-1848) raconte avoir créé dans son esprit  une sylphide qui lui tient compagnie. Ils sont des êtres de rêve, représentant l’idéal masculin ou féminin pour les romantiques jeune-France versés dans l'imaginaire, la fantaisie, la mélancolie et la passion. Le premier grand ballet romantique se nomme La Sylphide. On peut lire un long article ayant pour sujet ce personnage ici.
Photographies : Double page et détail du numéro 317 du quotidien La Feuille sans Titre, du dimanche 24 décembre 1777. Ce journal qui paraît du 1er février au 31 décembre 1777 prend comme modèle le premier quotidien français : le Journal de Paris qui paraît à partir du 1er janvier 1777 jusqu'en 1840. La Feuille sans titre se différencie quelque peu notamment en proposant à partir de son numéro 100 toutes les semaines une gravure de coiffure sur buste. Dimensions : 21x17 cm. Le premier volume (sur deux) rassemblant ces parutions est visible sur : gallica.bnf.fr. Le numéro présenté ici expose dans sa rubrique 'Modes' une gravure et la description de la « Coiffure à la Sylphide ». Voici le texte :
« Coiffure à la Sylphide.
lafeuillesanstitren317pagegravurea250lmOn sait que les Sylphes & les Sylphides étaient, selon les Cabalistes, des esprits aériens qui se montraient quelquefois sous des formes humaines, mais toujours belles & élégantes, & c'est sans doute la raison pour laquelle on a donné à cette Coiffure le nom de Sylphide.
Le toupet & les faces se relèvent sur le coussinet comme dans les autres accommodages, en formant sur le sommet de la tête un demi-cercle parfait. De dessous le toupet ainsi ajouté, sort une masse de cheveux qui ont la même direction & qui paraissent en former un second, mais distingué, & séparé de l'autre. Cette masse de cheveux est ajustée en manière de toque, d'où sort du côté gauche une aigrette attachée par un petit flot de ruban, & du côté droit une cocarde. Cette toque formée de cheveux, comme nous l'avons dit, s'appuie sur le chignon retroussé négligemment, mais maintenu par le milieu d'un large ruban à la hauteur des oreilles. Au lieu de retrousser les extrémités des cheveux du chignon en dessous, on les laisse pendre négligemment pardessus, mais les pointes frisées en bequilles. Les faces ne consistent qu'en une grosse boucle, de chaque côté, qui prend de derrière l'oreille & va en remontant se terminer à la toque & au chignon pour remplir l'espace qui les divise. Sous cette boucle, les cheveux qui pourraient en former une seconde, pendent négligemment & sans apprêt jusques sur l'épaule ; & cet espèce de négligé, dans une Coiffure soignée, pour tout le reste, fait un contraste des plus agréables, & donne à la physionomie un certain air de négligence & de douceur qui ne peut manquer de plaire. Dans une partie de cette coiffure ; c'est la Dame la plus occupée de sa coiffure ; dans l'autre c'est celle qui, contente des dons de la nature, les laisse dans l'état qu'elle les lui a donnés, & n'en paraît pas moins belle.
C'est peut-être aussi pour cela qu'on a donné à cet accommodage le nom de Sylphide ; les esprits ne s'occupant guère des ornements des corps qu'ils empruntent ou que quelques sectes leur prêtent.
En jetant les yeux sur cette Coiffure, nous l'avons trouvée élégante & gracieuse ; & nous ne doutons pas, que venant de la source du goût en ces matières, les Dames ne nous sachent bon gré de la leur avoir procurée. »
Pour comprendre un peu mieux la coiffure féminine de cette époque, on peut regarder ces photographies d'une tête de femme datant du XVIIIe siècle qui nous permettent d'appréhender l'archétype de cette manière de cheveux de face, de trois quarts et de dos. Photographies 1, 2 et 3.

© Article LM

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La Rencontre des Incroyables

larencontredesicroyables300lmlarencontredesicroyablesdetail300lmPhotographie : « La Rencontre des Incroyables », gravure par L.-C. Ruotte, d'après Bunbiry « hé ! Bonjour mon ser comme tu es engraissé depuis que je ne t'ai vu ; ma pa-ole d'honneur c'est Inconcevables » (orthographe du texte). Cette estampe est sans doute une reproduction bien postérieure à l'édition originale qu'elle reprend. Cette caricature représente deux incroyables, sans doute des agioteurs, que la Révolution a engraissés. Beaucoup de ces « nouveaux riches » prennent les manières des premiers incroyables, de la même façon que certaines prostituées du Palais-Royal imitent  les merveilleuses. Comme d'habitude les copies nous donnent des renseignements sur les originaux. Ces incroyables ont les deux types de chapeaux pour hommes à la mode alors : le bicorne et l'ancêtre du haut-de-forme ; et les deux sortes de coiffures : perruque à 'oreilles de chien' et cheveux courts à la Talma. Un a des boucles d'oreilles. Tous deux portent une cravate haute qui leur cache le menton, un gilet (dont un à rayures vertes et blanches : deux couleurs de l'ancien régime et de la royauté, le gilet encadrant du reste un médaillon représentant Louis XVI), une redingote, une culotte, des bas avec jarretières (on ne voit que les jarretières pour celui de droite ses bas étant cachés par des guêtres jaunes) et des chaussures pointues à talons bas dont la paire de celui de droite rappelle certains exemples de poulaines médiévales à bouts  parfois très longs. Il se saluent en croisant leur petit doigt. Le texte insiste sur leur façon de parler en zozotant et en ne prononçant pas le 'r'.

larencontredesicroyablestexte650lm© Article LMlarencontredesicroyablessalut300lm

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Merveilleuses & merveilleux