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Le galant, la galante et la galanterie

cavalierenescharpe300.jpg« […] je ne goûte point trop que d'une idée galante, on me rappelle à une autre qui est basse, et sans agrément. » écrit Bernard Le Bouyer de Fontenelle (1657-1757).

Photographie : " Cavalier en écharpe. Il est galant déterminé. Jetant ses cheveux en arrière. Et prêt à fournir la Carrière dans un bal après le dîner. Chez I Bonnart, au Coq. Avec privilège du Roi. " Gravure du XVIIe siècle déjà exposée dans ce blog.

La définition qu'en donne la première édition (1694) du Dictionnaire de l'Académie française est la suivante : «  GALANT, [gal]ante. adj. Honnête, civil, sociable, de bonne compagnie, de conversation agréable. Galant homme. galante femme. Il signifie aussi, Un homme habile en sa profession, & qui entend bien les choses dont il se mêle, qui a du jugement, de la conduite, de l'agrément. Vous lui pouvez donner votre affaire à conduire, il s'en acquittera bien, car c'est un galant homme. c'est un homme de mérite, un galant homme. Il se dit aussi par flatterie ou par familiarité, pour Louer une personne de quelque chose que ce soit. Vous êtes un galant homme d'être venu exprès pour nous voir. vous seriez un galant homme si vous me faisiez ce plaisir là. Il signifie aussi, Un homme qui cherche à plaire aux Dames, & dans ce sens on met Galant après de substantif. C'est un homme fort galant. On dit, d'Une femme coquette, qu'Elle est galante. Il se dit aussi, Des choses. Il a l'air galant, la façon galante, l'esprit galant, les manières galantes, pour dire, Agréables, polies, &c. Un habit galant. une lettre galante. un style galant. un discours galant. tout ce qu'il fait est galant. Il est aussi substantif, & signifie Amant, amoureux. C'est mon galant. je suis son galant. elle a bien des galants. Mais il se dit plus ordinairement de celui qui fait l'amour à une femme mariée, ou à une fille qu'il n'a pas dessein d'épouser. Le mari & le galant ne s'accordent pas. il en fait le galant, pour dire, Il en fait l'amoureux. Il signifie aussi, Un ruban qu'on met sur les habits, sur le chapeau ou en quelque autre endroit par ornement. Il a toujours plein de galants sur lui. elle m'a donné un galant. […] On dit, d'Un jeune homme, vif, alerte, & vigoureux, que C'est un vert galant. Galamment. adv. D'une façon galante, de bonne grâce. Il fait cela galamment. il a dit cela galamment. il écrit, il s'habille galamment. Il sign. aussi, Habilement, adroitement, finement. Il s'est tiré galamment d'intrigue. il a mené galamment cette affaire-là. Galanterie. sub. f. Qualité de celui qui est galant, gentillesse. Cet homme-là a de la galanterie dans l'esprit. il a de la galanterie dans tout ce qu'il fait. Il se prend plus particulièrement pour les devoirs, les respects, les services que l'on rend aux Dames. Il fait profession de galanterie. il s'adonne à la galanterie. il faut avoir de la galanterie pour les Dames. Il signifie aussi, Commerce amoureux. Cette femme a une galanterie avec un tel. Il se prend aussi Pour les choses que l'on fait pour les Dames, ou qu'on leur donne par galanterie. Cet homme-la fait tous les jours cent galanteries. il lui a envoyé une galanterie aux étrennes. On dit par exténuation, Ce n'est qu'une galanterie, pour dire, que C'est une chose de peu d'importance. Galantiser. v. a. Faire le galant auprès des Dames. Il ne fait que galantiser toutes les Dames. Ce mot commence à vieillir. »

mercuregalant1686 300Dans son Dictionnaire critique de la langue française de 1787-1788 Jean-François Féraud écrit : « Un Petit-maître, avec ses grimaces, est aussi loin du caractère d'un galant homme, qu'un faux dévot, avec son air sanctifié, est éloigné du caractère d'un homme véritablement religieux … "

Il semble qu’au XVIIe siècle (à cette époque on écrit surtout ‘galand’) la galanterie soit surtout l’apanage des hommes et la coquetterie celle des femmes. La galanterie occupe une place très importante en France. Pierre Ortigue de Vaumorière offre une Histoire de la galanterie des anciens datant de 1671. En 1644 est publié un petit opuscule intitulé Les Lois de la galanterie. Le début est entièrement retranscrit dans l'article du 24 août 2009 intitulé Le Parisien. En voici un autre passage : « Il faut que chacun sache que le parfait Courtisan, qu'un Italien a voulu décrire, et l'Honnête Homme, que l'on nous a dépeint en français, ne sont autre chose qu'un vrai Galant, tellement que toutes les bonnes qualités que l'on a souhaitées à d'autres séparément doivent être toutes réunies en lui ; mais outre cela il doit avoir la somptuosité, la magnificence et la libéralité en un degré souverain, et pour y fournir il doit avoir un grand revenu. »

Photographie : Mercure galant, Juillet 1686, Lyon, Thomas Amaulry. Il s'agit d'un périodique dont la première parution date de 1672. Il est une des principales publications des 'modernes' (Charles Perrault, Fontenelle ...) de cette époque.

Dans la Suite d'estampes pour servir à l'histoire des moeurs et du costume des français dans le dix-huitième siècle (1775) on apprend qu’« Un Homme galant & un galant Homme sont deux personnages bien différents ». Le premier se sent obligé de mentir, de parjurer, de séduire en amour ; il y met un point d’honneur ; alors que le second ne passe pas sa vie à mentir.

Certaines précieuses appellent Paris : « le centre de la galanterie ».

La galanterie, c'est aussi un attachement profond à une terre et des valeurs courtoises très anciennes qui sont universelles.

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Les évaporés et les originaux

loriginalXIXeme300.jpgL'Évaporée n'est pas seulement un joli morceau de pièce de clavecin de François Couperin (1668 – 1733), c'est aussi un qualificatif donné à certaines jeunes personnes. François Hédelin abbé d’Aubignac (1604-1676) écrit dans son Histoire du temps ou relation du royaume de coquetterie extraite du dernier voyage des Hollandais aux Indes du levant (1654) : « Les évaporées, qui dansent partout sans violon, qui chantent tout sans dessein, qui parlent de tout sans garantie, et qui répondent à tout sans malice, à ce qu'elles disent. » Le terme s’emploie au masculin ou au féminin du XVIIe siècle jusque dans la première moitié du XIXe pour désigner des jeunes étourdis, loriginalXIXechatelaine.gifdissipés, s'enivrant de ce que d'autres considèrent comme des futilités et n'ayant parfois aucun sens commun. C’est surtout au XVIIe siècle qu’il définit aussi un (ou une toujours) extravagant(e). Les évaporé(e)s sont des petit(e)s maître(sse)s ou de simples jeunes gens pas très futés ou plus ou moins étourdis, qui par leurs discours et leur conduite font preuve d'une grande légèreté d'esprit.

L'original a une conscience plus aiguë de ce qui le démarque. Il se caractérise par le besoin de se trouver aux frontières de ce que le bon ton commande.

Photographies : Gravure intitulée « L'Orignal » du début du XIXe siècle. Le jeune homme porte les cheveux en arrière, une cravate attachée par un noeud sur un haut col, un jabot … ainsi qu'une châtelaine, comprenant un coeur, un carquois de Cupidon, un sceau ...

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Faire mouche

Photographies : Bouquetière sans doute du XIXe siècle avec une composition à la mouche.

Les mouches que l’on place sur le visage disent une sensibilité ; on a l'habitude de proposer (ce n'est qu'une suggestion) : en haut du front au milieu pour la majestueuse, au coin de l’œil pour la passionnée, sur la joue pour la galante ou l’enjouée, sur le nez pour la gaillarde, au coin de la bouche pour la baiseuse ou la coquette, sur le menton pour la discrète … L'usage en est sans aucun doute beaucoup plus libre. Elles sont faites de taffetas ou de velours noir à revers gommé, de toutes sortes de formes et de tailles : longues en losange, carrées, en coeur, en croissant de lune, ou même découpées en étoiles avec un petit diamant au centre. Elles font paraître le teint plus blanc par le contraste qu'elles offrent, et la peau plus soyeuse. Les compositions de visages maquillés de blanc et de carmin sont ainsi signées avec une ou plusieurs mouches.

Photographies : Détails de gravures des XVIIe et XVIIIe siècles aux visages avec une ou plusieurs mouches.

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Tics fashionables

Photographies : Exemple d'un détail d'une image d'une revue (d'Amérique du sud semble-t-il) datée de 1845 avec pour texte : « El Corréo de Ultramar » [pouvant se traduire par 'Le Courrier d'Outre-mer'] « En Paris rue du Faubourg Montmartre 10 ».

Dans son Traité de la vie élégante, Honoré de Balzac (179 9-1850) fait référence au tic que certains élégants ont de porter leur canne à leur bouche : « En se faisant dandy, un homme devient un meuble de boudoir, un mannequin extrêmement ingénieux, qui peut se poser sur un cheval ou sur un canapé, qui mord ou tète habilement le bout d’une canne … »

Aujourd'hui le mot 'tic' désigne une contraction convulsive et répétitive d'un muscle ou une manie. Au XIXe siècle et avant, ce terme qualifie aussi plus largement des habitudes comportementales récurrentes souvent associées à la socialisation et à la manière de paraître. Certains tics peuvent être ridicules comme une vieille femme se donnant le tic d'airs de jeune fille. D'autres peuvent être chics, un must en matière d'élégance. De ce fait on trouve parfois ce terme associé à des élégants afin de désigner certains comportements, usages dans la façon de tenir sa canne, de s'asseoir, de saluer, de s'habiller etc. Dans ce dernier cas, il s'agit de tics de toilette, comme la ticket-pocket du XIXe siècle qui consiste en une petite poche placée à la hauteur droite du paletot, de la jaquette ou du veston dont je fais déjà référence dans l'article intitulé : Anglomanie, partie 3 : Lions, lionnes, lionceaux, faux anglais, high life, snobs, perfect gentlemen.

Le tic exprime un style. « Il y a des tics littéraires qu'il est si facile d'imiter, qu'ils deviennent épidémiques. C'est ce qu'on remarque en lisant cet almanach, composé par tant de plumes différentes ; c'est une couleur, un ton uniformes. Vous jurerez que la moitié du livret est de la même main. On y aperçoit le même tour, la même manière, la même prétention à l'esprit ; & jusqu'au choix des mots & des images, tout vous répète l'accent du persiflage à la mode. » Tableau de Paris par Louis-Sébastien Mercier, tome III (fin du XVIIIe siècle).

Il y a de nombreuses autres sortes de tics, comme celui de « … tourner la tête en marchant, tic incorrigible du Français, et qui le signale dans tous les pays ... », tome cinq de Revue de Paris (1854).

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La petite maîtresse à la promenade, le petit maître allant en bonne fortune, le museur, la museuse, le musard et la musarde.

Photographies : Almanach allemand de l'année 1779 (Zachenbuch zum Nuken und Bergnugen, Goetingen, J. C. Dieterich).

Voici un article qui fait suite à plusieurs autres dont celui du 22 juin 2009 intitulé Promenades. Il est le résultat de l'acquisition d'un almanach d'outre-Rhin de 1779 contenant de nombreuses gravures avec des thèmes tirés de la mode et de la civilité françaises. Si les estampes sont d'une médiocre qualité, les sujets sont très intéressants. L'une d'entre elles est intitulée « La petite Maîtresse à la Promenade » (première image de droite) et présente une jeune femme portant une des fameuses coiffures à étages à la mode à cette époque. Celle-ci tombe jusqu'au bas des reins et remonte pour constituer au dessus du visage un volume aussi haut que le buste dans son entier. Une autre image, intitulée « La promenade », expose une petite maîtresse moins excentrique mais charmante avec son bâton, son chien qu'elle tient dans ses bras et sa cambrure qui souligne son petit nez en trompette. J'ai largement parlé des promenades à la mode à Paris dans d'autres articles ; de la façon dont on 'fauche le persil' et les 'yeux' comme dans : Lorgner et oeillades, et Le Cours : L'empire des oeillades, l'un des lieux de l'élégance française où l'on fauche le persil, le Cours-la-Reine, les Champs Élysées ... Voici ici un extrait de Tableau de Paris (seconde moitié du XVIIIe siècle) où Louis-Sébastien Mercier décrit la beauté de certains des regards que l'on peut rencontrer en se promenant : « Promenades publiques. […] On s'aperçoit dans toutes ces promenades, que les femmes ont grand besoin de voir & d'être vues. L'OEIL fait à lui seul presque toute la physionomie. Point de visages gracieux, quelques réguliers qu'ils puissent être, sans l'expression du regard. On rencontre de ces fronts polis & colorés qui font des figures fort insipides, faute de l'œil qui n'exprime pas quelques qualités de l'esprit. L'œil doit être transparent comme le diamant. Une certaine langueur douce le rend bien plus beau que ne fait la vivacité. L'œil ne doit prendre aucune forme géométrique. Les yeux ronds ou absolument oblongs, ou saillants ont peu d'agrément. Comme c'est l'âme qui fait le regard & que les belles âmes sont en petit nombre, les beaux yeux sont assez rares. Il y a le feu de la jeunesse qui, à un certain âge, leur prête du brillant ; mais l'on reconnaît que ce sont des yeux passionnés, & non des yeux qui aient l'expression du sentiment. LORSQUE les plumes flottaient sur les têtes de nos belles, c'était un coup-d'œil fort agréable que de contempler du haut de la terrasse des Tuileries tous ces panaches mobiles & ondoyants, qui brillaient parmi les flots de promeneurs […] » Une seconde estampe de cet almanach est intitulée "La Promenade" et présente un couple et ses enfants dans cette occupation.

Une autre gravure a pour titre : « Le petit Maître allant en bonne fortune » et montre un jeune élégant dans l'accoutrement caractéristique : habits à pois, chapeau assez volumineux, cadenette, cravate, canne …, en action de se promener et faire de galantes rencontres. La sixième édition (1835) du Dictionnaire de l'Académie française donne une définition de la 'bonne fortune' qui est la suivante : « Bonne fortune, en termes de Galanterie, se dit Des faveurs d'une femme. Il se vante d'avoir eu cette bonne fortune. Il a eu beaucoup de bonnes fortunes. Un homme à bonnes fortunes. Aller en bonne fortune. Être en bonne fortune. » La définition de l'édition de 1765 du même dictionnaire donne : « BONNE FORTUNE, se dit en termes de Galanterie, pour signifier Les bonnes grâces d'une femme. Il est aimé des Dames, il a eu beaucoup de bonnes fortunes. C'est un homme à bonnes fortunes. Aller en bonne fortune. » Au XVIIIe siècle, l'expression 'aller en bonne fortune' signifie donc aller cueillir les faveurs des dames.

Comme nous venons de le voir, il y a  de nombreuses façons de se promener : faucher le persil, aller en bonne fortune … muser etc.. Divers mots sont employés pour désigner les personnes qui aiment baguenauder comme les museurs et les museuses qui musent, musardent, flânent, et qu'on appelle aussi musards et musardes (aujourd'hui on dit plus volontiers flâneurs et flâneuses).

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La journée d'une dame au début du XVIIIe siècle

Photographie : Copied with permission from Aronson Antiquairs, © 2009 Aronson.com
Cette jolie plaque ovale
hollandaise en 'bleu et blanc' appartient à la galerie Aronson (à Amsterdam depuis 1881). Elle fait 39.2 cm x 51.3 cm et date de circa 1700-1710. Elle représente peut-être les quatre principaux moments de la journée d'une dame de qualité : avec la toilette, les occupations (promenade, broderie …) , les repas, les distractions (sorties, bals, musique …). Il est aussi possible que le thème de cette faïence soit seulement la matinée d'une dame avec : la toilette, la promenade (ou la broderie), le petit-déjeuner, le cours de chant. Dans cette composition picturale il est à noter la part belle faite aux costumes, aux coiffures et aux décors (nombreux miroirs, garnitures en porcelaine ou faïence, meubles …).

Ces dames sont à la mode du début du XVIIIe siècle. Elles portent une coiffure ressemblant à celle dite 'à la Fontanges' ou 'fontange' (bien que ce genre comprend généralement une sorte de tour au dessus des cheveux du front déjà montés en escaliers) ou celle qui suit mise à la mode par Madame de Maintenon. Les deux utilisent souvent de la dentelle avec des barbes ou/et des voiles tombant dans le dos ou sur les épaules. Le nom de la première proviendrait de Marie Angélique de Scoraille, duchesse de Fontanges (1661-1681). C'est en 1680, lors d'une partie de chasse qu'après s'être prise les cheveux dans la branche d'un arbre elle improvise une coiffure en les relevant pour les attacher avec sa jarretière. Le roi, dont elle est une des maîtresses, est séduit par cette vision et lui demande de ne rien y changer. Du jour au lendemain cette coiffure devient à la mode jusque vers 1713. Les élégantes les portent de plus en plus hautes, retenues par des fils de fer et pouvant semble-t-il être garnies de mousseline, de rubans, de fleurs et de plumes.  Voici ce que l'on peut lire au sujet de cette mode dans Wikipedia : « Au début ce n'était qu'un simple noeud de cheveux relevés en boucles sur le sommet de la tête. C'est avec la complicité ingénieuse d'un serrurier que la coiffe devint une sorte de pièce montée. Comme les dames n'avaient pas assez de cheveux pour ériger cette pyramide, elles portèrent des "Fontanges-postiches" toutes montées. Leurs propres cheveux étaient tirés en arrière, serrés en chignon. Elles coiffaient par dessus le faux, puis posaient un échafaudage de fils de fer sur lequel venaient s'arrimer des dentelles, pierreries ou autres babioles. Parfois, la coiffe était même pourvue d'un mécanisme permettant de tasser le tout pour passer les portes … Madame de Maintenon, elle, refusa cette coiffure extravagante, et adopta le chignon simple sous de grandes mantes de dentelles assorties à ses robes, noires la plupart du temps ... » Les exemples de l'image semblent porter une coiffure intermédiaire entre ces deux types.

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Une histoire de la cravate depuis le XVIIe siècle jusqu'à aujourd'hui.

Photographies : Cravates de la fin du XVIIe siècle : 1678 (Mercure galant), 1688 (L'Art de plaire dans la conversation), XVIIe siècle ('Cavalier en Escharpe').

cravates 2femmes 300Si certain trouvent le port de la cravate monotone, c'est qu'ils ne savent pas que ce nom désigne un nombre considérable de différentes variétés ; qu'elle se noue d'une infinité de manières, et qu'il existe autant de matières, couleurs, motifs et de formes qu'il y a de sortes de tissus (ou rubans) …

Le terme de cravate est défini dans la première édition (1694) du Dictionnaire de l'Académie française : « CRAVATE. s. f. Sorte de mouchoir fait de toile ou de taffetas qui entoure le col, & tient lieu de collet. Cravate de toile. cravate de taffetas. cravate à dentelle. » Si ce mot est fréquent dans la seconde moitié du XVIIe siècle, je ne l'ai pas trouvé dans la littérature d'avant 1650, sans doute parce que ce sont les collets qui sont alors à la mode. Comme on le voit sur les premières photographies, les cravates de la seconde moitié du XVIIe siècle ressemblent alors à des rubans noués autour du cou, le plus souvent semble-t-il en dentelle.
Photographies
: Cravates pour femmes au XVIIIe siècle.

Les femmes portent aussi des cravates, en particulier au XVIIIe siècle. Du reste, ce n'est qu'à partir de la sixième édition du Dictionnaire de l'Académie française (1832-1835) que la cravate est définie comme un élément de l'habit proprement masculin : « CRAVATE. s. f. Mousseline, batiste, ou autre étoffe légère que les hommes se mettent ordinairement autour du cou, et qui se noue par devant. Cravate de mousseline, de soie. Cravate de taffetas noir. Cravate blanche. Cravate noire. Cravate de couleur. Le noeud, les bouts d'une cravate. Mettre sa cravate. » Pourtant, à cette époque, certains tissus de la garde-robe féminine portés autour du cou sont toujours appelés 'cravates'.

Photographie : Cravate (122 cm de longueur et 16 au plus large) pour femme en dentelle de soie de Chantilly faite main aux fuseaux, datant de la seconde moitié du XIXème (Napoléon III).  Motifs assez rares pour une telle technique de dentelle de noeuds et rubans entrelacés se prolongeant par des pompons. Il pourrait aussi s'agir de barbes qui sont des bandes de toile ou de dentelle qui pendent à certaines coiffures des femmes et en particulier au XVIIIe siècle aux cornettes. Il semblerait que les barbes sont alors d'étiquette à la cour.

Photographies : Cravates et jabots au XVIIIe siècle.

A cette époque, la cravate est aussi d'usage chez les hommes. Souvent on préfère entourer le cou plusieurs fois avec, sans laisser pendre un morceau sur le torse car on met à cette place un jabot qui est de toile et/ou de dentelle et que l'on attache par ornement à l'ouverture d'une chemise.

Photographies : Cravates à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe.

La cravate est un des éléments de la tenue des incroyables de la fin du XVIIIe siècle. Durant le directoire et dans les années proches, elle se finit souvent par de la dentelle que l'on fait passer en dessous du tissus qui entoure le cou pour la laisser tomber jusqu'à peu près la hauteur des seins.

Photographies : Cravates de la première moitié du XIXe siècle.

Photographie : Détail d'une estampe d'une revue de mode de 1845 avec deux sortes de cravates à la mode à cette époque.

Au XIXe, la tenue masculine étant beaucoup plus sobre, c'est dans les détails que s'exprime surtout la subtilité et en particulier dans l'art de la cravate. Un livre de 1831 exprime cela de façon quelque peu parodique : L'Art de mettre sa cravate de mille et une manières, Enseigné par Principes, précédé de l'histoire de la cravate, depuis son origine jusqu'à ce jour ; de considérations sur l'usage des cols, de la cravate noire et des foulards ; et suivi d'une liste par ordre alphabétique, des marchands de cravates, de foulards, de cols, etc., par le bon Emile de l'Empesé, Membre de la plupart des Sociétés les plus à la mode de la capitale, orné de figures explicatives du texte et de portraits représentant trois époques de la cravate, onzième édition, Paris, chez Jacques Ledoyen, libraire, Palais-Royal, Galerie d'Orléans, n°16, 1831. (Voir le livre ici : http://books.google.fr/) Voici quelques passages : « Aucun habitué des classiques Tuileries, du musqué boulevard des Italiens, voire même du docte Luxembourg, ne révoquera en doute l'utilité de l'Art de mettre sa cravate, puisqu'elle apprend à connaître celui qui la porte. Il est une vérité, c'est que la cravate d'un homme de génie ne ressemble nullement à celle d'un petit esprit […] La cravate est un thermomètre sur lequel le degré de goût et d'esprit d'un fashionable doit être jugé. […] De la façon primitive dont est préparée une cravate dépend l'exécution de sa mise et l'entente de son nœud. […]

Photographies : Cravates dans la seconde moitié du XIXe siècle.

La cravate vient sans doute de ce goût très français pour les rubans et les dentelles. Au XVIIe siècle et au XVIIIe, femmes et hommes s'en mettent de partout. A la fin du XVIIIe et au début du XIXe, la cravate enveloppe plusieurs fois le cou et peut monter jusqu'au bas du nez, couvrant menton et parfois la bouche. La cravate suit aussi la mode des cols (ou le contraire). Elle se confond parfois avec le foulard et d'autres morceaux de tissus que l'on place autour du cou. Alors qu'elle semble aujourd'hui d'une forme unique, on peut en vérité, tout en restant dans un style 'sobre' la varier de bien des façons. Après le Directoire, au début du XIXe siècle, les hommes ne portent que très rarement de la dentelle à leur cravate.

Photographies : Deux cravates du début du XXe siècle (vers 1920). Celles-ci ne se nouent pas mais s'accrochent autour du cou ou au devant du col. Ce genre est assez court, car il est d'usage à cette époque de porter un gilet.

Photographie : Lithographie de vers 1910. La cravate ici est sans doute le même genre que l'exemple ci-dessus de couleur marron) Il s'agit là des prémices de celle qui se porte pendant toute la seconde moitié du XXe siècle : assez étroite dans les années 50, large dans les années 60 et 70, à nouveau étroite par la suite, avec évidemment toujours de nombreuses variantes.

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Incroyables chapeaux

Après le premier empire (1804-1814), il semble que la France n'ait plus produit de couvre-chefs aussi extravagants qu'auparavant. Au début du XIXe siècle, en particulier sous Napoléon 1er, certains bicornes des hommes sont particulièrement volumineux ; et les femmes peuvent porter des visières très longues. Ces deux genres de chapeaux proviennent du temps des muscadins, des inconcevables, des incroyables et des merveilleuses, à la fin du XVIIIe siècle. Les premières photographies présentent des exemples du temps de la carrière politique de Napoléon Bonaparte : la première datant de 1802 et la dernière de 1814. Après, le haut-de-forme devient de rigueur chez les hommes à la mode puis d'une certaine classe sociale ; alors que chez les femmes les fantaisies s'avèrent beaucoup plus 'sages' que précédemment avec cependant quelques coiffes  fantaisistes. Déjà au Moyen-âge, les élégantes rivalisent entre elles à qui aura la plus haute composition avec le hennin, la coiffe à cornes (voir dernière photographie) et bien d'autres modes ... Cette compétition des hauteurs continue jusqu'au XVIIIe siècle avec les fabuleuses créations des maîtres coiffeurs qui ajoutent postiches (les postiches sont fréquentes déjà au Moyen-âge et sans doute avant) et autres accessoires, en passant par les hautes tours (les fontanges) des dames de l'époque de Louis XIV. Les homme n'usent pas de coiffures aussi élaborées, car la mode commence généralement sa propagation chez les aristocrates qui sont des gens de guerre pour qui de telles compositions ne peuvent convenir à leurs exercices. Souvent les coiffures et les perruques même font office de protection, un peu comme des casques. C'est le cas des cadenettes dont j'ai déjà fait mention. Cependant une belle chevelure est un signe de beauté aussi chez les hommes ; et des perruques parfois volumineuses la remplacent. Leurs chapeaux peuvent aussi être très impressionnants suivant les modes et pleins de fantaisies : très larges, hauts, à panache …

Pour finir, voici un chapitre de Tableau de Paris (XVIIIe siècle) de Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) sur la hauteur des panaches (photographie 6) : « Hauteur des panaches. Il n'y a pas longtemps que les hautes coiffures, les plumes, panaches, &c. étaient sur toutes les têtes de femmes. Et au spectacle une rangée de femmes, placées à l'orchestre, bouchait la vue à tout un parterre ; la même chose à l'amphithéâtre & dans les loges. C'était un vrai désespoir pour les spectateurs : on murmurait tout haut ; mais les femmes en riaient , & la politesse parisienne se contentait de gronder, mais n'allait point au-delà. Il n'y eut qu'un seul homme, Suisse de nation & fort impatienté, qui tirant une paire de ciseaux, fît mine dans une loge de vouloir couper l'excédent qui l'empêchait de voir ; alors pour s'y soustraire, la dame fut obligée de se mettre derrière & de laisser passer à sa place l'homme qui y consentit très-bien. Ce n'est donc plus le temps où le parterre criait place aux dames, & où l'on ne pouvait être sûr d'avoir une place au spectacle tant qu'il pouvait y arriver une femme, fût- elle douairière ou borgne. »

Photographies 1 : Planche 19 de 1802 provenant du Journal des Dames et des Modes. Elle porte comme les autres estampes de ce périodique l’inscription 'Costume Parisien'. En dessous, un texte stipule qu’il s’agit d'un 'Costume de Bal'. La dame est en effet en train de danser. Le numéro de la planche indique qu'elle provient sans doute d'une édition spéciale ou étrangère. On remarque le haut bicorne typique de cette période.

Photographies 2 et 4 : Détails d'une gravure des toutes premières années du XIXème siècle intitulée 'La Parisienne à Londres ' dont il est question dans l'article sur La parisienne.

Photographie 3 : Moitié droite d'une gravure de Louis Darcis d'après Carle Vernet (1758-1836) datant de 1796 et intitulée 'Les Mérveilleuses [sic]'. Technique du pointillé. Dimensions : 25,3 x 14,4 cm.

Photographie 5 : Planche 1403 de 1814 provenant du Journal des Dames et des Modes fondé à Paris en 1797, et dont Pierre de La Mésangère est le directeur.  'Chapeau de gros de Naples, orné d'une aigrette de plumes de Coq.' Dimensions : 21 x 13 cm

Photographie 6 : Chapitre intitulé : 'Hauteur des panaches' de Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier (1740-1814).

Photographie 7 : Détail de la planche 3 de l'Art du tailleur de M. de Garsault (XVIIIe siècle) représentant différents couvre-chefs à travers le temps. Le sixième en partant de la gauche est un hennin et le septième ressemble à une coiffe à cornes.

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Le tailleur

Trois premières photographies : Gravure du XVIIIe siècle intitulée 'Tailleur d'Habits, Outils'.

Le tailleur est un personnage important de la mode française, dont l'utilité s'estompe pourtant petit à petit avec l'apparition des grands magasins au milieu du XIXe siècle, de la haute couture à la fin de ce même siècle puis de la confection et du prêt-à-porter au XXème (dans les années cinquante).

Honoré Daumier (1808-1879) en caricature un pour sa série des Types Français avec le texte suivant. : « Le tailleur. Il marche cambré, les épaules en porte manteau et les coudes en dehors. Ses habits coupés dans le dernier genre jurent souvent avec ses bottes et son chapeau, il a presque toujours un nom très euphonique, tel que Wahatekermann ou Pikprunmann. » La Caricature du 10 décembre 1881 présente le tailleur comme l’homme d’affaire du gommeux et expose ainsi l’importance qu’il occupe dans la vie de l’élégant du XIXe siècle. Aujourd’hui les tailleurs parisiens sont peu nombreux. Les métiers liés à la mode en général se raréfient. Même les créateurs importants et les grandes maisons ne font plus que du prêt-à-porter, la haute couture se cantonnant à un rôle de vitrine du savoir-faire de la maison. Il n’est pas improbable qu’avec la mondialisation et l’enrichissement des pays autrefois producteurs à bas prix, le marché de la mode revienne en France et que les créateurs et tailleurs refassent leur apparition ! Il est certain que l’élégance y gagnerait même chez ceux qui ont peu d’argent ; car quand on regarde comment s’habillent une merveilleuse ou un incroyable, on remarque que leurs habits sont parfois assez simples de réalisation. La richesse n’occupe qu’une petite part des éléments qui font l’élégance ; le goût étant beaucoup plus important. Le tailleur permet d'exprimer cela. Il donne plus de liberté individuelle à celui qui lui commande ses habits. Le client peut demander d'ajouter certaines fantaisies, accorder à sa convenance les matières … Chaque habit est unique, fait parfaitement pour celui qui l'a commandé. Jusqu’au milieu du XXe siècle, ce sont les tailleurs et les couturières qui sont avant tout sollicités pour la fabrication des vêtements. Jusque dans les années cinquante, presque chaque village français de 2000 habitants a au moins une couturière et un tailleur. Ceux qui ont connu ces époques vous le diront. Nos gandins peuvent se faire faire leurs habits sur mesure, et apporter les changements ‘tendances’ qui font toute la différence. Pas besoin de passer par les grands couturiers ni de suivre leur mode qui a elle aussi son importance dans cette vogue ; car la haute couture (ou les grandes marchandes de mode du XVIIIe siècle) est l’ambassadrice de la mode française à l’étranger. Son rôle est déterminant en cela. Le grand couturier emploie des batteries de midinettes alors que le tailleur possède un petit atelier de deux ou trois personnes. Les premiers représentent un luxe dans lequel la jeunesse à la mode (dite dorée) est souvent loin de baignée quoi qu’étant chic. La disparition des tailleurs en France marque celle de la mode française qui se retrouve coupée de ses racines, c'est-à-dire de ses créateurs improvisés qui font faire selon leur goût et la mode du moment. Le même problème existe aujourd’hui dans la restauration fine qui comme la haute couture essaie de survivre quoique totalement coupée de son terrain : les restaurants familiaux bons mais économiques et les petits fermiers proposant des produits simples mais de grande qualité. La haute couture survit aux tailleurs encore jusque dans les années 70, puis le renouvellement ne semble plus se faire … et le prêt-à-porter tout envahir. Mais les choses ne font que se modifier ; phénomène que les adeptes de la mode et du bon ton connaissent bien !

Dans d'autres articles je parlerai de la couturière et de la marchande de modes.

Photographies : Art du tailleur, Contenant le Tailleur d'habits d'hommes, les Culottes de peau, le Tailleur de corps de femmes & enfants, la Couturière, & la Marchande de modes par M. de Garsault. Édition du XVIIIe siècle avec des planches d'habits français à travers le temps, d'objets d'habillement, corsets, patrons … Cette partie provient du tome XIV de Descriptions des arts et métiers : Contenant l'art du perruquier, l'art du tailleur, renfermant le tailleur d'habits d'hommes, les culottes de peau, le tailleur de corps de femmes & enfants, la couturière & la marchande de modes, l'art de la lingère, l'art du brodeur, l'art du cirier … de Jean-Élie Bertrand édité par l'imprimerie de la Société typographique, 1780.

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Le corps à baleines, le corset et le tailleur de corps.

« On nomme corps, un vêtement qui se pose immédiatement par-dessus la chemise, & qui embrasse seulement le tronc depuis les épaules jusqu'aux hanches : c'est, pour ainsi dire, une cuirasse civile ; car il ne doit pas plier, mais cependant avoir assez de liant pour se prêter aux mouvements du corps qu'il renferme, sans altérer la forme, & en même temps le soutenir & l'empêcher de contracter de mauvaises situations, principalement dans l'enfance, âge faible & délicat, dans lequel les ressorts ne sont pas encore parvenus au degré de force qu'ils auront par la fuite. Il s'applique encore à un objet aussi intéressant, celui de conserver la beauté de la taille des femmes, agrément qu'il joint à tous ceux qu'elles ont en partage. Le maître tailleur qui a choisi cette branche de son art, se nomme tailleur de corps de robes & corsets ... » (Art du tailleur ... voir photographie 3) Il est chargé de fabriquer toutes les sortes de corps, corsets et quelques autres habits en rapport. Ses matériaux sont la baleine, différentes sortes de toiles et de lacets. Les baleines sont des lames dures et flexibles provenant de la mâchoire de « la grande baleine » (Descriptions des arts et métiers …).
Photographies 1, 2 et 3 : Texte et dessins de corsets provenant de l'Art du tailleur, Contenant le Tailleur d'habits d'hommes, les Culottes de peau, le Tailleur de corps de femmes & enfants, la Couturière, & la Marchande de modes de M. de Garsault (édition du XVIIIe siècle). Cette partie provient du tome XIV de Descriptions des arts et métiers : Contenant l'art du perruquier, l'art du tailleur, renfermant le tailleur d'habits d'hommes, les culottes de peau, le tailleur de corps de femmes & enfants, la couturière & la marchande de modes, l'art de la lingère, l'art du brodeur, l'art du cirier … de Jean-Élie Bertrand édité par l'imprimerie de la Société typographique en 1780. Photographie 1 : Détail d'une feuille avec de gauche à droite quatre profils de corps - « vu en-dedans, pour voir la disposition des garnitures. » - « à demi-baleine, ou corset baleiné. » - « plein de baleines » - « avec la mesure prise par le tailleur de corps, marquée par des lignes doubles sur un corps vu de profil. ». Photographie 2 : La moitié haute de la feuille représente, de gauche à droite et de haut en bas, des profils de corps - « ouvert par les côtés, pour les femmes enceintes. » - « pour les dames qui montent à cheval. » - « de cour, ou de grand habit. » - « de fille. » - « de garçon. » - « de garçon à sa première culotte. » La moitié basse présente divers autres corps et vêtements. Photographie 3 : « Le tailleur de corps de femmes et enfants. »
Au XVIIIe siècle, le corps à baleines est à différencier du corset qui lui n'en possède que parfois. Si l'on s'en réfère au Dictionnaire de l'Académie française de 1762, il y a au XVIIIe siècle deux sortes de corsets : le « Corps de cotte de Villageoises » et le « petit corps ordinairement de toile piquée & sans baleine, que les femmes mettent lorsqu'elles sont en déshabillé ». Dans cette définition, le corset se porte sur le déshabillé et ne contient pas de baleines ; ce qui n'est évidemment pas le cas du corps à baleines. Au XIXe siècle, il semble que l'on ne fait plus vraiment la distinction entre les deux : la sixième édition du Dictionnaire de l'Académie française de 1832-5 donne cette définition du corset : « Partie du vêtement des femmes qui enveloppe et serre exactement la taille, et qui se met d'ordinaire sur la chemise. » Dans son Essai sur l'influence des modes et des habillements sur la santé des hommes de 1798 (photographies 4 et 5), J. J. Brunet mentionne seulement le corps à baleines qu'il présente comme le prolongement de la ceinture : « les femmes s'en servirent pour rétrécir la taille : ce que l'on a fait depuis avec plus de succès par le moyen des corps à baleine ». Dans cet essai d'une trentaine de pages sont aussi évoqués : les bains, les habillements, la mode grecque, les bas, les jarretières, les colliers, les anneaux, les bagues, les chaussures, les chapeaux, les voiles, les cheveux, les coiffures, les poudres, les perruques, les cosmétiques ... Cette thèse étant soutenue en 1798 (à l'École de Médecine de Montpellier ville très réputée dans l'art de soigner pendant longtemps), il y est fait de nombreuses fois des allusions à la mode de l'époque s'inspirant de l'Antiquité initiée par les inconcevables et les merveilleuses comme les habillements à la grecque, les chaussures plates, les cheveux courts … C'est aussi à cette époque que l'on abandonne les corps à baleines et corsets avant d'en reprendre l'usage assez rapidement.
Photographie 6 : Illustration du chapitre intitulé : 'Le corset' de Bertall, La Comédie de notre temps : La civilité - Les habitudes - Les moeurs - Les coutumes - Les manières et les manies de notre époque, P. Plon, 1874, 2° édition.
Photographie 7 : Détail d'une gravure de la seconde moitié du XVIIIe siècle provenant d'un magazine de mode de l'époque. On remarque la silhouette de la personne sculptée en grande partie par son corset mais aussi par ses autres habits.

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La cocotte

Photographie de gauche : " Une cocotte. " Bertall (1820-1882), La Comédie de notre temps, 1874-1876.

Celle de droite : " COMMENT SE METTAIT UNE COCOTTE " du même livre.

Alfred Delvau écrit (Dictionnaire de la langue verte, 1867) que la cocotterie est « le monde galant, la basse-cour élégante où gloussent les cocottes. » La cocotte est dans la continuation des petites-maîtresses, même si on appelle aussi ainsi au XIXe siècle et encore au XXe, une femme aux mœurs volatiles richement entretenue. Il semble que l’on parle auparavant dans ce sens de poulette. On dit d’une personne qui se conduit en femme légère qu’elle cocot(t)e, que c’est une cocotteuse, et que celui qui la côtoie est un cocoteur. La cocotte est aussi à rapprocher des cocodettes et des cocodes, tous ces noms venant de 'coq', coquet(te)s et coquetterie.

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Biches, haute bicherie, bicheuses et daims

Photographie : « Une biche. (Dans le désert cela s’appelle autrement.) », Bertall (1820-1882), La Comédie de notre temps, 1874-1876.

Le XIXe siècle a de nombreux noms pour désigner différentes sortes d'élégants. Les romantiques, passionnés, méprisent la vulgarité ; les dandys ou autres gommeux glissent dans une affectation pleine de tics chics ; les lionnes et lions illuminent leur monde … ; et puis les biches s’amusent du spectacle parisien de leur siècle. Elles sont jeunes. Certaines d’entre elles sont des actrices. Leur vie est trépidante et riche. Elles ont une nombreuse cour constituée d’hommes fortunés et de daims : de jolis jeunes hommes, plus ou moins aisés et mondains, recherchant le voisinage des biches.

On qualifie de 'haute bicherie' une classe sociale bourgeoise et fashionable. D’après Alfred Delvau (Dictionnaire de la langue verte, 1867), la définition de la biche est une création de Nestor Roqueplan datant de 1857. Voici la formulation que donne ce même dictionnaire de la ‘haute bicherie’ : « Les plus élégantes et les plus courues d’entre les coureuses parisiennes, reines d’un jour qui ne font que paraître et disparaître sur le boulevard, leur champ de bataille. »

Le nom de 'biche' est sans doute à mettre en parallèle avec celui de 'bicheuse' qui est un terme employé dans un sens voisin de celui de 'cajoleuse'. Bicher signifie embrasser. Quand deux personnes vont bien ensemble on dit qu’elles bichent bien, sinon qu’elles ne bichent pas.

Photographie : « Un daim. » Bertall (1820-1882), La Comédie de notre temps, 1874-1876.

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Les cafés de Paris en 1787

Dans le Manuel du voyageur à Paris de Claude François Xavier Mercier de Compiègne (1763-1800) datant de la toute fin du XVIIIe siècle, le chapitre intitulé 'Cafés' commence ainsi : « Est-il rien de plus commode que ces salons proprement décorés, où l'on peut, sans être astreint à la reconnaissance, se délasser de ses courses, lire les nouvelles, se chauffer gratis en hiver, se rafraîchir à peu de frais en été, entendre la conversation, quelquefois curieuse des nouvellistes, et dire franchement son avis, sans crainte de déplaire au maître de maison. » Il règne dans les cafés d'alors une atmosphère accueillante de douce liberté baignée dans une émulsion intellectuelle et familière. L'auteur ne parle presque pas de consommation. Au contraire il écrit qu'on n'y est pas astreint à la reconnaissance tout en pouvant profiter de nombreux éléments : décor, délassement, lectures, chaleur, frais, conversations libres.

L’histoire des cafés parisiens remonte au XVIIe siècle. C’est à la toute fin du XVIIIe siècle (au temps des merveilleuses et des incroyables) qu’ils s’embellissent et deviennent des endroits chics avec des décors à l’antique, de grandes glaces, des luminaires, du marbre … C’est aussi à cette époque que certains ‘prennent’ sur le boulevard, s’ouvrent en terrasses ou dans des jardins, ce qui permet aux femmes d’en profiter, la respectabilité de certaines voulant qu’elles n’y entrent pas au début. Ainsi trouve-t-on, comme sur la gravure (troisième photographie), des garçons de cafés servant en dehors du bâtiment.

Dans son Almanach du voyageur à Paris datant de vers 1778, Luc-Vincent Thiéry fait une description rapide de la situation : « CAFES. On compte dans Paris cinq ou six cents Cafés où l'on joue aux échecs, aux dames & au domino. Ces endroits sont fréquentés par des Nouvellistes, & la Conversation y roule ordinairement sur la Gazette. Comme on y trouve presque tous les Papiers publics, d'après leur lecture, on y juge les Pièces de Théâtre & leurs Auteurs ; à qui cette espèce de Bureau académique assigne un rang. Chacun de ces Cafés a son Orateur en chef. On n'y souffre personne de suspect, de mauvaises mœurs, nuls tapageurs, ni Soldats ni Domestiques, ni qui que ce soit qui pourrait troubler la tranquillité de la Société. Dans ceux des Boulevards, il y a des Musiciens qui exécutent des symphonies : des Bouffons y chantent des Ariettes; & des Cantatrices, des airs d'Opéra-comique. Il y a des Cafés où s'assemblent les Militaires & les Étrangers ; d'autres, où il n'y a que des Juifs ; d'autres, pour les Praticiens , les Marchands, Négociants, Artisans , &c. »

Photographies : LE GRAND CAFE ROYAL D'ALEXANDRE SUR LES BOULEVARDS DE PARIS. Gravure 'vue d'optique' polychrome du XVIIIe siècle représentant le « Grand Café Royal d'Alexandre » Texte en latin et français : « Major taberna Caffe Alexandri In Majori Ambulatorio Lutaetiae vulgo boulvard » - « 35e Vue d'Optique Représentant Le Grand Café d'Alexandre sur les Boulevards de Paris. » Autres inscriptions : « Présentement chez Lachaussée rue St. Jacques. » - « A Paris chez Daumont rue St. Martin » - « Et Présentement chez Basset rue St. Jacques au coin de celle des Mathurins. Tient Fabrique de Papiers. » Dimensions : 35,4 x 45,3 cm avec le cadre.

On distingue dans la gravure des musiciens à l'intérieur du café. On remarque que le lieu est grand (large et haut), aéré, lumineux (avec de nombreuses hautes fenêtres), très ouvert sur l'extérieur (les badauds pouvant profiter du spectacle par l'extérieur) avec semble-t-il un jardin intérieur aménagé avec lustres ... Le lieu semble vraiment très plaisant. Sans doute est-ce pour cela que les cafés se multiplient rapidement. Comme nous l'avons vu, en 1778 Luc-Vincent Thiéry écrit que l'on dénombre dans la capitale « cinq ou six cents Cafés » alors que dans son Manuel du voyageur à Paris, ou Paris ancien et moderne, Pierre Villiers affirme en 1806 que l'« On compte à Paris plus de trois mille cafés ». En moins de trente ans, le nombre de ces lieux de délassement s'est donc multiplié par cinq alors que la population de la capitale continue doucement sa croissance démographique qui va cependant devenir de plus en plus importante dans les années qui suivent avec un exode rural qui amène avec lui une quantité de grisettes, arthurs, cousettes, calicots, musardines, dames aux camélias, hommes aux camélias, dames du lac, accrocheuses, lorettes, essuyeuses de plâtres, greluchons, cascadeuses, maquillées, casinettes, boule-rouges, petites dames, petit messieurs, filles de marbre, pré-catelanières, casinettes ....

Un des plus anciens cafés, toujours présent à Paris, est le Procope. Comme l'écrit dans la seconde moitié du XVIIIe siècle Louis-Sébastien Mercier dans Tableau de Paris : « Ce fut Procope qui corrigea les grands seigneurs & les poètes, les élégants de la cour & les écrivains du siècle de Louis XIV qui s'enivraient loyalement au cabaret : en leur versant du café, il leur donna un autre point de réunion ... »

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Le pied mignon et le talon rouge

Photographies 1 (ensemble et détails) : Petite gravure (in 8°) du XVIIIe siècle provenant sans doute d'un livre représentant un couple chez un chausseur. On remarque que les chaussures ici représentées sont à talons larges pour les hommes et à aiguilles pour les femmes.

La chaussure occupe une place importante dans la mode française. Au Moyen-âge, à certains moments celle-ci se porte pointue, longue et retournée chez les jeunes élégants avec parfois au bout un visage ou une autre figure plus ou moins grotesque. L'habit de l'homme avec ses culottes offre la jambe aux regards et en particulier le pied. La chaussure est donc un élément important de la panoplie de l'homme galant. Un portrait très connu de Louis XIV de pied nous le montre portant des chaussures à talons rouges. Il semblerait qu'il lance cette mode et que seule la cour a le droit de porter de tels souliers. C’est à partir de ce moment et surtout sous la Régence (1715-1723) qu’on appelle ‘talons rouges’ les petits-maîtres appartenant à la cour ; mais aussi (et cela est attesté dans des textes du XIXe siècle) un homme en vue et aimé pour sa prestance. Un exemple de cet emploi se lit dans un texte d’Alfred de Musset (1810-1857) intitulé ‘Mademoiselle Mimi Pinson : Profil de Grisette’. Comme il est de coutume chez les étudiants, un habitué du quartier latin nommé Marcel invite deux grisettes : « il fit savoir à mademoiselle Zélia qu’il y avait le soir gala à la maison, et qu’elle eût à amener mademoiselle Pinson. Elles n’eurent garde d’y manquer. Marcel passait, à juste titre, pour un des talons rouges du quartier latin, de ces gens qu’on ne refuse pas ». Le terme peut donc s’appliquer à d’autres milieux que ceux de l’aristocratie.

Photographies 2 (ensemble et détail) : Gravure du XVIIIe siècle de Chaponnier Boilly intitulée 'La Comparaison des petits Pieds' (le titre n'est pas visible sur cette gravure qui a été découpée). Deux femmes pendant la seconde toilette comparent leurs pieds pour savoir laquelle a les plus petits, pendant qu'un chausseur leur fait essayer des modèles ; enfin c'est sans doute ce que fait l'homme représenté bien qu'il semble presque allongé dans l'entrebâillement de la porte, et que les femmes soient particulièrement négligées voir dénudées : la poitrine et les mollets (même un genou !) apparents.

Chez la femme on regarde son pied mignon ; ce qui est entre autres choses une caractéristique de la jambe élégante du XVIIIe siècle. A cette époque les femmes portent des chaussures à talons qui soulignent la petitesse des pieds. A la fin de ce siècle, la mode à l'antique amène celle des souliers à talons bas. Cependant les représentations de galantes et galants d'alors les montrent, bien que portant des chaussures plates, le plus souvent sur la pointe des pieds. Dans Les Nuits de Paris (1788-1794) Restif de la Bretonne (1734-1806) se plaint plusieurs fois de cet usage nouveau : « c'est en ce moment, dis-je, qu'une mode insensée fait baisser, élargir les talons des chaussures des femmes ! ». Alors que dans cet ouvrage l'auteur dévoile son caractère plein de compassion, il semble que lorsque le sujet en vient aux chaussures des dames il perde complétement pied comme le montre ce chapitre consacré aux talons hauts et bas : « HAUTS TALONS. En m'en retournant, je me trouvai dans la rue Saint-Louis : La gelée rendait le pavé sec et propre. Je vis une Femme charmante sortir d'une grande maison : - Je marcherai (dit-elle à l'Homme qui lui donnait la main). Et le carrosse les suivit. Comment pouvez-vous marcher ? (lui dit l'Homme), avec des talons aussi élevés ? - Je m'appuie, ou je marche seule, comme il convient à une Femme de marcher, sans précipitation. Je croirais être chaussée en Homme, si j'avais des talons bas : Depuis que j'ai vu, au Palais-royal, une très Jolie personne, n'avoir plus l'air que d'une Tâtillon, en se chaussant presqu'à plat, j'ai pris en horreur les talons bas. D'ailleurs, ils nous rendent la jambe désagréable. J'osai m'approcher en ce moment : - Madame a bien raison ! Voyez, Monsieur, quelle grâce a cette marche noble, et quelle majesté donnent à Madame deux ou trois doigts de plus. Je crois qu'on me fit l'honneur de me prendre pour un Voleur ! Quoiqu'il en soit, l'Homme quitta le bras de la Dame, se mit en défense, et se rapprocha de la voiture : La Dame marchait seule ; et jamais je n'ai vu tant de grâces, de noblesse et d'aisance. Je continuai : - Tout, dans les Femmes, doit avoir un sexe, l'habillement, la coiffure, la chaussure, surtout la chaussure, qui doit être d'autant plus soignée que c'est en elle-même, la partie la moins agréable de l'habillement. II est très important pour les mœurs, très important pour les Femmes, que leur habillement tranche avec le nôtre ! Elles perdraient de leurs attraits par le rapprochement : Mais supposons qu'elles n'en perdissent pas, et qu'elles communiquassent au contraire leur charme de sexe à l'habillement des Hommes ! Il en résulterait un grave inconvénient pour les mœurs ... Ceci est une chose dont la Police devrait se mêler : Qu'elle permette toutes les modes, à la bonne heure, mais qu'elle ordonne, que toute Dame, qui rapprochera son vêtir de celui des Hommes, soit traitée en Catin par le Guet & les Commissaires. J'ai vu hier une Femme en talons larges et plats ; je l'aurais battue, si je pouvais battre une Femme. Elle était crottée comme un Barbet. C'est que les talons larges renvoient plus de boue. Nos Aïeules parisiennes adoptèrent jadis les talons élevés et pointus, par goût pour la propreté. Elles étaient plus sages que leurs Petites filles, qui, d'après des conseils anonymes ont baissé leurs talons, dans le temps où le pavé est broyé plus que jamais, par les voitures ; où les inutiles canaux que la sottise et la cupidité placent sous toutes les rues, en font des mares ; c'est en ce moment, dis-je, qu'une mode insensée fait baisser, élargir les talons des chaussures des Femmes ! Jeunes Sylphides ! croyez-en votre Admirateur éclairé, vous devez éviter tout ce qui profane votre parure, en la rapprochant de l'habillement des Hommes ; tout ce qui vous matérialise, en déformant votre jambe et votre pied ! ... Ici la Dame m'interrompit : - N'êtes-vous pas le Hibou de la Marquise de M**** ? - Oui, Madame. - Hé ! Monsieur ! (dit-elle à l'Homme), il n'est pas méchant. On arriva. La Belle-dame me présenta la main, que je baisai. On rentra. »

Photographie 3 : Détail de la gravure au pointillé de Louis Darcis d'après Carle Vernet (1758-1836) datant de 1796 et titrée « Les Mérveilleuses ».

Photographie 4 : L'article intitulé 'Les Pieds' de Le Furet des salons nous renseigne sur le pied mignon (renommé internationalement) de la parisienne. Le Furet des salons est un petit opuscule de mode de 6,6 x 4,5 cm, de vers 1825, contenant de courts articles sur la mode du temps.

Voici le texte de ce passage : “Les Pieds. On dit que telle femme a une physionomie spirituelle, un air voluptueux, une taille élégante. Une jolie jambe, un joli pied, sont, à mon avis, ce qu'il y a de plus adorable dans une jolie femme. Les Parisiennes ont, dans le monde entier, la plus haute renommée pour les pieds mignons et les souliers bien faits. C'est à Paris que toutes les beautés de l'Europe veulent se faire chausser ; et c'est là seulement qu'elles peuvent apprendre à marcher avec grâce et vitesse.”

Photographie 5 : Détail de la planche 19 de 1802 provenant du Journal des Dames et des Modes ou d'une copie d'époque. Nous avons là un pas de danse.

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Le Gant jaune

Le gant jaune est un « Homme distingué – en 1840, où les gants jaunes étaient le suprême bon ton […] Le Gant jaune est le frère aîné du Gandin. » écrit Alfred Delvau dans son Dictionnaire de la langue verte (1866). En boxe française comme en canne, le gant jaune ou pommeau jaune représente le niveau (élevé) du pratiquant. Mais peut-être cela n’a-t-il aucun rapport ! Ce qui est sûr, c'est que l’expression ‘gant jaune’ exprime le copurchic de l’élégance extrême chez les femmes comme chez les hommes.

Photographie : Détail de la planche 39 de 1801 provenant du Journal des Dames et des Modes ou d'une copie de vers cette même période.

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Le Petit chose

Ce nom est en commentaire de la représentation d’un élégant dans le livre La Comédie de notre temps (1874) de Bertall (1820-1882). Le petit chose est à rapprocher du genreux qui emploie beaucoup les mots ‘chose’, ’machin chose’. A ne pas confondre avec Le Petit Chose d’Alphonse Daudet qui est un surnom d’abord donné à un enfant.

Photographie : « LE PETIT CHOSE. TENUE DE PREMIERE. Qu’on l’appelle daim, gandin, cocodès, petit crevé ou gommeux, peu lui importe – pourvu qu’on soit épaté de son chic. » Bertall, La Comédie de notre temps, vol. 1, Plon, Paris, 1874.

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Le genreux

Photographie : « EDUCATION EN FAMILLE. – Dis donc, petite soeur, tu as un chic épatant. Je t’avertis qu’on te regarde. Si on allait te prendre pour une cocotte ! – J’en ai le trac. » Bertall, La Comédie de notre temps, vol. 1, 1874.

L'utilisation d'un vocabulaire 'moderne' et d'usages verbaux inventés est une des caractéristiques de la jeunesse sans doute de tous les temps. Les modeux de la seconde moitié du XIXe siècle aiment à utiliser des termes spécifiques comme ‘chic’, ‘épatant’, ‘chose’, ‘infecte’, ‘trac’ … encore présents jusqu'à la seconde guerre mondiale chez des zazous à la Charles Trenet. Le 'genreux' est un nom inventé durant le XIXe pour caractériser ceux qui emploient en particulier beaucoup les termes de 'machins' et de 'choses'.

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Le Parisien

Photographie : Physiologies Parisiennes (1886) d'Albert Millaud (1844-1892).

Dans Physiologies Parisiennes (1886), Albert Millaud (1844-1892) consacre tout un chapitre au « vrai parisien » : « Le vrai Parisien est né à Paris […] Le Parisien pur sang se reconnaît à un déhanchement particulier, quand il marche, et sa continuelle flânerie. Dès qu’un passant s’arrête pour regarder en l’air ou pour se réunir à d’autres passants rassemblés soyez sûrs que c’est un Parisien. Le Parisien est avant tout badaud. Il regarde passer une noce ou un enterrement, comme s’il n’en avait jamais vu. Il aime les militaires et les suit, sur le trottoir, quand il a un chapeau et sur la chaussée quand il a une casquette. Le Parisien ne sait pas grand’chose ; mais il se mêle de tout, et dit son opinion avec autorité. Il adore pérorer le public et trouve que tout ce qu’on fait est mal. Si on l’écoutait, on ferait mieux. […] Il n’a aucune initiative, et ne sait pas encore, quand il prend le chemin de fer, à quel guichet il faut s’adresser. […] Le vrai Parisien, quelle que soit l’éducation qu’il a reçue, grasseye en parlant et se moque des gens qui vibrent. […] Il a toujours dans sa famille une tante ou une vieille bonne qui lui ont appris à traîner en parlant, et il traîne tant qu’il peut. Le Parisien ne prononce les u qu’eu et les eu qu’u. Je connais des fils de famille qui disent « eune chaise » pour « une chaise » et Ugène pour Eugène, c’te pour cet, ed pour de. C’est dans le tempérament parisien. L’e muet le gêne, il dira volontiers : C’est eune tuill quim’ tombe su l’dos. Un académicien, né à Paris, parle absolument cette langue, quand il se laisse aller ... »

Un article de Le Furet des salons de vers 1825 intitulé : 'Portrait du Parisien' (voir photographies et la description) décrit ce personnage à l'époque : « Les premiers éléments d'une éducation parisienne consistent à dire poliment une chose incivile, agréablement une chose indifférente ; à glisser comme une ombre parmi la foule, à ployer la tête quand il le faut, à saisir avec un instinct subtil la nuance du moment, le ton du jour. S'il est grave, ce n'est point sa faute : c'est le ton depuis trente ans ; il existe au milieu de son sérieux affecté, des moyens infaillibles de le reconnaître : c'est le noeud de sa cravate, la forme de sa botte, l'élégante souplesse de sa badine, l'adresse avec laquelle son pas élastique bondit de pavé en pavé. Ses affections sont peu profondes ; il n'est capable ni de haine ni d'amour. La caricature, l'épigramme, quelques mots piquants, c'est là son poignard, son stylet, son poison. Personne ne balotte plus rapidement, plus vivement les opinions, les idées, les principes. Si le Français est l'enfant de l'Europe, le Parisien est l'enfant de la France. »

Si le parisien n’est pas un petit-maître, les petits-maîtres sont presque toujours des parisiens. Dans Les Lois de la Galanterie, Charles Sorel (vers 1582 – 1674) exprime ouvertement que le seul lieu valable pour la Galanterie est la capitale française, et cela dès le premier paragraphe de son livre : « Nous, Maîtres souverains de la Galanterie, étant assemblés, selon notre coutume, pour la publication de nos lois, qui est quelquefois renouvelée plus souvent que tous les jours [leur coutume étant de ne suivre aucune loi : rappelons que l'auteur est dans sa jeunesse dans la mouvance des libertins], Avons arrêté qu'aucune autre Nation que la Française ne se doit attribuer l'honneur d'en observer excellemment les préceptes, et que c'est dans Paris, ville capitale en toutes façons, qu'il en faut chercher la source. Les esprits Provinciaux n'auront point aussi l'air du grand monde sans y avoir fait leur cours en propreté, civilité, politesse, éloquence, adresse, accortise [savoir être accort], prudence mondaine, et s'être acquis toutes les autres habitudes dont la vraie Galanterie se compose. Encore avec tout cela ne pourront-ils pas exercer notre Art illustre dans leurs villes éloignées, pour ce qu'il n'a cours véritablement que dans Paris, ville incomparable ou sans pair, de laquelle lorsque les vrais Galants sont éloignés, ils se trouveront comme les grands poissons de la mer dans une petite mare où ils ne peuvent nager faute d'eau, si bien que celui qui porte cette dignité ne s'éloignera que le moins qu'il lui sera possible d'un lieu qui est son vrai Élément. »

Photographies : Petit opuscule de mode de 4,5 x 6,6 cm, de vers 1825, intitulé : Le Furet des salons, écrit peut-être par César Lecat baron de Bazancourt (1810-1865), contenant de courts articles sur la mode du temps dont l'un intitulé 'Portrait du Parisien'. Les photographies représentent le livre à peu près à son échelle.

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La Parisienne

Photographie : 'La Parisienne à Londres'. Gravure des toutes premières années du XIXème siècle.  Il manque les inscriptions en dessous et au dessus de l'image : 'Caricatures &.' - 'Le Suprême Bon Ton, N°12' - 'A Paris, chez Martinet, Libraire, rue du Coq St-Honoré.' Dimensions : 19,3 x 23,9 cm. Cette intéressante caricature présente une parisienne avec son cavalier parisien. Ils sont dans une position assez caractéristique de la galanterie française, plutôt gracieuse, avec une légère inflexion et sur la pointe des pieds. L'aspect caricatural se situe dans le contraste avec celle rigide des anglais et l'accentuation des traits. Nous avons vu dans d'autres articles qu'à l'époque où se situe cette gravure la mode anglaise est prépondérante à Paris. Comme les anglo-saxons on se met à apprécier les courses de chevaux (arrière plan de l'image). Il est à remarquer la merveilleuse sur la droite avec son chapeau à longue visière et le grand couvre-chef du personnage assis de dos au centre, modes très présentes alors à Paris. Ces genres de coiffes ne trouvent plus d'équivalents par la suite : une visière aussi longue pour les femmes et des chapeaux aussi volumineux pour les hommes. Cette estampe se situe dans un contexte où un grand nombre de français se sont réfugiés pendant la Révolution à Londres. Ce sont les émigrés. A ce sujet, il semblerait que ces vingt dernières années ont connu une émigration très importante de français qui ont choisi de s'installer définitivement hors de l'hexagone. On n'en parle très peu mais c'est une réalité qui dévoile en plus du désir d'aventure, combien tous les gouvernements qui se sont succédés ici ont conduit une politique en profonde opposition avec l'esprit français et son besoin de liberté et de création.

La parisienne et le parisien sont des personnages qui jalonnent de nombreux siècles. Dans cet article il est question de la parisienne, et dans le suivant du parisien.

Au XIXe siècle, dans la capitale française, le grand nombre de cocottes, demi-mondaines et autres lorettes fait que le mot de 'parisienne' a souvent dans la bouche d’un étranger en villégiature dans cette ville une connotation de fille facile. Ceci vient sans doute de la liberté qu'affichent les parisiennes. Mais ce qui les caractérise toutes c'est leur charme. Certaines sont des 'filles', d'autres des grisettes, des 'dames', des artistes, des 'grandes dames' voir des aristocrates. Ce personnage a sa place parmi les petites-maîtresses qui sont très souvent des parisiennes.

Voilà ce que l’on peut lire sur elle dans le chapitre 64 intitulé ‘Les grisettes et les lorettes’ du Tableau de Paris (1853) d’Edmond Texier : « Sa beauté n’est pas un type fixe, sujet à des lois d’esthétique qu’on puisse déterminer : c’est un composé de traits étrangers, de beautés particulières, qui se révèlent par les contrastes les plus inattendus et qui n’ont de commun que l’air de famille, air propre à la Parisienne, indéfinissable et insaisissable pour la plume comme pour le pinceau. […] vous verrez parfois ces traits si distincts se succéder sur sa physionomie, essentiellement mobile et changeante. Son regard, toujours perçant, expressif, malicieux, sait, quand il le faut, imposer le respect, ou bien traverser le coeur, comme un rayon de feu ; son sourire, que dessinent d’ordinaire la grâce et la finesse, prend au besoin toutes les significations, et supplée au langage. Où vous reconnaîtrez le mieux la Parisienne, c’est à sa toilette. Je défie toute femme, quel que soit son pays, quelle que soit l’époque où elle ait brillé, de porter comme elle le costume moderne, tel que la mode le fait et le défait à chaque instant. Une figure parisienne, seule, peut, sans ridicule, être encadrée de ce cône renversé, en carton couvert de soie ou en paille tressée, qui s’appelle chapeau. Un corps de Parisienne peut seul laisser deviner toutes ses perfections et dissimuler tous ses défauts sous les plis flottants des vêtements qui changent sans cesse, et qui passent d’une impossibilité à une absurdité. Il y a une sorte de gageure entre celles qui font les modes et celles qui les adoptent : les unes s’ingénient à trouver les combinaisons les plus antipathiques avec les lois du beau et du goût, les autres semblent tout naturellement corriger ces combinaisons absurdes et en faire jaillir une grâce, une beauté nouvelle et imprévue. Pour se convaincre du génie dépensé dans cette lutte entre la coquetterie des unes et les écarts d’imagination des autres, il faut avoir vu, avoir observé les caricatures vivantes qui peuplent la province et l’étranger. Vous regardez une femme qui n’a pas vécu sa vie entière à Paris, vous considérez son cachemire du meilleur fabricant, son chapeau, chef-d’oeuvre de la plus habile modiste, sa robe taillée par la main de la meilleure ouvrière, et vous haussez les épaules. Ce n’est pas sans raison, la pauvre femme a copié la gravure de modes, elle n’a pas créé ce qui manquait en elle pour s’assortir avec sa toilette. Aussi vous déplorez les erreurs et l’aveuglement du caprice féminin, qui combat ainsi sans cesse contre son propre intérêt. Vous jetez un regard d’admiration sur les costumes antiques, aux plis austères et majestueux ; vous contemplez encore une fois les habits pittoresques de quelques paysannes arriérées et vous venez à Paris avec une sainte horreur de ces débauches d’imagination qui guident la main des couturières et la toilette des dames. Quelle surprise vous attend, dès votre première promenade sur le boulevard ! Ces modes si extravagantes, ces créations d’une fantaisie si bizarre, si étrangement originale, vous les retrouvez, mais transformées, mais devenues gracieuses, mais embellies, mais rendues inimitables, par un je ne sais quoi qui appartient en propre à la Parisienne de toutes les conditions. Ici, c’est une grisette , une fille d’ouvrier, une demoiselle de boutique, vêtue sur le modèle de la grande dame, sauf la différence des étoffes ; elle a bien ce chapeau qui vous semblait si ridiculement jeté en arrière et accroché au chignon, cette robe taillée en dépit des contours naturels du corps, ce fichu, non pas drapé, mais chiffonné et pendant au hasard. Le chapeau n’est qu’un tissu de paille sans beaucoup d’apprêt, la robe, qu’une pièce de cotonnade, le châle, qu’un carré d’étoffe imprimée ; et tout cela forme pourtant un ensemble ravissant de grâce et de bon goût. Le regard brille et jette des éclairs sous ce modeste abat-jour ; la taille se balance mollement, la jupe flotte d’une façon onduleuse et provocante. Le pied chaussé d’un mignon brodequin apparaît, à chaque pas, furtif, fin, cambré. »

Dans sa pièce intitulée La Parisienne (1690), Dancourt (1661-1725) met en scène une Angélique, personnage du titre, qui a de l'esprit, plusieurs amants et jongle avec eux alors que sa mère veut la destiner à un quatrième. Finalement elle s'en sort assez facilement et épouse celui qu'elle aime le plus. Comme le dit sa servante : « Ma foi, vive Paris ! L'esprit ne vient pas si vite aux filles de province ! »

Dans un autre article, je parlerai des « pieds mignons » dont les parisiennes sont les plus grandes représentantes.

observé les caricatures vivantes qui peuplent la province et l’étranger. Vous regardez une femme qui n’a pas vécu sa vie entière à Paris, vous considérez son cachemire du meilleur fabricant, son chapeau, chef-d’oeuvre de la plus habile modiste, sa robe taillée par la main de la meilleure ouvrière, et vous haussez les épaules. Ce n’est pas sans raison, la pauvre femme a copié la gravure de modes, elle n’a pas créé ce qui manquait en elle pour s’assortir avec sa toilette. Aussi vous déplorez les erreurs et l’aveuglement du caprice féminin, qui combat ainsi sans cesse contre son propre intérêt. Vous jetez un regard d’admiration sur les costumes antiques, aux plis austères et majestueux ; vous contemplez encore une fois les habits pittoresques de quelques paysannes arriérées et vous venez à Paris avec une sainte horreur de ces débauches d’imagination qui guident la main des couturières et la toilette des dames. Quelle surprise vous attend, dès votre première promenade sur le boulevard ! Ces modes si extravagantes, ces créations d’une fantaisie si bizarre, si étrangement originale, vous les retrouvez, mais transformées, mais devenues gracieuses, mais embellies, mais rendues inimitables, par un je ne sais quoi qui appartient en propre à la Parisienne de toutes les conditions. Ici, c’est une grisette , une fille d’ouvrier, une demoiselle de boutique, vêtue sur le modèle de la grande dame, sauf la différence des étoffes ; elle a bien ce chapeau qui vous semblait si ridiculement jeté en arrière et accroché au chignon, cette robe taillée en dépit des contours naturels du corps, ce fichu, non pas drapé, mais chiffonné et pendant au hasard. Le chapeau n’est qu’un tissu de paille sans beaucoup d’apprêt, la robe, qu’une pièce de cotonnade, le châle, qu’un carré d’étoffe imprimée ; et tout cela forme pourtant un ensemble ravissant de grâce et de bon goût. Le regard brille et jette des éclairs sous ce modeste abat-jour ; la taille se balance mollement, la jupe flotte d’une façon onduleuse et provocante. Le pied chaussé d’un mignon brodequin apparaît, à chaque pas, furtif, fin, cambré. »

Dans sa pièce intitulée La Parisienne (1690), Dancourt (1661-1725) met en scène une Angélique, personnage du titre, qui a de l'esprit, plusieurs amants et jongle avec eux alors que sa mère veut la destiner à un quatrième. Finalement elle s'en sort assez facilement et épouse celui qu'elle aime le plus. Comme le dit sa servante : « Ma foi, vive Paris ! L'esprit ne vient pas si vite aux filles de province ! »

Dans un autre article, je parlerai des « pieds mignons » dont les parisiennes sont les plus grandes représentantes.

Photographie : 'La Parisienne', Tableau de Paris (1853) d’Edmond Texier 

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Les motifs de rayures et de pois

Cet article fait suite à un précédent consacré aux carreaux dans la mode d'autrefois en proposant des exemples de motifs de rayures et pois portés par des petites maîtresses et des petits-maîtres des XVIIIe et XIXe siècles.

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Merveilleuses & merveilleux