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La dame de qualité

 

damedequaliteetantasatoiletteclair300damedequaliteetantasatoilettedetail300Premières photographies : « Dame de qualité étant à sa toilette ». Gravure, sans doute du XVIIe siècle collée sur un papier plus récent. La partie originale (en photo) fait 27,8 x 22,1 cm.
La dame (ou femme) de qualité est surtout associée au XVIIe siècle. Le plus souvent de condition noble, elle est fine et passe une partie de son temps dans les divertissements. François Grenaille (1616-1680) discourt sur quelques-unes d'entre elles dans son livre intitulé :
Les Plaisirs des dames (1641). La femme de qualité apprécie les bals, les concerts, les collations, la promenade. Elle passe du temps à sa toilette. Elle fréquente la Cour. Elle cultive les plaisirs des arts et des sciences, pratique les ruelles (voir Les Précieuses et les femmes de lettres), les cercles (L'art de la conversation) et autres salons ; s'adonne à la lecture et à l’étude.  Elle est sage, galante ; aime la mode, l’élégance et les expressions nouvelles. Elle invite, se rend à des dîners, se divertit à l’Opéra, à la Comédie, en allant au Cours (Le Cours) ou dans d'autres lieux à la mode ; pratique la chasse, les jeux, " l’appartement " qui consiste en des amusements accompagnés de musique et de jeux que le roi donne dans ses appartements à Versailles comme l’écrit François de Callières (1645-1717) bourgeoiseavecsonchien300dans Des Mots à la mode et des nouvelles façons de parler. Avec des observations sur diverses manières d’agir & de s’exprimer (1692) : « ce bel assemblage de divertissements qui se trouvent dans le grand et magnifique appartement de Versailles : la musique, la danse, la collation, les liqueurs, toute sorte de jeux, la conversation, & surtout cette agréable liberté qu’on y a de bourgeoiseavecsonchienvisage300changer de divertissements, & d’aller de plaisir en plaisir, comme les abeilles vont de fleur en fleur » … La noblesse et les manières de la dame de qualité la différencient de la bourgeoise qui souvent essaie de l'imiter comme le montrent les dernières photographies. La seconde gravure, est en effet très corrosive. Le personnage est certes avec les attributs de la dame de qualité et assez fin d'exécution ; mais la jeune bourgeoise place la couronne de fleurs, symbole nuptial et amoureux, autour de son chien …  Quant au texte qui accompagne l'image, il est sans équivoque : « Jeune Bourgeoise assise dans une promenade publique, contrefaisant la Dame de qualité en minaudant avec son chien : elle en grand chapeau en rosettes et grandes boucles à l'Américaine. » Cette estampe est gravée par Nicolas Dupin le Jeune (né en 1753) d'après Watteau fils (François Louis Joseph Watteau :1758-1823) et date du dernier tiers du XVIIIe siècle. Le visage de ce caractère est cependant joli : comme quoi on ne peut pas se fier qu'aux apparences. J'ai déjà parlé de la bourgeoise dans l'article intitulé Les faux élégants. Cette gravure fait partie de Gallerie des Modes et Costumes Français. 52e Cahier de Costumes Français, 46e Suite d'Habillemens à la mode en 1787, parue cette même année.

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Drapé à l'antique

 

Jean-Le-CamusTrès prochainement la maison Tajan présentera trois belles ventes aux enchères à Paris. Pour commencer voici une peinture (photographie), du catalogue de celle du 21 juin, représentant un « portrait présumé de Jean Le Camus » provenant de l'« entourage de Nicolas de Largillierre » (1656-1746), de 80 x 64 cm, et datant de vers 1700. Dans un temps où la mode occupe une place très importante, on aime cependant à se faire représenter dans un drapé à l'antique. La raison en est que si la mode passe, le portrait lui doit durer dans le temps. Dans l'exemple de la peinture de la photographie, la perruque et la cravate de dentelle marquent cependant une époque. La photographie provient du catalogue :Catalogue-Tajan-210610

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La cocarde tricolore

gravurerevueXVIIIecocardedetailclairretouchee300-copie-1La cocarde tricolore de la Révolution française est un signe de ralliement qui à une période est même imposé. Elle est composée des bleu et rouge couleurs de Paris et du blanc symbole de la royauté. Avant elle, les révolutionnaires en portent une verte, les antirévolutionnaires une noire et les royalistes une blanche. C'est le marquis de La Fayette qui fait rajouter le blanc à la cocarde révolutionnaire par déférence envers Louis XVI qui le 17 juillet 1789 la met à son chapeau. « Son port est rendu obligatoire pour les hommes le 8 juillet 1792, pour les femmes le 21 septembre 1793. Le refus de porter la cocarde rend suspect la personne et peut lui valoir huit jours de prison. […] Après Thermidor, le port de la cocarde s'amenuise, même s'il est théoriquement obligatoire au moins jusqu'en 1796 » (Wikipedia). La mode doit donc faire avec.

Photographies : Gravure tirée d'une revue de mode de la toute fin du XVIIIe siècle. Le modèle de gauche porte les trois couleurs : des chaussures jusqu'au chapeau où sont attachés une cocarde et des rubans tricolores. Celui de droite est dans un style plus ancien régime, avec : un petit châle moucheté, des dentelles et une longue ceinture nouée avec des motifs pompéiens.gravurerevueXVIIIecocardetresclair300

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Lyon : capitale française de la soie.

Photographie ci-dessus : « Soierie, Élévation perspective d'un grand dévidage placé au dessus des Moulins représenté ci-devant. » (orthographe de l'époque). Planche tirée de L'Encyclopédie de Diderot & d'Alembert et datant du XVIIIe siècle.

Si Paris est la capitale de la mode française et même encore mondiale, Lyon (et les alentours) est sans doute celle de l'industrie textile en France. Étant originaire de cette région, ou plus exactement de Saint-Etienne, je connais bien l'endroit. Dans tous les environs, le textile est jusqu'à la fin du troisième quart du XXe siècle une industrie fleurissante ; peut-être même la première ; et cela jusque dans les villages reculés où des particuliers possèdent un ou plusieurs métiers à tisser, certains en rassemblant plusieurs afin de former des ateliers avec des ouvriers.

La « capitale des Gaules » est un carrefour commercial important ; depuis au moins les phéniciens qui venus de Méditerranée y accostent grâce au fleuve le Rhône. Au XVe siècle y transitent et se vendent de nombreuses soieries provenant d'Italie, d'où l'idée d'en fabriquer sur place, avec semble-t-il un premier essai en 1466 peu fructueux ; et un second en 1536 avec une manufacture de soie créée par un négociant piémontais fixé à Lyon et son associé. C'est ainsi qu'au XVIe siècle naît dans cette ville la corporation des ouvriers en « draps d'or, d'argent et de soie ». A partir de ce moment l'activité textile de la soie va être très fleurissante dans toute la région, suivant les évolutions technologiques avec des métiers à tisser de plus en plus sophistiqués. Entre 1827 et 1832, la ville est reliée à Saint-Étienne par l'une des premières voies ferrées au monde. Déjà à la fin du XVIIIe siècle (après 1772), l'introduction de métiers mécaniques fait de Saint-Etienne le grand centre de fabrication du ruban de soie. D'après Wikipédia : « En 1786, il y avait dans la région stéphanoise 15 250 métiers [...] produisant pour 17 millions de francs dont près de la moitié était exportée. Après les épreuves de la Révolution et de l'Empire, l'industrie du ruban connaît un essor très important et de 1815 à 1856, Saint-Étienne connaît un véritable âge d'or. Les Stéphanois réussissent à adapter la mécanique Jacquard au métier de ruban […] À la veille de la Première Guerre mondiale, la rubanerie occupait 30 000 personnes et faisait vivre avec les industries annexes plus de 80 000 personnes autour de Saint-Étienne. » Aujourd'hui on utilise peu les rubans ; mais autrefois ils sont un élément vestimentaire important. On en porte sur le chapeau, dans les cheveux, autour du cou, sur les habits, à la ceinture, aux articulations, aux chaussures ... en noeuds, cravates, cocardes, pour remplacer les boutons … En voici deux exemples : Marie-Antoinette et XIXe siècle.

Photographies ci-dessus à gauche et ci-dessous : Le Spectacle de la Nature, ou entretiens sur les particularités de l'Histoire naturelle, Qui ont paru les plus propres à rendre les Jeunes-Gens curieux, & à leur former l'esprit. Tome sixième, contenant ce qui regarde l'Homme en Société, Nouvelle Édition, Paris, 1747.

- Planche XI 'Le Métier du Tisseur vu de face' gravée par Jacques-Philippe Le Bas (1707-1783)

- Planche XXX 'La Rubanerie' par le même graveur.

Les numéros inscrits dans les planches renvoient à des définitions des parties représentées dans le livre. L'édition de 1751 est visible ici.

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Coquetterie

lesdangersdelacoquetterietitreIl y a toutes sortes de coqs : le cocodes, la cocodette, la cocotte, le coqueplumet, le cocardeau, le coquet et la coquette. J'ai déjà écrit un long article sur les deux derniers : Coquettes et coquetteries du XVIIe siècle ; et il est question du 'Coq' dans celui intitulé : Les faux élégants.  Dans Les dangers de la coquetterie (Paris : Buisson, 1788, 2 tomes), Marie Armande Jeanne Gacon-Dufour (1753-1835) met en scène des coquettes dépeintes sous un très mauvais jour : inconscientes, voire méchantes, n'hésitant pas à mettre en danger leurs admirateurs par leurs lubies ; aimant tous les loisirs : bals, voyages (aux 'eaux' par exemple), fêtes, jeux d'argent, modes nouvelles ... Elles veulent être le point d'attention principal, s'entourant d'aimables dont je parlerai dans un autre article. L'auteur de cet ouvrage assez moral est une femme de lettres qui écrit de nombreux textes que l'on dirait aujourd'hui féministes comme : Mémoire pour le sexe féminin contre le sexe masculin (1787) ;  Les Dangers d'un mariage forcé (1801) ; Contre le projet de loi de S***. M***, portant défense d’apprendre à lire aux femmes, par une femme qui ne se pique pas d’être femme de lettres, ouvrage contenant des réponses argumentées remettant le sieur Maréchal à sa juste place de sot, d’esprit dérangé et de bouffon réactionnaire (1801) ; De la Nécessité de l'instruction pour les femmes (1805). Parmi d'autres ouvrages elle a aussi publié sur la toilette : Manuel du parfumeur, guide pour faire des parfums, lotions, sachets, vinaigres aromatiques, maquillages, poudres et dentifrices (1825) ; et un Manuel théorique et pratique du savonnier, ou l'Art de faire toutes sortes de savons (1827).
Photographies : Les dangers de la coquetterie de Marie Armande Jeanne Gacon-Dufour (1753-1835), Paris : Buisson, 1788, 2 tomes, in-12. Manque la première page de titre et sans doute la préface. Première édition dans sa reliure d'époque. Page de titre du second tome et cul-de-lampe représentant un coq.lesdangersdelacoquetteriecoqdetail150

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Le baroque et le rococo : les styles et les personnes.

theatrealusagedesjeunespersonnestitre300Photographie : Page de titre de Théâtre à l'usage des jeunes personnes (tome quatrième, Paris, M. Lambert & F. J. Baudouin, 1780) de la comtesse de Genlis. Il contient : La Rosière de Salency, comédie en deux actes ; La Marchande de modes, comédie en un acte ; La Lingère, comédie en deux actes ; Le Libraire, comédie en un acte ; Le Vrai sage, comédie en deux actes ; Le Portrait ou les Rivaux généreux, comédie en trois actes.
Si le terme de 'baroque' est un style dont le nom a été donné par les critiques d'art au milieu du XIXe siècle, il désigne aussi depuis déjà au moins le XVIIIe siècle quelque chose d'irrégulier, de bizarre, d'inégal. On dit : un esprit baroque, une expression baroque, une figure baroque. Dans la pièce intitulée La Marchande de modes extraite du Théâtre à l'usage des jeunes personnes (Paris : M. Lambert et F.-J. Baudouin, 1779-1780) de Mme Stéphanie-Félicité Du Crest comtesse de Genlis (1746-1830), la grisette (fille de boutique) Josephine imite de façon plaisante une cliente : « Mademoiselle, de quel prix est cela ? … Deux louis, Madame … C'est horrible ! … c'est hideux ! … d'un goût … baroque ! … (Toutes les jeunes filles rient) ... »
Le mot 'rococo' lui aussi nomme un courant des beaux-arts. Il est souvent joint au style rocaille ; et désigne parfois une personne qui a une prédilection pour les choses anciennes passées de mode : une personne rococo, ayant des idées rococo ; un rococo ... On peut donc associer les gens baroques, rococos, et gothiques (voir article intitulé :
Les modes gothiques et le style troubadour du XIXe siècle) des XVIIIe et XIXe siècles, car tous suivent des modes passées.

Personnellement je trouve le style rocaille particulièrement beau. Il associe : harmonie et fantaisie, terre et esprit ... une grâce où la volupté s'allie à l'agrément du rythme (des volutes), la beauté aux plaisirs de l'intelligence. C'est un mouvement qui s'étend en France durant la Régence (1715-1723) et sous le règne de Louis XV (1715 à 1774), jusqu'à l'avènement du néoclassicisme vers 1750. Cette époque particulièrement riche  précède donc la redécouverte de l'Antique par l'intermédiaire notamment de l'archéologie ; mais aussi l'explosion des Lumières.

CoatalemDeLajoue400Photographie (Copyright Coatalem) : Huile sur toile (H. 96 cm, L. 126,5 cm) de Jacques de Lajoüe (1686-1761) intitulée La fontaine d'Amphitrite et proposée à la vente sur le site de la Galerie Eric Coatalem.

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Le branché et le sapeur des années 80.

brancherouzaudcouverture300Il est souvent question dans ce blog des mouvements de mode français : ce que j'appelle la petite maîtrise de l'élégance. Jusqu'à présent je me suis arrêté aux existentialistes des années cinquante. Il est vrai que l'après guerre change énormément la donne : et le débarquement américain est aussi celui d'une culture de masse. Finis les tailleurs et les couturiers pour les profits du prêt-à-porter. Les années soixante qui prônent un retour à la liberté avec les hippies sont rattrapées par les débuts d'une crise qui n'est toujours pas finie en Occident aujourd'hui et qui s'exprime dans la jeunesse par le no-future punk dans les années soixante-dix. Durant les années quatre-vingt l'inspiration continue à venir d'Angleterre avec quelques esthètes libertaires anglais comme Malcolm McLaren et d'Amérique avec le hip-hop. En France cela se passe un peu dans la Haute couture, dans les boîtes de nuit /concerts parisiennes de Les Bains-douches et du Palace (ajouter le Gibus plus rock-and-roll et moins 'bourgeois'), dans le mouvement « sono mondiale » avec Jean-François Bizot à Bastille, la musique latino du Balajo rue de Lappe, les sapeurs (SAPE = Société des ambianceurs et des personnes élégantes) au nord de Paris (surtout dans les 2ème, 10ème, 11 ème et 18ème arrondissements), les rappeurs chantant en français en banlieue etc. Le président de la République de l'époque (François Mitterrand) utilise le mot de « branché » à la télévision afin de montrer qu'il est dans le coup et Jacques Lang lance le concept de la soupe culturelle néo baba subventionnée qui sonne la fin des branchés. Mais qu'est-ce qu'en fait un branché ? C'est un new-wave à la française, qui exprime son no-future post-punk non pas seulement en jouant sur le second degré en s'habillant en col-blanc et en dansant comme une machine, mais surtout en étant toujours au fait des dernières nouveautés afin de s'y délecter et de jouir de ce sentiment de liberté que suscitent les avant-gardes. Les branchés peuvent donc être classés dans cette lignée des petits maîtres telle qu'elle est établie dans ce blog et résumée ici.
Photographie : Première de couverture de la bande-dessinée intitulée La Fin des Branchés de Jean Rouzaud (1983) présentant la pérégrination d'un branché dans la première moitié des années quatre-vingt.
Durant les années quatre-vingt les sapeurs occupent une place importante dans la petite-maîtrise de la vie parisienne. Si certains se fondent dans la 'sono mondiale', la plupart restent en parallèle de celle-ci avec leurs soirées, concours, lieux … En ce moment à Paris, jusqu'au 11 juillet 2010 au Musée Dapper (35 bis, rue Paul Valéry ; 75016 Paris), tout un pan de l'exposition 'L'Art d'être un homme' fait la part belle à 'L'Univers de la Sape' :
www.dapper.com.fr. « Des photos d'artistes mises en espace témoignent de la vitalité de la Société des ambianceurs et des personnes élégantes, dont l'acronyme « Sape » désigne un art de se vêtir à l'occidentale initié par des Africains fort inventifs. Une célébration visuelle qui documente en finesse ce mouvement vestimentaire né dans les métropoles congolaises, notamment Brazzaville et Kinshasa. » Je ne suis pas encore allé voir cette exposition mais les deux photographies libres de droit du musée sont intéressantes.
sapeurs650Photographies : Visuels sur l'exposition "L'univers de la SAPE" toutes deux prises à Brazzaville au Congo. La première (quartier de Bacongo) est l'oeuvre d'Héctor Mediavilla et date du 18 décembre 2005. La seconde s'intitule 'La Sape' ; est de Baudouin Mouanda, et semble de 2008.  © Héctor Mediavilla / Pandora / Picturetank. © Photo Baudouin Mouanda, 2008. A noter en particulier les couleurs, les cravates : et la façon particulièrement originale dont est nouée la violette … dans un pur style créatif ! Pour les sapeurs, Paris est la capitale de la SAPE. Il est indubitable qu'ils font partie de la lignée des petits maîtres de l'élégance française telle que redécouverte dans ce blog.

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Montagnes russes parisiennes.

3montagnes650laramassedetailaavisageclair262lesmontafnesrussescoupledetail300Trois premières photographies : Avec de gauche à droite des gravures de la première moitié du XIXe siècle : - « Le Bon Genre, N° 97. Les Montagnes Russes de la Barrière du Roule. » Elle se situe à l'actuelle Place des Ternes. - « Le Bon Genre, N° 99. La Ramasse. » - « Le Bon Genre, N°105. Montagne artificielle de Belleville. » L'emplacement de la barrière de Belleville est sur le boulevard du même nom au niveau de la rue du Faubourg-du-Temple à Paris. Elle est réputée aussi pour ses guinguettes particulièrement durant la période du Carnaval. Il est émouvant de voir les collines champêtres de ce lieu aujourd'hui recouvert d'immeubles, de goudron  et de béton. Ceci dit, depuis un certain temps Belleville renoue avec la fête et s'engage dans l'Art avec de plus en plus de galeries.
Photographies suivantes : Détails des gravures.

Théâtres, concerts, bals, guinguettes, parcs d'attractions, fêtes, spectacles variés, cafés, jardins … les lieux de délassement ne manquent pas à Paris au début du XIXe siècle.
Durant cette période, de nouvelles distractions font leur apparition comme  les montagnes russes ; ainsi appelées car le concept est emprunté aux constructions enneigées laramassebbclair300construites en Russie pour y faire de la luge. Celles-ci étant très populaires, on en érige ailleurs mais en utilisant des voitures roulant sur des rails. À Paris, 'La montagne de Belleville' semble être la première en France. Elle ouvre vers 1812-1816 et est vite suivie de nombreuses autres comme les « montagnes françaises » aussi appelées « promenades aériennes » du parc d'attractions de la Folie Beaujon (voir article Wikipedia). Les barrières de Paris, qui sont des bâtiments ouvrant sur la campagne autour de la capitale, proposent de l'espace pour de telles constructions. Elles sont situées aux portes de la ville et ont pour fonction de récupérer le droit de douane (octroi) de certaines marchandises rentrant dans la cité. Il en existe dans la capitale au moins depuis le XIIe siècle ; et sous Louis XVI on en compterait 57. On donne par extension le nom de 'barrière' à la campagne entourant celles-ci. Ces terres environnantes sont  souvent dédiées à la fête avec de nombreuses guinguettes ou d'autres attractions comme ces 'montagnes' qui sont les nouveaux lieux à la mode pour les jeunes élégants du temps des calicots comme le montre le titre du vaudeville en un acte de Scribe et Dupin intitulé : Le Combat des Montagnes ou la folie Beaujon datant de 1817 (voir article intitulé : Le calicot
Photographies en liens : Voici d
es images glanées sur Internet représentant les Montagnes françaises du Jardin Beaujon : 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6.
Enfin en cliquant
ici, vous trouverez un article intéressant sur les montagne parisiennes : russes, françaises, suisses, égyptiennes …
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Petites dames

petitesdames500leleverdunepetitedame300Photographies : Gravure du XIXe siècle, de 34,6 x 25,7 cm, de la série Ces Petites Dames, feuillet 11, de « CH Vernier » avec pour texte : « Hé bien ! Après, qu'est-ce qu'il y a d'étonnant que j'aie des Cors-de-chasse aux oreilles, vous portez bien au milieu du visage un nez en trompette ! ... »
Au XIXe siècle, on donne le nom de 'petites dames' à plusieurs genres de jeunes femmes. Celles qui nous intéressent ici sont les continuatrices des petites-maîtresses. Leur période est sous le second Empire (règne de Napoléon III de 1852 à 1870). L'estampe de la première photographie les présente jeunes, coquettes, originales et espiègles, aux tenues extravagantes. La dernière photographie dépeint un genre plus bourgeois d'actrice (elle lit un journal intitulé 'Faust') à succès, entretenue, courtisée, empruntant certains plaisirs et codes aux 'grandes dames' qui, comme nous avons vu précédemment, accordent beaucoup d'importance à la toilette (voir l'article intitulé La Toilette d'apparat des XVIIe et XVIIIe siècles) et à ce qui tourne autour de leur lit (Les Précieuses et les femmes de lettres).
Photographie de droite : Première page du journal L'Eclipse n°59 du 18 mars 1869. L'illustration a pour titre : « Le lever d'une petite dame, par F. Régamey ».

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Les modes gothiques et le style troubadour du XIXe siècle.

modegothique300Photographie : Illustration de La mode, datant de 1837, représentant un homme dans un intérieur inspiré du Moyen-âge.
« Un excellent homme a dit que la mémoire était comme une Imprimerie : Un Imprimeur qui n'a que des caractères Gothiques n'imprime rien qu'en caractères Gothiques, quelque bel ouvrage qu'il mette sous la Presse : on peut dire de même, que ceux qui n'ont la mémoire pleine que de mauvais mots, n'ayant dans l'esprit que des moules Gothiques, leurs pensées en se revêtant d'expressions, prennent toujours un air Gothique. » Ce passage de l'ouvrage intitulé De l'Art de Parler datant de 1676 utilise ici la métaphore de la calligraphie gothique d'une façon qui n'est pas anodine. Jusqu'au début du XIXe siècle, le terme 'gothique' a une connotation péjorative. Il est inventé à la Renaissance pour désigner un style, né au XIIe siècle en Île-de-France, considéré comme barbare (des Goths) par les 'redécouvreurs' du classicisme antique vers les XVe-XVIe siècles. C'est à cette époque que l'on appelle 'Moyen-âge' la période de mille ans qui succède à l'Empire romain et qui se termine à la Renaissance qui annonce les 'temps modernes'. Avant eux, on désigne par francigenum opus ('Art français') ce mouvement artistique qui se déploie dans toute l'Europe jusqu'au XVe siècle et dont l'architecture est encore très présente dans nos villes (ce n'est qu'avec la tour Eiffel en 1889 que Paris détient un monument plus haut que la cathédrale Notre Dame du XIIIe siècle). Il est question de ce mouvement artistique (et scientifique) dans l'article du 19 mai 2008, intitulé : Le bas Moyen-âge : Fin amor et Art français ou francigenum opus.
En France, jusqu'à peu près la période romantique, une personne qui n'est pas moderne et se complet dans la mode de la génération précédente est appelée 'gothique'. C'est en particulier vrai au temps des Merveilleuses à la fin du XVIIIe siècle et au tout début du XIXe. Dans la comédie de P.-Charles Gaugiran-Nanteuil intitulée La Mode ancienne et la mode nouvelle (1803) dont il est question dans l'article du 28 octobre intitulé
Anglomanie, partie 1 : dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et dans les premières années du XIXe, la petite maîtresse  emploie le mot de 'gothique' dans cette acceptation du terme en parlant d'une autre personne : « Un dragon de vertu, dont l'esprit mal placé / Ne trouve rien de beau que dans le siècle passé [on est en 1803]. [...] Tenant, depuis mille ans, à sa mode gothique. » L'édition de 1762 du Dictionnaire de L'Académie française, explique cet usage : « GOTHIQUE se dit aussi par une sorte de mépris, De ce qui paraît trop ancien & hors de mode. Cela est gothique. Un habillement gothique. Il a les manières gothiques. » Le Dictionnaire critique de la Langue française de l'Abbé Jean-François Féraud de 1787 confirme cette définition : « Au figuré, il se dit par mépris de ce qui est hors de mode. « Cela est gothique. » Habillement gothique, manières gothiques. » Dans Oeuvres en vers et en prose (Paul Desforges-Maillard, 1759) on peut lire : « Certain Richard, superbe & magnifique, / Apercevant un Campagnard paré / D'un justaucorps à la mode gothique, / Trop court pour lui, d'or crasseux chamarré ;  / Ton trisaïeul t'a, dit-il, par degré / Transmis l'honneur de cet habit antique. / Oui, répond l'autre, & toi maître insolent, / Si tu portais celui de ton feu père, / Nous te verrions encore à la légère, / Enharnaché comme un moulin à vent.»
À la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, la mode est à l'anglomanie, à l'anticomanie, aux mirliflors ... et le gothique n'est pas de mise ... du tout ! Les grands cafés qui s'ouvrent alors s'inspirent de ces tendances en déployant un luxe et un chic nouveaux très anglais mélangés à une inspiration pompéienne (café Frascati ...). Cependant, rapidement le Style troubadour remet au goût du jour l'époque médiévale. Désormais tout un pan des arts décoratifs du XIXe siècle, la mode même ainsi que les nouveaux cafés, s'inspirent de ce nouveau courant. Le « gothique » devient à la mode. Les intérieurs prennent un style médiéval ...
Malgré son caractère considéré comme 'ringard' du XV siècle au XIXe, le gothique, ou plutôt le
francigenum opus, n'en demeure pas moins un mouvement artistique phénoménal qui se caractérise notamment par des prouesses architecturales associant espace et lumière, gigantisme et finesse de composition, dont on ne trouve pas d'équivalent dans tous les monuments faits de pierres aux autres époques. Ce savoir est transmis et propagé par des compagnons dans toute l'Europe. Il témoigne d'une prospérité et d'une Renaissance tout à fait originale qui au XIIe siècle se caractérise par une activité scolastique éblouissante et un épanouissement des occupations marchandes et scientifiques à l'origine d'une ouverture extraordinaire au monde. Paris s'inscrit alors définitivement comme la capitale de la France mais aussi commence à être celle de l'Europe.

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Reporters de mode au XVIIIe siècle.

cafedesincroyablesdessinateurDepuis que ce blog a été créé, j'ai montré des aspects plutôt oubliés de la mode française. Celle-ci existe depuis très longtemps. Le terme même de 'mode' se rencontre déjà au Moyen-âge ; et s'emploie à peu près dans la même acceptation qu'aujourd'hui : «manière collective de vivre, de penser propre à un pays, à une époque». Le mot latin beaucoup plus ancien est lui aussi très proche du français. Mon blog s'appelant 'La Mesure de l'Excellence', il est intéressant de noter que modus (modus, i, m) signifie aussi : mesure, proportion, rythme, cadence (musicale, oratoire), mélodie, chant, mode musical, musique, règle, loi, juste mesure, manière, façon, procédé, méthode, genre …
La mode naît dans cette « manière collective de vivre », cette harmonie sans cesse en mouvement, ce rythme toujours changeant constituant une véritable danse sociale, cette mesure de ces notes telles qu'elles sont et s'inventent et qui constituent le bon ton. En France, mieux que nulle part ailleurs, on en connaît les gammes. Tous les supports utilisables pour transmettre la mode sont employés ; en particulier au XVIIIe siècle, où écrivains et artistes s'ingénient à dévoiler ce que nous appellerions aujourd'hui les nouvelles tendances. Les almanachs et autres revues dédiés à la mode contiennent des articles illustrés ou pas, et des images le plus souvent commentées sur la mode de la semaine, de la quinzaine ou du mois …
cafedesincroyables1-300 enfin ce qui se fait … avec parfois des publicités pour telle maison ou telle autre. Plusieurs exemples sont présentés sur la page dédiée aux périodiques de modes de mon site www.lebonton.com, mais aussi dans plusieurs passages de ce blog. Au XVIIIe siècle certains écrivains se font  journalistes de mode publiant des articles et des chroniques ; et des artistes deviennent reporters : croquant sur le vif les dernières tendances. Il en résulte un volume d'oeuvres très intéressantes et très nombreuses, témoignages de vie à travers la mode française qui rayonne alors dans tout l'Occident.
Dans l'article intitulé
Café des Incroyables. Ma parole d'honneur ils le plaisante. 1797., je présente une gravure d'époque (deux premières photographies), de 1797, où le dessinateur, qui s'est représenté lui-même sur la droite, nous dévoile un instantané presque photographique de l'ambiance d'un café où se réunissent des jeunes à la mode de la fin du XVIIIe siècle. L'artiste qui nous transmet cette scène, le fait tel un reporter photographe de mode ; ce qui ajoute beaucoup à la préciosité de cette image et à son caractère émouvant.
desboulevardsjournauxdemodeDans la dernière photographie je présente une double page de
La Matinée, la Soirée, et la Nuit des Boulevards de 1776 qui met en scène un de ces journalistes de mode : « DESBROUTILLES. Quel est votre ouvrage ? FILASSE. Un Journal Encyclopédique de toutes les modes nouvelles. Il paraîtra quatre fois le mois. DESBROUTILLES. Pourquoi pas quatre la semaine ? La mode du jour n'est pas celle du lendemain. FILASSE. Il est vrai ; la matière ne manquera pas. 1°. Les étoffes & leurs garnitures : les  plaintes indiscrètes, la grande réputation, le désir marqué, l'agitation, le doux sourire, la composition honnête, la … DESBROUTILLES. Et cetera, & cetera. FILASSE. 2°. Rubans & couleurs : puce, demi-puce, soupirs de Vénus, soupirs étouffés, vive bergère, cuisse de nymphe émue. DESBROUTILLES. Eh ! oui, oui. FILASSE. 3°. Ajustements : collet monté, le chat, le venez-y-voir. DESBROUTILLES. C'en est assez. FILASSE. Et les coiffures : toupet de physionomie, boucles d'attention, tempéraments, & plus bas sentiments. DESBROUTILLES. A merveille ! Suivez votre projet ... »
Au XVIIIe siècle les revues de mode sont très nombreuses … mais j'en reparlerai.

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Mouvements de mode

domino300Entre autres choses, je me suis amusé dans ce blog à vous faire découvrir au fur et à mesure de mes trouvailles les petits maîtres de la mode hexagonale. Je vais essayer de continuer à établir cette filiation de la petite maîtrise de l'élégance française sur cette page : http://www.lamesure.fr/rubriques/chronologie.html. Celle-ci est encore très incomplète car toutes les images proviennent de documents originaux m'appartenant. Bien sûr il existe des témoignages iconographiques beaucoup plus intéressants et très nombreux ; mais n'ayant pas les droits de reproduction je ne me permets pas de les divulguer. N'hésitez pas à apporter vos connaissances et vos témoignages.

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Le gandin

lebddegandaparis400Photographies : Gravure intitulée 'Le Boulevard de Gand à Paris' ('Le Suprême Bon-Ton N°27.').

gandins300Le gandin est un petit-maître de l'époque des fashionables et des dandys. Il se distingue de ceux-ci notamment par son nom qui n'a pas de connotation anglo-saxonne. Alfred Delvau le date du milieu du XIXe siècle ; ce qui ne semble pas exact si l'on considère l'estampe de la photographie qui représente une scène de l'époque de la Seconde Restauration (1815-1830). Dans son Dictionnaire de la langue verte de 1867, Alfred Delvau écrit : "Le mot n’a qu’une dizaine d’années. Je ne sais plus qui l’a créé. Peut-être est-il né tout seul, par allusion aux gants luxueux que ces messieurs donnent à ces demoiselles, ou au boulevard de Gand (des Italiens) sur lequel ils promènent leur oisiveté." Le terme de 'gant' s'écrit parfois 'gand' ; et il est vrai qu'un des côtés (ou une partie) du boulevard des Italiens est appelé boulevard de Gand sous la Seconde Restauration en souvenir de l'exil à Gand du roi Louis XVIII pendant les Cent-Jours (en 1815) ... Et comme ce quartier de Paris est très fashionnable, on y rencontre des flopées d'élégants. Une gandinerie est une action à la manière de gandin : gandiner. "Le gamin a une chaîne de montre, des habits très chers, un chapeau de soie de 22 francs. Et tout le petit homme est dans cette toilette. Rien de l'enfant, ni l'abandon ni la gaîté ni les pensées de jeu ; mais déjà des idées de relations, le flair des convenances sociales, l'arrangement de la vie dans tel monde réputé pour bon, l'appétit de tel cercle, d'une voiture ainsi attelée. Le gandin en herbe : voilà l'enfant moderne. Une génération s'élève à l'heure qu'il est, qui ne sera que cela : une génération de gandins." Goncourt, Journal (1861). Il y aurait donc de la prétention dans le gandin ; enfin dans celui que l'on désigne ainsi dans la seconde partie du XIXe siècle. Peut-être est-il ainsi vu parcequ'il naît avec le retour de la royauté (Louis XVIII) et se donne des airs militaires. Comme on le constate sur l'estampe, il lui arrive de porter un corset comme beaucoup d'élégants à cette époque.

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Cheveux courts

talmacinnarecadre300clairPhotographie : Gravure d'époque 1802, représentant le comédien Talma dans Cinna, pièce de Pierre Corneille (ici marquée de Racine).

J'ai à plusieurs reprises dans ce blog fait des allusions aux cheveux courts de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe qui marquent une rupture abrupte avec la coutume précédente des perruques, cheveux longs et hautes compositions formant de véritables monuments au-dessus des têtes féminines. 'Chevelures en porc-épic', 'coiffures à la victime', 'coiffures à la Titus' … sont alors adoptées par la jeunesse des deux sexes. C'est, paraît-il, l’acteur François-Joseph Talma (1763 - 1826) qui met à la mode cette coupe pour les hommes ; dans un élan qui demeure jusqu'à aujourd'hui, avec des exceptions aux époques romantique, hippie et par la suite. Les femmes l'adoptent aussi, mais seulement pour quelques années ; avec des retours dans les années folles et ensuite. Les cheveux courts ne sont pas la seule mode du début du XIXe siècle qui influence toute la mode masculine jusqu'à nos jours. La silhouette reste aussi semblable et bien différente de celles des XVIIe et XVIIIe siècles et même avant.

tuniquejuiveestampeetdetail300Photographie : Planche 487 de 1802 provenant du Journal des Dames et des Modes avec comme inscriptions au-dessus : 'Costume Parisien' et en dessous : 'Tunique Juive en Guinée.' Dans le chapitre consacré au Consulat et à l'Empire de son Histoire de la mode en France de 1858 (ce livre est consultable sur : books.google.com), Émile de La Bédollière écrit au sujet de ce genre de tunique : « Au commencement du Consulat subsistait encore l'usage des robes transparentes, qu'un écrivain compare à l'onde qui voile les baigneuses. En l'an XI (1802), on mettait par-dessus les robes des tuniques juives d'organdi ou de soie, bleu de ciel, gros bleu, rayé ou couleur de chair. » Plus loin, dans ce même chapitre, l'auteur fait référence à la coiffure 'à la Titus' : « La titus avait fait de tels ravages, qu'on ne voyait point dix femmes sur mille qui eussent conservé leurs cheveux ; elles avaient recours aux tours ou cache-folies, aux postiches en tortillons, et aux perruques à raies de chair, inventées à propos par Tellier, coiffeur, rue ci-devant Richelieu, en face le théâtre de la République. »

chebeuxcourts500Photographie : 'Chevelure en porc-épic' et 'cheveux à la Titus' (voir : Récapitulatif de l’exposition Modes anciennes - suite -) à la mode à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe.

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Le calicot

russomanie300Au début du XIXe siècle, après le premier Empire, il est de bon ton pour les hommes d'avoir l'air militaire. Tenues de cheval, bottes et éperons, ne sont plus de mauvais goût même en société. On se donne des airs anglais, de soldat russe etc. Cette mode est caricaturée dans un vaudeville intitulé : Le Combat des montagnes ou La Folie Beaujon, représenté pour la première fois en juillet 1817 au théâtre des Variétés. Le texte est visible ici : books.google.com. Voilà ce qu’écrit le Mercure de France d’août 1817 au sujet de cette pièce : « On demandait à un étranger qui revenait de Paris, ce qu’il y avait remarqué pendant son séjour : " J’y ai vu, répondit-il, tous les militaires en bourgeois, et tous les bourgeois en militaires ". Nous avons une foule de gens qui se sont passionnés pour le métier des armes depuis que la paix est faite. Chacun veut avoir l’air d’avoir fait campagne ; et tel qui n’a jamais été à la barrière lorsqu’il aurait pu y rencontrer l’ennemi, porte aujourd’hui des moustaches et des éperons comme un officier de hussards ; c’est un travers du jour, et il était difficile qu’il échappât aux auteurs du Combat des montagnes, dans la revue piquante qu’ils ont faite de toutes les folies à la mode. Pour rendre ce ridicule plus saillant, ils nous l’ont montré dans calicotdejeuner300la personne d’un certain M. Calicot, marchand de la rue Vivienne ; son belliqueux accoutrement n’en contraste que mieux avec sa paisible profession … » P. Avenel écrit en 1866 dans Les Calicots : " Le costume que les Calicots affectaient de porter en 1817, et que Brunet avait reproduit sur la scène, était ainsi composé : bottes ornées d’éperons, pantalon blanc tombant sur la botte, gilet piqué jaune, habit chicorée la crème (expression du tailleur d’alors), c’est vert mélangé de blanc. "

Photographie : Détail de la gravure de 'Le Goût du Jour, N° 30' intitulée : 'La Russomania'. Cette tenue est celle que prend le calicot, et tel qu'il est représenté sur de nombreuses autres gravures comme dans une estampe conservée à la Bibliothèque de France (voir ici) datée de 1817 où trois hommes sont nommés d'après un tissu (casimir, calicot, pékin) avec pour texte principal : « Prenez y garde !! Il existe une vraie différence entre le Casimir Français, le Calicot de Paris et le vrai Pekin anglais ! ».

Il semblerait que par la suite on appelle ‘calicot’ un jeune ouvrier travaillant dans le luxe et la mode dont il prend certaines manières.

Photographie : " Le déjeuner d’un calicot ". Carte postale du début du XXe siècle.

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Les faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré

laclefdugranddictionnairedesprecieusespages8et9350Les faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré sont autrefois les hauts lieux du chic de la capitale française. Les nobles et les parisiens les plus riches y ont leurs hôtels particuliers jusqu'à la Révolution, car ces quartiers sont situés près du palais du Roi. Quand on contemple une carte, on s'aperçoit qu'ils embrassent le palais du Louvre et le jardin des Tuileries. Ils occupent en partie les actuels 7e et 8e arrondissements, et sont seulement séparés par la Seine et le grand axe constitué : des Champs-Élysées, de l'actuelle place de la Concorde et des Tuileries. Après la Révolution, ils continuent à être les lieux du pouvoir. Dans l'un se trouve le palais de l'Élysée, dans l'autre l'Assemblée nationale et l'Hôtel Matignon. Ils logent de très nombreux ministères, ambassades ... Dans le faubourg Saint-Honoré : les boulevards commencent à la place de la Madeleine, et beaucoup d'enseignes de luxe s'y trouvent. Cet axe est high-life. Autrefois des chevaux magnifiques, des carrosses en grand équipage y glissent ; et les petits-maîtres les plus élégants s'y faufilent.

Le faubourg Saint-Germain est appelé dans La Clef du Grand Dictionnaire des Précieuses (XVIIe siècle) : « La petite Athènes » alors que Paris tout entier est nommé « La Ville d'Athènes » et la France « la Grèce ». Cela montre l'importance qu'a déjà au temps des précieuses ce faubourg. Le quartier Saint-Honoré est « La Normandie ».

Photographie : Pages 8 et 9 de La Clef du Grand Dictionnaire des Précieuses d'Antoine Baudeau sieur de Somaize (1630?-16.. ), sans doute d'une édition du XVIIe siècle et peut-être de l'originale de 1661.

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Chronologie des petits maîtres de l'élégance française

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« Bien que le Sage assure qu’il n’y a rien de nouveau sous le Soleil, il est certain néanmoins que nous voyons tous les jours des nouvelles choses. » Première phrase de La mode, ou Caractère de la religion, de la vie, de la conversation, de la solitude, des compliments, des habits et du style du temps (1642) de François Grenaille (1616-1680).

quelestleplusridicule350Photographie de gauche : Gravure ayant pour titre : 'Quel Est le plus Ridicule', avec une caricature des modes en 1789, 1796 et 1804. Cette estampe est une réédition du début du XIXe siècle d'un original d'un peu avant. Beaucoup des documents qui nous restent sont des caricatures qui ne mettent évidemment pas en valeur les petits-maîtres, mais qui sont des témoignages importants.

Copurchic, c'est-à-dire de pur chic, cette idée de chronologie des modeux français, de ces petit(e)s maître(sse)s de l'élégance, où la scène parisienne occupe la première place ! Une filiation du gandin avec des articles inédits pour chacun illustrés de photographies de documents de leur temps inédites aussi, pour suivre les jeunes accorts depuis le Moyen-âge jusqu'à aujourd'hui. C'est à partir de sources d'époque que j'ai établi cette chronologie. Le sujet en est les petit(e)s-maître(se)s français : toute la jeunesse d’avant-garde, mignarde, intelligente, belle, bien facée (« qui a le visage plein et une belle représentation » Dictionnaire de l’Académie française de 1762), séduisante, de bon goût, haute, délurée, créatrice … incroyable, inconcevable, inimaginable, merveilleuse, coquette … en un mot : moderne ! Évidemment ces documents ne donnent qu'une toute petite vision de cette lignée. Ajoutez tout le merveilleux de la vie parisienne : ses fêtes, ses bals insensés, ses attractions multicolores, ses jardins et parcs féeriques, ses boulevards, cours, parades, galeries, théâtres, ses salons, cercles, académies, ruelles, ses manières élégantes, galantes et courtoises, ses intellectuels ; l’art qui s’y déploie ; les sciences qui s’y rassemblent … C’est une nouvelle carte du tendre que j'essaie de vous proposer, celle de ce délicat raffinement parisien (Paris que les précieuses appellent « le centre de la galanterie ») à la pointe du « je-ne-sais-quoi ». Je complète dans ce blog et dans mon site au fur et à mesure de mes découvertes cette chronologie de l'élégant français. Il ne s'agit pas de mode à proprement parler ; mais de mouvements de l'élégance : basés sur le rythme, l'innovation, la fantaisie, le jeu ... Toutes ces dates ne doivent pas être prises au pied de la lettre. Par exemple j’ai trouvé le terme de 'petit-crevé' dans une pièce de 1811, alors que toutes mes autres sources du XIXe siècle situent son avènement vers 1867. Le Dictionnaire de l'Académie Française, définit le mirliflore en 1798 comme étant un agréable, un merveilleux ; alors qu'au XIXe siècle on le fait naître vers 1820. Tout cela n’est pas si simple et reste très approximatif. Cette liste est totalement inédite et le pur fruit de mes découvertes. Cela fait longtemps que ce patrimoine français de la mode et de l'élégance a été occulté.

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En cliquant ici vous aurez une rapide chronologie des petits-maîtres de l'élégance française.3elegants100lm.gif


4elegants100lm.gifPhotographie du dessous : Couple courtois. Vignette illustrant une édition des pièces de Térence (auteur de théâtre antique). Gravure sur bois du XVe siècle.terencecouplecourtois300

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Du côté du boulevard du temple.

desboulevards300Photographie 1 : Page de titre de la pièce intitulée : La Matinée, la Soirée, et la Nuit des Boulevards ; Ambigu de Scènes Épisodiques, Mêlé de Chants et de Danses, Divisé en quatre Parties : Représenté devant Leurs Majestés à Fontainebleau, le 11 Octobre 1776, A Paris, Chez la Veuve DUCHESNE, Libraire, rue Saint-Jacques, au Temple du Goût, 1776. « Les Paroles sont du M. FAVART » : Charles-Simon Favart (1710-1792).

Photographie 2 : Commencement de la première partie de la pièce.

Photographie 3 : Début de la quatrième partie.

Voici un article sur la fraction des boulevards un peu moins chic que celle dont il est question dans Les Boulevards des Italiens, des Capucines et de Montmartre mais pleine d'attraits et aussi très à la mode, à travers une intéressante pièce de théâtre jouée en 1776 dont j'ai acquis une édition d'époque, sans doute la première. Le livre ressemble à un ouvrage de colportage. Le texte met en scène en particulier une tranche des ces fameux boulevards ; celle ou se trouvent de nombreux théâtres (théâtres des boulevards) au niveau du boulevard du temple. Il présente de nombreux personnages dans l'ambiance toute particulière de ce lieu où l'on vient pour le plaisir, la gaieté, la distraction, chercher la bonne fortune, musarder, faucher le persil, assister aux danses, spectacles de charlatans, théâtres, écouter les chansonniers et des concerts, se restaurer dans les cafés, participer aux bals (masqués ou pas) … tout cela dans une atmosphère que l'on imagine assez féérique.

la matinee des boulevards 300Pour la première et la seconde parties (« la matinée » et « la soirée des boulevards »), « Le Théâtre représente une partie des Boulevard du côté de la Barrière du Temple ; dans le fond est un Café, à côté une Boutique de Perruquier, & contre un Arbre une petite Échoppe de Libraire » aussi appelée « boutique de bel esprit ». La barrière du Temple se situe à Paris au niveau de l'actuelle place de la République, au début de la rue du faubourg du temple ; dans le prolongement des boulevards chics de la Madeleine, des Capucines, des Italiens, Montmartre, puis des actuels boulevards Poissonnière, Bonne nouvelle, Saint-Denis, Saint-Martin. De l'autre côté il se prolonge par le boulevard du Temple possédant des théâtres jouant des scènes diverses dont de nombreux crimes : d'où son surnom de boulevard 'du crime'. La pièce commence par mettre en scène un « marchand clincailler » (ou 'quincaillier') vendant ici comme 'quincaille' surtout des articles associés à la mode : « Achetez de mes bagatelles, / Peignes d'ivoire, Peignes de buis, / Des Canons pour les dentelles, / Lacets & Rubans choisis ; / Des noeuds d'épée pour ces Demoiselles, / Du rouge pour les petits Marquis. / […] / J'ai pour les prudes Coquettes / Des Éventails à Lorgnettes.le bal des boulevard300clair / J'ai pour Messieurs les Courtisans, / Couteaux polis à deux tranchants, / Voilà de gentilles Lunettes / Pour les Amants à cheveux gris. / […] / Fines Aiguilles / Pour ces Filles ; / Pour les Abbés voilà des Flacons, / Des Cure-dents pour les Gascons. / Et voilà pour les Petits-Maîtres bourgeois / De grandes Boucles de harnais. / Achetez de mes bagatelles ; Voilà de jolis Étuis garnis, / Des Boîtes à secret pour les belles, / Des Lanternes pour les maris... » Puis c'est le tour d'une vendeuse de confiseries : une « petite marchande de plaisir ». La première partie met en scène divers autres personnages dont un petit-maître, un perruquier, un manufacturier d'étoffes venant en famille se divertir dans un café …

Dans la seconde division qui se déroule « en soirée » interviennent un garçon de café, un chevalier etc., tout cela au milieu de spectacles de charlatans : marionnettistes, chansonniers, montreur d'ours dansant, vaudevilles …

Dans la troisième section intitulée « La Nuit des Boulevards » : « Le Théâtre représente un Labyrinthe de verdure, & un banc de gazon sur le devant, dans un Bocage. » Le décor est ici celui d'une guinguette telle qu'on en trouve aux diverses barrières de Paris, c'est à dire aux portes de la capitale (voir articles intitulé Guinguettes). Au XVIIIe siècle on aménage souvent des bosquets avec des bancs où les promeneurs peuvent se restaurer et se reposer dans l'intimité. Il y en a sur les Champs-Élysées ou dans les jardins de Tivoli au nord de Paris.

La quatrième partie a pour titre « Le Bal des Boulevards » : « Le Théâtre représente une Salle de Bal illuminée. Une foule de Masques remplit le lieu de la Scène. Après différentes entrées, un Quadrille représentant les Modes Françaises, depuis François Premier jusqu'à présent danse sur des Airs de Vaudevilles, qui caractérisent les époques des Modes. On finit par une Contredanse générale sur l'Air de la Fricassée. » La pièce se termine par ces mots : « La gaieté / Vaut mieux que la gravité. »

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Exemples de tenues du début du XIXe siècle

chapeauxdebutXIXe400Les gravures présentées ici proviennent du site de la galerie Laurencin (www.gravures-laurencin.com) spécialisée dans les estampes et les dessins.

La caricature intitulée 'La Promenade interrompue' (photographie 2 gauche) présente un incroyable marchant sur la traîne d'une merveilleuse ce qui suspend la flânerie de ces musards (pour la définition de ce terme, voir la fin de l'article : La petite maîtresse à la promenade, le petit maître allant en bonne fortune, le museur, la museuse, le musard et la musarde). Le thème de cette image rappelle celui de celle du Bon Genre ayant pour titre : 'L'embarras des Queues' (Récapitulatif de l’exposition Modes anciennes - suite -). 'La rencontre imprévue' (photographie 2 centre) est dans la même veine ;  et l'estampe 'Demoiselle s'amusant avec son Carlin' (photographie 2 droite) est très bien résumée par son titre.

modesdudebutduXIXe3estampes500clairLa 'Suite et effet du Mariage de Mr Richelet' (photographie 3) fait sans doute référence aux épousailles entre une femme jeune et un vieillard. La jeune fille et ses amis sont à la mode de l'époque, alors que le vieil homme l'est à celle du siècle passé.

L'intérêt de toutes ces gravures réside ici dans les costumes : chapeaux et tenues d'incroyables et de merveilleuses. Les jeunes habillés ainsi au début du XIXe siècle suivent la mode d'alors, contrairement aux premiers incroyables et merveilleuses de la fin du XVIIIe siècle qui véritablement créent la mode et lui apportent des changements en étant novateurs. Cependant les grands chapeaux sont caractéristiques de la période concernée. Alors qu'au siècle précédent les coiffures des dames s'élèvent très haut ; au début du siècle suivant les chapeaux de certains hommes surplombent la foule des promeneurs parisiens, alors que ceux des femmes peuvent être très verticals : on en a un exemple à la photographie 3 dans la coiffe à longue visière que tient un des protagonistes. Les personnages féminins ont des tuniques tombant sur les pieds, à taille très haute, découvrant la gorge, et des châles. Les hommes portent la coiffure 'à la Titus' (cheveux courts), une cravate haute, un habit à grand collet, une culotte, des bas, des chaussures plutôt plates ...chapeaugrandbicorne249clair

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La marchande de modes

marchandesdemode500Photographie 1 : Gravure du XVIIIe siècle provenant du Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de l'Encyclopédie Diderot et d'Alembert, de la partie consacrée aux 'Arts de l’habillement’. Le titre est 'Marchande de Modes', avec en son haut la représentation d'une boutique.

lamarchandedemodecomedie300Photographie 2 : Comédie en un acte intitulée La Marchande de modes de la comtesse de Genlis (1746-1830) d'une édition datant de 1780.

Dans son Manuel historique, géographique et politique des négociants … (1762), Jean Paganucci donne cette définition de ce métier : « On appelle Marchandes de modes celles qui travaillent aux ajustements des Dames, & qui vendent tout ce qui y a rapport. » La Marchande de modes invente et colporte les modes dans une boutique ou en se rendant chez ses clientes en particulier lors de leur toilette matinale. Elle est au faîte des nouveautés, et s’habille en conséquence. Elle occupe une place primordiale dans la mode du XVIIIe siècle, mais disparaît peu à peu au XIXe, avec l’apparition des grands magasins et l’assagissement des ornements. La mode engendre de nombreux grands et petits métiers qui ont leurs élégants connaissant les dernières pratiques à la mode. Certaines importantes marchandes de modes (ou de grandes couturières) sont connues. Dans Tableau de Paris (seconde moitié du XVIIIe siècle), Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) écrit : « Rien n’égale la gravité d’une marchande de modes combinant des poufs, et donnant à des gazes et des fleurs une valeur centuple. […] C’est de Paris que les profondes inventrices en ce genre donnent des lois à l’univers. La fameuse poupée, le mannequin précieux, affublé des modes les plus nouvelles, enfin le prototype inspirateur passe de Paris à Londres tous les mois, et va de là répandre ces grâces dans toute l’Europe. Il va au nord et au midi : il pénètre à Constantinople et à Pétersbourg ; et le pli qu’a donné une main française, se répète chez toutes les nations, humbles observatrices du goût de la rue Saint-Honoré ! […] Les nations voisines ont beau vouloir nous imiter ; la gloire de ce goût léger nous demeurera en propre. […] Ces amusements de l’opulence enrichissent une foule d’ouvrières ». Il s'agit des petites mains de la mode : grisettes, cousettes puis mimis, trottins, midinettes ... De nombreux textes expliquent combien les employées, les petites marchandes de mode et celles qui gardent la boutique, sont très jolies. Certains viennent rue Saint-Honoré ou ailleurs non seulement pour acheter mais aussi pour profiter de leur beauté et compagnie.

Qui donc est plus au courant de la mode que la marchande de modes qui l’invente ? Elle est à la fois artiste, chef d’entreprise, esthète … Elle vend en particulier des rubans, gazes, bonnets et ornements. Pour la compléter s’ajoutent la couturière, le corsetier ou tailleur de corps, le coiffeur. On peut citer d’autres métiers comme le gantier ou le fabriquant de chaussures, le bijoutier, le mercier, la marchande de linges … Au XVIIIe siècle, la rue Saint-Honoré et le Palais Royal offrent les principales grandes boutiques de France de ces métiers.

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Photographie 3 : Titre de la partie consacrée à la marchande de modes de l'Art du tailleur, Contenant le Tailleur d'habits d'hommes, les Culottes de peau, le Tailleur de corps de femmes & enfants, la Couturière, & la Marchande de modes, par M. de Garsault, provenant du tome XIV de Descriptions des arts et métiers : Contenant l'art du perruquier, l'art du tailleur, renfermant le tailleur d'habits d'hommes, les culottes de peau, le tailleur de corps de femmes & enfants, la couturière & la marchande de modes, l'art de la lingère, l'art du brodeur, l'art du cirier … de Jean-Elie Bertrand, édité par l'imprimerie de la Société typographique, 1780.

Photographie 4 : Marchandes de modes, chapitre de Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier, tome III, nouvelle édition corrigée et augmentée de 1783.

tableaudeparistomeIIImarchandesdemode300detailclairDans Tableau de Paris, Louis-Sébastien Mercier occupe tout un chapitres aux : « Marchandes de modes. Assises dans un comptoir, à la file l'une de l'autre, vous les voyez à travers les vitres. Elles arrangent ces pompons, ces colifichets, ces galants trophées que la mode enfante et varie. Vous les regardez librement, et elles vous regardent de même. Ces boutiques se trouvent dans toutes les rues. A côté d'un armurier qui n'offre que des cuirasses et des épées, vous ne voyez que touffes de gaze, des plumes, des rubans, des fleurs et des bonnets de femme. Ces filles enchaînées au comptoir, l'aiguille à la main, jettent incessamment l'œil dans la rue. Aucun passant ne leur échappe. La place du comptoir, voisine de la rue, est toujours recherchée comme la plus favorable, parce que les brigades d'hommes qui passent offrent toujours le coup d'œil d'un hommage. La fille se réjouit de tous les regards qu'on lui lance, et s'imagine voir autant d'amants. La multitude des passants varie et augmente son plaisir et sa curiosité. Ainsi, ce métier sédentaire devient supportable, quand il s'y joint l'agrément de voir et d'être vue ; mais la plus jolie du comptoir devrait occuper constamment la place favorable. On aperçoit dans ces boutiques des minois charmants à côté de laides figures. L'idée d'un sérail saisit involontairement l'imagination ; les unes seraient au rang des sultanes favorites, et les autres en seraient les gardiennes. Plusieurs vont le matin aux toilettes avec des pompons dans leurs corbeilles. Il faut parer le front des belles, leurs rivales ; il faut qu'elles fassent taire la secrète jalousie de leur sexe, et que, par état, elles embellissent toutes celles qui les traitent avec hauteur. Quelquefois le minois est si joli, que le front altier de la riche dame en est effacé. La petite marchande en robe simple se trouve à une toilette dont elle n'a pas besoin ; ses appas triomphent et effacent tout l'art d'une coquette. Le courtisan de la grande dame devient tout à coup infidèle ; il ne lorgne plus dans le coin du miroir que la bouche fraîche et les joues vermeilles de la petite qui n'a ni suisse ni aïeux. Plus d'une aussi ne fait qu'un saut du magasin au fond d'une berline anglaise. Elle était fille de boutique; elle revient un mois après y faire ses emplettes, la tête haute, l'air triomphant, et le tout pour faire sécher d'envie son ancienne maîtresse et ses chères compagnes. Elle n'est plus assujettie au comptoir; elle jouit de tous les dons du bel âge. Elle ne couche plus au sixième étage dans un lit sans rideaux, réduite à attraper en passant le stérile hommage d'un maigre clerc de procureur. Elle roule avec le plaisir dans un leste équipage ; et d'après cet exemple, toutes les filles, regardant tour à tour leur miroir et leur triste couchette, attendent du destin le moment de jeter l'aiguille et de sortir d'esclavage. En passant devant ces boutiques, un abbé, un militaire, un jeune sénateur y entrent pour considérer les belles. Les emplettes ne sont qu'un prétexte ; on regarde la vendeuse, et non la marchandise. Un jeune sénateur achète une bouffante ; un abbé sémillant demande de la blonde ; il tient l'aune à l'apprentie qui mesure : on lui sourit, et la curiosité rend le passant de tout état acheteur de chiffons. […] Mais j'oubliais que le travail des modes est un art ; art chéri, triomphant, qui dans ce siècle a reçu des honneurs, des distinctions. Cet art entre dans le palais des rois, y reçoit un accueil flatteur. La marchande de modes passe au milieu des gardes, pénètre l'appartement où la haute noblesse n'entre pas encore. Là on décide sur une robe, on prononce sur une coiffure, on examine tout le jeu d'un pli heureux. Les grâces, ajoutant aux dons de la nature, embellissent la majesté. Mais qui mérite d'obtenir la gloire, ou de la main qui dessine ces ajustements, ou de celle qui les exécute ? Problème difficile à résoudre. Peut-on dire ici : Invente, tu vivras ? Qui sait de quelle tête féminine part la féconde idée qui va changer tous les bonnets de l'Europe, et soumettre encore des portions de l'Amérique et de l'Asie à nos collets montés ? La rivalité entre deux marchandes de modes a éclaté dernièrement, comme entre deux grands poètes. Mais l'on a reconnu que le génie ne dépendait pas des longues études faites chez mademoiselle Alexandre, ou chez monsieur Baulard. Une petite marchande de modes de l'humble quai de Gesvres, bravant toutes les poétiques antécédentes, rejetant les documents des vieilles boutiques, s'élance, prend un coup d'œil supérieur, renverse tout l'édifice de la science de ses rivales. Elle fait révolution, son génie brillant domine, et la voilà admise auprès du trône. Aussi, quand le cortège royal s'avance dans la capitale, que le pavé étincelle sous le fer des coursiers que monte une noble élite de guerriers, que tout le monde est aux fenêtres, que tous les regards plongent au fond du char étincelant, la reine, en passant, lève les yeux et honore d'un sourire sa marchande de modes. Sa rivale en sèche de jalousie, murmure de ses succès, cherche à les rabaisser, ainsi que fait un journaliste dans ses feuilles contre un auteur applaudi. Mais la reine est l'arbitre des modes ; son goût fait loi, et sa loi est toujours gracieuse. Les marchandes de modes ont couvert de leurs industrieux chiffons la France entière et les nations voisines. Tout ce qui concerne la parure a été adopté avec une espèce de fureur par toutes les femmes de l'Europe. C'est une contrefaçon universelle ; mais ces robes, ces garnitures, ces rubans, ces gazes, ces bonnets, ces plumes, ces blondes, ces chapeaux font aujourd'hui que quinze cent mille demoiselles nubiles ne se marieront pas. Tout mari a peur de la marchande de modes, et ne l'envisage qu'avec effroi. Le célibataire, dès qu'il voit ces coiffures, ces ajustements, ces panaches dont les femmes sont idolâtres, réfléchit, calcule et reste garçon. Mais les demoiselles vous diront qu'elles aiment autant des poufs et des bonnets historiés que des maris. Soit. »

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Merveilleuses & merveilleux