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Deux coiffures du XVIIIe siècle.

Les statistiques de l'administration de mon blog me permettent de savoir quels sont les articles les plus lus. Régulièrement un duo se détache largement du lot : Le théâtre antique et les conventions … classiques … et Coiffures du 18eme siècle. Je m'empresse donc de vous montrer deux de mes nouvelles acquisitions : des gravures de femmes du XVIIIe siècle coiffées de cheveux en « échelle de boucles », rubans, plumes, fleurs, bijoux ...

La première estampe provient du « 10e Cahier de Costume Français, 4e Suite d'Habillements à la mode. » « Dessiné par Desrais » « Gravé par Voisard » « Jolie Femme en Circassienne de gaze d'Italie puce, avec la jupe de la même gaze couvrant une autre jupe rose garnie en gaze broché avec un ruban bleu attaché par des Fleurs et glands et gaze Bouilloné par en bas, et des manchettes de filet, coiffée d'un Chapeau en Coquille orné de Fleurs et de Plumes. » « A Paris chez Esnauts et rapilly rue St. Jacques à la ville de Coutances A. P. D. R. [Avec Privilège Du Roi] »

L'autre gravure est signée : « D P. Inv. » « Avec Privilège du Roi ».

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Les travestissements

Article écrit par Guénolée Milleret de La Vendeuse d’images. 

Nous le savons, les bals costumés ont connu un engouement considérable, au 19e siècle, notamment sous le Second Empire. Il est vrai qu’au milieu de ce siècle, le genre du grand opéra connaît un véritable triomphe. Le souci d’authenticité historique et stylistique porte à son paroxysme la somptuosité des costumes. N’oublions pas que le théâtre et l’opéra sont l’équivalent, à l’époque, de notre télévision. Ils véhiculent les modes et exacerbent ce fameux goût pour le travestissement. Les bals costumés sont appréciés aussi bien dans les milieux populaires que dans la haute société. Mais c’est bien sûr à la cour impériale, sous le Second Empire, qu’ils sont les plus somptueux.

Fermez les yeux.

Nous sommes le lundi 9 février 1866. Sa majesté l’Impératrice donne un bal costumé au Palais des Tuileries. La souveraine porte une robe inspirée du 18e siècle, conformément à la fascination qu’elle porte pour la reine Marie-Antoinette. Peut-être est-elle vêtue, d’ailleurs, de cette robe de taffetas jaune ornée de rubans bleus et de nœuds noirs, dans laquelle elle s’est faite portraiturée par Franz-Xaver Winterhalter, en 1854… Les cheveux poudrés de blanc, Eugénie « à la Marie-Antoinette » ordonne l’entrée des ruches bourdonnantes sous des flots de bouillonnés de mousseline blanche. Nos danseuses-abeilles butinent de droite et de gauche, l’une s’approchant d’un rare Pierrot, l’autre virevoltant vers un fier grand seigneur de l’époque de Louis XIV. Puis l’essaim se recompose dans un bruyant froissement de taffetas et de satin, pour exécuter un ballet aérien.

Dans les bals masqués de la haute société, Arlequins, Colombines et Pierrots se font rares. Les costumes à la mode sont ceux de la Suisse ou de la province de Normandie. On aperçoit là, une élégante Bernoise, toute corsetée de velours noir ourlé d’or, relevant avec grâce sa traîne de satin cerise pour se diriger vers son fier Andalous, vêtu en culotte et veste de velours gros bleu, ornées d'effilé grelots, arborant un fier chapeau de feutre noir à bord gouttière et pompons noirs.

Le ballet se poursuit, alors que trois rangs plus loin, dans l’assistance, semble se désintéresser du spectacle un noble gentilhomme du temps de Louis XIII, absorbé par la conversation d’une mystérieuse égyptienne vêtue d’une tunique en voile de religieuse blanc, découvrant un corselet de satin bleu pâle recouvert de bandelettes. Brusquement, la mystérieuse au parfum d’exotisme se retourne et dévoile une bottine blanche avec cothurnes en galon d'or... Son attention se dirige vers un costume breton composé d’une veste, d’un plastron et de guêtres en velours vert et d’un pantalon large en casimir couleur bois. Aurait-elle reconnu sous les traits du breton un lointain amant ?

Nos danseuses-abeilles se dispersent à nouveau. Méphistophélès, en pourpoint et culotte de satin noir, zébré de velours en bande et orné de crevés en foulard rouge, en profite pour s’extraire habilement de la conversation d’une Jardinière Trianon accompagnée d’une Grisette sous Louis XIV. Notre homme drape d’un grand geste inquiétant son manteau Crispin en drap rouge et se dirige vers une jeune Arlequine 1830, qui vient juste d’entrer en société. Elle masque le rouge de ses joues sous un large éventail. Elle porte une jupe en satin, à disposition de carreaux variés de couleurs, ornée au bas d'un cordon de plumes noires, un corsage drapé en satin maïs, aux manches courtes très bouffantes. A la vue de Méphistophélès s’approchant, elle est emprise d’un fort émoi, sa respiration s’accélère, son geste est nerveux. Saura-elle résister aux avances de ce brillant homme à la réputation de séducteur peu scrupuleux ?

Mais revenons à l’assistance : ici, une Miss Dianah en costume de chasseresse attend impatiemment d’honorer son carnet de bal. Là, sous les traits d’une paysanne d’Auvergne, une jeune femme a grand soin de faire valoir une croix de diamants qui la distingue. Plus loin, semble s’ennuyer une Merveilleuse esseulée, mal à l’aise dans une redingote de style Transition, à rayures blanches et maïs, sous un chapeau trop petit, peu seyant : elle aurait rêvé de ce somptueux costume de magicienne en gros grain bleu garni de bandes de velours rouges brodées d'arabesques, une écharpe en taffetas noir posée en sautoir sur la jupe…

Le ballet des abeilles s’achève. Eugénie « à la Marie-Antoinette » ouvre le bal au bras de ce comte hongrois fort distingué sous les traits de l’empereur. A leur suite, une fière danseuse russe coiffée d’une kokochnik s’élance à son tour, accompagnée de son cavalier en costume allemand du 15e siècle. C’est alors qu’entrent à leur tour, dans la danse, l’Alsacienne et son page, la laitière et son seigneur Louis XIII, une marinière et son breton, un toréador et sa soubrette Louis XV, une japonaise et son mexicain, Madame Polichinelle au bras d’un écossais, un circassien désespérément éperdu d’une persane… Le tourbillon des valses qui s’enchaînent offre le spectacle d’un monde rêvé qui, le temps d’une soirée, ferait fi des frontières géographiques et des contraintes du temps.

A l’écart du tourbillon des valses, dans l’encadrement d’une lourde tenture de velours vert mousse, la Fée des salons, vêtue d’une robe de mousseline immaculée et corsetée d’un rose délicat, observe ce ravissement. C’est son premier bal costumé, elle n’a jamais rien vu de plus beau. Petite déjà, elle se rendait accompagnée de sa mère à des bals pour enfants, les costumes y étaient tout aussi somptueux. Mais aujourd’hui, c’est son entrée dans le monde, elle est la Fée des salons.

Ne brisons pas le charme.

Photographie 1 : La planche du Follet de 1838 représentant la fameuse "Fée des Salons" ;
Photographie 2 : La planche du Musée des Familles de 1858 mettant en scène, entre autres, le costume de magicienne à gauche de la bergère Trianon en rose, et à l'extrême droite, le costume breton ;
Photographie 3 : La planche du Journal des Demoiselles de 1892 montrant l'Arlequine 1830 et à gauche, une danseuse russe.

Guénolée Milleret

La Vendeuse d’images

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La mode des amériques d'avant et après la guerre de 14-18 : le tango, les jazz-band, le swing, le fox-trott, les années folles ...

J'ai montré dans les articles des 28 et 31 octobre et des 4 et 7 novembre 2008 l'importance de la mode anglaise en France à partir du XVIIIe siècle. Mais au début du XXe siècle, ce sont les modes venues des amériques qui prennent le dessus. Le livre intitulé La Ronde de nuit (première photographie) offre quelques exemples des occupations très américaines de la jeunesse de l'avant et après guerre de 14-18. Il s'agit d'une compilation d'articles de Sem écrits pendant cette période et rassemblés par l'éditeur dans cette première édition originale de 1923. Le second article date d'avant la guerre : de 1912 « année mémorable qui vit le tango argentin, nouvellement débarqué à Paris, y risquer ses premiers pas compliqués. » Quelques lieux où on se passionne pour cette danse d'Amérique du sud y sont décrits. Le premier article (qui porte le titre du livre) date de 1920. Il évoque la mode d'Amérique du nord de l'après-guerre dans la capitale, durant les années folles : « Cet article est la description un peu poussée d'un dancing clandestin. Il a été écrit au lendemain de la guerre, après l'armistice. A cette époque, pour économiser la lumière électrique, disait l'ordonnace de police, tous les lieux de plaisir devaient être fermés à onze heures précises. Comme cela gênait les noctambules enragés on essaya de tourner la loi. Des tenanciers ingénieux organisèrent des dancings plus ou moins dissimulés, dénommés noblement « clubs », qu'ils éclairaient avec des lampes à pétrole et des bougies. » Une bande d'amis au sortir d'un dancing se rend dans un de ces lieux, une petite maison de banlieue abandonnée, dans laquelle se réunit toute la jeunesse chic de ce début des années folles pour y danser frénétiquement sur des rythmes noirs américains d'un jazz-band. L'avant dernier article est de 1921. Il s'articule autour de la danse : le fox-trott, le shimmy, les dancings, les restaurants à musique, les thés dansants, les danses en appartement au son d'un phono ... Le dernier papier, date de 1922. Il s'intitule « Brodway à Paris » : « Naguère, Montmartre avait le monopole des boîtes de nuit. Mais ce Montmartre frelaté (pas celui des artistes) s'est démocratisé à l'excès et les étrangers chics ont émigré vers des zones moins canailles. Leur essaim bourdonnant et doré s'est abattu un beau soir, on ne sait pourquoi, sur cette pauvre vieille rue Caumartin. C'est là que bat maintenant, avec le plus de frénésie, le rythme trépidant de la vie américano-parisienne. » L'auteur compare cette rue à « une sorte de Broadway en miniature » avec ses dancings comme le Teddy, le So different ... et surtout le Maurice's Club. De nombreux américains s'y retrouvent. On est ici près des fameux grands boulevards (Les Boulevards des Italiens, des Capucines et de Montmartre) puisque la rue de Caumartin débute au commencement du boulevard des Capucines.

Deuxième photographie : Page de la revue Fantasio (152) : « Un début dans le monde / en 1923 / L'invitation à la valse / dessin de Lorenzi. ». Fantasio est une revue satirique illustrée bimensuelle publiée à partir de 1907 jusqu'à la fin des années 1920. Dimensions : 29,8 x 20,6 cm.

Troisième photographie : Prospectus original (trouvé dans la cave du café Au Père tranquille dont l'emplacement est encore aujourd'hui en face des halles), d'époque 'Années folles' (1918-39), de 10,6 x 13,4 cm. « Paris la Nuit aux Halles – Au Père Tranquille – Cabinets Particuliers - Soupers » Au dos : « ''Au Père Tranquille'' / le célèbre Cabaret-Restaurant des Halles / 16, rue Pierre-Lescot, Paris-1er Tél.: Louvre 20-34 / Soupers - Dancing - Chants - Attractions / de minuit au matin/ Tous les Plaisirs et Amusements / dans le « Ventre de Paris » / La Fameuse Soupe à l'Oignon Gratinée à 6 francs / Le Champagne de Marque à partir de 50 francs / et tout un Souper à des Prix Modérés / - Bar : consommations 8 francs - » L'actuelle brasserie parisienne Au Père tranquille existe depuis la fin du XIXe siècle quand les halles (le ventre de Paris) sont encore présentes (elles sont remplacées par l'actuelle galerie marchande à partir des années 1970). Le prospectus date des années folles. A cette époque le lieu fait office de cabaret – restaurant avec soupers, dancing, chants et attractions. On remarque qu'il allie toutes les gammes (de la soupe à l'oignon à 6 fr au champagne à partir de 50 fr) et est donc largement ouvert tout en étant chic.

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Les occupations d'une petite maîtresse du XVIIIe siècle.

La Suite d'estampes pour servir à l'histoire des moeurs et du costume des Français dans le dix-huitième siècle (1775) offre une vision de l’occupation d’une journée d’une femme de son temps tout en présentant les modes des élégants et petits-maîtres (des deux sexes) de 1773 à 1774. L'emploi du temps consiste surtout à essayer de se distraire. Cela débute par le lever. La petite maîtresse se lève très tard, vers midi, après un sommeil aux rêves charmants : « Les songes d’une Femme jolie & sensible, ne peuvent être que des songes charmants. » Suit le bain. Elle y reçoit ses billets doux, y boit son chocolat. Elle s’habille avant la seconde toilette pendant laquelle elle se fait parer, coiffer … Un amant vient lui conter « Les nouvelles du jour les plus intéressantes, le récit des changements arrivés la veille dans l’empire des Amours. » Prête, elle peut s’adonner à la promenade du matin avec une « bonne Amie » avant de se retirer dans son boudoir : « les Modernes ont donné le nom de Boudoir à un Cabinet élégant, où les Belles sacrifient quelques moments à la retraite. » Seuls « l’Amant chéri » et « l’Amie de confiance » peuvent rentrer dans cet endroit « où tout respire la volupté ». Elle vaque ensuite à une occupation avec un petit maître qui vient la rejoindre : son prochain amant. Puis elle rend une visite inattendue à celui du moment qu’elle trouve en une plus charmante compagnie. Avant le spectacle, c’est le moment des confidences entre deux amies qui s'aperçoivent qu’elles sont trompées en même temps par le même homme. La représentation finie, c’est la promenade du soir avec une camarade. L’hiver, elle reste au chaud entourée d'amis, par exemple à parler de philosophie, sujet alors très à la mode ; ou bien elle se rend au bal s'il y en a un de prévu. « La journée écoulée en toilette, aux spectacles, dans les repas ; on se réunit, on forme cercle quand le lendemain s’annonce. » C'est vers minuit que l'on vient « passer la soirée » (comme cela se dit alors) chez la petite-maîtresse. On s'y adonne surtout à des parties de jeux. « L’après-souper est le moment le plus intéressant ; c’est celui où toutes les Femmes sont belles, où le rouge factice l’emporte sur les couleurs de la nature, où les diamants jouissent de tout leur éclat. » La journée se conclut par le coucher.

Photographies : Gravure du XVIIIe siècle. Les marges sont coupées et il est difficile de savoir si cette estampe est d'époque bien que cela soit fort possible. Papier vergé. Au dos est inscrit au crayon : L'aimable précepteur. Elle fait 26 x 21 cm. Elle pourrait être de vers 1770, de Louis Joseph Watteau dit Watteau de Lille (1731 – 1798), petit-neveu de Jean-Antoine Watteau. Le jeune précepteur, petit-maître timide et élégant, est une friandise à laquelle aiment goûter les petites-maîtresses du XVIIIe siècle.

Les occupations d'une petite maîtresse sont nombreuses et pas limitatives. L'apprentissage et le perfectionnement de ses connaissances en littérature, musique, danse ... dans les arts et les sciences en général lui font côtoyer des esprits plus ou moins charmants avec lesquels elle se divertit parfois, plus ou moins tendrement. Dans sa comédie : L'Été des Coquettes, représentée pour la première fois le 12 juillet 1690, Dancourt (1661-1725) met en scène quelques prétendants d'une petite maîtresse qui s'ennuie car la plupart des hommes qui lui sont agréables sont partis à la guerre. Dans un passage, elle s'amuse avec une autre coquette de son 'maître à chanter' monsieur des Soupirs qui soupire pour elle. Voici un passage : « SCÈNE VI. LISETTE. Voilà votre petit maître à chanter, madame. ANGÉLIQUE. Je ne prendrai point de leçon aujourd'hui. LISETTE. Ah ! madame, ne lui faites pas perdre son étalage. Il est paré, poudré, beau comme un Adonis; il a du blanc, du rouge et des mouches. CIDALISE. Ah ! ma bonne, en faveur du rouge et des mouches, il ne faut pas le renvoyer. Il nous réjouira. LISETTE. Ce serait un petit homme à s'aller pendre. ANGÉLIQUE. Mais je ne suis point en humeur de chanter, Lisette. LISETTE. Qu'importe? il vous fredonnera quelques airs nouveaux. CIDALISE. Je serai ravie de l'entendre. ANGÉLIQUE. Les coeurs tendres sont pour la musique : qu'il entre. CIDALISE. Clitandre te tient au coeur : quelque mine que tu fasses, tu es fâchée contre moi. ANGÉLIQUE. Eh! fi, fi, tu te moques; moi, fâchée pour la perte d'un soupirant! j'en ai tous les jours une vingtaine de renvoi dans mon antichambre. Approchez, monsieur des Soupirs, approchez. SCÈNE VII. CIDALISE. Ah! ma bonne, quel excès de magnificence! je croyais que la danse seule pouvait suffire à de si grands airs. ANGÉLIQUE. La danse a tenu quelque temps le haut du pavé ; mais monsieur des Soupirs fait prendre le pas devant à la musique. LISETTE. Ah! cela n'est-il pas juste? c'est la musique qui fait aller la danse, mais la danse ne fait point chanter la musique. CIDALISE. C'est une vérité, incontestable. LISETTE. Assurément; et par toutes sortes de raisons, les chevaliers de C sol ut doivent l'emporter sur les marquis de la capriole. DES SOUPIRS. Je me suis donné un carrosse depuis quelques jours, madame. ANGÉLIQUE. Un carrosse, monsieur des Soupirs! voilà une matière belle pour la médisance. Combien de femmes vont être soupçonnées d'avoir part à cet équipage! DES SOUPIRS. Vous ne sauriez croire, madame, tous les contes qui s'en font déjà, et les plaisanteries qu'on m'en dit à moi-même. CIDALISE. Elles n'ont rien de désavantageux pour vous, et vous êtes toujours le héros de tous les contes qu'on peut faire. DES SOUPIRS. Madame! LISETTE. Mais vous ne parlez point à monsieur de son teint. Où le prend-il, madame? On peut dire qu'aussi bien que les mouches, il est assurément de la bonne faiseuse. ANGÉLIQUE. Tais-toi donc, folle. LISETTE. Monsieur des Soupirs est bon prince, madame: il entend raillerie autant qu'homme du monde. CIDALISE. Mais voyez donc, madame, qu'il est bien fait, et qu'il a bon air! DES SOUPIRS. Madame! CIDALISE. Qu'il soutient spirituellement tous les compliments qu'on lui fait! DES SOUPIRS. Madame! ANGÉLIQUE. Comment, ma chère? c'est son moindre talent que la musique. DES SOUPIRS. Madame ! CIDALISE. Qu'il y a de délicatesse dans tout ce qu'il dit! LISETTE, à part. Voilà un pauvre petit diable en bonne main. DES SOUPIRS. À vous parler naturellement, madame, je n'ai jamais regardé la musique que comme un amusement. ANGÉLIQUE. N'a-t-il pas raison? DES SOUPIRS. J'étais né pour toute autre chose; mais je ne me repens point du parti que j'ai pris, puisqu'il me donne quelquefois les moyens d'être auprès de madame. CIDALISE. Ah! voilà du plus tendre et du plus délicat. ANGÉLIQUE. Malgré la guerre et la saison, je ne manque pas de fleurettes; comme tu vois. DES SOUPIRS chante. Le printemps de Paris chassera les plumets, / Les ardeurs de l'été feront tarir la Seine; / Mais sans adorateurs jamais / Nulle saison ne surprendra Climène. ANGÉLIQUE. Ah! que cela est joliment tourné! CIDALISE. C'est un impromptu, je crois. DES SOUPIRS. Oui, madame. ANGÉLIQUE. Climène, c'est moi, apparemment? DES SOUPIRS. Oui, madame. CIDALISE. Je ne croyais pas que monsieur des Soupirs fit des vers. LISETTE. Cela vous étonne? Fou, musicien et poète, qui dit l'un dit l'autre : c'est la même chose. CIDALISE. Poète et musicien! Il pourrait faire tout seul un opéra. ANGÉLIQUE. Ne pensez pas railler; il réussirait mieux qu'un autre. CIDALISE. Je ne raille point. ANGÉLIQUE. 'Allons, monsieur des Soupirs, chantez-nous quelque air nouveau, je vous prie, de votre composition. DES SOUPIRS. Voulez-vous prendre votre téorbe, madame? ANGÉLIQUE. Je ne saurais. DES SOUPIRS. Vous ne chanterez pas, madame? ANGÉLIQUE. Non; je vous prie de m'en dispenser. LISETTE. La voix de madame a la migraine. Chantez. DES SOUPIRS chante. Que je hais la clarté du jour! / Que cette nuit m'a paru belle! / Favorable à mon tendre amour, / Elle m'a fait revoir ma bergère fidèle; / Et le soleil, par son retour, / M'a forcé de m'éloigner d'elle. LISETTE. Ma foi, vous fûtes pourtant bien mouillé, et le soleil ou un fagot ne vous auraient point incommodé. DES SOUPIRS. Cet endroit n'exprime-t-il pas bien le chagrin qu'on a de quitter ce qu'on aime? Et le soleil, etc. ANGÉLIQUE. Cela est parfait. DES SOUPIRS. Les paroles, que vous en semble? CIDALISE. Elles sont d'une grande beauté. ANGÉLIQUE. Et tout-à-fait dans la nature. DES SOUPIRS. Elles sont vraies, du moins, et je sais la chose d'original. CIDALISE. Je l'entends; il en est l'auteur et le sujet. DES SOUPIRS. Madame... ANGÉLIQUE. Avec quelle modestie il s'en défend! Au moins, monsieur des Soupirs, je veux que vous me donniez cet air. DES SOUPIRS. Quand il vous plaira, madame. CIDALISE. J'en retiens un ; mais je veux savoir l'aventure. ANGÉLIQUE. Entrez dans mon cabinet, et faites-en deux copies en attendant qu'on nous serve. Vous dînerez avec nous. DES SOUPIRS. Madame ! ANGÉLIQUE. Conduisez-le dans mon cabinet, Lisette ; il y trouvera tout ce qu'il lui faut. LISETTE. Allons, venez, petit fripon. Cela est plus heureux qu'un honnête homme. SCÈNE VIII. CIDALISE. Tu n'es pas bonne, au moins. ANGÉLIQUE. Te crois-tu meilleure que moi ? CIDALISE. Je n'ai fait que te seconder. ANGÉLIQUE. Tu vois les plaisirs innocents que je me donne pendant l'absence du beau monde? CIDALISE. Ils sont innocents, il est vrai : mais penses-tu qu'on les regarde du bon côté. Ces petits messieurs sont fanfarons ; ils ont trop peu d'esprit pour s'apercevoir qu'on les raille, et trop bonne opinion d'eux-mêmes pour ne pas croire qu'on les aime. Ils se font un honneur de le publier, et ne trouvent que trop de personnes qui, par bêtise ou par malice, sont faciles à persuader. ANGÉLIQUE. Ah! que la morale a bonne grâce dans ta bouche, et que tu fais bien des réflexions! Nous verrons, l'hiver qui vient, de tes maximes sur les écrans. CIDALISE. Fort bien, et l'on fera peut-être un tableau d'almanach de tes aventures. ANGÉLIQUE. J'en serais ravie; cela me ferait connaître à mille gens qui ne savent pas que je suis au monde. SCÈNE IX. LISETTE. Monsieur des Soupirs est content comme un petit roi, madame. Il est entré mystérieusement dans votre cabinet comme si je l'eusse fait cacher, et je gagerais qu'il prend ceci pour une aventure dans les formes. CIDALISE. Tu vois que mes réflexions sont assez justes. »

Voilà donc pour illustrer la gravure qui dévoile une petite maîtresse beaucoup plus entreprenante avec son précepteur que ne l'est celle de la pièce qui s'en amuse.

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Le zazou et l'existentialiste.

Photographie : Couverture du Marie-Claire de février 1940 (n°155) avec une photographie de femme dans un style très zazou. Elle est élégante ; son chapeau a des couleurs fraîches, et elle est maquillée d'une façon caractéristique : rouge profond sur les lèvres, visage pâle rehaussé d'un léger pourpre sur les joues, yeux soulignés.

Le zazou fait partie de la lignée des petits-maîtres. Le terme viendrait d’une onomatopée. Ses habits rappellent ceux du gommeux dont certaines images le montrent avec une veste longue et quadrillée (voir article du 5 décembre intitulé : Le Gommeux). Le zazou, dont l’origine remonte juste un peu avant la seconde guerre mondiale (qui a 20 ans pendant cette guerre), est par contre en décalage avec la génération précédente (qui a 20 ans pendant la première guerre mondiale). Le type même de cette dernière porte un chapeau de paille de canotier à la Maurice chevalier (1888-1972), les cheveux courts, un costume serré trois pièces élégant, boutonné assez haut et plutôt sombre (bleu marine …), des guêtres blanches sur des chaussures noires, une canne … Le zazou a les cheveux longs et huilés, porte une longue « veste quadrillée » (à grands carreaux) ample qui lui tombe sur les cuisses avec de nombreuses poches à revers et souvent plusieurs martingales ce qui est assez provoquant à une époque où le tissu est rationné et en complet décalage avec le costume fasciste, une chemise à col haut qui prend le cou tenu par une épingle, une cravate étroite faite de toile ou de grosse laine, un costume croisé à quatre boutons et à grande encolure, serré au niveau du bassin. Le gilet peut être de couleur, le plus souvent dans un ton en harmonie avec le costume. Le pantalon est étroit et froncé. Le parapluie remplace la canne mais reste fermé. Les carreaux qui sont à la mode au moins depuis le XIXe siècle dans la jeunesse parent non seulement les vestes mais aussi les jupes, les parapluies et jusqu’aux voitures de certains zazous. La chanson Ils sont zazou que je retranscris un peu plus loin dépeint cet accoutrement. Évidemment toutes les fantaisies sont possibles mais c’est le type récurrent. Les femmes zazous ont de longs cheveux souvent blonds, bouclés ou tressés. Elles sont fardées avec un rouge à lèvre voyant et portent des lunettes noires. La veste est carrée au niveau des épaulettes. La jupe est courte et plissée. Leurs bas sont rayés ou même à résille et les chaussures avec des semelles de bois colorées et épaisses. Depuis l’arrivée du jazz en France, et l’époque swing de l’entre-deux-guerres, le jeune français à la mode s’extasie devant les nouveaux airs venus d’Amérique (du nord et d’Amérique latine). Le débarquement des alliés ne fait qu’accentuer cela. Le rock’n’roll prend petit à petit la relève. Pendant l’occupation, la vie du zazou parisien n’est pas de tout repos. Surtout à partir de 1942 où semble-t-il on assiste aux premières rafles et rossées de ces élégants dans les rues. Cependant ce mouvement perdure. Pour faire passer les chansons américaines, on les réécrit en Français … et ça marche ! On ne fauche plus le persil ; mais on continue à « faire » la place une telle, les Champs-Élysées (à la terrasse du Pam Pam) ... enfin tous les lieux parisiens de grande promenade. On se réunit pour danser et écouter de la musique parfois dans des caves ; mais le plus souvent dans des surprise-parties, dont le style ne change pas beaucoup de celui du film La Boom de Claude Pinoteau (1980), quand on a à faire à des adolescents de 14-17 ans. Il n’est pas nécessaire de projeter des idées libertaires, révolutionnaires, politiques ou autres sur des jeunes qui sont simplement de leur âge, parfois dans un contexte difficile. Voici les paroles de Je suis Swing (78T de 1939) de Johnny Hess : « La musique nègre et le jazz hot / Sont déjà de vieilles machines / Maintenant pour être dans la note / Il faut être swing / Le swing n'est pas une mélodie / Le swing n'est pas une maladie / Mais aussitôt qu'il vous a plu / Il vous prend et n'vous lâch'plus / Oh! je suis swing / Oh! je suis swing / Zazou, zazou, je m'amuse comme un fou. » Maintenant le texte de Ils sont zazous de Johnny Hess et Maurice Martelier (1942), interprété par Charles Trenet : « Les ch'veux tout frisottés / Le col haut de dix huit pieds / Ah! ils sont zazous / Le doigt comm'ça en l'air / L'veston qui traîne par terr' / Ah! ils sont zazous / Ils ont des pantalons d'une coupe inouïe / Qui arrive un peu au d'sous des g'noux / Et qu'il pleuve ou qu'il vente ils ont un parapluie / Des gross's lunett's noires et puis surtout / Ils on l'air dégouté / Tout ces petits agités / Ah! ils sont zazous ». En 1943, Raymond Vincy écrit Y a des zazous : « Un faux col qui monte jusqu'aux amygdales / Avec un veston qui descend jusqu'aux genoux / Les cheveux coupés jusqu'a l'épine dorsale / Voilà l'Zazou, voilà l'Zazou […] Wa da la di dou da di dou la wa wa ! … » Pour les zazous, jouer l'esprit de contradiction est primordial.

Photographie : Carte possible (14 x 9 cm) de vers 1945 représentant un zazou se baignant avec deux jeunes femmes zazous le prévenant : « - Quelle folle imprudence, Mr Zazou ! » Les baigneuses, bien qu'en maillot de bain, ont le visage très maquillé ce qui est caractéristique de cette mode, et le baigneur porte des lunettes noires, la veste à carreaux et de grosses chaussures. Le caricaturiste se moque de la frilosité et du caractère peureux du zazou. Les petits-maîtres sont souvent considérés comme craintifs voir lâches. En vérité c'est tout le contraire. Ils ont un sens de l'honneur très développé et malgré leur apparence frêle sont souvent très courageux. C'est le cas des incroyables durant la Révolution et des zazous pendant la seconde guerre mondiale ou même des petits crevés. Leur aspect délicat et leur côté insouciant leur permettent de continuer à afficher leur liberté même dans les moments les plus terribles de notre histoire.
Photographie : Couverture de Ces gens de Sartre ville de Liliane Gaschet (Paris, Self, 1953, collection : Café de Flore). Roman reportage sur Saint-Germain-des-Prés et la faune du Café de Flore. Cette couverture est un petit résumé de la mode existentialiste : Sartre, le Café de Flore, la Garçonne, l'intellectualisme nonchalant, les carreaux.

Au sortir de la guerre tout va beaucoup mieux. Les jeunes continuent à se réunir dans les cafés et les caves. C'est l'époque des existentialistes. Si l’Existentialisme est une philosophie dont Jean-Paul Sartre est le fer-de-lance, c’est aussi une véritable nouvelle vague établie dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés à Paris. Là se concentrent les lieux à la mode avec certains cafés, caves (ou clubs) où on danse sur du jazz, théâtres, hôtels, restaurants et librairies. Le Lipp, le Flore et les Deux Magots sont sans doute les plus connus de ces cafés qui tous se trouvent tout près de la place St-Germain-des-Prés. Parmi les caves, citons celles du Tabou, ou du Vieux-Colombier. Boris Vian (1920-1959) publie en 1951 un Manuel de Saint-Germain-des-Prés où il donne moult détails de la vie palpitante de ce quartier. Avec l’Existentialisme, comme c’est le cas avec les mouvements littéraires et artistiques parisiens précédents, se déploie un dandysme intellectuel appuyé par un sentiment de liberté d’après guerre qui continue avec la Nouvelle vague dès la fin des années 50 et trouve son paroxysme en mai 1968 avec le mouvement étudiant de gauche contestataire. Le look ‘minet’ est très présent chez les hommes alors que les filles s’habillent (et parfois se coiffent) à la garçonne. Boris Vian donne une description de ces jeunes gens : « SIGNALEMENT DE L’EXISTENTIALISTE De sexe masculin : - Chevelure en broussaille, retombant en boucles sur le front. (Voir le célèbre portrait d’Arthur Rimbaud, patron des existentialistes). – Chemise ouverte jusqu’au nombril, hiver comme été. – Chaussettes de couleur vive, à raies horizontales multicolores. – L’existentialiste, n’ayant pas de chevet, ne se sépare jamais du livre de Sullivan : " J’irai cracher sur vos tombes ". De sexe féminin : - Chevelure tombant droit jusqu’à la poitrine. – Dans les poches de son pantalon, quelques souris blanches apprivoisées. – L’usage du fard est rigoureusement interdit. EMPLOI DU TEMPS DE L’EXISTENTIALISTE Type pauvre Au printemps et en été : de 11 h. à 1 h. : bain de soleil au " Flore ". A 1h. : déjeuner, le plus souvent à crédit, dans l’un des bistrots du quartier. L’un de ces bistrots, rue Jacob, est familièrement appelé : " Les Assassins ". De 3 h. à 6h. : café, au " Flore ". De 6 h. à 6h. " : travail dans l’une des chambres où l’un des rares existentialistes a pu, jusqu’à présent, se maintenir. De 6h. " à 8 h. : " Flore ". De 8 h. à minuit : " Bar Vert ". De minuit à 10 h. du matin : " Tabou ". Le dimanche, le " Flore " est remplacé par les " Deux Magots ". Le samedi, le " Tabou " par le " Bal Nègre ". » On danse sur du be-bop. L’existentialiste est un mélange de ce qui le précède (les avant-gardes du quartier Montparnasse d’avant la guerre et les zazous de l’occupation) et d’une réelle nouveauté. Les intellectuels, les poètes y ont une place importante, comme le tout-venant. Quant à Saint-Germain-des-Prés, si les intellectuels le remettent à la mode dès les années 30, il est à remarquer que Bertall dans La Comédie de notre temps, écrit en 1874 que ce quartier (le faubourg Saint-Germain) est chic.

Au XXe siècle (jusqu’aux années 70), on rencontre une forme de ‘gandisme’ politique de gauche comme de droite. Ces gandins là sont intellectuels et militants. Cependant il est important de signaler que le gandin ne suit pas de clivages politiques établis. Le crédo qui le définit comme tel est une véritable élégance, modernité, innovation, beauté, énergie… Enfin, il est nécessaire de dire que les petits-maîtres français n’expriment pas toujours leur beauté par de l’ultra-chic. Parfois, la recherche de leur toilette est dans le négligé. Souvent, ils expriment la modernité, l’inventivité, la coupure avec la mode qui les précède. Il en est ainsi avec le grunge qui venu des Etats-Unis se retrouve dans les années 90 en France avec son no-style adolescent. Il est à remarquer que depuis le no-future punk et la new-wave mécanique, le no-style est vraiment l’apanage de la fin du XXe siècle et du tout début du XXIe. Nous reparlerons de cela avec le branché, phénomène lui aussi très parisien.

Photographie : Les Temps Modernes. Revue de Jean-Paul Sartre.

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Les faux élégants.

Comme l'indique le titre, cet article définit certains faux élégants. Il est très long car je ne souhaite pas écrire plusieurs papiers sur ce sujet. Mais comme mes recherches sur les petits-maîtres de l'élégance française m'ont apporté des informations sur eux, je pense qu'il peut être intéressant pour le lecteur de les avoir. On y trouve définis les termes de libertin(e), décadent, évaporé(e), efféminé, vieux-beau ou ex-beau, décati, décavé, masher, pschutteux, rastaquouère, snob, pédant, Marie-Chantal, barbouillée, bourgeois, endimanché, coq. Dans un autre article, je parlerai de tout ce qu'on appelle au XIXe siècle le demi monde, et des prétendants au monde : mondain, demi-mondain(e), dame aux camélias, homme aux camélias, dame du lac, accrocheuse, lorette, essuyeuse de plâtres, Arthur, greluchon, cascadeuse, maquillée, casinette, boule-rouge, petite dame, petit monsieur, fille de marbre, pré-catelanière, casinette, pèche a quinze sous, traviata, gigolette, gigolo. Les faux élégants sont nombreux même parmi les petits-maîtres et les raffinés ... en fait surtout parmi eux ... Au temps des incroyables et des merveilleuses d’après la Révolution, un grand nombre d’opportunistes se font passer pour eux afin de bien se faire voir (c'est le temps des arrivistes et de la jeunesse dite dorée) ou dans le but d'attirer les clients pour les prostituése ou les proies riches chez les demi-mondaines. De fait, pour beaucoup, les petits maîtres sont des prétentieux et les petites-maîtresses plus ou moins des grues. Par la suite, les faux élégants sont légions. À cette époque (au XIXe siècle) plusieurs noms font référence à des vieux beaux, des snobs, et autres amènes fictifs comme les pschutteux, rastaquouères ou mashers. À cela s'ajoute la foule des petites dames et demi-messieurs, lorettes et compagnie. Ce sont des plus ou moins grandes demi-mondaines et des viveurs, assez jeunes car subsistant de leurs atouts. Ils sont en grande partie le fruit de l'exode rural ; sont coquets, fréquentent ou essaient de frayer dans le grand monde. Mais comme je l'ai dit, ce sera le sujet d'un autre article. Tout ce spectacle n’est pas très ragoutant mais explique en grande partie la situation actuelle en ce début de XXIe siècle et l’évanouissement de l’élégance dans des vapeurs plus éthérées ; tellement ‘hautes’ qu’on ne la distingue même plus !

LIBERTIN(E). DÉCADENT. ÉVAPORÉ(E). EFFÉMINÉ. Pour commencer, j’inclus ici les libertins et libertines car, pour la plupart, ils détournent l'esprit galant raffiné, enjoué et libre afin de masquer et accomplir leurs perversions qui n'ont rien de raffinées, galantes ou amusantes et qui enferment l'esprit et le corps plus qu'ils ne le libèrent. Le libertin est avant tout associé au début du XVIIe siècle et au règne de Louis XIV (1643-1715). On le retrouve après cette période. Tristan L’Hermite (1601-1655) et Charles Sorel (après 1582-1674) qui écrit Les Lois de la galanterie (1644) sont de véritables libertins qui s’affichent comme tels. Dans son livre La mode, ou Caractère de la religion, de la vie, de la conversation, de la solitude, des compliments, des habits et du style du temps (1642), François Grenaille (1616-1680) définit le libertin comme croyant qu’il n’y a rien au-delà des sens. Certains petits-maîtres sont eux-mêmes libertins. Dans ce mot il y a liberté : une indépendance vis-à-vis des règles qui ne s’exerce pas seulement dans le domaine du sexe, mais aussi de la pensée, l’expression et bien d’autres terrains. Dans Les Nuits de Paris (1788-1794), Restif de la Bretonne (1734-1806) utilise souvent ce mot. On dit aussi ‘libertine’ ou ‘fille ‘ bien que ce dernier désigne avant tout une prostituée. Le libertin est vraiment l’acteur de la vie nocturne parisienne du XVIIIe siècle. Il est de toutes les parties fines, et dans tous les lieux où il peut accumuler ses conquêtes : dans les manifestations populaires, les académies (salles de jeux), les billards, les cabarets, les théâtres où se jouent des pièces libertines, certains soupers, bals … enfin dans toutes les distractions qu’offre ce siècle où cet homme (ou cette femme) peut trouver ce qu’il désire. Le décadent est une autre forme de faux élégant. Il y en a différentes sortes dont certaines s’approchent de l’élégance comme ceux qui ne se soucient pas du qu’en-dira-t-on et font à leur convenance en suivant leur liberté. Contrairement à d’autres décadents, cette sorte cultive le bon-goût tout en s’adonnant aux plaisirs fins que d’aucuns considèrent comme mauvais. Elle n’impose rien à quiconque et ne veut recevoir d’ordres de personne. Elle ne s’adonne à aucune bassesse mais paraît décadente dans le miroir du rustre. On utilise parfois le terme d’évaporés pour qualifier certains jeunes gens n’ayant pas les pieds sur terre, pas très ‘futfut’ (futés). « Les évaporées, qui dansent par tout sans violon, qui chantent tout sans dessein, qui parlent de tout sans garantie, et qui répondent à tout sans malice, à ce qu'elles disent. » écrit l’abbé d’Aubignac (1604-1676) dans Histoire du temps ou relation du royaume de coquetterie extraite du dernier voyage des Hollandais aux Indes du levant (1654). Le terme s’emploie au masculin ou au féminin au XVIIe siècle jusque dans la première moitié du XIXe pour des étourdis. C’est surtout au XVIIe qu’il définit aussi un (ou une toujours) extravagant. Enfin il y a l’efféminé. Dans Les Nuits de Paris (1788-1794), Restif de la Bretonne (1734-1806) donne l’exemple d’efféminés « dix fois plus femmes que les femmes ». Il les appelle aussi ‘antiphysiques’. Dans Les Plaisirs des dames (1641), François Grenaille (1616-1680) écrit en parlant des damoiseaux qu’ils sont beaucoup plus efféminés que les femmes.

VIEUX-BEAU OU EX-BEAU. DÉCATI. Le faux élégant ne se reconnaît pas obligatoirement avec facilité quand il est jeune, tout auréolé de sa fraîcheur ; mais il vieillit alors mal. Le jeune beau devient le vieux-beau (Photographie d'une illustration légendée « Le vieux beau » de La Vie élégante datant de 1883). On dit aussi au XIXe siècle ‘ex-beau’. J'ai écrit tout un article sur 'Les vieux beaux' le 14 avril 2008. Les anciens beaux sont parfois appelés des décatis. Albert Millaud (1844-1892) en décrit un dans un chapitre entier (photographies de la première page de celui-ci et d'illustrations) de Physiologies Parisiennes datant de 1886, au cours de tout un chapitre lui étant consacré et dont voici un passage : « Le décati n’est pas un homme qui a vieilli. Vieillir est tout un art. Le décati voudrait être et avoir été. Il a été charmant, délicieux, irrésistible, il veut être encore irrésistible, délicieux, charmant, et n’est que décati. Le décati a eu son heure de gloire dans les dix dernières années de l’Empire ; des petits crévés c’était le roi, comme le roitelet l’est parmi les oiseaux-mouches. Il était plus petit, plus exigu, plus frêle, plus femme que les autres. Il a fait la joie des petits salons de Compiègne et a rencontré d’inoubliables succès dans les boudoirs des beautés de l’époque. S’il avait eu quelque envergure, il se serait transformé et l’âge, en le marquant, ne l’aurait pas détruit. Si, jeune homme, il avait été beau, il serait resté beau, il n’a été qu’extrêmement joli, il n’est plus qu’extrêmement décati. […] Il portait une fine moustache blonde, des cheveux de femme en petits bandeaux bien frisés ; des cils soyeux ombrageaient son regard. […] Il avait un petit déhanchement qui faisait pâmer les jeunes filles et dont raffolaient les beautés mûres. […] Il a gardé son goût pour les costumes trop jeunes, les carreaux voyants, les coupes enfantines, les cols démesurément ouverts […] ».

DÉCAVÉ. MASHER. PSCHUTTEUX. RASTAQUOUÈRE. SNOB. PEDANT. MARIE-CHANTAL. Décavés et mashers sont des hommes de faux chic. On trouve ces appellations dans Modernités de Jean Lorrain (1885) : « Corrects et mis à peindre, en costume gris fer, / Tubés, rasés de près et la peau satinée / Deux par deux, stick en main, toute la matinée, / On les voit faire au Bois les cent pas du masher. / L’un doit à son coiffeur sa moustache d’or clair, / L’autre à son corsetier sa taille boudinée, Le troisième à Guerlain sa peau veloutinée / Et chacun au mépris l’objet dont il est fier. / Vieux beaux, pourvus trop tard de conseils de familles, / Prétentieux chercheurs de beaux-pères rêvés, / De la Concorde au Bois, ce sont les décavés. / Les décavés, dit-on, au fond ce sont des filles, / Filles sous leur fraîcheur de mâles trop lavés, / Comme les filles, las de n’être pas levés. » La définition commune du décavé est très différente. Elle le dépeint comme une personne s’étant ruinée au jeu ou s’étant faite plumer par une femme de mauvaise compagnie. Le pschutteux (photographie) prétend être un élégant sans en être un. Ce mot est usité au XIXe siècle. On lit dans Trop de chic de Gyp (1900) que « le « pschutteux » est à l’homme « chic » ce que la chicorée est au café … ça y ressemble quand on n’y a pas goûté … ». On dit aussi : « les gens pschutt », « un homme pschutt » pour dire de faux chic, prétentieux. Sous le mot de rastaquouère, on désigne au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe, un type de personnage généralement sud américain, affichant un luxe ostentatoire et de mauvais goût, prétendument riche mais souvent un simple escroc (photographie de la première page de Le Journal du 15 juin 1898 représentant un rastaquouère avec comme légende : « Y brille rien, le rasta ! - Oui, mais pourvu qu'il éclaire ! »). Ils ont souvent un fort accent sud-américain. Là aussi, Albert Millaud (1844-1892) occupe tout un chapitre à ce caractère dans Physiologies Parisiennes datant de 1886 (photographie d'une illustration pleine page de ce livre intitulée « Le Rastaquouère à Paris ») : « Encore un Américain, mais du midi. C'est le Marseillais du Nouveau Monde. Il est exubérant, voyant, clinquant, bruyant. Bien que le mot rastaquouère soit appliqué à Paris à tous les exotiques, le vrai, le seul rastaquouère est Brésilien, Chilien, Bolivien, Argentin et Vénézuélien. On trouve en lui de l'Indien, du Caraïbe, du Mohican, de l'Espagnol, du Portugais. Sa figure a le ton du vieux bois, ses cheveux noirs sont luisants et parfumés, sa toilette est criarde et trop riche. Il est constellé de bijoux. Il porte tant de diamants, que ceux-ci finissent par n'avoir plus de valeur. Ils deviennent des bouchons de carafe. Le rastaquouère les exhibe partout, à sa cravate, à sa chemise, à son bras, à tous ses doigts, à sa boutonnière, à son gilet. Du plus loin que vous apercevez le rastaquouère, sa présence vous est signalée par un éclat insupportable et des parfums idem. Diamant et musc. De plus près, il vous absorbe dans un flot de grimaces et un flux de paroles vertigineuses, prononcées avec une sonorité de casserole. Le rastaquouère est généreux et fastueux. Il a une grosse gaieté et il aime le tapage. Le plaisir est son but, sa vie, son rêve. Il y laisse toute sa vigueur et toutes ses plumes. C'est, en définitive, un bon garçon que l'on exploite plus qu'il n'exploite les autres. Le rastaquouère, à force de faste et de magnificence, finit presque toujours dans la peau d'un décavé. ». Cependant, petit à petit l'Amérique devient à la mode, et au début du XXe siècle, de très nombreuses tendances viennent de là, des amériques du sud comme et du nord. Pendant le XIXe siècle, c'est la mode anglaise qui reste prépondérante en France et amène une quantité de nouvelles formes de vrais ou faux dandys. Le terme de snob employé dès le XIXe siècle est emprunté à l’Anglais et suit le goût de ce siècle pour la mode venant d’outre-Manche. C’est une sorte de pédant, lui aussi le résultat d’un aspect de certains petits-maîtres français qui croient que l’élégance ne consiste qu’à en imposer ; et qu’être pédant est la condition sine qua none pour se distinguer de la masse, qui elle non plus, n’est pas toujours très agréable avec le petit-maître (voir les muscadins à la Révolution ...). Un style snob célèbre est Marie-Chantal : un personnage de fiction inventé par Jacques Chazot (1928-1993). Dans Les Carnets de Marie-Chantal de 1956 (photographies de la page de couverture et d'une illustration : « Qu'on ne me dérange pas ! Je hâle. ») Sa description est tout à fait croustillante. C’est l’hebdomadaire Elle qui publie pour la première fois les histoires de cette snob et rend célèbre son auteur le danseur Jacques Chazot qui est aussi à l’origine du film tourné par Claude Chabrol : Marie-Chantal contre docteur Kha (1965). Dans les années soixante, on appelle alors comme cela toute jeune française snob, d’une « férocité » et d’une « inconscience » caractéristique. Mais franchement, j'ai vu vraiment beaucoup plus de férocité et d'inconscience dans le monde contemporain de la fin du XXe siècle et du début du XXIe ou dans certains moments de l'histoire que dans ce livre.

BOURGEOIS. Parmi les faux élégants il y a le bourgeois qui cherche à devenir aristocrate ou à l'imiter. Sa définition change avec le temps. Dans la bouche de la noblesse, et donc surtout avant la Révolution, il a une connotation vulgaire. Par la suite, le ‘bas peuple’ emploie ce terme pour désigner le haut du pavé, ‘le gratin’, la haute bourgeoisie aussi bien que la petite. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, de nombreuses comédies mettent en scène des bourgeois qui cherchent à s’anoblir en épousant une comtesse ou un chevalier comme dans la comédie Le Chevalier à la mode (1687) de Dancourt (1661-1725), auteur qui compose sur les faux élégants, ainsi que sur la mode, les coquettes ... Dans Les Bourgeoises à la mode (1692) il montre que la mode étant un des divertissements favoris des nobles, les bourgeois ambitieux essaient de la suivre, en imitant leurs habits, manières, langage… Dans Les Bourgeoises de qualité (1700) il met en scène des bourgeoises ayant des velléités aristocratiques. Elles veulent épouser un noble ou acheter un titre, sont coquettes dans leurs accoutrements et leurs manières, jouent de l'argent (mais perdent), donnent à souper (« nous aurons les violons, de la musique, un petit concert, le bal, et une espèce d'opéra même ... »), essaient de mettre en scène la passion (« j'avais même dessein qu'il m'enlevât [...] Nous nous serions mariés en cachette, incognito, sous seing-privé, pour éviter les manières bourgeoises. » Les Mots à la mode (photographie) est une « petite comédie » d'Edme Boursault (1638-1701), représentée pour la première fois en 1694, où, comme l’écrit l’auteur dans son ‘Epître’, sont dévoilées « dans leur jour toutes les extravagances de la Mode, & toute l’impertinence des faux Nobles ». Il s’inspire d’un ouvrage publié, en 1692, s'intitulant Des Mots à la mode et des nouvelles façons de parler. Avec des observations sur diverses manières d’agir & de s’exprimer. Et un Discours en vers sur les mêmes matières, par François de Callières (1645-1717) qui le fait suivre en 1693 : Du bon et du mauvais usage dans les manières de s'exprimer, des façons de parler bourgeoises et en quoi elles sont différentes de celles de la Cour. Dans cette comédie, des femmes voulant se départir de leurs « vestiges bourgeois » cherchent à paraître des dames de qualité en usant de mots nouveaux. Un des maris découvre les notes de son épouse et en les lisant se croit ‘cocufié’. Il s’agit des dépenses des derniers habits, coiffures et parures de sa femme qui portent des noms prêtant à confusion. C’est un témoignage intéressant sur la mode à cette époque, du paraître, des extravagances et surtout des situations cocasses dont elle peut être à l’origine. On s’y moque de fournisseurs comme « Monsieur Coquerico, Marchand de Savonnettes » ou « d’un bon Marchand à grande porte cochère, où l’étoffe par aune est d’un écu plus chère ». Voici un extrait : « NANNETTE. Ce qui dans cet Écrit vous paraît des injures sont des noms que l’on donne aux nouvelles parures. Une Robe de Chambre étalée amplement, par certain air d’Enfant qu’elle donne au visage, est nommée Innocente, & c’est du bel usage. Ce Manteau de ma sœur si bien épanoui, en est un. Monsieur JOSSE. Cela est une Innocente ? BABET. Oui. Sont-ce là des Sujets pour vous mettre en colère ? NANNETTE. Voilà la Culebute, & là le Mousquetaire. BABET. Un beau Nœud de brillants dont le Sein est saisi, s’appelle un Boute-en-train, ou bien un Tâtez-y. Et les habiles Gens en Étymologie, trouvent que ces deux mots ont beaucoup d’énergie. NANNETTE. Une longue Cornette, ainsi qu’on nous en voit, d’une Dentelle fine, & d’environ un doigt, est une Jardinière : Et ces Manches galantes laissant voir de beaux bras ont le nom d’Engageantes. BABET. Ce qu’on nomme aujourd’hui Guêpes et Papillons, ce sont les Diamants du bout de nos Poinçons ; qui remuant toujours, & jetant mille flammes, paraissent voltiger dans les cheveux des Dames. NANNETTE. L’homme le plus grossier & l’esprit le plus lourd sait qu’un Laisse-tout-faire est un Tablier fort court : J’en porte un par hasard qui sans aucune glose, exprime de soi-même ingénument la chose. BABET. La coiffure en arrière, & que l’on fait exprès pour laisser de l’oreille entrevoir les attraits, sentant la jeune folle, & la Tête éventée, est ce que par le Monde on appelle Effrontée. NANNETTE. Enfin, la Gourgandine est un riche Corset entrouvert par devant à l’aide d’un Lacet : Et comme il rend la taille & moins belle & moins fine, on a crû lui devoir le nom de Gourgandine. Vous avez pris l’alarme avec trop de chaleur. » La pièce la plus célèbre sur ce sujet est sans aucun doute Le Bourgeois gentilhomme (1670) de Molière (1622-1673). Le bourgeois M. Jourdain, veut adopter les façons d’un noble grâce à son argent. Il commande un nouvel habit, apprend les manières des gens de qualité, les armes, la danse, la musique et la philosophie, autant de choses qui lui paraissent indispensables à sa nouvelle condition de gentilhomme … Il s’ensuit une comédie-ballet truculente. Dans une autre pièce de Molière : George Dandin ou le Mari confondu (1668), c’est un riche paysan qui en échange de sa fortune acquiert un titre de noblesse : « Monsieur de la Dandinière » … Ce ne sont que quelques exemples de textes d’époque sur ce sujet parmi d’autres où le bourgeois est sévèrement égratigné comme dans ce passage de Des Mots à la mode et des nouvelles façons de parler. Avec des observations sur diverses manières d’agir & de s’exprimer (1692) de François de Callières (1645-1717) : « L’Opéra & la Comédie, répondit la Dame, sont devenus des divertissements bourgeois, & on ne les voit presque plus à la Cour. Cela est vrai, reprit la Marquise, & je me suis souvent étonnée comment on abandonne à la bourgeoisie des plaisirs qui ne devraient être destinés que pour les personnes de notre qualité. Je m’étonne encore, ajouta-t-elle, comment on permet aux bourgeoises de s’habiller comme nous ; […] mais elles n’ont jamais les bons airs des femmes de la Cour, quelque soin qu’elles prennent de les copier ; cela ne se sait point mettre, ce sont des airs gauches, de petites manières, & surtout des discours bourgeois, qui les font toujours connaître pour ce qu’elles sont. »

ENDIMANCHÉ. COQ. Et puis il y a toute la série des endimanchés. Depuis sans doute que la messe du dimanche existe, l’endimanché se présente dans sa plus belle tenue pour fêter le jour du repos dominical. L’expression désigne aussi tous les gens qui se mettent sur leur trente-et-un pour sortir dans les endroits de Paris les plus chics comme les Boulevards ou les Champs-Élysées au XIXe siècle alors qu’ils n’ont pas l’habitude d’être aussi bien habillés dans leur quotidien. Cette utilisation est très ancienne puisqu’on trouve déjà sa définition dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694) : « Endimancher, s'endimancher. v. n. p. Mettre ses habits de Dimanche. Terme de raillerie qui se dit d'un Bourgeois, qui a mis ses beaux habits. Il s'est endimanché. ». Cette même édition du Dictionnaire donne la définition du coq : « On appelle figurément, Coq, Celui qui est le principal en quelque endroit, qui s'y fait le plus paraître, soit par son crédit, ou par ses richesses. Il est le coq. Il fait le coq dans cette assemblée, parmi ces gens-là. Il est le coq de son village. C'est un coq de Paroisse. » Le Trésor de la langue française de 1606 publie une définition semblable. La photographie présente un « coq du village » sur une petite chromolithographie publicitaire, de la fin du XIXe siècle. La dernière image de cet article est une autre petite chromolithographie avec un même genre de coq se promenant sur les boulevards à la mode : devant l'Opéra entre le boulevard des Capucines et celui des Italiens. Sa compagne a une cane dans son panier, sans doute pour indiquer qu'il s'agit de provinciaux et aussi pour établir un parallèle humoristique avec les cocottes parisiennes.

Pour finir ce très long article, voici un passage amusant de La Pretieuse ou le Mystère de la Ruelle (1656-8) de l'abbé Michel de Pure (1634-1680) où une Précieuse décrit (dans son langage que j'ai laissé tel quel en changeant cependant l'orthographe) la façon de se comporter d'un provincial qui cherche à être courtois : « Le ciel, reprit Melanire, me disgracia dernièrement jusqu'au point de me faire tomber en partage dans une Conversation sérieuse un grand Provincial du pays des Montagnes. Ses premières civilités et ses premiers compliments furent faits avec les mains et les pieds, et par des baise-mains et des révérences. Le respect et la civilité tenaient son corps composé, ou plutôt comme fiché sur un piédestal, dont le mouvement n'allait que par ressort. Encore l'invention en était mal exécutée, car il n'agissait qu'à contre-temps, et il y avait une si étroite alliance entre ses propos et ses respects, que quand même il aurait dit des injures, et fait des serments de colère, il n'aurait pas laissé de les accompagner de mille baisemains, et d'autant de révérences. Pour moi je suais à force de les lui rendre, encore que j'en laissasse couler la moitié, dont je ne voulais faire ni mise [dépense] ni recette. A la fin cette machine se fatigua, et commua la peine de ses pas en celle de ses paroles. Il me dit bien civilement, Mademoiselle, croyant d'honorer mes appas par cette civile méprise, et croyant que j'étais personne à me plaire à ces vieilles ruses de la complaisance de nos pères, il me réitéra plusieurs fois cet agréable terme, et tâcha de me faire comprendre la force de ce mot, et la finesse de son motif. Je fus, à dire vrai, assez malicieuse pour le comprendre, et néanmoins pour l'affecter de l'ignorer ; alors ce pauvre Noble à la rose voulut faire justice à ces motifs ignorés et malheureux, et qui étaient autant obligeants qu'inconnus. Pour les mettre au jour et les récompenser du prix de leur secret mérite, il me dit encore une fois, Mademoiselle, puis ayant écouler quelque temps, et repris haleine, il me fit deux révérences, trois baise-mains, ajusta son collet et sa perruque, retroussa même ses bottes, et puis acheva son compliment : Votre condition, dit-il, vous fait Madame, et votre jeunesse me force à vous traiter de Mademoiselle ; je ne suis pas moins obligé, poursuivit-il de croire mes yeux que mes oreilles. Et je puis bien déférer autant à ce que je vois, qu'à ce que j'ai pu entendre. Le poids de ses mots, ses longues pauses, et la paresse de sa langue qui faisait si peu de chemin en tant de temps, me donnaient un chagrin qui me perçait l'âme ; et connaissant bien qu'il n'irait pas loin sur la galanterie sans faire quelque mauvais pas, et sans faire quelque périlleux effort, je voulus le mettre en beau chemin et prendre soin de la carrière. Je le mis sur les nouvelles de son pays et sa Province. Aussitôt il reprit ses sens, et comme revenu de sa pâmoison au nom de sa patrie et des lieux de sa naissance, il se mit à me conter tout ce qui s'était fait depuis de longues années dans son village, dans son voisinage, par le Gouverneur ... »

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Le canezou

Article écrit par Guénolée Milleret de La Vendeuse d’images. 

Que peut bien évoquer ce mot étrange, introuvable dans le dictionnaire ? Il existe bien des mots ou expressions imagées, dans le vocabulaire des modes du 18e et 19e siècles, qui, à la faveur de quelque indice, permettent de soupçonner leur interprétation dans le costume. Or, ce que nous inspire le « canezou » demeure bien obscur… Comment ce mot un brin « barbare », avouons-le, pourrait-il définir un charmant vêtement, tout droit sorti des trousseaux de nos aïeules ? Le « canezou » mérite bien un curieux détour.

Le « canezou » apparaît dès 1800. Il s’agit d’une pièce de lingerie, un léger corsage, sans manches, souvent en mousseline ou tissu très léger, que l’on porte par dessus la robe ou le corsage et qui s’arrête à la taille. Nous convenons volontiers de l’étrangeté du mot, le vêtement qu’il définit ne l’est pas moins : la lingerie, depuis la Renaissance, se porte sous le corset. Son rôle est de protéger la peau de la raideur des cors ; sa particularité est qu’on la nettoie, contrairement au reste de la garde-robe. Or, ce « canezou » qui n’en demeure pas moins une pièce de lingerie, n’est pas porté dessous mais par dessus le corsage. Un mot étrange pour un vêtement méconnu…

La Vendeuse d’images, détient dans ses collections, de nombreux exemples de ce vêtement et notamment une représentation de 1805 (Journal des Dames et des Modes, planche n° 657, 1ère photographie) : « canezou » porté sur une robe du matin. On trouve des exemples antérieurs dès 1800 dans ce même Journal des Dames et des Modes.

Bien que le « canezou » soit défini comme une pièce de lingerie, on en trouvera des déclinaisons, sous le Premier Empire, dans des tissus moins légers, tels que le velours ou le taffetas. A partir de la Restauration, le « canezou » renoue essentiellement avec les mousselines, les batistes, les tulles, ou autres blondes et organdis. Il peut être très sobre ou très ornementé, ainsi que le montre l’illustration représentant un canezou de tulle brodé en laine et bordé de dentelle (Journal des Dames et des Modes de 1829, planche n° 2689, 2ème photographie).

En parallèle, il évolue vers un vêtement plus couvrant, parfois avec des manches, toujours brodé, plissé, bouillonné ou garni de fines dentelles. Il peut aussi être montant sur le décolleté et faire office de guimpe. Dès 1850, il dépasse la taille et arbore parfois de larges basques. On le confondrait presque avec une « basquine », imaginons-la garnie de lourdes broderies de chenille, conformément au style « tapissier » : on s’éloigne à grands pas de l’univers de la lingerie…

Il n’en demeure toujours pas moins délicat et léger, dans un tulle de soie aérien, sur une toilette de bal en plein Second Empire (Musée des Familles, Décembre 1857, planche n° 3, 3ème photographie). On remarque d’ailleurs qu’il orne aussi bien la robe d’après-midi que la toilette de réception, ou la robe de bal. Il est donc omniprésent dans la garde-robe, pourtant discret en se fondant dans la tenue : on trouve, en effet, des représentations de robe « formant canezou ». Et il ne s’arrête pas là, notre « canezou », puisqu’on le déclinera même en « fichu-canezou » ou « pélerine-canezou »…

Le « canezou » aura vu se succéder toutes les modes, en s’adaptant, pour se fondre avec les multiples silhouettes qui se succèderont tout au long du 19e siècle. Qu’on abandonne la robe néoclassique pour retrouver le corset ? Il demeure. Qu’on sacre « reine » la crinoline pour l’abandonner au profit de la tournure ? Il perdure. Qu’on donne à la femme des allures de liane sous la Belle Époque ? Il résiste. Il ne disparaît qu’à l’aube du 20e siècle, alors que la mode amorce ses profondes mutations.

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Le carnet de bal.

Le carnet de bal est un accessoire de poche indispensable de l'élégante des XVIIIe et XIXe siècles. Elle y inscrit sur un support en ivoire ou autre l'ordre des cavaliers qui lui ont demandé de leur faire l'honneur d'une danse, ceci sans doute afin d'éviter les méprises. Le site de la galerie Le Curieux propose plusieurs de ces carnets dont un en ivoire monté en or datant de vers 1780. L'inscription "Souvenir d'Amitié" orne de part et d'autre le couvercle. Sur un côté du corps de l'étui, une fine miniature représente une jeune femme en buste, un ruban de roses dans les cheveux. Au revers, la sentence "Voilà mon bien" surplombe un coeur, le tout embrassé d'un collier de fleurs et perles argentées. L'intérieur comprend des tablettes en ivoire et un crayon. Le second objet du même antiquaire est un petit (5,2 cm x 3,5 cm ) carnet de bal (de gousset) et son crayon. Le tout est protégé par deux plaquettes de nacre. Celle du plat est gravée de motifs floraux et repercée d'étoiles. A l'intérieur, deux pages sont destinées aux contredanses, deux autres à la valse, et une dernière au galop : trois danses à la mode vers 1860, date vers laquelle cet objet se situe. Dans un prochain article je parlerai de la danse et notamment de la contredanse et de la valse.

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Longchamp(s)

Photographie : "Modes de Paris." Planche 466 du "Petit Courrier des Dames. Boulevard des Italiens N°2 près le passage de l'Opéra. Costume de Long-Champs. Habit de cheval de forme carrée garni de boutons façonnés. Gilet de Piqué à revers, Culotte de Daim, Bottes Anglaises en Castor gris de Gérard." La ligne du dessous a été coupée sans doute originellement. Gravure en couleur, détachée d’une revue d’époque. Cette image originale est triplement intéressante car nous y retrouvons des références au boulevard des Italiens, à la mode anglaise et Longchamps. Les trois modes de promenades y sont dessinés : à pied, à cheval et en voiture. De nombreux autres éléments sur la mode d'alors y sont présents. Le Petit Courrier des Dames est publié de 1822 à 1868. C’est en juillet 1821 qu’est créé par Donatine Thierry le Nouveau Journal des Dames ou Petit courrier des Modes, des théâtres, de la littérature et des arts, publié par « une société de femmes de lettres et d’artistes ». Son titre change l’année suivante pour devenir le Petit Courrier des dames ou Nouveau journal des Modes. Il a une périodicité bidécadaire et contient 8 pages de textes et 7 gravures. Le format est en moyenne de 12,5 x 20 cm. Il continue jusqu’en 1868, après avoir publié plus de 3600 planches. Les modèles y sont présentés de face et de dos. Le Journal des Dames fait de même à la fin de 1825.

On lit dans Les Merveilles du nouveau Paris datant de 1867 "L’allée de Longchamps est célèbre par la promenade qui s’y fait le mercredi et le jeudi de la semaine sainte, et qui a pour but d’étaler les modes nouvelles du printemps …" Longchamp fait partie du bois de Boulogne. Il s’agit préalablement d’une abbaye de religieuses fondée au XIIIe siècle par Isabelle de France, une soeur de Saint-Louis. Plusieurs princesses françaises prennent des voeux dans ce monastère et les rois viennent y séjourner. Les moeurs n’y sont pas austères et certaines soeurs y font monstre d’élégance et de galanterie. L’abbaye devient donc une maison de retraite religieuse pour femmes fortunées qui peuvent y recevoir des visites. On y donne de grands concerts où on se rend en foule. Interdits, la promenade de Longchamp perdure. On s’y montre et se tient au courant des dernières tendances tout en pouvant y voir le high-life s’exhiber. C’est le cas durant les offices de la Semaine Sainte auxquels la haute société vient assister en grand appareil en déployant les modes nouvelles dans la plus grande parade de l’année où le peuple se plaît à mirer les nouvelles toilettes, les voitures somptueuses et les gens les plus en vue (prince(sse)s …). Déjà très populaire au XVIIe siècle, ‘la promenade de Longchamps’ est interdite à la Révolution. Elle reprend durant le Consulat mais n’allant plus jusqu’au monastère détruit par les révolutionnaires. Les professionnels de la mode préparent pour la promenade les tenues qui donneront le ton à la mode à venir. Il s’agit d’un véritable défilé du bon ton où s'insinue petit à petit la publicité. Dans ses Mémoires, Paul Charles François Adrien Henri Dieudonné Thiébault (1769-1846) décrit des promenades de Longchamp avant et après la Révolution en y dépeignant le faste de certains équipages et l’engouement du peuple de Paris pour ce divertissement. En voici un passage : "Au milieu d’une innombrable quantité de voitures remarquables, brillaient chaque année une cinquantaine d’équipages éblouissants, dans le nombre desquels une dizaine paraissaient plutôt les chars des déesses que ceux de simples mortels. Le monde semblait entrer en liesse durant ces trois journées […] Si l’on admirait les calèches des princes et de la Reine, les équipages de quelques grands personnages français et étrangers, il n’en reste pas moins vrai que tout cela le cédait à l’extravagante recherche de quelques Phrynés. Je me rappelle à ce sujet, mais sans plus rien savoir des détails, si ce n’est que les jantes des roues étaient en flèches, une calèche bleu de ciel, sur laquelle et à travers de légers nuages voltigeaient des Amours ; calèche montée par deux femmes éblouissantes de parure et de beauté, et traînée par quatre chevaux isabelle, queue et crinières blanches, tout harnachés en argent ciselé ou en broderies d’argent, les rênes y comprises. En fait d’élégance, je n’ai jamais rien vu de comparable à cet équipage, qui fixait tous les regards, arrachait à chaque pas des bouffées d’applaudissements. Je le vis passer de mes fenêtres, au moment où, débouchant de la rue Royale, il continuait sa marche triomphale vers les Champs-Elysées, et je guettais son retour pour lui payer un dernier tribut d’admiration." Au XIXe siècle, la promenade se fait sur l’allée de Longchamp (allée des Acacias) du bois de Boulogne (décrit dans Les Merveilles du nouveau Paris comme "l’orgueil et le lieu de prédilection de tout véritable Parisien"). Le défilé passe par les Champs-Elysées, puis l’avenue du bois de Boulogne (l’actuelle Avenue Foch) avant d’arriver dans le bois. Mais cette promenade perd petit à petit au XIXe de son faste comme le montre ce passage d'Ohé ! La Grande Vie !!! de Gyp (nom de plume de Sibylle Aimée Marie Antoinette Gabrielle Riquetti de Mirabeau, par son mariage comtesse de Martel : 1849-1932), intitulé ‘FEU LONGCHAMP’, datant de 1891, qui marque avec élégance et ironie l’ambiance de la promenade de Longchamp de 1888. L’intérêt de ce passage se situe aussi dans la description de certains types d’élégants comme la cocodette, le cocodès, la petite femme moderne ou le gommeux ; et la description de cette passion française pour la mode et le style. "Dans l’allée des Acacias à cinq heures. / UN GOMMEUX, épaules et vêtements étroits ; col très haut ; bottines à pointes aiguës et relevées ; parapluie roulé dans son étui ; pantalon retroussé ; chapeau à bords plats ; marche en fauchant, les bras écartés du corps avec affectation. / […] UN COCODES DE L’EMPIRE, épaules et vêtements larges ; cravate bleue à pois blancs ; redingote très bien faite ; pas de pardessus ; bottines à bouts arrondis ; guêtres blanches ; chapeau à bords gondolés. / UNE PETITE FEMME MODERNE, l’air vigoureux ; cheveux courts frisés au petit fer ; jupe de drap vert bouteille ; jaquette mastic ; col droit ; rose à la boutonnière ; chapeau de feutre gris sans aucun ornement ; souliers vernis à bouts pointus et talons absolument plats ; marche à grands pas. / UNE COCODETTE DE L’EMPIRE, encore jolie ; toilette de pékin gris perle ; capote de dentelle noire couronnée de violettes ; bottines de chevreau à talons Louis XV ; marche à petits pas en se berçant légèrement. / […] Sont descendus de voiture et se promènent en causant dans l’allée des piétons. / LE GRINCHEUX, montrant le maigre défilé de voitures. – Quel joli Longchamp !!! quelle élégance !... Ah !... je m’en souviendrai, du Longchamp de 1888 !... / LE GOMMEUX. – C’est infect !... (Il fait une grimace de dégoût.) / LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841, relevant précipitamment sa robe. – Où donc !... fi !... (Elle regarde à terre et marche avec précaution.) / LE GRINCHEUX. – Non, non !... ce n’est pas ce que vous croyez !... cette exclamation moderne signifie tout bonnement que ce Longchamp n’est pas réussi !... LA COCODETTE. – Vous rappelez-vous en 1867 ?... quel défilé !... la princesse de Metternich dans sa calèche jaune !... et l’impératrice !... si jolie sous son ombrelle vert pomme !... c’était toujours à Longchamp qu’elle l’arborait, sa fameuse ombrelle vert pomme !... / LE GRINCHEUX. – Comment voulez-vous que je me rappelle ça !... / LE MONSIEUR AIMABLE. – Vous étiez encore au collège ?... / LA PETITE FEMME MODERNE, protestant. Au collège ?... Ah !... voyons ! (Elle rit ; tête du grincheux.) / LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841. – C’est le Longchamp de 1842 qu’il fallait voir !... Palmyre lançait cette année-là les robes à la captive !... la taille très basse… marquée de soie négligemment nouée… […] / LE COCODES – Ici… le défilé sera toujours affreux !... autrefois on allait au lac… c’était gai, riant !... à la bonne heure !... tandis que, dans cette bête d’allée !... / LE GOMMEUX. – C’t’infect !!! / LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841, suivant toujours son idée. - … Avec la robe à la captive, on portait le bibi blanc ou rose de Chine… surmonté d’un pouf de plumes… dessous, une guirlande de roses du Bengale… les élégantes ajoutaient une ferronnière en diamants… on portait aussi le turban à la juive, orné d’un oiseau de paradis… / LE GRINCHEUX. – Ca devait être d’un goût exquis !... / LE MONSIEUR QUI A SIEGE A LA CHAMBRE DES PAIRS. – N’est-ce pas, monsieur ?... c’était autrement gracieux que les modes d’aujourd’hui ?... voyez les portraits qui reproduisent les femmes de cette époque… […] LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841. - … Ce fut cette année là que le duc d’Orléans parut à Longchamp en Jaunting-car… LE GRINCHEUX. – Hein ? LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841. – En Jaunting-car… c’était une voiture… / LE GOMMEUX, interrompant. – Infecte !... / LA COCODETTE. – Les toilettes de cette année sont inélégantes !... du drap… du drap… et toujours du drap… / LA PETITE FEMME MODERNE. – Dame ! il n’y a guère que ça de pratique !... / LE COCODES. – Pratique ! voilà bien les femmes d’aujourd’hui !... mais il ne faut pas qu’une femme soit "pratique" ! c’est sa perte !... c’est sa fin !... c’est affreux, une femme pratique !... affreux !... / LA PETITE FEMME MODERNE, riant. – Merci !... LE COCODES. – Parlez-moi des femmes qui avaient des notes de quatre-vingt mille francs chez leur lingère !... voilà des femmes !... des vraies !... mais il n’y en a plus comme ça !... ou, quand il y en a, les maris divorcent !... ils n’en veulent plus, des notes de quatre-vingt mille francs !... […] / LA PETITE FEMME MODERNE, au grincheux. – Qu’est-ce que vous regardez donc si attentivement ?... / LE GRINCHEUX. – Quatre-vingt-seize.. quatre-vingt-dix-sept… je compte quelque chose !... Quatre-vingt-dix-huit… quatre-vingt-dix-neuf… / LA PETITE FEMME MODERNE. – Vous comptez … quoi ?... / LE GRINCHEUX. – cent … Et allons donc !... j’ai les cent !... en sept minutes et demie … / LA COCODETTE. – Les cent quoi ?... / LE GRINCHEUX. – Boa !... c’était les boas que je comptais !...Oui !... on en est littéralement inondé !... cette mode jolie au début, commence à devenir … / LE GOMMEUX - … fecte !!! / LE COCODES. – La mode est aux choses qui engoncent !... autrefois … / LA PETITE FEMME MODERNE, riant. – sous l’Empire !... c’était bien mieux ! / LE COCODES. – Eh bien, oui, là !... Sous l’Empire, les femmes avaient un cou !... à présent elles n’en ont plus !... ou du moins elles nous le cachent … boas, cols officier, cols carcan … / L’HOMME AIMABLE. – Si elles nous cachent leur cou, elles nous montrent tant d’autres jolies choses !... / LA COCODETTE. – Il n’y a pas une seule jolie voiture !... des fiacres, des voitures de cercles, des Victorias mal attelées … / LE COCODES. – Et pas un cavalier présentable !... vous souvenez-vous du persil d’autrefois ?... quand nous étions tous alignés près du mélèze pour regarder tourner les voitures au bout du lac ?... / LA COCODETTE. – Ah !... oui !... je m’en souviens ! […] / LA PETITE FEMME MODERNE. – C’est passé de mode, voilà tout !... aujourd’hui on ne fait plus ça !... on fait autre chose !... / LE COCODES. – Quoi ?... / LA PETITE FEMME MODERNE. – Eh bien, je ne sais pas, moi !... on fait de la musique !... on va aux petits cinq heures !... aux expositions !... on va voir les manifestations … / LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841. – Nous aussi, nous portions le boa !... cela accompagnait à ravir le Vitchoura et le manchon chancelière … / LE GRINCHEUX. – Et quand vous portiez tout ça … est-ce que vous pouviez encore remuer ?... / LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841. – Nous ne marchions jamais !... une femme comme il faut ne sortait pas à pied… ainsi, moi… je n’ai appris à marcher qu’après la révolution de Février !... / LE GRINCHEUX, à part. – Pauv’vieille !... elle a commencé trop tard, c’est pour ça qu’elle marche si mal !..." L’Hippodrome de Longchamp ouvert en 1857 attire toujours une certaine élégance qui n’a évidemment rien à voir avec les fastes d’antan. Dans Les Merveilles du nouveau Paris (1867) on lit : "les courses de Longchamps sont toutes modernes et datent de l’importation en France de la mode anglaise de faire courir les chevaux."

A la parade de Longchamp, la distraction est dans la promenade, la galanterie (les oeillades...), le sport, l'élégance, les rencontres et le défilé.

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Le Gommeux

De rapides descriptions du gommeux sont proposées dans l’article du 10 mars 2008 intitulé Définitions de gens à la mode en France : Beaux, Copurchics, Fashionables, Gandins, Gants jaunes, Gommeux, Jeune France, Lionnes, Lions, Petits crevés, Pommadins, Raffinés … ainsi que dans celui  du 30 mai 2008 : Gandineries. Je vais maintenant les compléter.

Le gommeux est un élégant du XIXe siècle. Il est habituellement représenté coiffé avec la raie sur le milieu ou avec un haut-de-forme aux bords plats, souvent avec les cheveux blonds du blondin quelquefois un peu ondulés sur le dessus. Son visage ressemble à celui d’un poupon ou d’une femme. Il est maquillé, avec une petite moustache et le col très haut. Il porte des vêtements assez serrés aux épaules étroites et un pantalon retroussé ou à pattes d’éléphant. Son costume est sombre ou à carreaux. Il se chausse de bottines effilées parfois relevées (réminiscences de modes médiévales comme nous le verrons une prochaine fois) ou de petits souliers pointus à la manière des muscadins. Il tient un parapluie qu’il n'ouvre pas, une fine canne, une badine, un stick (canne mince et flexible à l’usage des cavaliers) ou une canne-mascotte au bec recourbé.

Voici la retranscription entière du chapitre intitulé ‘Le Gommeux’ du livre de Bertall (1820-1882) : La Comédie de notre temps (vol. 1, 1874, pp. 111-115). L’intérêt de ce passage réside non seulement dans le fait qu’il parle du gommeux mais aussi qu’il y est fait mention de nombreux autres genres de français copurchics. Dans un autre article, j'essaierai de faire un premier résumé de cette lignée dont j'ai décelé des ancêtres au Moyen-âge ; et en cherchant un peu plus, je suis sûr d'en trouver encore de plus lointains. Dès son avènement, les contemporains du gommeux le considèrent comme le représentant de cette longue suite :
« À chaque époque de l'histoire française, un nom plus ou moins fantaisiste a servi à désigner ceux que l'élégance, la prétention, ou le succès, ou le chic, suivant l’expression moderne, mettaient particulièrement en évidence. Les mignons, au temps de Henri II et Henri III. Les beaux fils, au temps de la Fronde. Les menins, au temps de Louis XIV. Les roués, au temps de la Régence. Les merveilleux, sous Louis XV. Les incroyables, au temps du Directoire. Les fashionables, à l’époque des alliés. Les dandys, sous la Restauration. Les lions et les gants jaunes, sous Louis-Philippe. Sous le dernier règne, nous avons vu surgir des dénominations plus bizarres encore. Alors que les petites dames commençaient à circuler régulièrement au Bois et recevaient la dénomination de biches, les jeunes beaux qui les suivaient ou poursuivaient, et ceux qui se façonnaient d’après leurs allures, ont reçu le nom de daims. De daims est venu peu après celui d e gandins. Puis les petites dames sont devenues des cocottes. Et les jolis petits messieurs, des cocodès. Les allures grêles et mourantes que se plaisaient à prendre les cocodès, ont donné à Nestor Roqueplan, ce Parisien émérite, l’idée de les intituler petits crévés. Le mot a prévalu. – Les cocottes sont devenues dès lors des crevettes. De même, que l’on s’honorait d’être appelé jadis ou incroyable, ou lion, ou fashionable, ou dandy, ou cocodès, on s’est honoré d’être nommé petit crevé. La guerre ayant démontré que les petits crevés se battaient aussi bien et savaient mourir sur le champ de bataille aussi bravement que les autres, le mot qui semblait contenir une accusation de faiblesse ou d’impuissance est tombé en désuétude. Aujourd’hui, les jeunes gens qui jouent la comédie du chic se nomment des gommeux. C’était Léon Gozlan qui avait donné droit de cité au lion, Nestor Roqueplan au petit crevé. C’est le journal la Vie parisienne qui a eu la puissance d’inaugurer le gommeux. Les jeunes gens élégants font partie de la gomme, les gens très-chic sont de la haute-gomme. On a cherché à se rendre compte du motif qui a conduit à cette dénomination épatante, comme on dit parmi ces messieurs. Comme s’il était nécessaire d’avoir un motif réel pour quelque chose en France ! Certains historiens prétendent que le terme a pris naissance dans un des clubs et débordé de là sur les autres et de là dans la Vie parisienne, d’une habitude réglementaire, qui consiste à passer certains noms à la gomme sur les listes des joueurs, parmi les membres du club, lorsqu’il a des observations à faire sur leur moralité. Au jeu ou ailleurs, ceux dont le nom n’a jamais été effleuré par la gomme sont des gommeux. Une origine plus simple et plus naturelle a été découverte, et nous la livrons à l’érudition des linguistes futurs. Lorsqu’un homme perd sa position, sa fortune, ou sa place, ou son rang, on dit qu’il est dégommé. S’il est dégommé par suite de cette catastrophe, il faut en conclure, ce n’est pas douteux, qu’il était gommé précédemment. Le gommé ou gommeux est l’antithèse du dégommé. Celui donc qui est bien en vue, qui brille, qui est envié pour sa toilette, sa position, son genre et son chic, est un gommeux. Si cette version ne satisfait pas complètement l’ami lecteur, et il serait difficile, nous avouons ne pas en avoir d’autre à notre disposition. Et l’on prétend qu’il est facile d’écrire l’histoire ! Quelle que soit son origine, le gommeux, en ce moment, est en possession incontestable de l’héritage laissé par la dynastie des incroyables, des cocodès et des petits crevés. Qui sait combien de temps durera son règne, et à quel héritier bizarre et fantaisiste il passera la main ! ».
Le personnage du gommeux se retrouve dans la littérature de la fin du XIXe siècle comme dans les livres de Gyp. Les journaux aiment à le parodier. Dans La Caricature (n°102) du 10 décembre 1881, il est présenté comme l’héritier de toute une lignée d’élégants commençant avec les incroyables. Sa journée est décrite (détail sur la dernière photographie) : " Le matin, dès l’aube, vers 11 heures, recevoir son tailleur qui est aussi son homme d’affaire, se lever, rendre visite à son coiffeur et faire sa provision d’esprit pour la journée dans les journaux du matin. Midi. – Déjeuner au cercle. – Petite promenade hygiénique au Bois. – Visite à Noëmi, à Lurette et à Tulipia. 2 heures. – Promenade dans les expositions d’art (il faut bien suivre la mode). – Achat de quelques bibelots pour Noëmi, Lurette et Tulipia. 4 heures. – Retrouver  les camarades chez Tortoni pour connaître les petits scandales du jour. 5 heures. – 2e visite au coiffeur pour renouveler sa provision d’esprit dans les journaux du soir, feuilleter le dernier roman en vogue pour pouvoir sciemment le déclarer infect. 8 heures. – Aller voir la pièce en vogue : au Français avec maman, aux Bouffes avec Noëmi, au Palais-Royal avec papa, à l’Opéra en famille. 11 heures. – Conduire en soirée la tante à héritage. A minuit. – Aller chercher Tulipia à la sortie de son théâtre, souper au cabaret, courir se montrer à la soirée de Mme X… et de Mme Z… finir la nuit au cercle à perdre quelques cents louis. – 6 heures du matin, coucher, repos bien gagné. "
Photographie 1 : « Le gommeux ». Illustration pleine page de La Comédie de notre temps : La civilité - Les habitudes - Les moeurs - Les coutumes - Les manières et les manies de notre époque de Bertall (1874).

Photographie 2 : « Politique et diplomatie (haute gomme) » ; « Coupe de cheveux et barbe du gommeux (petite gomme). » ; « Le bout d'ambre du gommeux. Le porte-cigarettes du boursier. » Illustrations provenant de La Comédie de notre temps ... de Bertall (1874).

Photographie 3 : Première page du chapitre intitulé « Le gommeux » de La Comédie de notre temps ... de Bertall (1874).

Photographie 4 : Petite chromolithographie publicitaire, de la fin du XIXe siècle représentant un gommeux « aujourd'hui » et son équivalent « en 1559 ».

Photographie 5 : Petite chromolithographie publicitaire, de la fin du XIXe siècle intitulée « Le Gommeux. » Il est à remarquer son habit à carreaux qui est dans la seconde moitié du XIXe siècle et la première du XXe une des marques de la jeunesse stylée comme au temps des zazous (pendant la seconde guerre mondiale) qui affichent des carreaux partout.

Photographie 6 : Petite chromolithographie publicitaire de la fin du XIXe siècle,représentant un gommeux faisant la cour à une grisette.

Photographie 7 : Photographie du XIXe siècle avec ce qui semble être un gommeux.

Photographie 8 : Journal La Caricature du 10 décembre 1881 (n°102) intitulé "La Genèse du Gommeux."

Photographie 9 : Détail de la double page intérieure du journal La Caricature du 10 décembre 1881.

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Les Boulevards des Italiens, des Capucines et de Montmartre.

Photographie : "Chevelure en porc-épic. Schall à Mouches. Rubans en Cothurnes. Dessiné d’après nature sur le Boulevard des Capucines". Gravure de 1798, planche 25 provenant du Journal des Dames et des Modes fondé à Paris en 1797.

Les Boulevards sont le "Nouveau Cours" (voir article sur 'Le Cours'). Tracés au XVIIe siècle sur l’emplacement des anciens remparts de Paris, ils sont dans cette ‘tradition’ élégante, et occupent une place de choix dans la mode des XVIIIe et XIXe siècles. Ils sont à cette époque un lieu de promenade où on parade, fait des rencontres, prend des cafés, se restaure, se divertit, vit le jour comme la nuit … Les plus à la mode sont ceux du côté de la Madeleine : boulevards des Capucines, des Italiens et de Montmartre. Là se joue la vie parisienne ; surtout aux Italiens où sont les meilleurs cafés ouverts après minuit, les théâtres et autres délassements de choix ; et où au sortir de la Révolution une grande partie des émigrés auparavant réfugiés à l’étranger s’y installent à leur retour à Paris.

Au XVIIIe siècle cette promenade est déjà réputée. On lit dans le Dictionnaire universel de la France de 1771 que les boulevards sont une « des promenades les plus fréquentées de la capitale, parce qu'elle est ouverte à tout le monde. L'avantage que l'on a de s'y promener en équipage, & les embellissements qui y ont été faits par MM. les Prévôt des marchands & échevins [magistrats s'occupant des affaires communales], & par les particuliers propriétaires des maisons voisines ; les cafés brillants que l'on y a construits, les rafraichissements que l'on y vend, les chaises que l'on y loue, les jeux qui s'y rassemblent, la musique que l'on y entend dans les cafés, le concours d'un nombre infini de voitures qui peignent admirablement la magnificence & le goût de cette grande ville ; tout enfin contribue à faire de cette promenade une espèce de foire perpétuelle & l'une des plus brillantes que l'on puisse imaginer. » Les théâtres y abondent surtout après le boulevard des Italiens, et la foule est attirée par tout ce scintillement, comme l’écrit Louis-Sébastien Mercier dans un chapitre de son Tableau de Paris (1781) intitulé ‘Tréteaux des boulevards’.

Photographie : « Démarche du Parisien boulevardier. » Illustration La Comédie de notre temps (1874-1876) de Bertall (1820-1882).

Voici des passages du chapitre consacré aux boulevards de Les Merveilles du nouveau Paris de Décembre-Alonnier datant de 1867 : "Ces magnifiques voies, offrant des chaussées spacieuses, bordées de chaque côté par de beaux trottoirs bitumés et plantés d’arbres, sont les principales artères de la vie parisienne qui s’y agite au milieu d’un mouvement indescriptible ; toutes les classes, tous les degrés de la société y ont leur place et s’y coudoient sans se mélanger. La jeunesse dorée et les femmes qu’Alexandre Dumas fils a si spirituellement nommées les dames du demi-monde, se donnent rendez-vous devant les brillants cafés, les restaurants célèbres et les somptueux magasins étalant aux yeux éblouis toutes les merveilles de l’univers. […] C’est en 1670 que la partie du boulevard comprise entre la Bastille et la porte Saint-Honoré fut exécutée ; peu de temps après on prolongea cette promenade jusqu’à la porte Saint-Honoré. Mais, à cette époque, il était loin d’avoir l’animation qui en fait aujourd’hui la plus belle voie de l’Europe ; du côté de la ville, c’étaient des jardins qui bordaient les maisons ; de l’autre côté s’étendait la rase campagne où l’on voyait disséminées de-ci de-là quelques rares maisons de cultivateurs et de maraîchers. Ce ne fut qu’après la Révolution, que ces terrains, dégagés des droits de main-morte et autres, permirent à la ville de prendre l’accroissement que son industrie rendait nécessaire, et bientôt les boulevards furent encadrés entre deux rangées de maisons : leur longueur totale est de quatre kilomètres et demi. […] Le boulevard Montmartre semble réaliser déjà les merveilles d’un conte des Mille et une Nuits : les vitrines des magasins étalent au regard émerveillé de riches cachemires et dentelles, des bronzes précieux, des objets d’art de tout genre. Les cafés rivalisent en beauté avec ceux du boulevard des Italiens ; parmi eux il en est trois qui jouent un rôle important dans le monde des lettres ; nous voulons parler du café des Variétés, de Suède et de Madrid ; ce dernier est chaque jour, de trois à cinq heures, le rendez-vous des chroniqueurs et des correspondants des journaux de province. Ce moment de la journée est connu dans cette partie de Paris sous le nom d’heure de l’absinthe. Ces trois cafés servent de points de réunion aux gens de lettres, journalistes, auteurs dramatiques ou romanciers. C’est là que s’élaborent les nouvelles politiques qui rassurent ou font trembler l’Europe, les concours littéraires et les faits divers : tout le journalisme gravite autour de ce centre. L’ancien boulevard de Gand, connu par notre génération sous le nom de boulevard des Italiens, est le lieu de rendez-vous du bon ton et de la suprême élégance, qui pourtant ne sont pas toujours de bon goût : c’est là que les lions et les lionnes du jour viennent étaler leur luxe. Les étrangers curieux se glissent à travers la foule des oisifs élégants, et vont apprendre comment on déjeune à Tortoni, et comment l’on soupe à la Maison-Dorée ; les trois Opéras sont dans le voisinage. La Bourse est également à peu de distance ; aussi le boulevard des Italiens sert-il à MM. Les coulissiers de lieu de réunion. […] Sur l’emplacement occupé aujourd’hui par la Maison Dorée, sur le boulevard des Italiens, s’élevait autrefois le café Hardy, le premier qui ait donné des déjeuners à la fourchette fort prisés pendant plus de cinquante ans par les amis du bien vivre. […] Le boulevard des Capucines est beaucoup moins animé ; les promeneurs y sont plus rares ; cependant les magasins y sont peut-être plus luxueux qu’au boulevard des Italiens. C’est là que s’élève le gigantesque hôtel élevé par M. Péreire, le Grand-Hôtel, qui tient à la disposition des voyageurs sept cents chambres et soixante-dix salons, et dont le merveilleux service n’a de rival peut-être que celui de l’hôtel du Louvre, élevé par le même financier".

Voici un passage de Les Viveurs de Paris (1857) qui décrit l’atmosphère nocturne du boulevard des Italiens au milieu du XIXe siècle : "Or, la nuit en question et à l’heure que nous avons indiquée, le boulevard des Italiens semblait plus vivant et plus animé qu’il ne l’est souvent en plein jour. Un certain nombre de voitures, calèches découvertes pour la plupart, sillonnaient rapidement la chaussée, ramenant des Champs-Élysées les promeneuses qui, après la sortie du spectacle, avaient été bien aises de respirer pendant une heure l’air pur et rafraîchi de la nuit. Des groupes de jeunes gens en gants paille et en bottes vernies se promenaient en fumant des panatellas, des régalias et des Londress, en face du café de Paris ou du perron de Tortoni. De jeunes et jolies femmes, les unes aussi fraîches que les gros bouquets de roses qu’elles tenaient à la main, - les autres empruntant leur éclat factice à la poudre de riz et au rouge végétal, - passaient au bras de leurs cavaliers et répondaient par des sourires chargés de promesses aux paroles tendres ou lestes murmurées tout bas à leur oreille. Il y avait foule, nous le répétons, mais cette foule n’était pas bruyante. On pouvait percevoir les moindres bruits. On entendait le petit frémissement des robes de soie froissées en marchant. On distinguait au loin le cri monotone des vendeurs de journaux officiels qui proposaient à chaque passant la Patrie ou le Moniteur du soir. Des ombres joyeuses se profilaient derrière les rideaux abaissés des cabinets de la Maison Dorée, du café Anglais ou du café Foy ..."

Les endroits ouverts la nuit décrits ici sont surtout des cafés. L’histoire des cafés parisiens remonte au XVIIe siècle. C’est à la toute fin du XVIIIe siècle (au temps des merveilleuses et des incroyables) qu’ils s’embellissent et deviennent des endroits chics avec des décors à l’antique, de grandes glaces, des luminaires, du marbre … C’est aussi à cette époque que certains ‘prennent’ sur le boulevard, s’ouvrent en terrasses ou dans des jardins, ce qui permet aux femmes d’en profiter, la respectabilité voulant qu’elles n’y entrent pas. Les choses changent petit à petit au XIXe, la population parisienne se multipliant … et avec elle les cafés. Pendant tout ce siècle, le boulevard des Italiens reste le haut lieu des gandins et autres dandys parisiens.

Certains prétendent que le terme de ‘gandin’ serait une référence au boulevard de Gand, nom donné, sous la Seconde Restauration, à un des côtés du boulevard des Italiens en souvenir de l'exil à Gand du roi Louis XVIII pendant les Cent-Jours. Mais les témoignages et documents d’époque sur les gandins sont difficiles à trouver.

Au XIXe siècle, les Champs-Élysées jouent une place de plus en plus importante dans la vie festive parisienne. Et il est très agréable d’y sortir pour s’amuser, danser … C’est aussi pas très loin des boulevards et du bois de Boulogne. La plus grande partie de la vie élégante et festive parisienne du XIXe siècle se retrouve à flâner joyeusement et élégamment du bois de Boulogne au boulevard Montmartre en passant par les Champs Élysées, l’actuelle place de la Concorde, la rue Royale, le boulevard de la Madeleine, des Capucines et des Italiens. Mais ce long cours qui part de Longchamp et se prolonge jusqu’au boulevard Montmartre continue jusqu’à la Bastille. On trouve encore sur cette partie des théâtres, en particulier autour de la porte Saint-Martin. Du fait des nombreux méfaits mis en scène sur les planches, le boulevard du Temple est surnommé le boulevard du Crime.

Photographies : Trois cartes postales d'époque, respectivement de 1802, 1806 et 1803 présentant une photographie des boulevards des Capucines, des Italiens et de Montmartre, avant que le boulevard Haussmann rejoigne celui des Italiens en 1926.

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Anglomanie, partie 4 : Le sport avec les gentlemen, les gentilshommes du sport, les sportsmen et les sportswomen, les hygiénistes.

- Mardi 28 octobre 2008 - Anglomanie, partie 1 : Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et dans les premières années du XIXe.

- Vendredi 31 octobre - Anglomanie, partie 2 : Fashionables et dandys.

- Mardi 4 novembre - Anglomanie, partie 3 : Lions, lionnes, lionceaux, faux anglais, high life, snobs, perfect gentlemen.

Photographie (gauche) : Première page du chapitre sur 'Le sport' de La Comédie de notre temps (1874-1876) de Bertall (1820-1882). Ce livre délicieux croque les moeurs de son époque avec un humour tendre, comme au XVIIIe siècle on désigne par couleurs tendres des tons impétueux et riches, vifs et profonds, doux et délicats. Les traits des caricatures et des textes de Charles Constant Albert Nicolas d'Arnoux de Limoges Saint Saens, dit Bertall, dessinent la vie d’une façon qui rappelle un peu ces couleurs précieuses, originales, flamboyantes et vraies (des pastels intensément colorés) du XVIIIe siècle. Balzac le protège à ses débuts et le garde comme illustrateur attitré.

Le concept de sport naît, semble-t-il, en France avec l'anglomanie. Bertall (1820-1882) consacre un chapitre au sport dans La Comédie de notre temps (1874-1876) : « Sous la dénomination de sport, mot anglais, on comprend tout ce qui a trait aux exercices du corps dans leurs rapports avec les animaux, section des chevaux et des courses, ou contre eux, section de la chasse et de la pêche, ou sans eux, section de la natation, de l’escrime et du canotage. Un sportsman accompli est un homme dans lequel toutes les facultés physiques sont en équilibre, ce qui doit, en théorie, produire le mens sana in corpore sano. En réalité, cela produit parfois tout le contraire. Le nom de sportsman, par dérogation, est donné plus spécialement à ceux qui se préoccupent d’une façon plus particulière du cheval et des courses de chevaux. »

Photographie (droite) : « Courses de Longchamps. » Image tirée de Les Merveilles du Nouveau Paris (1867) par Décembre-Alonnier.

Photographie (au dessous) : Quatre différentes illustrations de La Comédie de notre temps (1874-1876) de Bertall avec : « Gentleman. Courses, bains de mer et tir au pigeon. » ; « Gentilhomme du sport. Tenue de sportsman extra-muros. » ; « Gentilhomme du sport. Tenue de sport extra-muros. » ; « Sportswomen ».

Au XIXe siècle, avec la vogue des turfs ; les turfistes font leur apparition avec deux nouveaux genres : le gentilhomme du sport et le sportsman. Le premier est sur les champs de courses : il joue. Le second normalement aussi ; mais dans son Physiologies parisiennes, (1886) Albert Millaud (1844-1892) distingue le genre « sportsman en chambre » qui parie de Paris chez des bookmakers. Il y a toutes sortes de sportsmen et même des sportswomen comme on l'apprend dans Les Français peints par eux-mêmes (1842) dont un chapitre est consacré à ce caractère (masculin ou féminin). Il y a « le jeune duc et pair qui possède un haras et l’attelage le plus irréprochable de Paris [...] La jeune vicomtesse toute exquise et dont la tenue à cheval est d’une si délicieuse hardiesse est encore un sportsman femelle. Sportsman est aussi la demoiselle entretenue qui galope à tort et à travers sur un locatis […] nous les retrouvons jusqu’au tir-aux-pigeons, et même en deux classes, savoir le sportsman qui tire et le sportsman qui regarde tirer. Nous rencontrons les sportsmen à l’école de natation, dans les salles d’armes, au tir du pistolet, à la joute des coqs chez M. Tourel, et jusqu’à la petite Villette où l’on fait militer des cochons d’Inde. » Il prend un accent anglais, est un anglomane averti, fréquente le jockey-club (pour les plus en vue) et a une passion immodérée pour le cheval (s’il est anglais).

Photographie (au dessus) : Première page du chapitre intitulé « Le sportsman parisien. » de Les Français peints par eux-mêmes, Encyclopédie morale du dix-neuvième siècle (plusieurs tomes édités entre 1840 et 1842).

Au commencement de son utilisation, le terme de 'sport' désigne les pratiques tournant autour des chevaux, comme le turf, les promenades à cheval ... Petit à petit, ce mot est employé pour d'autres usages comme le lawn-tennis ... Au XIXe siècle, un courant hygiéniste met en avant ce domaine ainsi que de nouveaux comportements vestimentaires et de vie. Mais je parlerai de cela dans un article sur l'hygiène, un domaine passionnant. Je montrerai son importance dans la mode française, la propreté étant la base même de celle-ci.

Photographie (gauche) : 'Le sportsman en chambre'. Millaud, Albert (1844-1892), Physiologies parisiennes, La Librairie illustrée, 1886.

Photographie (droite) : Illustration du chapitre sur 'Le lawn-tennis' de La Vie élégante (tome second, 1883).

En conclusion de cet article en quatre parties sur l'anglomanie des petits-maîtres français, voici le début du chapitre consacré au « sportsman parisien » de Les Français peints par eux-mêmes : « 0n disait autrefois : Le Français né malin créa le vaudeville ; je propose de réformer ce adage en disant : le Français né Français créa l'anglomanie : si cette vérité notoire et ce fait patent pouvaient être mis en discussion, le titre seul de cet article en serait la démonstration la plus convaincante. Nous voudrions esquisser un type, l'analyser, le nuancer même ; il est destiné à une collection éminemment française, et sous quel titre le présentons-nous à nos lecteurs français ; sous un titre tellement anglais qu'il est composé d'un adjectif welsche et d'un substantif d'origine saxonne, sorte de contraction grammaticale ou logomachie qui ne saurait appartenir qu'à la langue de Shakespeare et de Milton. [...] La France est certainement le pays du patriotisme, mais ce patriotisme nous permet de ne jamais rester français : sous la république et le directoire, nous étions Grecs et Romains ; les femmes portaient des chlamydes à méandres [...] Sous la restauration nous sommes devenus néo-Grecs. [...] Depuis 1830, nous avons prodigué les trésors de nos sympathies, aux Belges, Polonais, Italiens, Lusitaniens, Espagnols, Mexicains et Canadiens [...] Mais de toutes nos sympathies exotiques, une seule est durable et profondément enracinée parmi nous : c'est l'anglomanie. »

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Anglomanie, partie 3 : Lions, lionnes, lionceaux, faux anglais, high life, snobs, perfect gentlemen.

- Mardi 28 octobre 2008 - Anglomanie, partie 1 : Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et dans les premières années du XIXe.

- Vendredi 31 octobre 2008, Anglomanie, partie 2 : Fashionables et dandys.

Photographie de gauche : ‘Un Lion'. Illustration du chapitre de La Vie élégante (tome second, 1883).

Photographie de droite : 'Le Lion'. Illustration de La Caricature, numéro 102, du 10 Décembre 1881.

Le lion désigne un élégant du moment au XIXe. Ce terme est au milieu de ce siècle souvent employé à la place de fashionable. C’est au début du règne de Louis-Philippe (1830 à 1848), vers 1830, en pleine époque romantique que ce nom venu d’outre-Manche est utilisé. Balzac écrit dans A. Savarus (1842) : « À l'incroyable, au merveilleux, à l'élégant (...) ont succédé le dandy, puis le lion ». Le ‘lion’ est un homme en vue. Dans Colifichets (1860) Pommier le décrit ainsi : « Il est au monde un être (on le nomme lion, Je ne sais trop pourquoi), dont la profession est de n'en point avoir (...) Il compte pour ancêtre les muguets, raffinés, mirliflors, petits-maîtres, muscadins, merveilleux, incroyables ». « Je menais une vie de lion, c'est ainsi qu'en ce temps-là, on appelait les élégants du boulevard ; aujourd'hui on les nomme : Gandins » lit-on dans Calicots (1866) d'Avenel. Alfred Delvau (1867) le qualifie de « frère aîné du gandin, le dandy d’il y a vingt-cinq ans, le successeur du fashionable –qui l’était du beau – qui l’était de l’élégant – qui l’était de l’incroyable – qui l’était du muscadin – qui l’était du petit-maître, - etc. ». D’après ce même auteur, on appelle 'lionnerie' la « Haute et basse fashion. ». Ils sont souvent aux premières places des événements mondains. A l’opéra, la loge d’avant-scène est appelée la fosse aux lions car c’est là qu’ils s’y posent. L'équivalent féminin du lion est la lionne. C'est une femme en vue et à la mode au XIXe siècle, ayant un goût prononcé pour la toilette et les moeurs libres. « Elle veut monter à cheval, aller à toutes les chasses, à toutes les courses, parier, courir, fumer, devenir lionne enfin » écrit A. Marie dans Les Français peints par eux-mêmes (1842). C'est aussi une femme ayant un succès mondain et étant un sujet des conversations à la mode. Voici la définition qu’en donne le Dictionnaire de la langue verte d'Alfred Delvau (1867) : « Femme à la mode – il y a trente ans. C’était « un petit être coquet, joli, qui maniait parfaitement le pistolet et la cravache, montait à cheval comme un lancier, prisait fort la cigarette et ne dédaignait pas le champagne frappé. Aujourd’hui, mariée ou demoiselle, grande dame ou petite dame, la lionne s’appelle de son vrai nom – qui est drôlesse. » Un chapitre de Les Français peints par eux-mêmes est consacré à  « La lionne». Le lionceau est un « Apprenti lion, - garçon tailleur qui cherche à se faire passer pour le comte d’Orsay ou pour Brummel, et qui y réussit rarement, le goût étant une fleur rare comme l’héroïsme. » écrit Alfred Delvau (1867).

Photographie de gauche : ‘Lunchs parisiens’. Illustration du chapitre de La Vie élégante (tome second, 1883).

Photographie de droite : 'Perfect Gentleman', Bertall (1820-1882), La Comédie de notre temps, 1874-1876.

Cette mode pour l'Angleterre est à l'origine du « faux anglais ». Il s'habille 'à la manière de', et a des tics de toilette comme le (ou la ?) ticket-pocket : petite poche placée à la hauteur droite du paletot, de la jaquette ou du veston … (cependant au XIXe siècle certains tics sont des vraies marques d'élégance.) Dans ce prolongement apparaît le snob dont je parlerai dans un prochain article. Certains anglomanes sont appelés des gentlemen ou « perfect gentlemen ». Et puis il y a tout ce qui tourne autour de la high life dont il est question dans un article précédent. Dans le prochain, je parlerai du sport, mot lui aussi anglais, et de certains élégants qui lui sont associés.

Photographie : Publicité du « High life tailor » dans L'Illustration de 1929.

- Vendredi 7 novembre 2008 - Anglomanie, partie 4 : Le sport avec les gentlemen, les gentilshommes du sport, les sportsmen et les sportswomen, les hygiénistes.

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Anglomanie, partie 2 : Fashionables et dandys.

- Mardi 28 octobre 2008 - Anglomanie, partie 1 : Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et dans les premières années du XIXe.
Après l'anglomanie de certains incroyables, merveilleuses et de la jeunesse dorée du début du XIXe siècle, suit le fashionable. Si on trouve ce terme surtout dans des textes publiés entre 1820 et 1863
pour désigner une personne à la mode en général et celle qui s’inspire de l'anglaise en particulier, le véritable fashionable est de 1814-18. A cette époque, la présence des alliés à Paris amène de nouvelles modes étrangères dans la capitale comme les habits anglais, les pantalons polonais, les bottines turques ... On lit dans un récapitulatif des modes françaises datant de 1858 que « Pour mériter le titre de fashionable, il fallait ajouter, en 1818, une cravate soutenue par des baleines, un chapeau de paille noir, des gants blancs, une rose à la boutonnière, et avoir les cheveux parfumés d'huile philicome ou d'huile de Macassar. Les femmes, par une fâcheuse anglomanie, plaçaient le matin, sur leurs chapeaux de paille, des carrés de gaze verte en guise de voile ; elles portaient des spencers, de lourds manteaux d'homme à deux collets, en casimir vert. » On emploie ‘moderne’ dans le même sens que fashionable. Honoré de Balzac (1799-1850) utilise beaucoup les mots de 'fashion' et de 'fashionable' dans certains de ses textes. On retrouve ce second terme dès le début de son Traité de la vie élégante dans la traduction d’une citation de Virgile : " Mens agitat molem. [L’esprit meut la matière] VIRGILE. (Inconnus causant dans un salon.) L’esprit d’un homme se devine à la manière dont il porte sa canne. Traduction fashionable. " Le terme de 'fashion' désigne en anglais la mode. Au XIXe siècle, la tendance anglaise étant très chic à Paris, être fashion signifie être à l’avant-garde. Il y a la haute et la basse fashion, c'est-à-dire la mode de la high-life, des aristocrates et grands bourgeois, et celle des élégants au portefeuille plus modeste. Dans Les Français peints par eux-mêmes (tomes édités entre 1840 et 1842), M. Tissot (1768-1854) écrit : " à côté de cette jeunesse que nous appelons la jeunesse politique, nous voyons une certain nombre de jeunes fashionables avides de tous les genres de jouissances, épuisant jusqu’à la lie la coupe des plaisirs, abandonnés à tous les excès, et courant à leur ruine avec une sorte de délire qui rappelle des temps et des moeurs que l’on croyait à jamais oubliés."
Photographies : provenant d'une lithographie originale de Paul Gavarni (1804-1866), pouvant être datée entre 1830 et 1843, représentant des « petits fashionables » en situation. Paul Gavarni, se fait une spécialité de la représentation de jeunes parisiens à la mode sous Louis-Philippe et le Second Empire. Il est particulièrement connu pour ses illustrations du Carnaval de Paris. Je vous ferai goûter de ce sujet dans un prochain article. Ici les jeunes fashionables femmes et hommes sont dessinés dans leur vie quotidienne : en promenade, peignant, se saluant, priant, conversant, affrontant le vent ...
À la suite du fashionable succède le dandy sous la Restauration (1814-1830). On peut le situer entre 1818 et 1830 avant les lions et les gants jaunes sous Louis-Philippe (qui règne de 1830 à 1848). Tous sont particulièrement élégants dans un style inspiré d'outre-Manche. Le terme d’origine anglaise est utilisé en France même par la suite, et encore aujourd'hui, pour une personne aux manières et à la tenue particulièrement raffinées. Honoré de Balzac, Jules Amédée Barbey d’Aurevilly, Charles Baudelaire, écrivent sur le dandysme. Citons un passage
d’Honoré de Balzac (1799-1850) de Les Français peints par eux-mêmes; encyclopédie morale du dix-neuvième siècle, où il décrit un dandy dans le vocabulaire ‘chic’ de l’époque : " Cette variété de l’espèce nous a donné le directeur dandy, administrateur en gants jaunes et en bottes vernies, apportant au théâtre les façons exquises et les susceptibilités de la haute fashion financière. Lors de son avènement au pouvoir dictatorial, le lion fut accueilli dans son théâtre avec le cérémonial usité. " Dans son Traité de la vie élégante, Honoré de Balzac (1799-1850) oppose le dandysme à la vie élégante : " Le Dandysme est une hérésie de la vie élégante. En effet, le dandysme est une affectation de la mode. En se faisant dandy, un homme devient un meuble de boudoir, un mannequin extrêmement ingénieux, qui peut se poser sur un cheval ou sur un canapé, qui mord ou tète habilement le bout d’une canne, mais un être pensant … jamais ! L’homme qui ne voit que la mode dans la mode est un sot. La vie élégante n’exclut ni la pensée ni la science : elle les consacre. Elle ne doit pas apprendre seulement à jouir du temps, mais à l’employer dans un ordre d’idées extrêmement élevé … " Dans Le Peintre de la Vie Moderne, Charles Baudelaire (1821-1867) occupe un chapitre au dandysme : " L'homme riche, oisif, et qui, même blasé, n'a pas d'autre occupation que de courir à la piste du bonheur; l'homme élevé dans le luxe et accoutumé dès sa jeunesse à l'obéissance des autres hommes, celui enfin qui n'a pas d'autre profession que l'élégance, jouira toujours, dans tous les temps, d'une physionomie distincte, tout à fait à part. Le dandysme est une institution vague, aussi bizarre que le duel; très ancienne, puisque César, Catilina, Alcibiade nous en fournissent des types éclatants; très générale, puisque Chateaubriand l'a trouvée dans les forêts et au bord des lacs du Nouveau-Monde. Le dandysme, qui est une institution en dehors des lois, a des lois rigoureuses auxquelles sont strictement soumis tous ses sujets, quelles que soient d'ailleurs la fougue et l'indépendance de leur caractère. Les romanciers anglais ont, plus que les autres, cultivé le roman de high life, et les Français qui, comme M. de Custine, ont voulu spécialement écrire des romans d'amour, ont d'abord pris soin, et très judicieusement, de doter leurs personnages de fortunes assez vastes pour payer sans hésitation toutes leurs fantaisies; ensuite ils les ont dispensés de toute profession. Ces êtres n'ont pas d'autre état que de cultiver l'idée du beau dans leur personne, de satisfaire leurs passions, de sentir et de penser. Ils possèdent ainsi, à leur gré et dans une vaste mesure, le temps et l'argent, sans lesquels la fantaisie, réduite à l'état de rêverie passagère, ne peut guère se traduire en action. Il est malheureusement bien vrai que, sans le loisir et l'argent, l'amour ne peut être qu'une orgie de roturier ou l'accomplissement d'un devoir conjugal. Au lieu du caprice brûlant ou rêveur, il devient une répugnante utilité. / Si je parle de l'amour à propos du dandysme, c'est que l'amour est l'occupation naturelle des oisifs. Mais le dandy ne vise pas à l'amour comme but spécial. Si j'ai parlé d'argent, c'est parce que l'argent est indispensable aux gens qui se font un culte de leurs passions; mais le dandy n'aspire pas à l'argent comme à une chose essentielle; un crédit indéfini pourrait lui suffire; il abandonne cette grossière passion aux mortels vulgaires. Le dandysme n'est même pas, comme beaucoup de personnes peu réfléchies paraissent le croire, un goût immodéré de la toilette et de l'élégance matérielle. Ces choses ne sont pour le parfait dandy qu'un symbole de la supériorité aristocratique de son esprit. Aussi, à ses yeux, épris avant tout de distinction, la perfection de la toilette consiste-t-elle dans la simplicité absolue, qui est en effet la meilleure manière de se distinguer. Qu'est-ce donc que cette passion qui, devenue doctrine, a fait des adeptes dominateurs, cette institution non écrite qui a formé une caste si hautaine? C'est avant tout le besoin ardent de se faire une originalité, contenu dans les limites extérieures des convenances. C'est une espèce de culte de soi-même, qui peut survivre à la recherche du bonheur à trouver dans autrui, dans la femme, par exemple; qui peut survivre même à tout ce qu'on appelle les illusions. C'est le plaisir d'étonner et la satisfaction orgueilleuse de ne jamais être étonné. Un dandy peut être un homme blasé, peut être un homme souffrant; mais, dans ce dernier cas, il sourira comme le Lacédémonien sous la morsure du renard. / On voit que, par de certains côtés, le dandysme confine au spiritualisme et au stoïcisme. Mais un dandy ne peut jamais être un homme vulgaire. S'il commettait un crime, il ne serait pas déchu peut-être; mais si ce crime naissait d'une source triviale, le déshonneur serait irréparable. Que le lecteur ne se scandalise pas de cette gravité dans le frivole, et qu'il se souvienne qu'il y a une grandeur dans toutes les folies, une force dans tous les excès. Étrange spiritualisme ! Pour ceux qui en sont à la fois les prêtres et les victimes, toutes les conditions matérielles compliquées auxquelles ils se soumettent, depuis la toilette irréprochable à toute heure du jour et de la nuit jusqu'aux tours les plus périlleux du sport, ne sont qu'une gymnastique propre à fortifier la volonté et à discipliner l'âme. En vérité, je n'avais pas tout à fait tort de considérer le dandysme comme une espèce de religion. La règle monastique la plus rigoureuse, l'ordre irrésistible du Vieux de la Montagne, qui commandait le suicide à ses disciples enivrés, n'étaient pas plus despotiques ni plus obéis que cette doctrine de l'élégance et de l'originalité, qui impose, elle aussi, à ses ambitieux et humbles sectaires, hommes souvent pleins de fougue, de passion, de courage, d'énergie contenue, la terrible formule: Perindè ac cadaver ! / Que ces hommes se fassent nommer raffinés, incroyables, beaux, lions ou dandies, tous sont issus d'une même origine; tous participent du même caractère d'opposition et de révolte; tous sont des représentants de ce qu'il y a de meilleur dans l'orgueil humain, de ce besoin, trop rare chez ceux d'aujourd'hui, de combattre et de détruire la trivialité. De là naît, chez les dandies, cette attitude hautaine de caste provocante, même dans sa froideur: Le dandysme apparaît surtout aux époques transitoires où la démocratie n'est pas encore toute-puissante, où l'aristocratie n'est que partiellement chancelante et avilie. Dans le trouble de ces époques quelques hommes déclassés, dégoûtés, désoeuvrés, mais tous riches de force native, peuvent concevoir le projet de fonder une espèce nouvelle d'aristocratie, d'autant plus difficile à rompre qu'elle sera basée sur les facultés les plus précieuses, les plus indestructibles, et sur les dons célestes que le travail et l'argent ne peuvent conférer. Le dandysme est le dernier éclat d'héroïsme dans les décadences; et le type du dandy retrouvé par le voyageur dans l'Amérique du Nord n'infirme en aucune façon cette idée: car rien n'empêche de supposer que les tribus que nous nommons sauvages soient les débris de grandes civilisations disparues. Le dandysme est un soleil couchant; comme l'astre qui décline, il est superbe, sans chaleur et plein de mélancolie. Mais, hélas ! la marée montante de la démocratie, qui envahit tout et qui nivelle tout, noie jour à jour ces derniers représentants de l'orgueil humain et verse des flots d'oubli sur les traces de ces prodigieux mirmidons. Les dandies se font chez nous de plus en plus rares, tandis que chez nos voisins, en Angleterre, l'état social et la constitution (la vraie constitution, celle qui s'exprime par les moeurs) laisseront longtemps encore une place aux héritiers de Sheridan, de Brummel et de Byron, si toutefois il s'en présente qui en soient dignes. […] Le caractère de beauté du dandy consiste surtout dans l'air froid qui vient de l'inébranlable résolution de ne pas être ému ; on dirait un feu latent qui se fait deviner, qui pourrait mais qui ne veut pas rayonner... "
Dernière photographie : Jeune homme à la mode de 1823. Sa tenue est assez raffinée : " Habit à boutons de métal. Pantalon de casimir. Gilet de velours à raies de satin par dessus un gilet de piqué. Manteau doublé de soie et garni de chinchilla. » On remarque ses chaussures très fines et ses chaussettes résilles. Gravure provenant du Journal des Dames et des Modes (planche 2204) fondé à Paris en 1797, et dont Pierre de La Mésangère devient rapidement le directeur.
- Mardi 4 novembre 2008, Anglomanie, partie 3 : Lions, lionnes, lionceaux, faux anglais, high life, snobs, perfect gentlemen.
- Vendredi 7 novembre 2008 - Anglomanie, partie 4 : Le sport avec les gentlemen, les gentilshommes du sport, les sportsmen et les sportswomen, les hygiénistes.

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Anglomanie, partie 1 : dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et dans les premières années du XIXe.

Voici un article publié en quatre fois sur l'Anglomanie. Cette première partie est consacrée à cette mode qui commence à s'établir dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et qui se répand au tout début du XIXe avec les incroyables, les merveilleuses et la jeunesse dorée du Directoire et des années suivantes. Dans la seconde partie, je traiterai du fashionable et du dandy ; dans la troisième des lions, lionnes, lionceaux, faux anglais, high life, snobs, perfect gentlemen ; et dans la dernière du sport avec les gentilshommes du sport, les sportsmen et les sportswomen, les hygiénistes.

Photographie : Miniature française du XVIIIe siècle représentant un homme à la mode anglaise.

La mode française d'inspiration anglaise a ses adeptes déjà dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Elle a ensuite une très grande influence sur la France du XIXe, époque où la tenue des hommes s'en réfère. Au siècle suivant, presque tous les mouvements de mode sont anglo-saxons ...

A la fin du siècle des Lumières, on apprécie cette élégance d'outre-Manche simple et chic. Cela s’exprime par un regain pour l’équitation (courses de chevaux …), les cercles (ou clubs), l’emploi de nouveaux mots, le punch (boisson anglaise adoptée en France dans le troisième tiers du XVIIIe siècle et que l’on boit dans des repas privés, dans les cafés et chez les limonadiers) ... Au XVIIIe siècle certaines coiffures féminines sont dites à l’Anglomane. Cette frénésie est appelée ‘anglomanie’.

Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) écrit sur cela dans son Tableau de Paris de 1781. Les moeurs parisiennes sont décrites dans cet ouvrage en sept volumes et plus de mille chapitres, dont un, dans le tome VII, est sur : " Le fat à l’anglaise " (photographie des deux premières pages) : " C’est aujourd'hui un ton parmi la jeunesse de copier l’anglais dans son habillement. Le fils d’un financier, un jeune homme dit de famille, le garçon marchand prennent l’habit long, étroit, le chapeau sur la tête, les gros bas, la cravate bouffante, les gants, les cheveux courts et la badine. Cependant aucun d’eux n’a vu l’Angleterre, et n’entend un mot d’anglais. Tout cela est fort bien, parce que ce costume exige de l’uni et de la propreté. Mais quand vous venez à raisonner avec ce soi-disant anglais, au premier mot vous reconnaissez un ignorant parisien. Il dit qu’il faut prendre la Jamaïque ; et il ne sait pas où la Jamaïque est située ; il confond les grandes Indes avec le continent de l’Amérique. Il s’habille comme un habitant de la cité de Londres, marche la tête haute, se donne les airs d’un républicain ; mais gardez-vous d’entrer en conversation sérieuse avec lui, car vous ne trouverez pas plus de lumières dans sa tête, que dans celle d’un huissier-audiencier au châtelet de Paris. Reprends, mon jeune étourdi, reprends ton habillement français ; mets des dentelles ; que ta veste soit brodée ; galonne ton habit ; fais-toi coiffer à l’oiseau royal ; porte un petit chapeau sous le bras, deux montres avec leurs breloques. Ce n’est pas assez de prendre l’habit des gens, pour en avoir l’esprit et le caractère. Retiens ton costume national, il te sied ; c' est sous cette livrée que tu dois parler sans rien dire, déraisonner agréablement sur tout, et étaler les grâces de ta profonde ignorance. Ne prendrons-nous jamais des anglais que l’habit " Ils ont des fats ; mais leur fatuité tient à l’orgueil, et les nôtres n’obéissent qu’à une puérile vanité. Ils ont des hommes vicieux ; mais ils le sont là moins qu’ailleurs, parce qu’en tout autre pays ils se verraient obligés de faire les hypocrites. Enfin, ils ont des voleurs ; mais ces voleurs ont une ombre de justice : ils ne vous dépouillent pas entièrement ; ils partagent ; ils ne font pas couler le sang, comme le voleur français. Qu’il me tarde d’être volé à l’anglaise ! Mais nos voleurs de grands chemins ne sont guère plus avancés que nos fats modernes, prétendus imitateurs des moeurs britanniques. Les marchands mettent sur leurs enseignes, magasins anglais. Les limonadiers, sur les vitres de leurs cafés, annoncent le punch en langue anglaise. Les redingotes de Londres, avec leurs triples collets et leur camail, enveloppent les petits-maîtres. Les petits garçons ont les cheveux ronds, plats et sans poudre. On voit le père sortant de son hôtel, vêtu de gros drap, trotter à l’anglaise, le dos courbé. Il y a longtemps que les femmes sont coiffées en chapeau élégant, dont la mode nous est venue des bords de la Tamise. Les courses de chevaux établies à Vincennes, rappellent celles de Newmarket. Enfin, nous avons les scènes de Shakespeare, qui, mises en vers par M Ducis, font le plus grand effet. Ainsi nous n’avons plus tant de peur de nos ennemis. Nous voilà familiarisés avec les formes que nous rejetions avec hauteur et dédain il y a trente années. Mais avons-nous pris ce qu’il y avait de meilleur ? Ne nous resterait-il pas à adopter toute autre chose que le punch, les jockeys, et les scènes du grand Shakespeare ? ".

L’anglomanie ne cesse de se développer même durant le premier empire alors que la France fait la guerre à l’Angleterre. Une pièce, datant de 1803, offre de nombreuses informations sur cette anglomanie qui fait fureur, et qui habille les incroyables d’alors. Une petite maîtresse (suivant la mode féminine de l’anticomanie) adore tellement cette nouvelle façon qu’elle habille son vieux cocher à l’anglaise (en jockey) et lui donne le nouveau nom de Thom. Il porte une perruque blonde, un toquey plutôt qu’un chapeau et un habit de jockey à la place d’une casaque. Au lieu de vin il doit boire du thé. Elle fait couper une partie des oreilles de ses chevaux normands pour en faire des anglais ; elle laisse sa berline " Pour un carrosse anglais, à ressorts élevés, / Dont le cocher assis à vingt pieds des pavés, / Pour pouvoir aisément conduire ses deux bêtes, / Avait presque besoin de prendre des lunettes, / Et paraissait vouloir escalader le ciel / Sur un siège aussi haut que la tour de Babel. " Puis une mode contraire le précipite plus bas que ses chevaux avec une voiture touchant presque la terre. La petite-maîtresse aime évidemment les jardins à l’anglaise. Elle attend la visite d’un prochain jeune mari que lui annonce un messager : " je vois à l’instant s’avancer ventre-à-terre / Un jockey qui semblait arriver d’Angleterre, / Et quoique de Paris, il vint tout bonnement / Contrefaisant l’anglais ; il me dit : " Gentleman, / Ce billet doux il est pour une petite femme. " / Pour madame Dermon ? " Yes, c’est pour la matame. / Et sans autre parole, aussi prompt que l’éclair, / Sur son cheval anglais il part, vole et fend l’air." Le prétendant de la petite-maîtresse a un cocher qu’il appelle Williams, des chevaux et un chien anglais ; fréquente les dernières pièces de théâtre ; aime la mode ; est un galant entreprenant (même auprès des soubrettes) ; lorgne ; utilise les expressions telles que " précieux ", " parole d’honneur " ; dépense de façon inconsidérée ; ne veut habiter que Paris ; danse la gavotte de Vestris ; dit des calembours ; fait " des extravagances " ; a une opinion sur tout : " Sans avoir rien appris je veux juger de tout, / Prononcer sur les arts, les lettres et le goût ; / En amitié léger, comme en amour volage, / Je ne respecte rien, ni le sexe, ni l’âge ; / De paroles d’honneur je sème mes discours ; / Chevaux, repas et jeu se partagent mes jours, / Et d’un fat complétant enfin la ressemblance, / Je vais pendant six mois prendre un maître de danse. " ; " Arbitre en fait de goût, modèle de parure, / Frisé comme un Titus, hardi comme Annibal ; / C’est Mars en tête-à-tête, et Zéphyr dans un bal. " Pendant tout le XIXe siècle, l’Angleterre est le lieu où la mode française porte ses regards pendant que ce pays lorgne vers la France. Cette hégémonie de ton n’est supplantée qu’au début du XXe siècle par les amériques (du sud et du nord) d’influence bigarrée mais surtout noire-africaine (tango, swing, charleston, jazz, rock’n’roll …). La suprématie anglo-saxonne continue par la suite. Mais la toile de la mode parisienne reste avant tout cosmopolite, s'inspirant depuis toujours de ce qu'elle trouve plaisant afin de renouveler les couleurs de ce tableau pour qu'elles restent vives et parfaitement dans le ton de l'époque.

Photographies (détail et page entière) : Cette gravure du Journal des Dames et des Modes datant de 1802 (An 11), représente un jeune habillé à la manière anglaise qui est celle qui accompagne tout le XIXe. Bien que cet habit couvre tout ce siècle, là est représentée l’avant-garde puisque se généralisant par la suite. On peut lire en dessous : " Gilet en duvet de Cygne. Redingote à l'écuyère. "

Photographie : Caricature d'un adepte de la mode anglaise en France. Gravure du début du XIXe siècle : 'L'Anglomane' de Darcis d'après Carle Vernet (1758-1836).

- Vendredi 31 octobre 2008, Anglomanie, partie 2 : Fashionables et dandys.
- Mardi 4 novembre 2008,
Anglomanie, partie 3 : Lions, lionnes, lionceaux, faux anglais, high life, snobs, perfect gentlemen.
- Vendredi 7 novembre 2008 - Anglomanie, partie 4 : Le sport avec les gentlemen, les gentilshommes du sport, les sportsmen et les sportswomen, les hygiénistes.

 

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Le Cours : L'empire des oeillades, l'un des lieux de l'élégance française où l'on fauche le persil, le Cours-la-Reine, les Champs Élysées ...

Photographie : Gravure du XVIIIe siècle rehaussée à l’aquarelle à l’époque avec comme légende (orthographe d'origine) : « Toilete Florentine avec l’Elégant Chapeau des Champs Élisée ». Cette raffinée est en promenade avec son petit chien et son chapeau rehaussé de plumes, de fleurs, de rubans et de gazes.

'Aller au persil’ (on dit aussi ‘faucher le persil’) consiste à se promener avec ostentation en toilette dans les endroits les plus à la mode pour se faire remarquer, lancer des oeillades, séduire dans le pur esprit galant (galanterie dont la définition n’est pas si simple à comprendre mais très importante pour saisir l’esprit français), au Palais Royal, sur les trottoirs bitumés des boulevards, au bois de Boulogne, au Cours … Le Cours est une longue, large et magnifique avenue plantée d'arbres. C'est un des ancêtres des boulevards, des Champs-Élysées et des défilés de mode. C'est là que toute l'élégance parade au milieu de tout-un-chacun. Les précieuses du XVIIe siècle l'appellent « l'empire des oeillades ». Les oeillades seront le sujet d'un prochain article.

On lit dans un livre de 1642 : « Magnificence […] beauté […] variété […] agrément […] toute la grandeur se rassemble en une ligne pour paraître plus adorable […] On dit que Paris est le Miracle du monde, & l’on voit au Cours tous les miracles de Paris. […] Celui qui n’a rien vu de grand dans l’Europe, doit venir à la promenade, pour lui voir étaler tout ce qu’elle a de magnifique. Outre que les Reines s’y rencontrent quelquefois, on y voit toujours des Princesses, dont les qualités personnelles égalent celles de leur naissance. […] Tout ce qui peut flatter le coeur & les yeux se découvre ici d’une seule vue. […] appareil extérieur de houppes & de parures […] habits magnifiques […] Ici vous voyez une belle brune qui a des yeux lumineux avec un teint sombre, & qui assemble en un même sujet, un peu de noirceur avec une blancheur divine. Là vous apercevez une blonde, dont les cheveux ayant une plus belle couleur que l’or, semblent aussi plus précieux aux Amants : & c’est une merveille de voir en elle une vigueur céleste, avec une souplesse admirable de la charnure. […] ce qu’il y a de plus beau dans cette illustre compagnie, c’est que vous y êtes honoré des personnes que vous ne connaissez pas, comme de celles qui vous connaissent. Quelque étranger que vous soyez, vous y êtes salué, & celles qui ne daigneraient pas de vous regarder ailleurs, vous donnent ici des oeillades favorables. Au reste, n’êtes vous pas ravi de cette excellente diversité qui compose une si belle multitude. Je ne ferai point mention ici des carrosses & des chevaux, ne faisant état que de considérer les personnes. Un autre pourrait dire, que ces animaux ont un orgueil généreux de se voir employer à une si belle cérémonie, & que s’ils se plaisent à servir Mars, comme un Ancien a remarqué, ils ne se plaisent pas moins à servir la Déesse de l’Amour. […] Ici vous voyez un Anglais, là un Italien & un Allemand, & les peuples qui se font la guerre ailleurs s’accordent ici dans une paix agréable. Vous voyez d’autre côté un Prince & un Magistrat, un homme d’épée & un homme de robe longue, une Dame & un Damoiseau. Contemplez ce jeune frisé qui brule près d’une Demoiselle toute de glace. Regardez ce Mélancolique qui prend la plus belle compagnie du monde, pour une affreuse solitude. Il s’afflige d’autant plus qu’il voit plus [se] réjouir les autres. Considérez encore ce silence morne qui règne même parmi les personnes les plus gaies : leurs yeux font taire leur bouche. Chacun se fait ici regarder, & cependant chacun n’y est que pour voir. Vous croyez avoir découvert toutes les raretés du Cours, & vous n’en avez vu qu’une partie. Les unes viennent quand les autres passent. Vous trouverez un commencement où vous pensiez trouver la fin. L’agrément naît de cette belle diversité, puisqu’il est certain que la bigarrure des choses nous désennuie, au lieu que l’uniformité nous lasse. Et puis l’esprit prend d’autant plus de plaisir en cette assemblée, qu’il y vient déchargé de toutes ses peines. Le corps y goûte la pureté de l’air, & l’âme s’y repaît par l’ouïe & par la vue. Mais encore que peut-on souhaiter pour la satisfaction du coeur, qui ne s’y trouve en effet ? Si on aime l’honneur, on voit ici rassemblées toutes les sources de la gloire qui sont répandues ailleurs. Si la bonne compagnie nous plaît, voici la compagnie des Grâces. J’ose dire encore, qu’elle a d’autant plus de charmes, que les personnes qui ont des défauts en particulier s’efforcent de les cacher en public. Enfin si les belles choses nous récréent, ce lieu semble être le centre de la beauté. Ce qu’on ne peut voir ailleurs qu’avec beaucoup de peine, se découvre ici sans difficulté. Enfin on ne peut douter que ce ne soit le séjour des vrais plaisirs, puisque les personnes du monde les plus heureuses y viennent chercher une nouvelle félicité. […] On voit les Grands marcher indifféremment avec les petits, & des Dames d’éminente condition, qui suivent quelquefois de simples bourgeoises. Ceux-là mêmes qui sont les mieux accompagnés ailleurs, laissent ici leur suite. […] ce lieu qui est un des plus doux divertissements de la vie. […] On ne parle pas ici par des termes articulés, mais par des signes éloquents. […] ordre continu de carrosses. […] on y découvre quantité d’illustres objets ».

Le Cours semble aussi exister en province car ce nom y est encore aujourd’hui présent dans la cartographie des rues, plus qu’à Paris. Il est intéressant de constater que la définition du 'cours' d'après le Dictionnaire de l'Académie française de 1762 commence ainsi : « Flux, mouvement de quelque chose de liquide. Il se dit particulièrement de l'eau des rivières & des ruisseaux. [...] se dit encore Du mouvement réel ou apparent du Soleil & des Astres. [...] se dit encore Des choses qui sont en vogue. Cette chanson, ce bruit eut cours pendant quelque temps. Les dentelles, les passements ont cours, n'ont plus de cours. » Le Cours à la mode est aussi un « flux », un « mouvement », et d'après les sources qui en parlent, un flot ininterrompu de réjouissances, de beautés qui s'y pavanent comme des étoiles parmi les astres. La mode qui a cours s'y exhibe. Ce dictionnaire insiste sur le fait que le Cours est avant tout dédié aux carrosses (mais pas uniquement) : « COURS signifie aussi Un lieu agréable, destiné ou choisi ordinairement auprès des grandes villes, pour s'y promener en carrosse. Il y avait plus de cinq cents carrosses au cours. Le cours est beau de ce coté-là. Le cours est en un tel endroit. Il va souvent au cours. » La grandeur et la majesté de ce lieu le dédient à toutes les promenades de l'élégance : en carrosse, à cheval et à pied. Il a une fonction similaire à Longchamp et au bois de Boulogne ainsi qu'aux grands boulevards dont je vous parlerai dans un prochain article et auxquels on donne le nom de « Nouveau Cours ».

On dit « Cours-la-Reine », car la Reine Marie de Medicis plante en 1616 les rangées d'arbres de ce nouveau lieu de promenade principalement destiné aux personnes en carrosse. On peut lire dans le Dictionnaire universel de la France de 1771 « Le Cours-la-Reine, autrement appelé les Champs-Élysées, est une promenade publique [...] Elle est fermée d'un côté par un beau fossé, le long duquel règne une longue allée à quatre rangs d'arbres, qu'on appelle le Petit-Cours, & plus loin par la rivière de Seine, par-dessus laquelle on a vue sur l'hôtel & les avenues des Invalides. De l'autre côté elle est embellie par les jardins des beaux hôtels du Roule & de la rue du faubourg Saint-Honoré : on en découvre tous les agréments, parce qu'ils ne sont environnés que par des fossés, afin d'en laisser la vue libre au public. Les boulevards devenus si brillants, ont un peu fait négliger cette promenade ; mais il y a tout lieu de croire que l'on pourra y revenir un jour, lorsqu'elle aura reçu de nouveaux embellissements par la place Louis XV [l'actuelle place de la Concorde] et le nouveau plan d'arbres qui commence à l'accompagner. » Aujourd'hui, le Cours la Reine existe toujours et longe la Seine mais n'est plus qu'une voie de passage rapide des voitures. Il est près des Champs-Élysées mais s'en distingue donc, bien que jusqu'au XIXe siècle on appelle aussi  « Champs-Élysées  » une partie plus large comprenant le Cours.

Lorsque Catherine de Médicis fait construire à partir de 1564 le palais des Tuileries cela comprend un jardin à l'italienne. A partir de 1664, celui-ci est entièrement redessiné par André Le Nôtre qui trace au-delà et parallèlement au Cours la Reine une belle avenue bordée de terrains avec des allées d'ormes et des tapis de gazon. Celle-ci s'étend des actuels place de la Concorde jusqu'au rond-point des Champs-Élysées, en direction de la montagne du Roule (aujourd'hui la place de l'Étoile). On l'appelle le Grand-Cours pour la distinguer du Cours la Reine. Puis l'avenue prend le nom de l'endroit où elle se trouve : les Champs-Élysées. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, de grands équipages empruntent cette voie assez poussiéreuse pour aller à Longchamp et au bois de Boulogne. Les Champs-Élysées et ses jardins sont à partir de la toute fin du XVIIIe un terrain de divertissement tout en continuant à l'être de promenade. Edmond Texier écrit dans son tome 1 de Tableau de Paris (1853) : « Voici les Champs-Élysées, la promenade du beau monde, le mail des élégances, le carrousel des riches attelages ; c’est là que défilent, à une certaine heure de la journée, pendant la belle saison, des rubans d’équipages, la grande dame dans son coupé, le bourgeois dans sa calèche, la femme légère dans son colimaçon, le dandy dans son brougham, puis les cavaliers qui vont au bois, et les amazones qui en reviennent.[…] cette avenue où tout passe, où tout change, où l’on se salue, où l’on s’envie, où l’on se hait, où l’ont s’admire, voit naître la première mode et le premier bouquet ; elle a la primeur des colifichets, et c’est pour se montrer à elle que s’épanouissent en plein soleil tant de toilettes extravagantes. » Les Champs-Élysées à cette époque possèdent de nombreux  « jardins enchantés » où l’on vient se divertir comme le Château des Fleurs. C’est à côté, sur l’actuelle avenue Montaigne que Madame Tallien, la célèbre merveilleuse du Directoire, fait construire sa 'chaumière'. De nombreux hôtels aristocratiques s’y érigent. Elle devient au milieu du XIXe siècle « une des rues les mieux habitées et les plus élégantes ». Le jardin Mabille est « là resplendissant de lumière, grouillant de bruits joyeux, de farandoles, de cris, de chansons et de musique. Ce jardin est le marché des faciles, le Paradis, l’Eldorado, la terre promise des femmes sensibles et des jeunes gens généreux.[…] De tous les établissements chorégraphiques qui pullulent dans la capitale de la France et du plaisir, le Jardin Mabille est celui dont la réputation se soutient avec le plus de persévérance. » Sur les Champs-Élysées est installé le jardin d’Hiver dans lequel on danse et on boit ou se promène au milieu de fleurs. Le Chalet est moins cher mais on s’y amuse aussi. Du reste c’est le cas dans la totalité des Champs-Élysées où le plaisir est roi. Il y a le Cirque National, et bien d’autres réjouisances : des restaurants comme Ledoyen qui existe toujours, des cafés chantant, le carré Marigny avec ses attractions, musiciens, hommes-orchestres, marionnettes, concerts, jeux … Des bosquets gardent l’intimité des coeurs au milieu du tumulte. On y boit tranquillement en compagnie galante quelques liqueurs, punchs, bières ou tous les autres breuvages à la mode disponibles. Dans des prochains articles, je parlerai des boulevards, et des autres endroits à la mode à Paris ...

Photographie : Première page de La Caricature du 16 juillet 1881 (n° 81) avec une illustration intitulée « Les Champs-Élysées, - par A. Robida » présentant un café concert. L'image ainsi que le texte en-dessous avec des extraits de chansons populaires expriment une certaine décontraction.

 

 

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Les gants.

Le gant est un accessoire de l’élégance indispensable autrefois. Il tient chaud, protège la main toujours laborieuse et sollicitée de la saleté et par là tout le corps. On y plonge les doigts comme on entre dans une douce société. Parfumé, il fait obstacle aux odeurs malsaines et répand le plaisir. Il est le dernier rempart entre soi et le monde, le premier médiateur. Il doit être fort et fin, confortable et gracieux. Dégantée, la main offre l’âme nue, invite plus chaleureusement, se donne cordialement, caresse. L’esprit qui guide chacun de nos mouvements et se prolonge dans nos yeux, notre visage, notre corps, nos habits, vient mourir dans le gant et s’agite en lui en un chant du cygne (ou signe). Il est l’accessoire de tous les muguets, coquettes, merveilleux, muscadins … Seuls la canne, la badine ou le parapluie marquent la frontière plus avant, pénètrent un peu plus l’univers. La main se dénude pour apprécier, aimer, toucher et partager … Elle ne quitte le confort du gant que pour entrer dans une autre douceur : serrer une main aimable, toucher de la soie, palper … L’habit et le gant sont la véritable compagne du dandy, sa conjointe, celle qui l’enlace constamment ; ainsi paraît-il toujours contenté, concentré et distant. Le monde entier peut s’écrouler sur lui, le dandy mourra en même temps que son apparence, son habit, son gant.

Photographies : Détail d’une gravure d’incroyable (1800) - Peinture polychrome sur porcelaine allemande du Directoire représentant une merveilleuse avec l’accoutrement typique : longue tunique vaporeuse, chapeau avec très longue visière. Signature au dos de Van Recum deFrankenthal (Allemagne), marque utilisée de 1797 à 1799. – Muscadin. Gravure de la première moitié du XIXe siècle. – Détail d’une gravure de 1797 représentant des incroyables.

L’Almanach de Gotha de 1789 qui contient « diverses connaissances curieuses et utiles » a tout un article (pp. 94-96) sur les « Gants » (l’orthographe a été changée car c’est écrit « gand ») : « Les gants sont une pièce d’ajustement très ancienne. Les premiers qu’on fit, étaient sans doigts. Ce ne fut que dans le moyen âge, que les ecclésiastiques commencèrent à en porter. Dans l’ancien temps le don d’un gant, était la ligne de la cession d’une possession ; un gant jeté à une personne était un défi. En France, il était défendu aux juges royaux d’être gantés pendant leurs séances. On fait des gants, de peau, de toile, de laine, de coton, de lin, de fil, de soie etc. & des gants fourrés. […] On coupe ordinairement les gants de femmes tout d’une pièce excepté le pouce qu’on coupe à part dans toutes les espèces de gants, & le bord des gants d’hommes. Pour faciliter la coupe des gants on se sert d’un patron, ou modèle de papier, qu’on étend sur la peau. On dit que pour qu’une paire de gants soit bonne, il faut que trois royaumes y contribuent, c. à d. que l’Espagne doit fournir la peau, la France la coupe & l’Angleterre la façon. Les meilleurs gants blancs de France, se font maintenant à Paris, & à Vendôme. On portait autrefois des gants parfumés, qui venaient des royaumes d’Espagne & de Naples, les plus renommés étaient ceux de Nevoli, & de Franchipane cette mode est presque tombée… ». Pas tout à fait puisqu’en 1801 Jean-Louis Fargeon explique comment parfumer les gants dans L’Art du parfumeur, ou traité complet de la préparation des parfums, cosmétiques, pommades, pastilles, odeurs, huiles antiques, essences, bains aromatiques, et des gants de senteur, etc. Dans son Traité de la distillation avec un traité des odeurs, datant de 1753, Antoine Dejean occupe une partie aux gants. A cette époque, gantiers, poudriers et parfumeurs font partie de la même corporation. Parfumer les gants est même une des bases de l'art du parfumeur.

Voici quatre planches de l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et D'Alembert consacrées à la ‘Ganterie’ et aux gants et quelques passages de textes tirés du même ouvrage : « sous le nom de ganterie, l'on entend l'art de fabriquer toute sorte de gants, espèce de vêtement de main destiné principalement à la défendre du froid pendant l'hiver, & du hâle pendant l'été. ». « Les gants se divisent en deux sortes: les uns qu'on appelle gants proprement dits, & les autres mitaines; les premiers sont aussi de deux espèces: les uns pour hommes sont les plus courts, & enveloppent les quatre doigts de la main & le pouce, chacun séparément, le métacarpe ou la paume & le carpe ou le poignet jusqu'au - dessus seulement; les autres pour femmes sont les plus longs, étant accoutumés à avoir les bras découverts; ils enveloppent comme les précédents non seulement les quatre doigts de la main & le pouce chacun séparément, quelquefois ouverts, & quelquefois fermés, le métacarpe & le carpe, mais même aussi l'avant-bras en entier jusqu'au coude. Les mitaines sont aussi des espèces de gants faits comme les précédents, mais dont les quatre doigts de la main sont ensemble & le pouce séparément; il en est de fermées & d'ouvertes; les unes servent aux paysans pour les garantir des piqures d'épines lorsqu'ils les coupent, & aux enfants pour leur tenir les mains plus chaudement, & les autres servent à presque toutes les femmes, lorsqu'elles vont en ville, en visite, ou en cérémonie, plus souvent par coutume que par besoin. »

Au sujet de la première planche : « De la manière de faire les gants. Les gants sont composés chacun de quatre sortes de pièces principales: la première est l'étavillon, (on appelle ainsi toute espèce de peau taillée ou non taillée, disposée pour faire un gant); la deuxième, qui est le pouce, est un petit morceau de peau préparé pour faire le pouce; la troisième, sont les fourchettes; ce sont aussi des petits morceaux de peaux à deux branches qui se placent entre les doigts pour leur donner l'agilité nécessaire; la quatrième, sont les carreaux. Ce sont de très petits morceaux de peau plutôt losanges que quarrés, qui se placent dans les angles intérieurs des fourchettes pour les empêcher de se déchirer, & en même temps contribuer avec elles à l'agilité des doigts. L'étavillon ainsi préparé, un autre ouvrier entaille les doigts, comme on peut le voir en ABCD, fig. 1. leur donne leur longueur, les rafile, fait les arrières fentes EFG, enlevure H, taille le pouce, fig. 2. les pièces de derrière, fig. 4… » « La fig. 1. Pl. I. représente un étavillon de gant simple, dont le côté I fait le dehors de la main, & le côté K le dedans; ABCD représentent les doigts, A est l'index, BB le medius & son correspondant, CC l'annulaire & son correspondant; EFG, sont les arrières fentes, & H l'enlevure. La fig. 2. représente le morceau de peau disposé pour faire le pouce; A est le haut du pouce, & B le côté qui se coud sur l'enlevure. La fig. 3. représente l'enlevure ou la pièce qui sort de l'enlevure A de l'étavillon (fig. 1.) ce petit morceau s'envoie à la couturière pour en tailler les quarreaux. La fig. 4. représente un morceau de peau en deux pièces A & B, dont on se sert quelquefois pour doubler le haut du gant I & K, fig. 1. La partie supérieure de la gravure montre des ouvriers dans leur atelier. »

Sur la seconde planche sont représentées différentes sortes de gants : « Les gants retroussés ou à l'anglaise, fig. 12. & 13. sont ceux dont le haut A, étant en effet retroussé, l'envers qui devient l'endroit, est de même couleur & de même façon que le reste du gant. » « Les gants brodés, fig. 13. sont des gants dont le dessus de la main, vers la jonction des doigts, le pourtour de l'enlevure du pouce B, les bords du haut A, & presque toutes les coutures sont brodées en fil, soie, or ou argent, selon le goût & la distinction de ceux qui les portent, & les cérémonies où ils sont d'usage. » Quant à la description de la gravure la voici : « La fig. 5. représente la fourchette qui se place entre l'index & le médius, dont les bouts sont à pointe; la fig. 6. celle qui se place entre le médius & l'annulaire; & la fig. 7. celle qui se place entre l'annulaire & l'auriculaire. La fig. 8. représente le quarreau qui se place dans l'angle de la première fourchette; la fig. 9. celui qui se place dans l'angle de la seconde; la fig. 10. celui qui se place dans l'angle de la troisième. La fig. 11. représente un gant simple fait. La fig. 12. représente un gant à l'anglaise ou retrousse, fait; A est la retroussure. La fig. 13. représente un gant à l'anglaise, brodé; A A, &c. sont les broderies. La fig. 14. représente un étavillon de mitaine fermée; A est le dehors de la main; B le dedans; C l'enlevure. La fig. 15. représente un petit morceau de peau disposé pour faire le pouce; A est le haut du pouce; & B le côté qui se coud sur l'enlevure. La fig. 16. représente un morceau de peau en deux pièces A & B, fait pour doubler le haut de la mitaine A & B, fig. 14. La fig. 17. représente la mitaine faite. »

Description de cette troisième planche : « La fig. 18. représente un étavillon de gant de fauconnier, dont le côté I fait le dehors de la main, & le côté K le dedans. ABCD représentent les doigts, A l'index, B B le médius, C C l'annulaire, & D D l'auriculaire; E F G sont les arrières fentes; & H l'enlevure. La fig. 19. représente la peau disposée pour faire le pouce; A est le haut du pouce; & B le côté qui se coud sur l'enlevure. La fig. 20. représente la fourchette qui se place entre l'index & le médius, dont les bouts sont à pointe; la fig. 21. celle qui se place entre le médius & l'annulaire; & la fig. 22. celle qui se place entre l'annulaire & l'auriculaire. La fig. 23. représente le quarreau qui se place dans l'angle de la première fourchette; la fig. 24. celui [p. 795] qui se place dans l'angle de la deuxième fourchette; & la fig. 25. celui qui se place dans l'angle de la dernière fourchette. Les fig. 26. & 27. représentent les deux pièces destinées à doubler le haut du gant. La fig. 28. représente un gant de fauconnier fait. La fig. 29. représente un étavillon de gant de femme à doigts ouverts, dont le côté I fait le dehors de la main, & le côté K le dedans. ABCD en sont les doigts; A les deux côtés de l'index; B B les deux côtés du médius; CC les deux côtés de l'annulaire; & D D les deux côtés de l'auriculaire; E F & G en sont les arrières fentes, & H l'enlevure. »

Description de cette dernière planche : « Avant que de tailler les gants, il faut d'abord en préparer les peaux; pour cet effet on commence par les parer & en supprimer le pelun; si elles sont trop épaisses, ou plus d'un côté que de l'autre, il faut les effleurer, c'est - à - dire en ôter la fleur; ce qui se fait en levant d'abord du côté de la tête une lisière de cette fleur, qu'on appelle aussi canepin, & avec l'ongle on enlève cette petite peau peu-à-peu ; ce qui les rend alors beaucoup plus maniables & plus faciles à s'étendre. Ceci fait, après les avoir bien brossées & nettoyées, on les humecte très - légèrement du côté de la fleur avec une éponge imbibée dans de l'eau fraîche, & on les applique les unes sur les autres, chair sur chair, & fleur sur fleur; on les met ensuite en paquet jusqu'à ce qu'elles aient pris une humidité bien égale, & on les tire ensuite l'une après l'autre sur un palisson, figure 12. Planche V. en longueur, en largeur, & en tout sens; les maniant ainsi tant qu'elles peuvent s'étendre; ensuite on les dépèce, & on les coupe pour en faire des étavillons, pouces, fourchettes, &c.  Lorsque l'on veut faire un gant. ii faut préparer d'abord ses étavillons, ce qu'on appelle étavillonner; si la peau en est encore trop forte & trop épaisse, on l'amincit en la dolant; ce qui se fait en cette manière. On applique l'étavillon sur une table; on pose ensuite sur une de ses extrémités le marbre à doler, figure 5. Planche V. en sorte que son autre extrémité retourne par - dessus, que l'on tient de la main gauche bien étendue sur le marbre en appuyant dessus; on le dole, c'est - à - dire, on l'amincit, & on ôte en même tems toutes les inégalités avec le doloir ou couteau à doler, figure 6. Planche V. qu'on a eu grand soin auparavant d'aiguiser avec une petite pierre, & ensuite d'ôter le morfil avec l'épluchoir, figure première, Planche V. qui n'est autre chose qu'un mauvais couteau; l'on tient pour doler le couteau sur son plat de la main droite, en le faisant aller & venir successivement, jusqu'à ce qu'étant bien dolé partout, la peau en soit égale. Ceci fait, un ouvrier l'étend & le tire sur le palisson, figure 12. Planche V. ou sur la table fortement & à plusieurs reprises sur tous sens pour l'allonger, comme on a fait les peaux, plus ou moins, selon ses différentes épaisseurs, & toujours pour l'égaliser; ensuite il l'épluche & le déborde, c'est - à - dire, en tire les bords & les égalise avec l'épluchoir, figure première, Planche V. le plie en deux pour en faire le dessus & le dessous du gant, taille les deux côtés ensemble & les bouts selon la largeur & la forme convenables; ensuite le met en presse sous un marbre de pierre ou de bois à cet effet, figure 7. & 8. Planche V. jusqu'à ce qu'un autre ouvrier le reprenne pour le tailler, & on en recommence ensuite un autre de la même manière. » Voici la description de cette planche telle qu’on peut la lire dans l’Encyclopédie : « La fig. 1. Pl. V. représente un épluchoir, couteau fait pour servir à éplucher, déborder, &c. les étavillons; A en est la la ne, & B le manche. La fig. 2. représente une paire de ciseaux faite pour tailler les gants; A A en sont les taillans, B la charnière, & C C les anneaux. La fig. 3. représente une paire de forts ciseaux, faite pour couper ou dépecer les peaux; A A en sont les taillans; B la charnière; & CC les boucles. La fig. 4. représente une paire de forces faites pour dépecer les peaux, espèce de ciseaux à deux tranchants A A, & à ressort en B. que l'on prend à pleine main en C pour s'en servir. La fig. 5. représente un marbre à doler, d'environ un pied quarré, poli sur sa surface, sur laquelle on appuie les étavillons pour les doler. La fig. 6. représente un doloir ou couteau à doler, composé d'un fer A, très - large & très - taillant en B, emmanché en C, fait pour doler les étavillons. La fig. 7. représente une presse, pièce de bois simple d'environ deux pieds de long, faite pour mettre en presse les étavillons. La fig. 8. représente une autre presse de marbre d'environ un pied quarré, avec boucle au milieu en A, faite aussi pour mettre en presse les étavillons. La fig. 9. représente deux renformoirs d'environ quinze à dix - huit pouces de longueur chacun, espèce de fuseaux de bois de noyer ou de frêne, faits pour renformer les gants, c'est - à - dire les étendre. La fig. 10. représente une demoiselle, morceau de bois aussi de noyer ou de frêne, en forme de cône, d'environ un pied de hauteur, subdivisé de plusieurs espèces de boucles A A, &c. posées les unes sur les autres, dont le diamètre diminue à proportion qu'elles se lèvent, appuyées toutes sur un plateau B; cet instrument sert avec les renformoirs, fig. 9. à renformer les gants. La fig. 11. représente une petite demoiselle, faite pour servir à renfermer les gants d'enfant. La fig. 12. représente un palisson, fait pour étendre & allonger les peaux, composé d'un fer A, arrondi sur sa partie circulaire, arrêté à l'extrémité d'une plate - forme B, antée par l'autre sur une forte pièce de bois C, servant de pied, & retenue de part & d'autre par des arc - boutants D D; on se sert de cet instrument étant assis sur une chaise ou tabouret, ayant les pieds appuyés sur la machine, & faisant aller & venir sur le fer A, avec ses deux mains, les peaux que l'on étend. Article de M. Lucotte.  »

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Le beau, la mode et le bonheur.

Cette année, j’ai découvert un nouvel univers : celui de la mode française du XIXe siècle. Pourtant il y a encore peu de temps de cela, les gravures de mode de cette époque qui représentent des modèles féminins à la 'Autant en emporte le vent' et des hommes en habits sombres et hauts-de-forme me semblaient inintéressants. Aujourd’hui mon jugement n’a pas changé ; mais j’ai découvert quelque chose de ‘nouveau’. Ce siècle garde, derrière son opulence bourgeoise au raffinement tout entier pris au siècle précédent, une mode vivante. Les acteurs de ce courant parcourent les jardins des Champs-Elysées ou les boulevards en réinventant constamment la mode et ses plaisirs. J’ai rassemblé ces derniers mois de très nombreux documents du XIXe siècle qui permettent de lire entre les lignes du texte de la mode de cette époque qui reprend le corset et les grandes robes abandonnés par les merveilleuses, et y trouver un cœur qui bat très très fort. Je ne peux pas en dire vraiment plus, car je travaille sur un livre où ce sujet est traité. Alors en attendant, je vais citer le chapitre sur ‘Le beau, la mode et le bonheur’ de Le Peintre de la vie moderne (Curiosités esthétiques) de Charles Baudelaire (1821-1867) datant de 1863.

« J’ai sous les yeux une série de gravures de modes commençant avec la Révolution et finissant à peu près au Consulat. Ces costumes, qui font rire bien des gens irréfléchis, de ces gens graves sans vraie gravité, présentent un charme d’une nature double, artistique et historique. Ils sont très souvent beaux et spirituellement dessinés; mais ce qui m’importe au moins autant, et ce que je suis heureux de retrouver dans tous ou presque tous, c’est la morale et l’esthétique du temps. L’idée que l’homme se fait du beau s’imprime dans tout son ajustement, chiffonne ou raidit son habit, arrondit ou aligne son geste, et même pénètre subtilement, à la longue, les traits de son visage. L’homme finit par ressembler à ce qu’il voudrait être. Ces gravures peuvent être traduites en beau et en laid; en laid, elles deviennent des caricatures; en beau, des statues antiques.

Les femmes qui étaient revêtues de ces costumes ressemblaient plus ou moins aux unes ou aux autres, selon le degré de poésie ou de vulgarité dont elles étaient marquées. La matière vivante rendait ondoyant ce qui nous semble trop rigide. L’imagination du spectateur peut encore aujourd’hui faire marcher et frémir cette tunique et ce schall. Un de ces jours, peut-être, un drame paraîtra sur un théâtre quelconque, où nous verrons la résurrection de ces costumes sous lesquels nos pères se trouvaient tout aussi enchanteurs que nous-mêmes dans nos pauvres vêtements (lesquels ont aussi leur grâce, il est vrai, mais d’une nature plutôt morale et spirituelle), et s’ils sont portés et animés par des comédiennes et des comédiens intelligents, nous nous étonnerons d’en avoir pu rire si étourdiment. Le passé, tout en gardant le piquant du fantôme, reprendra la lumière et le mouvement de la vie, et se fera présent.

Si un homme impartial feuilletait une à une toutes les modes françaises depuis l’origine de la France jusqu’au jour présent, il n’y trouverait rien de choquant ni même de surprenant. Les transitions y seraient aussi abondamment ménagées que dans l’échelle du monde animal. Point de lacune, donc point de surprise. Et s’il ajoutait à la vignette qui représente chaque époque la pensée philosophique dont celle-ci était le plus occupée ou agitée, pensée dont la vignette suggère inévitablement le souvenir, il verrait quelle profonde harmonie régit tous les membres de l’histoire, et que, même dans les siècles qui nous paraissent les plus monstrueux et les plus fous, l’immortel appétit du beau a toujours trouvé sa satisfaction.

C’est ici une belle occasion, en vérité, pour établir une théorie rationnelle et historique du beau, en opposition avec la théorie du beau unique et absolu; pour montrer que le beau est toujours, inévitablement, d’une composition double, bien que l’impression qu’il produit soit une; car la difficulté de discerner les éléments variables du beau dans l’unité de l’impression n’infirme en rien la nécessité de la variété dans sa composition. Le beau est fait d’un élément éternel, invariable, dont la quantité est excessivement difficile à déterminer, et d’un élément relatif, circonstanciel, qui sera, si l’on veut, tour à tour ou tout ensemble, l’époque, la mode, la morale, la passion. Sans ce second élément, qui est comme l’enveloppe amusante, titillante, apéritive, du divin gâteau, le premier élément serait indigestible, inappréciable, non adapté et non approprié à la nature humaine. Je défie qu’on découvre un échantillon quelconque de beauté qui ne contienne pas ces deux éléments.

Je choisis, si l’on veut, les deux échelons extrêmes de l’histoire. Dans l’art hiératique, la dualité se fait voir au premier coup d’oeil; la partie de beauté éternelle ne se manifeste qu’avec la permission et sous la règle de la religion à laquelle appartient l’artiste. Dans l’oeuvre la plus frivole d’un artiste raffiné appartenant à une de ces époques que nous qualifions trop vaniteusement de civilisées, la dualité se montre également; la portion éternelle de beauté sera en même temps voilée et exprimée, sinon par la mode, au moins par le tempérament particulier de l’auteur. La dualité de l’art est une conséquence fatale de la dualité de l’homme. Considérez, si cela vous plaît, la partie éternellement subsistante comme l’âme de l’art, et l’élément variable comme son corps. C’est pourquoi Stendhal, esprit impertinent, taquin, répugnant même, mais dont les impertinences provoquent utilement la méditation, s’est rapproché de la vérité, plus que beaucoup d’autres, en disant que le Beau n’est que la promesse du bonheur. Sans doute cette définition dépasse le but; elle soumet beaucoup trop le beau à l’idéal infiniment variable du bonheur; elle dépouille trop lestement le beau de son caractère aristocratique; mais elle a le grand mérite de s’éloigner décidément de l’erreur des académiciens.

J’ai plus d’une fois déjà expliqué ces choses; ces lignes en disent assez pour ceux qui aiment ces jeux de la pensée abstraite; mais je sais que les lecteurs français, pour la plupart, ne s’y complaisent guère, et j’ai hâte moi-même d’entrer dans la partie positive et réelle de mon sujet. »

Photographie : Costume Parisien (planche 147) de l’An 7 (1798). Le modèle porte une tunique à la grecque et un drapé. Seule sa coiffure est décrite : « Coeffure en Tresses ». Estampe originale de LM. Au sujet du Costume Parisien voir l'article du 12 novembre 2007 intitulé : Le Journal des Dames et des Modes.

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Le high-life.

Photo 1 : page de titre du catalogue : Les Embellissements du High Life Tailor, Printemps-été 1923.
Avant de vous proposer un prochain article sur les petites mains de la mode française (grisettes, cousettes, midinettes, mimi-pinsons …), en voici un sur la haute-fashion parisienne : le high-life des lions et autres lionnes de la fin du XIXe siècle et du début du XXe.

La haute bicherie de l’époque se retrouve dans les grands magasins du Louvre, au Bon Marché ou au High-Life Tailor, dans les promenades au bois de Boulogne, les courses à Chantilly, les fêtes organisées par l’aristocratie, les grands restaurants, les orgies … Au début du XXe siècle, Paris est toujours lumineux … une ville de lumières ! La mode se libère là avec Paul Poiret puis Coco Chanel. Elle se mélange aux avant-gardes : constructivisme, futurisme, fauvisme, cubisme … venant de Russie, Italie, France … et d’influences orientales, russes ... C’est encore le copurchic (le pur chic) du XIXe, mais une fashion libérée. La femme s’affranchit du corset, des coiffures élaborées, porte des robes qui semblent prêtes à glisser sur les mollets au moindre coup de vent, impose le féminisme et occupe les mêmes places que les hommes (petit à petit). On danse le charleston sur du hot jazz. C’est le début du swing ! La folie est partout. C’est l’époque du dadaïsme, du surréalisme, du cinéma expressionnisme allemand avec ses clairs-obscurs, ses escaliers interminables ... En même temps, la high-life continue de parader sur les terrains de courses, les promenades des boulevards, dans des cercles (clubs) et autres réunions mondaines, dans des fêtes somptueuses … et voyage : croisières, stations balnéaires … Pendant ce temps, New-York élève ses tours à en perdre haleine. On ne pense pas encore à conquérir la lune … mais bientôt ! Au XIXe siècle on cherche à prendre de la hauteur : haute fashion, haute bicherie, high-life, grandes dames ... et au XXe on se libère et commence à s’envoler dans des avions, en attendant les jets privés, puis les voyages dans l’espace.
Le terme de high-life désigne donc la ‘haute vie’, celle des ‘grands’ de ce monde, s’inspirant comme son nom l’indique du modèle anglo-saxon. L’expression high-life est particulièrement attachée à deux choses :
- Un magasin se nommant le High-Life Tailor dont nous reproduisons ci-dessous des passages du catalogue de 1923.
- Un annuaire ultra mondain, dans le style du Gotha, qui paraît pour la première fois en 1883 sous le nom de La Société et le High-Life et contenant les noms des personnalités françaises. Photo 2 : L’édition que nous présentons (page de titre) est la quatrième (1903).
Photo 3 : Première page du catalogue : Les Embellissements du High Life Tailor. Printemps-été 1923 : « Au coin du Boulevard et de la rue Richelieu, au point précis où s’élèvent aujourd’hui les somptueux Magasins du HIGH LIFE TAILOR, existait autrefois un pavillon fameux appelé Frascati, du nom d’une petite ville d’Italie, célèbre par la beauté de son site. / On était en 1796, sous le Directoire, au lendemain de Thermidor ; le fondateur de Frascati, grâce à son habileté commerciale, avait acquis en peu de temps une très grande prospérité. Sa maison était devenue pour les Parisiens un séjour de prédilection ; toute la jeunesse dorée s’y donnait rendez-vous. / Vêtus d’habits à longues basques, engoncés dans de hautes cravates et armés de lourdes cannes, les Incroyables – on prononçait Incoyables, suivant leur bizarre manie de supprimer les r – s’y rencontraient, chaque jour, avec tout un essaim de jolies Merveilleuses, - les Méveilleuses – aux riches joyaux, aux toilettes vaporeuses, à la vertu peu farouche. On causait, on entendait de la musique, on dégustait des glaces savoureuses, on dansait, on dinait, on soupait et parfois l’on jouait un jeu d’enfer, non sans conspirer bruyamment contre l’ordre établi ; - c’était la mode. / Le soir venu, tout Paris d’alors accourait contempler les superbes feux d’artifice que le maître de céans, pour la distraction de son élégante clientèle, tirait dans ses jardins – des jardins en plein boulevard, ô prodige du passé. / […] Ce furent les beaux jours de Frascati. Aucun établissement de la Capitale ne jouissait d’une vogue comparable à la sienne. Ses salons luxueusement décorés, étincelants de dorures et resplendissants de lumière rappelaient, jusque dans les moindres détails, la bonne tenue, la distinction et le tact des grandes maisons d’avant la tourmente. / Une nuée de valets corrects y assuraient un service irréprochable ; musique joyeuse, danses enivrantes, divertissements sans cesse renouvelés excitaient la curiosité et attiraient la foule. C’était la fête perpétuelle, agrémentée la nuit, par des milliers de lampions de couleurs, accrochés aux branches des arbres, disséminés dans les bosquets et sur les pelouses. / […] Elégantes et gens du monde, hommes de finances et riches étrangers y venaient achever la soirée et, tout en devisant des nouvelles du jour, absorber délicatement du bout des lèvres, thé, chocolat, fruits des tropiques, bonbons, glaces exquises et gâteaux parfumés. / […] Plus de glaces aux parfums du jour, ni de valses tourbillonnantes ; plus de jeux de hasard, plus de lampions bariolés ni de feux d’artifice multicolores. Mais de beaux Messieurs encore, des belles Dames toujours, comme aux grands jours du Directoire. […] Le Temple de la Beauté, suivant l’expression d’autrefois, s’est transformé ; il est devenu aujourd’hui le Temple de l’Elégance et du Bon Goût. Son nom n’est plus Frascati ; il s’appelle HIGH LIFE TAILOR. »
Photo 4 : Une des doubles pages du catalogue : Les Embellissements du High Life Tailor. Printemps-été 1923. Texte : DANS TOUTES LES REUNIONS MONDAINES OU SE FAIT ASSAUT D’ELEGANCES LE H L T [HIGH LIFE TAILOR] SE DISTINGUE PAR LA GRACE DE SES CREATIONS. On remarque le style ‘art-déco’ du dessin, le chic des modèles avec en particulier la tenue des hommes qui reste d’une élégance d’actualité, l’arrière plan avec les joueurs de polo etc.

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Coiffures du 18eme siècle.

La coiffure a une importance toute particulière dans la mode du XVIIIe siècle. La figure gravée de la dame de buste avec le nom de sa coiffure est très fréquente dans les almanachs, les estampes … Certaines dénominations sont particulièrement charmantes. Voici un ensemble de détails de gravures originales toutes du XVIIIe siècle.

Chapeau à la Bostonienne - Chapeau à la Voltaire - Nouveau Casque à la Minerve ou la Pucelle d'Orléans - Bonnet à la Chérubin, vu sur le côté.


Coiffure au Consiteor - Chapeau au Figaro parvenu - Bonnet à la Chérubin, vu par devant - Chapeau à la Saint Domingue – Le même chapeau vu sur le côté – Chapeau à la Minerve Bretonne.


Coiffure de Mme Dugason dans le rôle de Babet, à la Comédie Italienne – Coiffure de Mlle S. Huberti de l’Académie Royale de Musique – Coiffure de Mlle Maillard dans le rôle d’Ariane, opéra – Nouveau Chapeau à la Figaro – Nouveau Chapeau à la Charlottembourg


Coiffure à la nouvelle Charlotte - Coiffure de la Beauté de St James – Coiffure à l’Insurgente - Bonnet à la candeur.


Chapeau à la Theodore - Chapeau de velours noir - Chapeau à la Provençale - Chapeau/bonnet mis sur une baigneuse - Pouf à la Tarare - Coiffure simple - Chapeau/bonnet à créneaux - Bouffant et frisure en crochets - Chapeau à la Théodore - Chapeau avec aigrette esprit de plumes - Autre Chapeau à la Tarare - Bonnet à gueule de Loup - Bonnet à grande gueule de Loup - Chapeau à la Tarare - Autre Chapeau bonnette - Simple chapeau à la Tarare.


Baigneuse d’un nouveau goût - Le Parterre galant - Bonnet dans le Costume Asiatique dit au mystère - Toque à l’Espagnolette.


Toque lisse avec trois boucles détachées - Coiffure en crochets avec une échelle de boucles - Pouf d’un nouveau goût - Coiffure en rouleaux avec une boucle - Bonnet au Levant


Chapeau d’un nouveau goût - Chapeau tigré - Chapeau des Champs Elysées - Chapeau à la Colonie - Coiffure en porc-épic.  

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Merveilleuses & merveilleux