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Gandineries

Comme vous le savez, le thème des gandins m'est cher. Il s'agit de poser un regard précieux sur notre monde, plein de finesse et de fantaisie. J'ai récolté de nouvelles fleurs sur ce sujet. En histoire de l’art, il suffit d'ouvrir un élément pour découvrir une porte menant à une salle aux trésors où se trouve une autre ouverture débouchant sur un autre filon etc. En me penchant sur la mode française, je savais que je réussirais à y trouver de la délectation ! Pour faire suite à certains articles du blog dont celui du 10 mars 2008 intitulé Définitions de gens à la mode en France : Beaux, Copurchics, Fashionables, Gandins, Gants jaunes, Gommeux, Jeunes France, Lionnes, Lions, Petits crevés, Pommadins, Raffinés …, voici de nouveaux vrais, faux et apprentis précieux, à disposer dans notre dictionnaire : biches, cocottes, cousettes, crevettes, daims, demi-messieurs, grisettes, lorettes, menin(e)s, midinettes, mignon(ne)s, petites dames, petits messieurs et roués. Toutes les définitions présentées ainsi que tous les articles de ce blog sont originaux.

BICHE. Femme entretenue.

COCOTTE. On appelle ainsi au XIXe siècle, une femme aux mœurs légères richement entretenue.

COUSETTE. Mot employé au XIXe siècle et durant la première moitié du XXe pour une jeune ouvrière travaillant dans la couture. A rapprocher d’une grisette.

CREVETTE. Il semblerait que ce soit le féminin de crevé (voir définition de petit-crevé de l’article du 10 mars 2008).

Photographies : Deux caricatures d’une crevette provenant de deux différentes éditions de Le Trombinoscope (voir les photographies de la définition du gommeux) de la fin du XIXe siècle. Sur la première l’ombre de la caricature représente une cocotte (voir définition) en papier. Sur la seconde, on remarque l’usage des mouches sur le visage et du rouge à joues comme au XVIIIe siècle.

DAIM. Homme élégant, plus ou moins riche et mondain, assez prétentieux, plutôt crédule et sot, recherchant le voisinage des biches.

DEMI-MONSIEUR. Homme qui essaie de paraître élégant et digne.

GOMMEUX. Voir Définitions de gens à la mode en France : Beaux, Copurchics, Fashionables, Gandins, Gants jaunes, Gommeux, Jeunes France, Lionnes, Lions, Petits crevés, Pommadins, Raffinés …
Photographies : Deux caricatures d’un gommeux provenant de Le Trombinoscope publié tout d'abord sous la forme d’un journal hebdomadaire, puis semi-hebdomadaire ; parutions rassemblées par la suite en deux volumes parus en 1874 et 1878 puis sans doute réédités. Les articles sont écrits par Touchatout et décrivent de façon fantaisiste des personnalités de l’époque et des figures typiques traitées de façon allégorique avec par exemple Gommeux Angénor ou Pastella Crevette. Chaque article débute généralement par un portrait /caricature. Les deux exemples que nous présentons proviennent de deux différentes éditions de la fin du XIXe siècle. Les caricatures sont différentes mais les textes les mêmes. On remarque que sur la première le gommeux tient en laisse une cocotte (voir la définition de la cocotte) en papier. Sur l’équivalent concernant la crevette, celle-ci a une ombre en forme de cette même cocotte en papier, et le texte enseigne que le gommeux a souvent comme conquête amoureuse des crevettes. Voici des passages du Gommeux : « Les tripotages heureux, les siens et ceux des autres, tuèrent en lui l’amour et le respect du vrai travail. Et bientôt, libertin usé, jeune homme vieilli, fils sans foyer, débauché sans amour, Angénor devint un des spécimens les mieux réussis de cette génération de crevés que le réveil politique de 1868 et 1869 trouva insensibles, engourdis et hébétés, selon la formule napoléonienne. […] Aujourd’hui, Angénor n’est plus le petit crévé de 1869, cet être déjà bien vain, bien puéril et bien triste, mais que sa jeunesse excusait encore. […] Au physique, Angénor Gommeux est un grand garçon aux traits fadasses et bêtes. Il est replet, parce qu’il est bien nourri, mais il est sans muscles. La figure est grasse et jaune ; il se maquille comme une femme, porte la raie sur le milieu de la tête et ramène sur son front d’idiot deux bandeaux de cheveux plats et lisses qui complètent la caricature la plus insensée de l’espèce humaine pour les gens qui ont le bonheur de se souvenir que Vercingétorix en faisait partie… »

Photographie : Petite chromolithographie publicitaire (6,3 x 9,9 cm), sans doute de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe représentant un gommeux. Texte : « Au Bon Génie / Vente à crédit / Lyon 73 Avenue de Saxe / 73 Lyon / Le Gommeux »

GRISETTE. Si dans le Dictionnaire de L'Académie française de 1762 il est écrit qu’il s’agit  « d'Une jeune fille ou d'une jeune femme de médiocre condition. », l’édition de 1832-5 ajoute : « se dit aussi d'Une jeune fille ou d'une jeune femme de médiocre condition; et, plus particulièrement, d'Une jeune ouvrière coquette et galante. Il n'y avait que des grisettes à ce bal. Il ne voit que des grisettes. Ce sens est familier. » Le terme désigne souvent des ouvrières ou employées de maisons de modes et de beautés, coquettes et se laissant courtiser assez facilement : « couturières, modistes, fleuristes ou lingères, enfin tous ces gentils minois en cheveux, chapeaux, bonnets, tabliers à poches, et situés en magasins » (Balzac, Œuvres div., t. 2, 1831, p. 277). « Quand la grisette assise, une aiguille à la main, Soupire, et de côté regardant le chemin, Voudrait aller cueillir des fleurs au lieu de coudre » (Hugo, Châtim., 1853, p. 347). La grisette est un personnage coutumier de la littérature de la première moitié du XIXe siècle : pièces (comédies, vaudevilles …), opérettes, romans, chansons … la mettent en scène. 

LIONNE. Voir Définitions de gens à la mode en France : Beaux, Copurchics, Fashionables, Gandins, Gants jaunes, Gommeux, Jeunes France, Lionnes, Lions, Petits crevés, Pommadins, Raffinés …
Photographie : Page de titre de la pièce de théâtre d’Augier & Foussier, Les Lionnes pauvres, Michel Lévy, 1858, 1ère édition.

LORETTE. Au milieu du XIXe siècle le mot est employé pour désigner une coquette de condition médiocre, un peu vulgaire et impertinente, dont le type se trouve en particulier dans le quartier de Notre-Dame-de-Lorette à Paris. Elle se laisse facilement entretenir. Elle est à associer aux grisettes, midinettes, cousettes.

MENIN(E). «  C'est ainsi qu'on appelle un certain nombre d'hommes de qualité attachés particulièrement à la personne de M. le Dauphin, de M. le Duc de Bourgogne, &c. » Dictionnaire de L'Académie française, Edition de 1762. Le nom peut être employé au féminin comme au masculin pour une jeune personne noble au service d'un membre d'une famille royale. Il désigne aussi de jeunes gens extrêmement élégants et dignes de respect.

MIDINETTE. Jeune employée de maison de mode. Ce nom apparaît à la fin du XIXe siècle et est en usage pendant tout le XXe siècle.

MIGNON(NE). Ce terme désigne de jolies jeunes personnes. La plus célèbre est sans doute celle de Ronsard (« Mignonne, allons voir si la rose »). Il définit aussi un amant ou une maîtresse. On l’emploie de même pour des jeunes gens particulièrement beaux  qui suivent un ou une aristocrate. Les personnalités romaines aiment durant l’Antiquité à s’entourer d’une nombreuse cour constituée en partie de gracieux individus qui se distinguent par la beauté de leur physique, de leurs manières et de leurs habits. Cette pratique se perpétue aux siècles suivants. Henri III (1551-1589) est connu pour avoir eu de nombreux favoris : des mignons. Nicot, Dans le Thresor de la langue française de Nicot, datant de 1606, parle des « mignons du Roy ». Au masculin cela décrit aussi des hommes plus ou moins efféminés voir homosexuels.

PETITE DAME. Jeune femme qui se donne les manières d’une dame.

PETIT MONSIEUR. Sans doute comme le demi-monsieur (voir la définition).

ROUE. Jeune homme élégant mais particulièrement débauché. On appelle roués les compagnons des soi-disant beuveries de Philippe d'Orléans (1674-1723) au Palais Royal où il habite pendant sa Régence. Ce nom est synonyme de tumultes et d’orgies.

Si le XIXe siècle français est très emprunt de la mode anglaise avec ses dandys et ses fashionables, il a ses propres gandins et autres gommeux. Citons un passage de Les Français peints par eux-mêmes; encyclopédie morale du dix-neuvième siècle d’Honoré de Balzac (1799-1850) ou est dépeint un DANDY dans le vocabulaire ‘chic’ de l’époque : « Cette variété de l’espèce nous a donné le directeur dandy, administrateur en gants jaunes et en bottes vernies, apportant au théâtre les façons exquises et les susceptibilités de la haute fashion financière. Lors de son avènement au pouvoir dictatorial, le lion fut accueilli dans son théâtre avec le cérémonial usité. ». Cette comédie parisienne du XIXe siècle est assez amusante avec ses grisettes, cousettes, lorettes, d’un côté et de l’autre ses lionnes, lions, dandys, gants jaunes, gommeux, copurchics de l’autre … et puis toute la panoplie des cocottes et femmes frivoles, sans compter les beaux, cocodès, cols cassés, petits crevés, gandins, jeunes France, mirliflors, pommadins. Il est certain que la France d’alors devenue bourgeoise et assez vulgaire garde des relents de créativité tout en se laissant petit à petit submerger par la mode anglo-saxonne qui prend définitivement le pas au XXe siècle et en particulier à partir de l’entre deux-guerres avec les swings et les zazous, puis les yéyés, les rockers, les hippies, les punks, les new-wave, les technos, les grunges, et bien d’autres modes inspirées des anglo-saxons ou directement importées d’Angleterre ou des Etats-Unis. Pourtant la mode française a ses particularités, notamment un amour du beau, du bon goût, de l’art, des plaisirs, de la poésie, de la nouveauté créative … encore présents au XIXe siècle dans ce lieu emblématique qu’est le Palais-Royal et dont on dit en 1845 : « C'est au Palais-Royal qu'on trouve [...] des femmes dont les visages s'abritent sous des chapeaux impossibles, que surmontent des fleurs fanées ou des plumes fabuleuses ». Aujourd’hui pourtant, il est presque totalement vidé de ses plus grands acteurs … de ses ‘impossibles’ promeneurs !

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Les vieux Beaux.

La mode du XVIIIe siècle est d'un grand raffinement. Les petits-maîtres et autres incroyables représentent une des extrêmes de celle-ci. Ainsi sont-ils souvent critiqués. Une des caricatures les met en scène à un âge avancé. C'est le cas dans la comédie d'Alexandre Guillaume Mouslier de Moissy (1712-1777) intitulée Le Vieux Petit-Maître en Province (photographie 1). Cette pièce provient du troisième tome d’Ecole dramatique de l'homme édité pour la première fois en 1770 (comme le tome second alors que le premier date de 1769). L’histoire est celle d’un « galant de profession » de plus de cinquante ans, qui cherche à se marier avec une de ses connaissances passées (une ancienne coquette de province) ou sa fille pour leur argent. Comme on le constate ici, et comme d’autres documents le prouvent, le petit-maître est un style d’élégant typiquement parisien. De plus tous les coquets français sont des galants appréciant particulièrement la bagatelle et s’enorgueillant de nombreuses conquêtes féminines ; si bien que dans le cas de ce vieux petit-maître, cela lui fait oublier son âge et désirer une jeune fille de vingt ans, plus que la mère de celle-ci qu’il aurait cependant pu avoir. Du coup il ne séduit ni l’une ni l’autre malgré le bel-esprit dont il se targue. C’est finalement un homme plus rustre mais plus jeune qui se marie avec la première. Le caractère rugueux de ce voyageur est lui aussi critiqué.
Dans la gravure de 1804 intitulée Les Galants Surannés ou Les Petits Papa à la Mode (photographie 2), Debucourt caricature des hommes d’un certain âge jouant les incroyables et courtisant des merveilleuses.
Une autre estampe du début du 19e siècle (photographie 3), ayant pour titre Le Jeu du Diable et d’un auteur inconnu, représente des personnes âgées cherchant à se divertir comme les jeunes. Trois générations s’amusent. Un couple est de l’ancien temps, habillé dans le goût passé et s’essayant à un jeu moderne que les jeunes maîtrisent. Dans le second duo, une jeune fille est habillée en merveilleuse. On remarque son décolleté qui montre sa poitrine presque entièrement. Sur certaines gravures représentant des merveilleuses, les tétons sont même apparents. C’est alors la mode à l’antique où la nudité n’est pas cachée comme le révèlent des représentations sur les murs des maisons romaines autour du Vésuve que le XVIIIe siècle exhume. On comprend pourquoi à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe d’aucuns appellent ces jeunes filles habillées (ou déshabillées) à la nouvelle mode des inconcevables ! Le jeune homme représenté sur la gravure suit le nouveau goût du début du XIXe. Dans le Dictionnaire de l'Académie française (Firmin Didot frères, 1835), le jeu du diable est décrit comme « Une sorte de double toupie que l’on fait tourner rapidement sur une corde attachée à deux baguettes, et qui ronfle avec beaucoup de bruit. ». Au bas de la gravure une chanson l’illustre : « Air des Fraises / On joue à ce jeu charmant / Lorque L’on est aimable / Vieillard en vain L’imitant / Envoie tout en murmurant / Au Diable, au Diable, au Diable. »
On parodie aussi les dandies lorsqu’ils sont jeunes. Avec l’élégante, cela se fait parfois de façon scabreuse. C’est déjà le cas au XVIIIe siècle avec les petites-maîtresses ou les merveilleuses dont les manières et les tenues sont copiées par certaines filles de joie comme celles du Palais Royal. Le parallèle est alors d’autant plus facile à faire que les élégantes d'origine expriment ouvertement une certaine liberté dans leurs tenues. C’est en particulier au XIXe siècle, dans le commun un peu rustre, que l’on donne aux partenaires des dandies français des noms d’allumeuses comme : cocodettes (féminin de cocodès pour parler d’une fille aux mœurs légères et aux manières et tenues provocantes), dégrafées, frôleuses etc. Mais comme l’écrit Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) au sujet du Palais Royal : « Là sont les filles, les courtisanes, les duchesses & les honnêtes femmes, & personne ne s’y trompe » (voir article
Récapitulatif de l'exposition Modes anciennes). Evidemment, on s’éloigne petit à petit des précieuses du 17e siècle, des femmes de lettres et d’esprit du 16e ou des dames du Moyen-âge. La montée de la bourgeoisie au 18e et son règne au 19e relègue au grenier la préciosité et l’ancienne mode dite péjorativement des céladons (terme désignant des vieux à la mode passée, amateurs des romans comme Astrée d’Honoré d’Urfé).
Voilà pour ce qui est de la caricature. Nous n’y reviendrons plus. Enfin espérons-le ! Au revoir le grotesque ! Même les masques grimaçant de la Comédie Nouvelle de Térence et autres sont lassants (voir articles :
Le théâtre antique et les conventions … classiques … et Sortir masqué). Si le burlesque et le tragique sont un des fondements de la condition humaine, laissons maintenant la place à l’intelligence et la finesse … à la beauté …
Détail de la gravure : Les Visites de Philibert Louis Debucourt (1755-1832), datant du début du XIXe siècle, avec des merveilleuses et des incroyables.

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L'idée du beau & réflexions sur l'élégance et la politesse du style.

En France, au 18eme siècle, sous des aspects badins on théorise sur des thèmes inconnus ailleurs, comme « le je ne sais quoi » ou « le bon ton ». On se pose la question de ce « je ne sais quoi » qui permet à certains et à ceux qui les côtoient de transcender le commun en affichant une subtile beauté qui transporte littéralement l'âme vers des horizons brillants. On cherche quels sont les éléments de cette sociabilité propre aux français d'alors à travers leurs belles manières, le bon ton, l’histoire des mœurs de ce pays. On se met en quête de l’Age d’or, affiche le moment présent comme comparable aux temps des anciens et même supérieur à lui car actuel. On s’inspire de nouvelles influences : d’un Orient lointain à travers une Chine idéalisée, d’une Amérique avec son or et ses eldorados. On redécouvre l’Antiquité : son art, sa culture, ses écrivains, ses arts décoratifs grâce à l’archéologie. On répertorie dans des encyclopédies et invente le futur. On ‘utopise’, et s’éprend tellement de ce qu’est cette époque que chacun se met à rêver pour lui-même et croire en ses droits. La porte de la liberté ouvre alors à tous un espace immense dans lequel s’engouffre la Révolution.
Photographie : Crousaz, Jean-Pierre de (1663-1750), Traité du Beau, Où l'on montre en quoi consiste ce que l'on nomme ainsi, par des Exemples tirés de la plupart des Arts et des Sciences, nouvelle édition, revue, corrigée, et augmentée par l'auteur, tome second sur 2 volumes in-12, Amsterdam, L’Honoré & Chatelain, 1724, 10 x 16,5 cm. La première édition date de 1715. Elle est en un seul volume et du même éditeur : L’Honoré, Amsterdam. Le tome deux de cette nouvelle édition contient uniquement des ajouts par rapport à la première édition : chapitre XI ‘De la Beauté de l’Eloquence’, chapitres XII & XIII ‘De la Beauté de la Religion’.
Le beau se dévoile aussi à travers le style. La finesse du style s’exprime dans la langue, non pas seulement dans son emploi correct, mais aussi dans la capacité d’invention, d’adaptation, de sublimation. Au-delà du savoir du verbe, le style se révèle dans la poésie et la connaissance des rythmes. Ceux-ci s’ajustent, s’harmonisent et élèvent l’âme. La dureté, les contraintes, sont des obstacles à l’élévation, comme le sont la bassesse ou le manque de subtilité. Sans plaisir, il n’y a pas de bons rythmes. La pure intelligence trouve sa matérialisation dans la beauté, dans le style, dans la langue … Le titre du livre de l’Abbé de Bellegarde que nous présentons : Réflexions sur l’Elégance et la Politesse du Style, est particulièrement intéressant dans son usage des termes ‘élégance’ et ‘politesse’. La langue est une convention propre à une communauté. On en use dans un souci de communication, d’échanges. La politesse est le trait le plus naturel de cette préoccupation d’ouverture à l’autre. L’élégance est l’expression du plaisir qui en découle. Il ne peut y avoir de véritable beauté du style, que ce soit dans la langue ou ailleurs, sans harmonie, c'est-à-dire sans les autres rythmes : ceux de la pensée, des gestes, du savoir …  Une personne qui formule de belles choses avec une âme mauvaise ne procure pas de joie ; et si elle arrive à plaire sur le moment, elle laisse un goût amer par la suite. L’élégance du style est donc affaire de subtilité. Derrière la futilité des styles, des modes et des apparences, se blottit la sagesse ; comme elle le fait dans les œuvres d’art et une éducation fine.
Photographie
 : Bellegarde, M. l’Abbé de (1648-1734), Réflexions sur l’Elégance et la Politesse du Style, quatrième édition, La Haye, Antoine van Dole, 1735. Bien que cette édition ne soit pas du temps de son auteur, dérogeons une nouvelle fois à la règle que nous nous sommes donnée pour vous présenter ce livre.

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Définitions de gens à la mode en France : Beaux, Copurchics, Fashionables, Gandins, Gants jaunes, Gommeux, Jeunes France, Lionnes, Lions, Petits crevés, Pommadins, Raffinés …

undefinedDans les articles précédents, nous avons largement parlé des INCROYABLES, MERVEILLEUSES, MUSCADINS, PETITES MAITRESSES, PETITS MAITRES, PRECIEUSES. Voici maintenant quelques définitions d’autres de ces élégants ou excentriques français en particulier du XIXe siècle : Beaux, Copurchics, Fashionables, Gandins, Gants jaunes, Gommeux, Jeunes France, Lionnes, Lions, Mirliflors (voir photographie), Petits crevés, Pommadins, Raffinés … Toutes ces définitions sont nouvelles bien que basées sur des documents d’époque. Elles n’ont pas été copiées mais le fruit de recherches, de recoupements et d’une rédaction entièrement originale. Si vous trouvez des erreurs ou avez d’autres définitions à ajouter ou compléter n’hésitez pas à les indiquer dans les commentaires.
AGREABLE. Nom que l’on donne déjà au XVIIIe siècle à un certain type d’élégant dont l’adjectif désigne le caractère et la finesse. On dit au 18e siècle : "faire l'agréable".
AMAZONE. « Femme de courage mâle & guerrier. » Le Dictionnaire de l'Académie Française, 1ère Edition, 1694. On appelle ainsi les jeunes femmes qui montent à cheval et affichent leur indépendance un peu comme les lionnes du XIXe siècle.
BEAU. Elégant. On emploie ce mot en particulier au XIXe siècle.
BEAU-FILS. Jeune Beau
COCODES. Elégant un peu ridicule aux manières et habits excentriques.
COL CASSE. Homme à la mode de 1865 semble-t-il.
COPURCHIC. Personne d’une extrême élégance. Ce nom est d'usage au XIXe siècle et au début du XXe. L’adjectif ‘copurchic’ signifie ‘ultra-chic’ (de pur chic), ce qui se fait de mieux en matière d’élégance et de mode.
CREVE. Voir la définition de ‘Petit crevé’.
DANDY. Terme d’origine anglaise utilisé en France dès le XIXe siècle pour désigner un homme au style et à la tenue particulièrement raffinés. Honoré de Balzac (1833), Jules Amédée Barbey d’Aurevilly (1845), Charles Baudelaire (1863) écrivent sur le sujet du dandysme.
DELICAT. L’adjectif désigne le nom.
ÉLEGANT. « Se dit substantivement d'un homme recherché dans son ton, ses manières et sa parure. » Dictionnaire de l'Académie française, 5ème Edition, 1798.
FASHIONABLE. On trouve ce terme en particulier dans des textes entre 1820 et 1863 pour désigner une personne à la mode en général et aussi pour ceux qui s’inspirent de la mode anglaise.
FRELUQUET. Jeune homme souvent d’apparence frêle, à la mise soignée, léger et prétentieux. Le mot est déjà usité au XVIIe siècle. Il vient sans doute de freluque (mèche de cheveux) ou freluche (petite chose ou ornement de peu de valeur). « Il signifie Un homme léger, frivole & sans mérite. Ce n'est qu'un freluquet. Il est du style familier. » Dictionnaire de l'Académie française, 4ème Edition, 1762.
GALANT. « Qui a de la probité, civil, sociable, de bonne compagnie, de conversation agréable … Galant, signifie aussi un homme qui cherche à plaire aux femmes … On dit, qu'une femme est galante, pour dire, qu'elle est dans l'habitude d'avoir des commerces de galanterie … On a dit autrefois Galande au féminin, surtout en le prenant substantivement. … Galant,  signifie, Amant, amoureux. » Le Dictionnaire de l'Académie française, 5ème Edition, 1798. Galant homme : « Un Petit-maître, avec ses grimaces, est aussi loin du caractère d'un galant homme, qu'un faux dévot, avec son air sanctifié, est éloigné du caractère d'un homme véritablement religieux … » Féraud, Jean-François, Dictionnaire critique de la langue française, de 1787-1788.
GANDIN. Nom venant peut-être d’une allusion aux gants ou au boulevard Gand (avant 1815 boulevard des Italiens) où certains élégants se promènent. Une gandinerie est une action à la manière de gandin : gandiner. « Le gamin a une chaîne de montre, des habits très chers, un chapeau de soie de 22 francs. Et tout le petit homme est dans cette toilette. Rien de l'enfant, ni l'abandon ni la gaîté ni les pensées de jeu ; mais déjà des idées de relations, le flair des convenances sociales, l'arrangement de la vie dans tel monde réputé pour bon, l'appétit de tel cercle, d'une voiture ainsi attelée. Le gandin en herbe : voilà l'enfant moderne. Une génération s'élève à l'heure qu'il est, qui ne sera que cela : une génération de gandins. » Goncourt, Journal, 1861.
GANT JAUNE. Homme distingué et raffiné du XIXe siècle.
GOMMEUX. Jeune élégant du XIXe siècle s’habillant semble-t-il avec des vêtements serrés, des bottines aux bouts pointus et relevés, marchant avec affectation les bras ballants tenus loin du corps. « … l'on prétend que c'est l'appellation de mépris que les femmes donnent, dans les cabarets de barrière, à ceux qui mettent de la gomme dans leur absinthe, à ceux qui ne sont pas de vrais hommes... » Goncourt, Journal, 1875. Une autre origine du mot viendrait que ces élégants passeraient une grand part de leur temps à se gommer, se pommader, se parfumer. Encore une autre définition les désigne comme étant ceux qui portent des vêtements passés à la gomme (apprêtés, empesés).
Photographie : Détail de la gravure : Les Visites de Philibert Louis Debucourt (1755-1832) représentant un Incroyable du début du XIXe siècle dont la position pourrait être celle d’un gommeux telle qu’elle est décrite : « marchant avec affectation les bras ballants tenus loin du corps. »
undefinedINCONCEVABLE. Durant la Convention et le Directoire, on désigne comme Inconcevable une jeune femme s’habillant à l’Antique. « On eut les « merveilleuses », et au delà des merveilleuses, les « inconcevables » ; on jura par sa paole victimée et par sa paole vete … » Hugo, Victor, Quatre-vingt-treize, 1874.
Photographie : Cette gravure a déjà été présentée dans ce blog. Cependant son histoire est intéressante à conter et montre combien d’incroyables découvertes peuvent se faire. En lisant un texte sur les modes d’autrefois je vois indiqué le nom d’Inconcevable parmi d’autres. Je découvre ensuite cette gravure que je me procure pensant que l’Inconcevable de la légende (« C’EST INCONCEVABLE Tu n'es [écrit "n'est"] point reconnaissable ») est le jeune homme représenté, et qu’il s’agit d’une autre façon d’appeler les Muscadins ou les Incroyables. Mais en faisant une recherche pour cet article, je me suis rendu compte que le sujet de cette estampe est la jeune fille, et qu’on nomme ainsi une personne habillée à l’antique à la fin du XVIIIe siècle. Cette mode est en totale rupture avec celle qui la précède. Les robes à paniers, les corsets, les hautes coiffures sont abandonnées. Le changement est radical et vraiment inconcevable ! Après le premier Empire, les corsets reviennent de rigueur ainsi que les robes à paniers. Il faut attendre le début du XXe siècle et Chanel pour qu’une nouvelle révolution se fasse dans la mode féminine ... une révolution qu'on attend toujours dans la mode masculine ...
INIMAGINABLE. Sans doute une sorte d'Incroyable ; mais à vérifier.
JEUNE-FRANCE ou NOUVELLE FRANCE. Jeunes romantiques de l’époque d’Hernani de Victor Hugo. Ils portent des cheveux longs et des tenues caractéristiques. « La Bataille d’Hernani » est un moment important du mouvement Romantique en France. Elle se passe à la Comédie-Française, le 25 février 1830, pour la première de la pièce de Victor Hugo. Celle-ci remet en question les canons du théâtre classique et notamment les trois unités de temps, de lieu et d'action. Le spectacle est dans la salle davantage que sur la scène. Les Jeunes France du parterre, aux cheveux longs et aux manières passionnées, parmi lesquels se signalent Gérard de Nerval et Théophile Gautier, interpellent les anciens présents qui restent fidèles aux règles classiques.
undefinedLION. Dandy du XIXe ; terme qui au milieu de ce siècle est souvent employé à la place de Fashionable. « À l'incroyable, au merveilleux, à l'élégant (...) ont succédé le dandy, puis le lion » Balzac, A. Savarus, 1842. On appelle de même ‘Lion’ un homme en vue. « Il est au monde un être (on le nomme lion, Je ne sais trop pourquoi), dont la profession est de n'en point avoir (...) Il compte pour ancêtre les muguets, raffinés, mirliflors, petits-maîtres, muscadins, merveilleux, incroyables » Pommier, Colifichets, 1860. « Je menais une vie de lion, c'est ainsi qu'en ce temps-là, on appelait les élégants du boulevard ; aujourd'hui on les nomme : Gandins » Avenel, Calicots, 1866.
Photographie : Ponsard, François (1814-1867), Le Lion amoureux, Comédie en cinq actes, en vers, neuvième édition, Paris, Michel Levy, 1866. 114 pages, 15,2 x 23cm.
LIONNE. Femme à la mode au XIXe siècle, ayant un goût prononcé pour la toilette et les mœurs libres. « Elle veut monter à cheval, aller à toutes les chasses, à toutes les courses, parier, courir, fumer, devenir lionne enfin » Marie, A., Français peints par eux-mêmes, t. 5, La Belle-Mère, 1842. On appelle aussi ‘Lionne’ une femme ayant un succès mondain et étant un sujet de conversations à la mode.
MIRLIFLORE (ou MIRLIFLOR). « Terme familier, pour dire, un agréable, un merveilleux. » Le Dictionnaire de l'Académie Français, 5ème Edition, 1798.
Photographie : Détail d’une gravure du début du XIXe siècle peinte au pochoir, peut-être une image d’Epinal, avec différentes caricatures de personnages (CARICATURE. 4me tableau) dont une intitulée M. Mirliflor et représentant un de ces jeunes hommes à la mode. Il a un immense chapeau, une cravate qui monte haut et ce qui ressemble à un imposant jabot.
MUGUET. « Qui affecte d'être propre, paré, mignon auprès des Dames. Mugueter se dit proprement d'un homme qui fait le galant, le muguet auprès des Dames. » Le Dictionnaire de l'Académie Français, 1ère Edition, 1694. L’origine du mot vient sans doute du parfum que portent ces élégants. Le muguet est une plante associée à l’amour.
PETIT CREVE. Jeune homme élégant. « LUCIEN. C’est vrai ! Tu es joliment bien mis tu as l’air d’un…. ISODORE, pirouettant. J’ai l’air d’un petit crevé ! Dites le mot ! C’est assez chic ! Hein ? » Pompigny, Le Mystère ou Les deux frères rivaux, mélodrame … Représenté, pour la première fois, sur le théâtre de l’Ambigu-Comique, le 8 janvier 1811. On dit aussi Crevé.
POISSEUX ET POISSEUSE. Jeune élégant (XIXe).
POMMADIN. Désigne au XIXe siècle un ‘minet’, un jeune homme dont l’élégance exagérée rend grotesque. De même on appelle ainsi certains garçons coiffeurs. Il est possible que l’origine de ce mot soit ancienne. Au Moyen-âge on désigne par pomander, pomme de senteur, pommander, pomandre, pommes d'ambre, pomme à musc... une boîte que l’on porte sur soi dans laquelle on place des odeurs (musc, pâtes odoriférantes ou autres parfums secs). Elle est le plus souvent de forme ronde, avec un anneau de suspension fixé au dôme faîtier qui se dévisse et permet l'ouverture du corps divisé en compartiments. Les grands pomanders sont suspendus à la ceinture ou au cou. Les petits, de la taille d'un dé à coudre se portent de différentes façons. Ceux reliés à une bague par une chaîne se nichent dans le creux de la main. Certains sont fixés en breloques à un bracelet, à un collier, ou sur un carcan, ou servent de boutons de cape.
RAFFINE. Style à rapprocher peut-être du Petit-maître. Il semblerait que tous ces élégants fassent particulièrement attention à leurs tenues et leurs manières, soient libres voir libertins et accordent une importance toute particulière à l’honneur.

 

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Récapitulatif de l'exposition Modes anciennes

undefinedRetrouvez ci-dessous toute l'exposition (en deux articles) s'étant déroulée près du Palais Royal du 23 au 29 février 2008, avec les photographies des objets présents au vernissage et les descriptions. La plupart ont déjà été présentés dans ce blog. Il y a donc beaucoup de redites.

Tout ne se joue pas sur l’apparence qu’on se donne mais sur ce qu’on est vraiment.

L’esprit de Merveilleuses et d’Incroyables étaient présents à l’exposition. Gageons que bientôt il se matérialisera en de nouvelles beautés qui nous éblouirons et qui nous ferons nous étonner « C’est incroyables ! C’est inconcevable ! ». Le merveilleux est à porté de main. Zelia, la créatrice de robes de rêve, nous le montre : Elle nous a ouvert ses portes pour le vernissage ce qui était vraiment sympathique. Il y a eu un éclair de magie au Palais-Royal. Pas de cette lumière qui nous éblouit mais de celle qui nous éclaire tous les matins ; celle qui nous laisse un délicieux arrière-goût de vivre qu’on ne retrouvera jamais ailleurs que dans son cœur mais dont les apparences peuvent être le reflet.
undefinedMes remerciements à :

-         L’Inc(r)oyable le restaurant qui a accueilli l’exposition et Manu, Edouard et Medhi ;
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Zelia (créatrice de robes de rêve) qui nous a ouvert son cœur et sa boutique pour le vernissage et montré que la magie fait toujours tourner le monde ;
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Mme et M. Schmitt les directeurs de l’IESA et Anisa ;
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La baronne Feral qui a préparé le buffet et aidé ;
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Milada et Jo qui ont aussi aidé ;
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Gabrielle Geppert qui a une boutique vintage au Palais-Royal et qui a indirectement donné l’idée ;
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Le café L’Ecrin qui a cru en ce projet ;
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Les commerçants qui ont accepté de poser l’affiche dans leur vitrine ;

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Et bien sûr, tous ceux qui sont venus.

Collectionneurs, comédiens, conservateurs, étudiants, marchands, passionnés, professeurs, professionnels de la mode, stylistes etc. nous ont fait l’honneur de leur présence.

JE SUIS MAINTENANT A LA RECHERCHE DE SPONSORS POUR CREER LES INCROYABLES GOUTERS OU NOUS POURRONS TOUS NOUS REVOIR OU NOUS RENCONTRER.

undefinedEXPOSITION MODES ANCIENNES FRANCAISES

Vous êtes ici dans le PASSAGE POTIER du 26 RUE DE RICHELIEU. Avant que n’y soit creusé ce passage au XIXe siècle, Antoine Beauvilliers, cuisinier du prince de Condé et officier de bouche du comte de Provence, y aurait ouvert vers 1782 la Grande Taverne de Londres : un restaurant réputé dans un cadre raffiné.  Si le premier restaurant, dans l'acception moderne du terme, est créé à Paris vers 1765 par Boulanger, c’est ici que selon certains historiens aurait été établi le premier véritable grand restaurant de Paris. On propose aux clients de pouvoir y manger comme à Versailles. Le service des vins est fait en bouteille, comme à Londres, à la mode à cette époque.
Certains prétendent que c’est à cet endroit (au 26 rue de Richelieu) que Rose Bertin (la marchande de modes de Marie-Antoinette ) ouvre une boutique ; d’autres disent qu’elle y habite ; d’autres que c’est la camériste (femme de chambre) de la Reine qui y loge. Il y aurait même dans la cave un faux puits, comblé par la suite, et qui serait un passage secret allant jusqu’au Palais-Royal.
Les assertions des historiens et les ouï-dire des habitants peuvent offrir des directions de recherches mais en aucun cas ne doivent être données comme des vérités. C’est pour cela que dans cette petite exposition nous vous présentons uniquement des documents d’époque.
undefinedUN MUSCADIN.
Merveilleuses, Muscadins, Incroyables, Inimaginables, Inconcevables, Petites-maîtresses, Petits-maîtres ... sont tous des jeunes gens à la mode. Leurs styles sont avant tout ceux de la jeunesse. A la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, les apparences des Incroyables, Muscadins, Inconcevables se confondent chez les adolescents. Cette gravure originale datée de l’an IX (pour 1800) et provenant du Journal des Dames et des Modes de Pierre de La Mésangère prouve cela. L’habit du modèle peut tout aussi bien être de l’un des trois. Mais l’estampe le présente seulement comme le Costume d’un Jeune Homme. Son port est particulièrement gracieux et son geste de la main est une manière de langage propre aux Incroyables et Merveilleuses qui avaient leur propre langage (gestuel, vestimentaire …) leurs expressions, accents, mots … Quant au terme de Muscadin il désigne d’après la première édition (1694) du Dictionnaire de l'Académie Français : une « Petite pastille de bouche composée de musc & d'ambre. » Par extension, on appelle alors ‘Muscadins’ certains élégants sentant le Musc et à l’apparence soignée. C'est aussi ainsi qu'on appelle sous la Révolution les royalistes qui se distinguent par leur élégance recherchée. En ce sens, ce mot est utilisé à cette époque au féminin et de façon péjorative : "muscadine". Louis-Sébastien (1740-1814) insiste sur cet aspect dans sa définition des Muscadins donnée au tome III de Le Nouveau Paris, Gênes, Impr. de la ″Gazette nationale″, An III, 1794 : «  Muscadins. Espèce d’hommes occupés d’une parure élégante ou ridicule, qu’un coup de tambour métamorphose en femmes. « Le fils du Czar Pierre I s’est brûlé les doigts, dit un de nos écrivains, pour n’être point forcé au travail que son père exigeait de lui ». Nous avons vu un Muscadin se résoudre à se faire couper l’index, pour éviter de porter les armes contre l’ennemi. Il aurait dû le conserver pour manier l’aiguille ou la quenouille. Ils formèrent l’opposé des sales Jacobins. On aurait cru qu’une jeunesse ardente allait embrasser les principes républicains ; mais cette jeunesse était riche, efféminée, et voulut se distinguer partout de ceux qu’elle appelait les habits bleus. Les muscadins furent moqués, rossés, battus, quand ils voulurent, avec leurs oreilles de chiens et leurs cadenettes, narguer les républicains. S’ils étaient les plus forts, c’était bien rarement, et quand ils se trouvaient quatre contre un. Ils font les royalistes à bas bruit ; mais les émigrés les méprisent encore plus qu’ils détestent les patriotes. » La coiffure en « oreilles de chien » consiste à faire tomber les cheveux sur les côtés, même à les tresser. La cadenette est une natte parfois retenue dans la nuque par un peigne.
LES PASSAGES COUVERTS. Estampe du XVIIIe siècle, provenant sans doute d’un livre, d’après H. Gravelot (1699-1773), gravée par Noël Le Mire (1724-1801) : « Ce visage vaut mieux que toutes vos chansons ». La scène se passe dans un passage couvert avec boutiques de modes telles qu’il y en avait dans le quartier.
undefinedundefinedLA MARCHANDE DE MODES. Gravure du XVIIIe siècle provenant du Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de l'Encyclopédie Diderot et d'Alembert, de la partie consacrée aux 'Arts de l’habillement’. Le titre est Marchande de Modes, avec une très belle gravure montrant une boutique de marchandes de modes et en dessous un patron.
GRAVURE DE MODE
de la fin du XVIIIème siècle représentant la planche n°1 de la 13ème suite de 12 différentes coiffures (chapeaux, bonnets, charlottes) à la mode en 1785. Estampe de l’époque gravée par Dupin d'après Desrais et publiée « Chez Esnaults et Rapilly à la ville de Coutances, A Paris, Avec Privilège du Roi ». La date indiquée de 1785 est très proche de celle de l’édition (fin du XVIIIe siècle) comme le montrent divers éléments tels : les dates des auteurs Desrais et Dupin, la période où la maison d’édition indiquée sévit, le type de papier utilisé et son filigrane, le Privilège du Roi antérieur à 1794 ... Nicolas Dupin est un graveur actif à la fin du XVIIIe siècle et Claude-Louis Desrais (1746-1816) est un peintre à l’origine de nombreuses gravures de mode comme : Mode du jour, Le Serail en Boutique, Promenade du Boulevard des Italiens… de même que de diverses estampes répertoriant les modes de l’époque comme celles de la revue : Cahiers de Costume Français. Esnaults et Rapilly sont des vendeurs/éditeurs de la fin du XVIIIe siècle qui ont publié de nombreuses gravures récapitulant les modes de leur siècle, dont plusieurs sont d’après Desrais et gravées par Dupin. Texte de la gravure [orthographe remanié]: « 13 e Suite de Coiffures à la mode, en 1786. N°1 – Bonnet à la Chérubin, vu sur le côté – Bonnet à la Chérubin, vu par devant – Chapeau à la Saint Domingue – Le même chapeau vu sur le côté – Chapeau à la Minerve Bretonne – Coiffure de Mme Dugason dans le rôle de Babet, à la Comédie Italienne – Coiffure de Mlle S. Huberti de l’Académie Royale de Musique – Coiffure de Mlle Maillard dans le rôle d’Ariane, opéra – Nouveau Chapeau à la Figaro – Nouveau Chapeau à la Charlottembourg – Coiffure à la nouvelle Charlotte – Coiffure de la Beauté de St James – Desrais del. Dupin sculp. – A Paris chez Esnauts et Rapilly, rue S. Jacques, à la Ville de Coutances. Avec Privilège du Roi. » Les gravures sont un moyen parmi d’autres de divulguer la Mode au XVIIIe siècle. Elles offrent des exemples de coiffures ou d’habits à la mode du jour ou des années précédentes. Elles sont envoyées en province et dans le monde entier pour servir de référence aux marchandes de modes, coiffeurs et dames. Elles sont vendues sous la forme de suites (parfois reliées entre elles) ou au détail. Elles sont un témoignage capital de la divulgation des modes au XVIIIe siècle. Fréquentes à l’époque, ces estampes sont très rares aujourd’hui. Certaines recensent des modes vieilles de plusieurs siècles et prouvent qu’il y a alors une véritable culture de la Mode et de son histoire qui n’est pas si éloignée de la notre avec ses nouveautés portées par les fabricants (dont certains sont de véritables ateliers de haute-couture) et autres artisans-coiffeurs … ayant eux aussi leurs figures de proue.
undefinedLES ELEGANTS.
Dans le chapitre CLVI de son livre Les Entretiens du Palais-Royal de Paris (Paris, Buisson, 1787), Louis-Sébastien Mercier (1740-1814), tente de définir ce qu’on entend alors par les élégants à la fin du XVIIIe siècle. En voici quelques passages : « Il n y a plus d'hommes à bonnes fortune, c'est-à-dire de ces hommes qui se faisaient une gloire d'alarmer un père, un mari, de porter le trouble dans une famille, de se faire bannir d'une maison avec grand bruit, d'être toujours mêlés dans les nouvelles des femmes : ce ridicule est
passé, nous n'avons plus même de petits-maîtres ; mais nous avons l'élégant. L'élégant n'exhale point l'ambre, son corps ne paraît pas dans un instant sous je ne sais combien d'attitudes ; son esprit ne s'évapore point dans des compliments à perte d'haleine ; sa fatuité est calme, tranquille, étudiée ; il sourit au lieu de répondre ; il ne se contemple point dans un miroir ; il a les yeux incessamment fixés sur lui-même, comme pour faire admirer les proportions de sa taille et la précision de son habillement. Il ne fait des visites que d'un quart d'heure. Il ne se dit plus l'ami des ducs, l'amant des duchesses, l'homme des soupers. Il parle de la retraite où il vit, de la chimie qu'il étudie, de l'ennui où il est du grand monde. Il laisse parler les autres ; la dérision imperceptible réside sur ses lèvres ; il a l'air de rêver, et il vous écoute : il ne sort pas brusquement, il s'évade ; il vous quitte, et vous écrit un quart d'heure après, pour jouer l'homme distrait… »
« 
JEUNE ELEGANT SE PROMENANT AUX PALAIS ROYAL POUR FIXER LES CAPRICES DE SA SOIREE ». Estampe gravée par Guyot (sans doute Laurent Guyot, 1756 - après 1806) d’après Walleau. Cette image représente un promeneur élégant du Palais Royal. Sa badine, sa cambrure, ses lunettes, son habit vert, les gros boutons … marquent une élégance de la fin du XVIIIe siècle ou du début XIXe.
« 
L'ELEGANT AU RENDEZ-VOUS DU PALAIS ROYAL. » Gravure du XVIIIe siècle, rehaussée à l’aquarelle. La tenue de cet élégant du Palais-Royal est presque entièrement mouchetée, dans un goût « léopard » à la mode à cette époque.
ELEGANTE EN PROMENADE.
Gravure du XVIIIe siècle rehaussée à l’aquarelle à l’époque présentant une Toilette Florentine avec l’Elégant Chapeau des Champs Elisée. Cette élégante est en promenade avec son petit chien et son chapeau rehaussé de plumes, de fleurs, de rubans et semble-t-il de gazes.undefined
undefinedLA MODE. Le thème de cette exposition est la Mode. Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française de 1694 on donne une définition du mot ‘mode’ très proche de l’actuelle, voir identique : « MODE. s. f. La manière qui est, ou qui a été autrefois en vogue, sur de certaines choses qui dépendent de l'institution & du caprice des hommes. Nouvelle mode. Vieille mode. Mauvaise mode. Mode ridicule, extravagante. Cela était autrefois à la mode. La mode en est passée. La mode n'en est plus. Inventer des modes. Suivre la mode. Se mettre à la mode. Etre à la mode du pays où l'on est. Un habit à la mode. Une étoffe à la mode &c. On revient aux vieilles modes. C'est un mot qui est fort à la mode. Etre esclave de la mode. Les caprices, les bizarreries de la mode. On dit, qu'Un homme,une femme est fort à la mode, pour dire, qu'un homme, qu'une femme est fort au gré de la plupart du monde. On dit proverbialement que Les fous inventent les modes, & que les sages les suivent. On dit aussi proverbialement Chacun vit à sa mode, pour dire, que chacun en use comme il lui plaît dans ce qui le regarde. Il faut le laisser vivre à sa mode, le laisser faire à sa mode... »
undefinedHISTOIRES DE LA MODE. Dans cette définition du XVIIe siècle, on distingue très nettement les modes anciennes et nouvelles. Plusieurs ouvrages répertorient celles passées. C’est en particulier le cas au XVIIIe siècle comme le prouve ce livre parmi d’autres de Guillaume-François-Roger Molé, Histoire des Modes Françaises, ou Révolutions du costume en France, Depuis l’établissement de la Monarchie jusqu’à nos jours. Contenant tout ce qui concerne la tête des Français, avec des recherches sur l’usage des Chevelures artificielles chez les Anciens, Amsterdam et Paris, chez Costard, Libraire, rue Saint-Jean-de-Beauvais, 1773, in-12, 1ère édition.
LE PALAIS ROYAL ET LA MODE. Le sujet des modes anciennes françaises est vaste. Elles n’ont cessé de changer durant les siècles pas seulement de générations en générations mais aussi, comme au XVIIIe siècle, de semaines en semaines, aux rythmes des parutions de modes dont le siècle des Lumières est friand et des promenades parisiennes. Une des promenades à la mode est celle du Palais-Royal qui se trouve juste à côté de ce lieu d’exposition. On y trouve là les exemples de la mode du moment et du bon ton : « … ce Palais-Royal, qu’il faut au moins visiter une fois le jour, si l’on ne veut heurter ni la mode, ni le bon ton. » comme l’écrit Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) dans Les Entretiens du Palais-Royal de Paris, 1787. Le tome II du livre Tableau de Paris (nouvelle édition, Amsterdam, 1783) a tout un chapitre consacré au ‘Palais-Royal’ dont voici un passage : « […] Là sont les filles, les courtisanes, les duchesses & les honnêtes femmes, & personne ne s’y trompe […] Là, on se regarde avec une intrépidité qui n'est en usage dans le monde entier qu'à Paris, et à Paris même que dans le Palais-Royal : on parle haut, on se coudoie, on s'appelle, on nomme les femmes qui passent, leurs maris, leurs amants ; on les caractérise d'un mot ; on se rit presqu'au nez, et tout cela se fait sans offenser, sans vouloir humilier personne. On roule dans le tourbillon, on se prodigue les regards avec un abandon qui laisse toujours aux femmes le dernier : un peintre aurait tout le temps de saisir une figure, et de l'exprimer à l'aide du crayon. Je ne me pique pas d'être physionomiste ; j’ai fait mon tour d'allée plusieurs fois ; je n’ai songé alors qu’à voir les beautés qui y circulaient : mon esprit d’observation s’est trouvé en défaut […] »
LES GENS A LA MODE.
« Sur les gens à la mode. De tous les peuples, le Français est celui dont le caractère a dans tous les temps éprouvé le moins d’altération […] Cette nation a toujours été vive, gaie, généreuse, brave, sincère, présomptueuse, inconstante, avantageuse et inconsidérée. Ses vertus partent du cœur, ses vices ne tiennent qu’à l’esprit, et ses bonnes qualités corrigeant ou balançant les mauvaises, toutes concourent peut-être également à rendre le Français de tous les hommes le plus sociable. C’est-là son caractère propre, et c’en est un très-estimable ; mais je crains que depuis quelque temps on n’en ait abusé ; on ne s’est pas contenté d’être sociable, on a voulu être aimable, et je crois qu’on a pris l’abus pour la perfection. Ceci a besoin de preuves, c’est-à-dire d’explication. Les qualités propres à la société, sont la politesse sans fausseté, la franchise sans rudesse, la prévenance sans bassesse, la complaisance sans flatterie, les égards sans contrainte, et surtout le cœur porté à la bienfaisance ; ainsi l’homme sociable est le citoyen par excellence… Le bon ton dans ceux qui ont le plus d'esprit consiste à dire agréablement des riens, à ne se pas permettre le moindre propos sensé, si l'on ne le fait excuser par les grâces du discours, à voiler enfin la raison quand on est obligé de la produire, avec autant de soin que la pudeur en exigeait autrefois, quand il s' agissait d'exprimer quelque idée libre […] Soyons donc ce que nous sommes, n'ajoutons rien à notre caractère ; tâchons seulement d'en retrancher ce qui peut être incommode pour les autres, et dangereux pour nous-mêmes. Ayons le courage de nous soustraire à la servitude de la mode, sans passer les bornes de la raison. » Duclos, Charles (1704-1772), Considérations sur les moeurs de ce siècle, 1751.
undefinedDES PETITS MAITRES.
Comme c’est souvent le cas concernant les élégants maniérés, les témoignages qui nous restent sont surtout des caricatures ou des critiques (voir les Précieuses ridicules de Molière ou les gravures caricaturant les Merveilleuses et les Incroyables à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe). Voici une de ces critiques sous la forme du chapitre IV (pp. 29-38) intitulé ‘Des Petits-Maîtres’ du livre de François-Antoine Chevrier (1721-1762) : Les Ridicules du siècle (Londres, 1752). Passages (l'orthographe a parfois été modifié mais pas la ponctuation) : " Un jeune homme avait jadis la réputation de Petit-maître, lorsque mis magnifiquement il savait se présenter avec aisance, ses discours, sans êtres solides, n’étaient qu’extraordinaires, & ses sentiments partagés entre le goût du public & la façon de penser, avaient un air de vérité sous le voile de la fausseté la mieux marquée ; d’ailleurs plus indiscret qu’indécent dans le propos, livré par goût & par usage à ce ton équivoque, qui annonce moins l’esprit que le désir d’en afficher, sa conversation était une rapsodie de jeux de mots usés, & de réflexions plus libres qu’ingénieuses ; tel était le Petit-maître du vieux temps […]. Le Petit-maître du siècle est un homme qui joint à une figure avantageuse, un goût varié pour les ajustements ; amateur de la parure, il doit marier agréablement l’agrément avec la magnificence ; esclave de la mode & des préjugés du jour, il n’est point asservi à ces mots usés, follement consacrés parmi nous, sous les noms de raison & de vertu ; copie exacte de la femme du grand monde, s’il diffère d’elle, ce n’est que par un supplément d’extravagances & de ridicules ; jaloux de plaire sans être amoureux, il cherche moins à être heureux que la gloire de le paraître ; constant dans ses écarts, léger dans ses goûts, ridicule par raison, frivole par usage, indolent à flatter, ardent à tout anéantir, ennemi du public qu’il voudrait cependant captiver rien à ses yeux n’est supportable que lui-même ; encore craint-il quelquefois de se voir sensé, dans l’appréhension de se trouver moins aimable. […] Il ne faut pas se persuader qu’avec toutes les qualités que je viens de détailler dans ce chapitre instructif, on soit en droit de s’annoncer comme Petits-Maîtres ; il y a encore deux attributs indispensables à désirer, la naissance & la jeunesse. […] Les Grâces, Petites-Maîtresses, ne sont pas de ces douairières pesantes, qui forcées de marcher avec symétrie, ne parlent que le compas à la main ; la vivacité, tranchons le mot, l’étourderie est leur apanage : aussi volubile dans le jargon, qu’inconsidéré dans le propos, un Petit-maître ne doit jamais réfléchir, & il faut qu’il déraisonne constamment plutôt qu’il s’expose à ennuyer une minute […]. Un Petit-maître qui dans les commencements de ses prospérités a vu deux ou trois femmes de réputation, de ces femmes nées pour donner de l’éclat à un personnage même ordinaire ; cet homme devient dès-lors possesseur de toutes les beautés […]. "
UNE PETITE-MAITRESSE.
La mode française offre des surprises de taille. Voir passer rapidement devant ses yeux lors d'une vente une gravure peinte d'un Petit-maître représenté avec une grâce particulière laisse l'impression magique d’un monde à redécouvrir, pourtant proche de nous puisque faisant partie de notre patrimoine et si loin de ce que nous sommes aujourd’hui. La gravure de la Petite-maîtresse présentée ici est beaucoup plus anodine. Cette estampe est de la fin du XVIIIe siècle et est intitulée « Petite Maitresse en Robe à la Polonaise de toile peinte garnie de mousseline, lisant une lettre. » Mais qu’entendons-nous par petites-maîtresses et petits-maîtres ? Voici une définition de 1787-1788 du Dictionnaire critique de la langue française de Jean-François Féraud : Petit-maître - " Jeune homme, qui se distingue par un air avantageux, par des manières libres et étourdies.  L'origine de ce mot est le temps de la Fronde. "On avait appelé la cabale du Duc de Beaufort, celle des Importants, on appelait celle du Prince de Condé, le parti des Petits-maîtres, parce qu'ils voulaient être les maîtres de l'État. Il n'est resté de tous ces troubles d'autres traces que ce nom de Petit-maître, qu'on applique aujourd'hui à la jeunesse avantageuse et mal élevée. Siècle de Louis XIV. Un Petit-maître, avec ses grimaces, est aussi loin du caractère d'un galant homme, qu'un faux dévot, avec son air sanctifié, est éloigné du caractère d'un homme véritablement religieux… Petite-maîtresse, femme, qui affecte les manières d'un Petit-maître.  Celui-ci est plus nouveau, parce que le ridicule qu'il représente est devenu depuis quelques années plus outré et plus commun. "
LES INCONCEVABLES.
Cette gravure de la fin du XVIIIe – début XIXe explique d’où viennent les noms que l’on donne à certaines personnes à la mode au XVIIIe siècle comme les Merveilleuses, Incroyables, Inimaginables, Inconcevables etc. Il s’agit d’expressions de l’étonnement qui se sont métamorphosées en noms communs. La légende de la gravure est la suivante : « C’EST INCONCEVABLE Tu n'es [écrit "n'est"] point reconnaissable ». C’est une personne qui s’exclame cela en constatant combien a changé une jeune fille de ses connaissances. Elle est accompagnée
d'un Muscadin/Incroyable et habillée à l'Antique. A la fin du XVIIIe siècle, on appelle parfois Inconcevables les jeunes filles qui imitent la mode de l'Antiquité. Cela change radicalement de la mode féminine d'alors d'où l'expression 'C'est inconcevable' et l'appellation d'Inconcevable qui marque l'étonnement d'une manière encore plus péremptoire que Merveilleuse. Cette gravure semble être de J. P. Levilly actif à partir de 1792. Cette estampe montre aussi que cette jeunesse là n’est pas coupée du populaire, n’est pas obligatoirement « dorée » comme on le dit souvent, mais qu’elle possède sans conteste une richesse qui lui est propre : celle que seul son âge peut offrir.
Des questions récurrentes sont posées sur les Merveilleuses, Incroyables et Muscadins. Une d’entre elle est de demander quelles sont les différences entre les trois. Tous sont des jeunes gens aux manières précieuses, habillés avec soin et originalité, usant d’un langage et d’un style recherchés parfois affectés. On les retrouve dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et au tout début du XIXe. Leurs habits et leurs tournures ne sont donc pas toujours les mêmes. Ce qui les définit comme étant l’un ou l’autre, c’est avant tout le regard que les autres portent sur eux. Un Sans-culotte les traitera de ‘Muscadins’, terme souvent usité de façon péjorative pour accentuer leur côté « cocotte » (se parfumant exagérément au musc). ‘Petit-maître’ est plus employé de façon affectueuse, et le nom d’’Incroyable’ marque l’étonnement, voir l’enchantement. Une autre question posée régulièrement regarde les convictions politiques de ceux-ci pendant la période révolutionnaire. Cette jeunesse là rechigne à s’engager dans les armées de l’époque et à suivre les couleurs imposées. Elle a les siennes propres, comme le noir ou le vert, et leurs collets portant ces teintes sont l’objet de rixes avec les sans-culottes qui veulent les leur arracher. Avec la fin des Sans-culottes, l’ordre est représenté par les Muscadins. Leurs habits deviennent même ceux des militaires. Sous l’Empire, Napoléon lui-même porte des habits d’Incroyable, ainsi que certains de ses officiers et de son armée comme les immenses chapeaux « bicornes », les cravates hautes, les manteaux caractéristiques … La mode masculine des couvre-chefs gigantesques et très originaux du Premier Empire n’a aucun équivalent dans l’histoire de la mode des hommes ; même les hauts-de-forme du XIXe siècle font très pâle figure en comparaison. En résumé, avant 1789, les Incroyables et autres Muscadins n’affichent pas de couleurs politiques précises mais simplement leur différence. A la Révolution, acculés dans un monde violent et politisé ils cherchent soit à s’y soustraire, soit prennent une cause. Le fait est que beaucoup perdent des gens de leur famille dans cette tuerie. Leur collet noir est en signe de deuil et il leur est impossible de prendre partie pour ceux qui sont à l’origine de ces meurtres ou qui les soutiennent. Mais cela ne les empêche pas de savourer pleinement leur jeunesse et de s’amuser. A la fin de la Révolution, on organise des ‘Bals des victimes’ ouverts à ceux ayant perdu au moins un de leurs proches à la guillotine. Comme toujours en France, la Joie reprend le dessus avec des fêtes organisées jusque dans l’ancienne résidence parisienne de la marquise de Pompadour (l’actuel Palais de l’Elysée), achetée par la duchesse de Bourbon qui en 1797 loue le rez-de-chaussée à un négociant, qui pour à peu près une année (jusqu’à l’exil de la duchesse) le consacre à la danse et aux jeux. C’est à cette époque semble-t-il que l'hôtel prend le nom d'"Elysée" du lieu de promenade voisin.

undefinedLA MODE AU XVIIE SIECLE
GRAVURE DE MODE D'ABRAHAM BOSSE (1604 -1676). COURTISAN A SA TOILETTE. Les français du XVIIe siècle aiment s’habiller très élégamment, avec de nombreuses fioritures (dentelles, rubans …). Louis XIII publie plusieurs édits tentant d’imposer plus de sobriété dans les vêtements ; comme celui de 1633 qui défend aux sujets "de porter sur leur chemise, coulets, manchettes, coiffe et sur autre linge aucune découpure et broderie de fil d'or et d'argent, passements, dentelles, points coupés, manufacturés, tant de dedans que dehors le royaume". Abraham Bosse a illustré ce thème par une suite de trois estampes montrant combien ces édits sont impopulaires, et dont deux d’entres elles présentent une femme et un homme à leur toilette. Ici c’est "Le courtisan suivant l'Edit de l’année 1633" qui abandonne ses anciens vêtements, il constate en se regardant dans la glace : « Que ce m’est une chose étrange de remarquer combien me change cet habillement réformé ! Que j’ai de mal à m’en défendre, et qu’il me fâche de le prendre pour ne l’avoir accoutumé ! Je violente ma nature, me voyant en cette posture, et demeure tout interdit. Mais à quoi me sert cette plainte, si par raison ou par contrainte il faut obéir à l’édit ! Il est juste qu’on s’accommode au temps, au pays, à la mode, suivant le saint décret des lois, sans chercher de preuve plus ample que celle qui luit dans l’exemple de Louis le plus grand des Rois. » L’intérêt de cette estampe originale du XVIIe siècle se situe aussi dans la représentation d’un homme à sa toilette. De plus Abraham Bosse est à l’origine de nombreuses gravures ‘de mode’ de cette époque.
DAME A SA TOILETTE DU XVIIE SIECLE.
"La Dame suivant l'Edit" « Quoique j’ai assez de beauté pour assurer sans vanité qu’il n’est point de femme plus belle ; il semble pourtant à mes yeux qu’avec l’or et la dentelle je m’ajuste encore bien mieux. J’aime à porter tous les jours, ou le satin, ou le velours ; et ne connais point l’estime ; car je sais véritablement que l’on a toujours meilleure mine, quand on s’habille richement. Il me faut tourner néanmoins mon esprit à de nouveaux soins, en quittant la galanterie ; et désormais ne porter ni ‘poinct’ coupé ni broderie, ni tels ouvrages superflus. ». On remarque l’agencement de la table de toilette ; avec la toilette elle-même en dentelle sur laquelle sont posés un miroir et un sachet de senteur sur lequel la Dame pose sa main gauche. Cette estampe est d'Abraham Bosse (1604 -1676) et d’époque.
undefinedLA MODE DANS LE MERCURE GALANT. Mercure galant, Octobre 1678, Lyon, Thomas Amaulry. Les deux estampes de mode présentent dans cet ouvrage font partie des premières véritables gravures de mode dans une revue française. La mode du temps est décrite des pages 237 à 253, avec deux gravures : l’une avec un cavalier et une autre avec une dame, tous deux dans un « Habit d’Hiver » avec l’inscription de l’année en toutes lettres. Elles illustrent le texte qui comme d’habitude dans ce périodique est sous la forme d’une lettre adressée à une dame. On y parle de la mode qui sera dans le prochain hiver 1678. On en profite pour faire un peu de publicité pour des fabricants et marchands comme « Monsieur Gaultier de la Couronne Rue des Bourdonnois » ou « le Sieur Charlier » qui a « son Magasin à Paris Rue de la Coutellerie, au Cerceau d’or ». On décrit ensuite les gravures. Il s’agit là d’un document de premier ordre dans l’histoire des gravures et revues de modes. De plus, le Mercure galant (dont la première parution date de 1672) est le périodique des Modernes (Charles Perrault, Fontenelle …).
CAVALIER EN ECHARPE.
Il est galant déterminé. Jetant ses cheveux en arrière. Et prêt à fournir la Carrière dans un bal après le dîner. Chez I Bonnart, au Coq. Avec privilège du Roi. Gravure originale du XVIIe siècle.

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Récapitulatif de l’exposition Modes anciennes - suite -

undefinedLES ALMANACHS DE MODE. Au XVIIIe siècle, on voit fleurir une grande variété d’almanachs dont certains sont de formats particulièrement petits et dont beaucoup concernent la mode. Les coiffures fournissent les sujets les plus récurrents des gravures des ouvrages dédiés à la Mode.
undefinedSOUVENIR A LA HOLLANDAISE, enrichi de nouvelles coiffures les plus galantes, où se trouve celle de l’Insurgente, faisant suite à Almanach de Toilette, et au Bijou dédié aux Dames de bon goût, qui se vend séparément avec tablettes économiques, perte et gain, Paris, Desnos, 1783 (in-18 : 7 x 11 cm). Chaque coiffure est présentée par son nom et est suivie d’une chanson, puis sur une autre page d’un commentaire sur son appellation et d’une gravure très fine et coloriée la présentant sur une femme de buste, dans un médaillon au dessous duquel est indiqué le nom : Bonnet à la candeur, Bonnet dans le Costume Asiatique dit au mystère, Baigneuse d’un nouveau goût, Le Parterre galant, Toque lisse avec trois boucles détachées, Coiffure en crochets avec une échelle de boucles, Bonnet au Levant, Pouf d’un nouveau goût, Coiffure en rouleaux avec une boucle, Toque à l’Espagnolette, Chapeau tigré… Suivent des pages « pour écrire à chaque jour de la Semaine, ses Pensées, rendez-vous, Souvenirs, Etc. » et d’autres « pour écrire dans les intervalles de chaque jour du mois la Recette & Dépense de la Maison, la Perte & Gain, & à la fin se trouve une Table de Récapitulation pour chaque mois, & autres feuillets blancs pour écrire ses affaires particulières, & ce que l’on désirera, avec le Stylet adapté au Livret, qui en fait la fermeture. » Avec à la fin, le calendrier de l’année 1783. La reliure est dans son maroquin rouge d’origine, avec triple filet, dos orné, pièce de titre de maroquin vert et tranches dorées. Elle possède un emplacement en trois parties pour un stylet permettant de fermer le livre.
ALMANACH DE GOTHA. Délicieux petit almanach avec reliure en carton et parchemin et tranches dorées. Il contient des gravures et articles de mode. Almanac de Gotha contenant diverses connaissances curieuses et utiles pour l’année 1789, Gotha chez C. G. Ettinger. Page de titre suivie de quatre gravures de mode intitulées « Coiffures de Paris » (Coeffures de Paris) avec deux planches de modèles en bustes et deux planches de chapeaux : à la Theodore ; de velours noir ; à la Provençale ; avec aigrette esprit de plumes ; bonnette ; Pouf à la Tarare ; Coiffure simple ; Chapeau/bonnet à crénaux ; Bouffant et frisure en crochets ; Bonnet à grande gueule de Loup ... Cet almanach contient de nombreux articles dont plusieurs sur la mode : les pantoufles, les talons hauts, les perruques, la poudre à cheveux, le savon, l’art de tricoter, les gants ... Un autre propose de véritables publicités : « Monsieur Pain marchand – parfumeur à Paris a inventé pour la peau, une pâte liquide, ou une espèce de baume, qui la rend douce, & et n’est pas nuisible. » ; « Madame Tasse marchande de fard de la cour, demeurant à Paris rue Coquillère vend un fard rouge sans odeur, préparé avec [l’essence de Saquis ??] ; plante, dont les sultanes du sérail de Constantinople, usent de préférence. Un pot de ce fard coûte 12, 18, & même 30 livres ». L’Almanach de Gotha naît dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il contient des gravures et articles sur la mode jusqu’à la fin de ce siècle. Bien que publié en Allemagne, il est rédigé en Français avec des thèmes très parisiens jusqu’à la fin de sa publication en 1944. Le but de cet almanach est de lister les maisons régnantes, les branches cadettes … d’Europe.
undefinedLA TOILETTE. Le mot de « toilette » vient d’une petite toile, très fine, qui au Moyen-âge est employée pour envelopper les vêtements et les protéger des insectes et de la poussière. On y range aussi des objets divers, en particulier ceux dont une dame a besoin pour embellir son visage et ajuster sa coiffure. Les toilettes sont placées chaque soir dans des cassettes de nuit, puis déployées le matin. Au XVIIe, le sens du mot s’élargit pour définir l’ensemble des objets de la garniture. Cependant, on désigne toujours le même tissu par le nom de « toilette ». Ce serait au XVIIIe siècle que le terme désigne en plus le meuble sur lequel on place ce qui est nécessaire à se parer. On l’appelle aujourd’hui ‘table de toilette’ ou ‘coiffeuse’. Au XVIIIe siècle, les dames de qualité font deux toilettes : de propreté et d’apparat. L’une est intime. L’autre est mondaine car on y reçoit. La seconde toilette est un instant où on échange des billets doux, où on reçoit ses amants … ; on y accueille des marchands de rubans ou autres fournisseurs ... ; on se fait coiffer ...
DAME A SA TOILETTE. Gravure d'une femme à sa toilette. Livre du XVIIIe siècle. Sur la table divers éléments sont reconnaissables. Il y a la boîte à poudre avec la houppe, des boîtes (à mouches, à fard…), des petits pots couverts. Ces objets peuvent être en différentes matières précieuses comme l’or, l’argent, la porcelaine, la faïence, le verre, le cristal… Le miroir est toujours présent, parfois partiellement couvert d’un tissu. Derrière elle : le pot de chambre.
« L’HEUREUX MOMENT ». Cette estampe représente une dame à sa toilette accueillant son ami. Sa composition est particulièrement intéressante. La perspective n’est pas respectée ce qui donne un aspect très décoratif accentué par les volutes rococos du premier plan et le drapé. La table de toilette est mise en avant sur les personnages. Estampe du XVIIIe siècle d’A. Aveline (peut-être Pierre Alexandre Aveline - 1702-1760) d’après Nondon le Fils, éditée par Chereau au Coq (pour Paris chez Chereau rue St Jacques au Coq), avec Privilège du Roi (C. P. R.). J.-F. Chéreau (1732-1794) est un graveur et marchand d'estampes de Paris.
undefinedPOTS A FARD. Sur le tissu de toilette posé sur la table de nombreux objets sont disposés. Il y a le miroir évidemment, et puis d’autres ustensiles dont plusieurs pots. Ils sont généralement de formes cylindriques, plus ou moins grands, avec un couvercle muni d’une prise. Les pots à pommade contiennent des pommades de senteur (odoriférantes) pour les cheveux, le teint, le visage ou les lèvres... On fait usage de cires pour la barbe. Les pots à fard et les pots à onguent conservent leurs matières respectives. Ces deux pots couverts de toilette sont du XVIIIe siècle. Ils sont en porcelaine tendre de Saint-Cloud ou de Paris avec des décors de baldaquins typiques. La porcelaine du XVIIIe est particulièrement belle, délicate et raffinée.
EVENTAIL du XVIIIe siècle, papier et ivoire, avec une peinture représentant une dame assise devant sa table de toilette. On remarque à gauche une boîte à perruque ouverte posée sur une table. L’éventail est un objet d’élégance et d’expression. Sa manipulation est un langage. La façon de le tenir suit un phrasé dont les codes ne sont pas figés mais s’adaptent aux situations. Ce vocabulaire est subtil et surtout plaisant. Chaque parure, chaque mouvement, chaque trait de la parole, deviennent des messages : quelques regards équivoques, des gestes lascifs, un mouchoir qui tombe ... D’une manière générale le style est un verbe.
undefinedLE JARDIN DE TIVOLI est un des endroits où les gens à la mode comme les Merveilleuses et les Incroyables aiment à se retrouver. Il est l’œuvre d’un des fils du riche financier Boutin qui fait construire en 1766 ce parc sur 8 hectares vers l’actuel emplacement de la gare Saint-Lazare. Le nom lui est donné en référence aux jardins de Tivoli près de Rome ; mais on l’appelle aussi ‘ La Folie Boutin’. Il n’en reste rien aujourd’hui. Mais jusqu’au début du XIXe, on y trouve une multitude d’attractions. On y joue au jeu de bague, au tape-cul, on y boit, on y danse, on y croise des automates, on y applaudit des comédiens et des danseuses, on y assiste à des illuminations, on y fait des rencontres … Les deux gravures proposées ici proviennent de "Mode du Jour" et sont d'époque 1er Empire.
"LE JEU DU TAPE-CUL AU JARDIN DE TIVOLI".
"LES AMUSEMENTS DE LA BAGUE CHINOISE AU JARDIN DE TIVOLI".
undefinedUNE CANNE D'INCROYABLE. Partie centrale (fût) en racine torsadée piquée par des insectes.
LA REPONSE INCROYABLE. Les témoignages d’époque qui nous restent des Incroyables sont surtout des caricatures. Ici, c’est la façon dont ils utilisent des circonvolutions qui est raillée et les mœurs anciennes que symbolise ici l’Anglais habillé à la manière du XVIII e siècle avant que l’Antiquité devienne à la mode. L’absurde maniéré est une façon qu’utilisent ces Incroyables pour se démarquer et marquer leur univers en parfait décalage avec le commun. « LA REPONSE INCROYABLE 1. [l'Anglais (à droite)] Bon jour Mylord ! Je suis charmé de vous voir à Paris, comment vous portez-vous ? 2. [l'Incroyable] Je vous suis obligé de votre gracieuse demande, mais ne pouvant répondre de moi-même, je vais dépêcher un courrier à Londres ; et à son retour, je saurai la réponse que je dois vous faire. » Gravure sans doute de la fin du XVIIIe siècle. Depeuille officiait à cette époque.
undefined « CAFE DES INCROYABLES. Ma parole d’honneur ils le plaisante. 1797. » Gravure présentant un café où se réunissent des Incroyables en 1797. Le titre reprend une de leurs expressions récurrentes : « Ma parole d’honneur » ; et la suite est volontairement humoristique puisque le « ils le plaisante » est dans une orthographe sens dessus dessous faisant justement référence à leur façon de prononcer. Tous les Incroyables sont ici affublés d’une perruque blonde (ou d’une coupe ?) 'en oreilles de chien'. Certains portent des chapeaux qui sont de deux styles différents. Ils ont deux boucles d’oreilles rondes et assez grandes, une cravate qui couvre le menton, une culotte, des bas avec des motifs, des souliers pointus… Ils tiennent des cannes ; ont des lunettes, des faces-à-mains ou une lorgnette. Un garçon sert du café. Le décor est de style néo-classique et le dessinateur/graveur (qui a signé RLL) s’est représenté lui-même sur la droite dans l’ombre, avec son stylet. Les Incroyables s'amusent à se reluquer les uns les autres ou lorgner d’autres personnes extérieures à leur cercle. Leurs manières semblent élégantes et amusées. Leur façon de regarder d’une manière ostentatoire les autres est accentuée, presque caricaturée, par les postures et tous les objets qui leur servent à observer et avec lesquels ils jouent. Les Incroyables, sous le Directoire, sont des hommes qui affichent une recherche extraordinaire dans leur mise et leur langage. Ils prennent l’habitude de ne pas prononcer le "r". C'est ce qu'on appelle un 'garatisme' qui consiste en un grasseyement mis à la mode par le chanteur Garat. On prononce par la gorge certaines consonnes et en particulier les "r". Cette gravure est un document d’exception et rare sur les Incroyables, même si les Merveilleuses manquent au tableau.
L’EMBARRAS DES QUEUES. Ici Merveilleuses et Incroyables sont réunies dans cette estampe de Le Bon Genre du début du XIXe siècle intitulée « L’embarras des Queues. ». Elle représente deux Merveilleuses suivies de deux Incroyables s’étant pris, semble-t-il, leurs bâtons dans les traînes des élégantes. On remarque outre la panoplie caractéristique, les binocles-ciseaux à la taille de l’un des protagonistes qui sont des genres de faces-à-main (lunettes que l’on tient entre ses doigts) utilisées par les Merveilleuses et Incroyables. Le Bon Genre a été édité de 1800 à 1822, tout d’abord en 115 dessins humoristiques au format in-8° (d'à peu près 22 x 25 cm) commencés en avril 1800. En 1817 les 104 premières planches ont été rééditées.
undefinedLES MERVEILLEUSES ET L’ANTICOMANIE. Les Merveilleuses sont appelées de cette manière dès le milieu du dix-huitième siècle. Elles adoptent des modes excentriques, et après le 9-Thermidor (27 juillet 1794) et sous le Directoire (1795-1799) s'habillent de transparentes robes à l'antique, à la ceinture haute, avec de grands chapeaux à brides. Les vêtements ne sont plus amples pour les femmes ce qui leur donne des allures élancées. L'accoutrement est moins riche, beaucoup plus simple qu'auparavant. Le modèle de cette gravure du Journal des Dames et des Modes présenté ici a la tenue caractéristique antiquisante. Elle date de l’An 9 (1800) et le texte indique « Coiffure Antique ornée de Perles. Robe à taille longue ». La tunique est cintrée haut, comme c’est la mode à l’époque. Elle a des motifs en feuilles de chêne, alors que le châle lui a des fleurs et des feuilles d’acanthe.
CHAPEAUX DE MERVEILLEUSES. Gravure tirée d’une revue de modes de la fin du XVIIIe siècle ou du tout début du XIXe représentant des chapeaux de Merveilleuses rehaussés à l’aquarelle. Il s’agit là des couvre-chefs typiques des Merveilleuses de la fin du siècle qui ont de longues visières que certaines caricatures montrent disproportionnées.
undefinedLE DEBUT DES CHEVEUX COURTS
COIFFURE A LA VICTIME. Cette autre estampe du Journal des Dames et des Modes date de 1798 et est « dessinée d’après nature sur le Boulevard des Capucines. » La jeune fille a une « chevelure en porc-épic. Schall à Mouches. Rubans en Cothurnes. » Ce genre de coiffure aurait été institué en solidarité avec des condamnés à l’échafaud, cette coupe imitant celle de ces derniers ou dernières avant de passer à la guillotine. On lui donne alors le nom de « coiffure à la victime ». Les ‘bals des victimes’, ouverts à la fin de la Révolution à ceux ayant perdu au moins un de leurs proches à la guillotine, généralisent la mode des robes gréco-romaines et des cheveux ‘à la victime’ c'est-à-dire coupés au ras de la nuque à la manière de ceux exposés au couperet.
COIFFURE A LA TITUS. Les découvertes archéologiques du XVIIIe siècle mettent au goût du jour des coupes de cheveux courts appelées « coiffures à la Titus » du nom du fils de Brutus que l’acteur François-Joseph Talma (1763 - 1826) joue avec cette coupe qu’il garde en ville. Gravure du tout début du XIXe siècle intitulée : « Costume Français Habit à Grand Colet remontant. Cheveux à la Titus. »
  Nous n’avons fait ici qu’effleurer le sujet et présenter seulement une partie de notre collection qui est proposée à la vente. Les modes françaises du XVIIIe siècle et des siècles précédents nous offrent des trésors de finesse, de bon goût, de plaisir et d’inventivités à redécouvrir. En vous promenant maintenant sous les arcades du Palais-Royal vous retrouverez un écrin de finesse, d’exclusivité et d’ouverture unique. C’est là  qu’au XVIIe siècle la première Précieuse : la marquise de Rambouillet, tient salon ; que les modes qui se répandent dans tout l’Occident se font et que le « bon ton » est donné ; que parmi un imbroglio de gens de toutes sortes (des prostitués aux agioteurs [spéculateurs]) on trouve les plus belles dames de Paris et tout ce que l’élégance fait alors de mieux. Si au XVIIIe siècle Paris est le centre du monde, le centre de Paris est le Palais Royal !undefined

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L'Elégant au rendez-vous du Palais-Royal.

undefinedundefinedPhoto de gauche : Prise récemment dans les galeries du Palais Royal. La publication de photographies de monuments historiques est sujette à autorisations mais l'administratrice du Palais Royal a donné la sienne pour ce blog.

Photo  de droite : Gravure du XVIIIe siècle, rehaussée à l’aquarelle à l'époque, intitulée L'Elégant au rendez-vous du Palais Royal. La tenue de ce plaisant est presque entièrement mouchetée, dans un goût « léopard » à la mode à cette époque.

N’OUBLIEZ PAS DE VENIR A L’EXPOSITION QUI SE DEROULERA A PARTIR DU 23 AU 29 FEVRIER DE 15h A 18H DANS LA PETITE SALLE EN FACE DU RESTAURANT L’INC(R)OYABLE AU 26 RUE DE RICHELIEU.

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La Modernité

Lorsqu'on contemple des enluminures de manuscrits des XV ou XVe siècles représentant des scènes de la vie quotidienne, on est étonné par la diversité des accoutrements, des couleurs, des matières des tissus, des coupes qui réutilisées aujourd'hui témoigneraient d'une modernité certaine et seraient d’une grande nouveauté. La mode médiévale a subi d’importantes mutations au cours de ses mille ans, de même que la mode française en générale. Il suffit de comparer des vêtements utilisés d’un siècle à l’autre, ou d’une génération à une autre pour constater ces bouleversements. Mais plus passionnant encore est de découvrir à travers ces représentations, l’élégance, la finesse en mouvement, la créativité mise en œuvre et le jeu avec les éléments constitutifs de la mode et des belles manières. Les grands yeux noirs d’une petite maîtresse ou d’un petit maître au teint et cheveux blancs comme neige, aux joues et aux lèvres pourpres, aux habits exquis aux couleurs délicates mais éclatantes, parsemés de rubans, de dentelles, de tissus chatoyants et de nouvelles inventions, laissent présager de façons plus délicates que celles de danseuses ou danseurs classiques. Certains ressemblent à des poupées, n’existant que pour eux-mêmes, pour la seule énigme et vérité qu’est l’apparence, sans rien en moins, ni en plus, mais tout entièrement en elle et son rythme, en la beauté transcendante de la nature en son paroxysme. Les gravures qui m’inspirent ce texte je n’ai pas pu les avoir, et ne peux vous en montrer les photographies pour cause de droits. Mais j’espère plus tard vous dévoiler de ces petites maîtresses et petits-maîtres aux allures de poupées de chiffon, de fils d’or et d’argent … dont la vue de chacun vous ouvre le regard comme le ferait une toute nouvelle couleur jamais rencontrée par vos yeux et dont l’apparition a à voir avec de la féérie, celle qu’on donne en contes aux enfants et qui est l’âme même du monde.

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Le 26 rue de Richelieu où va se passer l’exposition et le Palais Royal.

L'exposition que nous allons présenter tous les jours du 23 au 30 février de 15h à 18h au passage Potier du 26 rue de Richelieu se situe certes dans une minuscule salle, mais dans un site chargé d'Histoire. undefinedTout d'abord c'est à côté du Palais Royal, lieu qui garde son mélange d'exclusif et  d’ouverture, un écrin de raffinement, une île de courtoisie et de paix longtemps le refuge de la Modernité et qui peut toujours l’être. Avant que Richelieu y construise son Palais, la Précieuse marquise de Rambouillet y a son hôtel et y fait salon. Au XVIIIe siècle, c’est la place de tous les plaisirs, des plus jolies filles, des dernières modes, des meilleures boutiques, des élégant(e)s… mais aussi un endroit de culture.  C’est à cette époque semble-t-il que la Bibliothèque du Roi s’installe rue de Richelieu. Son public s’élargit et les philosophes des Lumières y puisent une grande partie de leur inspiration.

LE 26 RUE DE RICHELIEU

Quand on travaille sur les antiquités, il est toujours nécessaire de se référer aux documents originaux et non pas aux informations de seconde-main qui donnent seulement des directions de recherches permettant d’aboutir aux sources d’époque. Voici cependant de nombreuses informations indirectes concernant le 26 Rue de Richelieu où va se dérouler l’exposition. Dans Wikipedia on peut lire : « En 1782, Antoine Beauvilliers, cuisinier du prince de Condé et officier de bouche du comte de Provence, reprend la formule de Boulanger et ouvre, dans un cadre raffiné, la « Grande Taverne de Londres », au 26 rue de Richelieu à Paris. Il propose aux clients de manger comme à Versailles. Le service des vins est fait en bouteille, comme à Londres, à la mode à cette époque. C'est là le premier véritable grand restaurant de Paris, qui restera pendant plus de vingt ans sans rival. ». Certains prétendent que c’est à cet endroit que Rose Bertin (la marchande de modes de Marie-Antoinette) ouvre une boutique ; d’autres disent qu’elle y habite ; d’autres que c’est la camériste de la Reine qui y loge. Il y aurait même dans la cave un faux puits, comblé par la suite, qui serait un passage secret allant jusqu’au Palais-Royal. Enfin voilà tout ce que les habitants du quartier nous apprennent.

LE PALAIS ROYAL

undefinedAutour du Palais-Royal il se dit encore beaucoup plus de choses. Mais sur ce sujet les documents originaux sont très nombreux. Il est certain que c’est un lieu à la mode au XVIIIe siècle. Le tome II du livre Tableau de Paris (nouvelle édition, Amsterdam 1783) a tout un chapitre consacré au ‘Palais-Royal’ (chapitre CLXII) dont voici un passage : « […] Là sont les filles, les courtisanes, les duchesses & les honnêtes femmes, & personne ne s’y trompe. Là, on se regarde avec une intrépidité qui n'est en usage dans le monde entier qu' à Paris, et à Paris même que dans le palais-royal : on parle haut, on se coudoie, on s' appelle, on nomme les femmes qui passent, leurs maris, leurs amans ; on les caractérise d'un mot ; on se rit presqu'au nez, et tout cela se fait sans offenser, sans vouloir humilier personne. On roule dans le tourbillon, on se prodigue les regards avec un abandon qui laisse toujours aux femmes le dernier : un peintre aurait tout le temps de saisir une figure, et de l'exprimer à l'aide du crayon. Je ne me pique pas d'être physionomiste ; j'ai fait mon tour d'allée plusieurs fois ; je n'ai songé alors qu'à voir les beautés qui y circulaient ... »

Photo 1 : "Jeune Elégant Se promenant aux Palais Royal pour fixer les Caprices de sa Soirée." Estampe gravée par Guyot (sans doute Laurent Guyot, 1756 - après 1806) d’après Watteau. Cette gravure représente un promeneur élégant du Palais Royal. Sa badine, sa cambrure, ses lunettes, son habit vert, les gros boutons … marquent une élégance de la fin du XVIIIe siècle et début du XIXe époque à laquelle cette estampe peut être datée.

Photo 2 : Mercier, Louis-Sébastien (1740-1814), Tableau de Paris, nouvelle édition, Amsterdam, 1783, tome II, 335 pages, 10x17cm. La publication de Tableau de Paris commence en 1781. Les mœurs parisiennes y sont décrites dans sept volumes et plus de mille chapitres. Le tome II relate entre autres les modes de Longchamp (chapitre CXXII), des revendeuses à la toilette (chapitre CLXVI), des coiffures (chapitre CLXVII), des parures (chapitre CLXVIII), des marchandes de modes (chapitre CLXXIII), des maîtres d’agréments (chapitre CLXXIV), des bijoux (chapitre CLXXVI.) , des promenades (chapitre CLXXVIII), de la mode (chapitre CLXXVI) et du palais-royal (chapitre CLXII).

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Petites-maîtresses et Petits-maîtres.

undefinedLa mode française offre des surprises de taille. Voir passer rapidement devant ses yeux lors d'une vente une gravure peinte d'un Petit-maître représenté avec une grâce particulière laisse l'impression magique d’un monde à redécouvrir, pourtant proche de nous puisque faisant partie de notre patrimoine et si loin de ce que nous sommes aujourd’hui. La gravure de la Petite-maîtresse que je présente ici est beaucoup plus anodine. Elle est de la fin du XVIIIe siècle ; est intitulée Petite Maitresse en Robe à la Polonaise de toile peinte garnie de mousseline, lisant une lettre, et fait 19,5 x 28 cm (empreinte du cuivre).
Mais qu’entendons-nous par petites maîtresses et petits-maîtres ? Voici quelques définitions de l’époque :

PETIT-MAITRE.
- " On appelle ainsi un jeune homme, qui se distingue par un air avantageux, par un ton décisif, par des manières libres et étourdies. " Le Dictionnaire de l'Académie Français, 5ème Edition, 1798.
- " Jeune homme, qui se distingue par un air avantageux, par des manières libres et étourdies.  L'origine de ce mot est le temps de la Fronde. "On avait appelé la cabale du Duc de Beaufort, celle des Importants, on appelait celle du Prince de Condé, le parti des Petits-Maîtres, parce qu'ils voulaient être les maîtres de l'État. Il n'est resté de tous ces troubles d'autres traces que ce nom de Petit-Maître, qu'on applique aujourd'hui à la jeunesse avantageuse et mal élevée. Siècle de Louis XIV. Un Petit-Maître, avec ses grimaces, est aussi loin du caractère d'un galant homme, qu'un faux dévot, avec son air sanctifié, est éloigné du caractère d'un homme véritablement religieux… Petite-maîtresse, femme, qui affecte les manières d'un petit-maitre.  Celui-ci est plus nouveau, parce que le ridicule qu'il représente est devenu depuis quelques années plus outré et plus commun. " Féraud, Jean-François, Dictionaire critique de la langue française. Marseille, Mossy, 1787-1788.

PETITE-MAITRESSE.
- " Il se dit d'une femme qui, relativement à son âge, a les mêmes ridicules que le petit-maître a dans le sien. " Le Dictionnaire de l'Académie Français, 5ème Edition, 1798.

Comme c’est souvent le cas concernant les élégants maniérés, les témoignages qui nous restent sont surtout des caricatures ou des critiques (voir les Précieuses ridicules de Molière ou les gravures caricaturant les Merveilleuses et les Incroyables à la fin du XVIIIe siècle). Voici une de ces critiques sous la forme du chapitre IV (pp. 29-38) intitulé ‘Des Petits-Maîtres’ du livre de François-Antoine Chevrier (1721-1762) : Les Ridicules du siècle (Londres, 1752). Passages (l'orthographe a parfois été modifié mais pas la ponctuation) : " Un jeune homme avait jadis la réputation de Petit-Maître, lorsque mis magnifiquement il savait se présenter avec aisance, ses discours, sans êtres solides, n’étaient qu’extraordinaires, & ses sentiments partagés entre le goût du public & la façon de penser, avaient un air de vérité sous le voile de la fausseté la mieux marquée ; d’ailleurs plus indiscret qu’indécent dans le propos, livré par goût & par usage à ce ton équivoque, qui annonce moins l’esprit que le désir d’en afficher, sa conversation était une rapsodie de jeux de mots usés, & de réflexions plus libres qu’ingénieuses ; tel était le Petit-Maître du vieux temps […]. Le Petit-Maître du siècle est un homme qui joint à une figure avantageuse, un goût varié pour les ajustements ; amateur de la parure, il doit marier agréablement l’agrément avec la magnificence ; esclave de la mode & des préjugés du jour, il n’est point asservi à ces mots usés, follement consacrés parmi nous, sous les noms de raison & de vertu ; copie exacte de la femme du grand monde, s’il diffère d’elle, ce n’est que par un supplément d’extravagances & de ridicules ; jaloux de plaire sans être amoureux, il cherche moins à être heureux que la gloire de le paraître ; constant dans ses écarts, léger dans ses goûts, ridicule par raison, frivole par usage, indolent à flatter, ardent à tout anéantir, ennemi du public qu’il voudrait cependant captiver rien à ses yeux n’est supportable que lui-même ; encore craint-il quelquefois de se voir sensé, dans l’appréhension de se trouver moins aimable. […] Il ne faut pas se persuader qu’avec toutes les qualités que je viens de détailler dans ce chapitre instructif, on soit en droit de s’annoncer comme Petits-Maîtres ; il y a encore deux attributs indispensables à désirer, la naissance & la jeunesse. […] Les Grâces, Petites-Maîtresses, ne sont pas de ces douairières pesantes, qui forcées de marcher avec symétrie, ne parlent que le compas à la main ; la vivacité, tranchons le mot, l’étourderie est leur apanage : aussi volubile dans le jargon, qu’inconsidéré dans le propos, un Petit-Maître ne doit jamais réfléchir, & il faut qu’il déraisonne constamment plutôt qu’il s’expose à ennuyer une minute […]. Un Petit-Maître qui dans les commencements de ses prospérités a vu deux ou trois femmes de réputation, de ces femmes nées pour donner de l’éclat à un personnage même ordinaire ; cet homme devient dès-lors possesseur de toutes les beautés […]. "undefined

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Les Macaronis.

undefinedundefinedundefinedCette estampe met en scène de façon à peine caricaturale les suiveurs femmes et hommes de la mode française de l'autre côté de la Manche. Le coiffeur représenté a la tournure caractéristique d’un Macaroni. En Angleterre on appelle ainsi les jeunes extravagants s’inspirant à leur manière des modes continentales : italiennes, françaises … d’où leur surnom. Quant aux dames, elles sont ici habillées à la façon du continent avec une haute chevelure assortie de divers ornements (des plumes), type de coiffure mise au goût du jour à Paris. Le tout est à peine caricaturé et subtilement amusant, car à cette époque cela se passe véritablement comme cela dans toute l’Europe qui suit le goût français : le coiffeur juché sur un tabouret, la servante tenant dans ses mains un panier rempli de fioritures prêtes à être ‘plantées’ sur la tête de la dame assise devant sa table de toilette. Le titre quant à lui n’est pas flatteur pour cette mode pourtant caractéristique du XVIIIe siècle : "The Preposterous Head Dress or the Feathered Lady", (« La coiffure absurde ou la dame emplumée »). La gravure date de 1776 (« "Pub by M Darly, 39 Strand March 20, 1776" »). Le nom de l’artiste 'Matthias Darly' est indiqué : caricaturiste, graveur et même designer de son époque (il dessine de nombreux meubles). Il a sa propre boutique à Londres au « 39 Strand March 20 ».

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L’Orange ou le Moderne Jugement de Pâris

undefinedEau-forte en vente au GRENIER DE VAUBAN 66210 Mont Louis 0468042198 christian.pecout@orange.fr

 

Aquatinte du début du XIXe siècle de Louis-Philibert Debucourt (1755-1832) dessinateur et sculpteur, de 44 x 33 cm. Cette gravure présente de jeunes gens jouant le jugement antique de Pâris. Au lieu d’une pomme d’or sur laquelle est marquée « à la plus belle », c’est une orange qui est offerte à la gagnante. C’est un ‘Incroyable’ aux cheveux courts « à la Titus » (voir article du 12 novembre 2007 : Le Journal des Dames et des Modes) qui joue le rôle de Pâris et trois Merveilleuses ceux d’Héra, Athéna et Aphrodite. La mode des cheveux courts apparaît à la fin du XVIIIe siècle chez les jeunes gens, avec la mode de l’Antique. Petit à petit les longues coiffures des hommes avec leurs nattes, leurs peignes et leurs rubans disparaissent, et avec elles les perruques. Certains Romantiques cependant  s’affichent ‘Nouvelle France’ avec des cheveux longs.

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La Modernité : les Anciens et les Modernes.

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Le concept de Modernité a parcouru toute l'histoire de l'Occident, depuis l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui. De nos jours, il tourne autour des nouvelles technologies et de la mondialisation des marques que ce soit dans le refus de cet état de fait ou le contraire. Autrefois, les grands changements se faisaient lors de renaissances qui se caractérisaient souvent par une redécouverte de l'Antique. Ce fut le cas au XIIe siècle avec l'Art Gothique, à la Renaissance, à la Révolution … La querelle des Anciens et des Modernes est un spectacle que l’Occident a joué depuis l’Antiquité. De tous temps, le théâtre les a mis en scène de façon magistrale, le spectacle principal ne se déroulant pas sur la scène mais dans les gradins et bien au delà de l’édifice théâtral. L’origine en est lointaine, peut-être a-t-elle commencé en Grèce au début du théâtre. Le système même des concours théâtraux athéniens amenait un esprit de compétition entre les différents poètes. C’est ainsi qu’à partir de Thespis (VIe siècle av. J.-C.), jusqu’à Euripide (Ve siècle av. J.-C.), en passant par Eschyle et Sophocle, les auteurs tragiques rivalisaient de nouveautés. L’évolution de la Comédie grecque ancienne vers la Moyenne et la Nouvelle a marqué de grands changements. Les poètes romains qui copiaient cette dernière s’exposaient à de virulentes critiques de leurs homologues. Térence (IIe siècle av. J.-C.) en a fait les frais. Dans ses prologues, il répondait aux critiques en expliquant comment il dépensait sa peine, lui le nouveau poète, à écrire des prologues, non pour exposer le sujet comme c’est leur fonction principale, mais pour répondre aux attaques d’un vieux poète malveillant. A l’opposé, il nous reste un fragment d’une pièce du VII e siècle après J.-C. intitulée Dialogue de Térence et du moqueur, où Térence est confronté à un jeune auteur, représentant de la nouvelle génération se moquant du vieil écrivain. Au-delà des mots, il s’agissait de nouvelles façons de représenter et de se représenter qui étaient exposées. La Renaissance des XVe-XVIe siècles a fait surgir de nouveaux débats. Au XVIIe siècle, on assista à des démêlés sur les Lettres de Guez de Balzac (1624-1629), sur le Cid (1637) et sur d’autres questions littéraires. A la fin de ce siècle et au début du XVIIIe une autre controverse fit s’affronter les Anciens (les auteurs Classiques tels Boileau, Racine, La Fontaine, La Bruyère …) qui défendaient une littérature imitant l’Antique, aux Modernes (la nouvelle génération d’écrivains comme Fontenelle, Perrault, Houdar de la Motte …) qui affirmaient la prééminence des auteurs contemporains. Elle continua au XVIIIe siècle lorsqu’en 1714, Houdar de la Motte publia une traduction de l’Iliade où il corrigeait et raccourcit celle d’Anne Dacier de 1699 en y ajoutant une préface contenant un Discours sur Homère où il prenait la défense des Modernes. Anne Dacier répliqua dans son livre Des causes de la corruption du goût. Cette « Querelle d’Homère » s’acheva en 1716 avec une réconciliation des deux parties. Au XVIIIe siècle, la tradition antique (en particulier chez Térence) qui voulait qu’un auteur de théâtre expliqua sa démarche d’écriture par rapport à ce qui le précédait se retrouva dans les prologues de pièces, comme chez Diderot (1713-1784) où celui-ci défendait son « drame bourgeois » ; ou encore au XIXe siècle chez Victor Hugo (1802-1885) dans la Préface de Cromwell qui annonça la « bataille d’Hernani » entre les défenseurs d’un théâtre classique et ceux d’un théâtre romantique. Cela illustra d’une manière alors toujours très vivante la querelle entre les Anciens et les Modernes. 
Cette modernité littéraire de nouvelles générations d’écrivains qui s’affirmaient en opposition aux anciennes a son pendant dans la jeunesse qui imposait de nouvelles modes. En France, la littérature et la Mode ont toujours été très liées ; et elles ont fait évoluer la langue comme nous le constaterons dans un prochain article consacré aux Précieuses. 

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Photo 1 : Fontenelle, fut un des acteurs de ce qu'on appela la querelle entre les Anciens et les Modernes. Ce livre, datant de l'époque de l'auteur en est un exemple. Fontenelle, Bernard Le Bouyer de (1657-1757 : presque centenaire !), Poésies pastorales, avec un Traité sur la nature de l'églogue, et une digression sur les anciens et les modernes, Paris, M. Brunet, 1708. 3e éd., in-12°. La partie appelée Digression sur les Anciens & les Modernes fait explicitement référence à la ‘querelle’ dont Bernard Le Bouyer de Fontenelle fut un des acteurs et qui trouva son apogée à la suite de la lecture par Charles Perrault vers 1688 de son poème Le Siècle de Louis XIV dans lequel il proclamait la primauté de la littérature du temps. La première édition de Digression sur les Anciens & les Modernes date justement de cette année là et suit directement ce poème. Les partisans de la suprématie antique se recrutaient surtout à la Cour et dans la génération classique. Leurs adversaires étaient plutôt des auteurs jeunes, des mondains et des amateurs de genres nouveaux (opéra, contes, romans).

Photo 2 : Dacier, Anne, Des Causes de la Corruption du Goust, Paris, Rigaud, 1714. In-12°. Il s’agit de l’édition originale (1ère édition) de cet ouvrage d’Anne Dacier (1674-1720). Il fut à l’origine de la seconde querelle des Anciens et des Modernes connue sous le nom de ‘Querelle d'Homère’. Voici ce qu’on peut lire sur Wikipédia à ce sujet et sur Anne Dacier : « Elle publia en 1699 la traduction en prose de l’Iliade, qui devait être suivie neuf ans plus tard d’une traduction semblable de l’Odyssée, qui lui a acquis la place qu'elle occupe dans les lettres françaises. Cette traduction qui découvrit Homère à beaucoup d’hommes de lettres français, dont Houdar de la Motte, fut également l’occasion d’une reprise de la querelle des Anciens et des Modernes lorsqu’Houdar publia une version poétique de l’Iliade abrégée et modifiée selon son propre goût, accompagné d’un Discours sur Homère, donnant les raisons pour lesquelles Homère ne satisfaisait pas son goût critique. Anne Dacier répliqua la même année avec son ouvrage intitulé Des causes de la corruption du goût. Houdar poursuivit gaiement le débat en badinant et eut la satisfaction de voir l'abbé Terrasson prendre son parti avec la publication en 1715, d’un ouvrage en deux tomes intitulé Dissertation critique sur L'Iliade où il soutenait que la science et la philosophie, et particulièrement celles de Descartes, avaient tellement développé l’esprit humain que les poètes du XVIIIe siècle étaient considérablement supérieurs à ceux de la Grèce antique. La même année, Claude Buffier publia Homère en arbitrage où il concluait que les deux parties avaient convenu du point essentiel selon lequel Homère était l’un des plus grands génies que le monde avait vus et que, dans l’ensemble, on ne pourrait préférer aucun autre poème au sien. Peu après, le 5 avril 1716, Anne Dacier et Houdar trinquèrent à la santé d’Homère lors d’un dîner chez Jean-Baptiste de Valincourt. » Anne Dacier est aussi célèbre pour ses traductions du grec ou du latin comme celles de Térence.

Pour finir cet article et commencer les suivants, voici quelques passages du livre de Bernard Le Bouyer de Fontenelle proposé en photo 1, dont le dernier est consacré à Honoré d’Urfé dont le roman pastoral L’Astrée influença beaucoup les Précieuses du XVIIe siècle dont nous parlerons.

« […] je ne goûte point trop que d'une idée galante, on me rappelle à une autre qui est basse, et sans agrément. »

« On ne prend pas moins de plaisir à voir un sentiment exprimé d'une manière simple, que d'une manière plus pensée, pourvu qu'il soit toujours également fin. Au contraire, la manière simple de l'exprimer doit plaire davantage, parce qu'elle cause une espèce de surprise douce, et une petite admiration. On est étonné de voir quelque chose de fin et de délicat sous des termes communs, et qui n'ont point été affectés, et sur ce pied-là, plus la chose est fine, sans cesser d'être naturelle, et les termes communs sans être bas, plus on doit être touché. »

«  Quand je lis d’Amadis les faits inimitables, / Tant de Châteaux forcés, de Géants pourfendus, / De Chevaliers occis, d’Enchanteurs confondus, / Je n’ai point de regret que se soient-là des Fables. / Mais quand je lis l’Astrée, où dans un doux repos / L’Amour occupe seul de plus charmants Héros, / Où l’amour seul de leurs destins décide, / Où la sagesse même a l’air si peu rigide, / Qu’on trouve de l’amour un zélé partisan / Jusque dans Adamas, le Souverain Druide, / Dieux, que je suis fâché que ce soit un Roman ! / --- / J’irais vous habiter, agréables Contrées, / Où je croirais que les Esprits / Et de Céladon & d’Astrée / Iraient encore errants, des mêmes feux épris ; / Où le charme secret produit par leur présence, / Ferait sentir à tous les cœurs / Le mépris des vaines grandeurs, / Et les plaisirs de l’innocence. / --- / O rives de Lignon, ô plaines de Forez, / Lieux consacrés aux amours les plus tendres, / Montbrison, Marcilli, noms toujours pleins d’attraits, / Que n’êtes-vous peuplés d’Hilas & de Silvandres ! / Mais pour nous consoler de ne les trouver pas, / Ces Silvandres, & ces Hilas, / Remplissons notre esprit de ces douces chimères, / Faisons-nous des Bergers propres à nous charmer, / Et puisque dans ces champs nous voudrions aimer, / Faisons-nous aussi des Bergères. […] » Poésies pastorales. Alcandre. Premier églogue. A Monsieur

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Modes en France aux 17e, 18e et début du 19e siècles.

 

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En vert et contre tout ?

levertgalant400a.jpgLe vert est une couleur douce pour le regard. Les dentellières utilisaient comme support un parchemin de cette teinte pour ne pas fatiguer leurs yeux lors de la confection de leur ouvrage. C’est aussi la couleur de la nature, des monts du Forez et des rubans du berger Céladon qui a donné son nom au coloris si spécial d’une certaine porcelaine chinoise que la Compagnie des Indes importait en quantité. Ce ton était celui des Muscadins et des Incroyables, en particulier le vert  « caca dauphin ». Il en existe de nombreuses nuances. Avec le vert tout est permis ; on peut passer ! Et pourtant le théâtre qui était de vert vêtu est passé au rouge. S’il n’était pas recommandé aux comédiens de porter cette couleur, c’était parce qu’ils se seraient confondus avec le décor ! L’usage de ne pas porter de vert sur les planches est resté. Dans la pièce de théâtre Le Vert galant du début du XVIIIe siècle, un teinturier apprend qu’un de ses amis veut le tromper avec sa femme. Pour se venger il lui propose de ne pas aller chez le baigneur prendre un bain mais de le faire dans une de ses cuves. Le galant se retrouve entièrement teint en vert ! De ce fait, on y apprend qu’il y avait à cette époque des baigneurs-étuvistes qui étaient souvent des perruquiers et des barbiers. La propreté était une affaire importante au XVIIIe siècle comme nous le verrons dans un autre article.

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Le Journal des Dames et des Modes

muscadincostume350.jpgLa fin du XVIIIe siècle marque un changement radical dans la Mode. Le périodique qui témoigne le mieux de cette modification est le Journal des Dames et des Modes fondé à Paris en 1797, dont Pierre de La Mésangère devient rapidement le directeur. Toutes les gravures que nous présentons dans cet article sont d'époque et proviennent de ce journal. La première (planche 288 de l’an IX pour 1800) représente un Muscadin semblable aux Incroyables de la gravure de l’article du 24 septembre 2007 intitulé : Café des Incroyables. Ma parole d'honneur ils le plaisante. 1797. Cette estampe est particulièrement belle et la posture du modèle très élégante. Son port est gracieux et son geste de la main est une manière de langage propre aux Incroyables et Merveilleuses. 

Le Journal des Dames et des Modes représente donc les modes de son temps. Les jeunes femmes portent alors de longues tuniques, des drapés … La silhouette change du tout au tout. La modernité s’affiche épurée. Elle s’inspire de l’Antiquité comme sur l’estampe 320 de l’an IX (1800) où la coiffure est décrite comme étant « Antique ». Des Amazones se promènent dans Paris les seins nus ou à peine voilés comme sur la gravure n°322 de l’an IX (1800). Certaines portent même les cheveux courts. Sur la gravure 25 de 1798, « dessinée d’après nature sur le Boulevard des Capucines », la jeune fille a une coiffure dite textuellement « en porc-épic ». Cette mode aurait été instituée en solidarité avec des condamnés à l’échafaud de la Révolution, la coupe (au ras de la nuque) imitant celle de ces derniers ou dernières avant de passer à la guillotine. On lui donne alors le nom de « coiffure à la victime ». Dans l’article du 26 octobre 2007 intitulé Les Oubliés, nous faisons référence à ces bals des victimes. Ceux-ci généralisent la mode des robes gréco-romaines et de ces cheveux. Les découvertes archéologiques du XVIIIe siècle mettent au goût du jour d'autres coupes de cheveux courts appelées « coiffures à la Titus » du nom du fils de Brutus que l’acteur François-Joseph Talma (1763 - 1826) joue avec cette coupe qu’il porte aussi en ville (sur cet acteur consulter Wikipédia). Nous verrons dans un autre article combien le théâtre influence, répand et créé les modes alors. Cette coiffure est portée aussi bien par les femmes que par les hommes.

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Le Journal des Dames et des Modes est sans doute la dernière grande revue de mode du XVIIIe siècle. Elle marque la transition avec le XIXe. A travers elle on voit la mode changer. Le Premier Empire est encore plein de fantaisies, les hommes portent de très hauts chapeaux et même les soldats s’inspirent des Muscadins et Incroyables pour se vêtir. Mais ensuite les habits des hommes deviennent plus sombres et surtout beaucoup plus sobres. Le Romantisme prend la relève avec quelques ‘Jeune France’ et le dandysme fait son apparition dans l'hexagone. Les femmes portent à nouveau le corset, des robes amples et de nombreuses fioritures, mais d’un style tout à fait différent. 

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Les périodiques de mode : du 'Mercure galant' au 'Magasin des modes nouvelles françaises et anglaises'.

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D'après Raymond Gaudriault (La Gravure de mode féminine en France, Paris, Les éditions de l'amateur, 1983), les gravures ci-dessus font partie des « premières véritables gravures de mode françaises » (p.19).  « A la demande de Donneau de Visé, directeur du Mercure galant, il [le célèbre Bérain (1640-1711)] dessine pour la gazette les costumes que va graver le Pautre. » (p.18). Il s’ensuit dix planches (125 x 100 mm) dont cinq suivant les habits des saisons avec pour l’hiver deux planches publiées dans le Mercure galant d’octobre 1678. La date de 1678 marquerait donc les premières gravures de mode présentées dans une publication périodique (p.34). Ici, la mode du temps est décrite des pages 237 à 253, avec deux gravures l’une avec un cavalier, et une autre avec une dame, tous deux en « Habit d’Hiver » avec l’inscription de l’année en toutes lettres. Ces estampes illustrent le texte qui comme d’habitude est sous la forme d’une lettre adressée à une dame. On y parle de la mode qui sera le prochain hiver 1678. On en profite pour faire de la publicité pour les fabricants et marchands : « Monsieur Gaultier de la Couronne Rue des Bourdonnois » ou « le Sieur Charlier » qui a « son Magazin à Paris Rue de la Coutellerie, au Cerceau d’or ». On décrit ensuite les images. Il s’agit là d’un document de premier ordre dans l’histoire des gravures et revues de mode. De plus, le Mercure galant (dont la première parution date de 1672) est le périodique des Modernes de la fin du XVIIe siècle (Charles Perrault, Fontenelle …). En 1724, il change son titre en Mercure de France jusqu’en 1825. Voilà ce que l’on peut en lire dans : http://revel.unice.fr : « Le Mercure galant fut « moderne » avec passion. Contre les « Anciens » […] « l’auteur du Mercure » alla sentir le vent de la modernité à Versailles dans l’entourage de Colbert où l’actif et fort politique Charles Perrault distribuait pensions et conseils avisés. De Visé publia un jeune Normand de talent, Fontenelle, de surcroît neveu des Corneille, les porte-drapeaux du bon théâtre contre l’auteur de Phèdre et ses trop galantes rapsodies. Plus tard, il imprima dans son journal les premiers contes de Perrault, et donna à Thomas Corneille une espèce de droit de succession à ce que l’auteur des Caractères appelait l’Hermès galant en le qualifiant d’« immédiatement au-dessous de rien ». Les anciennes gloires féminines de la préciosité ralliées au monarque triomphant, Mlle de Scudéry puis Mme et Mlle Deshoulières, annonçaient d’autres gloires féminines comme Mlle L’Héritier, nièce des Perrault ou Catherine Bernard, protégée de Fontenelle. Le Mercure accueillait volontiers leurs vers et se faisait une réputation d’ami des dames contre des Anciens, tout juste capables de vaticiner de vieilles rengaines et des « satires contre les femmes ». »  

Si le Mercure galant est peut-être le premier périodique à s’intéresser à la Mode, d’après Raymond Gaudriault (op. cit. p. 34) « Pour Pierre de La Mésangère, qui écrit en 1818, le plus ancien journal de modes date de 1728. C’est Le Cabinet des nouvellistes ou les nouvelles du temps mises en figures. ». Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les publications périodiques de mode se multiplient. La plus connue est peut-être la Gallerie des Modes et Costumes français éditée par Jacques Esnauts et Michel Rapilly qui sont aussi les éditeurs de la première estampe présentée dans l’article du mercredi 10 octobre 2007 intitulé Des gravures de mode au XVIIIe siècle. Ces périodiques sont appelés, semble-t-il,  des cahiers ou journaux. Ils sont généralement constitués de gravures de mode contenant des descriptions. Ces cahiers sont parfois rassemblés et reliés en livres. L’estampe ci-dessous est tirée d’une de ces revues comme l’indique le texte : « 30e Cahier – Pl. 2 – 2e Année » et d’une façon plus précise du Magasin des modes nouvelles françoises et angloises. Le dessinateur est Defraine et le graveur Duhamel (1736 - après 1800). Elle représente deux jeunes filles de profil avec coiffures et habits, le tout rehaussé de délicates couleurs peintes à l’époque. Cette estampe originale peut être datée de 1786, date de la « Seconde Année » du Magasin des modes nouvelles françaises et anglaises. Créée tout d’abord sous le nom de Cabinet des Modes et éditée par le libraire Buisson, cette revue devient après une année le Magasin des modes nouvelles françoises et angloises. 132 numéros sont parus entre le 17 novembre 1785 et le 21 décembre 1789. Le Cabinet des Modes, serait la première revue de mode française à périodicité régulière. Le titre complet, retranscrit ci-après avec son orthographe, indique quels genres de textes et gravures on y trouve : « Cabinet des modes, ou les Modes nouvelles, décrites d’une manière claire & précise, & représentées par des planches en taille-douce enluminées. Ouvrage qui donne une connoissance exacte & prompte, tant des habillemens & parures nouvelles des personnes de l’un & de l’autre sexe, que des nouveaux meubles de toute espèce, des nouvelles décorations, embellissemens d’appartemens, nouvelles formes de voitures, bijoux, ouvrages d’orfèvrerie, & généralement de tout ce que la mode offre de singulier, d’agréable ou d’intéressant dans tous les genres. » Les estampes présentent donc des modèles en pied ou en buste, des meubles, des voitures … toutes sortes de choses à la mode. La gravure ci-dessous a une largeur de 10,5 cm et une hauteur de 19,4 cm. 

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A la fin du XVIIIe siècle, le Journal des Dames et des Modes est sans aucun doute la plus connues des revues de mode. Elle marque le passage à un style plus sobre d’habillements et de coiffures très influencé par « l’Antique ». Nous en proposons aussi à la vente. Mais ceci sera le sujet d’un prochain article …

Vous pouvez dorénavant accéder directement à la collection des objets d’époque témoins des modes du XVIIe siècle au début du XIXe à l’adresse : http://www.lebonton.com

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Les Oublies

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Les oublies seraient des petites gaufrettes, ayant la forme d'un cône, vendues par d'anciens soldats avec sur leur tambour un système de loterie. L'estampe représente peut-être un fils de soldat, ayant l'allure d'un Muscadin face à des Merveilleuses. Elle a pour titre : « Les Oublies ». Les Merveilleuses sont habillées à la mode du tout début du XIXe, c'est-à-dire dans des tuniques et drapés à l’antique. Le soldat quant à lui porte le chapeau caractéristique, la coupe de cheveux tombant sur les côtés du visage et une natte au dos (longue tresse appelée ‘cadenette’ et souvent attachée derrière la tête par un peigne). Son costume est assez rustique bien que typique, et ses chaussures ont la forme de sabots. Le dessinateur est le baron François-Joseph Bosio (1768 -1845) dont on peut voir d’autres gravures sur le site de la Réunion des Musées Nationaux  avec cette même signature : ‘D. Bosio’ (cliquez ici). Le graveur est Nicolas Schenker (1760 – 1848). Cette image est de la première moitié du XIXe siècle.

Des questions récurrentes sont posées concernant les Merveilleuses, Incroyables et Muscadins. Une d’entre elle est de demander quelle est la différence entre un Petit-maître, un Incroyable et un Muscadin. Tous trois sont des jeunes gens aux manières précieuses, habillés avec soin et originalité, usant d’un langage et d’un style recherchés parfois affectés. On les retrouve dans toute la seconde moitié du XVIIIe siècle et au tout début du XIXe. Leurs habits et leurs tournures ne sont donc pas toujours les mêmes. Ce qui les définit comme étant l’un ou l’autre, c’est avant tout le regard que les autres portent sur eux. Un Sans-culotte les traitera de ‘Muscadins’, terme souvent usité de façon péjorative pour accentuer leur côté « cocotte » (se parfumant exagérément au musc). ‘Petit-maître’ est plus employé de façon affectueuse, et le nom d’’Incroyable’ marque l’étonnement, voir l’enchantement.  On désigne ces jeunes par d’autres mots comme ‘Inconcevables’ etc. Dans l’article du 11 septembre 2007 intitulé Les Merveilleuses, Incroyables, Muscadins … leurs cannes et leurs bâtons, une gravure présente un Inconcevable au bras d’une Merveilleuse avec une commerçante à la criée qui s’exclame : « C’EST INCONCEVABLE, tu n’es pas reconnaissable ! » Si la marchande avait utilisé le mot ‘Incroyable’ cela aurait eu le même effet. L’habit du garçon pourrait tout aussi bien être celui d’un des trois autres ‘types’ de jeunes gens. Cette gravure montre aussi que cette jeunesse là n’est pas coupée du populaire, n’est pas obligatoirement « dorée » comme on le dit souvent, mais qu’elle possède sans conteste une richesse qui lui est propre : celle que seul son âge peut offrir.

Une autre question que l’on pose souvent regarde les convictions politiques de ceux-ci. Là cela concerne en particulier les Muscadins pendant la Révolution qui étaient appelés ainsi surtout de façon péjorative par certains révolutionnaires. De plus, cette jeunesse là (avec ses Incroyables …) rechigne à s’engager dans les armées de l’époque et à suivre les couleurs imposées. Elle a les siennes propres, comme le noir ou le vert, et leurs collets portant ces teintes sont l’objet de rixes avec les sans-culottes qui veulent les leur arracher. Avec la fin des Sans-culottes, l’ordre est représenté par les Muscadins. Leurs habits deviennent même ceux des militaires. Sous l’empire, Napoléon lui-même porte des habits d’Incroyable, ainsi que certains de ses officiers et de son armée.  Leurs immenses chapeaux « bicornes » en sont un exemple, de même que les cravates hautes, les manteaux caractéristiques etc. La mode masculine des couvre-chefs gigantesques et très originaux du Premier Empire n’a aucun équivalent dans l’histoire de la mode des hommes ; même les hauts-de-forme du XIXe siècle font très pâle figure en comparaison. En résumé, avant 1789, les Incroyables et autres Muscadins n’affichent pas de couleurs politiques précises mais simplement leur différence. A la Révolution, acculés dans un monde violent et politisé ils cherchent soit à s’y soustraire, soit prennent une cause. Le fait est que beaucoup perdent des gens de leur famille dans cette tuerie. Leur collet noir est en signe de deuil et il leur est impossible de prendre partie pour ceux qui sont à l’origine de ces meurtres ou qui les soutiennent. Mais cela ne les empêchera pas de savourer pleinement leur jeunesse et de s’amuser. A la fin de la Révolution, on organise des ‘Bals des victimes’ ouverts à ceux ayant perdu au moins un de leurs proches à la guillotine. Comme toujours en France, la Joie reprend le dessus avec des fêtes organisées jusque dans l’ancienne résidence parisienne de la marquise de Pompadour (l’actuel Palais de l’Elysée), achetée par Louise-Marie-Thérèse d'Orléans duchesse de Bourbon qui en 1797 loue le rez-de-chaussée au négociant Nicolas Hovyn, qui dès le mois de juin et pour à peu près une année (jusqu’à l’exil de la duchesse) le consacre à la danse et aux jeux. C’est à cette époque semble-t-il que l'hôtel prend le nom d'"Elysée" du fait du lieu de promenade voisin.

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Des gravures de mode du XVIIIe siècle

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Grande estampe du XVIIIème siècle représentant la planche n°1 de la 13ème suite de douze différentes coiffures (chapeaux, bonnets, charlottes) à la mode en 1785. Gravure sur cuivre sur papier vergé de l'époque gravée par Dupin d'après Desrais et publiée chez Esnaults et Rapilly à la ville de Coutances, à Paris, avec Privilège du Roi. Dimensions 43 x 28 cm et 23 x 28 cm sans les marges. Texte de la gravure : 13e Suite de Coeffures à la mode, en 1786. N°1Bonnet à la Chérubin, vû sur le côtéBonnet à la Chérubin, vû par devantChapeau à la Saint DomingueLe même chapeau vû sur le côtéChapeau à la Minerve BretonneCoëffure de Mme Dugason dans le rôle de Babet, à la Comédie ItalienneCoeffure de Mlle S. Huberti de l’Académie Royale de MusiqueCoeffure de Mlle Maillard dans le rôle d’Ariane, opéraNouveau Chapeau à la FigaroNouveau Chapeau à la CharlottembourgCoeffure à la nouvelle CharlotteCoeffure de la Beauté de St JamesDesrais del. Dupin sculp. – A Paris chez Esnauts et Rapilly, rue S. Jacques, à la Ville de Coutances. Avec Privil du Roi. 

Nous avons vu dans l’article du 2 octobre 2007 intitulé : Les almanachs de mode du XVIIIe siècle, l’importance de ces petits livres dans la divulgation de la mode dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les gravures sont un autre moyen. Elles offrent des exemples de coiffures ou d’habits à la mode du jour ou des années précédentes. Elles sont envoyées en province et dans le monde entier pour servir de références aux marchandes de mode, coiffeurs et dames. Elles sont vendues sous la forme de suites (parfois reliées entre elles) ou au détail. Elles sont un témoignage capital de la divulgation des modes au XVIIIe siècle. Fréquentes à l’époque, ces estampes sont très rares aujourd’hui. Certaines recensent des modes vieilles de plusieurs siècles et prouvent qu’il y avait alors une véritable culture de la Mode et de son histoire qui n’est pas si éloignée de la notre avec ses nouveautés portées par les fabricants (dont certains sont de véritables ateliers de haute-couture) et autres artisans coiffeurs … ayant eux aussi leurs figures de proue. Dans la gravure présentée ici, la date de 1785 est très proche de celle de l’édition (fin du XVIIIe siècle) comme le montrent divers éléments tels : les dates des auteurs Desrais et Dupin, la période où la maison d’édition indiquée sévit, le type de papier utilisé et son filigrane, le Privilège Du Roi (APDR) antérieur à 1794 ... Nicolas Dupin est un graveur actif à la fin du XVIIIe siècle et Claude-Louis Desrais (1746-1816) est un peintre à l’origine de nombreuses gravures de mode comme : Mode du jour, Le Serail en Boutique, Promenade du Boulevard des Italiens… de même que de diverses estampes répertoriant les modes de l’époque comme celles de la revue : Cahiers de Costume Français. Esnaults et Rapilly sont des vendeurs/éditeurs de la fin du XVIIIe siècle qui ont publié de nombreuses gravures récapitulant les modes de leur siècle, dont plusieurs sont d’après Desrais et gravées par Dupin. On peut en voir quelques-unes sur le site de la Réunion des Musées Nationaux (http://www.photo.rmn.fr) en faisant une recherche par Desrais Claude-Louis (1746-1816). Sur ce même site il y a une gravure semblable à la notre (cliquez ici) mais coloriée. La seconde gravure présentée ci-dessous est aussi d’époque et coloriée. On peut du reste observer le raffinement des tons chatoyants ou pastel.

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Gravure de la seconde moitié du XVIIIe siècle, avec 4 vignettes représentant des dames en buste coiffées de chapeaux : Chapeau à la Bostonienne, Chapeau à la Voltaire, Nouveau Casque à la Minerve ou la Pucelle d'Orléans, et Chapeau à la Colonnie (orthographe de l’époque). La gravure avec ses marges fait 23,5 x 35 cm et sans 21,1 x 27,4 cm. 

Les almanachs et les gravures ne sont pas les seuls à permettre aux modes parisiennes de se répandre dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. On publie aussi des périodiques comme nous le verrons dans un autre article. Et puis il y a les poupées de mode qu’on habille au goût du jour et qui portent la mode loin.

Retrouvez la collection LM des Modes en France du XVIIe siècle au début du XIXe en vente sur : http://richard.lemenn.free.fr/rubriques/modes.html

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Merveilleuses & merveilleux