Articles avec #les ceramiques catégorie

Statuettes en céramique du XVIIIe siècle

couple de bergersPhotographie : « Groupe en faïence de Lunéville à décor polychrome représentant un berger assis et une bergère tenant des fleurs. XVIIIe siècle. Hauteur : 21,5 cm » de 'Christian Béalu - Antiquaire – Expert'.

Depuis la plus haute antiquité, l'homme fabrique des statuettes en terre cuite. Dans le cadre d'un doctorat sur les iconographies antiques de la Comédie nouvelle, j'ai notamment étudié celles représentant des personnages des pièces de Ménandre (IVème siècle avant Jésus-Christ), de Térence (190-159? av. J.-C.) et d'autres auteurs de ce genre. J'ai été étonné de la parfaite transmission des codes iconographiques à travers les siècles pendant toute l'Antiquité jusqu'au Moyen-âge. Mes recherches m'ont conduit à découvrir une production de statuettes figuratives aux thèmes aussi bien empruntés à la religion qu'à la vie quotidienne. Les plus réputées et sans doute les plus belles sont celles que l'on appelle depuis le XIXe siècle les 'tanagras'. Celles-ci sont d'une finesse particulière, avec des teintes (pour celles qui les ont conservées) d'un pastel d'une grande délicatesse.

jeunevendangeuseAu XVIIIe siècle la céramique et en particulier la porcelaine sont des marques de raffinement. Ce prestige vient en partie du fait qu'après les fontes d'argenterie imposées par le roi Louis XIV pour financer ses guerres, de nombreuses personnes se tournent vers ce matériau, commandant des ensembles de table remplaçant ceux en argent mais constitués des mêmes éléments, avec notamment les surtouts servant pour décorer une table. De grandes compositions de céramique sont demandées, représentant divers sujets. Les statuettes en céramique deviennent utilisées de plus en plus fréquemment pour décorer divers endroits de la maison, en particulier du fait de l'essor de la porcelaine au XVIIIe siècle, avec la découverte en Allemagne de la technique de fabrication de la porcelaine dure, et des grandes manufactures françaises.

Une nouvelle technique fait aussi son apparition : celle du 'biscuit' qui est une porcelaine blanche, tendre ou dure, cuite au four à très haute température, non émaillée, qui imite le grain du marbre. Le biscuit sort achevé du four après une seule cuisson et sans ajout de décor. Jean-Jacques Bachelier (1724-1804), artiste travaillant notamment pour les manufactures de porcelaine de Vincennes puis de Sèvres, s'attribue l'invention du biscuit. 1752 serait la date des premières fabrications à Vincennes. Il est à noter qu'on appelle aussi 'biscuit' tout objet en céramique tel que sortant du four à sa première cuisson (c'est le biscuitage).

Photographie de droite : « Biscuit en pâte tendre de Sèvres représentant une jeune vendangeuse. XVIIIe siècle. Marque incisée sous la base F pour l’atelier de Falconet. Hauteur : 15 cm. » 'Christian Béalu - Antiquaire – Expert'

Dernière photographie : Image prise lors d'une exposition au Musée national de céramique - Sèvres présentant un service de table en porcelaine.tableexpositionaumuseedesevres

Voir les commentaires

Terres vernissées anciennes

ceramiquemedievaleparis300Martine Houze est une importante spécialiste de l'art populaire en France. Elle sait trouver et transmettre le précieux de certains objets 'simples' d'autrefois. Par leur intermédiaire, c'est une beauté et une intelligence qui sont révélées, à travers le quotidien. Ces pièces témoignent de la vie : du travail, du mariage, du baptême … et du rêve … des objets qui portent en eux une part de l'âme de ceux qui les fabriquent, les offrent ou les utilisent. L'élégance est aussi intérieure … parfois cachée par la force des choses (justement !). Comme le dit ce passage de Le Petit Prince d'Antoine de Saint Exupéry : « … on ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux. »

assietteterrevernissee300Je vais présenter dans quelques articles certains des objets du site de cette experte : www.folkcollection.com. Pour commencer voici quelques terres vernissées anciennes :

Photographie 1 : « Pichet. Terre blanche vernissée jaune. Sur piédouche évasé, petite panse méplate prolongée par un long col évasé. Anse étirée, pourvue d’un poucier à deux ergots. La panse est protégée par des petits colombins inclinés tandis que le haut du col est rehaussé d’une rangée de quatre pastilles. Ce type de pichet ne possède pas de bec verseur mais la lèvre est incurvée faisant office de casse gouttes. PARIS. Seconde moitié du XIVe siècle. H : 15 cm »

Photographie 2 : « Plat de Martincamp. Terre blanche vernissée à décor d’un cheval stylisé dans un entourage de rinceaux. Hachures vertes et rouges sur l’aile. (Fêlures). Normandie - Seine maritime – Martincamp. Fin du XVIIIe siècle D : 35 cm »

Photographie 3 : « Platine à repasser. Terre crème vernissée vert. Plaque circulaire bombée, montée sur trois pieds. Bretagne - Herbignac XIXe siècle D / 42 cm. On disposait un réchaud rempli de braises sous la platine sur laquelle on étirait le linge encore humide pour le lisser et le faire sécher. »repassage300

Voir les commentaires

Porcelaine de Chantilly

Images faites à partir de photographies provenant de www.interencheres.com

Si les musées offrent des expositions thématiques parfois passionnantes, la passion de l'Art se rencontre souvent d'une manière encore plus intime dans d'autres endroits comme certaines ventes de collectionneurs. Le mardi 8 décembre à Drouot Richelieu (Paris) sera proposée aux enchères par Million & Associés (www.millon-associes.com) la collection de M. Jean de Cayeux de porcelaines tendres de Chantilly du XVIIIe siècle aux décors en camaïeu bleu et Kakiémon, visible sur interencheres.com.

La production de porcelaine tendre de Chantilly parcourt depuis 1725 tout le XVIIIe siècle. Féru de céramiques extrêmes-orientales, Louis IV Henri de Bourbon-Condé (1692–1740) a l'idée de faire élever dans son domaine cette manufacture dont le premier but est d'imiter la porcelaine du Japon. La France ne sachant pas encore fabriquer de la porcelaine dure comme en Asie elle en fait une imitation appelée 'tendre'. La riche collection de porcelaines dures japonaises d'Imari de style Kakiemon du prince de Condé (aussi duc de Bourbon, duc d'Enghien, de Guise, de Bellegarde, pair de France et comte de Sancerre) sert de premier modèle à ses céramistes. Après 1750, le style se diversifie avec l'ajout de nouveaux décors. La production de la fin du XVIIIe siècle privilégie semble-t-il le décor de camaïeu bleu. La marque habituelle est un cor de chasse. Après la fermeture de la manufacture de Chantilly, des fabriques fondées dans la même région poursuivent une production similaire, et leurs réalisations portent la même marque.

Photographie 1 : « Pot à eau et son bassin à côtes à bord festonné en porcelaine tendre à émail stannifère à décor Kakiémon polychrome de branchages fleuris. La prise du couvercle est en forme de bouton de fleur. XVIIIe siècle. Marqués au cor de chasse rouge. Hauteur verseuse : 13,2 cm Hauteur bassin : 5,5 cm Diamètre : 15 cm Couvercle accidenté, égrenures au bord du bassin, usures. » (www.interencheres.com)

Photographie 2 : Détail de la photographie 6.

Photographie 3 : « Rare pot à fard à couvercle concave en porcelaine tendre à émail stannifère à décor floral Kakiémon polychrome. Monture argent. XVIIIe siècle. Marquée au cor de chasse rouge. Hauteur : 6,5 cm Diamètre : 5,3 cm Diamètre base : 4,3 cm » (www.interencheres.com) Cette céramique est particulièrement intéressante car le dessus a sans doute pour fonction de servir de mortier pour broyer le rouge ou faire des mélanges.

Photographie 4 : « Saladier rond à bord en douce accolade en porcelaine tendre à émail plombifère à décor d’un petit bouquet de roses avec insectes en camaïeu bleu. Filet bleu en bordure. XVIIIe siècle. Marqué au cor de chasse bleu et de la lettre « F » de même. Profondeur : 9,5 cm Diamètre : 32 cm » (www.interencheres.com)

Photographie 5 : « Pot à sucre rond couvert sur piédouche en porcelaine tendre à émail plombifère au décor à la brindille en camaïeu bleu. Filet bleu en bordure. La prise du couvercle est en forme de bouton. XVIIIe siècle. Hauteur totale : 12 cm Diamètre : 10 cm Diamètre base : 6 cm » (www.interencheres.com) Le décor en bleu à la brindille est récurrent dans la production de Chantilly.

Photographie 6 : « Rafraîchissoir à bouteille sur piédouche en porcelaine tendre à émail plombifère. Décor à l’œillet en camaïeu bleu avec brindilles, et insecte sous une prise. Filet bleu en bordure. Les anses rocaille sont sommées d’une coquille. XVIIIe siè cle. Marqué au cor de chasse bleu et de la lettre « B » de même. Hauteur : 18,3 cm Diamètre base : 13,5 cm » (www.interencheres.com) L'oeillet est une fleur qu'affectionne, semble-t-il, en particulier Louis II de Bourbon-Condé (1621-1686), dit "Le Grand Condé ».

Voir les commentaires

Objets phares des prochaines ventes à Drouot, troisième partie : Porte-montre en céramique polychrome du XVIIIe siècle et montre bassine du XVIIe

Le porte-montre du XVIIIe siècle est souvent un objet plein de charme comme les montres de cette époque parfois d'une remarquable finesse.

Trois premières photographies : Porte-montre de forme rocaille supporté par deux lions bruns assis sur une base bleue. Décor polychrome de volutes, coquilles, paniers et cornes d'abondance, avec des motifs champêtres. Au centre sont représentées les quatre saisons avec trois femmes assises pour l'automne, l'été et le printemps, et un vieillard couché pour l'hiver. Hauteur : 34 cm. Vente à Drouot Richelieu le 30 novembre 2009 par SVV Rieunier & Associés. Retrouvez le catalogue de la vente ici.

Dernière photographie : Montre bassine pendentif de vers 1630, en or émaillé polychrome avec divers thèmes dont celui du « Repas de Damoclès ». Dans la bassine, en camaïeu sépia, sur fond bleu est représentée Aphrodite dans un jardin de style français. Elle fait 3,44 cm de diamètre et 1,9 cm d'épaisseur. Elle sera en vente à Drouot Richelieu le 19 novembre par Drouot Estimations.

Voir les commentaires

Objets phares des prochaines ventes à Drouot, deuxième partie : « L'Arbre d'Amour »

Saladier en faïence ayant pour date 1799, de 31 cm de diamètre. Cette céramique a un décor polychrome intitulé : « L'Arbre d'Amour » (Vente à Drouot Richelieu le 4 décembre 2009 par SVV Piasa). Au XVIIIe siècle, ce thème est largement reproduit. Il représente des hommes réfugiés dans un arbre que des femmes coupent afin de les cueillir tout en leur proposant des cadeaux. Deux d'entre elles scient l'arbre avec comme texte (à peu près car tout n'est pas très lisible) : « Courage Margot, nous auront une pièce ou un morceau ». Une autre donne de grands coups de hache. « La charmante Isabeau lui présente un beau chapeau ». Celle en haut de l'échelle propose : « Monsieur d'agréables manières, recevez cette tabatière ». Et puis : « D'une main la belle Suzanne avec son cordeau fixe le gros badaud. Et de l'autre lui présente une canne ». Sur le pourtour de cette céramique on peut lire à peu-près ces mots : « Belles, quittez-moi ces amants qui ne sont pour vous que glacés. Dénichez-les de dessus cet arbre. Cessez de leur faire des présents. Coupez-moi l'arbre au tronc et moquez-vous de leur audace. Faites-les tomber sur la paillasse ces lâches et ces poltrons. - Mais dames nous allons descendre. Apaisez toute votre fureur. Nous vous allons donner nos coeurs. Que voulez-vous donc entreprendre ? - Alors descendez chers amants et ne soyez plus rebelles. Vous serez chéris de vos maîtresses. » Il est à noter une indication de nom : « Louise » ; et une date : « 1799 ».

Voir les commentaires

Tulipières

Photographie : Copied with permission from Aronson Antiquairs, © 2009 Aronson.com

Paire de tulipières 'bleu et blanc' provenant d'Aronson Antiquairs of Amsterdam (depuis 1881), en faïence de Delft de vers 1695-1705, présentée en situation. Chaque bouquetière fait 54.3 cm de haut.

La tulipe est une fleur emblématique d'une époque d'ouverture de l'Occident sur le monde et de découvertes ... en particulier des débuts d'une des grandes épopées commerciales : la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Ce renouveau est à l'origine d'une très belle page d'histoire de nos beaux-arts. Créée en 1602, la « Compagnie unie des Indes Orientales » domine de sa richesse et de sa puissance près de deux siècles et entretient le rayonnement de la peinture flamande (Vermeer, Rubens, Rembrandt …), de la faïence de Delft etc.

La tulipe provient des zones tempérées chaudes, en particulier de la Turquie et de Constantinople. Elle est introduite en Occident, dans le nord de l'Europe, depuis au moins le XVIe siècle. Au tout début du XVIIe, les bulbes de cette plante se vendent aux Pays-Bas. Les riches commerçants néerlandais se passionnent pour les plus exceptionnelles d'entre elles et en plantent à l’arrière de leurs maisons dans leurs jardins privés notamment en plein centre d'Amsterdam. Des hybrides et de nouvelles variétés sont créées, aux aspects et teintes magnifiques : marbrées, flammées … La tulipe devient rapidement une image de réussite et les bulbes les plus rares se vendent de plus en plus cher. Ceci engendre une spéculation avec quelques records. Une sorte de bourse de commerce des tulipes est même mise en place. Mais en 1637 le cours des bulbes remarquables s'effondre.

Pendant ces années, posséder les tulipes les plus recherchées est un gage de richesse. Pour les exposer on invente de nouvelles formes en particulier créées par les faïenceries hollandaises et du nord de l'Europe, très réputées (surtout celles de Delft). La fabrication de telles bouquetières se poursuit après la « tulipomanie » ; mais c'est pendant cette période que l'on a les plus prestigieux exemples. En France, on a l'habitude d'appeler ces objets, souvent impressionnants, et fabriqués par les faïenciers de Delft ou des environs : des tulipières. Ce sont de magnifiques objets.

Photographies : Copied with permission from Aronson Antiquairs, © 2009 Aronson.com

Les bouquetières présentées ici proviennent toutes du site : http://aronson.com/ Ce sont des faïences de Delft en 'bleu et blanc'. La première date de vers 1686-95 et fait 73.7 cm de haut et 53 cm de large. La paire date de vers 1695-1705 (54.3 cm de haut). La quatrième est de vers 1720 et a une hauteur de 63,5 cm.

Aronson Antiquairs has not contributed to this article, nor have they verified the content.

Voir les commentaires

Les grands collectionneurs de porcelaine asiatique aux XVIIème et XVIIIème siècles, quelques exemples allemands et français.

Article et photographies de l'antiquaire M. Philippe Michaud : www.ph-michaud.com

Héritiers des premiers collectionneurs que furent Jean de Berry et son frère Louis d’Anjou à la fin du XIVème siècle, divers grands aristocrates, hommes politiques ou religieux portèrent aux XVIIème et XVIIIème siècles le goût pour les porcelaines d’Asie à un niveau exceptionnel et encore aujourd’hui inégalé. Ces ensembles furent constitués patiemment, parfois par le rachat de collections entières, souvent lors de successions, ventes aux enchères ou auprès de grands marchands merciers parisiens. Une petite vingtaine de noms, essentiellement masculins, sur ces deux siècles, peuvent aujourd’hui être retenus, tout en notant que leur collection de porcelaines de Chine (ou du Japon) n’était qu’une parmi de nombreuses et très diverses.

Le premier d’entre eux, chronologiquement, fut Armand du Plessis, cardinal de Richelieu (1585-1642), avec près de 400 pièces au Palais Cardinal (actuel Palais Royal, à Paris). Plus modestement, mais sans doute avec une grande exigence de qualité, André le Nôtre (1613-1700) offrit une garniture de 5 pièces Blanc Bleu à Louis XIV le 5 mai 1693, qui les offre à son tour au Grand Dauphin.

En ce qui concerne les collections royales françaises, Louis XIV (1638-1715), avant 1679, avait quelques centaines de pièces, secondaires, pour Versailles, Saint-Germain-en-Laye et le château du Val. De nombreuses pièces avaient été reçues comme cadeaux diplomatiques lors des ambassades de Siam en 1684 et 1686. Huit grandes urnes couvertes ornaient le Salon de Marly. En 1718 les collections comptent 2714 pièces, mais pas de cabinet de porcelaines dans les appartements royaux ou le Garde-Meuble. Les ventes de Louis XV aux Tuileries en 1752 firent chuter le nombre à 81, et dès le début des années 1780 il n’y aura plus rien. Plus passionné en ce domaine que Louis XIV, Philippe de France (1640-1701), frère du Roi, dit Monsieur, possédait 301 pièces dans l’arrière-cabinet du château de Saint-Cloud, un des rares cabinets de porcelaine princiers de France. Sans doute le plus passionné de sa famille par les porcelaines, Louis de France, dit le Grand Dauphin (1661-1711) exposait au château de Meudon 380 porcelaines à sa mort, toutes vendues aux enchères ; certaines ont été achetées par l’ambassadeur d’Auguste le Fort à Paris, Charles-Henry de Hoym ; d’autres réapparurent dans la vente du duc de Tallard en 1756 ; aujourd’hui un vase est à Dublin.

Auguste de Saxe, dit le Fort, roi de Pologne (1670-1733), reste aujourd’hui un des plus exceptionnels collectionneurs de tous les temps, se qualifiant d’atteint de la « maladie de la porcelaine », tant sa passion devint excessive. ; il acheta en 1717 le Palais Hollandais, à Dresde Neustadt pour la mise en place des porcelaines, puis la construction du Palais Japonais commença en 1722 (inachevée à la mort du roi en 1733). Le premier inventaire et la numérotation de la collection eurent lieu en 1721. Un cabinet de porcelaines fut aussi aménagé dans la tour du château de la Résidence. À partir de 1833 le conservateur de la collection Gustav Klemm (mort en 1867) vendit les « doubles » pour financer un musée international de la céramique (4875 pièces vendues, dont beaucoup de Meissen). Son successeur Théodore Graesse (mort en 1885) arrête les ventes, mais il dépose 228 pièces au château de Pillnitz et 206 à celui de Moritzburg. À partir de 1873 la collection est installée dans le Johanneum (anciennes écuries et ancien entrepôt des carrosses). Entre 1919 et 1924 l’Etat Libre de Saxe vendit des doubles pour financer de nouvelles acquisitions puis pour payer les dédommagements à l’ancienne famille royale. La collection fut peu à peu mise en place au Zwinger à partir de 1933, où elle est toujours exposée, au cœur du quartier historique de Dresde.

Deux autres grands collectionneurs de langue germanique sont à retenir : Maximilien-Emmanuel de Bavière (1662-1726), héritier de ses antécédents et transmettant son goût à ses descendants  Wittelsbach; ses collections sont aujourd’hui au palais de la Résidence, à Munich. Sophie-Charlotte de Hanovre, reine de Prusse (1668-1705) créa en 1703 au château de Charlottenburg son fameux cabinet de porcelaine, réputé le plus grand d’Europe.

Philippe d’Orléans, dit le Régent (1674-1723) développa des ensembles hérités de son père au Palais Royal et au château de Saint-Cloud ; la dispersion eût lieu lors ventes ordonnées par Louis-Philippe II d’Orléans (futur Philippe-Egalité, en 1786) ; aujourd’hui divers vases Imari sont au Louvre et au musée Cerralbo à Madrid. Contemporaine du Régent, Sybille-Auguste de Saxe-Lawenbourg, princesse de Baden-Baden (1675-1733), constitua une importante collection aux châteaux de Rastatt et la Favorite (aujourd’hui encore in situ).

Le duc de Tallard (1684-1756) réunit une importante collection dispersée en vente en le 22/03/1756 ; plusieurs pièces provenaient de la collection du Grand Dauphin. La provenance prestigieuse était bien sûr déjà très recherchée. Louis IV Henri de Bourbon Condé (1692-1740) constitua une très riche collection, surtout japonaise, au château de Chantilly ; aujourd’hui quelques pièces sont in situ. Passionné de porcelaine, il fonda comme Auguste le Fort une manufacture de renommée internationale.

Marie-Thérèse de Habsbourg (1717-1780), impératrice d’Autriche, réunit de beaux ensembles, qui sont aujourd’hui exposés dans diverses salles du palais de la Holfburg, à Vienne.

Au XVIIIème siècle, la grande figure féminine française dans le domaine du mécénat et des collections reste Jeanne, marquise de Pompadour (1721-1764), dans ses diverses résidences dont l’actuel palais de l’Elysée (hôtel d’Evreux), avec près de 300 pièces lors de l’inventaire après décès de 1764. Elle se fournissait en partie auprès des marchands merciers Gersaint et de Lazare Duvaux, qui ornaient souvent les porcelaines de montures en bronze doré ; aujourd’hui diverses collections (Getty, reine d’Angleterre…) possèdent des pièces de la collection Pompadour, en général monochromes.

Plus modestement, il faut aussi retenir Louis-Urbain Lefèvre de Caumartin (1653-1720), intendant des finances (achats à la vente du Grand Dauphin) et surtout Pierre-Louis Randon de Boisset (1708-1776), archétype du collectionneur du siècle des Lumières. Il fut l’un des plus célèbres d'entre eux. Issu d'une famille de banquiers, il devint avocat au Parlement de Paris avant de rentrer aux Affaires du Roi. Fermier Général en 1757, et l'un des personnages les plus riches du royaume, il posséda deux pièces provenant du Grand Dauphin, via le duc de Tallard puis via Julienne de Gaignat ; sa vente aux enchères eut lieu le 27/02/1777. La collection Julienne de Gaignat (ami de Watteau), présentait aussi deux pièces provenant du Grand Dauphin, via le duc de Tallard. Le duc d’Aumont (1709-1782) collectionna aussi quelques porcelaines exceptionnelles, dispersées lors de sa vente aux enchères le 12/12/1782, aujourd’hui au Louvre (achats de Louis XVI).

Le dernier de cette série fut probablement Louis-René de Rohan-Guéméné, cardinal archevêque de Strasbourg (1734-1803) qui réunit à la fin de l’Ancien Régime un très bel ensemble pour orner son pavillon chinois au château de Saverne. L’essentiel est aujourd’hui exposé au palais Rohan, à Strasbourg. Toutefois il se démarqua à la fois de ses contemporains par cet intérêt alors déjà démodé et de ses prédécesseurs en achetant quasi exclusivement de très grandes pièces, pour « décorer ».

Aujourd’hui l’intérêt des collectionneurs pour les porcelaines de Chine ou du Japon a beaucoup évolué. En dehors des porcelaines à monture de bronze doré d’époque ou de rares exemples tout à fait exceptionnels et en général recherchés par les asiatiques fortunés, le marché de l’art présente encore nombre de belles pièces à des prix très raisonnables. Il est donc toujours possible, sans élitisme, d’acquérir des pièces identiques à celles issues de certaines collections citées ci-dessus et exposées dans divers musées ou châteaux.

Illustrations : deux porcelaines du Japon, vers 1700 (vase 39,5 cm, plat 24,5 cm), portant la marque d’inventaire de la collection d’Auguste Le Fort à Dresde ; collection particulière.

Article et photographies de M. Philippe Michaud, antiquaire spécialisé dans les porcelaines de la Compagnie des Indes
www.ph-michaud.com

Voir les commentaires

Bouquets de fleurs

Photographie du tableau : « Bouquet de fleurs, flûte et partition sur un entablement » Huile sur toile (H. 56 cm, L. 43 cm) signée "Bachelier" en bas à gauche sur la partition. Il s'agit d'une peinture de J-J Bachelier (Paris 1724 – 1806) vendue par la galerie parisienne Coatalem. Image Copyright Galerie Coatalem, Paris. 
Le
bouquet de la photographie se compose de diverses variétés de fleurs : lys blanc, bleuet, pivoine (semble-t-il), liseron, oeillet, une graminée, narcisse, rose blanche … Un papillon se cache au milieu. Si de la partition on ne distingue que la signature du peintre et n
on pas les notes cachées sous la flûte et le panier de fleurs, c'est parce que les signes musicaux sont dans la composition même du tableau. En plus de sa beauté d'ensemble l'intérêt de cette peinture réside dans sa musique, chaque élément donnant à écouter ... C'est un air délicat que le peintre a composé dans cette image : formes, couleurs, sujets ... Les fleurs en expriment en particulier les notes et les paroles. Autrefois plus qu'aujourd'hui on s'intéresse au langage des fleurs que la plupart connaît. Si on se réfère à cette langue, ce tableau joue une chanson d'amour tendre qui dit à peu près ceci : « Mon âme [le papillon : Psyché] ne voit que vous, alors que vous ne me voyez pas [le comble pour une représentation visuelle]. Mon amour est timide et sincère mais riche, d'une humble détermination et ardent en mon coeur. » Le blanc (pureté) et un bleu gris-pastel (amitié tendre) dominent avec seulement un ton de rouge (passion) mais au centre et un peu de jaune (richesse) qui est la couleur de la flûte. Wikipedia propose un recensement de ce Langage des fleurs.
Certains disent que la nature est un livre ouvert qui peut se lire si on connaît son langage : formes, sons, odeurs, propriétés culinaires, pharmaceutiques, pratiques …, un ouvrage d'une richesse illimitée. Cette langue n'a pas de frontières ,mais les mots ne sont pas toujours les mêmes puisque les variétés changent d'un pays ou d'une région à l'autre.
Les différentes cultures usent de ces symboliques. En architecture la rosace est une figure récurrente depuis la Haute antiquité jusqu'à aujourd'hui. Celles des églises de Notre Dame de Paris en sont des exemples majestueux. Leurs représentations ainsi que celles que l'on retrouve aux plafonds de nombreux monuments antiques ou néo-antiques s'inspirent de la fleur et plus particulièrement de la rose très présente dans l'art occidental. Dans la Grèce antique ce sont aussi des feuilles qui décorent céramiques et chapiteaux : palmettes des vases à figures noires ou rouges et feuilles d’acanthe des chapiteaux corinthiens. Autant de plantes différentes qui s’épanouissent au gré des civilisations.
Si la rose est importante dans l'art occidental, il n'en demeure pas moins que les contreforts de l’Himalaya ont la plus grande quantité d’espèces de roses sauvages au monde. Pourtant c'est le lotus qui est la fleur emblématique de l'Asie. Les mandalas qui sont le plus souvent des plans de palais divins, ont la structure de cette fleur d’où naît généralement la divinité et sur laquelle elle est le plus souvent représentée.
Pour les indiens du Mexique d'avant la colonisation, « fleurs » désigne aussi des productions, comme les œuvres poétiques.
Les artistes ont représenté dans l’art plastique de multiples personnages tenant une fleur : Tara divinité féminine tibétaine, femme étrusque sur des sarcophages, aristocrates femmes ou hommes de toutes les époques… Ainsi les fleurs parsèment non seulement l’ouvrage de la nature mais aussi celui des hommes. Certaines sont en or et pierres précieuses : couronnes, diadèmes, bijoux ... Durant l’Antiquité, on porte des couronnes de fleurs fraîches mais aussi de finement ciselées dans de l’or ou de l’ivoire. De beaux exemples de couronnes de feuilles et fleurs en or sont conservées au Musée archéologique de Mythilène en Grèce. Au musée de Cluny à Paris sont exposées des roses d’or, au Louvre des sceptres avec des fleurs faites avec ce métal précieux et autres pierres précieuses. Les tapisseries aux mille fleurs sont fréquentes au Moyen-âge. Celle de la Dame à la Licorne en est un exemple. Les fleurs sont un sujet cher aux arts décoratifs, comme sur les décors de céramiques avec des fleurs imaginaires ou connues tels les décors : à la fleur de pomme de terre (ou fleur de solanée ou solanacée), à la fleur des Indes, à l'oeillet, à la jacinthe, à la fleur de chicorée, floraux au naturel, aux barbeaux, aux guirlandes ou corbeilles de fleurs, à la corne fleurie, aux bouquets fleuris, aux semis (ou jetés) de fleurs … Certaines de ces fleurs sont contournées (ou chatironnées) alors que d'autres sont de qualité fine (sans contours).
Enfin voilà pour un rapide survol.

Photographies des céramiques : Deux assiettes, l'une en faïence, sans doute du XVIIIe siècle, et l'autre en porcelaine du XIXe. La première représente une tulipe contournée. Dans la seconde les fleurs blanches du rosier sont de qualité fine.

Voir les commentaires

Symbolique des iconographies des cadeaux de mariage aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, certains cadeaux de mariage sont presque rituels. Il en existe pour toutes les catégories sociales. Les plus aisés offrent de l'argenterie comme une coupe de mariage ; et les moins riches une céramique (un plat de mariage en terre vernissée, une assiette de mariage en faïence ...), un coffre ou un coffret de mariage (dont certains peuvent être très finement ouvragés et peints), une corbeille de mariage ... Le cadeau peut aussi être un éventail ou tout autre présent à l'iconographie emblématique. Certains de ces objets sont plus récurrents que d'autres et font partie du rite qui peut changer selon les régions. Ce sont toujours des articles précieux ... ceux provenant de l'art populaire inclus car emprunts de beaucoup de tendresse.

Tous les symboles de l'amour sont les iconographies les plus fréquentes de ces objets : Deux coeurs enlacés, parfois enflammés, posés sur un autel, souvent surmontés d'une couronne champêtre ... sont les thèmes les plus fréquents avec ceux d'Eros et de ses attributs (carquois, arc et flèches ...) et le couple d'oiseaux (colombes ...) ...

Photographies : Assiette de mariage en faïence polychrome, sans doute du XVIIIe siècle et de Roanne, avec sur le bassin le carquois, l'arc et les flèches d'Eros (Cupidon, Amour ...), un couple d'oiseaux et une couronne d'hymen, et sur la chute et le marli une guirlande et autres ornements.

Voir les commentaires

Les pots de pharmacie.

Les vases anciens des apothicaires sont des objets particulièrement intéressants. Ils sont fabriqués pour conserver les préparations médicinales qui guérissent et entretiennent la vie mais aussi pour être montrés dans les officines. Ils contiennent des extraits de la nature et du savoir des hommes. Ils témoignent de la connaissance de la terre, des êtes humains et d'une pratique altruiste. Les potions qu'ils gardent ont pour but de rétablir l'harmonie en l'homme et de celui-ci avec son environnement ; et de l'établir dans la joie. Ce sont des objets précieux. Ceux faits en faïence d'autant plus qu'ils sont constitués d'argile : ainsi le contenant et son contenu résultent de la connaissance de la terre et de son utilisation à des fins harmonieuses.

Pot de montre, albarello, chevrette, pot-canon, pilulier, bouteille, pot à onguent ... sont quelques genres de ces pots de pharmacie. Les onguents, les cérats (onguents qui unissent huile et cire), les baumes, les remèdes à base de miel, les poudres, les sirops, les électuaires (médicaments d’usage interne à consistance de pâte molle d’aspect hétérogène, résultant du mélange de poudres fines avec du sirop, du miel ou des résines liquides ...) et les opiats (compositions molles, semblables aux électuaires, dans lesquelles entre l’opium), sont mis à l’abri dans les pots canons ou autres albarelli. Les chevrettes renferment les sirops ou des préparations liquides comme les eaux distillées, liqueurs, vins cuits … pouvant être aussi gardées dans des bouteilles. D’autres pots plus ou moins grands et cylindriques contiennent diverses matières, onguents, pommades … Les jarres et les cruches conservent les réserves d’eaux distillées, des huiles douces et sirops souvent utilisés. Il y a aussi les vases couverts. Dans les pots à thériaque se trouve la panacée appelée thériaque. Ces pots font partie des grands vases dits de « monstre » ou de « montre », car leurs formes et décorations sont particulièrement soignées et leurs tailles imposantes. Ils sont donc faits pour être montrés. Dans les apothicaireries, les objets en céramique sont installés dans des étagères en bois de chêne, de noyer ou de frêne. La partie inférieure de ces ensembles de meubles est appelée le droguier et sert au stockage des produits les plus volumineux et d'usage fréquent. La partie supérieure est le poudrier. Aux ustensiles s’ajoutent les tasses à malade ou les crachoirs. Les mortiers, parfois en céramique et pouvant être de très grande taille, sont un élément important des apothicaireries où on croise d’autres objets comme les coquemars (pots munis d’une anse placés près du feu afin de maintenir un liquide au chaud), les godets de mesure … Toutes ces formes ont peu changé depuis la Renaissance jusqu’au XIX e siècle. Au Moyen-âge, les récipients qui renferment ces drogues sont appelés 'layes' ou encore 'silènes'. Ils sont fréquemment décorés de figures allégoriques, de fleurs ou d'animaux fantastiques. Ce sont surtout des boîtes en bois sur lesquelles sont souvent peintes des figures frivoles ou joyeuses. On continue à en utiliser bien après le Moyen-âge. Il semble qu'elles soient en sapin, en chêne ou en châtaignier, mais ce n'est pas sûr. Rabelais écrit à leur sujet :

« Les silènes étaient jadis des petites boîtes, peintes à l'extérieur de figures joyeuses et frivoles, tels des harpies, satyres, oisons harnachés, lièvres cornus, canes bâtées [dispositif que l'on attache sur le dos de certains animaux pour leur faire porter une charge], boucs volant, cerfs limonniers [attelés], et autres peintures semblables faites à plaisir pour exciter le monde à rire. Tel fut Silène, maître du bon Bacchus. Mais au-dedans, on réservait les fines drogues, comme le baume, l'ambre gris, l'amome, le musc, la civette, les minéraux et autres choses précieuses. »

« Silènes estoyent iadis petites boytes, painctes au-dessus de figures ioyeuses et frivoles, comme de harpyes, satyres, oysons bridez, lieuvres cornuz, canes bastées, boucqs volans, cerfz limouniers, et aultres telles painctures contrefaites à plaisir pour exciter le monde à rire; tel feut Silène, maistre du bon Bacchus; mais au-dedans, l'on réservait les fines drogues, comme baulme, ambre gris, amomon, muscq, zinette, pierreries et aultres choses précieuses . »

Ici, l'auteur explique l'origine des motifs qui sont encore pendant les siècles qui suivent le Moyen-âge peints sur les pots d'apothicaire. Il dévoile tout un concept esthétique médiéval qui utilise à foison les grotesques. Ceux-ci ont une fonction de catharsis (en grec κάθαρσις ce qui signifie purification), retenant la laideur dans la grossièreté de leurs traits ou l'imagination débridée, pour guider vers l'essentiel : ce qui est bon. L'exemple de Silène est caractéristique. Précepteur du demi-dieu grec du vin appelé Dionysos (Bacchus en latin), il est toujours représenté laid et saoul ou dormant, dans des situations d'inconscience ou d'amusement alors qu'il est au contraire reconnu pour sa sagesse. Il est le chef des satyres qui le soutiennent quand il est ivre et qui suivent Dionysos. Certains rites dédiés à ce dernier sont à l'origine du théâtre (Comédie, Tragédie, Satyre), dont Aristote explique la fonction de catharsis dans ce qu'on appelle sa Poétique. Les cathédrales gothiques entourées de gargouilles en leur extérieur ont une esthétique similaire. De nombreux objets médiévaux sont agrémentés de grotesques, sans doute dans ce même but amusant et purificateur.

Photographies

Coll. C.Perlès : « Chevrette en faïence de Montpellier, décor polychrome dit "a quartieri" de palmes feuillagées sur des fonds bleus et ocres alternés. Haut. 27cm. Début XVII° siècle. »

Coll. C.Perlès : « Paire de piluliers en faïence de Nevers décorés en camaïeu bleu de branchages fleuris dans le goût oriental. Haut. 13,5cm. Circa 1700. »

Voir les commentaires

La faïence de Moulins.

Les motifs de la faïence de Moulins du XVIIIe siècle sont d’une exceptionnelle fantaisie et délicatesse. Chinoiseries, oiseaux de paradis, évoluent au milieu de volutes et perspectives imaginaires dans une harmonie régie par des lois féériques parfaitement plaisantes. Les thèmes n’ont rien de surprenant à cette époque ; mais c’est la façon de les mettre en scène en exagérant les proportions, de composer et de donner du rythme aux traits et aux couleurs, dans une symphonie qui joue pour le regard : offre le même effet que la plus merveilleuse des musiques pour les oreilles.

Deux assiettes en faïence de Moulins, du XVIIIe siècle, la première au décor polychrome d'oiseaux de paradis (paradisiers) évoluant dans une fantaisie rocaille empruntant divers motifs ornementaux : feuilles d’acanthe, grenades, pampre, bouquets fleuris, papillons ; la seconde avec un décor en plein de deux personnages dans un paysage chinois stylisé. Coll. C. Perlès.

Voir les commentaires

La faïence française

Nous allons dans cet article donner une définition de la faïence française et prendre pour exemple celle emblématique de Moustiers.

Photographie : Cette assiette en faïence de Moustiers est caractéristique de la production française des XVIIe et XVIIIe siècles. Elle est exemplaire avec son décor en camaïeu bleu de dentelles en bordure et son médaillon en plein sur le bassin avec une scène mythologique. Cette dernière mélange la fable antique à celle du terroir. Ainsi retrouve-t-on Aphrodite naissant de l’écume des flots voguant sur un dauphin, entourée d’Eros et d’une naïade en forme de sirène, associée à une divinité féminine de la nature et de l’amour : une nymphe aquatique des cours d’eau évoluant dans un paysage bucolique français avec la nature en premier plan et un village à l’arrière. Les quatre éléments découpent en parties égales la scène avec la terre (plantes, arbres, terre, village), l’eau (la rivière), l’air (avec le ciel et les nuages), et le vent (symbolisé par la divinité). Cet objet d’art est du XVIIIe siècle et fait 23,5 cm de diamètre. Il est à noter le crémeux de l’émail. Il appartient à l’antiquaire Christian Béalu et est présenté sur son site :

La faïence est un genre de terre cuite : une poterie (céramique argileuse à pâte poreuse) constituée d'un mélange de terres composé d'une argile plus ou moins pure, de sable et de marne calcaire, et recouverte d'un émail stannifère (stanum = étain, l'étain rendant l'émail opaque). L'émail stannifère est une couche vitrifiée. Il est composé d'oxyde de plomb (fondant), de silice et d'étain opacifiant (cache la couche d'argile, rend imperméable, blanchit, et sert de support au décor peint). On peut le colorer dans la masse en y incorporant des oxydes métalliques tels que le cobalt pour le bleu et l'antimoine pour le jaune et obtenir des fonds de couleur. La faïence est opaque, contrairement à la porcelaine qui est transparente à la lumière. Après le modelage, on cuit une première fois le biscuit vers 500° (cuisson de dégourdi) ; on le trempe dans de l'émail stannifère. Dans la faïence de grand feu, après cette première cuisson dite « au dégourdi », on recouvre la terre de l'émail qu'on laisse sécher, et on peint le décor sur l'émail cru, pulvérulent, avec des émaux (oxydes métalliques) aussitôt absorbés. Les repentirs sont interdits. On cuit à 980° l'ensemble, chaleur nécessaire à la fixation de l'émail. Cinq oxydes métalliques résistent à cette température : le bleu (cobalt), le vert de cuivre (il fuse, c'est à dire bave un peu), le jaune d'antimoine, le violet (manganèse) et le rouge « tomate » (fer). Pour les faïences de petit feu (début vers 1740), on cuit la pièce recouverte de l'émail stannifère vers 980°. On peint ensuite le décor sur l'émail. Il s’en suit une cuisson pour les couleurs à température inférieure, et une autre s'il y a de l'or. La palette des teintes est beaucoup plus riche : pourpre de Cassius, or etc. Les étapes de la fabrication de la faïence sont les suivantes : recueillir la terre, la laver, la décanter, la broyer, la tamiser, la dégraisser (en mêlant du sable aux argiles trop grasses), la faire « pourrir » (en la faisant attendre dans des caves), la façonner par tournage, moulage ou modelage, coller les éléments rapportés (bec, anses, etc.) avec de la barbotine (pâte liquide) ; puis il y a la cuisson de « dégourdi », le bain d'émail (eau ou flottent en émulsion des particules de sable broyé, d'oxyde de plomb et d'étain et éventuellement d'un colorant) ; on fait ensuite sécher avant le décor de grand feu ou la cuisson.

On suit les origines de la faïence jusqu’en Perse. Elle se développe dans le monde musulman, en Espagne surtout aux XIVe et XVe siècles et en Italie en particulier au début du XVIe avec notamment la ville de Faenza qui serait à l’origine de son nom. Elle arrive en France au XVIe avec les artisans italiens qui s’installent dans ce pays : à Rouen, Lyon, Anvers (Belgique), Nevers … pour fabriquer ce qu'on appelle de la majolique. De 1700 à 1730 environ c'est le triomphe du camaïeu bleu. A partir de 1730 on a la polychromie de grand feu. Les fabriques de grand feu sont alors nombreuses en France. Après 1750 c'est surtout la faïence à décor de petit feu qui se développe.

La faïence fine est destinée à imiter la porcelaine. Elle est découverte en Angleterre dans la région de Staffordshire semble-t-il. On incorpore à la pâte du kaolin et un autre minéral : le feldspath. Il existe de nombreuses variantes de cette recette mises au point par chaque fabricant, avec : la faïence feldspathique, la faïence fine dure, la demi-porcelaine, la porcelaine opaque, la terre de fer, la terre de pipe, la terre de Lorraine, le cailloutage ou terre anglaise. La faïence fine est une pâte dont l'intérêt premier est d'éviter la couverture par un émail qui cache la terre. Elle est ainsi recouverte d’une simple glaçure transparente. Sa malléabilité rend le moulage aisé et permet une grande finesse des décors. On en fabrique en France à partir du milieu du XVIIIe siècle mais surtout au XIXe.

La faïence de Moustiers est une des plus réputées de France des XVIIe et XVIIIe siècles avec notamment celles de Nevers et Rouen. Ce village du sud recèle plusieurs manufactures renommées. Avant le XVIIe, on y fabrique déjà de la poterie en terre cuite d'abord puis vernissée. Ensuite arrive l'émail blanc. C’est Pierre Clérissy (1651-1728) qui offre à Moustiers une expansion économique à partir de vers 1660 qui va durer jusqu'à la fin du XVIII e s. Il s'entoure tout d'abord de François Viry (auquel succéderont ses fils Gaspard puis Jean-Baptiste Viry) et d'Olérys. En 1702, son fils aîné Antoine s'associe avec lui puis lui succède. En 1728 le village compte déjà au moins 8 ateliers de faïenciers dont plusieurs sont tenus par de la famille des Clérissy. Pierre II devient l'associé de son père Antoine en 1732, puis reste seul à la tête de la fabrique. En 1783, il la vend à Joseph Fouque. Les Clérissy commencent par faire des décors en camaïeu bleu. L'émail est onctueux. On copie des gravures en particulier d'après Tempesta (scènes de chasses, mythologiques...) ou Bérain. On y retrouve des influences italiennes (mufles de lion), orientales (fleurs), des broderies délicates, des décors d'armoiries ... C'est au début du XVIII e, que les Clérissy créent le décor Berain. Les fabriques les plus connues de Moustiers avec celles des Clérissy sont celles de Joseph Olérys & Jean-Baptiste Laugier, de Joseph Fouque & Jean-François Pelloquin, des Ferrat et Feraud.

Voir les commentaires

La Compagnie des Indes

CrachoirCiedesIndes175030085.jpg

Crachoir en porcelaine de Chine, dite de la Compagnie des Indes, décoré dans les émaux de la famille rose (diamètre: 11,3 cm) et en vente sur le site de l'antiquaire Antoine Lebel spécialiste des porcelaines de la Compagnie des Indes. De forme légèrement inhabituelle, cet objet est richement décoré d'un coq parmi des fleurs. Il est de la Période Qianlong : vers 1740. Le crachoir est un ustensile dont on se sert pour la toilette, après s’être lavé les dents avec une eau (de Madame de la Vrillière, Vulnéraire, Spiritueuse ou d’autres propres à nettoyer et fortifier les dents et les gencives), des éponges préparées ou bien encore des racines comme celles de la guimauve dont une recette consiste à les faire bouillir dans du vin et du miel blanc.

L’invention de la véritable porcelaine (dite dure) est considérée comme étant chinoise. C’est dans l’actuelle Chine qu’au moins à partir de la dynastie des Tang (619-906) elle se développe. Les occidentaux qui l’admirent et essaient de l’imiter sans réussir à trouver l’arcane (mélange de kaolin, quartz et feldspath), la font massivement importer dans d’immenses vaisseaux ; et cela dès le début du commerce avec l’Asie. A partir de 1498, les Portugais achètent les porcelaines de Jingdezhen mondialement connues. Les Hollandais établissent en 1602 l’East India Company qui s'occupe du transport et de l'écoulement de ces marchandises. Outre les poteries de Jingdezhen, la dynastie des Ming (1368-1644) exporte de grandes quantités de céladons longquan. La Compagnie française des Indes est fondée par Colbert en 1664. Jusqu’au XVIIIe siècle et la découverte de la formule de la porcelaine dure par J.-F.Böttger (Meissen), l’Occident ne connaît que la porcelaine dure chinoise. Elle est donc très réputée et synonyme d’un grand raffinement. La Chine est même souvent idéalisée dans ce qu’on appelle aujourd’hui ‘les chinoiseries’ qui se répandent dans les Beaux-arts du XVIIIe siècle.

Logoprint80.jpghttp://www.antoinelebel.com

On fait fabriquer en Asie des services entiers avec des formes et motifs occidentaux dont certains commandés avec les chiffres (blasons) familiaux, comme sur le bassin octogonal présenté ci-dessous, décoré en polychromie et or (Largeur: 36,8 cm), de la période Qianlong (vers 1740) où sont peintes sur l’aile les armes de Pierre-Benoit Dumas (1696 - 1746) au service de la Cie des Indes à Pondichéry, ayant reçu du Grand Moghol le titre de Nabab et la concession de Karikal en faveur de la France, et nommé Chevalier de St Michel en 1737.

plat300.jpg

Pour plus d’informations sur la porcelaine lire l’article du Mercredi 9 mai 2007 : La Porcelaine française du XVIIIe siècle.

 

 

Voir les commentaires

La Porcelaine française du XVIIIe siècle

Le XVIII e siècle français est une période riche en délicatesses. La beauté, le raffinement, la grâce sont de mise. Les céramiques de cette époque en sont des exemples, en particulier les porcelaines tendres et dures. C’est au début de ce siècle des Lumières, qu’en Europe, l’alchimiste J.-F. Böttger découvre la formule de la porcelaine dure et en fait fabriquer à Meissen. Auparavant, les Compagnies des Indes européennes l’importent d’Asie, en particulier de Chine. En France, on essaie depuis longtemps d’en créer par diverses formules : ce que l’on nommera la porcelaine tendre. On en produit à Saint-Cloud, Chantilly, Mennecy, Vincennes, Sèvres… La fabrication de la porcelaine dure en France est en grande partie due à la découverte de gisements de kaolin en Limousin au milieu du XVIIIe siècle. Les principaux centres de porcelaine dure sont Strasbourg, Niderviller, Sèvres, Limoges et Paris.
 Les porcelaines françaises que nous présentons ici sont vendues par Monsieur : Christophe-Perles.jpg 
 Chantilly.jpg
Groupe en porcelaine blanche de Chantilly représentant Séléné
et le berger Andymion sus les traits de jeunes enfants. XVIIIème siècle.
  
Vincennes.jpg
Petit pichet couvert et son bassin en porcelaine de Vincennes
décorés de bouquets de fleurs en camaïeu rose. Datés 1755.

Voir les commentaires

<< < 1 2
Merveilleuses & merveilleux