Hubert Robert, 1733-1808 : un peintre visionnaire (1).

Après l'exposition rétrospective sur la peintre Élisabeth Vigée Le Brun au Grand Palais, celle sur Hubert Robert, 1733-1808, un peintre visionnaire est une bénédiction. Elle se tient au Louvre jusqu'au 30 mai 2016.

Contempler de nombreux documents de cet artiste (son portrait est peint en 1788 par Elisabeth Louise Vigée-Lebrun : photographie de gauche), dont le nom raisonne sans doute chez tous ceux qui apprécient le XVIIIe siècle, est une chance qu'il ne faut pas louper. Cent quarante œuvres (dessins, peintures, esquisses peintes, gravures, peintures monumentales, ensembles décoratifs et mobilier) y sont présentées.

Comme avec Élisabeth Vigée Le Brun, on est dans la peinture, l'Art, véritablement, dans un bain de jouvence poétique, une Poétique... un art qui est total, annonçant les XIXe et XXe siècles.

Cet art est total d'abord parce qu'il efface les frontières entre le réel et l'imaginaire... et toutes les autres limites (de temps, de styles, de conditions etc.). Le peintre nous fait côtoyer les plus grands et les plus humbles, les lavandières et les salons les plus renommés de son époque. Il façonne des jardins qu'il fait réaliser, et en peint avec un délice d'inventions, d'onirisme et de réalité. Il travaille pour les arts décoratifs dessinant des porcelaines, des meubles... Il recrée dans ses œuvres des réalités à la fois tangibles et rêvées, où tous les siècles s'assemblent dans leur essence ; où le philosophe grec côtoie la petite-maîtresse du XVIIIe siècle au milieu d'une invention picturale novatrice.

Dans le titre de l'exposition il est indiqué que cet artiste est « visionnaire ». C'est tout à fait juste. Prenons comme exemple le tableau de 1777 intitulé : L'Entrée du Tapis vert lors de l'abattage des arbres, (photographie ci-dessus) dont j'ai barbouillé la photographie ci-dessous afin de mieux expliciter mon argumentation. Celui-ci semble annoncer avec une grande justesse la Révolution de 1789. Il met en scène le roi et sa famille dans le parc de Versailles dans un décor d'arbres coupés. Cette scène de corps végétaux éliminés par des ouvriers se restaurant et jouant (1), fait penser aux futurs guillotinés, à une époque où on se détournera du Roi (2) et de sa famille comme le fait un homme (3) préférant ostensiblement contempler l'antique, une statue représentant la mort de Milon de Crotone (4), sculptée par Pierre Puget en 1683. Cet homme au chapeau est dans un axe (traits rouges) semblant rompre la ligne (traits bleus) entre le Roi et sa famille. Milon de Crotone est l'un des plus célèbres athlètes de la Grèce, réputé pour sa force. La scène sculptée est celle du décès légendaire de celui-ci prisonnier d'un arbre qu'il voulait couper avec sa main et dévoré par des fauves. Le roi est plus bas, comme fondu dans le paysage, semblant n'attendre rien et surtout pas de vénération. Alors qu'il regarde les arbres coupés, n'est-ce pas lui qui sera, comme le héros de marbre au-dessus de lui, dévoré ? Une seule personne le prend en compte. Il règne aussi dans cette œuvre une force phallique à la fois destructrice et créatrice de vie. Certains arbres verts sont dressés comme des phallus (5), alors que d'autres sont morts. Une statue paraît retenir un arbre prêt à s'effondrer (6 et photographie de droite), tout cela se jouant au milieu d'une insouciance totale. Dans la statuaire de gauche représentant Castor et Pollux (7) sculptés d'après l'antique par Coysevox en 1712 (cette photographie montre combien la restauration récente de cette œuvre l'a endommagée gommant les traits en voulant tout blanchir et effacer le passage du temps), on observe qu'un personnage tient au niveau de son sexe le branchage d'un arbre coupé. Les deux statuaires dont je viens de parler surplombent tous les personnages humains. On retrouve là l'importance de l'Antiquité dans l'oeuvre de Hubert Robert. À cela s'ajoute celle de la nature et du naturel, celle-ci enveloppant l'ensemble. Tout cela donne une impression hors du temps malgré la présence de personnages très à la mode, comme Marie-Antoinette, ses enfants et son entourage (8). Malgré que les arbres verts et les éléments architecturaux du jardin soient du côté des aristocrates et les arbres élagués ou abattus autour du peuple, chacun étant dans des espaces délimités (trait jaune), il semble y avoir une critique sous-jacente du pouvoir tintée d'humour et de galanterie. Le degré de lecture que je viens de donner, me laisse à penser qu'il y en a d'autres plus profonds... Comme chez Nicolas Poussin une harmonie se dégage des œuvres de l'artiste qui ne peut être fortuite, mais qui est sans doute mesurée.

On est avec les peintres de la seconde partie du XVIIIe siècle qui inventent, un art qui se renouvelle constamment, s'imagine totalement, continuellement, mais touchant à l'impérissable, le sublime, la quintessence, une recréation universelle truffée de références ; ce que l'exposition nous montre dans de nombreux parallèles avec d'autres œuvres indiqués dans plusieurs cartels. Ici on reconnaît du Poussin, là une toute nouvelle manière amorcée par tel peintre etc.

Rome et l'Antique paraissent toujours présents, même dans les représentations de Paris ou de la nature. Mais davantage que d'Antique il est question dans son œuvre d'universalité. On est dans le siècle de Lumières. Tout cela est abordé avec beaucoup de douceur, de finesse dans les traits et les couleurs, et un amour de l'art, des hommes, de ses constructions et de celles de la nature. Cet amour de l'art se ressent dans toute l'œuvre d'Hubert Robert et particulièrement dans ses architectures souvent inventées. Il ne s'agit pas de reconstructions, car l'artiste ne reconstruit rien ; il invente, utilisant des références comme des mémoires de mots afin de créer... Nous sommes là véritablement dans l'art, non pas dans l'art anecdotique qui caractérise trop souvent celui d'une grande partie des XXe et début XXIe siècles. Nous sommes avec Hubert Robert dans la raison artistique, la raison humaine, celle des Lumières, la poétique (je le répète), la vie... Une vie réelle qui est finalement plus rêvée que ne l'est sa peinture. Est-ce possible ? Pas moins qu'autre chose...

La suite ici.

Les quatre articles :

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-1.html

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-2.html

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-3.html

http://www.lamesure.org/2016/03/hubert-robert-1733-1808-un-peintre-visionnaire-4.html

vaciart 03/07/2016 00:43

Felicidades por su blog. Nosotros estamos en Barcelona. Les seguimos en redes sociales. Saludos. http://www.vaciart.com