Les skinheads, réflexions sur la guerre, la colère et la violence

Ci-dessus : Photographie provenant du livre Style tribes : the fashion of subcultures de Caroline Young (Frances Lincoln Publishers Ltd, 2016), un très intéressant ouvrage en anglais sur les mouvements de mode, en particulier anglo-saxons, du XXe siècle à 2016, avec de belles photographies. Le skinhead est complètement à l'opposé du folk, du beatnik puis du hippie. Il est droit, rasé, lisse et guerrier. Les skas, d'une mouvance similaire, comme celle des mods, sont quant à eux beaucoup plus pacifiques et réjouis, s'habillant cependant d'une manière analogue, mais un peu plus 'chaude', davantage moderniste, avec des motifs à damier, souvent en costume, et portant régulièrement un chapeau (pour les skas).

La petite-maîtrise est une chose délicate à évoquer. Le fil conducteur est un premier pas vers une recherche de l'élégance : des rythmes les plus appropriés. Dans mes ouvrages et autres écrits sur le sujet, je n'ai que très peu  parlé des mouvements nés hors de France. Depuis la fin du XVIIIe siècle, beaucoup de mouvements de mode en France sont influencés par l'Angleterre, et en particulier à partir du début du XIXe avec les fashionables puis les dandys. Au XXe siècle et jusqu'à aujourd'hui c'est encore davantage le cas, avec en plus l'influence américaine, et surtout des États-Unis à partir de la seconde guerre mondiale. En ce moment, je m'intéresse particulièrement aux mouvements de mode du XXe siècle. Beaucoup ont un rapport avec un certain nihilisme, en particulier à partir de la création de la bombe atomique, et font état d'un désespoir sans pour autant se résigner... au contraire, désespoir ou expression d'une certaine peur de l'avenir, qui se traduit souvent par une rébellion, ce que l'on ne peut pas mettre de côté si on veut décrire de manière exhaustive les mouvements de mode en Occident aux XXe siècle et début du XXIe.

Lorsque j’étais étudiant, lors d’un débat dans le cadre d’une manifestation, un militant d’extrême-droite venu de l'université d’Assas a pris la parole. J’ai été le seul à me lever et à partir, trouvant dangereux d’écouter ce genre d’individu. Je suis allé manger, et en revenant, celui-ci était devant l’université avec ses amis. Me voyant, il m’indiqua du doigt à un skinhead qui s’est mis à me suivre. J’ai réussi à le semer dans le métro. Une autre fois, passant devant des skinheads avec un ami noir, nous nous sommes faits interpellés par ceux-ci. J'ai dit à mon ami de ne pas se retourner, mais bêtement il l'a fait pour leur répondre gentiment, et eux en ont profité pour nous courir après. Encore une fois j’ai réussi à les semer, de même que mon ami. Ces deux anecdotes pour dire que je n’ai pas spécialement d’affection pour eux. Cependant le mouvement skinhead est très intéressant. Il est apparu en 1966, quand les hippies émergeaient (dès 1965). Il représentait la frange dure de la mouvance modernist (mod), constituée dès 1965 par les hard mods, alors que l'autre partie des mods se tournait vers le psychédélisme et le swinging London. Les skinheads étaient donc directement influencés par les mods, mais aussi par les rudeboys jamaïcains (nés après l'indépendance de la Jamaïque en 1962) ; les Jamaïcains constituant une communauté importante en Angleterre à partir des années 1950. Ils reprirent leur musique ska, leur vêture (chapeau trilby, bretelles, pantalon court et serré, grosses chaussures cirées...), leur coupe de cheveux, leur façon de marcher et même de parler. A cause de leurs chaussures, on leur donnait aussi le nom de "boot boys". Ce n'est qu'à partir de 1969 que beaucoup s'associèrent à l'extrême-droite, alors qu'en 1970 certains s'assagirent. Les skinheads s’habillaient d’une manière complètement lisse, ne permettant pas de pouvoir s’y agripper, ce qui était non seulement utile lors d’échauffourées, mais aussi un état d’esprit. Ils étaient à l’opposé des chevelus et pacifiques beatniks et hippies, comme le furent quelques années après les punks. Tout cela pour dire que les choses ne sont pas toujours simplettes et que les skinheads représentèrent un mouvement particulièrement important, mais aussi pour dire que si je suis pacifique, je pense qu’il est important de conserver un maximum d’énergie. Il me semble que l'on ne peut être que pacifiste, car d’une manière général les guerres ne ‘servent’ jamais ceux qui les font mais ceux qui les provoquent. Et ces derniers n’ont rien de recommandables.

Ci-dessous : Figurine créée par Laurent-ex-Laurent, d'un skinhead des années 1980 (voir ici). En 1977, certains skinheads se mélangèrent au punks. Ils ont créé le mouvement Oi!, leur cri de guerre. Certains fondèrent une ligue contre le racisme : SHARP (Skinheads Against Racial Prejudice). Dans les années 1990, comme beaucoup de jeunes se rasaient la tête et portaient des habits serrés, notamment des homosexuels, il était difficile de reconnaître un skin dans la rue... De toutes les façons, il était préférable de ne pas approcher. Il y a longtemps de cela, un de mes amis, un ancien skinhead, me disait qu'il se sentait puissant ainsi. Cela leur permettait aussi de transcender la pauvreté du milieu social dont ils étaient souvent issus et dont ils étaient fiers.

Face à la dureté de la vie ou la peur, généralement les gens réagissent en se tournant soit vers la haine, soit vers l'amour, soit en étant méprisant. Une anecdote : En ce moment, sur certaines vitres du train des RER, des autocollants représentent un smiley avec un masque médical. Dernièrement, j'ai dessiné dessus une moustache et une coupe de cheveux à la Hitler. Par contre, plus récemment, alors que j'étais près à prendre une nouvelle fois mon crayon, j'ai remarqué que quelqu'un, sans doute un enfant, avait dessiné des coeurs sur un de ces autocollants. Il s'agit de deux réactions différentes à une même peur ou souffrance.

La colère est une émotion qui me semble le plus souvent laide. Quand elle n'est pas simplement un bain de lumière, elle n’est pas élégante ; mais je trouve encore moins élégants ceux qui s’en offusquent ou en sont dépités. La colère peut être momentanée. Horace écrit : Ira furor brevis (La colère est une courte folie). Elle peut aussi être ‘cogitée’, comme dans la vengeance. Elle est alors une longue folie. Un jour que l’on s’étonnait que Socrate reçu un coup de pied sans se fâcher, celui-ci demanda si un âne le frappait il devait lui intenter un procès ? Une autre fois, sa femme Xanthippe de colère lui arracha son manteau en pleine place publique. Les amis du philosophe lui conseillèrent de la gifler : « Bien sûr, répondit-il, pour que nous nous battions à coups de poings, et que chacun de vous nous encourage en disant : “Vas-y Socrate ! Vas-y Xanthippe !” ».

Pour finir, une réflexion sur l’actualité. Dans le quartier parisien où je vis en ce moment, à Oberkampf en fin de semaine les terrasses sont bondées de jeunes en complète dilettante. Pourtant, aujourd’hui pour s’asseoir en terrasse il faut un passeport-sanitaire, être à jour des vaccinations, avoir un téléphone portable pour voir le menu et un masque pour aller aux toilettes ! Ces gens semblent avoir été complètement abrutis. Ils font comme s’ils étaient au paradis alors qu’ils sont en enfer. C’est vraiment flippant++++ Déjà de trouver normal de vivre avec les autres par téléphones portables interposés me paraissait délirant, mais là on est bien au-dessus de cela… et c’est sans compter tout le reste des mesures apocalyptiques qui s’amoncellent depuis des années en France. Au Danemark, lorsqu’on a voulu imposer le passe-sanitaire, les jeunes sont sortis dans la rue massivement, et juste après le gouvernement danois a annulé toutes les restrictions sanitaires ! En France, les gens que j’ai vu manifester à Paris étaient pour la plupart plutôt âgés. Je ne dis pas qu'il faille aller manifester dans la rue, entourés de CRS, ce que moi je ne fais pas, mais on peut le faire à l'école, à l'université, au travail, dans la rue... dans la vie de tous les jours (c'est mon cas et j'ai l'impression d'être un des rares). La maltraitance que l’on fait subir aux citoyens français, et même entre eux, de tous les âges et aux jeunes et très jeunes en particulier est inouïe... Pourtant la majorité des gens ne semblent même pas s'en rendre compte. Il s'agit d'une violence que l'on peut dire 'rentrée'... chirurgicale, comme on parlait de « frappes chirurgicales » pendant les guerres de l'OTAN en Irak, alors qu'elles faisaient des centaines de milliers de morts. Ici on ne tue pas les Français, mais les pousse à s’exiler (la France n'a jamais subi dans son histoire un phénomène aussi important d'émigration couplée à de l'immigration), les 'extermine' socialement et les humilie constamment en les privant de leurs libertés en général, en leur mentant, en les manipulant, en les polluant, en les rendant paranos et toqués (avec des TOC), en les obligeant à se surveiller entre eux, etc. Cette violence là on la subit tous les jours, en allant sur Internet, en sortant dehors, en discutant avec les autres...

Évidemment l'idéal serait d'éviter les imbéciles et les méchants, ces deux mots étant assez synonymes, mais ce sont eux qui nous gouvernent, et que la très grande majorité des gens suivent, ce qui en dit long sur ce que l'on appelle le « peuple ». Personnellement, me documenter sur les mouvements de mode et les petits-maîtres m'apporte un palliatif, un véritable réconfort... une légèreté qui m'est thérapeutique dans la lourdeur apocalyptique qu'évoque Céline dans la vidéo que j'ai présentée dans un précédent article.. Lorsque j'écris sur les petits-maîtres, ce n'est pas pour parler des plus 'abrutis' des personnes qui les constituent, mais pour mettre en valeur des qualités comme l'originalité, l'invention, l'énergie, la joie... premières ouvertures vers des rythmes plus libres, gais, intelligents, élégants et harmonieux. Si les skinheads étaient violents et pour la plupart obtus, ils représentaient une énergie considérable, un non renoncement face à la misère. Leur exemple montre aussi qu'il ne faut pas prendre tout au premier degré, ceux-ci étant très largement influencés par les jeunes jamaïcains.

Ci-dessous : Une bonne nouvelle, les motards manifestent de plus en plus auprès des gens, pour la liberté. Cela va réconforter les gilets jaunes victimes des brigades mobiles de CRS qui sont un véritable fléau.
Il existe parmi les motards français une mouvance peu connue et ancienne, spécifique, dont je parlerai peut-être un jour.

T
J'aime vos constantes remarques sur le téléphone portable... Nous ne sommes plus beaucoup à la relever cette aberration, une vie tenue en laisse par cette petite cochonnerie technologique (qui n'aurait dû rester qu'un simple utilitaire), ils ne savent plus rien faire sans son assistance ! Ne parlons pas de ceux - surtout par les temps qui courent - qui nous supplient de lâcher télé-radio-réseaux-(dé)sociaux... pour lui substituer l'internet, dont eux-mêmes sont incapables de se passer, sans lequel ils n'existeraient pas, n'auraient aucune audience, ne se seraient jamais fait connaître, nouvelles vedettes "alternatives" qui "gèrent" et entretiennent leur nouvelle renommée-pactole et n'inventent rien d'autre, à part ça.
Comme si on ne faisait pas aussi bien avant sans.
Je viens de passer trois jours sans ouvrir l'ordi (qui du coup à du mal à se secouer), j'ai une impression de corvée et de perdre mon temps.
C'est pourquoi je finis par un petit détour ici, sur une note sympathique.

Moi, c'est le jardin qui m'aide et me soutient en ce moment, ainsi que la lecture qui reprend doucement. Bonne semaine à vous.
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Merveilleuses & merveilleux