Tisser ses habits

Merveilleuses et merveilleux

Ci-dessus : « Les heures paisibles de la veillée » dans un « intérieur breton ». Carte postale ancienne, avec une jeune femme actionnant un rouet afin de filer et deux autres cousant ou faisant de la broderie. La veillée est le moment, après la tombée de la nuit, généralement en hiver, où on se réunit autour d’un foyer afin de prendre du bon temps. Souvent, on se retrouve entre voisins afin de discuter, jouer de la musique, danser, raconter des contes aux enfants, faire de menus travaux, etc.

Jusqu’au XIXe siècle, dans les campagnes particulièrement, on tisse et confectionne la plupart des habits dans le foyer familial. Parfois, on produit soi-même la laine, le lin, le chanvre ou d'autres matières premières à partir desquelles on fait du fil à tisser. On utilise même l'ortie. La soie, quant à elle, est uniquement cultivée à grande échelle et beaucoup plus récemment (à partir du XIIIe siècle et surtout du XVIe). Le coton est tissé en France depuis encore moins longtemps et uniquement importé.

C’est surtout pendant les veillées et aux saisons froides que, dans les foyers, on passe du temps à carder, filer, tricoter, tisser, coudre, broder, faire de la dentelle (et autres passements), confectionner des habits, etc.

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, les photographies représentant des femmes en costume traditionnel les montrent souvent accompagnées d’un fuseau et d’un rouet. Ce sont des activités domestiques parmi les plus importantes, et cela depuis la plus haute Antiquité.

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Ci-dessus : « Alsacienne au rouet ». Carte postale ancienne (1936).

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Ci-dessus : Photographie d’une Berrichonne filant. Devant elle se trouve un rouet, et derrière la filasse, qui donne le fil, enroulée autour d’une quenouille. Le rouet se retrouve dans la plupart des foyers, jusqu’au XIXe siècle, en particulier à la campagne. Il permet de confectionner le fil. Il est un emblème d’autonomie. Cette carte postale date de 1918. Elle est oblitérée de l’année 1924 et de la série Les Chansons de Jean Rameau illustrées : « Le Rouet / Pour avoir de boune chemise / Si vous v’lez in conseil d amis / Arrivez brav’ gens que j’vous dise / Allez qu’ri vout’ toil’ dans l’ Berry / Pasqu’e y a encor’ que l’ rouet / Pour fair’ d’ la toil’ de ménage / On voit d’ partout dans nos villages / Filer les gent’s filles de l’endret. ».

La possibilité d’être autonome est primordiale. Si comme le dit l’adage : « on n’arrête pas le progrès », il est nécessaire de pouvoir toujours revenir à la simplicité. Il ne peut y avoir de sophistication sans ce savoir simple et premier. Je pense même que de nos jours, toutes les écoles de mode vestimentaire devraient installer leurs locaux de cours pour les premières années dans une ferme, au milieu de prés ou paissent des moutons, et de champs où poussent le lin et le chanvre, dans lesquelles on apprend à filer, tisser, tricoter, broder, faire de la dentelle, teindre avec des matières naturelles, enfin tous les rudiments qui donnent à chacun le savoir-faire-soi-même, avant même d’apprendre l’histoire de la mode, l’industrialisation et la commercialisation de celle-ci.

Aujourd’hui, nous sommes presque exclusivement habillés par le prêt-à-porter, et presque plus personne ne tisse ses propres habits. Dans l’histoire mondiale assez récente, on a pourtant un exemple d’être humain incitant les autres à le faire afin qu’ils soient autonomes : en Inde le Mahatma Gandhi (1869 – 1948). Il promeut l’utilisation de vêtements tissés à la maison (khadi). Il donne l’exemple en portant ses productions, et beaucoup de gens le suivent dans son pays. Le rouet est même alors incorporé au drapeau du parti du Congrès indien. Aujourd’hui, le drapeau indien ne conserve que la roue de celui-ci.

Ci-dessous : À gauche drapeau du Congrès de l’Inde de 1931 à 1947, et à droite drapeau indien actuel.

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T
Une remarque : les cartes-postales que vous proposez en illustrations ne sont pas représentatives de la réalité d'alors (moins évident pour la 3ème et dernière), ce sont des reconstitutions folkloriques "en studio", où l'on a rassemblé les éléments les plus significatifs (mobilier, accessoires, figurants en costumes) caractérisant une région. Typique de la perception étroite que les citadins des grandes villes ou les Parisiens pouvaient en avoir à la fin du XIXe et encore début XXe, en gros depuis que les chemins de fer permettaient la pénétration dans les contrées farouches, reculées et sauvages de France... Et dans ce domaine la Bretagne a été servie.
Ce ne sont donc pas des photos ethnographiques, résultant d'une démarche du photographe qui se serait rendu avec son attirail au sein des chaumines pour immortaliser les autochtones "dans leur jus", en situation.
Les coiffes et costumes les plus spectaculaires, lourds et encombrants, n'étaient portés que lors des grandes occasions, pas pour les travaux et tâches quotidiennes. Et encore, uniquement par les plus riches qui pouvaient afficher leur opulence ; les autres c'était la modeste coiffe de baptise ou de linon avec sa mince dentelle au bord, conservée propre et à l'abri. Les sages Bretonnettes là-haut sont bien pimpantes et nettes sur elles...

Je peux vous assurer que d'humbles Bretons sortis de leur campagne, sur leur trente-et-un, endimanchés pour un mariage et mêlés à leurs cousins des villes, avaient une toute autre allure et contenance. Une femme à trente ans avait la tête d'une femme de cinquante de nos jours, et à cinquante on en paraissait soixante-quinze/quatre-vingt ans de maintenant. J'ai des photos, de rares photos, j'ai les états-civils, je peux dater les photos (mariages ou présence des grands-parents ou arrière-grands-parents tout petits), et c'est stupéfiant. On ne se rend plus compte.

Attention donc aux... clichés, sélectionnés.
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L
Très intéressant en effet. Tous les documents que je présente dans ce blog, marqués "www.lamesure.fr" sont de ma collection. Je n'ai pas de photographies plus authentiques, montrant des personnes filant, tissant... dans leur propre intérieur. Si d'aucuns ont des photographies plus authentiques je serais ravi de les découvrir.
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